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Psaumes de Délivrance et Protection

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Les Psaumes dans la passion de Jésus

« Jésus cria d’une voix forte :


« Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? »

«Mon Dieu, mon Dieu,


pourquoi m’as-tu abandonné ?» Mc 15,34

Jérôme Bosch, Le portement de croix,1516

« Jésus poussa un grand cri ; il dit : Séisme en Haïti, La Vie, 21 janvier 2010

« Père, entre tes mains,


je remets mon esprit ».

Et sur ces mots, il expira » Lc 23,46


Pour animer le rencontre D7/1bis
Les psaumes dans la Passion de Jésus

Nous avons souvent rencontré dans les psaumes des versets qui nous ont fait penser à la
Passion de Jésus. Ce dossier ne sera pas seulement l’occasion de se dire : Jésus a accompli
les Ecritures. Au risque de penser qu’il avait un programme tout fait à réaliser et qu’il lui
suffisait d’aller chercher dans l’Ancien Testament ce qu’il avait à faire.

Bien plus cette rencontre nous permettra de prendre conscience de la manière dont les
évangélistes ont procédé pour nous dire : « qui est Jésus » dans le grand projet de Dieu dont
nous parlent les Ecritures.

Comment procéder ?

1) Faire l’inventaire

• Rappelons-nous les psaumes (et si possible des versets) qui évoquent pour nous
la Passion de Jésus
• Relisons par exemple le Ps 22 (21) et le Psaume 31 (30) en entier pour en
retrouver le mouvement d’ensemble
• Voir l’inventaire des psaumes utilisés dans la Passion grâce aux fiches D7/2 et
D7/3
Prendre le temps de les situer non seulement dans les épisodes de la passion
mais aussi dans tel ou tel évangile.
Ceci pour prendre conscience que les évangélistes ont recouru aux
psaumes de manière différente, en fonction de ce qu’ils voulaient
transmettre à leur communauté :
- Mt et plus encore Mc présentent Jésus abandonné par les siens à
une communauté qui subit la persécution
- Luc souligne la communion constante de Jésus à son Père
- Chez Jean, Jésus ne meurt pas seul. Jean souligne que « Tout est
achevé » Jn 19,28
• Si les participants ont un Nouveau testament, on pourra parcourir Mc 15 pour
repérer de plus près comment le psaume 22 y est utilisé (Fiche D7/5)

2) Réfléchir

• La question : qu’est-ce qui est historique ? ne manquera pas de se poser.


A partir de quelques exemples, on essaiera d’abord de retrouver ce qui est
historiquement possible.
Puis, on verra comment les évangélistes ont fait usage des Ecritures pour donner
du sens à ces faits. (Fiche D7/4)
• La fiche D7/6 tente une synthèse sur le « pourquoi ces psaumes ont été utilisés »
et répond à la grande question de l’abandon de Dieu.
La Passion de Jésus est aussi la Passion du Père, pour nous les hommes et pour
notre salut.

3) Actualisation – Prière
Les événements récents d’Haïti tout comme la Shoah au XXème siècle font aussi
écho aux psaumes (Fiche D7/8)
Y trouverons-nous de quoi nourrir notre prière ? La fiche D7/7 nous propose un
« parcours santé ».
Les Psaumes dans les récits de la Passion D7/2

Pour donner un sens aux événements de la Passion, les évangélistes recourent à


l’Ancien Testament et plus particulièrement aux Psaumes. La plupart des citations ou
allusions sont concentrées dans les récits se rapportant à la croix et à la mort de
Jésus
Mt Mc Lc Jn
Au jardin des Oliviers
Ps 42,6 : Mon âme est triste à en mourir 26,38 14,34

Les procès de Jésus


Jésus devant le Sanhédrin
Ps 110,1 : … Assis à la droite 26,64 14,64 22,69

La crucifixion
Ps 69,22 : le fiel 27,34
Ps 22,19 : partage des vêtements 27,35 15,24 23,34 19,24
Ps 22,8 : moqueries
hochements de tête 27,39 15,29
Ps 22,9 : « Il a compté sur Dieu… » 27,43
Ps 22,2 : « Mon Dieu, pourquoi… » 27,46 15,34
Ps 22, 16 ou 69,22 : « J’ai soif » 19,28
Ps 69,22 : la boisson 27,48 15,36
Ps 31,6 : « Entre tes mains… » 23,46

