Musique du XXe siècle : Modernité et Innovations
Musique du XXe siècle : Modernité et Innovations
Messiaen
Quatuor pour la fin du temps.
Vingt regards sur l’enfant Jesus.
Turangalîla-Symphonie.
Les corps glorieux.
Couleurs de la cité céleste.
Oiseaux Exotiques.
Et exspecto resurrectionem mortuorum
La transfiguration de notre Seigneur Jésus-
Christ.
Boulez
Seconde sonate pour piano.
Troisième sonate pour piano.
Le marteau sans maître.
Pli selon pli (Don – 1° Improvisation sur
Mallarmé – 2° Improvisation sur Mallarmé –
3°Improvisation sur Mallarmé – Tombeau).
Éclat-multiple.
Figures-Double-Prisme.
Repons.
Stockhausen
Contrapunkte.
Zeitmasze.
Gruppen.
Chant des adolescents.
Kontakte.
Mantra
Klavierstücke I-IV
Klavierstücke IX
Klavierstücke X
Klavierstücke XI
Trans
Sirius
Berio
Circles.
Sequenza (intégrale)
Chemins II
Corale
Coro
Sinfonia.
Formazioni.
Aperghis
La nuit en tête.
Pièces pour violoncelle et Espérou.
Cage
Sonates et interludes pour piano préparé.
Concerto pour piano.
Histoire de la musique du XX° (après 1945)
La seconde modernité, qui commence après la seconde guerre mondiale, est une période de remise en question à peu près complète.
En partant de la quête du langage qui la caractérise, on abordera les grandes problématiques des créateurs les plus importants du XX°
siècle : sérialisme généralisé, œuvre ouverte, théâtre musical, mélange des genres et des styles, spectralisme, musica negativa,
nouvelle complexité…
Bibliographie :
Aguila, Jesus, Le domaine musical, Paris, Fayard, 1992.
Berio, Luciano, Entretiens avec Rossana Dalmonte, Paris, JC Lattès, 1983.
Boulez, Pierre, Relevés d’apprenti, Paris, C Bourgois, 1981.
Boulez, Pierre, Points de repère, Paris, C Bourgois, 1981.
Collectif, Bernd Alois Zimmermann, Genève, Contrechamps N°5, 1985.
Cott, Jonathan, Conversation avec Stockhausen, Paris, JC Lattès, 1979.
Jameux, Dominique, Pierre Boulez, Paris, Fayard, 1984.
Stoïanova, Ivanka, Luciano Berio, chamins en musique, Paris, La revue musicale, 1985.
Rigoni, Michel, …un vaisseau lancé vers le ciel, Paris, Millénaire III éd., 1998.
von der Weid, Jean-Noël, La musique du XX° siècle, Paris, Hachette, Pluriel, 1997.
Contrechamps N°9 (Stockhausen), Genève, Juin 1988.
I) France
En France, c’est la figure de Stravinsky qui auréole tout le monde musical ; mais c’est le Stravinsky néo-classique, pas celui des
Noces ou du Sacre du printemps. Le courant néo-classique a dominé toutes les institutions musicales françaises d’entre les deux
guerres, et au lendemain de défaite de Hitler, c’est encore lui qui tient les rênes des institutions musicales. C’est contre ce
mouvement que se battront les jeunes compositeurs nés autour de 1920.
Reste l’influence de Debussy (1862-1918), bien sûr, qui réussit le tour de force à réunir en son sein les tendances franco-françaises
(ah, le goût français !) et des percées authentiquement révolutionnaires, qui laisseront des traces jusque dans le sérialisme.
I.A) Stravinsky : un résumé.
Cf Boucourechliev. [Boucourechliev, André : Igor Stravinsky, Paris, Fayard, 1982].
On peut discerner, malgré la profusion des techniques de composition (rappel compositionnel n’existe pas) quelques clés pour
appréhender cette musique dans toute sa dimension (j’emprunte ce passage à J-N von der Weid).
I.A.1) Le russisme :
« Diatonisme radical, scansion rythmique puissante et différenciée, netteté de la ligne mélodique, clarté et âpreté des harmonies,
solidité de l’ossature formelle, richesse de l’orchestration » sont les caractéristiques les plus clairs des compositeurs russes, que
Stravinsky a magnifié dans toutes ses œuvres. Pour cela, voir les œuvres de ses aînés, Rimsky-Korsakov en tête, mais aussi Scriabine
(l’orchestration en moins, le délire en plus), voire Tchaïkovsky.
