Niveau : PREMIERE toutes séries
CÔTE D’IVOIRE – ÉCOLE NUMÉRIQUE
Discipline : PHILOSOPHIE
COMPETENCE III : TRAITER UNE SITUATION RELATIVE A L’HISTOIRE DE LA
PHILOSOPHIE PAR LA CONNAISSANCE DES AUTEURS ET DE LEURS PENSEES.
THEME : Aperçu de l’histoire de la philosophie
LEÇON 2 : LE MOYEN-AGE ET LA RENAISSANCE
SITUATION D’APPRENTISSAGE
Au cours de l’émission télévisée « Grands Débats » du mois de mars 2020, l’un des intervenants a
soutenu que l’exercice du pouvoir politique est inséparable du Machiavélisme. Le lendemain, certains
élèves de la classe de Première du Lycée Moderne des Jeunes Filles de Bouaké qui ont suivi l’émission,
échangeant avec leurs camarades, reconnaissent toutes que ce mot est lié au nom du philosophe
Machiavel. Pour en savoir davantage sur cet auteur et son époque, elles entreprennent des recherches
pour déterminer et apprécier les conceptions philosophiques dominantes du Moyen-Âge et de la
Renaissance.
Introduction
Le Moyen-âge et la Renaissance est la période comprise entre le VIème siècle et le XVème siècle après
J-C. Les préoccupations philosophiques majeures de cette époque sont, d’une part, les rapports entre la
philosophie et la religion et d’autre part la philosophie et la politique.
I. LES RAPPORTS ENTRE LA PHILOSOPHIE ET LA RELIGION AU MOYEN-AGE
A- SAINT AUGUSTIN
Texte :
Deux amours ont fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu la cité terrestre, l’amour de
Dieu jusqu’au mépris de soi la cité céleste. L’une, en somme, se glorifie en elle-même, l’autre dans le
Seigneur ; car l’une recherche la gloire auprès des hommes, alors que pour l’autre, Dieu, témoin de sa
conscience, est la principale gloire. L’une, dans sa gloire, lève la tête ; l’autre dit à son Dieu : « Tu es ma
gloire, et tu élèves ma tête ».1 « L’une, dans ses chefs, et à propos des nations qu’elle soumet, est dominée
par la passion de dominer ; l’autre voit ses chefs décider et ses sujets obéir en se dévouant les uns aux
autres par charité. L’une, en ceux qui la gouvernent, aime sa propre force ; l’autre dit à son Dieu : « Je
t’aimerai, Seigneur, toi qui est ma force ».2Aussi les sages de la première cité, vivant comme des
hommes, ont-ils recherché les biens du corps, de l’âme, ou des deux. Et ceux qui ont pu connaître Dieu
ne l’ont pas honoré comme Dieu, et ne lui ont pas rendu grâce, mais se sont perdus dans la vanité de leurs
méditations, et leur cœur insensé s’est obscurci (…) Ils ont accordé honneur et dévouement à la créature
plutôt qu’au Créateur. Dans l’autre cité en revanche, il n’y a d’autre sagesse humaine que la piété, qui
1
rend honneur au vrai Dieu, et qui attend comme récompense, dans la société des saints hommes comme
des saints anges, « que Dieu soit tout en nous ».3
Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIV, 28.
1. Psaumes, III, 4.
2. Psaumes, XVII, 2.
3. Saint Paul, Première Epître aux Corinthiens, XV, 28.
1) Présentation de l’auteur
Saint Augustin (354-430 après J-C) est né en Algérie. Il se convertit au christianisme et est ordonné prêtre
en 391. Il est nommé évêque en 396. Il est le premier grand penseur chrétien. Sa philosophie est
influencée à la fois par Platon et par la religion catholique. Il est le plus important des Pères de l’Eglise,
c’est-à-dire les premiers philosophes chrétiens à avoir élaboré une synthèse entre la philosophie et la
religion. Il a écrit, Les Confessions, La Cité de Dieu.
2) Explication littérale
- L’amour de soi (L1) : c’est l’amour que l’homme porte à sa propre personne au point de mépriser
Dieu. Cet amour se caractérise par l’introversion, l’égocentrisme et surtout l’orgueil.
- Cité terrestre (L1) : C’est la terre des hommes ; c’est la cité humaine dominée par le désir, les
passions, la glorification de soi, la domination exercée sur les autres.
- L’amour de Dieu (L1) : C’est l’amour que l’on porte à Dieu. Cet amour trouve sa glorification en
Dieu. Attachement de l’homme à Dieu ; glorification de Dieu.
- Cité céleste (L2) : C’est la cité de Dieu fondée uniquement sur l’amour.
- Dieu (L3) : Être immuable, absolu et parfait. L’unique source de la vérité présente en l’homme
- Passion de dominer (L5) : Désir absolu d’exercer le pouvoir, le fait d’être assoiffé de pouvoir.
- La charité (L6) : Le don de soi, l’amour de Dieu, principe fondamental du christianisme qui
montre que le cœur de l’homme est le sanctuaire de Dieu. Attachement de l’homme à Dieu.
Glorification de Dieu
3) Identification de la position de l’auteur
Il existe deux cités : la cité terrestre et la cité céleste. La première, celle des hommes, se caractérise par
l’amour de soi, le mal, la domination ; la seconde, fondée par le Christ, se caractérise par l’amour de
Dieu, le don de soi, la charité.
B. COMPLEMENTARITE ENTRE PHILOSOPHIE ET RELIGION
Pour Saint Augustin, la philosophie est l’amour de la sagesse. Or la vraie sagesse est l’amour de Dieu.
Donc la philosophie est l’amour de Dieu. Au total, pour Saint Augustin, foi et raison sont
complémentaires.
