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Republique Du Senegal: Option: Droit Privé Filière: Droit Fondamental Des Affaires

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Haroun Kadaissou
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REPUBLIQUE DU SENEGAL

*****
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR DE LA
RECHERCHE ET DE L’INNOVATION

Option : Droit Privé


Filière : Droit Fondamental des Affaires

MEMOIRE DE RECHERCHE DE FIN DE CYCLE POUR


L’OBTENTION DU DIPLOME DE LICENCE
SUJET :

L’INTENTION EN DROIT PENAL

PRESENTE PAR :
NDEYE FATOU KANE
SOUS LA DIRECTION DE :

MOUHAMET DIOUF, Doctorant en


Droit Privé et Sciences Criminelles à
l’UCAD.
ANNNE ACADEMIQUE : 2020 – 2021

REPUBLIQUE DU SENEGAL
*****
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR DE LA

RECHERCHE ET DE L’INNOVATION

Option : Droit Privé


Filière : Droit Fondamental des Affaires

MEMOIRE DE RECHERCHE DE FIN DE CYCLE POUR


L’OBTENTION DU DIPLOME DE LICENCE
SUJET :

L’INTENTION EN DROIT PENAL

PRESENTE PAR :
NDEYE FATOU KANE
SOUS LA DIRECTION DE :

MOUHAMET DIOUF, Doctorant en


Droit Privé et Sciences Criminelles à
l’UCAD.
ANNNE ACADEMIQUE : 2020 – 2021
AVERTISSEMENT

«  L’institut AKADEMIA DAKAR n’entend donner aucune approbation ni improbation aux


opinions émises dans ce mémoire. Ces opinions doivent être considérées comme propres à
leur auteur. »

I
DEDICACES

Je dédie ce travail à mes parents ; tout d’abord ; à ma mère Zelmira Piedad Assuncao qui m’a
donné une éducation de qualité qui me permet d’appréhender les difficultés de la vie comme
épreuves à surmonter ensuite vient mon père El hadj Abdoulaye Oumar Kane pour son
soutien indéfectible son amour et sa patience.
Mes pensées vont aussi à l’endroit de mes frères Papa Ousmane Jose Kane, Lionel fortes
ainsi que mes sœurs Vanessa fortes, Aminata Kane, Salimatou Kane et Dalanda Nafissatou
Kane pour leur soutien et leurs encouragements. Je ne pourrai continuer aussi sans citer entre
autre ma meilleure amie qui m’est chers tel que Ndeye Aminata Gueye que j’appelle
affectueusement ma compagne de souffrance sans oublier ces parents Monsieur Babacar
Gueye et Madame Ndeye Bineta Diene qui font également partie de la famille.
Cette modeste contribution je la dois aussi a Ndeye Astou Diané mon amie de cœur pour son
inconditionnelle affection et sa bonté, je ne pourrai aussi oublier Sarrah Odette Mendy et
Adril.
Je dédie ce travail à toute ma famille ainsi qu’aux personnes qui de près ou de loin ne m’ont
pas oublié dans leurs prières.

II
REMERCIEMENTS

Mes remerciements vont tout d’abord à l’ endroit de mon encadreur Monsieur Mouhamet
Diouf pour sa disponibilité et son ouverture d’esprit quant à l’appréhension d’un tel sujet.

Je remercie également mon père El hadj Abdoulaye Oumar Kane qui a pris le temps de lire
ce document.

A Monsieur Michel Mahecor Diouf ainsi que Monsieur François Emmanuel Diouf pour leur
disponibilité et pour m’avoir apporté quelques éclaircissements sur certain point essentiel.

Plus précisément encore, à Daouda Gueye pour toute son aide.

III
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
P. Page
pp. Pages
S. Suivant
CP Code Pénal
CPC Code de procédure pénale
Infra. Infraction
Op. Cit. opéré citato
LGDJ Librairie générale et de jurisprudence
Art. Prec. Article précèdent
V. Voir
Crim Chambre criminelle
RSC Revue de Sciences criminelles
Ed édition
N° numéro
Ibid Ibidem
Chron. Chronique
Al. alinéa
Gaz. Pal Gazette du palais
Obs. Observations
JCP Jurisclasseur périodique
Bull. Bulletin
CA Cour d’Appel
Ch. Chambre
Corr. Correctionnelle

IV
V
SOMMAIRE

INTRODUCTION......................................................................................................................1

CHAPITRE 1 : L’INTENTION : UN ELEMENT FONDAMENTAL DE L’INFRACTION


.................................................................................................................................................7

SECTION 1 : Les composantes de l’intention....................................................................7

SECTION 2 : Les conditions de l’intention......................................................................15

CHAPITRE 2 : L’INTENTION : UN ELEMENT LACUNAIRE DE L’INFRACTION....20

SECTION 1 : La volonté sans intention dans la commission de certaines infractions.....20

SECTION 2 : Un élément moral pas toujours distinct des mobiles..................................24

CONCLUSION.........................................................................................................................29

VI
L’intention en droit pénal

INTRODUCTION

L
’infraction est toute action ou omission humaine prévue et punie par la loi pénale.
Cette définition doctrinale de l’infraction ne saurait à elle seule renvoyer à tous les
contours de cet acte antisocial. L’infraction suppose l’existence d’éléments
constitutifs notamment l’élément légal, l’élément matériel et l’élément intentionnel. Ce
dernier est sujet à beaucoup de controverses notamment celles liées à sa détermination d’où le
bien fondé de notre sujet.

En droit pénal, l’expression semble prendre un sens tout autre et une importance particulière.
« Irremplaçable »1, tel est l’adjectif utilisé par Messieurs Conte et Maistre du Chambon pour
qualifier la notion2. Et il est vrai que, malgré des controverses, la division de l’infraction en
plusieurs éléments s’est si bien imposée que l’on peine à imaginer un droit pénal dépourvu
d’eux. Ils sont devenus progressivement un instrument incontournable et indispensable en
cette matière. Didactiques, ils permettent de détailler les exigences propres à chaque
incrimination dans une démarche analytique 3. Toute infraction s’appréhende à travers ses
divers éléments constitutifs, lesquels sont indispensables à sa caractérisation. Des divergences
existent, mais traditionnellement, il est admis que les éléments constitutifs de l’infraction sont
au nombre de trois4 : l’élément légal, l’élément matériel et l’élément moral 5. Ces éléments
seraient présents dans toute infraction, dès lors qu’ils relèvent de sa structure générale.

1
. P. Conte et P. Maistre du Chambon, Droit pénal général, 7ème éd., Armand Colin, 2004, p. 171, no 301.
2
. Notion « irremplaçable », les éléments constitutifs sont par ailleurs « un instrument d’analyse indispensable »
et « correspondent à une exigence technique du droit pénal ». Ibid., p. 172, no 301.
3
. En ce sens, J.-H. Robert, « Histoire des éléments de l’infraction », RSC 1977, p. 269. Comp. A. Decocq,
Droit pénal général, Armand Colin, 1971, p. 149 : « Par élément, ou élément constitutif, de l’infraction, au sens
le plus strict, seul exact, on désigne la conduite définie par la qualification légale comme illicite, en d’autres
termes, l’acte infractionnel, considéré du point de vue analytique. »
4
. J. Leroy, Droit pénal général, 6ème éd., LGDJ, 2016, p. 58, no 87 ; O. Décima, S. Detraz et E. Verny,
Droit pénal général, 2ème éd., LGDJ, 2016, 107, no 209. Comp. C. Porteron, Rép. dr. pén., Infraction, 2002, no
61 : « Dans une conception classique, toute infraction pénale nécessiterait la réunion de trois éléments
constitutifs. Un élément légal : l’acte accompli doit être réprimé par un texte. Un élément matériel : l’acte
réprimé ou, à tout le moins, son commencement d’exécution, doit avoir été matériellement réalisé. Un élément
psychologique ou moral : cet acte doit avoir été accompli par une personne dotée d’une volonté libre et
consciente. »
5
. V. entres autres G. Stéfani et G. Levasseur, Droit pénal général, 10ème éd., Précis Dalloz, 1978, p. 106, no 84
; B. Bouloc, Droit pénal général, 2ème éd., Précis Dalloz, 2011, p. 101, no 101 et p. 211, no 223 ; C. Paulin,
Droit pénal général, 6ème éd., Litec, 2010, p. 15, no 20 ; B. Bouloc et H. Matsopoulou, Droit pénal général et
procédure pénale, 20ème éd., Sirey, 2016, p. 57, no 79 et p. 103, nos 140 et s. ; P. Conte et P. Maistre du
Chambon, Droit pénal général, op. cit., p. 171, no 300 ; O. Décima, S. Detraz et E. Verny, Droit pénal général,
op. cit., 107, n o 209, encore que dans ces derniers ouvrages, l’élément légal soit appréhendé comme un élément
constituant.

1
L’intention en droit pénal
L’utilisation d’éléments dans l’analyse de l’infraction n’est d’ailleurs pas propre à la France
ou au Sénégal. Elle se retrouve en Hongrie 6, en Angleterre, aux États-Unis, en Italie, en
Allemagne, en Suisse, en Espagne, en Belgique 7, ainsi que dans bon nombre de pays Arabes,
où des éléments proches des nôtres ont pu être utilisés et la division parfois légalement
consacrée8. Les éléments identifiés varient sensiblement dans ces différents pays ou ne sont
pas toujours appréhendés de la même manière, mais, schématiquement, deux groupes peuvent
être identifiés.

Dans un premier, l’infraction est présentée essentiellement par une dualité de principe entre
le fait et la volonté, dualité similaire à celle que nous connaissons en France, encore que
d’autres éléments puissent s’y adjoindre. C’est alors de la réunion de ces deux ou trois
éléments autonomes que l’infraction est constituée. L’on retrouve cette tendance par exemple
en Belgique9, ou dans les pays de Common law, qui ont une approche relativement proche de
la nôtre, bien que l’élément légal n’y existe pas 10. La dualité y est exprimée par les
expressions latines d’actus reus et de mens rea11. L’actus reus renvoie à l’exigence d’un acte
extérieur et rejoint, en cela, notre élément matériel; la mens rea renvoie à l’exigence d’une
volonté coupable et rejoint notre élément moral12.

Dans un second groupe, le schéma suivi est inspiré de l’analyse allemande et, outre la
question de la responsabilité, s’organise autour des deux concepts fondamentaux que sont la
typicité et l’antijuridicité13. La typicité rappelle en partie notre élément légal en ce qu’elle
6
. A. Meszaros, « La complicité en droit pénal hongrois », RSC 2005, p. 265.
7
. V. J. Pradel, Droit pénal comparé, 4ème éd., Dalloz, 2016, p. 73, no 45.
8
. Tel a été le cas dans les codes libanais ou syrien. V. M. Mostafa, Principes de droit pénal des pays arabes,
Institut de droit comparé de Paris, LGDJ, 1972, p. 41, no 38. L’auteur procède à un bref rappel des différentes
sources ayant influencé ces codes, rappel édifiant quant aux éléments retenus dans les différents pays ( ibid., p.
11, nos 9 et s.). Adde. R. Bustos et M. Valenzuela Bejas, Le système pénal des pays de l’Amérique latine, trad.
Par J. Bernat de Celis, A. Pedone, 1983.
9
. V. F. Tulkens et M. van De Kerchove, Introduction au droit pénal, aspects juridiques et criminologiques,
Bruxelles, E. Story-Scientia, 1991, not. p. 198 et s.
10
. Des exigences relatives à l’incrimination existent, mais la spécificité du droit dans ces pays fait qu’elles ne
prennent pas l’importance qu’elles peuvent avoir en France. J. Cedras, Le droit pénal américain, PUF, collection
Que sais-je ?, 1997, p. 40.
11
. Pour le droit anglais, v. not. R. Cross et E. Ely, « La responsabilité pénale » in Introduction au droit criminel
de l’Angleterre, sous la dir. de M. Ancel et L. Radzinowicz, Institut de droit comparé de Paris, éditions de
l’Épargne, 1959, p. 35, p. 35, et pour le droit américain, J. Cedras, Le droit pénal américain, op. cit., p. 39, et H.
Wechsler, « La culpabilité et l’infraction, L’intention coupable dans le Model Pénal Code » in Le système pénal
des États-Unis d’Amérique, sous la dir. de M. Ancel et L. B. Schwartz, Institut de droit comparé de Paris,
éditions de l’Épargne, 1964, p. 35.
12
. A. Ashworth, Principles of criminal law, 6ème éd., Oxford university press, 2009, p. 84 : « It has been
traditionnal for writers on English criminal law to approach the analysis of offences by means of two concepts
with Latin names, actus reus and mens rea : the actus reus consists of the prohibited behaviour or conduct,
including any specified consequences; the mens rea is usually described as the mental element –the intention »
L’auteur utilise par ailleurs les termes « conduct elements and fault elements » pour les désigner.
13
. Selon A. Vitu, « De l’illicéité en droit criminel français », Bulletin de la société de législation comparée

2
L’intention en droit pénal
signifie que le comportement accompli doit correspondre au comportement décrit par un texte
d’incrimination. Pour autant, il s’agit, dans l’approche allemande, d’apprécier la typicité du
comportement, autrement dit sa conformité au type tant dans sa dimension matérielle que
dans sa dimension morale, de sorte qu’elle ne recouvre pas tout à fait l’élément légal
français14.

