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HORIZONS

Rapport
3 Avant-propos RÉCIT
4 Éditorial
5 Remerciements
DES SCÉNARIOS
6 Résumé exécutif PAR SECTEUR

AMBITIONS,
01
Évolution
CADRAGE de la consommation
DE L’EXERCICE 79 Aménagement territorial
ET CONTEXTE et planification urbaine
92 Bâtiments résidentiels et tertiaires
18 Ambitions, objectifs, méthodes 172 Mobilité des voyageurs
47 Société, modes de vie, récits et transport de marchandises RÉSULTATS ET
60 Adaptation au changement
climatique
231 Alimentation ENSEIGNEMENTS
646 Synoptique des résultats

02 et comparaison des scénarios


675 Enseignements, limites
Évolution et perspectives
du système productif
257 Production agricole
292 Production forestière
316 Production industrielle 681 Sigles et acronymes
684 Glossaire

Production d’énergie
374 Mix gaz
407 Froid et chaleur réseaux
et hors réseaux
447 Biomasse énergie
474 Carburants liquides
512 Hydrogène

Ressources
et puits de carbone
541 Déchets
574 Ressources et usages non
alimentaires de la biomasse
613 Puits de carbone

2 Transition(s) 2050
AVANT-
PROPOS
Barbara Pompili,
Ministre de la Transition écologique

D
ès 2019, la France a inscrit dans la loi
l’objectif de neutralité carbone en 2050
– objectif désormais partagé au niveau
européen avec un jalon intermédiaire de
baisse des émissions de gaz à effet de serre de - 55 %
à l’horizon 2030.

Il s’agit d’un défi majeur, qui nécessite d’accélérer la


décarbonation de notre économie et d’explorer toutes
les voies possibles pour transformer notre système
énergétique tout en garantissant notre sécurité
d’approvisionnement.

D’ores et déjà, nous avons voté des lois essentielles C’est d’autant plus important que ces scénarios
sur l’énergie, sur les mobilités, sur l’économie circulaire interviennent à un moment décisif. Pour faire face au
et sur le climat. Nous investissons massivement dans rehaussement de nos ambitions en matière de
les énergies renouvelables et dans la décarbonation réduction de nos émissions, nous venons de lancer, il
de notre économie avec les plans France Relance et y a quelques semaines, les travaux d’élaboration de
France 2030. Mais l’atteinte de nos objectifs implique notre future Stratégie Française Énergie-Climat (SFEC).
de renforcer encore l’action engagée. Car nous devons nous assurer de la cohérence
d’ensemble de nos choix, grâce à une planification
L’étude « Transition(s) 2050 de l’ADEME », fruit de plus des transformations à venir, qui associe État, territoires,
de deux années de travaux d’élaboration, est une acteurs économiques et citoyens.
contribution précieuse à cette réflexion. Elle dessine
quatre trajectoires qui sont autant de choix de société. Aujourd’hui, la France est en train de réaliser ce qui
Qu’il s’agisse de nos manières de consommer, de nous est sans doute l’une des plus profondes transformations
déplacer, de nous loger ou de produire : l’ADEME de son histoire : sa transformation énergétique et
œuvre à la compréhension collective des enjeux écologique. Et j’ai une conviction : pour relever ce défi
énergétiques pour les décennies à venir et de leurs avec succès, le cap que nous nous fixons et la
impacts sur nos modes de vie. trajectoire pour l’atteindre doivent être partagés et
collectivement définis.
Je salue la rigueur, la qualité et l’ambition de cet
exercice inédit, qui repose sur la mobilisation d’une Je souhaite que cet exercice prospectif puisse y
centaine d’experts de l’ADEME, et sur des échanges contribuer. En présentant quatre voies possibles,
réguliers avec un comité scientifique. L’expertise de volontairement contrastées, pour atteindre la
l’ADEME, agence de la transition écologique, montre neutralité carbone en 2050, les travaux de l’ADEME
ici toute sa pertinence et son utilité pour éclairer les devraient nourrir nos réflexions et nous stimuler
débats et nourrir la mobilisation de tous pour la pour inventer la trajectoire que nous choisirons
transition écologique. ensemble.

3 Transition(s) 2050
ÉDITORIAL
Arnaud LEROY,
Il s’agit également de fournir des éléments
Président-directeur général de l’ADEME
d’évaluation sur les enjeux sociaux, économiques et
environnementaux associés à ces différents chemins,
afin de nourrir les échanges sur une stratégie de
compromis qui emportera l’adhésion.

L’exercice de prospective de l’ADEME adopte une


approche innovante, dépassant largement les enjeux
de l’offre et de la demande d’énergie pour couvrir
également les sujets clés de la neutralité carbone et
de l’adaptation au changement climatique que sont
les ressources, l’usage des sols, l’évolution des modes
de vie, etc.

Nous vous proposons ce premier livrable qui présente


la logique des quatre scénarios et leur mise en œuvre
dans chacun des secteurs d’activité, avec les
conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre,
permettant de justifier l’atteinte de la neutralité
carbone.

Il sera suivi de plusieurs « feuilletons » thématiques,


dont les impacts macroéconomiques, l’empreinte
matière et GES, le mix électrique ainsi que les résultats
d’une étude sur le regard de 31 personnes sur chacun
des scénarios. Ces travaux, nécessitant de fins
ajustements, seront publiés un peu plus tard.

I
l est dans les gènes de l’ADEME d’éclairer les Ce document est le résultat de plus de 2 ans de travail,
décisions de la société en préparant l’avenir pour commencé à l’été 2019, à la fois interne mais également
mieux le dessiner. C’est pour cela que pendant avec des partenaires extérieurs de différents milieux
deux ans nous avons mené des travaux de professionnels et académiques ainsi que des membres
prospective pour proposer des scénarios d’une France de notre conseil scientifique complété, pour la
neutre en carbone en 2050 et dont cet ouvrage circonstance, par des personnes qualifiées qui nous
présente les premiers résultats. ont aidés à cheminer au travers de ce paysage
complexe et que je remercie chaleureusement. Nous
L’objectif de cet exercice n’est pas de proposer un avons choisi de ne pas nous positionner pour un
projet politique, ni « la » bonne trajectoire pour parvenir scénario ou pour un autre car il nous paraît essentiel
à ces objectifs collectifs. Il s’agit plutôt de contribuer que chacun puisse prendre connaissance des résultats
à rassembler des éléments de connaissances des quatre voies, au même niveau, afin de se faire sa
techniques, économiques et environnementales pour propre opinion.
alimenter des débats nourris sur ce qui est possible et
envisageable. Réussir ces transformations profondes Mais toutes ces voies sont difficiles. Toutes nécessitent
et systémiques est en effet un enjeu de délibération une cohérence d’ensemble des choix réalisés. Toutes
sur la société durable qu’il est possible de construire exigent que ces choix soient partagés pour être
collectivement et un enjeu de coordination majeur acceptés et mis en œuvre. Toutes demandent des
pour la mettre en œuvre. décisions rapides car les transformations sont d’une
telle ampleur qu’elles doivent avoir le temps de
L’ADEME propose ici quelques scénarios « types », inspirés produire leurs effets d’ici 30 ans.
des scénarios d’évolution socio-économique mondiale
utilisés par le GIEC dans son rapport spécial 1,5 °C de Malgré l’ampleur de la tâche, je ne doute pas que vous
2018. Ils ne sont pas les seuls possibles et d’ailleurs trouverez dans ce document et dans les feuilletons à
d’autres acteurs présentent leur vision au même moment venir matières à réflexion, à débats et à décisions quel
que nous. Leur but est d’aider à réfléchir à la nature des que soit votre rôle dans la société. Car il y a urgence
transformations et des choix à faire pour construire un à décider dès aujourd’hui, à tous les niveaux, d’une
chemin de développement compatible avec un objectif trajectoire collective pour relever les défis du combat
de neutralité carbone et d’aider à prendre conscience climatique pendant les trente prochaines années et
des implications des choix sociétaux et techniques qui de contribuer à l’avenir de l’humanité sur notre belle
entraîneront des chemins différents. planète.

4 Transition(s) 2050
Remerciements

Ce rapport est le résultat d’un travail collectif de plus de 2 ans auquel ont participé :

Pilotage du projet ADEME : Arnaud LEROY, Fabrice BOISSIER, Valérie QUINIOU-RAMUS, David MARCHAL,
Éric VIDALENC, Emmanuel COMBET et Jean-Louis BERGEY.

Équipe projet ADEME : Loïc ANTOINE, Brice ARNAUD, Thierry BAIG, Stéphane BARBUSSE, Robert BELLINI,
Aurélien BIGO, Cyrielle BORDE, Élodie BRICHE, Miriam BUITRAGO, Gaël CALLONNEC, Guilain CALS, Laurent
CHÂTEAU, Elsa CHONY, Guillaume DAILL, Rafaëlle DESPLATS, Agnès DUVAL, Nadine DUESO, Thomas
EGLIN, Aïcha EL KHAMLICHI, Mathieu GARNERO, Albane GASPARD, Hervé GOUËDARD, Alice GUEUDET,
Patrick JOLIVET, Stefan LOUILLAT, Arnaud MAINSANT, Quentin MINIER, Jérôme MOUSSET, Lydie OUGIER,
Jean-Michel PARROUFFE, Céline PHILLIPS, Antoine PIERART, Anna PINEAU, Sylvain SOURISSEAU, Sarah
THIRIOT, Audrey TRÉVISIOL, Anne VARET, Fanny VICARD, Camille VILLARD, Manon VITEL, Valérie WEBER-
HADDAD.

Experts ADEME : Denis BENITA, Nadine BERTHOMIEU, Frédérique BIENVENU, Marianne BLOQUEL, Aude
BODIGUEL, Luc BODINEAU, Alix BOUXIN, José CAIRE, Astrid CARDONA-MAESTRO, Lilian CARPENE, Nicolas
CASTEL, Jean-Charles CAUDRON, Romuald CAUMONT, Philippe CAUNEAU, Marc CHEVERRY, Lucie
COLOMB, Marc COTTIGNIES, Alba DEPARTE, Valentin DEVRIES, Nicolas DORÉ, Antoine DESWAZIERE,
Bertrand-Olivier DUCREUX, Alice FAUTRAD, Isabelle FEIX, Karine FILMON, Bruno GAGNEPAIN, Laurent
GAGNEPAIN, Bénédicte GENTHON, Julie GEORGES, Florence GODEFROY, Thomas GOURDON, Éric
GOUARDES, Raphaël GUASTAVI, Isabelle HÉBÉ, Samira KHERROUF, Thérèse KREITZ, Bruno LAFITTE, Céline
LARUELLE, Étienne LATIMIER, Anne LEFRANC, Philippe LÉONARDON, Jonathan LOUIS, Émilie MACHEFAUX,
Elliot MARI, Roland MARION, Solène MARRY, Sarah MARTIN, Solange MARTIN, Stéphanie MOUSSARD,
Sylvie PADILLA, Sidonie PAPPALARDO, Maxime PASQUIER, Sylvain PASQUIER, Nicolas PERAUDEAU, Adeline
PILLET, Maxence POIRSON, Jean-Christophe POUET, Florence PROHARAM, Johan RANSQUIN, Anaïs ROCCI,
Frédéric ROSENSTEIN, Olivia SALVAZET, Daniela SANNA, Marc SCHOEFFTER, Pierre TAILLANT, Olivier
THÉOBALD, Maeva THOLANCE, Simon THOUIN, Julien THUAL, Nicolas TONNET, Yann TRÉMÉAC, Jean-
Christophe VISIER (ADEME/CSTB), Jacques WIART.

Comité scientifique du projet : composé des membres du Conseil scientifique de l’ADEME à savoir
Kamel BEN NACEUR, Thierry CAQUET, Hervé CHARRUE, Olivier DELABROY, Sophie DUBUISSON-QUELLIER
(Présidente), Christian DUTERTRE, Gérard GIRAUDON, Carla GOHIN, Kristina HAVERKAMP,
Florence JANY-CATRICE, Sophie JULLIAN, Dominique MEDA, Bernard SALHA, Ronan STEPHAN
et Laurence TUBIANA, ainsi que d’experts intuitu personae : Luc ABBADIE, Alexis BONNEL,
Patrice CHRISTMANN, Alain GRANDJEAN, Thomas GUÉRET, Anne JACOD, Benoît LEGUET, Isabelle MOMAS
et Xavier MONTAGNE.

Organismes extérieurs ayant apporté leur expertise au cours d’échanges formels ou informels : Agence
de l’eau Adour-Garonne, Agence de l’eau Seine-Normandie, CEREN, CGDD, CIRED, Coénove, DGEC,
DHUP, EDF R&D, FNE, FNH, IDDRI, INSEE, LET, négaWatt, OFB, RTE, The Shift Project.

Prestataires extérieurs : Alim’Avenir, Artelys, Auxillia, bearideas, Biomasse Normandie, CERESCO, CIRED,
CITEPA, Climatico, CODA Stratégies, CODEM, ENERDATA, Énergies Demain, ENTPE, FCBA, Futuribles,
I4CE, I CARE, IFPEN, IGN, INRAE, INRIA, Lo10, OID, Pouget Consultants, Solagro, TBC Innovation, Terres
Univia, Université Paris Dauphine, SOWATT.

Que toutes ces personnes, ainsi que celles qui ont participé aux webinaires des 19 mai 2020 et 15 janvier
2021, soient ici chaleureusement remerciées.

5 Transition(s) 2050
RÉSUMÉ
EXÉCUTIF

6 Transition(s) 2050
Un exercice de prospective
inédit et structuré
Ambitions et objectifs du pays, mais empruntent des voies dis- Ce travail a mis en lumière les interdé-
tinctes et correspondent à des choix de pendances entre les secteurs et permet
de l’exercice Transition(s) société différents. Ces quatre scénarios de conférer à chaque scénario une struc-
2050 sont inspirés dans leur logique des quatre ture solide et cohérente. Par ailleurs, il
La neutralité carbone à l’horizon 2050 scénarios du GIEC présentés dans le rap- intègre des avancées analytiques dans
appartient désormais au langage commun port spécial 1.5 °C de 20181. des domaines jusque-là peu ou mal étu-
des politiques climatiques internatio- diés dans les prospectives climat. Par
nales, européennes, nationales. Si sa dé- L’objectif de cet exercice est donc de : exemple, l’évaluation et la disponibilité
finition est à peu près partagée, le chemin construire des « profils » de scénarios de la biomasse, l’évaluation des puits
pour l’atteindre reste encore flou, voire présentant une cohérence interne ; biologiques et technologiques de CO²
totalement inconnu, pour la plupart des illustrer le champ des options possibles ou encore l’évolution de la production
décideurs et des citoyens. Or, face à l’ur- à long terme pour atteindre une neutra- industrielle induite par celles de la
gence climatique, les changements à lité carbone et en explorer les diverses consommation.
opérer sont d’une telle ampleur qu’il est implications ;
indispensable d’accélérer les débats dès éclairer les décisions incontournables à La description des scénarios couvre les
maintenant, compte tenu des délais de court terme. secteurs du bâtiment, de la mobilité des
prise de décisions dans un cadre démo- voyageurs et du transport de marchan-
cratique, comme de ceux de leur mise en dises, de l’alimentation, de l’agriculture,
œuvre.
Deux années de travaux des forêts, de l’industrie, des déchets et
des services énergétiques (fossiles, bioé-
croisés d’experts nergies, gaz, hydrogène, chaleur et élec-
Quatre chemins « types », Afin de faciliter le passage à l’action,
tricité).
cohérents et contrastés, l’ADEME a donc réalisé cet exercice de
pour conduire la France prospective inédit reposant sur deux ans
Les paramètres étudiés couvrent notam-
de travaux d’élaboration, la mobilisation
vers la neutralité carbone. ment :
d’une centaine de collaborateurs de
la demande en énergies ;
l’ADEME et des échanges réguliers avec
la consommation d’eau d’irrigation, de
L’ADEME n’entend pas proposer «la » un comité scientifique. Les hypothèses
matériaux de construction, d’intrants
bonne trajectoire, car la trajectoire qui et modèles ont été affinés et enrichis au
agricoles et l’usage des sols ;
sera décidée relève de choix politiques à travers d’échanges nourris avec une cen-
la production et la gestion de déchets ;
prendre face à de multiples incertitudes taine de partenaires et prestataires exté-
la production d’énergies et la composi-
et en cohérence avec un projet de socié- rieurs, spécialistes des différents do-
tion du bouquet énergétique ;
té. Aussi l’ADEME a-t-elle privilégié de maines ainsi que par l’organisation de
les importations et exportations ;
soumettre au débat, à la veille de l’élec- deux webinaires, en mai 2020 et janvier
le bilan des gaz à effet de serre et les
tion présidentielle de 2022 et en amont 2021, qui ont réuni près de 500 partici-
puits biologiques et technologiques de
des délibérations collectives sur la Stra- pants chacun afin d’échanger sur les ré-
CO².
tégie Française Énergie Climat, quatre sultats intermédiaires.
chemins « types », cohérents et contras- Cette première publication présente les
tés, pour conduire la France vers la neu- grands enseignements de ces travaux mais
tralité carbone. Ces quatre chemins de Méthode certains résultats de modélisations qui
neutralité carbone sont mis en regard Pour chaque scénario, l’ADEME a n’ont pu être lancés qu’après les résultats
d’un scénario tendanciel s’inscrivant dans construit un récit cohérent, décliné dans définitifs des hypothèses sectorielles se-
la prolongation des tendances actuelles chaque secteur économique et social, ront présentés sous forme de feuilletons
à 2050. au travers de variables structurantes ; ces entre janvier et mars 2022. C’est le cas
récits ont ensuite été transformés en pour le mix électrique, l’empreinte ma-
Imaginés pour la France métropolitaine, hypothèses quantitatives dans des mo- tière et l’empreinte gaz à effet de serre,
ils reposent sur les mêmes données dèles existants ou créés pour l’occasion ; ou encore les impacts macroécono-
macroéconomiques, démographiques et plusieurs itérations successives ont été miques, qui ne sont présentés que quali-
d’évolution climatique (+ 2,1 °C en 2100). nécessaires pour vérifier, croiser et affi- tativement dans cette publication.
Ils aboutissent tous à la neutralité carbone ner ces quantifications.

1 https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/SR15_Summary_Volume_french.pdf.

7 Transition(s) 2050
9
messages
05
L’industrie va devoir se transformer non seu-
lement pour s’adapter à une demande en pro-
fonde mutation mais également pour décar-
boner sa production. Cela nécessitera des
plans d’investissements de grande ampleur et

clés un effort de l’ensemble de la société pour ac-


compagner les territoires en mutation et for-
mer les salariés aux nouveaux métiers.

01 06
Les quatre voies présentées, chacune dotée Le vivant est l’un des atouts principaux de
de sa propre cohérence, permettent à la France cette transition permettant de combiner
d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais trois leviers stratégiques : le stockage de car-
toutes sont difficiles et nécessitent une plani- bone, la production de biomasse et la réduc-
fication orchestrée des transformations, asso- tion des gaz à effet de serre. Il est donc in-
ciant État, territoires, acteurs économiques et dispensable de maintenir un équilibre entre
citoyens. les usages alimentaires et énergétiques de la
biomasse avec la préservation des fonctions
02 écologiques, comme la biodiversité et le stoc-
Atteindre la neutralité repose sur des paris forts, kage de carbone grâce à une approche glo-
aussi bien sur le plan humain (changements de bale de la bioéconomie.
comportements) que technologique (puits de
carbone en particulier). Tous les scénarios com- 07
portent donc une part de risque. Mais tous L’adaptation des forêts et de l’agriculture de-
n’entraînent pas les mêmes conséquences en- vient donc absolument prioritaire pour lutter
vironnementales, sociales et économiques. contre le changement climatique. La résilience
des écosystèmes est d’autant plus cruciale
03 qu’ils en subissent de plus en plus fortement
Pour tous les scénarios, il est impératif d’agir les impacts.
rapidement : les transformations socio-tech-
niques à mener sont d’une telle ampleur 08
qu’elles mettront du temps à produire leurs La pression sur les ressources naturelles varie
effets. Il faut entreprendre dès cette décennie considérablement d’un scénario à l’autre. C’est
la planification et la transformation profonde particulièrement le cas pour l’eau d’irrigation
des modes de consommation, de l’aménage- ou les matériaux de construction, dont les vo-
ment du territoire, des technologies et des lumes consommés varient d’un facteur 2 entre
investissements productifs. certains scénarios.

04 09
La réduction de la demande en énergie, elle- Dans tous les scénarios, en 2050 l’approvision-
même liée à la demande de biens et de ser- nement énergétique repose à plus de 70 % sur
vices, est le facteur clé pour atteindre la neu- les énergies renouvelables et l’électricité est
tralité carbone. Cette réduction peut aller de le principal vecteur énergétique. Pour autant,
23 % à 55 % par rapport à 2015 suivant les scé- cela ne peut en aucun cas légitimer le gaspillage
narios, chacun reposant sur un équilibre diffé- d’énergies, afin de limiter la pression sur les
rent entre sobriété et efficacité énergétique. ressources.

8 Transition(s) 2050
LA SOCIÉTÉ EN 2050

S1 GÉNÉRATION
FRUGALE S2 COOPÉRATIONS
TERRITORIALES
• Recherche de sens • Évolution soutenable des modes de vie
• Frugalité choisie mais • Économie du partage
Société aussi contrainte • Équité
• Préférence pour le local • Préservation de la nature inscrite
• Nature sanctuarisée dans le droit

• Division par 3 de la • Division par 2 de la


Alimentation consommation de viande consommation de viande
MODES DE VIE

• Part du bio : 70 % • Part du bio : 50 %

• Rénovation massive et rapide • Rénovation massive, évolutions graduelles


• Limitation forte de la construction neuve mais profondes des modes de vie
Habitat (transformation de logements vacants (cohabitation plus développée
et résidences secondaires en résidences et adaptation de la taille des logements
principales) à celle des ménages)

• Réduction forte de la mobilitté • Mobilité maîtrisée


Mobilité • Réduction d’un tiers des km • - 17 % de km parcourus
des personnes parcourus par personne par personne
• La moitié des trajets à pied • Près de la moitié des trajets
ou à vélo à pied ou à vélo

• Innovation autant organisationnelle


• Investissement massif (efficacité énergétique,
que technique
EnR et infrastructures)
Technique • Règne des low-tech, réutilisation
• Numérique au service du développement
Rapport au progrès, et réparation
numérique, R&D territorial
• Numérique collaboratif
• Consommation des data centers
• Consommation des data centers stable
stable grâce à la stabilisation des flux
grâce à la stabilisation des flux

• Gouvernance partagée
Gouvernance • Décision locale, faible coopération
• Fiscalité environnementale
Échelles de décision, internationale
coopération
et redistribution
• Réglementation, interdiction
internationale • Décisions nationales
et rationnement via des quotas
et coopération européenne

• Reconquête démographique
• Rôle important du territoire pour les des villes moyennes
Territoire ressources et l’action • Coopération entre territoires
Rapport espaces ruraux –
urbains, artificialisation
• « Démétropolisation » en faveur des villes • Planification énergétique territoriale
moyennes et des zones rurales et politiques foncières

• Nouveaux indicateurs
de prospérité (écarts • Croissance qualitative, « réindustrialisation »
Macro-
de revenus, qualité de la vie…) de secteurs clés en lien avec territoires
économie • Commerce international • Commerce international régulé
ÉCONOMIE

contracté

• Production en valeur plutôt


• Production au plus près des besoins qu’en volume
• 70 % de l’acier, mais aussi de l’aluminium, • Dynamisme des marchés locaux
Industrie • 80 % de l’acier, mais aussi de
du verre, du papier-carton et des plastiques
viennent du recyclage l’aluminium, du verre, du papier-carton
et des plastiques viennent du recyclage

9 Transition(s) 2050
S3 TECHNOLOGIES
VERTES S4 PARI
RÉPARATEUR
• Plus de nouvelles technologies que de • Sauvegarde des modes de vie de
sobriété consommation de masse
• Consumérisme « vert » au profit des • La nature est une ressource à exploiter Société
populations solvables, société connectée • Confiance dans la capacité à réparer
• Les services rendus par la nature sont optimisés les dégâts causés aux écosystèmes
• Consommation de viande
• Baisse de 30 % de la
quasi-stable (baisse de 10 %),
consommation de viande Alimentation
complétée par des protéines

MODES DE VIE
• Part du bio : 30 %
de synthèse ou végétales

• Déconstruction-reconstruction à grande • Maintien de la construction neuve


échelle de logements • La moitié des logements seulement
• Ensemble des logements rénovés mais de est rénovée au niveau BBC
Habitat
façon peu performante : la moitié seulement • Les équipements se multiplient, alliant
au niveau Bâtiment Basse Consommation innovations technologiques et efficacité
(BBC) énergétique

• Mobilités accompagnées par l’État pour • Augmentation forte des


les maîtriser : infrastructures, télétr
étrav
avail
ail mobilités
massif, covoiturage • + 28 % de km parcourus Mobilité
• + 13 % de km parcourus par personne nne par personne des personnes
• 30 % des trajets à pied • Recherche de vitesse
ou à vélo • 20 % des trajets à pied ou à vélo
élo

• Innovations tout azimut


• Ciblage sur les technologies les plus • Captage, stockage ou usage
compétitives pour décarboner du carbone capté indispensable Technique
• Numérique au service de l’optimisation • Internet des objets et intelligence
e Rapport au progrès,
• Les data centers consomment 10 fois plus artificielle omniprésents : numérique, R&D
d’énergie qu’en 2020 les data centers consomment
15 fois plus d’énergie qu’en 2020

• Soutien de l’offre
• Cadre de régulation minimale pour
• Coopération internationale forte et ciblée Gouvernance
les acteurs privés Échelles de décision,
sur quelques filières clés
• État planificateur coopération
• Planification centralisée du système internationale
• Fiscalité carbone ciblée
énergétique

• Métropolisation,
mise en concurrence
• Faible dimension territoriale, Territoire
étalement urbain, Rapport espaces ruraux –
des territoires,
agriculture intensive urbains, artificialisation
villes fonctionnelles

• Croissance verte, innovation poussée


par la technologie • Croissance économique carbonée
Macro-
• Spécialisation régionale • Fiscalité carbone minimaliste et ciblée
• Concurrence internationale • Économie mondialisée
économie
ÉCONOMIE

et échanges mondialisés

• Décarbonation de l’énergie • Décarbonation de l’industrie pariant sur le


• 60 % de l’acier, mais aussi captage et stockage géologique de CO2
de l’aluminium, du verre, • 45 % de l’acier, mais aussi de Industrie
du papier-carton et des plastiques
ues l’aluminium, du verre, du papier-carton
viennent du recyclage et des plastiques viennent du recyclage

10 Transition(s) 2050
BILAN
  comparé des 4 scénarios
S1 Génération frugale S2 Coopérations territoriales S3 Technologies vertes S4 Pari réparateur

ÉNERGIE
4 mix énergétiques variés pour 2050

UNE DEMANDE D’ÉNERGIE PLUS DE 70 % D’ENR DANS TOUS


À LA BAISSE LES SCÉNARIOS

Consommation finale d’énergie par secteur Consommation d’énergie et part des EnR
en 2015 et 2050 (avec usages non énergétiques dans la consommation finale brute d’énergie
et hors soutes internationales) en 2015 et 2050
1 772 1 800
1 800
15 %
1 600 1 600
1 400 1 287 1 400 70 %
1 200 1 062 1 200
81-87 %*
TWh
TWh

1 000 1 000
790 829 86 %
800 800 88 %
600 600
400 400
200 200
0 0
2015 S1 S2 S3 S4 2015 S1 S2 S3 S4

Industrie Transport Résidentiel Tertiaire Agriculture Autres EnR

* Valeurs dépendant des choix de politiques industrielles


de développement de l’éolien flottant ou du nucléaire.

Demande finale énergétique par vecteur en 2015 et 2050


(avec usages non énergétiques et hors soutes internationales)

1 800 1 772
 1 600
1 400 1 360

1 200
QUASI DISPARITION 1 074
DES ÉNERGIES FOSSILES 1 000
TWh

790 833
800
UN VECTEUR GAZ 600
QUI CONSERVE UN TALON 400
DE CONSOMMATION
200
0
2015 S1 S2 S3 S4
Charbon Naphta Combustibles liquides
Réseau de gaz Électricité Hydrogène
Réseau de chaleur EnR thermiques hors réseau

N.B. : la consommation d’énergie finale ne prend pas en compte l’énergie utilisée de façon intermédiaire pour fabriquer d’autres vecteurs énergétiques
ou non énergétique comme l’hydrogène. À titre d’illustration, la consommation d’électricité (non représentée sur ce graphique) utilisée pour fabriquer
de l’hydrogène à usage énergétique est respectivement de 62 TWh, 135 TWh, 65 TWh et 33 TWh dans S1, S2, S3 et S4. La différence des demandes de
consommation avec le graphique de la demande d’énergie par secteur provient de la consommation des puits technologiques qui n’est affectée à
aucun secteur. La différence avec la consommation finale brute d’énergie provient de la consommation pour usages non énergétiques.

11 Transition(s) 2050
CLIMAT RESSOURCES
Le rôle majeur des puits biologiques Une pression sur les
pour l’atteinte de la neutralité en 2050 ressources contrastée

QUATRE SCÉNARIOS NEUTRES EN 2050, 2 SCÉNARIOS LIMITENT


AVEC UN RECOURS PLUS OU MOINS IMPORTANT LE RECOURS À L’IRRIGATION
AUX PUITS DE CARBONE
Besoin en eau pour l’irrigation
Bilan des émissions et des puits de CO₂ en 2020 et 2050
en 2015 et 2050
5 4,50
500 445 4
3,07

Mdm³
400 401 3 2,70
2,28
1,85
300 2

1
200
135 0
MtCO₂eq

100 74 68 85 2020 S1 S2 S3 S4
-9 1
- 28
0
- 42
- 100 - 44 MOINS DE DÉCHETS MÉNAGERS
- 96 - 94
- 116 - 134
- 200 ET ASSIMILÉS

- 300
Déchets ménagers et assimilés collectés
2015 S1 S2 S3 S4 en 2015 et 2050

CCS et puits technologiques (BECCS, DACCS) 600


530
Puits biologiques Émissions Bilan 483
500

400 363
kg/hab•/an

300
LES PUITS BIOLOGIQUES EN CROISSANCE 172 184
200
DANS S1 ET S2 GRÂCE À LA FORÊT
100
ET AU CHANGEMENT DE PRATIQUES AGRICOLES
0
2015 S1 S2 S3 S4
Puits naturels de carbone dans la biomasse
et les sols en 2017 et 2050

120 116
UNE MOBILISATION DE LA BIOMASSE
100 93 MULTIPLIÉE PAR 2 AU MOINS
80
64 Mobilisation de la biomasse pour les usages
MtCO₂/an

60 non alimentaires en 2017 et 2050


44 45
40
140 128 124
20 120 107
104
0 100
-4
- 20 80
MtMS

2017 S1 S2 S3 S4
60
Changement d’occupation des sols Sols agricoles restant agricoles 49
Forêts restant forêts Produits bois 40
N.B. : la valeur du puits en 2017 est présentée comme référence sachant 20
qu’elle n’a pas été calculée avec la même méthode que pour les scénarios
mais à partir des valeurs de l’inventaire national réalisé par le CITEPA, en 0
y ajoutant la séquestration de carbone dans les sols forestiers et le bois
2017 S1 S2 S3 S4
mort en forêt.

12 Transition(s) 2050
5 PROBLÉMATIQUES
à mettre en débat
S1 Génération frugale S2 Coopérations territoriales S3 Technologies vertes S4 Pari réparateur

PROBLÉMATIQUE #1
La sobriété : jusqu’où ?
La décarbonation de l’énergie sera d’autant plus facilitée que
la demande sera faible. Or, la réduction de cette demande est
déterminée par deux facteurs : la démarche de sobriété, c’est-
à-dire le questionnement des modes de vie et de consommation
afin de maîtriser la demande de biens et de services et l’effica-
cité énergétique qui permet de réduire la quantité d’énergie
nécessaire à leur production. Mais le potentiel de l’efficacité
énergétique se heurte à des limites physiques et surtout à celle
des technologies disponibles.

On n’échappe donc pas à une interrogation sur la sobriété.

S4, le seul qui renonce à ce levier, conduit à une fuite en avant


qui paraît risquée : faute de pouvoir décarboner l’énergie, la
société est réduite à dépenser d’énormes quantités d’énergie La sobriété heurte cependant le mode de pensée dominant
pour extraire le CO² de l’air ambiant. Le pari technologique et de la culture consumériste du monde moderne. Elle est souvent
économique est énorme. perçue comme une privation et s’avère clivante : ce qui semble
être une privation pour une génération ou un individu donné
S3, qui se place dans la prolongation de nos habitudes actuelles, peut au contraire apparaître comme une évidence pour un
mise sur les technologies pour augmenter le potentiel de l’effi- autre. Or, la mise en œuvre à grande échelle de politiques de
cacité énergétique, pour pouvoir se contenter d’une sobriété sobriété nécessite des transformations sociales rapides et
modérée. Cela suppose l’atteinte effective de l’équilibre entre fortes, qui peuvent rencontrer de fortes résistances. S2 sur-
développement de ces technologies et augmentation des monte cette difficulté par la recherche d’un consensus social
consommations. Mais le temps de développement de ces tech- au travers d’une gouvernance ouverte, mais ceci ralentit le
nologies retarde la diminution des émissions, conduisant à un rythme de la transformation. S1, qui a des objectifs de sobrié-
solde global d’émission important sur la période de transition. té beaucoup plus forts et plus rapides, doit inévitablement
recourir en parallèle à la contrainte via la réglementation ou
S1 et S2 font le choix d’une mobilisation plus importante de la le rationnement via des quotas, ce qui impose un important
sobriété en changeant la logique de développement socio-éco- effort d’explication et des compensations pour la faire accep-
nomique : une consommation réduite et des modes de vie ter. La difficulté à y parvenir fait courir le risque de clivages
plus raisonnés qui privilégient les liens sociaux à l’accumulation forts, voire violents, au sein de la société.
de biens matériels, ce qui correspond à des aspirations qui
s’affirment de plus en plus dans nos sociétés. Ainsi, S1 et S2 Enfin, le questionnement sur la sobriété ne peut être disjoint
développent la sobriété d’usage (déplacement à pied ou à de celui sur les inégalités : d’un côté les modes de vie actuels
vélo, commerces de proximité privilégiés…), la sobriété dimen- semblent s’accommoder des inégalités dans l’accès aux
sionnelle (alléger le poids des véhicules…) et la sobriété coo- produits et services ; de l’autre, le choix de la sobriété
pérative (habitat plutôt collectif, location d’équipements qu’on impose de faire un réel effort d’équité, la diminution
utilise peu souvent plutôt que de les acquérir…). Cette sobrié- de la consommation ne pouvant être envisagée
té permet de sécuriser l’atteinte de la neutralité carbone : les pour la partie de la population la plus modeste.
émissions résiduelles sont plus facilement compensées par les
puits de carbone naturels et la chute des émissions est suffi-
samment rapide pour que la somme des émissions sur toute
la durée de la transition reste modérée.

13 Transition(s) 2050
PROBLÉMATIQUE #2
Peut-on s’appuyer
uniquement sur les puits
naturels de carbone pour
atteindre la neutralité ?
Les quatre scénarios montrent que l’atteinte de la neutralité
carbone ne peut pas se passer des puits naturels de CO² (plantes,
sols et produits) car leur potentiel est très important par rapport
aux puits technologiques (captage et stockage du CO²).

Dans S1 et S2, les scénarios les plus sobres, ces puits biologiques
agricoles et forestiers peuvent être maximisés et sont suffisants
(ou quasiment suffisants dans S2) grâce à une demande en éner-
gie faible, ce qui permet de limiter les prélèvements de biomasse
(forêts en particulier). Il est ainsi possible de conserver un équilibre
entre exploitation de la biomasse pour décarboner, fourniture

#3
des services aux humains (loisirs, matériaux…) et faible exploitation
des forêts pour préserver les services rendus par la nature (bio- PROBLÉMATIQUE
diversité, qualité de l’eau…). L’agriculture, avec le développement
de l’agroécologie et des « pratiques stockantes » (agroforesterie, Qu’est-ce qu’un régime
prairies…), ainsi que la très faible artificialisation des sols grâce à
l’urbanisation maîtrisée, permettent également de préserver la
alimentaire durable ?
fonction « puits » des sols. Mais cela nécessite des évolutions
L’alimentation est l’un des enjeux majeurs mondiaux, avec le
dans nos modes de vie qui peuvent ne pas être consensuelles.
doublement prévu des besoins alimentaires à l’horizon 2050.
En France, l’alimentation est responsable du quart de l’empreinte
Dans S3 et S4, le niveau d’émissions à compenser augmente et
carbone et est à la croisée de multiples enjeux de santé et
l’exploitation plus importante des milieux naturels diminue le
d’environnement, notamment la préservation de la biodiversité,
potentiel des puits : les puits technologiques deviennent donc
de la qualité de l’eau et des sols. Enfin, l’alimentation est aussi
nécessaires.
au cœur de nos pratiques sociales.

Mais le potentiel de ceux-ci est limité : si S3 arrive à un équilibre


La part de protéines animales dans les repas est un des facteurs
satisfaisant entre puits naturels et puits technologiques qui
de premier ordre sur l’impact environnemental de l’alimentation.
permet de maîtriser leur coût, S4 se voit contraint de déployer
À titre d’exemple, la surface agricole mobilisée (en empreinte)
des technologies de captage du CO² dans l’air qui consomment
pour nourrir un Français moyen passe du simple au quadruple
beaucoup d’électricité, qui ne sont pas matures aujourd’hui et
entre un régime purement végétal et un régime très carné.
dont on ne sait si elles le seront à temps et à quel prix. Dans ces
deux scénarios, il faut stocker dans le sous-sol tout ou partie du
Les quatre scénarios montrent que l’on ne peut pas considérer
CO² capté, ce qui pose des questions d’acceptation.
le régime alimentaire indépendamment des autres enjeux du
vivant : quelle contribution attend-on de la biomasse pour la
Sobriété, gestion de la biomasse et puits naturels sont donc
production de matériau et d’énergie ? Quel rôle veut-on donner
intimement liés. Mais les puits naturels sont fragiles et vulné-
aux puits de carbone naturels ? Quelle adaptation de l’agricul-
rables face au changement climatique. Sauf à faire d’énormes
ture doit-on envisager face au changement climatique qui l’af-
efforts de sobriété comme dans S1, les autres scénarios ne
fecte d’ores et déjà ?
peuvent donc faire l’impasse d’une réflexion sur les
ambitions à consacrer :
À part S4 qui mise sur le captage technologique du CO² dans
à une politique active de développement des
l’air, tous les autres scénarios doivent faire évoluer le régime
puits agricoles et forestiers pour augmenter leur
alimentaire moyen des Français vers moins de protéines carnées
résilience, avec des co-bénéfices probables
tout en privilégiant la viande de qualité. Ceci présente de mul-
sur la biodiversité et l’adaptation au change-
tiples co-bénéfices : libérer des terres agricoles en France et
ment climatique ;
hors de France, faciliter la conversion en bio des systèmes agri-
au développement de technologies de cap-
coles et privilégier des systèmes moins intensifs (systèmes her-
tage, utilisation et stockage du CO², pour
bagers), relocaliser des productions et favoriser la résilience des
éviter de ne dépendre que des puits natu-
territoires, réduire notre impact sur les écosystèmes (défores-
rels dont le potentiel de développement
tation importée). Les trois premiers scénarios montrent cepen-
reste incertain.
dant que différents modèles agricoles et alimentaires sont
possibles, à condition de les développer en cohérence avec les
autres dimensions de la transition.

14 Transition(s) 2050
PROBLÉMATIQUE #5
Vers un nouveau modèle
industriel : la sobriété est-elle
dommageable pour l’industrie
française ?
Par opposition aux 30 années passées, il est aujourd’hui

PROBLÉMATIQUE #4 communément admis que relocaliser l’industrie en France est


vital pour notre économie et sa résilience. Cette relocalisation

Artificialisation, précarité, ne va toutefois pas de soi dans un monde globalisé et ne sera


pas sans impact. La compétitivité de l’industrie va être développée
rénovation : une autre avec deux leviers plus ou moins activés suivant les scénarios : un

économie du bâtiment nouveau modèle industriel privilégiant la qualité à la quantité et


fondé sur l’économie circulaire (S1 et S2) ou un modèle plus
est-elle possible ? quantitatif, mais avec des procédés et des énergies décarbonés
(S3 et S4).
Les bâtiments résidentiels et tertiaires représentent aujourd’hui
près de la moitié de la consommation d’énergie nationale et Dans S1 et S2, l’industrie doit revoir son modèle d’affaires avec
près d’un quart des émissions de GES ; ils consomment une production diminuée en tonnage de matériaux et de biens
51 millions de tonnes de matériaux par an pour leur construction de consommation (- 38 % pour S1 et - 26 % pour S2) en raison de
et participent directement à l’artificialisation des sols. Sur le la sobriété des consommateurs (citoyens, entreprises et collec-
plan social, le logement représente 30 % du budget des ménages, tivités). Cela passera par des produits de qualité, plus chers mais
la précarité énergétique touche plus de 5 millions de ménages durables, écoconçus, réparables, réutilisables et recyclables.
et le mal logement concerne environ 4 millions de personnes. Mais également par le développement de l’économie de la
fonctionnalité, c’est-à-dire la vente d’un service plutôt que du
À côté de cela, les tendances récentes aboutissent à une cer- produit, qui allie économie de matières et économie d’énergie
taine multiplication des équipements et à une utilisation de pour une économie plus circulaire. Ces scénarios limitent par
surfaces de bâtiment croissante (décohabitation, logements ailleurs le risque de « fuites de carbone » en évitant la déloca-
et bureaux vacants, développement des résidences secondaires). lisation des industries lourdes dans des pays à plus faible fisca-
lité carbone ; dans S2, cela va jusqu’à la réindustrialisation (amé-
Dans S1 et S2, il est possible de limiter les impacts du bâtiment lioration du solde commercial) pour certains secteurs ciblés
non seulement par une réhabilitation massive et efficace mais dont la production est décarbonée.
également par l’abandon du rêve de maison individuelle au
profit d’un habitat collectif respectant l’intimité de chacun Dans S3, la production industrielle est en légère baisse (- 14 %
mais plus convivial et développant le partage de pièces entre en tonnage). Elle reste stable dans S4, avec toutefois une dé-
plusieurs appartements ou d’équipements (machines à laver gradation de la balance commerciale sur les secteurs de l’in-
par exemple), la transformation des résidences secondaires en dustrie lourde, pouvant potentiellement conduire à des « fuites
habitat principal ou encore la sobriété dans l’usage des équi- de carbone ». Les défis industriels sont alors dans l’efficacité
pements électriques et numériques. Mais ces changements de énergétique et la décarbonation de l’énergie (énergies renou-
société ne sont pas faciles. S3 et S4 misent plus sur la techno- velables ou captage et stockage de CO²).
logie et sur la construction neuve (en particulier S3 qui est un
scénario haussmannien de déconstruction/reconstruction) mais Dans tous les cas, ces évolutions doivent s’accompagner :
avec une consommation de matières et d’énergie (production de plans d’investissements de grande ampleur, tant pour la
du ciment et des matériaux) très élevée, nécessitant de nouvelles massification de technologies matures que pour l’émergence
carrières ou des extensions de plus en plus mal acceptées par d’innovations de rupture dans les procédés industriels. En
les populations environnantes. effet, l’efficacité énergétique et la décarbonation deviennent
des facteurs clés de compétitivité ;
Les choix sur le bâtiment ont des conséquences sur le modèle de politiques d’emplois-formations ambitieuses et
industriel : la consommation massive de ciment et d’acier aug- d’accompagnement
d des territoires touchés par les
mente fortement les émissions de l’industrie. Les mutations industrielles.
modèles de S1 et S2, fondés sur la rénovation,,
vont ainsi de pair avec un modèle industriel Dans ce cadre, se pose la question de
plus sobre fondé sur l’économie circulaire. la place des politiques publiques pour
En matière sociale, les emplois créés dans accompagner ces transformations, que ce
la rénovation massive des logements soit en matière de dispositifs de soutien ou
pourraient plus que compenser les pertes d’aménagement du territoire.
de ceux de la construction neuve.

15 Transition(s) 2050
Limites et perspectives
d’approfondissement
Comme pour tout exercice de prospective, certaines bien moins développées que celles sur l’efficacité
limites demeurent : énergétique ou les énergies renouvelables qui bé-
néficient d’études et de recherches depuis plusieurs
Les effets du changement climatique sur le fonc- décennies.
tionnement des infrastructures, des systèmes et
des organisations ainsi que sur les comportements L’évaluation des conséquences sur la biodiversité
sont surtout pris en compte pour les secteurs agri- rencontre des difficultés méthodologiques liées au
coles, forestiers, bâtiments et réseau électrique, manque de connaissances et au fait que les données
faute de travaux de référence ou d’outils de modé- de l’exercice ne sont pas précisément localisées.
lisation pour les autres secteurs ; Pour autant, la préoccupation de la biodiversité
n’est pas absente des travaux.
La juxtaposition de scénarios construits sur des
forces motrices très différentes peut laisser penser Le « reste du monde » est considéré comme un tout
que ceux-ci bénéficient du même niveau d’exper- qui prend le même chemin que la France métropo-
tise et retours d’expériences. Or, les connaissances litaine et, à ce titre, ne bénéficie pas d’une modé-
en matière de sobriété ou de puits de carbone sont lisation fine.

Les prochaines étapes de ce travail


Ce travail n’est que la première partie d’une série de feuilletons qui seront publiés courant 2022.
La plupart de ces feuilletons seront remis en perspective au cours du Grand Défi Écologique,
événement organisé par l’ADEME les 29 et 30 mars 2022 à Angers.

Les sujets de ces feuilletons sont les suivants :

Analyse du mix électrique

Métaux de la transition écologique

Évaluations macroéconomiques dont l’emploi et les investissements

Analyse des changements des modes de vie, menée à travers l’étude qualitative
des regards et perceptions de 31 Français d’horizons différents sur les récits des scénarios

Empreinte matière, gaz à effet de serre, ressources et biens de consommation

Sols

Adaptation au changement climatique

Analyse de l’impact sur quelques filières à enjeux, notamment : « Construction neuve »,


« Gaz et carburants liquides », « Protéines » et « Logistique des derniers kilomètres »

Robustesse et vulnérabilité à des chocs

Qualité de l’air

Territoires (sous la forme d’un guide d’aide à la prospective pour les territoires)

Numérique

16 Transition(s) 2050
17
1
Transition(s) 2050
AMBITIONS,
CADRAGE
DE L’EXERCICE
ET CONTEXTE
1• AMBITIONS, OBJECTIFS,
MÉTHODES
21 Ambitions et objectifs de l’exercice
26 Méthode de construction et d’analyse des scénarios
42 Références bibliographiques
44 Annexes

18 Transition(s) 2050
MÊME
L’AVENIR
N’EST PLUS CE
QU’IL ÉTAIT.
Paul Valéry

LES ESPÈCES QUI


SURVIVENT NE SONT
PAS LES ESPÈCES LES
PLUS FORTES, NI LES
PLUS INTELLIGENTES,
MAIS CELLES QUI
S’ADAPTENT
LE MIEUX AUX
CHANGEMENTS.
Charles Darwin

19 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Quelques précisions de vocabulaire


Idéologie : prisme cohérent d’interpré- tude, équilibrant approche normative Variables clés ( key drivers , shaping
tation du monde. Ce terme est utilisé et foisonnement des hypothèses, préci- actors, shaping factors) : les variables les
dans ce travail sans connotation péjora- sion des variables motrices et approxi- plus influentes sur le sujet considéré.
tive : il fait référence aux idéologies pour mation itérative, expertise des sources L’analyse d’un scénario permet de com-
nourrir et construire les archétypes de et participation ouverte » (Eriksson et parer les ordres de grandeur en jeu,
scénarios. En situation d’incertitude et Weber, 2008) . d’analyser et d’expliciter des implica-
de débat sur ce qui est possible et dési- tions d’évolution de variables, de tirer
rable dans le futur, les idéologies jouent Scénarios exploratoires : scénarios explo- les enseignements des conditions de
un rôle important dans la formation des rant le spectre des futurs possibles. Ils se cohérence. L’ensemble de cette analyse
anticipations des acteurs et leur prise de distinguent des « prévisions » réalisées permet de produire des connaissances
position pour une orientation stratégique par des prévisionnistes pour qualifier utiles pour réduire le champ des pos-
particulière. Un exercice de prospective différentes variantes de projections dont sibles et les incertitudes sur le futur.
permet d’expliciter l’état des connais- les évolutions sont marquées par peu
sances et des incertitudes, les positions d’incertitudes. Les scénarios explora- Variables externes : variables sur
des acteurs, mais aussi de questionner toires permettent de réfléchir sur le futur lesquelles le système considéré n’a pas
ces idéologies, les réviser et les confronter. lorsque celui-ci est ouvert, incertain et ou peu de pouvoir direct. Dans une
débattu. Sans pouvoir prédire le futur, démarche de prospective stratégique,
Récit : descriptif qualitatif et transversal la démarche permet néanmoins de res- il est possible de distinguer des
des projections dans le futur. Il s’agit d’un treindre les incertitudes et délimiter le variables « de contexte » qui relèvent de
discours décrivant l’évolution en termes champ du possible et du souhaitable, l’écosystème dans lequel évolue
qualitatifs et qui expose les caractéris- dont il faudra débattre. Il s’agit donc l’organisation étudiée (l’organisation a
tiques, la logique d’ensemble et les élé- d’un outil d’aide à la réflexion et à la un certain pouvoir sur ces variables, mais
ments nouveaux qui sous-tendent des coordination. d’autres acteurs également), de variables
scénarios du futur. Également appelé « d’environnement » qui relèvent du
« canevas de scénario » dans les textes Scénarios normatifs ou stratégiques : contexte général (et sur lesquelles
spécialisés, ces récits permettent de se scénarios explorant des stratégies pos- l’organisation n’a pas de pouvoir). Dans
représenter des futurs et de se projeter sibles pour réaliser des futurs souhai- cet exercice une stratégie nationale
mentalement. Ils suscitent une réflexion tables et réalisables. Ce sont ces formes climat est envisagée et « l’organisation »
sur la plausibilité, la faisabilité et la dési- de scénarios qui sont réalisées dans le rassemble l’ensemble des acteurs et des
rabilité de différents futurs. présent projet en considérant des arché- organisations français. Les variables
types de stratégies de transformation externes sont, par exemple, l’évolution
Scénario : « jeu cohérent d’hypothèses de la société française qui pourraient du contexte international, les marchés
conduisant d’une situation d’origine à permettre de respecter des trajectoires et les prix internationaux, l’évolution du
une situation future. Un scénario est une d’émission et d’absorption de gaz à effet climat. Les acteurs français ont une
description du système à un horizon de serre. Ces trajectoires doivent être influence, un pouvoir d’action limité sur
donné et du cheminement conduisant compatibles avec l’objectif français de ces évolutions lorsqu’ils agissent seuls
à son état final. Il peut être vu comme « neutralité carbone » en 2050 (Loi Éner- (coordination limitée avec les autres
un outil de liaison, qui articule un récit gie-Climat, 2019 [2]). pays). Mais au sein de la stratégie
qualitatif à propos du futur et des for- nationale, les divers acteurs auront des
mulations quantitatives – hypothèses – Variables : éléments qui exercent une champs stratégiques différents.
donnant lieu à modélisation » (définition influence sur le problème étudié et qui
du Groupe d’experts intergouvernemen- sont susceptibles d’être cause de chan- Variables internes : variables sur
tal sur l’évolution du climat, GIEC). gement(s). Souvent, une variable dans lesquelles l’organisation ou l’entité (ici la
Dans le présent exercice, le terme prend un système prospectif est un mélange France) qui conduit la démarche de
en compte le récit, les hypothèses sur de facteurs et d’acteurs (un facteur évo- prospective estime avoir une certaine
les axes structurants et les simulations lue le plus souvent sous l’influence d’un maîtrise et sur lesquelles elle peut jouer
quantitatives (modèles mathématiques). acteur ou de plusieurs acteurs). L’en- pour déployer sa stratégie. Dans cet
semble des variables considérées déli- exercice de prospective, les variables
L’AllEnvi [1] nous en donne une définition mite le système de représentation du internes correspondent d’abord aux
plus complète encore : c’est « une repré- problème. Leur description est impor- variables sur lesquelles les stratégies des
sentation du futur, basée sur des jeux tante, puisqu’il existe de nombreuses acteurs des secteurs techniques ont une
d’hypothèses et de conséquences ("Si…, incertitudes sur des éléments importants influence (dans le bâtiment , les
alors…"), issue d’une situation initiale et à prendre en compte. Tout récit de scé- transports, l’industrie, l’agriculture, la
travaillée par des forces et des change- narios passés, présents et futurs véhicule production d’énergie, etc.).
ments, à un horizon donné » (Alcamo, une simplification nécessaire, mais qui
2009). Il s’agit en dernier ressort d’« un doit être transparente, car elle peut être
compromis entre complexité et incerti- discutée, jugée plus ou moins pertinente.

20 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

1. Ambitions et objectifs
de l’exercice
1.1. Pourquoi mettre en débat
la stratégie de transition
écologique ?
En ligne avec ses engagements internationaux de collectives sur la future Stratégie Française Énergie-
l’Accord de Paris (2015), la France a construit deux Climat (SFEC)et à la veille des débats de l’élection
premières Stratégies Nationales Bas Carbone (SNBC, présidentielle de 2022 au cours de laquelle, sur la
2015 [3] ; 2020 [4]), qui ont permis de fixer les grands question de la transition écologique, des propositions
objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de concrètes à la hauteur des enjeux devront émerger.
serre (GES), ainsi que les budgets carbone1 qu’elle doit
respecter pour les années à venir. Selon la Loi Énergie- L’objectif de cet exercice de scénarisation de
Climat (2019) [2], la trajectoire de réduction et l’ADEME n’est pas de proposer un projet politique,
d’absorption des GES doit permettre d’atteindre un ni « la » bonne trajectoire pour parvenir à ces
objectif de « neutralité carbone » d’ici 2050, soit un objectifs collectifs. Ne serait-ce que parce que les
équilibre entre des flux annuels d’émissions et des incertitudes sont telles qu’aucun expert ne peut
flux d’absorption. Arriver à cette trajectoire constitue prétendre identifier la meilleure trajectoire, ni aucun
un réel défi. Le Haut Conseil pour le Climat, chargé politique ne peut affirmer que son programme
de suivre la mise en œuvre de la politique climatique d’action permettra de réaliser effectivement la
de la France, a ainsi constaté en 2020 que « la réduction trajectoire prévue. Mais l’expertise peut contribuer
des émissions de gaz à effet de serre continue à être à rassembler des éléments de connaissances
trop lente et insuffisante pour permettre d’atteindre techniques, tout en favorisant des débats nourris de
les budgets carbone actuels et futurs » [5] [6]. ces connaissances, sur ce qui est possible et
souhaitable. Les décisions collectives doivent en effet
Pour les prochaines années, le rythme annuel de porter autant sur la société durable que nous
réduction des émissions françaises doit donc souhaitons construire ensemble que sur les modalités
fortement s’accélérer pour respecter les budgets de réalisation de transformations profondes et
carbone de la deuxième SNBC [4]. Si la crise de la systémiques qui la rendront possible. L’ADEME
Covid-19 a marqué une rupture ponctuelle en faisant propose ici quelques archétypes de scénarios. Ils ne
de 2020 une année record de baisse, le rebond des sont pas les seuls possibles, ils sont complémentaires
émissions est déjà constaté. Par ailleurs, cette baisse plus que concurrents avec ceux proposés par d’autres
conjoncturelle est de toute façon insuffisante à long acteurs. Leur but est d’aider à réfléchir à la nature
terme et s’est faite au prix d’une crise économique des transformations et des choix à faire pour
sans précédent. construire un chemin de développement compatible
avec un objectif de neutralité carbone, aider
Les décennies à venir seront marquées par également à prendre conscience des implications
d’indispensables transformations, rapides, profondes des choix sociétaux et techniques qui entraîneront
et systémiques pour diminuer drastiquement l’impact des chemins différents. Il s’agit également de fournir
des activités humaines non seulement sur le climat des éléments d’évaluation sur les enjeux sociaux,
(voir en particulier le sixième rapport du Groupe économiques, environnementaux associés à ces
d’experts intergouvernemental sur l’évolution du différents chemins, afin de nourrir les délibérations
climat [GIEC] d’août 2021 qui le rappelle [7]), sur une stratégie de compromis qui emportera
mais également sur la biodiversité et les pollutions. l’adhésion.
Elle suppose, dans les deux décennies à venir, une
mobilisation sans précédent de tous les acteurs de la En plus de la question climatique et de l’urgence à
société, d’importantes innovations techniques, laquelle il convient aujourd’hui de faire face, d’autres
institutionnelles et sociales, ainsi qu’une évolution enjeux environnementaux sont plus pressants que
profonde des modes de vie, de production et de jamais : la qualité et la disponibilité de la ressource
consommation. C’est à ce point charnière du temps en eau, la destruction et la perte de qualité des sols,
que ce travail se situe, en amont des délibérations la destruction de la biodiversité, etc. Le choix de la

1 Ce sont des plafonds d’émissions à ne pas dépasser, exprimés en moyenne annuelle par période de 5 ans en millions de tonnes
de CO² équivalent.

21 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

stratégie de développement française devra être 1.2. Préciser les moyens


justifiée au regard de l’ensemble des enjeux
écologiques, sociaux et économiques et se fixer
de réaliser une transition
des objectifs quantitatifs pour chacun d’eux. écologique profonde
La Commission de l’environnement, de la santé et
de la sécurité alimentaire du Parlement européen L’atteinte des objectifs d’une transition écologique
propose par exemple de définir un objectif de suppose donc des transformations importantes,
diminution de consommation de matières premières. systémiques et profondes. Le philosophe Pascal Cha-
Sans fixer de chiffre, le Parlement fait référence au bot [9] remarque que la discussion sur la transition
plan néerlandais de 2016 qui fixe un objectif de moins évolue pour se concentrer sur les moyens sans re-
50 % de matières premières à l’horizon 2030 (en fait mettre en cause les objectifs : « La transition voudrait
de métaux, minéraux non métalliques et énergies avant tout changer les moyens de parvenir à des
fossiles [8]). Ce n’est, à ce stade, qu’une proposition fins. » Ceci s’applique aujourd’hui aux enjeux de la
de la commission du Parlement mais le fait de rendre transition écologique. La neutralité carbone et la
ces objectifs contraignants ou engageants commence protection de la biodiversité constituent des objec-
à faire son chemin. tifs partagés par une majorité de personnes. Mais les
désaccords demeurent sur les moyens à mobiliser
Pour atteindre l’objectif d’un débat public de quali- pour atteindre ces objectifs, ainsi que sur la façon
té, il faut aussi que la transparence sur la démarche, de concilier des défis écologiques, économiques et
les hypothèses et les résultats soit la plus grande sociaux simultanés.
possible. Un exercice qui renforcerait la défiance
serait contre-productif. Un scénario unique serait Avec ce travail de scénarisation, l’ADEME souhaite
trop perçu comme la sélection et la justification nourrir ces débats sur les moyens et les conditions
d’une position partisane parmi d’autres défendables de réalisation de trajectoires compatibles avec l’ob-
et non pas comme une analyse utile pour nourrir des jectif de neutralité carbone. Il s’agit de développer
délibérations où toute position réaliste est défen- la discussion sur la faisabilité de chemins alternatifs
dable. La première mesure consiste à ne pas retenir compatibles avec cette cible et sur leurs consé-
a priori un seul scénario normatif plausible mais plu- quences écologiques, économiques et sociales. Il
tôt plusieurs scénarios alternatifs, pour susciter une s’agit au final de favoriser les délibérations nécessaires
confrontation argumentée entre des conceptions pour identifier une stratégie de développement dé-
concurrentes sur la bonne stratégie. Une seconde sirable, susceptible d’emporter une large adhésion.
mesure consiste à expliciter la méthode, les hypo-
thèses, les résultats, donner accès aux sources et aux
données, rendre disponible les analyses pour les ré- 1.3. Des contributions importantes
examiner, les approfondir, les discuter. Ce travail de
transparence, de dialogue et d’approfondissement
au-delà des scénarios produits
devra se poursuivra au-delà de cette publication.
Au-delà des résultats particuliers obtenus, les contri-
butions de ce projet visent d’autres objectifs :

contribuer à la capitalisation et à la mise en cohé-


rence de connaissances récentes ; notamment
identifier des potentiels, trouver des convergences
d’intérêts parfois, mais aussi identifier les arbitrages
nécessaires dans les années à venir pour concilier
les enjeux écologiques et sociétaux ;

identifier des points aveugles de connaissance


qui semblent prioritaires pour la délibération, la
décision et l’action, en posant ainsi des questions
nouvelles pour les recherches à venir ;

construire une prospective servant d’outil d’aide


à la décision, de médiation et de dialogue,
à destination des nombreuses sphères scientifiques
et expertes concernées en mettant à disposition
des analyses, des hypothèses et des résultats qui
pourront être appréhendés dans l’espace public,
examinés, discutés et approfondis par de
nombreux travaux à venir ;

22 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

faire dialoguer et délibérer différentes communau- des choix d’usage de la biomasse, l’évolution des
tés et parties prenantes sur les décisions autour puits biologiques et techniques permettant d’absor-
des transformations structurelles à réaliser, en exa- ber des gaz à effet de serre, l’évolution des quantités
minant les options alternatives et les stratégies des de production industrielle induites par les évolutions
acteurs des différentes filières, qui contribueront de la consommation, la description de la transfor-
à l’atteinte de la neutralité carbone ; mation des filières et des modes de vie, l’évaluation
de l’empreinte de la consommation des Français en
nourrir le débat public et politique qui s’ouvrira ressources physiques et gaz à effet serre, la robustesse
notamment dans les perspectives électorales de à des incertitudes macroéconomiques. Tout ceci
l’élection présidentielle de 2022 et au-delà, dans le contribue à repousser les limites d’analyse constatées
cadre des discussions sur la Stratégie Française dans les exercices de scénarisations précédents (« Vi-
Énergie-Climat (SFEC) et des débats nationaux ou sions » ADEME [10] [11] ; SNBC 2015 [3], 2020 [4], etc.).
locaux qui pourront être organisés par les autorités Ce travail d’amélioration des méthodes et des
publiques. connaissances se poursuit au long cours. Ainsi,
chaque chapitre souligne les limites de l’analyse et
donnent des perspectives d’approfondissement des
1.4. Continuité et innovation connaissances pour les années à venir.

par rapport aux prospectives


précédentes 1.5. Des scénarios pour délibérer
Le concept de neutralité carbone, extrêmement am- sur la stratégie de transition
bitieux et structurant depuis l’Accord de Paris de 2015, écologique
rend les outils d’analyse numérique non pas obsolètes,
mais parfois en limite de validité ou de pertinence. Les quatre scénarios sont des « archétypes » de stra-
Il existe un processus d’amélioration continue des tégies et sont très ouverts. Ils permettent de dresser
approches, modèles d’analyse et connaissances une cartographie cohérente et aussi complète que
permettant de renseigner utilement les acteurs possible des grands choix stratégiques qui s’offrent
et les processus de décision. L’exercice de scénarisa- à nous. Ces quatre archétypes ne couvrent pas tous
tion de l’ADEME s’inscrit dans cette dynamique. les scénarios possibles. D’autres acteurs pourront
proposer d’autres scénarios qui pourront y être
Pour cet exercice, l’ADEME a fait plusieurs choix mé- comparés. Il s’agit néanmoins de scénarios contras-
thodologiques structurants : tés, qui permettent de réfléchir collectivement aux
alternatives possibles, à ce qui semble plus réaliste,
la prise en compte de « récits nationaux pour la plus désirable, ainsi qu’aux conditions nécessaires
transition », pour considérer des alternatives trai- pour parcourir le chemin vers une neutralité car-
tant des intérêts divergents d’acteurs, le tout dans bone.
un contexte d’incertitudes fortes ;
D’autres travaux de prospective, comme le rapport
une modélisation et une représentation conjointe Vigie 2020 [12] de Futuribles qui envisage seize scé-
des objectifs de transition énergétique et des po- narios de rupture, ou le Global Trend 2040 de la CIA
litiques d’économie des ressources naturelles pour- [13] qui donne une vision américaine des grandes
suivies dans le cadre des objectifs de développe- tendances politiques, militaires, économiques et
ment durable (ODD) ; sociales du monde, sont des exercices complémen-
taires, puisqu’ils envisagent des ruptures possibles,
un cadre d’analyse commun pour décrire diverses rappellent des tendances de fond structurantes
trajectoires faisant apparaître les principales va- pour la société française et le monde dans les an-
riables stratégiques et les leviers de transitions ; nées à venir. Les scénarios de transition de l’ADEME
ne décrivent pas l’ensemble de ces tendances,
une approche, non pas en extrapolation et inflexion puisqu’ils se concentrent avant tout sur les trans-
des tendances, mais en rétroprojection partant de formations physiques qui affecteront l’atteinte des
l’objectif de long terme (ici la neutralité carbone) objectifs écologiques. Toutefois, une discussion plus
et analysant les chemins permettant d’y aboutir à « sociétale » pourra être suscitée par les scénarios
partir de la situation initiale. Cette approche né- ADEME grâce à une mise en regard des chemins de
cessite une démarche itérative entre objectifs de transformations écologiques décrits avec ces consi-
long terme et évolutions et actions de court terme. dérations plus larges sur les grandes tendances et
ruptures de l’état du monde. Ces évolutions sont
Par ailleurs, l’exercice intègre également des avancées susceptibles d’affecter significativement la transi-
analytiques dans un certain nombre de domaines tion écologique à opérer. Néanmoins, nous n’ana-
jusque-là peu ou mal étudiés dans les prospectives lysons pas ici les relations entre ces travaux de pros-
du climat, comme l’évaluation de la disponibilité et pective. Les scénarios proposés couvrent un champ

23 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

large, mais limité à la stratégie nationale de transition ciation d’une stratégie par rapport à une autre (par
écologique d’un pays (la France) vers la cible particu- exemple, parce qu’elle accélère certaines réévalua-
lière de neutralité carbone et à ce titre l’analyse ne tions et prises de conscience sur des changements
décrit pas l’ensemble des évolutions du monde. qui sont davantage perçus comme faisables et dési-
rables après la pandémie). En fait, cette réflexion
Le lecteur des scénarios ADEME pourra cependant accompagne bien plus la lecture que la construction
garder en tête l’existence de tendances observées des scénarios.
au cours des trente dernières années et questionner
les interactions possibles de dynamiques sociétales Il reste la question épineuse des incertitudes et de
à l’œuvre avec les enjeux de la transition écologique la robustesse des stratégies décrites à des évolutions
des trente prochaines années : imprévues. Il s’agit également d’un enseignement de
la pandémie et l’on sait que les chocs à venir liés à
augmentation de l’espérance de vie (+ 6 ans en
l’évolution du climat seront importants. Des chocs
30 ans) ;
sur l’environnement technique, économique, social,
augmentation de la population mondiale politique et mondial arriveront certainement. La
(+ 2,3 milliards en 30 ans) ; réalisation de ces scénarios de neutralité carbone
population urbaine devenue majoritaire (plus des ne sera certes pas un long fleuve tranquille. Il deman-
¾ de la population des pays industrialisés) ; dera des tâtonnements, des réactions, des ajuste-
ments au fil de l’eau qui seront cruciaux dans les deux
place croissante des femmes dans la société ; prochaines décennies. Les scénarios proposés restent
découverte et confirmation des dégâts environne- néanmoins dans une grande mesure déterministes.
mentaux (climat, ressources et biodiversité avec Ils sont fondés sur des hypothèses particulières sans
notamment le GIEC, l’IRP et l’IPBES) ; analyser tout le champ des incertitudes possibles.
Mais ils pourront servir de base à des réflexions et
la révolution numérique et d’Internet (du smart- des analyses sur les effets de chocs et d’incertitudes
phone à l’intelligence artificielle) ; sur les évolutions du monde. Pour cette raison, la
la mondialisation et plus particulièrement la mon- description transparente et la plus complète possible
tée en puissance de la Chine comme acteur éco- des hypothèses et de la méthode est importante
nomique majeur aux côtés des États-Unis ; puisque la description des effets et la comparaison
des stratégies décrites en découle. Cette description
le regain du fondamentalisme religieux et du terro- transparente permettra l’utilisation de ces scénarios
risme ; pour la délibération et la poursuite de l’analyse2 : « Et
le multilatéralisme géopolitique et l’affaiblissement si je suppose autre chose, est-ce-que cela change le
de la coopération internationale ; choix ou l’évaluation de ce qu’il faut faire ? »

etc.