Après la mort
Ps 38,12 Les familiers à distance 23,49
Ps 34,2 Aucun os brisé 19,36

En italique souligné, les allusions ou citations mises dans la bouche de Jésus

De Gethsémani au procès

Dans les récits évangéliques de la Passion, certains psaumes sont mis dans la bouche de
Jésus. Ainsi, en est-il pour les 5 références aux psaumes 42 et 110, au jardin des Oliviers
et lors du procès de Jésus (en Mt, Mc et Lc).

Le psaume 42
À Gethsémani, Jésus laisse deviner ses souffrances en reprenant le ps 42, 6 (Matthieu et
Marc) : « Mon âme est triste à en mourir ». Ce psaume est une lamentation individuelle. Par
son genre littéraire, il est proche des paroles du Serviteur Souffrant d'Isaïe. Il exprime les
sentiments du Christ à l'heure de sa Passion.

Le psaume 110
Lors de la comparution de Jésus devant le Sanhédrin, les synoptiques mettent une citation
du psaume 110,1 dans la bouche de Jésus: «vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la
droite du Tout-Puissant» Chez Marc, c'est la seule parole prononcée par Jésus au cours de
son procès. Elle est décisive, puisqu'elle procurera un motif de condamnation à mort aux
membres du tribunal, eux qui avaient vainement fait intervenir de faux-témoins. Le titre :
«Fils de l'Homme» répond à la question du grand-prêtre: « Es-tu le Christ, le Fils du Béni ?»
Ainsi l'identité de celui qui va vivre la Passion est révélée.

D’après Maurice AUTANE, DB n°68 p.22-24


Dans les récits de la crucifixion et de la mort D7/3

Dans les récits se rapportant à la croix et à la mort de Jésus, trois psaumes sont
employés : le Ps 31, et surtout le Ps 22 et le Ps 69.

Le Psaume 22 offre le plus de parallèles avec les récits de la Passion. Il est le psaume
des derniers instants de Jésus.

Les quatre évangélistes utilisent tous ce chant du juste persécuté ; toutefois le tableau
des correspondances (cf. D7 /2) laisse apparaître qu’ils n’ont pas tous recours aux
mêmes versets. Exception faite du verset 19 : « ils se partagent mes habits et tirent au
sort mes vêtements ».

« Tous ceux qui me voient me raillent, ils ricanent et hochent la tête » (Ps 22,8)
Luc cite seulement la première partie de ce verset (la moquerie), tandis que Matthieu et
Marc retiennent la fin, le hochement de tête.
Dans la suite de l'épisode, Matthieu est le seul à raconter l'ironie des grands prêtres et
des scribes se jouant de Jésus en croix : Il s'est confié en Dieu, qu'il le délivre...! (Ps
22,9)

« Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné? » (Ps 22,2)


Ce verset qui exprime un sentiment d’abandon, devient les dernières paroles de Jésus
chez Matthieu et Marc. Le psaume 22 se compose de deux parties : la 1ère exprime un
sentiment d'abandon et de détresse. Dans la seconde, suite à un retournement radical,
le priant dit sa confiance en Dieu qui le sauve. Les récits de la Passion ne citent que le
début du psaume.

« J’ai soif »
Cette parole de Jésus, dans l’évangile de Jean (Jn19, 28) peut faire allusion soit au Ps
22,16, soit au Ps 69,22.

Le psaume 31 Le psaume 69

Tout au long de son évangile, Luc souligne la « Ils me font boire du vinaigre » Ps
communion constante de Jésus au Père. 69, 22
Cette confiance filiale prend tout son relief En allusion au Ps 69,22, l’évangéliste
dans le cri d’agonie de Jésus : « Père, entre Matthieu est le seul à parler de fiel
tes mains, je remets mon Esprit » (Lc 23, 46). (Mt 27,34).