II- LES RAPPORTS ENTRE LA PHILOSOPHIE ET LA POLITIQUE A LA
RENAISSANCE
A- NICOLAS MACHIAVEL
Texte :
Il faut comprendre qu’un prince, surtout quand il est nouveau, ne peut bonnement observer toutes ces
conditions par lesquelles on est estimé homme de bien ; car il est souvent contraint, pour maintenir ses
2
Etats, d’agir contre sa parole, contre la charité, contre l’humanité, contre la religion. Ce pourquoi il faut
qu’il ait l’entendement prêt à tourner selon que le vent de la fortune et le changement de circonstances le
lui commandent, et, comme j’ai déjà dit, ne s’éloigner pas du bien, s’il peut, mais savoir entrer au mal,
s’il y a nécessité. Le Prince doit donc prendre grand soin que jamais ne lui sorte de la bouche propos qui
ne soit plein des cinq qualités que j’ai dessus nommées, et sembler à qui le voit et l’entend, toute
miséricorde, toute fidélité, toute intégrité, toute humanité, toute religion. Et n’y a chose plus nécessaire
que de sembler posséder cette dernière qualité. Les hommes, en général, jugent plutôt avec les yeux
qu’avec les mains, car chacun a occasion de voir, mais de tâter, bien peu.
Nicolas Machiavel, Le Prince, Ch. XVIII.
1) Présentation de l’auteur
Nicolas Machiavel (1469-1527) est né à Florence, ville italienne. L’Italie, à cette époque, est déchirée
par les batailles que se livrent ses multiples principautés. Devenu Secrétaire de la Seconde Chancellerie
(Ministère des Affaires Etrangères), il voyage beaucoup, étudie, compare les gouvernements des autres
Cités. Emprisonné par les Médicis, il écrit, dans sa prison, son œuvre majeure : Le Prince. Le Prince est
un ouvrage de philosophie de l’histoire, d’anthropologie et de philosophie politique.
2)Explication littérale
- Le Prince (L1) : C’est le souverain ; celui qui exerce le pouvoir. Il incarne l’Etat.
- Etat (L1) : Terme créé par Machiavel pour désigner l’institution du pouvoir souverain
- Il (le Prince) est souvent contraint, pour maintenir ses Etats, d’agir contre sa parole, contre la
charité ; contre l’humanité, contre la religion (L3-L4) : Pour assurer la pérennité de l’Etat et
l’unité de la société, le souverain par réalisme, doit être aussi méchant que ses adversaires, ses
ennemis.
3)-Identification de la position de l’auteur
La conservation du pouvoir politique et le maintien de l’ordre social, place le souverain au-dessus de
toutes considérations sentimentales et valeurs morales.
B-LA COMPLEMENTARITE ENTRE LA PHILOSOPHIE ET LA POLITIQUE
La philosophie doit contribuer efficacement à la gestion du pouvoir politique, c’est-à-dire l’acquisition,
l’exercice et la conservation de celui-ci.
ACTIVITE D’APPLICATION
Mets une croix dans la case qui correspond à la période de chaque auteur :
AUTEURS MOYEN-AGE ET RENAISSANCE
Moyen-âge Renaissance
SAINT THOMAS
D’AQUIN
N. MACHIAVEL
JEAN CALVIN
SAINT AUGUSTIN
MARTIN LUTHER
3
EXERCICE
Activité d’application
Relie chaque auteur à la position qu’il défend :
« IL n’est pas bien nécessaire qu’un prince
SAINT AUGUSTIN possède toutes les bonnes qualités »
« Dieu nous a envoyé des signes qui nous
avertissent que l’éternité, la vérité et le
bonheur ne sont pas de ce monde ».
« La vie bien heureuse consiste en
N. MACHIAVEL l’absence de troubles du corps et de
l’âme ».
SITUATION D’EVALUATION
Après le cours de philosophie qui montre les relations entre philosophie et religion au Moyen-Âge, un
élève de ta classe vient te faire part de la discussion qui l’a opposé à un élève de la classe voisine. Pour
ce dernier, depuis toujours, les philosophes sont tous des athées. Convaincu de tes connaissances sur
cette période, il te sollicite pour instruire son camarade. Aide-le avec ce texte de Saint Thomas d’AQUIN.
Texte :
Il faut dire que les dons des grâces s’ajoutent à la nature de telle sorte qu’ils ne la suppriment pas, mais
plutôt la mènent à sa perfection ; c’est pourquoi la lumière de la foi, qui est répandue en nous
gratuitement, ne détruit pas la lumière de la raison naturelle mise en nous par Dieu. Et quoique la lumière
naturelle de la pensée humaine soit insuffisante pour la manifestation de ce qui est manifestée par la foi,
cependant, il est impossible que ce qui est manifesté divinement par la foi soit en contradiction avec ce
qui est mis en nous par la raison. Il faudrait en effet que l’un ou l’autre soit faux, et puisque l’un, ou
l’autre nous vienne de Dieu, Dieu serait pour nous source d’erreur, ce qui est impossible (…) Comme la
religion est fondée sur la lumière de la foi, la philosophie l’est sur la lumière de la raison. De là découle
l’impossibilité que ce qui est philosophique soit contradictoire avec ce qui est religieux.
(…) Il y a dans la philosophie des images des vérités de foi et pour ainsi dire des préambules à
ces vérités. Si dans les propos philosophiques, il se trouve quelque chose qui soit en contradiction avec
la religion, ce n’est pas là de la philosophie, mais plutôt une perversion de la philosophie venant de la
défiance de la raison.
Saint Thomas d’AQUIN, De la Trinité.
Consignes
1. Identifie trois connecteurs logiques et détermine leur fonction.
2. Dégage la problématique du texte
3. Apprécie la thèse de l’auteur.