1.6. Vers une évaluation


Enfin, ce travail de scénarisation est publié dans une multicritère des scénarios
période très particulière, marquée par la crise de la
Covid-19. Cette période affecte les imaginaires
de transition écologique
comme les certitudes sur la prolongation des grandes
tendances du passé, les possibilités de rupture, les Le choix de la stratégie française de développement
possibilités d’action et l’évolution des valeurs col- pour le XXIe siècle doit également assurer un niveau
lectives. On discute pour savoir si le « monde d’après » de conciliation suffisant entre plusieurs objectifs
ressemblera au « monde d’hier ». Cette possibilité de auxquels la France doit s’atteler simultanément. L’ob-
rupture n’est pas non plus prise en compte dans la jectif de neutralité carbone que les scénarios ADEME
construction des scénarios de neutralité carbone. tentent d’expliciter ne peut être isolé de ces autres
En effet, elle ne change pas la vision des transforma- objectifs simultanés puisqu’il suppose des transfor-
tions physiques de long terme qui seront nécessaires mations profondes et systémiques des modes de
pour réduire les émissions et absorber les gaz à effet production, de consommation, d’aménagement du
de serre. On gardera néanmoins cette réflexion en territoire, qui auront des effets dans bien d’autres
toile de fond pour se demander si les évolutions de dimensions que les émissions de gaz à effet de serre.
long terme décrites se trouvent freinées ou favorisées
par ce contexte (par exemple, l’augmentation du Le Graphique 1 synthétise quelques enjeux soulevés
télétravail qui affectera les déplacements et les émis- par les différents avis exprimés sur le projet de
sions des transports), si ce contexte change l’appré- SNBC 2 [4] par différentes instances consultatives et

2 La robustesse des stratégies à différents contextes macroéconomiques est examinée par le Centre International de Re-
cherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED), en prenant en compte des incertitudes sur le fonctionnement de
l’économie et le contexte futur : le prix du pétrole importé, la concurrence étrangère, le fonctionnement du marché du travail,
etc. Ce travail d’analyse complémentaire sera publié en 2022.

24 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

compétentes : le Conseil national de la transition luations complémentaires seront publiées progres-


écologique (CNTE), le Conseil économique, social et sivement à partir des scénarios techniques construits
environnemental (CESE), l’Autorité environnementale et présentés ici. Les indicateurs permettent d’expli-
(AE), etc. À côté des questions techniques et tech- citer la nature des changements induits par la stra-
nologiques, tous ces avis soulignent l’importance des tégie dans les différents domaines et de se poser la
transformations économiques, sociales, voire socié- question des moyens pour y parvenir, si ces change-
tales, qu’impliquent le déclenchement et la réussite ments sont faisables, s’ils sont souhaitables et dans
d’une trajectoire de neutralité carbone. quelles conditions. Néanmoins les scénarios ont été
construits uniquement pour atteindre la cible de
Une planification et un pilotage collectif de ces trans- neutralité carbone. Cela signifie que les indicateurs
formations supposent donc une capacité d’innova- complémentaires mesurés dans les dimensions non
tion institutionnelle et démocratique pour faire des climatiques (qualité de l’air, autres ressources, éco-
choix et arbitrages collectifs nombreux, qui tiennent nomiques, sociales, etc.) ne servent pas à définir
compte de diverses conséquences économiques, d’autres cibles, mais à qualifier les conséquences
écologiques et sociales des projets. La conciliation possibles des scénarios dans d’autres dimensions
de différents objectifs et la réalisation des arbitrages que l’énergie et le climat qui contribuent au choix.
en favorisant une large adhésion à la stratégie se sont
en effet avérées problématiques, avec des opposi- Parmi ces indicateurs, il était prévu d’analyser les
tions comme celles du mouvement des Gilets jaunes. impacts sur la biodiversité des différents scénarios
Pour préparer les délibérations nécessaires, identifier avec l’Office Français de la Biodiversité (OFB). Mal-
des voies de conciliation et de compromis, effectuer heureusement, il n’a pas été possible de le faire dans
des arbitrages largement soutenus et partagés, des des conditions optimales en raison de difficultés de
évaluations sont nécessaires pour produire des in- diverses natures liées principalement aux connais-
dicateurs complémentaires aux indicateurs sur l’éner- sances actuelles sur la biodiversité et aux limites de
gie et les gaz à effet de serre. l’évaluation (notamment au fait que les données ne
sont pas localisées précisément). Pour autant, l’enjeu
Pour ces raisons, des évaluations sont réalisées pour de la préservation de la biodiversité n’est pas absent
compléter l’examen et la comparaison des scénarios des travaux. Son évaluation quantitative fera l’objet
par des indicateurs de différentes natures. Ces éva- de développements ultérieurs.

Graphique 1 Enjeux de la trajectoire des émissions de GES en France à l’horizon 2050 et budgets carbone de la SNBC

Enjeux à court terme Enjeux à plus long terme


• Conditions économiques et 600
Dépassement attendu Révision du
• Saturation des gains
sociales (investissements, prix, du 1er budget carbone 2e budget carbone technologiques et des gains
répartition des efforts) ; 500 3e budget d’efficacité énergétique ;
Enjeux à court terme carbone
• Coordination et alignement • Enjeux des contraintes
des diverses stratégies 400 physiques en autres ressources
Adoption du 4e
d’acteurs ; budget carbone (sols, bioressources, minéraux,
• Conditions d’amélioration 300 eau, etc.) ;
massive de l’efficacité • Modalités de transport longue
énergétique des bâtiments distance ;
200
et systèmes de chauffage ; • Enjeux de la flexibilité du mode
• Rupture de la dynamique Budgets carbone Budgets carbone
de développement à la diversité
100
de croissance des transports adoptés lors adoptés lors
Enjeux à long terme
des sources d’énergie et des
de la SNBC 1 de la SNBC 2
individuels et usages des usages ;
0
carburants fossiles ; • Enjeux de l’évolution des modes
2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050
• Compétences et métiers, de vie, sobriété, consommation,
dispositif d’accompagnement déplacements… ;
des activités « perdantes » ; Émissions de GES Puits de GES • Évolution plus profonde des
• Cohérence des orientations modes de production, de
d’innovation technologiques consommation, de localisation,
et des stratégies de filières ; Des enjeux bien au-delà de l’énergie d’échange ;
• Bonne gestion et cohérence et du climat, de très nombreuses décisions • Absorption et stockage des GES.
des dynamiques d’évolution
des réseaux et filières publiques et privées, certaines à court terme,
énergétiques. d’autres à plus long terme.

Source : [14].

25 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

2. Méthode de construction
et d’analyse des scénarios
2.1. L’approche et les scénarios
du GIEC comme inspiration
Afin de construire plusieurs scénarios en vue d’un SSP2 pour P3 et SSP5 pour P4) et d’un scénario
même objectif, ceux de l’ADEME s’inspirent de la construit a posteriori (LED4 pour P1), afin de repré-
méthode et des quatre grandes familles de senter un univers dans lequel les efforts de maîtrise
scénarios du rapport spécial 1,5 °C du GIEC [15]. de la demande et de la consommation sont plus
Ces quatre familles offrent des visions alternatives systématiques. L’articulation entre les récits et les
de chemins vers un objectif climatique ambitieux. résultats quantitatifs des modélisations est illustrée
par le Graphique 2. On y trouve les narratifs succincts
Les quatre familles de scénarios du rapport 1,5 °C du ainsi que les trajectoires quantifiées d’émissions et
GIEC (P1 à P4) sont issus des Shared Socioeconomic de stockage du carbone.
Pathways (SSP)3 les plus contrastés (SSP1 pour P2,

Graphique 2 Détail des contributions aux émissions nettes mondiales pour quatre exemples de trajectoires modélisées par le GIEC

Combustibles fossiles et industrie AFAUT* (agriculture, foresterie et autres utilisations des terres)
BECSC** (bioénergie avec captage et stockage du carbone)

Milliards de tonnes de CO₂ par an (GtCO₂/an)

40 40 40 40

20 20 20 20

0 0 0 0

- 20 - 20 - 20 - 20
2020 2060 2100 2020 2060 2100 2020 2060 2100 2020 2060 210
2100

P1 P2 P3 P4
Scénario selon lequel les innovations Scénario qui met beaucoup l’accent sur Scénario intermédiaire selon lequel le Scénario à forte intensité de ressources
sociales, commerciales et technolo- la durabilité, y compris l’intensité éner- développement sociétal comme le dé- et d’énergie selon lequel la croissance
giques engendrent une réduction de la gétique, le développement humain, la veloppement technologique suivent des économique et la mondialisation abou-
demande d’énergie jusqu’en 2050 alors convergence économique et la coopé- schémas habituels. La réduction des tissent à l’adoption à grande échelle de
que les conditions de vie s’améliorent, ration internationale, ainsi qu’une réo- émissions s’obtient principalement par modes de vie à forte intensité de GES,
en particulier dans l’hémisphère Sud. rientation vers des modes de consom- une modification de la façon dont l’éner- y compris une forte demande de carbu-
Un système énergétique de moindre mation durables et robustes, des gie et les produits sont obtenus et, dans rants et de produits de l’élevage. La
envergure permet une décarbonisation innovations technologiques à faible in- une moindre mesure, par une réduction réduction des émissions s’obtient prin-
rapide de l’énergie fournie. Le boisement tensité de carbone et des systèmes de la demande. cipalement par des moyens technolo-
est la seule option d’absorption du car- d’utilisation des terres bien gérés, avec giques qui font un usage intensif de
bone retenue ; il n’est pas fait recours une acceptabilité sociétale limitée pour l’absorption du carbone au moyen de
aux combustibles fossiles avec captage ce qui est de la BECSC. la BECSC.
et stockage du dioxyde de carbone
(CSC) ni à la BECSC.

* AFAUT : bilan d’émission de l’agriculture, de la foresterie et des autres utilisations des terres (positif ou négatif).
** BECSC : absorptions de gaz permises par le développement de bioénergie avec captage et stockage du carbone.

Source : [15].

3 Scénarios d’évolutions socio-économiques mondiales projetés jusqu’en 2100 et utilisés comme base de référence pour la
rédaction du sixième rapport d’évaluation du GIEC sur le réchauffement climatique. Ils fournissent des récits qui décrivent
qualitativement les différents types de développements socio-économiques reliant les éléments des récits les uns aux autres.
4 IASA, Low energy demand Database, https://db1.ene.iiasa.ac.at/LEDDB/dsd?Action=htmlpage&page=10#intro.

26 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Ces grands récits offrent un premier niveau de Les quatre scénarios NC sont construits de façon
cohérence et de description pour des familles de à s’approcher d’une cible de neutralité carbone en
scénarios qu’il convient ensuite de nourrir et 2050. Cette cible, formulée dans l’accord de Paris
d’expliciter, en formulant des hypothèses et en pour que le monde l’atteigne dans la seconde moitié
produisant des évaluations. du XXI e siècle, n’a de sens pour le climat qu’au
niveau de la planète. Au niveau des états, sa mesure
C’est cette approche générale et la philosophie des pour guider l’ambition de stratégie nationale reste
quatre archétypes de scénarios qui ont été retenues conventionnelle. Nous reprenons donc la traduction
pour construire les quatre scénarios de l’ADEME. Le qui est en faite dans la Loi Énergie-Climat de 2019 [2].
détail des éléments décrits, des hypothèses, des Cette traduction vise, à l’horizon 2050, des émissions
méthodes de modélisation sont néanmoins adaptés annuelles nettes au moins nulles sur le territoire
au contexte français et aux expertises de l’ADEME. français (selon la convention d’inventaires
En particulier, la cible de stabilisation de la hausse d’émissions de l’UNFCCC5), ce qui suppose que les
des températures mondiales à + 1,5 °C n’est pas émissions résiduelles de l’année 2050 soient au
conservée comme élément de cadrage pour moins compensées par un flux égal d’absorption
l’adaptation au changement climatique, puisque des gaz à effet de serre. Néanmoins, la trajectoire
l’atteinte de cette cible reste une hypothèse trop compte pour juger de la contribution française au
optimiste et suppose un niveau d’effort collectif stock des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
au niveau mondial que les contributions nationales Nous donnerons une estimation du flux total des
annoncées (Nationally Determined Contribution, émissions nettes d’ici à cet horizon, sans pour autant
NDC) laissent peu présager. utiliser cette mesure comme cible (cf. chapitre 3•1•
Synoptique des résultats et comparaison des scénarios).
Nous donnerons également dans une évaluation
2.2. Les cinq scénarios future une estimation des émissions de la
consommation des Français (leur empreinte
de l’ADEME et la « neutralité écologique), qui mesure l’impact du mode de vie
carbone » français au-delà des seules émissions territoriales.
En effet, l’empreinte ajoute les émissions issues de
UN SCÉNARIO TENDANCIEL ET QUATRE territoires étrangers mais qui servent à la production
SCÉNARIOS DE NEUTRALITÉ CARBONE des produits importés en France et soustrait les
émissions territoriales des exportations.
Les quatre scénarios de neutralité carbone (NC) sont
inspirés des scénarios du GIEC (P1 à P4 du rapport 1,5 °C). Les scénarios de neutralité carbone sont normatifs
Ils se distinguent par leur ambition d’un scénario de au sens où ils sont construits par itération en ajustant
prolongation des tendances (TEND) dans lequel les hypothèses de transformations jusqu’à atteindre
l’absence de ruptures rend le chemin de développement la cible. Ils ne sont pas pour autant prescriptifs a priori,
incompatible avec la neutralité carbone. parce qu’il faut une discussion sur leur comparaison
pour trancher et parce qu’étant donné les fortes
Le scénario tendanciel (TEND) est construit en incertitudes du futur, il peut exister différents points
prolongeant les dynamiques de long terme observées de vue sur ce qui est faisable et désirable. Néanmoins,
dans le passé tout en tenant compte de seuils (par l’état des connaissances et les contraintes de
exemple, la saturation d’un marché d’équipements). cohérence de l’analyse permettent de réduire le
Une forte probabilité est souvent associée à ce type champ des possibles et de donner des arguments en
de scénario, ce qu’il convient de nuancer. En effet, faveur d’une stratégie par rapport à une autre.
s’il n’envisage pas de fortes ruptures, il peut révéler
l’insoutenabilité de certaines tendances. Ne pas agir
pour infléchir les tendances historiques pourra donc POSITIONNEMENT PAR RAPPORT À LA SNBC
mener à des ruptures brutales. En ce sens, le scénario ET À LA PROGRAMMATION PLURIANNUELLE
de prolongation des tendances ne permet pas de DE L’ÉNERGIE (PPE)
juger pleinement des conséquences de l’inaction.
Mais il est très utile pour mesurer les risques d’un Les documents officiels de la SNBC 2 [4] décrivent
écart à l’objectif et les efforts à faire dans différents deux scénarios qu’il convient de positionner par
domaines pour limiter ces risques. Il permet de situer rapport aux cinq scénarios précédents.
le chemin que nous risquons de suivre si aucune
modification, spontanée ou non, des tendances
observées ne se produit.

5 United Nations Framework Convention on Climate Change.

27 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Le scénario « avec mesures existantes » (AME) est décrits dans la Partie 2. Le scénario tendanciel a été
interprété comme un scénario tendanciel, mais il doit construit avant la mise en œuvre du Plan de Relance
être distingué du scénario ADEME de prolongation de la crise de la Covid-19. Il serait possible d’évaluer
des tendances passées (TEND). Le scénario AME a été dans un second temps à quelle hauteur ce plan
mis à jour et publié en juillet 2021 pour répondre aux contribue à nous rapprocher des trajectoires des
obligations de la France de rapportage européen. Le scénarios de neutralité carbone.
scénario AME évalue l’effet des mesures votées
jusqu’au 31 décembre 2019 en simulant leur efficacité Tout comme le scénario AME, le scénario tendanciel
attendue pour réduire les émissions. Il reflète ne permet pas d’atteindre des objectifs de réduction
l’anticipation des autorités françaises sur les effets de GES, de consommation d’énergie finale et de
des politiques et mesures décidées et permet de consommation d’énergie fossile compatibles avec
mesurer, par comparaison, l’écart avec les objectifs, l’objectif de neutralité carbone.
et renforcer, si besoin, les politiques. Il ne s’avère pas
compatible avec les objectifs français et européens. Le scénario « avec mesures supplémentaires » (AMS)
est le scénario de référence de la stratégie nationale
Contrairement au scénario AME, le scénario adoptée par la France (SNBC). Il « prend en compte
tendanciel ne suppose pas a priori que les politiques des mesures de politiques publiques, en supplément
votées qui n’ont pas encore été déployées apportent de celles existant aujourd’hui, qui permettraient à la
les effets escomptés. France de respecter ses objectifs climatiques et
énergétiques à court, moyen et long terme. Il dessine
Le scénario tendanciel suppose néanmoins que les une trajectoire possible de réduction des émissions
plans d’investissement et programmes qui sont en de gaz à effet de serre jusqu’à l’atteinte de la
cours de déploiement auront des effets sur les neutralité carbone en 2050, à partir de laquelle sont
émissions : par exemple, l’application de la loi de définis les budgets carbone ». Il correspond à la vision
programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), les du chemin vers la neutralité carbone qui est la
Programmes d’Investissements d’Avenir (PIA) référence stratégique des politiques publiques à
successifs, etc. La description des tendances et plans déployer dans le cadre de la gouvernance française
pris en compte dans le scénario tendanciel sont de l’énergie et du climat (Graphique 3).

Graphique 3 Les trajectoires des scénarios AME et AMS de la SNBC 2

600
Émissions et puits de gaz à effet de serre (en MtC0₂eq)

500

400
AME

300

200

AMS
100

- 100
2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2050

Agriculture et sylviculture Industrie manufacturière


Traitement des déchets Industrie de l’énergie
Résidentiel et tertiaire Transports
Secteur des terres Captage et stockage du carbone
Émissions brutes tendancielles

Note de lecture : les deux scénarios divergent à partir de 2015 en raison des effets attendus de la mise en place de politiques
et mesures supplémentaires (orientations de la Stratégie Nationale Bas Carbone).
Selon le scénario AMS, la stratégie permet des émissions inférieures de 83 % au scénario AME en 2050 (réduction additionnelle
à l’effet des politiques et mesures déjà mises en place ou votées).

Source : [4].

28 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Le scénario AMS est un scénario stratégique de production d’énergie ou des mesures d’économie
neutralité carbone comme les quatre scénarios NC d’énergie, de sobriété, ou encore un renouvellement
ADEME. Il pourra être comparé à ces derniers et plus rapide des équipements utilisateurs d’énergie
d’autres disponibles dans le cadre des décisions à pour améliorer l’efficacité des usages.
venir sur la troisième SNBC. Ces scénarios pourront
aussi être comparés aux objectifs du paquet « Fit
for 55 % » en discussion au niveau européen, qui vise LA CIBLE DE NEUTRALITÉ CLIMATIQUE
à renforcer l’action des États pour atteindre une
réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de La cible de neutralité carbone se traduit par un
serre de l’Union européenne par rapport à 1990 (la équilibre entre les gaz à effet de serre émis chaque
cible était auparavant de - 40 %). L’objectif collectif année et la quantité de CO2 absorbée par les « puits
sera ensuite de parvenir à un scénario d’arbitrage, de carbone » sur un territoire national. Ces puits
suscitant une large adhésion, au terme du processus p eu ve n t ê t re n a t u re l s ( fo rê t s e t so l s) o u
d’élaboration, de débat et d’adoption de la Stratégie technologiques (captage et séquestration du carbone
Française Énergie-Climat et de la SNBC 3. Le nouvel sur des sites industriels ou diffus en puisant le
AMS reflétera alors la stratégie officielle de la France carbone dans l’air). Actuellement les émissions
et fera référence à partir de 2023 pour les politiques totales en France sont de l’ordre de 436 MtCO²eq/
publiques. Les chapitres d’analyse sectorielle (Partie 2) an (2019). Les puits français (exclusivement naturels,
et de synthèse des résultats (Partie 3) comparent les sols et forêts jusqu’à 2020) sont d’environ
résultats des scénarios NC avec le scénario AMS de 30 MtCO²eq/an. L’atteinte de la cible implique donc
la SNBC 2. de réduire les émissions annuelles de 406 MtCO²/an
tout en maintenant le niveau de puits de carbone
actuel ou bien d’être en mesure d’augmenter la
POINTS DE « PASSAGE OBLIGÉ » capacité de ces puits pour disposer d’un budget
ET ALTERNATIVES STRATÉGIQUES d’émissions résiduelles plus important.

Tout comme le scénario tendanciel, les quatre La Loi Énergie-Climat [2] a inscrit l’objectif de diviser
scénarios NC considèrent les objectifs ou engagements au moins par six les émissions brutes de gaz à effet de
pris jusqu’en 2028 comme actés, dès lors que des serre à l’horizon 2050 par rapport à 1990, ce qui sup-
mesures et moyens concrets y sont associés. Pour les pose également d’être en mesure de pratiquement
politiques et mesures auxquelles ne sont pas associés doubler, dans le même temps, la capacité des puits
de moyens adéquats, les scénarios peuvent supposer avec des implications pour la programmation éner-
ou non qu’elles sont mises en œuvre, selon la stratégie gétique des dix prochaines années, la PPE [16]. En 2020,
retenue dans chaque scénario. Par exemple, l’objectif cette programmation a été construite en cohérence
de renforcer la valeur du carbone prise en compte avec les orientations à plus long terme de la SNBC, à
par tous les acteurs de l’économie dans leurs décisions savoir l’enjeu de décarboner totalement le secteur
d’investissement, de production et de consommation de l’énergie d’ici à 2050, en substituant aux énergies
est l’une des orientations stratégiques des SNBC et fossiles des énergies n’émettant pas de gaz à effet de
de la PPE 2, mais qui ne se concrétise pas encore par serre, et en développant les puits de carbone pour
la mise en œuvre de politiques et mesures suffisantes. compenser les émissions inévitables. Il existe néan-
moins d’autres émissions de gaz à effet de serre non
La PPE mise au débat en février 2020 énonçait déjà liées à la production d’énergie qu’il convient égale-
ce décalage entre objectifs et moyens. « Les mesures ment de compenser. Enfin, la SNBC 2 [4] évalue les
détaillées explicitement dans ce document devront besoins énergétiques de la moitié des consommations
être complétées par des mesures supplémentaires du transport international (trajets d’avions ou de ba-
pour atteindre l’ensemble des objectifs à l’horizon teaux vers l’étranger), mais pas les émissions associées.
2030 » ([16], page 20). Les rapports du Haut Conseil
pour le Climat ont également identifié ce décalage L’atteinte de la cible de neutralité carbone est donc
[5] et [6], ainsi que récemment le Conseil d’État [17]. très ambitieuse mais offre aussi des marges de
manœuvre pour définir des stratégies et des trans-
Selon les scénarios, certaines politiques, mesures et formations différentes du mode de développement
orientations stratégiques qui sont ou ont été français. Chacun des quatre scénarios ADEME explore
envisagées peuvent être écartées si elles semblent des transformations différentes qui ont un effet sur
incompatibles ou incohérentes avec la logique des la nature et le niveau des réductions d’émissions, les
récits, ce qui permet d’examiner quelles contreparties émissions résiduelles et l’évolution des puits de car-
ou alternatives stratégiques seraient réalisées dans bone. Ils explorent donc des alternatives stratégiques
chaque scénario pour atteindre les objectifs. Par sur la nature et le contenu de la transition écologique
exemple, une mobilisation moins importante de en vue d’atteindre un même niveau de contribution
biomasse-énergie peut impliquer une électrification à l’évolution du climat.
plus grande, des installations différentes de

29 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

C’est donc la définition théorique d’émissions nettes 2.3. Explicitation des récits
nulles ou négatives (objectif Net Zero) qui est retenue
comme cible pour les quatre scénarios NC, plutôt
et structuration des scénarios
que l’orientation politique envisagée aujourd’hui
Quatre grandes étapes de travail ont permis
(une division par six des émissions). Par ailleurs, les
d’expliciter les récits et le contenu des scénarios.
scénarios respectent une cible de neutralité
climatique qui concerne l’ensemble des principaux
1. Explicitation des récits selon des axes structurants.
gaz à effet de serre et pas uniquement le CO2
Comme cela a été décrit précédemment pour les
(notamment le méthane, le protoxyde d’azote et les
scénarios du GIEC, des grands axes de description
gaz fluorés). La contribution au réchauffement de
de différentes dimensions du contexte technique,
ces différents gaz est convertie en tonne équivalent
économique, social et institutionnel des scénarios
CO² selon les conventions en vigueur6. Le bilan des
ont été considérés. Les éléments de récit sur
émissions nettes est donc exprimé en tCO²eq
chacun de ces axes sont décrits de façon à
(émissions positives moins émissions négatives des
distinguer les hypothèses des scénarios entre eux
puits pour tous les gaz). La mention à la « neutralité
et chercher à expliciter un premier niveau de
carbone » doit donc être comprise en ce sens,
cohérence interne aux récits (Tableau 1).
comme extension de langage.

2. Exploration des dimensions symboliques des récits.


Les scénarios portent en eux des visions différentes
du monde qui peuvent être nourries par différentes
idéologies, au sens d’un ensemble plus ou moins
cohérent d’idées, de croyances et de doctrines
propre à une époque, une société, des individus
et qui oriente l’action. La symbolique est toujours
plus ou moins présente dans la perception des
scénarios et leur comparaison. Elle peut orienter
la préférence pour une stratégie, une perception
du faisable et du souhaitable selon une vision
sociétale de la transition écologique.

3. Explicitation et analyse tirées des diverses


expertises de l’ADEME. À partir de ces descriptions
générales des scénarios, l’ensemble des domaines
d’expertise de l’ADEME a été mobilisé. En premier
lieux les expertises d’ingénieurs ont permis
d’expliciter les hypothèses qui traduisent les
stratégies de transformation réalisées dans les
différents secteurs impliquant des émissions de
gaz à effet de serre (l’aménagement du territoire,
les bâtiments, les transports, l’industrie,
l’agriculture, la forêt, la production et la distribution
d’énergie, les déchets). Des expertises écono-
miques et sociales sur les filières concernées seront
également publiées pour approfondir les récits,
examiner les scénarios, analyser et comparer leurs
implications.

4. Communication et entretiens auprès d’un groupe


de citoyens français en juin 2021 (Chapitre 2) pour
expliciter l’évolution des modes de vie. Des
versions simplifiées de communication des récits
ont été présentées lors de ces entretiens, pour
discuter de leur perception des quatre scénarios,
des changements, difficultés et avantages qu’ils
imaginent en s’y projetant, de leur caractère

6 Les valeurs de pouvoir radiatif du 4e rapport du GIEC (AR4) sont utilisées. Elles permettent une comparaison avec les résultats de
la SNBC et des études précédentes. Les valeurs AR5 permettront de comparer les résultats avec ceux des futurs travaux.

30 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

faisable ou souhaitable selon eux. Ces entretiens tives »). Les quatre scénarios ADEME de neutralité
ont ainsi permis de se projeter collectivement, carbone appartiennent à cette dernière catégorie
d’identifier les points de désaccords, les de récit.
connaissances qu’il faut diffuser ou produire. Ce
travail est une première pour un exercice de Nous nous inspirons de la grille de description
prospective nationale sur la transition écologique. DEGEST établie par AllEnvi pour comparer les diffé-
Il est essentiel pour favoriser le débat, l’adhésion rences entre les 307 scénarios étudiés7. Cette grille
et l’appropriation la plus large possible des futures regroupe six axes structurants de description des
stratégies nationales de transition écologique. récits : (i) Démographie, (ii) Environnement, (iii) Gou-
vernance, (iv) Économie, (v) Société, (vi) Technologies.
Chaque scénario met l’accent sur le rôle prépondé-
EXPLICITATION DES AXES STRUCTURANTS rant de facteurs moteurs d’évolution du futur qui
DE RÉCIT appartiennent à ces catégories. Les récits se dis-
tinguent par la nature et les évolutions de ces va-
La structuration des grands axes de récit s’inspire riables.
d’un travail de synthèse du Groupe Transversal Pros-
pective du Conseil de l’Alliance nationale de re- En s’inspirant des grilles de description de scénarios
cherche pour l’environnement (AllEnvi) [1] : un dé- prospectifs du GIEC et d’AllEnvi, nous avons retenu
pouillement systématique des grandes prospectives cinq axes structurants renseignés par les équipes du
internationales aux horizons 2030, 2050 et 2100, à projet à savoir : techniques, économie, société, gou-
des échelles mondiale, européenne, continentale vernance et territoires (Tableau 1) (ajouté aux axes
ou infracontinentale (Asie, Afrique et Amérique) a d’AllEnvi pour tenir compte de l’importance prise
été réalisé en vue d’identifier les grandes familles de par les enjeux territoriaux de la transition8). Seule la
scénarios mobilisables pour les sciences de l’environ- catégorie démographie a été extraite de cette liste,
nement. Un corpus d’études récentes (moins de car elle constitue une variable de cadrage commune,
15 ans) comportant au moins un scénario sur l’envi- identique pour tous les scénarios ADEME (Tableau 3).
ronnement a ainsi été analysé. Des récits contrastés selon ces axes de description
permettent de définir des archétypes de visions de
Onze familles de scénarios décrivant trois types de futurs et des fils rouges auxquels se référer pour faire
récits de futurs ont été identifiées : des trajectoires un choix d’hypothèses qualitatives et quantitatives
de déclin (« Fragmentation », « Repli » et « Chaos »), et conduire les analyses plus fouillées. Ils ont permis
d’action environnementale non prioritaire (« Inertie », d’orienter dans un même sens les experts de chaque
« Croissance à tout prix », « Priorité au social ») et d’ac- domaine pour leur exploration, en apportant une
tion environnementale volontaire et prioritaire (pre- première contrainte de cohérence par le récit.
nant diverses formes comme « Local », « Réaction »,
« Croissance verte », « Proaction », « Synergies posi-

7 Cette classification proposée par [18] est souvent mobilisée dans les travaux internationaux de prospective. Elle rend compte
de 90 % des variables motrices prises en compte en prospective, quel que soit le champ d’étude de celle-ci.
8 De nombreux travaux mettent en exergue l’importance des territoires infranationaux comme l’illustrent les réflexions grand
public développées dans le livre Où Atterrir ? de Bruno Latour, mais aussi dans de nombreux travaux académiques sur le rôle
des villes et des territoires pour les systèmes énergétiques et métabolisme urbain (AIE, IRENA, GIEC, les travaux de Jacques
Theys, Sabine Barles, Olivier Coutard, Fanny Lopez, Cyria Emelianoff, etc.). En outre, la France affiche une volonté de s’engager
dans un processus de décentralisation, pour partie énergétique, dont les composantes peuvent être motrices à l’avenir pour
le modèle énergétique et environnemental.

31 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Tableau 1 Première description des scénarios de neutralité carbone de l’ADEME selon cinq axes structurants de récits

Coopérations
Génération frugale Technologies vertes Pari réparateur
TEND territoriales
S1 S3 S4
S2
• Multiplication des objets • Nouveaux usages • Numérique au service • Déploiement numérique • Multiplication des
connectés du numérique, très de nouveaux modèles dans une logique objets connectés, big
• Hausse de la durée de collaboratif et au service économiques innovants, d’optimisation data, robotisation
vie des équipements de la mutualisation en lien avec le territoire massive
Numérique • « Individualisation » des
services et des usages
via des applications
TECHNIQUES

• Plan d’investissements • Faible dynamique • Mécanismes de soutien • Investissements • Investissements en


d’avenir, programmes d’innovation technique innovants avec parties nombreux en R&D, R&D très ciblés
Dépenses et mesures limités et axée sur des innovations prenantes citoyennes, innovations généralisées • Recherche dans les
de R&D ciblés (crédit d’impôt sociales territoriales et et soutien à la domaines clés (énergie-
recherche, etc.) industrielles production biotech-stockage
géologique, recyclage)

• Un peu de tout, • Sobriété forte • Sobriété, efficacité • Ciblage de l’offre sur les • Offre énergétique
deux fois plus et efficacité énergétique énergétique et énergies décarbonées, bas carbone
Leviers d’investissements diversification des efficacité énergétique et décarbonée,
principaux sur fossiles que d’efficacité renouvelables selon + captage et séquestra-
les émissions énergétique ou EnR les territoires tion du carbone (CCS)
+ puits technologiques

• Décélération • Moindre attention • Croissance plus • Verdissement de la • Activité encore


structurelle de la à la croissance du PIB qualitative que croissance, poursuite relativement carbonée,
croissance, poursuite de qu’à d’autres quantitative, de la tertiarisation réduction de la
Modèle la tendance historique indicateurs sur le « réindustrialisation » de l’économie, pauvreté par
économique de ralentissement contenu de la croissance de secteurs clés, métropolisation et une forte croissance
redistribution techno push, politique
d’offre

• Stabilisation des • Commerce • Marché dual (commerce • Acteurs publics comme • Forte mondialisation
échanges extérieurs international contracté international plus régulé + garants du cadre d’action • Fortes spécialisations
en volume • Économie plutôt essort de marchés locaux), des acteurs privés territoriales (tirant
ÉCONOMIE

Marchés et • Balance commerciale protectionniste protectionnisme ciblé parti d’avantages


commerce déficitaire • Circuits courts (social et environnemental) comparatifs)
international de biens et services et planification multi-
(ex. : alimentation) échelle (locale, nationale,
européenne)

• Fiscalité • Mobilisation et • Fiscalité carbone et • Fiscalité carbone • Fiscalité carbone


environnementale investissement de environnementale croissante sur les minimaliste et ciblée
plafonnée (ex. : l’épargne existante dans croissante (fin des secteurs non soumis • Investissements
Contribution Climat la transition écologique, exemptions et mesures à concurrence financés par la
Incitations et Énergie) quotas CO² d’accompagnement internationale, croissance et
financement • Dette publique limitée, échangeables des entreprises et des abondement du budget l’endettement
de la transition mais endettement ménages) de l’État
croissant des ménages • Moyens additionnels
et des entreprises dédiés pour lutter contre
la précarité énergétique

• Difficultés économiques, • Frugalité • Redistribution • Consumérisme vert • Diffusion et


valorisation sociale • Préférence pour • Évolution plus soutenable • Société connectée amplification
de la consommation, le local des modes de vie du modèle de
Modes conscience écologique • Transparence • Recherche d’accès aux consommation
de vie croissante de la gouvernance, usages plutôt qu’à la individuelle de masse
SOCIÉTÉ

• Niveau d’éducation des chaînes propriété des objets


général en hausse d’approvisionnement, etc.
• Recherche de sens

• Chômage • Statu quo ou réduction • Réduction forte des • Inégalités géographiques • Hausse en moyenne
• Pauvreté stable des inégalités et partage inégalités au moyen (territoires denses versus des revenus, mais
Inégalités, du travail (ex. : réduction de politiques de peu denses) et sociales maintien voire
revenus, du temps de travail, redistribution maintenues, question accroissement des
emplois limite des écarts de sociale traitée par inégalités
salaires, etc.) la croissance

Suite page suivante

32 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Coopérations
Génération frugale Technologies vertes Pari réparateur
TEND territoriales
S1 S3 S4
S2
• Soutien de l’offre • Réglementation, • Fiscalité • Outils incitatifs pour la • Soutien du côté de
« verte » et fiscalité interdiction et quotas environnementale et R&D, le déploiement et l’offre principalement,
incitative à l’arrêt • Incitations à l’innovation redistributive l’adoption de nouvelles sans limiter les usages
• Régulation limitée, des pratiques, des usages • Régulation par les technologies • Mondialisation
favorisant les et de la demande sur les marchés, articulation • Régulation par l’offre avec coopération,
Modalités de instruments de marché marchés optimale entre besoins sur les marchés notamment transfert
régulation parfois erratiques • Arrêt net du soutien aux et offres • Politiques sectorielles de technologies
économique (ex. : Emission Trading activités néfastes pour le • Nouveaux modèles et industrielles fortes,
Systems, ETS) climat (ex. : subventions économiques (ex. : de nationales et/ou
fossiles) la « fonctionnalité ») européennes
et développement
local autonome

• Fragmentation du • Poids accru du local, • Décisions nationales, • Poids des décisions • Coopération
monde en grands blocs faible coopération coopération nationales et internationale forte
régionaux (États-Unis, internationale internationale supranationales (UE), mais limitée à quelques
Niveaux de
Chine, Europe) et au • L’État donne les objectifs, faible hors de encadrement des programmes et filières
décision et
sein de l’Europe (Brexit) le choix des moyens l’UE (concurrence acteurs privés, mais clés
degré de
revient aux territoires internationale, taxe au-delà une • Pas de réelle
coopération
et acteurs locaux carbone aux frontières) coopération gouvernance mondiale
internationale
GOUVERNANCE

(nouvelle phase de • Subsidiarité renforcée internationale sur l’environnement


décentralisation) des États de l’UE faible (concurrence
internationale)

• État se recentre • Poids des communautés, • Groupes composites : • État régulateur en • Réseaux et
sur ses fonctions associations et réseaux secteur public, soutien à l’innovation organisations
régaliennes citoyens entreprises, dont et l’entrepreneuriat, internationales en
Groupes • Légitimité affaiblie • Collectivités territoriales médias, citoyens plutôt qu’investisseur, soutien à quelques
d’influence/ et défiance envers légitimées et dotées de • Efficacité et légitimité hormis dans des grands programmes
efficacité des les institutions nouveaux moyens forte des institutions secteurs stratégiques et coopérations ciblés
institutions • État en retrait en dehors • État protecteur
des orientations et poli- et stratège
tiques générales

• Budget vert, mais pas • Priorité des • Instances de décisions • Politiques de • Politiques de
encore de mise en investissements et multipartites développement développement
cohérence des outils des choix publics à la (territoires, corps économique économique sans
politiques au profit de transition écologique intermédiaires, additionnelle, la coercition, constitution
la transition écologique avec l’implication des entreprises, citoyens) question climatique de groupements
citoyens • Politiques est prise en charge et d’acteurs sur les
• Réorientations des environnementales traitée par le milieu technologies clés
Outils de moyens sur les actions de contractuelles économique (ex. : de CCS)
gouvernance baisse rapide des besoins et multi-échelles • Travail spécifique sur
énergétiques et des GES, • Mesures l’acceptabilité des
et logiques de soutien protectionnistes technologies clés
aux territoires • Politiques de
développement
humain (éducation,
santé)

• Nouvelle organisation • Rôle important des • Contractualisation • Rôle moteur des • Poursuite de
économique et territoires comme entre zones urbaines et métropoles, espaces l’étalement urbain
territoriale (ex. : tiers- catalyseurs de ressources rurales, agglomérations d’innovation et de • Pilotage centralisé
et hinterlands déploiement des de l’évolution des
TERRITOIRES

lieux, télétravail) et de leviers d’actions vers


• Métropoles motrices la transition écologique • Planification nouvelles techniques systèmes énergétiques
mais poursuite • Biorégionalisme énergétique locale et et des pratiques de • Modèle territorial
Modèle de étalement urbain • Maîtrise forte de politiques foncières partage standardisé
développement (10 à 14 % de surfaces l’étalement urbain structurantes • Mise en concurrence • Métropolisation
local artificialisées en 2050 – • Repeuplement de zones (construction, forêt…) des territoires selon
tendance décrite délaissées : communes • Contre-urbanisation leurs potentiels et
dans le scénario AME rurales, petites villes... et reconquête avantages comparatifs
de la SNBC) démographique • Villes « fonctionnelles »
des territoires
périphériques et ruraux

L’ensemble de ce travail, nous a naturellement amené S1. Génération frugale ;


à nommer les scénarios en rapport avec l’élément
structurant de leur contenu dans une forme S2. Coopérations territoriales ;
condensée, à savoir :
S3. Technologies vertes ;

S4. Pari réparateur.

33 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

EXPLORATION DES DIMENSIONS


SYMBOLIQUES DES RÉCITS

Une première exploration de la symbolique des 3. les visions du monde, les propos qui légitiment et
quatre récits a également été réalisée en début de étayent ces futurs ;
projet en suivant l’approche d’Analyse Causale
Multiniveau (ACM) utilisée en prospective pour ex- 4. les métaphores qui lient ces futurs à des symbo-
pliciter différents niveaux de discours (du superficiel liques et mythes profondément ancrés dans la
au structurel et au plus implicite). culture et l’histoire de la population.

La méthode ACM identifie quatre niveaux de discours Au-delà des éléments rationnels, scientifiques et
sur des futurs cohérents : techniques mobilisés pour analyser et décrire les
scénarios, ces discours font référence à des ordres
1. la litanie qui décrit des discours dominants et de justification, parlent à l’intuition, aux vécus et
récurrents ; aux valeurs des individus. On peut décrire différents
niveaux, du superficiel au plus profond, avec l’image
2. le système, les discours sur les variables et leurs de l’iceberg.
relations ;

Figure 1 Exploration de la dimension symbolique des récits : l,Analyse causale multiniveau (ACM)

LA LITANIE : description officielle de la question• La réalité telle qu’elle


est perçue par l’opinion publique• Souvent déconnectée d’autres
perspectives• En général des grands titres de journaux, sans cesse
répétés•

LE SYSTÈME : souvent une analyse à court terme, à une ou


plusieurs variables• Les facteurs historiques sont étudiés•
Rapports institutionnels•

LES VISIONS DU MONDE : mise à jour des origines profondes


des phénomènes• Importance de comprendre les enjeux
selon de multiples visions du monde• Pensée critique•

LES MYTHES/LES MÉTAPHORES : récits fondateurs,


dimension inconsciente du problème• Une transformation
du mode de pensée est nécessaire• Les solutions naissent
des nouveaux récits•

Source : [19].

34 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Le Tableau 2 ci-dessous présente quelques illustrations scénarios peuvent être perçus, ce qui détermine tout
des types de discours qui peuvent être associés à autant les raisonnements techniques et rationnels
chaque scénario et qui symbolisent des visions al- que les préférences pour un chemin. Expliciter la
ternatives du chemin vers la neutralité climatique. symbolique permet de questionner les a priori, les
Cette exploration fait appel aux perceptions, à l’idée à-côtés qui déterminent les opinions. Puis de confron-
que l’on peut se faire de ces futurs. L’exercice permet ter ces a priori ou ces perceptions avec l’état des
de prendre du recul, d’expliciter la façon dont ces connaissances apportées par les expertises.

Tableau 2 Exploration de la symbolique pour les quatre scénarios de la prospective ADEME

Génération frugale Coopérations territoriales Technologies vertes Pari réparateur


S1 S2 S3 S4

• Accord Mondial Climat • Nouveaux indicateurs • Croissance verte • Exploitation minière spatiale
Exemples • Quotas et réglementations de bien-être • Greentechs de métaux
de litanie • Partenariats • Ingénierie

• Découplage impossible ; • Transition juste • Solution par amélioration • Il est plus simple de réparer
une réduction des volumes • Contractualisations et technique plutôt que transformer les
Éléments est requise partenariats • Économie de l’innovation systèmes productifs et nos
de système • Vision holistique • Marges de manœuvre par • Découplage entre création modes de vie
régulation et institutions de richesses et impacts • Compensation, réparation
• Vision systémique environnementaux des dégâts

• Prise en compte des limites • Green New Deal • 3e révolution industrielle • Les limites sont un horizon
• Monde fini • Planification orchestrée • Progrès et gain d’efficacité à dépasser
• Moins ça suffit, moins • Nouveau contrat social • Liberté d’entreprendre • Les enjeux justifient
Vision du c’est bien • Éthique de délibération • Imaginaire urbain les moyens
monde • Retour à la terre • Consommer moins, • Vision cornucopienne • Programme industriel ciblé
• Décroissance consommer mieux • Nature comme capital • Solutions techniques
• Vision malthusienne • Nature institutionnalisée productif • Nature maîtrisée
• Nature sacralisée

• Gaïa • Déméter • Pasteur • Prométhée


• Âge d’or • Orphée • Ironman • Eldorado
Mythe • Arbre à palabres • Projet Manhattan
Métaphore • Captain America • Mission Apollo
• Thor

35 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

2.4. Mobilisation des expertises


et analyses quantifiées

Les experts de l’ADEME ont ensuite traduit dans leurs hypothèses et des résultats (Figure 2) : des hypothèses
domaines d’expertise ces premiers récits, de façon sont posées, les quantifications réalisées et les résul-
à expliciter les transformations qui se réalisent dans tats sont étudiés, puis les hypothèses et les résultats
chacun des scénarios, en analyser la cohérence, les sont modifiés plusieurs fois, jusqu’à obtenir une co-
ordres de grandeur et les implications. Nous avons hérence satisfaisante entre expertises et avec la cible
suivi ici une procédure itérative d’ajustement des de neutralité carbone visée.

Figure 2 Procédure d,élaboration des analyses quantifiées (exemple du secteur des transports)
CONSTRUIRE DES TRAJECTOIRES COHÉRENTES

NARRATIF TABLEAU DE BORD


Moteurs de la transformation Indicateurs à 2050

2020
2030
2040
2050
2010
1. Macrostructure économique
et sociale : système de Facteurs d’émission
production, de consommation Produits transportés
et d’échanges de marchandises Intensité énergétique
Structure modale
2. Infrastructures de transport
et logistique
QUANTIFICATION Rail, route
PLUSIEURS APPROCHES VUL, PL
3. Opérations logistiques DE CALCUL INTÉGRÉES Indicateurs logistiques
et offres de service Facteur de charge
Coûts, vitesse, distance
4. Véhicules de transport
Technologies
de marchandises
VE H², VHR, VE
5. Production et distribution MCI CH₄, MCI CL *
des carburants bas carbone •••

VÉRIFICATION

RÉVISION DES HYPOTHÈSES DU NARRATIF NON

OUI

TABLEAU DE BORD (indicateurs à 2050)

Décomposition Structure modale par type Émissions de GES


des émissions de transport
STRUCTURER LES DÉBATS

Scénario 1 Scénario 1 Scénario 1

80 % changement par rapport à 2010 300 Gtkm (Tonne-kilomètre) 40 MtCO₂eq


- 86 %
250
40
200 30
0
150
20
- 40 100
50 10
- 80
0
2010 2020 2030 2040 2050 0
National Imp./exp. Transit
2010 2020 2030 2040 2050
2010 à 2050

Scénario 2 Scénario 2 Scénario 2

300 Gtkm (Tonne-kilomètre) 40 MtCO₂eq

0% 250 - 97 %
30
- 20 200
- 40 150 20
- 60 100
10
- 80 50

- 100 0
0
2010 2020 2030 2040 2050 National Imp./exp. Transit
2010 2020 2030 2040 2050
2010 à 2050
Tonnes transportées ☒ Conso. d’énergie Fluvial Émissions indirectes Émissions directes
TT (Mt) (MJ/tkm) Rail CH₄ CH₄, tout véhicule
Route CL CL, autres
Distance Contenu carbone
Électricité/H₂ CL, VUL (véhicules utilitaires légers)
(km/TT) (gCO₂eq/MJ)
CL, PL (poids lourds)

* VE H² : véhicules électriques hydrogène à pile à combustible, VHR : véhicules hybrides rechargeables, VE : véhicules électriques,
MCI CH₄ : moteur à combustion interne – CH₄, MCI CL : moteur à combustion interne – carburant liquide.
Source : [20].

36 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

La Figure 3 résume les étapes de travail et donne une vision d’ensemble des expertises mobilisées.

Figure 3 Démarche générale de l,analyse quantifiée et chaîne de modélisation de l,ADEME

Hypothèses
Modélisations Outil Analyse macroéconomique et Évaluations
1 communes de 2 sectorielles
3 intégrateur
4 d’empreinte écologique 6 complémentaires
scénarisation

Artificialisation Prospectives
des sols et biodiver- régionales
• Récits Agriculture/ Bilans énergie, GES, sité (modèle
Industrie
forêt usages des sols, du CGDD) Qualité de l’air
• Ambition
(ampleur des de la biomasse (émissions et
Empreinte CO2 et concentrations)
transformations)
• Agrégation matières (modèle
• Grandes Résidentiel Déchets des données MatMat) Analyse
orientations techniques de robustesse
(nature et • Adaptation
• Vérification
leviers des « Stress tests
de cohérence Macroéconomie climatiques »
transformations)
Tertiaire Transports (conservation des (modèle ThreeME) • Macroéconomie
• Conditions quantités)
cohérentes
• Calculs Analyse stratégique
(techniques,
d’indicateurs de filières
économiques,
(émissions, (transformation de
sociales, Chroniques
consommation 5 grandes filières)
institutionnelles, d’investissements
d’énergie, etc.)
politiques, Production d’énergie (modèle I4CE)
territoriales…) • Résultats de la Analyse sociale
modélisation • Explication des
Disponibilités/usages (tableaux, hypothèses sociétales
de la biomasse, des énergies graphiques…) Sankey • Focus groups
et des sols Biomasse d’acteurs
• Controverses

Publication novembre 2021 Publications complémentaires en 2022


5 Itérations pour bouclage
Variables de dialogue Variables de dialogue macroéconomie
technique et flux de matières

De manière schématique (Figure 3), la démarche sui- 4. réalisation d’itérations pour établir la cohérence
vie se résume ainsi : et respecter la cible de neutralité carbone. Les
cinq itérations ont été réalisées entre décembre
1. définition initiale des scénarios et des récits : des 2020 et juillet 2021 (Figure 4), avec au sein de
premières hypothèses communes de scénarisation chaque itération l’alternance de temps de travail
ont été posées au départ pour cadrer l’exploration. en chambre, par expertise sectorielle, avec des
Quelques hypothèses quantifiées communes à temps de mise en commun, de dialogue entre
tous les scénarios ont également été posées expertises et de mise en cohérence de l’ensemble ;
(Tableau 3) ;
5. utilisation des données sectorielles cohérentes
2. réalisation des modélisations sectorielles et simu- pour conduire les analyses macroéconomiques et
lations des scénarios : les hypothèses ont été pré- d’empreinte de la consommation des Français : le
cisées dans chacun des domaines d’analyse, leurs résultat de ces analyses sera ainsi cohérent au
valeurs ont été quantifiées et des modèles ont été terme du processus avec les quantifications des
utilisés pour déduire les conséquences des trans- analyses techniques sectorielles. Mais ces analyses
formations envisagées (sur les besoins énergé- demandent plus de temps et arrivent nécessaire-
tiques, les émissions, les puits de carbone, les ment en fin de processus. Les résultats finaux se-
besoins en sols, en biomasse, en matériaux, etc.) ; ront publiés dans deux publications spécifiques
début 2022 ;
3. agrégation des données qui sont rassemblées et
mises en cohérence. Les contraintes de cohérences 6. réalisation d’études et évaluations complémen-
sont comptables : les usages des sols doivent cor- taires. Certains travaux ont été engagés en paral-
respondre aux surfaces disponibles, la biomasse lèle. Ils seront finalisés en 2022 à partir des scéna-
utilisée à la biomasse produite, les consommations rios stabilisés (qualité de l’air, mise en discussion
d’énergie à l’approvisionnement et à la production, avec des citoyens, analyses stratégiques de filières,
etc. Le calcul et l’agrégation des émissions de analyses de robustesse et de sensibilité à des chocs,
chaque secteur et des puits permettent de mesurer zooms territoriaux, etc.). Ils donneront lieu égale-
la distance restante à la cible de neutralité carbone ; ment à des publications spécifiques.

37 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

APERÇU DES MODÈLES UTILISÉS Trois modélisations ont servi à évaluer ThreeME, modèle de simulation
(cf. chapitres sectoriels [Partie 2] les puits de carbone naturels dans les macroéconomique, développé par l’OF-
pour plus de précisions) scénarios : le modèle ClimAGri® (effets CE et l’ADEME, il permet l’analyse de
des changements d’occupation des sols conditions économiques compatibles
MoSUT, modèle du secteur agricole, et des évolutions des pratiques agri- avec les évolutions énergétiques, éco-
développé par Solagro, il permet de re- coles), les quantifications des scénarios logiques et techniques, ainsi que l’éva-
présenter les productions agricoles as- forestiers de l’INRAE (effets de la gestion luation d’indicateurs sur les consé-
sociées à l’ensemble des demandes de forestière), un modèle d’accumula- quences économiques des scénarios et
biomasse (alimentation, matériaux, tion-dégradation des produits biosour- les politiques publiques de transition
énergie, puits de carbone…). cés (stockage dans les matériaux en écologique.
bois).
ANTONIO, modèle du secteur résiden- MatMat, outil de modélisation dévelop-
tiel, développé par Énergies demain, L’outil intégrateur. Développé par Lo10, pé par le CIRED, il permet d’évaluer
Enerdata et I Care, il donne une repré- l’ADEME et Enerdata, il s’agit d’une in- l’empreinte de la consommation fran-
sentation fine du parc de logements et terface d’agrégation des données issues çaise pour un ensemble de matériaux,
de ses caractéristiques techniques des différentes modélisations secto- ressources naturelles et gaz à effet de
et thermiques. rielles et utilisé pour mettre en cohé- serre. Il complète l’évaluation en prenant
rence ces données et en déduire un en compte le contenu en ressources et
VIVALDI, modèle du secteur tertiaire, bilan de consommation et de produc- GES des produits importés et consom-
développé par l’ADEME, il donne une tion des différentes sources d’énergie, més en France ainsi que celui des biens
représentation technique du parc de des émissions de GES et des puits. Il et services exportés.
bâtiments selon des grandes catégories permet de construire une image quan-
d’usages (santé, vieillesse, enseigne- tifiée d’ensemble et une base de don- IMACLIM, modèle macroéconomique
ments, commerces, bureaux…). nées des scénarios. Il est utilisé pour développé par le CIRED, il est utilisé
observer les résultats obtenus lors des pour conduire une analyse de robus-
GESTIME, calculateur statique cli- différentes itérations de simulation et tesse des stratégies à de nombreuses
mat-énergie initialement développé par déterminer les hypothèses à ajuster. La combinaisons d’hypothèses macroéco-
la DGEC pour la SNBC, doté d’un mo- base de données a vocation à intégrer nomiques (incertaines).
dèle du secteur des transports (appro- des données nouvelles produites par les
fondi par l’ADEME et Enerdata pour le évaluations complémentaires. Il permet Artelys Crystal Super Grid, modèle de
présent exercice). une transparence ainsi qu’une mise à simulation et d’équilibrage du système
disposition des données, hypothèses, électrique au pas de temps horaire dé-
SANKEY BIOMASSE, développé par métadonnées et résultats des scénarios veloppé par Artelys. Il permet de vérifier
l’INRIA, la FCBA et Arvalis, il permet de téléchargeables en open source. La base les conditions de stabilité des réseaux
représenter les différents usages de données des scénarios sera finalisée électriques (stockage, gestion de la
et flux de biomasse, particulièrement et mise en ligne en 2022. pointe, etc.).
importants dans un contexte où la
biomasse est de plus en plus sollicitée.
LES MODÈLES ÉCONOMIQUES
PEPITO, développé par l’ADEME et ET D’EMPREINTE ÉCOLOGIQUE
négaWatt, il représente les productions
physiques des 9 branches industrielles Chroniques d’investissements, tableur
les plus énergo-intensives, en lien développé par I4CE qui permet la mo-
notamment avec les secteurs grands délisation des financements nécessaires
consommateurs de matériaux pour déployer les évolutions tech-
(bâtiments, mobilité…). niques. L’analyse reprend les évolutions
techniques des analyses sectorielles et
Tableur Déchets, développé l’ADEME, il leur attribue des coûts d’investisse-
permet de simuler la production et la ges- ment. Elle offre un panorama des finan-
tion des déchets en cohérence avec les cements climat en projetant des chro-
politiques déchets mais également avec niques de besoins d’investissement
les demandes sectorielles de matières pre- cohérents avec les hypothèses de
mières de récupération ou d’énergie par chaque scénario.
l’industrie ou les réseaux de chaleur.

38 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Figure 4 Calendrier de réalisation et déroulement des analyses quantifiées

ÉTÉ DÉBUT OCT•


2019 2021 2021

1res analyses Contenu, outillage


sectorielles Données nécessaires
Variables modélisées
Hypothèses de scénarios

Itérations
Cadrage de l’exercice Ajustement des Scénarios
1re consolidation
d’exploration prospective analyses sectorielles finaux
Émissions totales et puits
Objectifs et champ de l’analyse Ajustements offre-demande
Description rétrospective Chroniques de coûts
« 5 Storylines » en prospective et d’investissements Ajustement
(description qualitative) des choix Évaluations finales et
5 Runs
techniques analyses d’impacts (2022)
d’itération
Empreinte, emplois, évaluations
de politiques, prospective filières,
Itérations Analyse économique etc.
Comparaison des coûts
Conditions économiques
Analyse d’empreinte

Des hypothèses communes de cadrage ont été prises scénario suppose une action mondiale insuffisante
par l’ensemble des modélisateurs pour assurer un pour contenir le réchauffement à 1,5 ou 2 °C au-
premier niveau de cohérence du contexte dessus de l’ère préindustrielle (1900-2050). Cette
démographique, climatique et économique. Le hypothèse se fonde sur l’état actuel des NDC et
Tableau 3 résume les principales hypothèses retenues. correspond à l’hypothèse d’une action volontariste
Le détail des évolutions observées entre 1990 et 2020 et exemplaire de la France qui ne présuppose pas
et des évolutions supposées entre 2020 et 2050 pour que le reste du monde y parvienne ;
ces variables sont disponibles en annexe de ce chapitre.
l’évolution du contexte économique est décrit plus
Ces hypothèses de cadrage concernent : précisément dans les analyses sectorielles et
macroéconomiques. Ces analyses identifient des
la démographie, qui suit le « scénario bas » des conditions économiques compatibles avec les trans-
projections de l’INSEE [21] correspondant le mieux à formations décrites dans chacun des scénarios.
la trajectoire actuelle et au ralentissement constaté Elles examinent également des conséquences éco-
de la fécondité. L’évolution de la démographie tient nomiques de ces changements (besoins d’inves-
compte également de l’évolution de la pyramide tissements, effets sur l’activité économique et
des âges avec la poursuite du vieillissement de la l’emploi, les coûts de production et les revenus,
population française. Elle inclut également une les politiques économiques, etc.). Des hypothèses
hypothèse de solde migratoire tenant compte des communes sont retenues pour la croissance po-
évolutions observées sur le long terme et qui est tentielle de la productivité et de l’activité écono-
stable au niveau observé sur la période 2000-2010. mique9 (activités matérielles et immatérielles),
La projection ne suppose pas de ruptures de ainsi que des hypothèses sur la tendance d’évolu-
tendance plus incertaines qui pourraient advenir tion des prix des énergies fossiles importées, dé-
sous des hypothèses particulières géopolitiques et terminante pour l’incitation à réduire l’usage de
climatiques ; ces énergies. Ces évolutions sont très incertaines
et débattues. Pour faciliter les comparaisons avec
l’évolution du climat en France provient des les scénarios officiels, nous avons retenu les re-
dernières projections des modèles climatiques de commandations aux États de la Commission eu-
Météo-France [22] et correspond au scénario ropéenne pour les prix des énergies fossiles [23]
intermédiaire de trajectoire d’émissions mondiales et les hypothèses de croissance potentielle de long
et d’évolution du climat du GIEC (RCP 4.5). Ce terme du scénario AMS de la SNBC [4]. Cette hy-

9 La croissance potentielle se distingue de la croissance réalisée. Le potentiel de croissance à long terme s’estime à partir d’une
hypothèse d’évolution de la population active et d’une hypothèse d’évolution de la productivité moyenne d’un travailleur. La
croissance réalisée se distingue de ce potentiel en raison de nombreuses sources d’inefficacité : chômage, déficit de capital
productif, d’infrastructures, inefficacités dans l’organisation collective, répartition des richesses, disponibilité de matières
premières, etc. L’hypothèse de croissance potentielle n’est donc pas distinguée entre les scénarios, puisque aujourd’hui il
n’existe pas d’étude robuste des effets comparés de stratégies bas carbone sur la croissance potentielle. Toutefois, les ana-
lyses macroéconomiques menées par l’ADEME permettent d’estimer l’effet des scénarios de transition écologique sur la crois-
sance réalisée et l’emploi (cf. analyse macroéconomique qui sera publiée en 2022).

39 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

pothèse de croissance de la productivité est une (cf. Remerciements). Les scénarios présentés ici n’en-
hypothèse haute étant donné la tendance de gagent que l’ADEME, mais le travail a donné lieu à
ralentissement constatée depuis les années 1980 de nombreux échanges, consultations et discus-
et les travaux macroéconomiques qui ont souligné sions avec de nombreux spécialistes de chaque
la possibilité d’une « stagnation séculaire » dès la domaine technique et de nombreux acteurs fran-
fin des années 1990. Mais elle a le mérite de nous çais sur la transition écologique (Figure 5). Le Conseil
faire considérer des situations où le niveau des scientifique de l’ADEME étendu à quelques per-
émissions peut être majoré par la croissance de sonnes qualifiées (appartenant au Haut Conseil
l’activité économique. L’analyse technique et pour le Climat, au Commissariat général au déve-
macroéconomique permettra ainsi de révéler loppement durable et à la Direction générale de
l’évolution du contenu matériel des activités l’énergie et du climat du ministère de la Transition
économiques futures qui est nécessaire pour écologique, à la Direction générale de la recherche
atteindre les objectifs tout en envisageant un et de l’innovation du ministère de l’Enseignement
développement économique. Ces analyses supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et à
nourriront la discussion sur la possibilité de dé- l’Agence française de développement) a contribué
coupler l’activité économique future de la pres- à l’amélioration de la démarche et de la gouver-
sion sur les ressources, le climat et les écosystèmes nance du projet, en éprouvant sa qualité scienti-
et favoriseront une réflexion sur la nature précise fique et méthodologique et la pertinence des ob-
de la réorientation des activités économiques. jectifs visés et des débouchés attendus, sans pour
autant influer sur les choix et les hypothèses chif-
Ces hypothèses de cadrage ont été retenues pour frées des scénarios présentés qui relèvent de la seule
l’ensemble des quatre scénarios de transition responsabilité de l’ADEME. Ce Comité scientifique
écologique. Des hypothèses spécifiques au du projet s’est réuni neuf fois depuis début 2019
scénario tendanciel ont été retenues pour pour discuter des avancées du projet. En parallèle,
l’évolution du climat. Elles reprennent la trajectoire le cadrage des scénarios et les grandes hypothèses
tendancielle de réchauffement décrite par le GIEC sectorielles ont été présentés et discutés avec de
dans le cas où le monde continuerait à émettre nombreux acteurs institutionnels, chercheurs, pros-
beaucoup de GES (scénario RCP 8.5). Nous pectivistes et experts de filières concernées (par
considérons les projections du climat national exemple, le CSTB, négaWatt, AllEnvi, OFB, IDDRI, I4CE,
correspondantes [22]. Solagro, AIE, EPE, EDF, ENGIE, RTE, GRTGaz, GRDF,
etc.). Deux webinaires ont été organisés pour présen-
Après un travail préparatoire engagé en 2018, le ter et recueillir les remarques et les suggestions de
travail de construction des scénarios présentés plus de 500 participants le 19 mai 2020 et le 15 janvier
dans cette publication a été réalisé de l’été 2019 à 2021. Une liste de questions et réponses rédigées
l’été 2021, par les équipes du projet et les parte- suite à ces échanges sera complétée après la
naires de l’ADEME qui ont contribués à l’analyse publication des travaux. Elle sera disponible en ligne.

Tableau 3 Hypothèses de cadrage sur la démographie, le climat et l’économie sur la prospective ADEME

Génération Coopérations Technologies


Pari réparateur
TEND frugale territoriales vertes
S4
S1 S2 S3

65,6 M d’habitants en 2020 ; 67,4 en 2030 ; 69,7 en 2050 en Métropole


Démographie Natalité : 1,8 enfant/femme, vieillissement ( un quart de la population a + de 65 ans en 2050), solde migratoire + 70 000/an
(source : INSEE, 2017, scénario fécondité basse, espérance de vie centrale et migration centrale)

Monde : + 5,4 °C en 2100 Monde : + 3,2 °C en 2100


Évolution
France : + 3,9 °C en France en 2100 France : + 2,1 °C en 2100 (2070-2100) par rapport à la référence 1976-2005
climat
(RCP 8.5 du GIEC) (source : Météo-France DRIAS 2021 [22] – RCP 4.5 – Logique NDC)

Prix énergie 72 EUR/baril, 88 et 106 en 2030, 2040 et 2050


importée (source : Cadrage Commission européenne, 2020 [23])

Croissance potentielle de long terme (population active + productivité) :


Potentiel de
1,3 %/an en moyenne sur la période (dont 1,1 % de productivité)
croissance
(source : SNBC, 2020 [4])
économique
L’activité économique réelle et l’emploi varient selon les scénarios (cf. analyse macroéconomique)

40 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Cette démarche de consultation, de délibération Enfin, un certain nombre de publications s’étage-


et d’approfondissement sera poursuivie au-delà, ront en « feuilletons » au premier trimestre 2022
suite à cette publication des scénarios, puis jusqu’à et fourniront des analyses complémentaires
la fin 2022 avec les évaluations complémentaires. à savoir :
La discussion sera également engagée avec les corps
constitués, des citoyens, les institutions territoriales mix électrique ;
et centrales et divers acteurs français et internatio-
naux pour recueillir leurs réactions et leur permettre métaux de la transition écologique ;
de s’exprimer sur la stratégie française et d’apporter
leurs contributions. Elle sera menée en lien avec le évaluations macroéconomiques et investisse-
processus de consultation sur la SNBC 3 qui débute. ments ;

Les récits, hypothèses et résultats présentés et évolution des modes de vie ;


commentés dans la suite de cette publication cor-
respondent aux résultats obtenus au terme de la empreinte matière, ressources et biens de consom-
cinquième itération de juillet 2021. mation ;

Les chapitres qui suivent décrivent chacune de ces usage des terres et qualité des sols ;
composantes d’expertise et les transformations
qui distinguent les quatre scénarios (aménagement adaptation au changement climatique ;
du territoire, bâtiment, agriculture, forêt, industrie,
déchets, production d’énergie, usage des res- analyse de transformations de filières : « Construc-
sources en biomasse, puits de carbone, etc.). Cha- tion neuve », « Systèmes énergétiques », « Proté-
cun des chapitres présente succinctement les ines » et « Logistique du dernier kilomètre » ;
périmètres d’étude, les méthodes, les données et
les modèles employés, ainsi que les hypothèses et robustesse et vulnérabilité à des chocs ;
les résultats plus détaillés. Des documents annexes
plus complets fourniront des précisions techniques qualité de l’air ;
et une base de données contenant les résultats
quantifiés sera accessible en ligne en 2022. territoires (sous format d’un guide d’aide
à la prospective pour les territoires) ;

numérique et transition écologique.

Figure 5 Consultation et dialogue entre experts et parties prenantes sur la prospective ADEME

ADEME CONTRIBUTEURS EXTERNES PARTIES PRENANTES CONSULTÉES


Équipe projet rassemblant Comité scientifique du projet Citoyens
différents coodinateurs Partenaires modélisateurs ONG
des contributions d’experts et analystes Syndicats
de l’ADEME Filières industrielles Politiques hors spécialistes
Modélisateurs (monde économique) Entreprises hors filières
Mise en débat interne Laboratoires (monde académique) concernées directement
et contribution de l’ensemble Think tanks et groupes de réflexion
de l’ADEME Partenaires institutionnels

41 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

3. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

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42 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

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[22] DRIAS, Nouvelles projections climatiques DRIAS 2020 pour en/format-PDF/source-219903975), page 33.
la métropole, DRIAS les futurs du climat, Météo-France, 2020
(http://www.drias-climat.fr/document/rapport-DRIAS-2020-
red3-2.pdf).

43 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

4. Annexes
4.1. Variables exogènes
de cadrage
Les hypothèses communes de cadrage à tous les Pour 2050, dans ce scénario central de l’INSEE, c’est
scénarios ont été généralement reprises du scénario donc 74 millions de personnes qui sont attendues.
« avec mesures existantes » (AME) mis à jour en 2021
par la Direction générale énergie-climat (DGEC) du Concernant la pyramide des âges, c’est un vieillisse-
ministère de la Transition écologique. Ce choix ment global de la population qui est prévu avec une
s’explique par le fait de : augmentation forte des plus de 65 et 75 ans, qui re-
présenteront à l’horizon 2050 plus de 27 % de la po-
pouvoir facilement mettre en perspective et pulation.
comparer nos scénarios avec les trajectoires
officielles (AME, AMS de la SNBC) ; Le solde naturel continue à décroître et le solde
migratoire se stabilise à des niveaux inférieurs aux
s’appuyer sur des sources disposant de plus années 1990 et proche des années 2010-2020. Seules
d’expertises qu’en propre à l’ADEME (par exemple quatre régions auraient un solde naturel positif (Île-
INSEE pour la démographie, etc.). de-France, Hauts-de-France, Pays de la Loire et
Auvergne-Rhône-Alpes). À noter le fait que la notion
de réfugiés climatiques n’apparaît pas aujourd’hui
DÉMOGRAPHIE de façon distincte du flux migratoire global.