Après la mort de Jésus :

Le psaume 38
« Mes proches se tiennent à distance » Ps 38, 12
Après que Jésus a rendu son dernier souffle, Matthieu et Marc racontent que des femmes
gardent distance. Luc fait la même allusion au psaume 38,12 lorsqu’il précise, qu’au moment
de la mort de Jésus, tous ses amis se tenaient à distance (Lc 23,49)

Le psaume 34
« Il veille sur tous ses os, pas un seul ne s’est brisé »
Jean rapporte que lorsque les soldats viennent chercher le corps de Jésus, ils ne lui brisent
pas les jambes L'évangéliste y voit un accomplissement du Ps 34,21 qui décrit le juste
souffrant.

D’après Maurice Autané, DB n°68 p.22-24


Une lecture théologique d’événements historiquement possibles D7/4

Les récits évangéliques ne sont pas des biographies de Jésus mais des témoignages
de foi, l'annonce faite par des croyants d'une bonne nouvelle qu'ils veulent
communiquer à d'autres.
La façon de raconter les faits, d'utiliser des images, de relever ou de transformer des
détails pour les relier à l'Ecriture a pour objectif de manifester la signification de ces
événements relus dans la foi.

Quelques exemples :

L’épisode du partage des vêtements. La mention du vin mêlé de myrrhe

On peut penser qu'il y a à la base un que l'on présente à Jésus en croix. Le


souvenir historique, un fait brut que la fait a bien des chances d'être historique.
connaissance des coutumes de l'époque Cette coutume en tout cas est attestée
permet de retracer. Les dépouilles des dans le Talmud palestinien. Celui-ci note
condamnés à mort revenaient de droit aux en effet en relation avec Pr 31, 6sv: «
soldats ou à ceux qui remplissaient le rôle Quand un homme doit être exécuté, on
de bourreaux. lui permet de prendre un grain d'encens
Le fait est banal en soi mais les récits dans une coupe de Vin pour perdre
évangéliques ont une manière de le conscience (...) Les dames honorables
rapporter qui le sort de la banalité. Au lieu de Jérusalem se chargent de cette
de noter simplement: « Les soldats prirent tâche. (Traité sur le Sanhédrin, 43a).
ses vêtements », ils disent: « Ils partagent
ses vêtements en les tirant au sort », ce Le souvenir de ce geste revenait à la
qui est une citation du Psaume 22. mémoire des disciples lorsqu'ils
relisaient le Ps 69, 22. Dans cette
On a alors une lecture théologique de boisson anesthésiante donnée aux
l'événement historique: en utilisant le Ps condamnés en vue d'adoucir leurs
22 pour rapporter l'épisode, banal en lui- souffrances, on reconnaît la boisson
même, du partage des vêtements, on amère, le fiel, dont parle le psaume.
affirme indirectement que Jésus est
l'innocent persécuté dont parlait le Dès lors, le geste, banal en lui-même,
psaume, qu'il a été traité comme le prenait de l'importance. Il devenait lui
juste souffrant de l'Ecriture. aussi proclamation de l'accom-
plissement du dessein de Dieu.

« Ils ne lui brisèrent pas les jambes » Jn 19, 33.

Il y a sans doute, derrière Jn 19,33, un fait authentique, la coutume de briser les jambes
des crucifiés étant attestée par ailleurs.

Mais un chrétien, avec ce souvenir en tête ne pouvait plus lire le Ps 34, 21 comme
autrefois. .A moins que ce ne soit l'inverse. Relisant le Ps 34, 21, il découvrait le sens
profond et la portée d'un événement sans relief qui, autrement. aurait pu passer inaperçu
et dont le souvenir se serait effacé.

Par ailleurs, l’évocation par Jean de la coutume de briser les jambes des crucifiés renvoie
aussi à Ex12,46 : aucun os de l’agneau pascal ne doit être brisé.

Après la Passion, un chrétien ne pouvait plus lire les psaumes comme autrefois.
Mais l’inverse est aussi vrai : on ne peut plus lire l’Ancien Testament de la même
manière !
Le Psaume 22 dans le récit de la mort de Jésus ( Marc 15, 21-41) D7/5
Comment Marc utilise-t-il le Psaume 22 dans son récit, tout particulièrement au chapitre 15 ?
Les évocations sont constantes, importantes, consciemment recherchées.

