Théorie Spectrale du Laplacien
Théorie Spectrale du Laplacien
Résumé
Dans ces notes de cours nous fournissons les éléments de base concer-
nant la théorie spectrale des opérateurs auto-adjoints en dimension infi-
nie, avec un accent sur les opérateurs à résolvante compacte. En particu-
lier, nous étudions en détails l’opérateur Laplacien sur un ouvert borné
et discutons les divers conditions au bord (Dirichlet, Neumann, Robin,
périodique, Born-von Karman).
c 2017 Mathieu Lewin.
1
Table des matières
1 Motivation 3
8 Formes quadratiques 33
8.1 Théorème de Lax-Milgram . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
8.2 Formule de Courant-Fischer et ses variantes . . . . . . . . . . . . 37
11 Un peu de régularité 54
2
Ce document est consacré à l’étude théorique et numérique de problèmes
aux valeurs propres, c’est-à-dire sous la forme générale
Av = λv,
où v est un vecteur d’un espace de Hilbert (par exemple Cd mais ici plutôt un
espace de dimension infinie comme L2 (Ω) où Ω est un ouvert de Rd ), et où A est
une application linéaire, généralement supposée auto-adjointe. Nous étudierons
également les problèmes avec second membre sous la forme
Av = w,
où w est donné dans un espace de Hilbert, et v est inconnu, une question qui
revient à définir proprement l’opérateur A−1 .
Le lecteur habitué à l’étude des matrices hermitiennes en dimension finie
sera peut-être surpris des difficultés apparaissant en dimension infinie. Dans
ce document nous n’exposerons pas la théorie spectrale des opérateurs auto-
adjoints de façon très détaillée ; elle peut être lue ailleurs, par exemple dans
l’excellent ouvrage [9]. Nous allons plutôt introduire quelques concepts clés et
expliquer leur utilité et leur importance sur des exemples phares intervenant
dans la modélisation des solides. Nous étudierons en détails le cas du Laplacien
d
X ∂2v
(Av)(x1 , ..., xd ) = −∆v(x1 , ..., xd ) = − (x1 , ..., xd ), (1)
j=1
∂x2j
1 Motivation
De nombreux problèmes pratiques se ramènent à la résolution d’une équation
aux valeurs propres, en particulier avec le Laplacien (1). Un exemple célèbre est
l’équation de la chaleur
∂
u(t, x) − ∆u(t, x) = 0, (2)
∂t
qui décrit l’évolution de la température dans un solide homogène, représenté par
un domaine Ω ⊂ Rd (ici le Laplacien agit uniquement sur la variable spatiale
x ∈ Ω). Lorsque Ω n’est pas tout l’espace, il faut ajouter des conditions au
bord qui déterminent la température imposée à sa frontière. En 1822, Fourier a
résolu cette équation dans le cas d’un segment Ω =]a, b[, en utilisant les valeurs
et fonctions propres du Laplacien (ce qui revient à utiliser les séries qui portent
maintenant son nom), puis en ayant recours à une séparation des variables
temporelles et spatiales. Sans entrer dans les détails techniques, ceci consiste à
chercher des solutions particulières de (2) sous la forme u(t, x) = g(t)f (x), ce
qui mène à deux équations aux valeurs propres :
(
g 0 (t) = −λg(t),
−∆f (x) = λf (x).
3
La première est une équation différentielle ordinaire dont la solution est g(t) =
Ae−λt , qui décrit un amortissement en temps long (lorsque λ ≥ 0). La seconde
est elle une équation aux dérivées partielles sous la forme que nous allons étudier
dans ce cours ; elle n’admet que des solutions avec λ ≥ 0 lorsque la température
est imposée au bord.
La même équation aux valeurs propres intervient lorsqu’on étudie les fréquences
de vibration d’une corde ou d’un tambour. Le terme “spectre” a d’ailleurs été
introduit par Hilbert à la fin du dix-neuvième siècle en référence aux fréquences
de vibration des objets. Ce n’est qu’au début du vingtième siècle, avec l’in-
vention de la mécanique quantique, qu’on s’est aperçu que la même équation
pouvait décrire le spectre de raies des atomes et des molécules, observé dans les
expériences de spectroscopie. Les petites vibrations d’une corde ou d’un tambour
sont décrites par l’équation des ondes
∂2
u(t, x) − ∆u(t, x) = 0,
∂t2
dont la seule différence avec (2) est la présence d’une dérivée seconde en temps
au lieu d’une dérivée première. Cette fois u est une fonction qui décrit le
déplacement vertical de l’objet en vibration, au point x ∈ Ω et à l’instant t.
L’ensemble Ω est l’intervalle ]a, b[ pour une corde, et un disque dans R2 pour
un tambour circulaire. En cherchant une fois de plus des √ solutions sous la forme
u(t, x) = g(t)f (x), on trouve cette fois g(t) = A cos( λt + B) dont les oscilla-
tions décrivent bien l’aspect vibratoire du phénomène et, comme précédemment,
l’équation aux valeurs propres −∆f = λf pour la variable spatiale. Cette√solu-
tion particulière de l’équation des ondes est une fonction u(t, x) = A cos( λt +
B) f (x) qui oscille périodiquement entre −A|f (x)| et A|f (x)| en chaque point
x ∈ Ω. Le modèle simplifié ne tient pas compte ici de l’amortissement qui fait
que l’objet cesse de vibrer au bout d’un moment.
Les points où f s’annule sont les seuls qui restent immobiles pour tout temps.
Cette propriété peut être utilisée pour “voir” l’ensemble des zéros de la fonction
f , appelé ensemble nodal dans √ce contexte. En effet, si on fait vibrer un tambour
à la fréquence appropriée 1/ λ (fréquence de résonance), et que l’on jette des
grains de sables sur le tambour, l’oscillation permanente de ce dernier va faire
tomber les grains sur l’ensemble des zéros de f . On obtient ainsi de très belles
figures qui ont fortement étonné les expérimentateurs avant que la théorie de
l’équation des ondes ne soit développée.
Au début du dix-neuvième siècle, le physicien allemand Ernst Chladni a par-
couru l’Europe pour montrer une expérience similaire avec une plaque métallique
(qui est plutôt décrite par l’équation ∆2 u = λu), et on parle maintenant de fi-
gures acoustiques de Chladni. L’expérience ayant fortement intéressé Napoléon,
ce dernier a offert 3 000 francs à celle ou celui qui en fournirait l’explication
scientifique. C’est la mathématicienne Sophie Germain qui reçut le prix en 1816,
même si son argument était incomplet [21]. Aujourd’hui, de nombreuses vidéos
disponibles sur internet permettent de voir les grains de sable former des figures
élaborées en fonction de la fréquence à laquelle la plaque est mise en vibration.
Cet exemple historique nous rappelle que des objets de la vie courante
peuvent avoir un comportement très complexe, mais qui est remarquablement
bien expliqué par des mathématiques aujourd’hui considérées comme très stan-
dards. L’explication des figures sonores de Chladni passe par la théorie spectrale
4
du Laplacien dans un domaine borné Ω, que nous allons exposer en détails dans
ce cours.
5
En dimension infinie, il est donc absolument nécessaire de toujours spécifier
le domaine D(A) sur lequel on travaille. Comme nous allons le voir sur des
exemples, la résolution de l’équation aux valeurs propres Av = λ v dépend for-
tement du domaine considéré.
L’exemple le plus simple d’un opérateur A est celui d’une application linéaire
définie sur tout l’espace D(A) = H, mais nous verrons plusieurs exemples
d’opérateurs dont le domaine est un sous-espace strict de H. Nous pensons parti-
culièrement à la dérivation f 7→ f 0 qui est bien linéaire mais qui n’est pas définie
sur tout H = L2 (]0, 1[) (on peut la définir sur L2 mais son image est alors une
distribution qui n’appartient pas nécessairement à L2 ). Cette dernière est par
contre bien définie sur l’espace de Sobolev D(A) = H 1 (]0, 1[) ⊂ L2 (]0, 1[) et
prend alors bien ses valeurs dans L2 (]0, 1[).
On appelle spectre d’une matrice carrée l’ensemble des nombres complexes
λ tels que det(A − λ) = 0, c’est-à-dire tels que A − λ ne soit pas inversible.
L’inversibilité est ici équivalente à la non injectivité ou à la non surjectivité de
A − λ. Par ailleurs, l’inverse (A − λ)−1 est toujours une application continue car
linéaire. En dimension infinie la situation est plus complexe car une application
linéaire peut être injective sans être surjective, et réciproquement. De plus,
l’inverse peut exister sans être borné. La définition du spectre est la suivante.
Définition 2 (Spectre). Soit A un opérateur défini sur D(A) ⊂ H. On appelle
ensemble résolvant de A le sous-ensemble de C
6
Démonstration. On peut écrire
A − z − η = 1 − η(A − z)−1 (A − z)
où l’opérateur A − z à droite est une bijection de D(A) dans H puisque z ∈ ρ(A)
par hypothèse, et l’opérateur 1 − η(A − z)−1 est borné sur H. Or on sait que
pour tout opérateur borné B de norme kBk < 1, l’opérateur 1 − B est inversible
avec X
(1 − B)−1 = Bn.
n≥0
Ainsi, l’opérateur 1 − η(A − z) est inversible pour ηk(A − z)−1 k < 1. Comme
−1
Après avoir introduit le concept d’opérateur (qui généralise donc celui de ma-
trice en dimension finie), nous pouvons maintenant parler d’auto-adjonction. Il
faut alors distinguer la propriété de symétrie (déjà rencontrée pour les matrices)
et les problèmes liés au domaine D(A), qui sont eux typiques de la dimension
infinie.
pour tous v, w ∈ D(A), où le produit scalaire de H × H est bien sûr défini par
(u1 , u2 ), (v1 , v2 ) H×H := hu1 , v1 iH + hu2 , v2 iH .
La relation (3) signifie donc que le graphe de A est inclus dans l’orthogonal du
graphe tourné :
⊥
(v, Av) ∈ D(A) × H ⊂ (Aw, −w) ∈ H × D(A) . (4)
7
Dans toute la suite nous noterons
G(A) = (v, Av) ∈ D(A) × H et T (A) = (Aw, −w) ∈ H × D(A)
le graphe et le graphe tourné d’un opérateur A, de sorte que A est symétrique si
et seulement si G(A) ⊂ T (A)⊥ . Évidemment, T (A) s’obtient à partir de G(A)
par une simple rotation et les deux espaces sont isomorphes.
Lorsque l’espace de Hilbert ambiant H est de dimension finie d, le graphe
et le graphe tourné sont des sous-espaces de dimension d de H × H. Comme
dim(H × H) = 2d, l’orthogonal à droite est aussi de dimension d. Ainsi, en
dimension finie les deux ensembles de (4) sont nécessairement égaux pour une
matrice symétrique.
Il semble donc naturel d’imposer la même propriété en dimension infinie, ce
qui nous amène à la définition suivante.
Définition 7 (Auto-adjonction). On dit qu’un opérateur A, défini sur D(A) ⊂
H, est auto-adjoint lorsqu’on a égalité dans (4) :
⊥
(v, Av) ∈ D(A) × H = (Aw, −w) ∈ H × D(A) . (5)
Rappelons que l’inclusion ⊂ dans (5) signifie que A est symétrique. C’est
l’autre inclusion ⊃ qui est nouvelle ici.
Nous voyons que si A est auto-adjoint sur un domaine D(A) alors il ne
peut l’être sur un domaine strictement plus petit. En effet, le graphe diminue
strictement et l’orthogonal du graphe tourné augmente. Dans la pratique on
pourrait préférer choisir D(A) très petit de sorte que tout soit aisément défini
(par exemple on peut définir la dérivation A : f 7→ f 0 sur D(A) = Cc∞ (]0, 1[)).
Mais ce choix n’est pas judicieux car le graphe G(A) sera très petit et l’ortho-
gonal du graphe tourné sera lui très gros, de sorte que les deux ensembles de (5)
seront très différents. Une bonne pratique est au contraire de choisir le domaine
D(A) le plus gros possible de sorte à avoir égalité dans (4).
Notons aussi que, comme l’orthogonal d’un sous-espace est toujours fermé,
un opérateur auto-adjoint a donc son graphe qui est fermé. Par le théorème
du graphe fermé, ceci est équivalent au fait que A est un opérateur borné de
D(A), muni de la norme du graphe kvkG(A) := kvkH + kAvkH , dans H. C’est
une propriété importante qui sera utile dans la suite.
Il est d’usage d’introduire un opérateur A∗ appelé adjoint de A et de définir
l’auto-adjonction comme l’égalité de A et A∗ (ce qui comprend l’égalité des
domaines), mais nous avons ici évité cette définition.
Exercice 8 (Adjoint de A). Montrer qu’un sous-espace vectoriel G ⊂ H × H
est le graphe d’un opérateur B si et seulement si (0, y) ∈ G implique y = 0, et
la projection D = {x ∈ H : ∃y ∈ H, (x, y) ∈ G} est dense. En utilisant la
propriété que D(A) est dense dans H, montrer que T (A)⊥ est le graphe d’un
opérateur A∗ défini sur un domaine dense D(A∗ ), et que l’on a hv, Awi =
hA∗ v, wi pour tous v ∈ D(A∗ ) et w ∈ D(A). L’opérateur A∗ s’appelle l’adjoint
de A. Vérifier alors que A est auto-adjoint si et seulement si A = A∗ , ce qui
contient la condition que D(A) = D(A∗ ).
La définition 7 peut sembler très abstraite, à juste titre. Pourtant, comme
nous le verrons sur des exemples plus loin, la vérification pratique de l’égalité
dans (5) n’est parfois pas trop difficile. Le premier cas facile est celui d’un
opérateur symétrique défini sur tout H, qui est automatiquement auto-adjoint.
8
Proposition 9 (Opérateurs auto-adjoints bornés). Si A est défini sur tout
D(A) = H et est symétrique, alors A est auto-adjoint et borné.
Démonstration. Soit (v, z) ∈ T (A)⊥ . Alors on a par définition hv, Awi = hz, wi
pour tout w ∈ D(A) = H. Comme A est défini sur tout H, on peut utiliser
l’hypothèse de symétrie pour en déduire que hAv, wi = hz, wi ou, de façon
équivalente, hAv − z, wi = 0 pour tout w ∈ D(A) = H. En prenant maintenant
w = Av − z ∈ H = D(A), on conclut que Av = z, c’est-à-dire que (v, z)
appartient au graphe de A. Comme nous venons de montrer l’égalité (5), le
graphe de A est nécessairement fermé et, par le théorème du graphe fermé, cela
signifie que A est continu, donc borné.
Pour des opérateurs définis sur un domaine strict D(A) de H, la notion
d’auto-adjonction introduite précédemment est totalement justifiée par le théorème
suivant.
L’énoncé nous apprend qu’il est nécessaire et suffisant que l’égalité ait lieu
dans (4) si on désire que le spectre d’un opérateur symétrique soit réel, comme
en dimension finie. En plus d’imiter le cas de la dimension finie, avoir un spectre
réel est extrêmement important d’un point de vue pratique car c’est ce qui au-
torisera l’emploi de techniques variationnelles, permettant ensuite de discrétiser
le problème au valeurs propres convenablement. Par ailleurs nous verrons sur
des exemples que l’on a très fréquemment σ(A) = C lorsque A est symétrique
non auto-adjoint.
Si l’assertion 2 du théorème est très réconfortante du point de vue de la
théorie, l’assertion 3 est elle très utile d’un point de vue pratique et sera
fréquemment utilisée dans la suite du cours. Elle est en effet beaucoup plus
faible que 2 puisque si σ(A) ⊂ R alors A − a − ib et A − a + ib sont surjectifs
pour tous a ∈ R et tous b ∈ R∗ . Montrer l’assertion 3 requiert donc beaucoup
moins de travail que 2.
La preuve du théorème 10 n’est pas difficile et nous allons la fournir dans
tous ses détails, mais le lecteur pressé pourra la sauter dans un premier temps.
La démonstration repose sur le lemme fondamental suivant.
(A − λ)w, v H pour tout w ∈ D(A), ce qui montre l’inclusion ⊂. Pour des ma-
trices l’inclusion réciproque suit immédiatement du théorème du rang, mais en
dimension infinie l’auto-adjonction de
A est requise.
En effet, soit maintenant
w ∈ Im(A − λ)⊥ , ce qui signifie que w, (A − λ)v = 0 pour tout v ∈ D(A).
On peut écrire cette relation sous la forme h(w, λw), (Av, −v)iH×H = 0 pour
9
tout v ∈ D(A). Comme on a égalité dans (5), cela signifie précisément que
(w, λw) doit appartenir au graphe de A ou, dit autrement, que w ∈ D(A) et
que Aw = λw. Ceci prouve bien l’inclusion réciproque.
puisque z ∈ D(A) et que A est symétrique. Par ailleurs A − λ est aussi surjectif,
donc on peut trouver z ∈ D(A) tel que (A − λ)z = y − v. On en déduit alors
que y = v et donc que v ∈ D(A) et w = Av.
Voici maintenant un résultat qui permet de donner une caractérisation assez
pratique du spectre des opérateurs auto-adjoints.
Théorème 12 (Spectre des opérateurs auto-adjoints). Soit A un opérateur
auto-adjoint sur le domaine D(A) ⊂ H, et λ ∈ R. Les assertions suivantes sont
équivalentes :
1. λ ∈ σ(A) ;
10
2. inf k(A − λ)vkH = 0 ;
v∈D(A)
kvk=1
La réciproque est également vraie, ce que nous verrons plus tard au corol-
laire 35.
Démonstration. Soit λ ∈ σ(A) et (vn ) une suite comme au théorème 12. Comme
Avn −λvn → 0 et que kvn kH = 1, on en déduit par l’inégalité de Cauchy-Schwarz
que hvn , Avn − λvn iH = hvn , Avn iH − λ → 0. Comme hvn , Avn iH ≥ akvn k2H = a
par hypothèse, on conclut bien que λ ≥ a.
Voici un premier exemple très important d’opérateurs auto-adjoints.
Corollaire 15 (Laplacien sur Rd ). L’opérateur A = −∆ défini sur D(A) =
H 2 (Rd ) ⊂ H = L2 (Rd ) est auto-adjoint et son spectre est σ(−∆) = [0, +∞).
11
pour tous f, g ∈ Cc∞ (Rd ) et l’égalité suit alors dans H 2 (Rd ), en utilisant que
Cc∞ (Rd ) est dense dans cet espace.
D’après le théorème 10 avec λ = −1 = λ, il suffit alors de montrer que pour
tout g ∈ L2 (Rd ) il existe une fonction f ∈ H 2 (Rd ) telle que (1 − ∆)f = g. En
passant à la transformée de Fourier, on trouve que
donc la fonction
gb(k)
f = F −1
1 + |k|2
convient. Elle est bien dans H 2 (Rd ) par la caractérisation de cet espace rappelée
à l’appendice A, puisque (1 + |k|2 )fb(k) = gb(k) ∈ L2 (Rd ).
En fait, nous avons choisi λ = −1 par soucis de simplicité, mais l’argument
précédent montre aisément que (−∆−λ) est inversible d’inverse borné pour tout
λ < 0, donc que σ(A) ⊂ R+ . Montrons maintenant l’inclusion réciproque. Pour
tout k0 ∈ Rd et toute fonction f ∈ H 2 (Rd ) normalisée dans L2 (Rd ), considérons
la suite de fonctions x
fn (x) = n−d/2 f eix·k0 ,
n
dont la transformée de Fourier 1 vaut
d/2 b
fc
n (k) = n f n(k − k0 ) .
2
Nous avons défini fn pour que |fcn | * δk0 au sens des mesures. On a alors
Z
(−∆ − |k0 |2 )fn
2 2 d = (|k|2 − |k0 |2 )2 |fc 2
L (R ) n (k)| dk
Rd
Z 2
p 2 2
= k0 + − |k0 | |fb(p)|2 dp
Rd n
2
|p|2
Z
1
= 2p · k0 + |fb(p)|2 dp,
n Rd n
qui tend vers 0 quand n → ∞ et montre, d’après le théorème 12, que |k0 |2
appartient à σ(−∆) pour tout k0 ∈ Rd . Comme |k0 |2 parcourt tout R+ , nous
avons bien démontré que σ(−∆) = R+ . Le spectre ne contient aucune valeur
propre car si on a (−∆ − λ)f = 0 pour un f ∈ H 2 (Rd ), alors on déduit de
Z
2
k(−∆ − λ)f kL2 (Rd ) = (|k|2 − λ)2 |fb(k)|2 dk
Rd
√
que la transformée de Fourier fb est supportée dans la sphère de rayon λ.