1990 – 2020 Cependant, dans le cadre de sa modélisation AME


La population de la France s’établit en 2019 à 2021, la DGEC a été conduite à actualiser des
67 millions d’habitants, dont 65 millions en hypothèses démographiques, ce sont celles-ci qui ont
Métropole. Le solde naturel diminue depuis les été retenues pour le présent exercice. Elle tiennent
années 2010, il est divisé par deux (+ 144 000 en 2018). compte du ralentissement observé de la fécondité
Le solde migratoire est assez stable autour de depuis les précédentes projections de l’INSEE.
+ 60 000/an10. En 2018, les immigrés représentent 9,7 %
de la population résidant en France métropolitaine.
Entre 1990 et 2015, le solde migratoire de la France PRIX DES ÉNERGIES FOSSILES IMPORTÉES
oscille entre + 77 000 et + 39 000 personnes par
an selon les années. 1990 – 2020
Le pétrole constitue l’énergie sur laquelle le prix des
Au-delà de 2020 autres énergies (gaz notamment) est largement indexé
Les projections de l’INSEE (scénario central 2016), ou corrélé. Aussi, pour un pays importateur comme
reprises dans les travaux de 2019 du Conseil la France (plus de 99 % du pétrole consommé est
d’Orientation des retraites11 ou dans la SNBC 2, importé), les prix d’importation de cette ressource
traduisent une dynamique démographique globale sont à regarder avec attention.
dont les principales caractéristiques sont :
Oscillant entre 22 et 63 USD le baril (prix annuel
le maintien de la fécondité, mais en deçà du seuil moyen) entre 1990 et 2019, avec des passages à près
de renouvellement naturel ; de 110 USD et l’année très erratique de 2020, la
volatilité des prix du pétrole est un marqueur fort
l’augmentation de l’espérance de vie ; de cette ressource qui permet de relativiser toutes
les tentatives de projections de long terme.
le maintien d’un solde migratoire positif (supérieur
aux dernières années observées).

10 Source : INSEE Bilan démographique 2018, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3692693?sommaire=1912926.


Entre 2011 et 2016, les grandes aires urbaines portent la croissance démographique française, 2018,
https://www.insee.fr/fr/statistiques/3682672.
Trente ans de démographie des territoires, 2014, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280958.
11 Perspectives des retraites à l’horizon 2030 : https://www.cor-retraites.fr/node/519.

44 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Néanmoins, parmi les nouveautés de ces dernières Dans sa recommandation aux États membres, le
années, les pétroles non conventionnels (plus coûteux cadrage issu de la Commission européenne de 202014
à produire) jouent un rôle déterminant sur le prix du considère des hypothèses plus proches des dernières
pétrole. Les nouvelles découvertes se réduisent et tendances observées.
représentent aujourd’hui seulement 20 % de la
consommation. Les pétroles ultralourds (Venezuela, Ce sont ces données qui ont finalement été retenues,
Canada…) et les gisements compacts, « de schistes » en cohérence avec le scénario AME2021.
(États-Unis, Canada…), ont bouleversé la production
mondiale des dix dernières années.
CROISSANCE ÉCONOMIQUE
En 2005, les découvertes en mer représentaient 10 %
des découvertes mondiales. En 2010, elles deviennent 1990 – 2020
plus importantes que les découvertes à terre. Elles En France, comme dans de nombreux pays
représentent désormais 75 % des volumes découverts industrialisés, la productivité du travail a connu un
et sont faites principalement en mer profonde (entre tassement régulier lors des trois dernières décennies :
400 et 1 500 m de profondeur) ou très profonde (au- dans le secteur marchand, la productivité du travail
delà de 1 500 m)12. Or, ces ressources exigent des – mesurée comme le rapport entre la valeur ajoutée
techniques d’extraction significativement plus produite et le nombre de personnes en emploi – a
coûteuses. augmenté de 1,9 % de 1990 à 1999 et de 1 % par an
de 2000 à 2008 (source : INSEE, comptes nationaux,
Outre la question du prix, la dépendance de l’Europe base 2014).
(premier importateur mondial avec la Chine) et plus
encore de la France fait de l’approvisionnement de Pour la décennie 2010-2020, les données ne sont pas
cette ressource un enjeu stratégique. Toutefois, avec consolidées, mais le ralentissement structurel observé
des objectifs climatiques très ambitieux à court se poursuit évoluant entre 2014 et 2017 entre 0 et
terme (entre - 40 % et - 55 % en 2030), on ne peut pas 1,2 % selon les années.
considérer que le pic pétrolier soit l’enjeu majeur à
court terme. Pour rappel, ce taux de productivité était encore plus
élevé sur la décennie précédente : 2,6 % en moyenne
2020 – 2050 par an de 1979 à 198915. Ce ralentissement de la
Le scénario Stated policies du World Energy Outlook productivité et de la croissance est un élément
2019 13 de l’Agence Internationale de l’Énergie partagé par l’ensemble des pays industrialisés comme
projetait le prix du pétrole à 88 et 103 USD/baril en la perspective de travaux récents l’illustre.
2030 et 2040, en cohérence avec un « reste du
monde » mettant en œuvre des politiques et mesures Le ralentissement de la productivité et la moindre
encore très insuffisantes. hausse de la population active aboutissent au final
à une croissance potentielle de long terme qui tend
Il convient de garder en tête que ces hypothèses à ralentir d’année en année (la croissance potentielle
sont entachées de grandes incertitudes, comme les de long terme étant le résultat de la population active
progrès techniques des années 1980 ont pu l’illustrer et de sa productivité).
pour limiter la hausse des coûts, ou bien comme le
montrent les stratégies de pays producteurs qui 2020 – 2050
souhaiteraient valoriser leurs réserves en maintenant Dans un contexte de grande incertitude, autour de
des prix artificiellement bas, avant un « pic de la reprise suite à la crise de la Covid-19, mais aussi de
demande ». l’évolution structurelle de la productivité et de la
croissance à long terme, il a été retenu le taux de
Dans son WEO de 2020, l’AIE projette des niveaux de croissance du scénario « avec mesures supplémen-
prix plus faibles en considérant le choc économique taires » (AMS) de la SBNC2 de 1,3 %/an.
que fut la pandémie de la Covid-19. En outre, un
scénario Delayed recovery est venu remplacer le
traditionnel Current policies ou Business as usual
(BAU).

12 Denis Babusiaux et Pierre-René Bauquis, Le Point sur la production des pétroles en mer, in La revue de l’énergie, n° 646, 2019
https://www.larevuedelenergie.com/le-point-sur-la-production-des-petroles-en-mer/.
13 AIE, WEO 2019, https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2019.
14 Comission européenne, « Recommended parameters for reporting on GHG projections in 2021 », Draft for consultation in CCC
WG2, 25 juin 2020.
15 Antonin Bergeaud, Gilbert Cette et Rémy Lecat, Croissance économique et productivité. Un regard sur longue période dans les prin-
cipales économies développées, Futuribles, n° 417, 2017, pages 25-39 (https://www.cairn.info/revue-futuribles-2017-2-page-25.htm).

45 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE AMBITIONS, OBJECTIFS, MÉTHODES

Cependant, cette croissance stable sur la période PÉRIMÈTRE TERRITORIAL, COMPTABILISATION


2020-2050, avec les évolutions démographiques et DES ÉMISSIONS
de population active évoquées précédemment,
revient à une diminution de la productivité horaire La neutralité carbone est calculée sur le périmètre
prolongeant les observations des dernières décennies. de la France métropolitaine. Le scénario de la SNBC
couvre lui le périmètre des inventaires du protocole
de Kyoto (Métropole + DROM). La PPE concerne
4.2. Conventions retenues uniquement la Métropole, puisque les zones non
interconnectées au territoire métropolitain disposent
Les gaz à effet de serre pris en compte dans le présent de lois de programmation énergétique spécifiques.
exercice sont : Cela implique des conventions où le champ couvert
par les émissions des transports couvre les TOM, mais
le dioxyde de carbone, CO² ;
où les systèmes électriques des TOM sont exclus.
le méthane, CH₄ ; Lorsque les comparaisons sont présentées avec le
le protoxyde d’azote, N²O ; scénario de la SNBC, sauf mention particulière, c’est
les fluorés, HF. le périmètre métropolitain qui a été retenu.

Il n’est pas retenu de facteur majorant pour les Les soutes internationales sont explicitées mais ne
« effets non CO² » du secteur aérien dans le travail sont pas prises en compte dans le calcul de la
en cours comme recommandé par les choix faits neutralité carbone, cela pourrait changer dans les
dans la SNBC 2 ou encore par le CITEPA16. La raison futures SNBC.
principale est la difficulté à considérer les effets des
autres gaz émis par le transport aérien qui ont des
conséquences à des horizons très contrastés.

Le pouvoir de réchauffement global des gaz à effet


de serre (PRG) considéré est issu de l’Assessment
Report 4 (2007) pour pouvoir se comparer aux exer-
cices précédents. L’horizon de 100 ans est retenu,
même si des analyses de sensibilité pourront être
réalisées sur des horizons plus proches particulière-
ment importants, pour le méthane par exemple.

16 Thamara Vieira da Rocha, Jean-Marc Andra, État de l’art de la recherche scientifique sur l’impact climatique des trapinées de
condensation des avions, 2021, 33 pages.

46 Transition(s) 2050
2• SOCIÉTÉ,
MODES DE VIE,
RÉCITS
48 Intégrer les modes de vie aux exercices
prospectifs, un enjeu de taille
51 Méthodes d’intégration des dimensions
socio-politiques et organisationnelles
56 Les récits des scénarios
59 Références bibliographiques

47 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

1. Intégrer les modes de vie


aux exercices prospectifs,
un enjeu de taille
Quels changements de nos modes de vie les diffé- technico-économiques. Réunies ici sous l’expression
rents scénarios supposent-ils ? Sur quelles valeurs des « modes de vie », elles contribuent à faire émer-
et aspirations reposent-ils ? Lesquelles viennent-ils ger les enjeux de faisabilité et de désirabilité des
contraindre ? Comment envisager la transformation scénarios de l’ADEME.
des modèles productifs ou des infrastructures de
mobilité ? Quelles sont les politiques publiques à Ce chapitre relate le travail de cadrage et de
approfondir ou à inventer afin d’atteindre l’un ou construction de connaissances, au cours du projet,
l’autre des scénarios, pour encadrer et soutenir une visant à articuler les dimensions technico-écono-
transition écologique vers la neutralité carbone ? miques avec des réflexions sur les transformations
de la société qu’elles supposent ou qu’elles sus-
De telles questions apparaissent de plus en plus citent.
nécessaires à la réflexion prospective. Dans sa
construction d’abord, ces questions visent à affiner Il revient d’abord sur les enjeux liés à l’intégration
les scénarios, à les rendre plus crédibles et à explorer de données liées aux « modes de vie » permettant
les leviers et les freins que chacun d’eux peut ren- de comprendre, au-delà des seuls domaines tech-
contrer. Dans sa mise à disposition ensuite, ces niques et économiques, la façon dont la structura-
questions sont également cruciales : la prospective, tion de la société participe à éclairer les exercices
considérée comme un outil de connaissances, peut de prospective. La section suivante décrit les avan-
alors être utilisable pour la mise en débat public cées méthodologiques mises en œuvre au cours de
des formes de transition et pour la prise de décision. l’exercice prospectif afin d’intégrer des dimensions
Ces questions qui explorent différentes facettes sociale, organisationnelle ou encore politique aux
des transformations socio-économiques et poli- réflexions prospectives. Enfin, cette séquence pré-
tiques ouvrent ainsi la possibilité d’élargir les débats sente succinctement le récit de chacun des quatre
sur la transition écologique, en dehors des cénacles scénarios de l’ADEME.

48 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

1.1. Pourquoi considérer


les modes de vie ?
En complément des dimensions techniques et éco- a longtemps primé dans la réalisation d’exercices
nomiques, il est de plus en plus fréquent, dans le prospectifs, ce solutionnisme technique ne semble
domaine énergétique et environnemental, que les plus à même de répondre seul aux objectifs poli-
exercices de prospective intègrent des aspects reflé- tiques. Il doit s’accompagner d’une réflexion sur le
tant les effets des « modes de vie » [1]. Cette facette potentiel de transformation des pratiques sociales
récente et en développement de la production de et des représentations qui sont au fondement de
connaissances prospectives répond à différents notre modèle productif et de consommation.
enjeux.
Ensuite, l’intérêt croissant pour les modes de vie
D’abord, au fil du temps, les experts travaillant sur participe du souhait de représenter des futurs pos-
la transition écologique mesurent les écarts entre sibles qui soient plus « réalistes ». Cet enjeu de réa-
les échéances climatiques d’un côté et les mesures lisme renvoie à deux fonctions différentes données
politiques de l’autre. Deux facteurs expliquent cet aux dimensions « modes de vie » dans les exercices
écart : d’une part, les réticences à engager des prospectifs. D’abord, celle de décliner les scénarios
mesures de changement sont nombreuses, qu’elles ou les modèles prospectifs au niveau des individus
viennent des décideurs politiques, des citoyens ou et des collectifs qui constituent la société. Ainsi une
des organisations. De ce fait, il réflexion en termes de modes de vie traduit des scé-
devient nécessaire de considérer narios quantifiés et les incarne dans des personnages
Le progrès technique les aspirations des individus, les ou des profils de ménages, qui permettent d’appré-
ne semble pas le seul adhésions et réactions qui tra- cier leurs effets sur la vie quotidienne. Cela permet
versent la société pour envisager de communiquer sur les futurs dessinés par les scé-
levier à actionner pour
la forme, l’ampleur et le rythme narios prospectifs.
envisager la transition
des transformations vers un hori-
écologique.
zon de neutralité carbone. Mais l’intégration des modes de vie dépasse cette
D’autre part, à mesure que l’on seule fonction de communication, offrant des tra-
progresse en matière de construc- ductions concrètes, autres que chiffrées. Plus pro-
tion des politiques publiques écologiques, il est pos- fondément, elle renvoie à une transformation par la
sible d’apprécier les résultats des efforts réalisés ces communauté des modélisateurs et prospectivistes,
dernières années en matière de transition écologique des leviers et contraintes à considérer pour envisager
et de les comparer aux objectifs et aux projections la transition. Sous cet angle, la dimension « modes
antérieures. Or, les évolutions concrètes en matière de vie » remplit une deuxième fonction, qui est
de transition écologique ne semblent pas à la hauteur d’éclairer la place des logiques sociales, économiques
des objectifs fixés. et politiques et de les mettre en évidence comme
de véritables leviers pour penser les modalités et les
La mise en valeur de ces écarts montre que le progrès rythmes de la transition écologique.
technique ne semble pas le seul levier à actionner
pour envisager la transition écologique. Par exemple, Les « modes de vie » permettent d’intégrer la com-
l’efficacité énergétique n’apparaît pas comme la plexité des éléments pris en compte dans la pros-
condition suffisante pour embrasser les défis clima- pective, avec in fine l’ambition de rendre les
tiques. Elle doit être couplée à des approches repo- scénarios plus robustes : au même titre que les enjeux
sant sur la sobriété des consommations et des techniques ou économiques font l’objet d’un travail
pratiques sociales. Ces dernières peuvent également d’expression de contraintes ou de conditions de réa-
représenter un levier favorable à l’adoption de sys- lisme, les « modes de vie » représentent une voie
tèmes techniques économes en énergies, en res- fertile afin d’intégrer des connaissances concernant
sources et moins émissifs. Autrement dit, si la le fonctionnement du corps social et de la société à
technique comme réponse aux enjeux écologiques la construction des scénarios prospectifs.

49 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

1.2. Qu’intègre-t-on derrière


le terme de « modes de vie » ?
Les prospectives en matière énergétique et clima- La démarche d’intégration des modes de vie dans
tique intégrant une dimension « modes de vie » l’exercice prospectif de l’ADEME s’inscrit donc dans
travaillent volontiers sur des profils d’individus ou une dynamique de développement de ce type d’exer-
de ménages : ce faisant, elles ont développé des cice dans les scénarios énergétiques, environnemen-
profils et personnages, permettant par exemple de taux et climatiques. Ce tour d’horizon d’exercices
montrer la possibilité d’atteindre le facteur 4 en prospectifs récents menés en France montre que le
2050 en déclinant une diversité de profils de périmètre inclus derrière la terminologie de « modes
ménages sans susciter de rupture brutale dans les de vie » tend à s’étoffer, à se complexifier. Ce faisant,
modes de consommation et les pratiques sociales il requiert une réflexion méthodologique et des dis-
(comme cela a été le cas de l’étude [2]). positifs expérimentaux, exploratoires, permettant
de tester différentes manières d’apporter des
Au-delà d’approches « photographiques », présentant connaissances issues des sciences humaines et
des instantanés du futur, d’autres exercices de sociales (notamment en sociologie, science politique
prospective ont cherché à analyser l’évolution des et histoire) et de les articuler dans les exercices pros-
pratiques sociales de différents profils de ménages. pectifs. Les méthodes exposées ci-après ont été
C’est le cas notamment, en matière de choix développées progressivement au cours du présent
alimentaire, de mobilité, d’habitat et de rénovation exercice prospectif.
des logements [3] [4]. Ces trajectoires de transition
sont alors abordées via l’évolution des opinions
politiques des profils [3] et cherchent à caractériser
l’évolution de l’adhésion ou des résistances des divers
profils de ménages aux transitions, que ces
résistances soient liées à leurs contraintes
économiques et matérielles ou à leurs opinions en
matière environnementale [3] [4].

La réflexion autour des modes de vie conduit égale-


ment certains scénarios à dépasser l’analyse des seuls
ménages, pour mettre l’accent sur l’évolution des
infrastructures – urbaine, routière, agroalimentaire
par exemple. Quoique peu fréquent, ce type de
développement permet de se décentrer de la figure
de l’individu, isolé, atomisé et dont la seule opinion
prévaudrait en matière de transition écologique. En
effet, aborder les transformations de la société via
l’évolution de l’environnement matériel permet de
montrer que l’évolution des pratiques sociales des
ménages présuppose celle des infrastructures tech-
niques elles-mêmes. C’est alors une fresque plus
globale des évolutions de la société qui est bros-
sée [5] (cf. [3] en exemple de travail prospectif). Dans
cette visée d’élargir la réflexion au-delà des seuls
individus et ménages, une autre démarche prospec-
tive met en avant – dans le domaine énergétique – les
différents futurs possibles en fonction du degré d’au-
tonomie énergétique fixé à l’échelle de la société. Y
sont abordés la redistribution des rôles et des pou-
voirs entre les entreprises énergétiques, la place des
acteurs publics nationaux et locaux et les modèles
afférents de régulation (centralisés, décentralisés)
de production et de consommation d’énergie [6].

50 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

2. Méthodes d’intégration
des dimensions socio-politiques
et organisationnelles
Intégrer les modes de vie dans un exercice de pros- Pour cela, l’ADEME s’appuie d’abord sur les connais-
pective n’est pas une évidence. Cette intégration sances qu’elle accumule et capitalise, via :
suppose une réflexion sur la possibilité de construire
un travail pluridisciplinaire. La prospective, en tant des enquêtes et études sur des sujets particuliers,
que production de connaissances sur un ou des futurs par exemple en 2021 l’étude « Le monde d’après »
possibles, suppose de bâtir des méthodologies pour portant sur la crise sanitaire, ou les études autour
projeter des connaissances du passé ou du présent. du « Grand débat » et du « Vrai débat » sur les
Or c’est un exercice dont la sociologie, par exemple, opinions des Gilets jaunes en 2019-2020 ;
est peu familière. À ce premier défi s’ajoute celui de
la modélisation. Dans cet exercice classiquement les trois baromètres, qu’elle mène annuellement
structuré par des communautés de modélisateurs (« Les Français et l’environnement », « Représenta-
issus des sciences de l’ingénieur et des sciences éco- tions sociales du changement climatique ») ou tous
nomiques, l’intégration d’approches issues des les deux ans (« Les Français et les nouvelles tech-
sciences humaines et sociales implique également nologies de l’énergie »), lui permettent d’analyser
d’articuler des épistémologies et des pratiques scien- les évolutions de l’opinion publique sur le climat,
tifiques très diverses. Simplifications, réductions de sur l’appréhension du risque climatique, la place
la complexité, traduction de connaissances qualita- des différents systèmes techniques pour y
tives en indicateurs et variables quantitatives posent répondre…
autant d’épineuses questions.
Ces diverses études permettent de saisir les opinions
Une telle recherche d’articulation entre sciences actuelles et leurs variations. Elles favorisent aussi
humaines et sociales, sciences de l’ingénieur et modé- l’identification de tendances émergentes en matière
lisations économiques suppose un travail d’accultu- de pratiques de consommation ou de nouvelles
ration de fond. Pour répondre à ce besoin d’intégrer valeurs et aspirations sur lesquelles s’appuyer
dans l’exercice prospectif des connaissances autour pour construire la transition écologique. Elles
des modes de vie, mais également des formes d’in- permettent de distinguer les tendances lourdes en
frastructures techniques et de leur gouvernance, ou matière d’opinion publique ou de pratiques de
encore des systèmes politiques, trois moyens dis- consommation. À plus bas bruit, elles saisissent
tincts et complémentaires ont été articulés, décrits également les remous de l’opinion et les signaux
dans les sous-sections suivantes. faibles qu’ils peuvent refléter.

Mais le cadre d’un exercice prospectif suppose de


2.1. Le « tendanciel sociétal » retenir certaines données comme étant structurantes
dans le travail de projection pour imaginer les
et le suivi des hypothèses scénarios potentiels. Ces derniers se déclinent
« sociétales » au cours chacun en modes de consommation mais aussi en
de l’exercice prospectif organisation sociale, politique et économique
différente. L’ADEME a mené un travail avec Futuribles
La première brique de méthode pour articuler les et le CRÉDOC pour décrire un scénario tendanciel
enjeux de société aux scénarios technico-écono- « sociétal ». Ce travail détaille les principales
miques repose sur le travail au long cours d’études évolutions de la société française que l’on peut
et de recherches en sciences humaines et sociales, envisager si les tendances structurantes à l’œuvre
notamment en sociologie. Un travail spécifique réa- aujourd’hui se poursuivent à l’horizon 2035, en
lisé en 2019 y a été ajouté afin d’identifier et d’or- l’absence de ruptures majeures. Il s’appuie sur un
donner des hypothèses structurantes à intégrer travail d’analyse prospective de ces principales
concernant les évolutions des modes de vie, mais dynamiques réalisé dans le cadre de 22 « fiches
aussi plus largement des transformations sociales, variables », 12 concernant la société française et
politiques et économiques en France. 10 la consommation.

51 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

Figure 1 Thématiques des fiches variables — scénario tendanciel sociétal

VARIABLES SOCIÉTÉ VARIABLES CONSOMMATION


1) Démographie et structure des ménages 1) L’alimentation
2) Logiques de peuplement 2) L’habillement-chaussures
3) Usages du temps et activités 3) L’équipement du foyer
4) Fiscalité et redistribution 4) Le logement
5) Revenus 5) La communication
6) Cohésion sociale, engagements 6) La restauration-hôtellerie
7) Rapport au savoir et aux qualifications 7) Les transports
8) Sensibilité environnementale 8) Les loisirs et la culture
et consommation 9) La santé
9) Numérique 10) Les autres biens et services
10) Santé, bien-être
11) Place de l’État
12) Système productif
Sources : ADEME-CRÉDOC-Futuribles.

Chacune de ces fiches retrace les évolutions rétros- imbriqués. La seconde méthode pour articuler aux
pectives depuis 15 à 30 ans, identifie une hypothèse scénarios technico-économiques une exploration de
tendancielle, puis dégage les tendances prospectives leurs dimensions socio-politiques repose sur l’analyse
qui prolongent ces évolutions. Elles se fondent sur des controverses. Dans le cadre d’un partenariat avec
un triptyque : tendances structurantes, tendances Sciences-Po Grenoble, un groupe pluridisciplinaire
émergentes et ruptures possibles. d’étudiants issus du master « techniques, sciences et
décisions » (formation pluridisciplinaire en sciences
À partir d’évolutions d’ordre macrosocial, ce scéna- politiques et en sciences de l’ingénieur) a travaillé à
rio s’intéresse en premier lieu aux moteurs des trans- l’analyse de différentes controverses sociotechniques.
formations des comportements individuels, qu’ils
soient choisis ou contraints. C’est le cas notamment Trois champs thématiques ont été couverts par le
du vieillissement de la population, de la hausse des travail d’analyse des controverses :
inégalités et des incertitudes sur le maintien de l’idée l’appropriation sociale des changements de mobi-
d’un intérêt général. Il n’a donc pas pour ambition lité ;
d’analyser de manière approfondie les infrastructures,
biomasse énergie et conflits d’usage des sols ;
les stratégies des acteurs économiques ou des acteurs
publics français et internationaux. les transitions des modes d’alimentation.

La présence de ce scénario vise à éviter la construc- L’exploration de ces thématiques a d’abord permis
tion de scénarios technico-économiques « hors-sol », de dresser un état des lieux des controverses scien-
qui reposeraient sur des postulats sociaux irréalistes. tifiques, techniques, sociales et économiques telles
Autrement dit, il s’agit de vérifier, chemin faisant, qu’elles se jouent actuellement : cartographies des
que les hypothèses au fondement des scénarios, enjeux, des débats et de leurs porteurs.
ainsi que leurs résultats, répondent à une exigence
de cohérence sur les transformations sociales à L’exercice a ensuite tenté de « projeter » ces contro-
moyen terme (2035). Au cours du projet, de manière verses dans certains des scénarios, à l’horizon 2050.
itérative et à mesure que les équipes techniques ont Cela permet de mettre en lumière les différences de
construit leurs données pour alimenter le scénario, futurs envisageables autour de secteurs ou d’usages
des dialogues bilatéraux ont été réalisés en interne particuliers, en dressant les risques de tensions
par l’équipe projet, ce travail offrant un outil com- et de controverses à venir et les besoins de régulation
plémentaire pour construire les scénarios. afférente, politique, juridique, économique…

Ces analyses de controverses ont alimenté le travail


2.2. Explorer des controverses interne de construction et d’ajustement des scéna-
rios par la mise en évidence des problématiques les
sociotechniques pour alimenter plus saillantes, afin de contribuer à nourrir le « fil
les réflexions sur les futurs rouge » de chacun d’entre eux.

Dans un contexte marqué par la crise sanitaire, on voit L’analyse des controverses sociotechniques permet
combien les sciences, les développements techniques d’aborder les transformations de la société et les
qui en découlent et leur appropriation sociale sont tensions qui peuvent se faire jour sans pour autant

52 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

se limiter à une approche centrée sur l’individu. Sans poser cette question d’apparence simple des condi-
détailler chacune de ces controverses, elles ont per- tions qui favoriseraient la transformation de pra-
mis de mettre en lumière les incertitudes techniques, tiques quotidiennes ouvre de multiples perspectives
autant que sociales et politiques, qui caractérisent d’analyses. Les outils d’analyses, méthodes et résul-
chacun des scénarios. D’abord, au regard de ce type tats issus de différentes sciences sociales (psycholo-
d’analyse, les technologies diverses autour de la pro- gie, psychologie sociale, mais surtout sociologie et
duction agroalimentaire, mais aussi de la captation science politique) sur ces nouveaux questionnements
et de la séquestration carbone sont susceptibles de appuient ces différentes perspectives d’exploration :
susciter d’importantes controverses : les commu-
nautés scientifiques apparaissent divisées, du fait de une perspective individuelle, qui analyse les liens
débats sur les risques et les promesses des premières entre des comportements et des pratiques sociales
et d’un manque de maturité pour les secondes. Les d’une part ; des motivations, des habitudes et des
analyses rendent également très saillantes les ques- opinions d’autre part. Cette perspective, histori-
tions d’infrastructures dans la transition dessinées quement la plus commune dans la prospective pour
par chaque scénario, infrastructures dont l’accessi- traiter des dimensions dites sociales de la transition
bilité relative n’est pas sans impact sur les questions écologique, est aujourd’hui progressivement com-
de justice sociale et d’équité territoriale. Enfin, les plétée et enrichie par les perspectives suivantes ;
analyses indiquent un besoin de régulation et de
pilotage, notamment, dans le cas des enjeux bio- une perspective plus collective, qui réintègre l’in-
masse/usage des sols, pour allouer les ressources aux dividu dans son environnement socio-politique. Il
différentes filières et assurer leur coordination. s’agit de traiter du rapport des individus aux groupes
sociaux auxquels ils s’identifient et auprès desquels
ils évoluent : famille, voisinage, pairs, groupes pro-
2.3. Croiser prospective fessionnels… Plus largement, cette dimension du
lien social entretenu avec un collectif plus vaste –
et sciences sociales pour « la société française » par exemple – peut s’analyser
questionner les conditions en prêtant attention à la transformation des règles,
de faisabilité des scénarios des valeurs, des horizons communs, des formes de
participation politique et d’exercice du pouvoir qui
Étant entendu que les choix technologiques consolident ce collectif. C’est alors l’appartenance
impliquent des modèles variés d’organisation à des mouvements sociaux, les formes de partici-
socio-économique et politique, il est nécessaire d’in- pation politique locale ou nationale ou les rapports
tégrer dans les exercices de modélisation les aux institutions et aux corps intermédiaires qui
contraintes et les possibilités qui y sont liées. Autre- peuvent être observés ;
ment dit, de mieux articuler les scénarios techni-
co-économiques avec leurs conditions sociales de le lien entre individu et collectif passe également
réalisation afin de tester les conditions de leur faisa- par l’étude fine des contraintes économiques et
bilité. matérielles pour la transformation de ses pratiques
sociales. Nombre d’entre elles sont inscrites dans
un environnement économique, technique et social
2.3.1. Comment mettre en œuvre préexistant. Ainsi, les possibilités de réduire les
les différentes transitions incarnées consommations énergétiques de son logement par
par les quatre scénarios ? exemple, ou de faire évoluer ses pratiques de mobi-
lité, sont extrêmement sensibles aux transforma-
Au regard des dynamiques d’exploration des « modes tions requises pour atteindre la neutralité carbone.
de vie » mentionnées plus haut, un très vaste champ Par ailleurs, les marges de manœuvre des individus
de variables reste à défricher. Ces dernières peuvent sont très fortement dépendantes des infrastruc-
contribuer à améliorer le contenu même de la pros- tures matérielles préexistantes. Cela exige de ques-
pective ou contribuer à sa circulation et sa mise en tionner les conditions matérielles objectives de
débat. Multiplier les efforts pour appréhender les l’existence : les revenus disponibles, la possibilité
transformations socio-économiques et politiques ou non de procéder à une rénovation de son loge-
est donc un défi majeur pour la prospective. ment, l’existence ou non d’alternatives à la voiture
thermique offrant un haut niveau de services (trans-
L’exploration des dimensions sociales peut viser une ports en commun, mobilité douce, etc.) ;
meilleure compréhension d’un levier de transition
écologique : par exemple, de quelle manière des pra- en outre, les modes de vie sont également struc-
tiques de sobriété pourraient être promues à côté turés par des représentations sociales et culturelles
de pratiques d’efficacité énergétique ? On peut, entre partagées, des imaginaires collectifs qui renvoient
autres, s’interroger sur les conditions favorables à au progrès ou à la réussite, pour n’en citer que
une réduction de l’alimentation carnée, ou encore quelques-uns. De ce point de vue, lutter contre
sur l’utilisation des transports les plus émissifs. Or, l’étalement urbain, par exemple, suppose de com-

53 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

prendre les ressorts du « rêve pavillonnaire » des politique, d’identifier les contraintes et les oppor-
Français, afin d’envisager des alternatives désirables. tunités de transition écologique.
Ce qui implique d’analyser non seulement les récits
et les discours, mais également les dispositifs insti- Pour comprendre les conditions de faisabilité de
tutionnels qui promeuvent un développement chacun de ces scénarios, il importe de considérer ce
fondé sur ces valeurs collectives (exemple des dis- qui participe à les rendre désirables/indésirables,
positifs d’accession à la propriété) ; faisables/infaisables aux yeux des citoyens. Comme
pour les résultats de la prospective « Paris change
enfin, cette extension des perspectives de travail d’ère » [3] ou celle d’EPE [4], on peut considérer qu’il
consistant à réintégrer les questions de change- est possible de raisonner à partir de deux variables :
ments de pratiques sociales dans leur matrice éco- d’une part l’adhésion à des valeurs pro-environne-
nomique, sociale et politique, conduit à penser les mentales, d’autre part le caractère émissif en gaz à
transformations non seulement de la demande, effet de serre ou non des pratiques quotidiennes.
mais aussi de l’offre. Les travaux en sciences sociales Mais pour comprendre le potentiel d’adhésion et
permettent d’analyser les mécanismes de transfor- d’engagement des citoyens dans l’un ou l’autre des
mation des filières productives, des outils déployés scénarios, il est nécessaire de mettre en lumière plus
pour piloter et réguler la transition des acteurs finement les déterminants de ces deux variables. En
économiques. Ainsi, d’autres leviers de la transition effet, ni les valeurs, ni les pratiques ne sont des élé-
écologique pourraient être décrits : l’accompagne- ments indépendants que chaque individu serait en
ment de la reconversion de certaines filières, la mesure de fixer lui-même.
formation pour constituer de nouvelles filières
adaptées, la régulation des émissions et des Au contraire, ces deux variables relèvent d’une imbri-
consommations des activités économiques. cation complexe mêlant, au niveau des individus,
des perceptions et des contraintes matérielles ou
Ces différentes perspectives rapidement brossées encore une circulation des idées politiques à un
ici offrent des pistes d’enrichissement pour affiner niveau plus structurel. Pour le dire autrement, au-delà
et étoffer les exercices prospectifs. Elles sont pro- du seul prisme individuel, les individus sont pris dans
metteuses en ce qu’elles permettraient de dépasser des structures sociales qui rendent la transition de
l’idée restrictive de « l’acceptabilité sociale » des leurs pratiques tantôt aisée, tantôt difficile, voire
modifications de nos modes de vie. Elles permet- impossible.
traient également de raisonner en matière de tran-
sition de la société, non plus seulement sur une À ce niveau plus vaste, qui structure largement les
approche centrée sur l’individu, mais sur les méca- « modes de vie », ce sont alors d’autres éléments qu’il
nismes collectifs de transformation. s’agit de capter pour tester les conditions de faisa-
bilité des scénarios auprès d’une diversité de profils,
l’adhésion ou la réticence des participants. Pour
2.3.2. Une enquête qualitative administrée recueillir des données afin de tester les conditions
sur chacun des quatre scénarios de faisabilité des scénarios et d’entrevoir leurs consé-
quences potentielles sur une diversité de profils, le
En complément du travail sur le tendanciel sociétal dispositif a couvert différents champs d’analyse
et des controverses sociotechniques, un dispositif encastrés les uns dans les autres :
exploratoire de recueil de données qualitatives a été
mis en œuvre. cette enquête a projeté les participants dans les
différents scénarios en 2050 afin de recueillir des
L’ADEME a réalisé avec le cabinet de conseil Auxilia données sur les contraintes et opportunités maté-
une étude mêlant dimensions prospectives et rielles, économiques et sociales que les individus
méthodes d’enquête en sciences sociales pour tra- rencontrent dans chaque scénario. Celles-ci sont
vailler sur la réception des quatre scénarios. Des liées aux revenus disponibles, à la présence de trans-
entretiens ont été menés auprès de 31 citoyens aux ports en commun, à la situation de propriétaires
profils variés, sans chercher à avoir un échantillon ou de locataires, à la situation familiale, etc. Pour
représentatif de la population française. L’objectif approcher la diversité des participants, leur recru-
est de surmonter un écueil classique des travaux en tement comme le protocole d’enquête ont prêté
prospective, celui de raisonner sur un « individu attention à l’état de leurs opinions en matière de
moyen », qui ne répond à aucune réalité d’observa- changement climatique, à leurs positions politiques,
tion sociologique. Il s’agit au contraire de partir de à leurs aspirations et aux valeurs qu’ils prônent ;
la diversité des situations possibles en fonction des
profils, afin d’explorer la perception de chaque scé- dans chaque scénario, le protocole d’enquête a été
nario par les participants. Ceci permet, à partir d’une attentif aux infrastructures techniques qui distri-
réflexion sur la transformation de leurs modes de buent des ressources et cristallisent des formes
vie et de leur environnement technique, social et d’organisation à moyen et long terme, tels que les

54 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

réseaux numériques, de production d’énergie ou de dien, ce dispositif tente d’appréhender les conditions
transports. Ces infrastructures cadrent lourdement sociales de la transition, en articulant la faisabilité
les modes de production mais également les pra- individuelle des changements de pratiques qu’im-
tiques des individus et pèsent donc favorablement plique chaque scénario et le contexte collectif cor-
ou défavorablement dans la transition vers des pra- respondant. Par exemple, des participants peuvent
tiques plus vertueuses. À ce titre, l’enquête a cherché juger acceptables certaines modifications dans leurs
à recueillir les représentations des participants, selon pratiques à condition que les efforts soient équita-
qu’ils habitent de grands centres urbains, des villes blement répartis au sein de la population ; ou encore,
moyennes ou des zones plus rurales ; à condition que leur soient garanties des marges de
manœuvre et une autonomie en termes de pratiques
enfin, le dispositif a prêté attention aux formes de émissives de CO².
régulation politique et économique envisageables
pour réduire ou atténuer ces fractures : par exemple, L’enjeu de ce dispositif était donc d’envisager les
politiques et outils de soutien à certains secteurs, données ayant trait au contexte collectif pour nour-
fiscalité, politique redistributive ou réglementation. rir les réflexions sur les conditions sociales de réussite
Les dispositifs de soutien au développement de des scénarios. Il a tenté de soulever leurs lots de
pratiques plus vertueuses, tous secteurs et individus contraintes vis-à-vis de différents profils de Français,
confondus (réglementation pour la structuration les risques que chacun d’entre eux comporte en
des filières de réemploi, dispositif de soutien aux termes de fractures sociales. Inversement, ce type
pratiques de rénovation des bâtiments, etc.) sont de dispositif vise aussi à envisager les cobénéfices
envisagés comme des données d’entrées du pro- de la transition. En effet, chaque scénario de transi-
tocole. L’objectif est de recueillir les points de vue tion écologique pourrait promouvoir de nouvelles
des participants sur les transformations politiques formes de collectifs, de nouvelles valeurs, de nou-
et économiques sous-jacentes à chacun des quatre velles organisations à même de consolider un horizon
scénarios. désirable, non seulement écologiquement, mais
également d’un point de vue social, économique et
À travers ces différents niveaux d’analyse, il s’agit de politique.
questionner les transformations quotidiennes que
les participants sont prêts à accepter, mais également Compte tenu des délais de réalisation de ce travail,
à quelles conditions plus générales ils pourraient le il n’est pas possible d’intégrer ici les résultats quali-
faire. Autrement dit, au-delà de leur propre quoti- tatifs, qui feront l’objet d’un feuilleton spécifique.

55 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

3. Les récits des scénarios


3.1. Pourquoi des récits ?
L’utilisation de récits permet aux publics non Socioeconomic Pathways – décrits précédemment ;
scientifiques d’appréhender des enjeux complexes voir chapitre 1.1. Ambitions, objectifs, méthodes) depuis
et abstraits, discutés dans des termes experts. La maintenant une dizaine d’années.
communication scientifique apparaît aussi plus
efficace sous forme narrative lorsque ces récits Au-delà de ses vertus de communication, la
utilisent un langage qui reflète les préoccupations construction des récits est particulièrement
du public. Concernant le changement climatique, il complexe, car elle suppose un retournement des
est particulièrement crucial de communiquer autour perspectives. Là où les scientifiques et experts
de phénomènes complexes et enchâssés. Utiliser un découpent le réel en différents paramètres, en
récit signifie décrire le problème, développer ses différents secteurs, le récit vise à retrouver
conséquences et parler des solutions. Cette structure simultanément ces éléments pour les donner à voir
du récit permet d’éviter que le public soit inhibé mais dans une appréhension des transformations globales
qu’il puisse au contraire se sentir en capacité d’agir. de la société. Là où les variables techniques peuvent
Le modèle ABT décrit ci-dessous est l’une des ne pas être parlantes, le récit vise à offrir une vision
manières d’y parvenir. intégrée de la trajectoire prise par la société dans
chacun des scénarios. Il s’agit d’incarner, de mettre
Pour les publics scientifiques, c’est aussi une manière en musique des variables qui ont été analysées et
complémentaire de communiquer des travaux travaillées de manière partiellement distincte, par
scientifiques, de les rendre plus facile à mémoriser chaque champ d’expertise sectorielle. En cela, le
et à travailler, notamment par rapport aux formes récit est le pendant qualitatif du travail de
traditionnelles de communication scientifique [7]. modélisation qui permet d’interfacer les différents
Le GIEC utilise des « narratives » (récits, ou SSP – Shared champs d’expertise.

Figure 2 Présentation du modèle ABT pour la mise en récit

DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE
Utiliser le modèle ABT pour transformer votre message en un récit

La partie « And » (« et ») de l’histoire est l’exposition, la partie « But » (« mais »)


apporte la tension, et la partie « Therefore » (« donc ») fournit la résolution.
Vous trouverez ci-dessous un exemple, fourni par l’un des auteurs
de ce manuel, d’une histoire personnelle sous forme de récit.

En tant que parent de deux garçons, j’ai toujours aimé pouvoir partager
avec eux les expériences et les activités que j’aimais quand j’étais enfant
et voir la joie sur leurs visages quand ils courent dans la mer par une
chaude journée d’été, ou quand ils lancent des boules de neige en hiver.

And (et)
Je trouve un grand réconfort dans le fait de savoir que nous faisons partie
d’une chaîne ininterrompue qui relie les générations passées et futures.

But (mais)
En les élevant, j’ai vu le changement des saisons être perturbé et j’ai
vécu cela comme une remise en question très profonde de ma propre
représentation du bien-être et de ma vision de ce qu’est un bon père.

Therefore (donc)
J’ai donc pris la décision, assez tard dans ma vie, d’apprendre ce que
je pouvais sur ce qui se passait et ce que je pouvais faire pour y remédier.
Je suis donc retourné à l’université, j’ai étudié les sciences sociales
du changement climatique et je suis maintenant devant vous.

Dr Chris Shaw (chercheur senior, Climate Outreach), traduit par nos soins.

56 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

3.2. Scénario 1 : une transition


opérée grâce à la sobriété

La trajectoire historique de demande énergétique


en croissance continue, générant des impacts
toujours plus importants sur les ressources et
l’environnement, est inversée grâce à des innovations
organisationnelles et comportementales plus que
technologiques. Des transformations importantes
dans les façons de se déplacer, se chauffer, acheter
et utiliser des équipements, peuvent contribuer à
améliorer le niveau de vie et atteindre la neutralité
carbone sans impliquer de technologies d’émissions
négatives non éprouvées et incertaines.

La transition est conduite principalement grâce à la


sobriété : réduction de la demande d’énergie, de
matières et de ressources. Cette approche s’inscrit
dans une vision globale dans laquelle la question
climatique est structurante mais ne résume que par-
tiellement la question écologique. Le chemin
emprunté vise à limiter les externalités ou les dépla-
cements de pollution. En agissant à la source, les
émissions liées aux usages sont réduites rapidement
et le report ou le déplacement d’impact sont évités.
3.3. Scénario 2 : une transition
Le rapport à la nature est repensé : on la respecte en concertée plus respectueuse
tant que telle, elle est presque sacralisée. Les mesures de l’environnement
sont contraignantes pour une part significative (obli-
gations, interdictions, quotas…), ce qui ne veut pas Le système économique évolue progressivement vers
forcément dire autoritaires. En effet, la participation une voie durable, mettant l’accent sur un dévelop-
et la délibération collective autour de ces seuils et pement plus inclusif qui respecte et se réintègre dans
limites sont centrales dans leur définition et leur les limites environnementales. Avec la prise en
appropriation à l’échelle des territoires. compte des aspects sociaux, culturels et écono-
miques de la dégradation de l’environnement et des
Mais faute de transformations plus structurelles sur inégalités, ce changement est conduit en traitant de
l’offre énergétique notamment, certaines évolutions manière équilibrée différentes questions. Ainsi orga-
peuvent apparaître comme des contraintes fortes nisations non gouvernementales, institutions
pour une partie de la population considérant que la publiques, secteur privé et société civile trouvent
question climatique se résume à une question de des voies de coopération pragmatique. Des institu-
finalité plutôt que de moyens. En outre, au-delà des tions sont créées à cette fin et la nature est protégée
premiers gains sur la baisse de la demande, dans le et même institutionnalisée.
processus de transition, la lenteur de la transforma-
tion de l’appareil productif ou des infrastructures Les incitations financières, avec politiques et régle-
peut conduire à des situations de blocage ou de mentations fondées sur des critères sociaux et envi-
dépendance à des infrastructures carbonées. ronnementaux, ainsi que l’évolution des paradigmes
permettent des investissements massifs dans les solu-
Par conséquent, l’intensité des mesures de sobriété tions de sobriété, d’efficacité et d’énergies renouve-
(concernant les logements vacants, les résidences lables, comme dans le renouvellement et l’adaptation
secondaires, les vols intérieurs...) est forte mais des infrastructures en place. La consommation
construite sur une objectivation de l’impact de ces s’oriente vers une faible croissance matérielle, moins
mesures dans une vision égalitaire de la transition. consommatrice de ressources et d’énergie. Ce scéna-
Dans ce monde, un des principes est : « ce n’est pas rio constitue une rupture avec l’histoire récente dans
parce que j’ai les moyens de le faire que je peux le ses préoccupations environnementales et sociales,
faire ». Les normes et valeurs ont évolué, favorisant sa sensibilité accrue à l’environnement et une évolu-
une économie du lien plus que du bien et très ancrée tion progressive vers des modes de vie plus sobres.
sur les territoires et leurs ressources. Les liens avec les
autres territoires, notamment les dimensions inter- Mais la volonté de traiter l’ensemble des sujets en
nationales, ne sont pas toujours évidents, dans un même temps et avec l’ensemble des acteurs peut
monde où le référentiel devient systématiquement freiner la transformation des systèmes productifs et
le local, par opposition au global. des modes de vie. Cette transformation nécessitera

57 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

un changement d’échelle quant aux ressources 3.5. Scénario 4 : une croissance


humaines et financières à mobiliser. Tout l’enjeu est
de réaliser ce changement d’échelle à temps.
et des modes de vie préservés
par le progrès technologique
Les changements de politique sont motivés par la
pression de la société civile et la coalition de parties Poursuivant le modèle économique intensif en
prenantes trouvant des intérêts convergents. L’accent ressources et en matière, les acteurs placent leur
mis sur l’équité et la fin de la croissance économique espoir dans l’innovation et le progrès technique pour
en tant qu’objectif mène les pays industrialisés à maîtriser l’impact sur l’environnement des activités
soutenir les pays en développement, en donnant humaines, en se concentrant sur la question des
accès à des ressources humaines et financières sans émissions de CO². Plutôt que de chercher à
commune mesure avec ce qui a pu être réalisé transformer les systèmes productifs et les modes de
jusqu’alors. vie, on s’efforce de réparer les dégâts causés par des
développements exacerbés, quitte à y dédier toute
une infrastructure.

3.4. Scénario 3 : une croissance Une croissance économique rapide est donc
verte accompagnée par l’État maintenue globalement dans le monde, ce qui n’est
plus le cas dans les pays industrialisés. La confiance
Le développement technologique est perçu comme est forte dans la capacité à gérer les systèmes sociaux
une planche de salut et la meilleure réponse aux défis et écologiques avec plus de ressources matérielles
environnementaux. Il progresse rapidement, et financières. Les enjeux écologiques locaux
mais pas toujours dans les délais nécessaires. La (pollution, bruit, biodiversité…) sont traités via des
dépendance aux énergies fossiles diminue lentement, solutions techniques, mais la perception des
ce qui implique un besoin de développer des contreparties entre progrès économique et impacts
technologies de réparation (captage et stockage de environnementaux limite les efforts consacrés aux
CO²) en conséquence. enjeux globaux du réchauffement climatique. Plutôt
que de remettre en cause un modèle économique
C’est une voie dynamique dans laquelle le découplage basé sur la production et la consommation de masse,
entre création de richesses et impacts environne- on recherche des moyens ciblés de traiter les défis
mentaux ou consommation de ressources constitue écologiques de ce milieu du XXIe siècle, notamment
toujours la ligne d’horizon… même s’il ne s’observe en investissant largement sur la technologie de
qu’à des échelles nationales et non globales. Les captage du CO². Cependant, même en consacrant
meilleures technologies sont déployées sur des des moyens impor tants et coordonnés, la
marchés porteurs (exemple : les grandes villes des gouvernance d’une solution massive comme le
pays industrialisés), parfois soutenues par des captage et le stockage du CO² pose des questions
régulations et cadres d’innovation forts avant d’être géopolitiques nouvelles que les seules richesses
déployées largement et généralisées aux autres supplémentaires ne peuvent suffire à traiter.
populations solvables. La mise en valeur du capital
naturel permet de mieux préserver la nature car c’est La mondialisation s’accélère, avec une amélioration
en lui donnant un prix que l’on espère trouver les des actions menées par les institutions au bénéfice
solutions techniques pour la protéger. des populations les plus en difficulté et une meilleure
coopération sur ce sujet central et ciblé du CO². Il
Ce scénario n’est pas une simple extrapolation des existe peu d’exemples passés de telles tendances.
tendances récentes, mais plutôt un développement Néanmoins, deux dynamiques récentes sans
cohérent avec les modèles historiques. Les économies précédent suggèrent cette possibilité d’une rupture
émergentes se développent relativement rapidement avec les tendances passées :
puis ralentissent à mesure que les revenus atteignent
des niveaux plus élevés. Le progrès technologique se l’émergence d’une classe moyenne mondiale qui
diffuse et se poursuit sans ralentissement majeur ni pourrait contribuer à une croissance robuste de la
accélération. Social, économie et développement production/consommation de biens et de services
technologique ne s’écartent pas significativement et pourrait aussi générer une pression pour
des tendances historiques. Les institutions nationales l’amélioration des institutions ;
progressent lentement vers les objectifs de
développement durable. Les inégalités de revenus la révolution numérique qui, pour la première fois
se réduisent lentement, ce qui maintient la dans l’histoire humaine, favorise l’émergence d’un
vulnérabilité des populations aux changements discours global d’une fraction significative de la
sociétaux et environnementaux. population.

Avertissement au lecteur : les récits, tels que reflétés dans ce chapitre, s’écartent parfois des scénarios finaux présentés dans
la synthèse.

58 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE SOCIÉTÉ, MODES DE VIE, RÉCITS

4. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

[1] Mathieu Saujot et Henri Waisman, Mieux représenter les modes [5] ADEME, Changer les comportements, faire évoluer les pratiques
de vie dans les prospectives énergie-climat, IDDRI, Étude sociales vers plus de durabilité. L’apport des sciences humaines
n° 02/20, 2020, 42 pages. et sociales pour comprendre et agir, 2016, 183 pages.

[2] ADEME, Énergie Climat 2030/2050 – Quels modes de vie pour [6] Debizet et al., Scénarios de transition énergétiques en ville.
demain ?, ADEME, 2014, 153 pages. Acteurs, régulations, technologies, La Documentation française,
2015, 197 pages.
[3] Elioth, Egis Conseil Bâtiments, Quattrolibri et Mana, Paris
change d’ère, vers la neutralité carbone de Paris en 2050, Ville [7] Adam Corner et al., Principles for Effective Communication
de Paris, 2017, 370 pages. and Public Engagement on Climate Change: A Handbook for
IPCC Authors, Climate Outreach, 2018.
[4] EPE, ZEN 2050 – Imaginer et construire une France neutre en
carbone, 2019, 88 pages.

59 Transition(s) 2050
3• ADAPTATION
AU CHANGEMENT
CLIMATIQUE
61 Adaptation et atténuation, les deux faces
d’une même pièce
64 Une accélération des changements,
annoncée depuis 1989
69 La gouvernance et le rôle de la technologie
au cœur des scénarios
76 Références bibliographiques

60 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

1. Adaptation et atténuation,
les deux faces d’une même pièce
POURQUOI INTÉGRER L’ADAPTATION traduisent l’effectivité et la qualité de l’adaptation
AU CHANGEMENT CLIMATIQUE DANS de la France au changement climatique dans une
UNE PROSPECTIVE ÉNERGIE-RESSOURCES approche inclusive.
VISANT LA NEUTRALITÉ CARBONE ?
Environnement : le changement climatique entraî-
La compréhension de l’adaptation a beaucoup nera des évolutions des cadres de vie, des paysages
évolué depuis sa reconnaissance comme une réponse et des aménités de notre environnement, aux-
aux changements climatiques par le GIEC dans les quelles il faudra s’adapter pour garantir la santé et
années 1990. Initialement les deux « réponses » pour le bien-être des habitants.
lutter contre le changement climatique, l’atténuation
et l’adaptation, ont été présentées de manière Tout comme l’intégration d’un chapitre sur les modes
distincte. Cela se justifiait par le fait que la première de vie participe du souhait de représenter des futurs
s’attelle aux causes et la seconde aux conséquences. possibles qui soient « traduits » dans le quotidien, la
Cette nette séparation a eu une influence significative dimension « adaptation au changement climatique »
sur le manque de reconnaissance et le déficit de est désormais un élément incontournable de l’exercice
légitimité de l’adaptation face à l’atténuation dans prospectif, avec l’ambition de rendre nos scénarios
le débat politique. Très vite, reconnaître la nécessité cohérents avec les changements annoncés du climat.
de s’adapter est considéré comme un aveu d’échec L’objectif de ce chapitre est de présenter des futurs
quant à notre capacité d’empêcher le réchauffement robustes face aux menaces qu’il présente, c’est-à-dire
global. Mais ces définitions, somme toute théoriques, des sociétés qui ont conservé leurs fonctionnalités
n’ont pas résisté à la mise en œuvre d’actions sociales, économiques ou culturelles, en composant
concrètes au profit d’une vision intégrée de la lutte de façon différente avec les aléas climatiques.
contre le changement climatique. S’adapter au
changement climatique et lutter contre celui-ci sont
les deux faces d’une même pièce. QU’INTÈGRE-T-ON DERRIÈRE LE TERME
« ADAPTATION AU CHANGEMENT
Où que l’on se trouve, le climat influe sur l’environ- CLIMATIQUE » ?
nement du territoire (faune, flore…), les ressources
naturelles disponibles (eau, sols, énergie…) et les Intégrer les impacts futurs du changement climatique
conditions de production du secteur primaire (agri- dans un exercice prospectif n’est pas une évidence.
culture, sylviculture), les conditions d’existence et Cela suppose de croiser l’exposition future de la
les besoins des populations (chauffage, rafraîchis- France à la sensibilité des différentes briques ou
sement, protection contre les intempéries, etc.). secteurs étudiés. Alors quelle sera l’exposition de la
Tout comme, dans bien des cas, il influe sur la nature France en 2050 ?
des activités économiques ou les conditions dans
lesquelles elles sont menées. En cela, l’adaptation Pour les 20 à 30 prochaines années qui nous
au changement climatique interconnecte des pro- intéressent dans ce projet, les évolutions du climat
blématiques sociales, environnementales, écono- ont déjà été enclenchées par les gaz à effet de serre
miques et climatiques. émis jusqu’à présent. Les principaux impacts du
changement climatique en France sont donc non
Économie : face aux risques pesant sur les seulement déjà observés, mais leur évolution
infrastructures, sur les approvisionnements en attendue à 2050 est relativement bien caractérisée
ressources (eau, sols, énergie, ressources agricoles ( cf. section 2 ci-dessous). Étant donné l’inertie
et forestières) ou sur la santé des personnes, il s’agira climatique, les efforts de réduction des émissions
de s’adapter à l’évolution climatique tout en créant de gaz à effet de serre, s’ils sont suffisants,
de la valeur dans une économie bas carbone. permettront au mieux de stabiliser les évolutions
climatiques au-delà de 2050. S’il est primordial de
Modèle social : dans la mesure où les territoires, les maintenir la hausse des températures moyennes
habitants et les organisations ne présentent pas mondiales en dessous des + 2 °C, voire du + 1,5 °C,
tous la même vulnérabilité face au changement c’est qu’au-delà, l’ampleur et l’imprévisibilité des
climatique, l’équité et la solidarité entre territoires impacts peuvent être telles qu’il sera difficile de
et entre générations sont un marqueur fort : elles définir des trajectoires d’adaptation.

61 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Néanmoins, l’élévation des températures au-delà de L’horizon de milieu du siècle est retenu ici en cohé-
2050 n’est pas totalement inéluctable, car elle rence avec l’objectif de cet exercice prospectif, à
dépend fortement des choix de société que nous savoir la neutralité carbone à atteindre d’ici 2050.
faisons aujourd’hui. Depuis 2008 au moins, les Mais travailler à cet horizon est, à bien des égards,
scientifiques nous informent que des émissions de insuffisant au regard des transformations environ-
CO² nulles et une décroissance des émissions des nementales causées par les évolutions climatiques
autres GES devraient permettre la stabilité des locales : réchauffement des océans entraînant un
températures dans le futur [1]. Cette affirmation est recul du trait de côte, évolution, déplacement voire
réitérée dans le volume 1 du 6e rapport d’évaluation disparition de la faune et de la flore, ressource en
du GIEC. À l’inverse, un monde où les concentrations eau, dégradation des services écosystémiques ren-
actuelles des GES dans l’atmosphère resteraient dus par les sols, etc. Des échelles de temps beau-
constantes conduirait à un réchauffement continu. coup plus longues sont à considérer (de l’ordre du
siècle et au-delà).
Cette vision optimiste est cependant à nuancer : tous
les impacts climatiques ne cesseront pas de s’aggraver
dès lors que les températures seraient stabilisées COMMENT PRENDRE EN COMPTE
dans un monde sans émission. La fonte des glaciers LES IMPACTS FUTURS DU CHANGEMENT
et l’élévation du niveau de la mer sont ainsi décalées CLIMATIQUE ?
dans le temps par rapport au réchauffement. Une
élévation supplémentaire du niveau de la mer d’au Le véritable enjeu de l’adaptation au changement
moins 80 cm semble déjà « actée » sur le long terme climatique est de savoir anticiper : tisser une relation
(au-delà de 2100) et pourrait perdurer pendant des au futur et renforcer notre capacité à s’y projeter
siècles, y compris dans un monde sans émission [2]. collectivement. Cette culture de l’anticipation des
Les deux scénarios d’émissions les plus basses du effets du changement climatique est un cadre d’ana-
GIEC 2021 donnent une fourchette allant de + 40 cm lyse systémique qui redéfinit les conditions d’exercice
à + 1 m à l’horizon 2150 [3]. des politiques publiques de toute sorte. Quel que
soit le sujet (réglementation thermique des bâti-
ments, adéquation à long terme des capacités de
production énergétique, aménagement du territoire,
gestion des infrastructures, production agricole et
forestière, etc.), l’analyse doit prendre en compte les
problèmes que les effets du changement climatique
risquent d’aggraver comme le confort d’été, la va-
riabilité de la demande en énergie, les risques sur les
infrastructures, la variabilité de la production de
biomasse, etc. Aux côtés des enjeux techniques ou
économiques, les contraintes, conditions de réalisa-
tion et hypothèses climatosensibles sont donc des
éléments de complexité supplémentaires mais in-
contournables dans la construction de futurs alter-
natifs. Ces questionnements ont été intégrés dans
nos chapitres sectoriels même si la complexité des
phénomènes en jeu exige que l’on approfondisse
encore les connaissances sur les impacts.

Dans ce chapitre, une approche « photographique »


présentant des instantanés du futur et s’appuyant
sur le chapitre 1.2. Société, modes de vie, récits vient
compléter ces analyses.

62 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

L’ADAPTATION AU CHANGEMENT accentuée par le changement climatique. Ils sont


CLIMATIQUE : UNE MISE EN QUESTION aussi à la base du système alimentaire. Ils seront
DE NOTRE RAPPORT À LA NATURE ? partiellement traités ici via la problématique
d’aménagement du territoire.
Le changement climatique est intrinsèquement lié
à deux autres enjeux des prochaines décennies : Ces enjeux sont primordiaux et difficiles à appré-
hender dans leur globalité. La mise à l’épreuve de
la préservation de la biodiversité : les impacts du nos organisations lors de la crise de la Covid-19 dé-
changement climatique, souvent aggravés par les montre la complexité de nos relations avec les éco-
pratiques humaines, affectent les écosystèmes sur systèmes, et les conséquences à de multiples
des échelles de temps très courtes. Or ces échelles que leur évolution peut générer. Ainsi, le
écosystèmes fournissent des « services » et jouent changement climatique que nous connaissons et
un rôle majeur dans les cycles du carbone, de l’azote subissons maintenant de manière accélérée nous
ou de l’eau. Traiter séparément les deux sujets, force à requestionner et à expliciter notre rapport
comme cela a été largement le cas jusqu’à présent, à la nature.
risque de compromettre notre capacité à stopper
avec succès le changement climatique tout en
préservant les écosystèmes ;

l’artificialisation des sols : nos ambitions en matière


de changement climatique et de biodiversité
nécessitent une attention particulière à l’utilisation
des terres. Les sols non artificialisés ont en effet une
fonction régulatrice (températures, cycle de l’eau,
stockage de carbone), dont l’importance est

63 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

2. Une accélération
des changements, annoncée
depuis 1989
Le changement climatique se mesure via l’évolution de à l’horizon 2050 sur quelques caractéristiques physiques
caractéristiques physiques de l’environnement. Les représentatives sont présentées dans le Tableau 1 et
évolutions déjà observées et celles attendues en France montrent une accélération des changements.

Tableau 1 Évolutions observées et attendues en France à l,horizon 2050 de différentes caractéristiques physiques de l,atmosphère, des terres et des mers

ÉVOLUTIONS DÉJÀ OBSERVÉES EN 2021 ÉVOLUTION AUJOURD’HUI > 2050


Température moyenne • + 1,7 °C depuis 1900 1 • + 2,2 °C (comparaison avec la période 1976-2005)
en France Cette moyenne traduit par exemple :
• 5 à 15 jours de vagues de chaleur en plus
• des canicules avec des pics à plus de 50 °C
• des risques de feux de forêt élevés sur la majorité du territoire
• jusqu’à 50 nuits par an au-dessus de 20 °C sur les régions
méditerranéennes (10 à 20 nuits sur la moitié nord de la France)
• 10 à 20 jours par an de gel en moins
Humidité des sols • Augmentation de la surface des • Diminution accélérée de l’humidité moyenne
en France sécheresses (5 % dans les années 1960 des sols sur l’ensemble de la France métropolitaine
à environ 15 % de nos jours) • En moyenne, la période où les sols sont secs doublerait
(allongement de 2 à 4 mois)
• Périodes de sécheresse plus longues en été
(jusqu’à 5 à 10 jours supplémentaires)
• - 10 % de cumuls de pluie en été
Précipitations intenses • Augmentation de la fréquence des • Les pluies actuellement les plus intenses pourraient augmenter
précipitations intenses et de la quantité en intensité (+ 15 % à 25 %) et arriver 2 fois plus souvent
d’eau lors de ces épisodes
Niveau global2 des mers • Niveau des mers : + 8 cm en 30 ans • Niveau : + 20 cm à + 60 cm par rapport à 2015
et océans, température • Acidification : le pH a diminué de 0,1 • Acidification et désoxygénation s’accentuent
et pH par rapport au début du XXe siècle • Température de surface des mers augmentant de 1 °C à 2 °C,
• Température de surface en davantage de vagues de chaleur marine
Méditerranée et Atlantique : + 0,3 °C
à + 1 °C, plus de 2 vagues de chaleur
marine annuelles
Volume des glaciers • Variation d’épaisseur en moyenne • Risque de disparition des glaciers pyrénéens.
en France métropolitaine nationale : - 19 m • Glaciers alpins : - 50 % en volume par rapport à 2015
• Glaciers alpins : - 25 % en volume • - 20 % à - 50 % d’épaisseur de neige en moyenne montagne

Source : Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique ; Agence européenne de l’environnement ;
Météo-France, actualisation 2020 des projections climatiques ; GIEC, rapport 2021.

1 La dernière décennie a été plus chaude que n’importe quelle période climatique durant toute l’histoire de l’humanité. Le
XXIe siècle entre donc dans un inconnu climatique de toute l’histoire humaine.
2 Concerne l’ensemble du globe.

64 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

On peut remarquer que dès son premier rapport en Le Graphique 2 montre que les évolutions climatiques
1989, le GIEC avait simulé l’évolution des températures sont déjà enclenchées jusqu’en 2040 dans tous les
maintenant observées. Au fur et à mesure de ses rap- scénarios envisagés à moyen terme. Cependant, le
ports, le GIEC a confirmé les évolutions attendues milieu du siècle présente une véritable bifurcation
dans les prochaines décennies, en affinant progressi- des scénarios, entre l’emballement dans le scénario
vement la modélisation des interactions entre les tendanciel ou la stabilisation dans un scénario bas
écosystèmes et notamment les effets de rétroaction. carbone compatible avec le scénario du GIEC
à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
L’évolution des conditions climatiques se traduit en
tendance de fond, par exemple la hausse des tem- Étant donné l’inertie climatique, la décennie 2020-
pératures ou du niveau des mers, et en redistribution 2030 est cruciale pour mettre en place une décar-
des événements météorologiques extrêmes, par bonation effective de nos appareils productifs, tout
exemple des vagues de chaleur plus précoces, plus en anticipant les conditions climatiques dans les-
intenses et plus longues. Le Graphique 1 représente quelles ils opéreront.
une simulation des vagues de chaleur qui pourraient
survenir en France métropolitaine au cours du
XXIe siècle, soit un véritable changement de régime
des conditions météorologiques.

Graphique 1 Simulation des vagues de chaleur, en durée et en température, au cours du XXIe siècle.

35
34
33
Indicateur de température (°C)

32
31
30
29
28
27
26 1 mois 2 mois 3 mois
25
5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90
Durée (jours)

2021-2050 2071-2100 Épisodes observés


(1947-2018)

Taille de la bulle : sévérité de la vague de chaleur (chaleur cumulée).


N.B. : ces vagues de chaleur (durée de 1 à 3 mois) apparaissent à la fin du XXIe siècle dans
un scénario sans réelle politique climatique. Elles pourraient survenir 3 années sur 4.
Source : Météo-France – Climat HD.

Graphique 2 Simulation des températures moyennes mondiales, pour les différents scénarios d,émissions de GES : fortes
réductions des émissions stabilisant les températures sous + 2 °C (en bleu) ; scénario sans véritable politique climatique
conduisant à un emballement sur les prochains siècles (en rouge)

°C

5 SSP5-8,5

4 SSP3-7

3
SSP2-4,5
2 SSP1-2,6
SSP1-1,9
1

-1
1950 2000 2015 2050 2100

Source : GIEC 2021.

65 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

2.1. Risques plus forts


et plus complexes sur la période
2020-2050

Les risques climatiques vont évoluer dans la période téristiques de notre environnement (topographie,
2020-2050, en se renforçant ou se complexifiant. Les géologie, aménagements), par les infrastructures ou
grandes catégories de risques sont présentées dans par d’autres facteurs socio-économiques qui peuvent
le Tableau 2 : ils sont générés par les aléas climatiques contribuer à amplifier ou cumuler les aléas.
eux-mêmes, mais sont aussi influencés par les carac-

Tableau 2 Grandes catégories de risques climatiques

Impacts du changement Risques nécessitant des actions de long terme (recherche, observation,
climatique investissements, etc.)
• Modification du fonctionnement des écosystèmes : précocité de la floraison
(d’où un impact croissant des gels de mars-avril), composition des populations
Évolution des vertébrées et invertébrées.
températures • Impacts sanitaires (allergies, maladies infectieuses, stress psychologique, toxicité
moyennes (air, eau) des polluants chimiques accrue avec la température, etc.).
• Feux de forêt étendus à tout le territoire, aggravés en période de canicule
et de sécheresse.
• Enjeux sanitaires pour les humains et animaux : une large population est sensible
à ces risques, étant donné la durée des vagues de chaleur qui peut parfois se
Canicule
conjuguer avec des taux d’humidité importants.
• Pertes de rendement de culture, impacts sur les écosystèmes et la forêt.
• Asséchement chronique des sols et sécheresse aiguë, conduisant à des stress
hydriques pour les écosystèmes et à une diminution de la quantité et de la qualité
Manque d’eau de l’eau dans ses différents usages.
• Stocks de carbone fragilisés : sécheresse et feux de forêt peuvent conduire
à une forêt qui soit émettrice nette de carbone.
• La variabilité du climat est plus marquée, à toutes les échelles de temps
(au cours d’un mois ou entre deux années). Cette variabilité contribue au stress
Variabilité du climat
des espèces végétales et aux moindres rendements. La variabilité accrue des
récoltes, d’une année sur l’autre, accentue les risques économiques.
• Augmentation probable de l’intensité des cyclones les plus puissants.
• En France métropolitaine, même si les évolutions de l’intensité des tempêtes
Tempêtes et cyclones
sont incertaines, les inondations et submersions induites par les tempêtes
sont accentuées.
• Les pluies extrêmes restent un aléa majeur qui s’accentue avec le changement
Inondations,
climatique, susceptibles d’entraîner selon les cas des inondations par crue ou par
pluies extrêmes
ruissellement (événements extrêmes les plus coûteux actuellement en France).
• La variabilité du climat et les événements intenses plus fréquents contribuent
Érosion et mouvements à l’érosion des sols.
de terrain • Le dégel du permafrost en haute montagne menace la stabilité des sols
et des infrastructures comme les remontées mécaniques par exemple.
Retrait-gonflement • L’alternance de sécheresses et de pluies intenses entraîne des mouvements
des argiles des couches argileuses qui fragilisent bâtiments et infrastructures.
• Mortalité des récifs coralliens, protecteurs des littoraux (la France abrite 10 %
Acidification des océans
des récifs coralliens mondiaux).
Élévation du niveau • Submersion marine, érosion du littoral (en 2021, environ 20 % du trait de côte
de la mer naturel est en recul).