Plan du Ps 22 Plan de Mc 15,21-41


Quatre temps : Quatre temps :
- un temps de désespérance, v.2 à 22a - le dépouillé crucifié, v.21-25
- un grand vide, au milieu du v.22 - les moqueries, v.26-32, 35-36
- un temps de louange, v.22b-26 - le désespoir et la mort, v.33-37
- un temps d’élargissement extrême, v. 27-32 - les témoins « amis », v.39-41

• Les plans des deux textes incluent donc une partie « plainte» devant l'incompréhension et la
violence des hommes, et une partie « reconnaissance finale» qui déborde le peuple d'Israël.
• Dans le temps de désespérance du psaume on retrouve le dépouillement, v.19, les moqueries, v.8,
et l’abandon, v.2, en sens inverse de Marc.

Des citations
Marc 15 Psaume 22
v.24 Ils partagent ses vêtements, en les tirant au v. 19 Ils partagent entre eux mes habits
sort et tirent au sort mon vêtement
v. 34 Jésus cria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi v.2 Mon Dieu, mon Dieu,
m’as-tu abandonné ? » pourquoi m’as-tu abandonné ?

Des allusions, des comparaisons, des paraphrases…


Mc 15, 27 : Avec lui, ils crucifient deux bandits, Ps 22 v.17 : Sauve-moi de la gueule du lion et de
l’un à sa droite, l’autre à sa gauche la corne des buffles

v. 29-30 : Les passants l’insultaient, hochant la v. 8-9 : Tous ceux qui me voient me bafouent, ils
tête et disant : « Hé ! Toi qui détruis le Sanctuaire ricanent et hochent la tête :
et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même en « Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
descendant de la croix. » Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »
v. 28 : La terre entière se souviendra
v.39 : Le centurion qui se tenait devant lui, voyant
et reviendra vers le Seigneur,
qu’il avait ainsi expiré, dit : « Vraiment, cet homme
chaque famille de nations se prosternera devant
était Fils de Dieu ! »
lui.
La réponse de Dieu, c’est la mort mais ici la délivrance

• On peut même aller un peu en-deçà, et un peu au-delà du chapitre 15 de Marc. A Gethsémani (Mc
14,35-36) on retrouve la plainte de Jésus, avec cependant une nuance de taille: elle est assortie d'un
« ce que tu veux », acte de confiance en Dieu.
• De même, la rupture du Ps 22,22 (le vide, l'inattendu) sera bel et bien là (Mc 16, 1-8 : le tombeau
vide), mais pas pour Jésus, pour les disciples.
d’après Daniel Guichard, Foi et Vie n° 27
Une histoire relue et interprétée dans la foi D7/6
Quel est le sens de ce constant rappel des psaumes dans les récits de la passion? Peut-on
en découvrir le but, l'intention théologique?
L’usage des Psaumes dans les récits de la passion constitue un lieu privilégié pour saisir le
genre littéraire des évangiles dans leur ensemble.
Les évangiles ne sont pas des reportages en direct des événements. Ces derniers sont relus,
réinterprétés à la lumière de la résurrection et de la vie de la première communauté chrétienne.
Nul doute que les disciples ont pris de plein fouet ce drame de la Passion. Seule la résurrection
leur permet de comprendre l'absurdité de la mort de Jésus. Peu à peu, en relisant les Écritures, en
se rappelant les paroles de leur maître, ils comprennent la signification profonde des événements.
Nous sommes en présence d'une théologie qui se dit à travers une manière de raconter les faits,
de relever des détails et de les relier à l'ensemble des Écritures. Des versets de psaumes en
apparence anodins, comme la mention du fiel, du vinaigre, prennent une dimension nouvelle. Dans
la bouche des chrétiens, les Psaumes se chargent d'un sens nouveau. Ils montrent la continuité
profonde de l'histoire du salut, entre l'Ancien Testament et Jésus. M. Autané, DB 68 p.24