Comme cette dernière est de mesure nulle, il suit que f ≡ 0.
1. Dans tout le document, nous utilisons la normalisation suivante pour la transformée de
Fourier d’une fonction (et par extension d’une distribution) :
1
Z
fb(k) = d/2
f (x)e−ik·x dx.
(2π) Rd
12
Exercice 16 (Opérateurs de multiplication). Soit V ∈ L1loc (Rd , C) et MV
l’opérateur défini par (MV f )(x) = V (x)f (x) sur le domaine
D(MV ) = f ∈ L2 (Rd ) : V f ∈ L2 (Rd ) .
Montrer que D(MV ) est dense dans L2 (Rd ). Montrer ensuite que MV est symétrique
si et seulement si V est à valeurs réelles et que dans ce cas il est auto-adjoint,
de spectre
σ(MV ) = Imess(V ).
Ici Imess(V ) est l’image essentielle de la fonction V définie presque partout,
c’est-à-dire l’ensemble des λ ∈ R tels que V −1 (]λ − ε, λ + ε[) soit de mesure non
nulle pour tout ε > 0. À quelle condition λ est-il une valeur propre de MV ?
Quelle est sa multiplicité ?
Exercice 17 (Dérivation). Montrer que l’opérateur P = −i(d/dx) est auto-
adjoint sur H 1 (R) ⊂ L2 (R) et que σ(P ) = R.
À ce stade nous avons présenté la définition des opérateurs auto-adjoints
en dimension infinie, et nous sommes donc au tout début de la théorie qui
consiste à étudier leur spectre. Dans la section suivante nous allons discuter de
l’exemple du Laplacien sur un intervalle borné, qui réunit déjà tous les éléments
essentiels de ce que nous avons présenté ici. Ensuite, nous nous concentrons sur
le cas particulier des opérateurs compacts et à résolvante compacte, avant de
considérer le Laplacien sur un domaine borné, en dimension quelconque.
13
Ainsi, A est symétrique sur D(A) si et seulement si on a
pour toutes les fonctions f, g ∈ D(A). Cette condition peut encore s’écrire sous
forme matricielle
* g(0) 0 1 0 0 f (0) +
g 0 (0) −1 0 0 0 f 0 (0)
g(1) , 0 0 0 −1 f (1) =0
0 0
g (1) 0 0 1 0 f (1) C4
et signifie que V := {(f (0), f 0 (0), f (1), f 0 (1)) ∈ C4 : f ∈ D(A)} est un sous-
espace isotrope de la forme quadratique associée à la matrice 4 × 4
0 1 0 0
−1 0 0 0
M = 0 0 0 −1 .
0 0 1 0
14
Il est clair que le spectre de AV dépend fortement des conditions au bord
choisies. Par exemple 0 est une valeur propre pour les Laplacien de Neumann et
périodique (la fonction propre associée est la fonction constante), mais pas pour
le Laplacien de Dirichlet (car aucune des fonctions linéaires f (t) = at + b non
triviales ne satisfait les conditions de Dirichlet). Le théorème suivant précise
que l’on doit choisir exactement deux conditions au bord pour que l’opérateur
obtenu soit auto-adjoint.
Théorème 18 (Réalisations auto-adjointes du Laplacien sur ]0, 1[). L’opérateur
AV défini précédemment est auto-adjoint si et seulement si l’espace isotrope V
est de dimension deux. Lorsque dim(V ) ∈ {0, 1}, on a σ(AV ) = C.
Ce résultat confirme l’intuition que DV doit être choisi assez grand pour
que l’égalité soit satisfaite dans (5). Il y a donc une sorte de compétition entre
l’hypothèse de symétrie qui nécessite que V ne soit pas trop grand, de sorte que
les termes de bord disparaissent dans (8), et l’auto-adjonction qui requiert elle
que V soit assez grand. Seuls les espaces isotropes de dimension 2 sont alors
admissibles et ce sont les conditions aux bords que nous allons devoir considérer
dans la suite. Ce sont les seules pour lesquelles le spectre de AV est réel, comme
en dimension finie.
Quelle condition au bord utiliser ou étudier ? En principe aucune n’est
meilleure que les autres et elles ont toutes leurs particularités. Le choix d’une
condition est toujours motivé par des considérations pratiques liées au modèle
étudié. Par exemple si l’on désire décrire les vibrations d’une corde qui est at-
tachée à ses deux extrémités, on choisira bien sûr la condition de Dirichlet.
La condition de Born-von Karman (qui inclut la condition périodique) inter-
vient naturellement lorsqu’on étudie des systèmes périodiques, en lien avec la
transformation de Floquet. La condition de Robin intervient elle souvent en
électromagnétisme, où elle est parfois appelée condition d’impédance ou condi-
tion de Gennes.
Démonstration. Pour simplifier le graphe et le graphe tourné de AV seront notés
GV = {(f, Af ), f ∈ DV } et TV := {(Af, −f ), f ∈ DV }.
pour tout f ∈ DV . En prenant d’abord f ∈ Cc∞ (]0, 1[), qui est inclus dans
tous les DV , on obtient que −g 00 = h au sens des distributions. Comme g, h ∈
L2 (]0, 1[) par hypothèse, on peut conclure, en utilisant le lemme suivant (démontré
plus bas) que g 0 ∈ L∞ (]0, 1[) ⊂ L2 (]0, 1[) et donc que g ∈ H 2 (]0, 1[).
Lemme 19 (Régularité elliptique sur ]0, 1[). Soit f ∈ L2 (]0, 1[) tel que f 00 ∈
L2 (]0, 1[). Alors f 0 ∈ C 0 ([0, 1]) avec
15
Une fois cette information obtenue, on peut utiliser la formule d’intégration
par parties (8) qui fournit
Comme cette relation est valable pour tout f ∈ DV et que, par ailleurs, le
vecteur (f (0), f 0 (0), f (1), f 0 (1)) décrit tout le sous-espace isotrope V par la sur-
jectivité de la restriction au bord (7), on en déduit que nécessairement
Nous voyons ici que (TV )⊥ est aussi un graphe de A mais sur un domaine
différent, faisant intervenir l’espace (M V )⊥ au lieu de V . En particulier, on
retrouve bien que le graphe GV de AV est inclus dans (TV )⊥ puisque V ⊂
(M V )⊥ . On a égalité GV = G∗V si et seulement si V = (M V )⊥ ce qui, puisque
M est inversible, est équivalent à dim(V ) = 2.
Il reste à démontrer que le spectre de AV est tout le plan complexe lorsque
V est de dimension 0 ou 1. Nous commençons par le cas plus facile de V =
{0}, pour lequel (M V )⊥ = C4 . Notre argument est basé sur le fait que le
trop grand nombre de conditions au bord sur f permet d’utiliser une fonction
test g sans aucune condition au bord. Nous choisissons g(t) = eiat avec a un
nombre complexe quelconque, une fonction qui est bien sûr dans H 2 (]0, 1[) et
est justement solution de −g 00 = a2 g au sens des distributions. Comme f (0) =
f 0 (0) = f (1) = f 0 (1) = 0 pour f ∈ DV , la formule d’intégration par parties (8)
fournit
Z 1
2
g(t) (−f 00 (t) − a2 f (t)) dt
g, (AV − a )f L2 (]0,1[) =
0
Z 1
= (−g 00 (t) − a2 g(t)) f (t) dt = 0.
0
16
Il reste à fournir la
Preuve du lemme 19 de régularité elliptique. On sait que si la dérivée T 0 d’une
distribution T s’identifie à une fonction T 0 = g ∈ L1 (]0, 1[), alors la distribution
T est en fait une fonction continue sur [0, 1], qui est simplement égale à
Z y
T (y) = g(t) dt + C
0
kf 0 kL∞ (]0,1[) ≤ 2kf 00 kL1 (]0,1[) + 6kf kL1 (]0,1[) ≤ 2kf 00 kL2 (]0,1[) + 6kf kL2 (]0,1[)
pour tout f ∈ D(AV ). En déduire du Corollaire 14 que σ(−∆V ) ⊂ [0, +∞[. Que
dire du Laplacien de Robin ?
Exercice 22 (Dérivation sur ]0, 1[). En s’inspirant des arguments de cette sec-
tion, étudier l’opérateur P = −i(d/dx) sur l’intervalle ]0, 1[. On montrera en
particulier que les seuls sous-espaces de H 1 (]0, 1[) sur lesquels P est symétrique
et fermé sont
17
et
Dθ = f ∈ H 1 (]0, 1[) : f (0) = eiθ f (1)
qui est la condition de Born-von Karman. On montrera ensuite que P n’est auto-
adjoint que sur Dθ et que son spectre est tout C sur H01 (]0, 1[). Ainsi, une seule
condition au bord doit être imposée pour l’opérateur de dérivation sur ]0, 1[.
Exercice 23 (Laplacien sur R+ ). Déterminer les sous-espaces de H 2 (]0, +∞[)
sur lesquels le Laplacien est symétrique et fermé, puis ceux sur lesquels il est
auto-adjoint.
Exercice 24 (Dérivation sur R+ ). Montrer que l’opérateur P = −i(d/dx)
n’admet aucune réalisation auto-adjointe sur ]0, +∞[, c’est-à-dire qu’il n’existe
aucun sous-espace de H 1 (R+ ) sur lequel il est auto-adjoint. Plus précisément,
montrer qu’il n’est symétrique que sur H01 (R+ ), mais que son spectre est égal à
C sur cet espace.
18
que nous notons −∆per . Le signe moins dans la condition sur les dérivées nor-
males vient de l’orientation du vecteur normal au bord, qui est toujours sortant
par définition.
Dans l’Appendice A nous rappelons la définition de la trace d’une fonction
f ∈ H 2 (Ω) et de sa dérivée normale sur le bord. Ici Ω est l’intérieur un polyèdre
et il n’est donc pas lisse. Cependant ∂Ω est l’union de faces qui sont plates
(donc lisses), et la restriction à chacune de ces faces Fi est donc bien définie,
avec f|Fi ∈ H 3/2 (Fi ) et ∂n f|Fi ∈ H 1/2 (Fi ). Il y a également des conditions
de compatibilité supplémentaires sur les arêtes mais nous n’en avons pas besoin
pour définir correctement le domaine (10), puisque la condition ne fait intervenir
que les faces opposées. Dans tous les cas, la continuité de l’application de trace
sur le bord implique que D(−∆per ) est un sous-espace fermé de H 2 (Ω) (mais
pas de L2 (Ω)).
Par exemple, en dimension 2 dans le cas d’un carré, la condition signifie plus
précisément que
(
f (1/2, y) = f (−1/2, y), ∂x f (1/2, y) = ∂x f (−1/2, y),
f (x, 1/2) = f (x, −1/2), ∂y f (x, 1/2) = ∂y f (x, −1/2),
pour tous −1/2 < x, y < 1/2. En dimension 3, on doit comparer les valeurs
de la fonction et de sa dérivée normale sur les trois paires de faces qui sont en
vis-à-vis (Figure 2).
y
f (−1/2, y) = f (1/2, y)
Exercice 25. Montrer que D(−∆per ) est juste la fermeture pour la norme
H 2 (Ω) de l’ensemble des restrictions à Ω des fonctions f ∈ C 2 (Rd ) telles que
x 7→ f (x) est L -périodique.
Théorème 26 (Laplacien périodique). L’opérateur −∆per est auto-adjoint sur
D(−∆per ) et son spectre est
σ(−∆per ) = |k|2 , k ∈ L ∗ ,
avec les fonctions propres eik·x k∈L ∗ , où L ∗ est le réseau dual de L , défini
par
L ∗ := k ∈ Rd tel que k · ` ∈ 2πZ pour tout ` ∈ L .
(11)
Démonstration. Il faut commencer par vérifier que l’opérateur ainsi défini est
symétrique sur D(−∆per ). Pour cela, on utilise la formule de Green
Z Z Z
− g∆f = − ∆gf + g∂n f − f ∂n g , (12)
Ω Ω ∂Ω
19
qui est valable pour toutes fonctions f, g ∈ H 2 (Ω). Il faut alors vérifier que les
termes de bord s’annulent lorsque f, g ∈ D(−∆per ), ce qui se fait en décomposant
∂Ω en l’union de ses faces et en utilisant la condition de périodicité au bord pour
deux faces opposées.
Pour montrer l’auto-adjonction, nous allons utiliser une preuve très similaire
à celle vue au corollaire 15 dans le cas de tout Rd , en remplaçant la transformée
de Fourier par les séries de Fourier. Rappelons que les fonctions
ik·x
e
ek (x) :=
|Ω|1/2 k∈L ∗
eik·(x+`)
ek (x + `) = = eik·` ek (x) = ek (x)
|Ω|1/2
dès lors que k · ` ∈ 2πZ. En particulier, les fonctions ek vérifient la condition de
périodicité au bord et on a ek ∈ D(−∆per ) pour tout k ∈ L ∗ . En fait on a
−∆ek = |k|2 ek
Cette relation très utile est fausse en général, il est très important que f satis-
fasse les conditions de périodicité au bord.
Nous pouvons maintenant montrer l’auto-adjonction en utilisant le théorème 10.
Nous montrons que 1−∆per est surjectif, ce qui signifie que pour tout g ∈ L2 (Ω)
nous devons trouver f ∈ D(−∆per ) telle que
(1 − ∆)f = g.
Comme les (ek ) forment une base orthonormée dans L2 (Ω), qui est également
orthogonale dans H 2 (Ω), nous voyons que cette somme converge absolument
20
dans H 2 (Ω). Par ailleurs, comme tous les ek sont dans D(−∆per ) et que cet
espace est fermé dans H 2 (Ω), on conclut bien que f ∈ D(−∆per ). Par construc-
tion on a alors (1−∆)f = g, ce qui montre bien que le Laplacien est auto-adjoint
sur D(−∆per ).
L’ensemble des |k|2 avec k ∈ L ∗ est discret et son complémentaire est donc
ouvert. Ainsi, si λ n’est pas de la forme |k|2 , on a |λ − |k|2 | ≥ ε pour un certain
ε > 0 et tout k ∈ L ∗ . Il est alors facile de montrer que −∆per − λ est inversible
d’inverse borné, donné par
X ck (f )
(−∆per − λ)−1 f = ek .
|k|2 − λ
k∈L ∗
Ceci termine la preuve que σ(−∆per ) est exactement l’ensemble des |k|2 avec
k ∈ L ∗.
La condition périodique au bord signifie qu’on doit identifier les faces en vis-
à-vis et recourber Ω qui devient alors semblable au tore de dimension d, lequel
n’a alors plus de bord du tout. L’opérateur −∆per s’identifie alors à l’opérateur
de Laplace-Beltrami sur le tore. En ce sens, il n’y a pas vraiment de condition
au bord périodique puisqu’il n’y a pas de bord...
Nous allons maintenant étudier rapidement la condition au bord de Born-von
Karman, qui revient elle à ajouter un champ magnétique sur le tore, comme nous
le verrons plus loin. Comme en dimension 1, la condition de Born-von Karman
s’écrit
f (x + `) = f (x)eiξ·` ,
où ξ est un vecteur quelconque de la cellule unité Ω∗ fermée du réseau dual
L ∗ . Évidemment, si ξ est en dehors de la cellule unité on peut s’y ramener en
ajoutant k ∈ L ∗ à ξ, ce qui ne change pas le facteur eiξ·` . Dire qu’une fonction
f vérifie la condition de Born-von Karman est exactement équivalent à dire que
x 7→ f (x)e−iξ·x est L –périodique. Ainsi, l’étude est exactement la même que
précédemment. Par exemple, il est utile de choisir comme base de Fourier la
famille i(k+ξ)·x
e
eξ,k (x) := .
|Ω|1/2 k∈L ∗
Le résultat se démontre alors exactement comme dans le cas périodique.
Théorème 27 (Laplacien de Born-von Karman). Soit ξ dans la cellule unité
fermée Ω∗ du réseau dual L ∗ . L’opérateur −∆BK,ξ défini par −∆BK,ξ f = −∆f
sur le domaine
D(−∆BK,ξ ) = f ∈ H 2 (Ω) tels que f (x + `) = f (x)eiξ·` ,
(∂n f )(x + `) = −(∂n f )(x)eiξ·` , pour tous (x, `) ∈ ∂Ω × L avec x + ` ∈ ∂Ω .
(13)
est auto-adjoint et son spectre est
σ(−∆BK,ξ ) = |k + ξ|2 , k ∈ L ∗
avec les fonctions propres ei(k+ξ)·x k∈L ∗ .
21
5 Laplaciens de Dirichet, Neumann et Robin : auto-adjonction
L’étude exhaustive de toutes les conditions au bord en dimension 1 peut être
généralisée à un domaine Ω en dimension quelconque. Toutefois, la situation est
bien plus complexe. En dimension 1 où le bord est constitué de deux points,
on est ramené à l’étude des sous-espaces isotropes d’une matrice finie (de taille
4 × 4). En dimension supérieure le bord est un ensemble infini de points et on
peut a priori prendre des conditions différentes sur des sous-ensembles de ∂Ω.
Il y a donc beaucoup plus de conditions possibles ! Par ailleurs la régularité du
bord joue également un rôle.
Nous avons déjà discuté du Laplacien périodique et du Laplacien de Born-
von Karman à la section précédente. Dans cette section, nous allons étudier le
Laplacien avec une condition de Robin uniforme sur toute la frontière
cos(πθ) f (x) + sin(πθ) ∂n f (x) = 0, ∀x ∈ ∂Ω, (14)
où θ ∈ [0, 1). Cette famille contient les deux exemples les plus courants, qui
sont les conditions au bord de Dirichlet (θ = 0) et de Neumann (θ = 1/2). Le
caractère “uniforme” se lit dans le fait que θ est constant. En pratique il est
parfois utile de considérer un θ(x) variable, ce que nous ne ferons pas ici.
Soit donc un ouvert Ω ⊂ Rd , que l’on suppose “régulier”. Plus précisément,
nous supposons que la frontière ∂Ω forme une sous-variété de co-dimension 1
qui est de classe C 1,1 , ou qui est l’union de plusieurs telles surfaces régulières
(comme un cube est l’union de ses faces par exemple), auquel cas on suppose
de plus que Ω est strictement convexe au voisinage des singularités de ∂Ω. La
régularité du bord est nécessaire à plusieurs égards. Nous aurons précisément
besoin
(i) que l’application de restriction au bord f ∈ H 1 (Ω) 7→ f|∂Ω ∈ L2 (∂Ω) soit
bien définie et continue, avec une estimée sous la forme
f|∂Ω
2 2
L (∂Ω)
≤ CΩ kf kL2 (Ω) kf kH 1 (Ω) (15)
et fournit
Z Z Z Z
g (−∆f ) = f (−∆g) + f ∂n g − g∂n f, ∀f, g ∈ H 2 (Ω). (17)
Ω Ω ∂Ω ∂Ω
22
Notons que D(−∆R,θ ) est non vide et dense dans L2 (Ω), puisqu’il contient
Cc∞ (Ω). La formule de Green (17) implique immédiatement que −∆R,θ est
symétrique sur D(−∆R,θ ).
Arrêtons-nous sur la condition que f ∈ H 2 (Ω) dans la définition de D(−∆R,θ ).
Cette hypothèse, en apparence anodine, doit être discutée plus en détails. En
principe, on cherche le domaine de −∆R,θ dans l’ensemble des fonctions f ∈
L2 (Ω) telles que ∆f ∈ L2 (Ω). Il faut également donner un sens à la condition
au bord (14), qui rendra l’opérateur symétrique. Il se trouve que tout f ∈ L2 (Ω)
tel que ∆f ∈ L2 (Ω) a des restrictions au bord bien définies, mais qui sont des
distributions. Par exemple, si Ω est suffisamment lisse, alors f|∂Ω appartient
à l’espace H −1/2 (∂Ω) qui est par définition le dual de H 1/2 (∂Ω) (l’image de
l’application de restriction au bord). De même, ∂n f|∂Ω appartient à l’espace
H −3/2 (∂Ω). Ces assertions peuvent être démontrées en se basant sur la formule
de Green (17) qui, du coup, fait sens dans ces espaces
Z Z
g (−∆f ) − f (−∆g)
Ω Ω
= hf, ∂n giH 1/2 (∂Ω) −
H −1/2 (∂Ω) H −3/2 (∂Ω)h∂n f, giH 3/2 (∂Ω) ,
voir [18]. Du coup, nous voyons que la condition de Robin (14) fait bien sens
pour toute fonction f ∈ L2 (Ω) telle que ∆f ∈ L2 (Ω), mais c’est une égalité
entre distributions sur le bord. Mentionnons que la situation est encore plus
complexe lorsque la frontière de Ω est composée d’une union de surfaces lisses,
qui s’intersectent transversalement. Les propriétés sont les mêmes sur chacune
des surfaces en question, mais il y a en plus des conditions de compatibilité sur
les arêtes [18, 11]. Les distributions sont par contre complètement déterminées
par leur restriction à chaque face, elles ne peuvent pas vivre uniquement sur les
arêtes.
