Chronique Des Abbés de Moissac
Chronique Des Abbés de Moissac
Chronique
des
Abbés
de
Moissac
[Link]@[Link]
(Pays-Bas)
1e édition: 1994
2e édition augmentée et améliorée: 1999
3e édition mise à jour: 2014 sous format pdf : Internet : [Link]
ISBN 90-802454-2-9
4
Poème de Pierre TESTAS, extrait de son recueil: Les Gloires de Moissac-en-Quercy (Montauban 1949), p. XI.
5
Sigles et abréviations des ouvrages fréquemment cités
6
lib. Liber
Magné-Dizel JACQUES-RENE MAGNE, JEAN-ROBERT DIZEL, Les comtes de Toulouse et leurs
descendants, les Toulouse-Lautrec (Paris 1992).
Mansi J.D. MANSI, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, 53 tomes
(Florence-Venise 1759-1798 = reprint Graz 1960-1961).
MGH Monumenta Germaniae Historica (Hannover-Leipzig 1826-..)
SS: Scriptores
SRM: Scriptores Rerum Merovingicarum
Migne, PL J.P. MIGNE, Patrologiae cursus completus sive bibliotheca universalis. Series latina
Moissac et l’Occident Moissac et l‟Occident au XIe siècle. Actes du colloque international de Moissac, 3-
(Paris 1844-1864)
7
Introduction
Selon l‟historien du Quercy, Guillaume Lacoste, Aymeric de Peyrac serait né au château de Payrac, dans le
Lot.1 En réalité, comme il l‟écrit lui-même, il est né à Domme,2 au diocèse de Sarlat.3 Aymeric de Peyrac4 est
le fils d‟un haut fonctionnaire, Jean de Peyrac, juge ordinaire de Cahors et de Montauban.5 Le blason de la
famille de Peyrac aurait été un lion. L‟historien quercynois Lacabanne donne une vague description du sceau
de Jean de Peyrac, le père d‟Aymeric de Peyrac, abbé de Moissac: « sceau en cire rouge sur queue de
parchemin et de la grandeur d‟une piece de 10 s. quoique l‟ecussion soit peu marqué, ou croit apercevoir
qu‟il portait un lion. Legende [Link]. D ....... CLICI ».6 La famille de Verneuil, qui serait originaire de
Bretagne, seigneurs de Payrac en Quercy, porte d‟azur, au lion d‟or, armé et lampassé de gueules.7 Serait-ce
le même blason ?
En 1360, Aymeric de Peyrac habite avec ses parents à Montauban.8 Le 12 janvier de cette année, il est
témoin d‟un incident qui l‟a beaucoup impressionné, la bagarre entre les chanoines de Saint-Étienne de
Tescou et ceux de Saint-Théodard, où il y eut des morts et des blessés. Elevé auprès de son parent Raymond
de Salgues, archevêque d‟Embrun, administrateur du diocèse d‟Elne, puis d‟Agen, Aymeric de Peyrac prend
l‟habit bénédictin à Moissac, sous l‟abbatiat de Ratier de Lautrec (1334-1361), comme il nous l‟apprend lui-
même dans sa Chronique.9 Il célèbre sa première messe dans la chapelle de Rocamadour.10 Il fait de solides
études, d‟abord à Cahors,11 puis à Toulouse, où il passe son grade de bachelier, après quatre années d‟études,
et où il habite à la maison de Saint-Pierre-des-Cuisines.12 En 1370, quand il est nommé prieur de Tanniers en
Bourgogne, il est licencié en décrets. Il obtient son doctorat en 1375, et peut dès lors se dire docteur ès-
décrets. Il est professeur de droit canonique à Toulouse de 1375 à 1377.13 Il est prieur de Saint-Lupergue près
d‟Eauze, quand le pape Grégoire XI lui confie en 1377 l‟abbaye de Moissac.14
Aymeric de Peyrac accède à l‟abbatiat dans une période particulièrement difficile. Une brève notice écrite
au dos de l‟hommage rendu à l‟abbé de Moissac par Jean de Peyrac, son père, le 9 octobre 1363, en
témoigne. Aymeric de Peyrac, est-il écrit, « trouva l‟abbaye ruinée pour ce qui est de ses bâtiments,
diminuée pour ce qui est de ses revenus, et chargée de dettes. Il se mit à restaurer l‟abbaye comme il
pouvait, tant les circonstances de son temps étaient mauvaises et défavorables. Il y avait des guerres, de
1
Guillaume Lacoste, Histoire générale de la province de Quercy, t. 3 (Cahors 1885), p. 331.
2
ADTG, G 545, pièce de 1348.
3
La plupart des éléments biographiques sont donnés par Aymeric de Peyrac lui-même. Voir aussi: Paul Mironneau, Aymeric de
Ecole des Chartes, Positions des Thèses, 1989), p. 155-160. Voir également: A. Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t.
Peyrac, abbé de Moissac (1377-1406) et historien. Edition et présentation du Stromatheus Tragicus de Obitu Karoli Magni (Paris,
3 (Paris 1874), p. 72-74; Rupin, p. 134-137; DHGE I, col. 1178-1179 (G. Mollat); LexMA VI, col. 1991-1992 (P. Mironneau).
4
Dans les ouvrages historiques sur Moissac, le nom de notre auteur figure sous plusieurs graphies. Nous avons choisi celle que
l‟auteur utilise lui-même dans la présente Chronique, Paris, BN, ms. lat. 4991-A, f. 16ιvb, ligne κ: Aymeric de Peyrac: “ego
Aymericus de Peyraco”; f. 2rb: “Ego Aymericus de Peyraco, abbas Moysiacensis, fragilis virtutibus et sciencia modicus”.
5
f. ι4va: “... Montisalbani. Dum ego in dicta civitate commorabar, tempore quo dominus genitor meus, quem Deus sui clemencia
cum beatis recipiat, erat iudex Caturcensis et Montisalbani”. Lire: Paul Mironneau, Jean de Peyrac en Bas-Quercy: un juge royal au
temps du Prince Noir, in: BSATG 114 (1989), p. 61-74.
6
AD Lot, F 19 (Fonds Lacabanne),
7
L. Esquieu, Essai d‟un armorial quercynois (Paris-Cahors [1902]); id. supplément (Paris-Cahors [1907]), p. 275.
8
f. λ4rb: “Ego tunc degens in Monte Albano, cum predicto domno meo genitore ...”
9
f. 16ιra: “Raterius de Lautrico ... sub cuius ferula iugum professionis assumpsi”.
10
Paul Mironneau, Eloge de la curiosité. Aymeric de Peyrac (vers 1340-1406), in: Cahiers de Fanjeaux, 35, Eglise et culture en
France méridionale (XIIe-XIVe siècle) (Toulouse, Privat, 2000), p. 149-183.
11
f. 145vb: “Et dum Caturci studebam et legebam in studio...”
12
f. 166rb: “.. domum studencium Sancti Petri de Coquinis ... ubi per quatuor annos studui et ibidem gradum bacalariatus recepi ..”
13
f. 98va-vb: “anno Domini millesimo CCC LXXV [...] Et ego eodem anno gradum doctoratus assumpsi, et Tholose legebam”.
ADTG, G 545 (Andurandy 254): “domnus Aymericus de Peyraco fuit filius dicti domni Johannis, dyocesis Sarlatensis, oriundus
Mont Dome et erat decretorum doctor”. Henri Gilles, Les professeurs de droit canonique à l‟Université de Toulouse au XIV e siècle,
in: L‟Eglise et le droit dans le Midi (XIIIe-XIVe siècles) = Cahiers de Fanjeaux, n° 29 (1994), p. 267-289: à la p. 279, une notice sur
Aymeric de Peyrac.
14
f. λκvb: “Preditus domnus Gregorius, anno Domini millesimo CCC LXXVII, XVIII die mensis Augusti ad Moyssiacy abbaciam
me promovit, tunc me existente priore Elizone, ordinis Cluniacensis, diocesis Auxitanensis”.
8
graves conflits entre les rois, de terribles tremblements de terre, et deux papes se disputaient la papauté ».1
Il semble pourtant qu‟Aymeric de Peyrac ait bien dirigé son abbaye. Vers la fin de son abbatiat, la
communauté comptait 29 moines. Nous possédons une liste nominative des moines de Moissac du 27
octobre 1405 : Aymeric de Peyrac (abbé), Guillaume Beaumont (prieur de Solomiac), Béranger Mancipi
(prieur claustral), Jean Brerus (troisième prieur), Guillaume Mespieda (cellérier), Bernard Marti (camérier),
Guillaume Pierre Castanet (infirmier), Hugues Salcinhat (ouvrier), Thomas Bertrand (hôtelier), Pierre Deyde
(pitancier majeur), Béranger Vudis (pitancier dominical), Jean Vinhali (sous-chantre), Pierre Dupuy
(chantre), Hisarn Amaneno (réfectorier), Pierre Pinolibus (prévôt), Gérald Fage (sacriste), Guillaume
Bariquerns (aumônier), Gérald Arcumbat, Bertrand Boeri, Hugues Fontanilhas, Pierre Palhayrolibus, Pierre
Posolibus, Jean Banheriis (maître des novices), Amelia Laneta, Bertrand Rozet, Jean du Puy Gaillard,
Guillaume Barran, Pierre Tilia et Guillaume Bérald (moine et prieur de Saint-Maffre de Bruniquel).2
Aymeric de Peyrac écrit sa Chronique dans les années 1390-1400. Il y travaille une dizaine d‟années. En
1397, quand il est à Cénac, il fait des recherches archivistiques dans les « scripturas antiquas » de ce prieuré
(f. 160va). En 1399, comme il l‟écrit lui-même, il travaille encore à sa Chronique.3 En 1404, il fait faire des
copies des hommages rendus par Raimond VI, comte de Toulouse, par Simon et Amaury de Montfort, et par
les rois de France,4 dans le but de démontrer que l‟abbé séculier devait l‟hommage à l‟abbé régulier. Il s‟en
sert dans la partie de sa Chronique consacrée aux abbés séculiers (f. 167va-168rb). Aymeric de Peyrac a
donc travaillé à sa Chronique jusqu‟à sa mort, survenue le 16 octobre 14065.
Aymeric de Peyrac a vécu une époque particulièrement difficile. Il a connu tous les grands malheurs de ce
XIVe siècle que Barbara Tuchman, dans le sous-titre de son ouvrage A Distant Mirror (New York 1978)
appelait « the calamitous 14th century ». Il y eut d‟abord la Grande Peste de 1348, qui réduisit de moitié la
population de l‟Europe. On arrive difficilement à se faire une idée de la gigantesque catastrophe que fut cette
épidémie. Sans distinction de personnes, la mort frappa des centaines de milliers de gens, évêques et lépreux,
riches et pauvres, citadins et paysans. Les suites de la terrible catastrophe restèrent visibles pendant des
dizaines d‟années: villages dépeuplés, maisons vides, terres abandonnées. Aymeric de Peyrac écrit que « le
monde fut frappé par une grande mortalité et fut pratiquement anéanti. [..] La peste enleva la plus grande
partie des humains ». Il considère l‟épidémie comme le début du déclin de l‟abbaye (f. 167ra-rb).
Dans le midi de la France, le XIVe siècle fut l‟une des périodes les plus noires de son histoire. Pendant
que le roi de France, Jean II, était prisonnier des Anglais, de 1356 à 1360, Moissac se trouva pris en tenaille
par les belligérants de la Guerre de Cent Ans. Sa situation, à la frontière entre les domaines du roi de France
et du roi d‟Angleterre, n‟était guère enviable. Les chartes moissagaises en font l‟écho à plusieurs reprises.
Les consuls de Moissac s‟en plaignaient en 1354: la ville de Moissac avait grand besoin d‟être fortifiée et
protégée, car elle se trouvait sur la frontière, et en ressentait beaucoup d‟inconvénients.6 L‟humiliant Traité
de Brétigny (1360) fit tomber le midi de la France pour moitié entre les mains du roi d‟Angleterre. Pendant
dix ans, Moissac fut une ville anglaise. Pendant ce temps, les “compagnies anglaises” effectuaient des raids
dans toute la région et l‟économie en souffrit beaucoup.7 Pour se protéger des bandes de pillards, Aymeric de
de Peyrac fit fortifier le château de Saint-Nicolas-de-la-Grave. C‟est là qu‟il rédigea sa Chronique.8
Sur le plan politique intérieur français, les crises de folie du roi Charles VI (1368-1422) en 1392 dans la
1
ADTG, G 545 (Andurandy 254).
2
ADTG, 5 E 884, f. 100, 27 octobre 1405. Voir aussi: Blandine Chanteperdrix, Testaments montalbanais (1390-1418), tome I,
Université de Toulouse-Le-Mirail, 1997.
3
f. 4vb: “... anno proximo qui erit Domini millesimo CCCC ...”; f. 100ra: “... huius vero tempore et anno Mþ CCCþ nonagesimo
nono, die decima nona, mensis octobris, quo operam prestabam huic operi compillande ...”
4
Ce vidimus du 4 janvier 1404, ou l‟un des exemplaires de ce vidimus (car l‟abbaye a dû en posséder un) était conservé aux
Archives de l‟Hôtel de ville de Moissac. Comme l‟ensemble du chartrier, il fut brûlé le 1 er novembre 1793. Texte publié dans mon
ouvrage: Les archives brûlées de Moissac (Maastricht-Moissac, 2e édition, 2005), acte n° 42.
5
Gallia Christiana, t. 1 (Paris 1870), col. 170; Rupin, p. 134-137.
6
“... quod cum dictus dominus noster rex iam pridem de speciali gratia concessisset consulibus et habitatoribus villæ Moysiaci, et ex
gravaminibus eorumdem, ...” Acte du 22 janvier 1354: Doat 127, f. 189r-191r. Texte publié dans mon ouvrage: Les archives
causa videlicet pro claudendo, fortificando et tuendo dictam villam, quæ est in fronteria inimicorum nostrorum, attentis damnis et
rapina, que ad tantam multitudinem creverunt quod quasi totum regnum Francie destruendo pervagarunt”. Lire: Jean-Claude Fau,
predictos reges, quequidem societates fuerunt de hominibus celeratis vagabundis et flagiciosis non volentes victum querere nisi de
Les grandes compagnies dans la moyenne vallée de la Garonne durant la guerre de Cent Ans, in: BSATG 108 (1983), p. 115-120.
8
f. 144rb: “Et castrum de Sancto Nicholao, ubi ad presens resideo in hoc compendio operam prestans ...”
9
forêt du Mans, puis, en 1393, au cours du tristement célèbre “Bal des Ardents”, ne faisaient qu‟ajouter aux
malheurs d‟un pays déjà déchiré et ruiné par la Guerre de Cent Ans. En 1393, les consuls et les habitants de
Moissac adressèrent au roi Charles VI une requête pour demander une réduction de leurs charges et impôts: «
Les consuls et habitans de nostre dite ville de Moissac, en la senechaussée de Quercin, nous ont fait exposer
que comme pour cause et occasion de nos guerres, et des gens d‟armes qui de par nous ont esté en la dite
ville par l‟espasse de deux ans, et lesquels leur ont gasté leurs ordilhes et autres biens, et aussy que
tousjours en la dite ville plus que en nulle autre dudit pays se font de par nous les assemblées et amas de
gens d‟armes pour resister a nos ennemis, ils soient devenus en si grant povreté que apeines ont de quoy
soustenter leur vie ».1 Charles VI ne peut que constater la récession économique due à la guerre: « la grant
povreté et misere, en quoy les manans et habitans de nostre dite ville de Moissac, qui est asize en frontiere
de nos ennemis, sont a present, tant pour cause et occasion de nos guerres comme autrement ».2 En 1410,
quatre ans après la mort d‟Aymeric de Peyrac, les consuls de Moissac se plaignent toujours aussi amèrement.
La ville se trouve toujours « sur la frontiere de nos ennemis », et elle a perdu la moitié de ses habitants, non
seulement suite à la guerre, mais aussi par « les mortalités qui sont survenues oudit pais, et par especial pour
la derniere mortalité qui depuis deux ans en ça y a esté, ou ilz ont pardu une grand partie de leurs amis, et
est ycelle ville telement despeuplée qu‟il n‟i a pas la moitié du peuple qu‟il y souloit avoir, et que celui
mesmes qui de present y est, est si povre qu‟il n‟a bonnement de quoy soustenir sa povre vie...».3
Château de Saint-Nicolas-de-la-Grave. C‟est là que dans les années 1390-1400, jusqu‟à sa mort survenue en
1406, Aymeric de Peyrac travaillait à sa Chronique.
1
Doat 127, f. 221r-228r, acte du 27 mars 1393. Texte publié dans mon ouvrage: Les archives brûlées de Moissac (Maastricht-
Moissac, 2e édition, 2005), acte n° 41.
2
Doat 127, f. 239r-241v, acte du 10 avril 1410. Ce texte se trouve dans mon ouvrage: Les archives brûlées de Moissac (Maastricht-
Idem.
3
10
En 1439, le roi Charles VII doit encore constater « que depuis certain temps en ça, ledit lieu de Moissac soit
et est venu et tourné en grant ruyne, povreté et depopulation, tant pour mortalités, sterilités de fruiz, comme
pour les guerres que leur font chacun jour les Anglois, anciens ennemys de cest royaume, ez frontieres
desquels ledit lieu de Moissac est situé et assis, et autres gens d‟armes et rotiers, allans et sejournans par le
païs ».1
Pour l‟église aussi, le XIVe siècle fut l‟une des périodes les plus troublées de son histoire. Après la lutte
féroce entre Philippe le Bel, roi de France (1285-1314), et le pape Boniface VIII (1294-1303), le successeur
de ce dernier sur le trône de Pierre, Clément V, s‟établit en Avignon. Pour la première fois dans l‟histoire de
l‟église, les papes désertaient pour une longue période la ville de Rome. Sept papes résidèrent en Avignon.
Le retour du pape à Rome n‟apporta pas la solution escomptée, bien au contraire: les cardinaux choisirent
deux papes en même temps, Urbain VI et Clément VI. Ce fut la naissance du Grand Schisme d‟Occident
(1378-1417), qui vit les papes d‟Avignon et de Rome se disputer une chrétienté déchirée entre deux
obédiences. Aymeric, quant à lui, tout en soutenant le pape d‟Avignon, Benoît XIII, regrettait amèrement la
division de l‟église (cisma seu divisio, f. 146vb), qu‟il considérait comme un scandale (huius scismatis
scandallum, f. 146vb). En 1403, il est à Paris avec les partisans de ce pape, mais se trouve sanctionné en
1406 par le duc de Berry pour sa fidélité à ce pape.2 Le Concile de Pise en 1409 crut apporter la solution au
schisme en déposant les deux papes, et en en choisissant un nouveau. Le remède fut pire que le mal,
puisqu‟il y eut non plus deux, mais trois papes! Le problème fut finalement résolu par le Concile de
Constance (1414-1418).
Aymeric de Peyrac ne connut plus cette heureuse issue. Il mourut en 1406, sous deux papes, Innocent VII
(Rome) et Benoît XIII (Avignon). Quant aux simples croyants, qui n‟y comprenaient plus rien, ils se
détournaient de l‟église hiérarchique et institutionnelle, pour se réfugier dans la piété populaire, dont les
excès sont bien connus.
Les tristes événements du XIVe siècle, les malheurs du temps ont profondément marqué la vision
pessimiste, voire défaitiste, de notre auteur, en particulier son opinion sur la situation de l‟église dans le
monde. Une société, une église, une nation ne vivent pas tous ces malheurs, ne souffrent pas la disparition de
toute autorité, sans en ressentir une profonde crise morale. L‟effacement des principales valeurs publiques,
nation et église, ne pouvait que plonger dans l‟abattement l‟homme d‟église et le juriste qu‟était Aymeric de
Peyrac. Aussi, l‟un des leitmotiv de sa Chronique est-il l‟hostilité du monde à l‟égard de l‟église. Dans le
prolongement de ces catastrophes, notre auteur considère les persécutions dont furent victimes dans le passé
les papes, les moines et les autres serviteurs de Dieu, les catastrophes provoquées par le gouvernement impie
des abbés séculiers, les occupations, accaparements et usurpations, perpétrés par les ennemis de l‟église. Si
nous estimons aujourd‟hui, du strict point de vue historique, qu‟il a trop noirci les malheurs de l‟abbaye de
Moissac, Aymeric lui-même, de par sa vision de croyant et de prélat, y vit la suite logique des persécutions
de l‟église. Comme il le dit dans les dernières pages de sa Chronique (f. 177va-178v), la souffrance est le lot
des croyants, et la servante (l‟abbaye de Moissac) est soumise au même sort que la maîtresse (l‟église de
Rome).
La Chronique d‟Aymeric de Peyrac est l‟œuvre d‟un homme défaitiste, arrivé au soir de sa vie, une vie
marquée par une époque tragique, trouble et difficile.
1
Doat 127, f. 251r-255v, acte du 6 juillet 1439. Texte publié dans mon ouvrage: Les archives brûlées de Moissac (Maastricht-
Moissac, 2e édition, 2005), acte n° 46.
2
Paul Mironneau, Eloge de la curiosité. Aymeric de Peyrac (vers 1340-1406), in: Cahiers de Fanjeaux, 35, Eglise et culture en
France méridionale (XIIe-XIVe siècle) (Toulouse, Privat, 2000), p. 160.
11
Une page du manuscrit lat. 5288 de la Bibliothèque Nationale, donnant un fragment de la Chronique. Les
annotations dans la marge sont de la main d‟Aymeric de Peyrac lui-même (f. 63r), mais elles ont été
mutilées par les coups de ciseaux d‟un relieur malhabile ....
12
Une page du manuscrit lat. 4991-A de la Bibliothèque Nationale, donnant le textus receptus de la Chronique
(f. 171v).
13
II. L’ŒUVRE
1. Les manuscrits
La tradition manuscrite de la Chronique d‟Aymeric de Peyrac est des plus réduites. Nous ne possédons pas le
texte original, mais seulement deux témoins de moindre valeur: une copie, complète il est vrai, et un débris
plus ancien mais mutilé.
Le texte de la Chronique d‟Aymeric de Peyrac nous est parvenu en copie. Il s‟agit d‟un manuscrit
aujourd‟hui à la Bibliothèque Nationale à Paris (ms. latin 4991-A), provenant de la bibliothèque de Colbert,
où il portait la cote 28351. Ce manuscrit est sorti de Moissac en mai 1678, pour entrer dans la collection de
Colbert.2 Le chanoine Foulhiac, envoyé à Moissac pour relever les manuscrits de l‟abbaye, l‟avait repéré dès
son premier passage au chartrier de l‟abbaye, au mois de janvier 1678. Dans son premier catalogue, dressé
dans le chartrier même de l‟abbaye, au fur et à mesure des découvertes dans les archives, il le décrit comme :
« Regulæ monachorum In folio In cuius calce est descripta vita St. Ambrosii Mediolanensis et libellus de
virginitate beatæ Mariæ Ildephonsii Toletani epi et Cronicon Moysiacense N° 47 ».3
Dans le catalogue des manuscrits, établi en ce même mois de janvier 1678, il le présente comme:
« Un grand volume in folio appellé regulæ monacorum ; on y trouve la Vie de S.t Ambroise de Milan, un
traite de S.t Ildefonse de la Virg : et la chronique de Moissac faite par un moine de l‟abbaye, qui vivoit du
temps de Charles Sixe et de Clement ι qu‟il tient pour veritable Pape contre Boniface et ses successeurs ;
cette chronique ou l‟on auroit fait quelque decouverte, est deffectueuse ; contenoit la suite de tous nos
Rois et des abbez de Moissac avec leurs actions remarquables jusques a son temps. le commancement a
esté enlevé, et on ne voit que le nom des abbez avec leurs actions les plus remarquables depuis la
fondation jusques au temps de l‟autheur. il y a encores un deffaut dans cette suite depuis Philippe premier
Roy de France jusqu.s a Amaulry fils du Comte de Montfort, qui est de deux cens ans. peutestre trouvera
t‟on ses fragmens dans les parchemins abandonnez sous les armoires ou il faut du temps pour les
chercher ; Il y a un chapitre du concile de Thoulouze sous Victor 2 touchant Moissac. Je croy que cette
cronique deffectueuse a este imprimee par le pere Labbé ».4
Du 4 au 7 mai, quand les manuscrits de Moissac se trouvent à Montauban, sous la garde de l‟intendant
Foucault, le chanoine Foulhiac dresse encore un catalogue et présente l‟œuvre comme :
« Regulæ Monachorum [Link] Benedicti avec une cronique deffectueuse de Moissac, Si on pouvoit trouver
les fragmens elle seroit considerable pour l‟histoire de Guyenne et Quercy ».5
Dans son manuscrit intitulé Antiquités diverses du Quercy, aujourd‟hui à la Bibliothèque Municipale de
Cahors, le chanoine Foulhiac décrit ainsi le manuscrit :
« Un autre vol. in fol. contenant la Regle de St benoit et une chronique deffectueuse des abbes de
Moyssac ou les feuilles sont coupees depuis lan 105[..] ou environ jusques apres 1200. Si on en pouvoit
trouver les fragmens cette chronique seroit curieuse pour lhistoire du pays et de labbaye elle fut faicte ver
lan 1400 du temps de charles sixiesme ».6
1
Cen de Bréquigny, Chronique d‟Aimery du Peyrat, abbé de Moissac, manuscrit de la Bibliothèque Nationale, coté 4991 A. Première
partie. Chronique des Papes, in: Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques, t. 6 (an IX),
p. 73 - 91; Cen de Bréquigny, Chronique d‟Aimery du Peyrat, abbé de Moissac, manuscrit de la Bibliothèque Nationale, coté 4991 A.
IIe et IIIe Parties, in: Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques, t. 7, première partie (an
XII), p. 1 - 15. Dufour 1972, p. 89.
2
Dufour 1972, p. 20 - 34, 89.
3
ADTG, G 567 (Andurandy 1608), p. 4 - 5.
4
BNF, ms. lat. 9363, f. 219r(178r).
5
BNF, ms. lat. 9363, f. 227r(186r).
6
BM Cahors, Fonds Greil, 111, p. 152.
14
Le 8 mai 1678, le roulier de Toulouse part avec le chargement pour Paris.
Dans son état actuel, le manuscrit est un in-folio de 178 feuillets de parchemin. Le texte est écrit sur deux
colonnes, comptant, à quelques exceptions près, 40 lignes chacune. Le manuscrit compte quatre parties:
1. folios 1ra-102va: l‟histoire des papes jusqu‟à Benoît XIII (1394-140λ [141ι], ý 1423);
2. folios 102va-152vb: l‟histoire des rois de France à partir de Clovis;
3. folios 152vb-167rb: une histoire de l‟abbaye de Moissac depuis sa fondation jusqu‟en 1402, sous la forme
d‟une Chronique des abbés;
4. folios 167rb-178v: une Chronique des comtes de Toulouse dans leurs fonctions d‟abbés séculiers de
Moissac.
Dire que le manuscrit 4991-A n‟est pas de la meilleure qualité est un euphémisme. Le manuscrit est
franchement mauvais. On y relève les défauts habituels des mauvaises copies:
a) dittographies: le copiste saute d‟un mot à un mot identique placé plus haut, répétant de ce fait une partie
d‟une phrase. Notre manuscrit en fourmille. Voir par exemple f. 170vb, où le copiste, se trompant à cause du
mot monachorum, écrit une partie de la phrase deux fois. Les dittographies se reconnaissent sans problèmes,
et ne posent pas de difficultés particulières pour l‟établissement du texte;
b) „homoioteleuta‟, anticipations, „Augensprungen‟ ou lacunes par saut du même au même: le copiste saute
d‟un mot à un mot identique plus bas, omettant ainsi plusieurs mots ou plusieurs lignes. Notre manuscrit en
fourmille, mais contrairement aux dittographies, qu‟il est facile de repérer, ces erreurs de copiste ne sont
décelables qu‟au regard du texte original, si toutefois celui-ci est disponible. Nous en avons un exemple-type
dans l‟acte de cession de l‟abbatiat séculier par Pons, comte de Toulouse, où Aymeric (ou son copiste) passe
du mot firmavit à un autre mot firmavit, oubliant ainsi deux souscripteurs de l‟acte (f. 167vb, ligne 39). Dans
un autre acte, il passe du nom Benedicti à un autre nom Benedicti (f. 170va, ligne 15). Certaines corruptions
du texte proviennent probablement d‟homoioteleuta que nous ne pouvons plus reconnaître comme tels.
c) omissions: le copiste oublie un mot, généralement sans aucune raison apparente. Notre texte en compte
beaucoup. Les omissions sont difficiles à reconnaître, puisqu‟il faut disposer du texte d‟origine dont se
servait l‟auteur. Dans notre édition, là où nous avons pu rétablir les omissions, nous les avons mises entre
crochets aigus: < >;
d) erreurs dans les chiffres romains. Les chiffres romains sont un véritable “sérum de vérité” pour les
mauvais copistes. Celui de notre Chronique tombe régulièrement dans le piège. Quelques exemples:
Ces erreurs de date font dire au bibliothécaire De Bréquigny: « De pareilles inexactitudes souvent répétées
laissent bien peu de confiance pour les dates employées dans la Chronique que je parcours ».1
e) erreurs d‟orthographe et leçons erronées. Dès 1801, De Bréquigny signalait les « fautes de copiste, dont
fourmille le manuscrit ».2 L‟éditeur du “Recueil des Historiens des Gaules et de la France” n‟était pas plus
tendre: « Le malheur a voulu que le travail déjà désordonné de l‟auteur soit encore notablement aggravé par
la suprême incurie d‟un copiste ignare. Le manuscrit dont nous nous sommes servis fourmille d‟un si grand
1
Cen de Bréquigny, Chronique d‟Aimery du Peyrat, abbé de Moissac. Manuscrit de la Bibliothèque Nationale, coté 4991 A, in:
Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques, t. 6 (an IX), p. 83.
2
De Bréquigny, ibidem, p. 84.
15
nombre et de si graves erreurs, qu‟il n‟y a pratiquement pas une seule ligne où la grammaire et
l‟orthographe ont été pleinement respectées ».1 Sans adhérer à ce jugement excessif, nous constaterons plutôt
que la qualité de la copie est très inégale. Il y a des passages qui ne posent aucun problème; pour d‟autres,
par contre, on a la nette impression que le copiste n‟a pas compris le texte. Ses pensées étaient-elles ailleurs?
Sa vue n‟était-elle pas très bonne? On est en droit de se poser la question. Que penser, en effet, de la façon
dont certains noms propres ont été écorchés?
Que penser d‟erreurs de copie comme celles-ci, que nous pouvons corriger avec certitude puisque nous
possédons la source utilisée par Aymeric?
Les latinistes apprécieront. Ces erreurs de lecture montrent comment l‟incurie de notre copiste a rendu
certains passages parfaitement inintelligibles.
On peut même se demander si l‟original ne comportait pas, déjà, des leçons erronées. On sait qu‟Aymeric
de Peyrac travaillait sur les originaux des archives de l‟abbaye. Quelques erreurs de lecture le trahissent.
Ainsi, il n‟a pas compris l‟abréviature (pour: sunt), qu‟il lit comme un s-final, c‟est-à-dire une lettre
appartenant au mot précédent. Il lit donc: scriptas, là où il fallait lire scripta sunt (voir f. 170rb, ligne 30, et
annotation). Le f. 168vb nous fournit encore deux exemples amusants de lectures fautives d‟abréviations:
Ces erreurs ne peuvent que nous mettre en garde contre le reste de notre manuscrit.
Un court fragment de la Chronique, datant de l‟époque d‟Aymeric de Peyrac lui-même, occupe les folios
61r-65v du manuscrit latin 5288 de la Bibliothèque Nationale de Paris, recueil composé par Baluze. 2 Ce
fragment contient le Prologue (que le 4991-A ne donne pas) et une partie de la Chronique des abbés de
Moissac. Le texte s‟arrête au beau milieu d‟un mot. Il correspond aux folios 152vb-160ra du 4991-A. Le
manuscrit, écrit d‟une belle main régulière, porte la marque d‟un travail inachevé: la moitié environ des
capitales n‟ont pas été dessinées.
Le texte comporte de nombreux remaniements rédactionnels et des annotations marginales de la main
d‟Aymeric de Peyrac lui-même, qui s‟identifie dans une note marginale du f. 62v: Ego Aymericus. Ce texte
1
E Chronico Aimerici de Peyraco, abbatis Moissiacensis, in: RHF, t. 23 (Paris 1894), p. 199.
2
G.H. Gaillard, Notice du manuscrit latin de la Bibliothèque Nationale coté 5288, in: Notices et Extraits des manuscrits de la
Bibliothèque Nationale, t. 7 (an XII), p. 397 - 412; sur notre fragment: p. 401 - 403.
16
est donc une version plus ancienne que le textus receptus du 4991-A, qui date du XVe siècle. Il nous permet
d‟étudier la démarche rédactionnelle d‟Aymeric de Peyrac, qui a fait subir au texte d‟origine d‟importants
remaniements. Certaines phrases, rayées dans ce manuscrit, ne figurent pas dans le texte définitif du 4991-A;
en revanche, les corrections rédactionnelles écrites in margine y figurent. Cela prouve que le dernier
manuscrit dépend du premier. Après cette rédaction, le texte a été remanié une dernière fois pour la version
définitive. Les références canoniques du 4991-A (f. 157ra-rb), ainsi que les renvois rédactionnels à d‟autres
parties de la Chronique (par exemple, f. 154va: « comme je l‟ai exposé dans la deuxième partie ») ont été
apportés postérieurement à la rédaction du 5288. Certaines annotations marginales du 5288 sont très
mutilées, voire lacuneuses, les feuilles ayant été coupées par un relieur peu soigneux; d‟autres mentions
marginales n‟ont aucun rapport avec notre texte. Aussi, les textes écrits en marge ne sont-ils pas toujours
utilisables.
Etant plus ancien, le 5288 est souvent de meilleure qualité que sa copie du XV e siècle. Le 4991-A compte
davantage de leçons erronées, et il ne s‟agit pas toujours de variantes orthographiques insignifiantes! Pour en
être convaincu, il suffit d‟étudier les variantes du f. 154va et de les comparer aux textes originaux. Un autre
exemple: le texte du fameux acte de 1097 (f. 157rb-va) est bien meilleur dans le 5288 que dans le 4991-A.
Dans ce cas précis, l‟établissement des meilleures leçons est de la plus haute importance, puisque cet acte,
aujourd‟hui perdu, n‟est connu que grâce à la copie d‟Aymeric de Peyrac. En outre, la ponctuation du
manuscrit 5288 est meilleure que celle de la copie du 4991-A, où elle est souvent absente, voire fautive.