Quant à l’antijuridicité, elle tient schématiquement à la contrariété entre le comportement et la


norme et/ou l’atteinte à un bien juridique, et n’est que peu utilisée en France 15, pour n’avoir
été que très partiellement reçue dans l’élément injuste. La compréhension des éléments diffère
donc de l’approche française en ce qu’elle ne s’inscrit pas tout à fait dans la même démarche.
Il ne s’agit pas véritablement d’additionner ici des éléments autonomes dont la somme
formerait l’infraction, mais davantage d’apprécier les caractéristiques du comportement
infractionnel16.

À l’inverse, en France, les éléments résultent d’une décomposition structurelle de l’infraction.


Le raisonnement se fait alors par une sorte de jeu de construction, dans lequel l’infraction est
le résultat de l’adjonction des différentes données qui la composent. C’est par la vérification
successive de chacune d’elles que le comportement pourra être qualifié. L’infraction est, en
quelque sorte, le résultat de ce raisonnement de construction par adjonction 17. Il s’est du reste
si bien imposé qu’il est appliqué assez systématiquement, aussi bien par la doctrine que par la
jurisprudence. Lors de la refonte du Code pénal en 1994, la rédaction a été abandonnée,
faisant disparaître du même coup et pendant un temps l’expression du droit positif. Ce n’est
que récemment qu’elle a refait son apparition dans le Code de procédure pénale, à l’occasion

1984, p. 129, le terme d’antijuridicité doit être évité, car il n’est qu’une transposition littérale des termes
allemands et n’est de ce fait pas satisfaisant. Il lui préfère donc celui d’illicéité. Néanmoins, le terme
antijuridicité demeure très largement utilisé dans les études consacrées à la doctrine allemande. En outre, le
terme illicéité renvoie davantage à la conception formelle de l’antijuridicité (v. infra, nos 175 et s.) dès lors
qu’elle suggère une contrariété avec le droit. Pour ces raisons, il a été fait le choix d’opter pour la terminologie
d’antijuridicité.
14
. Ainsi, la typicité peut regrouper les éléments légal, matériel et moral. X. Pin, « La traduction des concepts de
droit pénal : l’exemple franco-allemand » in Droit et langues étrangères : la traduction juridique est-elle du
domaine du spécialiste, du linguiste ou s’ouvre-t-elle au jurilinguisme ?, Presses Universitaires de Perpignan,
2001, p. 43.
15
. Pour une analyse plus approfondie, v. infra, nos 175 et s.
16
. Le modèle allemand d’analyse de l’infraction fera l’objet d’une analyse plus poussée ultérieurement. V.infra,
no 63.
17
. 32. Cette idée selon laquelle les éléments constitutifs sont les données sur lesquelles sont bâties les différentes
infractions se trouve déjà exprimée chez Ortolan qui, exposant la distinction entre les éléments constitutifs et les
circonstances aggravantes, explique que dans les faits rencontrés dans le délit, certains forment « les conditions,
les éléments indispensables pour l’existence même du délit ». Il poursuit : « Nous disons conditions, parce que
ce sont ces faits dont le délit est en quelque sorte bâti ou construit (de condere, fonder, construire) ; par la même
raison, ces faits se nomment éléments ou faits constitutifs. » J. Ortolan, Éléments de droit pénal, Pénalité,
juridiction, procédure, 3ème éd., t. 1, Henri Plon, 1863, p. 451, no 1053.

3
L’intention en droit pénal
d’une loi en date du 27 février 2017. L’article 9-1 de ce code consacre désormais en son
alinéa 3 la jurisprudence relative au report du départ du délai de prescription de l’action
publique en matière d’infractions occultes ou dissimulées. Aux termes de cet article, le délai
court à partir du jour où l’infraction est apparue et a pu être constatée dans des conditions
permettant la mise en mouvement ou l’exercice de l’action publique. L’infraction occulte,
visée par l’article 9-1, y est en outre définie comme celle qui, « en raison de ses éléments
constitutifs, ne peut être connue ni de la victime ni de l’autorité judiciaire » 18.

« Il n’y a pas de crime ou de délit sans intention de le commettre » cette disposition tirée de
l’article 121-3 du code pénal français renseigne à souhait de l’intention dans sa dimension
pratique et non théorique. Cet élément constitutif de l’infraction est tellement important qu’il
a une consécration communautaire par le biais de l’article 9 de la déclaration des droits de
l’homme et du citoyen. La théorie de l’intentionnalité renvoie de plus en plus à ce que nous
pouvons appeler le principe de culpabilité.

Dans la mesure où l’on conçoit la sanction pénale comme une sanction que la société inflige à
l’un de ses membres, il faut donc pour infliger une peine porter un jugement de valeur sur la
conduite de l’auteur de l’infraction. En d’autres termes, une infraction nécessite en plus de
l’acte matériel qui la qualifie, d’un élément plus subjectif et plus complexe, celui de l’élément
moral, en somme, l’intention pour l’auteur de réaliser l’infraction. C’est avec l’entrée en
vigueur du nouveau code pénal en France que la notion d’intention est apparue en droit pénal
général. Le texte introducteur de cette notion est l’article 121-3 du code pénal qui
dispose « qu’il n’y a point de délit ou de crime sans intention de la commettre », tel est le
principe fondamental du droit pénal, même principe énoncé à l’article 9 de la déclaration des
droits de l’Homme et du Citoyen. Entre autre, le droit pénal est par définition un droit
répressif basé autour de l’infraction. Infraction qui se caractérise par trois éléments : en vertu
du principe, de légalité et des peines légué par Beccaria, posé à l’article 111-2 du code pénal,
il ne peut y avoir infraction et sanction que si la loi réprime ce comportement en question ;
c’est ce que l’on appelle l’élément légal de l’infraction (nullum crimen,nulla poena, sine
lege ). En plus, l’infraction nécessite également d’un accomplissement, de la consommation
de l’infraction, ou ne serait-ce qu’un commencement d’exécution de ladite infraction pour
que la sanction pénale se fasse, c’est l’élément matériel que l’on prend en considération. Puis
finalement, il n’y a donc pas infraction sans « intention » de la commettre, il y’a donc un
élément moral qui est pris en compte pour qualifier l’infraction.

18
. Code de proc. pén., art. 9-1, al. 4.

4
L’intention en droit pénal

Le droit pénal repose en ce qui concerne la culpabilité sur l’hypothèse du libre arbitre si
l’auteur n’a pas agi librement ou n’a pas agi consciemment, on ne peut rien lui reprocher
pénalement on peut lui appliquer tout au plus des mesures de sûretés sans coloration morale
destinée à le soigné et à protéger la société s’il apparait dangereux. L’élément moral qui est
l’essence de l’acte infractionnel contrairement à l’élément matériel qui n’est que la
manifestation extérieure n’est pas le même pour toutes les infractions. Il appartient au
législateur ou au besoin à la jurisprudence de préciser son degré.

La culpabilité intentionnelle suppose un dol général, voire en plus pour certaines infractions
un dol spécial. Le dol général s’entend de la conscience ainsi que la volonté de réaliser un
comportement pénalement sanctionné. À titre illustratif nous pouvons parler du meurtre.

La notion d’ « intention » vient du point de vue étymologique vient du latin « intentio » qui
signifie action de diriger. Comprenons par là qu’il s’agit d’une volonté dirigée vers un but
défini. Pour autant, même si l’étymologie de cette notion est claire et précise, deux
conceptions doctrinales se sont opposées à ce sujet. D’un côté, la conception objection et de
l’autre, la conception subjective.

La conception objective est la plus appréciée des pénalistes et notamment du célèbre Emile
Garçons. Selon cette théorie, l’intention renvoie à la conscience et la volonté de l’agent de
réaliser le comportement pénalement sanctionnée.

De ce point de vue, les mobiles sont indifférents. Ils n’ont aucune incidence sur la
qualification des faits, même si le juge peut en tenir compte pour l’application de la peine. Il
convient alors de ne pas confondre ces deux notions, intention et mobile puisque si le mobile
est totalement indiffèrent, à contrario, l’intention est un élément constitutif de l’infraction.
L’intention est unique pour chaque infraction, or tel n’est pas le cas du mobile puisque chaque
individu agit selon ses propres raisons.

L’élément psychologique ou encore l’intention est sans aucun doute la plus difficile à
appréhender des éléments, mais aussi le plus fondamental. Le plus difficile à appréhender,
d’abord, en raison du fait que son étude théorique en France est tardive, malgré sa grande
complexité. Il fait appel à différents concepts, particulièrement malaisées à délimiter
théoriquement et à définir .Les terminologies varient d’un auteur à l’autre, de même que la

5
L’intention en droit pénal
consistance précise de l’élément. Le plus fondamental, ensuite parce que cet élément,
témoigne à la fois « de l’option d’un système répressif » et permet à la fois de parfaire la
qualification judiciaire des faits. On sait qu’un même fait matériel et antijuridique peut aboutir
à de multiples qualifications. La volonté de l’agent sera alors déterminante dans le choix
définitif. C’est en ce sens que l’élément psychologique guide et achevé celle-ci.

Le droit positif français a d’ailleurs reconnu cette conception, contrairement à la conception


subjective, imaginée par les positivistes. Ici, l’intention s’avère envisagée d’une toute autre
manière. En effet, l’intention ne s’apprécie qu’au regard d’une volonté animée par des motifs
ou un mobile. Si cette théorie n’a pas les faveurs du législateur, pour autant, certains de ses
éléments se trouvent consacrés, notamment le dol spécial.

L’intention étant un élément fondamental de l’infraction, mais il n’en demeure pas moins que
certaines intentions pourraient ne pas t’être punissables. L’intérêt de ce sujet s’articulerait sur
l’importance de l’intention dans le droit pénal.

Tenant compte de tous les points évoqués ci-dessus, il serait judicieux de se poser la question
de savoir : quelle est la place de l’intention en droit pénal ?

En amont, il y’a lieu de mettre en exergue l’intention : un élément fondamental de


l’infraction (chapitre1) avant de monter en aval que cette intention est insuffisante et c’est
dans cette optique que nous évoquerons l’intention : un élément lacunaire de l’infraction
(Chapitre2).

6
L’intention en droit pénal
CHAPITRE 1 : L’INTENTION : UN ELEMENT FONDAMENTAL DE
L’INFRACTION

« Il n’y a pas de crime ou de délit sans intention de le commettre » tel est le principe fondamental du
droit pénal que rappelle l’alinéa 1er de l’article 121-3 du code pénal français équivalent à l’article 4 du
code pénal ssénégalais. Ce même principe est énoncé à l’article 9 de la Déclaration des droits de
L’homme et du citoyen, c’est le sacrosaint principe de la légalité criminelle.
Aujourd’hui, l’élément intentionnel d’une infraction est l’un des piliers majeurs du raisonnement
juridique en ce qui concerne la responsabilité pénale. Pour nous permettre de mieux cerner la place
qu’occupe l’intention au sein des différentes fautes pénales, nous nous pencherons dans un premier
temps sur les composantes de l’intention (section1) et en second ces conditions (section2).

SECTION 1 : Les composantes de l’intention


L’intention consiste dans la volonté de commettre l’infraction telle quelle est déterminée par
la loi. Cette intention est une volonté en mouvement, qui ne se confond pas avec la volonté
qui la sous-entend19. On la désigne par la qualification de dol, en opérant une distinction entre
le dol général (paragraphe1) et le dol spécial (paragraphe2).

Paragraphe 1 : Le dol général


Le dol « général » se rencontre dans toutes les infractions intentionnelles 20, il s’agit de
l’élément moral minimal .Il est caractérisé, quel que soit le mobile qui inspire l’agent 21 : il
n’est donc pas nécessaire pour le prouver de démontrer un esprit particulièrement malveillant
ou une « la » loi pénal22ou d’enfreindre l’interdit pénal. En principe, cette intention doit être
prouvée y compris lorsque le texte d’incrimination ne contient pas les adverbes
«volontairement», « intentionnellement » ou « sciemment », cette exigence découle pour les
crimes et délits de l’article 121-3 du code pénal et du principe de culpabilité.