66 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

2.2. Des stratégies qui varient


selon le rapport à la nature
et les rapports sociaux

Il est nécessaire de prendre en compte les évolutions SCÉNARIO TENDANCIEL


climatiques et leurs impacts environnementaux dans
les scénarios technico-économiques afin d’en tester La thématique de l’adaptation au changement cli-
les conditions de faisabilité. Cette analyse est menée matique continue de souffrir d’un manque de visi-
dans les différents chapitres sectoriels où les bilité au regard de sa « moitié », l’atténuation. En 2019,
hypothèses climatosensibles sont identifiées, dans un rapport sénatorial [4] alertait pourtant sur « l’ur-
la limite des connaissances établies à l’heure actuelle. gence déclarée » en pointant le choc climatique
Ainsi, dans les secteurs particulièrement sensibles inévitable, les risques naturels aggravés, les surmor-
aux conditions climatiques, comme l’agriculture ou talités significatives lors des vagues de chaleur et les
la sylviculture (cf. chapitres 2.2.1. Production agricole, effets sanitaires indirects (notamment liés à la qua-
2.2.2. Production forestière, 2.4.3. Puits de carbone), lité de l’air), les projections inquiétantes concernant
les scénarios prennent en compte les effets du les ressources en eau et la perturbation des activités
changement climatique sur les dynamiques de économiques. La première stratégie nationale
croissance des espèces végétales. Cependant, l’effet d’adaptation au changement climatique publiée
de crises ponctuelles (incendie, insectes et en 2006 ainsi que les plans nationaux qui se sont
pathogènes, tempêtes, gels tardifs) n’est en général succédé soulignent la prise en compte croissante de
pas encore intégré dans les évaluations quantitatives. cet enjeu dans les politiques publiques mais n’ont
Concernant le résidentiel-tertiaire, les besoins de pas suffi à garantir des actions efficaces d’anticipa-
froid sont évalués au niveau des bâtiments individuels tion des impacts du changement climatique. Le
et des réseaux de froid (chapitre 2.1.2. Bâtiments manque de moyens, à tous les échelons territoriaux
résidentiels et tertiaires et 2.3.2. Froid et chaleur réseaux et (national, régional, infrarégional), tant financiers
hors réseaux). De manière générale, les conséquences qu’humains (connaissance, ingénierie, etc.), a conduit
du changement climatique sur les infrastructures à un déficit de pilotage de l’adaptation dans les po-
sont appréhendées (chapitres 2.1.3. Mobilité des litiques sectorielles pourtant impactées. La mobili-
voyageurs et transport de marchandises, 2.3.5. Hydrogène, sation insuffisante sur les enjeux d’adaptation, que
etc.) mais restent difficiles à évaluer dans le cadre ce soit à l’échelle des acteurs territoriaux ou des fi-
de cet exercice. lières économiques, n’a pas permis le sursaut salutaire
et suffisamment rapide qui aurait permis de prépa-
Dans ce chapitre, il s’agit de préciser le chapitre rer la société. Car même sans adaptation, l’accepta-
1.2. Société, modes de vie, récits, en décrivant des tion d’une part accrue de risques est un choix qui se
types de réponses au changement climatique prépare, ne serait-ce qu’en termes de capacités de
structurellement différenciés. Plus précisément, les gestion de crise. En considérant que le changement
quatre scénarios prospectifs connaîtront les mêmes climatique viendra « plus tard », les organisations
aléas climatiques, cependant ils pourront produire sociales et économiques ne prennent pas la mesure
des réponses différentes du fait : des changements en cours et n’anticipent pas les
investissements adaptés aux conditions environne-
d’une évolution différenciée des rapports à la nature mentales des décennies suivantes ; les capacités de
et de la conception de la biodiversité. Nature et gestion de crise ne sont pas mises à niveau.
biodiversité peuvent être appréhendées pour les
ressources qu’elles offrent et les services qu’elles En 2050, la vision anthropocentrée d’une nature à
rendent (scénario 3), pour leur valeur intrinsèque disposition pour l’homme reste majoritaire. La nature
(scénario 2) ou encore comme un tout auquel n’est considérée qu’en fonction de son intérêt et
l’humanité appartient (scénario 1). La volonté de n’est que partiellement protégée dans le seul but du
contrôle et d’exploitation de la nature pourrait au renouvellement des ressources qu’elle fournit. Dans
contraire rester prédominante (scénario 4). Les le meilleur des cas, des actions ponctuelles de
modalités de prise en charge de la nature et de la compensation sont menées en réparation de
biodiversité auront un impact différencié sur les dommages subis. Mais la prise en compte globale
habitants et les organisations, en raison des choix des enjeux écosystémiques ainsi que la conscience
différents en termes d’urbanisation, d’occupation des équilibres naturels et des rythmes de
des sols, d’infrastructures, de modes de production renouvellement des milieux sont limitées, ce qui
et de consommation ; conduit à un appauvrissement irréversible de la
biodiversité et des ressources naturelles. La France,
de rapports sociaux et d’organisations collectives qui figurait déjà en 2018 parmi les dix pays hébergeant
différenciés (eux-mêmes issus de la perception du le plus grand nombre d’espèces menacées au monde,
risque, de la sensibilisation des citoyens…), qui perd peu à peu ses habitats naturels sous les pressions
induisent des stratégies d’adaptation différentes. de l’artificialisation et de l’agriculture conventionnelle,

67 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

des pollutions diverses et de la surexploitation des pas été saisie à temps, en dépit du lien direct et
ressources naturelles, aggravées par les effets directs visible entre investissements consentis pour
et indirects du changement climatique. s’adapter et retour sur investissement. Penser les
politiques publiques de réduction des émissions de
La capacité de l’adaptation à devenir un intégrateur gaz à effet de serre de façon transversale (et non
des grands enjeux du XXIe siècle (climat, santé, plus sectorielle) et en questionner les options prises
biodiversité, équité sociale) et un accélérateur des au regard des impacts du changement climatique
politiques d’atténuation est une opportunité qui n’a reste nécessaire.

Tableau 3 Synthèse des réponses possibles au changement climatique par scénario

S1 S2 S3 S4
• Équilibrée régionale/ • Nationale au service
Gouvernance • Locale • Nationale pour protéger
nationale de l’innovation

• Holistique • Valeur intrinsèque • Services rendus • Au service de l’humanité


Rapport
à la nature
• À préserver, protéger • À restaurer • À optimiser • À recréer, réparer

• Consommation
• Sobriété comme pilier optimisée en fonction
Comportement
• Sobriété motrice avec efficacité et autres des capacités de • Rythme inchangé
de consommation
leviers prélèvements sur
la nature

Urbanisme • Villes rétrécissantes3 • Villes écosystèmes • Métropoles optimisées • Métropoles refuges

Gestion • Acceptabilité forte • Acceptabilité acquise • Acceptabilité optimisée • Acceptabilité faible


des risques • Risque fort • Risque géré • Risque régulé • Risque fort

3 Traduction littérale du terme shrinking city. Cela pourrait se traduire également par « villes en déclin » mais ce terme porte
une connotation négative qui n’est pas complètement en phase avec la signification en anglais.

68 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

3. La gouvernance et le rôle de la
technologie au cœur des scénarios
Le chapitre 1.2. Société, modes de vie, récits aborde les énergie) et autolimitation volontaire des usages et
transformations de la société via une fresque globale activités. Une modération organisée a remplacé la
impliquant les besoins et modèles de régulation, surconsommation du début du siècle, assurant à
l’évolution de l’environnement matériel et notamment chacun un accès minimum aux ressources essentielles.
la question des infrastructures qui distribuent les La dimension collective de la gestion de la sobriété
ressources et cristallisent des formes d’organisation, est aussi ce qui fait son acceptabilité, grâce au
les représentations sociales et culturelles et les caractère démocratique des efforts de résolution
imaginaires collectifs. Ces éléments ayant trait au des problèmes : mise en réseau pour mobiliser ou
contexte collectif de réussite des scénarios sont solliciter des idées, cocréation participative des
complétés dans ce chapitre afin de brosser des tableaux solutions, assemblées citoyennes… en bref
de sociétés adaptées au changement climatique en l’intelligence collective est à l’œuvre et favorise une
2050, étant entendu que chaque scénario comporte économie du lien social plus que du bien matériel,
de nouvelles formes de collectifs, de nouvelles valeurs, très ancrée sur les territoires et leurs ressources
de nouvelles organisations tournant autour de notre (1.2. Société, modes de vie, récits).
question centrale du rapport à la nature. Ce chapitre
illustre les résultantes de processus d’adaptation, au- Ainsi le référentiel d’organisation, notamment de
delà de l’adaptation des techniques et technologies, l’économie, est devenu en priorité le local, en oppo-
intégrée dans les chapitres sectoriels. sition au global. Puisque les citoyens ne se conçoivent
plus séparés de « leur » environnement, ils structurent
leurs activités à l’échelle de bassins de vie où les res-
3.1. Scénario 1 : gouvernance sources permettent d’assurer sur place une grande
partie de leur subsistance. Les politiques locales inté-
locale et volet comportemental grées d’autonomie alimentaire sont une priorité de
l’action publique. Les politiques d’aménagement et
Dans ce scénario, la stratégie d’adaptation au d’occupation des sols sont pilotées par la nécessité
changement climatique s’appuie en particulier sur : de réduire les distances (pour accéder au travail, aux
services…), de limiter l’étalement urbain (cf. chapitre
u ne gouvernance locale centrée sur l’écologie 1.2. Société, modes de vie, récits) et l’emprise de l’humain
scientifique, dont les préceptes dictent les politiques sur la nature. La nature reprend ses droits en ville
d’aménagement et d’occupation des sols ; (parcs, jardins individuels ou collectifs, agriculture
urbaine sociale et solidaire, réensauvagement de cer-
un volet comportemental : la sobriété en termes tains espaces). Outre cette préoccupation, la volonté
de gestion des sols, de consommation de ressources, de maintenir des continuités écologiques et la com-
dont l’énergie. plexité des interactions entre le vivant et son environ-
nement stimulent les dynamiques d’adaptation des
En 2050, la prise de conscience de l’extrême fragilité écosystèmes ; elles minimisent en retour les impacts
et de la vulnérabilité de l’économie et de la société, climatiques sur les ressources stratégiques climato-
ainsi que des dépendances liées à la mondialisation dépendantes (eau, production alimentaire, biomasse,
a déplacé les priorités et partiellement renversé la etc.). En parallèle, la nature étant devenue un patri-
hiérarchie des valeurs, en mettant en avant les biens moine à protéger, les réserves naturelles se sont mul-
essentiels (la santé, l’alimentation), la solidarité et tipliées.
l’organisation collective. Inscrire la finitude des
ressources comme fondement du fonctionnement La concentration urbaine est perçue comme nocive,
économique et social a conduit à un partage des entraînant en conséquence un coup de frein au mou-
efforts d’autolimitation et de sobriété. Les évolutions vement de métropolisation du XXe siècle. Les grandes
conjuguées des productions et consommations villes ont perdu du terrain au profit des campagnes
tendent à favoriser la résilience face au changement ou des villes de petite taille, une réalité urbaine
climatique (cf. Tableau 6 du chapitre 2.2.1. Production visible, soutenue par la pénurie de logements abor-
agricole). dables et les canicules, qui ont fait se vider des quar-
tiers entiers au début du XXIe siècle. Dans ces villes
De nouvelles organisations du partage oscillent, selon rétrécissantes, on cherche avant tout à refaire la ville
les régions et les ressources disponibles, entre sur la ville avec une attention particulière portée à
répartition des ressources, avec parfois pénuries (eau, la qualité de la densité urbaine, notamment pour

69 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

réduire les îlots de chaleur urbains : réinvestissement Les capacités de résilience climatique reposent sur :
des friches mettant en pratique l’urbanisme circu-
laire ; l’eau (bassins, réservoirs, lacs artificiels et les capacités de résilience propre des écosystèmes ;
rivières) revient à la vue de tous après avoir été pen-
dant des décennies masquée par une couverture l’acceptabilité des risques par les citoyens, qui ont
de béton. Les espaces aquatiques ont la cote. Ils acquis une forte adaptabilité psychologique et
ont le double avantage d’apporter fraîcheur et comportementale, permettant de positionner la
agrément lors de grosses chaleurs et d’absorber les sobriété comme un volant de premier ordre pour
précipitations extrêmes, selon le principe des villes- absorber des aléas climatiques directs ou leurs
éponges. impacts socio-économiques ;

Dans certains quartiers, les habitants partagent des une partie de l’appareil productif fondé sur les low-
pièces de vie ou des équipements selon le principe techs et l’artisanat : les systèmes techniques et les
du co-housing, mais aussi les espaces de travail, technologies, simplifiés et rendus plus robustes,
optimisant ainsi les mètres carrés ; les bâtiments et sont plus contrôlables et réparables par les citoyens.
les espaces sont modulables et réversibles. La maîtrise
des consommations d’eau s’illustre dans la
généralisation des toilettes sèches (ou toilettes à 3.2. Scénario 2 : génie
litière biomaîtrisée), qui a modifié certaines
techniques de construction.
écologique et équilibre entre
échelons national et local
Ce renversement des valeurs s’est construit sur la
durée, sous l’impulsion des collectivités territoriales Dans ce scénario, la stratégie d’adaptation au
qui, notamment pour des raisons économiques et changement climatique s’appuie sur :
d’inclusion sociale, ont misé sur la sobriété et sur les
solutions d’adaptation fondées sur la nature. Ainsi une gouvernance équilibrée entre le niveau national
les habitants ont constaté que des zones humides et régional ;
préservées et restaurées jouaient un rôle de
régulateur naturel. Puis les collectivités, assistées les techniques de génie écologique : les services
des pouvoirs publics et des assurances, ont organisé écosystémiques sont intégrés à tous les programmes
des replis stratégiques notamment face aux risques de construction et de maintenance des infrastruc-
d’inondation et de submersion marine et laissé la tures, les villes sont structurées par leurs trames
nature réinvestir ces zones à risques. écologiques.

70 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

La trajectoire historique « tout fossile » du XXe siècle les feux de forêt, qui demandent la plus grande réac-
avait modelé nos rapports sociaux et écologiques et tivité), de solutions d’adaptation fondées sur la nature
orienté nos valeurs et nos conceptions du monde, et de l’ingénierie écologique ; celles permettant de
de l’homme et de la nature. L’éthique environnemen- régénérer les espaces naturels abîmés sont très déve-
tale qui s’est développée en réaction au XXIe siècle loppées (transcription des messages chimiques que
a permis d’attribuer une valeur intrinsèque4 à la na- s’échangent les végétaux, régénération d’espèces,
ture. La préservation de la nature se fait pour elle- dépollution…). Les écosystèmes apportent des capa-
même et pas seulement parce qu’elle est utile à cités d’adaptation diversifiées, mais subissent aussi
l’humanité. Cette préoccupation s’exprime dans le de nombreux risques liés au climat (dépérissement
droit français, avec l’introduction des concepts d’éco- des espèces non adaptées au manque d’eau, évolution
cide et de droits de la nature5. Politiques et scienti- des phénologies, feux de forêt, assèchement des cours
fiques se sont entendus sur les seuils acceptables et d’eau…). Partout, les services écosystémiques sont
les dynamiques à mettre en œuvre pour dévier du valorisés.
scénario catastrophe et revenir en deçà des limites
planétaires : l’action publique nationale détermine la Dans ce contexte, l’importance de la donnée au ser-
juste mesure entre la limitation des activités humaines vice de la lutte contre les impacts du changement
et la restauration de la nature. L’échelon national coor- climatique a été bien comprise. La coopération s’ex-
donne et mutualise les besoins d’investissements prime par des open data (données publiquement
d’adaptation au changement climatique entre l’en- disponibles, facilement accessibles, utilisables et
semble des bassins de vie régionaux et planifie des redistribuables sans frais) ou des collectifs de don-
stocks de ressources stratégiques. L’échelon régional, nées [5]. De nouvelles formes de collaboration numé-
voire infrarégional pour certains aspects très locaux rique, sobres en énergie, sont développées, associant
(submersion, trait de côte…), suit en continu les pres- différentes parties prenantes, notamment issues de
sions exercées sur les ressources naturelles pour ajus- la société civile et du secteur privé6. L’initiative Big
ter les politiques publiques et sectorielles. Data for Social Good, qui consiste à utiliser les don-
nées de réseau anonymisées des opérateurs mobiles
Les habitudes de coopération et de solidarité se sont pour lutter contre les événements climatiques
développées, soutenues par la transformation des extrêmes, s’est généralisée et permet désormais de
préférences sociales vers des réponses plus collectives transmettre en temps réel les zones les plus touchées,
aux questions de santé, de sécurité (notamment le nombre de personnes à secourir, leur emplacement
alimentaire) et de réduction des dépendances, y ou leur déplacement.
compris climatique. La nécessaire transformation
des modes de vie vers plus de sobriété et de services La donnée ne constitue pas en elle-même une tech-
à la personne a également fait l’objet d’un consensus nologie, mais un intrant pour une meilleure prise de
général de la population. Les citoyens s’impliquent décision. Elle permet par exemple la gestion collective
dans leur vie personnelle et associative, l’État organise de l’eau, pour en gérer la raréfaction. Les régies de
des temps de service civil et environnemental. distribution d’eau, les villes, les agences de l’eau, les
Au-delà de la protection de la nature, la vie des agriculteurs, les industriels et les producteurs d’élec-
citoyens est régie par la nécessité de « réparer » tricité (hydraulique et nucléaire) et d’hydrogène
les dégradations environnementales intervenues mettent en commun leurs données afin de planifier
jusqu’au début du XXIe siècle. La prise en charge de la répartition de la ressource entre les différents usages.
la biodiversité est ainsi devenue un élément moteur
de l’organisation de la société. Cette orientation Les réseaux Sentinelles ont renforcé leur mission de
permet notamment à l’agriculture et au système prévention des impacts sanitaires du changement
alimentaire d’intégrer intrinsèquement les évolutions climatique. La gestion environnementale est colla-
du changement climatique pour s’y adapter (cf. borative : des données géographiques participatives
chapitre 2.2.1. Production agricole). sont recueillies pour suivre la dégradation de l’envi-
ronnement sur le territoire et mises à disposition via
Même si les citoyens ont fait le choix de la sobriété, y un portail national alimenté par toutes les parties
compris numérique, la technologie est présente pour prenantes (citoyens, entreprises, associations…). De
s’informer, communiquer, mesurer et suivre la biodi- même pour certaines activités prélevant des res-
versité, avec comme objectif constant le partage de sources naturelles, comme la pêche ou la forêt à
ces données. Ces technologies sont mises au service l’instar de Global Fishing Watch et Global Forest
de la prévention des risques naturels (en particulier Watch par exemple.

4 La valeur intrinsèque correspond à l’attribution d’une valeur morale à une chose en tant que fin en soi, par opposition à la
valeur instrumentale pour laquelle sa valeur morale dépend de son utilité.
5 Octroi de la personnalité juridique à des entités vivantes ou des écosystèmes (droits de la nature en Équateur, rivière Magpie
au Canada, fleuve Whanganui en Nouvelle-Zélande, fleuve Rio Atrato en Amazonie [partie colombienne], fleuves et rivières
du Bangladesh).
6 À l’image du Building Communities Resilient to Climatic Extremes (associant la FAO et Telefónica) qui utilise les données
d’appel pour mesurer les déplacements de personnes lors d’événements extrêmes.

71 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

L’innovation technologique, notamment pour la La résilience climatique et les mesures de prévention,


collecte des données, se veut néanmoins frugale [6], de régulation ou de transformation des habitats sont
tant dans sa conception que dans ses modalités de caractérisées par deux marqueurs forts :
fonctionnement. C’est le cas, par exemple, de ces
réglettes [7] à prix abordable dotées de capteurs le choix du collectif dans les processus d’adapta-
communicants par liaison radio qui visent à optimiser tion ;
le rendement agricole tout en diminuant l’usage
d’eau, d’énergie et d’engrais. l’inclusion de la nature dans le droit, qui ne régit
plus seulement les relations entre les individus, mais
La ville devient écosystème. L’imperméabilisation aussi entre eux et la nature. Les actions d’adaptation
ainsi que l’artificialisation des sols sont réduites au au changement climatique sont ainsi plus facilement
maximum afin de diminuer les conséquences des acceptées. Cette mise en œuvre découle de
précipitations intenses. La ville se densifie en hauteur plusieurs décennies d’éducation à la nature et de
et de manière maîtrisée : optimisation des usages service civil dédié aux écosystèmes.
des espaces publics et privés, reconversion des
friches, utilisation des dents creuses7, renouvellement
urbain, lutte contre la vacance. Les tours sont 3.3. Scénario 3 : la technologie
désormais autosuffisantes en énergie, accueillent de
véritables écosystèmes végétaux, abritent logements,
au service de ressources
bureaux, hôtels, crèches… La biodiversité, en à développer
s’intégrant très en amont des projets, devient une
infrastructure urbaine en tant que telle en renforçant Dans ce scénario, la stratégie d’adaptation au chan-
des corridors écologiques… Des fermes verticales [8] gement climatique s’appuie sur :
apparaissent, les jardins communautaires et les
potagers urbains se multiplient. Objectif : reverdir la une gouvernance nationale intégrant les dyna-
ville, permettant de réduire les effets d’îlots de miques sectorielles et territoriales, avec l’objectif
chaleur urbains et de faciliter la gestion des eaux non seulement de contrôler les risques climatiques,
pluviales, mais aussi produire de manière intensive mais surtout de soutenir des opportunités de dé-
– et responsable – au plus près des lieux de veloppement économique ;
consommation.
les innovations technologiques : les technologies
sont un moyen de connaissance, de suivi et de ré-
gulation des impacts du changement climatique.
Elles apportent également de nouvelles flexibilités
et capacités d’adaptation.

En 2050, la nature est vue comme un ensemble de


ressources à développer, utiliser et optimiser pour le
bénéfice des humains. L’effort ne porte pas tant sur
la réduction des impacts négatifs de l’activité hu-
maine que sur la création d’impacts positifs. Après
des décennies de surexploitation, des actions de
développement du biotope sont ainsi guidées par
un calcul de résultats aussi contrôlables que possible.
Cette nouvelle vision du monde se déploie grâce à
l’économie symbiotique, c’est-à-dire la possibilité de
développer une relation de croissance mutuelle entre
des écosystèmes naturels prospères et une activité
humaine intense dans tous les domaines de l’écono-
mie. Cette vision d’une cohabitation apaisée de
l’espèce humaine avec la nature s’est construite grâce
à des coopérations d’un genre nouveau entre indus-
triels, centres de recherche, fonds d’investissement
et politiques. Cette transformation s’est opérée sur
une trentaine d’années, grâce à un effort gigantesque
nécessitant d’énormes investissements publics et
privés. Les objets à intelligence incorporée se sont
multipliés ; ils viennent suppléer l’action des opéra-
teurs humains lorsque ceux-ci ne peuvent pas être

7 Espace non construit entouré de parcelles bâties.

72 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

physiquement présents, par exemple via l’automa- brumisateurs géants, gestion automatisée des réseaux
tisation de processus chronophages ou à risques. de froid, des déchets…) face aux aléas climatiques.
Ainsi dans le domaine de l’agriculture des drones Avec ce nouveau rapport à la nature, le sous-sol a
autonomes dotés de systèmes robotiques et utilisant perdu de sa dimension anxiogène et permet
des logiciels de contrôle permettent non seulement d’étendre la ville par le dessous. Les grandes métro-
aux engins de se mouvoir dans l’espace, mais aussi poles ayant conservé une dynamique de croissance
de prendre des décisions permettant, par exemple, importante, le sous-sol est désormais considéré
un suivi des besoins en eau et nutriments à la parcelle. comme un environnement riche et donc utilisable,
Ils sont complétés par de puissantes technologies qui vient compléter la surface. Face aux fortes cha-
de mesures en temps réel et de modélisation. Celles- leurs, les villes s’enterrent pour relier les quartiers de
ci sont mises au service d’une gestion des stocks de surface entre eux grâce à des infrastructures de trans-
ressources naturelles à l’optimum, entre prélève- port multimodales bordées de commerces. Cette
ments et régénération. Les capacités privées en ma- densification fonctionnelle par le sous-sol permet
tière de surveillance du climat et de cartographie également d’améliorer la qualité de vie urbaine sans
des risques sont renforcées, en particulier pour les accroître le sentiment de promiscuité dans la ville.
secteurs agricole et forestier. Elles permettent de
juguler l’impact des extrêmes climatiques. Les acteurs économiques jouent la carte de l’accé-
lération des processus d’adaptation, grâce à la com-
Ressource en constante diminution, l’eau est au cœur pilation de données, la multiplication d’aménage-
de ces nouvelles innovations : pour la production ments et de processus expérimentaux. L’esprit de
(générateurs autonomes d’eau atmosphérique, rebond et d’innovation s’est imposé, déplaçant les
captage de l’eau dans les processus industriels, seuils d’acceptabilité des risques vers un niveau ad-
amélioration des techniques de dessalement), la missible d’exposition plus élevé : un équilibre à l’op-
dépollution et le recyclage (purification, désinfection, timum entre risques naturels et risques technolo-
filtration…). La mer n’échappe pas à cette vision giques est trouvé.
utilitariste. De nouvelles techniques d’élevage en eau
profonde permettent de ne pas entraver les activités
de surface, comme les quartiers littoraux flottants qui 3.4 Scénario 4 : une stratégie
répondent au double défi de la pression foncière,
persistante depuis le XXe siècle, et du recul du trait
nationale guidée par des
de côte. Cependant, et contrairement aux prévisions politiques de sécurité
de l’INSEE des années 2020, un (ré)aménagement
territorial s’effectue : les agglomérations de montagne, Dans ce scénario, la stratégie d’adaptation au
offrant davantage d’espace et des conditions changement climatique s’appuie en particulier sur :
climatiques plus favorables durant la saison sèche
d’été, se développent ; les agglomérations littorales une gouvernance nationale inscrite dans une glo-
les plus exposées se dédensifient, en particulier sur le balisation poussée : elle pilote les politiques de
pourtour méditerranéen. Dans ce contexte, les enjeux sécurité y compris alimentaire et de santé, ainsi que
économiques liés à la préservation du tourisme sont les grands investissements pour garantir l’approvi-
très importants. sionnement en ressources stratégiques, notamment
en énergie et en eau ;
La ville aussi s’optimise et s’agrandit. La domotique
avancée, associant relevés des capteurs, algorithmes des stocks stratégiques supplémentaires répartis
prédictifs et intelligence artificielle, régule le com- sur le territoire : ils sont constitués pour faire face
portement des bâtiments (consommation d’eau et aux variabilités accrues et aux tensions sur les
d’énergie, réactions aux extrêmes climatiques, etc.) approvisionnements.
et des flux de la ville (maîtrise de la qualité de l’air,

Dans S3, la domotique avancée,


associant relevés des capteurs,
algorithmes prédictifs et
intelligence artificielle, régule le
comportement des bâtiments.

73 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

En 2050, nos rapports à la nature restent anthro- élevés, d’arrêts instantanés de certains systèmes
pocentrés. Les services écosystémiques sont dura- sensibles et d’une communication immédiate vers
blement affectés par la dégradation des environne- la population et les entreprises, l’incertitude des
ments et la surexploitation des ressources naturelles, événements climatiques a contribué à la création
toutes deux aggravées par les effets directs et indi- d’un gigantesque marché : celui de la protection
rects du changement climatique. Dans ce contexte, individuelle contre les conséquences du change-
la maîtrise technique de la nature par les hommes ment climatique. Elle est rendue possible par le
devient un objectif de résilience et c’est via des so- déploiement d’équipements individuels dans la
lutions ciblées et technocentrées que les défis éco- plupart des secteurs : climatisation, purificateur
logiques sont affrontés. Petit à petit, la technologie d’air, constructions sur micropieux dans les bâti-
supplée aux services écosystémiques dégradés, don- ments et les infrastructures de transport, matériels
nant naissance à une nature augmentée ou réparée, de protection contre les intempéries (gel, grêle,
que ce soit pour : sécheresses…) dans l’agriculture, etc. Autant de
dispositifs technologiques susceptibles de générer
les services de soutien liés aux cycles de l’eau des impacts sur les besoins énergétiques et les
(écoulement, rétention, érosion…), du carbone ressources minérales.
(séquestration), à la formation des sols (structure,
composition), etc. ; Face aux aléas climatiques et dans l’objectif de
préserver les modes de vie, la gestion des crises est
les services d’approvisionnement (agriculture, renforcée et privilégiée par rapport à des solutions
sylviculture, pêche, etc.) ; d’adaptation transformatives.

le s services de régulation des impacts du Avant la crise : stocks stratégiques et aménagements.


changement climatique (inondations, agents Des aménagements préventifs ont pour but
pathogènes, etc.), mais aussi la pollinisation… d’établir des espaces tampons protégeant les
populations :
Les objets techniques produits sont caractérisés par – renforcement des programmes de protection
leur autonomie, s’autorégulant et fonctionnant littorale sur l’ensemble des façades maritimes pour
comme de véritables organismes, à l’instar des les risques de submersion maritime et le recul du
abeilles-robots développées pour la pollinisation des trait de côte ;
cultures. À défaut de sauvegarder la nature, on la – terrassements, digues et barrages pour limiter les
recrée. Au croisement de la biologie, des inondations et les mouvements de terrains en
mathématiques et de l’informatique, la biologie de découlant (éboulements, glissements de terrain…) ;
synthèse [9] s’impose dans bien des domaines tels – maillage territorial de canaux et de retenues d’eau
que l’alimentation, la santé (production de nouveaux contre les sécheresses, dispositifs de recharge
médicaments, notamment face aux nouveaux artificielle des nappes phréatiques avec réutilisa-
éléments pathogènes, thérapies personnalisées, etc.), tion des eaux traitées ;
la dépollution (détection et dégradation de – installation de plusieurs unités de désalinisation,
composés toxiques dans l’eau ou les sols), l’énergie visant à éviter autant que possible les restrictions
(carburants), les matériaux (soie, plastiques, d’eau, notamment dans les grandes métropoles
composites…). conservant une densité d’habitation importante.
La consommation énergétique de la désalinisation,
Les grandes villes et l’artificialisation des sols se déve- à base de technologies solaires à concentration
loppent sous l’impulsion de la recherche d’un « tou- ou d’osmose inverse, reste marginale. Le marché
jours plus » de confort et de sécurité. En dépit de sa régulé de l’eau fonctionne sur la même base que
fragilité systémique, l’environnement urbain véhicule les marchés de l’électricité.
une image sécurisée qui répond à une certaine aver-
sion aux risques de la société. L’intelligence artificielle, La multiplication d’événements extrêmes marque
qui connecte les bâtiments et les différents quartiers le grand retour des stocks publics, notamment dans
entre eux, permet des autodiagnostics, des réactions les domaines de la santé, de l’énergie et de
en temps réel au service de la résilience de la ville, l’agriculture.
de ses infrastructures et de ses équipements. Selon
la localisation des villes (et donc des impacts qu’elles Pendant la crise : prévention, consignes de vigilance
subissent), des espaces de protection (contre la cha- et d’alerte et protection civile.
leur, les inondations) ont été créés. Les moyens régionaux dédiés aux organismes de
protection civile sont énormes. La qualité de la ges-
En dépit de systèmes de surveillance du climat très tion de crise est obtenue au prix de nombreux exer-
développés8, de modélisations poussées pour ob- cices d’alerte. Pour les principaux aléas qui touchent
tenir les niveaux de probabilités des risques les plus la France (vagues de chaleur, inondations, tem-

8 Préfigurés par l’actuel GRAF (système de prévision atmosphérique mondial à haute résolution).

74 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

pêtes…), les actions d’information et éducatives aux équipements urbains, d’optimiser la mobilisation
(dès le plus jeune âge) sont massivement déployées. des ressources, de calculer les besoins et les possibi-
La connaissance approfondie des mécanismes cli- lités de réaménagement et d’anticiper un « retour à
matiques, associée à l’existence d’un réseau de la normale » des activités. L’exploitation intelligente
surveillance intelligent, rend possibles des prises de des retours d’expériences de crises passées améliore
décision très rapides de la part des autorités poli- les réponses apportées au fil du temps. Elle a notam-
tiques locales, parfois déléguées à une intelligence ment permis de modifier en profondeur les pratiques
artificielle. Ces dernières sont en effet à même de de l’assurance et des modalités d’indemnisation, en
juger le moment où il apparaît opportun de chan- diminuant par exemple le seuil à partir duquel on
ger de niveau d’alerte. Ainsi, certaines procédures considère qu’un risque est assurable. L’assurance sur
n’associent pas systématiquement ou préalable- mesure est désormais possible grâce à des contrats
ment le diagnostic scientifique humain à des actions hyperpersonnalisés. Le fait que plus de risques soient
de sécurité civile. Chaque région dispose cepen- assurés contribue au sentiment collectif d’une société
dant, en cas de besoin, des conseils d’un climato- plus sûre.
logue renommé et reconnu par la population. Le
succès des procédures d’alerte est au moins autant, L’accroissement des risques naturels accentue donc
si ce n’est plus, imputable à l’instauration d’un sys- la volonté de contrôle de la nature et sa décon-
tème de confiance cristallisé autour de cette per- nexion de l’économie et de la société : si les aléas
sonnalité scientifique, impliquée au quotidien dans climatiques ne sont pas contrôlables, il faut pouvoir
l’information sur les risques climatiques et les moyens en circonscrire au maximum les effets sur les popu-
de s’en protéger. Une attention particulière est ac- lations, en multipliant les services d’information et
cordée par les municipalités à la population touris- les technologies de protection des citoyens et des
tique, particulièrement vulnérable. Il s’agit à la fois activités économiques. Cette intervention renfor-
de l’informer sur les risques en cas de phénomène cée des pouvoirs publics a un coût, notamment
climatique anormal et de la prendre en charge, dès pour compenser les services écosystémiques per-
lors qu’une évacuation est rendue nécessaire. En cas dus. Elle demande aussi une réorganisation des
d’événement particulièrement grave et lorsque les finances publiques et des systèmes d’assurance. Le
moyens locaux et régionaux sont insuffisants pour changement climatique fait donc peser un double
faire face à la situation, des moyens supplémentaires risque, celui des impacts climatiques eux-mêmes,
sont disponibles à l’échelle nationale. et un risque sur notre modèle social : les choix opé-
rés dispensent certes d’une modification en pro-
Après la crise : reconstruction, retours d’expérience fondeur de nos modes de vie, mais tendent à
et indemnisations. accentuer les inégalités sociales et territoriales dans
L’intelligence artificielle permet d’analyser rapidement un contexte où le manque d’équité de notre modèle
et précisément les événements, d’évaluer les dom- agite la société depuis le début du XXIe siècle.
mages causés aux bâtiments, aux infrastructures et

75 Transition(s) 2050
AMBITIONS, CADRAGE DE L’EXERCICE ET CONTEXTE ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

4. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

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[9] http://www.biologie-de-synthese.fr/. 1-page-39.html).

76 Transition(s) 2050
RÉCIT

2
DES SCÉNARIOS
PAR SECTEUR

77 Transition(s) 2050
01
ÉVOLUTION DE
LA CONSOMMATION
79 Aménagement territorial et planification urbaine
92 Bâtiments résidentiels et tertiaires
172 Mobilité des voyageurs et transport de marchandises
231 Alimentation

78 Transition(s) 2050
01 ÉVOLUTION DE
LA CONSOMMATION

1. Aménagement
territorial
et planification
urbaine
1• Une nécessaire 3• Les scénarios 5• Références
mobilisation de toutes 86 bibliographiques
les parties prenantes 91
80 4• Vers une meilleure
imbrication des échelles
2• Rétrospective spatiales et temporelles
des tendances 90
82

79 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

1. Une nécessaire mobilisation


de toutes les parties prenantes
La prospective à l’horizon 2050 appliquée à l’amé- ritoires s’accroît, les modes de production et de
nagement territorial et à la planification urbaine fait consommation se transforment, impactant toutes
écho aux objectifs du deuxième Plan national d’adap- les échelles territoriales, du local au régional.
tation au changement climatique (PNACC 2) et plus
spécifiquement à la Stratégie d’action de l’ADEME Tout comme l’atténuation, l’adaptation au change-
sur l’adaptation au changement climatique, ainsi que ment climatique est explicitement devenue une des
celle sur l’urbanisme durable. Ce chapitre fait égale- missions des politiques climatiques territoriales. Par
ment référence à la Stratégie Nationale Bas Carbone exemple, un des enjeux essentiels de l’adaptation
(SNBC) qui donne un cap de neutralité carbone à des villes face à l’élévation des températures globales
l’horizon 2050. consiste à réduire la dégradation du climat urbain
estival, notamment en limitant l’intensification des
Il est également en phase avec la loi « climat et rési- îlots de chaleur urbains.
lience » d’août 2021 [1]. Celle-ci introduit l’objectif
de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) à l’horizon 2050, Systématiquement, ce chapitre abordera les quatre
une division par deux de la consommation des sols scénarios par plusieurs entrées.
d’ici à 2031 et l’inscrit dans les documents de plani-
fication comme les SRADDET1 et les SCoT2. Il répond La construction de la ville sur elle-même, via la re-
également aux quatre grands piliers de la démarche qualification, l’intensification des usages, les re-
« Habiter la France de demain » lancée par le minis- constructions et/ou reconquêtes possibles.
tère de la Transition écologique en 2021 qui vise à
des territoires sobres, résilients, inclusifs et productifs. En effet, « le renouvellement urbain est un processus
de mutation, initié ou accompagné par les institu-
La mobilisation de toutes les parties prenantes, dans tions publiques, qui permet de "refaire" de la ville à
une approche systémique et coordonnée, représente partir d’un tissu de ville existant, par opposition à
un enjeu clé pour accompagner la transition écolo- l’extension urbaine qui absorbe des espaces
gique, économique et sociale ainsi que l’adaptation jusqu’alors non urbanisés pour en faire de nouveaux
au changement climatique de nos territoires [2]. morceaux de ville, principalement au détriment des
surfaces agricoles et/ou naturelles avoisinantes » [3].
Les territoires et notamment les villes sont, d’une
part, au cœur de la consommation des ressources Arrêter l’étalement urbain et l’artificialisation des sols
naturelles de nos sociétés et, d’autre part, directe- est un prérequis plus particulièrement pour l’objectif
ment impactés par les conséquences déjà observées ZAN. Pour atteindre cet objectif, il sera nécessaire de
du changement climatique, mais également par désartificialiser et renaturer ou refonctionnaliser les
celles des crises sanitaires, économiques et sociales. sols par des surfaces équivalentes à celles consom-
mées par l’urbanisation.
Pour rendre les territoires plus durables, il est indis-
pensable de développer des modèles d’économie Les solutions d’atténuation et/ou d’adaptation au
circulaire urbaine et territoriale durable, ce qui im- changement climatique, en insistant sur le renfor-
plique une gestion durable, efficace et surtout une cement des solutions d’adaptation fondées sur la
utilisation réduite de nos ressources naturelles limi- nature (SAfN).
tées. Les nouvelles économies des territoires devront
évoluer vers une transformation à long terme et Cette démarche prospective repose sur la nécessité
durable de la société vers la sobriété. Les territoires de cohérence des politiques publiques environne-
ont subi une restructuration socio-économique im- mentales participant à la lutte contre le réchauffe-
portante à la suite de la désindustrialisation, de la ment climatique et à la transition écologique. À cet
numérisation et du développement technologique égard, l’intégration des objectifs de conservation,
en cours. À mesure que l’interconnexion de nos ter- de restauration et d’utilisation durable de la biodi-

1 Schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires.


2 Schéma de cohérence territoriale.

80 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

versité dans les politiques publiques, rappelée par Les récits proposés pour la prospective concernant
le GIEC et l’IPBES dans leur dernier rapport, est un l’aménagement territorial et la planification urbaine
axe fort de l’action de l’État, mentionné au sein des ont pour objectif de les interroger dans un contexte
principes généraux du code de l’environnement (cf. de changement climatique, en considérant que :
article L. 110-3).
– une évolution des documents de planification
L’aménagement territorial et la planification ur- territoriale (ex. : SCoT, PLUi4, etc.), en vue d’une
baine3. planification dynamique, permettrait de mieux
intégrer les enjeux d’atténuation et d’adaptation
L’aménagement du territoire désigne aujourd’hui au changement climatique ;
l’action publique qui s’efforce d’orienter la répartition
des populations, leurs activités et leurs équipements – l’expérimentation et l’évolution des solutions
dans un espace donné et en tenant compte de choix d’adaptation et d’atténuation au changement
politiques globaux. L’aménagement est l’une des climatique (outils, méthodes, modes d’organisa-
formes de l’appropriation d’un territoire. tion, démarches, etc.) au sein de territoires expé-
rimentaux aux échelles locales (ex. : îlot, quartier,
La planification urbaine est le contrôle de l’urbani- projet urbain, etc.) par des opérations d’aména-
sation par le pouvoir politique, urbanisation étant gement opérationnel est indispensable pour at-
entendue ici au sens de la croissance des villes et de teindre les objectifs de neutralité carbone à l’ho-
tout territoire urbanisé. rizon 2050.

3 http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire.
4 Plan local d’urbanisme intercommunal.

81 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

2. Rétrospective des tendances


2.1. Tendances passées de
l’urbanisation : des disparités
spatiales avérées qui
s’intensifient
En 2010, l’INSEE montre que la superficie de l’espace urbaine en 2010 et 2020. L’intégration de nouvelles
urbain en Métropole a progressé de 19 % en dix ans communes explique également cet accroissement
(Figure 1) à partir des unités urbaines. Les unités ur- de population considérable.
baines permettent de caractériser les communes de
France selon le double critère de la continuité du Le rapport du Commissariat général à l’Égalité des
bâti et du nombre d’habitants. Les villes occupent territoires5 de 2015 [4] montre qu’au 1er janvier 2016,
ainsi 22 % du territoire et presque 80 % de la popu- la France comptait 66,6 millions d’habitants et que
lation y réside. L’urbanisation progresse surtout le près 40 % de la population française est concentrée
long des littoraux (sur les façades atlantique et mé- sur les trois régions suivantes : Île-de-France, Au-
diterranéenne), mais aussi dans les Alpes (Figure 1). vergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France. Les dispa-
De plus, une hausse du nombre et de la taille des rités spatiales en termes d’urbanisation s’intensifient
petites agglomérations est observée (Graphique 1). La et les grandes métropoles ont de plus en plus d’em-
carte montre également une progression de l’urba- prises territoriales. Cette tendance ne semble pas
nisation essentiellement à l’Ouest et dans le Sud-Est changer à l’horizon 2040 si l’évolution du nombre
faisant place à des disparités spatiales de plus en plus d’habitants est prise en considération (Figure 2). À
accentuées. l’horizon 2040, la population continuerait de croître
fortement en Île-de-France, le long des façades at-
En 2020, une nouvelle délimitation des unités ur- lantique et méditerranéenne et autour des agglo-
baines a été réalisée. Une augmentation de 2,8 mil- mérations toulousaine et lyonnaise, favorisant un
lions d’habitants sur les 2 467 unités urbaines de clivage de plus en plus marqué en matière d’urbani-
2020 est principalement due à la croissance démo- sation et d’extension urbaine.
graphique des communes appartenant à une unité

Figure 1 Évolution du taux d’urbanisation* entre 1999 et 2007 Graphique 1 Les petites unités urbaines sont les plus dynamiques
– évolution annuelle moyenne de la population
En milliers d’habitants
Agglomération
parisienne

UU de 200 à 2 000

UU de 100 à 200

UU de 50 à 100

UU de 20 à 50

UU de 10 à 20

UU de 5 à 10

UU de 2 à 5
En points
4-12 2-4 1-2 0-1 -4-0 En % 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1

* Le taux d’urbanisation est le rapport de la population


Évolution 1990-1999 (délimitation 1999)
des communes urbaines à la population totale.
Source : INSEE. Évolution 1999-2007 (délimitation 2010) Source : INSEE.

5 Intégré depuis 2020 dans l’Agence nationale de la cohésion des territoires.

82 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

Figure 2 Évolution de la population à l’horizon 2040


Lille
Nombre d’habitants en 2040
Par département

Rouen

Paris
Strasbourg
Nord Finistère Savoie
Rennes
2 639 000 1 039 000 503 000 Orléans
Dijon
Nantes

Taux d’évolution annuel moyen


de la population de 2010 à 2040
En % par département
Lyon
Supérieur à 0,7
0,4 à 0,7
0,3 à 0,4 Bordeaux

0 à 0,3
Inférieur à 0 Toulouse
Données non disponibles Marseille

Ajaccio
Cayenne Saint-Denis

Basse-Terre Fort-de-France Mamoudzou


Source : CGET.

2.2. Les tendances passées


de l’artificialisation de 2010
à aujourd’hui

À l’échelle nationale, l’objectif de ZAN, inscrit pour Graphique 2, tiré du portail de l’artificialisation des
la première fois dans le Plan biodiversité de juillet sols6, donne la tendance de 2009 à 2019.
2018 [5], prend de plus en plus d’importance dans
les débats actuels et les politiques publiques [6]. Il De 2009 à 2019, une tendance à la baisse de l’artifi-
figure dans la loi portant lutte contre le dérèglement cialisation est observée avec notamment une sta-
climatique et renforcement de la résilience face à gnation du rythme de l’artificialisation sur les der-
ses effets [1], issue des travaux des 150 citoyens de nières années depuis 2016-2017. L’année 2018 montre
la Convention Citoyenne pour le Climat. Concernant même une très légère diminution (- 139 ha au niveau
l’évolution de l’artificialisation des sols en France, le national, - 85 ha sur la Métropole).

Graphique 2 Évolution de l,artificialisation entre 2009 et 2019 (France métropolitaine)


40 000

35 000
32 660 32 661 33 012
Consommation annuelle NAF (en ha)

30 139 29 189
30 000

25 486
25 000 23 650 23 667 23 528
22 384
20 000

15 000

10 000

5 000

0
2009-2010 2010-2011 2011-2012 2012-2013 2013-2014 2014-2015 2015-2016 2016-2017 2017-2018 2018-2019

DOM Métropole

Source : Fichiers fonciers/Observatoire national de l’artificialisation.

6 https://artificialisation.biodiversitetousvivants.fr/parution-des-donnees-dartificialisation-2009-2019.

83 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

Aujourd’hui, 3,5 millions d’hectares sont artificialisés 2.3.2. Zoom sur la France : entre
en France, soit 6,4 % du territoire. Ramenée à la po- géoprospective et prospective
pulation, la France est 15 % plus artificialisée que
l’Allemagne et 57 % plus artificialisée que le Royaume- Une étude [13] annonce que « la plupart des estima-
Uni ou l’Espagne. tions de l’intensité de l’étalement urbain sont effec-
tuées à partir des recensements de population, ou
Entre 20 000 et 30 000 ha de surfaces naturelles encore des bases de données sur les constructions
sont consommés chaque année. L’artificialisation de logements. La mesure précise des superficies oc-
augmente presque quatre fois plus vite que la po- cupées par les bâtiments ou "imperméabilisées" par
pulation (+ 70 % depuis 1981 contre + 19 % sur la diverses formes de revêtements, macadam ou béton,
même période pour la population). est une affaire délicate qui conduit à des estimations
assez variables ».
L’habitat contribue à près de 50 % du rythme
d’artificialisation, les infrastructures 16 %, les com- À l’échelle nationale, les exercices de prospective
merces et services marchands 5 %. tels que « Territoires 2040, aménager le changement »
ou les travaux scientifiques de géoprospective au
sein de la communauté des géographes permettent
2.3. Les échelles spatiales d’évaluer les tendances d’artificialisation des sols
et temporelles de la prospective passées et futures selon différents
scénarios prospectifs. Pour quantifier
en urbanisme et aménagement

2.3.1. Des storylines prenant en compte


l’étalement urbain en précisant les
surfaces occupées par les bâtiments
ou imperméabilisées, il est nécessaire
d’intégrer les échelles spatiales et
95 %
de la population
l’urbanisation galopante et les vit désormais sous
temporelles ainsi que les représen-
changements d’occupation des sols influence urbaine.
tations cartographiques qui per-
mettent d’analyser les changements.
Afin de prendre en considération la population
croissante en ville, depuis le rapport AR5 du GIEC,
La prospective « Territoires 2040, aménager le chan-
les approches en storylines ou récits ont été utilisées
gement7 », lancée fin 2009 par la Délégation intermi-
pour mieux éclairer l’évaluation des risques et la
nistérielle à l’aménagement du territoire et à l’attrac-
prise de décision, pour aider à comprendre les pro-
tivité régionale (DATAR), est un travail conséquent qui
cessus régionaux et pour représenter et faire appa-
a donné lieu à des cartes qui réinventent notre ma-
raître plus clairement les incertitudes des projec-
nière de voir et de comprendre les territoires français.
tions climatiques. L’objectif est de contribuer à la
« Ces cartes sont autant de propositions en forme de
construction d’une vue d’ensemble des voies po-
questionnements prospectifs qui permettent d’envi-
tentielles du changement climatique qui va au-de-
sager différents futurs de nos territoires. Ce travail
là de la présentation de données et de chiffres [7]
avait pour ambition de stimuler l’esprit critique, de
[8] [9] [10]. Ainsi, les socio-economic pathways du
poser des questions clés et de susciter un véritable
GIEC, du SSP1 au SSP5 décrivent une gamme de
débat public pour permettre aux acteurs de construire,
tendances plausibles dans l’évolution de la société
ensemble, les territoires de demain8. »
au XXIe siècle. Ils ont été développés afin de connec-
ter un large éventail de communautés de recherche
En France, le recensement de l’INSEE (2018) montre
et se composent de deux éléments principaux : un
que 95 % de la population vit désormais sous in-
ensemble de scénarios décrivant les futurs sociétaux
fluence urbaine. Parallèlement à la croissance des
et un ensemble de mesures quantifiées du déve-
villes, se dessinent, autour et entre elles, de vastes
loppement à des échelles agrégées et/ou résolues
espaces dits périurbains, dont les habitants ont non
spatialement. Chaque SSP est un cheminement
seulement adopté des modes de vie citadins mais
cohérent, plausible et une description intégrée d’un
sont également liés à la ville par leur emploi et leurs
avenir socio-économique. Mais ces futurs ne rendent
pratiques quotidiennes. L’urbanisation des cam-
pas compte des effets du changement climatique
pagnes suscite d’autres interrogations : l’étalement
et aucune nouvelle politique climatique n’est sup-
urbain et ses conséquences en matière d’artificiali-
posée. L’AR 6 développe davantage ces SSP avec
sation des sols et de consommation de terres agri-
l’intégration des changements d’occupation des
coles ; la mutation culturelle, sociale et économique
sols plus précis [11] [12].
de l’espace rural ; la transformation des sites.

7 Pour plus de détails, consulter http://ife.ens-lyon.fr/geo-et-prospective/lexposition-la-france-de-2040/.


8 http://ife.ens-lyon.fr/.

84 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

Au sein de Territoires 2040, il s’agissait de mettre en possibles en 2040 étaient axés sur les communautés,
place des scénarios exploratoires : « Chaque scénario les laboratoires verts, les spécialités ou les satellites.
– c’était une consigne pour les construire – devait
dessiner un "ordre futur de contradictions", c’est-à- L’image de laboratoires verts met l’accent sur le fait
dire un ensemble cohérent de processus, interdé- que les villes intermédiaires ont tiré leur épingle du
pendants autant par leurs convergences que par jeu en imaginant à leur échelle des solutions intégrées,
leurs conflits. Ni scénario noir, ni scénario rose : uni- peu émettrices en gaz à effet de serre et économes
quement des scénarios multicolores et cependant en énergie. Cette image est présente au sein des sto-
contrastés les uns par rapport aux autres. D’où l’im- rylines des scénarios de la présente prospective.
possibilité d’une décantation finale vers quelques
scénarios simplificateurs » [14]. Concernant la mé- À l’échelle locale, les travaux sur la géoprospective
tropolisation et l’urbanisation, les scénarios possibles permettent de spatialiser les futurs possibles de l’ar-
en 2040 reposaient sur l’hyperpolisation, la régiopo- tificialisation des sols en prenant en considération
lisation, la postpolisation ou la dépolisation. les spécificités territoriales. Différents types de mo-
dèles comme les automates cellulaires ou les modèles
Concernant les villes intermédiaires qui sont essen- multi-agents permettent d’élaborer des scénarios
tielles dans le paysage urbain français, les scénarios prospectifs [15].

85 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

3. Les scénarios
3.2. Scénario 1 : vers un urbanisme
plus sobre et circulaire

Dans un contexte de rééquilibrage territorial et de La qualité des sols est systématiquement prise en
changement climatique, ce scénario prône un urba- compte dans la planification territoriale et les docu-
nisme durable [16] tendant vers plus de circularité ments d’urbanisme.
et de sobriété, recherchant la réversibilité du bâti
et des espaces pour adapter rapidement les terri- L’urbanisme circulaire est de mise au sein de ce scé-
toires aux enjeux de la transition en s’appuyant sur nario, considéré comme un ensemble de pratiques
les ressources locales. et préceptes qui visent à réduire l’étalement urbain
et à lutter contre l’artificialisation des sols. Cet ur-
On cherche avant tout à refaire la ville sur la ville, banisme recherche également la réversibilité et la
avec une attention particulière à la qualité de la den- modularité (intensification des usages) du bâti et des
sité urbaine. Les « vides » urbains sont gérés de façon espaces qui permettent d’adapter rapidement les
qualitative, selon les territoires et les besoins, en te- territoires aux enjeux de la transition en s’appuyant
nant compte notamment de la place de la nature sur les ressources locales, la mutualisation et la coo-
en ville : réensauvagement de certains espaces, pro- pération.
duction alimentaire lorsque cela est pertinent, etc.
Ce scénario envisage également une fin de la crois-
Cet urbanisme durable (sobre, résilient et inclusif) sance urbaine avec une ruralisation très forte, cor-
recherche la sobriété des projets d’aménagement respondant à l’accélération du signal faible actuel
en requestionnant les besoins de construction au d’une volonté d’habitants urbains diplômés de re-
regard des usages, ce qui conduit à des choix alter- venir « à la campagne » pour y exercer une activité
natifs à la construction ou la rénovation de loge- concrète dont l’utilité est palpable.
ments, locaux tertiaires, zones commerciales, équi-
pements publics. Par exemple, la mutualisation, le Sur les espaces publics, on observe un aménagement
renoncement, la chronotopie9 des lieux, le change- modulable et une réflexion sur les temps de la ville
ment d’usage d’un lieu existant, la lutte et l’anticipa- (chronotopie) vers une intensification de leurs usages.
tion de la vacance, la reconversion des friches, la Ces derniers sont plus inclusifs, réversibles et accom-
densification horizontale et verticale sont des élé- pagnent les changements de comportements vers
ments pris en compte. des mobilités actives (marche, vélo, etc.) intégrant
les enjeux environnementaux, sociaux, économiques,
Au sein de ce scénario, la sobriété dans l’aménage- sanitaires et sociétaux. Les centres-villes se libèrent
ment urbain consiste à renouveler, entretenir et de la place prépondérante de la voiture.
faire évoluer en fonction des besoins les aménage-
ments et infrastructures existants, ce qui évite la Une attention accrue est donnée à la présence de
consommation de ressources et l’étalement, ainsi la nature en ville, par exemple l’accessibilité des parcs
que la dégradation et le déclin des centres-villes, et jardins, la production alimentaire (développement
petits bourgs, zones d’activité et de commerce. de l’agriculture urbaine sociale et solidaire, jardinage
Cette vision est projective. Elle inscrit la sobriété individuel et collectif), le réensauvagement de cer-
des aménagements dans une vision globale du pro- tains espaces où la nature reprend ses droits.
jet de territoire liant la qualité des espaces publics
et le bien-être, plutôt que se conformant à l’idée Concernant la planification urbaine, l’utilisation de
courante de la densité qui favoriserait la dégradation coefficients de végétalisation et de biotope se gé-
de la qualité de vie, voire la santé des citoyens. Une néralise. L’adaptation au changement climatique et
attention particulière est apportée à la qualité de l’atténuation se démocratisent au sein des PLUi et la
la densité urbaine (travail sur les formes urbaines et planification est désormais adaptative : elle s’adapte
les espaces publics, etc.). aux rythmes du changement climatique, aborde une

9 Prise en compte simultanée des dimensions temporelles et spatiales d’un lieu. On peut parler de jour/nuit, travail/loisir,
été/hiver, rapidité d’accès/lenteur. L’exemple le plus probant est la place du village qui s’adapte pour accueillir le marché heb-
domadaire, le stationnement, le banquet/la fête du village, les vœux du maire, la déambulation et les temps de jeu et de pause
pour certains usagers, etc. : www.ville-amenagement-durable.org/Chronotopie-temps-et-lieu-au-service-de-l-amenagement.

86 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

transformation résiliente en fonction des besoins et Concernant la séquence « Éviter, réduire, compen-
des spécificités des territoires. ser », ce scénario met en collaboration les acteurs
des différents territoires (interurbains, intra-urbains,
Dans ce scénario, les efforts réalisés sur la séquence ruraux-urbains) afin de décliner et de cibler la com-
« Éviter, réduire, compenser » portent davantage sur pensation en essayant de contrebalancer ses propres
« éviter » et « réduire » que sur « compenser ». émissions de CO² par le financement de projets de
réduction d’autres émissions ou de séquestration de
carbone.
3.3. Scénario 2 : place
à la participation citoyenne
3.4. Scénario 3 : la smart-city
Ce scénario est similaire à S1, mais il s’en différencie au cœur d’un nouvel esprit
dans la mesure où la participation citoyenne et la coo- haussmannien
pération entre acteurs prennent une place centrale.
Dans un contexte de poursuite de la métropolisation
Au sein de ce scénario, on observe un imaginaire de et de changement climatique, ce scénario se base
l’agilité et de la coopération, qui permet d’adapter sur un imaginaire de la modernité et de l’optimisation
les territoires aux enjeux de la transition grâce à la technique.
coopération entre acteurs d’un même territoire et
de différents territoires (rural/urbain, etc.). Il s’agit de rechercher un idéal de ville parfaite per-
mettant de répondre aux besoins grâce aux innova-
Les réseaux sentinelles sont démocratisés afin de veil- tions techniques. La philosophie s’inscrit dans un
ler sur les usagers de la ville en périodes de canicule. « nouvel esprit haussmannien » : les bâtiments obso-
Ces dernières sont désormais totalement gérées par lètes sont détruits grâce à des technologies qui per-
le comportement des usagers et les caractéristiques mettent de déconstruire et réutiliser les matériaux.
urbanistiques des bâtiments, avec un engagement à Des quartiers optimisés notamment grâce à une
zéro émission de carbone. Un parcours « habitat » optimisation morpho-énergétique, permettant de
permet de reloger les familles sur des logements va- répondre aux nouveaux enjeux de changement cli-
cants et des espaces de partage, de convivialité et de matique, sont construits. L’approche est centrée sur
bienveillance sont intégrés : îlot de fraîcheur, garderie, le modèle de smart-city, la donnée étant au cœur
aide aux courses pour les personnes âgées, etc. du processus d’une société interconnectée par les
services du numérique.
Des actions de concertation, de partage, de participa-
tion citoyenne sont menées sur les éléments suivants : La nature en ville trouve sa place notamment au
travers des nouvelles constructions. Elle est présente
santé et confort : nuisances et pollutions, solutions de manière contrôlée dans les projets d’aménage-
de rafraîchissement et accessibilité, verdissement ment opérationnel : toitures et façades végétalisées
par les usagers de leurs espaces, des rues, des lorsque les conditions climatiques le permettent.
balcons, des terrasses lorsque cela est possible en D’autres solutions de rafraîchissement urbain sont
fonction du contexte climatique local sont travail- envisagées, mettant en exergue les innovations tech-
lés. Les espaces privés contribuent ainsi aux trames niques et technologiques de pointe : chaussée rafraî-
vertes et aux corridors écologiques en ville ; chissante, toits rafraîchissants, etc. La connexion de
plusieurs solutions de rafraîchissement pour obtenir
usages et comportements : mutualisation, espaces des résultats est modélisée afin d’obtenir le potentiel
partagés, zones refuges en cas de crise. Des lieux de rafraîchissement maximal. On combine des solu-
communs sont des espaces de fraîcheur et d’inclu- tions d’adaptation fondées sur la nature avec des
sion ; solutions orientées sur la typomorphologie urbaine
ou sur les propriétés thermiques et réfléchissantes
pédagogie et information. des matériaux, etc. Le coût de ces déploiements est
mis en relation avec les documents de planification
La résilience des usagers est placée au cœur de ce scé- comme le SCoT et le PLUi portant sur des échelles
nario tout comme la résilience des territoires10 : il s’agit spatiales et temporelles imbriquées afin d’obtenir
de faire face et de « se » transformer face aux chocs une mise en cohérence avec les évolutions clima-
inhérents au XXIe siècle : les aléas météorologiques et tiques. En effet, ces innovations permettent d’estimer
climatiques extrêmes intensifiés, les crises sanitaires les solutions les plus adaptées et les plus durables
(comme celle de la Covid-19) ou les chocs en cours et dans un contexte de changement climatique, avec
à venir, qu’ils soient matériels ou immatériels. un type de climat plus chaud, éventuellement des

10 https://wiki.resilience-territoire.ademe.fr/wiki/Qu%27est_ce_que_la_r%C3%A9silience_des_territoires.

87 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

événements climatiques plus fréquents comme les 3.5. Scénario 4 : la technologie


canicules, etc. La nature au sein de ce scénario ap-
porte des services écosystémiques et doit être en
au service d’une ville idéale
symbiose avec les éléments urbains et les activités
Ce scénario est similaire à S3 car il repose sur un
humaines.
imaginaire de la modernité, de l’optimisation tech-
nique et la recherche d’un modèle de ville idéale
La croissance de la ville se fait à la fois par étalement
permettant de répondre aux besoins grâce aux in-
horizontal et croissance verticale associée à un nou-
novations techniques. Ces innovations techniques
vel esprit haussmannien. En effet, les espaces sou-
permettent de modéliser la ville, ses formes, son
terrains de parkings sont reconvertis, de nouveaux
fonctionnement, d’en appréhender et d’en maîtriser
espaces publics sont créés avec une logistique maî-
les meilleures caractéristiques possibles. La techno-
trisée.
logie aide en effet à trouver de nouveaux espaces
constructibles : densification sur la mer, sous-sols
Cela conduit à des politiques de déconstruction/
(notamment pour les activités économiques de type
reconstruction d’ampleur dans des zones où les bâ-
agriculture), grandes hauteurs, etc. Les paramètres
timents sont jugés obsolètes (bâti de mauvaise qua-
bioclimatiques (vent, humidité, hygrométrie, tem-
lité thermique, par exemple) et à une urbanisation
pératures, etc.) sont relevés et suivis pour d’éven-
en extension (par exemple le long des axes de trans-
tuelles modularités des espaces et pour favoriser
port), notamment via un habitat peu économe en
l’information des populations en cas de nécessité
foncier.
grâce à des systèmes d’alertes précoces disponibles
aux échelles intra-urbaines. En effet, la nature est
La reconversion des friches, la réhabilitation des bâ-
représentée comme un danger qu’il faut contrôler
timents vacants et la densification du tissu pavillon-
et exploiter, ce qui diffère de S3 où il s’agit de mettre
naire hors métropoles progressent lentement. Les
en place une économie symbiotique.
« vides » sont considérés comme une opportunité
de densifier le tissu urbain. On met en œuvre d’im-
La nature au sein de ce scénario est technicisée et
portantes opérations d’aménagement qui englobent
dominée grâce au biomimétisme : façades complè-
plusieurs parcelles.
tement végétalisées, arrosage pilotable, mesures
constantes de paramètres météorologiques et cli-
matiques pour optimiser les rendements de l’agri-
culture urbaine lorsqu’elle est déployée, développe-
ment de matériaux perméables et drainants.

L’agriculture urbaine se développe dans ses formes


les plus technologiques (ex. : serres urbaines, conte-
neurs, aquaponie) en récupérant les flux urbains
(chaleur de récupération).

88 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

3.6. L’artificialisation
dans les scénarios

Les principaux paramètres de différentiation et de tures routières et en particulier les constructions


modélisation des scénarios en regard de l’artificiali- de nouvelles routes communales, qui sont à mettre
sation, pour le logement, les services publics, les ac- en lien avec l’étalement urbain. Les autres infrastruc-
tivités industrielles, commerciales, tertiaires, logis- tures de transport ont, d’après les premières esti-
tiques et agricoles, les infrastructures de mobilité et mations, des impacts bien plus faibles sur l’artificia-
de la production d’énergie sont listés dans le Tableau 1. lisation totale. Les niveaux d’artificialisation des
Une appréciation qualitative de l’évolution relative infrastructures apparaissent comme croissants
de ces paramètres entre scénarios y est indiquée. depuis S1 vers S4 (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des voya-
geurs et transport de marchandises).
S’agissant de l’impact des constructions (logements,
tertiaire, industrie, etc.), le travail se base sur l’outil L’impact des modèles d’aménagement proposés
développé par le CGDD [6] afin de modéliser des sur l’usage des terres et la qualité des sols (artificia-
trajectoires possibles vers l’objectif de zéro artifi- lisation, capacité à stocker du carbone, à filtrer
cialisation nette (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments résiden- l’eau…) est central et sera abordé dans un feuilleton
tiels et tertiaires pour la présentation des principes). dédié à ce sujet.

Pour les infrastructures de mobilité, les principales


sources d’artificialisation concernent les infrastruc-

Tableau 1 Paramètres de différenciation et de modélisation des scénarios au regard de l,artificialisation

Paramètres TEND S1 S2 S3 S4

Taux de logements vacants ++ --- --- - ++


Renouvellement urbain/zones d’activités
économiques/réhabilitation et/ou ++ +++ +++ ++ +
transformation bâtiments
Densité bâtie + ++ ++ +++ +
Renaturation + ++
Nouvelles routes communales +++ + + ++ +++
Nouvelles autoroutes ++ + +++
Nouvelles voies cyclables (hors agglo.) + ++ +++ +
Nouvelles voies ferrées + + ++ +++ ++
Agrandissements d’aéroports ++ + ++

Point de vigilance : les « valeurs » pour chaque scénario sont données de manière relative et ne représentent en aucun cas une indication du
poids du paramètre dans le résultat.
N.B. : les paramètres liés à l’évolution du mix énergétique seront présentés dans le feuilleton dédié à l’usage des terres et la qualité des sols qui
paraîtra au premier trimestre 2022.