Enfin, l‟étude du 5288 permet de rétablir quelques faits historiques. Ainsi, avec six siècles de retard, nous
rendons son vrai nom à un abbé de Moissac du Xe siècle. Sur la foi du textus receptus du 4991-A (f. 156vb,
ligne 9), toutes les listes abbatiales, depuis Andurandy jusqu‟aux plus récentes publications, mentionnent
comme vingt-septième abbé de Moissac un certain Aquarie.1 Mais le 5288 (f. 63vb, ligne 7) prouve que le
copiste du 4991-A a mal lu le nom de l‟abbé, qui ne s‟appelait pas Aiquarius, mais Riquiarius, donc:
Riquier. Autre exemple: le textus receptus cite parmi les acquisitions de l‟abbé Hunaud (f. 158va) le lieu de
Cindella, lieu introuvable tant que l‟on ne se reporte pas au manuscrit 5288: Guardella, soit Lagardelle,
lieu-dit dans la commune de Muret (Haute-Garonne), que la Chronique cite encore deux fois comme une
dépendance de notre abbaye (f. 162va et 172vb).
Dans l‟apparat critique, nous donnons au manuscrit 5288, étant le plus ancien, le sigle A.
Première évidence: en tant qu‟abbé de Moissac, Aymeric de Peyrac avait libre accès aux archives de
l‟abbaye. Nous constatons dans sa Chronique qu‟il en a fait un large usage, et il nous donne le texte intégral
ou partiel de plusieurs actes. Il consulte les documents originaux: il écrit que pour ses recherches, il utlise les
originaux, « in cartis seu in instrumentis publicis in archivis » (f. 176vb, lignes 27-28). Les lettres du pape
Urbain II, remontant au temps de la révolte armée d‟Hunaud, « étaient conservées soigneusement dans les
archives du prieuré de La Daurade », mais elles étaient « à peine lisibles à cause de leur ancienneté et de
l‟effacement de l‟écriture » (f. 159vb, apparat); l‟acte consacrant la réforme canoniale de Saint-Etienne de
Toulouse était rédigé sur un « très beau parchemin » (f. 168rb); l‟hommage d‟Amaury de Montfort était écrit
sur « deux actes, divisés par l‟alphabet » (f. 177ra). Aymeric de Peyrac a été très intrigué par la présence,
dans les archives de l‟abbaye, de quelques très vieux actes. Il alla jusqu‟à soumettre un acte de donation de
847 au jugement de personnes compétentes. Il s‟agissait plus précisément de vérifier la date (qui d‟ailleurs
était fausse, car notre Chroniqueur avait à sa disposition un exemplaire interpolé). Il écrit: « Dans les
archives du monastère de Moissac, je lis dans la charte originale de la donation de Cerrucium, dans le
Toulousain, qui est appelé aujourd‟hui Cordes, près d‟Escatalens, la fin de la charte: „Cette cession a été
faite au mois de mars, en l‟an de l‟Incarnation du Seigneur 847, du règne de Lothaire, empereur, la sixième
année‟. En raison de l‟ancienneté de ladite charte, j‟ai à peine pu la lire. Le calcul de l‟année de
l‟Incarnation est exact, parce que j‟ai montré l‟original de la charte à beaucoup de personnes, pour être
entièrement sûr de la vérité » (Annexe 5).2
1
Andurandy, n. 6, p. 6; A. Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. 3 (Paris 1874), p. 20; Rupin, p. 38; Müssigbrod 1988,
p. 24.
2
Sur cette charte et l‟identification de Cerrucium, voir mon article: Cordes-Tolosannes est-il l‟ancien Cerrucium?, in: BSATG 119
(1994), p. 73 - 83.
17
Aymeric de Peyrac lit beaucoup, il est aussi un grand collectionneur de livres.1 Combien de fois ne dit-il
pas: « legi » (j‟ai lu que ...) (f. 160rb)? Il fait surtout un bon travail d‟historien, il travaille autant que possible
sur des actes originaux et il consulte les archives. Quand il est appelé chez les moniales de Bragerac, il en
profite pour consulter leurs archives (f. 157ra); quand il visite Cénac, en 1397, il y fait des recherches dans
les archives et il prend des notes (f. 160va). En visite au monastère de Sainte-Colombe,2 il découvre « une
lettre très ancienne scellée d‟un sceau rond de plomb, et faite de jonc et écrite à l‟intérieur d‟une écriture
très ancienne et inconnue, que Monseigneur Austence, évêque dudit lieu, ne put lire non plus ».3
Les listes des acquisitions de l‟abbaye de Moissac, qu‟il établit pour les abbatiats de Durand de Bredons
(f. 158rb), d‟Hunaud de Layrac (f. 158va), d‟Ansquitil (f. 160va-vb) et de Roger (f. 161va), ne peuvent
qu‟être le fruit d‟un long travail de recherches dans le chartier de l‟abbaye de Moissac. C‟est encore le cas de
la longue liste des possessions de l‟abbaye (f. 162rb-vb), dont il souligne lui-même qu‟il a recueilli ses
renseignements « dans les anciennes écritures » (f. 162rb).
Il fait même de l‟oral history. Il interroge les gens: « audivi » (j‟ai entendu que ..) (f. 160rb), « Et audivi
ab hore moderni prioris de Alayraco, quod …» (et j‟ai entendu de la bouche de l‟actuel prieur de Layrac
que …) (f. 54va, Annexe 6). Il a « entendu dire par des anciens » dans quelles circonstances furent
retrouvées les reliques de saint Julien et de saint Ferréol (f. 161rb).
Aymeric de Peyrac est donc un chercheur moderne, en ce sens qu‟il travaille sur les originaux, qu‟il fait
des recherches personnelles, et qu‟il cite ses sources.
Il dit avoir fait, en dehors des sources proprement moissagaises, des recherches systématiques sur certains
sujets plus généraux qui l‟intéressaient particulièrement. Son intérêt pour l‟histoire de l‟Angleterre, qui
l‟amène à faire des recherches approfondies (« in quibus multa perquisivi »: f. 172ra, ligne 5), a sûrement été
éveillé par les fonctions de son père, Jean de Peyrac, juge ordinaire de Cahors et de Montauban au service de
l‟administration anglaise en Quercy. Plus loin, il écrit qu‟il a fait des recherches sur l‟abbatiat séculier depuis
Charlemagne (f. 177va).
Pour ce qui est de ses sources d‟histoire générale, Aymeric de Peyrac a utilisé les grands ouvrages juridiques
et encyclopédiques ainsi que les compilations historiques, connus à son époque et qui furent célèbres tout au
long du Moyen Age.
Il connaît et utilise les Vies des saints, comme celle de saint Maur, écrite par Fauste, et celle de saint
Hilarion, écrite par saint Jérôme. Moissac en possédait un exemplaire.4 Il utilise aussi les classiques de
la Historia Monachorum, appelée aussi De Vita Sanctorum Patrum, célèbre ouvrage de Tyrannius
l‟histoire du monachisme:
Rufinus ou Rufin d‟Aquilée, moine et écrivain latin, mort en 410, qui continua l‟œuvre d‟Eusèbe de
Césarée. Depuis le XIe siècle, cet ouvrage est attribué à saint Jérôme, et c‟est sous le nom de cet auteur
qu‟Aymeric de Peyrac le cite. L‟abbaye de Moissac possédait un manuscrit de l‟Histoire Ecclésiastique
d‟Eusèbe de Césarée dans la traduction de Rufin.5 L‟ouvrage est édité dans le tome 21 de la Patrologie
Latine de Migne. Il vient d‟être réédité: Tyrannius Rufinus, Historia Monachorum sive de Vita sanctorum
les Collationes ou “Conférences” de Jean Cassien (vers 360-433), moine à Bethléem, puis en Egypte,
Patrum, éd. Eva Schulz-Flügel (Berlin-New York 1990 = Patristische Texte und Studien, 34).
Ensuite, il fait un large usage des ouvrages encyclopédiques et historiques suivants, qui furent célèbres tout
au long du Moyen Age:
1
Paul Mironneau, Eloge de la curiosité. Aymeric de Peyrac (vers 1340-1406), in: Cahiers de Fanjeaux, 35, Eglise et culture en
France méridionale (XIIe-XIVe siècle) (Toulouse, Privat, 2000), p. 168-170.
2
Sainte-Colombe-sur-l‟Hers (Aude, arr. Limoux, canton Chalabre), sur l‟Hers.
3
Paul Mironneau, Eloge de la curiosité. Aymeric de Peyrac (vers 1340-1406), in: Cahiers de Fanjeaux, 35, Eglise et culture en
France méridionale (XIIe-XIVe siècle) (Toulouse, Privat, 2000), p. 159. – Austentius (Ostence) de Sainte-Colombe, frère mineur,
maître en théologie, était évêque de Sarlat de 1361 à 1368. Il mourut en 1370.
4
Paris, BN, ms. lat. 5342; cf. Dufour 1981, p. 221.
5
Paris, BN, ms. lat. 5078; cf. Dufour 1981, p. 220.
6
Paris, BN, ms. lat. 2138; cf. Dufour 1981, p. 185 et 199, n° 103.
18
la Historia Tripartita de Magnus Aurelius Cassiodorus Senator ou Cassiodore (ý vers 5κ0). Au Moyen
Age, cet ouvrage était l‟histoire de l‟église par excellence. L‟abbaye de Moissac en possédait un
exemplaire.1 La Historia Ecclesiastica Tripartita a été éditée dans le “corpus de Vienne” ou CSEL, tome
les inévitables Etymologies d‟Isidore de Séville (ý 636), archevêque de Séville, celui qu‟on appelle “le
71.
dernier père de l‟église”, la plus haute personnalité intellectuelle de l‟Espagne wisigothique. Cette
véritable encyclopédie, qui contenait toute la science de l‟époque, était très populaire au Moyen Age.
L‟abbaye de Moissac en possédait un exemplaire.2 On trouve les Etymologies d‟Isidore dans le tome 82
le De Mirabilibus Mundi, connu aussi sous le titre de Otia Imperialia ou Solatium Imperatoris, ouvrage
de la Patrologie Latine de Migne.
bourré d‟anecdotes sur la géographie, l‟histoire et l‟histoire naturelle, rédigé entre 1209 et 1214 par
Gervais de Tilbury (v. 1155-v. 1220), Anglais ayant fait ses études à Bologne, établi à Arles où il fut
nommé par Otton IV maréchal du royaume d‟Arles. L‟ouvrage a été édité en 1707 et 1710 par G.W. von
Leibnitz, dans les Scriptores rerum Brunsvicensium, t. 1 (Hanovre 1707), p. 881-1006 (pour le texte
proprement dit); t. 2 (Hanovre 1710), p. 751-784 (pour les „emendationes‟). Des extraits ont été publiés
dans les Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, t. 27, p. 363-394. La troisième partie du “Livre des
Merveilles” a paru en traduction française, par Annie Duchesne.3
la Historia Albigensis du moine cistercien Pierre des Vaux de Cernay, qu‟Aymeric prénomme d‟ailleurs
Arnaud, à qui il emprunte le récit du siège de Moissac en 1212 lors de la Croisade des Albigeois: f.
163vb-f. 165rb. Cet ouvrage a été édité par Pascal Guébin et Ernest Lyon, Pierre des Vaux de Cernay.
Historia Albigensis, 3 tomes (Paris 1926-1939), et traduit par Pascal Guébin, Henri Maisonneuve,
le Speculum Historiale ou Miroir Historial, œuvre faisant partie d‟une grande encyclopédie générale
Histoire albigeoise (Paris 1951).
Speculum Majus, en 31 livres, de l‟érudit dominicain Vincent de Beauvais, écrit vers 1250. Aymeric de
Peyrac apprécie particulièrement cet auteur, qu‟il appelle magnus Vincentius, “le grand Vincent” (f.
156rb, lignes 10-11). L‟ouvrage a été édité intégralement: Bibliotheca Mundi. Vincentii Burgundi, ex
ordine Praedicatorum [..]. Speculum Quadruplex. Naturale, Doctrinale, Morale, Historiale [..], 4 tomes
(Douai 1624).
Ensuite, Aymeric de Peyrac ne renie pas, bien au contraire, sa formation de décrétaliste. Il cite fréquemment
la Concordantia Discordantium Canonum, plus connue sous le nom de Decretum Gratiani, de la main de
les grands ouvrages des canonistes, des décrétistes et des décrétalistes du Moyen Age:
Gratien, moine de Saint-Félix de Bologne, mort vers 1160. Cet ouvrage fut le premier grand corpus de
droit canonique du Moyen Age. L‟abbaye de Moissac en possédait un manuscrit.4 J‟ai utilisé l‟édition de
les Décrétales du pape Grégoire IX (1227-1241), dont l‟abbaye de Moissac possédait un exemplaire,5 et
Aemilius Friedberg, Corpus Iuris Canonici, t. I (Leipzig 1879 = reprint Graz 1955).
le Sexte de Boniface VIII (1294-1303), que Moissac possédait également.6 J‟ai utilisé l‟édition de
Friedberg (t. 2). Aymeric cite aussi la Novella in Sextum de Joannes Andreae ou Jean André, célèbre
commentateur de droit canonique, formé à Bologne, “le plus illustre canoniste du siècle”,7 mort de la
Grande Peste en 1348. Moissac possédait un exemplaire de la Novella.8
Aymeric de Peyrac fait preuve, par contre, d‟une culture biblique et liturgique décevante pour un moine
bénédictin. Il ne fait que quelques emprunts à la Vulgate, dont on se demande même s‟ils proviennent bien
de sa propre connaissance des Ecritures. Ainsi, il cite la Huitième Béatitude non pas d‟après l‟Évangile de
Matthieu, mais d‟après le Décret de Gratien (f. 178rb)! Il est vrai que son époque est celle de la décadence de
l‟exégèse universitaire.9 La citation d‟Osée 8,4 du f. 176rb semble empruntée à l‟acte du 29 juin 1053 du
1
Paris, BN, ms. lat. 5083; cf. Dufour 1981, p. 219.
2
Paris, BN, ms. lat. 6288; cf. Dufour 1981, p. 222.
3
Annie Duchesne, Gervais de Tilbury. Le Livre des Merveilles. Divertissement pour un Empereur (troisième partie) (Paris 1992).
4
Paris, BN, ms. lat. 3934 A; cf. Dufour 1981, p. 221.
5
Dufour 1972, p. 92; Dufour 1981, p. 202, n° [128] et p. 220-221.
6
Dufour 1981, p. 204 n° [142].
7
Gabriel Le Bras (dir.), Histoire du Droit et des Institutions de l‟Eglise en Occident, t. VII: L‟âge classique 1140-1378. Sources et
théorie du droit (Paris 1965), p. 327-328.
8
Dufour 1972, p. 92; Dufour 1981, p. 200, n° [114].
9
Jacques Verger, L‟exégèse de l‟Université, in: Le Moyen Age et la Bible (Paris 1984 = Bible de Tous les Temps, 4), p. 199-232.
19
comte Pons de Toulouse (f. 167va). L‟expression « pactum cum morte » (un pacte avec la mort) (Is 28,15) et
l‟épithète « spelunca latronum » (caverne de voleurs) (Mt 21,13) sont des lieux communs de la littérature et
ne disent rien sur la culture biblique de l‟auteur. Les citations bibliques du Siracide (f. 176rb) sont également
des lieux communs, utilisés par les scribes dans le but de démontrer la déchéance religieuse de certaines
familles régnantes; les mêmes versets sont appliqués par Vincent de Beauvais, dans son Speculum Historiale,
à la progéniture de Charlemagne, suivant en cela, comme il l‟écrit, les Gesta Aquitaneorum.1 Cent ans après
la rédaction de la Chronique d‟Aymeric de Peyrac, Martin Luther reprochera amèrement à l‟église sa
méconnaissance et son manque de pratique des Ecritures, et en fera une raison de rupture. Quant à la liturgie,
Aymeric confond les hymnes Veni Creator Spiritus et Veni Sancte Spiritus, deux hymnes qu‟en moine
assistant aux offices, il a dû pourtant connaître par cœur tous les deux (f. 164vb).
Quelques très rares réminiscences, enfin, à la Règle de saint Benoît (f. 159vb), qu‟il a dû également
connaître par cœur.
Si les sources historiques, que nous venons de citer, sont bien connues, un certain nombre d‟événements
historiques de l‟abbaye de Moissac sont relatés sans aucune référence à quelque document que ce soit; dans
ces cas-là, Aymeric de Peyrac devient notre seule source historique. Certains noms d‟abbés, l‟incident de
l‟écroulement de l‟église du temps de l‟abbé Raymond, l‟épitaphe de Durand de Bredons, ne nous sont
connus que par la Chronique. Nous ne connaîtrons probablement jamais les sources qu‟Aymeric a
consultées. Lui-même ne les décrit qu‟en termes vagues: il cite les « annales du monastère » (f. 156va;
150va, Annexe 11), les « anciens cartulaires du monastère » (f. 156va), les « anciennes écritures de ce
monastère » (f. 160rb), mais nous ignorons de quelles “écritures” il s‟agit. Par les « annales de notre
monastère », Aymeric de Peyrac comprend peut-être certains manuscrits liturgiques; il utilise en tout cas les
nécrologes pour en tirer les noms des abbés du VIIIe au Xe siècle (f. 156va-vb), et pour y puiser des
renseignements biographiques sur les abbés du XIIIe siècle (f. 165rb, 166va, 166vb). Pour ses autres sources
moissagaises, notre auteur ne nous livre qu‟un seul nom: il dit avoir puisé dans le Chronicon Moissiacense
de Guillaume (qu‟il prénomme: Gérald!) de Tegula, prieur de Moissac (f. 176ra), ouvrage aujourd‟hui perdu,
mais signalé encore au XVIIe siècle.2 Un certain nombre d‟affirmations de notre auteur resteront donc à
jamais sans annotation, puisque nous ignorons ses sources.
L‟usage que notre auteur fait de ses sources n‟est pas exempt de critique. Quand Aymeric de Peyrac
retranscrit des textes, il le fait souvent de façon désordonnée et en prenant trop de libertés. Nous pouvons en
juger d‟après les actes ayant survécu en copie ou en original, qui nous permettent d‟apprécier la qualité très
inégale des transcriptions de notre auteur. Parfois, ces transcriptions sont relativement bonnes, mais plus
souvent elles sont ou trop libres ou franchement mauvaises. Elles sont parfois si libres qu‟il vaut mieux
parler de paraphrases: Aymeric de Peyrac change des mots, utilise des synonymes, invertit des phrases,
change les temps des verbes, sans pour autant, il faut le reconnaître, s‟écarter du sens du texte. Mais il faut
dire aussi que le manuscrit en notre possession n‟est qu‟une mauvaise copie. En tout cas, que ce soit à
imputer à l‟auteur ou à son copiste, les contresens et les erreurs de copie rendent aujourd‟hui certains
passages parfaitement inintelligibles.
Aymeric de Peyrac est régulièrement fâché avec la chronologie. Malgré l‟ordre chronologique qu‟il entend
donner à sa Chronique, il en perd plusieurs fois le fil, donnant lieu à des anachronismes qui, à leur tour, ont
induit en erreur l‟historiographie moissagaise du XIXe siècle. Ainsi, il insère l‟acte du 27 décembre 1097,
traitant des droits de l‟abbé séculier, dans le cours de son récit sur l‟affiliation de Moissac à Cluny, qu‟il situe
en 1047 (cf. f. 157rb-va), ce qui a amené Lagrèze-Fossat à d‟invraisemblables contorsions pour arriver à
dater cet acte en 1047.3
Aymeric de Peyrac n‟a donc pas peur de l‟anachronisme. Un bel exemple nous est fourni par la légende
de la profanation eucharistique, qu‟il situe au temps de l‟abbé Durand (1048-1072), mais qu‟il faut repousser
sans le moindre doute à la fin du XIIIe siècle (grande époque des miracles eucharistiques !), comme le
montre à l‟évidence le passage figurant dans le manuscrit 5288 qu‟Aymeric de Peyrac n‟a pas repris dans la
version définitive de son ouvrage (voir f. 158rb-f. 158va, ainsi que les passages publiés dans l‟apparat).
Aymeric attribue à l‟abbé Roger (1115-1135) la découverte des reliques de saint Julien (f. 161rb), mais il
s‟agit en réalité d‟une redécouverte du tout début du XIVe siècle. Il est plus que probable que les reliques de
1
Vincent de Beauvais, Speculum Historiale, lib. 30, c. 126 (p. 1276).
2
Dufour 1981, p. 221.
3
A. Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. 1 (Paris 1870), p. 342.
20
saint Julien étaient déjà à Moissac en 1097 (f. 157va).
Parfois, il se laisse abuser par des homonymies. En situant l‟acte de renonciation de l‟abbé séculier Gausbert,
de 1097, sous le gouvernement de l‟abbé Etienne, il confond ce Gausbert avec son homonyme, également
abbé séculier, mais ne vivant pas à la même époque (f. 157rb-va). La lettre au roi de France, attribuée à
Raymond de Montpezat (1229-1245), a été écrite en réalité par un autre Raymond, Raymond de Proet, et doit
être datée entre 1212 et 1223 (f. 165va-vb).
Il commet quelques curieuses erreurs de prénom. Le dernier abbé de Moissac avant l‟affiliation à Cluny est
appelé Pierre, malgré l‟unanimité des chartes de cette époque qui lui donnent le nom d‟Etienne (voir f.
156vb). Le Chroniqueur de la Croisade Albigeoise, Pierre des Vaux de Cernay, est appelé Arnaud (f. 163vb
et f. 165ra). L‟abbé séculier Bertrand de Montancès (f. 161vb, ligne 10) est prénommé parfois Bernard (f.
167rb, ligne 29; f. 171va, ligne 29; f. 171vb, lignes 5 -6).
L‟histoire de l‟art ne souscrira pas à toutes les opinions de notre Chroniqueur. Aymeric de Peyrac attribue à
Durand de Bredons l‟église consacrée en 1063 (f. 158ra-rb), et à l‟abbé Hunaud la « figure dans l‟arche de
l‟église » (f. 160rb), autrement dit le tympan du grand portail. Enfin, il attribue à l‟abbé Ansquitil le bas-
relief de la galerie est du cloître représentant Durand de Bredons (f. 158rb), le grand cloître avec la pierre de
commémoration, la pierre de consécration de l‟église, le portail avec son trumeau, la grande fontaine du
cloître (f. 160va), et encore l‟église de Cénac avec le crucifix (f. 160vb). Bien sûr, dans ce domaine aussi, il
se trompe souvent, mais sa curiosité intellectuelle et ses tentatives de comparaison méthodique avec des
œuvres d‟art analogues font de lui un chercheur dont la méthode annonce déjà les temps modernes.
La composition de l‟ouvrage n‟est pas des plus rigoureuses. Aymeric a voulu donner à sa Chronique une
structure chronologique, mais il manque de rigueur. A l‟exemple de Vincent de Beauvais, il aime insérer des
anecdotes et des histoires merveilleuses, qui donnent l‟impression qu‟il saute du coq à l‟âne. Il lui arrive
effectivement de perdre le fil de l‟histoire. Tandis qu‟il parle de l‟abbé Hunaud, il s‟aperçoit qu‟il lui reste
encore des choses à dire sur Durand de Bredons. Il a oublié la lettre du Concile de Toulouse de 1056,
réclamant la restitution à l‟abbaye de Moissac de certaines possessions (f. 158vb-159ra), ainsi que l‟acte de
donation de Vabres de 1061 (f. 159ra-159vb). Après une digression sur le froc des Clunisiens, institué par
l‟abbé Hugues de Semur, il ne reprend qu‟au bout de quatre colonnes (f. 159vb) le fil de son discours.
Il y a plusieurs redites. Il nous apprend par quatre fois que Raymond V, comte de Toulouse, est enterré à
Nîmes (f. 167rb, 171rb, 172va, 174va). Manque de rigueur rédactionnelle aussi le fait qu‟il traite par deux
fois des comtes Raymond IV à VI (f. 171va-vb et f. 174rb-vb).
Il a quelques surprenantes digressions: pendant son exposé sur le monachisme égyptien, qu‟il insère sans
aucune raison entre l‟abbatiat d‟Amarand et celui de Rétroald, il nous parle de crocodilles, dont on se
demande bien ce qu‟ils ont à voir avec les pères du désert (f. 155va), sauf qu‟ils habitaient également
l‟Egypte!
D‟autres digressions ne sont surprenantes qu‟en apparence. Certains enchaînements rédactionnels
possèdent une logique narrative, qu‟il serait erroné de considérer nécessairement comme historique. Ainsi,
après avoir parlé du transfert des reliques de saint Cyprien, par l‟abbé Roger, en 1122, notre auteur se
rappelle l‟invention des reliques de saint Julien (f. 161rb). Le fait de parler des reliques de saint Julien lui
rappelle l‟histoire de la fermeture de la fontaine miraculeuse de Saint-Julien (f. 161rb-va). Ces
enchaînements font partie de la méthode narrative de notre chroniqueur, et l‟on se tromperait lourdement en
tirant de l‟insertion rédactionnelle de l‟histoire de la fontaine miraculeuse sous l‟abbatiat de Roger des
conclusions quant à la chronologie des événements. En réalité, le récit lui-même ne permet aucune datation.1
Un autre exemple est donné dans l‟Annexe 11 de cette édition. A la fin de sa Chronique des rois de France,
Aymeric de Peyrac traite du règne de Charles VI (1380-1422). L‟expulsion des Juifs en 1395 lui rappelle
l‟expulsion de quelques Dominicains à la même époque; l‟expulsion des Dominicains lui rappelle
l‟expulsion des Dominicains de Villeneuve-sur-Lot en 1389; l‟expulsion des Dominicains de Villeneuve lui
rappelle l‟affaire des Franciscains de Moissac, sauf que celle-ci s‟est déroulée beaucoup plus tôt, au XIIIe
siècle.
1
Pour cet exemple, voir les détails dans mon étude: La légende de la source miraculeuse de l‟abbaye de Moissac, ou: comment
correctement lire Aymeric de Peyrac, in: BSATG (120) 1995, p. 37-47.
21
Quelle que soit la logique narrative que l‟on puisse découvrir dans la Chronique, on ne peut qu‟être frappé,
quand on regarde l‟ensemble de l‟œuvre, par l‟éclectisme de notre auteur. L‟abbé Aymeric de Peyrac avait à
sa disposition les archives et la bibliothèque de l‟abbaye, mais il en a fait un usage très sélectif. Certains
abbés n‟ont droit qu‟à une mention de quelques lignes. Cette mention est accompagnée parfois d‟une année,
correspondant non pas au début de l‟abbatiat du titulaire concerné (qu‟Aymeric, d‟ailleurs, ne recherche pas
systématiquement), mais à une date qu‟il a trouvée dans un acte des archives de l‟abbaye. D‟autres abbés,
par contre, ont droit à de longs développements, notamment les premiers abbés clunisiens Durand, Hunaud,
Ansquitil et Roger, et, au XIIIe siècle, Bertrand de Montaigu, qu‟il considère comme son grand modèle. Il ne
cache pas ses préférences pour le premier siècle clunisien de Moissac (1048-1151) et pour la seconde moitié
du XIIIe siècle, l‟époque de Bertrand de Montaigu, période de puissance et de floraison qui contraste
amèrement, à ses yeux, avec les temps troublés des abbés séculiers, et aussi avec son propre XIVe siècle.
D‟où son leitmotiv: « le monastère de Moissac est réduit à néant ». Bien entendu, ces positions extrêmes
doivent être notablement nuancées et corrigées. Axel Müssigbrod l‟a fait pour la période des abbés séculiers,
qui décidément n‟était pas toute noire.1 Yves Dossat, de son côté, s‟est efforcé de tempérer l‟enthousiasme
excessif de notre auteur pour son grand prédécesseur du XIIIe siècle, en tâchant de « ramener Bertrand de
Montaigu aux dimensions de l‟histoire ».2
Aymeric de Peyrac a quelques obsessions: l‟ancienneté de la vie monastique, la primauté de la Règle de saint
Benoît, mais surtout l‟ancienneté de l‟abbaye de Moissac, dont la fondation par Clovis en 506 est
mentionnée à plusieurs reprises (voir Annexe 1). Pour fonder ces prétentions historiques, l‟abbé de Peyrac
n‟hésite pas à falsifier. Pour le récit du siège de Moissac en 1212, il copie l‟Historia Albigensis de Pierre des
Vaux de Cernay. Or, quand l‟auteur cistercien écrit que l‟abbaye de Moissac avait été fondée par le roi
Pépin, Aymeric le corrige sans pardon, et modifie le texte que par ailleurs il suit fidèlement (f. 164va), pour
affirmer que Moissac avait été fondé par Clovis Ier.
Aymeric de Peyrac n‟est donc pas libre de subjectivité. Tout son ouvrage porte la marque de ses
conceptions personnelles. Il est occupé à brosser un tableau idéalisé de la période clunisienne de l‟histoire de
l‟abbaye de Moissac, qui lui sert de modèle pour son propre temps. Comme l‟écrit très justement Paul
Mironneau, la Chronique, aux yeux d‟Aymeric de Peyrac, devait jouer un rôle idéologique, et contribuer à
rehausser la puissance de l‟abbaye de Moissac.3
Chez les différents auteurs qui ont écrit sur Moissac, la Chronique d‟Aymeric de Peyrac a fait l‟objet des
jugements les plus divers et les plus extrêmes. Jules Marion la considérait comme l‟une des deux principales
sources manuscrites de l‟histoire de Moissac,4 et construisit toute son histoire de l‟abbaye sur le travail de
l‟abbé de Peyrac. L‟autre extrême est représenté par l‟éditeur du tome 23 du Recueil des Historiens des
Gaules et de la France, qui réfute carrément notre Chronique: « celui qui cherche des récits ordonnés
d‟après le cours du temps et développés selon un discours clair, sera désagréablement surpris par la
Chronique écrite par Aymeric de Peyrac, où figurent beaucoup de choses qui sont dites de façon maladroite
et obscure ».5 De Bréquigny est bien moins négatif: « Si dans notre siècle, où l‟on paroît avoir un goût
décidé pour les collections de tout genre, on entreprenoit d‟en former une des principales Chroniques, je
crois qu‟on ne pourroit se dispenser d‟y faire entrer celle d‟Aimery du Peyrat ».6 A la fin du XIXe siècle,
Lagrèze-Fossat mentionne la Chronique7, s‟en sert beaucoup, tout en ayant une opinion fort critique sur la
valeur historique de l‟ouvrage: « qui ne sait que ce n‟est point à Moissac, au sein des archives du monastère,
qu‟il rédigea sa Chronique, mais dans son château de Saint-Nicolas, ce qui explique les transpositions
1
Müssigbrod 1988, p. 37-59.
2
Yves Dossat, L‟abbaye de Moissac à l‟époque de Bertrand de Montaigu, in: Les Moines Noirs = Cahiers de Fanjeaux n° 19 (1984),
p. 146.
3
Paul Mironneau, Idéologie, histoire et reconstruction monastique: l‟abbaye de Moissac à la fin du XIVe siècle, in: Revue Mabillon,
nouvelle série, 5, tome 66 (1994), p. 107-116.
4
Jules Marion, Notes d‟un voyage archéologique dans le sud-ouest de la France (Paris 1852), p. 59.
5
E Chronico Aimerici de Peyraco, abbatis Moissiacensis, in: RHF, t. 23 (Paris 1894), p. 198.
6
Cen de Bréquigny, Chronique d‟Aymery du Peyrat, manuscrit de la Bibliothèque nationale, coté 4991 A. II e et IIIe Parties, dans:
Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques, t. 7 (an XII), p. 15.
7
A. Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. 3 (Paris 1874), p. 74.
22
inconcevables qu‟on remarque dans son ouvrage; et qui ignore encore que la copie manuscrite de cette
Chronique que possède la Bibliothèque Nationale, offre une foule de noms défigurés et des erreurs de date
très-nombreuses! ».1 Anglès juge avec la même sévérité: « ce texte, de beaucoup postérieur aux événements,
renferme de graves erreurs qui ont égaré la plupart des historiens ».2 Le jugement d‟Ernest Rupin, en 1897,
est bien moins négatif: « la crédulité d‟Aymeric de Peyrac a sans doute été des plus grandes et on ne doit
pas accepter sans contrôle tous ses récits. Mais les textes des chartes qu‟il donne, les documents qu‟il cite à
chaque instant et qu‟il avait sous les yeux, prouvent qu‟il a travaillé avec conscience et que si son jugement
parfois était faux, il rapporte fidèlement tout ce qu‟il a trouvé et tel qu‟il l‟a trouvé ».3 Les auteurs actuels
sont encore plus positifs. Ainsi, Paul Mironneau écrit: « L‟œuvre de Peyrac représente une source essentielle
pour reconstituer le passé de Moissac »,4 et encore: « Le travail de transcription et d‟exploitation des
sources moissagaises est énorme. Certains documents aujourd‟hui disparus ne nous sont connus que par
Finalement, le lecteur jugera lui-même, en lisant la Chronique, et en tenant compte de nos commentaires et
de nos éclaircissements. Comme le dit le proverbe, la vérité se trouve au milieu, entre les jugements
extrêmes cités ci-dessus. S‟il reste indispensable, comme l‟écrit Yves Dossat, « de n‟aborder qu‟avec
beaucoup de circonspection la Chronique d‟Aimeri de Peyrac »,6 il n‟est pas moins vrai qu‟elle constitue un
document de la première importance pour l‟histoire de l‟abbaye de Moissac.
D‟abord, Aymeric de Peyrac donne un certain nombre de textes diplomatiques et épigraphiques que nous
ne connaissons que par lui. Il analyse ou résume des chartes perdues. Il nous donne le texte de l‟accord de
1097 avec l‟abbé séculier (f. 157rb-va), et la lettre de l‟abbé Raymond au roi de France, dans laquelle celui-
ci se plaint des déprédations commises par Raymond VI et par les Croisés (f. 165va-vb). Ces textes ne sont
connus que par notre Chroniqueur. N‟oublions jamais qu‟Aymeric de Peyrac avait à sa disposition davantage
de sources (écrites, épigraphiques et monumentales) que nous n‟en possédons aujourd‟hui. Les textes
épigraphiques, comme l‟épitaphe de Durand de Bredons (f. 158rb) et les versus qu‟il a relevés (f. 161rb;
Annexe 10), ne sont connus par aucune autre source.