Plus précisément le dol général suppose à la fois la volonté et la conscience du résultat :


l’auteur veut accomplir l’acte qu’il sait interdit. La plupart du temps cette intention se déduit
des faits23ou est établie par présomption à partir des circonstances de l’infraction ou de la

19
. En pratique, ce sera au ministère public de prouver l’intention alors que la volonté, condition d’imputabilité,
se présume.
20
V.F.desportes,F.Le Gunehec,droit pénal General, op cit .,n. 471
21
V.Crim.18juillet.1977, J.Pradel et A. Varinard, GADPG,op.cit.,n. 39.
22
Ph.Contre, P.Maistre du chambon, Droit pénal général, op.cit .,n. 382.
23
Ainsi, intention homicide qui permet de distinguer les coups mortels du meurtre se déduit de la taille du
couteau utilise et de l’endroit où les coups sont portes, Crim. 15 mars 2017,n. 16-87694, Gaz. Pal, 2017, n. 27,
p.51, obs. E. Dreyer.

7
L’intention en droit pénal
qualité de son auteur24.Néanmoins, la cour de cassation française va parfois plus loin encore
et réduit l’intention pénale a la seule connaissance du non-respect d’un devoir légal ou
règlementaire ,en jugeant régulièrement que « la seule constatation de la violation en
connaissance de cause d’une prescription légale ou réglementaire implique de la part de son
auteur, l’intention coupable exigée par l’article 121-3, alinéa 1, du code pénal »25 . En
l’occurrence, l’intention est établie moins par présomption que par «  implication », puisque
les juges se dispensent de toute appréciation circonstanciée et concrète26.

Le dol général peut donc apparaitre comme une volonté relativement abstraite qui se limite à
la conscience de la violation de la loi pénale, au moment où l’agent réalise l’acte 27. Ce
phénomène a longtemps été observé en droit pénal de l’économie et des affaires, où les juges
ont tendances à considérer, en cas d’infractions matériellement constituées , que les
dirigeants, les cadres ou les professionnels de l’entreprise savaient forcément qu’ils violaient
des obligations pénalement sanctionnées ou ne pouvaient pas ne pas le savoir : l’intention est
donc très évanescente et se confond avec la négligence consciente 28. Mais l’article 121-3
alinéa 1er du code pénal n’est pas pour autant devenu lettre morte : la cour de cassation invite
encore les juges à caractériser l’élément intentionnel des délits, y compris en droit pénal de
l’économie ou l’intention frauduleuse semble reprendre de la consistance 29. Ainsi lorsque l’on
s’intéresse à l’élément moral, la première condition qui vient à l’esprit est sans doute celle
relative au dol général, voir la volonté d’accomplir l’infraction telle qu’incriminée 30.Ce
dernier n’est pourtant pas la donnée principale de l’élément psychologique, et ce pour deux
raisons .La première tient au fait que le dol, classiquement opposé à la faute, est une
particularité des seules infractions intentionnelles. Malgré son nom, il n’a donc pas d’aspect
général et systématique. La seconde tient à la définition du dol général qui est entièrement
dirigée vers la violation de la loi. Héritage de la conception légaliste française de l’infraction,
cette définition est relativement théorique et artificielle. Si elle recelé une part considérable
24
V. par ex. le cas d’un dirigeant poursuivit pour fraude fiscale, Crim. 5 janv. 2017, n0 15-82435, Dr. Pénal
2017, com. 40,obs. J.-H. Robert.
25
Crim. 25 mai 1994, Bull. crim. N0 203 ; la jurisprudence était en ce sens avant 1994, V. Crim. 16 janv. 1947,
Bull. crim. N023 « l’élément intentionnel résulte de la nature même du délit et n’a pas besoin d’être affirme par
le juge ».
26
Y. Mayaud, Droit pénal général, Puf Themis, 4e ed., 2018,P.197.
27
V.I.Moine-Dupuis, « L’intention droit pénal : une notion introuvable ?  », D.2001. Chron.2144 ; V. aussi Y.
Mayaud, Droit pénal général, PUF,4e ed.2013, n. 211.
28
V. X. Pin, « La nature de la faute en droit pénal économique  », in V. Valette-Ercole (dir.), Le droit pénal
économique, un droit très spécial, Cujas, Actes et etudes,2018, p.37 s. ; v. déjà W. Jeandidier, « l’élément moral
des infractions d’affaires ou l’Art de métamorphose  », in Melanges A. Decocq, LexisNex/Litec,2004,p.369 s.
29
. V. par ex. pour le délit de tromperie, Crim.28 nov. 2017, n 16-84435 , Dr. Penal 2018, comm. 35, obs. J.-
H.Robert.
30
V. infra, n408.

8
L’intention en droit pénal
d’indication quant aux données intégrant l’élément psychologique, ce n’est pas à partir delle
qu’il sera possible d’en déterminer la donnée principale. C’est au contraire à partir de
l’exigence minimale commune à toutes les infractions que sera précisée la teneur de cet
élément : l’exigence d’un comportement volontaire. La volonté apparait donc comme la
donnée principale de l’élément psychologique, donnée qui connait des variations dans son
intensité selon les exigences légales. Reste que si elle est primordiale, immatérielle et
abstraite, sa vérification peut poser problème. En la matière, les juges auront souvent recours
à des déductions et des présomptions. Une telle tendance n’apparait pas fondamentalement
choquante au regard de l’intégrité de l’infraction et de la conception proposée des éléments
dès lors, du moins, quelle n’emporte ni une dispense totale d’analyse du comportement sous
son angle subjectif, ni une modification de la nature de l’infraction.

Historiquement, l’étude de la dimension subjective de l’infraction s’organisait autour d’une


opposition fondamentale entre les infractions involontaires caractérisées par une faute (culpa)
et les infractions volontaires caractérisées par le dol. L’opposition est ancienne. Elle était déjà
exposée par MUYART DE VOUGLANS qui distinguait les infractions commises dans le
dessein de nuire, de celle commises sans un tel dessein 31. L’exigence de la complémentarité
entre le fait et la volonté se traduisait concrètement soit par la nécessite d’un comportement
fautif, soit par celle d’un comportement dolosif, c’est à dire accompli avec intention
malveillante. La faute y apparaissait donc comme le degré le plus faible de l’élément
psychologique. Toutefois, l’opposition ne permet pas de préciser efficacement la teneur de
l’élément psychologique pour deux raisons.

La première tient à l’ambivalence de la terminologie de faute. En effet, la faute peut être


considérée comme une notion tout à fait générale sous-tendant l’élément psychologique dans
son ensemble32 , mais l’affirmation ne peut suffire dès lors qu’ « en réalité il y a faute toutes
les fois que nous avons failli à un devoir, que ce soit sans intention ou, à plus forte raison,
avec intention d’y faillir, et c’est précisément ce que nous exprimons dans notre langue
française, où nous avons consacré comme termes techniques, en droit pénal et pour tous les
cas, les mots coupable, culpabilité, sans distinguer s’il s’agit de délits non intentionnels ou de

31
P.-F. MUYART DE VOUGLANS, Institutes au droit criminel, op, cit., p.6 Cette présentation est directement
héritée du droit romain et se trouve dans le Digeste. V. J. ORTOLAN, Explication historique des instituts de
Lempereur justinien, 8e ed., t.3 Henri Plon, 1870, p.354, n1635.
32
. Ainsi, il est possible de considérer que cet élément est systématiquement constitué par une faute. En ce
Sens, G. LEVASSEUR r, « Étude de l’élément moral de l’infraction » in Confrontation de la théorie générale de
la
Responsabilité pénale avec les données de la criminologie, Travaux du colloque de science criminelle, Toulouse,
op. cit.

9
L’intention en droit pénal
délits intentionnels. »33 En outre, la notion de faute en droit pénal est floue. Parce que
certaines infractions non intentionnelles se définissent essentiellement par elle, elle intègre
parfois dans le langage des juristes des considérations matérielles et intellectuelles.

La seconde raison qui justifie de ne pas partir de cette opposition est qu’elle repose sur une
définition particulière du premier qui n’est pas totalement convaincante. L’opposition
culpa/dolus tient en grande partie au fait que les infractions intentionnelles, à l’inverse de
celles commises par imprudence, sont des comportements accomplis avec la volonté de violer
la loi. Le dol n’est plus défini de manière générale comme une intention de nuire, comme il
pouvait l’être chez MUYART DE VOUGLANS. Il est, communément, une violation
volontaire de la loi.

Si l’on s’en tient à la définition la plus courante qui est celle de Garçon, le dol général
consiste« à savoir que l’acte qu’on va commettre est défendu et à vouloir cependant le
commettre »34 .L’on voit alors l’importance toute particulière que prend la violation voulue de
la loi : la volonté du comportement accompli n’est appréhendée que par la volonté
d’accomplir le comportement sanctionné. C’est cette volonté qui était décisive pour
GARRAUD35 et elle le reste dans la plupart des définitions proposées dans les ouvrages.
Ainsi, pour Messieurs Conte et Maistre du Chambon, le dol général renvoie à la volonté
tendue vers la violation de la loi pénale36. Pour

Monsieur PRADEL il tient à la connaissance de l’interdit et à la volonté de le transgresser


malgré tout37. Et de manière similaire, Monsieur Xavier Pin y voit « l’intention de violer la
loi pénale ou d’enfreindre l’interdit pénal »38

De la volonté à l’intention, aux termes de l’article 121-3 du Code pénal, la volonté peut aller
d’une faute de simple négligence à une intention 39. Le premier degré de volonté – en un sens

33
. J. Ortolan, Éléments de droit pénal, op. cit., p. 151, no 381.
34
. E. GARCON, Code pénal annoté, op. cit., t. 1, note ss art. 1, p. 8, no 81. Cette définition est régulièrement
Reprise dans les manuels. V. entres autres B. Bouloc, Droit pénal général, op. cit., p. 251, no 280.
35
. En ce sens, R. GRIFFON, De l’intention en droit pénal, th. préc., p. 82. Garraud écrit en effet, à propos plus
Généralement de l’intention, qu’elle « consiste [...] dans la conscience, chez l’agent, qu’il accomplit l’acte
comme
Délit ». R. Garraud, Précis de droit criminel, 11ème éd., op. cit., p. 182, no 80.
36
. P. CONTE et P. MAISTRE du Chambon, Droit pénal général, op. cit., p. 217, no 380.
37
. J. PRADEL, Droit pénal général, op. cit., p. 454, no 554.
38
. X. PIN, Droit pénal général, op. cit., p. 181, no 187. V. égal. Y. MAYAUD, « La volonté à la lumière du
Nouveau code pénal » in Mélanges en l’honneur du Professeur Jean Larguier, Presses Universitaires de
Grenoble,
1993, p. 203, pour qui le dol général consiste en une « adhésion » à l’acte.
39
. Y. MAYAUD, « De l’article 121-3 du code pénal à la théorie de la culpabilité en matière criminelle et
délictuelle », D. 1997, chron. p. 37.