Le théorème suivant justifie alors notre choix de l’espace H 2 (Ω).
Théorème 28 (Régularité elliptique). Soit Ω un ouvert borné tel que
• soit ∂Ω forme une variété de co-dimension 1 de classe C 2 ;
• soit ∂Ω est l’union d’un nombre fini de telles hypersurfaces, et Ω est
strictement convexe au voisinage des divers singularités du bord.
Soit également 0 ≤ θ < 1. Alors, il existe une constante C(Ω, θ) (ne dépendant
que de Ω et de θ) telle que pour toute fonction f ∈ H 2 (Ω) satisfaisant
cos(πθ) f|∂Ω + sin(πθ) ∂n f|∂Ω = 0, (19)
on a l’estimée
kf kH 2 (Ω) ≤ C(Ω, θ) kf kL2 (Ω) + k∆f kL2 (Ω) . (20)
23
elles ne deviennent indispensables qu’en dimension supérieure. De telles condi-
tions sont vraiment nécessaires si d ≥ 2. Considérons par exemple la fonction
f (x) = |x − x0 |−1 qui résout l’équation
−∆f = 4πδx0
24
L2 (Ω)2 dans l’orthogonal du graphe tourné {(−∆θ h, −h)}, c’est-à-dire tel que
Z Z
f (x)(−∆h)(x) dx = g(x)h(x) dx,
Ω Ω
pour tout h dans D(−∆R,θ ). En prenant h ∈ Cc∞ (Ω), nous en déduisons que
−∆f = g au sens des distributions et donc, en particulier, que ∆f ∈ L2 (Ω). La
formule de Green (18) implique alors que
H −1/2 (∂Ω)hf, ∂n hiH 1/2 (∂Ω) = H −3/2 (∂Ω)h∂n f, hiH 3/2 (∂Ω)
pour tout h ∈ D(−∆R,θ ). Cette formule fait sens si le domaine est lisse. S’il y
a des arêtes, on peut se restreindre aux fonctions h ∈ D(−∆R,θ ) telles que la
restriction au bord a son support en dehors des arêtes, et obtenir une formule
similaire avec une somme sur les arêtes. Nous supposerons pour simplifier que Ω
est lisse dans la suite de l’argument, et laissons le cas plus général en exercice.
Si θ = 0, on a h|∂Ω = 0 et ∂n h peut prendre n’importe quelle valeur dans
H 1/2 (Ω) (d’après l’hypothèse (ii) plus haut), ce qui implique que f|∂Ω = 0,
dans H −1/2 (∂Ω). Dans ce cas, le théorème 28 fournit que f ∈ H 2 (Ω), c’est-
à-dire que f ∈ D(−∆R,0 ), ce qui montre bien que (f, g) est dans le graphe
de −∆R,0 . L’argument est exactement similaire pour θ > 0, en utilisant que
∂n h|∂Ω = − tan(πθ)h|∂Ω .
Montrons finalement que le spectre de −∆R,θ est minoré. La formule de
Green fournit
Z Z Z Z Z
1
− f ∆f = |∇f |2 − f ∂n f = |∇f |2 + |f |2 , (21)
Ω Ω ∂Ω Ω tan(πθ) ∂Ω
avec la convention que 1/ tan(0) = 0. Cette expression est positive tant que
0 ≤ θ ≤ 1/2 et le corollaire 14 implique alors que σ(−∆R,θ ) ⊂ [0, +∞[. Lorsque
1/2 < θ < 1, on doit utiliser l’inégalité (15) qui précise que
Z
|f |2 ≤ C kf kL2 (Ω) kf kH 1 (Ω) . (22)
∂Ω
puisque
2
C2
2 C C
k∇f kL2 (Ω) − k∇f kL2 (Ω) = k∇f kL2 (Ω) − −
| tan(πθ)| 2| tan(πθ)| 4| tan(πθ)|2
C2
≥− .
4| tan(πθ)|2
25
Ainsi
C2
Z
C
inf − f ∆f ≥ − − , (23)
f ∈D(−∆R,θ ) Ω | tan(πθ)| 4| tan(πθ)|2
kf kL2 (Ω) =1
26
Réciproquement, tout opérateur A sous la forme (25) avec (vn )n≥1 une base
orthonormée de H et (λn )n≥1 une famille de réels, est auto-adjoint sur le do-
maine (24) et son spectre est la fermeture de l’ensemble des λn .
Démonstration. Appelons VP l’ensemble à droite de (24), composé des vecteurs
2 2
P
w = α
n≥1 n n v tels que n≥1 (λn ) |αn | < ∞, où αn := hvn , wiH . Nous
commençons par montrer que V ⊂ D(A). Comme P les vn sont dans D(A)
par définition, il est clair que les sommes finies P n∈I αn vn sont
P toutes dans
D(A).
P Par ailleurs, pour une telle somme on a A α
n∈I n nv = n∈I αn Avn =
λ α
n∈I n n n v et donc
2
X
X
A αn vn
= λ2n |αn |2
n∈I H n∈I
P
par la formule de Parseval. Soit alors w = n≥1 αn vn un vecteur quelconque
PN
de V et posons wN = n=1 αn vn , qui converge vers w pour la norme de H. La
PN P
suite AwN = n=1 λn αn vn converge vers le vecteur z = n≥1 λn αn vn dans
H. Comme A est auto-adjoint, son graphe est fermé et on déduit que w ∈ D(A)
et que Aw = z. Nous avons donc prouvé que V ⊂ D(A) (et en même temps la
formule (25) pour tous les éléments de V ).
Pour l’inclusion inverse, rappelons que D(A) = Im (A + i)−1 . Dans ce cas,
tout w ∈ D(A) peut s’écrire w = (A + i)−1 z avec z ∈ H ou, dit autrement, w est
l’unique
P solution de l’équation (A + i)w = P z dans D(A). Or, si on décompose
z = n≥1 βn vn avec βn = hvn , ziH , tel que n≥1 |βn |2 < ∞, il est clair que
X βn
w0 := vn
λn + i
n≥1
Les arguments précédents montrent aussi que (A + i)w0 = z et donc, par l’in-
jectivité de (A + i)−1 , que w = w0 ∈ V . Ainsi D(A) ⊂ V .
Il reste à prouver que le spectre de A est l’adhérence des valeurs propres
(λn ). Comme les λn sont clairement des éléments du spectre et que ce dernier
est fermé, il est clair que {λn } ⊂ σ(A). Soit alors z ∈ R \ {λn }, c’est-à-dire tel
que |z − λn | ≥ ε > 0 pour tout n et un ε assez petit. Il est facile d’en déduire
que A − z est inversible, d’inverse borné donné par la formule
X X αn
(A − z)−1 αn vn := vn .
λn − z
n≥1 n≥1
27
où w = n≥1 αn vn et w0 = n≥1 αn0 vn ont été décomposés sur la base ortho-
P P
normée (vn ). D’autre part, si on a hw, Avi = hz, vi pour tout v ∈ D(A), ceci
signifie, en prenant v = vn , que λn hw, vn iH = hz, viH et donc que
X X 2
(λn )2 |hw, vn iH |2 = |hz, vn iH |2 = kzkH < ∞.
n≥1 n≥1
par X
Av = λn hvn , viH vn ,
n≥1
est auto-adjoint, de spectre σ(A) = {λn , n ≥ 1}. Montrer aussi que c’est l’unique
opérateur auto-adjoint défini sur un domaine contenant D(A), qui coı̈ncide avec
A sur D(A).
L’opérateur A s’appelle la fermeture de A et il est caractérisé par le fait que
son graphe est la fermeture du graphe de A. Si le graphe de A est déjà fermé,
alors nous aurons A = A. Lorsqu’un opérateur symétrique A a sa fermeture A
qui est un opérateur auto-adjoint, on dit que A est essentiellement auto-adjoint.
28
6.2 Opérateurs auto-adjoints compacts
Nous rappelons qu’un opérateur A est dit compact lorsque Avn → 0 forte-
ment dès que vn * 0 faiblement dans H. Un tel opérateur est forcément continu,
donc borné, et est donc nécessairement défini sur tout D(A) = H. L’objectif de
cette section est la diagonalisation des opérateurs compacts auto-adjoint. Une
première étape est de préciser un peu le théorème 12, en distinguant les valeurs
propres isolées de multiplicité finie du reste du spectre (appelé généralement
spectre essentiel ).
Théorème 37 (Spectre des opérateurs auto-adjoints II). Soit A un opérateur
auto-adjoint sur le domaine D(A) ⊂ H, et λ ∈ σ(A). On a alors l’alternative
suivante :
soit λ est une valeur propre isolée, de multiplicité finie, c’est-à-dire 0 < dim ker(A−
λ) < ∞ et σ(A) ∩ [λ − ε, λ + ε] = {λ} pour un ε > 0 assez petit ;
soit il existe une suite (vn ) ⊂ D(A) telle que kvn kH = 1, vn * 0 faiblement et
k(A − λ)vn kH → 0.
L’énoncé précise celui du théorème 12 dans le sens où la suite vn peut être
choisie de sorte que vn * 0 faiblement, dès que λ n’est pas une valeur propre de
multiplicité finie, qui est isolée au milieu du spectre. La preuve est très similaire
mais un peu plus ardue.
Démonstration. Si λ est une valeur propre de multiplicité infinie, alors on peut
choisir une base orthonormale (vn ) de ker(A − λ) qui vérifie nécessairement la
propriété vn * 0. Enfin, si λ n’est pas une valeur propre du tout, on sait qu’il
existe une suite vn telle que kvn kH = 1 et Avn − λvn → 0 fortement. Quitte à
extraire une sous-suite on peut supposer que vn * v et que Avn * λv. Comme
A est auto-adjoint son graphe est fermé. Par ailleurs c’est un espace vectoriel
de H × H qui est donc convexe, et on conclut qu’il est aussi faiblement fermé.
On en déduit donc que v ∈ D(A) et que Av = λv. Mais nous avons supposé que
λ n’est pas une valeur propre, donc on doit avoir v = 0, ce qui implique bien
vn * 0 comme désiré.
Il reste donc à traiter du cas où λ est une valeur propre de multiplicité finie
qui n’est pas isolée, c’est-à-dire telle qu’il existe σ(A) 3 λk → λ avec λk 6= λ. Si
on peut choisir les λk de sorte que ce soient tous des valeurs propres, l’argument
est facile. En effet, comme λk 6= λ, les sous-espaces ker(A − λ) et ker(A − λk )
sont orthogonaux. Si on prend vk tel que Avk = λk vk , et que vk * v, on aura
par l’argument précédent Av = λv et v ∈ ker(A − λ)⊥ qui implique v = 0.
Finalement considérons le cas où aucun des λk n’est une valeur propre.
D’après l’argument au début de cette preuve, nous savons que pour chaque k, il
existe une suite (vk,n )n≥1 telle que kvk,n kH = 1, vk,n * 0 et (A − λk )vk,n → 0
quand n → ∞. Or, comme vk,n * 0, on a P vk,n → 0 fortement, où P est la
projection orthogonale sur l’espace de dimension finie ker(A − λ) (P est de rang
fini donc compact). Ainsi, pour chaque k on peut choisir un nk de sorte que
k(A − λk )vk,nk k ≤ 1/k et kP vk,nk k ≤ 1/k. L’argument est alors le même que
précédemment : toute limite faible v d’une sous-suite de vk,nk doit vérifier à la
fois Av = λv et P v = 0, ce qui implique v = 0.
Même si nous n’en avons pas besoin tout de suite, nous en profitons pour
introduire une séparation naturelle du spectre en deux parties, correspondants
aux deux alternatives du théorème 37.
29
Définition 38. Soit A un opérateur auto-adjoint sur son domaine D(A) ⊂ H.
L’ensemble des valeurs propres isolées de multiplicité finie est appelé spectre
discret, alors que son complémentaire est appelé spectre essentiel.
Nous sommes maintenant prêts pour diagonaliser les opérateurs auto-adjoints
compacts. Pour simplifier l’exposé, nous supposerons que l’espace ambiant est
de dimension infinie (sinon tous les opérateurs auto-adjoint sont compacts et on
étudie simplement des matrices hermitiennes).
Théorème 39 (Diagonalisation des opérateurs auto-adjoints compacts). Soit
A un opérateur auto-adjoint compact sur H supposé de dimension infinie. Alors
1. le spectre de A dans R \ {0} est constitué de valeurs propres isolées et de
multiplicité finie, dont le seul point d’accumulation est 0 ;
2. A est diagonalisable dans une base orthonormée. En particulier, A est
donné par la formule (25) dans cette base.
Démonstration. Nous commençons par prouver que, en dehors de zéro, le spectre
ne peut contenir que des valeurs propres de multiplicité finie. Soit donc µ ∈ σ(A)
avec µ 6= 0. Nous raisonnons par l’absurde et supposons donc que µ n’est pas
isolée et de multiplicité finie. D’après le théorème 37, il existe une suite vn telle
que kvn kH = 1, vn * 0 faiblement et Avn − µvn → 0 fortement. Comme A est
compact, on a Avn → 0 fortement, ce qui implique alors µvn → 0 fortement
aussi. Si µ 6= 0, ceci contredit le fait que kvn kH = 1 pour tout n. Comme A
est un opérateur borné, le spectre de A est borné donc compact. Le seul point
d’accumulation possible des valeurs propres est 0, car sinon il y aurait un autre
élément du spectre non isolé, ce qui contredirait l’argument précédent.
À ce stade, nous prétendons avoir diagonalisé l’opérateur A et c’est ce qu’il
nous reste à expliquer. Le reste de l’argument est en fait basé sur le lemme
suivant, que nous démontrerons après avoir terminé la preuve du théorème 39.
Lemme 40. Si A est un opérateur auto-adjoint compact, alors
A = µ1 P1 ⊕ A1 ,
30
il est clair que σ(A) = {µ1 } ∪ σ(A1 ). La norme de l’opérateur A1 est égale à la
plus grande valeur propre en module, en dehors de µ1 , c’est-à-dire kA1 k = |µ2 |.
En raisonnant par récurrence, on peut donc écrire
K
X
A= µn Pn + AK
n=1
avec kAK k = |µK | < |µK−2 | → 0 et où la somme est directe. En continuant
l’argument, on trouve donc que
∞
X
A= µn Pn
n=1
kAvkH kAk
kAk ≥ = ,
kvkH kvkH
pour tout z, ce qui implique finalement que kAk2 est une valeur propre de A2 .
L’espace ker(A2 − kAk2 ) est évidemment stable par A, et il est de dimension
finie car A2 est aussi compact. Sur cet espace de dimension finie, A peut être
diagonalisé et ses valeurs propres sont de carré égal à kAk2 , et il s’agit donc de
−kAk ou kAk.
31
6.3 Opérateurs auto-adjoints à résolvante compacte
Après avoir diagonalisé les opérateurs compacts, nous étudions maintenant
une famille intéressante d’opérateurs qui sont toujours non bornés, mais toute-
fois aisés à diagonaliser.
Définition 41 (Opérateurs à résolvante compacte). Soit A un opérateur auto-
adjoint, défini sur D(A) ⊂ H. On dit que A est à résolvante compacte lorsque
(A + i)−1 est compact.
Rappelons que le spectre d’un opérateur auto-adjoint est réel (théorème 10),
donc que A + i est toujours inversible, d’inverse borné. Le choix de i est ici
arbitraire et on peut voir que (A + i)−1 compact équivaut à avoir (A − z)−1
compact pour tout z ∈ C \ σ(A).
Exercice 42. Montrer que pour tous z, z 0 ∈ C \ σ(A),
Avn = (a + µ−1
n )vn
Il peut arriver que l’opérateur A soit réel, c’est-à-dire que D(A) soit stable
par la conjugaison complexe, et que l’on ait Av = Av pour tout v ∈ D(A).
Comme les valeurs propres sont toujours réelles, on voit que si on a A(v + iw) =
λ(v + iw) avec v, w des vecteurs réels, alors Av = λv et Aw = λw. Ainsi on peut
toujours choisir des vecteurs propres réels.
32
7 Laplaciens de Dirichet, Neumann et Robin : diagonalisation
Nous pouvons maintenant appliquer le théorème de la section précédente au
Laplacien −∆R,θ avec la condition au bord de Robin, sur un domaine borné Ω.
8 Formes quadratiques
Nous terminons l’étude théorique de la diagonalisation des opérateurs auto-
adjoints et en particulier du Laplacien avec différentes conditions au bord de Ω,
par une discussion des formes quadratiques associées. Cette partie est fréquemment
mise en avant dans les ouvrages classiques, car bien plus adaptée aux procédures
de discrétisation (ce point sera discuté à la section 14), alors que nous avons
plutôt mis l’accent ici sur les aspects spectraux.
33
Dans cette section on fait l’hypothèse que qA est coercive, c’est-à-dire qu’il existe
α > 0 tel quel
hv, AviH ≥ αkvk2H , ∀v ∈ D(A). (27)
D’après le lemme 14, ceci implique que σ(A) ⊂ [a, ∞[. En fait, par le théorème
spectral les deux propositions sont même équivalentes dès que A est auto-
adjoint, ce que nous avons vu seulement dans le cas particulier d’un opérateur
diagonalisable dans une base orthonormée au corollaire 35. Bien sûr, ce dont
nous avons réellement besoin est que qA (x) ≥ −Ckxk2H , ce qui correspond au
fait que σ(A) est minoré, et ensuite on peut se ramener à (27) en remplaçant A
par A + a avec a > C. p
Sous l’hypothèse (27), nous voyons que x ∈ D(A) 7→ qA (x) définit une
norme, et que ϕA définit un produit scalaire. En général, l’espace D(A) n’est
pas fermé pour cette norme. En complétant D(A) pour le produit scalaire ϕA ,
on trouve un nouvel espace Q(A) tel que
D(A) ⊂ Q(A) ⊂ H.
Par extension, on trouve également une forme quadratique continue sur cet es-
pace, qui étend qA de façon unique et que l’on note de la même façon. De même,
on trouve un produit scalaire ϕA pour lequel Q(A) est un espace de Hilbert.
L’inégalité (27) garantie que Q(A) s’identifie à un sous-espace de l’espace de
Hilbert ambient H, avec injection continue Q(A) ,→ H. Par construction, D(A)
est dense dans Q(A) pour la norme induite par qA et on a donc
ϕA (v, w) = hv, Awi, ∀v ∈ Q(A), w ∈ D(A).
Ainsi, qA (v) ≤ kvkH kAvkH ≤ kvk2D(A) et l’injection D(A) ,→ Q(A) est également
continue.
Définition 46 (Forme quadratique). Soit A un opérateur auto-adjoint, tel que
hx, Axi ≥ αkxk2H pour tout x ∈ D(A). On appelle forme quadratique associée à
A l’unique forme quadratique qA définie précédemment sur son domaine Q(A).
La forme polaire associée est notée ϕA .
Si A vérifie hv, AviH ≥ −Ckvk2H pour tout x ∈ D(A), on pose de façon
similaire qA := qA+a − ak · k2H pour a > C.
Exercice 47. Si A vérifie hv, AviH ≥ −Ckvk2H pour tout v ∈ D(A), montrer
que Q(A + a) ne dépend pas de a > C, et que qA est bien définie.
Exemple 48 (Laplacien sur Rd ). Considérons l’opérateur A = −∆ qui est
auto-adjoint sur H 2 (Rd ), comme nous l’avons vu au corollaire 15. Alors on a
Z Z
qA (f ) = − f (x)∆f (x) dx = |∇f (x)|2 dx, ∀f ∈ H 2 (Rd ).
Rd Rd
34
Nous verrons que la forme quadratique qA est un objet qui peut être plus
facile à manipuler que l’opérateur A lui-même. Il est cependant légitime de se
demander quelle relation il y a entre A et qA . Peut-on retrouver A à partir
de qA ? La réponse est positive et justifie l’introduction de la notion de forme
quadratique.