En outre, il est un témoin oculaire de son temps. Il raconte ce qu‟il voit à Moissac, à Cénac, à Toulouse
ou ailleurs. Il nous parle de monuments aujourd‟hui disparus. Il est le plus ancien témoin historique de la
fontaine du cloître.7 Il a été très impressionné par la vue du cadavre embaumé, à moitié dévoré par les rats,
de Raymond VI, comte de Toulouse (f. 173ra-va).
Enfin, il donne une image de la mentalité de son époque, et ne cache pas ses opinions personnelles sur
l‟historiographie moissagaise, sur l‟histoire de l‟Église et les troubles de l‟abbaye de Moissac.
Tous les historiens intéressés par l‟abbaye de Moissac, même les plus chatouilleux, reconnaissent
aujourd‟hui la nécessité de posséder une édition critique de la Chronique, condition sine qua non pour bien
juger du texte, ne fut-ce que pour pouvoir en apprécier les contradictions internes.8 Malgré toutes ses
imperfections, qui demandent un esprit critique en éveil permanent, la Chronique d‟Aymeric de Peyrac reste
une source de première importance pour l‟histoire de l‟abbaye de Moissac, voire pour l‟histoire régionale du
Midi.
1
Ibidem, p. 6-7.
2
Auguste Anglès, L‟abbaye de Moissac (Paris s.d.), p. 5-6.
3
Rupin, p. 4.
4
Paul Mironneau, Idéologie, histoire et reconstruction monastique: l‟abbaye de Moissac à la fin du XIV e siècle, in: Revue Mabillon,
nouvelle série, 5, tome 66 (1994), p. 108.
5
Ibidem, p. 109.
6
Yves Dossat, Le chroniqueur Aimeri de Peyrac et le prétendu massacre des Franciscains à Moissac vers 1260, in: Actes du 99e
Congrès national des Sociétés savantes, Besançon 1λι4, Section de philologie et d‟histoire jusqu‟à 1610, t. 1 (Paris 1λιι), p. 375.
7
Régis de La Haye, La fontaine du cloître de Moissac, in: BSATG 110 (1985), p. 115.
8
Müssigbrod 1988, p. 52, note 1ι6 et p. 5κ; p. 160: “Eine Edition der Chronik wäre hilfreich, sie müßte, ohne aufwendigen Apparat,
einmal nur den Text im Zusammenhang präsentieren”. Pourquoi “ohne aufwendigen Apparat”ς – François Boulet, Histoire du
monument historique de Moissac des origines à nos jours, in: BSATG 115 (1λλ0), p. 165 note λ: “Ce texte essentiel de l‟histoire de
l‟abbaye mériterait d‟être édité”.
23
Aymeric de Peyrac a été le premier historien de l‟abbaye de Moissac. En cette qualité, il a eu une influence
déterminante sur l‟historiographie moissagaise. En 1852, Jules Marion écrit en introduction à son histoire de
l‟abbaye: « Les sources manuscrites de l‟histoire de Moissac [..] se réduisent à deux principales: le
cartulaire de l‟abbaye et la Chronique d‟Aimery de Peyrac. [..] L‟un et l‟autre sont conservés à la
Bibliothèque nationale ».1 Ce que Marion appelle le “cartulaire de l‟abbaye” est en réalité la collection de
copies de Doat. La “Collection Doat”, à la Bibliothèque Nationale, se compose de 258 volumes de copies de
documents sur l‟histoire des provinces du Sud-Ouest. Elle a été formée entre 1663 en 1670 par Jean de Doat,
président de la Chambres des Comptes de Navarre. Doat vint à Moissac en 1668. La copie des titres du
chapitre et de l‟hôtel de ville occupa les copistes jusqu‟au printemps de 1669.2 Les chartes moissagaises se
trouvent dans les volumes 128 à 131 de la “Collection Doat” à la Bibliothèque Nationale. Il est affligeant que
cet “ancien élève de l‟Ecole des Chartes” ne mentionne même pas le fonds d‟archives de l‟abbaye, aux
Archives Départementales de Tarn-&-Garonne.
Lagrèze-Fossat, le premier, utilise les archives de l‟abbaye (très peu) et celles de la ville (beaucoup), et
aussi, malgré ses critiques, la Chronique d‟Aymeric de Peyrac.3 Quelques années plus tard, Ernest Rupin
utilise très largement la Chronique, dont il cite de larges extraits dans les notes. Mais, s‟il améliore nettement
l‟historiographie de l‟abbaye, son travail ne correspond plus aux normes qu‟on demande aujourd‟hui aux
publications scientifiques.4
Malgré ses nombreuses imperfections, la Chronique d‟Aymeric de Peyrac continue de marquer
l‟historiographie moissagaise. Un exemple relevé par Axel Müssigbrod: le jugement historique très négatif
sur la période des abbés laïcs que l‟on rencontre jusque dans des ouvrages récents,5 repose entièrement sur le
le jugement partiel qu‟en donne Aymeric de Peyrac, occupé à brosser un tableau flatteur des faits et gestes
des saints abbés clunisiens; dès lors, les abbés séculiers ne pouvaient être que des bandits, des voleurs et des
persécuteurs, ayant transformé l‟abbaye de Moissac en une « caverne de voleurs », et l‟ayant « réduit à néant
». L‟étude des actes de donation de cette époque nous donne une tout autre image de la situation de l‟abbaye
à la veille de son union avec Cluny.6
Le but de notre édition est de donner à la Chronique d‟Aymeric de Peyrac la place qui lui revient dans
l‟historiographie de Moissac.
1
Jules Marion, Notes d‟un voyage archéologique dans le sud-ouest de la France (Paris 1852), p. 59.
2
Maurice Souleil, Les recherches de Doat dans les archives du Sud-Ouest de la France, in: BSATG 49 (1921), p. 76-80.
3
A. Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, 4 tomes (Paris 1870-1874 pour les tomes 1 à 3; Montauban 1940 pour le tome
4).
4
Ernest Rupin, L‟abbaye et les cloîtres de Moissac (Paris 1897 = reprint Treignac 1981).
5
Par exemple: Quercy Roman, p. 46: “c‟est la ruine spirituelle et matérielle de l‟abbaye”.
6
Müssigbrod 1988, p. 36-59.
24
III. L’ÉDITION
A part quelques extraits parus dans le tome 23 du Recueil des Historiens des Gaules et de la France, 1 la
Chronique d‟Aymeric de Peyrac n‟a jamais été éditée ni, a fortiori, traduite. Ernest Rupin en a donné de
larges extraits dans son ouvrage L‟Abbaye et les cloîtres de Moissac, déjà cité. Mais ce livre, tiré à l‟origine à
300 exemplaires seulement, réédité en 1981 par les Editions Les Monédières à Treignac, est de nouveau
épuisé. En outre, les transcriptions de Rupin ne sont pas sans fautes: on relève régulièrement des leçons
erronées et des oublis de mots voire de lignes entières; enfin, fragmentaires, elles occultent le contexte.
Une transcription méritoire, mais parsemée d‟innombrables erreurs, réalisée par Jules Momméja d‟après
une copie de M. Mignot (1889), transcrite par L. Boscus, est conservée aux Archives Départementales de
Tarn-et-Garonne, dans les manuscrits du Fonds Momméja.2 Apparemment, Momméja ne comptait pas la
faire imprimer.
Une transcription tout aussi méritoire, mais parfois fautive, et restée également confidentielle, fut réalisée
entre le 10 septembre 1910 et le 20 janvier 1911 par M. Lacassagne, bibliothécaire de la ville de Moissac,
qui copia également les cinq tomes de la Collection Doat (127 à 131), contenant les actes de la ville et de
l‟abbaye de Moissac. Ces manuscrits se trouvent dans le fonds ancien de la Bibliothèque Municipale de
Moissac, sous les cotes 54, 55 et 56.
Ces transcriptions successives prouvent en tout cas que les historiens locaux ont toujours compris l‟intérêt
de la Chronique d‟Aymeric de Peyrac.
C‟est donc une édition critique, aussi correcte que possible, que nous proposons dans le présent ouvrage.
Nous nous limitons aux passages de la Chronique d‟Aymeric de Peyrac qui traitent des abbés de Moissac et
des comtes de Toulouse dans leurs fonctions d‟abbés séculiers de Moissac, soit les folios 152 à 178 du Paris,
BN, ms. lat. 4991-A.
En annexe, le lecteur trouvera quelques autres épisodes de l‟histoire de l‟abbaye figurant à d‟autres
endroits du manuscrit. En effet, Aymeric de Peyrac insère dans la Chronique des papes et des rois de France
plusieurs passages qui parlent de l‟abbaye de Moissac. De Bréquigny le lui reprochera, estimant qu‟il s‟agit
là d‟un manque de rigueur rédactionnelle: « On a pu remarquer que du Peyrat, dans les deux premières
parties de sa Chronique, s‟est souvent occupé de l‟abbaye de Moissac. Il auroit mieux fait de réserver ce
qu‟il avoit à en dire, pour sa troisième partie, qu‟il a particulièrement destinée à cet objet ».3
Etablissement du texte
Si j‟avais écouté les auteurs qui ont écrit sur Moissac, je n‟aurais jamais entrepris le présent travail. Non
seulement on n‟a cessé de critiquer la valeur historique de l‟ouvrage d‟Aymeric de Peyrac, mais encore on se
plaisait à souligner les difficultés paléographiques et stylistiques. En 1801, le bibliothécaire De Bréquigny
écrit: « l‟écriture est du XVe siècle, assez belle pour le temps; mais elle est peu facile à lire, tant à cause des
abréviations fréquentes, qu‟à cause de la ressemblance de la plupart des lettres entre elles ».4 Selon la
personne qui pour le chanoine C. Daux transcrivit la “charte de Nizezius”, le texte était « mal écrit, empâté,
criblé d‟abréviations, et le meilleur latiniste y perd ... son latin ».5 A voir les transcriptions faites par cette
personne, les difficultés paléographiques furent effectivement insurmontables. Du moins pour lui. Comme
spécimen du texte d‟Aymeric de Peyrac, le correspondant du chanoine Daux donne:
Venerabili in Xpó pr et domno applico leuthadro abbati et omn cogregcon monasterii moissacy infra pago
cadurcino qd i honore sancti petri constructum es vide. Ego niseziunne et intrudis du reatum conscien nos
agnovimus opportet nos ut dum Deus ...
L‟informateur de M. Daux, qui n‟a pas su lire les abréviations, exagère la difficulté de l‟entreprise. J‟ai
1
E Chronico Aimerici de Peyraco, abbatis Moissiacensis, in: RHF, t. 23 (Paris 1894), p. 198-212.
2
ADTG, ms 255 (fonds Momméja), n° 220.
C de Bréquigny, Chronique d‟Aimery du Peyrat, abbé de Moissac, manuscrit de la Bibliothèque Nationale, coté 4991 A. II e et IIIe
3 en
Parties, in: Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques, t. 7, première partie (an XII), p.
10.
C de Bréquigny, Chronique d‟Aimery du Peyrat, abbé de Moissac, manuscrit de la Bibliothèque Nationale, coté 4991 A. Première
4 en
partie. Chronique des Papes, in: Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques, t. 6 (an IX),
p. 73.
5
C. Daux, Eclaircissements sur la charte de Nizezius (680), in: Revue d‟Histoire de l‟Eglise de France 2 (1λ11), p. ι, note 2.
25
transcrit, quant à moi, sans devoir vaincre d‟insurmontables difficultés paléographiques:
Venerabili in Christo patri et domno appostolico Leuthadio abbati et omni congregationi monasterii
Moyssiacensi infra pago Caturcinio quod in honore Sancti Petri constructum esse videtur, ego Nisezimus
et Intrudis, dum reatum consciencie nostre agnovimus, opportet nos ut dum Deus ... (f. 153rb, lignes 1-8).
L‟établissement du texte n‟a donc pas posé de problèmes insurmontables. Comme toujours en pareil cas,
quelques choix ont dû être faits:
j‟ai transcrit fidèlement le texte d‟Aymeric de Peyrac, d‟après les deux manuscrits, sans aucune correction
orthographique;
le texte latin a été placé sur la page de gauche, la traduction sur la page de droite;
toutes les abréviations ont été résolues. La plupart n‟ont posé aucun problème d‟interprétation. Dans les
cas où plusieurs solutions s‟offraient, par exemple Moyss., pouvant être développé en Moyssiaci,
Moyssiacy ou Moyssiacensis, mais n‟en changeant pas le sens, un choix a dû être fait. J‟ai développé dns
en Dominus quand il s‟agissait de notre Seigneur, et en domnus quand il s‟agit d‟une personne humaine;
les abréviations d‟ouvrages de droit canonique qu‟Aymeric de Peyrac utilise fréquemment, ont également
été résolues. Ainsi, f. 170vb, ligne 30, où le manuscrit porte:
in c nova quedam de pe et re
j‟ai transcrit:
en donnant la référence complète et exacte du texte cité par notre auteur dans l‟apparat de la page de
droite;
les lettres c et t, pratiquement interchangeables, ont été lues selon l‟orthographe habituelle du mot latin.
La ligature ct a été transcrite, selon le contexte, par cc, ct ou tt. Trois exemples, empruntés au f. 167rb,
lignes 4-9:
occulorum
senectute
decrettorum
< > des crochets aigus pour les addenda; ce sont des mots qu‟Aymeric de Peyrac, de toute évidence,
a oublié d‟insérer. Je les ai soit restitués d‟après les sources, soit conjecturés;
[ ] des crochets droits pour les secludenda; il s‟agit soit d‟interpolations, soit de dittographies;
( ) des parenthèses pour les mots et les phrases écrits soit en marge soit en bas de page, et dont la
place dans le manuscrit est indiquée par une marque de renvoi.
dans le manuscrit, la ponctuation est soit absente, soit réduite au minimum, soit parfaitement illogique.
J‟ai donc ponctué le texte, tout en l‟adaptant aux exigences d‟une bonne lisibilité. La même chose vaut
le manuscrit 4991-A n‟a pas de rubrication. Les rares divisions du texte que le manuscrit indique ont
pour l‟utilisation de capitales et de guillemets;
naturellement été respectées. Ainsi, les initiales décorées ont été rendues par des capitales d‟un plus grand
26
corps, et soulignées. Pour le reste, j‟ai divisé le texte en alinéas et en chapitres. J‟ai enfin donné des titres
aux chapitres et un titre à l‟ouvrage.
Traduction
Un travail de traduction n‟enthousiasmait pas davantage les auteurs ayant écrit sur Moissac: la Chronique,
écrit Maurice de Guercy, « est écrite en un latin moyenâgeux assez facile à comprendre, mais très difficile à
traduire en bon français ».1 Le présent ouvrage prouve que je ne me suis pas laissé décourager par le sombre
tableau dépeint par mes prédécesseurs. Je ne dis pas que la tâche fut aisée, et que ma traduction est parfaite.
Dans l‟ensemble, la traduction n‟a pas présenté d‟obstacles majeurs. Il est vrai que certains passages
boiteux, rendus inintelligibles par l‟incurie de notre copiste ou par l‟absence de ponctuation, ont été traduits
assez librement. Pour le reste, je suis resté le plus près possible du texte. Si l‟élégance de la traduction a pu
en souffrir, l‟authenticité du récit n‟en sera que mieux respectée.
J‟ai essayé de répondre à l‟exigence de saint Jérôme: « Hoc unum scio, non potuisse me interpretari, nisi
quod ante intellexeram » (je suis sûr d‟une chose: je ne peux traduire que ce que j‟aurai d‟abord compris).2
Je reprends enfin à mon compte ce qu‟écrivait au IIe siècle av. J.-C. le traducteur du livre de la Sagesse de
Jésus Sirach: « Vous êtes donc invités à en faire la lecture avec bienveillance et attention, et à montrer de
l‟indulgence s‟il vous semble que nous avons échoué, malgré tous nos efforts, à rendre certaines expressions
». [..] « Je me fis un devoir impérieux d‟appliquer mon zèle et mes efforts à traduire ce livre, et, après avoir
consacré beaucoup de veilles et de science durant ce laps de temps à mener à bien ce travail, de le publier à
l‟intention de ceux qui, à l‟étranger, désirent s‟instruire » (Siracide, préf. 15-20 et 30-34).
Annotation
L‟annotation du texte latin, sur les pages de gauche, ne comporte que les indications nécessaires au seul
établissement du texte. J‟ai indiqué toutes les variantes des deux manuscrits de la Chronique (Paris, BN, ms.
lat. 5288 et 4991-A). Pour les sources d‟Aymeric de Peyrac, que ce soient les textes patristiques, canoniques
ou historiques, ou les documents d‟archives de l‟abbaye, je n‟ai indiqué que les principales variantes, ainsi
que les corrections à apporter de manière indubitable, en omettant les variantes orthographiques
insignifiantes. En effet, le but du présent ouvrage n‟est pas de donner une édition critique de ces textes
connus par ailleurs, ni même des chartes de l‟abbaye de Moissac (qu‟il serait par ailleurs utile de publier!),
mais seulement de présenter le texte d‟Aymeric de Peyrac.
Tout le reste de l‟apparat critique, le commentaire nécessaire à la traduction, l‟annotation historique,
l‟indication des sources, les références bibliques et patristiques ont été groupées dans l‟apparat de la
traduction sur les pages de droite. Les références de la page de gauche sont données en abrégé: le lecteur se
reportera donc toujours à la page de droite.
Les noms de personnes et de lieux ont été identifiés dans la mesure du possible. Si l‟identification des
noms de personnes n‟a pas posé de problème majeur, il n‟en a pas été de même pour les localisations
géographiques. Le temporel de Moissac n‟a jamais été sérieusement étudié. Après les premières recherches
de Rupin et de Lagrèze-Fossat, remontant à la fin du XIXe siècle,3 le travail le plus complet a été fait par
Marie-Claude Barlangue, dans sa thèse de l‟Ecole des Chartes, L‟abbaye Saint-Pierre de Moissac des
origines au début du XIVe siècle, restée à l‟état de manuscrit. Les listes publiées par Müssigbrod sont non
seulement incomplètes (il manque la liste des biens acquis par l‟abbé Hunaud, f. 158va), mais encore très
insuffisantes (la plupart des noms n‟ont pas été localisés). Par moments, elles sont même fautives. Ainsi, en
transcrivant (f. 162vb):
[...]
s. petri de magray
dos de lobenx
[...]
1
M. de Guercy, L‟abbaye de Moissac, in: BSATG 76 (1949), p. 57-58.
2
Præfatio sancti Hieronymi in Job, in: Migne, PL 28, col. 1081.
3
A. Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, 4 tomes (Paris 1870-1874, Montauban 1940); Ernest Rupin, L‟abbaye et les
cloîtres de Moissac (Paris 1897 = reprint Treignac 1981).
27
Müssigbrod invente le lieu inexistant de Magray,1 là où il fallait tout simplement lire:
lieux que l‟on identifie facilement, à l‟aide d‟une carte d‟état-major au 25.000e, comme Magradous et
Loubens-Lauragais, en Haute-Garonne. Ceci n‟est qu‟un exemple parmi d‟autres. L‟identification des
dépendances de l‟abbaye de Moissac aux XIe et XIIe siècles fait l‟objet d‟un chapitre dans mon étude Apogée
de Moissac.2 Pour l‟orthographie des noms des communes, je me suis conformé au Dictionnaire des
communes (Paris 197636); pour celle des toponymes aux cartes au 25.000e de l‟Institut Géographique
National.
***
Cette édition fut à l‟origine un mémoire de maîtrise en théologie (option: histoire de l‟église), rédigé sous la
direction du professeur Lei Meulenberg (Universités Catholiques de Nimègue, Pays-Bas, et de São Paulo,
Brésil), et soutenu à l‟Universitair Centrum voor Theologie en Pastoraat à Heerlen (Pays-Bas), dépendance,
depuis 1992, de la faculté de théologie de l‟Université Catholique de Nimègue, le 10 août 1994, en la fête de
saint Laurent, saint patron des diacres et des archivistes-paléographes.
Je tiens à remercier tous ceux qui, par leurs conseils, par leur aide, ou tout simplement par leur patience,
ont contribué à la réussite de cette édition.
1
Müssigbrod 1λκκ, p. 35ι. Il est vrai qu‟il ne fait que reprendre l‟erreur de Rupin, p. ι4-75, note 7.
2
Voir mon ouvrage: Apogée de Moissac, p. 149-216.
3
Acte de Childeric II en faveur des monastères de Stavelot et de Malmedy, dressé à Maastricht: J. Halkin, C.G. Roland, Recueil des
chartes de l‟abbaye de Stavelot-Malmedy, t. 1 (Bruxelles 1909), n. 6, p. 23.
4
Acte de donation de Saint-Pierre de Magradous, en faveur de l‟abbaye de Moissac, dressé à Moissac en 10λι: ADTG, G 569 I, f.
14v.
28
Orientation bibliographique
Les ouvrages de référence sur Moissac ont déjà plus de cent ans. Avec les réserves d‟usage, ils sont
encore utilisables:
A. Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, 4 tomes (Paris 1870-1874, Montauban 1940; reprint des
tomes 1 à 3: Treignac 1994 = ISBN 2-903438-10-1).
Ernest Rupin, L‟abbaye et les cloîtres de Moissac (Paris 1897; reprint Treignac 1981 = ISBN 2-903438-18-
8).
Daniel Borzeix, René Pautal, Jacques Serbat, Histoire de Moissac (Treignac 1992 = ISBN 2-903438-101-8).
Chantal Fraïsse, Moissac, histoire d‟une abbaye. Mille ans de vie bénédictine (Cahors 2006 = ISBN 2-
916488-05-7)
Meyer Schapiro, La sculpture de Moissac (Paris 1987 = ISBN 2-08-0120-76-X). Ce livre a paru à l‟origine
en anglais: The Sculpture of Moissac (New York 1985 = ISBN 0-8076-1119-0).
Thorsten Droste, Die Skulpturen von Moissac. Gestalt und Funktion romanischer Bauplastik (München 1996
= ISBN 3-7774-6590-9).
Quitterie Cazes, Maurice Scellès, Le cloître de Moissac (Bordeaux 2001 = ISBN 2-87901-452-2).
André Calvet, De la pierre au son. Archéologie musicale du tympan de Moissac (1999 = ISBN 2-908695-26-
X).
On consultera l‟ensemble des publications du Zodiaque, éditées par les Bénédictins de La-Pierre-Qui-Vire
(89630 Saint-Léger-Vauban), dans les séries: Introduction à la Nuit des Temps, La Nuit des Temps, Les
Points Cardinaux, La Carte du Ciel.
Sur la période d‟apogée de l‟abbaye de Moissac, la seconde moitié du XIe et la première moitié du XIIe
siècle, il existe quelques ouvrages récents:
Axel Müssigbrod, Die Abtei Moissac 1050-1150. Zu einem Zentrum Cluniacensischen Mönchtums in
Südwestfrankreich (Münster 1988 = Münstersche Mittelalter-Schriften, 58 = ISBN 3-7705-2531-0).
Nicole de Peña, Les moines de l‟abbaye de Moissac de 1295 à 1334 (Turnhout 2001 = ISBN 2-503-51201-1
= Cahier Mabillon, 1).
29
L‟histoire de la ville de Moissac et de l‟abbaye au XVIIIe siècle a été étudiée par:
Henry Ricalens, Moissac sous l‟Ancien Régime : la cité et les hommes (thèse de doctorat d‟histoire
Université de Toulouse-Le Mirail).
Henry Ricalens, Moissac du début du règne de Louis XIII à la fin de l‟Ancien Régime. Contribution à
l‟histoire économique et sociale d‟une ville du Bas-Quercy (Toulouse 1994 = ISBN 2-903847-57-6).
Olivier Guiral, L‟abbaye de Moissac au XVIIIe siècle. La gestion d‟une abbaye et de ses possessions au
Siècle des Lumières (mémoire de maîtrise Université de Toulouse - Le Mirail, septembre 1995).
Olivier Guiral, L‟abbaye Saint-Pierre de Moissac au XVIIIe siècle. Une riche abbaye et ses possessions au
Siècle des Lumières, in: BSATG 129 (2004), p. 43-67.
DUFOUR (Jean), « La composition de la bibliothèque de Moissac à la lumière d‟un inventaire du XVIIe siècle
nouvellement découvert », Scriptorium 35 (1981), p. 175 - 226.
DUFOUR (Jean), « Manuscrits de Moissac antérieurs au milieu du XIIe siècle et nouvellement identifiés »,
Scriptorium 36 (1982), p. 147 - 173
DUFOUR (Jean), « Les manuscrits liturgiques de Moissac », Cahiers de Fanjeaux n° 17 (1982), p. 115 - 138.
Une approche catéchétique et théologique de certains chapiteaux du cloître et du portail est donnée par:
Chantal Fraïsse, L‟enluminure à Moissac aux XIe et XIIe siècles (Auch 1992 = ISBN 2-908629-00-3).
Des études spécifiques sur l‟histoire de l‟abbaye de Moissac ont paru dans les publications suivantes:
Moissac et l‟Occident au XIe siècle. Actes du colloque international de Moissac, 3-5 mai 1963 (Toulouse
1964).
30
CHRONIQUE DES ABBÉS DE MOISSAC
31
<Paris, BN, ms. lat. 5288, f. 61rb>
32
P R O L O G U E1
Comme Grégoire le Grand l‟écrit à l‟abbé Mellitus, “celui qui s‟efforce de monter quelque part s‟élève par
des degrés ou pas à pas, et non pas en faisant des sauts”.2 En respectant l‟ordre des abbés qui gouvernaient le
monastère de Moissac, en y intégrant des développements sur l‟origine des moines et l‟origine des règles
religieuses, je parlerai maintenant, dans ce petit opuscule, avec l‟aide de Dieu, de certains événements,
d‟après la matière à ma disposition, puis de certains comtes de Toulouse et des événements de leur temps. Et
si dans ces annales l‟ordre exact n‟est pas observé, cela est imputable aux anciens cartulaires, car je ne veux
pas inventer des choses erronées.
1
Cette introduction ne figure que dans le manuscrit A (Paris, BN, ms. lat. 5288, f. 61rb).
2
Grégoire le Grand, Epistolae, lib. 11, Epistola LXXVI ad Mellitum abbatem, in: Migne, PL ιι, col. 1216: “.. quia is qui locum
summum ascendere nititur necesse est ut gradibus vel passibus, non autem saltibus elevetur”.
33
<Paris, BN, ms. lat. 4991 A, f. 152vb>
34
PREMIÈRE PARTIE
f. 152vb.
Lorsque l‟illustre roi Dagobert,1 accompagné de ses ducs, de ses grands et d‟une très grande armée, partit en
guerre contre les Gascons, il passa dans la région où saint Amand prêchait avec persévérance la parole de
Dieu. Dans le pays de Cahors, dans le monastère de Moissac, fondé par Clovis Ier, roi très chrétien des
Francs,2 il trouva comme abbé /
1
Dagobert Ier: 622/628-638.
2
La fondation de l‟abbaye de Moissac en 506, par le roi Clovis Ier, a toujours été revendiquée avec force par les moines, puis par les
chanoines de Moissac, mais toujours sans la moindre preuve. Aymeric de Peyrac ne cesse, lui aussi, d‟avancer cette prétention. Il a
relaté la légende de la fondation par Clovis dans la partie de sa Chronique consacrée aux rois de France, f. 103r-104r (voir: Annexe
1). Dans le récit de la Croisade des Albigeois par Pierre des Vaux de Cernay, qu‟il copie partiellement, il va jusqu‟à modifier le
passage parlant de la fondation de l‟abbaye de Moissac, en changeant le nom de Pépin par celui de Clovis (f. 164ra, lignes 26-27). On
le sent quand-même gêné par l‟absence totale de documentation historique sur la première période de l‟abbaye. Il cherche dès lors à
expliquer ces lacunes par les troubles qu‟aurait connu l‟abbaye, et la perte de biens et de documents. Sa démarche est relativement
honnête; d‟autres auteurs du XIVe siècle n‟auraient pas hésité à inventer de toutes pièces une series abbatum. Aymeric préfère
constater honnêtement qu‟il n‟a rien trouvé (voir par exemple: f. 153ra, lignes λ-10). – Sur la fondation de l‟abbaye par Clovis, lire:
Chantal Fraïsse, Moissac, histoire d‟une abbaye. Mille an de vie bénédictine (Cahors 2006), p. 15-25.
35
<f. 153ra>
a. Lisez : pigne – b. A : [..]nsbertus – c. A : pour fuit habetus : habetur – d. A : recenseantur – e. Lisez : horum – f. A :
copiam
36
f. 153ra.
/ Amand, avec qui il se lia d‟une solide amitié, nourrie par un grand sens religieux. Plus tard, pour ses
mérites, celui-ci obtint le siège épiscopal de Maastricht, quand Ansbert fut nommé abbé. 1 Quand Amand
présidait aux destinées de l‟abbaye, il reçut de Dagobert de nombreux biens, qui agrandirent l‟établissement.
Mais nous ne trouvons pas de documents sur les prédécesseurs d‟Amand, car pendant longtemps le
monastère était tombé dans l‟oubli chez les rois des Francs. A cause des actes de guerre et des conflits des
rois, il fut hypothéqué. Il n‟a pas dû rester sans tête et nous pensons que ce lieu eut d‟autres pasteurs. Mais
Amand est le premier dont nous trouvons mentionné expressément le nom.
Cet homme illustre rejoignit la compagnie des saints du Paradis, à cause des mérites de sa vie et de ses
bonnes oeuvres, parce qu‟il ne s‟écarta point du droit chemin de la Règle.
Ansbert fut un abbé très digne et bon de ce monastère. A cause de ses mérites, il fut considéré plus tard
comme particulièrement saint.2
En raison des actes de ces deux abbés, les sérénissimes rois des Francs leur portaient une particulière
affection, et ils aimaient le monastère, comme fondateurs et protecteurs particuliers.
Léotade présidait ensuite audit monastère.3 Cet illustre et saint homme brillait particulièrement de vertus. Je
donne ici la copie d‟une donation, faite à cet abbé et audit monastère, dont la teneur est la suivante4: /
1
Il existe plusieurs saints appelés Amand (Amandus) ou Amans (Amantius). La vie de saint Amand (mort le 6 février 675 ou 676),
apôtre du Hainaut et des Flandres, et, semble-t-il, quelque temps évêque de Maastricht (Pays-Bas, province de Limbourg), a été écrite
une cinquantaine d‟années après sa mort par quelqu‟un de son entourage. Il y est bien question d‟un travail missionnaire chez les
Vascones, mais pas d‟un abbatiat à Moissac, fonction que le biographe aurait certainement mentionnée. Le saint Amand du Hainaut,
évêque de Maastricht, a donc été “emprunté” par l‟abbaye de Moissac. Tant en Hainaut, à Moissac qu‟à Maastricht, sa fête tombe le
6 février. Lire: Edouard de Moreau, Saint Amand. Apôtre de la Belgique et du nord de la France (Louvain 1927); Régis de La Haye,
De bisschoppen van Maastricht (Maastricht 1985 = Vierkant Maastricht 5), p. 53-57. – La tradition de l‟abbaye de Moissac
connaissait Amand comme l‟un des premiers abbés. Son nom est cité dans le texte authentique (non interpolé) de l‟acte du 26 juin
818: Régis de la Haye, Moines de Moissac et faussaires (IV), in: BSATG 124 (1999), p. 47-58. Il a été identifié plus tard, à tort, avec
saint Amand d‟Elnone.
2
La tradition moissagaise a confondu deux saints Ansbert. Un premier saint Ansbert fut abbé de Moissac vers 630-640. Il est
mentionné, avec son successeur Léotade, dans la vie de saint Didier, évêque de Cahors de 630 à 655: Vita Sancti Desiderii, episcopi
Cadurcensis, c. 23, in: CCSL 117, p. 370-3ι1: “Nam et Mussiacense cenobium huius tempore a viris laudabilibus Anseberto et
Leuthado iniciatum est”. Le nécrologe de l‟abbaye de Moissac le mentionne au 30 septembre. Un autre saint Ansbert, dont la vie ne
permet d‟établir aucun lien avec Moissac, devint abbé de Fontenelle en 6ιλ et archevêque de Rouen en 6κ4, avant de mourir en 699.
Ce saint Ansbert de Rouen était commémoré le 9 février. Il y a donc un écart chronologique de deux générations entre les deux
homonymes. La confusion entre les deux saints Ansbert paraît être une conséquence de la translation des reliques du dernier, en 868,
de l‟abbaye de Fontenelle à l‟église Saint-Martin de Moissac. Godfried Henschenius, qui publia dans les Acta Sanctorum la vie de
saint Ansbert de Rouen, connaissait la mention dans la vie de saint Didier, et avait déjà compris qu‟il fallait mettre en doute l‟identité
des deux Ansbert: [Link]. Febr. II (Anvers 1658), p. 343. – Lire aussi: Axel Müssigbrod, Der Heilige Abt Ansbertus von Moissac, in:
Analecta Bollandiana 99 (1981), p. 279-284.
3
Les deux seules mentions historiques de saint Léotade sont celles figurant dans la Vie de saint Didier (vers 650/655), et dans l‟acte
de donation de Nizezius (6κ0). La tradition moissagaise a confondu cet abbé avec son homonyme, évêque d‟Auch de 6λ1 à ι1κ, dont
la fête tombait le 23 octobre. – Voir: Müssigbrod 1988, p. 15-16.
4
La “charte de Nizezius” est reconnue aujourd‟hui comme un faux, forgé au scriptorium de Moissac sous l‟abbé Ansquitil : Jean-Luc
Boudartchouk et alii, La « Charte de Nizezius » : encore un faux de l‟abbaye clunisienne de Moissac ?, in : Annales du Midi, t. 119,
n° 259, 2007, p. 269-308.
Qu‟Aymeric de Peyrac ait travaillé sur l‟original ou sur une copie déjà corrompue, toujours est-il que sa transcription est très
mauvaise: non seulement la graphie des toponymes subit d‟importantes variantes, mais encore il oublie les noms de certaines
donations. Enfin, il ne donne pas les souscripteurs.
37
<f. 153rb>
38
f. 153rb.