10
L’intention en droit pénal
le seuil minimal pouvant aboutir à une responsabilité pénale – tient donc à la faute non
intentionnelle40, elle-même connaissant divers degrés41.Sous son angle moral, la faute sera une
négligence ou une imprudence42, mais qui se traduira forcément dans un comportement
volontaire. En d’autres termes, le fait à l’origine du dommage est toujours voulu, bien que les
conséquences qui en résultent ne l’aient elles pas été. À proprement parler, la volonté n’est
donc une donnée suffisante que pour les infractions non intentionnelles. Pour les autres, elle
devra toujours être d’un degré supérieur, à savoir une intention, qui est plus précisément la
volonté tendue vers un résultat particulier43.Elle implique donc à la fois le caractère volontaire
du fait accompli et la recherche d’une conséquence particulière, tenant dans la majeure partie
des cas à l’atteinte44 La question peut alors se poser de savoir s’il s’agit d’une intention au
sens propre, ou si une simple conscience du résultat suffit 45.La volonté de l’acte, associée à la
conscience de la possibilité du résultat, caractérise en réalité un degré intermédiaire de
volonté. Il s’agit alors d’un dol éventuel, caractérisé par l’admission du risque. Mais de
manière générale, c’est une volonté du résultat qui devra être vérifiée pour les infractions
intentionnelles. Pour les infractions matérielles, la solution s’imposerait théoriquement par un
parallélisme entre la dimension objective de l’infraction et sa dimension subjective.
L’exigence matérielle du résultat s’imprime (sauf précision légale) sur l’élément
psychologique de l’infraction. Le résultat peut être abstrait, mais la volonté n’en demeure pas

40
. Refusant toutefois que l’on puisse faire relever la faute et le dol d’une doctrine commune, L. JIMENEZ de
Asua, « Les problèmes modernes de la culpabilité » in Mélanges en hommage à Jean Constant, Faculté de droit
de Liège, 1971, p. 147. Rappr. E. DESCHEEMAEKER, « La dualité des torts en droit français, Délits, quasi-
délits et la notion de faute », RTD civ. 2010, p. 435.
41
. A. PONSEILLE, « La faute caractérisée en droit pénal », RSC 2003, p. 79.
42
. Code pén., art. 121-3. Elle variera entre une faute ordinaire de négligence et une faute délibérée, praeter-
intentionnelle.
43
. V. entre autres E. VILLEY, « De l’intention en matière pénale », art. préc., étant précisé que l’auteur en
retient
une approche critique.
44
. La recherche d’un résultat particulier est parfois désignée sous le vocable de « dol spécial ». Toutefois, le
Concept de dol spécial est fort peu praticable à raison des divergences doctrinales dans sa compréhension. Pour
certains auteurs, il ne tient qu’à la volonté tendue vers le résultat (v. not. I. MOINE-DUPUIS, « L’intention en
droit pénal : une notion introuvable ? », D. 2001, p. 2144 ; J. PRADEL , Droit pénal général, op. cit., p. 458, no
560 :
« Dans le dol général, il y a volonté de l’acte alors que dans le dol spécial, il y a en outre volonté d’un résultat »).
Mais il peut être aussi entendu comme l’exigence d’une intention particulière ou d’un résultat déterminé, en plus
du dol général (v. not. B. Bouloc, Droit pénal général, op. cit., p. 251, no 280 ; M. BENILLOUCHE, « La
subjectivisation de l’élément moral de l’infraction, plaidoyer pour une nouvelle théorie de la culpabilité », RSC
2005, p. 529). Pour d’autres enfin, il tient à l’exigence d’un mobile particulier (X. Pin, Droit pénal général, op.
cit., p. 184, no 189 ;
P. CONTE et P. MAISTRE DU CHAMBON, Droit pénal général, op. cit., p. 219, no 384, ou Y. MAYAUD,
Droit pénal général, op. cit., p. 269, no 253).
45
. Le problème a été particulièrement étudié en Allemagne, où différentes théories ont été proposées. Certaines
d’entre elles sont exposées par Monsieur GRIFFON dans sa thèse, De l’intention en droit pénal, th. préc., p. 27 et
s. V. égal. J.-M. THEVENON, L’élément objectif et l’élément subjectif de l’infraction, th. préc., p. 69 et p. 86 et
s., sur la théorie du risque antérieur consenti.

11
L’intention en droit pénal
moins, en principe, tendue vers lui. En pratique, toutefois, les deux peuvent être difficilement
différenciables, tant volonté et intention sont intimement mêlées. Elles le seront tout d’abord
pour certaines infractions dans lesquelles le fait et le résultat sont presque confondus. Dans ce
cas, il n’y a pas à proprement parler de vérification d’une volonté tendue vers le résultat.
Celle-ci est en un sens impliquée par le caractère volontaire du comportement. En outre, de
manière générale il ne s’agit pas véritablement de deux vérifications consécutives. Par
exemple, l’intention de faire mal caractérisant l’infraction de violences volontaires 46,
présuppose le caractère volontaire des coups portés, de même que les coups portés
volontairement ne se conçoivent pas sans une intention de faire mal. C’est la raison pour
laquelle il serait ici artificiel de concevoir l’intention par une adjonction de deux éléments de
volonté. Elle ne devrait être envisagée que comme un degré de cette dernière. L’idée selon
laquelle le dol spécial– entendu comme une intention particulière – viendrait s’ajouter au dol
général47 est caricaturale. Il ne s’agit en réalité que d’un degré supérieur exigé par le
législateur, mais non de l’adjonction de deux données psychologiques distinctes. Ainsi, pour
le meurtre, il ne s’agit pas réellement de vérifier que les coups ont été portés volontairement
(dol général) et avec l’intention de tuer (dol spécial). Il s’agit de vérifier que les coups ont été
portés dans l’intention de tuer. Dans l’affirmative, il s’agira d’un meurtre 48, dans la négative,
de violences volontaires et, s’il s’avère que le fait n’était pas intentionnel, de blessures
involontaires. La Cour de cassation ne raisonne d’ailleurs pas en termes d’adjonction
lorsqu’elle déduit de la localisation des coups l’animus necandi49. Elle constate, au regard du
comportement accompli, l’intention homicide dans sa globalité, ce qui emporte le caractère
volontaire du moyen employé.

Paragraphe 2 : Le dol spécial


À cette exigence de dol général, le législateur peut ajouter une intention plus affinée,
dénommée dol spécial, qui est propre à chaque infraction. Néanmoins, la notion de dol spécial
n’est pas comprise de la même façon par tous : pour certains auteurs, le dol spécial serait « un
élément intellectuel plus caractérisé » qui consisterait dans « l’intention d’atteindre un certain
résultat prohibé par la loi pénale»50. Seraient ainsi des dols spéciaux : l’intention de tuer

46
. M.-L. RASSAT, Droit pénal spécial, op. cit., p. 383, no 341. Le dommage effectivement subi, bien
qu’indispensable à la détermination du texte applicable, n’a toutefois pas à être recherché. La symétrie entre la
dimension objective et la dimension subjective est relative.
47
. En ce sens, v. entre autres A. DECOCQ, Droit pénal général, op. cit., p. 210.
48
. L’on ne peut donc retenir cumulativement les violences et l’homicide, même en cas de pluralité de coups,
parce que l’intention est unique et dirigée vers le résultat de mort.
49
. V. infra, no 419.
50
. F. Desportes, et F. Le Gunehec, Droit pénal général, op. cit., no 474.

12
L’intention en droit pénal
requise pour le meurtre, l’intention de blesser requise pour les atteintes volontaires à
l’intégrité corporelle, ou encore l’intention de se comporter même momentanément en
propriétaire pour le vol. Mais cette présentation ne nous convainc guère parce que ce dol
spécial est nécessairement intégré dans le texte de qualification donc soit il est absorbé par le
dol général51 , soit il absorbe le dol général52. Ainsi dans le meurtre l’animus necandi (dol
spécial) est inhérent à l’intention de ne pas respecter l’interdit du meurtre (dol général) : les
deux notions se confondent donc. Aussi, lorsque le texte ne fait pas référence à un mobile
particulier mais n’évoque qu’une volonté orientée vers un résultat ou ne fait aucune allusion à
une quelconque inclination de la volonté, le respect de la légalité criminelle implique de s’en
tenir au seul dol général.

Sur ce point, la position de la Cour de cassation est parfois critiquable. Il en est ainsi en
matière d’empoisonnement53. En effet, après avoir jugé que l’intention homicide n’était pas
caractérisée par la « seule connaissance du pouvoir mortel de la substance administrée » 54, la
Cour de cassation a précisé le 18 juin 2003, dans l’un des volets de l’affaire du sang
contaminé, que ce crime ne pouvait être commis qu’avec l’intention de donner la mort,
élément moral commun à l’empoisonnement et aux autres crimes d’atteinte volontaire à la vie
de la personne55 Autrement dit, malgré son caractère formel, l’infraction relèverait moins
d’une logique de risque que d’une logique de mort 1 : le dol général (la conscience de violer
la loi pénale en administrant une substance mortifère) se doublerait d’un dol spécial :
l’animus necandi. Pourtant, le législateur n’a pas expressément érigé l’intention de causer la
mort de la victime en dol spécial – tout au plus s’agit-il d’un mobile 56 – ; du reste, on
comprend cette réserve du législateur car la différence faite entre l’intention de tuer (dol
spécial) et la connaissance du pouvoir mortel de la substance administrée (dol général) est en
l’occurrence bien artificielle : celui qui, sain d’esprit, sait qu’il administre ou fait administrer
un produit mortel présente, à nos yeux, la même culpabilité que celui qui veut donner la mort.

51
. J. Pradel, A. Varinard, GADPG, op. cit., no 39 ; J. Leroy, Droit pénal général, op. cit., no 379.
52
. A. Dana, La notion d’infraction pénale, LGDJ, 1982, no 454 s.
53
Voir article 221 code penal francais
54
. Crim. 2 juill. 1998, Bull. crim. no 211 ; D. 1998. 457, note J. Pradel ; JCP 1998. II. 10132, note
M.-L. Rassat (à propos de celui qui se sait porteur du virus du Sida et ne prend aucune précaution pour se
protéger dans une relation sexuelle). Désormais, la Cour de cassation juge que la transmission
volontaire du Sida est constitutive du délit d’administration de substance nuisible (C. pén., art. 222-15), Crim. 10
janv. 2006, Bull. crim. no 11 ; Dr. pénal 2006. 30, obs. M. Véron. V. aussi A. Prothais, « Le sida par
complaisance rattrapé par le droit pénal », D. 2006. Chron. 1068 ; B. Chapleau, « La pénalisation de la
transmission du virus de l’immunodéficience humaine par voie sexuelle », Dr. Pénal 2006. Chron. 18.
55
. V. Crim. 18 juin 2003, D. 2004. 1620, note D. Rebut ; V. également V. Malabat, J.-C. Saint-Pau,
« Le droit pénal général malade du sang contaminé  », Dr. pénal 2004. Chron. 2.
56
. Y. Mayaud, « L’empoisonnement une logique de mort. À propos de l’affaire du sang contaminé », RSC
1995. 347.

13
L’intention en droit pénal
Dans ce cas, le mobile (vouloir donner la mort) est inhérent à l’intention (vouloir administrer
le produit mortel)57.

Pour d’autres, la distinction entre le dol général et le dol spécial repose sur le critère du
résultat visé : le dol général porterait sur un résultat inclus dans les éléments matériels, alors
que le dol spécial porterait sur un résultat qui ne participe pas des résultats matériels 58. Ce
critère est séduisant et il s’accorde avec la thèse de ceux qui pensent que le dol spécial n’est
rien d’autre qu’un mobile érigé en intention 59. Mais il convient alors de préciser que seul le
législateur peut ériger un mobile en élément constitutif. Ainsi, Concernant l'acception du "dol
spécial", la doctrine est divisée en deux courants :

Pour certains auteurs, le dol spécial renvoie à la volonté d'atteindre le résultat redouté. A titre
d’exemple : l'homicide volontaire suppose l'intention de tuer.

Ex: coups et blessures volontaires, incendie volontaire, diffamation, critique d'une décision de
justice, qui suppose l'intention de discréditer la justice.

Pour d'autres auteurs, le dol spécial est une faute intentionnelle plus grave que le dol général
et qui est requise pour certaines infractions seulement. Il s'agirait alors de toute volonté qui ne
se rapporte pas à un des éléments matériels de l’infraction, c'est-à-dire tendant à un résultat ne
faisant pas partie de l’élément matériel de l’infraction.

Ex: les actes terroristes impliquent un dol spécial car sont pris en compte dans la définition
légale des mobiles terroristes (but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la
terreur), alors même que les mobiles ne font jamais partie de la définition de l'intention (dol
général).

Dans cette définition du dol spécial, la notion recouvrirait donc très peu de cas, et serait la
plupart du temps employée à tort puisque de façon redondante : la volonté du résultat étant
déjà comprise dans le dol général.

Pratiquement, le dol spécial, pris dans sa première acception, peut revêtir diverses modalités.
Il faut faire deux séries de distinctions. Il faut d'une part distinguer dol simple et dol
prémédité (ou dol aggravé), et d'autre part, dol déterminé et dol indéterminé.

57
. V. Ph. Conte, Droit pénal spécial, 3e éd., Litec, 2007, no 17.
58
. D. Rebut, note préc.
59
. A. Decocq, Droit pénal général, Armand Colin, U, 1971, p. 217 ; Ph. Conte et P. Maistre du Cham-
bon, Droit pénal général, op. cit., no 384.

14
L’intention en droit pénal
Le dol prémédité, c'est l'intention formée et réfléchie avant l'accomplissement de l'acte. Très
souvent, le dol prémédité entraîne l'aggravation de la peine par rapport au dol simple,
notamment en matière d'incendie ou de violences exercées contre des fonctionnaires. C'est
également le cas aussi pour l'homicide volontaire, qui est qualifié d'assassinat lorsqu'il est
prémédité, et devient alors passible de réclusion criminelle à perpétuité. Si l'homicide n'est
pas prémédité, c'est un meurtre, passible de trente ans de réclusion.