Théorème 49 (Caractérisation du domaine). Soit A un opérateur auto-adjoint
vérifiant
hv, AviH ≥ −Ckvk2H , ∀v ∈ D(A),
et soit ϕA la forme polaire associée. Les propositions suivantes sont équivalentes :
(i) v ∈ Q(A) et il existe z ∈ H tel que ϕA (v, h) = hz, hiH pour tout h ∈ Q(A) ;
(ii) v ∈ D(A) et Av = z.
Démonstration. Si v ∈ D(A) et Av = z, alors ϕA (v, h) = hAv, hiH = hz, hiH
pour tout h ∈ Q(A).
Réciproquement, si ϕA (v, h) = hz, hiH pour tout h ∈ Q(A), alors on peut
prendre h ∈ D(A) et on trouve hv, AhiH = hz, hiH pour tout h ∈ D(A). Cela
signifie que (v, z) ∈ T (A)⊥ , l’orthogonal du graphe tourné de A qui est égal à
G(A) puisque A est supposé auto-adjoint. Donc v ∈ D(A) et Av = z.
Nous pouvons maintenant utiliser le résultat précédent pour donner une
caractérisation variationnelle de l’équation (A + a)v = z.
Théorème 50 (Lax-Milgram). Soit A un opérateur auto-adjoint vérifiant
hv, AviH ≥ −Ckvk2H , ∀v ∈ D(A),
et a > C. Soit z ∈ H quelconque. Alors, le problème de minimisation
1 a 2
inf qA (w) + kwkH − <hw, ziH ; (28)
w∈Q(A) 2 2
admet pour unique minimiseur v = (A − a)−1 z ∈ D(A). Ce dernier est aussi
caractérisé par la relation
ϕA (v, h) + ahv, hiH = hz, hiH (29)
pour tout h ∈ Q(A).
Le théorème nous précise comment retrouver A (ou plutôt (A + a)−1 ) à
partir de la forme quadratique qA , puisque le point v = (A + a)−1 z est l’unique
minimiseur du problème (28). L’équation (29) s’appelle la formulation faible de
l’équation (A + a)v = z et elle s’obtient formellement en prenant le produit
scalaire avec z. La caractère “faible” vient du fait qu’on suppose seulement que
v ∈ Q(A). Nous verrons de nombreux exemples à la section 9.
Démonstration. Nous avons déjà vu au théorème 49 que la formulation faible (29)
alliée à la condition que v ∈ Q(A) était équivalente au fait que v ∈ D(A) avec
(A + a)v = z, c’est-à-dire v = (A − a)−1 z. On peut alors écrire pour tout
w ∈ Q(A), en complétant le carré,
1 a 2 1 a 2
qA (w) + kwkH − <hw, ziH − qA (v) + kvkH − <hv, ziH
2 2 2 2
1 a 2 a−C 2
= qA (w − v) + kw − vkH ≥ kw − vkH (30)
2 2 2
qui est positif et s’annule seulement quand w = v.
35
Exercice 51. Sans utiliser l’information que v = (A − a)−1 z, montrer que le
problème de minimisation (28) admet un minimiseur (prendre une suite minimi-
sante, montrer qu’elle est bornée dans Q(A) et passer à la limite faible dans cet
espace). Par un argument de perturbation, montrer que tout minimiseur vérifie
la relation (29).
Ainsi, nous avons prouvé que la donnée de la forme quadratique qA et de son
domaine Q(A) est équivalente à celle de A et D(A). En pratique, une version
réciproque du théorème 50 due à Friedrichs [9] est souvent utilisée. Elle stipule
que toute forme quadratique continue q est égale à un qA pour un opérateur auto-
adjoint A. C’est une technique habituelle pour construire les extensions auto-
adjointes. L’idée est de partir d’un opérateur A défini sur un domaine très petit,
puis de calculer la forme quadratique associée qA , de la compléter et enfin de
déterminer l’extension auto-adjointe de A qui en découle. Cette construction est
très importante mais elle a le désavantage de masquer le rôle des conditions au
bord, puisque ces dernières n’apparaissent pas toujours très clairement dans qA
et Q(A), comme nous le discuterons plus loin. Mais c’est toutefois une méthode
très élégante, qui fonctionne dans de nombreuses situations.
Théorème 52 (Riesz-Friedrichs). Soient Q ⊂ H deux espaces de Hilbert, de
normes k · kQ et k · kH et de produits scalaires h·, ·iQ et h·, ·iH . On suppose que
Q est dense et s’injecte continuement dans H, c’est-à-dire qu’il existe α > 0 tel
que
kvkQ ≥ αkvkH , ∀v ∈ Q. (31)
Alors il existe un unique opérateur auto-adjoint A sur son domaine D(A) ⊂ H,
tel que qA = k · k2Q , ϕA = h·, ·iQ et Q = Q(A).
Démonstration. Par les théorèmes 49 et 50, on est amené à introduire
G(A) = (v, z) ∈ Q × H : hv, hiQ = hz, hiH , ∀h ∈ Q
et
D(A) := {v ∈ Q : ∃z ∈ H, (v, z) ∈ G(A)} .
Il est clair que G(A) est un sous-espace vectoriel de H × H. Si par ailleurs
(0, z) ∈ G(A) alors on a hz, hiH = 0 pour tout h ∈ Q, ce qui implique que z = 0
puisque Q est dense dans H. Ainsi, G(A) est le graphe d’un opérateur linéaire
A défini sur D(A) par Av = z (Exercice 8). Nous allons vérifier dans un instant
que D(A) est un sous-espace dense de H.
Pour v1 , v2 ∈ D(A), on a
qui montre immédiatement que l’opérateur A est symétrique sur son domaine.
Soit z ∈ H quelconque. Comme h 7→ hz, hiH est une application linéaire
continue sur Q, le théorème de Riesz implique l’existence d’un unique v ∈ Q tel
que hv, hiQ = hz, hiH pour tout h ∈ Q, c’est-à-dire tel que Av = z. La preuve
habituelle consiste à minimiser la fonctionnelle strictement convexe
1 2
w ∈ Q 7→ kwkQ − <hz, wi,
2
ce qui revient à calculer la projection orthogonale de z sur Q. L’existence d’un
minimiseur est garantie par l’inégalité (31) et un argument de minimisation
36
comme à l’exercice 51. Ainsi, nous avons montré que l’opérateur A est surjectif
de D(A) dans H.
Écrivons maintenant la preuve que D(A) est dense. Soit h dans l’orthogonal
de D(A) pour le produit scalaire de Q et, puisque A est surjectif, soit alors
v ∈ D(A) tel que Av = h. On a 0 = hv, hiQ = hh, hiH ce qui implique h = 0,
donc D(A) est dense dans Q pour la norme de Q. Puisque Q est lui même
supposé dense dans H, on conclut aisément que D(A) est dense dans H.
Comme nous avons déjà montré que A est surjectif de D(A) dans H, d’après
le théorème 10, il suit donc que A est auto-adjoint. Par ailleurs nous avons
également prouvé que D(A) est dense dans Q pour sa norme, et on a donc bien
qA = k · k2Q comme annoncé.
et X
Av = λn hvn , viH vn .
n≥1
Ceci permet d’obtenir une formule pour la forme quadratique associée à l’opérateur
A X
qA (v) := hv, AviH = λn |hvn , viH |2 (32)
n≥1
Ici on suppose d’abord que v, w ∈ D(A), ce qui permet d’écrire hv, AwiH . Mais il
est ensuite clair que les séries à droite font sens pour v et w dans un sous-espace
plus grand que D(A), qui est précisément le domaine
X
Q(A) = v ∈ H tels que |λn | |hvn , viH |2 < ∞ . (34)
n≥1
37
converge absolument. Mais si les λn ont un signe arbitraire, il se pourrait que la
série soit oscillante et converge simplement sans converger absolument, pour des
v en dehors de Q(A). C’est pour éviter ce cas pathologique qu’on doit supposer
que
hv, AviH ≥ −Ckvk2H (35)
ce qui, par le corollaire 35 est équivalent à supposer que le spectre est minoré.
Comme alors λn → +∞ et donc λn > 0 pour n assez grand, la convergence de
la série ne peut être qu’absolue.
Exercice 53. Vérifier que lorsque A est à résolvante compacte avec un spectre
minoré, l’espace Q(A) (défini en complétant D(A) pour la norme induite par
qA comme expliqué à la section précédente) est bien donné par la formule (34).
Nous montrons maintenant comment obtenir les vecteurs et valeurs propres
à partir de la forme quadratique. Le résultat suivant est une généralisation de la
célèbre formule de Courant-Fischer pour les valeurs propres de matrices hermi-
tiennes, qui est parfois aussi appelée Rayleigh-Ritz dans la littérature physique.
Théorème 54 (Courant-Fischer). Soit A un opérateur auto-adjoint à résolvante
compacte, dont le spectre est minoré, et λ1 ≤ λ2 ≤ · · · la suite ordonnée de ses
valeurs propres. 2 Alors on a
et le minimum est atteint pour les espaces sous la forme V = Vect(v1 , ..., vk ) ⊂
D(A) engendrés par k vecteurs propres correspondants aux k premières valeurs
propres λ1 , ..., λk .
Démonstration. La preuve est exactement la même qu’en dimension finie. Com-
mençons par (36) et écrivons
X X
qA (v) = λn |hvn , viH |2 ≥ λ1 |hvn , viH |2 = λ1 kvk2H = λ1 .
n≥1 n≥1
38
de sorte que l’infimum à droite de (37) est ≤ λk . Réciproquement, soit main-
tenant W ⊂ Q(A) un espace quelconque de dimension k, et Vk−1 comme
précédemment. Comme dim(W ) = k alors que dim(Vk−1 ) = k − 1, il est clair
que W doit intersecter l’orthogonal de Vk−1 . Or, tout v ∈ (Vk−1 )⊥ ∩Q(A) vérifie
qA (v) ≥ λk kvk2H par construction de Vk−1 , de sorte que
max qA (v) ≥ λk .
v∈W
kvkH =1
Nous avons donc montré la formule (37). Le cas d’égalité est laissé en exercice.
Exercice 55. Montrer que l’infimum dans (37) est atteint pour (et seulement
pour) les espaces V = Vect(v1 , ..., vk ) engendré par k vecteurs propres correspon-
dants aux k premières valeurs propres λ1 , ..., λk , le maximum étant lui atteint
pour v un vecteur propre associé à λk .
La formule de Courant-Fischer est très pratique pour la première valeur
propre, mais bien sûr un peu plus compliquée pour les suivantes, puisqu’il s’agit
d’un principe de min-max. Nous allons maintenant fournir une caractérisation
moins connue, pour les sommes de valeurs propres, qui repose elle sur un principe
de minimisation, et qui fait également intervenir des espaces de dimension k.
Théorème 56 (Caractérisation des sommes de valeurs propres). Soit A un
opérateur auto-adjoint à résolvante compacte, dont le spectre est minoré, et
λ1 ≤ λ2 ≤ · · · la suite ordonnée de ses valeurs propres. Alors on a
k
X k
X
λj = min qA (wj ) (38)
w1 ,...,wk ∈Q(A)
j=1 hwi ,wj iH =δij j=1
et le minimum est exactement atteint lorsque Vect (w1 , ..., wk ) est un espace
engendré par k premiers vecteurs propres de A.
Dans le minimum à droite, on prend un espace W ⊂ Q(A) de dimension k
comme dans (37), et une base orthonormée w1 , ..., wk de cet espace. Enfin, on
somme les valeurs de la forme quadratique pour ces vecteurs. On peut montrer
que la somme ne dépend pas de la base choisie
Exercice 57. Montrer que si W ⊂ Q(A) est un espace de dimension k, alors
Pk
j=1 qA (wj ) ne dépend pas de la base orthonormée wj choisie pour W .
Pk
L’idée est ici que j=1 qA (wj ) est (formellement) égal à Tr(AΠW ) où ΠW
est le projecteur orthogonal sur W , une formule qu’il est aisé de vérifier en
dimension finie et qui peut être utilisée une fois que le problème a été discrétisé.
Démonstration. Soit w1 , ..., wk un système orthonormé comme dans l’énoncé,
où chaque wj est dans Q(A), et soient (λn , vn ) les éléments propres de A. Soit
39
enfin µ un réel quelconque qui sera fixé plus bas. On a alors
k
X k
X k
X k
X
qA (wj ) − λj = qA (wj ) − µkwj k2H − (λj − µ)
j=1 j=1 j=1 j=1
∞
k X
X
(λn − µ) |hwj , vn iH |2 − δjn
=
j=1 n=1
k X
X k
(λn − µ) |hwj , vn iH |2 − δjn
=
j=1 n=1
k
X ∞
X
+ (λn − µ) |hwj , vn iH |2 .
j=1 n=k+1
40
et il est maintenant clair que cette formule est positive. Par ailleurs, on a égalité
en choisissant wj = vj pour tout 1 ≤ j ≤ k, ce qui démontre la formule (38).
Nous discutons maintenant du cas d’égalité et commençons par supposer
pour simplifier que λk+1 > λk , ce qui implique |λn − µ| > 0 pour tout n ≥
k + 1. Alors le terme (40) est nul si ΠW vn = 0 pour tout n ≥ k + 1, ce qui
signifie que wj ∈ Vect (v1 , ..., vk ) et donc, en comparant les dimensions, que
Vect (w1 , ..., wk ) = Vect (v1 , ..., vk ).
Si λk−p−1 < λk−p = λk = λk+q < λk+q+1 , l’argument est similaire. Comme
précédemment, on doit avoir W ⊂ Vect (v1 , ..., vk+p ) où W := Vect (w1 , ..., wk ).
Par ailleurs, l’annulation du premier terme nous précise maintenant que v1 , ...,
vk−p−1 ∈ W . Ainsi, W = Vect (v1 , ..., vk−p−1 ) ⊕ W 0 où W 0 ⊂ ker(A − λk ) qui
est ce que nous voulions démontrer.
Remarque 58. Si λk+1 > λk , en prenant µ = (λk+1 + λk )/2 et en utilisant
que |λn − µ| ≥ (λk+1 − λk )/2 pour tout n, on trouve que
k
X k
X
qA (wj ) − λj
j=1 j=1
∞
k
!
λk+1 − λk X X
vn , (ΠW )⊥ vn H +
≥ hvn , ΠW vn iH
2 n=1 n=k+1
k
X
vn , (ΠW )⊥ vn
= (λk+1 − λk ) H
. (41)
n=1
on peut réécrire
k
X
vn , (ΠW )⊥ vn
H
= TrX ΠV (ΠV − ΠW ) = k − TrX (ΠV ΠW )
n=1
1
= TrX (ΠV − ΠW )2 .
2
La trace est ici la trace usuelle sur l’espace de dimension finie X (on pourrait
faire l’argument directement dans l’espace H, ce que nous évitons pour ne pas
avoir à parler de trace en dimension infinie). L’opérateur ΠV − ΠW est compact
(même de rang fini) et auto-adjoint, il est donc diagonalisable. Si on appelle
µ1 ≤ · · · ≤ µ2k ses valeurs propres, on a bien sûr
2k
X
TrX (ΠV − ΠW )2 = (µj )2 ≥ max |µj |2 = kΠV − ΠW k2 .
j=1,...,2k
j=1
41
Nous avons donc démontré l’inégalité
k k
X X λk+1 − λk
qA (wj ) − λj ≥ kΠV − ΠW k2 , (42)
j=1 j=1
2
où ΠV et ΠW sont respectivement les projecteurs orthogonaux sur V = Vect (v1 , ..., vk )
(l’espace engendré par les k premiers vecteurs propres de A) et W = Vect (w1 , ..., wk ),
pour le produit scalaire de H.
C’est une autre façon de voir le résultat (déjà démontré plus haut) que si
λk+1 > λk , alors on a égalité lorsque le projecteur orthogonal ΠW sur l’espace
engendré par les wj est égal au projecteur orthogonal ΠV sur l’espace engendré
par v1 , ..., vk , c’est-à-dire lorsque les deux espaces sont égaux. L’avantage de
l’inégalité (42) est qu’elle fournie une estimée explicite simple, faisant intervenir
la norme d’opérateur de la différence des projecteurs.
Exercice 59 (Formulations variationnelles pour un opérateur réel). Si A est un
opérateur réel, vérifier qu’on peut se restreindre dans les formules des théorèmes
50, 54 et 56 à des vecteurs réels uniquement.
42
En particulier, pour tout g ∈ L2 (Ω) et tout a > − min σ(−∆BK,ξ ), l’unique
solution du problème (
(−∆ + a)f = g
f ∈ D(−∆BK,ξ )
coı̈ncide avec l’unique minimiseur du problème de minimisation
Z Z Z
1 2 a 2
min |∇f (x)| dx + |f (x)| dx − < g(x)f (x) dx
f ∈Q(−∆BK,ξ ) 2 Ω 2 Ω Ω
Par ailleurs, la première valeur propre est donnée par le principe variationnel
Z
2
λ1 (−∆BK,ξ ) = min∗ |p + ξ| = min |∇f |2
p∈L f ∈Q(−∆BK,ξ ) Ω
|f |2 =1
R
Ω
En écrivant la frontière du cube comme l’union des faces et en les groupant deux
par deux, on trouve en utilisant la condition au bord que
Z
f (x)∂n f (x) dx = 0, ∀f ∈ D(−∆BK,ξ ),
∂Ω
de sorte que Z
q−∆BK,ξ (f ) = |∇f (x)|2 dx.
Ω
La norme associée à cette forme quadratique est donc juste la norme H 1 (Ω).
L’espace de définition de cette forme quadratique est, d’après l’exercice 53, la
fermeture de D(−∆BK,ξ ) pour cette norme. Dans H 1 (Ω) la condition sur la
dérivée normale est perdue car cette dernière ne fait pas sens dans cet espace.
Par contre, la condition sur la fonction reste, car l’application f ∈ H 1 (Ω) 7→
f|∂Ω ∈ L2 (∂Ω) est continue. Le reste suit immédiatement des théorèmes 50
et 54.
Exercice 61. Montrer que f ∈ Q(−∆BK,ξ ) si et seulement si x 7→ e−iξ·x f (x)
appartient à Q(−∆BK,0 ). En déduire que
Z
λ1 (−∆BK,ξ ) = min |∇f (x) + iξf (x)|2 dx. (43)
f ∈Q(−∆ BK ,0) Ω
|f |2 =1
R
Ω
Montrer qu’on ne peut pas se restreindre ici aux fonctions f à valeurs réelles.
43
9.2 Laplaciens de Dirichlet, Neumann et Robin
Soit Ω un ouvert borné comme à la section 5, et −∆R,θ l’opérateur Laplacien
avec les conditions au bord de Robin, c’est-à-dire défini sur le domaine
En particulier, pour tout g ∈ L2 (Ω) et tout a > − min σ(−∆)R,θ , l’unique solu-
tion du problème
−∆f + af = g
g ∈ L2 (Ω), f ∈ H 2 (Ω)
cos(πθ) f|∂Ω + sin(πθ) ∂n f|∂Ω = 0
1(θ 6= 0)
Z Z Z
∇h(x) · ∇f (x) dx + a h(x)f (x) dx + h(x)f (x) dx
Ω Ω tan(πθ) ∂Ω
Z
= h(x)g(x) dx, ∀h ∈ Q(−∆R,θ ). (46)
Ω
Par ailleurs, la première valeur propre de −∆R,θ est donnée par le principe
variationnel
Z
1(θ 6= 0)
Z
2 2
λ1 (−∆R,θ ) = min |∇f | + |f | (47)
f ∈Q(−∆R,θ ) Ω tan(πθ) ∂Ω
|f |2 =1
R
Ω
44
Démonstration. Commençons par le cas θ = 0 (Dirichlet), et soit donc f ∈
D(−∆R,0 ) = H 2 (Ω) ∩ H01 (Ω). Alors
Z Z Z Z
f (x)(−∆f )(x) dx = |∇f (x)|2 dx − f (x)∂n f (x) dx = |∇f (x)|2 dx.
Ω Ω ∂Ω Ω
car f s’annule au bord. Ainsi, nous voyons que q−∆R,0 (f ) = Ω |∇f |2 . Le do-
R
maine Q(−∆R,0 ) est donc la fermeture de H 2 (Ω)∩H01 (Ω) pour la norme H 1 (Ω),
et on trouve donc Q(−∆R,0 ) = H01 (Ω). Le reste suit des théorèmes 50 et 54
L’argument est exactement le même pour θ > 0, en utilisant cette fois la for-
mule (21).