/ « Au vénérable père dans le Christ et seigneur apostolique Léotade, abbé, et à toute la communauté du
monastère de Moissac, dans le pays de Cahors, édifié en l‟honneur de saint Pierre, moi, Nizezius et Intrude,
pendant que nous reconnaissons en conscience notre culpabilité, il nous importe, puisque Dieu a posé dans
notre volonté le désir du vrai partage, selon ce que l‟on lit dans l‟évangile, que dès lors nous faisons pour
Dieu selon ce qu‟Il a daigné dire dans l‟évangile: “Va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres, et tu
auras un trésor dans le ciel, et viens, suis-moi”. C‟est pourquoi, voyant que vous écoutez cet appel véritable,
nous vous donnons à vous, serviteurs de Dieu sus-nommés, et à la communauté dans le monastère nommé ci-
dessus:
– dans le pagus de Toulouse, les domaines dénommés Calme, Albefeuille, Barry-d‟Islemade, Villemade,
<Ventilhac>, dans leur intégralité, suivant les terres et les lieux par nous désignés;
– dans le même pagus, en un autre lieu, nos autres domaines, <Finhan>, avec nos courts dominicales, avec
les églises ou les constructions, les viviers, vergers, pêcheries, moulins et leurs dépendances; Bessens, les
domaines Scaterva et Orsolingus, et le village de Ganicolas avec l‟église de Saint-Médard qui est dans ses
limites, avec toute son intégralité, avec serfs, colons et affranchis, dans les limites et lieux par nous désignés,
partant d‟un coude de la Garonne jusqu‟à le domaine de Sals, avec l‟église de Saint-Saturnin que nous avons
achetée, après en avoir donné le prix, à feu Girald, /
39
<f. 153va>
40
f. 153va.
/ ensuite par l‟ancien fanum de Lapeyrière, arrivant par le ruisseau de Najac, qui est au milieu de la forêt
d‟Agre, pour parvenir à Ovaliesem ou à Montbartier, jusqu‟à Instripinguis, au retranchement d‟Euvald
jusqu‟au ruisseau de la Sandrune, ensuite par les marais jusqu‟au cours de la Garonne;
– dans un autre lieu, dans le même pagus de Toulouse, nos autres domainess ainsi dénommés: Lapidia avec
l‟église Saint-Martin, Velpiliac, Escatalens, Praveria, Castelsarrasin avec le village de Sainte-Gemme, le
domaine Sarpanas avec l‟église de Saint-Germain, <le domaine Goyne, le domaine Novolio avec l‟église
Saint-Médard>, et les domaines ci-dessus dénommés avec les églises et tous les hameaux et leurs
dépendances dans les limites par nous désignées, qui vont du milieu de la Garonne jusqu‟au milieu de la
forêt d‟Agre, ensuite par l‟Arone et par le marais de Novalietem jusqu‟à la Garonne;
– en un autre lieu, dans le pagus d‟Agen, le domaine Vianne toute entier, dans ses limites, Port-Sainte-
Marie, <le terme de Bazens>, et de l‟autre côté le domaine Barbaste, et à partir de là, de la rive de
l‟Auvignon jusqu‟à la Garonne;
– dans le pagus d‟Eauze nos autres villas de Jegun et Savignac, entièrement, comme elles nous
appartiennent dans leurs bornes antiques.
Nous laissons à nos propres héritiers en falcidie1 nos domaines de Mauressac, Haumont et Basile dans le
pagus de Toulouse; le Mas d‟Agenais, dans le pagus d‟Agen; et Mourède dans le pagus d‟Eauze.
Tous ces domaines énumérés ci-dessus, exception faite de ceux que nous laissons en falcidie, avec tout ce
qu‟ils contiennent, cours, églises, maisons, édifices, les dépendances et les colons qui y habitent, les
affranchis des deux sexes, avec les terres cultivées et incultes, vignes, prés, bois, pâturages, eaux et cours
d‟eau, avec tous leurs droits et /
1
Falcidie: disposition du droit romain, visant, en cas de donations à des tiers, à réserver une partie de l‟héritage aux héritiers.
41
<f. 153vb>
42
f. 153vb.
/ leurs dépendances, ce qui est acquis et à acquérir, je vous transfère tout et je vous le transmets, par cet acte
de vente, pour le posséder à jamais. Nous acceptons de votre part le prix qui nous satisfait, c‟est-à-dire 700
sous de l‟or le plus pur, et quatre manteaux valant 200 sous. Et ce prix reçu par nous, pour le remède de notre
âme, nous le donnons aux pauvres qui servent Dieu en ce lieu. Tout ce qui est indiqué ci-dessus, nous vous le
transmettons ainsi qu‟à vos successeurs, en pleine possession. Et quoi que vous voudriez en faire plus tard,
vous pourrez en jouir librement à votre guise, sur la base de cet engagement. Ce contrat de vente a été fait au
mois de mai, la septième année du règne de notre seigneur le roi Thierry. Signum de Nizezius, pécheur, et
d‟Intrude, qui avons reconnu et souscrit cette lettre de vente. Signum de Dagobert. » Etcetera.
J‟ai appris des anciens que pratiquement tous les lieux situés entre la ville de Moissac et le cours d‟eau
appelé l‟Hers,1 à trois lieues de Toulouse, appartenaient à ce monastère. Un prévôt du monastère du Mont-
Cassin déclara un jour à Toulouse la même chose, et il disait qu‟il l‟avait lu dans des pièces authentiques.
Cependant, à cause de leur ancienneté, les noms de ces lieux ont été changés, ou sont entièrement perdus, et
ont disparu de la mémoire des hommes.2
Voici pourquoi nous ne possédons plus ces lieux, fort nombreux, avec des terres étendues et des cours
d‟eau: il faut savoir qu‟il y eut plusieurs ravages, dévastations et destructions de domaines par les Sarrasins,
les Vandales, les Normands et autres tyrans. En raison du long laps de temps, il y eut des changements de
noms. Ainsi, on peut lire que la ville de Moissac s‟appelait autrefois Lutosa (“La Boueuse”), /
1
L‟Hers contourne Toulouse par l‟est et se jette dans la Garonne à une vingtaine de kilomètres au nord de Toulouse, vers Ondes.
2
Cet alinéa ne figure pas dans le manuscrit A.
43
<f. 154ra>
44
f. 154ra.
/ parce qu‟elle est construite dans un marais. C‟est pourquoi, comme je l‟ai exposé dans la deuxième partie,1
quand j‟ai voulu récemment construire un mur, je n‟ai pas trouvé à le fonder, et il fallait se servir de pilotis
en bois d‟aune sur lesquels j‟ai fait bâtir.2 Et si le Très-Haut n‟avait pas soutenu et protégé les bâtiments de
ce monastère, celui-ci serait rapidement tombé en ruine. Je n‟en doute pas, c‟est grâce à un miracle et à une
particulière protection divine que ces bâtiments restent debout. Le nom de la ville de Moissac vient du mot
moys, qui signifie „eau‟, et de sacus: „réservoir‟ contenant des tourbillons d‟eau et des cours d‟eau courante.
De même, du temps des païens, Paris fut appelé Lutecia, qui vient de luti foetore (“Boue Fétide”), mais les
païens reprirent le nom de Pâris-Alexandre, fils du roi Priam de Troie. Les anciens ont supprimé le nom de
Lutosum et l‟ont remplacé par le nom plus gracieux de Moissac.3
Ensuite, en beaucoup d‟endroits, dans les champs et sur les voies publiques, se voient de vieux dallages
qui témoignent d‟anciens domaines entièrement détruits, dont j‟ai parlé dans la deuxième partie de cet
ouvrage.4 Nous lisons aussi que du temps du prince Charles Martel,5 “les Sarrasins, avec toutes leurs
familles, dans le but de s‟établir en Gaule, passaient la Garonne, détruisaient tout, brûlaient les églises de
Dieu. Mais Charles, fort de l‟aide divine, partit en guerre contre eux, tua 375.000 Sarrasins avec leur roi
Abdérame, et perdit 1.500 des siens”.6 Donc, après la donation mentionnée ci-dessus, le pays fut plusieurs
fois pillé et détruit. Dans l‟église il y eut une clameur pire que lors des persécutions des cruels empereurs
Dioclétien et Maximien,7 /
1
Aymeric de Peyrac a abordé ce même sujet dans sa Chronique des Rois de France, sous Clovis I er: f. 105r. Voir Annexe 3.
2
Selon Vitruve, De Architectura, lib. 2, c. λ, le bois d‟aune est particulièrement indiqué pour asseoir les fondements d‟un édifice:
“que dans un marais on vienne à asseoir les fondements d‟un édifice sur des pilotis faits de ces arbres enfoncés très près les uns des
autres, ces arbres se remplissant de l‟humidité qu‟ils n‟ont pas, soutiennent la charge des constructions les plus massives et les
conservent sans s‟altérer”. Traduction d‟après: Ch.-L. Maufras, L‟Architecture de Vitruve, t. 1 (Paris 1847), p. 193.
3
Les conceptions étymologiques d‟Aymeric de Peyrac étaient celles de son temps. On les trouve, entre autres, chez son
contemporain Firmin le Ver, auteur d‟un dictionnaire latin-français, composé vers 1440: Firmini Verris Dictionarius, Dictionnaire
latin-français de Firmin le Ver, in: CCCM, series in-4°, I (Turnhout 1994). Pour Firmin le Ver, moys est un mot grec qui signifie
„eau‟ (p. 30ι), sacus signifie „sac‟ (p. 440), le verbe luto signifie „emboer, soullier de boe‟, l‟adjectif lutosus signifie „sordidus vel
luto plenus, ort, boeus‟, le substantif lutum signifie „boe, tay, sordes terre, cenum, limus‟ (p. 286), le verbe feteo signifie „puir, estre
ort et puant, putere, olere‟, le substantif fetor signifie „pueur, punaisie‟, et l‟adjectif fetosus signifie „plains de punaisie, puans‟ (p.
171). Le monastère de Leuze, en Belgique, aurait été fondé par saint Amand, et se serait appelé à l‟origine également Lutosa villa:
U. Berlière, Monasticon Belge, t. I, Provinces de Namur et de Hainaut (Maredsous 1890-1897), p. 311-312. La théorie viendrait du
moine Milon, continuateur de la vie de saint Amand: MGH, SRM 5, p. 450-4κ5. Or, l‟abbaye de Moissac possédait le texte de Milon:
Paris, BN, [Link]. 2627; notice: Dufour 1972, p. 150-151.
4
Paris, BN, [Link]. 4991-A.
5
Charles Martel (689-ι41), arrêta les invasions d‟Abdérame, émir arabe d‟Espagne, à Poitiers (ι32).
6
Copié sur Vincent de Beauvais, Speculum Historiale, lib. 23, c. 149 (p. 951).
7
Dioclétien, empereur romain de 284 à 313; Maximien, empereur romain, associé à Dioclétien, de 286 à 310.
45
<f. 154rb>
46
f. 154rb.
/ et le monastère de Moissac perdit beaucoup de biens. Mais affermissez-vous d‟une très grande espérance,
disant avec le Psalmiste: “Seigneur, toi mon héritage et ma part à la coupe, c‟est toi qui me rends mon
héritage”,1 ne soyons pas confondus. Car “il y a agitation quand la foi est faible; sécurité quand la charité est
parfaite”, selon saint Ambroise dans son Commentaire sur Marc.2
Paterne, qui dirigeait ce monastère, était saint et glorieux. Amarand était glorieux et saint.3 Parce que ces très
très saints abbés ne finirent pas leurs jours en dirigeant cette abbaye, on n‟y célèbre pas leur fête, comme cela
aurait été le cas si ils y étaient décédés.4
Voilà pourquoi le monastère produisait des exemples de vertu, qu‟il portait des fruits et croissait. Voilà
aussi pourquoi saint Amand devint évêque de Maastricht, saint Ansbert évêque de Rouen, saint Léotade
évêque d‟Auch,5 saint Paterne évêque d‟Auch6 et saint Amarand évêque d‟Albi.7 Ils observaient d‟abord une
une vie monastique avant d‟être promus de cette abbaye de Moissac aux dites églises.
S‟il est vrai que, dans la première partie, j‟ai déjà donné quelques explications sur la naissance de la vie
monacale et sur les hommes illustres qui observent cet état, je veux tout de même en parler plus longuement
ici. Il faut savoir que la sainte vie monastique a commencé dès l‟Ancien Testament, dans la vie
anachorétique que menèrent Elie, Elisée et Jean-Baptiste. Dans le Nouveau Testament, elle a commencé dès
l‟époque de la prédication des apôtres, comme l‟expose clairement Cassien citant Piamun, dans les
Conférences des Pères, à la Conférence 18.8 Et le Maître de l‟Histoire Scolastique, Sur l‟Evangile, dit qu‟un
de ceux qui ressuscitaient avec le Seigneur ressuscité fut saint Iscarioth, qui était, dit-on, abbé.9 Donc, du
temps du Christ /
1
Psaume 16[15],5.
2
Saint Ambroise a écrit un commentaire, non sur saint Marc, mais sur saint Luc. C‟est cette dernière, l‟Expositio Evangelii secundum
Lucam, lib. 4, § ι0, que cite, très librement, Aymeric de Peyrac: “Illic ergo turbatio, ubi modica fides. Hic securitas, ubi perfecta
dilectio”. Texte et traduction dans: Gabriel Tissot, Ambroise de Milan. Traité sur l‟Evangile de S. Luc, t. 1 (Paris 1956 = SC 45), p.
179-180. L‟abbaye de Moissac possédait le Commentaire sur Luc de saint Ambroise (BN, ms. lat. 1ι40); notices: Dufour 1972, p.
114; Dufour 1981, n. [46].
3
Nous ne disposons plus de preuves historiques de l‟existence des abbés Paterne et Amarand.
4
Effectivement, Paterne et Amarand ne figurent pas dans les obituaires moissagais conservés.
5
Comme nous l‟avons déjà constaté, la tradition moissagaise identifie à tort ces trois abbés avec leurs célèbres homonymes, évêques
de Maastricht, de Rouen et d‟Auch.
6
Confusion avec saint Paterne, évêque d‟Auch au IIIe siècle. Voir sur cet abbé: Rupin, p. 31-32; Müssigbrod 1988, p. 16.
7
La tradition moissagaise a confondu saint Amarand avec son homonyme, évêque d‟Albi au III e siècle. Voir sur cet abbé: Rupin, p.
32-33; Müssigbrod 1988, p. 17.
8
Jean Cassien, Conférences, XVIII, ch. 5, in: SC 64, p. 14.
9
Maître Pierre Comestor (= Pierre le Mangeur, chanoine de Sainte-Marie de Troyes, XIIe siècle), Historia Scholastica, In Evangelia,
c. 178, in: Migne, PL 198, col. 1633.
47
<f. 154va>
48
f. 154va.
/ et des apôtres, il y avait des moines. Longin, ce soldat qui de sa lance ouvrit le côté du Christ, ayant fait
pénitence, devint moine plus tard.1 Et dans les Fleurs de saint Bernard,2 dans son Apologie aux Clunisiens, il
il y a ceci: “Hélas, pauvre de moi, quelconque moine! Pourquoi dois-je encore vivre, pour voir notre ordre en
arriver là, celui-là même qui tint une première place dans l‟église, voire par lequel l‟église prit son départ ?
Aucun ordre sur terre ne ressemble plus aux ordres des anges, aucun n‟est plus près de notre mère la
Jérusalem Céleste, que ce soit par la grâce de la chasteté, ou par l‟ardeur de l‟amour fraternel. Ses initiateurs
étaient les apôtres, parmi ceux que Paul appelle souvent les saints étaient les premiers”.3 Vincent le dit dans
son Historiale, sous le temps de l‟empereur Conrad.4
Je mentionne l‟abbé Pacôme qui, en Thébaïde, rassembla pour la première fois des moines.5 Il reçut une
règle, portée par un ange, écrite sur des tables de bronze, pour la transmettre aux moines. Ce Pacôme apprit
aux moines comment vivre en suivant la règle.6 Alors, une image d‟une admirable lueur, portant une
couronne d‟épines, lui dit entre autres: “Courage, Pacôme, parce que jusqu‟à la fin ta postérité ne défaillira
pas”. Ce mot est cité par Vincent au temps des empereurs Arcadius et Honorius.7
Jérôme dit dans les Vies des Pères, là où il parle du bienheureux Apollonius, qu‟il y avait dans le désert
une population de moines presque aussi nombreuse que celle des villes.8
Dans l‟homélie qui commence par Frequenter, saint Augustin dit entre autres ceci: “Moi qui suis moine,
qui ai renoncé à être du monde, je serai sauvé comme moine, sinon je ne serai pas guéri”.9
Certains disent que saint Antoine fut le premier moine a être appelé de ce nom. Pourtant on lit au temps
de l‟empereur Commode,10 en l‟an 188, /
1
Longin fut martyrisé à Césarée de Cappadoce. La ville de Mantoue prétend posséder ses reliques. Fête le 15 mars.
2
L‟abbaye de Moissac possédait un manuscrit des Flores Bernardi: Dufour 1981, p. 193, n° [49].
3
St. Bernard, Apologia ad Guillelmum Sancti-Theoderici abbatem, c. 10, in: Migne, PL 182, col. 912.
4
Vincent de Beauvais, Speculum Historiale, lib. 28, c. 94 (p. 1172). Arcadius, empereur d‟Orient de 3λ5 à 40κ; son frère Honorius
était empereur d‟Occident de 3λ5 à 423.
5
Pacôme (v. 292-346), abbé de Tabenissi, sur les bords du Nil. Fête le 14 mai.
6
Vincent de Beauvais, Speculum Historiale, lib. 27, c. 82 (p. 683). Sur la Règle de l‟Ange, voir: Jean Cassien, Institutions
Cénobitiques, lib. 2, c. 4-6, in: SC 109, p. 65-71.
7
Vincent de Beauvais, Speculum Historiale, lib. 28, c. 47 (p. 709-710).
8
Rufin (= pseudo-Jérôme), Historia Monachorum = De Vitis Patrum, c. 7, De Apollonio, in: Migne, PL 21, col. 413.
9
Cette citation, non seulement est introuvable dans les Sermons de saint Augustin, mais en outre ne correspond pas à sa pensée.
Lettre du 31 octobre 1991 de M. Hans van Reisen, directeur de l‟Augustijns Instituut à Eindhoven (Pays-Bas), à l‟auteur de ces
lignes.
10
Commode, empereur romain de 189 à 192.
49
<f. 154vb>
50
f. 154vb.
/ sur les eunuques Prothe et Hyacinthe, devenus moines dans un monastère et sur leur mère Eugénie, qui
avait changé son nom en Eugène, et qui, bien qu‟étant une femme, était devenu(e) abbé et prélat de ce
monastère à la mort de l‟abbé. Il fut accusé d‟oppression par une femme du nom de Mélantie, qui avait jeté
ses yeux sur lui, mais à qui il n‟avait pas cédé. Après avoir été arrêté, il fut conduit au supplice devant le
préfet, mais déchira ses vêtements, et montra qu‟il était la fille du préfet. Prothe et Hyacinte étaient
également présents. Il y eut une grande joie, et le père fut baptisé avec eux. Mélantie fut brûlée par un coup
de foudre. C‟est l‟empereur Commode qui avait envoyé en Egypte l‟illustre romain Philippe, pour être préfet
d‟Alexandrie. Sa fille avait été baptisée en secret, avec les deux fils Prothe et Hyacinthe, et devint un homme
viril appelé Eugène.1 Et puisque saint Antoine vivait du temps de l‟empereur Constantin le Grand,2
Commode vivait bien avant lui, près de 180 ans. Saint Antoine vivait du temps de Constantin le Grand,
comme on lit dans sa vie, ainsi que dans l‟Histoire Tripartite, au livre premier3: Constantin le Grand fut
d‟abord empereur de la Grande Bretagne et des Gaules, après la mort de son père, enterré en Grande
Bretagne dans la ville de York. Il donna l‟Empire d‟Occident à saint Sylvestre et à ses successeurs, comme
on peut lire dans les Palleæ de Constantin, à la distinction 96.4 Et voilà pourquoi Boniface VIII demanda au
roi de France hommage et reconnaissance.5 Car les royaumes de l‟empereur étaient assujettis à Rome, ceux
des Teutons, des Francs, des Bretons, des Goths ces derniers dominent toute l‟Espagne, et comptent sept
royaumes: /
1
La fête des saints Prothe et Hyacinthe, martyrs, se célèbre le 11 septembre, celle de sainte Eugénie le 25 décembre. La curieuse
histoire de la transsexuelle Eugénie, changée en homme et devenu(e) abbé, et de ses deux eunuques, les frères Prothe et Hyacinthe,
accusés par Mélantie, et déférés devant Philippe, le père d‟Eugénie, préfet d‟Alexandrie, se lit chez Vincent de Beauvais, Speculum
Historiale, lib. 10, c. 115-118 (p. 408-410). La légende de Sainte Eugénie est représentée sur un chapiteau de l‟église de Vézelay
(Bourgogne Romane, La-Pierre-Qui-Vire 19868, pl. 107).
2
Constantin le Grand (272-33ι), empereur d‟Occident en 313, seul empereur en 324, institua un régime de tolérance pour les
chrétiens.
3
Cassiodore, Historia Tripartita, lib. 1, c. 11, § 11, in: CSEL 71, p. 36.
4
Il s‟agit de la célèbre Donatio Constantini: Edictum Constantini ad Silvestrum papam, in: Migne, PL 8, col. 567-578. Aymeric de
Peyrac cite d‟après le Decretum Gratiani, pars prima, distinctio λ6, c. 14 Palea, in: Friedberg, t. 1, col. 342-345. Du temps d‟Aymeric
de Peyrac, ce texte était encore considéré comme authentique.
5
Boniface VIII, pape de 1294 à 1303, eut de graves conflits avec le roi de France Philippe le Bel. Selon la “doctrine gallicane”, le
pouvoir temporel des rois dépendait de Dieu seul, et non des papes.
51
<f. 155ra>
52
f. 155ra.
1
Voir la version de ces événements en rapport avec la fondation de Moissac: Annexe 1.
2
Luc 2,1.
3
Aymeric de Peyrac a déjà remarqué dans la Chronique des Papes que, lors de la naissance de Jésus, l‟Empire romain s‟étendait sur
toute la terre: f. 2vb.
4
Aymeric de Peyrac fait allusion à la Donatio Pippini et à la Donatio Karoli, pactes entre la papauté et la dynastie carolingienne, et à
la fiction de la translatio imperii, la donation de l‟Empire, faite au pape par Constantin le Grand.
53
<f. 155rb>
54
f. 155rb.
/ pouvoirs. C‟est sur la base de ces droits que ce monastère fut doté de vieille date, grâce à de généreux dons.
La religion monacale florissait et prit son principal essor en Egypte. Puisqu‟il est question de l‟Egypte, il
faut savoir que l‟Egypte est dominée par la ville d‟Achila. Du côté de l‟occident elle est limitée par la Libye.
Elle s‟appelait à l‟origine Aeria, mais fut appelée plus tard Egypte, ayant emprunté ce nom à Egypte, le frère
de Donaus.1 Entourée totalement par le fleuve du Nil, elle prend la forme de la lettre D2 et elle compte
100.000 villages. Les nuages ne l‟obscurcissent pas, les pluies ne l‟irriguent pas, mais le Nil la fertilise par
ses inondations. Elle englobe aussi la province de Thébaïde, qui a emprunté son nom à la ville de Thèbes.
Dans cette dernière, saint Maurice gouvernait la Thébaïde et sa région.3 Cadmos l‟édifia, et ce fut l‟origine
de la région.4 En Egypte, il y a un désert entre Cades et Barat, qui s‟étend jusqu‟à la Mer Rouge et les
frontières de l‟Egypte. Dans ce très grand désert habitaient un grand nombre de saints moines. Là-bas, Paul,
premier ermite,5 au pied d‟un mont rocheux, s‟abritait dans une caverne à ciel ouvert, que couvrait un vieux
rameau de palmier, pendant qu‟une source qui sortait de terre arrosait le palmier. Paul restait en vie parce
qu‟un corbeau, sur l‟ordre de Dieu, le nourrissait d‟un demi-pain pour sa nourriture quotidienne.6 En Egypte,
Egypte, le très saint Antoine, centenaire, menait une vie céleste sur terre. Athanase dit à son propos: “C‟est
une voie parfaite menant à la vertu, que de savoir qui fut Antoine”.7 /
1
Cf. Isidore de Séville, Etymologiae, lib. 14, c. 3, § 2ι, in: Migne, PL κ2, col. 500: “Ægyptus, quae prius Aeria dicebatur, ab Ægypto
Danai fratre, postea ibi regnante, nomen accepit”.
2
Aymeric fait allusion à la lettre grecque Δ (delta).
3
La fête de saint Maurice et ses compagnons de la Légion Thébéenne se célèbre le 22 septembre.
4
Cadmos n‟était pas le fondateur de Thèbes en Egypte, mais de Thèbes en Béotie (Grèce). Mais il est vrai qu‟Aymeric emprunte ce
renseignement à Isidore de Séville, Etymologiæ, lib. 15, c. 1, § 35, in: Migne, PL 82, col. 531.
5
Saint Paul (228-341), premier ermite. Fête le 15 janvier. Saint Jérôme fut son biographe: Vita Sancti Pauli primi eremitae, in:
Migne, PL 23.
6
Tout ce passage sur l‟Egypte a été copié presque littéralement sur Gervais de Tilbury, Otia Imperialia, Emendationes, in: Leibnitz, t.
2, p. 759. Certains éléments se retrouvent aussi chez Vincent de Beauvais, Speculum Historiale, lib. 11, c. 86-87 (p. 440-441).
7
Saint Antoine (251-356), cénobite en Thébaïde. Fête le 1ι janvier. Athanase, évêque d‟Alexandrie, fut son biographe. – Citation de
la Vie de saint Antoine par Athanase, traduite par Evagrius: [Link]. Ian. II (Anvers 1643), p. 121.
55
<f. 155va>
56
f. 155va.
/ Saint Jérôme, dans la vie de saint Hilarion, parle encore plus amplement de l‟Egypte.1 Il dit que Babylone
d‟Egypte est à trois milles du désert d‟Antoine. Il y dit beaucoup de choses sur Pammachius2 et sur d‟autres
moines.
Il y a une Egypte Supérieure et Inférieure, ayant à l‟est la Syrie et la Palestine, à l‟ouest la Libye, au nord
la Grande Mer, au sud la montagne appelée Thomar, l‟Egypte Supérieure et le fleuve du Nil. Le Nil divise
l‟Egypte et en marque les frontières. Pour le reste, voir Les Merveilles du Monde de Gervais.3 Sur le Nil qui
traverse toute l‟Egypte, j‟ai lu qu‟il produit des animaux appelés crocodilles, dans la langue populaire
cocatrix, dont la grande taille et la force sont décrites plus amplement par saint Isidore dans le livre des
Ethiques.4 Sur terre sa force est limitée, mais dans l‟eau elle est très grande; sous l‟eau, il attrape tout et le
tire à soi. “Il est à noter que les poissons et les oiseaux demeurent dans les eaux pour y trouver de la
nourriture, parce qu‟ils ont été faits par les eaux. Pourtant, les oiseaux se nourrissent d‟air, les poissons
d‟eau. En effet, l‟air, comme l‟eau, est humide, et la terre est mélangée d‟eau. Ainsi, certains animaux sortent
de la terre et possèdent tout de même leur plus grande force dans l‟eau,”5 comme c‟est le cas pour le
crocodille.
Donc, du temps où saint Antoine, abbé et moine, était le principal exemple de vie cénobitique et
anachorétique, Constantin était empereur. Sous lui, l‟Egypte fleurissait de la sainteté des moines, et de son
temps toute l‟église et la chrétienté étendaient les limites de leur pouvoir. Mais saint Antoine ne vivait pas
avant les autres moines. Pourtant, “à partir de lui, tout /
1
Saint Hilarion (IVe siècle). Fête le 21 octobre. Saint Jérôme fut son biographe. L‟abbaye de Moissac possédait une vita de saint
Hilarion: Paris, BN, ms. lat. 5342, f. 128. Notices: Dufour 1981, n. [94]; Dufour 1982, p. 168-171. Hilarion visita la retraite
(Bruxelles 1858), p. 52-53. Le corps de saint Hilarion aurait été donné à l‟église de Duravel, dépendance de Moissac, par l‟abbé
égyptienne de saint Antoine, après la mort de celui-ci: Saint Jérôme, Vita sancti Hilarionis abbatis, c. 20, in: [Link]. Oct. IX
57
<f. 155vb>
58
f. 155vb.
/ le zèle des moines fut favorisé”, comme le dit saint Jérôme dans la vie de saint Paul, moine et ermite.1
Passons maintenant à certains hommes illustres qui firent profession de vie monastique: il y eut Grégoire
le Grand, voix de l‟éloquence chrétienne, auteur des Moralia;2 Jérôme, expert en plusieurs langues,
promoteur des sciences;3 Benoît, législateur des moines <et cultivateur du désert>,4 “parmi lesquels il brille
comme l‟étoile la plus claire entre les autres astres, brillant avec clarté du temps de Justinien l‟aîné5 et de
Hilderic, roi des Vandales,6 très éloquent et très remarquable auteur de la règle cénobitique, et fondateur
expert de toute la vie monastique”;7 et comme le dit encore le très saint Fauste: “Efforçons-nous de suivre
tous les pas du très saint Benoît qui, après avoir abandonné la maison et les affaires de son père, et enfin
fuyant sa nourrice, désirant plaire à Dieu seul, mérita du Seigneur une telle grâce que, après les premiers
saints apôtres, il n‟était le second de personne. Mais plutôt, par l‟aide de Dieu, il fut le fondateur de tant de
saints monastères, et il acquit au Seigneur des milliers de parfaits moines”,8 le très saint Antoine, encore plus
plus illustre par toute la terre pour ses vertus et sa sainteté,9 Maur, Placide, Fauste, Constantin, Valentinien,
Simplice et Honoré, disciples de saint Benoît,10 Augustin, apôtre des Anglais et docteur,11 Martin, l‟égal des
apôtres, éminent confesseur,12 “Pétrone, évêque de Bologne en Italie, homme d‟une sainte vie et s‟appliquant
depuis l‟adolescence à la vie monastique”,13 /
1
Citation de: Saint Jérôme, Vita sancti Pauli primi eremitæ, 1, prologus, in: Migne, PL 23, col. 17.
2
Saint Grégoire le Grand, pape de 5λ0 à 604. Excellent administrateur. Auteur d‟Homélies, de Dialogues et des Moralia. Fête le 12
mars.
3
Saint Jérôme (vers 347-420), exégète, s‟établit en Palestine pour y traduire la Bible en latin (Vulgate). Auteur de nombreux
ouvrages. Il fut le plus érudit des pères de l‟église. Fête le 30 septembre.
4
Saint Benoît (vers 480-54ι), fondateur du Mont Cassin. Auteur d‟une Règle qui a définitivement marqué le monachisme occidental.
Grégoire le Grand écrivit sa vie dans ses Dialogues. Fête le 21 mars.
5
Justinien Ier, empereur d‟Orient de 52ι à 565.
6
Hilderic, roi des Vandales de 523 à 531.
7
Citation de la Vita sancti Mauri, abbatis, c. 1, par le moine Fauste, in: [Link]. Ian. I (Anvers 1643), p. 1040.
8
Ibidem, c. 6, p. 1045.
9
Saint Antoine, voir supra f. 155rb.
10
Les saints Maur, Placide, Fauste, Constantinien, Valentinien, Simplice et Honoré sont mentionnés comme disciples de saint
Benoît, dans la Vie de saint Maur, écrite par Fauste: [Link]. Ian. I (Anvers 1643), p. 1039-1050. Les quatre derniers nommés sont
cités par Grégoire le Grand comme ses sources, pour la rédaction de la vie de saint Benoît dans le livre II des Dialogues.
Saint Augustin de Cantorbéry (vers 600), moine romain, évangélisateur de l‟Angleterre, premier évêque de Cantorbéry. Fête le 28
11
mai.
12
Saint Martin, soldat puis évêque de Tours, fondateur de Marmoutier (ý 3λι). Fête le 11 novembre.
Saint Pétrone (ý vers 450), moine en Egypte, puis évêque de Bologne. Fête le 4 octobre. Aymeric de Peyrac copie Gennade de
13
59
<f. 156ra>
60
f. 156ra.
/ Jérôme, qui écrivit les vies des pères, moines d‟Egypte;1 Cassien, édificateur des âmes;2 Bède, interprète
des Ecritures;3 Raban, Claude, Scot, Alcuin, fondateurs des études parisiennes;4 Damien, très renommé dans
dans la science;5 Anselme, premier en science et en sainteté;6 Cassiodore, très célèbre rhétoricien;7 Hugues,
Hugues, abbé de Cluny,8 avec les autres saints abbés, qui restaura dans toutes les régions des Gaules le très
saint ordre monacal qui était presque perdu, et surtout ce monastère de Moissac qui était pratiquement
“réduit à néant par le désintérêt des habitants”9 et la méchanceté des princes, et pour ainsi dire, il y ressuscita
ressuscita ledit ordre, et selon les annales, il a fait davantage dans ces régions dans les choses spirituelles et
temporelles que s‟il avait été d‟un autre ordre ou règle de vie; Bernard, qui de sa doctrine puisée à la source
de la vérité arrosa le champ de l‟église universelle;10 provenant d‟un tel tronc régulier, saint Bruno, premier
fondateur de la Chartreuse, avec tout l‟ordre très pieux des Chartreux qui en descend;11 saint Robert, avec
l‟ordre des Cisterciens, reprit la règle des moines.12 Par leur doctrine et leur sainteté, l‟église universelle, sur
toute la terre, devint célèbre, grâce à eux et à beaucoup d‟autres. Je ne passe pas sous silence le très saint
Gall;13 lui et 4.000 moines reçurent la palme du martyre, sauf un qui apostasia. Il repose dans le monastère de
Fulda, dont il a été question sous Pépin, dans la deuxième partie.14 Je n‟oublierai pas davantage Gratien, le
compilateur du volume d‟or, /
1
Sur les Vies des Pères, attribuées à saint Jérôme, voir l‟Introduction.
2
Sur saint Jean Cassien, voir l‟Introduction.
3
Saint Bède le Vénérable (673 ?-ι35), moine anglais, exégète et historien. Auteur de l‟Histoire Ecclésiastique de la nation anglaise
et de Commentaires de l‟Ecriture Sainte. Fête le 27 mai.
4
Saint Raban Maur (784 ?-κ56), écrivain allemand, élève d‟Alcuin à Tours. A laissé de nombreux écrits. Fête le 4 février. – Saint
Claude (VIIe siècle), évêque de Besançon, mort à l‟abbaye Saint-Oyan-de-Joux, plus tard Saint-Claude. Fête le 6 juin. – Jean Scot
Erigène (vers 815-κι5), philosophe, né en Ecosse. Enseigna à Paris. Auteur d‟un De la Prédestination et d‟un Division de la Nature.
– Alcuin (735-804), anglo-saxon, élève de Bède, organisa l‟enseignement. Dirigea l‟école de l‟abbaye de Tours. Auteur de nombreux
ouvrages.