Il y a dol déterminé lorsque le résultat atteint correspond au résultat voulu par l'auteur de
l'acte. Au contraire, il y a dol indéterminé lorsque le résultat atteint est plus grave que celui
qui a été voulu. La question est de savoir s'il faut punir l'auteur de l'acte en fonction du
résultat voulu ou en raison du résultat atteint. La question ne présente d'intérêt que s'il y a une
différence dans les peines encourues. C'est le cas pour les coups et blessures volontaires et
coups et blessures involontaires.

La réponse de la jurisprudence est que le dol indéterminé est assimilé au dol déterminé.
L'individu est donc puni en fonction du résultat atteint, sauf si des blessures volontaires ont
entraîné la mort sans qu'il y ait eu intention de la donner (v. coups et blessures ayant entraîné
la mort sans intention de la donner).

SECTION 2 : Les conditions de l’intention


L’élément moral dans sa constituions requière un certain nombre de conditions à savoir la
connaissance des conditions objectives (paragraphe1) ainsi que l’influence variable des
conditions aggravantes (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : La connaissance des conditions objectives


Une première remarque s’impose toutefois à nous : prétendre rechercher une vérité nous
propulse d’emblée au sein d’un système de pensée articulé autour de notre idéal de vrai.
Ainsi, sans ambitionner connaitre la vérité finale, les recherches comme les jugements, qui se
pareraient des atours d’une quête de vérité, n’en deviendraient pas moins subjectifs que
d’autres dictant plus directement leur vision du vrai. A cela peut se surajouter une seconde
réflexion, suite logique de la première : toute quête de vérité suppose que cette dernière existe.
Or, partir de ce constat, c’est déjà s’imposer l’existence d’une notion impossible à démontrer.
Cette croyance en la vérité prescrirait un bout de notre perception du réel aux autres : la vérité
est.

15
L’intention en droit pénal
C’est en ayant conscience de cela qu’il nous appartient de commencer notre travail dont la
posture théorique ne peut tenir qu’en acceptant ces présupposés. A l’inverse, nous pourrions
soutenir une thèse toute en contradiction, et nier la possibilité de la vérité. Chemin faisant,
nous proclamerions l’inutilité de sa quête et pourrions poser ici le point final de notre
contribution. Par ces propos, nous entendions simplement amorcer un début de réponse à la
question du chercheur face à son objet d’étude. Nous parlerons donc en estimant qu’une vérité
pourrait exister, sans pour autant avoir l’intention d’en chercher le contenu ou vouloir en faire
la démonstration. Précisons également que cette posture n’est qu’une réponse aux besoins
pratiques de l’analyse : puisqu’il est posé comme convenu en doctrine qu’existe une vérité
judiciaire sujette à travaux, charge à nous de nous en emparer.

Ces prolégomènes nous conduisent vers une nécessaire tentative d’appréhension de ce que
peut recouvrir le concept de la vérité dans le droit. En lisant quelques définitions sur la vérité
(judiciaire), force est de constater que, de manière plus ou moins évidente, la subjectivité est
dans tous les cas conviée à la fête. Seulement, ajouter l’humain dans l’équitation de la vérité,
c’est supprimer toute hypothèse d’objectivité, et ce, quelle que soit la vérité que l’on
convoque.

Généralement, nous convenons que la mission du juge est d’essayer de reconstituer les faits le
plus fidèlement possible afin de pouvoir trancher dans les meilleures conditions, en
composant des certitudes sur le cas qui lui est présenté. Bien établie au début de la période de
notre étude, cette recherche a été renforcée grâce aux avancées scientifiques. Ce ne serait
donc pas l’objectif qui changerait, mais bien les moyens qui diffèreraient suivant le moment
envisagé au cours des 19e et 20e siècles, voire au 21e siècle.

Par conséquent, le sens d’une vérité qui se voudrait recevable universellement en vient à pâtir
immédiatement, le sol de la véridicité se dérobant après que chaque élément de raccrochement
eût fini d’être déconstruit.

Par ailleurs, nous devons introduire une vérité : la vérité factuelle. Les magistrats dans leur
office manient deux éléments principaux, les faits et le droit. Alors que la vérité du droit
textualité na pas à être démontrée puisque les lois sont aujourd’hui le fruit d’une adoption
démocratique par un parlement élu, les faits, matières premières du jugement, posent une série
d’interrogation légitimes. Pour être constituée, la vérité factuelle repose notamment sur des
vérités scientifiques et, dans une certaine mesure, sur des vérités historiques. Les vérités
scientifiques prennent logiquement place du fait des expertises judiciaires ; la vérité

16
L’intention en droit pénal
historique elle, repose sur une comparaison des récits pour tâcher d’établir une vérité
factuelle. Elle s’intègre ici, car nous relevons des similitudes dans la construction de l’histoire
d’une part, et celle de l’histoire du crime d’autre part. C’est donc une notion centrale dans la
recherche et l’obtention finale de la vérité judiciaire. En prenant du recul, nous constatons
alors que la vérité judiciaire procède d’une vérité factuelle, qui elle-même dépend
intrinsèquement d’une double vérité scientifique et historique. Cet enchevêtrement de vérités
la rend d’autant plus vulnérable.

En nous recentrant sur la matière que nous avons choisi d’étudier plus spécialement, le droit
pénal, apparait un problème croustillant les débats autour du vrai : l’élément moral. Le droit
criminel, parce qu’il emporte les conséquences les plus graves pour les citoyens, a été forgé
dans le respect des préceptes directeurs dégagés au 18 e siècle –notamment les principes de
légalité et interprétation stricte des textes -, et intègres dans notre ordre juridique pendant la
révolution française de 1789. Légitimement, nous pourrions penser que les fondements et la
structuration de notre droit répressif sont des éléments correctement posés ; de premières
recherches nous ont pourtant démontré l’inverse. L’intention concentre l’ensemble de ces
problèmes puisqu’elle souffre d’une carence de définition et, de surcroit, elle apparaît sous la
plume des magistrats et non celle du législateur. De fait, en tant qu’élément incertain, la
recherche de l’intention peut mettre en crise la construction de l’intime conviction du juge et
l’éducation d’une vérité judiciaire.

Selon nous, cette dernière sombre dans la fiction puisque ces fondements propres sont
abstraits et qu’elle cherche, en outre, à recouvrir des éléments qui sont eux-mêmes nébuleux
et indéfinissables. Cependant l’abstraction n’est-elle pas le propre de cet élément impalpable ?
Cette caractéristique pourrait lui procurer le « statut » de zone tampon dans l’office du juge.
Ainsi lui serait réservée à jamais une place pour que puisse s’exprimer l’intime conviction.

A la manière d’un ensemble de dominos, si l’intention choit, les autres pièces qui en
dépendent la suivent dans sa chute : il en va ainsi de la tentative de reconstruction d’une vérité
factuelle, entrainant dans son sillage la vérité scientifique, même consolidée par les expertises
dont la mobilisation fleurit depuis la fin du 19 e siècle. Par ailleurs, les magistrats qui
mobilisent le récit des faits pour évaluer et statuer, ne pourraient produire qu’un jugement
biaisé par ces approximations factuelles, donnant lieu à la constitution d’une vérité judiciaire
atrophie. In fine, c’est toute la conception du jugement, fondé sur un idéal de justice par le
vrai, qui pourrait vaciller : sa construction, entremêlant toutes les notions dans des relations
d’interdépendances, en fait un édifice fragile. De tout cela nous constatons un possible

17
L’intention en droit pénal
rapprochement de la vérité judiciaire avec certains objectifs à valeur constitutionnelle :
généreux dans leur principe, délicats par leur degré d’applicabilité réduit pour ne pas dire,
parfois, absent.

Paragraphe 2 : L’influence variable des conditions aggravantes


L’aggravation de la sanction est due à la présence d’une ou plusieurs circonstances
aggravantes. Il s’agit de circonstances de fait limitativement énumérées par la loi qui
accompagnent le fait principal, augmentent la culpabilité de l’agent et entrainent une
aggravation de la peine. Il faut se garder de confondre circonstances aggravantes et éléments
constitutifs de l’infraction.

Les circonstances aggravantes sont des éléments accessoires. Leur absence n’a aucun effet sur
l’infraction de base. Celle-ci existe et elle peut toujours être sanctionnée. Prenons comme
exemple la complicité. En cette matière, les éléments constitutifs de l’infraction commise par
l’auteur principal peuvent être retenus contre le complice, mais il n’en va pas
systématiquement de même pour les circonstances aggravantes dont certaines seulement, en
raison de leur nature, lui sont applicables. On se souvient que seules les circonstances
aggravantes réelles et mixtes peuvent rejaillir sur la situation du complice et non les
circonstances aggravantes personnelles.

A côté de cette classification des circonstances aggravantes que nous avons déjà examinée, il
existe une autre classification qui oppose les circonstances aggravantes spéciales aux
circonstances aggravantes générales. Les circonstances aggravantes spéciales sont attachées
exclusivement à une infraction ou à quelques infractions. Exemple : la loi prévoit pour le vol
des circonstances aggravantes comme la violence, l’effraction, l’escalade, la réunion, la nuit 60.
L’étude de ces circonstances aggravantes spéciales appartient au droit pénal spécial.

Au contraire, les circonstances aggravantes générales ressortissent au droit pénal général


puisqu’elles sont communes à toutes les infractions. Il existe dans la loi, une seule
circonstance aggravante à caractère général : c’est la récidive. Cette circonstance aggravante
s’applique lorsque le délinquant a commis plusieurs infractions. Mais il faut se garder de
confondre la récidive avec le cumul réel dont l’application intervient également dans le cadre
d’une pluralité d’infractions.

La cour suprême a affirmé que la notion de gravité de l’infraction ne devait pas opérer pour
évacuer l’appréciation de la culpabilité morale du processus de la détermination de la peine.
60
Voir article 368 du code pénal du Sénégal

18
L’intention en droit pénal
Un survol rapide (et manifestement incomplet) de la jurisprudence appliquant l’article 718.1
révèle que les tribunaux ont donnée plusieurs sens différents à l’expression « gravité de
l’infraction ». Dans certains cas, on insistera sur des indicateurs légaux, comme la peine
encourue ou le fait que le ministère public, dans le cas d’une infraction hybride, a choisi le
mode de poursuite sommaire61. Dans d’autre, on s’attachera plutôt aux circonstances de
l’infraction, notamment le préjudice subi par la victime. Dans d’autres encore, c’est la
catégorie d’infraction qui est désignée, selon le principe que certaines infractions ont une
gravité inhérente qui les distingue des autres62.

Il faut toutefois approfondir quelque peu, car si la circonstance aggravante impose le plus
souvent de vérifier une circonstance d’ordre factuel ou l’emploi d’un moyen particulier
(utilisation d’une arme, circonstance de fait particulière), dans d’autres hypothèses,
l’aggravation suppose réellement une dualité de faits. Le vol avec violence, par exemple,
consiste à aggraver le vol à raison d’une action concomitante à celui-ci. Il y a dans cette
hypothèse plusieurs actes distincts. Or, le législateur ne s’intéresse pas forcément à la relation
causale entre les deux actes. Il y a deux activités qui se juxtaposent et qui sont constitutives de
deux infractions différentes en concours, que le législateur règle. L’on a donc un fait principal
qui correspond à l’exécution achevée de l’infraction simple, auquel s’ajoute un autre fait
principal dont l’accomplissement marque l’exécution de l’infraction aggravée. L’on se trouve
alors face à une forme d’infraction complexe (plusieurs actes de natures différentes sont
exigés dans la réalisation de l’infraction). Mais ici, il ne s’agit pas du détail des étapes de
l’infraction. L’aggravation fait naître une hypothèse véritable d’infraction complexe
caractérisée par une superposition d’actes de natures différentes et tous deux indispensables à
la caractérisation de l’infraction aggravée. Comment régler alors ce cas particulier ? Les deux
faits doivent-ils être regardés ensemble comme principaux ? La solution pourrait tout à fait se
concevoir, surtout si l’on part du comportement accompli. Elle ne s’impose toutefois pas,
parce que dans cette hypothèse, le législateur a lui-même réglé le conflit de qualification.
Certes, ici, il faut bien vérifier deux faits, mais au regard de la qualification finale, l’un
deviendra le fait principal, l’autre l’accompagnant et justifiant l’aggravation de la répression.

61
. Il est intéressant de constater que les tribunaux québécois semblent préférer cette conception de la gravité,
conception qui équivaut à la notion de «  gravité objective » dont faisait état le célèbre arrêt R. c. Lemire et
Gosselin, (1948) 5 C.R. 181.
62
. R. c. Biancofiore, (1997) 35 O. R. 3d, 782, ( C.A. Ont.), ( ivresse au volant) ; R. c. H.V. [1998] O.J no. 4694
(agression sexuelle). Ces deux arrêts constatent que la stigmatisation sociale ne semble pas refléter adéquatement
la « la gravité objective » de l’infraction.