Il faut retenir de tous ces résultats que
• seule la condition au bord de Dirichlet fait sens dans H 1 (Ω), et la forme
quadratique est alors définie sur Q(−∆R,0 ) = H01 (Ω) ;
• les formes quadratiques pour le Laplacien de Robin avec θ > 0 (incluant
donc Neumann) sont toutes définies sur le même domaine H 1 (Ω), où la
condition au bord est invisible ;
• la condition au bord de Neumann n’est visible ni dans l’espace de définition
Q(−∆R,1/2 ) = H 1 (Ω), ni dans la forme de la fonctionnelle q−∆R,1/2 (f ) =
|∇f |2 ;
R
Ω
• la forme quadratique associée à −∆R,θ dépend de θ et contient un terme
de bord seulement pour θ ∈]0, 1[\{1/2}.
Ces résultats font jouer des rôles particuliers aux Laplaciens de Dirichlet et de
Neumann, alors que du point de vue des opérateurs auto-adjoints −∆R,θ , il n’y
a pas de différence flagrante dans les domaines de définitions D(−∆R,θ ), qui se
déduisent les uns des autres en faisant varier θ continûment. Cette discussion
montre comment, d’une certaine manière, la théorie spectrale des opérateurs est
parfois plus naturelle que celle des formes quadratiques associées. Évidemment
les formes quadratiques jouent un rôle très important, par exemple dans les
procédés numériques qui vont être discutés à la section suivante.
Remarque 63. Le second terme de la forme quadratique (44) du Laplacien de
Robin pour θ ∈]0, 1/2[∪]1/2, 1[ a la forme d’une distribution de simple couche
uniforme δ∂Ω sur le bord ∂Ω. En ce sens, on considère fréquemment que
1
−∆R,θ = −∆ + δ∂Ω .
tan(πθ)
Cette formule est à prendre avec précaution car elle n’est valable qu’au sens des
formes quadratiques : la distribution δ∂Ω s’applique à |f |2 et non à f .
Remarque 64. Lorsque θ → 0+ le terme de bord en 1/ tan(πθ) tend vers +∞
et il joue alors le rôle d’une pénalisation qui mène, à la limite, à la condition
de Dirichlet f|∂Ω = 0.
Exercice 65 (Estimées semi-classiques). Soient Ω0 ⊂ Ω deux ouverts vérifiant
les hypothèses du théorème 28. En utilisant le fait que H01 (Ω0 ) ⊂ H01 (Ω) et le
principe de Courant-Fischer (37), montrer que les valeur propres λ0m et λm
du Laplacien de Dirichlet sur Ω0 et Ω respectivement, vérifient λm ≤ λ0m . En
plaçant deux cubes K1 et K2 de sorte que K1 ⊂ Ω ⊂ K2 , montrer que
C1 m2/d ≤ λm (−∆R,0 ) ≤ C2 m2/d . (48)
Que se passe-t-il pour les autres conditions au bord ?
45
Voici maintenant un résultat sur les valeurs propres du Laplacien de Robin,
vues comme des fonctions de θ, et qui suit de la formulation variationnelle (47).
Théorème 66 (Propriétés des valeurs propres de Robin). Soient λk (θ) les
valeurs propres de −∆R,θ , ordonnées par ordre croissant et comptées avec mul-
tiplicité. Ce sont des fonctions continues sur [0, 1[ et strictement décroissantes
qui toutes sont strictement positives en θ = 0. Si d ≥ 2, elles tendent toutes vers
−∞ quand θ → 1− , mais si d = 1 seules λ1 (θ) et λ2 (θ) tendent toujours vers
−∞ quand θ → 1− . Par ailleurs, λ1 (θ) est concave par rapport à 1/ tan(πθ) et
vérifie λ1 (1/2) = 0.
Démonstration. D’après le principe de Courant-Fischer (théorème 54) et la for-
mule (44), nous avons pour θ ∈]0, 1[,
Z Z
2 1 2
λk (θ) = min max |∇f | + |f | . (49)
V ⊂H 1 (A) f ∈V Ω tan(πθ) ∂Ω
dim(V )=k kf kL2 =1
46
La fonction Z Z
1
θ0 7→ max |∇f |2 + |f |2 (50)
f ∈Vθ Ω tan(πθ0 ) ∂Ω
kf kL2 =1
est continue et décroissante. Par ailleurs, comme Vθ est ici un espace fixe de
dimension finie, le maximum est atteint en un certain fθ0 (qui n’est pas forcément
unique) et lorsque θ0 → θ+ , fθ0 converge fortement dans H 2 (Ω), à une sous-
suite près, vers une fonction fθ qui réalise le maximum pour θ0 = θ > 0. Par
définition de Vθ , fθ est une fonction propre associée à la valeur propre λk (θ) et
donc ∂Ω |fθ |2 > 0 d’après la première étape. Par continuité de l’application de
R
Z Z
2 1 2
max |∇f | + |f |
f ∈Vθ Ω tan(πθ) ∂Ω
kf kL2 =1
Z Z
2 1
= |∇fθ | +
0 |fθ0 |2
Ω tan(πθ0 ) ∂Ω
Z Z
1
< |∇fθ0 |2 + |fθ0 |2
Ω tan(πθ) ∂Ω
Z Z
2 1
≤ max |∇f | + |f |2
f ∈Vθ Ω tan(πθ) ∂Ω
kf kL2 =1
= λk (θ).
pour tout θ < θ0 < 1, et on conclut que θ 7→ λk (θ) est strictement décroissante.
Preuve de la continuité sur ]0, 1[. Soit maintenant un espace Vθ0 engendré par les
k premiers vecteurs propres de −∆θ0 . Alors, pour tout f ∈ Vθ0 avec kf kL2 = 1,
on a
Z Z
2 1
|∇f | + |f |2
Ω tan(πθ0 ) ∂Ω
Z Z Z
2 1 2 1 1
|f |2
≥ |∇f | + |f | − −
Ω tan(πθ) ∂Ω tan(πθ0 ) tan(πθ) ∂Ω
Z Z
2 1 2
≥ (1 − ε) |∇f | + |f |
Ω tan(πθ) ∂Ω
Z Z
2 ε 1 1
|f |2 .
+ε |∇f | − +
0)
−
Ω | tan(πθ)| tan(πθ tan(πθ)
∂Ω
47
On suppose maintenant que η ≤ θ < θ0 ≤ 1 − η pour un η > 0 et on utilise le
fait que la fonction ϑ 7→ 1/ tan(πϑ) est C 1 sur cet intervalle, ce qui donne
ε 1 1 ≤ Kη (ε + |θ − θ0 |)
+ 0
−
| tan(πθ)| tan(πθ ) tan(πθ)
pour une constante Kη (qui peut être calculée explicitement). Ceci suggère de
choisir ε = |θ − θ0 | et on obtient alors
Z Z Z Z
1 0 1
|∇f |2 + |f | 2
≥ (1 − |θ − θ |) |∇f |2
+ |f |2
Ω tan(πθ0 ) ∂Ω Ω tan(πθ) ∂Ω
Z Z
+ |θ − θ0 | |∇f |2 − 2Kη |f |2 .
Ω ∂Ω
pour tout f ∈ Vθ0 normalisé. En utilisant la décroissance prouvée plus haut, ceci
démontre que
et donc bien que la fonction ϑ 7→ λk (ϑ) est Lipschitz sur tout intervalle ]η, 1−η[.
C’est donc en particulier une fonction continue sur ]0, 1[.
Preuve de la continuité en 0+ . On remarque d’abord que, en prenant V ⊂ H01 (Ω)
un sous-espace propre composé de fonctions propres du Laplacien de Dirichlet,
on a
λk (0) ≥ λk (θ)
puisque le terme de bord s’annule pour ces fonctions. Soit alors une suite
θn → 0+ et Vn une suite d’espaces de dimension k, engendré par une famille
orthonormée de k premiers vecteurs propres f1,n , ..., fk,n , pour −∆θn . Comme
on a Z Z
1
λk (θ) = max |∇f |2 + |f |2 ≤ λk (0), (51)
f ∈Vn Ω tan(πθn ) ∂Ω
kf kL2 =1
on conclut que les fj,n sont tous bornés dans H 1 (Ω) et vérifient
Z
|fj,n |2 ≤ tan(πθn )λk (0) → 0. (52)
∂Ω
Quitte à extraire une sous-suite, on peut supposer que fj,n → fj faiblement dans
H 1 (Ω) et fortement dans L2 (Ω) (par le théorème 123 de Rellich). La convergence
48
forte dans L2 (Ω) implique que les fj forment un système orthonormé et on
appelle V l’espace de dimension k, engendré par ces fonctions. Par ailleurs, la
limite (52) signifie que les fj sont tous dans H01 (Ω) et donc V est également
inclus dans cet espace. La dernière chose à vérifier est que
Z Z
lim inf max |∇f |2 ≥ max |∇f |2 ,
n→∞ f ∈Vn Ω f ∈V Ω
kf kL2 =1 kf kL2 =1
k k 2
kf kL2
Z X 1 X
|f |2 = |αj |2 ≥ αi Gij αj = .
∂Ω j=1
kGk i,j=1 kGk
De façon similaire, on a
2
Z Z X k
Xk X k Z
|∇f |2 = |αj |2 |∇fj |2
αj ∇fj ≤
Ω Ω j=1 j=1 j=1 Ω
Xk Z
2
≤ kG−1 k |∇fj |2 kf kL2 .
j=1 Ω
49
Pour 1/2 < θ < 1, ceci fournit l’inégalité
k Z
X 1
λk (θ) ≤ kG−1 k |∇fj |2 −
j=1 Ω kGk tan(πθ)
et comme les fj sont fixés, il est maintenant clair que λk (θ) → −∞ quand
θ → 1− .
Preuve de la concavité de λ1 . La concavité de λ1 comme fonction de β :=
1/ tan(πθ) est classique (le minimum d’une fonction dépendant linéairement
d’un paramètre est toujours concave en ce paramètre), et implique automati-
quement la stricte décroissance.
Exercice 67. Écrire en détail la preuve de la concavité de λ1 par rapport à
1/ tan(πθ).
Exercice 68. On se place en dimension 1 sur l’intervalle Ω =]0, 1[. Montrer
que ω 2 6= 0 est une valeur propre du Laplacien de Robin −∆R,θ (de fonction
propre αeiωx + βe−iωx avec α, β bien choisis) si et seulement si
2 2
cos(πθ) + iω sin(πθ) eiω = cos(πθ) − iω sin(πθ) e−iω .
50
40
20
0
0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
-20
-40
Figure 3 – Tracé des fonctions λ1 (θ), λ2 (θ) et λ3 (θ), pour Ω =]0, 1[, en fonction
de θ ∈ [0, 1[.
1.4
0.15
1.2
1.0
0.10 1.0
0.05 0.8
0.5
0.6
0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
-0.05 0.4
-0.15
0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
L’hypothèse que Ω est connexe est très importante. Par exemple, si Ω a deux
composantes connexes, il est clair en prenant une fonction constante pour chacun
des deux ensembles, que λ1 (1/2) = λ2 (1/2) = 0 est dégénérée dans le cas des
conditions de Neumann. De même, si Ω est l’union de deux domaines identiques,
tous les λk (θ) sont de multiplicité paire (ceci quelle que soit la condition au
bord).
La preuve du théorème repose sur deux résultats importants, que nous n’al-
lons pas démontrer en détail. Le premier est le lemme fondamental suivant.
Lemme 70 (Convexité des gradients). Soit Ω ⊂ Rd un ouvert connexe. Pour
tout f, g ∈ H 1 (Ω, R) on a
p 2
|∇f (x)|2 + |∇g(x)|2 ≥ ∇ f 2 + g 2 (x) (53)
51
pour toute fonction F = f + ig à valeurs complexes. Lorsque |F | > 0 sur Ω, le
cas d’égalité correspond alors à F = eiϑ |F | pour un ϑ ∈ [0, 2π[. Rappelons que
pour des fonctions mesurables, la condition f 2 + g 2 > 0 sur Ω signifie que pour
toute boule B incluse dans Ω, on a f 2 + g 2 ≥ εB > 0 presque partout sur B.
Preuve du lemme 70. Nous faisons la preuve en supposant que f et g sont C 1
avec f 2 + g 2 > 0 et renvoyons à [17, Thm. 7.8] pour la preuve dans H 1 (Ω).
Pour (53) c’est juste un argument par densité mais l’argument pour le cas
d’égalité est un peu plus subtil. On calcule donc, simplement,
2
p 2 |f (x)∇f (x) + g(x)∇g(x)|
∇ f 2 + g 2 (x) =
f (x)2 + g(x)2
2
|g(x)∇f (x) − f (x)∇g(x)|
= |∇f (x)|2 + |∇g(x)|2 − .
f (x)2 + g(x)2
g(x)
∇(f /h)(x) = 3
g(x)∇f (x) − f (x)∇g(x)
h(x)
et
f (x)
∇(g/h)(x) = − 3
g(x)∇f (x) − f (x)∇g(x)
h(x)
p
avec h = f 2 + g 2 . Comme Ω est connexe, on en déduit bien que f = ah et
g = bh. La réciproque est évidente.
Nous aurons besoin d’un deuxième outil très important.
Théorème 71 (Inégalité de Harnack). Soit Ω ⊂ Rd un ouvert connexe et
f ∈ H 2 (Ω) une fonction positive ou nulle sur Ω, qui vérifie l’inégalité
−∆f + af ≥ 0
presque partout sur Ω avec a > 0. Alors, pour tout r > 0 et tout x ∈ Ω situé à
une distance au moins r de ∂Ω, on a
Z
c(r, a)
f (x) ≥ f (y) dy (54)
|Br | Br (x)
presque partout. Ici c(r, a) est une constante strictement positive qui ne dépend
que de r, a et de la dimension d ≥ 1, alors que Br (x) est la boule de rayon r
centrée en x ∈ Rd . En particulier, l’inégalité (54) implique que si f 6= 0, on doit
alors avoir f > 0 sur Ω.
Pour la preuve nous renvoyons à [17, Chap. 9]. L’idée est de résoudre expli-
citement l’équation −∆Jr,a + aJr,a = 0 sur la boule Br (la fonction Jr,a > 0
est une fonction de Bessel, calculée dans [17]), puis d’utiliser un principe de
comparaison pour en déduire (54), avec la constante c(a, r) = Jr,a (r)−1 > 0.
Pour montrer que f > 0, on utilise un argument de continuation en recouvrant
l’intérieur de Ω par des boules. Intuitivement, si f est continue et s’annule dans
Ω, l’inégalité (54) sera violée en un point de la frontière de l’ensemble où f > 0.
52
Bien sûr, si on a
−∆f + af ≥ 0
avec a ≤ 0, on peut écrire
−∆f + f ≥ (1 − a)f ≥ 0
et appliquer le théorème 71. L’hypothèse que a est positif dans l’énoncé n’est
donc pas limitante.
Nous pouvons maintenant écrire la
Preuve du théorème 69. On appelle
Z Z
1
q(f ) = |∇f |2 + |f |2
Ω tan(πθ) ∂Ω
même norme L2 , il est clair que |f | minimise également q, ce qui implique que
|f | est également un vecteur propre associé à λ1 (θ), et que
Z Z
|∇f |2 = |∇|f ||2 . (55)
Ω Ω
La fonction |f | est positive ou nulle et ne s’annule pas car elle est normalisée
dans L2 (Ω). Le théorème 71 implique alors que |f | > 0 sur Ω, et l’égalité (55)
implique, d’après le lemme 70, que f = eiϑ |f | avec |f | > 0. Nous avons donc
montré que, modulo une phase, toutes les fonctions propres sont strictement
positives.
Pour finir la preuve, nous considérons deux fonctions f et g strictement
positives et normalisées dans L2 (Ω), pour lesquelles q est minimale et nous
remarquons que
r !
f 2 + g2 q(f ) q(g)
q ≤ + = λ1 (θ)
2 2 2
q
2 2
en utilisant à nouveau (53). Ainsi, nous voyons que h = f +g 2 est également
un minimiseur et on doit avoir une fois de plus
Z r 2 2
f + g 2
Z Z
1 1
∇ = f2 + g2 .
Ω 2 2 Ω 2 Ω
53
p
Le
p cas d’égalité dans le lemme 70 implique à nouveau f = a f 2 + g 2 et g =
2 2 2
b f + g et, comme √ toutes les fonctions sont normalisées dans L (Ω), il est
clair que a = b = 1/ 2. Ainsi f = g.
Pour conclure nous avons bien montré que l’espace propre et de dimension
1 : si f0 > 0 est un vecteur propre positif fixé associé à λ1 (θ) et g en est un
autre, alors g = eiϑ |g| et |g| = f0 donc g = eiϑ f0 .
11 Un peu de régularité
Nous discutons ici rapidement la régularité des solutions aux équations (−∆+
a)f = g et −∆f = λf , pour les différentes réalisations auto-adjointes du La-
placien que nous avons construites. Nous avons vu au théorème 28 que les
fonctions satisfaisant la condition de Robin et telles que ∆f ∈ L2 (Ω) étaient
nécessairement dans H 2 (Ω). Ceci est vrai à condition que ∂Ω soit de classe C 2 ,
ou que ∂Ω soit constitué d’une union de sous-variétés de co-dimension 1 tel que
Ω soit strictement convexe au voisinage des coins. Ce résultat peut se généraliser
à des régularités plus fortes, au moins pour un domaine lisse.
Théorème 72 (Haute régularité elliptique, Ω régulier). Soit Ω un ouvert dont
la frontière est de classe C k+2 avec k ≥ 1 et 0 ≤ θ < 1. Alors, il existe une
constante C(Ω, θ, k) (ne dépendant que de Ω, θ et k) telle que si f ∈ H 2 (Ω)
satisfait la condition de Robin
cos(πθ) f|∂Ω + sin(πθ) ∂n f|∂Ω = 0, (56)
et ∆f ∈ H k (Ω), alors f ∈ H k+2 (Ω) avec l’estimée
kf kH k+2 (Ω) ≤ C(Ω, θ, k) kf kL2 (Ω) + k∆f kH k (Ω) . (57)
La preuve est essentiellement la même que celle du théorème 72, voir par
exemple [2, Thm. IX.25] pour le cas du Laplacien de Dirichlet et [18] pour le
cas général. En raisonnant par récurrence sur l’équation aux valeurs propres
−∆R,θ f = λf , on trouve immédiatement le résultat suivant.
Corollaire 73 (Régularité des fonctions propres, Ω régulier). Soit Ω un ouvert
dont la frontière est de classe C k+2 avec k ≥ 1 et 0 ≤ θ < 1. Alors, les fonctions
propres du Laplacien de Robin −∆R,θ sont toutes dans H k+2 (Ω).
Le résultat de haute régularité elliptique ne s’étend pas de façon immédiate
aux domaines qui ne sont pas lisses, à cause des singularités du bord. De façon
générale on s’attend à ce que la régularité maximale attendue dépende de l’angle
maximal entre les différentes faces, ce que nous expliquerons plus en détail ci-
dessous. Avant d’entrer dans ces considérations plus techniques, commençons
cependant par le cas du Laplacien périodique et de Born-von Karman sur un
cube, pour lequel les fonctions propres ei(p+k)·x calculées à la section 4 sont bien
sûr C ∞ .
Théorème 74 (Haute régularité elliptique, Laplaciens périodique et de Born–
von Karman). Soit Ω la cellule unité du réseau L , ξ ∈ Ω∗ (la cellule unité de
L ∗ ) et −∆BK,ξ le Laplacien de Born-von Karman, tous définis à la section 4. Si
f ∈ D(−∆BK,ξ ) est telle que −∆f ∈ H k (Ω), alors f ∈ H k+2 (Ω) avec l’estimée
kf kH k+2 (Ω) ≤ C(k) kf kL2 (Ω) + k∆f kH k (Ω) . (58)
54
Démonstration. La preuve suit immédiatement du fait que
X d
X Y
2
kf kH ` (Ω) = |pj + ξj |2(αp )j |cp (f )|2
|αp |≤` p∈2πZd j=1
X
≤ C(`) (1 + |p|2` )|cp (f )|2
p∈2πZd
0 2 2
≤ C (`) kf kL2 (Ω) + k∆f kH ` (Ω) ,
Passons maintenant au cas d’un domaine qui peut avoir des coins. Afin de
comprendre ce qu’il peut se passer, il est utile de faire un calcul explicite en
dimension d = 2, sur un secteur angulaire d’ange ϕ0
comme à la figure 5, et qui servira de prototype “local” pour les coins de tout
domaine Ω ⊂ R2 . On cherche des solutions de l’équation aux valeurs propres
−∆f = λf qui sont factorisées sous la forme f (r, ϕ) = u(r)v(ϕ) avec la condition
de Dirichlet u(0) = u(1) = v(0) = v(ϕ0 ) = 0. En utilisant la formule du Lapla-
cien en coordonnées cylindriques, on trouve facilement que v(ϕ) = sin(nπϕ/ϕ0 )
et que u doit résoudre l’équation différentielle
n2 π 2
r2 u00 (r) + r u0 (r) + λr2 − 2 u(r) = 0.