89 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

4. Vers une meilleure


imbrication des échelles spatiales
et temporelles
La séquence « Éviter, réduire, compenser » est appli- Cette planification se voulant dynamique, voire
quée à l’aménagement et à la planification des ter- « adaptative », elle pourrait être en effet davantage
ritoires mais ses exigences sont inscrites au code de développée pour être mieux articulée avec l’amé-
l’environnement. Au-delà de cette exigence règle- nagement opérationnel.
mentaire, tenir compte dans chacun des scénarios
de ce principe permettrait d’intégrer les contraintes D’après C. Voiron (entretien avec l’ADEME en 2021),
liées aux limites planétaires notamment. L’une des l’expression « planification adaptative » est un
plus prégnantes actuellement en France est celle de concept en émergence, dans une optique proche
la disponibilité de surface en foncier. La compensa- de celle de J. Ahern [17] qui traite de planification et
tion des atteintes à la biodiversité permettant d’at- de design adaptatifs. Il ne s’agit pas de gestion adap-
teindre l’objectif de « zéro perte nette de biodiver- tative mais bien de planification et plus précisément
sité » n’est en effet possible que dans les limites des de planification territoriale multi-échelles. L’objectif
territoires disponibles en France pour l’exercer. visé n’est pas uniquement
l’adaptation au changement
Les paramètres (nature, niveau de précision et de climatique, mais aux diverses L’objectif visé n’est pas
quantification) utilisés dans cette prospective pour formes de changements à ve- uniquement l’adaptation
qualifier l’évolution de l’aménagement territorial et nir, prévisibles et imprévisibles. au changement climatique,
de la planification urbaine sont soit insuffisants, soit Cette planification « adapta- mais aux diverses formes
inadaptés pour permettre d’évaluer leurs incidences tive » est prise dans le sens de de changements à venir,
sur les différents cobénéfices. La biodiversité en est réajustement de la stratégie prévisibles et imprévisibles.
un exemple. territoriale et des actions pro-
grammées qui en découlent
En effet, il serait judicieux de prendre davantage en et non pas en ce qu’elle se distingue de l’atténuation.
considération l’imbrication des échelles spatiales et Ce réajustement s’impose du fait du caractère évo-
temporelles et de disposer d’une information spatia- lutif de l’adaptation. En effet, d’une part, le contexte
lisée : une même activité peut engendrer des impacts global et local évolue continuellement et, d’autre
complètement différents selon le type de territoire part, les choix opérés antérieurement (décisions po-
concerné, notamment au regard de sa sensibilité et litiques, action engagée ou inaction) font évoluer la
de ses enjeux. Cette spatialisation est particulièrement capacité d’adaptation du territoire dans un sens ou
importante à connaître concernant la nature en ville. dans l’autre. La capacité d’adaptation à un instant
La végétalisation ne pourra pas être le remède à toutes T n’est donc pas garante de la capacité à l’instant
les configurations urbaines car elle reste tributaire des T + 1. Elle est donc à reconsidérer continuellement
conditions climatiques locales qui évoluent vers des au regard des évolutions conjointes du système ter-
climats plus chauds à l’horizon 2050. Il faudrait éga- ritorial et de son environnement [18]. Ce réajuste-
lement mesurer les variables du système mis en ment qui s’impose dans l’optique de la recherche
exergue : la ressource en eau est-elle conséquente ? s’impose également dans celle de la planification.
L’effet rafraîchissant des solutions d’adaptation fon- Cette notion de planification « adaptative » fait écho
dées sur la nature (SAfN) est-il probant ? au concept de mutabilité développé en urbanisme.

Cet exercice devrait également prendre en compte


davantage la planification urbaine, peu étudiée dans
les récits des scénarios ci-dessus, pour combiner à
la fois les temporalités liées à la mise en place des
documents de planification (ex. : environ 30 ans sur
les SCoT) mais aussi celles du changement climatique.

90 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION AMÉNAGEMENT TERRITORIAL ET PLANIFICATION URBAINE

5. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

[1] Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérè- [11] IPCC, Summary for Policymakers in « Climate Change 2021: The
glement climatique et renforcement de la résilience face à ses Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the
effets (Journal officiel du 24 août 2021). Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on
Climate Change » [V. Masson-Delmotte, P. Zhai, A. Pirani, S. L.
[2] ADEME, Stratégie Urbanisme Durable de l’ADEME. Inspirer, Connors, C. Péan, S. Berger, N. Caud, Y. Chen, L. Goldfarb, M. I.
accompagner et animer les acteurs de l’urbanisme dans la tran- Gomis, M. Huang, K. Leitzell, E. Lonnoy, J.B.R. Matthews, T. K.
sition écologique et énergétique pour des territoires désirables, Maycock, T. Waterfield, O. Yelekçi, R. Yu and B. Zhou (eds.)],
partagés, équilibrés, 2018, 16 pages. Cambridge University Press, 2021.

[3] ADEME, Réussir la planification et l’aménagement durables, Les [12] George C. Hurtt et al., Harmonization of global land use change
cahiers techniques de l’AEU, 5 : « Construire la ville sur elle- and management for the period 850-2100 (LUH²) for CMIP6,
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13-5425-2020), 2020.
[4] CGET, Regards sur les territoires, rapport 2017, 2018, 160 pages.
[13] Marianne Guerois et Denise Pumain, Des tendances de l’urba-
[5] Ministère de la Transition écologique, Plan biodiversité (https:// nisation en France et en Europe, 2017, p. 18, ffhal-02270043f
www.ecologie.gouv.fr/nicolas-hulot-presente-plan-biodiver- (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02270043/document).
site-loccasion-du-premier-comite-interministeriel-biodiversite),
2018. [14] Martin Vanier, 28 scénarios de prospective territoriale pour la
France : relecture transversale, L’Information géographique,
[6] CGDD, Trajectoires vers l’objectif « zéro artificialisation nette », 2015/2 (vol. 79), p. 79-91, doi: 10.3917/lig.792.0079 (https://www.
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nette.pdf), 2019. [15] Rahim Aguejdad et al., Étalement urbain et géoprospective :
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[7] Kjersti Fløttum et Øyvind Gjerstad, Narratives in climate change European Journal of Geography, Systèmes, Modélisation, Géos-
discourse, Wiley Interdisciplinary Reviews: Climate 23 Change, tatistiques, document 782, mis en ligne le 14 juin 2016 (http://
8(1), e429, doi:10.1002/wcc.429, 2017. journals.openedition.org/cybergeo/27668).

[8] Mithra Moezzi et al., Using stories, narratives, and storytelling [16] Sylvain Grisot, Manifeste pour un urbanisme circulaire, éditions
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[17] Jack F. Ahern, From fail-safe to safe-to-fail: Sustainability and
[9] Sampada Dessai et al., Building narratives to characterise un- resilience in the new urban world, Lanscape and Urban Planning,
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tion , Environmental Research Letters, 13(7), 074005,
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[10] Theodore G. Shepherd et al., Storylines: an alternative approach 2020.
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018-2317-9, 2018.

91 Transition(s) 2050
01 ÉVOLUTION DE
LA CONSOMMATION

2. Bâtiments résidentiels
et tertiaires
1• La transition 6• Ne négliger
des bâtiments : aucun levier
une multiplicité d’action
de leviers à actionner 165
93
7• Limites et
2• Un parc immobilier perspectives
en progression constante 167
97
8• Références
3• Le bâtiment bibliographiques
reflète des situations 169
économiques et sociales
contrastées 9• Annexe :
102 évolution
des principales
4• Méthode et outils variables
de quantification du secteur
des scénarios 170
107

5• Les scénarios
explorent des stratégies
bien distinctes
111

92 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

1. La transition des bâtiments :


une multiplicité de leviers
à actionner
Les bâtiments sont un élément essentiel de notre Ces leviers d’adaptation du cadre bâti aux évolutions
cadre de vie car ils abritent des activités humaines sociales du XXe siècle sont aujourd’hui confrontés à
fondamentales : se loger, produire, se soigner, se di- deux défis majeurs :
vertir… Si le cadre bâti évolue peu, avec une hausse
de seulement 1,1 % par an en moyenne du parc de les limites planétaires. Sur la dernière décennie, la
logements au cours de ces trente dernières années, construction de logements contribue à 70 % de
les besoins qui lui sont adressés, eux, évoluent. De l’artificialisation des sols [5]. Les bâtiments repré-
fait, l’histoire des bâtiments est celle d’une adapta- sentent en France 45 % des consommations finales
tion permanente et réciproque entre le cadre bâti d’énergie, soit 30 % pour les logements, 15 % pour
et ses occupants. le tertiaire et près de 22 % des émissions de GES
nationales : 14,5 % pour les logements, 7,4 % pour le
Pour répondre aux évolutions passées, comme la tertiaire [6]. À ces émissions directes, s’ajoutent les
croissance démographique et économique, ou la impacts liés à leur construction et leur démolition.
tertiarisation de la société, plusieurs leviers d’adap- Les produits de construction et équipements re-
tation ont été utilisés : présentent de 65 à 85 % de la totalité des émissions
de GES liées au cycle de vie d’un bâtiment neuf1 [7] ;
l’amélioration du parc ancien (lutte contre l’insalu-
brité et le logement indigne). L’Agence pour l’amé- les évolutions de l’environnement (changement
lioration de l’habitat a par exemple été créée en climatique, perte de biodiversité…). Leur impact
1971 pour améliorer les logements locatifs privés sur la capacité des bâtiments à assurer leur fonction
construits avant 1948 qui ne disposaient pas encore est encore peu anticipé.
des trois éléments de confort de base à savoir WC,
salle de bain et chauffage central ;

la construction neuve. Depuis les années 1980, le


nombre total de logements dont la construction
est entamée chaque année est en moyenne de
360 000 [1]. La France est le pays européen qui
construit le plus de logements par habitant [2] ;

l’augmentation des surfaces unitaires. Depuis les


années 1980, le nombre de mètres carrés tertiaires
croît plus vite que la population [3] et la surface
moyenne de résidence principale par personne est
passée de 25 m2 en 1973 à 40 m2 en 2013 [4] ;

la spécialisation des surfaces, en construisant des


bâtiments destinés à abriter une fonction particu-
lière. Par exemple, les premiers bureaux répondant
à des caractéristiques fonctionnelles et techniques
standardisées datent des années 1970.

1 Selon la méthode d’analyse de cycle de vie statique


utilisée dans E+C-.

93 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Par ailleurs, le futur ne peut pas se penser à société À l’échelle de chaque bâtiment, les leviers s’illustrent
constante. Si certaines évolutions, comme le vieillis- différemment :
sement de la population (doublement du nombre
de personnes de plus de 75 ans en 2050) sont des la sobriété signifie :
tendances lourdes qu’on peut anticiper, d’autres sont – utiliser moins d’équipements. Par exemple, réduire
plus incertaines. Quelle évolution des modes de vie ? le nombre de petits équipements de cuisine des
Du travail ? De la consommation ? Quel impact du ménages, augmenter la durée de vie de l’électro-
numérique ? ménager et des produits électroniques (réparer,
acheter de la seconde main…), les mutualiser, etc. ;
En résumé : comment réussir l’adaptation réciproque – mieux les dimensionner. Par exemple, assurer un
entre cadre bâti et évolutions sociales tout en rédui- juste dimensionnement des ballons d’eau chaude
sant l’empreinte environnementale de nos bâti- sanitaire (ECS) ou des chaudières (puissance, vo-
ments ? lume…), mais aussi des réfrigérateurs et des ma-
chines à laver par rapport aux besoins, etc. ;
Pour répondre à ce défi, quatre leviers d’action sont – moins les utiliser : chauffer seulement certaines
activables : la sobriété (réduire le besoin en res- pièces, diminuer le nombre de cycles de lavage
sources, dont l’énergie), l’efficacité (augmenter le du linge, etc. ;
service rendu par la consommation d’une unité de
ressources/d’énergie), l’utilisation de matériaux ou l’efficacité signifie augmenter le sercice rendu par
d’énergies moins dommageables pour l’environne- la consommation d’une unité d’énergie ou de res-
ment, et enfin, la compensation des impacts rési- sources. Cela nécessite d’isoler l’enveloppe du bâti.
duels. Dans le domaine du bâtiment, ils se déclinent Mais cela passe aussi généralement par le rempla-
à deux échelles : celle du parc dans son ensemble et cement des équipements anciens par de nouveaux
celle de chaque bâtiment. plus efficaces lors de rénovations (changement des
équipements de chauffage…) ou lors de leur renou-
À l’échelle du parc bâti, ils se traduisent de la manière vellement (achat d’une nouvelle machine à laver
suivante : plus efficace, installation d’une pompe à chaleur
plutôt que d’un climatiseur mobile à très bas ren-
la sobriété consiste principalement à réduire la dement…). Cela passe aussi par l’intégration d’équi-
surface par personne. Selon l’indice actuel de peu- pements performants dans la conception des bâ-
plement des logements, en 2013, 70 % des ménages timents neufs. Cependant, le renouvellement
(85 % pour les plus de 65 ans) occupent des loge- d’équipements n’a de sens sur le plan environne-
ments disposant d’au moins une pièce de plus que mental que si son bilan global en analyse de cycle
la norme (ces chiffres n’incluent pas tous les étu- de vie est positif. Pour certains équipements, allon-
diants) [8]. Si cet indice nécessite d’évoluer pour ger la durée de vie peut être une option préférable
prendre en compte les transformations sociales (voir notamment [10]) ;
(familles recomposées, télétravail…) [9], ce phéno-
mène historique de desserrement reste encore un la substitution par des matériaux ou des énergies
impensé des politiques de transition écologique, peu impactants pour l’environnement. Pour les
alors que le vieillissement de la population pourrait matériaux, il s’agit d’adopter des modes construc-
l’accentuer ; tifs faisant appel à des matériaux et des équipe-
ments moins impactants pour l’environnement,
l’efficacité consiste à répondre aux besoins de bâ- voire qui stockent du carbone, comme des bioma-
timent via une optimisation de l’utilisation du parc tériaux. L’histoire du bâtiment est celle d’une com-
existant plutôt que par la construction neuve. Il plexification croissante des matières premières
s’agit de réduire la vacance des bâtiments, qu’elle entrant dans sa conception. Elle s’est doublée d’un
soit de longue durée (réhabilitation des logements élargissement géographique des périmètres d’ap-
vacants dégradés…), éphémère (urbanisme transi- provisionnement. Les stratégies actuelles dans le
toire…), voire récurrente (écoles et bureaux vides bâtiment se déclinent autour de trois leviers prin-
soir et week-end pouvant accueillir des activités, cipaux : la substitution des minéraux de construc-
résidences secondaires pouvant être transformées tion à forte émission de CO² par d’autres ressources
en résidences principales…). S’y ajoutent des choix domestiques à faibles émissions, la réparabilité des
urbains et architecturaux permettant d’utiliser ef- équipements et enfin, le réemploi, la réutilisation
ficacement le foncier (renouvellement urbain, re- et le recyclage. L’usage de matériaux biosourcés
cyclage des friches, densification) et d’adapter le durables peut par ailleurs contribuer au stockage
bâti, sur le long cours, à des changements d’usage du carbone séquestré en amont, la durée de ce
(réversibilité des espaces…) pour éviter de détruire stockage étant fonction de la durée de vie du ma-
pour reconstruire.

94 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

tériau. Pour les énergies, il s’agit de remplacer les impactantes (notamment via le développement de
équipements alimentés à l’énergie fossile par de réseaux de froid et de chaud).
nouveaux fonctionnant à l’aide d’énergies renou-
velables voire décarbonées et aussi, lorsque c’est Par ailleurs, l’activité du secteur bâtiment (construc-
pertinent, de produire une énergie renouvelable ; tion, rénovation et démolition) implique des consom-
mations d’énergie dans les secteurs de l’industrie ou
la compensation des impacts résiduels : ce levier pour les chantiers, qui peuvent également faire l’ob-
pourrait être activé pour les émissions de GES des jet d’actions de sobriété, d’efficacité, de recours à
bâtiments neufs quand celles-ci ne peuvent pas des énergies ou matériaux moins impactants ou de
être évitées par exemple par contribution financière compensation.
au développement d’infrastructures industrielles
de type captage et stockage de carbone (CCS). Le Tableau 1 présente l’ensemble des leviers d’action.
Ils ne sont pas tous de même nature. En effet, alors
Enfin, certains leviers sont actionnables à une échelle que la sobriété et l’efficacité sont des leviers internes
intermédiaire entre le parc dans son ensemble et le au secteur du bâtiment, le recours aux énergies dé-
bâtiment : celle du quartier. À cette échelle, il est carbonées et la compensation déplacent la respon-
possible d’agir pour limiter la surface par personne sabilité de l’action vers d’autres secteurs (filière de
(notamment lorsque le bâtiment rend service au stockage du CO², développement des énergies re-
quartier, via par exemple un parking à vélo commun nouvelables…). Mettre l’accent sur un levier plutôt
qui évite d’en créer un dans chaque immeuble), d’op- qu’un autre relève d’une décision politique quant à
timiser l’usage des ressources foncières (renouvelle- la répartition de l’effort de transition entre secteurs
ment urbain, réhabilitation des friches, densification) et le rôle que le bâtiment doit jouer dans cette tran-
ou de permettre le développement d’énergies moins sition.

Tableau 1 Leviers d’action de la transition écologique des bâtiments et de leur adaptation au changement climatique

Sobriété Efficacité Énergies ou matériaux Compensation Adaptation au


Réduire le besoin Augmenter le service rendu par moins impactants Compenser les impacts changement climatique
en énergie et ressources la consommation d’une unité résiduels
Utiliser des énergies et Anticiper et gérer l’impact
d’énergie ou de ressources matériaux peu impactants des aléas climatiques
pour l’environnement

À l’échelle du parc (ou du quartier)


• Limiter la surface • Optimiser l’usage du parc • Développer les réseaux • Capter et stocker • Anticiper les impacts
par personne existant pour construire de froid et de chaleur le carbone pour sur la répartition et la
moins urbains compenser les composition du parc
• Optimiser l’usage émissions du secteur immobilier
du foncier bâtiment • Aménager le quartier
pour atténuer les aléas
climatiques (vagues de
chaleur…)
À l’échelle du bâtiment
Ensemble des usages assurant le confort thermique et le soutien à la vie quotidienne :
chauffage, eau chaude sanitaire, climatisation, ventilation, cuisson, électroménager, produits bruns et gris2…
• Utiliser moins • Réemployer, réutiliser, • Adopter des modes • Compenser les • Anticiper les aléas
d’équipements, recycler les matériaux constructifs avec des émissions carbone des climatiques qui
mieux les et équipements matériaux bâtiments neufs (si non affecteront l’intégrité
dimensionner et équipements moins évitables) des constructions
impactants • Stocker le carbone • Adapter le bâti et
dans les matériaux ses équipements à
l’évolution des besoins
énergétiques des
occupants
• Améliorer l’isolation • Changer le vecteur
thermique de l’enveloppe énergétique*
du bâtiment
• Améliorer le rendement
des équipements*

* La notion de rénovation énergétique recouvre ces trois actions, à des degrés divers en fonction de la manière dont la rénovation performante est définie.

2 Écran, ordinateur, tablette, boîtier, lecteur, console, imprimante, compteur, capteur/objet connecté, smartphones et appareils
mobiles, Internet des objets (intelligence artificielle, robots, objets connectés, assistants virtuels), autres (casques bluetooth,
etc.).

95 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Ces leviers concernent à la fois le bâti (neuf ou exis- cuisson…). Le potentiel de réduction de consom-
tant) et la manière de l’occuper (la vie quotidienne mation de ces équipements fait appel à des leviers
des occupants). d’action qui recoupent à la fois la sobriété et l’effi-
cacité et dans une moindre mesure, l’adoption
Pour les bâtiments neufs, les leviers d’action existent d’énergies moins impactantes (par exemple pour
à l’échelle de chaque bâtiment, tous les gains éner- la cuisson). Le défi de la transition sur la prochaine
gétiques possibles sur l’enveloppe ou les systèmes décennie sera une évolution des modes de vie et
n’ayant pas encore été engrangés. Cependant, les des pratiques sociales qui permet d’aller au-delà
améliorations obtenues grâce aux réglementations des gains permis par la seule amélioration de l’ef-
thermiques successives diminuent le potentiel de ficacité énergétique des équipements.
ce levier d’action et déplacent la focale sur l’impact
environnemental sur tout le cycle de vie (au-delà À ces leviers d’action de transition s’ajoute la néces-
de la consommation d’énergie pendant la phase sité d’adapter les bâtiments aux changements envi-
d’exploitation). ronnementaux : changement climatique, évolution
de la biodiversité, diminution de l’accès à certaines
Le levier d’action clé pour les bâtiments existants ressources. Le changement climatique aura des im-
est leur rénovation énergétique. Cette notion re- pacts très divers sur le bâtiment : à cette échelle, les
couvre à la fois la sobriété (baisse du besoin ther- besoins énergétiques des occu-
mique par isolation de l’enveloppe, consignes de pants évolueront et les aléas
températures ou évolutions des comportements), climatiques affecteront l’inté-
l’efficacité (amélioration du rendement des équipe- grité des constructions. À Il est nécessaire
ments) et l’adoption d’énergies renouvelables, voire l’échelle des territoires, la ges- d’adapter les bâtiments
décarbonées. À l’heure actuelle, le rythme de réno- tion du rafraîchissement urbain aux changements
vation énergétique des bâtiments en France est in- et des eaux pluviales (lors d’évé- environnementaux.
suffisant pour répondre aux engagements clima- nements météorologiques in-
tiques. L’enjeu est triple : massifier (augmenter le tenses et de canicules) sera
nombre de bâtiments rénovés), approfondir les ré- déterminante pour réduire l’ex-
novations (améliorer l’impact énergétique de chaque position climatique d’un bâtiment. Les chaînes d’ap-
rénovation) et améliorer la qualité (rénover mieux provisionnement, les conditions de travail en pé-
afin que les économies d’énergie soient effectives). riodes estivales, la disponibilité de la main-d’œuvre
Le défi est de taille : la demande actuelle pour une et les budgets des ménages seront également affec-
rénovation d’ampleur est embryonnaire et reste tés, ainsi que la répartition et la composition du parc
cantonnée à certains segments de maîtres d’ouvrage immobilier (par exemple dans les zones littorales
professionnels (bailleurs sociaux dans le résidentiel, soumises au risque d’érosion côtière). La certitude
foncières dans le tertiaire). Par ailleurs, la filière du des changements climatiques à venir demande la
bâtiment souffre d’un déficit d’attractivité et n’est mise en place de stratégies d’adaptation pour le
pas encore organisée pour répondre à une augmen- bâtiment (cf. chapitre 1.3. Adaptation au changement
tation de la demande tout en assurant la qualité des climatique).
rénovations.
Ce chapitre inclut les secteurs résidentiel et tertiaire3.
La vie dans un logement ou l’occupation d’un local L’ensemble des résultats présentés ici ont fait l’objet
tertiaire repose sur l’utilisation d’équipements de corrections post-modèles pour être intégrés au
consommateurs d’énergie (produits électroniques bilan énergétique global (cf. chapitre 1.1. Ambitions,
et électroménagers, éclairage, équipements de objectifs, méthodes).

3 Les consommations des bâtiments agricoles et industriels sont intégrées, mais non explicitées, dans les secteurs « Agriculture »
et « Industrie ».

96 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

2. Un parc immobilier
en progression constante
2.1. Évolutions socio-économiques
2.1.1. Confort et évolution des usages ont grandissante dans le secteur numérique pour gérer,
profondément modifié les attentes vis-à- stocker et traiter tous les contenus numériques du
vis du logement quotidien ;

Les grands éléments de rétrospective dans le do- la complexification des parcours résidentiels du
maine du logement sont (éléments adaptés de [11]) : fait, notamment, des ruptures de vie (nouveau tra-
vail, naissances, divorce, chômage…). « L’augmen-
le développement du confort comme norme sociale tation de la période de la jeunesse et du temps
centrale. Succédant à l’hygiénisme du XIXe siècle, la d’études tend à repousser l’âge du départ du foyer
norme de confort s’est développée à la croisée entre familial de la part des jeunes (phénomène « Tan-
progrès techniques (chauffage central…) et politiques guy »), et à créer des situations d’allers et retours,
publiques (définition des éléments de confort mini- entre logement à soi et logement des parents (« en-
maux). Elle se traduit notamment par l’augmentation fants boomerang »). Et explique en partie que les
de la surface par personne (la norme sociale d’une parents maintiennent une chambre pour les jeunes,
chambre par enfant s’étant par exemple imposée) de longues années après leur départ » [11]. Pour
[12]. Le confort s’étend aussi aux équipements. Le autant, la mobilité résidentielle n’a pas augmenté,
taux d’équipement des ménages a augmenté, sous l’effet de l’augmentation de l’accès à la pro-
d’abord en électroménager, puis en produits bruns priété, du vieillissement de la population et de
et gris (électroniques). Aujourd’hui les représenta- conditions économiques moins favorables. Cela
tions du confort du logement évoluent, pour deve- n’aide pas à trouver une meilleure adéquation entre
nir synonymes d’intimité, de protection et de bien- surface de logement et taille du ménage ;
être (le « cocooning »). Les pièces supports du
bien-être corporel, comme la cuisine ou la salle de le regain d’intérêt pour les espaces mutualisés. L’ex-
bains, sont désormais fortement investies. Plus ré- périence la plus connue et la plus pratiquée est la
cemment sont apparus de nouveaux critères de colocation, dont un Français sur quatre déclare
confort : couverture par les réseaux haut débit, qua- avoir fait l’expérience, mais qui reste associée aux
lité sanitaire (qualité de l’air intérieur notamment), années de jeunesse et à une expérience de court
etc. Le problème est que la norme de confort ac- terme [13]. La mutualisation d’espaces (buanderies,
tuelle s’articule difficilement avec les enjeux de terrasses, chambres d’amis…) a reçu une attention
transition écologique. Or, de la réussite de cette renouvelée ces dernières années de la part des pro-
articulation dépendra celle de la transition dans les moteurs privés ainsi que les expériences d’habitat
usages quotidiens des logements ; participatif (qui bénéficient d’un regain d’intérêt,
notamment avec l’appui des collectivités territo-
la tertiarisation du logement, c’est-à-dire la réalisa- riales). Il est encore trop tôt pour savoir s’il s’agit
tion, à l’intérieur du logement, d’activités « ter- d’une tendance amenée à se développer, ni même
tiaires » (s’instruire, se divertir, réaliser des dé- si ces espaces permettent une baisse de la surface
marches administratives, télétravailler…) auparavant par personne ou s’ils viennent ajouter de nouvelles
réalisées dans des locaux dédiés à cet effet. « Elle surfaces aux espaces privatifs ;
s’appuie sur l’essor du temps libre et plus récem-
ment sur les outils numériques. De plus, le fraction- le logement occupe une place de plus en plus im-
nement des emplois du temps peut faire rechercher portante dans les dépenses contraintes des mé-
une optimisation des déplacements. Les contraintes nages. La part des dépenses pré-engagées pour le
financières poussent à moins sortir et à réaliser des logement dans le revenu disponible brut des mé-
loisirs moins coûteux, chez soi [11]. » Cette tendance nages est en effet passée de 13,8 % en 1975 à 23,2 %
pousse à une augmentation de l’intensité d’usage en 2013, pour redescendre légèrement par la suite
des logements, mais également à une augmentation (22,5 % en 2019) [14]. Cette hausse est due à une
des flux de données numériques, sans que son im- augmentation continue des prix des logements,
pact sur la baisse des surfaces tertiaires soit pour bien supérieure au rythme de l’inflation et à celui
l’instant avérée. En outre, ce surcroît d’activités du revenu disponible brut des ménages depuis les
dans les logements nécessite une infrastructure années 2000.

97 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

2.1.2. L’évolution des modes de vie a eu


un très fort impact sur le parc tertiaire

La grande diversité du secteur tertiaire requiert une analyse rétrospective par branche (Tableau 2).

Tableau 2 Immobilier tertiaire, rétrospective des tendances par branche

Branche Analyse rétrospective


Bureaux Fort développement des emplois de bureau depuis le milieu du XXe siècle (tertiarisation
(221 millions m² de l’économie). La construction de bâtiments à usage spécifique date de la fin de la
de surface chauffée Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1970, les bureaux sont un produit
en 2015) immobilier standardisé. Le marché est soumis à des cycles de surproduction, puis
d’augmentation de la vacance, au gré des cycles économiques et de dynamiques
propres. Malgré cela, la surface augmente de façon importante et régulière. Le parc
est aujourd’hui concentré dans les métropoles régionales. La tendance est à
l’augmentation du niveau de services (accueil centralisé, gestion des accès et de la
sécurité, restauration, auditorium, salles de sport, conciergerie, crèche d’entreprise…).
Les espaces de travail sont en constante évolution. Open space à partir de la fin des
années 1990, espaces paysagers dans les années 2010. Malgré ces évolutions, le ratio
de surface moyenne en Île-de-France reste stable sur longue période, les surfaces ayant
changé d’affection (bureaux individuels vers des espaces collectifs). Parmi les évolutions
récentes, on peut citer le nomadisme (télétravail, co-working…) rendu possible par le
numérique. En 2017, la France comptait 10 fois plus d’espaces de co-working que 10
ans auparavant. Ces évolutions participent d’une augmentation du rythme
d’obsolescence des bureaux.
Cafés-hôtels- Le secteur a bénéficié de l’augmentation du temps libre et du tourisme, notamment
restaurants international (83 millions de touristes en France en 2016 contre 30 en 1980). Parmi les
(64 millions m² tendances récentes : développement du numérique, notamment des plateformes de
de surface chauffée réservation ou de location, multiplication des courts séjours ( city-breaks )
en 2015) « instagramables » par les plus jeunes, spécialisation de l’offre et développement
d’hébergements insolites, montée en gamme générale des hébergements, ouverture
d’hôtels urbains sur leur quartier (café, co-working…). Le parc hôtelier fait face à des
enjeux importants de mise aux normes (incendie, accessibilité). Le développement de
la restauration est porté par la féminisation de l’emploi, l’accélération des modes de
vie, le nomadisme alimentaire… Sur ces 20 dernières années, la restauration hors
domicile et la restauration rapide ont crû, ainsi que les groupes et les chaînes. Sur ces
10 dernières années, certaines tendances émergent : la restauration hors domicile se
fait moins au restaurant. On assiste à la montée en puissance des petites surfaces de
proximité, de la vente en ligne et de nouveaux circuits hors foyer (offres snacking des
boulangeries, espaces snacking de la grande distribution, livraison...). Aujourd’hui,
l’attente du consommateur se partage entre restauration « utilitaire » (rapide) et
« festive » avec une recherche croissante de qualité, d’authenticité.
Commerces La grande diversité des activités du commerce se traduit par une grande hétérogénéité
(211 millions m² des bâtiments. À partir des années 1960, l’immobilier de commerce a connu une
de surface chauffée profonde mutation : d’un côté, le passage de la petite entreprise artisanale pratiquant
en 2015) la vente traditionnelle à la grande entreprise de distribution, de l’autre, la modification
de la structure commerciale et du paysage commercial des villes (essor des magasins
de grandes et moyennes surfaces). À partir de la fin des années 1980, on commence
à constater un découplage entre la dynamique de consommation et la croissance des
surfaces commerciales. Depuis les années 2000, on constate plusieurs évolutions
concomitantes : la baisse de l’attrait des hypermarchés, un certain regain du commerce
de proximité, l’augmentation de la vacance commerciale, l’adaptation de l’offre
commerciale (les centres commerciaux entament une mutation vers les loisirs), un
ralentissement de la construction et la croissance totale des surfaces commerciales,
couplé à une augmentation des volumes vendus, et ce, quelle que soit la forme de
commerce considérée. Le développement du e-commerce entraîne un fort
développement de l’immobilier logistique.

Suite page suivante

98 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Enseignement- Le développement du secteur est concomitant de la massification de l’éducation


recherche (primaire et secondaire, puis supérieure) et du développement de l’économie de la
(187 millions m² connaissance. La construction de locaux d’enseignement a permis de répondre éga-
de surface chauffée lement à la croissance démographique et aux évolutions de l’aménagement du territoire
en 2015) (métropolisation). Plus de la moitié du parc d’enseignement a été construit entre les
années 1960 et 1990. L’architecture des écoles a évolué, notamment pour accueillir de
plus en plus de salles aux fonctions spécifiques en plus des salles de classes (salle in-
formatique, bibliothèque, salle d’art plastique…). Les bâtiments d’enseignement pré-
sentent des spécificités (notamment un usage fortement intermittent), et des
contraintes spécifiques en termes de rénovation énergétique (rénovation en site oc-
cupé ou pendant les congés).
Santé La France est le pays au monde où le nombre d’établissements de soins publics et
(114 millions m² privés rapporté à la population est le plus élevé : 3 200 pour 63 millions d’habitants
de surface chauffée (1/20 000 habitants), contre en moyenne 1/40 000 en Europe. Les frontières dans la
en 2015) répartition des activités de soins se redessinent depuis quelques années (tournant
ambulatoire, spécialisation des plus gros établissements d’une région, concentration
progressive de l’offre clinique…). Le parc des bâtiments de santé est relativement an-
cien, et son architecture a fortement évolué au fil des âges, de l’organisation pavillon-
naire des hôpitaux anciens aux établissements compacts des années 1970. Aujourd’hui,
l’architecture hospitalière doit évoluer pour prendre en compte l’évolution des
techniques médicales (et notamment l’informatique biomédicale). L’obsolescence du
bâti s’accélère. La dynamique de rénovation se heurte aux difficultés d’intervention
en site occupé.
Habitat Depuis le milieu des années 2000, on note une augmentation du besoin concernant
communautaire plusieurs types de public : les personnes âgées, les personnes en difficulté sociale et
(70 millions m² les étudiants. Les places d’hébergement proposées aux adultes et familles en difficul-
de surface chauffée té sociale sont en augmentation de 39 % depuis 2012. La démocratisation de l’ensei-
en 2015) gnement supérieur a entraîné une forte demande en logements étudiants, à ce stade
encore non satisfaite, le principal frein étant le foncier. Le nombre de résidents en
EPHAD est en augmentation d’environ 2,2 % par an et les résidences séniors connaissent
un regain d’intérêt. L’habitat communautaire prend une place de plus en plus impor-
tante dans la construction de logements neufs.
Sports, loisirs, Les activités de sports, loisirs et culture se sont développées grâce à l’augmentation
culture du temps libre, qui s’est traduit par une augmentation de la fréquentation des lieux
(71 millions m² culturels et de la pratique du sport (bien qu’elle se double d’une augmentation de la
de surface chauffée sédentarité). Dans les années 1970 et 1980, de vastes programmes gouvernementaux
en 2015) de construction d’équipements sportifs ont été lancés. Cependant, on constate à
l’heure actuelle un décalage entre l’offre (équipements publics largement liée à l’or-
ganisation de compétitions) et la demande (pratiques pour des motivations hygiénistes
et ludiques). En conséquence, des offres privées à caractère commercial se sont dé-
veloppées. Il existe encore en France des carences d’équipements (en piscines, notam-
ment dans les quartiers prioritaires de la ville). Les maisons de la jeunesse (y compris
les maisons de quartier) dominent le parc de bâtiments de loisirs et culture, tant en
nombre qu’en surface. Malgré la hausse continue des surfaces dédiées à ces activités
depuis les années 1980, il reste des territoires sous-dotés. Le Plan « Culture près de chez
vous » identifie ainsi 86 bassins de vie considérés comme « zones blanches » (i.e. zones
dans lesquelles il y a moins d’un équipement culturel public pour 10 000 habitants).

99 Transition(s) 2050
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

2.2. Parc bâti 2.3. Impacts environnementaux


2.2.1. La surface et le nombre de logements Deux méthodes complémentaires permettent
augmentent d’apprécier les pressions d’un secteur tel que celui
du bâtiment sur l’environnement :
Le parc de logements en France métropolitaine est
en augmentation constante. Depuis trente ans, le l’approche par l’empreinte environnementale, qui
nombre de logements s’accroît de 1,1 % par an en englobe l’ensemble des impacts associés à la de-
moyenne. Les logements individuels ont presque tou- mande intérieure (en France), c’est-à-dire en prenant
jours représenté la majorité des logements construits en compte les impacts environnementaux liés à
entre 1980 et 2010, mais la part des logements col- l’importation de biens et services et en retirant
lectifs augmente depuis les années 2010. Les loge- ceux liés aux exportations. Il n’existe pas de suivi
ments vacants, les résidences secondaires et loge- de long terme de l’empreinte environnementale
ments occasionnels participent de plus en plus à la des bâtiments en France. À titre indicatif, en 2007,
croissance du parc [15]. le logement était (avec le transport, l’alimentation
et les services) un des quatre principaux postes
La surface moyenne par personne a augmenté, pas- de l’empreinte carbone des ménages français. Il
sant de 25 m2 en 1973 à 40 m2 en 2013 pour les rési- représentait alors 1,9 tCO²eq (sur une empreinte
dences principales. Corolaire de cette évolution, le totale de 12,2 tCO²eq) et était stable depuis les
nombre de personnes par ménage a diminué de 2,6 années 1990 [17] ;
en 1990 à 2,2 en 2016. Cette tendance tend à s’amoin-
drir. La surface des maisons neuves continue d’aug- l’approche par inventaire, qui compte les impacts
menter (+ 1 % de 2006 à 2013 ; surface moyenne ac- physiquement créés à l’intérieur du pays, c’est-à-dire
tuelle 112 m² ; 4,9 pièces en moyenne), mais celle des en intégrant l’impact des produits et services desti-
appartements stagne depuis 25 ans et recule même nés à l’exportation, mais sans prendre en compte
entre 2006 et 2013 (- 4 % ; surface moyenne actuelle les importations. La consommation d’énergie et les
63 m² ; 2,9 pièces en moyenne) [8]. émissions de GES présentés dans cette section re-
lèvent de cette approche.

2.2.2. La hausse du parc tertiaire est tirée Il n’existe pas de vue d’ensemble des impacts envi-
par les bureaux4 ronnementaux des bâtiments ni de leur évolution
dans le temps. Selon les sujets, l’évolution des pres-
Depuis trente ans, le parc tertiaire s’accroît en surface sions exercées sur l’environnement par l’usage des
de 1,4 % par an en moyenne [3]. Trois branches (com- bâtiments évolue de manière contrastée. Par
merce, bureaux et enseignement-recherche) ont exemple :
contribué aux deux tiers de la croissance des surfaces
chauffées. Leur développement a accompagné la l’impact des bâtiments sur la qualité de l’air est
tertiarisation de l’économie. Mais « ces éléments n’ex- orienté à la baisse. Les secteurs résidentiel et ter-
pliquent qu’une partie du développement. À titre tiaire sont à l’origine de 52 % des émissions de
d’illustration, l’emploi tertiaire a augmenté de 31 % particules de diamètre inférieur à 2,5 μm (PM2,5),
entre 1990 et 2012 (données INSEE) tandis que les du fait du chauffage au bois, mais ces émissions
surfaces de bureaux ont augmenté de 59 % sur la sont en baisse depuis les années 1990. Elles sont
même période (données CEREN).L’augmentation de passées de 222 kt en 1990 à 73 kt en 2015. Le bâ-
l’offre d’immobilier tertiaire prend sa source dans la timent est la principale source d’émission d’hy-
vague d’externalisation du patrimoine immobilier des drocarbures aromatiques polycycliques (HAP), du
entreprises. [Elle] s’explique par le rendement relati- fait du chauffage au bois. Il représente 81 % des
vement élevé qu’ils présentent » [16]. La surface émissions nationales. Là encore, ces émissions sont
moyenne par habitant a augmenté, passant de 12 m2 orientées à la baisse depuis les années 1990 (pas-
en 1990 à 15 m2 en 2018. sant de 46 à 33 tonnes) [18] ;

4 Cette section concerne uniquement les secteurs CEREN.

100 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

les bâtiments exercent une pression à la hausse sur La part du chauffage dans la consommation d’éner-
l’artificialisation des sols. Entre 2006 et 2014, la gie a diminué ces dernières années, passant de 55 %
surface au sol dédiée à l’habitat a progressé plus en 1990 à 46 % en 2016. Cela s’explique notamment
vite que la population et le nombre de logements par l’amélioration de l’efficacité énergétique des sys-
(+ 11 %), celle dédiée au tertiaire (hors services pu- tèmes de chauffage et des performances thermiques
blics et loisirs) a également très fortement augmen- des bâtiments, mais également par le développement
té (+ 22 %) [19]. de nouveaux usages plus énergivores tels que les équi-
pements bureautiques, de communication et de cli-
matisation dont la part est passée de 25 % en 1990 à
2.3.1. Consommation d’énergie 35 % en 2016 [3].
pour l’usage des bâtiments
Les énergies de chauffage ont évolué : baisse de la
RÉSIDENTIEL part du fioul, augmentation de celle du gaz et, dans
une moindre mesure, de l’électricité. La part du chauf-
Les consommations d’énergie associées à l’usage des fage au gaz est plus importante dans l’enseignement,
logements sont en légère baisse depuis les années la santé et l’habitat communautaire [6].
1990 [6].

Les économies d’énergie dans les logements pro- 2.3.2. Émissions de GES pour l’usage
viennent principalement du chauffage. La consom- des bâtiments
mation unitaire d’énergie par logement pour cet usage
a diminué de plus de 35 % depuis 2000. Les usages Après une période de stabilité entre 1990 et 2005, les
électriques spécifiques, après avoir fortement aug- émissions de CO2 du secteur résidentiel (y compris
menté pendant des décennies, voient leur consom- les émissions indirectes liées à la consommation d’élec-
mation se stabiliser depuis quelques années. Les gains tricité et de chauffage urbain) sont orientées à la
d’efficacité contrebalancent la progression des usages. baisse (- 26 % entre 2005 et 2017), du fait de la dimi-
Concernant l’énergie de chauffage, le fait saillant est nution du contenu carbone de l’énergie. Cette dyna-
la baisse de la place du fioul, au profit du gaz de réseau mique englobe deux tendances contrastées : l’une à
et de l’électricité [6]. la baisse des consommations unitaires (par m2), grâce
à la rénovation énergétique et à l’introduction de
logements neufs de moins en moins consommateurs,
TERTIAIRE l’autre à la hausse en termes de surface [20].

Le secteur tertiaire présenté ici recouvre les branches Les émissions de CO2 du tertiaire ont, pour leur part,
du CEREN5 ainsi que les activités ne faisant pas l’objet augmenté de 6 % entre 1990 et 2017. La baisse du
d’un suivi statistique annuel par le CEREN, mais in- contenu carbone de l’énergie a en effet été contre-
cluses dans le secteur tertiaire (data centers, etc.)6. balancée par la hausse de la consommation de ce
secteur [20].
La consommation d’énergie associée à l’usage des
bâtiments tertiaires a considérablement augmenté
sur les dernières décennies, pour se stabiliser à par-
tir des années 2010. La consommation unitaire de
l’ensemble des branches tertiaires est globalement
orientée à la baisse depuis les années 1980, ce qui
explique que la hausse des surfaces n’ait pas été ac-
compagnée d’une hausse comparable des consom-
mations [3].

5 Bureaux, cafés-hôtels-restaurants, commerce, enseignement-recherche, habitat communautaire, santé, sport-loisirs-culture,


transports. Pour en savoir plus : www.ceren.fr.
6 Éclairage public, parties communes d’immeubles, entrepôts frigorifiques, armée, grands centres de recherche, télécommuni-
cation, secteur de l’eau, data centers. Les consommations de ces secteurs sont des consommations d’électricité.

101 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

3. Le bâtiment reflète
des situations économiques
et sociales contrastées
3.1. Parc bâti
3.1.1. La maison individuelle prime indicateurs de suroccupation et de prix du m2 rap-
dans le résidentiel porté aux revenus [24].

Au 1er janvier 2018, il y avait 35,4 millions de logements 3.1.2. Un parc de bâtiments tertiaires
en France métropolitaine. Il s’agit principalement (à très divers
56 %) de maisons individuelles. Les résidences prin-
cipales représentent 82 % du parc, suivies par les Le parc actuel de bâtiments tertiaires (branches CE-
résidences secondaires (10 %) et les logements va- REN) représente 964 millions de m2 de surfaces chauf-
cants (8 %). Le statut d’occupation majoritaire des fées7, soit un ratio de 15 m2 par habitant8. En France
résidences principales est celui de propriétaire oc- métropolitaine, les bureaux sont la branche tertiaire
cupant (à 58 %). Le parc compte 23 % de locataires qui représente la plus grande surface (232 Mm2), sui-
du parc privé et 17 % de locataires du parc social [21]. vie par le commerce (215 Mm2) et l’enseignement-re-
cherche (190 Mm2) [3].
En 2018, 384 600 logements (hors résidences) ont été
commencés, dont 57 % de logements collectifs [22]. En termes de structure de propriété, la moitié (54 %)
La France est le pays européen qui construit le plus des actifs tertiaires sont détenus par les entreprises
de logements par habitant, soit « un peu plus de 6 lo- qui les occupent, 34 % par des collectivités territo-
gements pour 1 000 habitants, contre environ 5 pour riales, 14 % par des investisseurs institutionnels et 6 %
1 000 en Finlande, Autriche et Luxembourg, qui pré- par l’État et ses opérateurs publics [25].
sentent les taux de construction les plus dynamiques
de l’Union et seulement un peu plus de 2 pour 1 000
au Royaume-Uni, où la construction neuve est, de 3.2. Impacts environnementaux
longue date, très faible » [2]. Il n’existe pas d’appareil
statistique public permettant de documenter le vo- Il n’existe pas de vue d’ensemble consolidée de l’im-
lume de logements démolis chaque année. Le recou- pact environnemental du bâtiment en France. Cette
pement de plusieurs sources (CGDD, CEREN) conduit section présente les chiffres clés des dimensions
à estimer qu’environ 90 000 logements sont détruits ayant fait l’objet de modélisations dans cet exercice.
chaque année, sans garantie cependant sur la fiabi-
lité de cette estimation.
3.2.1. Consommation d’énergie pour
Si les conditions de logement se sont améliorées en l’usage des bâtiments
France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale,
4 millions de personnes sont encore considérées
comme mal-logées. S’y s’ajoute un « halo beaucoup RÉSIDENTIEL
plus large, aux contours parfois flous, de personnes
affectées par la crise du logement, de manière moins Le secteur résidentiel de la France métropolitaine a
prégnante, mais avec de réelles répercussions sur la consommé en 2015, 451 TWhEFPCI9 (donnée non cor-
vie de famille, la santé, l’environnement quotidien, rigée des variations du climat). Cela représente 30 %
le confort ou les fins de mois » [23]. Enfin, 20 % de la des consommations finales d’énergie (hors
population vit dans un marché immobilier tendu, soutes) [26].
c’est-à-dire présentant des valeurs élevées pour les

7 La surface chauffée diffère de la surface de plancher.


8 Étant donnée la diversité des bâtiments tertiaires et de leur mode d’occupation, il n’est pas possible de calculer une surface
par occupant globale. L’indicateur de la surface par habitant a donc été choisi pour illustrer le lien entre la surface tertiaire et
la population à laquelle elle rend service.
9 TWh énergie finale pouvoir calorifique inférieur.

102 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Le parc actuel comporte une faible part de loge- Les secteurs hors CEREN (éclairage public,
ments peu consommateurs. Sur les 29 millions de parties communes d’immeubles, entrepôts frigo-
résidences principales au 1er janvier 2018, environ rifiques, armée, grands centres de recherche, té-
1,9 million (6,6 % du parc) serait peu énergivore (éti- lécommunication, secteur de l’eau, data centers)
quettes A et B du Diagnostic de Performance Éner- représentaient en 2015 une consommation
gétique – DPE). À l’opposé, environ 4,8 millions (soit de 31,4 TWhEF10 [3].
près de 17 % du parc) sont très énergivores (étiquettes
F et G du DPE) [27]. Le reste, environ 75 % du parc, a
des consommations situées entre 90 et 330 kWhEP/ 3.2.2. Émissions de GES pour l’usage
m²/an (à titre de comparaison, l’exigence moyenne des bâtiments
de la réglementation thermique 2012 pour le bâti-
ment neuf est de 50 kWhEP/m²/an). C’est le chauffage Les émissions directes de GES dans le bâtiment des
qui est l’usage le plus consommateur d’énergie (à secteurs résidentiel et tertiaire en France métropo-
67 %), suivi par les usages spécifiques d’électricité litaine s’élevaient en 2015 à 70 Mt CO2eq, soit 16 %
(17 %) (en énergie finale) [3]. des émissions de GES totales (hors soutes, hors puits),
auxquelles il faut ajouter 27 Mt CO2 liées à la produc-
Il n’existe pas à ce jour de panorama exhaustif des tion et à la transformation d’énergie servant à ali-
rénovations énergétiques de logements en France. menter les bâtiments (production d’électricité ou
À titre d’illustration, en 2019, 2,3 millions de ménages de chaleur via les réseaux de chaleur).
propriétaires de maisons individuelles ont entrepris
des travaux ayant effectivement conduit à une ré-
duction de la consommation d’énergie convention- 3.2.3. Consommation d’énergie
nelle finale dans leur logement, pour une économie dans le secteur industrie
estimée à 8,1 TWh/an [28].
Certaines des consommations d’énergie induites par
l’activité dans le bâtiment sont comptabilisées dans
TERTIAIRE le secteur de l’industrie. C’est le cas de la consom-
mation d’énergie :
L’ensemble du secteur tertiaire de la France métro-
politaine a consommé, en 2015, 274 TWhEFPCI (don- pour la production de produits et d’équipements
née non corrigée des variations du climat). Cela re- pour le bâtiment, estimée à 52 TWhEF en 2014
présentait 17 % de la demande d’énergie française (cf. chapitre 2.2.3. Production industrielle) ;
(hors soutes) [26].
pour les chantiers (engins, locaux, etc.). Hors trans-
Dans les secteurs CEREN, la première branche port de personnes ou de matériaux en dehors du
consommatrice est celle des bureaux, qui représente chantier, cette consommation est estimée à
26,5 % des consommations, suivie par le commerce 11 TWhEF [29].
(22 %), la santé (12,3 %), l’enseignement-recherche
(11,4 %) et les cafés-hôtels-restaurants (10,3 %). Le
chauffage est l’usage le plus consommateur d’éner- 3.2.4. Consommation de matériaux
gie (45,8 %), suivi par les usages spécifiques (26,5 %). de construction
L’électricité est la première source d’énergie : elle
représente près de la moitié (48,9 %) des consomma- La consommation de matériaux pour la construction
tions du secteur, suivie par le gaz (31,8 %) [3]. neuve s’élève en 2015 à 43 Mt pour le résidentiel, 8 Mt
pour le tertiaire (grandes surfaces commerciales,
Au total, la consommation unitaire moyenne du hôtel, enseignement, bureau) (Tableau 3). Ce sont les
secteur (toutes énergies et tous usages confondus) granulats et le sable qui représentent la majorité des
s’élevait à 231 kWhEFPCI/m² (surface chauffée) en 2015 tonnages. Le ciment, la terre cuite et le plâtre sont
(France métropolitaine, données corrigées des également très présents dans le résidentiel [30].
variations climatiques) [3].

10 Donnée corrigée du climat. La consommation des véhicules électriques est hors périmètre des données. Elle est traitée dans
le chapitre 2.1.3. Mobilité des voyageurs et transport de marchandises.

103 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 3 Consommation de matériaux pour les bâtiments neufs en 2015 (milliers de tonnes)

Tertiaire
Résidentiel
(grandes surfaces commerciales,
(inclus EPHAD)
hôtel, enseignement, bureau)
Ciment 4 402 921
Sable 13 931 2 746
Granulats 18 045 3 626
Acier 679 323
Verre 95 40
Plastiques alvéolaires 88 22
Autres plastiques 230 21
Laines minérales 97 32
Isolants bois 17 5
Autres isolants biosourcés 8 0
Bois 920 119
Plâtre 1 341 155
Terre cuite 2 825 94
Ardoise 68 -
Zinc 1 0
Cuivre 21 4
Autres métaux 5 4
Autres matériaux 238 53
TOTAL 43 030 8 190

En 2015, la consommation de bois dans le bâtiment 3.2.6. Émissions de polluants atmosphériques


pour la construction et la rénovation (à la fois éner-
gétique et non énergétique) s’élève à 4 223 Mm3. La Les émissions de particules liées aux activités domes-
rénovation représente 60 % de cette consommation tiques, notamment dans les bâtiments d’habitation11
(cf. Tableau 48 pour le détail) [31]. et les bâtiments des entreprises, commerces, insti-
tutions et services publics12 s’élèvent à :

3.2.5. Déchets du bâtiment 74,7 kt en 2015 pour les PM10 (particules en suspen-
sion de diamètre inférieur ou égal à 10 μm), soit 34 %
En 2015, les déchets du bâtiment se répartissaient des émissions nationales ;
comme suit :
73,2 kt pour les PM2,5 (particules en suspension de
5 460 Mt issus de la construction neuve ; diamètre inférieur ou égal à 2,5 μm), soit 52 % des
15 120 Mt issus de la rénovation ; émissions nationales [33].
21 000 Mt issus de la démolition.
Les émissions proviennent majoritairement (à plus
C’est donc la démolition qui est le plus gros généra- de 95 %) des logements. C’est la combustion liée au
teur de déchets. Le réemploi est estimé à 0,550 Mt chauffage, à l’eau chaude sanitaire et à la cuisson qui
[32]. est la source principale des émissions, à 80 %, suivie
par les déchets et le brûlage domestique (15 %).

11 Combustion des appareils de chauffage, feux ouverts, engins mobiles non routiers pour le loisir/jardinage, utilisation domestique
de solvants, réfrigération et air conditionné, consommation de tabac, traitement autonome des eaux usées, etc.
12 Combustion des appareils de chauffage, utilisation de solvants, réfrigération et air conditionné, bombes aérosols, utilisation
de feux d’artifices, etc.

104 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

3.3. Quelles sont les grandes


incertitudes prospectives ?
Les grandes incertitudes prospectives qui cadrent quelle gestion des nouveaux usages de l’énergie
les scénarios sont, pour les logements : au sein des bâtiments (climatisation, véhicules
électriques13…) ? À quel point le numérique et l’in-
Quelle stratégie de réponse aux besoins de loge- telligence artificielle transformeront-ils les pra-
ments ? Répondra-t-on via la construction de loge- tiques et quelle part des usages (et leur consom-
ments neufs ou par l’optimisation du parc existant ? mations associées) migrera hors des logements dans
le cloud ?
Quelle évolution de la surface par personne ? La
tendance à l’augmentation de la surface par per- Le secteur tertiaire se caractérise par la grande di-
sonne va-t-elle se prolonger, sous l’effet, notam- versité de ses sous-secteurs, chacun étant impacté
ment, du vieillissement de la population et des par des tendances de fond ou émergentes et des
décohabitations ? incertitudes prospectives propres (Tableau 4).

Quel rythme de rénovation énergétique ? Et quelle À cela s’ajoutent deux questions transversales :
ampleur de la rénovation de chaque logement ? Le
terme « rénovation » peut recouvrir des réalités très Quelle mise en œuvre et quel impact de l’économie
différentes faisant écho à des stratégies de rénova- circulaire ?
tion diverses : quelle sera la stratégie adoptée ?
Quelles stratégies d’adaptation au changement
Quelle évolution des modes de vie et quelle dyna- climatique ?
mique d’équipement associées ? En particulier,

13 Les consommations d’énergie du véhicule électrique ne sont pas traitées dans la modélisation du secteur « Bâtiment ». Elles
sont intégrées dans le secteur « Transports ».

105 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 4 Vue d’ensemble des dynamiques pour chaque sous-secteur tertiaire

Tendances récentes Tendances lourdes à 2050 Incertitudes prospectives


• Intensification des usages (ex. : les • Tertiarisation de l’économie • Nombre d’emplois de bureaux demain, au
postes de travail libres des entreprises regard d’évolutions technologiques comme
tertiaires qui servent à accueillir d’autres l’intelligence artificielle, ou des besoins
professionnels via des plateformes d’emplois liés à la transition écologique
spécialisées) • Impact des grandes orientations
Bureaux • Réflexions émergentes sur la réversibilité d’aménagement de demain sur la
des espaces et les changements d’usage localisation des bureaux
(ex. : transformation de bureau en • Évolution du travail (télétravail,
logement) précarisation de l’emploi…) et organisation
• Nouveau rapport à l’espace de travail des espaces associée
pendant la crise sanitaire de 2020 • Rythme de rénovation énergétique
• Secteur impacté par la crise sanitaire de • Augmentation • Rythme de rénovation énergétique
2020 de la demande touristique Restaurants :
• Tourisme durable mondiale • Évolution de la restauration
• Voyage virtuel • Vieillissement de la hors domicile « utilitaire »
• Réactions au « sur-tourisme » dans population française • Évolution des services offerts par les
certaines villes très visitées • Impact du changement restaurants (numérique…)
Cafés-hôtels- • Restaurants : apparition de bistros ruraux climatique sur le tourisme Hôtels :
restaurants multi-services, retour du « fait maison » • Demande de tourisme
• Évolution de l’image du voyage
• Impact du changement climatique
sur le tourisme
• Évolution des modalités de voyage
(destinations, longs vs courts séjours,
à l’hôtel vs chez l’habitant…)
• Vieillissement et mutation des centres • Vieillissement de la • Vieillissement de la population
commerciaux population • Maturité de nombreux postes de
• Transformation des magasins physiques • Maturité de nombreux postes consommation
et importance de l’« expérience client » de consommation • Fin du modèle de croissance extensif :
• Développement des commerces dans les • Fin du modèle de croissance ralentissement de la construction neuve
lieux de mobilité (gares, aéroports) extensif : ralentissement de la • Transformation numérique du commerce
Commerces
• Avènement des projets mixtes, mêlant construction neuve et mutations immobilières associées
habitat, commerces et bureaux, • Transformation numérique (croissance du nombre d’entrepôts)
notamment dans les grandes métropoles du commerce et mutations • Rythme de rénovation énergétique
immobilières associées
(croissance du nombre
d’entrepôts)
• Intensification des usages • Généralisation de l’éducation • Localisation des apprentissages
(écoles mises à disposition d’associations primaire et secondaire • Place du numérique dans l’enseignement
Enseignement- le soir et le week-end) • Développement de • L’économie de demain sera-t-elle toujours
recherche • Émergence de la scolarisation à domicile l’enseignement supérieur une économie de la connaissance ?
• Individualisation des parcours de • Rythme de rénovation énergétique
formation dans la formation continue
• Déserts médicaux • Augmentation des besoins • Évolution de l’organisation des prises
• Baisse du nombre de médecins de santé (liée notamment au en charge, répartition entre hôpital,
• Hospitalisation à domicile vieillissement de la popula- médico-social et médecine de ville
• Quantified self (automesure connectée) tion) • Architecture et nouveaux services
Santé • Arrivée du numérique dans dans les hôpitaux de demain
la santé • Rythme de rénovation énergétique
• Gestion de l’obsolescence des bâtiments
de santé

Habitat • Augmentation du besoin lié au • Augmentation du besoin • Lieu de vie des personnes âgées
communautaire vieillissement de la population lié au vieillissement de la • Réponse aux besoins liés
• Nouvelles formes d’habitat pour séniors population à l’hébergement étudiant
autonomes leur permettant de rester • Besoins d’hébergement pour les personnes
dans le parc résidentiel (colocation en difficulté sociale
intergénérationnelle, colocation) • Niveau de service de l’hébergement
• Augmentation des besoins en communautaire
hébergement de personnes en difficulté • Rythme de rénovation énergétique
sociale
Sports, loisirs, • Réalité augmentée, expos virtuelles… • Temps libre disponible • Place pour le numérique dans les loisirs
culture • Quelques expériences de mise à qui permet la réalisation de demain
disposition de locaux scolaires pour d’activités culturelles et • Place de l’impact environnemental
usages sportifs, associatifs… sportives dans les choix de pratiques culturelles
• Concerts en appartement… • Fréquentation des lieux et sportives
culturels • Degré de spécialisation des lieux
• Vieillissement de la de culture et de sport
population • Rythme de rénovation énergétique

106 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

4. Méthode et outils
de quantification des scénarios
La méthodologie de construction des scénarios a sui- Deux types de modèles ont été utilisés :
vi deux grandes étapes : d’une part, l’écriture des récits
et d’autre part, la modélisation. Elles ont été menées une suite de modèles spécifiques au domaine du
par itération, pour assurer la cohérence entre histoires bâtiment, pour calculer les impacts énergie et res-
et ordres de grandeur, mais aussi la cohérence avec sources. Lorsque les modèles existants ne couvraient
les autres secteurs (industrie, système électrique, ré- pas certains sujets (résidences secondaires, data
seau de gaz…). centers…), des compléments de modélisation ont
été développés (Tableau 5) ;

4.1. Écriture des récits des modèles transversaux ou spécifiques à d’autres


secteurs, qui permettent d’analyser la contribution
L’écriture de récits a permis, par le biais d’échanges du secteur du bâtiment à des enjeux plus larges (im-
internes et externes, de décrire la manière dont la pacts macroéconomiques via le modèle ThreeME,
philosophie globale des scénarios se traduisait sur des besoins d’investissement via le modèle d’I4CE…) ou
aspects spécifiques au bâtiment. Par exemple, sur la des enjeux spécifiques à d’autres branches d’activi-
construction neuve, la dynamique de rénovation, les tés (par exemple, la consommation d’énergie de
actions d’adaptation du bâti au changement clima- l’industrie liée à la construction et la rénovation via
tique, les pratiques de consommation d’énergie dans le modèle PEPITO, ou encore la production de dé-
le foyer… Cette réflexion a notamment été alimentée chets du bâtiment).
par la boîte à outils prospective « Imaginons Ensemble
les Bâtiments de demain » développée par le CSTB et Pour alimenter ces modélisations, de nombreuses
l’ADEME. Ces récits seront consignés dans des Cahiers sources de données ont été mobilisées dans la litté-
d’hypothèses. rature ou auprès d’experts sectoriels. Les données de
projection sur le nombre de ménages ont été mises
à disposition par l’INSEE. Les données de consomma-
tion du secteur tertiaire se basent sur le CEREN. Cer-
4.2. Modélisation taines données comme la consommation d’énergie
de la climatisation, celle du chauffage au bois dans le
Les récits ont fait l’objet de modélisation afin d’obte-
résidentiel par exemple, ont fait l’objet d’une mise à
nir des ordres de grandeur pour les illustrer et valider
jour par rapport aux données du Bilan de l’énergie,
leur inscription dans une trajectoire bas carbone.
des estimations plus récentes étant disponibles (cf.
chapitre 1.1 Ambitions, objectifs, méthodes et [34]).

107 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 5 Modèles spécifiques au secteur bâtiment utilisés

Nom Secteur Thème Périmètre Horizon Lien avec les Développé/opéré par
du modèle géographique temporel autres modèles
MODÈLES
ANTONIO Résidentiel Consommation d’énergie France 2050 Calculs en Développé par Énergies
(trANsiTiON Usages : chauffage, métropolitaine Pas de temps propre, et inté- Demain, Enerdata et
écologIque eau chaude sanitaire, de 10 ans gration des ré- I Care & Consult
des lOgements) climatisation, usages sultats de USE 2 Mis à jour et opéré
spécifiques, éclairage, et de MICO par Énergies Demain,
ventilation et auxiliaires résidentiel Enerdata et Pouget
Consultants
OTELO Résidentiel Besoin en logements France 2050 Intégré dans Mis à disposition
(Outil pour la métropolitaine ANTONIO sous par la DHUP
TErritorialisation forme de module
de la production spécifique
de LOgements)
USES 2 Résidentiel Consommation d’énergie France 2030 Résultats 2030 Développé par Énergies
des usages spécifiques métropolitaine Pas de temps intégrés à Demain, Édouard
de 5 ans ANTONIO TOULOUSE, Sophie
ATTALI et le CRÉDOC
Mis à jour et opéré par
Édouard TOULOUSE et
Sophie ATTALI
MICO Résidentiel, Consommation d’énergie France 2050 Résultats France Développé et opéré
(Modélisation tertiaire et émissions de GES entière Pas de temps métropolitaine par CODA Stratégies
des Impacts de Usage : climatisation de de 10 ans intégrés à
la Climatisation confort (process exclu) ANTONIO et
sur la VIVALDI
consommation)
VIVALDI Tertiaire Consommation d’énergie France 2050 Calculs en propre Développé et opéré
Usages : chauffage, eau métropolitaine Pas de temps sauf pour l’usage par l’ADEME
chaude sanitaire, autres de 10 ans climatisation :
usages thermiques, intégration des
climatisation, cuisson, résultats de
usages spécifiques MICO tertiaire
Éclairage public
RENOMAT Résidentiel Consommation de France 2050 Développé par TBC
matériaux et production métropolitaine Pas de temps Innovations
de déchets liée à la de 10 ans Opéré par
rénovation énergétique l’ADEME
BBC des logements
CONSOMAT Résidentiel Consommation de maté- France 2050 Développé par le CSTB
(résidences riaux liée à la construc- métropolitaine Pas de temps Opéré par l’ADEME
principales, tion neuve de 10 ans
EPHAD inclus),
tertiaire CHEB
(commerces
de grande
distribution,
hôtels,
enseignement,
bureaux)
RECOBOIS Consommation de bois France 2050 Calculs effectués par
dans le bâtiment métropolitaine Pas de temps l’ADEME à partir d’une
de 10 ans méthodologie BIPE/
FCBA développée pour
le CODIFAB [31]
COMPLÉMENTS DE MODÉLISATION
Data centers Tertiaire Consommation d’énergie France 2050 Résultats intégrés ADEME
hébergeurs des data centers de métropolitaine dans les résultats
colocation (data centers du modèle
propres aux entreprises VIVALDI
exclus)
Consommation Industrie Consommation d’énergie France 2050 Résultats Enerdata
d’énergie des sur les chantiers (engins, métropolitaine intégrés dans les
chantiers locaux, etc.), hors consommations
transport de personnes de l’industrie
ou de matériaux en (dans le bilan)
dehors du chantier
Consommation Résidentiel Consommation des France 2050 Intégré aux ADEME
des logements résidences secondaires métropolitaine consommations
hors résidences et des logements vacants résidentielles
principales

108 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Encadré 1 Définitions de la rénovation adoptées dans cet exercice

Dans le modèle ANTONIO utilisé pour cet exercice, globale), entendue comme permettant d’atteindre
les rénovations sont modélisées en deux temps : un besoin de chauffage de 45 kWhEF/m2/an ;
d’une part l’intervention sur l’enveloppe du bâti-
ment, d’autre part le changement d’équipements rénovation permettant d’atteindre le BBC Réno-
de chauffage et d’eau chaude sanitaire. vation par étapes (autre appellation possible :
rénovation performante par étapes/rénovation
Divers niveaux d’intervention sur l’enveloppe sont par étapes performante à terme), entendue
représentés pour prendre en compte le fait que celle- comme permettant d’atteindre un besoin de
ci peut être plus ou moins ambitieuse et inscrite dans chauffage de 56 kWhEF/m2/an en maison indivi-
une trajectoire de performance à terme (pour plus duelle et 52 kWhEF/m2/an en logement collectif ;
d’information sur les modalités d’atteinte du BBC
Rénovation [35]). Ils sont classés comme suit, par rénovation de l’ensemble de l’enveloppe, mais
ordre décroissant de performance de l’enveloppe14 : sans inscription dans une trajectoire de perfor-
mance et donc ne permettant pas d’atteindre le
rénovation au niveau passif (entendue comme BBC Rénovation, entendue comme permettant
permettant d’atteindre un besoin de chauffage de d’atteindre un besoin de chauf fage de
25 kWhEF/m2/an) ; 68 kWhEF/m2/an en maison individuelle et
63 kWhEF/m2/an en logement collectif ;
rénovation permettant d’atteindre le BBC Réno-
vation en une fois (autre appellation possible : rénovation partielle de l’enveloppe.
rénovation complète et performante/rénovation

Encadré 2 Le choix des vecteurs énergétiques

Les usages thermiques (chauffage, eau chaude propices aux réseaux de chaleur, des scénarios de
sanitaire, climatisation, cuisson…) peuvent reposer forte électrification du chauffage et d’innovation
sur plusieurs vecteurs énergétiques (fioul domestique, technique (S3 et S4) permettent le développement
bois, réseau de gaz, réseaux de chaleur/froid, de pompes à chaleur (PAC) hybrides pour gérer la
électricité, géothermie, solaire…). Les vecteurs ont pointe électrique. Le nombre final de logements
été choisis en fonction de la philosophie générale c o n c e r n é s p a r t y p e d ’é q u i p e m e n t a
des scénarios. Par exemple, un scénario reposant sur été établi par itération avec la disponibilité des
des énergies locales (S1) se prête plus à l’usage du différents vecteurs et leur niveau de décarbonation
bois, des scénarios de développement des villes (cf. chapitres 2.3.1. Mix gaz et 2.3.2. Froid et chaleur
moyennes ou de métropolisation (S2 et S3) sont réseaux et hors réseaux).