19
L’intention en droit pénal

20
L’intention en droit pénal
CHAPITRE 2 : L’INTENTION : UN ELEMENT LACUNAIRE DE
L’INFRACTION

L
’intention, étant un élément fondamental de l’infraction, il n’en demeure pas moins
que ce dernier renferme un élément lapidaire à savoir son insuffisance dans la
qualification d’une infraction. Car il ne peut y avoir infraction que si 3 éléments
sont présents et réunis, à savoir l’élément légal, l’élément matériel, et l’élément moral. C’est
la théorie des éléments constitutifs de l’infraction. Cette approche classique des trois 3
éléments constitutifs de l’infraction est remise en cause régulièrement par une partie de la
doctrine, principalement au regard de l’élément moral, certains auteurs intégrant en opposition
à l’élément légal, ce que l’on appelle l’élément injuste, ou intégrant dans l’élément moral les
concepts de liberté et d’intelligence. Toutefois, si la présentation des éléments constitutifs
peut varier, il n’en reste pas moins qu’au fond le contenu demeure assez semblable. Ainsi cela
nous poussera à analyser dans le premier temps, la volonté sans intention dans la commission
de certaines infractions (section1) et dans un second, un élément moral pas toujours distinct
des mobiles (section 2).

SECTION 1 : La volonté sans intention dans la commission de certaines


infractions
La volonté sans intention de commettre pour certaines infractions traduit l’existence
d’infraction où l’intention est présumée (PARAGRAPHE 1) ce qui traduit une nécessité de la
causalité entre faute et dommage (PARAGRAPHE 2)

Paragraphe 1 : L’existence d’infraction ou l’intention est présumée


Lorsque l’activité matériel de l’agent n’a pas été interrompu deux situations peuvent se
présenter soit l’infraction a été consommée, soit elle n’a pas été consommée. Si elle n’a pas
été consommé on est en présence d’une infraction dite « manquée » ou alors d’une infraction
dite « impossible ».

Selon la doctrine il y a infraction manquée lorsque l’évènement désireux par l’agent n’a pas
été atteint en raison de sa maladresse, de son inadvertance ou de son inattention. Ex : on tire

21
L’intention en droit pénal
un coup de feu sur sa victime laquelle n’a pas été atteinte soit parce que le coup a été mal
ajusté, soit parce que la victime a esquivé la balle. L’agent a accompli tous les actes qui
dépendaient de lui et n’a pas été interrompu en cours d’exécution de sorte qu’il n’y a plus
aucun doute à avoir sur son intention d’aller jusqu’au bout de son projet criminel. C’est
pourquoi l’article. 2 du code pénal l’assimile expressément et à juste titre à l’infraction tentée.
Il convient cependant de noter que dans le cas des infractions formelles lorsque l’agent a
accompli tous les actes nécessaires il y a infraction consommée quel que soit le résultat. Ex :
si l’agent administre du poison à sa victime qui est immunisée, il commet un empoisonnement
pur et simple et non une tentative bien que celle-ci n’ait pas été incommodée. Ce qui se
comprend, car le résultat n’est pas un élément constitutif de l’infraction.

Il y’a infraction impossible lorsque l’action a été accompli dans des conditions tel que la
réalisation de l’infraction projetée était vouée à l’échec en dépit de la volonté ou de l’adresse
de l’agent. Dans l’infraction impossible soit il y a un manque d’objet, soit les moyens
employés sont inefficaces. Le résultat est donc objectivement impossible à atteindre alors que
dans l’infraction manquée plus d’habileté chez l’agent aurait permis de l’obtenir. Pour
résoudre la question de l’infraction impossible la doctrine et la jurisprudence l’ont
longuement évité ; la doctrine a d’abord provoqué la thèse de l’impunité en considérant qu’il
n’y a pas de trouble causé à la société et qu’il n’y a pas eu de commencement d’exécution
concevable. Elle a ensuite proposé devant les critiques de cette thèse le système de la
répression partielle. Cette thèse fait la distinction entre l’impossibilité absolue dont l’échec est
insurmontable (Ex : tirer sur un cadavre) et l’impossibilité relative dont le résultat pouvait être
possible (Ex : tirer sur une chambre momentané vide). La distinction dans le même sens a été
faite entre impossibilité de droit (l’élément constitutif manque comme dans le cadre de
l’avortement d’une femme qui n’est pas enceinte) et impossibilité de fait (absence de la
victime dans une chambre momentanément vide).

La critique essentielle à cette thèse de la répression partielle est qu’il n’y a pas de degré dans
l’impossibilité. Finalement la jurisprudence après plusieurs hésitations s’est rangée derrière la
thèse de la répression systématique sans faire aucune distinction entre les diverses sortes
d’impossibilité. Cette assimilation de l’infraction impossible à l’infraction tentée découle du
fait que tous les éléments constitutifs sont réunis : l’agent est entré dans la phase d’exécution
des actes qui n’ont manqué leur effet qu’en raison des circonstances indépendantes de sa
volonté. Il en va différemment néanmoins lorsque l’infraction impossible ne correspond pas à
la définition de l’élément matériel de l’infraction. Ainsi, l’empoisonnement suppose

22
L’intention en droit pénal
l’administration de substance toxique, il n’est pas donc constitué par l’administration de
substance inoffensive même si l’auteur est animé par l’intention de donner la mort. Cependant
ce point de vue ne fait pas l’unanimité. Il en va de même également lorsque l’agent a cru
commettre une infraction alors qu’il a accompli un acte qui n’était pas puni par la loi pénale.
Par ailleurs l’infraction impossible qui concernerait un délit n’est pas punissable si la tentative
de celui-ci n’a pas été prévu, Ex : la tentative du délit de non-assistance à une personne en
danger n’étant pas punissable ; L’auteur d’une infraction impossible qui s’abstient de porter
secours à une personne en péril et qui était déjà morte échappe à la répression.

Enfin, parfois il y a une absence d’une intention criminelle de l’auteur ou sa démence. Ainsi,
celui qui envisagerait de porter atteinte à l’intégrité physique d’une personne par envoutement
ou avec un pistolet d’enfant soit son intention fait défaut, soit il est réellement convaincu de
l’efficacité de ses actes, et son cas relève alors de la médecine et non de la justice. Fait alors
défaut l’élément moral de l’infraction.

Paragraphe 2 : La nécessite de la causalité entre faute et dommage pour


l’infraction non intentionnelle
A la différence des infractions intentionnelles, les infractions non intentionnelles sont
constituées même si l’auteur de l’acte n’a pas cherché la violation de la loi pénale. C’est ainsi
que les infractions intentionnelles sont objectivement moins répressives que les infractions
non intentionnelles. Ex : en matière de vol si cette infraction n’était pas une infraction
intentionnelle la personne qui se trompant de véhicule chercherait à s’emparer de celui qui ne
lui appartient pas commettrait une tentative de vol, il ne pourrait se retrancher derrière l’erreur
de fait qu’il a commise puis que celle-ci révèlerait précisément sa négligence. La faute non
intentionnelle consiste ainsi en une faute d’imprudence ou de négligence. Ex : l’homicide
involontaire occasionné par l’automobiliste qui effectue un déplacement irrégulier, dans ce
cas et c’est le fondement du reproche social adressé à l’agent, celui-ci par son inattention ou
sa négligence n’a pas prévu les effets nuisibles de son activité alors qu’il aurait pu et même dû
le prévoir. L’agent sera puni d’une peine délictuelle car ici la faute non intentionnelle est
constitutive d’un délit.

Il s’agit d’une négligence, d’une inadvertance à un acte obligatoire ou interdit par la loi.


L’article 121-3 évoque « la faute d’imprudence, de négligence ou de manquement à une
obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement ». La faute est
indirecte, elle a causé un dommage qui n’était pas voulu. Ainsi, une inattention peut conduire

23
L’intention en droit pénal
un automobiliste à renverser un piéton et à le tuer ; mais l’automobiliste peut aussi avoir agi
sans respecter certaines règles de sécurité. Même si le dommage en lui-même n’a pas été
intentionnellement prévu, une faute a été constatée, elle est donc punissable. Il peut donc
s’agir d’un manquement à une obligation, ou d'une simple conduite peu prudente. Dans le cas
du médecin par exemple, une erreur de diagnostic ne sera pas considérée comme une faute si
le diagnostic était réellement difficile (si les examens nécessaires ont bien été effectués, seul
un travail mal fait pourra être considéré comme une faute). Le juge doit donc tenir compte de
façon concrète de la situation de l'auteur.

On distingue aussi les fautes qualifiées, provoquées indirectement par une personne (ex : la
faute résulte d’une abstention à l’action qui aurait permis d’éviter un dommage).

Le crime est toujours perçu comme étant intentionnel, il n’existe plus, comme l'affirmait
l’ancien Code pénal, de crimes non intentionnels.

Le délit d’imprudence prévoit, pour mettre en cause la responsabilité pénale de la personne,


qu’il y ait eu un dommage physique ; un lien de causalité doit donc être constaté entre la faute
et le dommage. Plus le lien est distant, plus il faudra que la faute soit importante pour que soit
mise en jeu la responsabilité de l’auteur. Si le lien est indirect, il faudra rapporter la preuve
d’une faute qualifiée. La faute proviendra d’un manquement à une obligation, ou de
l’exposition d'une personne devant un risque connu de l’agent. Dans le premier cas, la
sanction sera aggravée si la violation à l’obligation de sécurité définie par la loi ou le
règlement est délibérée. La sanction sera relative à la gravité du préjudice, en cas d’incapacité
permanente ou temporaire, etc.

Pour les contraventions, la sanction diffère car un dommage n’est pas nécessaire pour que
l’infraction soit punie. Les dispositions obligatoires doivent être respectées sous peine de
sanction. La faute pourra consister en une imprudence, une mise en danger délibérée d’autrui,
qui amèneront à différentes sanctions de 5e classe. La contravention suppose une commission
matérielle des faits.

24
L’intention en droit pénal
SECTION 2 : Un élément moral pas toujours distinct des mobiles
L’élément moral de l’infraction pose toujours un problème dans sa détermination et laisse
poindre une confusion entre intention et mobile (Paragraphe 1) mais aussi une distinction
voire un écart entre intention et mobile (Paragraphe 2)

Paragraphe 1 : Confusion de principe entre intention et mobile


Le mobile relève du fort intérieur, il est la raison qui pousse l’agent à commettre une
intention63. A la différence de l’intention, dol général, qui consiste dans une volonté abstraite,
le mobile varie suivant les auteurs : la jalousie, la haine, la colère, le dépit, la cupidité, la
plaisanterie, etc. Dans une perspective policière ou criminologique, les mobiles sont
importants car, comme l’écrivait Gide, ils constituent «  l’anse par laquelle on tient le
criminel ». Néanmoins, en droit pénal, la loi étant par nature générale et abstraite, les mobiles
sont en principe indifférents. Ils ne jouent aucun rôle dans l’opération de qualification, ni
comme élément constitutif, ni comme fait justificatif. Ainsi, peut-on commettre un meurtre par
jalousie, par cupidité ou par compassion, peu importe : on est meurtrier parce que l’on a eu
l’intention de tuer. De même, on peut commettre un vol pour lutter contre le capitalisme ou
pour payer ses dettes, peu importe : dès lors qu’il y a soustraction frauduleuse de la chose
d’autrui, il y a infraction punissable. En principe, sauf texte contraire, les mobiles « légitimes»
ou « honorables » n’exonèrent pas l’auteur64. De même, l’infraction jocandi causa (« pour
rire ») n’en est pas moins une infraction punissable 65, y compris lorsqu’elle est commise entre
« amis » qui ont l’habitude de se faire des « blagues » 66. Cette indifférence des mobiles doit
cependant être nuancée : si l’on excepte pour l’instant le cas du mobile érigé en fait
justificatif67, le mobile est aussi pris en considération par le législateur soit pour préciser
l’élément intentionnel (dol spécial), soit pour aggraver la répression (dol aggravé).
Néanmoins, le mobile seul n’est pas suffisant pour condamner une personne, c’est simplement
un élément pour obtenir la conviction des jurés ou des juges. Cependant, le mobile a un rôle
majeur en matière de neutralisation des infractions. En effet, pour conclure à la constitution

63
. Ph. Conte, P. Maistre du Chambon, Droit pénal général, op. cit., n 383.
64
. Crim. 23 oct. 1986, Bull. crim. no 384 (condamnation de la séquestration des dirigeants d’une
entreprise à l’occasion d’un conflit du travail).
65
. Crim. 21 oct. 1969, Bull. crim. no 258 (un individu avait appliqué une « soufflette » propulsant de
l’air comprimé sur le fondement d’un camarade pour plaisanter : ce dernier eut les intestins perforés).
66
. Comp. Toulouse, 21 févr. 2002, Dr. pénal 2002. 83, obs. M. Véron (envoi de poudre blanche à un « ami »
dans une enveloppe interceptée par un préposé des postes ; relaxe du chef de blessures volontaires sur l’agent des
postes).
67
. V. ss 254.