ϕ0
L’unique solution qui admet une limite en r = 0 s’exprime sous la forme
√
u(r) = Jnπ/ϕ0 ( λr)
où
X (−1)m
Jα (r) = r2m+α
m!Γ(m + α + 1)22m+α
m≥0
55
y
0.4
0.3
Ωϕ0 0.2
0.1
10 20 30 40
ϕ0
-0.1
-0.2
x
1 -0.3
0
p
où les λn,` sont cette fois choisis de sorte que Jnπ/ϕ0
( λn,` ) = 0, en autorisant
cette fois n = 0 qui correspond à la fonction constante. Le cas du Laplacien de
Robin est également du même type.
Exercice 75. Écrire le détails des arguments menant aux formules (59) et (60).
Nous pouvons maintenant lire la régularité des fonctions propres du Lapla-
cien de Dirichlet dans le secteur Ωϕ0 sur la formule (59). En effet, la fonction
de Bessel Jα (r) est égale à rα multipliée par une fonction entière du paramètre
r2 = x2 + y 2 (donc C ∞ (Ωϕ0 )) et c’est donc le terme
nπϕ
rnπ/ϕ0 sin
ϕ0
56
Pour un ouvert en dimension 2 qui est composée de courbes très lisses qui
s’intersectent en des coins d’angles < π, il est possible d’utiliser localement la
régularité trouvée pour un secteur angulaire exact et d’en déduire le résultat
suivant.
Théorème 77 (Haute régularité elliptique, Ω à coins). Soit Ω un ouvert borné
de R2 dont la frontière est composée d’un nombre fini de courbes de classe
C k+2 qui s’intersectent deux à deux avec des angles ϕ1 , ..., ϕK ∈]0, π[. Alors le
théorème 72 de régularité elliptique reste vrai pour tout
π π
k + 1 < min , ∈
/N .
ϕj ϕj
57
ce fournit l’inégalité sur les normes d’opérateurs
B(A + iµ)−1
≤ α
A(A + iµ)−1
+ C
(A + iµ)−1
.
ce qui implique
2
2
2
kvkH =
A(A + iµ)−1 v
H + µ2
(A + iµ)−1 v
H ,
∀v ∈ H,
et donc
A(A + iµ)−1
≤ 1,
(A + iµ)−1
≤ 1 .
|µ|
Pour conclure, nous avons
B(A + iµ)−1
≤ α + C
|µ|
et
Z Z Z
V (x)|f (x)|2 dx ≤ ε |∇f (x)|2 dx + Cε |f (x)|2 dx, ∀f ∈ H 1 (Rd ).
Rd Rd Rd
(65)
58
Sur un ouvert Ω dont la frontière est Lipschitzienne, on a les inégalités
et
Z Z Z
V (x)|f (x)|2 dx ≤ ε 2
|f (x)|2 dx, ∀f ∈ H 1 (Ω). (67)
|∇f (x)| dx + Cε
Ω Ω Ω
V = V 1(|V | ≤ R) + V 1(|V | ≥ R) := V1 + V2
En écrivant alors
pour d/2 < β < 2. Pour tout ε > 0, il existe une constante Cε telle que
59
qui se prouve comme le théorème 114 (exercice 117). On a en particulier
Malheureusement, cet argument ne peut pas fournir une constante aussi petite
que l’on veut. L’astuce consiste à écrire encore une fois
V = V 1(|V | ≤ R) + V 1(|V | ≥ R)
et d’utiliser
kV f kL2 (Rd ) ≤ Rkf kL2 (Rd ) + C kV 1(|V | ≥ R)kLd/2 (Rd ) k∆f kL2 (Rd ) .
ce qui permet d’avoir une constante plus petite que ε quand R est assez grand.
La preuve dans le cas d = 4 est similaire au premier cas et laissée en exer-
cice. La preuve dans un ouvert Ω est très semblable et peut aussi être obtenue à
partir du cas de Rd en utilisant l’opérateur de prolongement du théorème 113.
Finalement, les inégalités (65) et (67) suivent immédiatement de la remarque 79
mais elles peuvent aussi se démontrer par des arguments similaires à ceux ex-
pliqués ici, dans H 1 (Rd ) au lieu de H 2 (Rd ). Les conditions (63) sur V ne sont
d’ailleurs pas optimales dans ce cas (en dimension d ≤ 3).
Exercice 82. Écrire la preuve du théorème 81 en dimension d = 4.
kV f kL2 (Rd ) ≤ kV1 f kL2 (Rd ) + kV2 kL∞ (Rd ) kf kL2 (Rd )
≤ ε k∆f kL2 (Rd ) + Cε kf kL2 (Rd ) ,
60
pour tout f ∈ H 2 (Rd ). Le résultat suit alors du théorème 78 de Rellich-Kato.
Pour la minoration du spectre, on utilise le corollaire 14 et l’inégalité
Z Z
hf, (−∆ + V )f iL2 (Rd ) = |∇f (x)|2 dx + V (x)|f (x)|2 dx
Rd Rd
Z Z
2
≥ (1 − ε) |∇f (x)| dx − Cε |f (x)|2 dx
Rd Rd
Z
≥ −Cε |f (x)|2 dx.
Rd
Le théorème signifie que perturber le Laplacien par une fonction qui reste
bornée à l’infini dans un sens faible (plus précisément une fonction qui s’écrit
V = V1 +V2 avec V2 ∈ L∞ (Rd ) et V1 ∈ Lp (Rd )) ne change pas le domaine d’auto-
adjonction. Les opérateurs sous la forme A = −∆ + V s’appellent opérateurs de
Schrödinger car ils interviennent dans la description d’une particule quantique
non-relativiste évoluant dans un potentiel extérieur V , voir par exemple [3, 17].
Exemple 86. L’atome d’hydrogène est décrit par le potentiel V (x) = −|x|−1
en dimension d = 3. Comme V ∈ L2 (R3 ) + L∞ (R3 ), on conclut que l’opérateur
−∆ − |x|−1 est auto-adjoint sur H 2 (R3 ).
Le corollaire 85 s’étend très facilement au cas d’un domaine borné.
Corollaire 87 (Auto-adjonction des opérateurs de Schrödinger sur Ω). Soit Ω
un ouvert borné et V ∈ Lp (Ω) une fonction à valeurs réelles, avec
p = 2 si d = 1, 2, 3,
p > 2 si d = 4,
p = d2 si d ≥ 5.
−∆BvK,ξ + V (x)
−∆R,θ + V (x)
61
Lorsque f vérifie les conditions au bord de Born-von Karman, ou alors celles
de Robin et que Ω satisfait les hypothèses du théorème 28, on a par régularité
elliptique
kf kH 2 (Rd ) ≤ C k∆f kL2 (Rd ) + kf kL2 (Rd )
et ainsi
kV f kL2 (Ω) ≤ εk∆f kH 2 (Rd ) + Cε kf kL2 (Ω)
comme nous voulions. L’auto-adjonction suit à nouveau du théorème 78 de
Rellich-Kato.
D’après la preuve du théorème de Rellich-Kato, on a pour µ assez grand
−1
−1 −1 −1
(−∆ + V + iµ) = (−∆ + iµ) 1 + V (−∆ + iµ) .
L’opérateur tout à droite est borné et (−∆+iµ)−1 est compact, par les théorèmes 27
et 44. Comme la multiplication d’un opérateur compact par un opérateur borné
est encore compact, on conclut bien que −∆ + V est à résolvante compacte.
Par l’exercice 80 ou par la même preuve que celle utilisée dans le corollaire 85,
le spectre est minoré. Ainsi, les valeurs propres ne peuvent tendre que vers
+∞.
ne fait sens que si f est, par exemple, dans la classe de Schwartz S(Rd ).
Une propriété importante des exponentielles eip·x est qu’elles sont des fonc-
tions propres communes à tous les opérateurs de translation (τy f )(x) := f (x−y)
(définis par exemple sur L∞ (Rd )). C’est pour cette raison que la transformée
de Fourier est bien adapté à l’étude des opérateurs invariants par translations,
comme le Laplacien.
On cherche une famille qui vérifie la même propriété lorsqu’on considère
seulement les translations (τ` )`∈L d’un réseau L . On ne peut pas se contenter
des (eik·x )k∈L ∗ qui n’engendrent que les fonctions L –périodiques, mais on peut
considérer la famille à deux paramètres
62
où B est par définition la cellule unité ouverte du réseau dual L ∗ , appelée
habituellement zone de Brillouin. Bien sûr, k + ξ parcourt tout Rd (modulo la
frontière de B) quand k ∈ L ∗ et ξ ∈ B. On cherche à décomposer f sur cette
base. En partant de la transformée de Fourier habituelle, on écrit simplement
Z
1
f (x) = fb(p)eip·x dp
(2π)d/2 Rd
1 X Z
= fb(k + ξ)ei(k+ξ)·x dp,
(2π)d/2 ∗ B
k∈L
La constante
1 |B|1/2
=
|C|1/2 (2π)d/2
est choisie pour que ei(k+ξ)·x |C|−1/2 soit normalisée dans L2 (C). Les manipu-
lations précédentes sont justifiées lorsque f ∈ S(Rd ). Il est important de noter
que la fonction fξ définie en (69) vérifie la condition de Born-von Karman
fξ (x + `) = fξ (x)eiξ·` , ∀` ∈ L ,
et seules ses valeurs sur la cellule unité C du réseau L sont alors importantes.
Du coup, on peut aussi chercher quelle est la fonction dont les coefficients de
Fourier valent |C|−1/2 fb(k + ξ), et on trouve une autre formule pour fξ :
1 X 1 X
fξ (x) := 1/2
fb(k + ξ)ei(k+ξ)·x = 1/2
f (` + x)e−iξ·` , (70)
|C| ∗
|B|
k∈L `∈L
puisque
Z
1
fb(k + ξ) = f (x)e−i(k+ξ)·x dx
(2π)d/2 Rd
1 XZ
= f (` + y)e−i(k+ξ)·(`+y) dy
(2π)d/2 C
`∈L
!
e−i(k+ξ)·y
Z
1 X
−iξ·`
= f (` + y)e dy.
|B|1/2 C |C|1/2
`∈L
63
Théorème 88 (Parseval). Pour tout f ∈ S(Rd ), on a la formule de Parseval
Z Z Z
|f (x)|2 dx = |fξ (y)|2 dy dξ, (71)
Rd B C
64
Remarque 90. La fonction (ξ, x) 7→ fξ (x) est L ∗ –périodique en ξ et vérifie
une condition de type Born-von Karman en x. Comme à la section 4, il peut
être parfois intéressant de définir
de sorte que f˜ξ soit maintenant périodique en x pour tout ξ. Ceci a pour effet
de transformer la condition au bord en un potentiel électromagnétique, puisque
]) = (∇ + iξ)f˜ξ .
(∇f ξ
Dans ce cas, ξ 7→ f˜ξ (x) vérifie une condition de Born-von Karman. Il n’est pas
possible d’utiliser une fonction qui soit périodique en x et en ξ en même temps.
et
Z Z Z
V (x)|f (x)|2 dx ≤ ε |∇f (x)|2 dx + Cε |f (x)|2 dx, ∀f ∈ H 1 (Rd ).
Rd Rd Rd
(74)
Ces deux inégalités impliquent que l’opérateur f 7→ −∆f + V f est auto-adjoint
sur D(−∆) = H 2 (Rd ) et que son spectre est minoré.
Pour simplifier les notations, nous écrivons la preuve dans le cas où L = Zd
et C = (0, 1) est le cube unité. Soit alors χ une fonction à support compact
qui vaut 1 sur C et s’annule en dehors de (−1, 2)d . Nous introduisons Cz :=
z + (0, 1)d , Cz0 = z + (−1, 2)d ), et χz (x) = χ(x − z). On a alors
kV f kL2 (Cz ) ≤ kV χz f kL2 (Rd ) ≤ ε k∆(χz f )kL2 (Rd ) + Cε kχz f kL2 (Rd ) ,
65
En écrivant
∆(χz f ) = χz ∆f + 2∇f ∇χz + f ∆χz
on trouve
kV f kL2 (Cz ) ≤ εkχkL∞ (Rd ) k∆f kL2 (Cz0 ) + 2εk∇χkL∞ (Rd ) k∇f kL2 (Cz0 )
+ Cε + k∆χkL∞ (Rd ) kf kL2 (Cz0 ) .
L’estimée fait intervenir des normes de f sur le plus grand cube Cz0 mais ceci
ne pose pas de problème particulier. En effet, on peut maintenant écrire
Z XZ
V (x)2 |f (x)|2 dx = V (x)2 |f (x)|2 dx
Rd Cz
z∈Zd
X Z
≤ ε2 |∆f (x)|2 dx
Cz0
z∈Zd
Z Z
+ Cε2 |∇f (x)|2 dx + C |f (x)|2 dx
Cz0 Cz0
Z
≤ 3 ε2
d
|∆f (x)|2 dx
Rd
Z Z
2 2 2
+ Cε |∇f (x)| dx + C |f (x)| dx ,
Rd Rd
où le facteur 3d vient de la présence du plus grand cube Cz0 = z + (−1, 2)d , ce
qui a pour effet de compter 3d fois chacun des cubes Cz = z + (0, 1)d . Comme
Z Z Z
2 2 b 2 1
|∇f (x)| dx = |ξ| |f (ξ)| dξ ≤ (1 + |ξ|2 )2 |fb(ξ)|2 dξ,
Rd Rd 2 Rd
nous avons bien démontré (73). L’inégalité (74) suit encore de la remarque 79
mais on peut en donner une preuve directe très similaire à celle vue ici.
Exercice 92. Vérifier que la preuve précédente fonctionne sous l’hypothèse que
V ∈ Lpunif (Rd ), ce qui signifie que
Le fait que (∆f )ξ = ∆fξ a déjà été vu au théorème 89, tandis que la propriété
(V f )ξ = V fξ est évidente à partir de la définition (70), puisque V (x+`) = V (x).
Le résultat principal est résumé dans l’énoncé suivant.
66
Théorème 93 (Diagonalisation des opérateurs de Schrödinger périodiques).
Soit V une fonction L –périodique sur Rd à valeurs réelles, telle que V ∈ Lp (C)
pour
p = 2 si d = 1, 2, 3,
p > 2 si d = 4,
p = d2 si d ≥ 5,
où l’entier N est le nombre d’électrons dans chaque cellule unité [3]. On remar-
quera que la somme est finie puisque les λn (ξ) tendent vers l’infini. Si
max λN < min λN +1 ,
alors on peut prendre pour E n’importe quelle constante entre ces deux nombres.
On dit qu’il y a un trou spectral et ceci correspond physiquement à un matériau
qui est un isolant. À la figure 6, c’est par exemple le cas de N = 1 et N = 3
avec les énergies E1 et E3 , au dessus des bandes 1 et 3. En revanche, si
min λN +1 ≤ max λN ,
67
λ4 (ξ)
E3
λ3 (ξ)
E2
λ2 (ξ)
E1
λ1 (ξ)
ξ
B σ(−∆ + V )
68
où les (ωz )z∈L sont i.i.d. et suivent une loi de Bernouilli, c’est-à-dire ωz = 1
avec probabilité p et ωz = 0 avec probabilité 1 − p. Le spectre de l’opérateur
perturbé −∆+V 0 (ω, x) n’est alors composé que de valeurs propres en dimension
d = 1, ceci quelle que soit la taille de la fonction δ 6= 0 ! En dimension d ≥ 2,
l’extrémité des bandes n’est composée que de valeurs propres. Ce phénomène ap-
pelé localisation d’Anderson [22] montre qu’un matériau avec des petits défauts
aléatoires se comporte de façon très différente d’un matériau périodique parfait.
Cependant, si la nature du spectre peut changer radicalement, le spectre ne
bouge pas beaucoup en tant qu’ensemble et commencer par le cas périodique
fournit déjà une bonne idée de la forme du spectre.
Nous passons maintenant à la preuve du théorème 93.
Démonstration. Sous les hypothèses mentionnées pour V , l’opérateur −∆ + V
est auto-adjoint sur H 2 (Rd ) par le théorème 91. De même, pour tout ξ ∈ B,
2
l’opérateur (−∆ + V )ξ est auto-adjoint sur HBvK,ξ (C) qui est aussi le domaine
du Laplacien de Born-von Karman, et à résolvante compacte, par le corollaire 87.
Pour prouver la continuité de λn (ξ), on utilise la formulation de Courant-
Fischer (37) du théorème 60, et la transformation f (x) = f˜(x)eiξ·x pour obtenir
Z Z
2 2
λn (ξ) = min
1
max |∇f (x)| dx + V (x)|f (x)| dx
V ⊂HBvK,ξ (C) R f ∈V C C
dim(V )=n C
|f |2 =1
Z Z
= min
1
max |∇f˜(x) + iξ f˜(x)|2 dx + V (x)|f˜(x)|2 dx ,
V ⊂Hper (C) ˜
R f ∈V C C
dim(V )=n C |f˜|2 =1
(77)
1 1
où Hper (C) = HBvK,0 (C) est le sous-espace de H 1 (C) composé des fonctions
périodiques au bord de C. La preuve de la continuité par rapport à ξ est alors
très similaire à celle que nous avons utilisée au théorème 66 pour montrer la
continuité dans le cas des valeurs propres de Robin. Nous la laissons en exercice.
Il reste à montrer l’assertion principale du théorème que σ(−∆ + V ) =
∪n≥1 λn (B). Nous commençons par l’inclusion ⊃ et considérons donc n ≥ 1
2
et ξ0 ∈ B, et un vecteur propre normalisé fξ0 ∈ HBvK,ξ 0
(C) de valeur propre
λn (ξ0 ) pour l’opérateur (−∆ + V )ξ0 :
où χ est une fonction C ∞ positive à support compact, telle que χ2 = 1, et où
R
2
fξ0 (x) est ici vue comme une fonction Hloc (Rd ) définie sur tout Rd (et vérifiant
la condition de Born-von Karman fξ0 (x + `) = fξ0 (x)eix·` ). La norme de gε vaut
Z Z
|gε |2 = εd |fξ0 (x)|2 |χ(εx)|2 dx.
Rd Rd
69
En effet, si g est périodique localement intégrable et ϕ ∈ S(Rd ), on a
(2π)d/2 X
Z
εd g(x)ϕ(εx) dx = ck (g) ϕ(k/ε)
|C|1/2
b
Rd k∈L ∗
(2π)d/2
Z Z
1
−→ c0 (g) ϕ(0) = g(x) dx ϕ(x) dx , (78)
ε→0 |C|1/2 |C|
b
C Rd
qui implique
et
2 Z Z
d/2 1 2 2
ε fξ0 ∆χ(ε·)
2 d −→ |fξ0 | |∆χ| .
L (R ) ε→0 |C| C Rd
La convergence vers 0 de
− ∆ + V − λn (ξ0 ) gε
L2 (Rd ) avec kgε kL2 (Rd ) →
|C|−1 implique que λn (ξ0 ) appartient au spectre de −∆ + V par le theorème 12.
Il reste donc à prouver l’inclusion réciproque. Pour cela on peut utiliser la
formule (75) et la formule de Parseval (71) qui fournissent l’égalité
Z
2 2
k(−∆ + V − µ)f kL2 (Rd ) = k(−∆ + V )ξ fξ − µfξ kL2 (C) dξ
B
pour tout f ∈ H 2 (Rd ). Si µ n’appartient pas à l’union des λn (B), alors il existe
un η > 0 tel que |λn (ξ) − µ| ≥ η pour tout ξ ∈ B et tout n ≥ 1, car les λn sont
continus et tendent vers l’infini quand n → ∞. Comme l’opérateur (−∆ + V )ξ
est diagonalisable dans une base orthonormée, on a
2
X
k(−∆ + V )ξ fξ − µfξ kL2 (C) = (λn (ξ) − µ)2 |hfξ , en (ξ, ·)i|2 ≥ η 2 kfξ k2L2 (C)
n≥1
où les en (ξ, ·) sont une base orthonormée de fonctions propres de (−∆ + V )ξ .
On conclut donc que pour µ ∈ / ∪λn (B), on a
Z
2 2 2
k(−∆ + V − µ)f kL2 (Rd ) ≥ η 2 kfξ kL2 (C) dξ = η 2 kf kL2 (Rd ) .