Il faudrait, pour être complet, mentionner l’importance du Groupe des cinq (Borodine, Cui, Rimsky, Balakirev, Moussorgsky), que
Stravinsky affublait du sobriquet « slavophiles de l’espèce populiste ».
I.A.2) Le sacré :
Beaucoup d’œuvres sont hantées par la permanence du rituel, qu’on pense simplement au Sacre du printemps. Nombre d’entre elles
sont explicitement religieuses, en particulier à la fin de sa vie. L’attrait du sacré est une constante dans l’œuvre de Stravinsky.
I.A.3) Le goût de l’archétype.
Il y a une sorte d’abstraction faite sur les composantes des styles musicaux, qui traverse toute l’œuvre de Stravinsky. Que ce soit
l’archétype du rituel (Le sacre), celui de l’opéra (Œdipus Rex, « archetypal drama »), le ballet (Apollon musagète). Á chaque fois
que Stravinsky s’empare d’un genre, ou d’un style, il ne prend que l’ossature, ce qui lui permet de les transcender au profit d’une
forme universelle. Ceci est donc très proche de sa veine sacrée.
I.A.4) Le style comme mémoire collective.
Stravinsky a écrit dans nombre de styles, mais en considérant un style comme a) indépendant de l’expression qui s’y rattache, et b)
comme une expression collective, dont il peut alors s’emparer sans crainte de « colonialisme culturel ». On y reviendra lorsque l’on
parlera de sa « conversion » au sérialisme (qui n’en est pas une).
I.A.5) Les œuvres marquantes, selon la division canonique :
Période russe :
L’oiseau de feu (1909-1910) ; Petrouchka (1911) ; Le sacre (1913) ; Les noces (1914-1923) ; l’histoire du soldat (1918).
Période néo-classique :
Pulcinella (1920) ; Mavra (1921-1922) ; Œdipus Rex (1926-27) ; Apollon musagète (1928) ; Symphonie de psaumes (1930) ; The
rake’s progress (1948-51).
La conversion de Stravinsky
Stravinsky entend la bande de Polyphonie X, lors de son premier voyage en Europe après la guerre, en 1952. Après de nombreuses
écoutes du Quartet, op. 22, de Webern, Stravinsky écrit sa Cantate, dans laquelle il utilise pour la première fois le langage
dodécaphonique. En mai 1952, il entend les Structures de Boulez, et se dit frappé par « l ‘arrogance » de l’œuvre. Peu de temps
après, Boulez et Stravinsky se rencontrent aux Etats-Unis, sans qu’un clash (pourtant attendu) ne survienne. Stravinsky écrira
désormais dans un idiome quasi sériel le reste de son œuvre, ce qui constituera une des plus grandes surprises musicales du XX°
siècle ! Notons que c’est de Webern dont Stravinsky s’inspirera, non de Schoenberg, tout comme ses jeunes collègues.
La période sérielle :
Elle s’ouvre en 1950, et se prolonge jusqu’à sa mort, en 1971. On y reviendra. Elle comprend Cantata (1951-52) ; Three songs from
William Shakespeare (1953) ; Canticum sacrum (1955) ; Agon (1953-54) ; Threni (1957-58) ; Mouvements (1958-59) ; Requiem
canticles (1965-66).
Signalons, qu’en Russie, le nom de Chostakovitch (1906-1975) est lié à la difficultueuse position du musicien officiel soviétique,
hésitant entre le pompier grandiloquent et des tendances plus modernistes.
I.B) Les groupes néo-classiques.
On ne mentionnera que quelques points, puisqu’il s’agit de la génération précédente.
Les groupes néo-classiques représentent bien un certain climat, un état d’esprit, qui tient tout entier dans la locution : « années
folles » (1920).
I.B.1) Le Groupe des six.
En Janvier 1920, un feuilletoniste musical invente le Groupe des Six (qui sont 6 compositeurs, et, sous le feu des projecteurs, 1
écrivain, Jean Cocteau, et 1 poète Blaise Cendrars, et un parrain compositeur : Erik Satie (1866-1925)).