14 L’estimation du besoin thermique correspondant aux différents niveaux de rénovation a été établie à dire d’expert.

109 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

4.3. Études complémentaires


4.3.1. Quelles visions stratégiques de la 4.3.3. Impact des scénarios sur
filière construction neuve, dans une France l’artificialisation des sols
neutre en carbone en 2050 ?
Une évaluation de l’impact des scénarios sur l’artifi-
La construction neuve représente un enjeu spécifique cialisation des sols a été réalisée par le CGDD. Elle
pour la transition énergétique, notamment à travers fera l’objet d’un feuilleton (cf. chapitre 1.1. Ambitions,
le volume de construction, l’évolution des matériaux objectifs, méthodes).
et des modes constructifs, ainsi que des techniques
de mise en œuvre et les emplois dédiés. Les scénarios
de neutralité peuvent s’interpréter de façon diffé- 4.3.4. Analyse des évolutions des émissions
rente pour ce secteur d’activité : depuis une limitation de polluants
forte de la construction neuve, jusqu’à des stratégies
de gestion de l’obsolescence par une déconstruc- Une évaluation de l’impact des scénarios sur
tion-reconstruction. 6 polluants (SO², NOx, PM10 et PM2,5, COV et NH3) a
également été réalisée par le CITEPA. Elle fera l’objet
Pour analyser plus en détail ces potentiels, un travail d’un feuilleton (cf. chapitre 1.1. Ambitions, objectifs,
spécifique a été réalisé dans S2 et S3 par TBC Inno- méthodes). Une analyse préliminaire, qualitative, sur
vations, en groupement avec le CODEM et David le seul périmètre du résidentiel, est présentée ici.
Abonneau et en consultant les parties prenantes de
la filière. Il décrit les grandes étapes de transforma-
tion de cette dernière ainsi que les stratégies des
entreprises clés pour atteindre les objectifs de la
vision 2050. Il fera l’objet d’un feuilleton (cf. chapitre
1.1. Ambitions, objectifs, méthodes).

4.3.2. Analyse de la vulnérabilité


climatique des scénarios

Un projet séparé a également été réalisé pour iden-


tifier le risque climatique auquel le parc bâti sera
soumis à l’horizon 2050. La description de solutions
d’adaptation mises en œuvre dans chaque scénario
a notamment permis de qualifier la vulnérabilité du
parc de bâtiments face aux aléas climatiques (vague
de chaleur, retrait gonflement des argiles, inonda-
tions…). Cette analyse a été réalisée par l’Observatoire
de l’Immobilier Durable. Elle fera l’objet d’une publi-
cation spécifique.

110 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5. Les scénarios explorent


des stratégies bien distinctes
Les scénarios explorent à des degrés divers les leviers d’action de transition. Le Tableau 6 synthétise la manière
dont chaque scénario se positionne.

Tableau 6 Intensité des leviers d’action explorés dans chaque scénario

Levier TEND S1 S2 S3 S4

À L’ÉCHELLE DU PARC (OU DU QUARTIER)


Sobriété (limiter la surface par personne) ++++ +++
Efficacité (optimiser l’usage du parc existant) ++++ +++
Énergies ou matériaux moins impactants
(développer les réseaux de froid + + +++ +++ +
et de chaleur urbaine)
Compensation (capter et stocker
le carbone pour compenser les émissions + + ++++
du secteur bâtiment)
À L’ÉCHELLE DU BÂTIMENT ET DE SES OCCUPANTS
Sobriété
Utiliser moins d’équipements ++++ +++ -
Mieux dimensionner les équipements +++ ++ - --
Moins utiliser les équipements +++ ++ - --
Efficacité
Baisser le besoin thermique du bâtiment + ++++ +++ +++ ++
Améliorer le rendement des équipements + ++ ++ ++++ ++++
Réemployer, réutiliser, recycler les matériaux
+ + + ++ +
et équipements
Utiliser des énergies ou des matériaux
peu impactants pour l’environnement
Changer le vecteur énergétique + ++++ ++++ ++++ +
Adopter des modes constructifs avec
des matériaux et équipements moins + ++++ +++ ++ +
impactants
Compenser les impacts résiduels
Compenser les émissions carbone
+++ ++++
des bâtiments neufs
Stocker le carbone dans les matériaux + +++ ++++ ++ +

111 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.1. Scénario tendanciel :


une lente adaptation

5.1.1. Philosophie globale Dans leur ensemble, les évolutions tendancielles ont
en commun une faible prise en compte des enjeux
Le scénario tendanciel prolonge les stratégies d’adap- énergétiques dans les modes de vie. Les évolutions
tation du bâti adoptées jusqu’en 2020 : lente amé- de l’immobilier sont ainsi tirées par d’autres facteurs
lioration du parc, réponse aux besoins par la construc- comme le vieillissement de la population, l’accrois-
tion neuve, augmentation de la surface par personne sement du temps libre ou le développement du nu-
et spécialisation des surfaces. mérique. L’essor du numérique et le déploiement de
nouveaux réseaux de communication poursuivent
Les actions menées en faveur de la transition éner- leur rythme actuel, avec pour corollaire une forte
gétique recouvrent plusieurs piliers : croissance du volume de données à traiter. Le confort
continue de se traduire par une multiplication d’équi-
la baisse du besoin énergétique des bâtiments, pements connectés.
obtenue via la rénovation, mais pas via la sobriété
des pratiques quotidiennes des occupants : La part du fioul, du gaz de réseau et de l’électricité
– la rénovation énergétique des bâtiments se pour- par effet Joule (radiateurs électriques) dans les éner-
suit, mais sans parvenir à placer le parc sur une gies de chauffage des logements baisse, celle des
trajectoire bas carbone. Dans le tertiaire, elle réseaux de chaleur urbaine et du bois reste constante.
accélère sous l’effet du Dispositif Éco Énergie Ter- Les usages thermiques s’électrifient par recours à la
tiaire, mais sans en atteindre les objectifs, les as- pompe à chaleur qui équipe 35 % du parc de loge-
sujettis ayant souvent recours à la clause de mo- ments en 2050 (soit 11,8 millions de logements, contre
dulation des objectifs. Dans le résidentiel, elle 4 % en 2015). Dans le tertiaire, les surfaces chauffées
prolonge la tendance à intervenir sur les différents au fioul domestique deviennent résiduelles en 2050,
postes de travaux (murs, fenêtres…) sans s’inscrire au profit de l’électricité (pompes à chaleur) et des
dans une trajectoire de performance ; réseaux de chaleur. La part des surfaces chauffées
– dans une logique de prolongation des tendances au gaz ne varie pas (cf. chapitres 2.3.1. Mix gaz et 2.3.2.
passées, la performance énergétique des bâti- Froid et chaleur réseaux et hors réseaux).
ments neufs progresse, grâce à la réglementation
qui évolue pour intégrer, au fil de l’eau, de nou- Les modes constructifs évoluent peu et recourent
veaux enjeux environnementaux ; majoritairement à des solutions à base de béton.
Seul le marché de la construction neuve a recours à
l’amélioration tendancielle de l’efficacité des équi- plus de matériaux bois et biosourcés.
pements, grâce aux progrès techniques et aux ré-
glementations (notamment sur les produits blancs Les stratégies d’adaptation du parc au changement
et bruns). La durée de vie moyenne des équipe- climatique sont marquées par une faible anticipation
ments reste sensiblement stable. Les comporte- et gestion des risques nouveaux. La responsabilité
ments d’usage des équipements aussi ; des choix d’adaptation est laissée aux commandi-
taires. Ce qui freine toute coordination à l’échelle
le recours à des énergies faiblement carbonées, nationale et alimente une inégalité entre les terri-
notamment via l’électrification du chauffage et toires.
de l’eau chaude sanitaire. La tendance ne permet
cependant ni une diversification des sources
d’énergies peu impactantes, ni la sortie des éner-
gies fossiles.

112 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.1.2. Hypothèses

Les principales hypothèses du scénario tendanciel sont présentées dans le Tableau 7.

Tableau 7 Scénario tendanciel — narratif

Ensemble des bâtiments


Réglementation La réglementation évolue pour intégrer, au fil de l’eau, de nouveaux enjeux environnementaux.
environnementale
des bâtiments neufs
• Matériaux. Les modes constructifs évoluent peu et recourent majoritairement à des solutions à base de béton.
Seul le marché de la construction neuve a recours à plus de matériaux bois et biosourcés (cf. chapitres 2•4•2•
Ressources et usages non alimentaires de la biomasse et 2•4•3• Puits de carbone).
Modes
• Techniques de mise en œuvre. La préfabrication se développe, sans toutefois devenir dominante.
constructifs
• Gestion des chantiers. L’efficacité énergétique des chantiers s’améliore lentement, notamment grâce à de
meilleures pratiques de conception rendues possibles par la maquette numérique. Le réemploi des produits et
matériaux de construction se développe.
Les stratégies d’adaptation du parc au changement climatique sont marquées par une faible anticipation et gestion
Adaptation
des risques nouveaux. La responsabilité des choix d’adaptation est laissée aux commanditaires. Ce qui freine toute
au changement
coordination à l’échelle nationale et alimente une inégalité entre les territoires (cf. chapitre 1•3• Adaptation au
climatique
changement climatique).
Résidentiel
• Volume de construction de logements neufs. Baisse du nombre annuel de logements construits. Le besoin en
logements baisse, du fait du ralentissement de la croissance démographique. C’est la décohabitation liée au
vieillissement qui est le facteur majeur de demande. On répond à ce besoin par la construction neuve et par la
résorption de la vacance en zone tendue.
• Typologie des logements neufs. Les logements construits varient peu (les maisons individuelles continuent à
représenter une part importante de la construction neuve).
• Qualité thermique. Poursuite du rythme historique d’amélioration des performances énergétiques des logements.
Logements neufs
Dans les années 2040-2050, la quasi-totalité des logements construits sont à un niveau BEPAS+15.
• Équipement et énergies d’Eau Chaude Sanitaire : disparition du fioul et du gaz, développement des chauffe-eau
thermodynamiques. L’électricité Joule reste résiduelle dans les maisons individuelles, disparaît des logements
collectifs.
• Équipements et énergie de chauffage. Arrêt du gaz au profit des EnR électriques notamment des pompes à chaleur.
• Rafraîchissement/climatisation. Augmentation de l’équipement des logements neufs en pompes à chaleur
réversibles, sous l’influence de la RE2020.
• Politique de rénovation énergétique des logements. La politique de rénovation se concentre sur la rénovation
geste à geste, qui s’inscrit peu à peu dans une trajectoire basse consommation et qui peine à massifier les rénovations
performantes.
• Besoins et qualité thermique. Le besoin de chaud diminue légèrement sous l’effet de rénovations de l’enveloppe
du bâti peu ambitieuses qui viennent contrebalancer une plus grande présence des ménages chez eux (vieillissement
de la population…). Le besoin de froid augmente sous l’effet combiné d’un bâti peu isolé et d’un recours généralisé
à la climatisation. Les populations qui se restreignent (en hiver comme en été) sont celles en situation de précarité
Logements énergétique.
existants • Équipements et énergies de chauffage. Poursuite de la tendance à la baisse du fioul, qui devient résiduel en 2050
et à l’électrification du chauffage (via les pompes à chaleur). Baisse du nombre de logements équipés de chaudière
gaz, développement des PAC hybrides. Au final, le nombre de logements raccordés au réseau de gaz reste stable.
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Pour les systèmes non combinés, le chauffe-eau thermodynamique
prend le relais de l’effet Joule dans la production d’eau chaude sanitaire. Peu de production via le solaire.
• Rafraîchissement/climatisation. La climatisation se généralise. Au fur et à mesure des vagues de chaleur, des
appareils peu performants de type climatiseurs mobiles sont installés dans les logements. De nouvelles technologies
très efficaces apparaissent, fruit de la R&D d’un secteur en pleine expansion, mais elles restent résiduelles.
• Volume d’eau chaude sanitaire par personne. Le besoin (m3/jour/pers.) n’évolue pas.
• Température de consigne de chauffage. La température de consigne moyenne n’évolue pas.
• Produits blancs. La consommation énergétique diminue progressivement mais lentement, grâce aux politiques
européennes et aux progrès d’efficacité énergétique. L’absence d’évolution des comportements vers plus de
sobriété ne permet pas de gains plus importants.
• Produits bruns et gris. Augmentation des usages du numérique au quotidien et des flux de données associés, que
vient soutenir le développement des infrastructures mobiles (5G, 6G…) et fixes (fibre FTTH). Par exemple : mobilité,
réalité virtuelle, cloud gaming, éducation, travail à distance, usages dans le domaine de la santé, de l’autonomie
Vie quotidienne des personnes âgées…
• Éclairage. L’efficacité progresse beaucoup grâce au passage au tout LED dans l’éclairage. Cela permet une diminution
substantielle de la consommation globale des sources de lumière, même si les besoins sont accrus en raison du
vieillissement de la population et qu’il existe un effet rebond difficilement quantifiable (augmentation du nombre
de points lumineux pour éclairer son jardin, devant le garage…).
• Cuisson. Les ménages mangent plus souvent à la maison que par le passé (télétravail, vieillissement), mais à partir
d’aliments plus transformés/préparés. Les petits équipements de cuisson spécialisés (robots…) se multiplient.
L’efficacité énergétique des appareils s’améliore, mais les puissances remontent légèrement à cause de la
généralisation des appareils connectés, pilotables à distance… L’électrification de la cuisson se poursuit.

Suite page suivante

15 Bâtiment à énergie passive. Dans le modèle ANTONIO, ce niveau correspond à un bâtiment dont le besoin est de 10 kWhEF/m²/an.

113 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tertiaire
Dans un contexte où l’entreprise comme lieu physique perd de sa centralité et où le nomadisme se développe,
Bureaux
les bureaux restent au cœur des métropoles.
Le tourisme continue à se développer malgré ses impacts environnementaux et les premiers effets du changement
Cafés-hôtels- climatique. Ce dernier réoriente les flux touristiques mais sans les remettre en cause. L’image du voyage change peu et
restaurants reste associée aux destinations lointaines. L’offre des hébergements monte en gamme. L’offre des restaurants évolue
pour répondre au mode de vie urbain (offre à emporter, livraison à domicile, à toute heure du jour et de la nuit).
La consommation de biens reste au cœur de la société. Cependant, dans une société vieillissante et de plus en
plus préoccupée par l’environnement, les postes arrivés à maturité ces dernières années (habillement, équipements
de la maison…) ne progressent plus. Quelques « poches » de consommation maintiennent une croissance
Commerces (Technologies de l’Information et de la Communication (TIC)…). Cela s’accompagne par un fort développement
du e-commerce, les quelques centres commerciaux restant achevant leur mue vers le commerce expérientiel.
Une complémentarité s’instaure entre canaux physiques et numériques. Les commerces de proximité, notamment
alimentaires, se développent.
Enseignement- Les établissements d’enseignement sont de plus en plus spacieux. Ils se spécialisent sur leur fonction d’ensei-
recherche gnement.
Les besoins en bâtiment de santé suivent les évolutions démographiques, sur le même rythme que par le passé,
sans attention particulière à limiter la surface par personne. La numérisation des établissements de santé se poursuit.
Santé Les établissements médicaux développent de nouveaux services (vastes zones d’accueil et de réception, magasins,
restaurants, jardins paysagers…). La gestion de l’obsolescence se fait par déconstruction/reconstruction en priorité,
puis par le changement d’usage et la rénovation.
L’habitat communautaire se développe pour répondre aux besoins liés au vieillissement de la population, aux
Habitat
besoins des étudiants et des personnes en difficulté sociale. Les services offerts tirent à la hausse les consommations
communautaire
d’énergie (domotique, objets connectés…).
Les activités du temps libre se développent, portées par l’essor du numérique, la croissance du pouvoir d’achat, du
temps libre des ménages et le vieillissement de la population. Elles évoluent sans attention particulière à leur impact
environnemental. Le numérique en devient le pilier. Le niveau de confort et de spécialisation des équipements
Sports, loisirs,
augmente. Le niveau de confort des installations augmente (ex. : piscines transformées en lieu de santé et bien-être
culture
types spa), les salles de sport privées continuent leur essor et se transforment en salles de sport gamifiées, connectées,
avec des machines high-tech permettant de définir des parcours individualisés, de s’immerger dans des réalités
virtuelles…).
Très forte augmentation de la consommation énergétique. Le volume de données hébergées croît fortement,
particulièrement dans les petits data centers (sous l’influence de la 5G et de l’Internet des objets). L’efficacité
énergétique s’accroît, mais sans compenser la hausse du volume de données.
• Volume de données. Le volume de données des petits data centers (5G, Internet des objets...) est de 4,21 exabytes
(EB) en 2020. Il croît de 50 % par an jusqu’en 2025, puis de 40 % de 2026 à 2040. Cette croissance diminue ensuite
par palier pour atteindre 30 % à partir de 2043 jusqu’en 2050. Le volume de données des gros data centers
(hyperscale, gros hébergeurs...) est de 107,65 EB en 2020. Il croît de 15 % par an jusqu’en 2050.
Data centers
• Type de data centers. Développement du edge computing, croissance plus importante des petits data centers
hébergeurs
pour l’Internet des objets et la 5G. Les gros data centers continuent leur croissance avec des besoins de stockage
de plus en plus importants et l’externalisation des applications d’entreprise.
• Efficacité énergétique de la partie informatique. L’efficacité de traitement des données des petits data centers
et des gros augmente de 13 % par an jusqu’en 2050, à partir de respectivement 27,38 GWh/EB et 8,66 GWh/EB.
• Power Usage Effectiveness (PUE)16. Le PUE des petits data centers est de 2,10 en 2020 et diminue de 2 % tous les
ans (= 1,15). Le PUE des gros data centers est de 1,80 en 2020 et diminue de 2 % par an tous les ans pour atteindre
le palier de 1,02 à partir de 2048.

5.1.3. Dynamique du parc à 2050 rénovation énergétique plus ou moins marquée. Dans
le détail, 16 % ont été rénovés à un niveau BBC Réno-
RÉSIDENTIEL vation ou plus, 29 % ont fait l’objet d’une rénovation
touchant l’ensemble des postes de travaux mais sans
En 2050, le parc de logements est constitué de 34 mil- inscription dans une trajectoire de performance et
lions de résidences principales, auxquelles viennent 54 % ont été rénovés seulement en partie. En
s’ajouter 7 millions de résidences secondaires et lo- moyenne, 200 000 logements par an font l’objet d’une
gements vacants. Au final, 29 % du parc de résidences rénovation de l’ensemble de leur enveloppe, dont
principales (soit 10 millions de logements) a été 74 000 permettant d’atteindre le niveau BBC ou plus
construit après 2015. En moyenne, 282 000 logements (passif). Le rythme reste stable sur l’ensemble de la
sont construits par an entre 2015 et 2050. Le rythme période.
de construction décroît : il atteint une moyenne de
179 000 logements par an sur la période 2040-2050. TERTIAIRE
Environ 91 000 logements sont détruits par an en
moyenne. La quasi-totalité (99 %) des logements exis- Dans ce scénario, le parc tertiaire croît pour atteindre
tants en 2015 et non démolis ont fait l’objet d’une 1 133 millions de m2 de surfaces chauffées en 2050,

16 Indicateur de mesure de l’efficacité énergétique d’un data center. Il est calculé en divisant le total de l’énergie consommée par
le data center par le total de l’énergie utilisée par les équipements informatiques (serveur, stockage, réseau).

114 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

dont un quart sont des bâtiments construits après tions de 2015 (- 45 % entre 2015 et 2050), passant de
2015. Les établissements de santé représentent 11 TWhEF en 2015 à 6 TWhEF en 2050. Cela s’explique
22 % des surfaces construites entre 2015 et 2050, par des gains en efficacité énergétique sur les chan-
suivis par les établissements de « sports, loisirs et tiers (liés notamment à de meilleures pratiques de
culture » (20 %) et l’« habitat communautaire » (14 %). conception rendues possibles par la maquette nu-
mérique) qui se combinent au ralentissement struc-
La surface tertiaire représente en 2050 un ratio de turel de la construction neuve.
16 m2 par habitant (contre 15 m2 en 2015), actant la
poursuite de gains d’espace dans le secteur tertiaire.
CONSOMMATION D’ÉNERGIE POUR
L’USAGE DES BÂTIMENTS
5.1.4. Consommation d’énergie
RÉSIDENTIEL
CONSOMMATION D’ÉNERGIE
DANS L’INDUSTRIE Le parc de logements consomme au total
349 TWhEFPCI en 2050, dont 284 TWhEFPCI pour la
La consommation d’énergie dans l’industrie (imports consommation des résidences principales (hors cha-
inclus, exports exclus) liée à la fabrication de produits leur EnR puisée dans l’environnement). La consom-
de construction et d’équipements pour répondre aux mation d’énergie du résidentiel (hors chaleur EnR
besoins de la construction neuve baisse de 52 TWhEF puisée dans l’environnement) baisse de 35 % par
en 2014 à 32 TWhEF en 2050, sous l’effet de l’effica- rapport à 2015. Le chauffage y est l’usage prépondé-
cité énergétique et du ralentissement structurel de rant et il repose sur le recours au réseau de gaz, puis
la construction neuve (cf. chapitre 2.2.3. Production à l’électricité et au bois. Il est suivi par les équipe-
industrielle). La production d’acier est le premier poste ments blancs et bruns, dont la consommation s’élève
de consommations (36 %). à 1,4 MWh/logement en 2050 (contre 1,9 en 2015). La
consommation d’énergie liée à la climatisation aug-
mente fortement.
CONSOMMATION D’ÉNERGIE
POUR LES CHANTIERS La consommation de l’ensemble des vecteurs est
orientée à la baisse par rapport à 2015, à l’exception
La consommation d’énergie pour les chantiers baisse des consommations des réseaux urbains et du solaire
de façon continue et très importante. En 2050, elle thermique. La consommation d’électricité reste stable.
représente un peu plus de la moitié des consomma-

Tableau 8 Scénario tendanciel — consommation du résidentiel en 2050 (TWhEFPCI )

Résidences principales
Consommation Résidences
Chaleur EnR Total
hors chaleur EnR Chaleur secondaires Total Correction
puisée par le intégré
puisée par les EnR puisée Total et logements résidentiel post-modèle
solaire au bilan
PAC et le solaire par les PAC vacants
thermique
thermique
284 53 1 338 9 347 2 349

Tableau 9 Scénario tendanciel — consommation énergétique par usage dans les résidences principales (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 300 270 226 195 167
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 48 4 36 31 29
Chauffage et ECS
6 12 30 44 54
(chaleur EnR puisée dans l’environnement)
Équipements
70 68 67 68 68
(électricité spécifique et cuisson)
Éclairage 8 3 3 3 3
Climatisation 2 4 6 8 9
Ventilation 6 6 7 7 7
Auxiliaires 1 1 1 1 1
TOTAL 442 408 375 357 338

115 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 10 Scénario tendanciel — consommation énergétique par vecteur dans les résidences principales (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Chaleur urbaine 16 17 19 19 19 + 16 %
Réseau de gaz 140 130 113 98 84 - 40 %
Fioul domestique 53 40 15 6 2 - 95 %
Bois 77 69 59 50 41 - 47 %
Électricité (dont consommation
142 135 137 138 137 - 3%
des PAC)
GPL 7 5 2 1 1 - 92 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 436 396 346 313 284 - 35 %
Solaire thermique 1 1 1 1 1 + 21 %
Chaleur EnR puisée par les PAC 5 11 29 43 53 + 862 %
TOTAL 442 408 375 357 338 - 23 %

Graphique 1 Scénario tendanciel — nombre de résidences principales par équipement de chauffage

14 000 000

12 000 000
Résidences principales

10 000 000

8 000 000

6 000 000

4 000 000

2 000 000

0
Fioul GPL Gaz Gaz Gaz Électricité Électricité Bois Chaleur
(chaudières (PAC (PAC gaz) (joule et autres) (pompes urbaine
à condensation) hybrides) à chaleur)

2015 2020 2030 2040 2050

TERTIAIRE teurs hors CEREN vient contrebalancer les gains


des branches CEREN.
La consommation d’énergie du secteur tertiaire s’éta-
blit à 266 TWhEFPCI en 2050. Ce chiffre recouvre des L’analyse de la consommation des branches CEREN
évolutions contrastées : montre une baisse des consommations liées au
chauffage, mais une augmentation importante des
une baisse de la consommation des branches CE- consommations de climatisation, qui passent de
REN (- 19 % entre 2015 et 2050 pour les consomma- 19 TWhEF en 2015 à 27 TWhEF en 2050. Au final, la
tions hors chaleur EnR), qui traduit principalement consommation unitaire moyenne de ces branches
la rénovation énergétique du bâti et l’arrivée dans s’établit à 160 KWhEFPCI/m2 (surface chauffée) en 2050
le parc de bâtiments neufs moins consommateurs ; (contre 231 en 2015).

une augmentation de la consommation des secteurs Le mix énergétique du chauffage et de l’eau chaude
hors CEREN, qui s’explique par la forte augmenta- sanitaire reste dominé par le gaz (48 %), suivi de l’élec-
tion de la consommation des data centers, qui tricité (28 %). Le fioul domestique est encore présent
passe de 2 TWhEF en 2015 à 32 TWhEF en 2050 en 2050 mais de manière résiduelle.
(l’augmentation du volume de données n’est pas
compensée par les progrès de l’efficacité énergé-
tique). Cette hausse de la consommation des sec-

116 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 11 Scénario tendanciel — consommation du tertiaire en 2050 (TWhEFPCI )

Secteurs CEREN
Consommation Total
Chaleur EnR Secteurs Total Correction
hors chaleur EnR Chaleur intégré
puisée par hors CEREN tertiaire post-modèle
puisée par les EnR puisée Total au bilan
le solaire
PAC et le solaire par les PAC
thermique
thermique
181 26 1 208 54 263 3 266

Tableau 12 Scénario tendanciel — évolution de la consommation énergétique par usage dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 102 98 78 69 62
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 21 22 22 22 22
Chauffage et ECS
6 8 22 26 27
(chaleur EnR puisée dans l’environnement)
Autres usages thermiques 11 11 11 10 9
Équipements
59 60 56 53 50
(électricité spécifique et éclairage)
Cuisson 11 11 10 10 9
Climatisation 19 13 15 19 27
TOTAL branches CEREN 229 224 214 209 208
Hors CEREN 31 31 29 36 54
TOTAL tertiaire 260 255 243 246 263

Tableau 13 Scénario tendanciel — évolution de la consommation d,énergie par vecteur dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Secteurs CEREN
Chaleur urbaine 9 9 9 10 11 + 19 %
Réseau de gaz 71 69 59 53 48 - 32 %
Fioul domestique 28 25 14 9 5 - 82 %
Bois 1 2 2 2 2 + 58 %
Électricité
109 107 104 107 112 + 3%
(dont consommation des PAC)
GPL 4 4 3 2 2 - 58 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 222 216 192 183 181 - 19 %
Solaire thermique 0 0 0 0 1 + 693 %
Chaleur EnR puisée par les PAC 6 8 21 26 26 + 357 %
TOTAL secteurs CEREN 228 224 214 209 208 - 9%
Secteurs hors CEREN
31 31 29 36 54 + 73 %
(électricité)
TOTAL tertiaire 260 255 243 246 263 + 1%

117 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.1.5. Émissions de GES secondaires sont transformés en résidences princi-


pales. Les changements d’usage (transformation de
ÉMISSIONS DE GES POUR L’USAGE bureaux en logements, etc.) permettent de réutiliser
DES BÂTIMENTS17 le bâti existant. L’intensité d’usage des locaux aug-
mente : les bureaux inoccupés le soir accueillent des
Dans le scénario tendanciel, les émissions de GES activités, la mutualisation des espaces s’accentue...
liées à la combustion d’énergie fossile dans le bâti- Les bâtiments construits sont conçus pour être ré-
ment (scope 1) passent de 70 MtCO²eq en 2015 à versibles. La construction neuve ralentit donc très
26 MtCO2eq en 2050. L’évolution à la baisse du conte- fortement, pour atteindre un quasi-arrêt de la
nu carbone des réseaux permet également d’obtenir construction de logements en 2050. En conséquence,
une baisse des émissions liées à la production d’élec- la consommation d’énergie dans l’industrie liée à la
tricité et réseaux de chaleur alimentant les bâtiments, demande du secteur bâtiment diminue fortement.
qui s’établissent à 4 MtCO²eq en 2050.
La surface par personne diminue. D’un côté, le réin-
vestissement de logements augmente le taux d’oc-
STOCKAGE DE CO2 DANS cupation global du parc. De l’autre, ce scénario est
LES PRODUITS BOIS celui où le nombre de personnes par ménage est le
plus élevé, les personnes âgées vivant moins souvent
Dans le scénario tendanciel, il est estimé que le stoc- seules. Le ratio de surface tertiaire par habitant baisse
kage de CO² dans les produits bois de construction pour revenir à son niveau du début des années 1990
s’élève à 3,2 MtCO2/an en 2050 (cf. chapitre 2.4.3. (soit 12 m2 par habitant). L’habitat communautaire
Puits de carbone). est la seule branche qui se développe, en réponse
au vieillissement de la population. L’immobilier ter-
tiaire connaît des évolutions d’ampleur, conséquence
5.1.6. Production de déchets liée à l’activité de l’évolution des modes de vie. L’énergie devient
du bâtiment un critère de choix des pratiques de loisirs, l’image
du voyage change…
Les déchets du bâtiment s’orientent légèrement à
la baisse du fait du ralentissement structurel de la À l’échelle du bâtiment, ce scénario projette une
construction neuve. Ils passent de 42 Mt en 2015 à rénovation d’une ampleur inégalée, à la fois dans son
39 Mt en 2050. Le réemploi se développe pour at- rythme, son ambition énergétique et la proportion
teindre 3,9 Mt en 2050, soit 10 % du volume de dé- du parc concerné. Alors qu’en 2015 moins de 1 % des
chets généré par le bâtiment (cf. chapitre 2.4.1. Dé- logements existants sont labéllisés BBC Rénovation
chets pour la méthodologie de chiffrage). en France [36], l’ensemble des logements non démo-
lis d’ici 2050 sont rénovés (soit 22 millions), dont 79 %
à un niveau BBC ou plus. Ces rénovations se font en
5.2. Scénario 1 : limitation majorité via des rénovations BBC en une fois, pour
assurer l’atteinte des objectifs. Dans le tertiaire, les
de la construction, rénovation bâtiments de moins de 1 000 m², non assujettis au
rapide et modification Dispositif Éco Énergie tertiaire, engagent des travaux
d’ampleur des modes de vie également. En 2050, 80 % des locaux tertiaires exis-
tants en 2015 (soit 561 millions m2 chauffés) sont
rénovés à hauteur des objectifs du Dispositif18. Les
5.2.1. Philosophie globale bâtiments neufs font également l’objet d’une amé-
lioration rapide de leur performance. La réglemen-
L’enjeu de ce scénario est de réussir rapidement à tation évolue avec l’obligation de résultat sur les
faire évoluer les modes de vie. Il implique un aligne- consommations d’énergie ou émissions carbone
ment de la société sur la contrainte environnemen- réelles (et non conventionnelles) calculée par per-
tale dans des délais très courts. C’est le scénario qui sonne (et non au m2 comme par le passé). Consé-
fait la part la plus importante à la sobriété, afin de quence de cette dynamique de rénovation : la
réduire au minimum la pression de la société sur l’en- consommation énergétique liée aux chantiers
vironnement. s’oriente à la hausse entre 2015 et 2040.

À l’échelle du parc, c’est le scénario dans lequel on La sobriété s’exprime également par une moindre
construit le moins. Dans un contexte de rééquilibrage possession d’équipements et une utilisation moins
territorial, les logements vacants et les résidences intense. Au-delà des appareils de base assurant le

17 À la date de publication de ce rapport, les évaluations GES réalisées dans ce chapitre sectoriel n’ont pas pu prendre en compte
les derniers bouclages concernant les facteurs d’émissions des vecteurs gaz et électricité, en raison des interactions entre ces
vecteurs. Ces modifications seraient de second ordre et ne modifient pas les grandes conclusions de ce chapitre.
18 Réduction de 60 % des consommations d’énergie finale par rapport à 2010.

118 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

confort, l’achat d’appareils électroniques moins in- chaleur et de l’électricité (pompes à chaleur) (cf. cha-
dispensables est fortement découragé. Le nouvel pitres 2.3.1. Mix gaz et 2.3.2. Froid et chaleur réseaux et
enjeu énergétique que représente le confort d’été hors réseaux). Le photovoltaïque en toiture se déve-
est géré dans une optique de sobriété : si le taux loppe fortement du fait de la baisse des coûts qui
d’équipement en climatisation augmente, les occu- améliore la rentabilité de l’autoconsommation, elle-
pants n’y ont recours que dans les périodes de cani- même encouragée par le développement des véhi-
cule et avec une température de consigne élevée cules électriques. La réappropriation de l’énergie par
(26 °C), lorsque les autres stratégies (surventilation les citoyens contribue à un développement plus
de nuit, protections solaires…) ne sont plus suffi- marqué sur petite toiture. Le solaire thermique reste
santes. à son niveau actuel (principalement pour l’eau
chaude sanitaire dans le collectif).
Le levier de l’efficacité est exploré dans ce scénario,
mais il ne s’y exprime pas à son plein potentiel. L’ef- Les systèmes constructifs bas carbone et les maté-
ficacité de certains équipements (par exemple l’élec- riaux biosourcés se développent fortement. Les iso-
troménager) y progresse moins que dans des scéna- lants biosourcés représentent par exemple 60 % du
rios plus « technologiques » (S3 et S4). En effet, dans volume d’isolants utilisés entre 2015 et 2050 pour la
un contexte où les ventes d’appareils neufs baissent rénovation énergétique des logements. Les modes
(au profit de la réparation et de la seconde main), constructifs bois prennent une part très importante
l’incitation à la recherche et développement est (de 40 à 50 % selon le type de bâtiment et d’usage).
moins marquée. Les déchets du bâtiment s’orientent à la baisse du
fait du fort ralentissement de la construction neuve.
Ce scénario utilise des énergies peu carbonées faci-
lement et rapidement mobilisables. Le changement Les stratégies d’adaptation au changement clima-
d’énergie s’accélère sous l’effet de la rénovation. Le tique utilisent au maximum des solutions low tech
fioul disparaît du bâti existant dès 2030, la part du (brasseurs d’air, végétalisation, logements traversants
gaz de réseau baisse. Même si les pompes à chaleur dans le neuf…). L’anticipation du risque climatique
dominent dans les logements en 2050 (39 % du parc), est précoce et s’inscrit rapidement dans les politiques
c’est le scénario qui compte le plus grand nombre de rénovation.
de logements utilisant le bois comme énergie de
chauffage (près de 12 millions de logements, soit 38 %
du parc) et le moins de logements chauffés au gaz 5.2.2. Hypothèses
réseau (environ 3 millions, soit 9 % du parc). Dans le
tertiaire, les bâtiments sortent du fioul en 2030 et la Les principales hypothèses pour les logements
part du gaz de réseau baisse au profit des réseaux de sont présentées dans le Tableau 14.

Tableau 14 Scénario 1 — narratif

Ensemble des bâtiments


La réglementation est axée sur le besoin d’assurer rapidement la frugalité des bâtiments neufs, autant dans leur
consommation énergétique que dans leurs modes constructifs. Elle permet une adaptation aux spécificités locales
Réglementation
(obligation d’utiliser les ressources et les énergies locales…). Introduction de quotas de consommation, d’une
environnementale
obligation de résultat sur les consommations d’énergie/émissions carbone réelles (vs conventionnelles) calculée à
des bâtiments
la personne (et non au m2 comme par le passé), pour assurer la frugalité dans la conception et les usages. Accent
neufs
fort mis sur le bioclimatisme à l’échelle du bâtiment ainsi que du quartier. Le bâtiment devient un support aux
pratiques sobres (buanderies collectives…).
• Matériaux. Les modes constructifs bois prennent une part très importante, et le recours aux matériaux biosourcés
s’accélère. L’usage de matériaux locaux intègre également le développement de matériaux géosourcés, mais à un
niveau faible. L’industrie des matériaux traditionnels se transforme pour décarboner sa production. Développement
d’une offre de super-isolation pour la rénovation (cf. chapitres 2•4•2• Ressources et usages non alimentaires de la biomasse
et 2•4•3• Puits de carbone).
• Techniques de mise en œuvre. Pour le neuf comme pour la rénovation, les solutions de mise en œuvre restent
Modes
traditionnelles (pénétration de la préfabrication comme pour le scénario tendanciel). Développement du réemploi
constructifs
pour les produits et matériaux de construction. Pour la rénovation/réhabilitation, développement de solutions
de construction et d’aménagement modulaires/modulables pour permettre l’évolutivité et la transformation des
bâtiments.
• Gestion des chantiers. L’efficacité énergétique des chantiers s’améliore lentement, notamment grâce à de
meilleures pratiques de conception rendues possibles par la maquette numérique. Celle des rénovations augmente,
grâce un effet d’apprentissage. Le réemploi des produits et matériaux de construction se développe.
Adaptation Les stratégies d’adaptation au changement climatique utilisent au maximum des solutions low tech (brasseurs d’air,
au changement végétalisation, logements traversants dans le neuf…). L’anticipation du risque climatique est précoce et s’inscrit
climatique rapidement dans les politiques de rénovation (cf. chapitre 1•3• Adaptation au changement climatique).

Suite page suivante

119 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Résidentiel
• Volume de construction de logements neufs. Le nombre de logements construits annuellement baisse
significativement. Le besoin en logement baisse, du fait à la fois du ralentissement de la croissance démographique
et de pratiques de cohabitation des personnes âgées. Les besoins créés par l’augmentation de la population sont
absorbés principalement par optimisation du parc de bâtiments existants (transformation de résidences secondaires
en principales, résorption de la vacance). Les résidences secondaires sont mutualisées.
• Typologie des logements neufs. La part des maisons individuelles recule drastiquement au profit de petits collectifs
ou d’habitat dense individualisé.
• Qualité thermique. Les performances énergétiques des logements affichent une amélioration rapide. Dès la
Logements neufs
décennie 2020-2030, les logements construits sont au moins à un niveau BEPAS ou BEPAS+.
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Le fioul et le gaz disparaissent, développement des chauffe-eau
thermodynamiques. Le solaire thermique reste à son niveau actuel (principalement pour l’eau chaude sanitaire
dans le collectif).
• Équipements et énergie de chauffage. Le gaz est remplacé par une diversité d’EnR (bois, pompes à chaleur)
• Équipements et énergies de rafraîchissement. L’application des principes de bioclimatisme dans les constructions
neuves permet de diminuer le besoin de climatisation. Le taux d’équipement augmente cependant via les pompes
à chaleur réversibles.
• Politique de rénovation énergétique des logements. L’urgence climatique et la sobriété priment et façonnent une
politique de rénovation ambitieuse. Le ciblage de la politique se fait en fonction du niveau de consommation ou
d’émissions de GES des logements. La priorité est donnée à la baisse du besoin énergétique des logements. Les
rénovations énergétiques performantes (i.e. permettant d’atteindre au moins les critères du label BBC Rénovation
2009) deviennent majoritaires. Les rénovations par geste non connectées à une trajectoire de performance
disparaissent. Augmentation sans précédent et très rapide du rythme de rénovations performantes des logements,
couplé à une sobriété dans les pratiques de chauffage dans les logements en attente de rénovation. En 2050, on
arrive à un parc rénové à un haut niveau de performance énergétique.
• Besoins et qualité thermique. Le besoin de chaud diminue très fortement du fait de la rénovation thermique,
d’un dimensionnement au plus juste des systèmes, et de la généralisation, dans les logements non encore rénovés,
d’habitudes de sobriété (chauffer seulement quelques pièces, diminuer le nombre de douches…). Ces comportements
ne concernent pas que les ménages en précarité énergétique, ils sont aussi mis en place par d’autres groupes
sociaux. Le besoin de froid baisse sous l’effet combiné de la rénovation, d’une gestion des îlots de chaleur et de
l’utilisation de la climatisation seulement pour les périodes les plus chaudes (le rafraîchissement étant assuré par
Logements
des gestes de type surventilation nocturne le reste du temps).
existants
• Équipements et énergies de chauffage. La recherche d’autonomie passe par des énergies facilement mobilisables
(bois, etc.) et une grande variété d’EnR. Le changement d’énergie s’accélère, sous l’effet du rythme important de
rénovation, qui vient s’ajouter au remplacement des équipements en fin de vie. On utilise les leviers de décarbonation
les plus rapidement actionnables : interdiction du fioul, éradiqué dès 2030, sortie du gaz au fur et à mesure des
rénovations. Développement du chauffage au bois, des réseaux de chaleur et des pompes à chaleur électriques.
Le chauffage au gaz est fait via des chaudières à condensation.
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Pour les systèmes non combinés, les besoins étant maîtrisés,
l’ECS est produite principalement par effet Joule. Les EnR (solaire thermique) contribuent de façon minoritaire à
la production d’ECS (maintien au niveau actuel).
• Équipements et énergies de rafraîchissement. Le taux de climatisation augmente pour gérer les périodes de
canicule, mais tous les logements ne sont pas équipés en 2050. La rénovation a permis le choix de la meilleure
technologie pour chaque logement, en cohérence avec le système de chauffage. Les climatiseurs mobiles sont
moins utilisés, les PAC se développent. Les climatiseurs monosplits (qui servent à climatiser une seule pièce) restent
une solution pour climatiser une seule pièce (dans une logique de sobriété).
• Volume d’eau chaude sanitaire par personne. Le volume baisse de 20 % à 2050 (évolution des normes d’hygiène
du type douche quotidienne).
• Température de consigne de chauffage. La température de consigne se réduit d’environ 2 °C, sous l’effet combiné
des comportements de restriction (on chauffe seulement certaines pièces, par exemple) et d’un meilleur confort
des logements rénovés.
• Produits blancs. La consommation énergétique entre 2020 et 2040 baisse rapidement grâce à une évolution
importante des comportements. Baisse du nombre de cycles (lavage, sèche-linge), baisse drastique du taux
d’équipement en petits appareils et en équipements mutualisables (lave-linge, fers à repasser…). Utilisation des
réglages les plus efficaces possibles. Choix de l’équipement le plus efficace du marché à l’achat. L’accent est mis
sur la réparabilité, l’entretien permet d’allonger la durée de vie et le marché de la seconde main se développe.
Augmentation de l’efficacité énergétique des équipements sans évolution technologique majeure.
• Produits bruns et gris. Les consommations énergétiques des usages numériques baissent de façon importante,
les flux de données associés se stabilisent, contraints par le développement de l’infrastructure des réseaux. Les
loisirs sont moins numériques. L’usage du numérique (les éventuels objets connectés) s’oriente vers la transition
Vie quotidienne
(régulation des bâtiments…), l’inclusion sociale (autonomie des personnes âgées…), le travail à distance ou la
télémédecine. La durée de vie des équipements s’allonge.
• Éclairage. L’effort de sobriété permet de réduire la consommation, malgré les besoins accrus de la population
vieillissante : moindre équipement en lampes purement décoratives, aménagement permettant d’accéder à
l’éclairage naturel, luminaires moins occultants… Passage au tout LED alimenté par des sources d’énergie
renouvelables. La durée de vie des lampes augmente.
• Cuisson. Les ménages cuisinent plus à domicile, à partir de produits frais et simples et adoptent plus souvent une
cuisine crue. Cette hausse des activités de cuisine est contrebalancée par des pratiques de cuisson sobres en
énergie et une limitation du multi-équipement. Les comportements sobres (couvercles, cuisson simultanée de
plusieurs plats, etc.) se généralisent, ainsi que les réglages favorables aux économies d’énergie (mode « éco » par
défaut, veille profonde…). Le multi-équipement en petits appareils de cuisson spécialisés (glacières, robots…)
disparaît et la mutualisation (appareils à raclette…) se développe. Les évolutions technologiques sont moins
poussées que dans le tendanciel, avec une efficacité qui progresse moins vite (moins d’optimisations avec capteurs,
intelligence artificielle, commande à distance, etc.). L’électrification de la cuisson s’accélère.

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120 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tertiaire
Dans un contexte où l’entreprise comme lieu physique perd de sa centralité, et où le nomadisme se développe,
on constate une régression des surfaces de bureaux, qui sont distribuées sur le territoire et qui se mettent à son
service en devenant multifonctionnelles. Leur intensité d’usage augmente : lors des périodes d’inoccupation, les
locaux sont utilisés pour d’autres activités (sportives, culturelles, associatives). Dans une logique de sobriété, le
Bureaux
niveau de service des bureaux n’augmente pas (pas de conciergerie, de services à la personne…). La gestion de
l’obsolescence se fait par la rénovation, mais aussi l’adaptation et le changement d’usage. Une partie non négligeable
des anciens espaces de bureaux change d’usage, au gré des besoins des territoires (logement, enseignement,
santé…).
Un tourisme totalement réorienté par la prise en compte de ses impacts environnementaux et les premiers effets
du changement climatique. L’image du voyage évolue : l’aventure se passe au coin de la rue. Le tourisme pour
vacances/loisirs évolue : les courts voyages de type city breaks sont remplacés par des micro-aventures près de
Cafés-hôtels- chez soi (staycation, dépaysement de proximité). Développement des modes actifs (cyclotourisme et marche). Le
restaurants tourisme d’affaires se réduit. Les voyageurs cherchent avant tout des hébergements simples, sans services associés
(piscine, salle de sport…). Les restaurants s’engagent dans la transition écologique et étendent la palette de leur
offre (bistro rural multiservices, cantines pour personnes âgées…) sur tout le territoire. Les cartes deviennent plus
simples et plus orientées vers des produits locaux/des plats du jour.
La place de la consommation de biens se réduit : au vieillissement de la population s’ajoute une évolution des
comportements (réparation, baisse du nombre d’objets possédés). Le commerce opère une grande mue : les
commerces investissent les quartiers résidentiels et réinvestissent les centre-villes. On assiste au développement
Commerces
d’un maillage serré de petits commerces multithématiques alliant vente et réemploi/réparation (couture,
électroménager…), moins spécialisés que par le passé mais plus proches de chez soi. Le numérique et le e-commerce
permettent d’optimiser le réemploi.
Enseignement- Les établissements d’enseignement sont moins spacieux. Ils ouvrent leurs portes aux autres usages le soir et le
recherche week-end (sports, loisirs, cantine…).
Les besoins en bâtiments de santé suivent les évolutions démographiques, avec toutefois une attention à limiter
la surface par personne. La numérisation des établissements de santé se poursuit. Les établissements ne développent
Santé
pas de nouveaux services (magasins, restaurants…). La gestion de l’obsolescence se fait en priorité via la rénovation
ou le changement d’usage.
L’habitat communautaire se développe pour répondre principalement aux besoins liés au vieillissement de la
population. Cet habitat accueille en majorité des personnes âgées en situation de dépendance, les personnes non
Habitat
dépendantes restant plus souvent dans le parc résidentiel (colocation intergénérationnelle et maintien à domicile
communautaire
pour les plus âgés, logement abordable pour les personnes en difficulté sociale…). Les services offerts permettent
de diminuer les consommations d’énergie (mutualisation des équipements…).
Les activités du temps libre évoluent. La prise de conscience de l’impact environnemental de certaines pratiques
et l’organisation du secteur pour proposer des alternatives séduisantes aux formes de loisirs les plus énergivores
permettent une transition vers des pratiques culturelles moins consommatrices d’énergie. Les activités de plein
air, des événements culturels et des micro-aventures locales se développent. Lorsqu’elles se déroulent en intérieur,
Sports, loisirs,
ces activités prennent place dans des bâtiments multifonctionnels, conçus pour pouvoir héberger une multitude
culture
d’activité (concert, expo…). Les équipements sportifs énergivores (ex. : patinoires) baissent. Les salles de sports
publiques et privées deviennent sobres avec des équipements low tech et robustes. Le rééquilibrage territorial
des lieux de vie conduit à une réaffection de certains logements en lieux culturels ou sportifs (par exemple : une
maison d’un lotissement pavillonnaire transformée en lieu de sociabilité).
Diminution de la consommation énergétique : l’arrêt de la croissance du volume de données dès 2025 se combine
à des gains d’efficacité énergétique. Pas de développement des data centers : suffisamment de limitation des
appareils pour que l’intelligence soit embarquée (pas besoin de la loger dans des data centers). Prise de conscience
de l’impact environnemental du cloud avec une vraie sobriété numérique.
• Volume de données. La croissance de volume de données des petits data centers (5G, Internet des objets…) reste
tendancielle jusqu’à 2023. À partir de 2024, elle diminue par palier de 10 % tous les 2 ans pour devenir nulle à partir
de 2032. Le volume de données des gros data centers (hyperscale, gros hébergeurs...) en 2020 est de 107,65 EB. Il
Data centers croît de 15 % par an jusqu’en 2050 de façon identique au scénario tendanciel.
• Type de data centers. Les data centers se développent peu : il y a suffisamment de limitation des appareils pour
que l’intelligence soit embarquée.
• Efficacité énergétique de la partie informatique. L’efficacité de traitement des données des petits data centers
et des gros augmente de 13 % par an jusqu’en 2050.
• Power Usage Effectiveness (PUE). Le PUE des petits data centers est de 2,10 en 2020 et diminue de 2 % tous les ans
(= 1,15 en 2050). Le PUE des gros data centers est de 1,80 en 2020 et diminue de 2 % par an tous les ans pour atteindre
le palier de 1,02 à partir de 2048.

121 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.2.3. Dynamique du parc à 2050 La consommation d’énergie finale liée à la demande


du secteur du bâtiment (imports inclus, exports exclus)
RÉSIDENTIEL décroît fortement. Elle passe de 52 TWhEF en 2014
à 14 TWhEF en 2050. La production d’acier est le
En 2050, le parc de logements est constitué de 32 mil- premier poste de consommation (38 %) (cf. chapitre
lions de résidences principales (dont d’anciennes rési- 2.2.3 Production industrielle).
dences secondaires et logements vacants), auxquelles
viennent s’ajouter 3 millions de résidences secondaires
et logements vacants. Au bilan, 12 % du parc de rési- CONSOMMATION D’ÉNERGIE
dences principales (soit 4 millions de logements) a été POUR LES CHANTIERS
construit après 2015. En moyenne, 111 000 logements
sont construits par an entre 2015 et 2050. Le rythme La consommation d’énergie pour les chantiers
de construction décroît très fortement pour devenir s’oriente dans un premier temps à la hausse : de
résiduel (moins de 2 000 logements neufs construits 11 TWhEF en 2015, elle passe à 18 TWhEF en 2030 puis
en moyenne par an sur la période 2040-2050). Environ 19 TWhEF en 2040. La forte baisse de la construction
64 000 logements sont détruits par an en moyenne. neuve entraîne une baisse drastique de la consom-
mation associée. Mais l’augmentation significative
L’ensemble des logements existants en 2015 et non de la rénovation contribue de façon importante aux
démolis ont fait l’objet d’une rénovation énergétique consommations de chantier et ce, malgré une légère
plus ou moins marquée. Au final, 79 % ont été rénovés amélioration de l’efficacité énergétique par rapport
à un niveau BBC Rénovation ou plus, 14 % ont fait au scénario tendanciel, liée à de meilleures pratiques
l’objet d’une rénovation touchant l’ensemble des de conception (maquette numérique) et de gestion
postes de travaux mais sans inscription dans une tra- de l’énergie sur les chantiers, notamment de réno-
jectoire de performance et 7 % ont été rénovés seu- vation. Elle baisse ensuite de façon importante,
lement en partie. En moyenne, 625 000 logements jusqu’à 7 TWhEF en 2050, sous l’effet du ralentisse-
par an font l’objet d’une rénovation de l’ensemble de ment des rénovations.
leur enveloppe, dont 531 000 permettant d’atteindre
le niveau BBC ou plus (passif). La rénovation accélère
très fortement sur la période 2020-2040 : elle concerne CONSOMMATION D’ÉNERGIE
alors entre 800 000 et 900 000 logements par an, qui POUR L’USAGE DES BÂTIMENTS
font l’objet à la fois d’une rénovation complète de
leur enveloppe et d’un changement de leurs équipe- RÉSIDENTIEL
ments de chauffage et d’eau chaude sanitaire. Puis,
la majeure partie du parc ayant été rénovée, la dyna- Le parc de logements consomme au total
mique décroît sur la dernière décennie pour se stabi- 228 TWhEFPCI en 2050, dont 181 TWhEFPCI pour la
liser autour de 330 000 rénovations complètes par an. consommation des résidences principales (hors
chaleur EnR puisée dans l’environnement). La
consommation d’énergie du résidentiel (hors chaleur
TERTIAIRE EnR puisée dans l’environnement) baisse de 58 %
par rapport à 2015. Le chauffage y est l’usage pré-
Dans ce scénario, le parc tertiaire décroît pour at- pondérant et il repose sur le recours au gaz, puis à
teindre 832 millions de m2 de surfaces chauffées en l’électricité et au bois. En effet, près de 2,6 millions
2050, dont 16 % sont des bâtiments construits après de logements collectifs sont chauffés au bois en
2015. Les établissements d’habitat communautaire 2050 (contre 260 000 en 2015) et le nombre de mai-
représentent 28 % des surfaces construites entre 2015 sons individuelles chauffées au bois triple d’ici 2050.
et 2050, suivis par les bureaux (20 %) et l’enseigne- Il est suivi des équipements blancs et bruns, dont
ment-recherche (19 %). la consommation s’élève à 0,7 MWh/logement en
2050 (contre 1,9 en 2015). La consommation d’éner-
La surface tertiaire représente en 2050 un ratio de gie liée à l’éclairage et la climatisation baisse.
12 m2 par habitant (contre 15 m2 en 2015), ce qui tra-
duit l’attention apportée à l’optimisation du parc La consommation de l’ensemble des vecteurs est
existant. orientée à la baisse par rapport à 2015, à l’exception
des consommations des réseaux urbains et du solaire
thermique.
5.2.4. Consommation d’énergie

CONSOMMATION D’ÉNERGIE
DANS L’INDUSTRIE

122 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 15 Scénario 1 — consommation du résidentiel en 2050 (TWhEFPCI )

Résidences principales
Consommation Résidences
Chaleur EnR Total
hors chaleur EnR Chaleur secondaires Total Correction
puisée par intégré
puisée par les EnR puisée Total et logements résidentiel post-modèle
le solaire au bilan
PAC et le solaire par les PAC vacants
thermique
thermique
181 43 1 227 2 228 0 228

Tableau 16 Scénario 1 — consommation énergétique par usage dans les résidences principales (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 300 270 169 121 110
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 48 43 30 28 27
Chauffage et ECS (chaleur EnR puisée dans
6 12 35 39 44
l’environnement)
Équipements 70 68 50 40 34
Éclairage 8 3 2 2 1
Climatisation 2 4 1 1 1
Ventilation 6 6 7 6 6
Auxiliaires 1 1 1 1 1
TOTAL 442 407 294 238 225

Tableau 17 Scénario 1 — consommation énergétique par vecteur dans les résidences principales (TWhEFPCI )

2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Chaleur urbaine 16 17 22 19 18 + 9%
Réseau de gaz 140 130 59 31 20 - 85 %
Fioul domestique 53 39 0 0 0 - 100 %
Bois 77 69 72 62 65 - 16 %
Électricité
142 135 105 87 78 - 45 %
dont consommation des PAC)
GPL 7 5 0 0 0 - 94 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 436 395 259 200 181 - 58 %
Solaire thermique 1 1 1 1 1 + 21 %
Chaleur EnR puisée par les PAC 5 11 33 37 43 + 683 %
TOTAL 442 407 294 238 225 - 49 %

123 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Graphique 2 Scénario 1 — nombre de résidences principales par équipement de chauffage

14 000 000

12 000 000
Résidences principales

10 000 000

8 000 000

6 000 000

4 000 000

2 000 000

0
Fioul GPL Gaz Gaz Gaz Électricité Électricité Bois Chaleur
(chaudières (PAC (PAC gaz) (joule et autres) (pompes urbaine
à condensation) hybrides) à chaleur)

2015 2020 2030 2040 2050

TERTIAIRE L’analyse de la consommation des branches CEREN


montre une baisse importante des consommations
La consommation d’énergie du secteur tertiaire s’éta- sur l’ensemble des usages. Cette réduction concerne
blit à 146 TWhEFPCI en 2050. Ce chiffre recouvre les également la climatisation et ce, en dépit d’une aug-
évolutions combinées : mentation des surfaces climatisées, grâce à l’ajuste-
ment des températures de consigne. Au final, la
des branches CEREN, dont la consommation baisse consommation unitaire moyenne de ces branches
de 57 % (95 TWhEFPCI en 2050) sous l’influence com- s’établit à 116 KWhEFPCI/m² (surfaces chauffées) en
binée de la rénovation énergétique, de l’adoption 2050 (contre 231 en 2015).
d’équipements de chauffage plus efficaces (pompes
à chaleur notamment) et de la baisse globale de Le mix énergétique du chauffage et de l’eau chaude
surface. En 2050, 80 % du parc existant en 2015 est sanitaire s’électrifie par le recours à des pompes à
rénové à un niveau correspondant aux exigences chaleur (dont les pompes à chaleur géothermiques
du Dispositif Éco Énergie Tertiaire19, soit 561 mil- permettant de couvrir les besoins de chaud et de
lions m² (surfaces chauffées) ; froid). L’électricité représente 59 % des consomma-
tions en 2050. Les produits pétroliers disparaissent.
d’une baisse des consommations des secteurs hors Les réseaux de chaleur fournissent 19 % des consom-
CEREN et notamment des data centers, dont la mations.
consommation baisse à partir de 2027 pour at-
teindre 0,8 TWh en 2050 (contre 2 TWh en 2015).

19 Réduction de 60 % des consommations d’énergie finale par rapport à 2010.

124 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 18 Scénario 1 — consommation du tertiaire en 2050 (TWhEFPCI )

Secteurs CEREN
Consommation Total
Chaleur EnR Secteurs Total Correction
hors chaleur EnR Chaleur intégré
puisée par hors CEREN tertiaire post-modèle
puisée par les EnR puisée Total au bilan
le solaire
PAC et le solaire par les PAC
thermique
thermique
95 28 1 124 22 146 0 146

Tableau 19 Scénario 1 — évolution de la consommation énergétique par usage dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 102 98 57 42 31
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 21 22 16 12 9
Chauffage et ECS
6 8 26 31 29
(chaleur EnR puisée dans l’environnement)
Autres usages thermiques 11 11 8 7 6
Équipements
59 60 49 42 36
(électricité spécifique et éclairage)
Cuisson 11 11 9 8 7
Climatisation 19 13 6 5 5
TOTAL branches CEREN 229 224 172 147 124
Hors CEREN 31 31 27 25 22
TOTAL tertiaire 260 255 199 172 146

Tableau 20 Scénario 1 — évolution de la consommation d,énergie par vecteur dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Secteurs CEREN
Chaleur urbaine 9 9 8 8 8 - 14 %
Réseau de gaz 71 69 38 21 9 - 87 %
Fioul domestique 28 25 2 0 0 - 100 %
Bois 1 2 2 2 2 38 %
Électricité
109 107 94 84 75 - 31 %
(dont consommation des PAC)
GPL 4 4 2 1 0 - 88 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 222 216 146 116 95 - 57 %
Solaire thermique 0 0 1 1 1
Chaleur EnR puisée par les PAC 6 8 25 30 28 383 %
TOTAL secteurs CEREN 228 224 172 147 124 - 46 %
Secteurs hors CEREN
31 31 27 25 22 - 30 %
(électricité)
TOTAL tertiaire 260 255 199 172 146 - 44 %

125 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.2.5. Émissions de GES une division par quatre des consommations pour
le tertiaire (grandes surfaces commerciales, hôtel,
ÉMISSIONS DE GES POUR enseignement et bureau) entre 2015 et 2050
L’USAGE DES BÂTIMENTS20 (2 000 kt pour l’année 2050 contre 8 000 kt en 2015).

Les émissions de GES liées à la combustion d’énergie La consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux)
fossile dans le bâtiment (scope 1) deviennent rési- pour la construction de l’ensemble des bâtiments
duelles, puisqu’elles passent de 70 MtCO²eq en 2015 (résidentiels, tertiaires, industriels et de stockage, agri-
à 1,4 MtCO2eq en 2050. L’évolution à la baisse du coles) baisse de 24 % par rapport à 2015 et ce malgré
contenu carbone des réseaux permet également des parts de modes constructifs bois (Cross Laminated
d’obtenir une baisse des émissions liées à la produc- Timber, ossature bois, poteaux-poutres et systèmes
tion d’électricité et réseaux de chaleur alimentant mixtes) comprises entre 40 % et 50 % suivant le type
les bâtiments, qui s’établissent à 1,9 MtCO²eq en de bâtiment ou d’usage. Cette réduction importante
2050. s’explique par la baisse de la construction. La consom-
mation de bois évolue ainsi de 1,7 Mm3 en 2015 à
1,15 Mm3 en 2035 (50 % feuillus, 50 % résineux) et
STOCKAGE DE CO2 DANS LES MATÉRIAUX 1,35 Mm3 en 2050 (60 % feuillus, 40 % résineux) (cf. cha-
pitre 2.4.2. Ressources et usages non alimentaires de la biomasse
Le stockage de CO² dans les matériaux de construc- pour les ressources disponibles pour chaque scénario).
tion s’élève à 4,2 MtCO2/an en 2050 (cf. chapitre 2.4.3.
Puits de carbone).
CONSOMMATION DE MATÉRIAUX
POUR LA RÉNOVATION
5.2.6. Consommation de ressources
Les travaux relatifs à la rénovation énergétique BBC
CONSOMMATION DE MATÉRIAUX des logements construits après 2012 (donc non sou-
POUR LA CONSTRUCTION NEUVE mis à la RT 2012) requièrent, en cumulé entre 2015
et 2050, 74 Mt de matériaux (cf. Tableau 47 pour le
La consommation de matériaux pour la construction détail des matériaux). Les isolants biosourcés repré-
neuve s’élève, en cumulé entre 2015 et 2050, à : sentent 60 % des quantités d’isolants utilisés entre
2015 et 2050 (soit 10,8 Mt).
522 Mt pour la construction de logements neufs
(EHPAD inclus) ; La consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux)
pour la rénovation (énergétique et non énergétique)
122 Mt pour les bâtiments tertiaires de grandes de l’ensemble des bâtiments résidentiels et tertiaires
surfaces commerciales, d’hôtel, d’enseignement et augmente : elle passe de 2,5 Mm3 en 2015 à 3,7 Mm3
de bureau. en 2035 (30 % feuillus, 70 % résineux) et 4,6 Mm3 en
2050 (40 % feuillus, 60 % résineux). Pour les bâtiments
Ce sont les granulats qui représentent le volume le industriels, de stockage et agricoles, cette consom-
plus important (42 %), suivis par le sable (33 %) et le mation est considérée comme négligeable.
ciment (10 %) (cf. Tableau 46 pour le détail des maté-
riaux consommés). Le tonnage d’isolants biosourcés
(dont les fibres et laines de bois) baisse fortement. PRODUCTION DE DÉCHETS LIÉE
Du fait du ralentissement de la construction de lo- À L’ACTIVITÉ DU BÂTIMENT
gements, on observe une division par douze des
consommations entre 2015 et 2050 (avec une très Les déchets du bâtiment s’orientent à la baisse du
forte réduction pour le secteur résidentiel). Leur fait du fort ralentissement de la construction neuve.
consommation est évaluée à 636 kt en cumulé sur Ils passent de 42 Mt en 2015 à 37 Mt en 2050. Le
la période 2015-2050, soit environ 17 % du total des réemploi se développe pour atteindre 3,7 Mt en 2050,
consommations d’isolants. soit 10 % du volume de déchets généré par le bâti-
ment (cf. chapitre 2.4.1. Déchets pour la méthodologie
Ce volume cumulé traduit : de chiffrage).

une baisse très forte de la consommation de ma- Les déchets liés à la rénovation BBC des logements
tériaux pour le résidentiel, qui devient résiduelle constituent une fraction des déchets du bâtiment.
en 2050 (400 kt pour l’année 2050 contre 43 000 kt En cumulé sur la période 2015-2050, ils représentent
en 2015) ; 15,9 Mt pour les matériaux retirés et les chutes de

20 À la date de publication de ce rapport, les évaluations GES réalisées dans ce chapitre sectoriel n’ont pas pu prendre en compte
les derniers bouclages concernant les facteurs d’émissions des vecteurs gaz et électricité, en raison des interactions entre ces
vecteurs. Ces modifications seraient de second ordre et ne modifient pas les grandes conclusions de ce chapitre.

126 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

mise en œuvre (cf. Tableau 50 pour le détail des ma- trajectoire du Décret (- 60 % de consommation
tériaux). La rénovation entraîne la dépose de 180 Mt d’énergie finale en 2050 par rapport à 2010). Au total,
(bois et PVC) (cf. Tableau 51 pour le détail des élé- 80 % des logements présents dans le parc en 2015
ments déposés). font l’objet d’une rénovation à un niveau BBC Réno-
vation ou plus (alors que moins de 1 % des logements
sont labéllisés BBC Rénovation en 202021). La réno-
5.3. Scénario 2 : rénovation vation oriente les activités du bâtiment et donc les
consommations énergétiques des chantiers, à la
massive, évolutions graduelles hausse. Ce scénario comporte une part plus impor-
mais profondes des modes tante de rénovations BBC par étapes que S1, pour
de vie s’adapter au rythme des ménages. La sobriété s’ex-
prime également dans la réglementation du neuf. La
coopération entre acteurs permet de rapprocher les
5.3.1. Philosophie globale réglementations (neuf/existant, construction/urba-
nisme/mobilité, logement/tertiaire) pour assurer la
Le défi que représente ce scénario est celui de l’évo- flexibilité des bâtiments et intégrer les bénéfices liés
lution d’ampleur de nos modes de vie à un rythme au fait de ne pas construire.
permettant d’embarquer l’ensemble de la société.
Il présente des évolutions moins rapides que S1 et En matière de pratiques énergétiques, ce scénario
pousse un peu moins loin le curseur de la sobriété. implique des évolutions majeures. Le temps de
Les autres leviers sont actionnés dans le même esprit. transition moins resserré que dans S1 les rend pos-
sibles par la mise en place de nouvelles organisa-
Ce scénario implique également des évolutions très tions et normes sociales. Par exemple, les appareils
fortes par rapport au tendanciel. À l’échelle du parc électroménagers (lave-linge…) sont plus souvent
bâti, il intègre une baisse importante de la construc- mutualisés.
tion neuve dans un contexte de rééquilibrage terri-
torial, sous l’effet combiné du réinvestissement des L’efficacité énergétique est également présente via
logements vacants et des résidences secondaires, une amélioration du rendement des équipements.
de l’augmentation de l’intensité d’usage du bâti et Comme dans S1, le curseur de l’efficacité n’est pas
du changement d’usage de bâtiments tertiaires vers poussé à son plein potentiel. Plutôt que l’innovation
le logement. Bureaux et écoles ouvrent leurs portes technologique, la priorité est mise sur les nouvelles
le soir à d’autres activités, limitant le besoin en locaux formes d’organisation qui permettent de mutualiser
de loisirs, qui eux-mêmes deviennent multifonction- les appareils, les réparer et améliorer l’accès à la se-
nels. La salle d’exposition de la journée devient salle conde main.
de concert ou de cinéma le soir. La construction se
focalise sur la réponse aux besoins liés au vieillisse- En ce qui concerne les énergies thermiques, le fioul
ment de la population : l’habitat communautaire est éradiqué en 2040. La part du gaz de réseau dimi-
prend une place importante dans la construction nue, mais persiste pour les chaudières à condensation
neuve. En conséquence, la consommation d’énergie installées lors de rénovations et consommant plus
nécessaire à l’activité du bâtiment dans l’industrie de gaz renouvelable. Les réseaux de chaleur se dé-
se réduit fortement. veloppent fortement, ainsi que le chauffage au bois
et les pompes à chaleur électriques. C’est le scénario
Ce scénario contient également une diminution de dans lequel la part de chaque vecteur énergétique
la surface par personne. Surface tertiaire, d’abord, est la plus équilibrée. Pompes à chaleur et chauffage
qui revient à un ratio similaire à celui observé en 1990 au bois équipent environ un tiers des logements en
(soit 12 m2 par habitant). Surface de logements, en- 2050, suivis par les réseaux de chaleur et le gaz, cha-
suite, sous l’effet d’une cohabitation plus développée cun à des niveaux similaires (entre 10 et 15 %). Le
(notamment chez les personnes âgées) et d’une meil- solaire thermique se développe fortement, jusqu’à
leure adaptation de la taille des logements à celle équiper 45 % des maisons individuelles en 2050.
des ménages. Dans le tertiaire, les bâtiments sortent du fioul en
2040 et la part du gaz baisse au profit des réseaux
À l’échelle du bâtiment, ce scénario implique une de chaleur et de l’électricité (pompes à chaleur)
rénovation énergétique à un rythme et avec un ni- (cf. chapitres 2.3.1. Mix gaz et 2.3.2. Froid et chaleur
veau d’ambition énergétique sans commune mesure réseaux et hors réseaux). Le photovoltaïque en toiture
par rapport au rythme tendanciel. Les objectifs du se développe moins fortement que dans les autres
Dispositif Éco Énergie tertiaire sont atteints, l’en- scénarios, la priorité allant aux moyens de production
semble des surfaces assujetties s’engageant sur la les moins coûteux (PV au sol, puis sur grande toiture).

21 https://www.observatoirebbc.org/.

