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Fihavanana et Humanisme à Madagascar

Le document discute du concept malgache du Fihavanana et comment il se compare à l'humanisme occidental. Le Fihavanana promeut la solidarité entre personnes de même famille ou ethnie, alors que l'humanisme prône l'égalité de tous les êtres humains sans distinction. L'auteur explore comment promouvoir davantage les valeurs d'humanisme à Madagascar.

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Fihavanana et Humanisme à Madagascar

Le document discute du concept malgache du Fihavanana et comment il se compare à l'humanisme occidental. Le Fihavanana promeut la solidarité entre personnes de même famille ou ethnie, alors que l'humanisme prône l'égalité de tous les êtres humains sans distinction. L'auteur explore comment promouvoir davantage les valeurs d'humanisme à Madagascar.

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Du Fihavanana à l’Humanisme
Par Toavina Ralambomahay
Revue de la Commision Nationale Malgache pour l’Unesco, Novembre 2013

Le Fihavanana serait unique au monde. Il n’existe qu’à Madagascar et participe aux éléments
qui font que les Malgaches soient uniques. Oui, car le Malgache lui-même serait unique. Nul ne
connaîtrait ses origines véritables qui resteraient à ce jour, « la plus belle énigme du monde ».
Dans la vie quotidienne, les théories occidentales sont défiées systématiquement. Le droit,
l’économie, les sciences (mathématiques, politiques etc.), aucun ne correspondrait à la réalité
malgache et tous devraient être adaptés voire souvent ignorés pour faire place à une pensée pure du
terroir. Beaucoup pensent queles diplômés des universités de Madagascar et d’ailleurs, les livresques
etc. n’apportent rien au développement du pays car manque d’ancrage malgache.

Le Malgache aurait une culture propre, une civilisation propre qui aurait été ni plus ni moins
abimée par les Anglais puis les Français sous le Royaumes Merina notamment avec leur Christianisme
et surtout après la défaite de Ranavalona III qui a ouvert à la colonisation française.

Contaminée par cette culture occidentale, le Malgache d’aujourd’hui devrait, selon certains,
revenir à ce que l’on appelle pudiquement « les valeurs morales anciennes » et redevenir Malgache.
Beaucoup estiment que les Malgaches ne sont plus… Malgaches. La carte d’identité nationale
malgache ne suffit pas –pure invention juridique-, les crises identitaires font rage.

Les associations ethniques, les associations d’originaires ont en général pour but de
perpétuer leur lignée en favorisant l’endogamie et/ou en pratiquant à nouveau les cultes de leurs
ancêtres. Des associations sont tout simplement pour le retour à la Monarchie. Pour eux, la culture
ancestrale doit se perpétuer et celui qui en a adopté d’autres est considéré comme perdu…selon
même certains, les Métis seraient des … « zombies » (ou sarin-dokotra).

« Le Fihavanana et le vouloir vivre ensemble »

D’ailleurs pour « pouvoir vivre ensemble », une culture partagée est une condition sine qua
non chez le Malgache…il est loin du vouloir vivre ensemble du Français Renan ou « vouloir vivre
ensemble » ne requiert pas une culture commune, une religion commune, des ancêtres communs,
une langue commune. Pour Renan, il suffit de « vouloir ».

Le Malgache, acté par l’accord politique entre Radama Ier et Farquhar, gouverneur anglais à
Maurice, mais surtout aujourd’hui, ne cesse de faire un « aller-retour » entre son désir non assumé
et non avoué d’épouser le modèle étranger - en général occidental et chrétien- et de préserver ses
« propres » origines. Cette problématique, dans sa globalité, est partagée par tous les pays d’Afrique
et fait l’objet de préoccupations de bien de chercheurs.

Du reste, le Fihavanana participe à cette culture qu’il faudrait retrouver pour redevenir
« malgache ». Or, personne n’a jamais pu lui donner une définition partagée par tous les Malgaches.
À la limite, le Malgache s’enorgueillit de ne pas pouvoir le définir, signification de sa complexité
même. Unique, il serait aussi intraduisible.

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Néanmoins, le fihavanana est une sympathie naturelle que l’on voue à l’autre. L’autre que
l’on considère comme son semblable. Il faut, ici, s’attarder sur le terme semblable. Dans la pensée
occidentale des Lumières –doctrine qui est restée valable aujourd’hui-, « semblable » c’est tout
Homme ou Femme sans distinction. Or semblable dans la pensée malgache, manifestée par le
Fihavanana c’est celui, au risque de se répéter, qui est comme soi.

Entre Malgaches il y a alors des clivages. Le Fihavanana n’est valable qu’entre personnes de
même famille ou entre des personnes de même ethnie ou entre personne de même caste. A
contrario, il est difficile d’avoir du Fihavanana entre deux personnes de familles totalement
étrangères ; difficile d’avoir du Fihavanana entre deux personnes de différentes ethnies (sauf, et cela
reste encore à vérifier, devant un adversaire étranger commun) ; difficile d’avoir du Fihavanana entre
une personne qui croit être Andriana (noble) et une autre considérée Andevo (esclave).