Les compositeurs sont : Georges Auric (1899-1983), Louis Durey (1888-1979), Arthur Honegger (1892-1955), Darius Milhaud
(1892-1974), Germaine Tailleferre (1892-1983).
Précurseur mollasson du surréalisme, par certains côtés, art bien petit-bourgeois par d’autres, trop souvent nationaliste (Le coq et
l’arlequin, de Cocteau), revêtant volontiers une sorte de a-esthétisme (comme on parlera d’apolitique), le groupe est typique d’une
esthétique de l’entre-deux-guerres.
I.B.2) Dans la mouvance des 6 : Poulenc, Milhaud, Honegger.
Ne faisant pas partie du Groupe des 6, mais le représentant au plus haut point, Poulenc (1899-1963) fait partie de ses musiciens
aristocrates acoquinés avec la figure du voyou, aussi très typique de l’époque. Ce côté quelque peu interlope fait penser à Satie, mais
l’a aussi amené à fréquenter les concerts du domaine musical, sans mauvaises grâces. Signalons enfin qu’un voyage à Rocamadour
lui fait écrire ses Litanies à la vierge noire, et qu’un aspect caché de sa personnalité s’épanouit alors (retour au catholicisme).
Autant Poulenc sent son autodidacte, autant Milhaud (1892-1974) est un produit du conservatoire (études avec d’Indy et Dukas). Sa
rencontre avec l’ambassadeur Paul Claudel lui permet d’accompagner ce dernier au Brésil, dont il ramène des impressions et des
rythmes. Notons aussi son feu d’artifice d’innovation : la polytonalité, aussi bref que stérile…
Honegger (1892-1955) est un autre cas de « musicien français », mais plus complexe. Ceci se ressent dans sa musique, qui délaisse
les « blagues » et l’iconoclasme pour une force assez alémanique (il avait la nationalité Suisse, mais vivait en France), qui se nourrit
aussi d’une admiration pour la musique de Bach.
II) Allemagne
En Allemagne, la situation serait comparable si l’école de Vienne n’avait pas existé : mais le cercle d’Arnold Schoenberg sera
complètement éclaté par la seconde guerre mondiale, et le courant néo-classique persiste (La Neue Sachlichkeit=nouvelle
objectivité), qui sera représenté (de façon toute paradoxale) par Hindemith.
II.A) Hindemith.
Co-fondateur du festival de Donaueshingen (en Forêt-Noire), qui sera le fer de lance de la musique nouvelle, Hindemith est un
musicien accompli. Narquois envers la germanité, éclectique, cherchant le fondement de la musique dans la résonance acoustique, il
s’oriente vers 1930 sur le chemin d’une « musique communautaire », voire « utilitaire », qui freine son tempérament moderne. En
1938, étiqueté « musicien dégénéré », il quitte l’Allemagne pour les États-Unis, et se rapproche du néo-romantisme. Revenu en
Europe en 1953, il reste un musicien controversé, rétrograde et réactionnaire pour les uns, artisan sérieux d’une alternative au post-
romantisme pour les autres (mais tout de même un peu mou)…
D’une façon proche, mais plus résolument « traditionaliste », la musique de Henze (1926-) poursuit la tradition Kurt Weill-Hans
Eisler, en la transplantant dans des cadres musicaux « sérieux ».
II.B) Schoenberg bis
Bien que plusieurs tentatives aient été menées pour ramener Schoenberg en sa partie, celui-ci, arguant de son âge, ne se résoudra
jamais à y revenir. Les combats qu’il a menés sont donc toujours d’actualité en Allemagne, même si sa stature empêche ses anciens
adversaires, ou leurs descendants, de le traiter de haut. Du reste, les quelques retours-à qui jalonnent la carrière américaine de
Schoenberg ne peuvent que rendre et les uns et les autres perplexes. Il faudra attendre les années 1980 pour que des études
systématiques rendent justice à la fois à la permanence des idées de Schoenberg… et à ses rêves de domination (« c’et ainsi que l’on
crée ! »).
III) Italie.
En Italie, en dehors de Casella (1883-1947 — l’auteur du remarqué traité d’orchestration) et Malipiero (1882-1973 — compositeur
au catalogue impressionnant), voire Petrassi (1904), qui écrivent de la musique néo-classique tentée d’un « lyrisme italien », le nom
de Dallapiccola (1904-1975) émerge.