5
Bienheureux Pierre Damien (vers 1005-1072), abbé du monastère de Fontavellana, plus tard cardinal. Plusieurs fois légat en France.
Il fut l‟un des promoteurs de la réforme grégorienne. Fête le 23 février.
6
Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109), né à Aoste, abbé du Bec en Normandie, puis archevêque de Cantorbéry. Philosophe et
théologien, auteur du Monologium, du Proslogion, du Cur Deus Homo et du De Veritate. Il essaya de réconcilier la foi et la raison.
Fête le 21 avril.
7
Cassiodore (vers 470-560 ς), magistrat et écrivain latin. Se retira vers 540 au monastère de Vivarium. Voir aussi l‟Introduction.
8
Saint Hugues de Semur, abbé de Cluny de 1049 à 1109. Il donna à la congrégation de Cluny un développement prodigieux. Fête le
29 avril.
9
Termes empruntés à la bulle pontificale du 7 mai 1096. Voir le texte dans mon étude: Moines de Moissac et faussaires (II), in:
BSATG 122 (1997), p. 65-70.
10
Saint Bernard (1091-1153), fondateur du monastère de Clairvaux, et grand promoteur de l‟ordre de Cîteaux. Auteur de Lettres, de
Traités et de Sermons. Fête le 20 août.
11
Saint Bruno (1035 ?-1101), fondateur de l‟ordre des Chartreux. Fête le 6 octobre.
12
Saint Robert de Molesme (vers 1024-1110), fondateur des abbayes de Molesme et de Cîteaux. Fête le 29 avril.
13
Saint Gall (551 ?-645 ?), moine irlandais, disciple de saint Colomban. Fête le 16 octobre.
14
Paris, BN, [Link]. 4991-A, f. 126r-127r.
61
<f. 156rb>
62
f. 156rb.
/ docteur ès décrets, moine de Saint-Félix de Bologne.1 Parmi les historiographes, le plus grand fut Hélinand
de Froidmont, moine, qui composa des chroniques à partir du début du monde jusqu‟à son époque, dans un
grand volume.2 De cette source, les chroniqueurs actuels apprennent les événements du passé. Jérôme dans
les Vies des Pères, Pétrone, Cassien dans les Conférences, Cassiodore dans l‟Histoire Tripartite, le grand
Vincent et ledit Hélinand ont écrit sur les hommes illustres susdits et sur beaucoup d‟autres. Mais je n‟ai
parlé ici que de quelques hommes parmi une multitude. Ce n‟est qu‟une goutte de la mer, parce que la sainte
compagnie des glorieux saints et des illustres bons moines est très nombreuse. Il faut mettre en avant les
louanges et le mérite de ces saints hommes. Par leur doctrine et leur sainteté, toute la terre rayonne de tous
côtés et étincelle.
La prédite vie religieuse fut encore grandement ennoblie par des personnes de souche royale. Ratchis, roi
des Lombards; Childeric, roi des Francs; l‟empereur des Romains; Constantin, roi des Anglais; Henri, fils du
roi de France,3 et plusieurs autres descendants de souche royale et d‟illustres seigneurs rehaussèrent ladite vie
vie religieuse et furent dévoués à l‟église.
Quelques pontifes romains: Eleuthère, Anthère, Denys, Marcel, Damase, Innocent, Léon, Adéodat, Jean,
Zacharie, saint Grégoire, Victor, Urbain, Calixte, Célestin, l‟autre Grégoire, Eugène, Benoît, Clément,
Urbain, qui sont passés de la vie monacale au pontificat suprême.4 /
1
Sur Gratien, voir l‟Introduction.
2
Hélinand, moine du monastère cistercien Sainte-Marie de Froidmont (ý après 122λ), auteur d‟une Chronique en 4λ chapitres, dont
seuls les chapitres 45 à 49, sur les années 634 à 1204, ont été conservés. Edition: Migne, PL 212, col. 771-1082.
3
L‟absence de ponctuation dans les deux manuscrits ne facilite pas l‟interprétation de cet alinéa. Identifions d‟abord les personnages
qui sont sûrs: Ratchis ou Rachi (v. 702-v. ι60), roi des Lombards de ι44 à ι4λ, abdiqua à l‟instigation du pape et se retira chez les
bénédictins du Mont-Cassin; Childeric III, le dernier Mérovingien, roi de 742 à 745, déposé par Pépin le Bref et enfermé dans un
couvent à Saint-Omer; Constantin, roi de Cornouaille à la fin du VIe siècle, renonça au trône pour entrer dans les ordres (fête le 11
mars); Henri, fils de Louis VI, frère du roi de France Louis VII, entra dans l‟ordre de Cîteaux, avant de devenir plus tard archevêque
de Reims, où il mourut en 1175 (fête le 26 mai ou le 15 novembre). Reste la mention et imperator Romanorum, qui ne se rapporte à
personne. Il s‟agit ou bien de Lothaire Ier (795-κ55), fils aîné de Louis le Débonnaire; il hérita de la partie centrale de l‟Empire
carolingien, à laquelle était attaché le titre d‟empereur; il abdiqua en κ55, en devint moine à Prüm, où il mourut la même année; ou
bien de saint Henri II, duc de Bavière et empereur allemand de 1014 à sa mort en 1024 (fête le 15 juillet).
4
Aymeric de Peyrac cite dans l‟ordre chronologique les papes, anciens moines: Eleuthère (1ι5-189); Anthère (235-236); Denys
(259-268); Marcel Ier (308-309); Damase (366-384); Innocent Ier (402-417); Léon Ier (440-461); Adéodat II (672-676), ancien moine
de Saint-Erasme au Mont-Coelius; Jean V (685-686) ou VI (701-705) ou VII (705-707); Zacharie (741-752); Grégoire VII (1073-
1085), ancien bénédictin; Victor III (1086-1087), ancien bénédictin et abbé du Mont-Cassin; Urbain II (1088-1099), ancien moine de
Cluny; Calixte II (1119-1124); Célestin II (1143-1144); Eugène III (1145-1153), ancien moine de Clairvaux et abbé de Saint-
Anastase à Rome; Grégoire VIII (1187), ancien chanoine; Célestin III (1191-1198); Grégoire IX (1227-1241); Benoît XII (1334-
1342), ancien moine de Cîteaux; Clément VI (1342-1352), ancien bénédictin, moine de La Chaise-Dieu; Urbain V (1362-1370),
ancien abbé de Saint-Germain d‟Auxerre et de Saint-Victor de Marseille.
63
Du monastère de Cluny, il ne reste pratiquement rien. Mais les postes françaises émirent, en 1990, un beau
timbre.
64
[ notes de la page 66 ]
a. le manuscrit A insère ici un long développement, qu‟Aymeric de Peyrac a rayé. Voici ce texte (f. 62vb, ligne 29 - f. 63rb, ligne 3) : A Nativitate Domini
usque ad sanctum Augustinum doctorem et Yponie episcopum, inceptorem regule et preceptorem clericorum regularium sive canonicorum, computantur
anni IIIIc et ultra. Anno Honorii et Arcadii nono clarebat in ecclesia et philozophus factus est Augustinus. Et a beato Augustino usque ad tempus Henrici
Francorum, qui regnavit anno Domini [Link] non fuerunt nisi predicte due religiones monachorum, sicut dixi, et beati Augustini episcopi qui splendore
sciencie et regule sue totam ecclesiam decoravit, et nullus sibi sublimior in subtilitate ingenii comparatur. Igitur a tempore beati Augustini, quo in ecclesia
philozofabatur, usque ad tempus dicti regis Henrici computantur anni fere VIc.L, paulo magis anni vel minus. Post quiquidem canonici regulares licet
regule inserviant laxiori, tamen ambo religiones fraterna caritate coniuncte ad celestia premia tunc vacabant. Et quia futuris temporibus monachalis regula
in quibusdam laxabatur Cluniacenses districtas ceremonias inceperunt. Et ordo Cluniacensis sub regula monachorum beati Benedicti fuit inceptus. Anno
[Link] et ut districtus servaretur anno Domini millesimo XCVIo ordo Cisterciensis ordinatur, et ordo Carturiensium monachorum anno Domini [Link],
Premon- [f. 63ra] -stratensis sub regula Augustini, anno [Link]. Sciendumque quod anno Domini [Link] fuit facta conquesta Terre Sancte
Iherosolimitane, ut refert Baldricus in fine operis Ystoriarum Iherosolimitarum. Nos christiani possedimus regnum Iherosolimitanum post conquestam
usque ad annum [Link], sicque tenuimus C annis minus uno predictam conquestam Terre Sancte durante vero tempore ab anno Domini
[Link] usque ad annum [Link]. Religiones Sancti Iohannis Iherosolimitani Hospitalariorum, Templariorum, Sancte Marie Theutonicorum
fuerunt inchoate. Et in Ystoria quam fecit Aldricus de conquesta predicta Iherosolimitana non fit mencio de predictis ordinibus quia non erant tunc in
ecclesia sancta Dei. Et legi in cronicis antiquis quod ab abbate et et monachis de lativa in Iherosolimis religionis monachorum nigrorum habuerunt inicium
Hospitalarii Sancti Iohannis, quorum caput eorum fuit Iohannes Elemosinarius, patriarcha Alexandrinus. Et quidem Geraldus nomine a predicto abbate
habitum regularem suscepit cum quibusdam fratribus suis vestibus nigris albam crucem defingens exterius. Cui abbati facta solempni professione seipsum
obligavit. Templariorum quoque religio incepit anno Domini [Link], tempore Honorii pape, tempore vero Eugenii pape ad quem beatus Bernardus
scripsit librum quendam, cruces rubeas vestibus suis exterius in albis clamidibus affixerunt. Hec religio dampnata fuit per Clementem papam V, et bona
eorum Hospitalariis tradita fuerunt, composicione de certis pecuniis inita. Religio Sancte Marie Theutenicorum incepit Iherosolimis anno Domini
[Link], et predicti militares ordines christianitatem sanctissimam protegunt contra Sarracenos viriliter bellant, et ideo ecclesia eos diligit et privilegiis
munit de aliis cruce signatis. Quos vexo calamum que communiter sunt questores, et me de illorum origine parum intromisi. Grandimontensis ordo incepit
anno Domini [Link], sub patre eorum Stephano. Ordinem Celestinorum adinvenit Petrus de Arona, condam Romanus pontifex. Qui ecclesia sub
regula monachali instituuntur. Anno Domini [Link], tempore Innocentii pape III, inceperunt duo ordines Mendicancium Fratrum, scilicet
Predicatorum et Minorum, Predicatorum [Link], Minorum [Link]. Ordo Carmelitarum et Heremitarum sancti Augustini sunt ordines
mendicancium in ecclesia sancta Dei, qui doctrina predicacionibus et exemplis atque virtutibus sanctam matrem ecclesiam semper nova prole secundant.
Et isti et alii supradicti faciem sancte matris ecclesie militantis parant atque pulcherrime decorant. Promisi superius nomina abbatum ordinatim prosequi, et
aliquantulum diverti propter [f. 63rb] quedam exordia que scire volo in provectos de quibus tractavi de vitus affectu, nunc verto stilum de proximo ad
eorum nomina supradicta. – b. A : [..]edaranus. – c. A : [..]eodatus. – d. A : Ermerinus. – e. A : [..]uitardus. – f. A : [..]impronianus. – g. A : Didinus. – h. A
: [..]alphinus. – i. A : [..]orayricus. – j. A : [..]andricus. – k. complété d‟après A – l. A : Fontanillam – m. A : Moysiacum – n. A : Aquitanici – o. A :
deinceps – p. A : loquorum – q. A : instructus – r. A : [..]ost – s. A : [..]asenus. – t. complété d‟après A
65
<f. 156va>
[ notes à la page 65 ]
66
f. 156va.
/ C‟est pourquoi, comme je l‟ai dit ci-dessus, la vie monacale a commencé dans le Nouveau Testament, dès
le temps du Christ et des apôtres, et jusqu‟au temps de saint Augustin elle restait la seule forme de vie
religieuse dans l‟église.
Andrald. En ce temps, le corps de saint Ansbert, archevêque de Rouen, qui était enterré à Fontenelle,4 fut
transféré à Moissac dans la région d‟Aquitaine, là où il fut abbé du monastère. Il a été enseveli dans l‟église
Saint-Martin, qui dès lors a pris le nom de Saint-Ansbert. Cela a été fait en l‟an du Seigneur 868.
J‟ai fait des recherches dans les annales locales, comme dans la Pica,5 et dans les anciens cartulaires du
monastère, mais je ne peux rien savoir d‟autre sur ce qui vient d‟être dit.
1
Les trois premiers abbés de cette liste ne sont connus que grâce à cette mention chez Aymeric de Peyrac, dont on ignore la source.
Les abbés à partir de Rémédie figurent pratiquement tous dans l‟obituaire de Moissac: Müssigbrod 1λκ5, p. 350-378.
2
Ermenin, abbé de Moissac, reçoit une importante donation des mains d‟Agarn, évêque de Cahors. Voir mon étude: Moines de
Moissac et faussaires (III), in: BSATG 123 (1998), p. 21-41.
3
Witard figure dans deux actes de donation de 837 et 847: ADTG, G 570. Il eut un prédécesseur nommé Rangaric, récipiendaire
d‟un privilège royal en κ1κ, qu‟Aymeric de Peyrac ne connaît pas. Sur ce privilège, voir mon étude: Moines de Moissac et faussaires
(IV), in: BSATG 124 (1999), p. 47-58.
4
Abbaye de Fontenelle, aujourd‟hui Saint-Wandrille (Seine-Maritime, arr. Rouen, canton Caudebec-en-Caux).
5
Selon Du Cange, Glossarium ad scriptores mediae et infimae latinitatis (Venise 1736-1740), une pica est un directoire de l‟office
divin, ou ordinale. Le mot semble utilisé ici dans le sens large de “livre liturgique”. Plusieurs Andrald figurent dans le nécrologe de
Moissac: Axel Müssigbrod, Joachim Wollasch, Das Martyrolog-Necrolog von Moissac/Duravel. Facsimile-Ausgabe (Münster 1988
= Münstersche Mittelalter-Schriften), p. 10.
6
Les trois abbés Aspasius, Eiradius et Basenus figurent également dans le nécrologe de Moissac: Müssigbrod 1985, p. 353.
67
<f. 156vb>
68
f. 156vb.
Arquinar. A son époque, en 920,1 Guillaume duc d‟Aquitaine construisit Cluny, et y nomma comme abbé
Bernon, d‟après les cartulaires de notre monastère. J‟ai entendu qu‟au monastère de Cluny une grande
mémoire est célébrée pour ledit duc Guillaume.
Après lui, Bernard.2
Riquier.3 De son temps, en l‟an du Seigneur 1005, les Hongrois embrassèrent la foi chrétienne. Ils avaient
dévasté par le fer et le feu la France, la Bourgogne et l‟Aquitaine.4
Après lui, Atilie.
Jérémie.
Arnald.5
Hugues (Ier).6
Raymond.7 En son temps, l‟église Saint-Pierre de Moissac s‟écroula.8 A peine ces choses qui présagaient de
de plus grands malheurs à venir, étaient-elles arrivées, que les malheurs ne tardèrent pas à s‟abattre, hélas,
sur le monastère! Car tout ce que Pierre, dont il sera fait mention ci-dessous, fit à propos de l‟abbé séculier,
provoqua la ruine du monastère, le ravissement des droits et une grande destruction, événements attestés par
des témoins oculaires.
Pierre.9 Il institua un abbé chevalier, et réduisit presque à néant ledit monastère. A cette époque, en 1042, à
cause de la méchanceté des hommes, l‟abbé Pierre nomma un abbé chevalier ou séculier, pour qu‟il protège
la ville de Moissac et les possessions de l‟abbaye et les villages, les terres et les dépendances dudit
monastère, l‟abbé et la communauté. Et il donna à l‟abbé chevalier le droit de captennium en plusieurs lieux,
/
1
En réalité, Cluny a été fondé en 909 ou 910: Marcel Pacaut, L‟ordre de Cluny (909-1789) (Paris 1986).
2
Cet abbé reçoit une donation en 929: ADTG, G 570.
3
L‟abbé Riquier, que sur la foi d‟une erreur du copiste de notre chronique tous les historiens de Moissac ont toujours appelé Aquarie
(voir l‟Introduction), est totalement inconnu; il ne figure pas dans l‟obituaire de Moissac.
4
La date de la conversion des Hongrois en 1005 est fausse. Aymeric de Peyrac veut certainement parler de saint Etienne, roi de
Hongrie de 1000 à 1038 (fête le 20 août, puis le 2 septembre, actuellement le 16 août), qui organisa la christianisation de son
royaume. Les incursions hongroises en Europe appartiennent au X e siècle, et plus précisément à la première moitié de ce siècle: Gina
Fasoli, Points de vue sur les incursions hongroises en Europe au X e siècle, in: Cahiers de Civilisation Médiévale 2 (1959), p. 17-35.
Les Hongrois furent battus au cours d‟une première campagne en λ33 par Henri I er, puis au cours d‟une seconde campange par Otton
Ier, près d‟Augsburg en λ55. Les abbés Andrald et Hugues, qu‟Aymeric de Peyrac présente comme des successeurs de Riquier,
appartiennent en tout cas au Xe siècle (voir ci-dessous).
5
Andrald figure dans un acte de donation de 960: Doat 128, f. 9r-10r.
6
Hugues Ier figure dans l‟obituaire de Moissac, et dans un acte de donation sans date, à dater selon Müssigbrod 1λκκ, p. 315, vers
960/970: Doat 128, f. 21r-22v. Aymeric de Peyrac omet deux successeurs de Hugues: Gausbert et Hugues II; voir: Müssigbrod 1988,
p. 27-29.
7
L‟abbé Raymond figure dans trois actes de donation, à dater entre 1003 et 1030: ADTG, G 5ι0; Doat 12κ, f. 3λr-40v; ADTG, G
569 II, f. 11v. Voir sur cet abbé: Müssigbrod 1988, p. 30-31.
8
Elle sera reconstruite par Durand de Bredons: voir f. 158ra.
9
L‟abbé Etienne, qu‟Aymeric de Peyrac s‟obstine à appeler Pierre, figure dans trois actes: ADTG, G 5ι0; ADTG, G 56λ I, p. 7-8;
Doat 128, f. 67r-6λr. Il fut le dernier abbé de Moissac avant l‟union à Cluny. Voir sur cet abbé: Müssigbrod 1λκκ, p. 32-35.
69
<f. 157ra>
a. A : omagium – b. A : Aniano – c. A : monialibus – d. A, pour essent due : due essent – e. A : dependeat – f. A : potestate – g. complété d‟après A – h. A
: predictum – i. A, pour bene volebat, nolebat – j. A : indiscrete – k. complété d‟après A – l. A : subditi – m. A : deperiit – n. A : pristinum – o. A :
subiuguatur – p. A : regimen – q. A : cautela – r. A : fiat – s. Faciunt (39) .. convenior (3) : manque dans A – t. Friedberg : sit
70
f. 157ra.
/ et une part sur la ville de Moissac. Pour ce captennium, l‟abbé chevalier promit hommage et jura fidélité à
l‟abbé et à la communauté régulière et à leurs successeurs.1
Ce Pierre donna le lieu de Saint-Aignan aux moniales de Bragerac,2 comme j‟ai lu dans les archives de ce
ce monastère de moniales quand j‟y étais.3
L‟abbé chevalier fut appelé ainsi à la différence de l‟abbé moine, de sorte qu‟il y eut là deux pouvoirs,
dont le temporel dépend du pouvoir spirituel, comme c‟est le cas aussi dans l‟Empire.4 Dès lors, le monastère
monastère fut dégradé, détruit et ravagé. Ce Pierre ne voulait pas gouverner énergiquement. Ainsi, il
détruisait tout, parce qu‟il administrait le temporel si incorrectement et s‟en chargea si confusément, qu‟il
admit cette situation de son propre gré. A la place d‟un associé, ou plutôt d‟un sujet, il eut un supérieur. Sous
l‟administration frivole de ce Pierre, presque tout le pouvoir de ce monastère disparut, parce qu‟il tomba sous
le pouvoir d‟une main plus puissante. La ville, également, ne fut point rétablie dans son statut d‟autrefois. En
effet, l‟abbé et le monastère en détenaient seuls la seigneurie, ce qui ressort clairement de l‟examen des
coutumes de la ville, données plus tard par les abbés de Moissac. Ce que le monastère possédait plus tard, il
l‟a obtenu après beaucoup de contestations et de procès, et à propos de la seigneurie, il a été terriblement
opprimé. A ce propos, parce que “le gouvernement des âmes est l‟art des arts”,5 il faut que les prélats soient
considérés comme des hommes dignes, et non comme des chiens qui ne peuvent aboyer,6 pour que l‟église
ne souffre d‟aucun abandon de gouvernement salutaire. Qu‟ils soient de droit délégués aux églises, pour
qu‟ils puissent faire des mutations pour leur meilleure utilité. Sur ce qui vient d‟être dit, voir le canon Sit
rector à la distinction 437; le canon Sancta /
1
Nous savons qu‟Aymeric de Peyrac s‟intéressait particulièrement à ce problème, et qu‟il a fait beaucoup de recherches dans les
archives sur les droits des abbés séculiers. Le 4 janvier 1404 (style de l‟Annonciation), il fit dresser un vidimus d‟extraits
d‟hommages prêtés par le comte de Toulouse et ses successeurs, comme abbés séculiers, à l‟abbé de Moissac. Texte publié dans mon
ouvrage: Les archives brûlées de Moissac (Maastricht-Moissac, 2e édition, 2005), acte n° 42. Ce vidimus a notamment servi à la
rédaction du passage de la Chronique des Abbés de Moissac sur l‟hommage à rendre à l‟abbé régulier par l‟abbé séculier et les
successeurs de celui-ci (f. 167va-168rb).
2
Le village qui se développait autour de l‟ancien prieuré moissagais de Bragerac ou Bragayrac, devenu fontevriste en 1122, prit au
XIVe siècle le nom de Saint-Aignan (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Saint-Nicolas-de-la-Grave). En 1284, Bernard
Vacquier fait dans son testament un don aux nonnes de Bragairac (ADTG, G 564). – Sur ce prieuré, lire: P. Gayne, Le prieuré
fontevriste de Saint-Aignan (1122-1792), in: BSATG 98 (1973), p. 35-37; Mireille Mousnier, Peuplement et paysages agraires:
Saint-Nicolas-de-la-Grave et Saint-Aignan au début du XIIe siècle, in: BSATG 116 (1991), p. 121-132.
3
Une partie du fonds d‟archives du couvent de Saint-Aignan a été conservée: ADTG, H 228-234, mais il n‟y a pas trace d‟une
donation de Saint-Aignan par l‟abbé Pierre/Etienne. En réalité, le prieur et les frères de l‟église Notre-Dame de Bragerac se sont
donnés en 1122 à Fontevrault. Il est même précisé qu‟à cette occasion toutes les archives furent données à l‟abbesse de Fontevrault:
Gallia Christiana, t. 13, Instrumenta, col. 16, acte XVIII.
4
Aymeric de Peyrac fait allusion à la théorie des deux potestates, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel; le premier était placé
au-dessus du second.
5
Grégoire le Grand, Règle Pastorale, prima pars, c. 1, in: SC 3κ1, p. 12κ: “ars est artium regimen animarum”; Grégoire de Nazianze,
Discours II, 16, in: SC 247, p. 110-111. L‟abbaye de Moissac possédait les deux ouvrages: Paris, BN, ms. lat. 2ιλκ, 2154 et 1ι0κ.
6
Isaïe 56,10. Quand le pape Innocent III, dans ses lettres, dénonce les canes muti non valentes latrare, il stigmatise l‟attitude des
prélats qui “mettent de l‟eau dans leur vin” (aquam vino miscentes) et qui abandonnent leurs troupeaux aux loups: Migne, PL 214,
col. 904; PL 215, col. 355. On trouve la même pensée dans la Règle Pastorale de Grégoire le Grand, lib. 2, ch. 4, in: SC 381, p. 188-
189.
7
Decretum Gratiani, pars prima, distinctio 43, canon 1: Sit rector, in: Friedberg, t. 1, col. 153-155 (sur la parole et le silence
coupable: le pasteur doit oser élever sa voix pour la défense de ses brebis).
71
<f. 157rb>
a. corrigez : canone – b. A : referendum – c. A : [..]unctis – d. A : in terra – e. complété d‟après A – f. A : inhabitancium – g. complété d‟après A – h.
memoravimus – i. A : Moysiacum – j. A : memoratoris – k. A, pour et tunc : tunc – l. A : actenus – m. complété d‟après A – n. A : Guasbertus – o. A :
insipiencium – p. A : refugium – q. A : monachis – r. A : vicecomes – s. A : Vivianus – t. A : Guasbertus – u. A : peticionem – v. A, pour aliorum atque :
aliorumque
72
f. 157rb.
/ quippe, cause 2, question 71; le canon Mutationes et le canon Scias2; le canon 6, dans la distinction 24:
Episcopus3; la cause 23, question 8: Convenior.4
Sous le même Pierre, le monastère succombait. Je relate ici comment, en ce temps, cela se passa: 5
“Nous croyons que presque tous les mortels savent que rien sur terre n‟existe sans cause.6 Ainsi, nous
avons entendu que les lieux saints, par la faute des habitants, furent souvent non seulement détruits, mais
encore brûlés et démolis. Ainsi, à Jérusalem, le temple et le Saint des Saints furent détruits aussi souvent.
Nous rappelons cela pour qu‟au vu de ce qui arrive à Moissac de nos jours, nous comprenions que les paroles
susdites doivent être méditées par tous; alors les événements qui suivent s‟éclaircissent pour ceux qui
désirent savoir. Car par la protection de Dieu et sa sainteté, cette ville ou ce lieu était jusqu‟alors en une telle
dignité et révérence auprès des habitants et des gens des environs qu‟il restait inviolé et intouché par les
hommes. Mais à présent, le seigneur laïc, qui communément est dit abbé, Gausbert, poussé par le conseil de
sots,7 ayant rassemblé une multitude d‟impies, en a fait une caverne de voleurs8 et un refuge de malfaiteurs
pillant dans les environs. Comme il ne voulait pas se corriger, toutes les fois qu‟il reçut des avertissements,
tant par des laïcs que par des moines, le Juste Juge ne souffrit point que cela restât plus longtemps impuni,
car le vicomte de Lomagne, appelé Vivien,9 soutenu par une armée, au prix d‟un modique effort, incendia
presque toute la ville.
Mais parce que rien n‟est sans cause,10 comme nous l‟avons déjà dit, ce Gausbert, voyant enfin qu‟il
agissait méchamment, cherchant prudemment à se corriger selon la demande des siens qui y demeuraient,
c‟est-à-dire de dom Ansquitil abbé, qui gouvernait ce lieu selon la règle, de ses frères et d‟autres nobles
hommes, il rétablissait et constitua ce lieu et la ville dans la liberté d‟autrefois et dans la stabilité. De cette
façon il confirma la chose, lui et ceux qui par après /
1
Decretum Gratiani, pars secunda, causa 2, quæstio 7, canon 56: Sancta quippe, in: Friedberg, t. 1, col. 501: “sancta quippe rusticitas
solum sibi prodest, et quantum ex vitae merito edificat ecclesiam Christi, tantum nocet, si destruentibus non resistat”.
2
Decretum Gratiani, pars secunda, causa 7, quæstio 1, canon 34: Mutationes, et 35: Scias, in: Friedberg, t. 1, col. 579-580 (les
évêques peuvent être changés de siège, quand l‟intérêt général l‟exige).
3
Decretum Gratiani, pars prima, distinctio 24, canon 6: Episcopus, in: Friedberg, t. 1, col. κλ: “episcopus sine consilio clericorum
suorum clericos non ordinet, ita ut civium conniventiam et testimonium querat”.
4
Decretum Gratiani, pars secunda, causa 23, quæstio 8, canon 21: Convenior, in: Friedberg, t. 1, col. 959-λ61 (l‟église n‟est pas
soumise au pouvoir politique).
5
Aymeric de Peyrac fait suivre ici l‟acte de 10λι, qui, cité ici hors de son contexte chronologique et peut-être paraphrasé, n‟est
connu que grâce à cette transcription d‟Aymeric de Peyrac. Il est clair que le texte n‟est pas complet: ainsi, il manque les
souscripteurs. Le rôle des abbés séculiers et le contenu de cet acte ont été étudiés par Müssigbrod 1988, p. 39-59, et dans mon
étude: Moines de Moissac et faussaires (I), in: BSATG 121 (1996), p. 7-28.
6
Job 5,6.
7
Psaume 1,1.
8
Matthieu 21,13.
9
Vivien Ier, vicomte de Lomagne et d‟Auvillar, mentionné de 10κ4 à 1103: Europäische Stammtafeln, Band III/3, Tafel 570.
10
Job 5,6.
73
<f. 157va>
74
f. 157va.
/ sont tenus à l‟écrit par sa promesse. Et ils juraient sur le très saint autel de saint Julien, pendant qu‟on y
avait posé une multitude de saintes reliques, de respecter ce qu‟on appelle en langue vulgaire la salvetat
(sauveté) pour tous les hommes, entre les croix établies dans ce but depuis longtemps, comme cela se fait en
d‟autres lieux. Pareillement, il confirma et il jura qu‟il ne ferait plus jamais la guerre à cette ville, qu‟il n‟y
tiendrait plus de guerriers, sauf pour l‟honneur de saint Pierre ou pour arrêter un malfaiteur, et ceci avec
l‟approbation et la volonté des seigneurs de ce lieu, c‟est-à-dire l‟abbé, le prieur, le sacristain et le cellérier. Il
confirma encore sous serment qu‟il n‟exigerait ou ne recevrait plus jamais de malos usos,1 ni ce qu‟on
appelle dans la langue du pays des leydas,2 sauf ceux qui sont spécifiés, et qu‟il n‟aurait plus que deux
servants; que tous les pèlerins et les marchands, dedans et dehors, entrant ou sortant, de sa part et de la part
de tous, aient pleine sûreté et paix. Tous ceux qui seraient pris à transgresser ou enfreindre l‟un des termes de
cet accord, lui ou ceux qui ont fait le serment après lui, devront répondre devant un conseil de trois
chevaliers et de trois bourgeois, ou amender ladite transgression”.
Dessous, il y avait:
“Cela a été fait à Moissac, en public, en la Nativité de saint Jean Evangéliste,3 en présence de nombreux
moines et chevaliers et d‟autres personnes”, etcetera, “en l‟an de l‟incarnation du Seigneur 1097, la
cinquième indiction,4 pendant le règne de Philippe, roi des Francs”.5
Beaucoup d‟autres qui avaient prêté ce serment sont mentionnés, “et ils ont confirmé sur l‟autel de saint
Julien, où était posée une multitude de reliques, de le tenir et de le garder ainsi.”
Le vénérable et grand homme Odilon6 avait été appelé en toute amitié par l‟évêque de Cahors pour visiter
Carennac,7 lieu que l‟évêque pour le remède de son âme avait donné à perpétuité à Dieu, aux saints apôtres
Pierre et Paul et au monastère de Cluny.8 Pendant que l‟éminent père Odilon y fit un bref séjour, /
1
Malos usos: taxes seigneuriales réputées illégitimes.
2
Leuda ou leyda: mot occitan signifiant “droits de leyde, péage, contribution”.
3
Le 27 décembre.
4
La date semble correcte: l‟année 10λι correspond à la cinquième indiction. Le 27 décembre 1097 tombait un dimanche.
5
Philippe Ier, roi de France de 1060 à 1108.
6
Odilon de Mercœur, abbé de Cluny de λλ4 à 104λ.
7
Carennac (Lot, arr. Gourdon, canton Vayrac), sur la Dordogne.
8
L‟acte de donation de Carennac se trouve dans le Cartulaire de Cluny: Bernard-Bruel, t. 4, n. 2856 et 2857.
75
Tableau généalogique
Pons II Guillaume
comte de Toulouse 1037-1060
x 1) Marjorie (= Mayor)
x 2) Almodis de La Marche
ex 1) ex 3)
Tableau d'après: DETLEV SCHWENNICKE (éd.), Europäische Stammtafeln, III/4, Tafel 763-764; MAGNE-DIZEL, o.c.; JOHN H. HILL, LAURITA
L. HILL, Raymond IV de Saint-Gilles, 1041(ou 1042)-1105 (Toulouse, Privat, 1959); MARTIN DE FRAMOND, La succession des comtes de
Toulouse autour de l'an Mil (940-1030). Reconsidérations, in: Annales du Midi 105 (1993), p. 461-488.
76
C'est à Carennac que fut décidée l'affiliation de Moissac à Cluny. Timbre émis par les postes françaises en
1991.
77
<f. 157vb>
78
f. 157vb.
/ un grand nombre d‟hommes nobles et puissants commençaient à venir vers lui pour son doux
enseignement, l‟enseignement de saintes mœurs, désirant beaucoup se recommander aux saintes prières et
profiter des fruits de l‟enseignement du prêtre. Entre autres signes de mutuel amour, l‟évêque, entouré de
beaucoup d‟hommes, demanda au père Odilon de bien vouloir prendre sous son administration le monastère
de Moissac, glorieusement fondé autrefois et élevé dans les honneurs par Clovis et Dagobert, rois des Francs,
Louis l‟auguste sérénissime, et aussi Pépin, et le très victorieux Charles, mais qui, à présent, était ruiné par
les fautes de ses habitants, et détourné de la religiosité d‟autrefois. Il cherchait à faire spirituellement de cet
endroit ce que Dieu avait fait visiblement en ressuscitant un mort. Le saint homme Odilon résistait beaucoup,
mais malgré son refus initial il ne pouvait pas refuser. Enfin, par la volonté de Dieu, considérant tout, poussé
par les prières des fidèles, c‟est-à-dire de l‟évêque, de Gausbert qui était selon le siècle l‟homme le plus
important, il donna son accord, se chargeant ainsi de ce lieu selon les possibilités et les capacités qui lui
étaient données par Dieu.1 Cela se passa en l‟an 1047.2
Laissant là quelques-uns de ses frères, dont un du nom de Durand, qu‟il mit à la tête des autres, avec l‟accord
de Pons, comte de Toulouse,3 et des autres dirigeants de la région, il ne fut pas déçu par la dévotion des
fidèles, puisqu‟il s‟en suivit une source de salut tant pour les âmes que pour les corps, par les enseignements
et l‟exemple du saint homme, comme cela se voit aujourd‟hui.