Pourquoi tous ces psaumes dans la Dieu a-t-il réellement abandonné son Fils ?
passion de Jésus ?
Au calvaire, Jésus a supplié et Dieu s’est tu. Les
À l'exception du psaume 110, qui est un évangélistes, par la teneur de leur récit, attestent
psaume royal, tous les psaumes cités que ce cri et ce silence ne sont pas le signe d’un
dans la Passion (Ps. 22, 31, 38, 42, 69) réel abandon du Fils par le Père, mais l’expression
sont des psaumes de lamentation d’une communion d’où jaillit le salut du monde,
individuelle. rendant vraie cette parole : « Dieu a tant aimé le
Les évangélistes ont un double souci : monde qu’il a donné son Fils, son Unique, pour que
• montrer, d'une part, qui est Jésus, tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait
de quel type de messianisme il est le vie éternelle » (Jn 3,16).
porteur. Le message de salut qui vient de la Croix n’en
Il est le juste souffrant, l'innocent qui atténué pas l’horreur. Les « montages »
crie sa détresse devant ce qui lui ar- scripturaires, effectués par les évangélistes, ne
rive. En même temps, il est celui qui gomment pas la déréliction du Christ, ils en
manifeste sa confiance et sa foi en délivrent la signification salvifique.
Dieu.
On est loin du Messie tout-puissant Il y a bien au calvaire révélation de Dieu…
que le peuple attendait. L’heure des ténèbres est aussi l’heure du Père.
• montrer, d'autre part, que Jésus L’amour du Fils pour les hommes révèle alors sa
accomplit les Écritures. La citation propre source : l’amour du Père qui donne l’unique
des psaumes permet d'affirmer que bien qu’il ait jamais eu en propre de toute éternité,
les événements tragiques et son Fils bien-aimé, son unique. De ce lien du Père
scandaleux de la Passion et du Fils, manifesté visiblement aux hommes par la
correspondent au dessein de Dieu. déréliction de Jésus, jaillit l’Esprit (Jn 19,30) . «Tout
Dans cette même ligne, les chrétiens est accompli » peut dire le Christ selon saint Jean.
reliront le destin de Jésus à la Oui tout est accompli. Tout. Dieu même, Trinité,
lumière des récits du Serviteur Père, Fils et Esprit, pleinement révélés…dans nos
Souffrant du prophète Isaïe. (Is ténèbres.
B. REY, Nous prêchons un Messie crucifié p. 133-135
52,13-53,12) M. Autané, DB n°68 p.24

Le don du Père à la Passion


Dieu est « Père », non pas en tant qu'il anéantirait le Fils (selon nos concepts modernes et nos
pratiques aliénées de la paternité), mais en tant qu'il se donne à nous dans la vie et la mort du
Fils, dans l'amour qui fait vivre Jésus jusqu'au risque de la mort. Il n'est pas ce Dieu tout-
puissant que nous rêvons de devenir, ce Dieu auquel Adam croyait ravir son pouvoir. Il se veut, lui
aussi, lui d'abord, « dans la ressemblance des hommes », solidaire de leur destin et partageant
leur mort; non seulement proche mais vulnérable et réduit à l'impuissance. Tout entier dit parce
que tout entier donné : il est Père. Dieu est puissance infinie de don de soi, et Jésus n'est jamais
si proche de lui, si ressemblant avec lui, il n'est jamais si manifestement Dieu que sur la croix.
Alors l'exaltation de Jésus n'est pas une sorte de compensation ou de simple retour à l'origine:
c'est la pleine manifestation de ce qui était dit sur la croix: la gloire de Dieu, c'est la liberté d'aimer.
Extrait de J.-N. BEZANÇON, Le Christ de Dieu, DDB, 1980, p. 74.
Un chemin de prière D7/7

Chacun à sa façon, Xavier de Chalendar, Francine Carillo, Lytta Basset nous invitent à prier à
la manière des Psaumes sur les traces de Jésus.

Mon Dieu, je te parle, aujourd’hui, Au bout de l’horreur, Seigneur,


je crie vers toi tout le jour il est un pays que la lumière n’atteint plus
et tu ne réponds pas. Sous le ciel plombé par la haine,
l’horizon est tombé en lambeaux
Mon Dieu, mon Dieu et demain n’y ressemble plus à rien
je te parle de nouveau,
je crie vers toi toute la nuit Dans les rues labourées de silence,
et tu ne réponds toujours pas. un visage de femme
- un seul, mais qui remplit l’univers -,
Alors, mon Dieu, mon Dieu, se tient en agonie jusqu’à la fin des temps
pourquoi m’as-tu abandonné ?
Moi , je ne t’abandonne pas, Souffrance sans nom,
je te parle, je te pose question. déchirure à jamais de tout ce qui fut vivant