Dallapiccola est un représentant de cette étrange catégorie de musiciens originaux, mais qui occupent une place à part.
Passionné par l’école de Vienne (fasciné par le son de ses Cantates, il rencontrera Webern), lié pour toujours à la tradition,
Dallapiccola est un compositeur maudit, pas assez sériel ou d’avant-garde pour franchir la barre d’une reconnaissance par ses pairs,
et trop dodécaphonique pour être apprécié d’un grand public. Sa recherche d’une troisième voix, utilisant à la fois le
dodécaphonisme, et tout ce qui confère à une musique un caractère italien (la voix, un certain expressionnisme), le mène à une sorte
d’idéalisme, autant éthique qu’esthétique.
Là encore, la domination fasciste, à laquelle échappa Dallapiccola, eut une telle influence historique-politique, qu’il est difficile de
séparer son cas d’un contexte d’horreur et de délation.
2 Les aînés.
I) Olivier Messiaen.
I.A) Messiaen en résumé et en professeur.
I.A.1) Les périodes de Messiaen :
I.A.2) L’enseignant.
Les élèves de Messiaen :
Les avant-gardistes : Boulez, Henry, Fano, Barraqué, Constant, Stockhausen (un court temps), Xenakis (idem), Tremblay…
La génération intermédiaire : Amy, Méfano, Guézec, Decoust, François-Bernard Mâche…
Les spectralistes : Murail et Grisey, Lévinas, + Nguyen-Thien Dao et Akira Tamba…
La 2° génération intermédiaire : Michèle Reverdy, Philippe Fénelon, François Boush, André Bon, Georges Benjamin…
Les générations 1) et 3) sont les plus importantes, à la fois en terme de mouvements esthétiques, et de personnalités de compositeur
(c’est souvent la même chose).
I.B) La musique de Messiaen
I.B.1) Les modes de Messiaen.
L’harmonie.
I.B.2) L’orchestration de Messiaen.
I.B.3) Le rythme.
III) Varèse
3 Le langage sériel.
I) L’héritage de l’école de Vienne.
I.A) Schoenberg
I.B) Webern
I.C) Berg
V) L’œuvre ouverte.
V.A) Définitions :
V.A.1) Sources
V.A.2) Terminologie.
V.B) En quête d’une autre forme.
V.B.1) Le point sur l’état de la forme
V.B.2) Forme ouverte et structure sérielle.
V.C) Deux œuvres et quelques partitions.
V.C.1) Stockhausen II : Klavierstück XI (1956).
V.C.2) Boulez II : La troisième sonate (1957).
V.C.3) Boucourechliev : les Archipels
V.C.4) Stockhausen : la musique conceptuelle de Plus-Minus
V) À coté du sérialisme
V.A) Le théâtre musical (Kagel, Aperghis…).
V.B) Ligeti.
V.B.1) Ligeti, Bartòk, Stockhausen
V.B.2) L’école polonaise… et sa descendance !
1
Du genre à apprendre le Français pour comprendre les auteurs que Boulez lisait lorsqu’il écrivait sa II° Sonate.
5 Quelques pro blématiques
Je n’indique ici que ce qui touche directement aux questions abordées en cours. Par exemple, je n’indique pas « musique concrête »,
ou « musique électroacoustique », parce qu’elles le seront au second semestre…
À la fin, j’indique aussi des questions abordées par certains compositeurs, mais non vues en cours, faute de temps.
Un peu de combinatoire
Il y a 48 formes sérielles de base, il y a 24 tonalités majeures et mineures. Compte tenu des différentes formes de mineurs, on peut
raisonnablement tabler sur (1—maj + 3—min) 4*12=48 « modes » utilisables. De ce point de vue-là, donc, la combinatoire du
matériau dodécaphonique n’est guère plus élevé que celui de la musique tonale ; et encore, n’ai-je pas considéré que toutes tonalités
sous-entend la possibilité de modulations aux tons voisins, au moins 3 tonalités (dominante, dominante de la dominante…), ce qui
étend d’autant plus le matériau tonal.