Bien sûr, il est impossible pour un Malgache de faire du Fihavanana avec un homme au faciès
karana (d’origine indienne ou pakistanaise), français, chinois ou sénégalais.

Ce qui est encore plus difficile pour un Malgache se déclarant merina car il y a très peu de métis
« merina-karana » ou « Merina Sinoa », ou « merina Français », ou « merina sénégalais » qui tendrait davantage
vers le faciès « classique » merina. Au contraire dans les régions côtières, le métissage Sinoa Betsimisaraka, ou
Antakarana-Karana, Tsimihety -comorien etc. sont très fréquents.

Prenons un exemple de la vie quotidienne, le prix d’un produit artisanal au marché ne sera
jamais le même pour un Malgache au « faciès classique » que pour un Malgache de faciès autre.

L’humanisme ne rejoint pas le Fihavanana

De nos jours, le niveau de vie compte aussi. Il est difficile pour un Gasyambony (individu à
revenu élevé) de faire du fihavanana avec un vahoakamadinika (un indigent). Par exemple, si dans un
passé récent, pour se marier il fallait décliner son arbre généalogique, aujourd’hui, il faut aussi
présenter sa fiche de paie, voire ceux de ses parents…

Finalement, le fihavanana est raciste. Dans la société malgache, il existe une hiérarchie. Tous
les hommes ne sont pas égaux. Le raiamandreny n’est pas égal au zanaka par exemple. Le parricide
(dans le sens philosophique et non pénal : se défaire de l’autorité paternelle ou être indifférent à la
(dés)approbation paternelle ) n’est même pas imaginable. Un homme, même quinquagénaire, ne
sera jamais que le fils de son père surtout si ce père est toujours vivant. Affronter son père n’est
même pas du domaine du possible pour le Malgache.

Et le valim-babena est impératif. Il s’agit du fait que les enfants doivent supporter leurs
parents car ces derniers ont bien daigné les élever. L’argument peut aller jusqu’à dire « je t’ai donné
la vie » comme si l’enfant avait souhaité naître. Quoiqu’il en soit, il est vrai que dans la loi française,
l’enfant doit porter secours à ses parents. Le but n’est pas non plus de laisser un parent mourir mais
de s’occuper de son parent non pas par devoir mais par humanité.

Pire, il existe même un concept qui dit qu’un couple doit enfanter dans le but que ces
enfants-là s’occupent d’eux plus tard. Raison peut-être pour laquelle, les parents d’aujourd’hui dans
leur jeunesse ne se sont pas assez battus pour avoir une retraite décente. En effet, les retraites
dispensées par la caisse de prévoyance sociale malgache sont risibles.

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À notre humble avis, l’humanisme ne rejoint pas le fihavanana. Le fihavanana ne se traduit
pas par l’Humanisme et il est certain que ceux qui prônent le purisme malgache ne tolèrerait pas que
le Fihavanana soit l’équivalent de ce concept occidental très récent. Il y perdrait sa spécificité et sa
fierté d’être unique.

L’Humanisme est un concept clair. On peut estimer qu’il a aussi eu le temps de mûrir. Il fait
peut-être acte des clivages mais le dépasse immédiatement. Il ne distingue plus le Noir du Blanc
(maintysyfotsy) ; le métèque du national (gasy, vazaha), le PDG du métallo (Gasyambony et
vahoakamadinika) etc.

Beaucoup objecteront en disant « cela arrivera peut-être mais laissons du temps au temps ».
Comme si cela pourrait arriver naturellement et sans besoin d’aucune intervention humaine. Comme
si vouloir l’humanisme était une absurdité pour la société malgache car elle doit aller dans un autre
sens.

Quoiqu’il en soit, plusieurs associations ont été créées et se créent encore pour se battre
pour les droits de l’Homme. Elles se focalisent sur des thèmes comme le droit des enfants, des
travailleurs, des femmes, le droit des citoyens à des élections crédibles, le droit des prisonniers, des
personnes portant le virus du Sida, des homosexuels, des personnes handicapées,etc. Mais aucune
ne s’est encore attaquée à cet aspect du Fihavanana qui est un côté très délicat car culturel. De ce
point de vue, il est clair qu’humanisme n’épouse pas le Fihavanana. À quoi servirait-il de lutter pour
les droits de l’Homme si le Malgache depuis la nuit des temps en était imprégné au moyen du
Fihavanana. De la même manière que même en Occident, la bataille pour les Droits de l’Homme est
loin d’être finie. Son ennemi principal sous ces cieux- là s’appelle le conservatisme.

Comment faire triompher l’humanisme ?

La question est maintenant de savoir comment faire triompher l’Humanisme à Madagascar.