Je te dis mes peurs, mes angoisses, A l’insoutenable de ce regard,


je cite mes adversaires, mes ennemis, nous mesurons, Seigneur
j’espère entendre ta parole, l’abîme de notre impuissance
je te fais toujours confiance.
C’est de là que nous te parlons ce matin, de ce lieu
Mon Dieu, mon Dieu… inconfortable et propice à la culpabilité
De là, nous apportons nos questions et nos révoltes,
100 prières inspirées des Ps, [Link] Chalendar, Salvator
nos craintes et nos lassitudes

Et te parler ouvre déjà en nous


A toi je peux bien le dire, Seigneur : un espace visible à l’œil nu,
il y a des jours où le brouillard me submerge, mais vibrant d’une présence
des jours hermétiques, sans avenir, dont nous retrouvons la mémoire :
où tu n’en finis pas de t’effacer
derrière les décors de mon histoire Jésus, l’humilié entre tous,
les mains ouvertes sur le bois de la croix
Mais je crois, oui je crois pour barrer la route aux démons de la terre !
que tu étais au rendez-vous de la colline,
présence invisible Par lui, avec lui et en lui,
dans le brouillard de ce Vendredi-là ! tu nous donnes l’humilité de dire,
à travers les buissons de l’impuissance,
Alors m’envahit le cri de Jésus dans la nuit, non pas « je ne peux rien »,
et quelque chose monte en moi mais « je crois, viens au secours de mon manque de foi ! »
que je voudrais aussi crier
Prête l’oreille, Seigneur, Par lui, avec lui et en lui,
à ce cri que j’ai si longtemps étouffé tu ravives en nous
parce qu’il ne fallait pas, l’énergie de demeurer veilleurs
parce que je ne voulais rien montrer, sur le coin de terre qui est le nôtre
parce que personne n’entendait !
Forts de cet élan, nous intercédons maintenant
Je crois, oui je crois que tu étais… dans le silence de nos cœurs
pour tous ceux et toutes celles
Alors me revient le souvenir des ténèbres qui comptent sur notre prière et notre affection…
et je m’y suis englouti-e avec le Christ
Mais les ténèbres ont pris fin, parole d’Evangile : Francine Carrillo, Traces vives, Labor et Fides
è è
elles ont duré « de la 6 à la 9 heure »
Plante en moi, Seigneur, ce souvenir vivant :
à la 9è heure, tu as déchiré la nuit
et Jésus est entré dans la Vie… Continuer à parler, à crier, avec X. de Chalendar,
Et l’heure vient où ma nuit prendra fin retrouver la mémoire de Jésus avec F. Carrillo,
croire en sa présence ce Vendredi-là,
Car je crois, oui je crois que tu étais … croire en sa présence dans tous nos vendredis,
Lytta Basset, Traces vives, Labor et Fides pour toujours croire en la Vie, comme Etty Hillesum
(cf. page suivante)
Actualisation D7/8
12 juillet 1942
Priants dans l'épreuve
Prière du dimanche matin
Chaque nouvelle catastrophe remet au
jour de vieilles questions : comment le mal a-t-il pu Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu.
s'introduire dans la création ? Si Dieu existe, pourquoi le mal, Cette nuit pour la première fois je suis
pourquoi tant de victimes innocentes. Les réponses restée éveillée dans le noir, les yeux
généralement avancées ne sont guère satisfaisantes. brûlants, des images de souffrance
L'attitude du peuple haïtien en ces jours où se jouent la vie et humaine défilant sans arrêt devant
la mort d'un grand nombre est une invitation à s'interroger en moi. Je vais te promettre une chose
d'autres termes. mon Dieu, oh, une broutille: je me
garderai de suspendre au jour présent,
Dès les premiers jours qui ont suivi le tremblement de comme autant de poids, les angoisses
terre, les journaux et les télévisions ont montré des que m’inspire l’avenir ; mais cela
hommes, des femmes et des enfants chanter et prier, dans demande un certain entraînement.
les rues, sous leurs abris de fortune, près des ruines de Pour l’instant à chaque jour suffit sa
leur église, sur les monceaux de gravats sous lesquels peine.
étaient parfois ensevelis certains de leurs proches. Je vais t’aider mon Dieu à ne pas
Les commentateurs, tout en se montrant respectueux, t’éteindre en moi, mais je ne puis rien
cachaient mal leur étonnement, leur admiration ou leur garantir d’avance. Une chose
circonspection : comment peut-on encore prier dans des cependant m’apparaît de plus en
circonstances aussi dramatiques ? Ces manifestations de foi plus claire : ce n’est pas toi qui peut
sont-elles autre chose qu'une manière de surmonter l'horreur nous aider, mais nous pouvons
du moment ? t’aider – et ce faisant nous nous
La vue de ces priants ébranle aussi les certitudes de tous ceux aidons nous-mêmes. C’est tout ce
qui leur viennent en aide. Alors que le monde entier se qu’il nous est possible de sauver en
mobilise, le peuple haïtien dit à sa manière la limite de toutes cette époque, et c’est aussi la seule
les luttes humaines : le déploiement de moyens matériels, le chose qui compte : un peu de toi en
débordement d'énergie, de courage, de générosité seront nous mon Dieu. Peut-être pourrons
toujours en deçà des besoins, viendront toujours trop tard, ne nous aussi contribuer à te mettre au
rendront pas la vie à ceux qui sont déjà morts. En priant, les jour dans les cœurs martyrisés des
sinistrés expriment au cœur de la détresse qu'ils savent ne autres.
pas pouvoir compter seulement sur leurs propres forces, Oui mon Dieu, tu sembles assez peu
ni même sur celles de ceux qui leur viennent en aide. Ils capable de modifier une situation
indiquent que la victoire des combats que nous prétendons finalement indissociable de cette vie.
mener en leur faveur n'est pas nécessairement là où nous le Je ne t’en demande pas compte, c’est
pensons. Le bien, comme le mal, n'est pas toujours là où nous à toi au contraire de nous appeler à
le croyons. rendre des comptes un jour. Il
La prière du peuple haïtien déplace nos questions sur m’apparaît de plus en plus
l'origine du mal. Surtout, elle manifeste que l'humanité n'est clairement à chaque pulsation de
pas sans forces ou sans ressources pour livrer le combat mon coeur que tu ne peux pas nous
spirituel contre le mal. Et l'aide qui lui est apportée, qui est déjà aider, mais que c’est à nous de
une réponse à ses prières, révèle que seul l'excès de bien peut t’aider et de défendre jusqu’au bout
vaincre l'excès de mal. la demeure qui t’abrite en nous.
Dominique GREINER, éditorial La Croix 19/1/2010 Etty Hillesum. Une vie bouleversée. P.175.
Points Seuil.