B
70
14 Introduction aux méthodes numériques
Dans les sections précédentes, nous nous sommes intéressés à la résolution
du problème avec second membre
(A + a)v = w, (79)
où a est choisi de sorte que A + a > 0, et du problème aux valeurs propres
Av = λv. (80)
Ici A est un opérateur auto-adjoint borné inférieurement, sur un espace de
Hilbert H, et nous avons insisté tout particulièrement sur le cas du Laplacien
A = −∆, avec des conditions appropriées au bord ∂Ω. Nous expliquons main-
tenant comment discrétiser ces deux problèmes pour aboutir à une méthode
numérique permettant de calculer une approximation de la solution v.
71
La terminologie “matrices de masse et de rigidité” est liée à la mécanique des
solides. La matrice Kh est aussi la “restriction de A à l’espace Vh ” au sens où
(Kh )jk = hfj , Afk iH lorsque Vh ⊂ D(A). Notons que Mh est aussi la matrice de
Gram des fj et elle est donc toujours hermitienne définie positive, ce qui permet
de définir (Mh )±1/2 (si A > 0 alors Kh est aussi définie positive).
Si l’opérateur A est réel et si l’espace Vh est invariant par conjugaison com-
plexe (engendré par des vecteurs réels, par exemple), alors les matrices Kh et
Mh sont symétriques réelles et on peut se restreindre partout à des vecteurs
réels α ∈ RJ , ce qui divise le nombre de variables par deux.
Il est utile d’introduire l’opérateur de projection orthogonale Πh : Q(A) →
Vh sur le sous-espace Vh , associé au produit scalaire ϕA , et qui est caractérisé
par la propriété
∀w ∈ Vh , ϕA (Πh v, w) = ϕA (v, w), (82)
pour tout v ∈ Q(A). Plus explicitement, si on choisit comme précédemment une
base f1 , ..., fJ de Vh et qu’elle est maintenant orthonormale pour ϕA , c’est-à-
dire vérifie ϕA (fj , fk ) = δjk (on peut toujours s’y ramener en diagonalisant la
matrice Kh ), alors l’opérateur Πh peut s’écrire
J
X
Πh v = ϕA (fj , v) fj . (83)
j=1
72
dont l’unique solution vh vérifie
ϕA (u, vh ) = hu, wh iH , ∀u ∈ Vh . (87)
PJ PJ
En écrivant vh = j=1 αj fj et wh = j=1 βj fj où on rappelle que les fj
forment une base de Vh , on trouve que le vecteur des coefficients α = (α1 , ..., αJ )∗
doit résoudre l’équation
Kh α = Mh β, (88)
dont l’unique solution est bien sûr α = (Kh )−1 Mh β. On se demande maintenant
comment le vecteur vh obtenu approche la solution exacte v du problème (86).
Proposition 95 (Problème avec second membre). Soit A un opérateur défini
positif et à résolvante compacte, w ∈ H un vecteur fixe, Vh ⊂ Q(A) un espace
de dimension finie et wh ∈ Vh . L’unique solution vh du problème avec second
membre discrétisé (87) vérifie
2
kw − wh kH
qA (v − vh ) ≤ qA (v − Πh v) + (89)
λ1 (A)
où v = A−1 w.
On voit donc que la différence entre v et vh est reliée aux propriétés d’ap-
proximation de v par un élément de Vh . Plus Vh est “proche” de D(A), donc
de v, plus on s’attend à ce que le vecteur v − Πh v soit petit. Pour aller plus
loin dans l’estimation de v − vh , il n’est plus nécessaire d’utiliser la forme par-
ticulière du problème ; disposer de propriétés d’approximation de D(A) par Vh
suffit. Nous reviendrons à cette question plus loin dans le cas particulier des
éléments finis. Enfin, il faut noter que seule la norme de w − wh dans H apparaı̂t
à droite de (89), il n’est pas nécessaire que w soit correctement approché pour
la norme de qA .
Démonstration. D’après les deux caractérisations faibles, on a pour tout u ∈ Vh
ϕA (u, v − vh ) = hu, w − wh iH
et donc
ϕA (u, Πh v − vh ) = ϕA (u, Πh (v − vh )) = ϕA (u, v − vh ) = hu, w − wh iH .
En prenant u = Πh v − vh et en utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on en
déduit que
qA (Πh v − vh ) ≤ kΠh v − vh kH kw − wh kH .
En utilisant l’inégalité
2
∀v ∈ Q(A), qA (v) ≥ λ1 (A) kvkH ,
p p
qui fournit kΠh v − vh kH ≤ qA (Πh v − vh )/ λ1 (A), on arrive à
p kw − wh kH
qA (Πh v − vh ) ≤ p .
λ1 (A)
Il reste à utiliser le théorème de Pythagore
qA (v − vh ) = qA (v − Πh v) + qA (Πh v − vh )
pour conclure.
73
Corollaire 96. Si Πh v → v fortement dans Q(A) pour tout vecteur v ∈ D(A)
et si wh → w fortement dans H, alors la solution vh du problème approché (87)
converge vers v pour la norme de Q(A).
14.1.2 Problème aux valeurs propres
Nous passons maintenant à la recherche pratique des éléments propres de A,
une question plus ardue que le cas avec second membre discuté précédemment.
On réalise une approximation interne de la formule de Courant-Fischer (37),
consistant à résoudre le problème variationnel
1/2
En faisant le changement de variable α0 = Mh α et d’après le principe de
Courant-Fischer pour les matrices hermitiennes J × J, nous voyons que λk,h (A)
−1/2 −1/2
n’est rien d’autre que la kième valeur propre de la matrice Mh Kh Mh .
−1/2
En pratique, calculer Mh peut être trop coûteux, et il est parfois préférable
de ne pas faire le changement de variable. Ainsi, on est ramené à résoudre le
problème aux valeurs propres généralisé
Il est clair que εh est croissant par rapport à l’inclusion des espaces : si W ⊂ W 0 ,
alors εh (W ) ≤ εh (W 0 ). Le résultat est alors le suivant.
74
Théorème 97 (Estimée sur les valeurs propres approchées). Soit Wk un sous-
espace propre associé aux k premières valeurs proprespde l’opérateur A, supposé
défini positif et à résolvante compacte. Si εh (Wk ) < λ1 (A), on a alors
εh (Wk )2
λk (A) ≤ λk,h (A) ≤ λk (A) + !2 . (95)
εh (Wk )
1− p
λ1 (A)
On obtient donc !
εh (Wk )
kΠh vkH ≥ 1 − p kvkH . (97)
λ1 (A)
p
Comme par hypothèse εh (Wk ) < λ1 (A), ceci démontre que l’application v ∈
Wk 7→ Πh v ∈ Wk,h est injective, et donc que dim(Wk,h ) = k.
Soit maintenant ΠWk le projecteur orthogonal sur les k premiers vecteurs
propres de A, pour le produit scalaire ϕA , qui est tel que
75
En utilisant l’inégalité (98) avec z = v ∈ Wk , nous en déduisons donc que
qA (ΠWk w)
qA (w) = qA (ΠWk w) + qA (w − ΠWk w) ≤ 2 + qA (Πh v − v)
kΠWk wkH
2
≤ λk (A) + εh (Wk )2 kvkH
εh (Wk )2
≤ λk (A) + 2 .
εh (Wk )
1− √
λ1 (A)
76
Théorème 100 (Estimée sur les projecteurs spectraux). Soit A > 0 un opérateur
à résolvante compacte comme précédemment. Soient 0 = k0 < k1 < · · · une
suite strictement croissante d’indices choisis de sorte que λkj (A) soit exacte-
ment de multiplicité kj − kj−1 :
Pour j ≥ 1, soit Pkj le projecteur orthogonal sur ker(A − λkj (A)), qui est exac-
tement de rang kj − kj−1 . Pour h assez petit de sorte que λkj−1 ,h (A) < λkj ,h <
λkj+1 ,h (A), soit Pkj ,h le projecteur orthogonal sur la somme directe des espaces
approchés correspondants à λkj−1 +1,h (A), ..., λkj ,h (A). Alors on a
p
Pkj − Pkj ,h
≤ 2kj εh (Wkj )
ε (Wkj )
×
h
1− √
λ1 (A)
!
1 1
× p +p . (100)
λkj (A) − λkj−1 (A) λkj+1 (A) − λjk (A)
Si λ` (A) est une valeur propre non dégénérée, on a pour u` et u`,h des vecteurs
propres normalisés exacts et approchés, associés respectivement à λ` et λ`,h , et
choisis tels que hu`,h , u` iH > 0,
s
q
εh (W` ) √ λ` (A)
qA (u` − u`,h ) ≤ εh (W` )
1+2 `
1− √ λ` (A) − λ`−1 (A)
λ1 (A)
s !
√ λ` (A)
+2 ` . (101)
λ`+1 (A) − λ` (A)
Plusieurs remarques sont nécessaires. Tout d’abord, nous voyons que les
bornes sur les espaces et vecteurs propres explosent lorsque la valeur propre
précédente ou la suivante se rapproche de celle étudiée, ce qui est normal
puisque l’espace doit alors grandir et inclure les nouveaux vecteurs à la li-
mite. Par ailleurs, l’ordre de convergence des valeurs propres en O(ε2h ), trouvé
au théorème 97 est le double de celui des vecteurs propres en O(εh ) trouvé
ici, un phénomène courant dans les méthodes de calcul des valeurs propres et
vecteurs propres d’une matrice. D’autre part, contrairement à l’estimée (95)
sur les valeurs propres dont la seule dépendance en k était contenue dans
εh (Wk ), les estimées ci-dessus contiennent des préfacteurs qui divergent plus
vite avec le numéro de la valeur propre étudiée. Ceci est cependant dû à notre
méthode de preuve. Enfin, nous avons seulement énoncé une estimée sur la
norme d’opérateur dans H pour Pkj − Pkj ,h car celle-ci est plus simple, mais il
est également possible d’obtenir une estimée dans l’espace Q(A). Le résultat du
théorème 100 est illustré à la figure 7.
Démonstration. On utilise l’inégalité (42) qui fournit une estimée sur la norme
d’opérateur de la différence des projections, en fonction de la somme des valeurs
propres. On introduit P` et P`,h les projecteurs orthogonaux sur les espaces
engendrés respectivement par v1 , ..., v` et v1,h , ..., v`,h et qui sont tels que Pkj =
77
P1,h P3,h P5,h P6,h
λk,h (A)
et
Pkj−1 ,h − Pkj−1
2 ≤
2kj−1 εh (Wkj )2
2 .
λkj (A) − λkj−1 (A)
εh (Wkj )
1− √
λ1 (A)
qui fournit immédiatement une estimée sur la norme de H. Pour obtenir une
inégalité faisant intervenir la forme quadratique de A, on utilise les deux équations
aux valeurs propres pour u` et u`,h , et on trouve
78
ce qui fournit l’inégalité
q
εh (W` ) p √
qA (u` − u`,h ) ≤ εh (W` )
+ λ` (A) 2 kP` − P`,h k
1− √
λ` (A)
et conclut la preuve.
Les deux premières estimées de l’hypothèse (iii) signifient que chaque Ki est
de volume d’ordre hd (il ne peut pas être aplati ou s’aplatir quand h → 0). La
dernière estimée signifie que ∂Ωh est à une distance h2 de ∂Ω, de sorte que le
domaine approché Ωh = ∪Ki finit par couvrir tout Ω. L’estimée en h2 est celle
qui est obtenue lorsque tous les coins de Ωh appartiennent à ∂Ω, et que Ω est
de classe C 1 (figure 8).
La situation la plus simple est quand Ω est lui même un polyèdre, ce qui
permet de choisir des pavages de tétraèdres recouvrant exactement Ω, c’est-
à-dire tels que Ωh = Ω. Lorsque Ω est un ouvert lisse (éventuellement par
morceaux), on doit approcher la frontière par les tétraèdres, une approximation
géométrique qui va induire une erreur numérique que nous discuterons plus bas.
Introduisons alors l’espace d’approximation
k
:= u ∈ C 0 (Ωh ) | u|∂Ωh = 0, u|Ki est un polynôme de degré k .
V0,h
Pour chaque tel maillage, on peut définir une suite de points (ai )pi=1 ∈ Ω appelés
k k
nœuds (p = dim V0,h ) et des fonctions ϕi ∈ V0,h ⊂ H01 (Ω, R) telles que ϕi (aj ) =
79
h2
h
h
∂Ω
Ωh
Cette définition requiert que f soit au moins continue, ce qui est garanti lorsque
f ∈ H k (Ω) avec k > d/2.
Le résultat suivant est classique, voir [5, 6, 19].
Théorème 101 (Approximation par éléments finis). Soit (Th ) une suite de
maillages réguliers comme ci-dessus, avec Ω un ouvert connexe dont la frontière
est composée d’hypersurfaces de classe C k+1 qui s’intersectent transversalement
de sorte que Ω soit strictement convexe au voisinage des singularités de ∂Ω. On
suppose que k + 1 > d/2. Alors pour tout f ∈ H k+1 (Ω) ∩ H01 (Ω), l’interpolée
rh f est bien définie et satisfait
kf − rh f kH 1 (Ω) ≤ Chα kf kH k+1 (Ω) , (102)
0
80
Le théorème signifie que
dès que k + 1 > d/2 ou, dit autrement, que l’opérateur rh permet d’approcher
toute fonction de H k+1 (Ω) ∩ H01 (Ω) à partir d’éléments finis, avec une erreur
uniforme d’ordre hα .
Notons la différence importante entre les ouverts polyédriques pour lesquels
l’erreur d’ordre hk provient uniquement de l’erreur d’approximation locale de f
par un polynôme (c’est-à-dire essentiellement de la formule de Taylor), et le cas
d’un ouvert lisse pour lequel l’erreur est principalementR due à l’approximation
géométrique de ∂Ω. Par exemple, si ∇f est bornée, Ω\Ωh |∇f |2 est d’ordre
|Ω \ Ωh | = O(h3 ) et
Corollaire 102. Soit W un sous-espace quelconque de H k+1 (Ω) ∩ H01 (Ω) avec
k + 1 > d/2, et εh (W ) défini comme en (94). Alors on a
81
une très faible erreur lorsque k est grand. Mais malheureusement les fonc-
tions propres ne sont pas toujours très lisses, comme nous avons vu à la sec-
tion 11 ! La vitesse d’approximation va dépendre des différents angles et coins,
qui déterminent leur régularité maximale. Par exemple, pour un ouvert polygo-
nal en dimension deux, la vitesse de convergence dépendra du plus grand des
angles ϕi tel que π/ϕi est non entier (théorème 77).
Notons enfin que même si les fonctions propres ne sont pas suffisamment
lisses, il est possible de prouver la convergence par une technique d’approxima-
tion, sans estimée de convergence. C’est par exemple le cas en dimension d ≥ 4
si les fonctions propres ne sont que dans H 2 (Ω).
Ces différents résultats sont résumés dans le théorème suivant.
Théorème 103 (Convergence des éléments propres). Soit Ω un ouvert connexe
satisfaisant les hypothèses du théorème 28 et (Th ) une suite de maillages réguliers
comme ci-dessus. Soient λm,h les valeurs propres du problème approché (90)
pour le Laplacien de Dirichlet −∆R,0 , de valeurs propres λm . Alors on a
pour tout m ≥ 1. Par ailleurs, si λm est valeur propre simple, alors il existe des
fonctions propres um et um,h associées telles que
Si le sous-espace engendré par (u1 , . . . , um ) est inclus dans H k+1 (Ω) avec
k + 1 > d/2 et que la frontière de Ω est composée d’hypersurfaces de classe
C k+2 , alors on a les estimées
puisque les ui sont des fonctions propres de −∆R,0 . Par régularité elliptique
(théorème 28) nous avons
kwkH 2 (Ω) ≤ CRE kwkL2 (Ω) + k∆wkL2 (Ω) ,
82
de sorte que
sup kwkH 2 (Ω)∩H 1 (Ω) ≤ (1 + λm )CRE .
0
w∈Wm
kwkL2 (Ω) =1
Si CEF est la constante du théorème 101 qui donne l’erreur dans H 2 (Ω), alors
on conclut à l’aide du corollaire 102 que
Il suffit alors d’insérer les estimées des théorèmes 97 et 100 pour en déduire que
et
s s !
0
√ λm √ λm
Cm = 2(1 + λm )CEF CRE 1 + 2 m +2 m
λm − λm−1 λm+1 − λm
C1 m2/d ≤ λm ≤ C2 m2/d
trouvée en (48), où C1 > 0 ne dépend que du plus grand cube que l’on peut
placer dans Ω et C2 du diamètre de Ω (exercice 65). On trouve ainsi que
0
Cm = O(m4/d ) et que Cm = O(m3/d+1/2 ). Ceci est donné à titre indicatif,
le comportement en m n’est pas du tout optimal. Par ailleurs, les constantes
CEF et CRE dépendent de manière complexe des propriétés du domaine Ω et
elles ne sont généralement pas explicitées dans les ouvrages. On peut néanmoins
avoir des estimations concrètes pour des domaines simples (disque, carré, etc).
Dans cette section nous avons considéré le cas du Laplacien de Dirichlet
qui est un peu plus facile (grâce à l’inclusion H01 (Ωh ) ⊂ H01 (Ω) si Ωh ⊂ Ω).
Il existe des résultats similaires pour le Laplacien de Robin, dont l’écriture est
évidente lorsque Ω = Ωh , mais qui requièrent un peu plus de travail si Ω n’est
pas polyédrique.
83
Nous supposons que V ∈ Lp (C) où p satisfait
p = 2 si d = 1, 2, 3,
p > 2 si d = 4, (109)
p = d2 si d ≥ 5.
2
comme au corollaire 87, ce qui garantie que A est auto-adjoint sur Hper (C), et
à résolvante compacte. La forme quadratique associée à A vaut
Z Z
qA (f ) = |∇f (x) + iξf (x)|2 dx + V (x)|f (x)|2 dx
C C
où Πh est le projecteur associé à qA alors que Π0h est celui associé à la norme de
1
Hper (C), qui consiste juste à tronquer la série de Fourier de f pour ne garder
que les fréquences |k| ≤ 1/h.
r
Lemme 104. Si f ∈ Hper (C) avec r ≥ 2, alors on a
kf − Π0h f kHper
1 (C) ≤ h
r−1
kf kHper
r (C) .
h2r−2
= kf − Π0h f k2Hper
r (C) ,
(1 + h2 )r−1
où ck (f ) est le kième coefficient de Fourier de f .
84
En appliquant les théorèmes 97 et 100, on en déduit alors immédiatement le
résultat suivant.
Théorème 105 (Convergence des éléments propres). Soit C ⊂ Rd la cellule
unité d’un réseau périodique L , V ∈ Lp (C) une fonction à valeurs réelles avec
p comme en (109), et ξ un vecteur quelconque de la zone de Brillouin B. On
pose
Vh = Vect eik·x , k ∈ L ∗ , |k| ≤ 1/h
où r ≥ 2 est la plus grande puissance telle que les m premiers vecteurs propres
m
de A sont dans Hper (C).
Remarque 106. La plus grande puissance r possible dépend de la régularité de
la fonction V . Si la fonction V a toutes ses dérivées ∂ α V dans Lp (C) avec p
vérifiant (109) pour tout multi-indice |α| ≤ `, et si ∂ α V vérifie la condition de
périodicité au bord de C pour tout |α| ≤ ` − 1, alors on peut montrer en dérivant
2+`
l’équation aux valeurs propres que les fonctions propres sont dans Hper (C).
A.1 Définition
Soit Ω un ouvert de Rd . L’espace de Sobolev H k (Ω) est défini par
n o
H k (Ω) = f ∈ L2 (Ω) tels que ∂ α f ∈ L2 (Ω), pour tout multi-indice |α| ≤ k .
(112)
Ici ∂ α f = ∂xα11 · · · ∂xαdd f pour α = (α1 , ..., αd ) est la dérivée au sens des distri-
butions de la fonction f dans Ω, et |α| = α1 + · · · + αd . Dans la définition de
85
H k (Ω) on demande donc que toutes les dérivées de f au sens des distributions,
d’ordre inférieur à k, s’identifient à des fonctions de L2 (Ω). On peut montrer
que H k (Ω) est un espace de Hilbert, muni du produit scalaire
X
hf, giH k (Ω) := h∂ α f, ∂ α giL2 (Ω) . (113)
|α|≤k
L’espace de Sobolev W k,p (Ω) est défini de façon similaire en remplaçant L2 (Ω)
par Lp (Ω) partout. C’est alors un espace de Banach mais dans ce cours nous
n’utilisons que le cas le plus simple de l’espace de Hilbert H k (Ω).
