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Sida Et Évolution de La Prévention

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Sida et évolution de la prévention

Sida et évolution
de la prévention

Le sida a bouleversé les modèles de prévention habituels, et, au-delà, les


campagnes d’éducation pour la santé. Il a fallu limiter l’approche globale et
travailler auprès de populations ciblées avec des discours spécifiques.

la vie à pleins poumons », disait un de leurs slogans.


Sida et Campagnes qui n’ont pas réussi à faire baisser significa-
tivement le tabagisme, ni empêché sa progression chez

communication les jeunes femmes. Depuis quelque deux-trois ans, le


ton de la communication sur le tabac et l’alcool a changé

préventive : la fin radicalement. Il est plus informatif : par exemple une


récente campagne sur l’alcoolisme pointait le fait que la
consommation excessive d’alcool ne s’accompagne pas
des routines ? toujours d’ivresse. Elle en est d’autant plus pernicieuse.
Le public est invité à évaluer ses risques sur la base
de questionnaires. Des lignes téléphoniques gratuites

L
Geneviève Paicheler e 23 juin 2002, un spot d’une campagne du accueillent les personnes en recherche d’information sur
Directrice nouvel Institut national de prévention et d’édu- les lieux et les moyens du sevrage et les dirigent vers
de recherche, cation pour la santé (Inpes), diffusé en prime time des services spécialisés. Le discours est plus direct,
sociologue, sur TF1, France 2, France 3 et M6, ainsi que dans la n’hésitant pas à provoquer un effet de choc pour faire
presse, provoquait, selon les termes d’un article du réagir un public lui-même installé dans la dénégation des
CNRS/Cermes
journal Le Monde*, « une émeute téléphonique ». « Des risques. Autant d’évolutions qui reflètent de profonds
traces d’acide cyanhydrique, de mercure, d’acétone et bouleversements dans la manière d’envisager et de
d’ammoniac ont été décelées dans un produit de con- mettre en place la communication préventive.
sommation courante. » Tel était le message de ce spot, C’est dans la prévention du sida qu’une communi-
suivi d’un numéro de téléphone gratuit… sur lequel cation plus « vraie » et plus percutante a été diffusée
se sont précipitées 400 000 personnes dans le quart pour la première fois. Qu’on en juge par certaines des
d’heure qui a suivi la diffusion, et, au total, 900 000 « accroches » ou par les extraits des textes de la cam-
dans la soirée. Un spot diffusé le lendemain donnait pagne de prévention du sida de l’été 1995, largement
la clé de l’énigme : ces composants se trouvaient en diffusée dans la presse, « temps fort de la communication
effet dans un produit de consommation courante : la sur le sida » [47], saluée dans toute la presse comme une
cigarette. « Maintenant, vous savez », concluait-il. Nous action de communication efficace et réaliste : « Quand
sommes loin des campagnes lénifiantes diffusées dans vous faites l’amour avec Pierre, pensez à protéger Virginie »,
les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix : « prenons « Yves et Christophe vivent ensemble. Il y a une heure, ils
ont fait l’amour… Il leur arrive d’avoir d’autres aventures
* « Cigarettes et risque sanitaire pour un choc publicitaire ». Le homosexuelles, alors ils se protègent ». Par rapport aux
Monde, 25 juin 2002. pratiques sexuelles, ce dernier texte préconise ensuite