Cri d’une période troublée


Un regard sans complaisance sur l’humanité

En 1516, Jérôme Bosch, peintre néerlandais, traduit la trace de l’angoisse d’une


époque qui à la veille de la Réforme protestante ne cesse de s’interroger sur le salut et la
grâce.
* le bois de la croix, structure diagonale qui vient d’en haut, plus haut que l’image et se
perd dans le bas du tableau, au plus sombre et au plus profond de l’humanité.
* Des êtres grimaçants : cortège du vendredi saint se dirigeant vers le Calvaire. Dans la
foule on reconnaît au premier plan en bas le mauvais larron, la corde autour du cou ; au-
dessus de lui le bon larron, les yeux mi-clos, aux prises avec un religieux qui l’invective
Le mauvais larron est hideux, déformé par le mal, comme le reste de la foule.
Tous sont complices du mal, c’est l’humanité dans ce qu’elle a de plus vil qui est
représentée…
 Jésus plongé au cœur de ce monde disgracieux, visage de paix qui met en évidence
la haine des autres, se tait, il prie… Au cœur de cette violence il recherche l’intimité du
Père : « des chiens nombreux me cernent, une bande de vauriens m’assaille » Ps 22, 17.
La représentation des railleurs et du bourreau autour du juste souffrant résonne de façon
impressionnante avec le psaume 22. Voir dossiers de la Bible N° 87. Mars 2001. p.17

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