127 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Ce scénario projette un fort développement des et l’intégration de solutions fondées sur la nature
matériaux et des systèmes constructifs à base de (murs et toitures végétales, végétation pour limiter
matériaux biosourcés, à un niveau similaire à S1 pour la puissance du vent aux abords du bâtiment…).
les isolants, un peu moins marqué pour la construc-
tion bois. 5.3.2. Hypothèses

Le levier de la compensation des impacts résiduels Les principales hypothèses du scénario 2 sont pré-
n’est pas utilisé dans ce scénario. sentées dans le Tableau 21.

Les stratégies d’adaptation du parc au changement


climatique se basent sur une anticipation des risques

Tableau 21 Scénario 2 — narratif

Ensemble des bâtiments


La réglementation associe construction et urbanisme, encadre les consommations réelles, et s’élargit à l’ensemble
des enjeux environnementaux tout en anticipant les enjeux de flexibilité des bâtiments. La réglementation repose
Réglementation
sur les incitations fortes (ex. : taxation de la consommation marginale). La coopération entre acteurs permet de
environnementale
dépasser les silos existants et rapprocher les réglementations (neuf/existant, construction/urbanisme, logement/
des bâtiments
tertiaire), pour assurer la flexibilité des bâtiments et prendre en compte les bénéfices liés au fait de ne pas construire.
neufs
Appui aux économies d’énergie du quotidien. Le design des cuisines s’adapte, en évitant les sources de chaleur
près du réfrigérateur ; mise en place de buanderies collectives, d’espaces pour faire sécher le linge…
• Matériaux. Les modes constructifs bois prennent une part importante, et le recours aux matériaux biosourcés s’accélère.
Les matériaux traditionnels tels que nous les connaissons aujourd’hui régressent : l’industrie se transforme pour
décarboner sa production (cf. chapitre 2.4.2. Ressources et usages non alimentaires de la biomasse et 2.4.3. Puits de carbone).
• Techniques de mise en œuvre. Pour le neuf comme pour la rénovation, les solutions de mise en œuvre restent
Modes
traditionnelles (pénétration de la préfabrication comme pour le scénario tendanciel).
constructifs
• Gestion des chantiers. L’efficacité énergétique des chantiers s’améliore fortement, notamment grâce à de
meilleures pratiques de conception rendues possibles par la maquette numérique et de meilleures organisations
des chantiers. Celle des rénovations augmente également, grâce un effet d’apprentissage. Le réemploi des produits
et matériaux de construction se développe.
Adaptation Les stratégies d’adaptation du parc au changement climatique se basent sur une anticipation des risques et
au changement l’intégration de solutions fondées sur la nature (murs et toitures végétales, végétation pour limiter la puissance du
climatique vent aux abords du bâtiment…) (cf. chapitre 1.3. Adaptation au changement climatique).
Résidentiel
• Volume de construction de logements neufs. Le nombre annuel de logements construits baisse significativement.
Le besoin en logements baisse, du fait à la fois du ralentissement de la croissance démographique et de pratiques
de cohabitation des personnes âgées. Les besoins créés par l’augmentation de la population sont absorbés
principalement par optimisation du parc de bâtiments existants (transformation de résidences secondaires en
principales, résorption de la vacance). Les résidences secondaires sont mutualisées.
• Typologie des logements neufs. Baisse drastique de la part des maisons individuelles au profit de petits collectifs
ou d’habitat dense individualisé.
• Qualité thermique. L’amélioration des performances énergétiques des logements s’accélère. Les logements
construits atteignent au moins un niveau BEPAS ou BEPAS+ à partir de 2030.
Logements neufs
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Fioul et gaz disparaissent au profit des chauffe-eau
thermodynamiques. Le solaire thermique se développe avec un appoint pompe à chaleur : il se développe
fortement, jusqu’à équiper 45 % des maisons individuelles en 2050. Le fort développement des réseaux de chaleur
entraîne un raccordement important des logements collectifs.
• Équipements et énergie de chauffage. Arrêt du gaz au profit d’une diversité d’EnR (bois, pompes à chaleur) et des
réseaux de chaleur urbains.
• Équipements et énergies de rafraîchissement. L’application des principes de bioclimatisme dans les constructions
neuves permet de diminuer le besoin de climatisation. Le taux d’équipement augmente cependant via les pompes
à chaleur réversibles.

Suite page suivante

128 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

• Politique de rénovation énergétique des logements. Une politique de rénovation ambitieuse, axée sur l’urgence
climatique et la sobriété, se développe. Elle se cale sur les opportunités de rénovation afin de respecter la logique
d’action des maîtres d’ouvrage (rénovation lors des transactions, par exemple). La priorité est donnée à la baisse
du besoin énergétique des logements. Les rénovations énergétiques performantes par étape (i.e. permettant
d’atteindre au moins les critères du label BBC Rénovation 2009) deviennent majoritaires. Les rénovations par geste
non connectées à une trajectoire de performance disparaissent. En 2050, on arrive à un parc rénové à un haut
niveau de performance énergétique.
• Besoins et qualité thermique. Le besoin de chaud diminue très fortement du fait de la rénovation thermique,
d’un dimensionnement au plus juste des systèmes et de la généralisation, dans les logements non encore rénovés,
d’habitudes de sobriété (chauffer seulement quelques pièces…) sans perte de confort. Le besoin de froid baisse
sous l’effet combiné de la rénovation, d’une gestion des îlots de chaleur et de l’utilisation de la climatisation
Logements seulement pour les périodes les plus chaudes (le rafraîchissement étant assuré par des gestes de type surventilation
existants nocturne le reste du temps).
• Équipements et énergies de chauffage. Le changement d’énergie s’accélère, sous l’effet du rythme important de
rénovation, qui vient s’ajouter au remplacement des équipements en fin de vie. Le fioul est éradiqué en 2040. Le
gaz continue à être utilisé, notamment avec des chaudières à condensation installées lors de rénovations. Les
réseaux de chaleur se développent fortement, ainsi que le chauffage au bois et les pompes à chaleur électriques.
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Pour les systèmes non combinés, les besoins sont maîtrisés, les
EnR contribuent de façon significative à la production d’ECS. Le reste des besoins est couvert par l’effet Joule.
• Équipements et énergies de rafraîchissement. Le taux de climatisation augmente pour gérer les périodes de
canicule, mais tous les logements ne sont pas équipés en 2050. La rénovation a permis le choix de la meilleure
technologie pour chaque logement, en cohérence avec le système de chauffage. Les climatiseurs mobiles sont
moins utilisés, les PAC se développent. Les climatiseurs monosplits restent une solution pour climatiser une seule
pièce (dans une logique de sobriété).
• Volume d’eau chaude sanitaire par personne. Le volume baisse de 10 % à 2050 (évolution des normes d’hygiène
du type douche quotidienne).
• Température de consigne de chauffage. La température de consigne moyenne baisse légèrement (1 °C), sous
l’effet des comportements de restriction (on chauffe seulement certaines pièces, par exemple) et d’un meilleur
confort des logements rénovés.
• Produits blancs. La consommation énergétique recule graduellement sur l’ensemble de la période, au fur et à
mesure que les mesures d’accompagnement à l’évolution des pratiques de l’ensemble des ménages se mettent
en place. Baisse du nombre de cycles (lave-linge, sèche-linge...), mutualisation d’équipements (aspirateurs, lave-
linge…). Évolution des comportements d’usage (utilisation très majoritaire du programme éco, absence de
programmes intensifs, meilleur remplissage des machines). Les ménages optent pour des équipements de seconde
main ou issus d’un reconditionnement très qualitatif pour tous les produits et, en cas d’indisponibilité, ils se
tournent vers les équipements les plus efficaces du marché. Cette évolution progressive permet de négocier les
conditions de transition des filières économiques, dans un contexte où la baisse du nombre d’équipements et
l’allongement de leur durée de vie produit une baisse des volumes de vente.
Vie quotidienne
• Produits bruns et gris. La consommation d’appareils électroniques se stabilise puis recule grâce à une maîtrise des
usages numériques et aux gains d’efficacité. L’évolution se fait par des négociations entre acteurs, qui définissent
ensemble les règles sur l’utilisation intelligente des réseaux. Elle est donc plus lente, mais permet d’aller plus loin
que dans S1 et de prendre en compte les enjeux sociaux (ex. : prix des équipements réparables, efficaces, durables).
Ce qui permet un développement de nouvelles générations de réseaux mobiles et de la fibre optique sans
croissance des flux de données.
• Éclairage. L’effort de sobriété permet de réduire la consommation, malgré les besoins accrus de la population
vieillissante : moindre équipement en lampes purement décoratives, aménagements permettant d’accéder à
l’éclairage naturel, luminaires moins occultants… Passage au tout LED. La durée de vie des lampes augmente.
• Cuisson. Les ménages cuisinent plus à domicile, à partir de produits frais et simples. Cette hausse des activités de
cuisine est contrebalancée par des pratiques de cuisson sobres en énergie et une limitation du multi-équipement.
Les comportements sobres (couvercles, cuisson simultanée de plusieurs plats, etc.) se développent, ainsi que les
réglages favorables aux économies d’énergie (mode « éco » par défaut, veille profonde…). L’électrification de la
cuisson se poursuit à un rythme plus élevé que dans le scénario tendanciel.
Tertiaire
Dans un contexte où l’entreprise comme lieu physique perd de sa centralité, le nomadisme se développe. Les
surfaces de bureaux deviennent moins importantes. Elles sont mieux distribuées sur le territoire et se mettent à son
service en devenant multifonctionnelles. Leur intensité d’usage augmente : lors des périodes d’inoccupation, les
Bureaux locaux sont utilisés pour d’autres activités (sportives, culturelles, associatives). Dans une logique de sobriété, le niveau
de service des bureaux n’augmente pas (pas de conciergerie, de services à la personne…). La gestion de l’obsolescence
se fait par la rénovation, mais aussi l’adaptation et le changement d’usage. Une partie non négligeable des anciens
espaces de bureaux change d’usage, au gré des besoins des territoires (logement, enseignement, santé…).
Le secteur du tourisme se réoriente totalement avec la prise en compte de ses impacts environnementaux et les
premiers effets du changement climatique. L’image du voyage évolue. L’aventure se passe au coin de la rue. Le
tourisme pour vacances/loisirs change aussi. Les courts voyages de type city breaks sont remplacés par des micro-
Cafés-hôtels- aventures près de chez soi (staycation, dépaysement de proximité) Les modes actifs se développent (cyclotourisme
restaurants et marche). Le tourisme d’affaires se réduit. Les voyageurs cherchent avant tout des hébergements simples, sans
services associés (piscine, salle de sport…). Les restaurants s’engagent dans la transition écologique et étendent la
palette de leur offre (bistro rural multiservices, cantines pour personnes âgées…) sur tout le territoire. Les cartes
deviennent plus simples et plus orientées vers des produits locaux/des plats du jour.
La place de la consommation de biens se réduit. Au vieillissement de la population s’ajoute une évolution des
comportements (réparation, baisse du nombre d’objets possédés). Le commerce opère une grande mue : les
commerces réinvestissent les centres-villes et les quartiers résidentiels. On assiste au développement d’un maillage
Commerces
serré de petits commerces multithématiques alliant vente et réemploi/réparation (couture, électroménager…),
moins spécialisés que par le passé mais plus proches de chez soi. Le numérique et le e-commerce permettent
d’optimiser le réemploi.

Suite page suivante

129 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Enseignement- Les établissements d’enseignement sont moins spacieux. Ils ouvrent leurs portes aux autres usages le soir et le
recherche week-end (sports, loisirs, cantine…).
Les besoins en bâtiments de santé suivent les évolutions démographiques, tout en modérant la surface par personne.
La numérisation des établissements de santé se poursuit. Les établissements ne développent pas de nouveaux
Santé
services (magasins, restaurants…). La gestion de l’obsolescence se fait en priorité via la rénovation ou le changement
d’usage.
L’habitat communautaire se développe pour répondre principalement aux besoins liés au vieillissement de la
population. Cet habitat accueille en majorité des personnes âgées en situation de dépendance, les personnes non
Habitat
dépendantes restant plus souvent dans le parc résidentiel (colocation intergénérationnelle et maintien à domicile
communautaire
pour les plus âgés, logement abordable pour les personnes en difficulté sociale…). Les services offerts permettent
de diminuer les consommations d’énergie (mutualisation des équipements…).
Les activités du temps libre évoluent. La prise de conscience de l’impact environnemental de certaines pratiques
et l’organisation du secteur pour proposer des alternatives séduisantes aux formes de loisirs les plus énergivores
permet une transition vers des pratiques culturelles moins consommatrices d’énergie. Les activités de plein-air, les
événements culturels et des micro-aventures locales se développent. Lorsqu’elles se déroulent en intérieur, ces
Sports, loisirs,
activités prennent place dans des bâtiments multifonctionnels, conçus pour pouvoir héberger une multitude
culture
d’activité (concert, expo…). Les équipements sportifs énergivores (ex. : patinoires) baissent. Les salles de sports
publiques comme privées sont « sobres », avec des équipements low tech et robustes. Le rééquilibrage territorial
des lieux de vie conduit à une réaffection de certains logements en lieux culturels ou sportifs (par exemple : une
maison d’un lotissement pavillonnaire transformée en lieu de sociabilité).
Prise de conscience de l’impact du numérique. Diminution de la consommation énergétique. La croissance du
volume de données hébergés ralentit à partir de 2030 pour devenir nulle dans les années 2040. Ce phénomène se
combine à une meilleure efficacité énergétique.
• Volume de données. La croissance de volume de données des petits data centers (5G, Internet des objets...) reste
tendancielle jusqu’à 2030. Elle diminue de 10 % en 2031 puis à partir de 2032, par palier de 5 % tous les ans pour
devenir nulle à partir de 2037. La croissance de volume de données des gros data centers (hyperscale, gros
Data centers hébergeurs...) est de 15 % par an jusqu’en 2050, similaire au scénario tendanciel.
• Type de data centers. Développement des data centers locaux.
• Efficacité énergétique de la partie informatique. L’efficacité de traitement des données des petits data centers
et des gros augmente de 13 % par an jusqu’en 2050, de la même façon que pour le scénario tendanciel.
• Power Usage Effectiveness (PUE). Le PUE des petits data centers est de 2,10 en 2020 et diminue de 2 % tous les ans
(= 1,15 en 2050). Le PUE des gros data centers est de 1,80 en 2020 et diminue de 2 % par an tous les ans pour atteindre
le palier de 1,02 à partir de 2048. Cette évolution du PUE est similaire au scénario tendanciel.

5.3.3. Dynamique du parc elle atteint près d’un million de rénovations com-
plètes (c’est-à-dire concernant l’ensemble de l’enve-
RÉSIDENTIEL loppe du logement et ses équipements) par an. Puis
la dynamique décroît pour se stabiliser autour de
En 2050, le parc de logements est constitué de 32 mil- 500 000 rénovations complètes par an.
lions de résidences principales (dont d’anciennes
résidences secondaires et logements vacants), aux- TERTIAIRE
quelles viennent s’ajouter 4 millions de résidences
secondaires et logements vacants. Au bilan, 16 % du L’évolution du parc bâti est similaire à celle du scé-
parc de résidences principales (soit 5 millions de nario 1.
logements) a été construit après 2015. En moyenne,
149 000 logements sont construits par an entre 2015 5.3.4. Consommation d’énergie
et 2050. Le rythme de construction décroît très for-
tement : il atteint une moyenne de 69 000 logements CONSOMMATION D’ÉNERGIE
par an sur la période 2040-2050. Environ 91 000 lo- DANS L’INDUSTRIE
gements sont détruits par an en moyenne.
La consommation d’énergie finale liée à la demande
L’ensemble des logements existants en 2015 et non du secteur du bâtiment (imports inclus, exports ex-
démolis ont fait l’objet d’une rénovation énergétique, clus) décroît fortement. Elle passe de 52 TWhEF en
d’ampleur plus ou moins marquée. Au total, 81 % ont 2014 à 11 TWhEF en 2050. La production d’acier est
été rénovés à un niveau BBC Rénovation ou plus, 14 % le premier poste de consommation (28 %) (cf. cha-
ont fait l’objet d’une rénovation touchant l’ensemble pitre 2.2.3. Production industrielle).
des postes de travaux mais sans inscription dans une
trajectoire de performance et 5 % ont été rénovés
seulement en partie. En moyenne, 618 000 logements CONSOMMATION D’ÉNERGIE
par an font l’objet d’une rénovation de l’ensemble POUR LES CHANTIERS
de leur enveloppe, dont 524 000 permettant d’at-
teindre le niveau BBC ou plus (passif). La rénovation La consommation d’énergie des chantiers s’oriente
accélère très fortement sur la période 2020-2030 : dans un premier temps à la hausse, sous l’effet de la

130 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

rénovation, malgré la baisse de la construction neuve, mation d’énergie du résidentiel (hors chaleur EnR
une accélération de l’efficacité énergétique permise puisée dans l’environnement) baisse de 55 % par
par de meilleures pratiques de conception (ma- rapport à 2015. Le chauffage y est l’usage prépondé-
quette numérique) et une meilleure gestion de rant et il repose sur le recours au gaz de réseau, puis
l’énergie sur les chantiers. Elle passe de 11TWhEF en à l’électricité et au bois. Les consommations de bois
2015 à 23 TWhEF en 2030. Une fois le parc rénové, énergie diminuent sur la période mais permettent
la consommation des chantiers baisse ensuite pour d’augmenter très significativement le nombre de
atteindre en 2050 des niveaux moins importants logements chauffés (de 4 M à 10 M), grâce à la baisse
qu’en 2015 (9TWhEF, soit - 16 % entre 2015 et 2050). du besoin thermique et l’amélioration des rende-
ments. Il est suivi des équipements blancs et bruns,
dont la consommation s’élève à 1 MWh/logement en
CONSOMMATION D’ÉNERGIE 2050 (contre 1,9 en 2015). La consommation d’éner-
POUR L’USAGE DES BÂTIMENTS gie liée à l’éclairage et la climatisation baisse.

RÉSIDENTIEL La consommation de l’ensemble des vecteurs est


orientée à la baisse par rapport à 2015, à l’exception
Le parc de logements consomme au total des consommations des réseaux urbains, qui
247 TWhEFPCI en 2050, dont 198 TWhEFPCI pour la doublent et du solaire thermique, dont les consom-
consommation des résidences principales (hors cha- mations se développent considérablement.
leur EnR puisée dans l’environnement). La consom-

Tableau 22 Scénario 2 — consommation du résidentiel en 2050 (TWhEFPCI )

Résidences principales
Consommation Résidences
Chaleur EnR Total
hors chaleur EnR Chaleur secondaires Total Correction
puisée par intégré
puisée par les EnR puisée Total et logements résidentiel post-modèle
le solaire au bilan
PAC et le solaire par les PAC vacants
thermique
thermique
198 41 3 243 4 246 1 247

Tableau 23 Scénario 2 — consommation énergétique par usage dans les résidences principales (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 300 270 178 136 114
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 48 43 34 29 28
Chauffage et ECS (chaleur EnR puisée dans
6 12 31 38 44
l’environnement)
Équipements 70 68 57 50 46
Éclairage 8 3 2 3 2
Climatisation 2 4 1 1 1
Ventilation 6 6 6 7 6
Auxiliaires 1 1 1 1 1
TOTAL 442 407 309 264 243

131 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 24 Scénario 2 — consommation énergétique par vecteur dans les résidences principales (TWhEFPCI )

2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Chaleur urbaine 16 17 22 26 23 + 42 %
Réseau de gaz 140 130 75 45 29 - 80 %
Fioul domestique 53 39 5 0 0 - 100 %
Bois 77 69 62 54 53 - 31 %
Électricité
142 135 114 102 93 - 34 %
(dont consommation des PAC)
GPL 7 5 1 0 0 - 95 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 436 396 278 226 198 - 55 %
Solaire thermique 1 1 2 3 3 + 239 %
Chaleur EnR puisée par les PAC 5 11 29 35 41 + 649 %
TOTAL 442 407 309 264 243 - 45 %

Graphique 3 Scénario 2 — nombre de résidences principales par équipement de chauffage

12 000 000

10 000 000
Résidences principales

8 000 000

6 000 000

4 000 000

2 000 000

0
Fioul GPL Gaz Gaz Gaz Électricité Électricité Bois Chaleur
(chaudières (PAC (PAC gaz) (joule et autres) (pompes urbaine
à condensation) hybrides) à chaleur)

2015 2020 2030 2040 2050

TERTIAIRE L’analyse de la consommation des branches CEREN


montre une baisse importante des consommations
La consommation d’énergie du secteur tertiaire s’éta- sur l’ensemble des usages. Cette réduction concerne
blit à 149 TWhEFPCI en 2050. Ce chiffre recouvre les également la climatisation en dépit d’une augmen-
évolutions combinées : tation des surfaces climatisées. Au final, la consom-
mation unitaire moyenne de ces branches d’établit
des branches CEREN, dont la consommation baisse à 129 KWhEFPCI/m2 (surfaces chauffées) en 2050
de 53 % (105 TWhEFPCI en 2050) sous l’influence (contre 231 KWhEFPCI/m2 en 2015).
combinée de la rénovation énergétique, de l’adop-
tion d’équipements de chauffage plus efficaces Le mix énergétique du chauffage et de l’eau chaude
(pompes à chaleur) et de la baisse globale de sur- sanitaire évolue : l’électricité (pompes à chaleur) et
face. En 2050, 71 % du parc 2015 est rénové selon les réseaux de chaleur deviennent les deux principales
la trajectoire du Décret Éco Énergie Tertiaire, soit sources d’énergie du secteur. Les énergies fossiles
497 millions m2 (surface chauffée) ; disparaissent.

d’une baisse des consommations des secteurs hors


CEREN : la consommation des data centers baisse
pour atteindre 1 TWh en 2050, contre 2 TWh en
2015.

132 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 25 Scénario 2 — consommation du tertiaire en 2050 (TWhEFPCI )

Secteurs CEREN
Consommation Total
Chaleur EnR Secteurs Total Correction
hors chaleur EnR Chaleur intégré
puisée par hors CEREN tertiaire post-modèle
puisée par les EnR puisée Total au bilan
le solaire
PAC et le solaire par les PAC
thermique
thermique
105 20 2 128 22 150 0 149

Tableau 26 Scénario 2 — évolution de la consommation énergétique par usage dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 102 98 64 49 40
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 21 22 17 13 10
Chauffage et ECS
6 8 22 25 22
(chaleur EnR puisée dans l’environnement)
Autres usages thermiques 11 11 10 9 8
Équipements
59 60 49 42 36
(électricité spécifique et éclairage)
Cuisson 11 11 9 8 7
Climatisation 19 13 6 5 5
TOTAL branches CEREN 229 224 179 151 128
Hors CEREN 31 31 28 25 22
TOTAL tertiaire 260 255 207 177 150

Tableau 27 Scénario 2 — évolution de la consommation d,énergie par vecteur dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Secteurs CEREN
Chaleur urbaine 9 9 13 16 17 + 86 %
Réseau de gaz 71 69 43 27 16 - 77 %
Fioul domestique 28 25 6 0 0 - 100 %
Bois 1 2 2 2 2 + 38 %
Électricité
109 107 90 80 69 - 36 %
(dont consommation des PAC)
GPL 4 4 2 1 0 - 88 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 222 216 156 126 105 - 53 %
Solaire thermique 0 0 1 2 2
Chaleur EnR puisée par les PAC 6 8 22 24 20 + 252 %
TOTAL secteurs CEREN 228 224 179 151 128 - 44 %
Secteurs hors CEREN
31 31 28 25 22 - 29 %
(électricité)
TOTAL tertiaire 260 255 207 177 150 - 42 %

133 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.3.5. Émissions de GES enseignement et bureau) entre 2015 et 2050 (2 Mt


par an pour l’année 2050 contre 8 Mt 2015).
ÉMISSIONS DE GES POUR L’USAGE
DES BÂTIMENTS22 La consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux)
pour la construction de l’ensemble des bâtiments (ré-
Les émissions de GES liées à la combustion d’énergie sidentiels, tertiaires, industriels et de stockage, agricoles)
fossile dans le bâtiment passent de 70 MtCO²eq en baisse de 22 % par rapport à 2015 et ce malgré une part
2015 à 1,8 MtCO2eq en 2050. L’évolution à la baisse de modes constructifs comprise entre 30 % et 40 %
du contenu carbone des réseaux permet également suivant le type de bâtiment ou d’usage. Cette réduction
d’obtenir une baisse des émissions liées à la produc- s’explique par la baisse de la construction. La consom-
tion d’électricité et réseaux de chaleur alimentant mation de bois évolue ainsi de 1,7 Mm3 en 2015 à
les bâtiments, qui s’établissent à 1,9 MtCO²eq en 1,2 Mm3 en 2035 (40 % feuillus, 60 % résineux) et 1,4 Mm3
2050. en 2050 (55 % feuillus, 45 % résineux) (cf. chapitre
2.4.2. Ressources et usages non alimentaires de la biomasse
pour les ressources disponibles pour chaque scénario).
STOCKAGE DE CO2
DANS LES MATÉRIAUX
CONSOMMATION DE MATÉRIAUX
Le stockage de CO² dans les matériaux de construction POUR LA RÉNOVATION
est etimé à 4,8 MtCO2/an en 2050 (cf. chapitre 2.4.3.
Puits de carbone). Les travaux relatifs à la rénovation énergétique BBC
des logements construits après 2012 (donc non sou-
mis à la RT 2012) requièrent, en cumulé entre 2015
5.3.6. Consommation de ressources et 2050, 75 Mt de matériaux (cf. Tableau 47 pour le
détail des matériaux). Les isolants biosourcés repré-
CONSOMMATION DE MATÉRIAUX POUR sentent 60 % des quantités d’isolants utilisés entre
LA CONSTRUCTION NEUVE 2015 et 2050 (soit 10,8 Mt).

La consommation de matériaux pour la construction La consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux)


s’élève, en cumulé entre 2015 et 2050, à : pour la rénovation (énergétique et non énergétique)
de l’ensemble des bâtiments résidentiels et tertiaires
670 Mt pour la construction de logements neufs augmente pour passer de 2,5 Mm3 en 2015 à 3,7 Mm3
(EHPAD inclus) ; en 2035 (30 % feuillus, 70 % résineux) et 4,6 Mm3 en
2050 (40 % feuillus, 60 % résineux). Pour les bâtiments
114 Mt pour les bâtiments tertiaires de grandes industriels, de stockage et agricoles, cette consom-
surfaces commerciales, d’hôtel, d’enseignement et mation est considérée comme négligeable.
de bureau.

Ce sont les granulats qui représentent le volume le PRODUCTION DE DÉCHETS LIÉE


plus important (334 Mt), suivis par le sable (256 Mt) À L’ACTIVITÉ DU BÂTIMENT
et le ciment (82 Mt). Leurs parts respectives sont
identiques à celles de S1 (cf. Tableau 46 pour le détail Les déchets du bâtiment s’orientent à la baisse du
des matériaux consommés). Le volume nécessaire fait du fort ralentissement de la construction neuve.
d’isolants biosourcés (dont les fibres et laines de bois) Ils passent de 42 Mt en 2015 à 37 Mt en 2050. Le
reste stable entre 2015 et 2050 (environ 30 kt par réemploi se développe pour atteindre 3,72 Mt en
an). Leur consommation est évaluée à un peu plus 2050, soit 10 % du volume de déchets généré par le
de 1 000 kt en cumulé entre 2015 et 2050, soit environ bâtiment (cf. chapitre 2.4.1 Déchets pour la métho-
23 % du total des consommations d’isolants. dologie de chiffrage).

Ce volume cumulé traduit : Les déchets liés à la rénovation BBC des logements
constituent une fraction des déchets du bâtiment.
une division par sept des consommations entre En cumulé sur la période 2015-2050, ils représentent
2015 et 2050 pour le résidentiel (6 Mt pour l’année 16,1 Mt pour les matériaux retirés et les chutes de
2050 contre 43 Mt en 2015) ; mise en œuvre (cf. Tableau 50 pour le détail des ma-
tériaux). La rénovation entraîne la dépose de 180 mil-
une division par quatre des consommations pour lions de baies (bois et PVC) (cf. Tableau 51 pour le
le tertiaire (grandes surfaces commerciales, hôtel, détail des éléments déposés).

22 À la date de publication de ce rapport, les évaluations GES réalisées dans ce chapitre sectoriel n’ont pas pu prendre en compte
les derniers bouclages concernant les facteurs d’émissions des vecteurs gaz et électricité, en raison des interactions entre ces
vecteurs. Ces modifications seraient de second ordre et ne modifient pas les grandes conclusions de ce chapitre.

134 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.4. Scénario 3 : rénovation


massive et déconstruction-
reconstruction

5.4.1. Philosophie globale lérée (au-delà des réglementations) de l’efficacité


des équipements électroménagers. Pour certains
Le défi de ce scénario consiste à trouver la ligne de appareils du quotidien cependant (fours par
crête d’une décarbonation qui ne passe pas par une exemple…), ce scénario intègre une légère remontée
modification en profondeur de nos modes de vie. L’ac- des puissances due à la généralisation des appareils
cent est mis sur l’innovation technique pour assurer connectés. L’efficacité des data centers s’améliore
une meilleure efficacité des équipements, sur le recours sous l’impulsion des politiques publiques et l’usage
à des énergies décarbonées et sur la compensation. des données poursuit une augmentation tendan-
À l’instar du scénario tendanciel, les seuls leviers cielle. La majorité des appareils de climatisation ins-
d’efficacité explorés concernent la rénovation du bâti. tallés présentent un bon rendement.

À l’échelle du parc, ce scénario se caractérise par la Les énergies moins carbonées sont au cœur de ce
déconstruction-reconstruction à grande échelle de scénario, avec le déploiement de pompes à chaleur
logements devenus obsolètes (localisation, vieillisse- et des réseaux de chaleur. Le changement d’énergie
ment de la population, densification des métropoles, s’accélère, sous l’effet du rythme important de ré-
changement climatique…). Cette stratégie de gestion novation. Le fioul baisse drastiquement. Le gaz réseau
de l’obsolescence conduit à construire plus que le continue à être utilisé, notamment avec des pompes
rythme tendanciel, à un niveau similaire à celui des à chaleur hybrides et une part significative de gaz
années 1990-2020. La surface par personne se réduit renouvelable, pour gérer la pointe sur le réseau élec-
sous l’effet de la densification liée à la métropolisation. trique. Les réseaux de chaleur se développent forte-
Dans le tertiaire, le ratio de surface par habitant atteint ment, sous l’effet de la métropolisation et de la
14 m2/personne en 2050 (contre 15 m2/personne en construction neuve. C’est le scénario dans lequel,
2015). Si la croissance de la construction de bureaux en 2050, le nombre de logements raccordés à un
se tasse (évolution du travail, enjeux d’espace en Mé- réseau de chaleur (6,6 millions, soit 19 % du parc) et
tropole), l’habitat communautaire prend le relai. utilisant une PAC hybride (5,7 millions soit 17 %) est
le plus élevé. Le solaire thermique se développe for-
À l’échelle du bâtiment, le scénario implique une tement, jusqu’à équiper 45 % des maisons individuelles
stratégie de rénovation qui s’efforce d’équilibrer les en 2050. Dans le tertiaire, les bâtiments sortent du
efforts entre baisse du besoin et décarbonation de fioul en 2040 et la part du gaz réseau baisse au profit
l’énergie. On cherche à faire suffisamment baisser le des réseaux de chaleur et de l’électricité (pompes à
besoin thermique pour permettre l’installation chaleur). Le photovoltaïque en toiture se développe
d’équipements efficaces, mais sans forcément isoler fortement, en majorité en grande toiture, du fait de
au maximum (notamment pour des raisons de la baisse des coûts qui améliore la rentabilité de l’au-
coûts…). Ainsi les rénovations touchant l’ensemble toconsommation, elle-même encouragée par le dé-
des postes de travaux mais sans s’inscrire dans une veloppement des véhicules électriques.
trajectoire BBC (rénovation par geste plutôt que glo-
bale) sont-elles majoritaires. Dans le tertiaire, la ré- Les modes constructifs évoluent vers une industria-
novation énergétique du parc s’accélère pour suivre lisation et une préfabrication pour répondre à la
et atteindre les objectifs du Dispositif Éco Énergie construction neuve de logements collectifs. L’offre
Tertiaire. En 2050, 72 % des locaux tertiaires présents de matériaux et de systèmes constructifs moins car-
en 2015 (soit 595 millions m2 de surfaces chauffées) bonés se développe. Ceux-ci sont en partie des ma-
ont fait l’objet d’une rénovation ambitieuse (réduc- tériaux biosourcés mais également des matériaux
tion de 60 % des consommations d’énergie finale par traditionnels (béton, terre cuite, acier) moins carbo-
rapport à 2010). Les bâtiments neufs font également nés. Les isolants biosourcés représentent 29 % du
l’objet d’une amélioration rapide de leur perfor- volume d’isolants utilisés entre 2015 et 2050 pour la
mance sous l’égide d’une réglementation qui met rénovation énergétique des logements.
l’accent sur l’énergie et le carbone et appuie l’inno-
vation technologique. Dans ce scénario, le levier de la compensation est
actionné de deux manières. D’une part, la réglemen-
Ce scénario explore particulièrement l’efficacité tation environnementale la rend possible pour les
énergétique rendue possible par le progrès techno- bâtiments neufs ne parvenant pas à atteindre leurs
logique. Le rendement de certains équipements objectifs. Elle valorise le stockage de carbone dans
s’améliore. Par exemple, un soutien plus fort à l’in- le bâtiment ou l’investissement dans des projets de
novation et aux achats moins impactants pour l’en- rénovation de bâtiments existants. D’autre part, les
vironnement ainsi qu’une plus grande sensibilisation émissions du secteur ne pouvant être compensées
des acheteurs, conduisent à une amélioration accé- par les mesures précédentes, elles s’ajoutent à celles

135 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

d’autres secteurs et rendent nécessaire le recours, à bioclimatisme (logements traversants, etc.) et sur
l’échelle française, aux puits de carbone technolo- des technologies d’inspiration biomimétique (re-
giques faisant ainsi porter à d’autres une partie de construction de bâtiments inspirés de la nature…).
la responsabilité de la trajectoire de transition.
5.4.2. Hypothèses
La stratégie d’adaptation du parc au changement
climatique est basée sur les technologies : climatisa- Les principales hypothèses du scénario 3 sont pré-
tion, mise en place de capteurs pour détecter les sentées dans le Tableau 28.
départs de feu de forêt à proximité des bâtiments…
La construction de logements neufs s’appuie sur le

Tableau 28 Scénario 3 - narratif

Ensemble des bâtiments


Réglementation La réglementation met l’accent sur l’énergie et le carbone. Elle appuie l’innovation (nouvelles technologies,
environnementale bioclimatisme…). Elle permet de compenser les émissions résiduelles.
des bâtiments neufs
• Matériaux. Les matériaux et systèmes constructifs sont en partie biosourcés mais également des matériaux traditionnels
(béton, terre cuite, acier) décarbonés. Les modes constructifs bois progressent. Développement du recyclage des
matériaux de construction, notamment pour les produits de gros œuvre issus de la déconstruction des bâtiments
(cf. chapitres 2.4.2. Ressources et usages non alimentaires de la biomasse et 2.4.3. Puits de carbone).
• Techniques de mise en œuvre. Industrialisation/préfabrication développée pour répondre à la construction neuve
Modes
de logements collectifs.
constructifs
• Gestion des chantiers. L’efficacité énergétique des chantiers s’améliore fortement, notamment grâce à de meilleures
pratiques de conception rendues possibles par la maquette numérique, de meilleures organisations des chantiers
et la préfabrication. Celle des rénovations augmente également, grâce un effet d’apprentissage. Le réemploi des
produits et matériaux de construction se développe très fortement, grâce aux techniques de déconstruction/
reconstruction.
La stratégie d’adaptation du parc au changement climatique est basée sur les technologies : climatisation, mise en
Adaptation
place de capteurs pour détecter les départs de feu de forêt à proximité des bâtiments… La construction de logements
au changement
neufs s’appuie sur le bioclimatisme (logements traversants, etc.) et sur des technologies d’inspiration biomimétique
climatique
(reconstruction de bâtiments inspirés de la nature…) (cf. chapitre 1.3. Adaptation au changement climatique).
Résidentiel
• Volume de construction de logements neufs. Le rythme historique de construction se poursuit. Le besoin en
logements baisse, du fait du ralentissement de la croissance démographique. C’est la décohabitation liée au
vieillissement qui est le facteur majeur de demande. On répond à ce besoin par la construction neuve, dans une
optique de « Nouvel esprit haussmannien », i.e. la déconstruction-reconstruction des bâtiments obsolètes (pour des
raisons techniques, sociales, géographiques…).
• Typologie des logements neufs. La construction neuve donne la priorité au grand collectif pour densifier les
métropoles.
• Qualité thermique. Accélération de l’amélioration des performances énergétiques des logements. Les logements
construits atteignent au moins un niveau BEPAS ou BEPAS+ à partir de 2030.
Logements neufs
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Disparition du fioul et du gaz réseau au profit des chauffe-eau
thermodynamiques. En logement collectif, développement de PAC hybrides et raccordement aux réseaux de chaleur
qui se développent fortement. Le solaire thermique se développe fortement, jusqu’à équiper 45 % des maisons
individuelles en 2050.
• Équipements et énergie de chauffage. Le gaz est remplacé par des EnR électriques (pompes à chaleur, y compris
des PAC hybrides) et des réseaux de chaleur.
• Équipements et énergies de rafraîchissement. L’application des principes de bioclimatisme dans les constructions
neuves permet de diminuer le besoin de climatisation. Le taux d’équipement augmente cependant via les pompes
à chaleur réversibles et le recours à la géothermie.
• Politique de rénovation énergétique des logements. La rénovation des logements, axée sur l’urgence climatique et
recherchant l’équilibre entre efficacité énergétique et décarbonation, est ambitieuse. Le ciblage se fait en fonction
du niveau d’émission GES des logements. Les rénovations se font majoritairement par bouquets de travaux (changement
d’équipement, isolation d’une partie de l’enveloppe), mais sans inscription dans une trajectoire de performance
permettant d’atteindre le niveau BBC Rénovation. Le rythme de rénovation augmente de façon significative. En
2050, le parc émet peu de CO² et son enveloppe est en très grande partie rénovée.
• Besoins et qualité thermique. Le besoin de chaud comme de froid diminue sous l’effet de la seule rénovation
thermique, les pratiques quotidiennes des ménages et le dimensionnement des systèmes n’évoluant pas. Les
populations qui se restreignent (en hiver comme en été) sont celles en situation de précarité énergétique.
• Équipements et énergies de chauffage. Une décarbonation grâce avant tout au déploiement des EnR électriques
Logements (notamment les pompes à chaleur double service) et aux réseaux de chaleur. Le changement d’énergie s’accélère,
existants sous l’effet du rythme important de rénovation et vient s’ajouter au remplacement des équipements en fin de vie.
Le fioul est éradiqué en 2040. Le gaz continue à être utilisé, notamment avec des PAC hybrides permettant de
répondre à un besoin plus important et de gérer la pointe du réseau électrique. Le nombre de logements raccordés
au réseau gaz est maintenu constant. Les réseaux de chaleur se développent fortement ainsi que les pompes à
chaleur électriques.
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Pour les systèmes non combinés, le chauffe-eau thermodynamique
prend le relais de l’effet Joule dans la production d’ECS. Peu de production via le solaire.
• Équipements et énergies de rafraîchissement. La climatisation se généralise. La rénovation a permis le choix de la
meilleure technologie pour chaque logement, en cohérence avec le système de chauffage. Les climatiseurs mobiles
sont moins utilisés, les PAC se développent, ainsi que de nouvelles technologies très efficaces, fruit de la R&D d’un
secteur en pleine expansion, mais elles restent résiduelles.

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136 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

• Volume d’eau chaude sanitaire par personne. Le besoin (m3/jour/pers.) n’évolue pas.
• Température de consigne de chauffage. La température de consigne moyenne baisse légèrement (1 °C), sous l’effet
des comportements de restriction (on chauffe seulement certaines pièces, par exemple) et d’un meilleur confort
des logements rénovés.
• Produits blancs. La consommation d’énergie baisse sensiblement grâce à des efforts très importants sur l’efficacité
énergétique des appareils. Par contre les comportements n’évoluent pas vers plus de sobriété, ce qui annule une
partie des gains. La tendance à la baisse du nombre de cycles (lave-linge, sèche-linge…) se poursuit, notamment
grâce aux appareils connectés et à l’intelligence artificielle. L’efficacité énergétique progresse plus rapidement que
dans le scénario tendanciel par un soutien plus fort à l’innovation et aux achats d’appareils performants, ainsi qu’une
plus grande sensibilisation des acheteurs. En matière d’achat, le surdimensionnement des appareils par rapport aux
besoins reste une pratique courante et la seconde main reste un marché de niche. La durée de vie des appareils
Vie quotidienne
augmente cependant grâce à une meilleure réparabilité.
• Produits bruns et gris. Une augmentation des usages et des flux de données associés et des infrastructures similaires
au scénario tendanciel, mais une efficacité plus importante sur les technologiques grâce à un effort important
d’optimisation technique. La réparabilité augmente, mais les effets de mode entraînent une forte obsolescence.
• Éclairage. Légère augmentation du nombre de lampes par logement en raison des besoins accrus de la population
vieillissante et peu de changements de comportements ; les consommations globales d’éclairage chutent quand
même fortement en raison du passage au tout LED.
• Cuisson. Les ménages mangent plus souvent à la maison que par le passé (télétravail, vieillissement), mais à partir
d’aliments plus transformés/préparés/livrés (plats à emporter). Les petits équipements de cuisson spécialisés (robots,
appareils d’aide à la cuisine…) se multiplient. L’efficacité énergétique des équipements s’accélère sous l’effet
d’innovations techniques. Les ustensiles communicants permettent de faire légèrement baisser les durées d’utilisation.
Tertiaire
Dans un contexte où l’entreprise comme lieu physique perd de sa centralité, et où le nomadisme se développe, les
bureaux deviennent plus denses, au cœur des métropoles, dans les grands pôles d’immobilier de bureau historiques
(Île-de-France, grandes métropoles régionales). Les locaux des entreprises sont adaptés pour accueillir moins de
Bureaux travailleurs à temps plein, et plus d’activités d’échanges (salles de réunion, lieux de convivialité). Le niveau de service
augmente (restauration, conciergerie, services à la personne…). L’intensité d’usage des locaux n’augmente pas, la
logique étant que la spécialisation des espaces permet d’en optimiser le confort d’usage. L’obsolescence du bâti est
gérée par une déconstruction-reconstruction d’ampleur.
La dynamique du tourisme et de fréquentation des restaurants suit le scénario tendanciel, mais la rénovation
énergétique du bâti s’accélère. On assiste à un fort développement de la livraison à domicile qui devient un service
complémentaire offert par les restaurants à part entière avec le service à table. Certains restaurants basculent dans
Cafés-hôtels-
le « tout livraison maison » et utilisent des cuisines partagées qui regroupent les cartes de restaurants populaires, pour
restaurants
démultiplier leur capacité de livraison. Les cantines des bureaux, inutilisées le soir et le week-end et peu rentables
(télétravail), sont transformées en restaurants commerciaux. Ce phénomène se développe de façon importante car
il correspond bien aux modes de vie urbains.
La consommation de biens reste au cœur de la société. Cependant, dans une société vieillissante et de plus en plus
préoccupée par l’environnement, les postes arrivés à maturité ces dernières années (habillement, équipements de
la maison…) ne progressent plus. Quelques « poches » de consommation maintiennent une croissance (TIC…). Cela
Commerces
s’accompagne par un fort développement du e-commerce, les quelques centres commerciaux restant achevant leur
mue vers le commerce expérientiel. Une complémentarité s’instaure entre canaux physiques et numériques. Les
commerces de proximité, notamment alimentaires, se développent.
Enseignement- Les établissements d’enseignement sont moins spacieux car ils s’insèrent dans des tissus urbains denses. Ils se
recherche spécialisent sur leur fonction d’enseignement.
Les besoins en bâtiment de santé suivent les évolutions démographiques, sur le même rythme que par le passé, sans
attention particulière à limiter la surface par personne. La numérisation des établissements de santé se poursuit. Les
Santé
établissements médicaux développent de nouveaux services (vastes zones d’accueil et de réception, magasins,
restaurants, jardins paysagers…). Une gestion de l’obsolescence qui se fait avant tout par la déconstruction/reconstruction.
L’habitat communautaire se développe pour répondre aux besoins liés au vieillissement de la population, aux besoins
Habitat
des étudiants et des personnes en difficulté sociale. Les services offerts tirent à la hausse les consommations d’énergie
communautaire
(domotique, objets connectés…).
Les activités du temps libre se développent, portées par l’essor du numérique, la croissance du pouvoir d’achat, du
temps libre des ménages, et le vieillissement de la population. Elles évoluent sans attention particulière à leur impact
Sports, loisirs, environnemental. Elles se tournent résolument vers le numérique. Les espaces évoluent pour accueillir ces nouvelles
culture pratiques virtuelles. Les loisirs se déroulent en grande partie en intérieur. La recherche du confort oriente vers la
multiplication d’espaces spécialisés (salle de concert + salle d’expo dans deux lieux séparés plutôt qu’espace culturel
pouvant accueillir un concert un jour, une expo le lendemain…).
Très forte augmentation du volume de données correspondant à la tendance actuelle, particulièrement dans les
petits data centers (sous l’influence de la 5G et de l’Internet des objets). Le déploiement des réseaux toujours plus
performants ouvre à de nouveaux usages. L’efficacité énergétique s’accroît, mais sans compenser la hausse du volume
de données. Très forte augmentation de la consommation énergétique.
• Volume de données. Le volume de données des petits data centers (5G, Internet des objets...) croît de 50 % par an
jusqu’en 2025 puis de 40 % de 2026 à 2040. La croissance diminue ensuite à partir de 2043. Le volume de données
des gros data centers (hyperscale, gros hébergeurs…) croît de 15 % par an jusqu’en 2050. Ces croissances correspondent
au scénario tendanciel.
Data centers
• Type de data centers. Data centers très optimisés au niveau de l’efficacité énergétique, ils qui utilisent majoritairement
de l’électricité d’origine EnR.
• Efficacité énergétique de la partie informatique. L’efficacité des petits data centers croît de 13 % par an jusqu’en
2035 puis de 15 % par an de 2036 à 2050. Celle des gros data centers suit la même logique et augmente de façon
similaire au scénario tendanciel jusqu’en 2035 puis accélère à 15 % par an jusqu’en 2050.
• Power Usage Effectiveness (PUE). Le PUE des petits data centers est de 2,10 en 2020 et diminue de 3 % tous les ans
jusqu’à atteindre un palier de 1,02 en 2044 (= 1,15). Le PUE des gros data centers est de 1,80 en 2020 et diminue de
3 % par an tous les ans pour atteindre le palier de 1,02 à partir de 2039.

137 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.4.3. Dynamique du parc à 2050 La consommation d’énergie finale liée à la demande


du secteur (imports inclus, exports exclus) décroît.
RÉSIDENTIEL Elle passe de 52 TWhEF en 2014 à 29 TWhEF en 2050.
L’amélioration de l’efficacité énergétique permet de
En 2050, le parc de logements est constitué de 34 mil- baisser les consommations malgré un taux de
lions de résidences principales, auxquelles viennent construction similaire à celui observé ces trente der-
s’ajouter 6 millions de résidences secondaires et lo- nières années. La production d’acier représente la
gements vacants. Au final, 36 % du parc de résidences majeure partie des consommations (37 %) (cf. cha-
principales (soit 12 millions de logements) a été pitre 2.2.3. Production industrielle).
construit après 2015. En moyenne, 348 000 logements
sont construits par an entre 2015 et 2050. Le rythme
de construction décroît, mais de façon moins im- CONSOMMATION D’ÉNERGIE
portante que dans le scénario tendanciel : il atteint POUR LES CHANTIERS
une moyenne de 262 000 logements par an sur la
période 2040-2050. Environ 169 000 logements sont La consommation d’énergie pour les chantiers
détruits par an en moyenne. s’oriente dans un premier temps à la hausse, sous
l’effet combiné d’un important volume de construc-
Au total, 99 % des logements existants en 2015 et tion neuve et de la rénovation. Elle passe de 11 TWhEF
non démolis ont fait l’objet d’une rénovation éner- en 2015 à 21 TWhEF en 2030. Elle baisse ensuite de
gétique, plus ou moins marquée. Parmi ceux-là, 22 % façon très importante en fin de période, pour at-
ont été rénovés à un niveau BBC Rénovation ou plus, teindre 5 TWhEF en 2050 (soit - 51 % entre 2015 et
69 % ont fait l’objet d’une rénovation touchant l’en- 2050). Les gains importants en efficacité sur les chan-
semble des postes de travaux mais sans inscription tiers (liés notamment à la préfabrication) permettent
dans une trajectoire de performance et 9 % ont été en effet de contrebalancer l’augmentation de la
rénovés seulement en partie. En moyenne, 511 000 lo- construction neuve et de la rénovation.
gements par an font l’objet d’une rénovation de
l’ensemble de leur enveloppe, dont 125 000 permet-
tant d’atteindre le niveau BBC ou plus (passif). La CONSOMMATION D’ÉNERGIE
rénovation accélère très fortement sur la période POUR L’USAGE DES BÂTIMENTS
2020-2030 : elle atteint près d’un million de rénova-
tions complètes (c’est-à-dire concernant l’ensemble RÉSIDENTIEL
de l’enveloppe du logement et ses équipements) par
an. Puis la dynamique décroît : la rénovation concerne Le parc de logements consomme au total
alors environ 500 000 logements par an entre 2030 312 TWhEFPCI en 2050, dont 226 TWhEFPCI pour la
et 2040, puis 220 000 à partir de 2040. consommation des résidences principales (hors cha-
leur EnR puisée dans l’environnement). La consom-
mation d’énergie du résidentiel (hors chaleur EnR
TERTIAIRE puisée dans l’environnement) baisse de 48 % par
rapport à 2015. Le chauffage y est l’usage prépondé-
Dans ce scénario, le parc tertiaire se stabilise et at- rant et il repose sur le recours au gaz, puis à l’électri-
teint 999 millions de m2 de surface chauffée en 2050, cité et au bois. Il est suivi des équipements blancs et
dont 17 % sont des bâtiments construits après 2015. bruns, dont la consommation s’élève à 1,3 MWh/lo-
L’habitat communautaire représente 22 % des sur- gement en 2050 (contre 1,9 en 2015). La consomma-
faces construites entre 2015 et 2050, suivi par les tion d’énergie pour l’éclairage baisse, celle pour la
bureaux (21 %) et le commerce (19 %). climatisation augmente.

La surface tertiaire représente en 2050 un ratio de La consommation de l’ensemble des vecteurs est
14 m2 par habitant (contre 15 m2 en 2015), actant la orientée à la baisse par rapport à 2015, à l’exception
densification des espaces liée avant tout à la métro- des consommations des réseaux urbains, qui
polisation. doublent et du solaire thermique, qui se développe
très fortement.

5.4.4. Consommation d’énergie

CONSOMMATION D’ÉNERGIE
DANS L’INDUSTRIE

138 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 29 Scénario 3 — consommation du résidentiel en 2050 (TWhEFPCI )

Résidences principales
Consommation Résidences
Chaleur EnR Total
hors chaleur EnR Chaleur secondaires Total Correction
puisée par intégré
puisée par les EnR puisée Total et logements résidentiel post-modèle
le solaire au bilan
PAC et le solaire par les PAC vacants
thermique
thermique
226 73 3 303 9 312 1 312

Tableau 30 Scénario 3 — consommation énergétique par usage dans les résidences principales (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 300 270 192 149 121
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 48 43 35 30 29
Chauffage et ECS
6 12 53 70 77
(chaleur EnR puisée dans l’environnement)
Équipements 70 68 64 61 59
Éclairage 8 3 3 3 3
Climatisation 2 4 6 8 8
Ventilation 6 6 6 6 6
Auxiliaires 1 1 1 1 1
TOTAL 442 408 360 328 303

Tableau 31 Scénario 3 — consommation énergétique par vecteur dans les résidences principales (TWhEFPCI )

2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Chaleur urbaine 16 17 25 28 29 + 76 %
Réseau de gaz 140 130 83 55 38 - 73 %
Fioul domestique 53 40 6 0 0 - 100 %
Bois 77 69 56 47 42 - 45 %
Électricité
142 135 136 127 117 - 18 %
dont consommation des PAC)
GPL 7 5 1 0 0 - 95 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 436 396 307 258 226 - 48 %
Solaire thermique 1 1 2 2 3 + 215 %
Chaleur EnR puisée par les PAC 5 11 52 67 73 + 1 241 %
TOTAL 442 408 360 328 303 - 31 %

139 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Graphique 4 Scénario 3 — nombre de résidences principales par équipement de chauffage

10 000 000

8 000 000
Résidences principales

6 000 000

4 000 000

2 000 000

0
Fioul GPL Gaz Gaz Gaz Électricité Électricité Bois Chaleur
(chaudières (PAC (PAC gaz) (joule et autres) (pompes urbaine
à condensation) hybrides) à chaleur)

2015 2020 2030 2040 2050

TERTIAIRE passe de 2 TWh en 2015 à 17 TWh en 2050. Cette


hausse de la consommation des secteurs hors
La consommation d’énergie du secteur tertiaire s’éta- CEREN n’annule pas cependant les gains des
blit à 207 TWhEFPCI en 2050. Ce chiffre recouvre des branches CEREN.
évolutions contrastées :
L’analyse de la consommation des branches CEREN
une baisse de la consommation des branches montre une baisse des consommations sur
CEREN de 38 % (138 TWhEFPCI en 2050) qui traduit l’ensemble des usages. Au final, la consommation
principalement la rénovation énergétique du bâti unitaire moyenne de ces branches s’établit à
et l’arrivée dans le parc de bâtiments neufs moins 141 KWhEFPCI/m2 (surface chauffée) en 2050 (contre
consommateurs. Au total, 72 % du parc 2015 est 231 KWhEFPCI/m2 en 2015).
rénové, soit 595 millions m2 (surfaces chauffées) ;
Le mix énergétique du chauffage et de l’eau chaude
une augmentation de la consommation des secteurs sanitaire est dominé par l’électricité (majoritairement
hors CEREN, qui s’explique par la forte augmenta- des pompes à chaleur), suivi à part égale par le gaz
tion de la consommation des data centers, qui et les réseaux de chaleur.

140 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 32 Scénario 3 — consommation du tertiaire en 2050 (TWhEFPCI )

Secteurs CEREN
Consommation Total
Chaleur EnR Secteurs Total Correction
hors chaleur EnR Chaleur intégré
puisée par hors CEREN tertiaire post-modèle
puisée par les EnR puisée Total au bilan
le solaire
PAC et le solaire par les PAC
thermique
thermique
138 28 3 169 39 207 0 207

Tableau 33 Scénario 3 — évolution de la consommation énergétique par usage dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 102 98 64 53 45
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 21 22 19 16 14
Chauffage et ECS
6 8 28 32 31
(chaleur EnR puisée dans l’environnement)
Autres usages thermiques 11 11 10 10 9
Équipements
59 60 54 50 46
(électricité spécifique et éclairage)
Cuisson 11 11 10 9 8
Climatisation 19 13 12 13 15
TOTAL branches CEREN 229 224 197 183 169
Hors CEREN 31 31 28 31 39
TOTAL tertiaire 260 255 225 214 207

Tableau 34 Scénario 3 — évolution de la consommation d,énergie par vecteur dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Secteurs CEREN
Chaleur urbaine 9 9 12 15 17 + 86 %
Réseau de gaz 71 69 46 31 20 - 72 %
Fioul domestique 28 25 1 0 0 - 100 %
Bois 1 2 2 2 2 38 %
Électricité
109 107 106 102 98 - 10 %
(dont consommation des PAC)
GPL 4 4 2 1 1 - 87 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 222 216 169 152 138 - 38 %
Solaire thermique 0 0 1 2 3 + 2 238 %
Chaleur EnR puisée par les PAC 6 8 27 30 28 + 380 %
TOTAL secteurs CEREN 228 224 197 183 169 - 26 %
Secteurs hors CEREN
31 31 28 31 39 + 23 %
(électricité)
TOTAL tertiaire 260 255 225 214 207 - 20 %

141 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.4.5. Émissions de GES une division par cinq des consommations pour le
tertiaire (CHEB) entre 2015 et 2050 (1,65 Mt pour
ÉMISSIONS DE GES POUR L’USAGE l’année 2050 contre 8 Mt en 2015).
DES BÂTIMENTS23
La consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux)
Les émissions de GES liées à la combustion d’énergie pour la construction de l’ensemble des bâtiments
fossile dans le bâtiment passent de 70 MtCO²eq en (résidentiels, tertiaires, industriels et de stockage,
2015 à 2 MtCO2eq en 2050. L’évolution à la baisse du agricoles) augmente de 46 % par rapport à 2015, avec
contenu carbone des réseaux permet également des parts de modes constructifs bois pourtant ré-
d’obtenir une baisse des émissions liées à la produc- duites par rapport à S1 et S2 (comprises entre 20 % et
tion d’électricité et réseaux de chaleur alimentant 35 % suivant le type/usage de bâtiment). Cette hausse
les bâtiments, qui s’établissent à 1,9 MtCO²eq en 2050. s’explique par le volume de construction. La consom-
mation de bois évolue ainsi de 1,7 Mm3 en 2015 à 2
Mm3 en 2035 (35 % feuillus, 65 % résineux) et à 2,5 M
STOCKAGE DE CO2 DANS m3 en 2050 (48 % feuillus, 52 % résineux) (cf. chapitre
LES MATÉRIAUX 2.4.2 Ressources et usages non alimentaires de la biomasse
pour les ressources disponibles pour chaque scénario).
Le stockage de CO² dans les matériaux de construc-
tion s’élève à 3,5 MtCO2/an en 2050 (cf. chapitre 2.4.3
Puits de carbone). CONSOMMATION DE MATÉRIAUX
POUR LA RÉNOVATION

5.4.6. Consommation de ressources Les travaux relatifs à la rénovation énergétique BBC


des logements construits après 2012 (donc non sou-
CONSOMMATION DE MATÉRIAUX mis à la RT 2012) requièrent, en cumulé entre 2015
POUR LA CONSTRUCTION NEUVE et 2050, 18 Mt de matériaux (cf. Tableau 47 pour le
détail des matériaux). Les isolants biosourcés repré-
La consommation de matériaux pour la construction sentent 29 % du volume d’isolants utilisés entre 2015
s’élève, en cumulé entre 2015 et 2050, à : et 2050 (soit 1,15 Mt). Ce chiffre sous-estime le volume
de matériaux nécessaires à la rénovation énergétique
1 290 Mt pour la construction de logements neufs dans ce scénario, car il ne prend en compte que les
(EHPAD inclus) ; rénovations BBC. Or, dans ce scénario, de nombreux
logements font l’objet d’une rénovation complète
131 Mt pour les bâtiments tertiaires de grandes de leur enveloppe, mais sans atteindre le BBC.
surfaces commerciales, d’hôtel, d’enseignement et
de bureau. La consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux)
pour la rénovation (énergétique et non énergétique)
Ce sont les granulats qui représentent le volume le de l’ensemble des bâtiments résidentiels et tertiaires
plus important (602 Mt), suivis par le sable (462 Mt) et augmente pour passer de 2,5 Mm3 en 2015 à 3,15 Mm3
le ciment (147 Mt) (cf. Tableau 46 pour le détail des en 2035 (30 % feuillus, 70 % résineux) et 3,7 Mm3 en
matériaux consommés). On observe un doublement 2050 (40 % feuillus, 60 % résineux). Pour les bâtiments
des consommations d’isolants biosourcés (dont les industriels, de stockage et agricoles, cette consom-
fibres et laines de bois) entre 2015 et 2050 (59 kt pour mation est considérée comme négligeable.
l’année 2050 contre 30 kt en 2015). Leur tonnage est
évalué à 1 700 kt en cumulé entre 2015 et 2050, soit
environ 23 % du total des consommations d’isolants. PRODUCTION DE DÉCHETS LIÉE
À L’ACTIVITÉ DU BÂTIMENT
Ce volume cumulé traduit :
Les déchets du bâtiment s’orientent à la hausse du
une baisse de 42 % des consommations de maté- fait du fort développement de la démolition. Ils
riaux pour le résidentiel en 2050 par rapport à 2015 passent de 42 Mt en 2015 à 60 Mt en 2050. Le réem-
(25 Mt pour l’année 2050 contre 43 Mt en 2015) et ploi se développe très fortement pour atteindre
ce, malgré un rythme de construction de logements 12 Mt en 2050, soit 20 % du volume de déchets gé-
similaire au rythme passé. Cette baisse s’explique néré par le bâtiment (cf. chapitre 2.4.1. Déchets pour
par celle de la part de la maison individuelle dans la méthodologie de chiffrage).
la construction au profit de logements collectifs,
moins consommateurs de matériaux à l’unité ;

23 À la date de publication de ce rapport, les évaluations GES réalisées dans ce chapitre sectoriel n’ont pas pu prendre en compte
les derniers bouclages concernant les facteurs d’émissions des vecteurs gaz et électricité, en raison des interactions entre ces
vecteurs. Ces modifications seraient de second ordre et ne modifient pas les grandes conclusions de ce chapitre.

142 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Les déchets liés à la rénovation BBC des logements les équipements thermiques, l’accent est mis sur le
constituent une fraction des déchets du bâtiment. déploiement d’innovations technologiques, notam-
En cumulé sur la période 2015-2050, ils représentent ment sur le segment du parc rénové. Les innovations
4 Mt pour les matériaux retirés et les chutes de mise d’aujourd’hui deviennent la norme : pompes à chaleur
en œuvre (cf. Tableau 50 pour le détail des matériaux). fonctionnant à haute température adaptées à la ré-
Ce chiffre sous-estime le volume de déchets créés novation des bâtiments difficilement isolables, sys-
par la rénovation énergétique dans ce scénario, car tèmes de production d’eau chaude associant récu-
il ne prend en compte que les rénovations BBC. pération et pompe à chaleur, système de ventilation
régulé en fonction de la qualité de l’air, poêles connec-
tés, vitrages commandables à transparence variable,
5.5. Scénario 4 : efficacité systèmes numériques optimisant le fonctionnement
des bâtiments, nouvelles technologies de climatisation
énergétique et innovation à haut rendement…. Pour les équipements électro-
technique ménagers et électroniques, des progrès d’efficacité
importants sont réalisés (par exemple sur la consom-
5.5.1. Philosophie globale mation des veilles, via le recours aux pompes à chaleur
pour les machines à laver…).
Le défi du scénario 4 est de réussir l’innovation tech-
nologique d’ampleur pour ne pas modifier nos modes Le changement d’énergie s’accélère sous l’effet du
de vie. À ce titre, les deux principaux leviers utilisés rythme de rénovation qui vient s’ajouter au rempla-
sont l’efficacité énergétique et la compensation. cement des équipements en fin de vie. Il est cepen-
dant moins important que dans les autres scénarios,
Le choix de ne pas toucher aux modes de vie fait la rénovation ne concernant qu’une partie du parc.
passer la sobriété au second plan : les tendances La tendance à la baisse des énergies fossiles et à
observées par le passé se poursuivent, voire s’accen- l’électrification du chauffage se poursuit. C’est le
tuent. Ce scénario se caractérise par une technici- scénario dans lequel, en 2050, le nombre de loge-
sation de la réponse aux enjeux environnementaux ments utilisant des pompes à chaleur est le plus
et sociaux. Cela se traduit par une augmentation du élevé (près de 18 millions, soit 52 % du parc), suivis
nombre d’appareils connectés en veille permanente par les logements chauffés au gaz, qui représentent
(domotique pour faire face au vieillissement de la 29 % du parc (9,9 millions, dont 4 millions ayant re-
population ou pour « faciliter » la vie quotidienne, cours à la PAC hybride). Le solaire thermique se dé-
éclairage connecté…) qui se combine à des fonction- veloppe fortement, jusqu’à équiper 45 % des maisons
nalités toujours plus étoffées (réfrigérateur avec individuelles en 2050. Dans le parc tertiaire, les sur-
écran, froid ventilé…). Pour les équipements électro- faces chauffées au fioul domestique deviennent
ménagers et électroniques, des progrès d’efficacité résiduelles en 2050, au profit de l’électricité (pompes
importants sont réalisés, mais l’augmentation du à chaleur) et des réseaux de chaleur (cf. chapitres
nombre d’appareils, de leur capacité et des durées 2.3.1. Mix gaz et 2.3.2 Froid et chaleur réseaux et hors ré-
d’usage se poursuit aussi à un rythme soutenu. À cela seaux). Le photovoltaïque en toiture se développe
s’ajoute la digitalisation de l’économie (loisirs connec- fortement, en majorité en grande toiture, du fait de
tés, réalité virtuelle, e-commerce…) qui engendre des la baisse des coûts qui améliore la rentabilité de l’au-
volumes de données inédits. Pour les bâtiments, ce toconsommation, elle-même encouragée par le dé-
scénario intègre une rénovation à deux vitesses. Les veloppement des véhicules électriques.
logements dont l’architecture permet une industria-
lisation de la rénovation24 (via la préfabrication…) Ce scénario repose également fortement sur la com-
sont isolés à un niveau très performant (BBC, voire pensation des émissions résiduelles (cf. chapitre 2.4.3.
passif). Mais les autres bâtiments poursuivent un Puits de carbone). Les émissions du secteur du bâtiment
rythme tendanciel de rénovation, par geste, sans s’ajoutent à celles d’autres secteurs et rendent né-
s’inscrire dans une trajectoire de performance. La cessaire le recours, à l’échelle française, aux puits de
rénovation énergétique du parc tertiaire s’accélère carbone technologiques, ce qui revient à faire porter
sous l’effet du Dispositif Éco Énergie Tertiaire, sans une partie de la responsabilité de la trajectoire de
toutefois en atteindre les objectifs25. transition sur d’autres secteurs.

L’efficacité énergétique est un des piliers de ce scé- Les modes constructifs sont marqués par une indus-
nario. Le progrès technique rend possible l’augmen- trialisation globale de la chaîne de valeur et une pré-
tation du rendement des équipements ou l’appari- fabrication élevée. La productivité du secteur aug-
tion de nouvelles technologies très efficaces. Pour mente. Des matériaux moins carbonés innovants se

24 À titre d’exemple, il est estimé à l’heure actuelle que le marché pour de telles rénovations représente environ 9,5 millions de
logements (source : Étude pour le programme CEE EnergieSprong France réalisée par Pouget Consultants et Énergies Demain,
2020).
25 Réduction de 60 % des consommations d’énergie finale par rapport à 2010.

143 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

développent, ainsi que des modes constructifs nou- eaux… Une anticipation tardive de la gestion du risque
veaux permettant par exemple de construire sur l’eau pousse les acteurs à mettre en place des solutions
dans les zones touchées par la submersion marine. palliatives fondées sur des technologies industrielles.