Car avant sa venue, la loi du Seigneur fut gravement transgressée par les habitants de ce lieu, le droit de
notre père Benoît fut profané, le droit éternel fut détruit, et “un pacte fut /
1
Sur le rattachement de Moissac à Cluny, lire: Jacques Hourlier, L‟entrée de Moissac dans l‟ordre de Cluny, in: Moissac et
l‟Occident, p. 25-35; Müssigbrod 1988, p. 36-74.
2
Aymeric de Peyrac se réfère à l‟acte du 2λ juin 1053, dont la version originale se trouve dans le Cartulaire de Cluny (Bernard-
Bruel, t. 4, n. 3344 bis), et dont notre chroniqueur possédait une version interpolée. Il publie cet acte au début de sa Chronique des
comtes de Toulouse: f. 167va-168ra (voir ci-dessous). Sur cet acte, voir mon étude: Moines de Moissac et faussaires (I), in: BSATG
121 (1996), p. 7-28.
3
Pons II, comte de Toulouse. Marié en premières noces avec Marjorie, en deuxièmes noces avec Almodis de la Marche. Décédé vers
1061, enterré en l‟église Saint-Sernin de Toulouse: Europäische Stammtafeln, Band III/4, Tafel 763; Magné-Dizel, p. 38-39.
79
<f. 158ra>
a. A : vite mandata – b. A : corrigendas – c. A : P. – d. A : reedificata – e. manque dans A – f. A, pour quadam antiqua : quodam antiquo – g. le texte du
4991 A porte l‟abbréviation oct. ; A porte : octobris – h. A : pontifices – i. complété d‟après l‟inscription dans le choeur de l‟abbatiale de Moissac – j. A :
Agennnia – k. A : Guilelmum – l. A : miradeus
80
f. 158ra.
/ conclu avec la mort”,1 parce que chacun suivait ce qui était contraire à son salut, et repoussait les
commandements de la vie. Mais l‟Origine de tout bien, Celui qui gouverne le monde selon Sa propre loi,
envoya Son serviteur convertir les régions qui étaient fort opprimées par la débauche.
Il en laissa quatre de son saint cellier, et la divine grâce multipliait les grains à tel point qu‟en peu de
temps le nombre des frères dépassa la soixantaine.2 En même temps, son importance croissait, non seulement
quant au temporel, mais aussi sur le plan spirituel, ce qui est plus important. Bref, ledit Durand fut institué et
nommé dans le monastère de Moissac par Odilon.
Par la suite, en même temps qu‟abbé de Moissac, il devint évêque de Toulouse.3
Il fit consacrer l‟église du monastère. On lit que Durand fit construire cette église, qui s‟était écroulée du
temps de dom Raymond, et qui du temps de dom Pierre n‟avait pas été reconstruite.4 Ce Pierre était un
démolisseur plutôt qu‟un bâtisseur, comme il a été démontré ci-dessus. Et parce que Durand avait réalisé
cette construction, il portait un soin particulier à la consécration de cette église. De cette consécration, il y a
encore ces vers sur une vieille pierre, portant une inscription difficile:5
1
Isaïe 28,15.
2
Pour un monastère bénédictin, une population de 60 moines peut être considérée comme “exceptionnelle”: dom Jacques Dubois, Du
nombre des moines dans les monastères, in: Lettre de Ligugé 134 (1969), p. 29.
3
Durand de Bredons devint évêque de Toulouse en 1059: Müssigbrod, p. 82-87.
4
Voir f. 156vb. Le sanctuaire consacré en 1063 était une église à collatéraux étroits, dont les bases ont été retrouvées lors des fouilles
de 1902-1903 et de 1961-1962. Au XIIe siècle, cet édifice a été remplacé par une église à coupoles, et au XV e siècle par l‟actuelle
église gothique. Voir: Marcel Durliat, L‟église abbatiale de Moissac des origines à la fin du XIe siècle, in: Cahiers Archéologiques 15
(1965), p. 155-177.
5
Cette inscription, en 12 vers léonins, se trouve aujourd‟hui dans le mur nord du chevet de l‟église abbatiale de Moissac,
reconstruite au XVe siècle. Il suffit de comparer notre texte, qui donne la transcription exacte relevée sur place, avec la transcription
d‟Aymeric de Peyrac, pour se convaincre de la médiocre qualité de cette dernière: orthographie libre, graphie de noms propres
erronée, oubli d‟un mot.
6
Le 6 novembre.
7
Austinde, évêque d‟Auch de 1055 à 106κ; Raymond, évêque de Lectoure de 1061 (ς) à 10λι (ς); Guillaume II, évêque de
Comminges de 1063 à 106κ; Guillaume, évêque d‟Agen de 1061 à 106κ; Héraclius, évêque de Tarbes de 1056 à 1064; Etienne,
évêque d‟Oloron de 1060 à 1063; Pierre, évêque d‟Aire de 1061 à 10λ2; Durand de Bredons, “patron” (abbé) de l‟abbaye de
Moissac, et “patron” (évêque) du diocèse de Toulouse.
8
Foulques, évêque de Cahors, était suspendu au moment de la consécration de l‟abbatiale de Moissac. Voir: Ph. Jaffé, Regesta
pontificum romanorum, t. 1 (Leipzig 18852 = reprint Graz 1965), n. 4481-4482; Theodor Schieffer, Die päpstlichen Legaten in
Frankreich vom Vertrag von Meersen (870) bis zum Schisma von 1130 (Berlin 1935 = Historische Studien, Heft 263), p. 65; Dufour
1989, p. 61-62.
81
Que Dieu donna à l‟univers le vénérable enfantement virginal.
Pour toi, Christ Dieu, le roi Clovis fonda cette église, /
Inscription sur une plaque de marbre dans le chevet de l‟église abbatiale de Moissac, commémorant la
consécration de l‟église le 6 novembre 1063. Selon Aymeric de Peyrac, cette inscription est “de difficili
scriptura”, mais en réalité elle ne pose aucun problème paléographique (f. 158ra-rb).
1
Calculez: 1000 + 3 + (12 x 5) = 1063.
82
“Saint” Durand, abbé de Moissac et évêque de Toulouse. Détail du bas-relief du pilier central de la galerie est
du cloître de Moissac.
83
<f. 158rb>
84
f. 158rb.
1
Louis Ier le Pieux ou le Débonnaire, fils de Charlemagne, empereur de 814 à 840.
2
On ne voit pas de quelle charte Aymeric de Peyrac veut parler ici.
3
Localisations: Eysses, commune de Villeneuve-sur-Lot (Lot-&-Garonne, [Link].); Lézat-sur-Lèze (Ariège, arr. Pamiers, canton Le
Fossat); Notre-Dame de La Daurade et Saint-Pierre des Cuisines, églises dans la ville de Toulouse; Conques ou Conquette, commune
de Buzet-sur-Tarn (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Monastruc-la-Conseillère), sur le Tarn; Roqueserière (Haute-Garonne, arr.
Toulouse, canton Monastruc-la-Conseillère); Saint-Amans, lieu-dit de la commune de Rabastens (Tarn, arr. Albi, ch.l.c.), sur la rive
droite du Tarn; Lobaresses, actuellement Bondigoux (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Villemur-sur-le-Tarn), sur la rive droite
du Tarn; Duravel (Lot, arr. Cahors, canton Puy-l‟Evêque); Pescadoires (ibidem); Masquières (Lot-&-Garonne, arr. Villeneuve-sur-
Lot, canton Tournon-d‟Agenais); Bredons, aujourd‟hui Albepierre-Bredons (Cantal, arr. Saint-Flour, canton Murat); Villeneuve
(Aveyron, arr. Villefranche-de-Rouergue, ch.l.c.); Saint-Jean-le-Froid, sur la commune de Salles-Curan (Aveyron, arr. Millau,
ch.l.c.); Le Ségur (Tarn, arr. Albi, canton Monestiés); Pommevic (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Valence). – Sur les
origines de Saint-Pïerre des Cuisines, qui depuis 1λκ5 a fait l‟objet d‟une analyse archéologique presque complète, et dont la
première église remonte au Ve siècle, lire: J.C. Arramond, Q. Cazes, S. Bach, L. Grimbert, H. Molet, L‟ancienne église Saint-Pierre-
des-Cuisines à Toulouse en son environnement: nouvelles données, in: MSAMF 56 (1996), p. 32-50; Pierre Gérard, Origine et
développement des paroisses du bourg de Toulouse (XIIe et XIIIe siècles), in: La paroisse en Languedoc (XIIIe et XIVe s.) = Cahiers
de Fanjeaux, n° 25 (1990), p. 51-68. Sur La Daurade: Maurice Scellès, L‟ancienne église Notre-Dame La Daurade à Toulouse.
Essai de présentation critique, in: MSAMF 53 (1993), p. 133-144.
4
Le bas-relief représentant l‟abbé Durand se trouve sur le pilier central de la galerie est du cloître. Il représente Durand bénissant de
la main droite et tenant la crosse de la main gauche. Inscription: SANCTUS DURANNUS EPISCOPUS TOLOSANUS ET ABBAS
MOYSIACO, “saint Durand, évêque de Toulouse et abbé de Moissac”.
5
Voir par exemple la donation de l‟église de Bredons, éditée par Müssigbrod, p. 105-106: “Duranno abbati simul et episcopo
Tholosanæ ecclesiæ”, et: “abbatis simul et pontificis”; la donation de Saint-Jean-le-Froid, éditée par Bousquet, in: Moissac et
l‟Occident, p. 21κ: “Duranni Tholosani episcopi, qui et abbas videtur esse Moisiacensis monasterii”. Dans un acte de donation par
Raimond Guillaume, édité par Müssigbrod 1988, p. 186-1κι: “episcopo et abbate”.
6
Epitaphe composée en vers hexamètres. On ignore le lieu de la sépulture de Durand. Le texte de l‟épitaphe, qui ne nous est connu
que grâce à Aymeric de Peyrac, donne à croire que Durand est enterré au monastère de Moissac: istud cenobium. En 1938, sur les
indications d‟un religieux radiesthésiste, eut lieu une recherche du tombeau de Durand de Bredons. Devant le maître-autel, on
découvrit un caveau de briques, long de 2,6κ m, large de 1,01 m et haut de 1,10 m, contenant un squelette presque complet d‟un
vieillard d‟une grande taille. Après examen, les ossements furent remis en place, “dans des caisses convenables”: R. Salvagnac, Les
fouilles de l‟église Saint-Pierre de Moissac (29-30 août 1938), in: BSATG 67 (1939), p. 63-67.
85
RESTITUIT REGULE, PRIMUM REGULARIS ET IPSE,
ISTUD CENOBIUM, VITA ET MORIBUS HABITATUM.
A cette époque, à Moissac, une Juive acheta à la sainte journée de Pâques le corps du Seigneur /
86
Bredons en Auvergne, village d'origine de dom Durand, premier abbé clunisien de
Moissac. L'église de Bredons a été construite à la fin du XIe siècle.
La butte volcanique de Bredons, près de Murat, vue de la D 16. A gauche, le village; à droite, l'église.
87
[ notes de la page 90 ]
a. A : malefica – b. A : decretum – c. A : deducent – d. A : arestum – e. le manuscrit A fait suivre ici le texte de la sentence, qu‟Aymeric de Peyrac a rayé
et n‟a pas repris dans la rédaction définitive (voir références sur la page de droite) : [f. 64va] cuius tenor dicitur esse talis : Noverint universi quandam
inquisicionis causam fuisse agitatam sub examine curie nostri Guidonis Caprarii militis domni nostri Francorum regis, eiusdemque senescalli
Petragoricensis et Caturcensis, inter procuratorem domni abbatis Moysiacensis, nomine procuratorio ipsius, ex una parte ; et Mosse de Thalamo,
Samuelem de Moysiaco, Helionem generii dicti Samuelis, Josse de Lenguo, Ysaac fratrem dicti Samuelis, Mosse de Roma, Ysaac generii Davidis,
Heliocium de Selhac, Mosse filium d‟En Heliot, Dios lo Gart, Lescriva Leonem de Sancto Iohanne d‟Engeli, Abraham de Lenguo, Ysaac de Villa Franca
Ruthenensis, Creichent de Moychac, et dictum Sancelot, Helionem lo Breto, Benedictum de Cassanholh, Iudeos Moysiaci commorantes, ex [ex] altera ;
auctoritate quarundam litterarum regiarum quas dictus procurator dicti domni abbatis nobis obtulit in hec verba : « Philippus Dei gracia Francorum rex,
senescallo Petragoricensi et [f. 64vb] Caturcensi vel eius locum tenenti, salutem. Cum, sicut accepimus, Iudei qui de villa Moysiaci olim de mandato
nostro eiecti fuerant, redierint ad eamdem, et contra nostre ordinacionis tenorem in ipsa morari presumant, mandamus vobis quatinus, si est ita, ipsos a
villa predicta faciatis expelli, nec aliquos Iudeos contra ordinacionem predictam morari permittatis ibidem. Datum Parisius die XIIIIa Januarii, anno
Domini [Link] ». Et peciit et supplicavit dictos Iudeos expelli a villa predicta, et quod non permitteremus aliquos Iudeos morari ibidem,
cum alii de ea, prout dictus procurator asseruit, expulsi fuissent ex causa. Lite igitur super predictis contestata, testibus hinc inde receptis et examinatis, et
eorum deposicionibus publicatis, renunciatoque in dicto negocio et concluso a partibus hinc et inde, dieque date presentibus dictis partibus assignata
perhenniter et precise ad audiendam diffinitivam sententiam, [la suite du texte est écrite dans la marge inférieure, mais a été en grande partie abîmée ; les
parties manquantes ont été restituées d‟après l‟original] comparentibus coram nobis magistro Bernardo de Narcesio, procuratore dicti domini abbatis, ex
parte una ; et Mosse de Thalamo, Iudeo pro se et procuratorio nomine dictorum Iudeorum superius nominatorum, ex altera. Et sententiam cum instantia
ferri postulantibus. Quia nobis constat predicti domini abbatis intencionem suam super predictis plene [..], nos, senescallus predictus, sedentes pro
tribunali, Deum habentes pre oculis, ut de vultu Dei nostrum prodeat iudicium et oculi nostri videant equitatem, sententiam ferentes in hiis scriptis : « Et in
nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen. Pronunciamus predictos Iudeos Moysiaci comorantes expellendos fore a villa Moysiaci, predicta auctoritate
et vigore dictarum literarum regiarum, et deinceps aliquos Iudeos in dicta villa Moysiaci minime morari debere, dictumque Mosse Thalamo, Iudeum, pro
se et procuratorio nomine predictorum Iudeorum supranominatorum, et ipsos Iudeos in octo libris turonensibus pro expensis huius litis taxatis, per nos et
iuratis per dictum procuratorem dicti domni abbatis, ipsi domno abbati dandis et solvendis seu eius procuratori nichilominus condempnantes ». – g. A :
adquisivit – f. A : adquisivit – g. complété d‟après A – h. A : dyocesi – i. A : Agenum – j. A : dyoc. – k. A : Rotundo – l. A : dyoc. – m. A : Guardella – n.
A : Rufine – o. A : Brinchilde – p. A : Christiniaco – q. A : Michalis – r. A : Agennesio – s. complété d‟après A – t. complété d‟après A – u. A : adquisivit
– v. complété d‟après A.
88
<f. 158va>
[ notes à la page 89 ]
89
f. 158va.
/ à une mauvaise chrétienne. Elle le déshonorait, mais on le retrouva et on le reconduisit à l‟abbaye Saint-
Pierre avec les plus grands honneurs.
Tous les Juifs – et il y en avait beaucoup dans cette ville en ce temps – furent brûlés, sauf ceux qui
reçurent la grâce du baptême. Les corps des brûlés furent jetés dans un puits. Il fut décrété alors que les Juifs
n‟avaient plus le droit d‟habiter dans cette ville. Et ce puits fut appelé plus tard “Puits des Baptisés”,1 parce
que ceux qui refusaient la sanctification par la parole et par l‟élément,2 furent au moins conduits dans l‟autre
monde par l‟élément.3 J‟ai vu l‟arrêté rendu et concédé par le roi et par le comte Alphonse à propos de cette
mesure, et quelque sentence faisant suite.4
Hunaud lui succéda. Il dirigeait l‟abbaye comme abbé de Moissac en 1083, du temps du pape Grégoire VII.
Il acquit plusieurs églises, quelques abbayes et de nombreux autres biens, pour l‟abbaye et pour le
monastère de Cluny, dont je donnerai ci-dessous la liste complète, du moins la plus grande partie.
C‟est par son intervention que la règle fut instituée dans l‟église Saint-Etienne de Toulouse, comme je
dirai ci-dessous.5
Il acquit d‟abord l‟abbaye de Saint-Maurin au diocèse d‟Agen; l‟abbaye de Saint-Sernin de Toulouse;
Arles au diocèse d‟Elne; Saint-Pierre de Camprodón au diocèse de Gérone; le lieu de Lagardelle; l‟église de
nombre de moines ; Saint-Pierre de Murato où il est parlé pareillement d‟un grand nombre dans un autre
ledit Hunaud, d‟après le texte de cette donation, gouvernait alors en l‟abbaye de Moissac un très grand
acte de donation; l‟église de Lestannar, qui est <non loin de Larrazet>, en Gascogne.6
Hunaud acquit ces églises avec la collaboration active du très saint Hugues, abbé /
1
Puteus de Baterato, “Puits des Baptisés”: mot corrompu venant de l‟occitan batejar, baptiser; batejat, baptême.
2
Le sacrement du baptême sauve le baptisé par la parole sacramentelle, et par l‟élément de l‟eau.
3
En situant l‟histoire du sacrilège au XIe siècle, Aymeric de Peyrac commet un anachronisme particulièrement grossier. On sait que,
non seulement en France, mais dans toute l‟Europe, il faut attendre la seconde moitié du XIIIe siècle pour voir apparaître les premiers
cas de profanation d‟hosties consacrées. Voir: LexMA 5, art. Hostienfrevellegende (J. Kirmeier). Lire sur l‟affaire moissagaise:
Mathieu Méras, Une prétendue persécution des Juifs à Moissac sous l‟abbatiat de Durand de Bredon, in: Annales du Midi 79
(1967), p. 317-319.
4
Le manuscrit A insère ici le texte de la sentence du sénéchal du Quercy, du 2ι mars 12λκ, contenant le vidimus de l‟ordonnance
royale du 14 janvier 1296, conservée aux ADTG: G 596 (Andurandy 1900). Cet acte a été publié en annexe à l‟article de Georges
Passerat, Les Juifs de Moissac au Moyen-Age, in: BSATG 109 (1984), p. 129-134. Les originaux d‟Alphonse de Poitiers ont
également été conservés: ADTG, G 544; ils ont été publiés par F. Fournier et P. Guébin, Enquêtes administratives d‟Alphonse de
Poitiers (Paris 1959), pièces 137 et 138 (année 1271), p. 364-367.
5
La réforme canoniale de Saint-Etienne de Toulouse eut lieu en 1073 (cf. Müssigbrod 1988, p. 128-129). Aymeric de Peyrac y
revient ci-dessous, dans la partie de sa chronique consacrée aux comtes de Toulouse: f. 168rb-169vb.
6
Cette liste des acquisitions d‟Hunaud n‟a pas été étudiée par Müssigbrod 1λκκ. Identifications: Saint-Maurin (Lot-&-Garonne, arr.
Agen, canton Beauville); Saint-Sernin, église de la ville de Toulouse; Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales, arr. Céret, ch.l.c.); Saint-
Pierre de Camprodón (Espagne, prov. Gerona); Lagardelle-sur-Lèze (Haute-Garonne, arr. Muret, canton Muret); Lapeyrouse, église
dans la commune de Lafrançaise (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, ch.l.c.); Sainte-Ruffine, lieu dit dans la commune d‟Albias
(Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Nègrepelisse); Saint-Mamet, hameau dans la commune de Montesquieu (Tarn-&-
Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Moissac-II); Saint-Sernin de Sieurac: il s‟agit de l‟église qui devint le prieuré de Saint-Maffre de
Bruniquel (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Monclar-de-Quercy); Saint-Martin de Christinac, hameau dans la commune de
Saint-Loup (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Auvillar); Saint-Michel en Agenais: il s‟agit de Saint-Michel-d‟Ursaud,
église dans la commune de Castelsagrat (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Valence); Saint-Clar (Gers, arr. Condom,
ch.l.c.); Saint-Etienne de Montescot, église de la commune de Moissac; Saint-Pierre de Murato: situation inconnue, il peut s‟agir soit
Larrazet, église aujourd‟hui disparue, près de Garganvillar. La mention, en apparence double, de Sieurac et de Saint-Maffre,
de Saint-Pierre de Sermur, donné en 1072/1073, soit de Saint-Pierre de Villematier, donné en 1073); Lestannar en Gascogne, près de
s‟explique par la présence de deux actes de donation: de l‟église de Saint-Saturnin de Sieurac (1074), et de Bruniquel (1083).
90
Donation par Bernard, comte de Besalú, des monastères de Saint-Pierre de Camprodón, de Notre-Dame
d‟Arles-sur-Tech et de Saint-Paul de Fenouillet, 1078. – Archives Départementales de Tarn-&-Garonne, G
725, n° 1 (original).
91
L'église San Pere de Camprodón en Catalogne espagnole, donnée à Moissac en 1078.
92
Conques, donné à Moissac sous Durand de Bredons, entre 1059 et 1072, est aujourd'hui un beau château avec
un domaine agricole.
93
<f. 158vb>
a. A : specificata – b. A : sanctissimi – c. A : commodo – d. A : Moysiacense – e. Mansi et A : traditas – f. Mansi : esse debere, maxima – g. Mansi :
inspirante – h. manque dans Mansi – i. Mansi et A : sciat – j. Mansi et A : proprie – k. Mansi : priscis – l. A : construccionis – m. Mansi et A : Tolosam
urbem – n. A : papa – o. A : septembrio – p. Mansi : Arnaldo – q. manque dans Mansi – r. Mansi et A : subditus – s. Mansi et A : firmaretur
94
f. 158vb.
/ de Cluny; les donations furent faites à la congrégation de Cluny et à son abbaye. Et beaucoup d‟autres
églises et d‟autres biens nous ont été acquis du temps d‟Hunaud ainsi que du temps de Durand, abbé et
évêque de Toulouse, outre ceux qui sont spécifiés ci-dessus, presque tous avec la collaboration de saint
Hugues et de ladite congrégation.
En effet, nous avons perdu plusieurs des dites églises et beaucoup d‟autres biens, par la négligence ou par la
contrariété des temps, ou bien nous les avons échangés pour la plus grande utilité et pour notre intérêt. Je lis
que du temps de dom Durand le monastère de Moissac possédait de grands prieurés, tandis qu‟aujourd‟hui il
n‟en possède point ou si peu, comme il est contenu dans un mémoire tiré d‟un acte d‟attestation du concile
de Toulouse,1 dont la teneur est comme suit:2
“Que tous les hommes qui désirent vivre pieusement dans le Christ, ici et dans la vie future, sachent que
l‟autorité des saints pères a établi que la possession des églises, qui ont été données de droit héréditaire aux
serviteurs de Dieu, pour le rachat des âmes, ne doit point être troublée. Mais, poussés par la cupidité, les
ennemis de Dieu veulent détruire et occuper ce que les fidèles, sous l‟inspiration de Dieu, et par leur propre
volonté, ont donné au monastère; ils ont irrité le Dieu Tout-Puissant par leurs moeurs dépravés, en
s‟appropriant illégalement les dîmes et les possessions des monastères et des églises. Mais maintenant, pour
sûr, que la fraternité des chrétiens sache que le monastère de Cluny avec toutes ses dépendances a été donné,
depuis les premiers temps de sa construction, à Dieu et au saint apôtre Pierre et à ses successeurs, les
hommes apostoliques, avec tous les lieux qui lui appartiennent dans les différentes parties du monde. Voilà
pourquoi il a plu au concile de la sainte église romaine réuni à Toulouse sur ordre du pape Victor, 3 au mois
de septembre, en présence de l‟évêque Arnaud,4 de confirmer que le monastère de Moissac, gouverné par
l‟abbé Durand, est soumis à Cluny avec toutes les possessions qu‟il possède ou qu‟il possédera, par l‟autorité
de dix-huit évêques. Ce sont, /
1
Ce concile de Toulouse eut lieu en 1056.
2
L‟abbaye de Moissac possédait ce texte dans un manuscrit aujourd‟hui à Paris: BN, ms. lat. 42κ0 BB, f. 326. Aymeric de Peyrac le
donne aussi dans la Chronique des papes, sous Victor III: f. 54rb-va (Annexe 6). Ce texte comporte quelques variantes sans grande
importance. Le texte a été édité par Mansi, t. 19, col. 854-856.
3
Victor II, pape de 1055 à 1057.
4
Arnaud II, évêque de Toulouse de 1045 à 1056.
95
Acte de donation par Diutrand de Corbeira, fils de Frotard, à l'abbaye de Moissac, du tiers du dîmaire de
Saint-Germain de Livron. – Archives Départementales de Tarn-&-Garonne, G 633 (Andurandy 5227).
96
L'église du Saint-Sépulcre de Villeneuve, construite sur le plan de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
97
Intérieur de l'église de Villeneuve.
98
Plan d'origine de l'église et du prieuré de Villeneuve.
99
<f. 159ra>
100
f. 159ra.
1
Localisations: Mons Corbellus, ancien nom de La Salvetat de Caraman, aujourd‟hui La Salvetat-Lauragais (Haute-Garonne, arr.
Toulouse, canton Caraman); Roqueserière (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Montastruc-la-Conseillère); Villeneuve (Aveyron,
arr. Villefranche-de-Rouergue, ch.l.c.); Villa Sancti Paladii: il s‟agit sans aucun doute de Marcilhac-sur-Célé (Lot, arr. Figeac, canton
Cajarc), dont le fondateur légendaire est saint Palladius ou Pallais, évêque de Bourges au V e siècle (fête le 10 mai); Duravel (Lot, arr.
Cahors, canton Puy-l‟Evêque); Moirax (Lot-&-Garonne, arr. Agen, canton Laplume); Mézens (Tarn, arr. Albi, canton Rabastens).
2
Aymeric de Peyrac a déjà copié le texte du Concile de Toulouse dans la partie de sa Chronique consacrée aux papes, sous Victor
III; f. 54rb-va. En réalité, le texte, qui est de 1056, doit être daté sous Victor II (1055-1057).
3
Vabres, aujourd‟hui Vabres-l‟Abbaye (Aveyron, arr. Millau, canton Saint-Affrique), sur le Dourdan.
4
L‟original de cet acte a été conservé: ADTG, G 6ιι (Andurandy 5514). La transcription d‟Aymeric de Peyrac est assez bonne: il ne
se permet que quelques libertés qui ne changent rien au sens du texte.
5
Pierre-Bérenger, évêque de Rodez de 1053 à 1079; voir Dufour 1989, p. 82-84.
101
<f. 159rb>
a. original : XV ; A : XIIII – b. A, pour II idus : secundo ydus – c. A : quod – d. A : intitulare – e. A, pour excludebantur Cluniacense monasterium :
excludebant Moysiacense monasterium – f. A, pour predicti perficiebant : predicta perficiebantur – g. A : Moysiacenses – h. complété d‟après A – i.
complété d‟après A – j. A : ceteros – k. manque dans A – l. A : nichilum – m. dittographie – n. A : redactam – o. A : flochorum – p. le passage à partir de
hic a été rajouté par Aymeric de Peyrac dans la marge inférieure du manuscrit A, mais quelques lignes seulement ont été conservées.
102
f. 159rb.
/ et pour être élevée, par un gouvernement paternel, à la louange et au culte divin, et, avec l‟aide du Seigneur,
à l‟observance de l‟ordre de Cluny. Cette donation a été faite en l‟an de l‟Incarnation du Seigneur 1062,
quatorzième indiction,1 pendant la deuxième année du règne du roi des Francs Philippe,2 dans la cité de
Limoges, sous la présidence dudit père Hugues en réunion commune du chapitre de Saint-Martial, le 2 des
ides de novembre”.3
Je crois que d‟autres abbayes furent soumises au monastère de Moissac, et que cette abbaye aussi lui fut
soumise immédiatement, car ils firent tout au nom de l‟abbaye de Cluny. Mais les abbés de Moissac, grâce
au zèle desquels ces possessions immédiates ont été acquises, les gardaient à eux et au monastère de
Moissac, au nom du monastère de Cluny, comme on peut voir plus clairement aux abbayes que nous
possédons, et au prieuré de La Daurade et à beaucoup d‟autres. Ils ont tous été donnés au départ au très saint
dom Hugues et à la sainte congrégation du couvent de Cluny. Ils n‟excluaient pas le monastère de Cluny,
puisque lesdits abbés de Moissac étaient moines de la même congrégation. C‟est principalement par leur
activité qu‟ils ont réussi ce qui vient d‟être dit. Les abbés de Moissac ne voulaient pas accorder les honneurs
au très saint Hugues comme à un père glorieux en vertus qui, comme je le crois, avec l‟honneur qui lui est dû
après saint Benoît, a relevé, et par son travail a élevé, avec un zèle et un travail immense, notre très sainte vie
religieuse, qui était alors pratiquement perdue et quasiment réduite à néant dans les différentes régions.
Ledit saint Hugues a institué les frocs que nous autres Clunisiens, portons. Ledit saint mérite d‟être
commémoré dans toute cérémonie et d‟être honoré dignement de tout louange.
Ce très saint Hugues inventa le froc de poils comme le portent les Clunisiens. On lit en effet que du temps
de Charlemagne, au monastère de Saint-Martin de Tours,4 trois moines étaient sur une telle mauvaise pente
que, habillés de vêtements de soie et /
1
L‟original porte: “quinzième indiction”.
2
Philippe Ier, roi de France de 1060 à 1108.
3
Le 12 novembre 1061, et non pas 1062. La date est donnée en style pisan. La deuxième année de Philippe I er (29 août 1061 - 1062)
impose la datation 1061. La 15e indiction n‟est pas en contradiction avec cette datation, puisqu‟elle peut commencer en septembre. Il
faut donc conclure à l‟utilisation du style pisan.
4
Il s‟agit du monastère de Marmoutier (Maius Monasterium). Cf.: Gallia Christiana, t. 14, p. 192-236.
103
<f. 159va>
104
f. 159va.
/ de chaussures portant des dorures, ils s‟adonnaient aux agréments de la chair. Mais l‟un de ces moines vit
deux anges entrer dans le dortoir, qui exterminaient tous les moines, sauf celui qui vit les anges. Il obtint des
anges de ne pas être tué, mais promit de consacrer sa vie à la pénitence. Par la suite, saint Alcuin, le maître
de Charlemagne, instruit dans toute sainteté et ayant l‟âme d‟un éminent docteur, devint abbé de ce
monastère.1
Donc, saint Hugues, en pensant à tout cela, inventa un tel habit, en signe de détachement. De loin, il paraît
être de soie, mais de près il est très méprisable, de peu de prix et d‟allure, tant pour les capuces que pour les
souliers. Et il fut ordonné à jamais que les moines noirs devaient porter aux souliers des lacets et qu‟ils
devaient avoir à leurs capuces des attaches, ceci à cause dudit signe, donné jadis. Ainsi, le paon prend un
grand plaisir à se glorifier de la beauté de ses plumes de toutes les couleurs, quand il les dresse en faisant la
roue. Mais quand il regarde ensuite ses pieds difformes, il se reconnaît méprisable. Et si les moines, pour se
glorifier de revenus et d‟autres biens, regardent plus que d‟autres les habits, cet habit doit être rejeté et ils
doivent revenir des vanités. De même, depuis longtemps, dans l‟ordre de Cluny, j‟ai appris que, tout comme
pour les maîtres et les docteurs, les bérets sont les signes spirituels de leur degré, ainsi les frocs des moines
sont appelés de ce nom, le début d‟une vie religieuse plus noble, comme l‟habit de l‟honneur et de
l‟honnêteté, et pour qu‟ils montrent en image les autres hauts degrés de l‟excellence. Cet ordre surpasse les
autres en antiquité, piété et dureté des œuvres et des pénitences, par l‟observance de la vie religieuse. Ce que
nous voyons briller dans plusieurs monastères /
1
Alcuin (735-804), religieux anglo-saxon, élève de Bède le Vénérable, organisa l‟enseignement dans l‟Empire carolingien, dirigea
l‟Ecole de l‟abbaye de Tours. Il est à l‟origine de la division des études en deux cycles, le trivium et le quadrivium. Il écrivit de
nombreux ouvrages; l‟abbaye de Moissac en possédait certains.
105
"Ancien Bénédictin de Cluni, comme ils etoient autre fois". Gravure en taille douce, extraite du livre: Histoire
des ordres monastiques, religieux et militaires, et des congregations seculieres de l'un & de l'autre sexe,
qui ont été établies jusqu'à present [..], t. 5 (Paris 1718), face à la page 184.
106
Ce moine bien méditatif veille sur le choeur de l'église du Cet autre moine, non moins méditatif, figure sur
prieuré de Cénac (Dordogne), ancienne dépendance de la chaire de l'église de Valuéjols (Cantal), en
Moissac. Auvergne, ancienne dépendance de Moissac.
107
Statue surmontant le pilier gauche du portail de Cette représentation de saint Benoît sur un chapiteau
l'abbatiale de Moissac, représentant un moine de la galerie nord du cloître de Moissac nous montre
bénédictin. l'habit d'un moine du XIe siècle.