Du matériau général, on passe au matériau spécifique. La technique de variation et de développement (d’ailleurs très proches) est
basée sur l’utilisation de motifs de 3 ou 4 sons, conjointement avec une pensée harmonique. Donnée une note de départ, pouvons-
nous donc calculer les possibilités (abstraites) de groupes de trois sons ? Si on considère que les intervalles mélodiques possibles sont
au nombre de 14 (7 notes de la seconde à l’octave, en montant ou en descendant, sans compter la possible répétition), le nombre de
possibilités de succession de deux sons se monte donc à 14. Pour trois notes, à 142, soit 194 possibilités de motifs de 3 sons ; certes,
ces possibilités sont sans doute réduites compte tenu du contexte harmonique. Mais même en ne prenant que les enchaînements
« mélodiques harmoniques », on obtient au moins la moitié du nombre précédent, une petite centaine. En musique dodécaphonique,
donnée une note de départ, la suite se réduit aux quatre formes, droite, renversée, contraire, et renversement du contraire, de la série,
transposée sur la note de départ. Là encore, on mesure l’affaiblissement de la combinatoire.
Par ailleurs, une note, en musicale tonale, a au moins trois attributs : c’est une note (un mi est un mi), elle représente un degré (et
même, potentiellement, d’autres degrés pour les modulations), enfin, elle peut être note réelle au note de passage ; à ce sujet, on peut
distinguer (d’une façon parfois assez « savante » !) entre broderie, échappée, appoggiatures, retard… C’est même une des richesses
incomparables de la musique tonale, qui pose des problème aux étudiants qui n’ont pas une oreille absolue (et qui confonde souvent
la fonction et la hauteur), et que la musique contemporaine ne peut, sur ce point, égaler. D’où tout un ensemble de techniques, en
particulier timbrales, pour compenser ce fait qu’une note, au sens tonal, est extrêmement complexe. Dans la musique
dodécaphonique, une note est une note. Point.
L’harmonie
Harmoniquement : le problème est ici plus complexe, puisqu’à une méthode unique de création d’accord (superposition de tierces)
on n’oppose rien : l’écriture sous-jacente du dodécaphonisme est le contrepoint. Notons par ailleurs qu’il ne s’agit que d’un point de
départ assez virtuel : Boulez a suffisamment raillé les mélodies accompagnées de Schoenberg pour que l’on puisse affirmer qu’on
peut utiliser une série de façon harmonique. Là encore, et c’est comme cela, historiquement, que le problème a été résolu, les
« accords sériels » sont fondés sur la structure interne de la série : les différents groupes qui la constituent auront loisir d’être exposé
soit horizontalement, soit verticalement…
Certes, chez Schoenberg, notamment, l’utilisation d’une mélodie accompagnée par les « sons restants » peut sembler beaucoup plus
anarchique : mais les différents formes du thème sont toujours reliés à la série qui les sous-tend, et on se retrouve donc dans la même
cas de figure, simplement moins formalisé.
I.A.2) De la composition dodécaphonique
Citation de Schoenberg.
La gestion des 48 formes, une fois trouvé un principe comme celui des séries privilégiées, n’est pas plus complexe qu’une
composition tonale.
Ce qui est moins complexe, effectivement, c’est la composition tonale romantique, et encore ! Chopin, plus simple. Schumann,
moins clair. La mélodie accompagnée, lorsque tous les accords sont définis à l’avance, que les mélodies ne font qu’exprimer une
ligne de crête des accords, là, oui, est plus simple. Mais en amont et surtout en aval, niet.
Citation d’Hugues Dufourt à propos de la complexité du langage musical contemporain.
Car si Webern peut s’enthousiasmer des contrepoints qu’il peut régir grâce à la série, et qui, dit-il, dépasse en complexité même
l’école Flamande, c’est que la gestion mélodie et harmonique de son contrepoint est réduite à des cellules de 4 ou 3 sons, cohérentes
dans l’état de complémentarité chromatique instauré par la série de 12 sons. Le contrôle harmonique est alors impliqué par la
constitution de la série en plusieurs groupes, qui définit non seulement la réduction du réseau des 48 séries, mais aussi les agrégats, à
la fois structurels et « sonores », dans le sens de sonorités harmoniques précisément définies.
I.A.3) L’hyper technicité médiévale
Création autant d’une grammaire que d’un langage.
Création autant d’une syntaxe que d’une notation.
Création autant des concepts que des types d’écriture.
Nécessité de prise en compte de phénomène extra-musicaux, en particulier religieux, et des diktats des « institutions musicales ».