adsp n° 40 septembre 2002 31


Le sida 20 ans après

l’utilisation d’un préservatif associé à un gel à base le personnel politique, politico-administratif, les militants
d’eau pour la pénétration anale et d’un préservatif non des associations, la recherche, le corps médical et les
lubrifié pour la fellation. Il mentionne aussi la possibilité agences de communication. En définitive, l’épidémie
de pratiquer la fellation sans préservatif en « veillant émergeante a bouleversé profondément les routines en
à ne jamais avoir de sperme dans la bouche ». On ne prévention au niveau de la conception de la communi-
saurait être plus explicite… cation et des stratégies, et au niveau des procédures
La communication préventive sur le sida a connu internes à la communication elles-mêmes.
elle-même une évolution remarquable depuis la mise La prévention du sida a amené à aborder des
en place de la première action par le ministre de la sujets délicats et à traiter sans détours des questions
Santé, Michèle Barzach, en avril 1987, « Le sida ne intimes jugées scabreuses par certains. Des critiques
passera pas par moi ». Évolution aussi déterminée par très sévères ont porté sur le ton publicitaire trop basé
de profonds changements contextuels : la multiplication sur la séduction adopté par l’Agence française de lutte
des moyens de communication, de trois chaînes télé- contre le sida de 1989 à 1993. Il a donc été décidé
visées publiques à l’émergence des chaînes privées d’aborder un langage direct, didactique, clair, en attaquant
et câblées, par exemple, transformait profondément le de front des thèmes sensibles. Les rapports avec les
paysage audiovisuel. En 1987, dans un climat politique agences de communication en ont été profondément
marqué par la première cohabitation, Michèle Barzach modifiés. Il n’était plus question de leur laisser la bride
prépara directement, en grand secret et en petit comité sur le cou et d’accepter qu’elles donnent libre cours
fermé, la première campagne de prévention du sida. à leur « génie créatif ». Les cahiers des charges sont
Elle procéda elle-même à la sélection de l’agence, devenus très précis, le suivi des créations par un comité
sur la base d’un cahier des charges très réduit, et de pilotage s’est fait très exigeant. Nous ne sommes
surveilla toutes les étapes de la mise en place de la plus au temps où une campagne d’éducation à la santé
communication. Par cette procédure, elle cherchait à se résumait à une série de spots de télévision avec un
se garder autant de ses adversaires que de ses amis slogan facilement mémorisable, pas très informatif, non
politiques, parmi lesquels l’influence d’un clergé hostile dramatisant, dont l’exemple type pourrait être : « Un verre,
à voir promouvoir le préservatif et à voir abordées les ça va, trois verres, bonjour les dégâts ». Cela ne veut
questions de sexualité était encore sensible. Quelque pas dire que les options prises dans les campagnes de
dix ans plus tard, les procédures et le climat ont pro- promotion de la santé ont été mauvaises : par exemple,
fondément changé : rares sont ceux qui s’émeuvent la stratégie de valorisation du non-fumeur ou le détour-
encore de la promotion du préservatif. Si l’attention du nement de thèmes et d’une imagerie de publicité pour le
personnel politique reste aussi soutenue, les étapes tabac (le cow-boy Marlboro) pour souligner les bienfaits
de la mise en place des campagnes sont encadrées de la vie sans tabac. Mais les résultats en termes de
par différents comités d’experts et de représentants baisse de consommation restaient bien timides sans
des administrations et de la société civile. L’agence une véritable architecture de la communication basée
de publicité est sélectionnée sur la base d’un appel sur une stratégie au long terme et sur la volonté de
d’offres concurrentiel et se voit remettre un cahier des communiquer à différents niveaux en utilisant tous les
charges de plusieurs centaines de pages se référant canaux possibles, en attirant et retenant l’attention.
aux nombreuses recherches en épidémiologie, santé Les changements introduits dans le cadre de la
publique et sciences sociales menées dans le domaine prévention du sida ont résulté d’une façon différente
du sida. Depuis la première campagne, un des facteurs de considérer la santé publique, par un personnel poli-
déterminants de la mise sur agenda politique a été le tique fortement impliqué et très soucieux de ne plus
scandale du sang contaminé avec ses procès débutant mettre en péril la santé des citoyens, en partie du fait
en 1989 et l’entrée en scène d’associations qui ont pro- de la réactivité de l’opinion publique, et surtout parce
gressivement pris des positions de plus en plus radicales, qu’il était poussé par des groupes de pression très
notamment après la création d’Act Up en 1989. déterminés et revendicatifs.
Par rapport à d’autres problèmes de santé publique,
Le bouleversement de la communication la prévention de la transmission sexuelle du sida a béné-
et des stratégies de prévention ficié d’un avantage : celui de rester dans les habitudes
L’émergence du sida a provoqué une situation de crise publicitaires à travers la promotion d’un produit, le pré-
pour laquelle les réponses institutionnelles habituelles servatif. Mais comme pour les autres thèmes de santé,
se sont révélées inadaptées. Avec ses dimensions son handicap était que son objectif était de promouvoir
inédites, ce problème obligeait à aborder des thèmes un comportement peu recherché, voire dévalorisé. C’est
relevant de l’intime et de la marginalité. Un ensemble pourquoi un tournant décisif a consisté à aborder la pré-
de facteurs — la présence d’associations influentes et vention du sida à travers les diverses situations à risque
déterminées, la défection de la santé publique [39], la et l’évaluation de son propre risque par chacun, comme
carence des recherches — a accentué cette pression cela a été fait à partir de 1994, démarche suivie dans le
à l’innovation. Une nouvelle configuration d’acteurs se cadre des campagnes de prévention des comportements
constituait dans les rapports souvent conflictuels entre alcooliques et tabagiques de 1997 et 1998.

