Exemplaire 01/02/2023
1) « Quand j'ai cet état d'anxiété, je ne peux pas marcher plus loin. Je me heurte à
moi-même. Cela me brise en morceaux. Je suis comme un jet. Je perds mon
centre de gravité. Je n'ai pas de poids. Je suis tout à fait mécanique. J'ai été
découpé. Je suis comme une marionnette. Il me manque quelque chose pour
me tenir ensemble. Je ne suis pas sur la terre, je suis ailleurs, je suis entre les
deux. Je suis rigide, je ne peux pas pleurer. Une fois, j'ai fait un rêve étrange : Je
flottais sans aucun sentiment d'appartenance à un endroit. Le matin, à mon
réveil, tout s'ést envolé. Je n'ai pas de temps devant moi. Je ne sais pas comment
cela va se passer. Je suis dessus dessous, je ne suis que la moitié d'un être
humain. Lorsque j’étais un enfant, je sentais que je n'étais pas un être à part
entière. On me retenait à l'école. Je n'ai jamais été aussi heureux que les autres
enfants, même quand j'avais huit ou neuf ans. J'aurais pu être plus heureux. …
Quand je fonds, je n'ai plus de mains, je rentre dans une porte pour ne pas être
piétinée. Tout s'envole loin de moi. Au seuil de la porte, je peux rassembler les
morceaux de mon corps. » (Paul Schilder, Image du corps).
2) Platon Ion 533d-534c:
En fait, il y a que cette faculté, chez toi, de bien parler d'Homère n'est point un art, c'est ce
que je disais tout à l'heure, mais une puissance divine … De même que ceux qui sont en
proie au délire des Corybantes ne se livrent pas à leurs danses quand ils ont leurs esprits,
de même aussi les auteurs de chants lyriques n'ont pas leurs esprits quand ils composent
ces chants magni ques; tout au contraire, aussi souvent qu'ils se sont embarqués dans
l'harmonie et dans le rythme, alors les saisit le transport bachique, et, possédés, ils
ressemblent aux Bacchantes qui puisent aux fleuves le miel et le lait quand elles sont en
état de possession, mais non pas quand elles ont leurs esprits.
3) Hesoide Les Travaux et les jours (traduction 1814)
L' ge d'or.
Quand les hommes et les dieux furent n s ensemble, d’abord les c lestes habitants de
l'Olympe cr rent l' ge d'or pour les mortels dou s de la parole. Sous le r gne de
Saturne qui commandait dans le ciel, les mortels vivaient comme les dieux, ils taient
libres d'inqui tudes, de travaux et de souffrances ; la cruelle vieillesse ne les affligeait
point…
L' ge d'argent.
Ensuite les habitants de l'Olympe produisirent une seconde race bien inf rieure la
premi re, l' ge d'argent qui ne ressemblait l' ge d'or ni pour la force du corps ni pour
l'intelligence. Nourri par les soins de sa m re, l'enfant, toujours inepte, croissait, durant
cent ans, dans la maison natale. Parvenu au terme de la pubert et de l'adolescence, il
ne vivait qu'un petit nombre d’ann es…
L' ge des H ros.
â
â
â
è
â
é
é
é
è
fi
â
é
é
è
à
â
é
é
é
é
è
é
à
Jupiter, ls de Saturne, cr a sur cette terre fertile une quatri me race plus juste et plus
vertueuse, la c leste race de ces H ros que l' ge pr c dent nomma les demi-dieux
dans l’immense univers…Le puissant ls de Saturne, leur donnant une nourriture et une
demeure diff rentes de celles des autres hommes, les pla a aux con ns de la terre. Ces
H ros fortun s, exempts de toute inqui tude, habitent les les des bienheureux par del
l'oc an aux gouffres profonds, et trois fois par an la terre f conde leur prodigue des
fruits brillants et d licieux.
L' ge de fer.
C'est l' ge de fer qui r gne maintenant. Les hommes ne cesseront ni de travailler et de
souffrir pendant le jour ni de se corrompre pendant la nuit ; les dieux leur enverront de
terribles calamit s. Toutefois quelques biens se m leront tant de maux. Jupiter
d truira celte race d'hommes dou s de la parole lorsque presque d s leur naissance
leurs cheveux blanchiront… il ne restera plus aux mortels que les chagrins d vorants,
et leurs maux seront irr m diables.
4) Vernant: Avant de pénétrer dans la bouche d’enfer <l’oracle se trouvait
dans un antre; visiter l’oracle ressemblait un voyage aux Enfers>, le consultant,
déjà soumis à des rites puri catoires, était conduit près de deux sources
appelées Lèthè et Mnèmosunè. Buvant à la première, il oubliait tout de sa vie
humaine et, semblable à un mort, entrait dans le domaine de la Nuit. Par l'eau
de la seconde, il devait garder la mémoire de tout ce qu'il avait vu et entendu
dans l'autre monde. A son retour il ne se limitait plus à la connaissance du
moment présent ; le contact avec l'au-delà lui avait apporté la révélation du
passé et de l’avenir.
5) La Mort de Socrate (David) 1787
é
é
â
é
â
fi
é
é
é
é
é
è
é
é
é
fi
é
é
fi
é
â
ê
é
é
ç
î
è
é
à
fi
è
é
à
6) « Or, une fois entrés, nous avions devant nous Socrate qu’on venait de délier,
mais aussi Xanthippe — tu la connais — qui, assise auprès de lui, tenait dans les
bras son petit enfant. Dès que Xanthippe nous aperçut, elle éclata en
lamentations et se mit à tenir le genre de propos habituels aux femmes: « Ah,
Socrate, c’est la toute dernière fois que tes amis vont pouvoir parler avec toi, et
toi avec eux! » Socrate jeta un coup d’oeil à Criton: « Criton, dit-il, que
quelque’un la reconduise à la maison <au logos? À la raison>. ». Pendant que
des serviteurs de Criton l’emmenaient, elle continuait de crier et de se frapper
la poitrine » (205).
7) « elle pourrait bien avoir un sens, au contraire, cette formule que l’on
prononce à ce propos dans les Mystères: « Nous, les humains, sommes comme
assignés à résidence <phroura> et nul ne doit s’affranchir lui-même de ces liens
ni s’évader », formule qui certes, à mes yeux, a de la grandeur, mais qu’il n’est
pas facile d’élucider parfaitement. Cependant, Cébès, elle me semble fort bien
exprimer au moins ceci: que ce sont des dieux qui sont nos gardiens à nous, et
que nous les humains, formons une partie de troupeaux que les dieux
possèdent. Tu ne croit pas? » (208-209).