L’espace H0k (Ω) est défini comme la fermeture de Cc∞ (Ω) pour la norme
de H k (Ω). C’est un sous-espace fermé qui est en général différent de H k (Ω).
Intuitivement, il contient les fonctions qui s’annulent au bord, alors que les
fonctions de H k (Ω) peuvent prendre n’importe quelle valeur au bord. Pour
l’instant nous n’avons cependant pas encore discuté du bord de Ω. Le résultat
suivant précise que H k (Ω) est lui même la fermeture de C ∞ (Ω) pour sa norme.
Théorème 107 (Meyers-Serrin). Soit Ω ⊂ Rd un ouvert borné. Alors C ∞ (Ω)
est dense dans H k (Ω) pour la norme induite par le produit scalaire (113).
La preuve du théorème est difficile lorsque Ω est quelconque, mais plus simple
si Ω est suffisamment régulier.
La fonction à droite est continue sur ]0, 1[ et admet des limites à gauche et à
droite en 1 et en 0, respectivement. Ainsi f coincide presque partout avec une
fonction continue sur [0, 1], et on a l’estimée
sup |f (x)| ≤ kf kL1 (]0,1[) + kf 0 kL1 (]0,1[) .
x∈[0,1]
Si f ∈ L2 (]0, 1[) et f 0 ∈ L2 (]0, 1[) alors ces fonctions sont a fortiori dans
L1 (]0, 1[) et f est donc continue sur [0, 1]. Mais on peut obtenir de meilleures
estimées. Par exemple, on peut écrire
Z x
|f (x)|2 − |f (y)|2 = 2< f (t)f 0 (t) dt.
y
0
Si f ∈ H (]0, 1[) alors f et f sont par hypothèse dans L2 (]0, 1[) donc leur
1
produit est bien dans L1 (]0, 1[) par l’inégalité de Cauchy-Schwarz. En intégrant
sur ]0, 1[ par rapport à y, on obtient la relation
Z 1 Z x Z 1
2 0
|f (x)| = 2< f (t)f (t) dt dy + |f (y)|2 dy.
0 y 0
86
pour presque tout x ∈]0, 1[. La fonction de droite est uniformément bornée par
rapport à x, puisque
Z 1 Z x
|f (t)f 0 (t)| dt dy ≤ kf kL2 (]0,1[) kf 0 kL2 (]0,1[) . (116)
0 y
Elle est même continue et admet une limite quand x tend vers 0 par la droite
ou vers 1 par la gauche. Donc f ∈ C 0 ([0, 1]) et
2
sup |f |2 ≤ kf kL2 (]0,1[) kf 0 kL2 (]0,1[) + kf kL2 (]0,1[) . (117)
[0,1]
Quand on prend la racine carrée, la dérivée apparait avec une puissance 1/2, ce
qui peut être utile dans certaines applications. En fait, f est même Höldérienne
d’exposant 1/2 puisqu’on peut écrire également, en revenant à (114)
Z x
|f 0 (t)| dt ≤ |x − y|1/2 kf 0 kL2 (]0,1[) .
|f (x) − f (y)| ≤
y
Ainsi, nous avons montré que les fonctions de H 1 (]0, 1[) sont Höldériennes d’ex-
posant 1/2 et uniformément bornées sur [0, 1].
De la même manière, les fonctions f ∈ H 2 (]0, 1[) sont de classe C 1 ([0, 1])
et leur dérivée f 0 est Höldérienne d’exposant 1/2. En itérant l’argument, nous
avons donc montré le lemme suivant.
Lemme 108 (Restriction au bord pour H k (]0, 1[)). Pour k ≥ 1, on a l’injection
continue
H k (]0, 1[) ⊂ C k−1 ([0, 1]).
L’application de restriction au bord
f ∈ H k (]0, 1[) 7→ (f (0), ..., f (k−1) (0), f (1), ..., f (k−1) (1) ∈ C2k
(118)
Donner une caractérisation de cet espace en fonction des valeurs au bord f (0)
et f (1).
On rappelle que (cos(πnt))n≥0 et (sin(πnt))n≥1 forment deux bases ortho-
normées de L2 (]0, 1[). Penser en effet à l’application
87
définie par parité ou imparité. On appelle
Z 1 Z 1
+ −
dn (f ) = cos(πnt)f (t) dt, dn (f ) = sin(πnt)f (t) dt
0 0
H 1 (Ω) → L2 (∂Ω)
(120)
f 7→ f|∂Ω
88
Plus généralement, si Ω est de classe C k−1,1 (ou l’union d’un nombre fini de
telles sous-variétés qui s’intersectent transversalement) 3 , il existe une unique
application continue
qui coincide avec la restriction au bord lorsque f ∈ H k (Ω)∩C k (Ω), où ∂n = n·∇
désigne la dérivée dans la direction de la normale sortante n sur ∂Ω, avec
k−1
X
j
∂n f|∂Ω
2
L (∂Ω)
≤ Ckf kH k−1 (Ω) kf kH k (Ω) .
j=0
89
Il est en fait possible d’identifier précisément l’image de la restriction au
bord. L’espace de Sobolev fractionnaire est défini par sa norme
|f (x) − f (y)|2
Z Z
2
kf kH s (∂Ω) = 2s+2d−2
dx dy
∂Ω ∂Ω |x − y|
pour 0 < s < 1, et par la condition que les dérivées d’ordre [s] appartiennent à
H s−[s] si s > 1. On peut montrer que ∂nj f|∂Ω décrit tout H k−j−1/2 (∂Ω) quand f
décrit H k (Ω) et que Ω est de classe C k−1,1 (voir par exemple [11, Thm 1.5.1.2]).
Bien sûr, l’application ne peut pas être injective car on peut changer la fonction
f à l’intérieur de Ω à sa guise sans changer ses valeurs au bord. Cependant,
il est possible de construire un relèvement qui est continu pour les normes en
question.
Théorème 112 (Relèvement). Soit Ω un ouvert de classe C k−1,1 . Il existe une
application continue
k−1
Y
R : (g0 , ..., gk−1 ) ∈ H k−j−1/2 (∂Ω) 7→ f ∈ H k (Ω)
j=0
La fonction f peut être construite de sorte qu’elle soit à support aussi proche
que l’on veut du bord, mais la constante C explose lorsque la distance vou-
lue décroit. Tel quel le théorème n’est pas vrai si Ω est l’union de faces qui
sont des sous-variétés de classe C k−1,1 car, si les fonctions gj sont bien dans
H k−j−1/2 (Fi ) pour chaque face Fi , il peut y avoir des conditions de compatibi-
lité supplémentaires sur les arêtes, en fonction de la dimension d et de la valeur
de k. Par exemple en dimension d = 3, les fonctions de H 2 (Ω) sont toutes conti-
nues sur Ω, ce qui implique des conditions de continuité sur les arêtes pour f|∂Ω ,
sans qu’il n’y ait aucune condition particulière pour ∂n f|∂Ω .
Il est possible d’utiliser le théorème 112 pour étendre une fonction de H k (Ω)
en une fonction de H k (Rd ) : on applique le résultat sur le complémentaire Rd \Ω
(ou un voisinage de ∂Ω dans ce complémentaire), de sorte que les restrictions
au bord de la fonction sur Rd \ Ω coincident toutes avec celles de f . En utilisant
la formule de Green, on peut alors vérifier que la compatibilité de toutes les
restrictions est suffisante pour que la fonction ainsi construite soit dans H k (Rd ).
Cependant, cette construction basée sur la continuité des traces et le pro-
longement hors de Ω nécessite des hypothèses fortes sur le domaine Ω, puisqu’il
est nécessaire de connaitre les espaces exacts dans lesquels vivent les traces de
f . Il est en fait possible d’étendre une fonction de H k (Ω) sans utiliser les traces,
ce qui requiert alors une très faible régularité pour Ω (voir par exemple [11,
Thm 1.4.3.1]).
Théorème 113 (Prolongement). Soit Ω ⊂ Rd un ouvert borné, dont la frontière
est Lipschitzienne. Alors il existe une application linéaire continue
f ∈ H k (Ω) 7→ f˜ ∈ H k (Rd )
90
telle que f˜1Ω = f et
kf˜kH k (Rd ) ≤ Ckf kH k (Ω) (124)
Ce résultat est très important pour pouvoir étendre facilement à un domaine
borné des propriétés prouvées dans Rd . Nous en verrons un exemple à la section
suivante. Une fois de plus, on peut demander que l’extension soit à support aussi
proche que l’on veut de la frontière de Ω, mais la constante C diverge lorsque
la distance tend vers 0.
avec
2d
p∗ = .
d−2
La valeur de p∗ est imposée par l’invariance des deux termes de l’inégalité (125)
par les dilatations d’espace.
Exercice 115. Vérifier que la puissance p∗ est la seule pour laquelle les deux
termes de (125) ont le même comportement en λ, lorsque f est remplacée par
f (λx) pour λ > 0.
∗
Ainsi, on a une injection H 1 (Rd ) ,→ Lp (Rd ) continue et, par le théorème
de Hölder, on déduit immédiatement l’inégalité de Gagliardo-Nirenberg
1−θ θ 1−θ θ
kf kLp (Rd ) ≤ kf kL2 (Rd ) kf kLp∗ (Rd ) ≤ C kf kL2 (Rd ) k∇f kL2 (Rd ) ≤ C kf kH 1 (Rd )
(126)
avec
1 1−θ θ
= + ∗.
p 2 p
Nous fournissons une preuve très simple de l’inégalité de Sobolev (125) issue
de [4].
Démonstration. Soit f ∈ Cc∞ (Rd ) et K := k∇f kL2 (Rd ) . On écrit d’abord
Z Z ∞
d−2
Z
2d 2d
|f (x)| d−2 dx = λ d−2 −1 1(|f (x)| ≥ λ) dλ dx
Rd d + 2 Rd 0
d − 2 ∞ d−2
Z
2d
= λ −1 |{x : |f (x)| ≥ λ}| dλ. (127)
d+2 0
91
plus tard et 0 ≤ χ ≤ 1 une fonction à support compact telle que χ|[0,1] ≡ 1 et
χ|[2,∞) ≡ 0. On utilise alors que
Nous avons prouvé l’inégalité pour f ∈ Cc∞ (Rd ) mais le cas général suit par
densité.
Remarque 116. Comme la norme L2 de f n’apparait pas dans l’inégalité (125),
l’hypothèse f ∈ H 1 (Rd ) est un peu trop forte. Il est seulement nécessaire de
supposer que ∇f ∈ L2 (Rd ) et que f tend vers 0 à l’infini au sens faible, c’est-
à-dire que {x ∈ Rd : |f (x)| ≥ λ} soit de mesure finie pour tout λ > 0.
Cette hypothèse est nécessaire car sinon on pourrait prendre f constante, pour
laquelle l’inégalité (125) est évidemment fausse. On vérifiera que la preuve ci-
dessus utilise seulement cette propriété de convergence vers 0.
Exercice 117. En utilisant la même preuve que celle du théorème 114, montrer
que lorsque s < d/2 (s non nécessairement entier), on a
Z Z p∗ /2
p∗
|f (x)| dx ≤ C |k| |fb(k)|2 dk
2s
(129)
Rd Rd
avec
2d
p∗ = .
d − 2s
92
En dimension 1 on peut utiliser la formule
Z x
|f (x)|2 = 2< f (t) f 0 (t) dt
−∞
qui démontre aisément que H 1 (R) ,→ L∞ (R) (en fait on a même injection dans
l’espace C00 (R) des fonctions continues qui tendent vers 0 à l’infini) et donc
H 1 (R) ,→ Lp (R) pour tout 2 ≤ p ≤ ∞ par l’inégalité de Hölder. En dimension
deux, on n’a pas d’injection continue dans L∞ (R2 ), mais par contre l’injection
continue dans Lp (R2 ) est vraie pour tout 2 ≤ p < ∞. Le théorème général est
le suivant.
Théorème 118 (Injections de Sobolev dans Rd ).
• Si 2k < d, on a l’injection continue
2d
H k (Rd ) ,→ Lp (Rd ), ∀2 ≤ p ≤ . (130)
d − 2k
• Si 2k = d, on a
• Si 2k > d, on a
H k (Rd ) ,→ Cb`,θ (Rd ) (132)
où ` est l’unique entier tel que 0 ≤ ` < k − d/2 < ` + 1 et θ = k − ` − d/2.
Nous voudrions insister sur le fait que les injections “sous-critiques” (c’est-
à-dire par exemple pour p < 2d/(d − 2k) lorsque k < d/2) ne sont pas très
difficiles. Il est bien plus difficile de montrer celle pour p = 2d/(d − 2k), ce que
nous avons vu au théorème 114 pour k = 1 en dimension d ≥ 3 (mais la preuve
est la même pour k < d/2 comme vu à l’exercice 117). Et en fait, le cas critique
implique immédiatement celles pour p < 2d/(d − 2k), par l’inégalité de Hölder :
Z 1−θ
2
θ 1−θ θ
kf kLp (Rd ) ≤ kf kL2 (Rd ) kf kLp∗ (Rd )
≤C kf kL2 (Rd ) |ξ| |fb(ξ)|2 dξ
2k
Rd
Z
≤C (1 + |ξ|2 )k |fb(ξ)|2 dx = C kf kH k (Rd ) ,
Rd
avec
1 θ 1−θ
= + ∗ .
p 2 p
Expliquons rapidement comment on peut démontrer les inégalités dans le
cas sous-critique. D’après la caractérisation avec la transformée de Fourier, une
fonction f appartient à H k (Rd ) si et seulement si elle peut s’écrire en Fourier
gb(ξ)
fb(ξ) =
(1 + |ξ|2 )k/2
93
où hk est la fonction telle que
(2π)d/2
h
ck (ξ) = .
(1 + |ξ|2 )k/2
Ainsi, nous sommes ramenés à prouver que si g ∈ L2 (Rd ), alors hk ∗g appartient
à Lp (Rd ) pour 2 ≤ p ≤ 2d/(d − 2k) si k < d/2, et appartient à des espaces de
fonctions plus lisses sinon. Dans le cas sous-critique, ceci suit simplement des
propriétés élémentaires de la convolution alors que dans le cas de p = 2d/(d−2k),
c’est l’inégalité de Hardy-Littlewood-Sobolev qui est équivalente à l’inégalité de
Sobolev [17].
Il n’est pas dificile de vérifier que hk décroit plus vite que tout polynôme à
l’infini, ce qui est dû au fait que sa transformée de Fourier est très régulière (en
fait, analytique). Par exemple,
(∇ξ )`
1
≤ C
2 k/2 k+`
(1 + |ξ| )
(1 + |ξ|2 ) 2
qui appartient à L1 (Rd ) pour ` > d−k, et implique donc que |x|` hk (x) appartient
à L∞ (Rd ) pour ` > d − k, puisque la transformée de Fourier inverse d’une
fonction L1 est bornée. Par contre, hk n’est en général pas continue en 0, sauf
si sa transformée de Fourier est intégrable, ce qui demande que k > d. C’est le
comportement en 0 de la fonction hk qui détermine précisément les exposants
autorisés dans les inégalités de Sobolev. Un peu d’analyse harmonique (phase
stationnaire) fournit
Cd,k
∼
, pour k < d,
x→0 |x|d−k
hk (x) (133)
∼ Cd,k log |x|, pour k = d,
x→0
alors que hk est continue en 0 lorsque k > d, comme nous l’avons déjà dit. On
déduit donc de cette discussion que
d
Lp (Rd ), 1 ≤ p < d−k , pour k < d,
hk ∈ Lp (Rd ), 1 ≤ p < ∞, pour k = d, (134)
L1 (Rd ) ∩ L∞ (Rd ),
pour k > d.
Il reste alors à utiliser l’inégalité de Young
1 1 1
kf ∗ gkLr (Rd ) ≤ kf kLp (Rd ) kgkLq (Rd ) , + =1+ , (135)
p q r
pour conclure la preuve du théorème 118 dans les cas sous-critiques.
Exercice 119. En utilisant l’inégalité de Young et les informations (134) sur
la fonction hk , montrer que
p d 2d
L (R ), 2 ≤ p < d−2k
pour k < d/2
k d
H (R ) ,→ Lp (Rd ), 2 ≤ p < ∞ pour k = d/2
L (R ) ∩ L∞ (Rd ) ∩ C 0 (Rd ), pour k > d/2.
2 d
On rappelle aussi que si r = ∞ dans (135), on a même que f ∗g est une fonction
continue bornée. Réfléchir également aux injections de Morrey (132).
94
Exercice 120. Démontrer (133).
Exercice 121. En utiisant
Z
1
kf kL∞ (Rd ) ≤ |fb(ξ)| dξ
(2π)d Rd
pour 1 ≤ q ≤ 2 et p−1 + q −1 = 1.
Si Ω est un ouvert borné, on peut utiliser le théorème 113 qui perment
d’étendre toute fonction de H k (Ω) dans Rd et on en déduit immédiatement un
résultat similaire au théorème 118.
Théorème 122 (Injections de Sobolev dans Ω). Soit Ω ⊂ Rd un ouvert borné
dont la frontière est Lipschitzienne.
• Si 2k < d, on a l’injection continue
2d
H k (Ω) ,→ L d−2k (Ω).
• Si 2k = d, on a
H k (Ω) ,→ Lp (Ω), ∀2 ≤ p < ∞.
• Si 2k > d, on a
H k (Ω) ,→ Cb`,θ (Ω)
où ` est l’unique entier tel que 0 ≤ ` < k − d/2 < ` + 1 et θ = k − ` − d/2.
Dans le cas d’un ouvert borné, l’injection est en fait compacte, ce qui est
une information importante pour passer à la limite forte localement lorqu’on a
une suite qui converge faiblement dans un espace de Sobolev.
Théorème 123 (Rellich). Pour tout ouvert borné Ω, l’injection
H k (Rd ) ,→ L2 (Ω)
H k (Rd ) ,→ Lp (Ω)
sont compactes pour 2 ≤ p < 2d/(d − 2k) lorsque 2k < d et pour 2 ≤ p < ∞
dans les autres cas. De la même façon, on a des injections compactes
H k (Ω) ,→ Lp (Ω)
95
Démonstration. Soit Ω un ouvert borné et (fn ) une suite de fonctions de H k (Rd ),
qui converge faiblement vers f ∈ H k (Rd ), fn * f . On doit montrer que 1Ω fn →
1Ω f fortement dans L2 (Ω). D’après la discussion suivant le théorème 118, on
peut écrire fn = hk ∗ gn où (gn ) est une suite bornée dans L2 (Rd ). On a en
fait gn * g faiblement dans L2 (Rd ) où gb(ξ) = (1 + |ξ|2 )k/2 fb(ξ). Nous de-
vons donc finalement montrer que si gn * g faiblement dans L2 (Rd ), alors
1Ω (hk ∗ gn ) → 1Ω (hk ∗ g) fortement dans L2 (Ω).
La preuve est facile dans le cas où hk ∈ L2 (Rd ), ce qui correspond précisément
à k > d/2. En effet, par la définition de la convergence faible dans L2 (Rd ), on a
Z Z
hk ∗ gn (x) = hk (x − y)gn (y) dy → hk (x − y)g(y) dy
Rd Rd
pour tout x fixé. Or on a également khk ∗ gn kL∞ (Rd ) ≤ khk kL2 (Rd ) kgn kL2 (Rd ) qui
est uniformément borné. Donc la fonction 1Ω (hk ∗ gn ) est uniformément bornée
sur l’ensemble borné Ω. Par le théorème de convergence dominée, la convergence
presque partout implique la convergence forte, comme nous voulions.
La preuve ne fonctionne pas telle quelle lorsque k ≤ d/2. L’idée est alors de
décomposer
où χ est une fonction C ∞ à support compact valant 1 sur la boule B(0, 1). Nous
avons alors aR ∈ L2 (Rd ) et
(2π)d/2
bR (ξ) ≤ .
c
(1 + R2 )k/2
On peut écrire
k1Ω hk ∗ (gn − g)kL2 (Ω) ≤ k1Ω aR ∗ (gn − g)kL2 (Ω) + k1Ω bR ∗ (gn − g)kL2 (Ω)
et
Puisque gn est bornée dans L2 , pour tout ε > 0 donné on peut trouver R de
sorte que
k1Ω bR ∗ (gn − g)kL2 (Ω) ≤ ε/2.
Pour cette valeur de R, on a
96
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