108
[ notes de la page suivante ]
a. A insère ici (BN, ms. lat. 5288, f. 65rb - 65vb) un long passage (rayé par Aymeric de Peyrac) sur le conflit entre Hunaud et l‟abbaye de Moissac :
Hunaldus de quo superius diximus per domnum Urbanum II papam a monasterio predicto Moysiacense fuit expulsus, unde scribit Guillermo Tholosano
comiti per hunc modum : « Urbanus episcopus, servus servorum Dei, Guillermo comiti Tholosano, salutem et apostolicam benedictionem. Super religione
et elemosinis quas erga Deum et eius famulos diceris exhibere, maximo gaudio exultamus, maximas agimus leticias. Est autem quod nostram
benivolenciam erga te minus efficiat quod non adeo iusticiam exequi te audivimus. Hoc autem ex eo accipit augmentum, quia Moysiacensis et Lezacensis
cenobii abbates iniuste expelli et in eorum locis inique alios subrogari pati ullo modo potuisti. Notum autem tibi facimus quod venerabilem fratrem
nostrum Ansquilinum in Moysiacensem abbatem consecravimus, Hunaldum autem invaso- [f. 65va] -rem ex eodem cenobio recedere decrevimus. Idque
totum episcopo Caturcensi nostris litteris intimavimus. Studeat ergo religio tua sedis apostolice decretis vigilanter insudare, et ut nostris affectibus
preceptorum detur insistere. Sane quia te Sancte Marie Deaurate apud Tholosam omnino ecclesiam diligere et honorare accepimus, tuis assensum
precibus, tue religionis dileccionem concedimus, quatinus tibi tueque progenie illic cimiterium construas, et benedici facias. Ut autem Beate Marie
Beatique Petri apostoli studeas devotis serviciis incubare, te et omnis qui in eodem loco religionis gracia optaverint sepeliri, per Beati Petri graciam ab
omnibus absolvimus vinculis delictorum. Episcopo autem civitatis ut illud consecret ex nostra parte mandabis. » Forte idem papa dicebat Asquilinum
fratrem suum, quia idem papa fuit monachus Cluniacensis. Et scribit eciam sanctissimo Hugoni, abbati Cluniacensi, per hunc modum : « Tibi ergo,
sanctissime, reverendissime ac dilectissime frater, tam ex antiqua sedis apostolice familiaritate, quam ex nobilissima tuique cenobii religionis reverencia,
singularis a nobis debetur prerogativa dileccionis. Est preterea quod nos tibi non minus, tuoque monasterio faciat debitores, quoniam per te monastice
religionis rudimenta suscepi ». Fuit data “anno dominice Incarnacionis [Link], pontificatus vero eiusdem domni Urbani primo”. Quod autem
mandavit episcopo Caturcensi, de quo superius facit mencionem, legi in quadam littera papali quam vix legere potui propter antiquitatem dicte littere et
delecione litterarum, cuius forma talis est : « Urbanus episcopus, servus servorum Dei, Guillermo Caturcensi episcopo, salutem et apostolicam
benediccionem. Quamvis super matrem suam et ecclesiarum omnium Romanam Ecclesiam calcaneum elevavit Hunaldus ex monasterio Moysiacensi, qui
in ipso cenobio abbas fuerit contra (abbatis Cluniacensis raturé) voluntatem, Asquilinium eiecit, tamen ex sedis apostolice humilitate ac paciencia
sentenciam suspendimus et tante parcimus presumpcioni. Iubemus autem ut Hunaldus ab eodem cenobio repellas, et fratrem nostrum venerabilem virum
Asquilinum in eodem loco restituas in abbatem. Et hoc intra XL dies postquam nostras litteras accepis a nobis. Quod nisi infra presciptum perfeceris
terminum, eciam invitum ab omni te suspendemus officio. Ut autem omnino satagabis, noveris te Domini nostri oris benedictionem nostre manus
disposicione assequtum. Si ergo nostris obedieris preceptis, apud nos bene iudicaberis. Sin autem, te iaculis nostris feriemus. Qualem ergo te exhibueris,
talem nos habebis ». Et secundum predictam formam dictus Urbanus negocium illud cordi habebat litteras tales comminatorias dirigens episcopo prelibato.
[f. 65vb] Originalia primarum litterarum apostolicarum adhuc diligentissime servantur in archivis prioratus seu monasterii Beate Marie Deaurate Tholose.
– b. A : la phrase Sequitur ...... figure en marge – c. A porte ici une phrase, rayée dans le manuscrit (f. 65vb) : De ingressu in nostro monasterio facto per
dictum Hunaldum monachali, talis memoria in antiqua carta legitur et habetur. – d. A : [..]risto Ihesu – e. A : yduum – f. A : Moysiaci – g. A : sibi – h. A :
vacabulo – i. A : partem – j. A : hereditate – k. A : Casals
109
<f. 159vb>
110
f. 159vb.
/ se réalise à présent dans le très saint monastère de Cluny, qui est “la lumière du monde”,1 “d‟une grande vie
religieuse, d‟une grande renommée, d‟une grande élévation”2 et d‟une sainteté extraordinaire dans les œuvres
et dans les exemples. Mais la congrégation des moines est considérée aussi comme “dure et difficile”,3
depuis les temps les plus anciens.
<4>
Ci-dessous, la copie d‟un acte dudit abbé dom Hunaud, à propos de son monacat. 5 Il s‟avère qu‟il
possédait alors une grande autorité et un grand pouvoir. Cet Hunaud était le frère du seigneur de Béarn, et
devint pour sa part vicomte de Brulhois. Il créa le monastère de Layrac,6 il l‟édifia sur les revenus de ladite
vicomté, il le dota magnifiquement, laissant une partie de la vicomté à son neveu, avec l‟honneur du titre.7 A
cause de cela, ce neveu lui fit un tort considérable, car il lui coupa le bras.8 Mais par les habitants du lieu il
est tenu en grande dévotion, à cause du bien qu‟il fit à l‟église, et parce qu‟il subissait pour ainsi dire le
martyre.
“Quand Notre Seigneur Jésus-Christ régnait, avec le Père Eternel et le Saint Esprit, en l‟an de
l‟Incarnation du même Seigneur 1062, la veille des ides de Juin,9 moi, Hunaud, après avoir eu la tête rasée
dans le monastère de Moissac et être revêtu de l‟habit monastique, j‟ai demandé à ce que l‟on écrive cet acte
de donation, par laquelle je me soumets au Seigneur Dieu et à ses saints apôtres Pierre et Paul ainsi qu‟au
lieu de Cluny, à dom Hugues, abbé, et aux frères qui lui sont confiés, présents et futurs. Je me soumets à eux
par ma conversion en une perpétuelle soumission.
Je donne mon église consacrée en l‟honneur de saint Martin à Layrac, exception faite de la cinquième
partie qui n‟est pas de mon droit d‟héritage. Je donne aussi les autres églises qui sont soumises à cette église,
c‟est-à-dire l‟église de Saint-Saturnin dans le même village, l‟église de Saint-Pierre de Cazaux, l‟église
Saint-Gervais de /
1
Luc 5,14.
2
Expressions empruntées à la bulle du pape Urbain II du 7 mai 1096, mais où elles sont appliquées à Moissac! Acte publié par
Müssigbrod 1988, p. 338-339.
3
Citation de la Règle de saint Benoît 58,8.
4
Le manuscrit A insère ici un long passage (texte latin sur la page de gauche) sur le conflit entre Hunaud et l‟abbaye de Moissac,
comportant entre autres les lettres écrites par le pape Urbain II au comte de Toulouse et à l‟évêque de Cahors, publiées par Migne, PL
151, col. 3λ2 et 3λ3, et un extrait d‟une lettre à l‟abbé Hugues de Cluny, publiée dans Migne, PL 151, col. 291-293. Dans la rédaction
définitive de la Chronique, ce passage a été inséré dans la Chronique des papes, dans le paragraphe traitant du pape Urbain II: f.
58va-59ra.
5
Il existe deux versions très différentes de cet acte de donation, l‟une dans le Cartulaire de Cluny (Bernard-Bruel, t. 4, n. 3385),
l‟autre dans la Chronique d‟Aymeric de Peyrac. Les deux versions ont été éditées de façon synoptique par Bautier, o.c., p. 60-64.
6
Layrac, Saint-Martin (Lot-&-Garonne, arr. Agen, canton Astaffort), sur le Gers, près de son confluent avec la Garonne.
7
Sur la généalogie d‟Hunaud et la fondation de Layrac, lire: Robert-Henri Bautier, Les origines du prieuré de Layrac et l‟expansion
clunisienne, in: Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France 1970, p. 28-65; lire aussi mon étude: Réseaux de familles
au XIe siècle autour de Pommevic, in: BSATG 130 (2005), p. 7-28.
8
Aymeric de Peyrac fait probablement allusion aux graves troubles qui secouèrent la Gascogne dans les années 1061-1062. Cf.
Bautier, o.c., p. 36-40. L‟incident du bras coupé revient f. 160rb.
9
Le 12 juin.
111
<f. 160ra>
112
f. 160ra.
/ Cirsolz, l‟église Saint-Sernin de Sérignac, avec l‟église Saint-Vincent de Pleichac, l‟église Sainte-Marie de
Mansonville,1 avec toutes leurs dépendances, qui leur appartiennent maintenant, et tout ce qu‟elles pourront,
par le don de Dieu, acquérir en terres, vignes, bois, eaux et moulins, terres cultivées et incultes. Je fais cette
donation en éternelle cession pour le salut de mon âme, de mon père Roger, de ma mère Aladeiz, de mon
frère Hugues et de mon oncle Saxet, de tous mes parents et de tous les fidèles défunts. Chaque année à la fête
de saint Martin, 10 sous d‟argent devront être portés de ces dites églises au chapitre de Cluny, en présence
des frères, en guise de tribut, par les frères du monastère de Moissac, en fidèle soumission à ceux qui
habitent Cluny. Pour le reste, les revenus des dites églises doivent aller au monastère de Moissac, pour que
chaque année la mémoire de l‟anniversaire de mon père Roger soit célébrée dans ces mêmes lieux de
Moissac et de Cluny.
Je prends à témoin le Dieu Tout-Puissant par la vertu de tous les saints et par l‟autorité de l‟église de
Rome et du siège apostolique, pour qu‟aucun vivant, présent ou futur, n‟ose prétendre troubler cette
donation; si cela arrivait, pour quelle raison, à quelle occasion ou par qui que ce soit, je veux que le cas soit
apprécié par le jugement du Dieu de l‟Univers et par l‟examen de celui qui préside sur le Siège Apostolique,
au vu de ce qui est écrit.
J‟ai décrété enfin que les noms des témoins, par qui, en ma présence, cette donation sera confirmée, soient
notés ci-après: moi, Hunaud, je l‟ai décrété, de ma propre main, je l‟ai aussi confirmé de vive voix; Aladeiz,
ma mère; Hugues, vicomte, mon frère, a signé; Guarsia Arnal, surnommé Gualiar, a signé”. /
1
Localisation des donations d‟après Bautier, o.c., p. 51-52: Layrac (Lot-&-Garonne, arr. Agen, canton Astaffort); Cazaux, sur la
commune de Laplume (Lot-&-Garonne, arr. Agen, ch.l.c.); Cirsolz: situation inconnue: Sérignac-sur-Garonne (Lot-&-Garonne, arr.
Agen, canton Laplume); Pleichac, sur la commune de Laplume (ibidem); Mansonville: d‟après Bautier, la situation de Mansiovilla
est inconnue. Il est tout de même difficile de ne pas y reconnaître l‟église de Mansonville, donnée en 10κ1, par la vicomtesse
Adaleidis de Brulhois, à l‟abbé Hugues et au monastère de Cluny, en même temps que “Cursol”, d‟après un acte perdu, mais analysé
au XVIIIe siècle par Andurandy (Andurandy 6456).
113
Sur la façade de l'église de Layrac, c'est encore la lutte entre animaux de la terre et animaux du ciel qui est
représentée, l'un des thèmes favoris de l'iconographie du cloître de Moissac.
114
A Layrac, le souvenir de l'abbé Hunaud est toujours vivant. Dans l'église, deux vitraux modernes
représentent l'abbé Hunaud et le pape Urbain II.
115
<f. 160rb>
116
f. 160rb.
Cet Hunaud a dû réaliser cette délicate et très belle construction, faite avec grand art, qui est dans l‟arche de
l‟église et dans une chapelle,1 car j‟ai entendu dire par des personnes dignes de foi qu‟il fit construire de tels
ouvrages ou des similaires au monastère de Saint-Martin de Layrac, fondé et édifié par lui.2
Cet Hunaud était le frère du seigneur de Béarn. A cette époque, comme je lis, il était appelé: “Hunaud,
frère du comte de Béarn”.3
Je lis aussi dans les anciennes écritures de ce monastère que plus tard il ne s‟accordait plus bien avec le
monastère et la ville de Moissac. Un jour, il vint à main armée mettre le feu à la ville, il prit dans la ville et
au monastère ce qu‟il voulait, et se retira à Layrac. C‟est là qu‟il mourut.4
J‟ai entendu de personnes dignes de foi qu‟il est représenté en peinture, là-bas, dans l‟église, avec un bras
seulement. En effet, on lit que son neveu lui coupa le bras parce qu‟il avait richement doté et élevé ledit
monastère de Layrac, en lui donnant beaucoup de domaines et de lieux et près de la moitié de la vicomté de
Brulhois, et le reste seulement à son neveu, qui voulait avoir tout à lui. On trouve là-bas l‟inscription
suivante: “dom Hunaud, abbé de Moissac, vicomte de Brulhois”. Cette vicomté prit son autorité dudit comte
de Béarn. La vicomté était venue à Hunaud par un partage. J‟ai entendu aussi que devant cette peinture brûle
en permanence une lampe, et qu‟Hunaud y a toujours été particulièrement honoré.5
Asquilin6 préside au monastère de Moissac en 1091, du temps d‟Urbain II, la sixième année de son
ordination, comme je lis dans l‟acte de donation de l‟église de Boisse, au diocèse de Cahors.7
Cet Asquilin fut très pieux, /
1
Aymeric de Peyrac veut probablement parler du tympan du grand portail de l‟abbatiale (archa) et du clocher-porche (capella).
2
L‟église construite par Hunaud à Layrac n‟existe plus. L‟église du XI e, consacrée par le pape Urbain II, a été rebâtie entièrement
vers 1150-1160. C‟est cette église, qui existe toujours, qu‟Aymeric de Peyrac a connu. On y remarque encore, dans le choeur, une
mosaïque représentant David ou Samson étranglant un lion (fin XI e siècle), selon le même motif qu‟un chapiteau du porche de
Moissac. L‟église compte de nombreux chapiteaux qui ressemblent fort à ceux de la salle haute de l‟abbatiale de Moissac. Voilà
peut-être la ressemblance remarquée par Aymeric de Peyrac.
3
Sur la généalogie de la famille d‟Hunaud, voir ci-dessus: f. 159vb.
4
Aymeric de Peyrac revient ici, très brièvement, sur le coup de force tenté par Hunaud de Layrac vers 1087-1088. Voir
l‟Introduction. Une synthèse récente de ces événements a été donnée par Müssigbrod 1λκκ, p. 134-144. J‟y reviens plus amplement
dans mon ouvrage Apogée de Moissac, p. 85-93.
5
Aymeric se répète: voir f. 159vb. En outre, il perd le fil chronologique, car les troubles dont il parle sont à situer dans les années
1061-1062, au moment de l‟entrée de Hunaud dans les ordres, tandis que l‟expédition armée d‟Hunaud contre le monastère de
Moissac s‟est déroulée après sa déposition comme abbé, vers 10κι-1088.
6
Dans les actes contemporains, le nom d‟Ansquitil s‟écrit de plusieurs façons: „Ansquitilius, Ansquilius, Asquitilius, Asquitinius,
Ansquitinus‟, etc. Puisqu‟il faut bien s‟en tenir à une seule graphie, nous préférons celle de l‟épigraphie, donc celle du “pilier de
consécration”: „Ansquitil‟ (Ansquitilius). Les auteurs qui écrivent sur Moissac utilisent généralement la graphie „Ansquitil‟. Aymeric
de Peyrac utilise la graphie „Asquilin‟.
7
Boisse, sur la commune de Castelnau-Montratier (Lot, arr. Cahors, ch.l.c.). La donation de Boisse remonte non pas à 1091, comme
l‟écrit Aymeric, mais à 10λ4; c‟est bien la sixième année du pontificat d‟Urbain II. L‟acte a été conservé en copie: ADTG, G 56λ I,
p. 5-6; Doat, vol. 128, f. 250r-252r. Cette phrase prouve encore qu‟Aymeric de Peyrac ne recherche pas systématiquement les
années de gouvernement des abbés, mais qu‟il se contente de citer une année empruntée à un acte.
117
Quand Aymeric de Peyrac parle de la "délicate et très belle figure, faite avec grand art,
qui est dans l'arche de l'église", ouvrage, selon lui, de l'abbé Hunaud de Layrac, il veut
certainement parler du tympan de l'abbatiale, qui est en réalité du XIIe siècle (f. 160rb).
118
Le portail de l'abbatiale de Moissac, tel qu'il était au début du XIXe siècle. Gravure extraite de : J. Taylor, A. de
Cailleux, Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, premier tome, deuxième partie (Paris 1834).
119
<f. 160va>
120
f. 160va.
/ et depuis longtemps j‟ai appris que par lui, de par Dieu, des miracles furent réalisés.
Asquilin fit le grand cloître de l‟abbaye, construit avec un art délicat. Sur une pierre en marbre il fit
marquer, avec des lettres difficiles, l‟année de la construction.1 Je crois qu‟avec les mêmes lettres il fit aussi
l‟inscription commémorative de la consécration de l‟église, faite du temps de dom Durand, abbé.2 Le même
Asquilin, d‟après les symboles qu‟on voit dans la construction, fit faire le très beau portail, finement
ouvragé, de l‟église abbatiale; on peut le déduire des écailles3 qui y sont sculptées, tant dans le cloître qu‟au
milieu du pilier du portail de l‟église. Car c‟est en allusion au nom d‟Asquilin qu‟il fit sculpter des écailles
de poissons sur certaines pierres.4 Il fit apporter la pierre de la grande fontaine du cloître. Ces constructions
sont faites avec grand art, beaucoup de travail et de grandes dépenses, comme on peut en juger en les voyant.
Mais la pierre en marbre de la fontaine et la pierre centrale du portail sont certainement, parmi ces
sculptures, celles qui ont été faites avec la plus grande beauté et avec un art délicat, et apportées et travaillées
à grands frais.5 On dirait qu‟elles sont là par un miracle, plutôt que par l‟intervention d‟un homme, à plus
forte raison d‟un simple abbé. Voilà pourquoi j‟ai dit que Dieu fit là un miracle, parce qu‟il a transformé le
vin, pour ainsi dire, en eau, comme le fit notre Seigneur aux noces d‟Architriclin.6
Ledit Asquilin acquit au profit de l‟abbaye plusieurs églises et des biens, comme il est porté plus
amplement dans les livres de donations, comme le prieuré de Cénac, au diocèse de Sarlat, autrefois de
Périgueux.7 Quand j‟y étais, en 1397, j‟ai lu dans de vieux documents la fondation dudit prieuré. J‟ai trouvé
aussi que ce fut Asquilin, ou du moins /
1
Le pilier central de la galerie ouest, dit improprement “pilier de consécration”, porte l‟inscription suivante:
ANNO: AB INCARNA[-]
TIONE . AETERNI
PRINCIPIS . MILLESIMO
CENTESIMO . FACTUM .
EST . CLAUSTRUM . ISTUD .
. TEMPORE .
DOMNI .
ANSQUITILII .
ABBATIS:
AMEN .
.V.V.V.
.M.D.M.
.R.R.R.
.F.F.F.
“En l‟an 1100 depuis l‟incarnation de l‟Eternel Un, ce cloître a été construit, du temps de dom Ansquitil, abbé. Amen.” Les
abréviations à la fin n‟ont toujours pas reçu d‟explication satisfaisante. – Le cloître était construit “du temps de dom Ansquitil”,
l‟abbé Ansquitil n‟en est pas nécessairement le constructeur; ce serait plutôt le moine operarius ou ouvier. Voir mon étude: Arnaud
Guillaume, constructeur du cloître de Moissac, in : BSATG 120 (1995), p. 27 - 35.
2
Le texte de cette inscription a été donné par Aymeric de Peyrac plus haut: f. 158ra-rb.
3
Aymeric de Peyrac rapproche le nom d‟Asquilin du mot occitan escata, latinisé en scata: „écaille‟.
4
La face intérieure du pilier central du portail et certains piliers du cloître portent effectivement des décorations en forme d‟écailles.
Ces écailles seraient donc les intersignia operis, les symboles au moyen desquels Ansquitil aurait “signé” la construction.
5
La grande fontaine du cloître a disparu vers 1κ00. Elle se trouvait dans l‟angle nord-ouest du cloître. Ses chapiteaux et ses arcades
étaient de même facture que le reste du cloître. Voir mon étude: La fontaine du cloître de Moissac, in: BSATG 110 (1985), p. 115-
122.
6
Architriclinus, nom qu‟Aymeric de Peyrac a lu sur le chapiteau du cloître (galerie est) représentant les Noces de Cana (Jean 2,1-11),
n‟est pas le nom du marié, mais désigne le ̓ χ τ ́ νο , le “maître du repas”. Enfin, simple inattention d‟Aymeric de Peyrac,
Jésus n‟a pas changé du vin en eau, mais de l‟eau en vin (!).
7
Cénac, aujourd‟hui Cénac-et-Saint-Julien (Dordogne, arr. Sarlat-la-Canéda, canton Domme).
121
Vasque de la fontaine du cloître de Moissac. – Dessin extrait de: Albert
Lenoir, Architecture monastique (Paris 1856 = Collection de documents
inédits sur l'histoire de France [..]. Troisième série. Archéologie), p. 315-
316.
122
Chapiteau de la galerie est du cloître, représentant Fructueux, évêque de Tarragone, en
chasuble et porteur de la crosse épiscopale, entouré de ses diacres Augure et Euloge,
vêtus de leurs dalmatiques et porteurs du livre d‟évangile. Ce chapiteau est une
référence immédiate à l'actualité de la fin du XIe siècle, la prise, en 1089, dans le cadre de
la Reconquista sur les Arabes, de la ville de Tarragone et sa restauration comme
métropole (cf. Apogée de Moissac, p. 438).
123
Les sculpteurs du cloître de Moissac ont travaillé également à Toulouse, pour réaliser les chapiteaux du cloître de La
Daurade. Le chapiteau de notre photo représente le Jugement. Dernier. Toulouse, Musée des Augustins.
124
Les sculpteurs du cloître de Moissac ont travaillé également à la décoration du prieuré de Saint-Maffre. Mais ici, les
personnages des chapiteaux n'ont pas été martelés à la Révolution, et cet Adam devant l'Arbre de Vie conserve encore
toute sa tête. Il nous donne une idée de la qualité expressive qu'ont dû avoir les têtes des chapiteaux du cloître de
Moissac.
125
<f. 160vb>
126
f. 160vb.
/ par son exemple et sous son administration, et aussi d‟après la forme de la construction de l‟église, que
c‟est lui qui l‟a fait, parce que ce prieuré fut bâti d‟après une construction et des sculptures similaires. Au
portail de ladite église de Cénac, il y a un léopard,1 sculpté comme au portail de l‟église de Moissac. Dans
cette église de Cénac, il y a aussi un crucifix très pieux et dévot, du Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ. Il
ne me semble pas fait par le travail d‟un homme, mais confectionné et ouvragé par un miracle de Dieu.
Aucune langue ne peut dépeindre ni décrire ce travail très fin et très dévot. On dit généralement que dans la
sainte église de Dieu, il y a trois crucifix qui surpassent tout par leur inexprimable piété et leur dévotion:
celui de la ville de Lucques, celui du monastère de Charroux,2 et celui de Cénac, qui est supérieur. J‟ai
entendu de personnes dignes de foi qui ont vu les deux, que celui de Cénac, en piété, dévotion et finesse du
travail, dépasse de beaucoup les autres. C‟est sûrement grâce aux mérites dudit Asquilin, fondateur dudit
lieu, que le Créateur de tout, Jésus-Christ fut merveilleusement ouvragé pour montrer le mérite de sa sainte
passion. Dans la langue du pays on l‟appelle Digne Votz.3
Il acquit l‟église de Saint-Loup près d‟Auvillar, l‟église de Boisse et plusieurs autres biens et églises.4
En ce temps fut cédée et donnée au monastère de Moissac l‟abbaye Saint-Pierre de La Court, qui est
appelée maintenant Saint-Pierre du Mas-Grenier, dans le Toulousain,5 comme j‟ai lu dans une vieille charte
dont la teneur est comme suit6:
“Au père universel, dom Pascal, pape,7 le frère abbé de Lézat, son serviteur. Que votre majesté, père de
tous, sache que Gérald, abbé de Lézat, notre prédécesseur, s‟est efforcé d‟administrer la petite abbaye de La
Court8 qui, comme l‟exigeait la justice, tombait sous notre gouvernement, de façon à ce que l‟immondice en
soit éliminée, et que le culte dû à Dieu soit rendu et mené avec le plus grand soin. /
1
Le portail, ainsi que la plus grande partie de l‟église priorale de Cénac, ont été détruits en 15κλ, pendant les guerres de religion.
L‟église de Cénac ne conserve plus que son chevet roman.
2
Lucques, Lucca (Italie, Toscana); Charroux (Vienne, arr. Montmorillon, ch.l.c.).
3
Le crucifix de Cénac est peut-être celui qui se trouve aujourd‟hui en l‟abbatiale de Moissac. Le rapprochement qu‟Aymeric de
Peyrac établit entre les crucifix de Cénac, de Charroux et de Lucques prouve qu‟il parle des crucifix portant un Christ habillé, un
“Christ en jupons”, comme l‟on disait à Moissac. Ces crucifix auraient été inspirés par le Volto Santo de Lucques: Lexikon der
christlichen Ikonographie, art. Volto Santo (R. Hausherr), Kruzifixus (R. Hausherr). Sur les crucifix de Charroux et de Cénac, voir:
Jean Cabanot, Deux nouveaux crucifix de la famille du “Volto Santo” de Lucques, le “Saint Veu” de Charroux, et le “Digne Votz”
de Cénac en Périgord, in: Cahiers de Civilisation Médiévale 24 (1981), p. 55-58. – Voir sur le crucifix de Moissac: René Toujas, Le
Christ roman de Moissac et la symbolique chrétienne, in: BSATG 89 (1963), p. 64-66. Selon cet auteur, le crucifix serait du XIV e ou
du tout début du XVe siècle. D‟autres auteurs le situent soit dans la première moitié du XII e siècle (W. Sauerländer, Zu dem
romanischen Kruzifix von Moissac, in: Intuition und Kunstwissenschaft. Festschrift für Hanns Swarzenski zum 70. Geburtstag am 30.
August 1973, Berlin 1973, p. 303-317), soit au milieu du XIIe siècle (Quercy Roman, p. 106), soit à la fin du XIIe ou au début du
XIIIe (Rupin, p. 348), soit au XVe siècle (Auguste Anglès, L‟abbaye de Moissac, Paris s.d., p. 51). L‟attribution par Aymeric de
Peyrac, du crucifix de Cénac à l‟abbé Ansquitil, ne doit pas nous induire en erreur; nous avons déjà appris à nous méfier des
datations et des anachronismes de notre auteur. Le corpus du crucifix de Moissac est apposé sur une croix de type “verdoyant”: cf.
L. Réau, Iconographie de l‟art chrétien, t. 2-II (Paris 1957), p. 483.
4
Saint-Loup (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Auvillar). La donation de Saint-Loup eut lieu en 1085: Doat, vol. 128, f.
193r-194v; Boisse: voir f. 160rb.
5
En 1099, le Mas-Grenier, dépendance de Lézat, s‟unit à l‟abbaye de La Cluse, en Piémont. Odon, abbé de Lézat, propose en 1104
au pape Pascal II d‟unir le Mas-Grenier à l‟abbaye de Moissac. Pascal II accède à cette demande en 1112, ce qui provoque la
dissolution de la communauté! Voir: A. Jouglar, Monographie de l‟abbaye du Mas-Grenier ou de Saint-Pierre de la Cour (Toulouse
1864), p. 54-57; F. Moulencq, Documents historiques sur le Tarn-et-Garonne. Diocèse, abbayes, chapitres, commanderies, églises,
seigneuries, t. 1 (Montauban 1879), p. 236-238.
6
Cette supplique n‟a pas été conservée dans les archives de l‟abbaye.
7
Pascal II, pape de 1099 à 1118.
8
La Court, ancien nom de l‟abbaye du Mas-Grenier (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Verdun-sur-Garonne).
127
Ces "léopards" du portail de Moissac avaient des frères au portail de Cénac. Leur ressemblance suffisait,
pour Aymeric de Peyrac, à attribuer Cénac à l'abbé Ansquitil (f. 160vb).
128
Pilier central de la galerie est, dit de "consécration", commémorant la construction du cloître de Moissac en
l'an 1100, du temps de dom Ansquitil.
129
<f. 161ra>
a. Lisez : nunc
130
f. 161ra.
/ Mais les envahisseurs, moines de La Cluse, s‟y sont opposés de façon malencontreuse et ont empêché les
frères de ce lieu d‟embrasser la discipline, ce qui attriste fortement le couvent de Lézat. Se plaignant et
craignant fort que la charge pastorale de ce lieu, qui lui était confiée, serait exigée par le Juge sévère, à la
perdition éternelle des frères, il a été décidé finalement d‟attribuer le soin de cette petite abbaye, sur un bon
conseil, à l‟église de Moissac, pour que, ce que cette église et celle de Lézat ne pouvaient obtenir, la très
célèbre église de Moissac l‟obtienne, nos frères ayant pris conseil auprès d‟un plus haut conseil. On venait en
chapitre, et là, comme il convient, l‟affaire était expliquée. D‟un commun accord de tous les frères ledit abbé
Gérald de Lézat transporta notre privilège sur La Court à Moissac, ainsi que notre droit et le gouvernement
de la petite abbaye de La Court, et la céda à perpétuité à dom Asquilin et à ses successeurs. Moi-même et les
autres confrères avons approuvé avec gratitude cette affaire, j‟ai aidé, coopéré et assisté à tout; s‟il pouvait y
avoir des doutes, il suffit de lire pour bien vite comprendre que ce que j‟approuvai alors comme moine à mon
père spirituel, je l‟approuve maintenant encore mieux, et de toutes les manières je confirme ces choses
établies pour un meilleur gouvernement. Mais parce que votre paternité m‟ordonna de me présenter pour
confirmer le témoignage, je l‟aurais fait volontiers et avec joie, si une maladie ne m‟en avait empêché”.
Ladite abbaye de Lézat, ayant composé avec le seigneur évêque de Toulouse, vint enfin audit évêque.
L‟abbé de Moissac résigna le droit qu‟il avait sur elle, et maintenant elle est soumise directement à Cluny.
En ce temps, il acquit beaucoup d‟églises et de biens.1
Enfin, il y eut un long procès contre l‟abbé et les frères de La Cluse à propos de ladite abbaye, devant le
pape Pascal II et le délégué et le légat du Siège Apostolique. Il y eut un jugement et une reconnaissance en
faveur du monastère de Moissac, /
1
Aymeric de Peyrac confond dans cet alinéa Lézat et Le Mas-Grenier. Lézat a été réformé par Durand de Bredons, abbé de Moissac
et évêque de Toulouse. Lézat a toujours gardé des liens avec Moissac. C‟est comme possession moissagaise que Lézat est mentionné
dans la bulle de 1240. En 122λ, l‟abbé de Lézat prête le serment de fidélité à l‟abbé de Moissac. Lézat a encore appartenu à Moissac
durant une très longue période: les archives de l‟abbaye témoignent de liens entre les deux maisons jusqu‟au XVII e siècle. L‟abbaye
de Moissac n‟abandonna donc pas Lézat, mais Le Mas-Grenier. Cf. Jouglar, o.c.
131
<f. 161rb>
132
f. 161rb.
Après Asquilin, Roger. Pendant son abbatiat, le corps de saint Cyprien fut transféré dans ce monastère de
Moissac,2 en l‟an du Seigneur 1222.3 Peu après le temps de la persécution, au cours duquel les Normands,
qui sont appelés aussi Danois, dévastèrent toute la Gaule, la réduisant presque à néant, et au cours duquel
durant trente ans et plus, ils profanaient les reliques des saints martyrs, celles-ci furent transférées par des
hommes catholiques dans la région appelée Les Vaux, au diocèse de Cahors.4 Dans un très bel endroit fut
édifiée une basilique en l‟honneur du saint et très glorieux martyr Cyprien.5 Dans une histoire, je trouve ceci:
“le corps fut transféré dans ce diocèse en l‟abbaye royale appelée Moissac, édifiée jadis par Clovis Ier, roi
chrétien des Francs, en l‟honneur des apôtres Pierre et Paul, et par saint Amand, évêque, qui fut le premier
abbé de ce monastère, désigné pour l‟administrer”.6
Du temps de ce dom Roger, beaucoup de reliques furent trouvées en cet endroit, d‟où ce poème7:
1
Les archives de l‟abbaye de Moissac ne recèlent plus aucun document sur les relations de Moissac avec l‟abbaye du Mas-Grenier.
2
Dans la Chronique des papes (f. 13ra du manuscrit 4991 A) et celle des rois de France (f. 105ra-rb et f. 105va), Aymeric de Peyrac
donne des récits parallèles de cette translation, en termes pratiquement identiques (voir Annexes 3 et 9).
3
L‟année est corrompue. Elle comporte un C de trop, et on doit lire: 1122. Le récit parallèle donne expressément 1122 (Annexe 9).
Sur le transfert des reliques et le culte de saint Cyprien, voir: Régis de La Haye, Saint Cyprien, patron de Moissac, in: BSATG 117
(1992), p. 137-159.
4
L‟archiprêtré de Notre-Dame des Vaux s‟étendait sur le Bas-Quercy, de Moissac jusque dans l‟actuel département du Lot:
Moulencq, t. 3, p. LXI. L‟église de Notre-Dame des Vaux était la plus ancienne église de Lauzerte. Elle s‟élevait au milieu du
cimetière de Lauzerte. Cette église fut démolie lors des guerres de religion: Moulencq, t. 3, p. 137, et fut définitivement ruinée au
début du XVIIIe siècle. L‟actuelle chapelle Saint-Mathurin, à l‟extrémité occidentale du faubourg, est l‟unique vestige de l‟église
Notre-Dame des Vaux: Rino Bandoch, Guide de Lauzerte. Promenade vans l‟histoire (Montauban 1989), p. 89.
5
Saint-Cyprien (Lot, arr. Cahors, canton Montcuq).
6
La forme rédactionnelle de cet alinéa prouve que notre auteur puise à une autre source.
7
Vers hexamètres. Nous avons apporté quelques corrections orthographiques.
8
Hoc anno .. “En cette année”.... En quelle année ς Aymeric ne le dit pas. En devinant dans la première phrase un chronogramme,
nous obtenons: hoC anno saCra patefaCta MartIrIs arra = 1302. Cela expliquerait que de vieilles personnes aient pu le raconter à
Aymeric de Peyrac: voir ligne 30! En tout cas, la chronologie d‟Aymeric de Peyrac, qui situe les faits du temps de dom Roger, est
inexacte, car on sait de façon sûre que les reliques de saint Julien étaient déjà en l‟abbaye de Moissac en 10λι, puisque c‟est sur elles
que l‟abbé séculier prête serment: voir f. 15ιrb-159va. Mais ce n‟est pas le premier anachronisme de notre auteur! Il s‟agirait donc
d‟une redécouverte, ou d‟un nouvel aménagement de l‟autel et des reliquaires.
133
La mâchoire de Pierre avec ses propres dents.