25
L’intention en droit pénal
d’un fait justificatif, le mobile est un élément pris en compte. Par exemple, l’article 122-7 du
code pénal français, relatif à l’état de nécessite, l’infraction est commise en raison du vouloir
de l’auteur, qui fait prévaloir son intérêt supérieur à celui de la commission de cette dernière.
Il y a lieu de rappeler à titre d’information que l’état de nécessité n’a pas de base textuelle en
droit pénal sénégalais et donc demeure un fait justificatif jurisprudentiel.

La notion de mobile doit être distinguée des notions connexes de but, d’intention, et de motif.

Si le but se conçoit comme la présentation de la finalité de l’acte, comme ce qui tend à la fin,
l’intention s’avère alors comme la manifestation de la volonté d’accomplir cet acte et, le
mobile, comme l’élément qui en constitue l’origine, l’amorce, le point de départ, la source.

En dépit de l’imprécision en droit de la notion de mobile ainsi que des difficultés et des
ambigüités qu’elle fait naitre, des auteurs se sont essayés à distinguer en droit pénal les
notions de volontés, d’intention, et de mobile.

La volonté concernerait uniquement l’acte purement matériel. L’intention se rapporterait


surtout à la conscience de commettre un acte illicite. Le mobile serait l’élément déterminant
de la volonté humaine dans l’action, sa motivation subjective principale. Il n’y a pas
ambiguïté dans la première acception du mot mobile qui la relie à un sentiment (mobile de
haine, mobile de justice), mais, certes, dans la seconde acceptation, où il vient se confondre
avec l’intention (le mobile de, son intention en commettant le crime était d’empêcher la
survenance de tel évènement). Les tribunaux paraissent enclins à ne retenir dans leur examen
que cette seconde acception, soit le mobile comme intention menant à la réalisation d’un acte
intentionnel. « Lorsqu’on distingue entre intention et mobile, l’intention se rapporte au moyen
et le mobile, à la fin. »

La doctrine et la jurisprudence anglo-américaines admettent deux composantes du délit :


l’actus reus (élément matériel) et la mens rea (élément moral), cette dernière n’entretenant
aucun lien quel qu’il soit avec l’intention, vue comme la mise en mouvement de la volonté,
l’incitation la poussant à l’action à tel point que les moyens appliqués devront produire les
résultats escomptés. En somme le mobile est une question de fait et de preuve, et non une
question de droit. « Le point fondamental de la présente affaire est que le mobile est toujours
une question de fait et de preuve, et, par conséquent, il relève plutôt du juge et du jury que du
tribunal d’appel. »

26
L’intention en droit pénal
Paragraphe 2 : Ecart entre intention et mobile
On le sait, le droit pénal n’incrimine pas les mobiles qui sont « juridiquement indifférents » 68.
Le délit de dénonciation calomnieuse ne déroge pas au principe 69. Pour autant, les tribunaux
ne se désintéressent pas du contexte conflictuel qui oppose le dénonciateur à sa victime. Loin
de l’orthodoxie théorique de l’intention coupable, ils relient fréquemment l’élément moral du
délit à ces indices factuels pour séparer les coupables des innocents, sans objection de la Cour
de cassation, parfois même, avec son approbation expresse.

Ainsi, pour retenir le PDG de la Clinique précitée dans les liens de la prévention, la cour de
Grenoble note que le « rapprochement des dates des procédures de licenciement refusées et de
la dénonciation de faits manifestement faux établit la mauvaise foi du prévenu qui connaissait
la fausseté des imputations pénales » faites à son délégué syndical 70. L’échec de tentatives de
licenciement de ce salarié protégé a donc persuadé la cour que la dénonciation constituait un
moyen détourné d’interrompre le mandat électif de ce préposé probablement trop revendicatif.
De même, la cour de Douai ne se contente pas de l’aveu involontaire de la dénonciatrice, elle
note que la plainte pour viol de la prévenue contre son ancien concubin était motivée par le
conflit les opposant71. La cour de Bordeaux caractérise, elle aussi, l’élément moral de la
dénonciation visant une préposée de France Telecom en retenant que la « genèse de ce procès
trouve son origine dans le contentieux contractuel existant entre France Telecom et la Sarl
Copper communications »72. Même prise en compte des mobiles au sujet de la plainte pour
vol de la femme contre son mari dont il est souligné qu’elle a été déposée alors que les deux
époux sont en instance de divorce73 ; ou de la plainte au Conseil de l’ordre déposée par le
gérant d’une clinique capillaire, « le contexte de l’affaire, animosité certaine entre les parties,
fragilité des attestations et publicité faite autour de la plainte par le prévenu montrant bien son
intention de nuire »74 ; ; ou encore de celle adressée au garde des sceaux par un syndicaliste
contre le directeur de la maison d’arrêt de Grasse « qui traduit à l’évidence un désir de
vengeance »75sur fond de querelles syndicales relatives à l’orientation de la politique
pénitentiaire. Parfois, les mobiles sont écartés, non pas en raison de leur nature, mais parce
qu’il ne peuvent contredire efficacement les présomptions du dossier sur l’élément moral ni
68
. B. Bouloc, Droit pénal général, Dalloz, 20e éd. 2007, p. 244, n° 266; Le Gunehec, J.-cl., loc. cit., n° 36 s.
69
. Commaret, loc. cit., n° 94; Vassogne, loc. cit., n° 54; J. Bore, La cassation en matière pénale, LGDJ 1985, p.
1056, n° 3467.
70
. Crim. 14 juin 2000, préc.
71
. Douai, 22 juin 2006, préc.
72
. Rejet du pourvoi contre cet arrêt par: Crim. 11 mars 2003, n° 02-83.118.
73
. Bordeaux, ch. corr., 24 juin 2004, JCP 2004. 3544.
74
. Rennes, 17 févr. 2000, JCP 2000, IV. 2341.
75
. Paris, 11e ch. B, 9 nov. 2006, Aubin c/ Bigot, n° 05/13069 (lexisnexis).

27
L’intention en droit pénal
prouver la bonne foi, et c’est encore leur donner beaucoup d’importance: tel est le cas lorsque
la chambre criminelle constate « qu’aucune des circonstances relevées par les juges du fond
(difficultés entre les deux parties, climat moral, état d’esprit et état physique de la femme
Rocca Serra) n’est de nature à établir que celle-ci ignorait la fausseté des faits énoncés par elle
».76

Alors que le mobile est classiquement pris en considération par la pratique judiciaire pour le
dosage de la pénalité, ces décisions attestent qu’il influence ici fréquemment la religion des
juges du fond sur les éléments constitutifs de l’infraction: les tribunaux se réfèrent au contexte
et en font un élément de conviction chaque fois qu’il leur permet de conforter une lecture
irréductiblement hypothétique des faits et de l’élément moral sous-jacent. Car les mobiles
confirment sans équivoque l’intention de calomnier et d’attirer des sanctions sur la victime
par une dénonciation injustifiée. Ils suppléent l’incertitude de toute induction sur l’intention
de l’infracteur et facilitent la mise en œuvre d’une incrimination à l’architecture byzantine.

L’indifférence du mobile doit donc être relativisée car c’est souvent à partir de ce contexte
conflictuel que l’élément moral est mis en relief par les tribunaux. Ce point de tangence avec
la diffamation, où les mobiles font, à l’inverse, parfois échec à l’incrimination lorsque la
bonne foi est admise77, ramène à la question plus théorique du dol spécial.

« Le mobile ne fait pas partie de la u mens rea. Il peut signifier le sentiment, la passion qui
pousse à l’action (rage, jalousie, etc.). Il peut aussi signifier une finalité que l’agent donne à sa
conduite, vole pour nourrir ses enfants, tue son oncle pour hériter. C’est cette seconde
acceptation du mobile qui est la plus courante en droit pénal. Dans ce sens, le mobile est une
intention, non pas nécessaire à l’infraction (v.g. l’intention de causer la mort nécessaire au
meurtre), mais au-delà de l’infraction (v.g. l’infraction d’hériter). Il va sans dire que le mobile
peut expliquer l’infraction, mais, en spécifique, au contraire, est un élément de l’infraction. »

La jurisprudence et la doctrine paraissent divisées sur la question de l’importance du mobile


et de sa connaissance. « Pour être déclaré coupable ou être convaincu d’euthanasie, il faut que
soient réunis un élément matériel ou l’actus reus (l’utilisation, l’administration de substances
de nature à anticiper ou à entrainer la mort, le fait de donner la mort) et un élément mental ou
moral, la mens rea (l’intention de tuer, de procurer la mort). Pour les tribunaux, le mobile est
toujours indiffèrent. » « La connaissance des mobiles est indispensable pour la compréhension
du coupable et de son délit. » Et pour la modulation de la sanction dans le processus de
76
. Crim. 7 juin 1956, Jolivot c/ Rocca Serra, préc.
77
. Mimin, loc. cit., p. 119.

28
L’intention en droit pénal
détermination de la peine, faut-il s’empresser d’ajouter. « Les délits dont le mobile racial est
établi font l’objet de sanctions plus lourdes. » Dans le droit des contrats, le mobile remplit un
rôle significatif. Il est loin de laisser indifférent dans la mesure où il constitue la cause
impulsive et déterminante et vu le fait qu’il relève à la fois des catégories fondamentales de la
cause, de la volonté contractuelle et du libre consentement. On le définit généralement comme
l’impulsion particulière et spéciale qui a poussé un individu à contracter. Son rôle dans le
cadre du procès avec jury est laissé à l’appréciation des jurés, éclairés à cet égard par les
directives du juge, lequel, tenant compte, le cas échéant, des circonstances atténuantes, pourra
alléger la lourdeur de la sanction.

29
L’intention en droit pénal

CONCLUSION

M
algré une utilisation parfois approximative des éléments constitutifs de
l’infraction, il y a dans l’affirmation selon laquelle ils sont un instrument «
irremplaçable »78 une part de vérité. Toujours discutée, souvent malmenée,
parfois contestée, la division de l’infraction se maintient avec une insolente constance qui est
un indice de la solidité de ses fondements.

Historiquement, les éléments constitutifs ont permis d’imposer aux juges certaines
vérifications dans la déclaration de culpabilité, le comportement devant être caractérisé aussi
bien matériellement que moralement. Cette double approche était l’expression d’une
conception de la responsabilité pénale et d’une certaine délimitation du comportement
infractionnel. Aussi les éléments constitutifs ont-ils été repris et utilisés par la doctrine dans
l’analyse de l’infraction. En droit pénal général, ils sont devenus les éléments communs à
toutes les infractions, dont le juge ne peut faire l’économie lors de la qualification. C’est de
cette simple idée que la nature des éléments constitutifs peut être déduite. Les éléments
permettent de dégager les conditions essentielles de la responsabilité et, par suite, mettent en
lumière un schéma invariable de qualification des faits. Il faut ici abandonner l’idée d’une
construction de l’infraction par la somme de ses éléments. Elle n’est pas une addition de
conditions autonomes, car l’infraction n’est pas construite : elle est commise. Elle est un
comportement pénalement qualifié. C’est à ce titre que les éléments trouvent toute leur
utilité : ils guident le juge dans son exercice de qualification en l’invitant à envisager le
comportement sous différents angles. Les éléments ne sont rien d’autre, mais c’est en cela
qu’ils interdisent au juge une appréciation trop rapide des faits79.

Cependant, pour pouvoir utiliser efficacement les éléments, encore faut-il parvenir à les
identifier. Ce n’est qu’en parvenant à dégager un schéma valable pour toutes les infractions
que les éléments peuvent efficacement guider le juge. En outre, le schéma de qualification
doit être invariable parce que l’infraction repose sur un certain nombre de principes.
L’identification d’un tel schéma est nécessaire, mais elle ne peut être faite à partir de l’analyse
des différentes incriminations. Il ne s’agit pas de se demander quels caractères ou traits

78
. P. Conte et P. Maistre du Chambon, Droit pénal général, op. cit., p. 171, no 301.
79
. Prêtant cette fonction aux éléments constitutifs, J.-H. Robert, « Histoire des éléments de l’infraction », art.
préc.