L’éducation, surtout celle d’aujourd’hui semble déjà favoriser ce mouvement car elle est d’inspiration
française.Elle a répandue cette idéologie des Droits de l’Homme. Mais en réalité, il n’en est rien. Le
système français adapté « à la malgache » perpétue le clivage. Il fige la hiérarchie entre maître et
élève. Cet état de fait existe jusqu’aux études supérieures. Il n’y a pas de place aux débats dans les
établissements scolaires. La culture du débat qui n’existe pas en politique a en fait pour origine
l’absence d’habitude d’un temps d’échange en classe. Le défaut de documentation à la portée des
apprenants favorise le culte du professeur qui devient le seul et unique source de savoir. Il y a même
des cas où des professeurs s’attendent à ce que leurs étudiants leur réécrivent exactement leur cours
lors des examens… ceci est valable même dans les régions les plus développées de Madagascar.

La constitution consacre le statut de raiamandreny et zanaka en assimilant les raiamandreny


aux dirigeants et les zanaka à la population. Celle de 1993 puis celle d’AndryRajoelina même si elle
n’est pas reconnue par tous. Il en découle une infantilisation. Les dirigeants doivent être bienveillants
à l’égard de la population quand ils doivent tout simplement exécuter le mandat pour lequel ils ont
été élus.

Ils ont du mal à sanctionner leurs « enfants » surtout s’ils devaient s’agir d’une peine légale
car cela peut leur être reproché un jour. Il est préférable par exemple de laisser un ancien
responsable en exil plutôt que de lui faire un procès exemplaire. Ou encore de laisser le soin au

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« Tody » de punir ou récompenser un individu. Si une personne soupçonnée coupable d’infraction
meurt, le Malgache estime que cela est une punition divine alors que l’Occidental dirait qu’il est mort
libre. Inacceptable aux yeux de l’Occidental mais conforme à la Justice aux yeux des Malgaches épris
de Fihavanana.

Toujours dans le domaine légal, la loi est un concept éloigné. Le Dina (loi du fokonolona ou
clan) prime. Or, il est inhumain. Il n’y a aucune procédure d’enquête et les sanctions tombent aussi
vite que les inculpations. Les sanctions peuvent être inhumaines. L’humanisme triomphera alors par
l’usage du droit quitte à assimiler le Dina à la loi en lui prescrivant les normes des droits humains.

Finalement, l’Humanisme est un combat de longue haleine, comme celui de la démocratie.


L’Occident a mis des millénaires pour aboutir à cette forme d’Humanisme dans laquelle il vit avec des
combats toujours inachevés. Mais, à tous ceux qui croient en l’humanisme, ne baissons pas les bras.

ToavinaRalambomahay,
Auteur http://www.priceminister.com/s/toavina

Bibliographie sommaire:

ANDRIAMANJATO, Richard Mahitsison, Le tsiny et le tody dans la pensée malgache, édition Salohy,
1957.

BADIE, Bertrand, L’Etat importé. Essai sur l'occidentalisation de l'ordre politique, Paris, Fayard, 1992,
334p.

CHRISTIAN, Alexandre, Le Malgache n'est pas une île, Foi et justice, 2003.

CHRISTIAN, Alexandre, Violences Malgaches, Foi et justice, 2007.

DUBOIS, Robert, L’identité malgache, la tradition des ancêtres, Karthala, Paris, 2002. 171p.

L’esclavage à Madagascar, Aspects historiques et résurgences


contemporaines/NyfanandevozanatetoMadagasikaranyfiainan’nyAndevofahizaysynytarazonyankehit
riny-, Actes du colloque International sur l’esclavage, Antananarivo, 24-28 septembre 1996, édité par
l’Institut de Civilisations - Musée d’Art et d’Archéologie, Antananarivo, 1997

LEBRETON, Gilles, Libertés publiques et droits de l’Homme, Armand Colin, coll. U, Paris, 2001, 522 p.

NGOM. S. Benoit, Les droits de l’Homme et l’Afrique, Silex éditions, 1984, 110 pages.

RALAMBOMAHAY, Toavina, Madagascar dans une crise interminable, Ed. L’Harmattan, Paris,
Janv.2011, 140p.

RASAMOELINA, Harisoa, Croyances et instrumentalisation à Madagascar, ETUDE, Fondation Friedrich


Ebert, Mars 2012, 15p.

ROUBAUD François, Identités et transition démocratique : L’Exception malgache, p.190-191 : « le


mariage inter-ethnique n’est pas un tabou…mais les Merina sont les plus réticents », Tsipika-
l’Harmattan, 2000, 254p.

URFER, Sylvain, Le doux et l'amer :Madagascar au tournant du millénaire, Foi et Justice, 2003, 267p.

5
URFER, Sylvain, L'espoir et le doute: un quart de siècle malgache, Foi et Justice, 2ème édition, 2000,
227p.

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