I.A.4) Et bien oui
Reste que la musique est complexe, sauf en de rare cas où le langage n’est pas considéré comme le fondement de l’expression, ce qui
est le cas d’un certain romantisme.
Pour le reste, toute musique est complexe.
I.B) Pourquoi la série ?
Il faut bien remarquer que les compositeurs de l’école de Vienne n’ont pas composé tellement plus difficilement en période atonale
qu’en période sérielle. Concernant Schoenberg, la vulgate Boulezienne affirme même que les chefs d’œuvre se situent plutôt dans la
période atonale.
Le projet de Schoenberg est de créer une nouvelle langue universelle, s’opposant en cela radicalement à ceux (celui ? Zimmermann)
qui cherchait une synthèse des langues musicales.
Il s’agit de pouvoir laisser un héritage, une méthode qui pourrait, à l’image du système tonal se décliner suivant plusieurs états, et
changer au cours du temps. La fameuse déclaration de Berg va dans ce sens. En d’autres termes, la méthode dodécaphonique est
conçue comme une volonté de partage. Ce qui, dans l’écriture atonale, est laissé au libre-arbitre du compositeur, est ici intégré dans
une méthode globale, qui prend l’état de fait de l’invasion du chromatisme (avérée bien avant Schoenberg) comme fondement. Et
c’est parce que ce chromatisme est formalisé dans la non-répétition des 12 sons de la série, qu’il pourra avoir un sens susceptible
d’être communiqué, et que la méthode qui l’utilise pourra permettre de donner un sens à ce partage.
I.C) Les différences
Responsabilité du matériau sériel versus l’exception géniale tonale.
Il y a disjonction entre le thème, si tant est qu’il y en ait un, et la structure tonale : le thème, ou même une présentation quelconque
n’est pas le reflet du langage.
Il y a aussi, mais cela date de Wagner, en fait, disjonction entre la grande forme et le langage musical. L’école de Vienne, a,
apparemment, mis du temps à se rendre compte d’une telle disjonction : c’est qu’il s’agit en fait d’une explosion d’une des
caractéristiques les moins évidentes du langage tonal : son aspect récursif, qui fait que la phrase est une métaphore de la cadence, ce
que la forme réalise aussi.
On peut voir dans la forme ouverte, non dans son idéal, mais dans sa réalisation par l’école de Darmstadt, qu’une volonté du même
ordre est discernable. La forme ouverte sérielle, c’est faire correspondre au schéma de forme les mêmes idées de groupements de
série qui président à la constitution interne de la série.
III) 1951 : Le sérialisme appliqué à tous les paramètres (sérialisme intégral — sérialisme généralisé).
Les années 1950 voient l’émergence d’un nouveau langage. Le sérialisme, en ce sens, fût une belle utopie, celle d’un langage
universel. En cela, il prolonge paradoxalement la tonalité, puisqu’on ne peut penser que l’idée d’une langue universelle (à un certain
niveau d’abstraction, celle du langage, précisément) ne peut perdurer éternellement.
Néanmoins, cette utopie aura eu des conséquences inéluctables sur le futur de la composition et donc de l’écoute de la musique. C’est
en étudiant les flux et les reflux autour de la notion de langage musical, que l‘on peut saisir en quoi les compositeurs se sentent les
héritiers d’une tradition (à prendre comme une conception hautement mouvante, jamais figée).
Il faut comprendre le formidable jaillissement de créativité que représentent ces années, dont les œuvres, souvent austères, rarement
stériles, sont aujourd’hui souvent traitées de haut, au nom d’une communication toujours plus prépondérante.
V) L’œuvre ouverte.
L’œuvre ouverte (ou mobile) se situe entre un aléatoire, plus ou moins contrôlé, et une liberté de parcours dans une œuvre.
Sa définition s’applique soit à la forme (qui doit alors véritablement changer selon les interprétations), soit le parcours (qui n’affecte
alors pas la forme), soit le matériau, ou tout mélange entre ces trois catégories.
Son échec provient d’une difficulté de perception directe des parcours, ou plutôt, d’un refus de cette difficulté. En fait, l’idée de
forme ouverte peut très bien se réaliser dans une œuvre dans laquelle « tout est noté ».