30
L’intention en droit pénal
communs ressortent de ces dernières. Il faut se demander si l’infraction prise en tant qu’objet
d’étude du droit pénal général présente certains caractères et pourquoi. À dire vrai, la réponse
s’impose d’elle-même à raison des principes sur lesquels l’infraction repose. Les éléments
constitutifs ne permettent pas seulement de qualifier les faits. Ils permettent aussi d’exprimer
les composantes essentielles de l’infraction, de mettre en perspective les caractéristiques du
comportement infractionnel et, ainsi, de révéler la physionomie particulière de l’infraction.

Deux principes ont justement pu être dégagés. Le premier est le principe général de
complémentarité du fait et de la volonté. Celui-ci conduit à faire de l’infraction un
comportement volontaire et participe d’une conception subjective de la responsabilité pénale.
Le second est le principe de nécessité. Ce principe renvoie aux fondements et aux limites du
droit de punir, mais il n’existe pas véritablement de critères d’appréciation de la nécessité des
incriminations. La dangerosité ou la gravité sont aujourd’hui souvent évoquées en doctrine,
sans pour autant permettre un encadrement de la production législative. Ils sont des concepts
trop fuyants pour pouvoir être utilement mobilisés. Pourtant, le critère de gravité pourrait
permettre un tel encadrement, pour peu que l’on parvienne à le définir. La théorie allemande
de l’antijuridicité peut être à ce titre une source d’inspiration et de réflexion pour le juriste
français. Il ne s’agit pas de proposer une transposition parfaite de l’élément allemand. Une
telle transposition n’est ni possible, ni souhaitable. Nos cultures juridiques sont
fondamentalement différentes, de même que notre approche de l’infraction. En outre, la
théorie allemande n’est pas exempte de défauts et échoue en partie dans l’encadrement du
pouvoir de punir. Malgré tout, elle présente des intérêts fondamentaux qui méritent d’être
exploités. C’est notamment en ayant recours à ce concept que la doctrine allemande a proposé
un critère d’appréciation de la nécessité des incriminations. Elle l’a déduit du but du droit
pénal : celui de protection des biens juridiques. Ce faisant, le caractère attentatoire du
comportement a été placé au cœur de la réflexion et de la conception retenue de l’infraction.
Elle est, en Allemagne, un comportement antijuridique. C’est de cette idée qu’il est possible
de s’inspirer, parce que l’approche française du droit pénal n’est pas totalement détachée de
l’objectif de protection des valeurs essentielles. Surtout, l’antijuridicité allemande permet de
dégager un critère objectif d’appréciation de la gravité du comportement et, par suite, de la
nécessité de l’incrimination. Ce critère tient au caractère attentatoire ou potentiellement
attentatoire du comportement. L’infraction n’est pas seulement un comportement volontaire,
c’est aussi un comportement d’une particulière gravité, en ce qu’il porte atteinte à une valeur
essentielle de la société.

31
L’intention en droit pénal
Ces deux principes – la complémentarité d’une part, la nécessité d’autre part – donnent sa
physionomie à l’infraction. Ils se retrouvent dans ses différentes composantes et sont
exprimés dans ses éléments constitutifs. Trois éléments ont ainsi pu être dégagés, qui invitent
le juge à une analyse du comportement sous différents angles pour le qualifier. Ils tiennent
objectivement aux éléments matériel et antijuridique et subjectivement à l’élément
psychologique.

L’étude de l’élément psychologique en a montré les nombreuses particularités. L’intégrité de


l’intention rend difficile sa décomposition. En pratique, l’élément psychologique sera
apprécié dans son ensemble, la vérification de l’intention emportant logiquement le constat de
la connaissance du contexte accompagnant la réalisation des faits. En outre, elle n’est pas
susceptible de faire l’objet d’une preuve directe et c’est au regard du comportement que
pourra être démontrée l’intention. Son analyse sous un angle subjectif permettra au juge de
faire différentes constatations et de parfaire la qualification selon la perception qu’a eue
l’agent de son acte.

Théoriquement, néanmoins, il reste possible de distinguer différentes données au sein de


l’élément psychologique. La donnée principale tient fort logiquement à la volonté, qui est une
constante en matière infractionnelle. Exigée pour toutes les infractions, son intensité connaît
des variations. Selon les incriminations, une simple faute sera exigée, tandis que pour les
infractions intentionnelles, il s’agira d’une intention proprement dite, soit d’une volonté
dirigée vers un résultat particulier. Le raisonnement en termes de degrés de volonté est apparu
plus convaincant et plus réaliste que la distinction parfois opérée entre la faute et le dol, celui-
ci pouvant être général ou spécial. Il le rejoint en grande partie, mais en s’affranchissant de la
définition trop légaliste du dol général qui veut que l’intention soit dirigée vers la violation de
la loi. Cette définition est artificielle et éloignée de la démarche pratique. Il est en effet
indifférent que l’individu ait entendu violer la loi et accomplir précisément le comportement
que celle-ci incriminait. L’infraction n’est sans doute pas tant la volonté d’enfreindre la loi,
que la volonté d’accomplir un comportement que l’on sait pourtant (ou que l’on devrait
savoir) interdit. L’enjeu est de savoir si le comportement accompli tombe sous le coup d’une
incrimination, ce qui implique de s’assurer que la perception qu’a eue l’agent de son acte
correspond bien à celle résultant du texte d’incrimination.

Cette approche ne remet pas en cause la symétrie existant entre la dimension objective et la
dimension subjective de l’infraction, mais elle en induit une compréhension différente. Dans
l’approche traditionnelle, l’agent doit avoir eu connaissance des différentes circonstances

32
L’intention en droit pénal
parce qu’il devait savoir que ces différentes circonstances étaient prévues par la loi. Lorsque
l’on se détache de l’approche légaliste, la symétrie demeure, mais pour une autre raison.
L’agent doit avoir eu une perception et une compréhension de son comportement conforme en
tout point au comportement type décrit dans l’incrimination. Cette parfaite compréhension
n’est donc possible que si l’individu a eu connaissance du contexte dans lequel s’est inscrit
son fait. L’intention n’a de sens et ne correspond au type qu’accompagnée de la connaissance
des différentes circonstances objectives.

La question s’est alors également posée de savoir si cette identité de perception supposait que
l’agent ait eu une parfaite maîtrise de ses facultés intellectuelles. L’incrimination permet de
décrire un comportement type, commis par une personne se trouvant dans des circonstances «
normales ». C’est ce comportement qui se trouve sanctionné. Dès lors, la concordance entre la
perception que doit avoir l’agent de son acte et la perception concrète qu’a eu l’agent de son
acte ne s’entend-elle pas forcément d’une perception libre et consciente ? La liberté et la
capacité de discernement sont des prérequis en matière de responsabilité pénale, mais ils sont
aujourd’hui très majoritairement rattachés à la seule volonté. L’infraction existerait donc
indépendamment d’eux. Le défaut majeur de cette approche est de s’en tenir à une
appréciation abstraite et désincarnée de la volonté. L’infraction n’est pas envisagée comme
commise par l’individu, elle lui est imputée. C’est cette idée de déplacement qui suggère que
l’infraction naîtrait hors de l’homme pour lui être par la suite rattachée que nous avons
critiquée. Le raisonnement en termes de commission est en effet apparu plus réaliste et le plus
à même de redonner à l’idée de volonté coupable tout son sens. Il implique une réintégration
de la prise en compte des conditions d’imputabilité dans l’exercice de qualification. En
d’autres termes, il implique la réintégration des conditions d’imputabilité à l’élément
psychologique.

Les conséquences quant aux effets des causes subjectives de non-culpabilité ne peuvent alors
plus être de faire simplement obstacle à la responsabilité de l’individu. C’est la caractérisation
de l’infraction qui est paralysée par l’absence d’une volonté libre et consciente. Cette
réintégration des circonstances de liberté et de discernement au sein de l’élément
psychologique a des conséquences bien évidemment quant à la structure de l’infraction, mais
elle en a aussi quant à la compréhension de la responsabilité. Celle-ci, n’ayant plus d’autre
condition d’existence que l’infraction, ne se confond-elle pas en réalité avec elle ?

De nature forcément composite, ces éléments ont dû être approfondis afin de déterminer ce
que chacun recouvre. Pour l’élément matériel, il s’agit du fait d’exécution de l’infraction.

33
L’intention en droit pénal
Pour l’élément antijuridique, il s’agit du caractère attentatoire des faits. Ce caractère s’entend
de la réalisation du résultat redouté par le législateur ou du pouvoir causal du comportement
au regard de la possibilité de survenance de ce résultat. C’est en effet une approche concrète
de cet élément qui doit être privilégiée, plus compatible avec l’analyse française et avec la
fonction de qualification des éléments. Par ailleurs, chaque donnée principale est entourée
d’un certain nombre de circonstances constitutives qui la particularisent. Ainsi, le fait s’insère
dans un contexte factuel qui devra être apprécié par le juge. Quant à l’atteinte dans l’élément
antijuridique, elle porte sur la circonstance relative à la valeur. Enfin, le contexte
psychologique de la volonté exerce une influence sur la caractérisation de l’infraction.

Ainsi précisés, les éléments constitutifs révèlent la structure du comportement infractionnel,


envisagé dans son ensemble. Il s’agit d’une structure idéale et de principe. Mais elle présente
l’intérêt de mettre en perspective les spécificités structurelles de certains comportements
pénalement réprimés. Bon nombre de comportements fulminés de peines présentent un
élément psychologique atrophié et sont par ailleurs dépourvus d’antijuridicité, au sens
matériel du terme. Ils ne sont pas attentatoires et n’entretiennent pas de pouvoir causal avec le
résultat redouté. Si la nécessité de la répression de tels comportements peut apparaître
justifiée, il est tout de même possible de s’interroger sur leur nature. En effet, la spécificité
structurelle se double de certaines particularités dans leurs régimes. Ces comportements sont-
ils alors vraiment des infractions ? Aujourd’hui, ils sont traités comme tels, notamment parce
que l’infraction est perçue comme la source unique de responsabilité pénale. Mais cette
solution, qui fait fi de la polymorphie des faits générateurs de responsabilité, s’impose-t-elle ?

Parce qu’ils sont l’expression des différentes composantes de l’infraction, les éléments
constitutifs peuvent aussi en être la mesure. Autrement dit, ils peuvent permettre d’identifier
et de circonscrire la notion d’infraction. Certes, l’identification d’une structure valant pour
tous les comportements pénalement sanctionnés pourrait sans doute être faite au prix de
contorsions. Mais l’intérêt et l’enjeu de l’analyse de l’infraction par le prisme de ses éléments
n’est pas là. L’identification des composantes de l’infraction doit être faite en montrant les
limites d’un concept, dont le législateur s’affranchit parfois pour des raisons de politique
éventuellement –criminelle.

34
L’intention en droit pénal

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Loi n°2016-33 du 14 décembre 2016 relative aux services de renseignement, JO n°6984 du


samedi 07 janvier 2017

41
L’intention en droit pénal

42
L’intention en droit pénal

TABLE DES MATIERES

AVERTISSEMENT....................................................................................................................I

DEDICACES.............................................................................................................................II

REMERCIEMENTS.................................................................................................................III

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS............................................................................IV

SOMMAIRE..............................................................................................................................V

INTRODUCTION......................................................................................................................1

CHAPITRE 1 : L’INTENTION : UN ELEMENT FONDAMENTAL DE L’INFRACTION


.................................................................................................................................................7

SECTION 1 : Les composantes de l’intention....................................................................7

Paragraphe 1 : Le dol général..........................................................................................7

Paragraphe 2 : Le dol spécial.........................................................................................12

SECTION 2 : Les conditions de l’intention......................................................................15

Paragraphe 1 : La connaissance des conditions objectives............................................15

Paragraphe 2 : L’influence variable des conditions aggravantes...................................18

CHAPITRE 2 : L’INTENTION : UN ELEMENT LACUNAIRE DE L’INFRACTION....20

SECTION 1 : La volonté sans intention dans la commission de certaines infractions.....20

Paragraphe 1 : L’existence d’infraction ou l’intention est présumée............................20

Paragraphe 2 : La nécessite de la causalité entre faute et dommage pour l’infraction


non intentionnelle...........................................................................................................22

SECTION 2 : Un élément moral pas toujours distinct des mobiles..................................24

Paragraphe 1 : Confusion de principe entre intention et mobile....................................24

Paragraphe 2 : Ecart entre intention et mobile...............................................................26

CONCLUSION.........................................................................................................................29

BIBLIOGRAPHIE....................................................................................................................34

TABLE DES MATIERES........................................................................................................41

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L’intention en droit pénal

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