32 adsp n° 40 septembre 2002


Sida et évolution de la prévention

Le recours à une communication très ciblée Les motifs de la consultation


En ce qui concerne la technique et le contenu même Habituellement, il s’agit d’exposition sexuelle ; exception-
des campagnes, l’utilisation des médias, les formes de nellement, des partages de matériels pour les usagers
communication, le ton, le sida a bouleversé les routines. de drogues injectables.
Des réflexions ont été menées au niveau de la tech- Plusieurs cas de figure coexistent :
nique même, par exemple des pré-tests et des post-tests, La prise de risque ancienne. Le patient souhaite
profondément modifiés, et au niveau du ciblage. On est faire disparaître une crainte, ou une angoisse, diffuse,
sorti d’une communication essentiellement centrée sur conséquence d’un ou plusieurs rapports à risque.
les jeunes pour s’efforcer d’atteindre les personnes les  Une prise de risque récente : si le laps de temps
plus exposées à travers les canaux les mieux adaptés, séparant une exposition sexuelle et la consultation est
même lorsqu’il s’agissait de les atteindre à travers inférieur à 48 heures environ, une analyse rigoureuse des
des médias grand public, par exemple les bisexuels facteurs de risque peut entraîner la prescription d’une
ou les utilisateurs de drogues injectables. Les recours trithérapie à visée prophylactique pendant un mois.
aux expertises se sont multipliés : les résultats des  La fin d’une relation stable. Le patient vient pour
recherches sont utilisés, ainsi que les enseignements clore une relation dans laquelle il avait passionnément
tirés des expériences vécues, que la prévention du sida investi ; il relativise ainsi l’image de l’autre qui n’est
a particulièrement valorisées. plus aussi parfait (elle, ou il, a pu me tromper).
Les campagnes de prévention tendent à répondre de  Le début d’une relation stable. La séronégativité
moins en moins à des préoccupations publicitaires et est recherchée par les deux partenaires pour s’af-
de plus en plus à des objectifs de santé publique. Dans franchir du préservatif. (La difficulté, assez fréquente,
certaines limites ; un élément a été déterminant dans est l’abandon précoce du préservatif, en tout cas avant
l’implication des pouvoirs publics et la mise sur agenda la consultation.)
de la prévention du sida : les pressions exercées par  La recherche d’informations et du diagnostic sérolo-
des groupes militants et déterminés. Or la dimension gique dans des situations complexes qui nécessitent une
politique d’autres problèmes de santé demeure limitée, écoute attentive et une compréhension tolérante.
donc la détermination à agir des pouvoirs publics n’en
est que plus fragile. A Le déroulement de la consultation
Par définition, l’anonymat ne permet pas de prendre
rendez-vous avec un médecin « en son nom propre » ;
la rencontre patient-médecin s’avère un moment déter-
minant où s’établit la confiance, le respect du patient,
Les difficultés afin de permettre un échange d’informations. L’analyse
des facteurs de risque, leur survenue et la discussion

de prévention dans un sur les mesures préventives de façon théorique sont


alors adaptées aux besoins du patient.

centre d’information Lors de la première consultation, deux possibilités


permettent de susciter une réflexion sur les facteurs
de risque :
et de dépistage  soit un autoquestionnaire rempli dans la salle
d’attente, abordant à la fois les relations sexuelles de

Marc Shelly
anonyme et gratuit façon précise, l’usage permanent, intermittent ou nul
d’un préservatif, les circonstances des prises de risque
et, plus globalement, la vie sexuelle.

L
Médecin CDAG, a mise sur le marché (dans notre pays en 1987) du  soit l’entretien avec le médecin isolément, qui oriente
Hôpital Fernand test de dépistage sérologique pour le VIH/sida est alors les questions selon les réponses du patient.
Widal, Paris à l’origine du dispositif des centres de dépistage La discussion se caractérise par un fort impact
Christophe Segouin anonyme et gratuit (1988) : il s’agissait initialement émotionnel ; les valeurs portées par le patient sur sa
Chef de service d’encadrer médicalement la demande du consultant sexualité peuvent hypothéquer les vraies réponses. Toute
FCM, délégation à (consultations pré- et post-test) de façon, le cas échéant, la difficulté de la relation duelle est de permettre une
la formation, CDAG, à assurer soutien, prise en charge et accès aux soins. libre expression du patient ; mais jusqu’où souhaitera-t-il
Ultérieurement, le CDAG voyait ses missions s’élargir se livrer pour permettre d’être efficace en prévention ?
Hôpital Fernand
aux dépistages sérologiques du VHB et du VHC, tandis La capacité du médecin est donc fondamentale à
Widal, Paris que, récemment, un rapprochement semble s’esquisser favoriser cet échange.
Dominique Bertrand avec le dispositif des dispensaires anti-vénériens (DAV) Le questionnaire peut irriter, incontestablement, par
Professeur, service dans le contexte de la reprise de l’épidémie de syphilis, la précision des informations demandées, mais cela
de santé publique, notamment en région parisienne (ainsi, aujourd’hui, parmi reste très exceptionnel. Par contre, le patient exprime
CDAG, Hôpital les 11 CDAG parisiens, seuls 2 conservent leur vocation la réalité par écrit, sans la formuler oralement, donc la
Fernand Widal, Paris strictement « sérologique »). charge émotionnelle est moins forte. Lors de cette lecture

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