Si, aujourd’hui, la plupart des compositeurs n’utilisent plus de parcours mobile dans leurs œuvres, la forme ouverte a néanmoins
permis de s’affranchir des conceptions formelles rigides et héritées des siècles précédents. Son abord par les compositeurs a sans nul
doute encore des influences aujourd’hui, même au sein des formes fermées. Boucourechliev pouvait ainsi écrire, en 1995 : « Ces
écritures ouvertes […] peuvent procéder de considérations plus générales, d’ordre esthétique ou même éthique, dans le dessein
d’échapper au volontarisme du geste, à l’inexorabilité du développement et, pour tout dire, aux pièges de la rhétorique, dont le
romantisme a marqué si puissamment la musique occidentale jusqu’à nos jours, Schoenberg et Stockhausen compris ».
L’idéal de la forme ouverte est bien une musique qui dialogue avec l’auditeur comme si elle était un autre être vivant (ce qui
constitue une vision de Ferneyhough).
En résumé : une seconde moitié de siècle passionnante, ébouriffante, dont les ondes de chocs sont encore sans cesses présentes à tous
les esprits aventureux… et aux autres, qui ne cessent de se définir par rapport aux courants non pas d’aujourd’hui, mais de la seconde
moitié du XX° siècle (qui n’en demandait pas tant) !
6 Chronologie
Son indiquées plutôt les dates de création que de composition…
I) L’après-guerre.
Ce sont les années ou l’école de Vienne n’est pas encore connue. De jeunes compositeurs en font la connaissance à travers l’œuvre
de grands aînés…
1941 :
• Messiaen : Création (au Stalag, en Silésie) du Quatuor pour la fin du temps.
1944 :
• Messiaen : Vingt regards sur l’enfant Jesus.
1946 :
Début des Cours d’été (Ferienkurse) de Darmstadt, créés par Wolfgang Steinecke.
Boulez engagé dans la Compagnie Renaud-Barrault.
• Boulez : Première sonate pour piano.
• Boulez : Le visage nuptial (I).
1947 :
Création de la classe d’analyse de Messiaen.
1948 :
Pierre Schaeffer et Pierre Heury au Club d’essai de la RTF, à Paris : début de la musique concrète.
• Messiaen : Turangalîla-Symphonie.
• Boulez : Le soleil des eaux (I) ; Deuxième Sonate pour piano.
• Cage : Sonates et interludes pour piano préparé.
III) Le sérialisme.
La suite du chapitre précédent : tout s’accélère, y compris les réactions les plus hostiles à ce que l’on croyait être l’avant-garde, qui
se détruit pour renaître sans cesse. C’est là où le public commence à ne plus s’y reconnaître, c’est là où un nœud (au sens acoustique)
de créations laisse entendre qu’il ne restera que peu d’élus. Sans doute, mais tant mieux, en l’occurrence, qu’il y eut un tel
bouillonnement !
1954 :
Création du Domaine musical (Boulez).
• Boulez : Le marteau sans maître.
• Xenakis : Metastasis.
• Berio : Nones.
1955 :
Création du Studio de phonologie de la RAI à Milan (Maderna, Berio).
1956 :
Ligeti rencontre Stockhausen, après avoir fui la Hongrie.
• Stockhausen : Zeitmaße.
• Stockhausen : Klavierstücke XI. (forme ouverte)
• Boulez : Troisième sonate pour piano (forme ouverte).
• Nono : Il Canto Sospeso.
1957 :
• Stockhausen : Gruppen.
• Berio : Serenata.
1958 :
Fondation du Groupe de Recherche Musicale (GRM).
Création de l’ensemble et de la revue Die Reihe.
Boulez part pour l’Allemagne.
• Messiaen : Catalogue d’oiseaux.
• Boulez : Improvisation sur Mallarmé I et II.
• Stockhausen : Gesang der Jünglinge.
• Cage : Concerto pour piano.
• Berio : Sequenza pour flûte ; Thema (Omaggio a Joyce).
• Kagel : Anagramma.
1959 :
• Lachenmann : Souvenir.
• Berio : Tempi concertati.
• Scelsi : Quattro Pezzi (su una nota sola).
1960 :
• Messiaen : Chronochromie.
• Stockhausen : Kontakte.
• Schnebel : Glossolalie.
• Zimmermann : Die soldaten.
• Berio : Circles.