Ces choses-là ont été remises en place et disposées comme cela est maintenant.
Le 5 des kalendes de septembre1 l‟autel fut consacré.
J‟ai entendu dire par des anciens que les têtes des saints Julien et Ferréol furent alors trouvées enveloppées
dans deux coussins de plumes. En leur mémoire, le jour de la fête de ces saints, une fois par an, et seulement
au monastère de Moissac, les dits coussins sont exposés.2
Mentionnons encore une remarquable chose: dans une chapelle, religieusement édifiée dans le même
monastère en l‟honneur de saint Julien,3 chapelle que dans ce monastère on appelait vulgairement …4, on
raconte qu‟il affluait depuis toujours une si grande foule de lépreux, que ceux-ci provoquaient une telle
infection que la plus grande partie des moines, /
1
Le 28 août, fête de saint Julien.
2
Fête de saint Julien, le 28 août; fête de saint Ferréol, le 18 septembre.
3
Aymeric de Peyrac localise la chapelle Saint-Julien dans l‟abbaye. En réalité, la chapelle Saint-Julien, objet du miracle, ne se situait
pas dans les bâtiments du monastère de Moissac, mais à Escatalens: c‟était l‟église (aujourd‟hui démolie) de Saint-Julien. La source
(miraculeuse) existe toujours. Voir mon article: La légende de la source miraculeuse de l‟abbaye de Moissac, ou: comment lire
correctement Aymeric de Peyrac, in: BSATG 120 (1995), p. 37-47.
4
Le texte latin, à cet endroit, est incompréhensible, et semble corrompu.
134
Statue de l'abbé Roger, sur la grande colonne droite du portail de Moissac.
135
<f. 161va>
a. Corrigez : CXVIII.
136
f. 161va.
/ paraît-il, mourut. Frappée par la très grande maladie de la lèpre, et pour le renforcement des autres
dépendances, elle se réjouissait de recevoir du Seigneur la santé d‟autrefois, par les mérites de saint Julien,
grâce au bain d‟une source miraculeuse. Parmi les signes qui en font foi témoigne une mosaïque dans le
carrelage, faite de différentes couleurs, et à l‟extérieur de la chapelle quelques images hideuses qui
représentent des lépreux.1 Enfin, par ordre de l‟abbé et de la communauté monastique, cette fontaine fut
fermée, pour que les lépreux ne puissent plus atteindre ce lieu de guérison, et pour que les moines puissent
prier Dieu avec davantage d‟attention, dans la tranquillité qui leur est due, en sécurité et en bonne santé
corporelle.2 Ainsi, réjouissons-nous tous dans le Seigneur de nous avoir donné à voir une telle chose, et que
partout où s‟étend l‟église, gloire Lui soit rendue. Ce monastère partage d‟autant cette même louange, qu‟en
son sein ces miracles se sont produits. Ces choses semblent incroyables à ceux qui ne croient pas que tout est
possible à Dieu Tout-Puissant.3
Du temps de ce Roger, l‟abbaye de Sainte-Marie de Sorèze4 fut donnée au monastère de Moissac et à dom
Roger, en l‟an du Seigneur 1143,5 comme on le voit plus complètement dans l‟acte qui fut dressé, pendant le
règne du roi Louis, Raymond-Guillaume de Villemur étant son cousin.6 Ce Raymond-Guillaume donna
encore à dom Roger, abbé de Moissac, l‟église de Saint-Jean de Villemur, dans le Toulousain. Cette donation
fut faite en l‟an du Seigneur 1115. Cette église appartient maintenant à l‟évêque de Montauban.7 En effet,
comme je l‟ai dit, par les changements des temps, beaucoup de choses ont été modifiées ou perdues. En effet,
on lit dans l‟évangile: “Beaucoup de premiers seront derniers et beaucoup de derniers premiers”.8 A ce
propos, la conscience ordonne de faire preuve de beaucoup de respect, pour que, à cause de l‟affection que
nous ont témoignée lesdits donateurs, abstraction faite des pertes ou peut-être des changements qui sont
intervenus, une fois /
1
Supposer qu‟au Moyen Age, des lépreux aient pu être admis dans les bâtiments d‟une grande abbaye, est une énorme incongruité.
En raison de la maladie extrêment contagieuse qu‟était la lèpre, les léproseries se situaient toujours en dehors des agglomérations.
Les représentations de lépreux qu‟Aymeric de Peyrac croit voir à l‟abbaye sont très probablement les têtes sculptées sur les
modillons extérieurs du clocher-porche, qui ont en réalité une fonction apotropaïque.
2
Sur cette légende de la source miraculeuse de la chapelle de Saint-Julien, voir mon article: La légende de la source miraculeuse de
l‟abbaye de Moissac, ou: comment lire correctement Aymeric de Peyrac, in: BSATG 120 (1995), p. 37-47.
3
Aymeric revient sur l‟affaire de la fermeture de la source miraculeuse, ci-dessous: f. 161vb, ligne 25.
4
Sorèze, Notre-Dame (Tarn, arr. Castres, canton Dourgues).
5
La date a été corrompue par au moins une erreur de transciption: il faut lire un V à la place du L, ce qui donne 1118 au lieu de 1143.
En réalité, Sorèze a été donné à Moissac en mai 1119 (BN, ms. lat. 1797, f. 79v).
6
Louis VI, roi de France de 1108 à 1137.
7
Cette donation n‟est connue que par une analyse d‟Andurandy, qui la place d‟ailleurs en l‟an 1130 (Andurandy 5649).
8
Matthieu 19,30.
137
Les modillons du clocher-porche, qu'Aymeric de Peyrac prenait pour des représentations des
lépreux de la chapelle Saint-Julien (f. 161va). Il s'agit en réalité de représentations
apotropaïques.
138
La vraie source miraculeuse de l'abbaye de Moissac se trouve près de l'emplacement de l'église (disparue) de Saint-
Julien d'Escatalens, au lieu-dit Saint-Julia.
139
<f. 161vb>
a. Lisez : puritatis.
140
f. 161vb.
par an il se fasse une mémoire particulière de tous les donateurs, qui ne peuvent pas être frustrés de leur dû
en dehors de leur faute, d‟autant que leurs héritiers ou successeurs nous feraient encore faire respecter cette
dette. Ainsi, nous avons enregistré les actes de transport et les anciens actes de piété, et il y a un registre
contenant l‟administration de toutes les donations faites audit monastère en mémoire des défunts.
Ledit abbé tint un plaid avec Bertrand de Montancès, abbé chevalier de Moissac, comme il est dit dans un
mémoire. Il faut savoir que dom Roger, abbé de Moissac, et tous les bourgeois de Moissac, tinrent un plaid
avec Bertrand de Montancès, abbé séculier, entre les mains du comte Alphonse. Il voulait, en effet, qu‟ils lui
rendent l‟église et le clocher, mais le seigneur abbé et les bourgeois s‟y opposèrent vigoureusement. Donc,
suite à ces événements, un accord fut conclu en l‟an 1130, pendant les règnes de Philippe, roi des Francs, et
d‟Alphonse, comte de Toulouse, pendant qu‟Amelius était évêque de la cité de Toulouse. L‟évêque de
Toulouse est mentionné dans cet accord, parce qu‟il fut signé à Toulouse par-devant le comte de Toulouse,
pendant le règne des susdits.1
Certains sèment le doute en affirmant que la décision de fermeture de la source miraculeuse, dont il a été
question ci-dessus,2 soit inconciliable avec les règles et les dispositions divines, puisque les œuvres de Dieu
doivent être répandues partout et manifestées le plus promptement possible, pour que la gloire de Dieu soit
annoncée sur terre. Mais il faut penser que, tout comme nous affirmons que la profusion de miracles vient de
Dieu, de même la foi catholique n‟interdit pas de croire que ladite décision soit inspirée par Lui, et qu‟ainsi,
par le don de Dieu, les uns retrouvent la santé physique et les autres tirent de la jouissance de la santé
corporelle une raison de rendre grâce à Dieu, joyeux parce que les deux ont pu mériter des bénéfices de la
fontaine de pureté de Sa puissance divine.3 /
174va); Amelius-Raymond du Puy, évêque de Toulouse de 1106 à 1139. L‟original de cet acte a été conservé: ADTG, G 596
Philippe, fils de Louis VI le Gros, régent de 1129 à 1131; Alphonse Jourdain, comte de Toulouse de 1112 à 1148 (voir notice f.
(Andurandy 1κκκ). Notice: Dufour 1λι2, p. 105. L‟acte n‟est pas de 1130, mais du 1 er mai 1129. La date est donnée en style pisan:
Damien Garrigues, Les styles du commencement de l‟année dans le Midi. L‟emploi de l‟année pisane en pays toulousain et
Languedoc, in: Annales du Midi 53 (1941), p. 266.
2
Voir f. 161rb, ligne 35 - f. 161va, ligne 23.
3
Aymeric de Peyrac veut dire qu‟en interdisant au lépreux l‟accès à une fontaine miraculeuse, on empêcherait Dieu de faire des
miracles, on s‟opposerait à la volonté divine. Il répond à cette objection que la décision d‟interdire l‟accès à la fontaine, pour protéger
la santé des moines, peut également être inspirée par Dieu, et relever de sa volonté.
141
<f. 162ra>
a. Vincent de Beauvais et CCCM : via – b. PL : arcta – c. CCCM : spatiosam – d. PL : tuis – e. PL : spargemus – f. Lisez : abbates
142
f. 162ra.
/ Je préfère, en effet, sans toucher à la foi, y accorder un sens convenable, et ne pas me perdre dans des
discussions embrouillées; dans le doute, laissons donc avec davantage d‟assurance le dernier mot au Juge
Divin. On lit qu‟un prieur, un ami de saint Etienne de Grandmont,1 voyant qu‟à cause des miracles de saint
Etienne des foules de gens venaient, le suppliait ainsi devant son tombeau: “Veux-tu, par tes miracles, nous
détourner de la voie étroite vers la voie large,2 et créer un marché commercial ? Veille à ce que tu ne fasses
point à ton honneur, que tu oublies notre salut ! Car s‟il en était autrement, nous te l‟avons dit aussi par
pas des miracles qui rehaussent ta sainteté, mais qui détruisent notre humilité. Veille à ne pas pourvoir à ce
l‟obéissance que nous t‟avons promise nous affirmons fermement que nous enlèverons tes ossements d‟ici,
et que nous les jetterons dans le fleuve”. Vincent le relate au temps d‟Henri III.3 En effet, ce prieur qui
supportait toujours plus difficilement que diminuaient, à cause des nombreux miracles qui eurent lieu, sa
propre tranquillité et celle de ses frères, ainsi que la douceur du calme intérieur, en vint à agir ainsi.4 Lisez au
paragraphe Verum, à la distinction 635; au canon Corpus, dans le De Penitentia, à la distinction 2.6
Tout comme dans le royaume de France et chez les rois des Francs il y a, d‟après ce qu‟on lit, une succession
de trois générations: la première à partir de Clovis, fondateur dudit monastère, jusqu‟à Charlemagne,7 (la
deuxième) de Charlemagne jusqu‟à Hugues Capet,8 la troisième de Hugues Capet à ce jour, de même ce
monastère compte trois périodes distinctes. Comme première période nous comptons celle du début, à partir
de Clovis, durant laquelle il y eut pendant une longue période de très saints hommes, durant laquelle ledit
monastère croissait et prospérait, mais fut à la fin abandonné. La deuxième période part d‟Odilon, le très
saint abbé de Cluny; pendant cette période, il y eut de très valeureux abbés, ledit monastère croissait et
prospérait et acquit de nombreux biens, mais enfin, par la très grande faute des abbés séculiers et /
1
Etienne de Muret, fondateur de Grandmont (Haute-Vienne, canton Laurière, près de Muret); fête le 8 février.
2
Cf. Matthieu 7,13-14.
3
Lisez: Henri IV. – La vie et les miracles d‟Etienne, fondateur de Grandmont, sont relatés par Vincent de Beauvais, Speculum
Historiale, lib. 25, c. 46-50 (p. 1018-1020).
4
Après la mort de saint Etienne de Muret, fondateur de l‟ordre de Grandmont, son successeur Pierre craignit que l‟afflux de pélerins
ne troublât la quiétude monastique des lieux. Devant la tombe de son saint prédécesseur, il dit les mots qu‟Aymeric de Peyrac
emprunte en les abrégeant à la vie de saint Etienne de Grandmont, c. 43, in: CCCM 8, p. 130-131. Voir aussi Vincent de Beauvais,
Speculum Historiale, lib. 25, c. 50 (p. 1020).
5
Decretum Gratiani, pars prima, distinctio 63, IV. Pars Gratian.: Verum, in: Friedberg, t. 1, col. 244: “[..] si nonnulli ex
predecessoribus et maioribus nostris fecerunt aliqua, que illo tempore potuerunt esse sine culpa, et postea vertuntur in errorem et
superstitionem, sine tarditate aliqua et cum magna auctoritate a posteris destruantur [..]”.
6
Decretum Gratiani, De Penitencia, distinctio 2 [c. 5, § 3]: Corpus nostrum, in: Friedberg, t. 1, col. 11λ1: “corpus nostrum, quia pars
nostri est, ad hoc nobis diligendum est, ut saluti eius ac fragilitati naturaliter consulamus, et agamus, quatinus spiritui ordinate
subiectum ad eternam salutem accepta inmortalitate et incorruptione perveniat”.
7
Charlemagne, roi à partir de 768, empereur de 800 à 814.
8
Hugues Capet, roi de France de 987 à 996.
143
<f. 162rb>
144
f. 162rb.
/ des comtes de Toulouse, fut réduit au dernier opprobre, à un état méprisable et à la pauvreté. C‟était du
temps de Hugues Capet, ou à peu près. La troisième période de ce monastère commence au temps de dom
Bertrand de Montaigu, le plus valeureux abbé de ce monastère.1 Il y a trente ans encore, au début de la
dernière guerre des rois, ledit monastère était en la plus haute valeur, honneur, dignité et gloire du monde;
mais maintenant, au vu du passé, il est pratiquement réduit à néant.
Lesdits abbés de la deuxième génération, pour ainsi dire, acquirent beaucoup de biens au monastère. Mais
cependant, puisque je dois me contenter d‟être bref, je n‟insère pas littéralement toutes les donations ou les
acquisitions de biens réalisées à leur époque, parce que je veux éviter une trop grande quantité de textes qui
n‟engendreraient qu‟ennui et lourdeur. Pourtant, pour bonne mémoire, je mentionne tous les noms des
abbayes, prieurés et églises, que j‟ai pu recueillir dans les anciens écrits, en omettant ceux que nous avons
oubliés depuis les temps reculés. Je les ai réunis ici pour les étudier sans retard.
Voici d‟abord les noms des abbayes qui ont été données depuis les temps reculés à ce monastère; nous en
possédons encore quelques-unes, mais nous en avons perdu d‟autres, parce qu‟elles sont passées sous un
autre pouvoir: l‟abbaye de Marcilhac, Lézat, Saint-Sernin de Toulouse, Eysses, Arles, Camprodón, Sainte-
Marie de Sorèze, Saint-Maurin, Saint-Pierre de La Court, Conques, Vabres.2
(Marcilhac), Saint-Geny de Lectoure, là, comme je lis dans les Gestes de la Dévastation de la Gascogne,3
Suivent les noms des grands prieurés conventuels: La Daurade de Toulouse, Layrac, Mézens, Saint-Palais
il y avait jadis douze moines avec un cellérier , puis Saint-Cyprien en Périgord, le prieuré de Cénac,4 dans
dans /
1
Bertrand de Montaigu, abbé de Moissac de 1260 à 1295. Voir plus loin: f. 166ra-166vb.
2
Toutes les localisations qui suivent ont été étudiées dans mon ouvrage Apogée de Moissac, Première Partie, chapitre 4. Voici les
identifications: Marcilhac-sur-Célé (Lot, arr. Figeac, canton Cajarc), sur le Célé; Lézat-sur-Lèze (Ariège, arr. Pamiers, canton Le
Fossat), sur la Lèze; Saint-Sernin, église de la ville de Toulouse; Eysses, sur la commune de Villeneuve-sur-Lot (Lot-&-Garonne,
[Link].); Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales, arr. Céret, ch.l.c.); Camprodón (Espagne, prov. Gerona); Sainte-Marie de Sorèze
(Tarn, arr. Castres, canton Dourgues); Saint-Maurin (Lot-&-Garonne, arr. Agen, canton Beauville); Saint-Pierre de La Court,
aujourd‟hui Le Mas-Grenier (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Verdun-sur-Garonne), sur la Garonne; Conques ou
Conquette, sur la commune de Buzet-sur-Tarn (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Montastruc-la-Conseillère), sur le Tarn;
Vabres, aujourd‟hui Vabres-l‟Abbaye (Aveyron, arr. Millau, canton Saint-Affrique), sur le Dourdan.
3
J‟ignore de quel ouvrage Aymeric veut parler ici. Les effets de la guerre civile en Lomagne, dont a souffert Saint-Geny de Lectoure,
sont rappelés dans les deux actes de donation de Saint-Geny à l‟abbaye de Moissac, la notice de 105λ (Doat 12κ, f. 56) et l‟acte de
1074 (Doat 128, f. 191r-192v).
4
Localisations: Notre-Dame de La Daurade, église de la ville de Toulouse, sur le bord de la Garonne; Layrac (Lot-&-Garonne, arr.
Agen, canton Astaffort), sur le Gers; Mézens (Tarn, arr. Albi, canton Rabastens); le texte porte: de Sancto Paladio: il s‟agit selon
toute probabilité de Marcilhac (voir f. 159ra); Saint-Geny de Lectoure, sur la commune de Lectoure (Gers, arr. Condom, ch.l.c.);
Saint-Cyprien (Dordogne, arr. Sarlat-la-Canéda, ch.l.c.), sur la Dordogne; Cénac, aujourd‟hui Cénac-et-Saint-Julien (Dordogne, arr.
Sarlat-la-Canéda, canton Domme), sur la Dordogne.
145
<f. 162va>
146
f. 162va.
/ notre région, on estime qu‟il fut un prieuré conventuel. Mais dans le monastère je ne lis que ce qui a été
stipulé dans la donation de la chapellenie de Domme, qu‟il devait y avoir un prieur avec des moines servant
Dieu, en l‟an du Seigneur 1148.1
Suivent les autres prieurés non-conventuels: Villeneuve de Rouergue, Bredons, Pommevic,
Castelsarrasin, La Salvetat-Lauragais, Bruniquel, Caussade, Bioule, Pescadoires, Lizac, Escatalens, Boudou,
Lagarde, Lériet, Bénas, Sérignac, Cumont, Saint-Rustice, Saint-Nauphary, Saint-Pierre de Majuze, Boisse,
Cos, Saint-Pierre des Cuisines, La Ménardière, Meauzac, Cintegabelle, la maison des étudiants de Saint-
Pierre-des-Cuisines, Lobaresses alias Bondigoux, Roqueserière, Eymet, Sadillac, Villematier, Saint-Avit,
Castelmayran, Gazaupouy, Saint-Nicolas, Saint-Clar, Masquières, Saint-Jean-le-Froid, Sermur, Le Ségur,
Rabastens, Sainte-Marie de Cubières, Lapeyrouse, Sallèles, Saint-Paul de Vallole de Fenouillet, Massels,
Saint-Romain, Buzet et Conques.2
Suivent les églises ou chapelles: Saint-Michel, Saint-Jacques, Saint-Ansbert, Saint-Laurent, Sainte-Marie
du Port, Guileran, Saint-Christophe, Saint-Jean de Viarose, Saint-Martial, Saint-Martin, Saint-Vincent
d‟Autéjac, Sainte-Livrade, Saint-Amans, Saint-Pierre de Cazes, Saint-Sernin du Bosc, Saint-Jean de Perges,
Saint-Sernin qui est unie à l‟église de Saint-Pierre de Tissac, Saint-Pierre de Bruyères (ou Bruguières),
Sainte-Marie de la Treille, Cougournac, Gratte-Cambe, Saint-Loup de Malause, Saux, Saint-Germain, Ardus,
Saint-Sulpice, Saint-Maurice, Saint-Jacques de Fromissard, Saint-Sernin de Rogonag, Saint-Julien, Sainte-
Madeleine, Finhan, Saint-Pierre-et-Saint-Avit, Bessens, Montbartier, La Sainte de Blanquet, Varennes,
Sarragachies, Flamarens, Goudourville, Saint-Amans de Tayrac, Castérus, Christinac,3 /
1
Domme (Dordogne, arr. Sarlat-la-Canéda, ch.l.c.). – Il s‟agit de l‟acte d‟arbitrage rendu par l‟évêque Raymond de Périgueux, en
faveur de Seguin, prieur de Cénac, à propos de la chapellenie de Domme, 1149: ADTG, G 569 II, f. 6v.
2
Localisations: Villeneuve (Aveyron, arr. Villefranche-de-Rouergue, ch.l.c.); Bredons, aujourd‟hui Albepierre-Bredons (Cantal, arr.
Saint-Flour, canton Murat); Pommevic (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Valence); Castelsarrasin (Tarn-&-Garonne,
[Link].); Mons Corbellus, ancien nom de La Salvetat-de-Caraman, aujourd‟hui La Salvetat-Lauragais (Haute-Garonne, arr.
Toulouse, canton Caraman); Bruniquel (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Monclar-de-Quercy); Caussade (Tarn-&-Garonne,
arr. Montauban, ch.l.c.); Bioule (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Nègrepelisse), sur l‟Aveyron; Pescadoires (Lot, arr.
Cahors, canton Puy-l‟Evêque), sur le Lot; Lizac (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Moissac-II); Escatalens (Tarn-&-
Garonne, arr. Montauban, canton Montech); Boudou (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Moissac-I); Lagarde-en-Calvère,
sur la commune de Saint-Amans-de-Pellagal (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Lauzerte); Lériet, sur la commune de
Castelsarrasin (Tarn-&-Garonne, [Link].); Bénas, sur la commune de Lafrançaise (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, ch.l.c.);
Sérignac et Cumont (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Beaumont-de-Lomagne); Saint-Rustice (Haute-Garonne, arr.
Toulouse, canton Fronton); Saint-Nauphary (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Villebrumier); Saint-Pierre de La Salvetat-
Majuze, aujourd‟hui La Salvetat-Belmontet (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Monclar-de-Quercy); Boisse, sur la commune
de Castelnau-Montratier (Lot, arr. Cahors, ch.l.c.); Cos, sur la commune de Lamothe-Capdeville (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban,
canton Montauban-I); le prieuré de Saint-Pierre des Cuisines, et La Ménardière ou Hôpital de Bernard Ménardier, dans la ville de
Toulouse; Meauzac (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Castelsarrasin-II); Cintegabelle (Haute-Garonne, arr. Muret,
ch.l.c.); la maison des étudiants de Saint-Pierre des Cuisines, appartenant au prieuré de Saint-Pierre des Cuisines, dans la ville de
Toulouse; Lobaresses alias Bondigoux (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Villemur-sur-le-Tarn), sur le Tarn; Roqueserière
(Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Montastruc-la-Conseillère); Eymet (Dordogne, arr. Bergerac, ch.l.c.); Sadillac (Dordogne, arr.
Bergerac, canton Eymet); Villematier (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Villemur-sur-le-Tarn); Saint-Avit, sur la commune de
Moissac; Castelmayran (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Saint-Nicolas-de-la-Grave); Gazaupouy (Gers, arr. et canton
Condom); Saint-Nicolas-de-la-Grave (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, ch.l.c.); Saint-Clar (Gers, arr. Condom, ch.l.c.);
Masquières (Lot-&-Garonne, arr. Villeneuve-sur-Lot, canton Tournon-d‟Agenais); Saint-Jean-le-Froid, sur la commune de Salles-
Curan (Aveyron, arr. Millau, ch.l.c.); Sermur, sur la commune de Sainte-Juliette-sur-Viaur (Aveyron, arr. Rodez, canton
Baraqueville-Sauveterre); Le Ségur (Tarn, arr. Albi, canton Monestiés); Rabastens (Tarn, arr. Albi, ch.l.c.); Sainte-Marie de
Cubières-sur-Cinoble, appelée aussi Cubières-en-Rasez (Aude, arr. Limoux, canton Couiza); Lapeyrouse, sur la commune de
Lafrançaise (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, ch.l.c.); Sallèles-d‟Aude (Aude, arr. Narbonne, canton Ginestas); Saint-Paul de
Vallole ou de Fenouillet, aujourd‟hui Saint-Paul-de-Fenouillet (Pyrénées-Orientales, arr. Perpignan, ch.l.c.); Massels (Lot-&-
Garonne, arr. Villeneuve-sur-Lot, canton Penne-d‟Agenais); Saint-Romain, sur la commune de Fauroux (Tarn-&-Garonne, arr.
Castelsarrasin, canton Bourg-de-Visa); Buzet-sur-Tarn (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Montastruc-la-Conseillère); Conques
ou Conquette, sur la commune de Buzet-sur-Tarn (ibidem).
3
Localisations: Saint-Michel, Saint-Jacques, Saint-Ansbert (par la suite: Saint-Martin), Saint-Laurent, Sainte-Marie du Port,
Guileran, Saint-Christophe, Saint-Jean de Viarose: églises et chapelles dans la commune de Moissac; Saint-Martial, église de Lizac
(Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Moissac-II); Saint-Martin d‟Autéjac ou de Lastours, sur la commune de Réalville
(Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Caussade); Saint-Vincent d‟Autéjac (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Caussade);
Sainte-Livrade et Saint-Amans de Lurcinade, églises dans la commune de Moissac; Saint-Pierre de Cazes, sur la commune de Cazes-
Mondenard (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Lauzerte); Saint-Sernin du Bosc, sur la commune de Lauzerte (Tarn-&-
Garonne, arr. Castelsarrasin, ch.l.c.); Saint-Jean de Perges, sur la commune de Labarthe (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton
Molières); Saint-Sernin et Saint-Pierre de Tissac, sur la commune de Cazes-Mondenard (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton
Lauzerte); Saint-Pierre de Bruyères ou de Bruguières, sur la commune de Cazes-Mondenard (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin,
canton Lauzerte); Sainte-Marie de la Treille, sur la commune de Castelnau-Montratier (Lot, arr. Cahors, ch.l.c.); Cougournac
147
(ibidem); Gratte-Cambe, sur la commune de Lebreil (Lot, arr. Cahors, canton Montcuq); Saint-Loup de Malause (Tarn-&-Garonne,
arr. Castelsarrasin, canton Moissac-I); Saux, sur la commune de Sauveterre (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Lauzerte);
Saint-Germain, église dans la commune de Moissac, aujourd‟hui disparue; Ardus, sur la commune de Lamothe-Capdeville (Tarn-&-
Garonne, arr. Montauban, canton Montauban-I); Saint-Sulpice de Durfort, sur la commune de Durfort-Lacapelette (Tarn-&-Garonne,
arr. Castelsarrasin, canton Lauzerte); Saint-Maurice, sur la commune de Lafrançaise (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, ch.l.c.);
Saint-Jacques de Fromissard, Saint-Sernin de Rogonag ou Roselaygues, Saint-Julien et Sainte-Madeleine, églises de la commune
d‟Escatalens (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Montech); Finhan (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Montech);
Saint-Pierre-et-Saint-Avit, autrement dit Cordes-Tolosannes (voir mon article: Cordes-Tolosannes est-il l‟ancien Cerrucium ?, in:
Bulletin de la Société Archéologique de Tarn-&-Garonne 119 (1994), p. 73-83); Bessens (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton
Grisolles); Montbartier (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Montech); Blanquet, sur la commune de Mouchan (Gers, arr. et
canton Condom); Varennes ou Saint-Michel de Varennes (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Auvillar); Sarragachies (Gers,
arr. Mirande, canton Aignan); Flamarens (Gers, arr. Condom, canton Miradoux); Goudourville (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin,
canton Valence); Tayrac (Lot-&-Garonne, arr. Agen, canton Beauville); Castellis ou Castérus, et Christinac, églises de la commune
de Saint-Loup (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Auvillar).
148
Possessions de l‟abbaye de Moissac à l‟ouest et au sud-ouest de Moissac, dans les diocèses d‟Agen, de Lectoure et de
Toulouse.
149
150
Possessions de l‟abbaye de Moissac en Bas-Quercy, dans le diocèse de Cahors.
151
Possessions de l‟abbaye de Moissac entre Tescou et Lauragais.
152
Possessions de l‟abbaye de Moissac en Lomagne.
153
<f. 162vb>
154
f. 162vb.
Ensuite, il faut savoir, qu‟avant Urbain II, ladite abbaye fut “d‟une grande religiosité, d‟une grande célébrité,
d‟une grande renommée”.2 Il y eut dans ce monastère au total mille moines, comme je lis dans plusieurs
vieilles chartes. Ceci n‟est pas étonnant, puisque saint Cassien à Marseille était le père de 5.000 moines,
comme il est écrit dans sa légende. Dans la région de Thébaïde il y eut un monastère, dans lequel plus de
5.000 frères étaient gouvernés par un seul abbé.3 Egalement dans les Vies des Pères, je lis qu‟en Egypte, dans
la ville d‟Oxyrynchus,4 habitaient 10.000 moines et 20.000 vierges. Jean André relate dans sa Novella, au
chapitre Indemnitatibus, dans De Electione,5 qu‟un duc venait dans un monastère et demanda à l‟abbesse
combien de personnes il y avait dans le monastère. L‟abbesse répondit /
1
Localisations: Sainte-Marie de Castres, commune de Grazac (Tarn, arr. Albi, canton Rabastens); Lapeyruselle; Saint-Amans; Saint-
Jean de Bobole; Blaunac; Péchival, commune de Rabastens; Lapeyrière, commune de Lisle-sur-Tarn (Tarn, arr. Albi, ch.l.c.);
Caumont (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Saint-Nicolas-de-la-Grave); Saint-Pierre et Saint-André: probablement les
deux églises dépendant de Lapeyrière (voir ci-dessus); Saint-Etienne de Montescot, commune de Moissac; Le Cabanial (Haute-
Garonne, arr. Toulouse, canton Caraman); Saint-Romain : situation inconnue ; Saint-Prim : voir Jean Lestrade, Pouillé du diocèse de
Toulouse en 1538 (Toulouse 1935), p. 53-54, n. 5. Saint-Prim est le vocable de l‟église primitive de Bessières, consacrée depuis 1κκ4
à Saint-Jean-Baptiste. Merci à M. Gérard Vieitez pour ce renseignement ; Sainte-Eulalie: situation inconnue; Brignemont (Haute-
Garonne, arr. Toulouse, canton Cadours); Saint-Pierre de Lenaco: situation inconnue; Penenvilla: ancien nom du château de Terride,
paroisse de Labourgade (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Saint-Nicolas-de-la-Grave); Saint-Pierre de Massane:
probablement Massou, commune de Francarville (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Caraman); Saint-Jean de Bergounhous:
situation inconnue; Magradous, commune de Francarville; Loubens-Lauragais; Saint-Martial au-dessus d‟Auriac (Haute-Garonne,
arr. Toulouse, canton Caraman); Saint-Pierre de Gémil (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Montastruc-la-Conseillère); Monbel
ou Belmont, lieu-dit de la commune d‟Azas (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Montastruc-la-Conseillère); Gimat; Glatens;
Esparsac; Pampendut, église près de Beaumont-de-Lomagne (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Beaumont-de-Lomagne);
Barradis, commune de Lavit (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, ch.l.c.); Cadeilhan, dans la commune de Fajolles (Tarn-&-
Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Saint-Nicolas-de-la-Grave); Gilhac, commune de Beaumont-de-Lomagne (Tarn-&-Garonne, arr.
Castelsarrasin, ch.l.c.); Sainte-Marie de Cannac, commune de Larrazet; Marmont, commune de Sérignac (Tarn-&-Garonne, arr.
Castelsarrasin, canton Beaumont-de-Lomagne); Montarsin, église près de Beaumont-de-Lomagne; Saint-Pierre de Lissas: il s‟agit
probablement de l‟église aujourd‟hui disparue de Saint-Pierre de Lézens, située à 1,5 km au sud-ouest de Bouloc (Haute-Garonne,
arr. Toulouse, canton Fronton), au lieu-dit Villeneuve, non loin du château de Villefranche, section cadastrale de Saint-Pierre: Jean
Rocacher (dir.), Eglises et chapelles de la Haute-Garonne. Le canton de Fronton [Toulouse s.d.], p. 11-13; Saint-Fructueux de
Bauro, situation inconnue, mais près de Saint-Nauphary; Mézens (Tarn, arr. Albi, canton Rabastens); Nohic (Tarn-&-Garonne, arr.
Montauban, canton Grisolles); Saint-Jean l‟Herm (Haute-Garonne, arr. Toulouse, canton Montastruc-la-Conseillère); Saint-Jean,
église de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne, arr. Toulouse, ch.l.c.); Gasques (Tarn-&-Garonne, arr. Castelsarrasin, canton Valence);
Sainte-Ruffine, dans la commune d‟Albias (Tarn-&-Garonne, arr. Montauban, canton Nègrepelisse); Coutures (Tarn-&-Garonne, arr.
Castelsarrasin, canton Saint-Nicolas-de-la-Grave); Ciurat, Saint-Avit, Saint-Fructueux: situation inconnue; Austannat: il s‟agit de
l‟église de Lastonar, située près de Garganvillar.
2
Citation de la bulle de 10λ6 d‟Urbain II: “magne condam religionis, magne fame magneque fuerit excellentie”.
3
Aymeric fait sûrement allusion à l‟abbé Ammon, en Thébaïde, qui était à la tête d‟un monastère de 3.000 moines: Rufin (= pseudo-
Jérôme), Historia Monachorum = De Vitis Patrum, c. 3, De Ammone, in: Migne, PL 21, col. 407-408.
4
Rufin (= pseudo-Jérôme), Historia Monachorum = De Vitis Patrum, c. 5, De Oxyryncho Civitate, in: Migne, PL 21, col. 408-409.
La ville de Oxyrynchus est aujourd‟hui Behnesa (Egypte).
5
Aymeric de Peyrac utilise la Novella in Sextum du célèbre canoniste Jean André (ý 134κ): Ioannis Andreæ, In sextum Decretalium
librum Novella Commentaria (Venise 1581 = reprint Turin 1966), De electione, c. 43, Indemnitatibus, p. 39v. Le commentaire de cet
auteur concerne le canon suivant: Liber Sextus Decretalium domini Bonifacii papæ VIII, lib. 1, titulus 6: De electione et electi
potestate, caput 43: Indemnitatibus, in: Friedberg, t. 2, col. 967-969.
155
<f. 163ra>