Les stratégies d’adaptation au changement clima- 5.5.2. Hypothèses


tique reposent sur une très forte technicisation :
mode constructif adapté à la chaleur comme les Les principales hypothèses du scénario 4 sont pré-
matériaux à changement de phase, climatisation, sentées dans le Tableau 35.
barrières structurelles pour endiguer la montée des

Tableau 35 Scénario 4 - narratif

Ensemble des bâtiments


Réglementation La réglementation met l’accent sur l’énergie et le carbone. Elle appuie l’innovation et l’industrialisation. Elle permet de compenser
environnementale les émissions résiduelles.
des bâtiments
neufs
• Matériaux. Offre large de matériaux : traditionnels, biosourcés, décarbonés et plus innovants (ex. : matériaux à changement de
phase). Les modes constructifs bois se développent peu (cf. chapitres 2.4.2. Ressources et usages non alimentaires de la biomasse et
2.4.3. Puits de carbone).
• Techniques de mise en œuvre. Industrialisation globale de la chaîne de valeur. Préfabrication élevée en neuf (avec part d’import
Modes élevée) et surtout en rénovation. Les innovations constructives vont intervenir sur les bâtiments construits en sous-sol ou sur
constructifs l’eau.
• Gestion des chantiers. L’efficacité énergétique des chantiers s’améliore fortement, notamment grâce à de meilleures pratiques
de conception rendues possibles par la maquette numérique, de meilleures organisations des chantiers et la préfabrication.
Celle des rénovations augmente également, grâce à des innovations techniques (amélioration des équipements, exosquettes…).
Le réemploi des produits et matériaux de construction se développe.
Les stratégies d’adaptation au changement climatique reposent sur une très forte technicisation (mode constructif adapté à
Adaptation
la chaleur comme les matériaux à changement de phase, climatisation, barrières structurelles pour endiguer la montée des
au changement
eaux…). Une anticipation tardive de la gestion du risque pousse les acteurs à mettre en place des solutions palliatives fondées
climatique
sur des technologies industrielles (cf. chapitre 1.3. Adaptation au changement climatique).
Résidentiel
• Volume de construction de logements neufs. Le nombre annuel de logements construits recule. Le besoin en logements
baisse, du fait du ralentissement de la croissance démographique. C’est la décohabitation liée au vieillissement qui est le
facteur majeur de demande. On répond à ce besoin par la construction neuve et par la résorption de la vacance en zone
tendue.
• Typologie des logements neufs. Le type de logements construits varie peu (les maisons individuelles continuent à représenter
une part importante de la construction neuve).
• Qualité thermique. Accélération de l’amélioration des performances énergétiques des logements. Les logements construits
Logements
atteignent au moins un niveau BEPAS ou BEPAS+ à partir de 2030. Dans les années 2040-2050, l’ensemble des logements
neufs
construits sont à un niveau BEPAS+.
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Fioul et gaz disparaissent au profit des chauffe-eau thermodynamiques,
mais également de la PAC multisources, de la récupération de chaleur (par exemple sur eaux usées). Développement du
solaire combiné.
• Équipements et énergie de chauffage. Arrêt du gaz au profit des EnR électriques (pompes à chaleur).
• Équipements et énergies de rafraîchissement. Augmentation de l’équipement des logements neufs en pompes à chaleur
réversibles, sous l’influence de la RE2020.
• Politique de rénovation énergétique des logements. La politique de rénovation repose sur l’industrialisation de la rénovation.
Le ciblage de la politique se fait en fonction des caractéristiques architecturales des bâtiments. Les rénovations énergétiques
performantes (i.e. permettant d’atteindre au moins les critères du label BBC Rénovation 2009) se développent sur le segment
du parc où il est possible d’industrialiser la rénovation puis, au fur et à mesure, sur des segments architecturaux plus difficiles
à industrialiser en première période. Les rénovations par geste, sans inscription dans une trajectoire de performance restent
majoritaires pour le parc dont il n’est pas possible d’industrialiser la rénovation. Le rythme de rénovation augmente de façon
significative. En 2050, une partie du parc a fait l’objet d’une rénovation via des procédés industrialisés, le reste du parc ayant
au moins renouvelé ses équipements, mais sans inscription dans une trajectoire de performance.
• Besoins et qualité thermique. Le besoin évolue de manière contrastée dans le parc : il diminue très fortement du fait de la rénovation
thermique pour les logements faisant l’objet d’une rénovation ambitieuse. Dans le reste du parc, il suit une évolution tendancielle :
à la baisse pour le besoin de chaud, à la hausse pour l’eau chaude sanitaire et le froid.
• Équipements et énergies de chauffage. L’accent est mis sur le déploiement d’innovations technologiques, notamment sur
Logements le segment du parc rénové. Les innovations d’aujourd’hui deviennent la norme (ex. : pompes à chaleur fonctionnant à haute
existants température adaptées à la rénovation des bâtiments difficilement isolables, systèmes de production d’eau chaude associant
récupération et pompe à chaleur, système de ventilation régulé en fonction de la qualité de l’air, poêles connectés…). Le
changement d’énergie s’accélère, sous l’effet du rythme de rénovation, qui vient s’ajouter au remplacement des équipements
en fin de vie. Il est cependant moins important que dans les autres scénarios, la rénovation ne concernant qu’une partie du
parc. Poursuite de la tendance à la baisse du fioul, qui devient résiduel en 2050 et à l’électrification du chauffage (via les
pompes à chaleur). Le gaz continue à être utilisé, notamment avec des PAC hybrides permettant de répondre à un besoin
plus important et de gérer la pointe du réseau électrique. Le nombre de logements raccordés au réseau gaz est maintenu
constant.
• Équipements et énergies d’eau chaude sanitaire. Pour les systèmes non combinés, développement d’innovations technologiques
permettant une forte augmentation des rendements.
• Équipements et énergies de rafraîchissement. La climatisation se généralise. Le parc se retrouve scindé entre une partie
rénovée de façon ambitieuse, sur laquelle de nouvelles technologies très efficaces et des PAC se développent, et une partie
qui suit le scénario tendanciel de rénovation, où ce sont les climatiseurs mobiles et monosplits qui se développent.

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144 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

• Volume d’eau chaude sanitaire par personne. Le besoin augmente d’environ 30 %.


• Température de consigne de chauffage. La température de consigne moyenne n’évolue pas.
• Produits blancs. Les usages progressent dans une logique de rattrapage d’un mode de vie « à l’américaine » : plus d’équipements,
plus grands et connectés., multi-équipement. Les équipements permettent par exemple de gérer le gaspillage (information
quand le produit arrive à péremption, liste de courses automatique…). Cela annule une partie importante des gains d’efficacité
énergétique qui sont réalisés sur les appareils, si bien que la consommation globale ne baisse que lentement.
• Produits bruns et gris. Développement de la Smart Home et de l’Internet des objets. Le logement s’équipe de nouveaux
objets connectés et d’écrans dans toutes les pièces. Les loisirs poursuivent leur numérisation (réalité augmentée…).
Développement des usages dans le domaine de la santé, de l’autonomie des personnes âgées… La réparabilité augmente,
mais les effets de mode entraînent une forte obsolescence.
• Éclairage. L’éclairage devient le pivot de la maison intelligente en permettant le transfert de données entre appareils et en
Vie quotidienne
suivant l’usager. L’éclairage est partout. Le vieillissement de la population entraîne des besoins nouveaux, notamment en
appareils dont la communication passe par l’éclairage. L’éclairage est un signe extérieur de richesse et utilisé pour mettre en
valeur sa maison ou son jardin.
• Cuisson. Ce scénario se caractérise par une forte croissance des plats déjà préparés (livrés ou achetés) qui ne nécessitent
qu’un réchauffage. On peut même imaginer dans certains logements la fonction « cuisine » qui disparaît, en réponse à une
partie des attentes de la population (ne resterait que le réchauffage). Il s’ensuit une baisse de l’usage des appareils de cuisson
traditionnels et un usage accru de petits appareils spécialisés (micro-ondes, robots, plaques de chaud et froid intégrées dans
les table à manger, etc.). Dans le logement connecté, les équipements deviennent des aides cuisiniers : ils répondent à la
commande vocale, proposent des recettes et conseils et gèrent la cuisson. Les progrès d’efficacité sont contrebalancés par
les consommations en veille. Au final, ces tendances parfois contradictoires conduisent à une relative stabilisation des
consommations globales de la cuisine.
Tertiaire
Dans un contexte où l’entreprise comme lieu physique perd de sa centralité, et où le nomadisme se développe, les
bureaux deviennent plus denses, au cœur des métropoles, dans les grands pôles d’immobilier de bureau historiques
(Île-de-France, grandes métropoles régionales). Les locaux des entreprises sont adaptés pour accueillir moins de travailleurs
Bureaux à temps plein, et plus d’activités d’échanges (salles de réunion, lieux de convivialité). Le niveau de service augmente (restauration,
conciergerie, services à la personne…). L’intensité d’usage des locaux n’augmente pas, la logique étant que la spécialisation des
espaces permet d’en optimiser le confort d’usage. L’obsolescence du bâti est gérée par une déconstruction-reconstruction
d’ampleur.
Un scénario similaire au scénario tendanciel où les innovations technologiques (espaces climatisés, stations de ski fonctionnant
Cafés-hôtels-
grâce aux technologies permettant de fabriquer de la neige artificielle et aux expériences virtuelles…) permettent de nouveaux
restaurants
voyages ou de compenser les impacts du changement climatique.
La consommation de biens reste au cœur de la société. Cependant, dans une société vieillissante et de plus en plus préoccupée
par l’environnement, les postes arrivés à maturité ces dernières années (habillement, équipements de la maison…) ne progressent
Commerces
plus. Quelques « poches » de consommation maintiennent une croissance (TIC…). Les canaux du commerce évoluent
drastiquement : le e-commerce devient le canal principal et marginalise les magasins physiques.
Enseignement- Les établissements d’enseignement sont de plus en plus spacieux. Ils se spécialisent sur leur fonction d’enseignement.
recherche
Les besoins en bâtiments de santé suivent les évolutions démographiques, sur le même rythme que par le passé, sans attention
particulière à limiter la surface par personne. La numérisation des établissements de santé se poursuit. Les établissements
Santé médicaux développent de nouveaux services (vastes zones d’accueil et de réception, magasins, restaurants, jardins paysagers…).
La gestion de l’obsolescence se fait par déconstruction/reconstruction en priorité, puis par le changement d’usage et la
rénovation.
L’habitat communautaire se développe pour répondre aux besoins liés au vieillissement de la population, aux besoins des
Habitat
étudiants et des personnes en difficulté sociale. Les services offerts tirent à la hausse les consommations d’énergie (domotique,
communautaire
objets connectés…).
Les activités du temps libre se développent, portées par l’essor du numérique, la croissance du pouvoir d’achat, du temps libre
des ménages, et le vieillissement de la population. Elles évoluent sans attention particulière à leur impact environnemental.
Sports, loisirs, Elles se tournent résolument vers le numérique. Les espaces évoluent pour accueillir ces nouvelles pratiques virtuelles. Les
culture loisirs se déroulent en grande partie en intérieur. La recherche du confort oriente vers la multiplication d’espaces spécialisés
(salle de concert + salle d’expo dans deux lieux séparés plutôt qu’espace culturel pouvant accueillir un concert un jour, une
expo le lendemain…).
La digitalisation de l’économie et la numérisation des process entraînent un accroissement sans précédent des consommations
énergétiques dues à une croissance très importante du volume de données hébergées. L’efficacité énergétique s’accroît
rapidement, mais sans pouvoir compenser la hausse du volume de données.
• Volume de données. La croissance de volume de données des petits data centers (5G, Internet des objets...) reste tendancielle
jusqu’à 2025. À partir de 2026, elle augmente de 10 % par rapport au tendanciel pour rester à 60 % jusqu’à 2028. Le rythme
décroît ensuite progressivement jusqu’à 25 % en 2050. La croissance du volume de données des gros data centers (hyperscale,
gros hébergeurs) est égale au tendanciel jusqu’en 2050.
Data centers • Type de data centers. Multiplication des data centers, sans optimisation de la gestion des flux de données pour les orienter
vers le data center le plus proche.
• Efficacité énergétique de la partie informatique. L’efficacité des petits data centers croît de 13 % par an jusqu’en 2035 puis
de 15 % par an de 2036 à 2050. Celle des gros data centers suit la même logique et augmente de façon similaire au scénario
tendanciel jusqu’en 2035 puis accélère à 15 % par an jusqu’en 2050.
• Power Usage Effectiveness (PUE). Le PUE des petits data centers est de 2,10 en 2020 et diminue de 3 % tous les ans jusqu’à
atteindre un palier de 1,02 en 2044 (= 1,15). Le PUE des gros data centers est de 1,80 en 2020 et diminue de 3 % par an tous les
ans pour atteindre le palier de 1,02 à partir de 2039.

145 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.5.3. Dynamique du parc CONSOMMATION D’ÉNERGIE


POUR LES CHANTIERS
RÉSIDENTIEL
La consommation d’énergie pour les chantiers baisse
En 2050, le parc de logements est constitué de 34 mil- de façon continue et très importante sur l’ensemble
lions de résidences principales, auxquelles viennent de la période. Elle passe de 11 TWhEF en 2015 à 6 TWh
s’ajouter 7 millions de résidences secondaires et lo- en 2050 (soit - 44 % entre 2015 et 2050). Les gains très
gements vacants. Au total, 29 % du parc de résidences importants en efficacité énergétique (liés notam-
principales (soit 10 millions de logements) a été ment à la préfabrication), combinés à un ralentisse-
construit après 2015. En moyenne, 282 000 logements ment structurel de la construction neuve, permettent
sont construits par an entre 2015 et 2050. Le rythme de contrebalancer le développement de la rénova-
de construction décroît : il atteint une moyenne de tion.
180 000 logements par an sur la période 2040-2050.
Environ 91 000 logements sont détruits par an en
moyenne. CONSOMMATION D’ÉNERGIE
POUR L’USAGE DES BÂTIMENTS
En 2050, 99 % des logements existants en 2015 et non
démolis ont fait l’objet d’une rénovation énergétique, RÉSIDENTIEL
plus ou moins marquée. Parmi ceux-là, 41 % ont été
rénovés à un niveau BBC Rénovation ou plus, 9 % ont Le parc de logements consomme au total
fait l’objet d’une rénovation touchant l’ensemble 356 TWhEFPCI en 2050, dont 234 TWhEFPCI pour la
des postes de travaux mais sans inscription dans une consommation des résidences principales (hors cha-
trajectoire de performance et 50 % ont été rénovés leur EnR puisée dans l’environnement). La consom-
seulement en partie. En moyenne, 228 000 logements mation d’énergie du résidentiel (hors chaleur EnR
par an font l’objet d’une rénovation de l’ensemble puisée dans l’environnement) baisse de 46 % par
de leur enveloppe, dont 187 000 permettant d’at- rapport à 2015. Le chauffage y est l’usage prépondé-
teindre le niveau BBC ou plus (passif). Le rythme de rant et il repose sur le recours au gaz, puis à l’électri-
rénovation reste constant sur l’ensemble de la pé- cité et au bois. Il est suivi de la consommation des
riode. équipements blancs et bruns, dont la consommation
s’élève à 1,8 MWh/logement en 2050 (contre 1,9 en
2015). La consommation d’énergie pour l’éclairage
TERTIAIRE baisse, celle pour la climatisation augmente.

L’évolution du parc bâti de ce scénario est similaire Les consommations de fioul domestique, de bois et
à celle du scénario tendanciel. de gaz baissent. La consommation d’électricité se
maintient à un niveau similaire à celui de 2015. Les
consommations de solaire thermique se déve-
5.5.4. Consommation d’énergie loppent.

CONSOMMATION D’ÉNERGIE
DANS L’INDUSTRIE

La consommation d’énergie finale liée à la demande


du secteur du bâtiment (imports inclus, exports ex-
clus) décroît. Elle passe de 52 TWhEF en 2014 à
32 TWhEF en 2050. La production d’acier représente
la majeure partie des consommations (37 %) (cf. cha-
pitre 2.2.3. Production industrielle).

146 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 36 Scénario 4 — consommation du résidentiel en 2050 (TWhEFPCI )

Résidences principales
Consommation Résidences
Chaleur EnR Total
hors chaleur EnR Chaleur secondaires Total Correction
puisée par intégré
puisée par les EnR puisée Total et logements résidentiel post-modèle
le solaire au bilan
PAC et le solaire par les PAC vacants
thermique
thermique
234 110 3 347 11 358 -2 356

Tableau 37 Scénario 4 — consommation énergétique par usages dans les résidences principales (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 300 269 199 150 113
Eau chaude sanitaire (ECS) 48 43 31 25 21
Chauffage et ECS
6 12 61 96 113
(chaleur EnR puisée dans l’environnement)
Équipements 70 68 71 75 79
Éclairage 8 3 3 3 4
Climatisation 2 4 6 8 8
Ventilation 6 6 7 7 7
Auxiliaires 1 1 1 1 1
TOTAL 442 406 380 366 347

Tableau 38 Scénario 4 — consommation énergétique par vecteur dans les résidences principales (TWhEFPCI )

2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Chaleur urbaine 16 17 18 18 17 + 2%
Réseau de gaz 140 129 96 71 52 - 63 %
Fioul domestique 53 39 15 6 2 - 96 %
Bois 77 69 40 24 16 - 79 %
Électricité
142 135 147 150 147 + 3%
(dont consommation des PAC)
GPL 7 5 2 1 0 - 93 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 436 395 319 270 234 - 46 %
Solaire thermique 1 1 2 2 3 + 216 %
Chaleur EnR puisée par les PAC 5 11 59 94 110 + 1 913 %
TOTAL 442 406 380 366 347 - 21 %

147 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Graphique 5 Scénario 4 — nombre de résidences principales par équipement de chauffage

18 000 000

16 000 000

14 000 000
Résidences principales

12 000 000

10 000 000

8 000 000

6 000 000

4 000 000

2 000 000

0
Fioul GPL Gaz Gaz Gaz Électricité Électricité Bois Chaleur
(chaudières (PAC (PAC gaz) (joule et autres) (pompes urbaine
à condensation) hybrides) à chaleur)

2015 2020 2030 2040 2050

TERTIAIRE de 18TWh. Cela est dû à la combinaison d’un plus


fort taux d’équipement et d’un déclenchement de
La consommation d’énergie du secteur tertiaire s’éta- la climatisation par les utilisateurs à des températures
blit à 254 TWhEFPCI en 2050. Comme dans le scéna- assez basses. Cela contribue à tirer les consomma-
rio tendanciel, cette consommation résulte d’une tions vers le haut et ce malgré un important recours
baisse de la consommation des branches CEREN que à des technologies très innovantes.
vient contrebalancer une très forte augmentation
des consommations liées aux data centers héber- Au final, la consommation unitaire moyenne de ces
geurs. Celles-ci atteignent 29TWh en 2050. 62 % du branches s’établit à 155 KWhEFPCI/m2 (surface chauf-
parc de 2015 est rénové, soit 540 millions m2 (surfaces fée) en 2050 (contre 231 KWhEFPCI/m2 en 2015). Là
chauffées). La consommation des branches CEREN encore, l’évolution est similaire à celle du scénario
s’établit à 175 TWhEFPCI en 2050. tendanciel.

L’analyse de la consommation des branches CEREN Le mix énergétique du chauffage et de l’eau chaude
montre une baisse des consommations liées au sanitaire reste dominé par le gaz (48 %), suivi de l’élec-
chauffage et à l’eau chaude sanitaire, mais une sta- tricité (28 %). Le fioul domestique est encore présent
bilisation des consommations de climatisation autour en 2050 de manière résiduelle.

148 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 39 Scénario 4 — consommation du tertiaire en 2050 (TWhEFPCI )

Secteurs CEREN
Consommation Total
Chaleur EnR Secteurs Total Correction
hors chaleur EnR Chaleur intégré
puisée par hors CEREN tertiaire post-modèle
puisée par les EnR puisée Total au bilan
le solaire
PAC et le solaire par les PAC
thermique
thermique
174 25 1 200 52 252 2 254

Tableau 40 Scénario 4 — évolution de la consommation énergétique par usage dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050


Chauffage 102 98 76 66 59
Eau Chaude Sanitaire (ECS) 21 22 22 23 23
Chauffage et ECS
6 8 21 25 26
(chaleur EnR puisée dans l’environnement)
Autres usages thermiques 11 11 11 10 9
Équipements
59 60 57 56 55
(électricité spécifique et éclairage)
Cuisson 11 11 10 10 9
Climatisation 19 13 13 15 18
TOTAL branches CEREN 229 224 210 205 200
Hors CEREN 31 31 30 37 52
TOTAL tertiaire 260 255 240 242 252

Tableau 41 Scénario 4 — évolution de la consommation d,énergie par vecteur dans le tertiaire (TWhEFPCI )

Usage 2015 2020 2030 2040 2050 Variation 2050/2015


Secteurs CEREN
Chaleur urbaine 9 9 9 10 11 + 14 %
Réseau de gaz 71 69 58 52 47 - 34 %
Fioul domestique 28 25 13 9 5 - 83 %
Bois 1 2 2 2 2 + 53 %
Électricité
109 107 103 105 108 - 1%
dont consommation des PAC)
GPL 4 4 3 2 2 - 59 %
TOTAL (hors chaleur EnR) 222 216 190 180 174 - 22 %
Solaire thermique 0 0 0 1 1
Chaleur EnR puisée par les PAC 6 8 21 24 25 + 335 %
TOTAL secteurs CEREN 228 224 210 205 200 - 12 %
Secteurs hors CEREN
31 31 30 37 52 + 66 %
(électricité)
TOTAL tertiaire 260 255 240 242 252 - 3%

149 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.5.5. Émissions de GES La consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux)


pour la construction de l’ensemble des bâtiments
ÉMISSIONS DE GES POUR L’USAGE (résidentiels, tertiaires, industriels et de stockage,
DES BÂTIMENTS26 agricoles) baisse de 33 % par rapport à 2015, du fait
en particulier de parts de modes constructifs très
Les émissions de GES liées à la combustion dans le réduites par rapport aux autres scénarios (comprises
bâtiment passent de 70 MtCO²eq en 2015 à entre 10 % et 20 % seulement suivant le type de bâ-
15 MtCO2eq en 2050. L’évolution à la baisse du conte- timent et l’usage). La consommation de bois évolue
nu carbone des réseaux permet également d’obtenir ainsi de 1,7 Mm3 en 2015 à 2,1 Mm3 en 2035 (38 %
une baisse des émissions liées à la production d’élec- feuillus, 62 % résineux) et à 1,1 Mm3 en 2050 (45 %
tricité et réseaux de chaleur alimentant les bâtiments, feuillus, 55 % résineux) (cf. chapitre 2.4.2. Ressources et
qui s’établissent à 2,1 MtCO²eq en 2050. usages non alimentaires de la biomasse pour les ressources
disponibles pour chaque scénario).

STOCKAGE DE CO2
DANS LES MATÉRIAUX CONSOMMATION DE MATÉRIAUX
POUR LA RÉNOVATION
Le stockage de CO² dans les matériaux de construction
s’élève à 3,4 MtCO2/an en 2050 (cf. chapitre 2.4.3. Puits Les travaux relatifs à la rénovation énergétique BBC
de carbone). des logements construits après 2012 (donc non sou-
mis à la RT 2012) requièrent, en cumulé entre 2015
et 2050, 32 Mt de matériaux (cf. Tableau 47 pour le
5.5.6. Consommation de ressources détail des matériaux). Les isolants biosourcés repré-
sentent 30 % du volume d’isolants utilisés entre 2015
CONSOMMATION DE MATÉRIAUX et 2050 (soit 2 Mt).
POUR LA CONSTRUCTION NEUVE
La consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux)
La consommation de matériaux pour la construction pour la rénovation (énergétique et non énergétique)
s’élève, en cumulé entre 2015 et 2050, à : de l’ensemble des bâtiments résidentiels et tertiaires
augmente, pour passer de 2,5 Mm3 en 2015 à 3,2 Mm3
1 150 Mt pour la construction de logements neufs en 2035 (30 % feuillus, 70 % résineux) et 3,7 Mm3 en
(EHPAD inclus) ; 2050 (40 % feuillus, 60 % résineux). Pour les bâtiments
industriels, de stockage et agricoles, cette consom-
160 Mt pour les bâtiments tertiaires de grandes mation est considérée comme négligeable.
surfaces commerciales, d’hôtel, d’enseignement et
de bureau.
PRODUCTION DE DÉCHETS LIÉE
Ce sont encore les granulats qui représentent le vo- À L’ACTIVITÉ DU BÂTIMENT
lume le plus important (551 Mt), suivis par le sable
(425 Mt) et le ciment (135 Mt) (cf. Tableau 46 pour le Les déchets du bâtiment s’orientent légèrement à
détail des matériaux consommés). On observe une la baisse du fait du ralentissement structurel de la
augmentation de 60 % des consommations d’isolants construction neuve. Ils passent de 42 Mt en 2015 à
biosourcés (dont les fibres et laines de bois) entre 39 Mt en 2050. Le réemploi se développe pour
2015 et 2050 (48 kt par an en 2050 contre 30 kt en atteindre 3,9 Mt en 2050, soit 10 % du volume de
2015). Leur tonnage est évalué à 1,5 Mt en cumulé déchets généré par le bâtiment (cf. chapitre 2.4.1.
entre 2015 et 2050, soit environ 22 % du total des Déchets).
consommations d’isolants.
Les déchets liés à la rénovation BBC des logements
Ce volume cumulé traduit : constituent une fraction des déchets du bâtiment.
En cumulé sur la période 2015-2050, ils représentent
une division par deux des consommations de ma- 6,8 Mt pour les matériaux retirés et les chutes de mise
tériaux pour le résidentiel entre 2015 et 2050 (20 Mt en œuvre (cf. Tableau 50 pour le détail des matériaux).
pour l’année 2050 contre 43 Mt en 2015) ; La rénovation entraîne la dépose de 80,5 millions de
baies (bois et PVC) (cf. Tableau 51 pour le détail des
une division par près de trois des consommations éléments déposés).
pour le tertiaire (CHEB) entre 2015 et 2050
(2,85 Mt pour l’année 2050 contre 8 Mt en 2015).

26 À la date de publication de ce rapport, les évaluations GES réalisées dans ce chapitre sectoriel n’ont pas pu prendre en compte
les derniers bouclages concernant les facteurs d’émissions des vecteurs gaz et électricité, en raison des interactions entre ces
vecteurs. Ces modifications seraient de second ordre et ne modifient pas les grandes conclusions de ce chapitre.

150 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6. Comparaison des 4 scénarios


5.6.1. Parc bâti et construction neuve

Les scénarios 1 et 2 sont ceux où le volume du parc lement, via des changements/mutualisations d’usage.
bâti en 2050 est le moins important. Le nombre de C’est dans S3 que la proportion de logements neufs
résidences principales dans ces scénarios est d’envi- dans le parc est la plus importante. Dans le tertiaire,
ron 2 millions de moins que dans les autres, grâce à la métropolisation conduit néanmoins à limiter les
une plus grande cohabitation (plus de personnes par surfaces neuves dans ce scénario.
ménage). La surface tertiaire globale y diminue éga-

Graphique 6 Parc de résidences principales en 2050 dans tous les scénarios

40

35

5 2 3 8 5
30 2 2
4 4
25 4
Millions

20
28
15 28 27
24 24
10
22

0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

Logements existants Neuf – maisons individuelles Neuf – logements collectifs

Graphique 7 Parc tertiaire en 2050 (branches CEREN) dans tous les scénarios

1 200
Millions de m2, surfaces chauffées

1 000 261 261


166
800 130 132

600
964
871 832 871
400
702 702
200

0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

Surface existante en 2015 Surface neuve

151 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.2. Consommation d’énergie pour la vie d’énergie. Par exemple, la consommation des produits
quotidienne dans les logements blancs (lave-linge, réfrigérateurs…) recule de seule-
ment 2 TWh en 2050 par rapport au scénario ten-
La consommation d’énergie liée à la vie quotidienne27 danciel. Par ailleurs, de nouveaux équipements pour-
dans les logements varie du simple au double entre raient apparaître dans le futur, comme ils l’ont fait
S1 et S4. Dans S1, l’activation conjointe des leviers de par le passé. Ces nouveaux usages et appareils divers
sobriété et d’efficacité permet de diminuer de moi- (représentés par la catégorie « Autres ») sont égale-
tié la consommation par rapport à 2015. Dans S3, ment centraux dans l’évolution des consommations
l’effet des efforts technologiques d’efficacité impor- de ce secteur : si dans S1 et S2 les efforts de sobriété
tants sur les appareils est en partie annihilé par la limitent la multiplication de ces usages divers et iné-
poursuite de modes de vie très consommateurs dits, ils sont en très forte croissance dans S4.

Graphique 8 Consommation usages spécifiques (électricité et gaz) en 2050 par grande catégorie
d’équipement dans tous les scénarios

100

4
80
8
3
11 27
60 3
TWhEF

18
14 2 16 11
15 11
40 18 1 11
16 10 20
6
8 14
20
11
28 7
19 17 21
4,1 12 14
0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

Produits blancs Produits gris/bruns (TIC) Cuisson Autres Éclairage

Graphique 9 Consommation unitaire d,électricité spécifique par résidence principale en 2050


dans tous les scénarios

2 1,9
1,8
1,8

1,6
1,4
1,3
MWhEF/logement

1,4

1,2
1
1

0,8 0,7
0,6

0,4

0,2

0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

27 Usages dits spécifique, hors usages thermiques.

152 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.3. Consommation énergétique croissance de la consommation dans S3. Dans S4, ils
des data centers hébergeurs sont contrebalancés par une augmentation impor-
tante du volume de données avec l’explosion des
Les consommations des data centers varient très usages du numérique et l’externalisation des systèmes
fortement d’un scénario à l’autre. Le scénario ten- d’information des entreprises. Seuls S1 et S2, qui
danciel, qui prévoit une forte croissance des données tablent sur un tassement de la croissance des don-
traitées, conduit à une croissance exponentielle de nées traitées par les petits data centers, contiennent
la consommation, avec une multiplication par 16 la consommation à un niveau similaire à celui des
entre 2020 et 2050 et ce malgré la progression de années 2020. Ce tassement est le signe de la prise de
l’efficacité énergétique. Des progrès très importants conscience par tous, des enjeux environnementaux
d’efficacité énergétique permettent de limiter la et l’adoption d’un usage plus sobre du numérique.

Graphique 10 Consommation des data centers hébergeurs dans tous les scénarios
35

30

25

20
TWhEF

15

10

0
2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

TEND S1 S2 S3 S4

153 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.4. Rénovation énergétique du bâti par étape dans S2 et rénovation de l’ensemble de


existant l’enveloppe, mais sans inscription dans une trajectoire
de performance, et donc ne permettant pas d’at-
Les scénarios sont contrastés au regard de l’ampleur et teindre le niveau BBC Rénovation dans S3.
des modalités de rénovation. Dans le résidentiel, S1, S2
et S3 mènent tous les trois à un parc de 2050 où la Le scénario 4 présente une image à 2050 très diffé-
quasi-totalité (autour de 90 %) des logements existants rente, plus proche du scénario tendanciel. Seule la
en 2015 ont été rénovés. Ils se distinguent par : moitié du parc de logements existants en 2015 a fait
l’objet d’une rénovation de l’ensemble de son enve-
le nombre de rénovations : il est plus élevé dans S1 loppe. Il se distingue néanmoins du scénario tendan-
et S2, car ce sont ceux dans lesquels la proportion ciel par le fait que cette rénovation est bien plus
de logements existants en 2015 et encore présents efficace. Ainsi, le nombre de logements rénovés à
en 2050 est la plus élevée (du fait du réinvestisse- un niveau passif ou BBC dans S4 représente plus du
ment des résidences secondaires et des logements double du scénario tendanciel.
vacants). Près de 22 millions de logements font
l’objet d’une rénovation de l’ensemble de leur en- Dans le tertiaire, S1 est celui dans lequel la proportion
veloppe dans S1 et S2, contre 18 dans S3 ; de parc rénovée est la plus importante (80 % contre
62 % dans S4). Cependant, c’est S3 qui représente
la nature de ces rénovations : majoritairement des le volume global de surfaces tertiaires rénovées le
rénovations permettant d’atteindre le niveau BBC plus important (près de 600 millions de m2, surface
Rénovation en une fois dans S1, des rénovations BBC chauffée).

Graphique 11 Parc de résidences principales en 2050 – répartition par niveau de performance


énergétique dans tous les scénarios (nombre de logements)

35 000 000 Logements construits


entre 2015 et 2050
30 000 000
Logements existants en 2015
Nombre de logements

rénovés niveau passif


25 000 000
Logements existants en 2015
20 000 000
rénovés niveau BBC (en une fois)

Logements existants en 2015


15 000 000 rénovés niveau BBC (par étape)

Logements existants en 2015


10 000 000
rénovés dans leur ensemble
mais non BBC
5 000 000
Logements existants
en 2015 rénovés en partie
0
TEND S1 S2 S3 S4

Graphique 12 Surfaces tertiaires rénovées en 2050 dans tous les scénarios (branches CEREN)

1 000 000

900 000
Milliers de m2, surfaces chauffées

800 000

700 000

600 000

500 000

400 000

300 000

200 000

100 000

0
TEND S1 S2 S3 S4

TOTAL surfaces rénovées TOTAL surfaces existantes en 2015

154 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.5. Consommation d’énergie finale S3 est celui qui a la consommation en énergie finale
pour les besoins thermiques la plus importante : cela est lié aux rénovations
moins performantes sur le plan énergétique, que
Cette section présente les résultats des modélisations ne permet pas de contrebalancer la présence d’une
en énergie finale. forte proportion de logements neufs.

CHAUFFAGE EAU CHAUDE SANITAIRE

Dans le secteur résidentiel, la consommation d’éner- La consommation d’énergie pour l’eau chaude sa-
gie finale liée au chauffage et aux équipements as- nitaire diminue fortement dans tous les scénarios,
sociés (auxiliaires et ventilation) baisse significative- y compris le scénario tendanciel, sous l’effet du
ment dans l’ensemble des scénarios par rapport au remplacement des équipements d’ici 2050. Le levier
tendanciel sous l’effet de l’isolation du bâti et des de l’efficacité joue ainsi pleinement. Les compor-
changements d’équipements. Dans l’ensemble, mal- tements de sobriété modélisés ici (à savoir la limi-
gré des stratégies très différentes dans chaque scé- tation de la consommation d’eau chaude) dans S1
nario, les consommations de chauffage varient de et S2 ont peu d’incidence sur les consommations
moins de 10 % en énergie finale d’un scénario à l’autre à 205029. L’amélioration du calorifugeage du réseau
(ce constat est à nuancer en énergie primaire28). permet à S4 d’être le moins consommateur en éner-
gie finale.
C’est dans S1 que la consommation en énergie finale
est la moins élevée malgré le fait que le parc com-
porte en 2050 une partie plus importante de loge- CLIMATISATION
ments déjà existants en 2015 (et donc plus consom-
mateurs en phase d’usage). C’est la conséquence du Les consommations de climatisation varient gran-
rythme très ambitieux de rénovations BBC en une dement d’un scénario à l’autre. Dans S1 et S2, la ré-
fois, du fait qu’il y a moins de logements au total novation du bâti, des températures de consignes
dans le parc et, dans une moindre mesure, de la hautes (réglage de la température de consigne à
baisse de la température de consigne moyenne. 26 °C dans les logements) et le recours à des équi-
pements efficaces (pompes à chaleur…) permettent
S2 et S4 ont des consommations similaires en éner- de diminuer les consommations de 70 % par rapport
gie finale, mais via des leviers différents : isolation à celles de 202030. Dans S3 et S4, les gains en effica-
ambitieuse du bâti dans S2, électrification du chauf- cité des équipements ainsi que le recours à des équi-
fage, installation d’équipements à haut rendement pements efficaces permettent de compenser la
(pompes à chaleur) et proportion importante de hausse du recours à la climatisation et la moindre
logements neufs (moins consommateurs en phase rénovation du bâti et, au final, de diminuer la
d’usage) dans S4. consommation par rapport au scénario tendanciel.

Graphique 13 Consommation de climatisation en 2050 dans tous les scénarios

40
TWhEF, hors chaleur puisée par les PAC

35

27
dans l’environnement

30

25

20 18
15
15 19

10 1,8 2 2
5 5
5 0,7 9 8 8
4 1,3 0,1 1,3 0,1
0
2020 TEND S1 S2 S3 S4

Résidences principales Résidences secondaires et logements vacants Tertiaire

28 L’analyse en énergie primaire sera disponible ultérieurement.


29 Le modèle ANTONIO ne permet pas de faire varier la taille des chauffe-eaux, ce qui ne permet pas d’explorer ce levier.
30 Les données d’observation ayant été établies pour l’année 2020 pour la climatisation, c’est cette dernière qui sert d’année de
référence pour cet usage.

155 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.6. Bilan de la consommation d’énergie C’est S1 qui conduit à la baisse la plus importante et
finale pour l’usage des bâtiments S4 qui est le plus consommateur. La différence entre
ces scénarios est de 171 TWhEFPCI. Le chauffage et
L’ensemble des scénarios, y compris le tendanciel, l’eau chaude sanitaire restent les usages prépondé-
prévoit une réduction de la consommation d’énergie rants en 2050 dans tous les scénarios, suivis par les
finale à 2050 (Tableau 42) pour l’usage des bâtiments équipements spécifiques. Pour avoir une vision plus
(c’est-à-dire pour les faire fonctionner, donc sans complète de la consommation énergétique liée à
prendre en compte l’énergie nécessaire à leur l’usage des bâtiments, il est cependant nécessaire
construction, leur rénovation ou leur démolition). de la regarder aussi en énergie primaire.

Tableau 42 Consommation d,énergie en 2050 par scénario (TWhEFPCI )

Visions
SNBC
2015 TEND S1 S2 S3 S4 ADEME
AMS 2019
2018
Résidentiel
Résidences principales 442 338 225 243 303 347 - -
Résidences secondaires et
15 9 2 4 9 11 - -
logements vacants
Total résidentiel
avant ajustements 457 347 227 246 312 358 - -
post-modèle
Total résidentiel
après ajustements 462 349 228 247 312 356 287 291
post-modèle
Tertiaire
Branches CEREN 228 208 124 128 169 200 228 208
Tertiaire hors CEREN 31 54 22 22 39 52 31 54
Total tertiaire
avant ajustements 260 263 146 150 207 252 260 263
post-modèle
Total tertiaire
après ajustements 271 266 146 149 207 254 271 266
post-modèle
Total résidentiel et tertiaire
après ajustements 725 614 374 396 519 610 453 461
post-modèle

156 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.7. Vecteurs énergétiques réseau et de bois. La consommation d’électricité


baisse dans S1, S2 et S3, sous l’effet à la fois des ré-
L’ensemble des scénarios, y compris le tendanciel, novations et, dans S1 et S2, des évolutions des pra-
prévoit une baisse importante des consommations tiques énergétiques des occupants. Elle augmente
de fioul domestique et, à des degrés divers, de gaz dans S4.

Tableau 43 Consommation du secteur bâtiment par vecteur énergétique en 2050 par scénario (TWhEFPCI )

2015 TEND S1 S2 S3 S4

Chaleur urbaine 26 30 26 41 46 27
Réseau de gaz 214 133 29 45 58 101
Fioul domestique 83 7 0 0 0 7
Bois 78 43 66 55 44 18
Électricité
290 313 177 188 262 315
(dont consommation des PAC)
GPL 11 2 1 1 1 2
Chaleur EnR puisée par les PAC 11 79 71 61 101 135
Solaire thermique 1 2 3 5 6 4
TOTAL
716 609 373 396 519 610
avant ajustements post-modèle
TOTAL
725 614 374 396 519 610
après ajustements post-modèle

5.6.8. Consommation d’énergie dans Grandes Consommatrices d’Énergie (IGCE) de 2 à 3


l’industrie liée à l’activité du bâtiment fois supérieure à celles de S1 et S2. La plus grande
efficacité énergétique dans S2 le rend moins consom-
Au-delà des consommations d’énergie liées à la phase mateur que S1 et ce, alors que la demande adressée
d’usage des bâtiments, l’activité du bâtiment à l’industrie y est plus élevée. Le même phénomène
(construction, rénovation) a des impacts sur les est à l’œuvre pour S3 et S4. Dans S3, l’efficacité éner-
consommations d’énergie dans l’industrie (produc- gétique permet de contrebalancer l’augmentation
tion de matériaux et d’équipements). S3 et S4, dans de la demande adressée par le bâtiment à l’industrie
lesquels la construction est plus importante, en- (cf. chapitre 2.2.3. Production industrielle).
traînent une consommation d’énergie des Industries

Graphique 14 Consommation énergétique des IGCE dans tous les scénarios pour fournir
le secteur du bâtiment
50

40

30
TWhEF

20

10

0
2014 TEND S1 S2 S3 S4

Acier Clinker Éthylène Verre Aluminium Ammoniac Dichlore

157 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.9. Consommation d’énergie structurel de la construction neuve, c’est une aug-


pour les chantiers mentation importante de l’efficacité énergétique
des chantiers qui permet à S4 de compenser une
Les scénarios ont des dynamiques différentes de hausse des rénovations. Dans S1 et S2, où on rénove
consommation d’énergie pour les chantiers. Les scé- le plus, la consommation s’oriente dans un premier
narios tendanciel et 4 suivent des tendances simi- temps à la hausse, la baisse de la construction neuve
laires, mais pour des raisons différentes. Alors que le ne permettant pas de compenser le fort dévelop-
scénario tendanciel s’oriente à la baisse, sous l’effet pement des réhabilitations. Enfin, S3 cumule une
de gains d’efficacité énergétique et du ralentissement forte rénovation et une très forte construction neuve.

Graphique 15 Évolution des consommations de chantier dans tous les scénarios

25

20

15
TWhEF

10

0
2015 2020 2030 2040 2050

TEND S1 S2 S3 S4

158 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.10 Émissions de GES réseaux (chaleur et froid) alimentant les bâtiments.


Les scénarios 2 et 3 conduisent à des émissions de
ÉMISSIONS DE GES LIÉES À L’USAGE GES similaires avec deux stratégies différentes : une
DES BÂTIMENTS31 plus grande isolation de l’enveloppe des bâtiments
dans S2, une plus grande décarbonation des vecteurs
En 2050, les émissions de GES liées à l’usage des bâ- dans S3. Les scénarios 3 et 4 déplacent donc la res-
timents sont également fortement contrastées, ponsabilité de l’action vers d’autres secteurs (déve-
puisqu’elles s’échelonnent entre 3 MtCO²eq dans S1 loppement d’énergies peu impactantes pour l’envi-
et 17 MtCO²eq dans S4 si on prend en compte les ronnement dans S3, puits de carbone dans S4).
émissions liées à la production d’électricité et de

Tableau 44 Émissions de GES en 2050 par scénario (MtCO²eq)

Visions SNBC
TEND S1 S2 S3 S4
ADEME 2018 AMS 2019
Émissions directes (scope 1)
Résidentiel 15,1 0,9 1,1 1,2 7 8,2 -
Tertiaire 10,6 0,5 0,7 0,8 7,8 1,4 -
TOTAL émissions 25,7 1,4 1,8 2 14,8 9,6 5
directes
Émissions indirectes (scope 2) liées à la production et à la transformation
d’énergie – électricité et réseaux chaleur/froid
Résidentiel 2,2 0,9 1 0,9 1,1 - -
Tertiaire 2,2 1 0,9 1 1 - -
TOTAL émissions 4,4 1,9 1,9 1,9 2,1 - -
indirectes
TOTAL 30,1 3,3 3,7 3,9 16,9 - -

STOCKAGE DE CO2
Tableau 45 Stockage carbone dans les produits bois en 2050
DANS LES MATÉRIAUX par scénario (MtCO²/an)

Dans l’ensemble des scénarios, les produits bois


contribuent de façon marginale aux puits naturels TEND S1 S2 S3 S4
de carbone en 2050 ( cf. chapitre 2.4.3. Puits de
Produits bois 3,2 4,2 4,8 3,5 3,4
carbone).
TOTAL
72 113 100 63 41
puits naturels

31 À la date de publication de ce rapport, les évaluations GES réalisées dans ce chapitre sectoriel n’ont pas pu prendre en compte
les derniers bouclages concernant les facteurs d’émissions des vecteurs gaz et électricité, en raison des interactions entre ces
vecteurs. Ces modifications seraient de second ordre et ne modifient pas les grandes conclusions de ce chapitre.

159 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.11. Consommation de matériaux période 2015-2050. C’est plus de deux fois la consom-
pour l’activité du bâtiment mation de S1. Dans tous les scénarios, c’est le rési-
dentiel qui entraîne la consommation de matériaux
CONSTRUCTION NEUVE la plus importante.

Les scénarios nécessitent des volumes de matériaux Dans tous les scénarios, les consommations de gra-
contrastés pour la construction neuve, reflétant ain- nulats, de sable et de ciment restent très majoritaires,
si les dynamiques de construction différenciées qui avec respectivement 42 %, 33 % et 10 % de la consom-
les caractérisent. Les scénarios 3 et 4 engendrent les mation totale. Les matériaux les plus utilisés sont
plus grandes consommations de matériaux, soit entre ensuite le plâtre, la terre cuite, le bois et l’acier.
1 300 et 1 400 millions de tonnes en cumulé sur la

Tableau 46 Consommation par nature de matériaux pour la construction neuve (résidentiel et tertiaire — grandes surfaces commerciales, hôtel,
enseignement et bureau) par scénario (milliers de tonnes cumulées entre 2015 et 2050)

S1 S2 S3 S4
Résidentiel Tertiaire TOTAL Résidentiel Tertiaire TOTAL Résidentiel Tertiaire TOTAL Résidentiel Tertiaire TOTAL
CHEB CHEB CHEB CHEB

Ciment 53 716 13 554 67 270 69 349 12 676 82 025 132 815 14 665 147 480 117 166 18 080 135 246
Sable 169 475 40 616 210 091 218 193 37 904 256 097 418 049 43 769 461 818 370 316 54 079 424 396
Granulats 220 369 53 151 273 520 284 649 49 681 334 329 545 295 57 333 602 628 480 658 70 463 551 121
Acier 8 445 4 942 13 387 11 051 4 713 15 763 21 208 5 673 26 881 18 243 6 497 24 740
Verre 1 143 68 1 211 1 438 64 1 502 2 804 72 2 876 2 518 88 2 606
Plastiques
1 034 349 1 383 1 229 328 1 556 2 552 419 2 970 2 185 467 2 652
alvéolaires

Autres
2 783 588 3 372 3 521 558 4 078 6 831 695 7 526 6 094 774 6 868
plastiques

Laines
1 065 339 1 404 1 211 325 1 536 2 394 370 2 763 2 311 458 2 769
minérales

Isolants
528 1 943 2 471 930 1 875 2 805 1 627 1 622 3 249 1 412 1 881 3 293
biosourcés

Bois 11 592 774 12 366 14 868 708 15 576 29 907 644 30 551 25 865 701 26 566
Plâtre 16 526 9 16 535 21 279 8 21 287 41 675 9 41 684 36 299 5 36 305
Terre cuite 31 439 657 32 097 37 508 596 38 104 73 461 676 74 138 71 841 709 72 551
Sous-total 518 115 116 991 635 106 665 225 109 435 774 660 1 278 618 125 947 1 404 565 1 134 908 154 202 1 289 110
Autres
4 249 4 751 9 000 5 394 4 391 9 785 10 559 4 992 15 551 9 344 5 921 15 265
matériaux

TOTAL 522 365 121 742 644 106 670 619 113 826 784 445 1 289 177 130 939 1 420 116 1 144 252 160 123 1 304 375

160 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Pour les isolants biosourcés, les consommations va- la consommation de matériaux pour la rénovation
rient en 2050 de 5 500 tonnes dans le scénario 1 à est la plus importante. Les 74 Mt à 75 Mt de matériaux
59 000 tonnes dans le scénario 3 et ce malgré une nécessaires dans ces scénarios pour la rénovation
part de ces matériaux dans S1 de deux à trois fois BBC sont cependant à mettre en regard des 522 à
plus élevée que dans S3. Le faible volume de construc- 670 Mt nécessaires à la construction de logements
tions neuves dans S1 en est la cause. dans ces scénarios (eux-mêmes peu constructeurs).
La rénovation énergétique d’ampleur permet ainsi
C’est le scénario 3 qui est le plus consommateur de de réduire drastiquement les consommations d’éner-
bois (bois d’œuvre et panneaux) (2,5 Mm3 en 2050), gie des logements tout en requérant un volume mo-
alors que c’est dans S1 que l’utilisation des modes deste de matériaux.
constructifs bois (Cross Laminated Timber, ossature
bois, poteaux-poutres et systèmes mixtes) est la plus Le faible besoin dans S3 s’explique par le fait que la
poussée. En effet, dans S1, ces modes représentent modélisation ne prend en compte que les rénova-
en 2050 de 37 % à 50 % des modes constructifs (sui- tions BBC. Or, dans ce scénario, même s’il inclut une
vant le type de bâtiment), contre 21 % à 34 % dans rénovation d’ampleur de l’enveloppe des logements,
S3. Le fort taux d’utilisation des modes constructifs ceux-ci n’atteignent pas le BBC. Ainsi, ces résultats
bois dans S1 est contrebalancé par un faible volume sous-estiment les matériaux nécessaires à la rénova-
de constructions neuves. C’est S4 qui est le moins tion énergétique dans ce scénario.
consommateur de bois (1,1 Mm3 en 2050).
Dans tous les scénarios, c’est la rénovation des mai-
sons individuelles qui requiert le plus de matériaux.
RÉNOVATION BBC DU RÉSIDENTIEL Elles représentent de 75 % à 85 % de la consommation
de matériaux de rénovation BBC des logements.
Les scénarios 1 et 2, dans lesquels la rénovation des
logements est très dynamique et implique l’atteinte
du niveau BBC Rénovation, sont ceux pour lesquels

Tableau 47 Consommation de matériaux pour la rénovation BBC des logements par application et nature de matériaux par
scénario (milliers de tonnes, cumulé 2015-2050)

S1 S2 S3 S4
Isolants
Laines minérales 4 035 4 050 1 452 2 674
PSE/XPS 1 668 1 680 501 904
Isolants biosourcés 10 810 10 834 1 148 2 005
Autres isolants 1 856 1 895 799 1 071
Revêtements de murs
Plâtre 6 980 6 990 1 725 3 120
Enduit 17 201 17 299 4 502 8 056
Autres matériaux
Bois 4 068 4 150 1 000 1 840
Terre cuite 6 869 6 922 1 569 2 975
Verre 7 307 7 538 1 851 3 258
Béton 2 417 2 435 551 1 045
Ardoise 1 343 1 353 306 580
PVC 3 761 3 874 957 1 663
Acier 2 417 2 478 619 1 085
Alu 2 044 2 103 518 908
Autres matériaux 1 004 1 029 264 460
TOTAL 73 781 74 632 17 762 31 645

161 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

CONSOMMATION DE BOIS les besoins de la construction, très forts dans ce scé-


nario, s’additionnant à ceux de la rénovation. Dans
À part dans S4, l’ensemble des scénarios prévoit une S1 et S2, la consommation de bois est plutôt dans la
augmentation de la consommation de bois pour rénovation (à la fois énergétique et non énergétique)
l’année 2050 pour l’ensemble des bâtiments (rési- au détriment de la construction.
dentiels, tertiaires, agricoles et industriels). C’est dans
S3 que cette augmentation est la plus importante,

Tableau 48 Consommation de bois en 2050, tous usages, tous bâtiments par scénario (milliers de m3)

2015 S1 S2 S3 S4
Construction 1 729 1 317 1 351 2 514 1 157
Feuillus 242 804 750 1 204 502
Résineux 1 487 513 601 1 310 655
Rénovation (énergétique
2 494 4 576 4 576 3 707 2 586
et non énergétique)
Feuillus 998 1 830 1 830 1 483 1 035
Résineux 1 496 2 746 2 746 2 224 1 551
TOTAL 4 223 5 893 5 927 6 221 3 743

Graphique 16 Consommation de bois (bois d’œuvre et panneaux) en 2050, tous usages,


tous bâtiments par scénario

6 000

5 000
3 534
3 259 3 347
4 000
Milliers de m3

3 000
2 983 2 206
2 000

2 634 2 580 2 687


1 000
1 240 1 537
0
2015 S1 S2 S3 S4

Feuillus Résineux

162 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

5.6.12. Production de déchets liée à l’activité construction, est celui qui a l’empreinte déchets la
du bâtiment plus importante, et ce, malgré un fort développe-
ment du réemploi (cf. chapitre 2.4.1. Déchets).
La production de déchets liée à l’activité du bâtiment
varie faiblement entre les scénarios, sauf pour S3.
Ce dernier, marqué par une forte déconstruction-re-

Tableau 49 Gisement de déchets par typologie de chantiers en 2050 par scénario (milliers de tonnes)

2015 TEND S1 S2 S3 S4
Démolition 21 000 21 000 21 000 21 000 42 000 21 000
Rénovation32 15 120 15 120 15 120 15 120 15 120 15 120
Neuf 5 460 3 125 539 1 075 2 970 3 133
TOTAL 42 000 39 245 36 659 37 195 60 090 39 253
Réemploi 550 3 925 3 666 3 719 12 018 3 925

Les déchets liés à la rénovation BBC des logements Les proportions de déchets produits sont similaires
constituent une fraction des déchets du bâtiment dans chaque scénario : les déchets minéraux repré-
dans l’ensemble des scénarios. Ce sont les scénarios sentent 65 %, le plâtre 25 % et les isolants un peu
1 et 2 qui induisent la production de déchets la plus moins de 10 %. À ces tonnages, il faut ajouter ceux
importante (les rénovations de l’ensemble de l’en- que représentent les éléments déposés. À titre illus-
veloppe n’étant pas BBC dans S3, les résultats pré- tratif, la dépose des baies dans S1 et S2 représente
sentés ici sous-estiment le volume de déchets pro- 3 200 kt de bois, 860 kt de PVC et 2 800 kt de verre.
duits par la rénovation énergétique dans ce scénario).

Tableau 50 Chutes de mise en œuvre et matériaux retirés lors de la rénovation BBC des logements par scénario
(milliers de tonnes cumulées 2015-2050)

S1 S2 S3 S4
Terre cuite 6 651 6 707 1 534 2 898
Tuile béton 1 750 1 792 554 658
Ardoises 1 168 1 246 381 461
Plâtre 4 041 4 050 1 003 1 827
Enduit 862 867 145 404
PSE/PSX 132 132 39 69
Laines minérales 479 483 139 258
Isolants biosourcés 649 651 70 121
Autres isolants 115 110 49 107
Autres matériaux 89 90 23 41
TOTAL 15 937 16 128 3 938 6 844

32 En l’absence de données d’observation fiables sur la décomposition des déchets de rénovation, et étant donné que les déchets
liés à la rénovation BBC n’en représentent qu’une fraction, il a été décidé de garder le volume de déchets de rénovation constant
dans tous les scénarios.

163 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Tableau 51 Éléments déposés lors de la rénovation BBC des logements par scénario (en cumulé 2015-2050)

S1 S2 S3 S4
Nombre Surfaces Nombre Surfaces Nombre Surfaces Nombre Surfaces
(milliers) (milliers m2) (milliers) (milliers m2) (milliers) (milliers m2) (milliers) (milliers m2)

Baies
Bois SV 127 404 194 663 128 139 195 944 35 080 54 862 59 666 91 923
Bois DV 4 031 9 502 4 256 1 033 1 417 3 341 1 981 4 674
PVC DV 49 400 74 018 48 166 78 919 9 909 14 848 18 868 28 265
TOTAL baies 180 835 278 183 180 561 275 896 46 406 73 051 80 515 124 862
Volets
Volets battants 59 323 107 176 59 628 107 827 13 812 25 011 25 831 46 760
Volets roulants 36 223 71 878 38 135 76 094 9 298 18 712 15 768 31 466
Persiennes 37 943 71 032 39 552 74 533 10 608 20 022 17 496 32 738
TOTAL volets 133 488 250 086 137 314 258 454 33 718 63 745 59 095 110 964
Portes
Bois 15 924 26 963 15 924 26 963 3 610 26 963 6 937 11 745
PVC 430 0 430 727 55 6 113 118 199
Portes palières 625 1 058 593 1 174 244 413 180 556

TOTAL portes 16 979 28 021 16 947 28 864 3 909 33 583 7 235 12 500

5.6.13. Émissions de polluants le scénario 1, qui repose sur une consommation de


par les logements bois plus importante (- 16 % seulement en 2050) et
une moindre proportion de granulés (26 % en 2050)
En première analyse33, les émissions de particules est celui pour lequel la réduction d’émissions est
(PM10 et PM2,5) liées à la combustion de fioul domes- la moins forte ;
tique, de gaz naturel, de bois et de GPL dans les lo-
gements s’orientent à la baisse dans l’ensemble des les scénarios tendanciel, 2 et 3 se situent entre ces
scénarios. deux extrémités.

Le bois reste de très loin, quel que soit le scénario


considéré, la source principale contribuant aux émis-
sions de particules du secteur. Ce sont donc les ni-
veaux de consommations de bois ainsi que la part
des granulés qui déterminent en premier lieu le ni-
veau des émissions :

le scénario 4, qui conjugue la plus forte baisse de


la consommation de bois (- 79 % en 2050) et la plus
forte proportion de granulés (72 % en 2050) atteint
la plus forte réduction de PM10 et de PM2,5 en 2050
par rapport à 2015 ;

33 Comme indiqué dans la section Méthodologie, une analyse plus approfondie de l’impact des scénarios sur les polluants
atmosphériques sera publiée dans un feuilleton spécifique.

164 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

6. Ne négliger aucun levier


d’action
Les scénarios présentent des trajectoires mais ne des politiques efficaces sont encore à trouver (on
sont pas assortis de propositions de politiques pu- peut penser notamment à l’évolution des pra-
bliques précises. En effet, les modèles utilisés per- tiques énergétiques quotidiennes des ménages).
mettent de fixer des ordres de grandeur et de poser Par conséquent, une option efficace de gestion
les jalons de trajectoires à 2050, mais ne sont pas du risque de non atteinte des objectifs de neutra-
explicites sur le mix d’instruments de politique pu- lité carbone impliquerait d’aller le plus loin pos-
blique associé (incitation, obligation…). De fait, pour sible sur les sujets pour lesquels c’est possible. La
un même objectif donné, il peut y avoir plusieurs rénovation est un de ceux-là. Le changement
combinaisons d’instruments efficaces. Le choix doit d’échelle des dynamiques de rénovation et ses
se faire en fonction de nombreux critères (faisabilité implications (formation et recrutement des pro-
technique, économique, juridique, sociale, poli- fessionnels pour assurer des rénovations perfor-
tique…) dont l’analyse est hors du périmètre de ce mantes, politiques publiques permettant de dé-
travail. Il nous permet néanmoins de formuler des clencher des investissements d’ampleur de la part
recommandations pour une politique de transition des maîtres d’ouvrage…) est donc un incontour-
écologique ambitieuse pour le bâtiment. nable de toute trajectoire de transition pour le
bâtiment ;

réinvestir la vie quotidienne comme axe de travail.


6.1. Accélérer dès maintenant De nombreux leviers d’action explorés dans les
scénarios vont à l’encontre de normes sociales
En déclinant les objectifs globaux (+ 1,5 °C) en objec-
(confort, hygiène…) héritées du XIXe siècle et conso-
tifs spécifiques pour le bâtiment (rénovation,
lidées au siècle suivant par les politiques publiques
construction…), les scénarios fournissent des ordres
dans une société peu consciente des limites envi-
de grandeur des changements nécessaires. Leur dé-
ronnementales. Or, le scénario 4 montre que les
calage par rapport au scénario tendanciel montre la
progrès technologiques d’ampleur peuvent au
nécessité d’accélérer dès maintenant la mise en place
mieux compenser l’évolution tendancielle des mo-
de la transition.
des de vie, mais en aucun cas permettre de réduire
la consommation liée à la vie quotidienne. L’enjeu
de la transition est donc celui de la redéfinition de
6.2. Agir sur chaque levier d’action ces normes et imaginaires sociaux pour les rendre
compatibles avec les limites planétaires (vivre dans
Ce travail a permis d’expliciter l’ensemble des leviers des espaces plus petits, avec moins d’équipe-
de transition connus à l’heure actuelle ainsi que de ments…). Il s’agit d’une évolution d’ampleur et qui
mettre en lumière le fait que de nombreux leviers doit se réaliser dans un temps beaucoup plus court
explorés dans ces scénarios, et notamment ceux de que les précédentes transformations historiques
sobriété, ne sont couverts à l’heure actuelle par au- du bâti (par exemple il a fallu 50 ans en France pour
cune politique publique. On peut citer notamment que l’ensemble des logements soient équipés de
l’évolution des pratiques énergétiques dans le loge- toilettes). Elle dépasse donc largement l’adoption
ment (mutualisation des équipements, baisse du d’écogestes par les ménages ;
nombre d’équipements, des besoins en eau
chaude…), mais aussi l’optimisation de l’occupation anticiper pour éviter les consommations supplé-
du parc existant (notamment les logements vacants) mentaires liées à de nouveaux usages. Les projec-
pour limiter la construction neuve. tions de consommation d’énergie des data centers
hébergeurs dans S3 et S4 montrent que l’augmen-
Quatre axes de travail apparaissent centraux pour tation de consommations dans certains secteurs
s’assurer de couvrir l’ensemble des leviers d’action : peut annuler les efforts fournis par les autres. Autre
exemple : selon la manière dont il est géré, le rafraî-
faire de la rénovation ambitieuse un axe de travail chissement des bâtiments peut entraîner des
prioritaire : la rénovation occupe une place parti- consommations variant d’un facteur 10. Ainsi, des
culière et incontournable dans les scénarios. En politiques permettant d’anticiper ces consomma-
effet, elle permet des gains rapides et beaucoup tions pour mieux en orienter la trajectoire dès main-
plus maîtrisables que d’autres leviers pour lesquels tenant sont nécessaires ;

165 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

explorer les leviers d’action à l’échelle du parc. L’op- de faire évoluer des indicateurs existants. Par
timisation de l’occupation du parc existant fait exemple, S1 et S2 intègrent l’idée de mesurer la
l’objet de peu d’intervention publique à l’heure performance des bâtiments sur les consommations
actuelle. Il est donc intéressant d’introduire des réelles (et non calculées, comme par le passé) et
politiques de gestion du parc bâti dans son en- par occupant (plutôt que par m2) ;
semble. Par exemple, une partie des locaux de bu-
reaux et de commerce est à l’aube de mutations d’introduire nouveaux indicateurs. Par exemple,
majeures : celles-ci peuvent être mises à profit pour l’optimisation de l’occupation du parc existant de-
la transition si les changements d’usage sont facilités. manderait de compléter l’indicateur actuel du
Cela demande des interventions conjointes au ter- nombre de m2 par personne rapporté à la seule
tiaire et au résidentiel qui dépassent les silos actuels surface de résidences principales par un nouvel
de politique publique. L’enjeu est également d’as- indicateur qui exprimerait la surface par personne
surer la convergence entre les choix individuels des dans le parc en prenant l’ensemble des logements.
maîtres d’ouvrage et les grandes orientations choisies
pour le parc. En effet, une stratégie pertinente à
l’échelle d’un bâtiment peut ne pas l’être à l’échelle 6.5. Prendre en compte
du parc. Par exemple, en ce qui concerne les vecteurs la diversité des groupes sociaux
énergétiques, il s’agit de s’assurer, dans les scénarios
de baisse importante de la part du gaz fossile, que
et des territoires
les rénovations incluent un changement de vecteur,
L’ampleur des changements inscrits dans les scénarios
ou, dans ceux qui prévoient un développement im-
implique des évolutions de l’ensemble des groupes
portant des réseaux de chaleur, que chaque bâti-
sociaux et des territoires. Si certains disposent des
ment qui le peut se raccorde à un réseau.
ressources nécessaires (financières, sociales…) pour
évoluer, d’autres en sont moins pourvus. Par exemple,
la rénovation des bâtiments demande des ressources
6.3. Articuler les instruments financières, des compétences, du temps pour gérer
politiques et agir à toutes un chantier... Autre exemple : certains territoires sont
les échelles plus propices à la mutualisation des espaces ou aux
changements d’usage. Ainsi, il est nécessaire de
Les scénarios explorent une myriade de leviers d’ac- prendre le temps de comprendre de quelle façon les
tion spécifiques à chaque usage de l’énergie. Par différents groupes sociaux et territoires peuvent être
exemple, la baisse de consommation des équipe- impactés par les changements et adapter le soutien
ments électroménagers obtenue dans S1 et S2 pro- apporté aux spécificités de chacun.
vient à la fois d’une action sur le taux d’équipement
des ménages, leurs modalités d’utilisation (réglages,
nombre de cycle, taux de remplissage…), leurs choix 6.6. Soutenir la recherche
d’achat (seconde main), l’efficacité des équipements sur les approches multicritères
(puissance, lisibilité des interfaces utilisateurs…), mais
aussi de l’infrastructure commerciale (conseils des La politique de transition doit intégrer de nom-
vendeurs, réseau de réparateurs, disponibilité des breuses dimensions qui ne sont que partiellement
appareils de seconde main…). traitées dans cet exercice : impacts environnemen-
taux autres qu’énergie et carbone, adaptation aux
Les déterminants du changement sont donc, certes, évolutions de l’environnement, dimensions sociales
individuels, mais aussi collectifs : l’individu est aidé et économiques… Ces multiples facettes sont peu
ou contraint dans son action par les réalités écono- étudiées (et encore moins modélisées) conjointe-
miques, sociales et matérielles de la société dans ment. Aussi est-il nécessaire de soutenir la recherche
laquelle il évolue. C’est donc un ensemble d’outils afin de développer des méthodologies permettant
complémentaires et articulés, s’adressant à l’en- d’adopter une approche multicritère et d’éclairer
semble des acteurs et à toutes les échelles qui doit ainsi le débat public sur les nécessaires équilibres à
être mis en place [37]. trouver entre l’ensemble des facettes de la transition.

6.4. Se doter de nouveaux


indicateurs
L’exploration des leviers de transition montre la né-
cessité de se doter de nouveaux indicateurs pour
piloter la transition du bâtiment. Il peut s’agir :

166 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

7. Limites et perspectives
Ce travail de scénarisation présente plusieurs limites les scénarios impliquent chacun des contextes d’ac-
qui ouvrent des perspectives pour des travaux futurs. tion (aménagement du territoire, gouvernance de
Le premier ensemble de limites a trait à la concep- la transition...) qui ouvrent, à des degrés divers, des
tualisation des scénarios : opportunités et des défis pour la transition du sec-
teur. Néanmoins, aucun scénario n’explore des
le choix d’axer les scénarios sur la neutralité carbone crises ou des contextes pouvant être bloquants
telle que définie dans la Stratégie Nationale Bas pour la mise en mouvement des acteurs du bâti-
Carbone. Cette neutralité est définie à l’échelle de ment et de l’immobilier. Or, de tels contextes sont
la France et sur des émissions directes, sans prendre possibles (crise du financement, pénurie de main-
en compte l’empreinte énergétique (et encore d’œuvre, de matériaux…). Par exemple, la disponi-
moins environnementale) globale du secteur. Il est bilité de la main-d’œuvre pour mener une rénova-
possible que certains choix opérés dans les scéna- tion à la hauteur de celle dessinée dans l’ensemble
rios conduisent à réduire les émissions de GES sur des scénarios reste une question ouverte. Une
le sol français mais à les augmenter dans d’autres perspective pour le futur serait d’analyser les scé-
pays. Les modèles utilisés pour le bâtiment ne ren- narios dans une perspective de crash test pour en
seignent pas sur ce point. Ainsi, une perspective analyser la robustesse.
pour l’avenir est de modéliser l’empreinte environ-
nementale des scénarios ;

le choix d’optimiser les scénarios sur deux seuls Scénario « Pénuries »


critères (énergie et émissions de GES) : si d’autres
impacts (consommation de matériaux, artificiali- Les travaux de prospective menés en commun par l’ADEME
sation des sols…) sont documentés, les scénarios et le CSTB dans le cadre de la démarche Imaginons En-
ne sont pas conçus pour être optimisés dans une semble les Bâtiments de Demain ont permis d’identifier
optique multicritère. Or, une telle approche pour- quatre grands scénarios d’avenir pour le bâtiment et l’im-
rait amener à revoir certaines trajectoires. Cet exer- mobilier. Un de ces scénarios correspond à une situation
cice a par exemple mis en évidence que les choix de pénuries, où le bâtiment est privé de ressources clés.
en termes de modes constructifs (construction
bois…) doivent prendre en compte les ressources La période qui nous sépare de 2050 est marquée par une
rendues disponibles par une gestion durable de la difficulté grandissante de la société à gérer le cumul des
forêt. Là encore, une perspective pour les travaux crises systémiques (changement climatique, pandémies,
à venir sera d’intégrer plus finement les autres im- crises économiques…). Dans ce contexte, une ou plusieurs
pacts environnementaux afin de réaliser une opti- ressources clés qui permettaient par le passé aux acteurs
misation multicritère ; du bâtiment et de l’immobilier de fonctionner viennent à
manquer. Ils se retrouvent bloqués, privés de financement,
les scénarios ont des angles morts, et notamment de ressources humaines, de matériaux ou d’une capacité
ils n’explorent pas l’ensemble des variables so- d’action collective catalysée par l’action publique. Les ac-
cio-économiques sous-jacentes aux marchés de teurs réagissent en ordre dispersé, en adoptant des straté-
l’immobilier. Par exemple, ils n’étudient pas les gies individuelles ou à petite échelle, pouvant aller jusqu’à
conséquences d’un rééquilibrage territorial sur une la recherche d’autonomie des bâtiments vis-à-vis des réseaux
potentielle baisse des prix de l’immobilier dans les (énergie, alimentation...) existants. Peu à peu, le territoire
métropoles et la capacité des acteurs à investir et la société se fractionnent. Alors que, d’un côté, les bi-
dans la rénovation dans un tel contexte. Une ex- donvilles réapparaissent et les occupations sauvages de
ploration des angles morts serait ainsi une perspec- lieux se multiplient, de l’autre, les ménages les plus aisés
tive de travail intéressante à l’avenir34 ; investissent pour maintenir leur niveau de confort.

Source : extrait des scénarios Imaginons Ensemble les Bâtiments de Demain.

34 Le choix de viser la neutralité carbone et de focaliser l’analyse sur les impacts énergie carbone est la force de l’analyse quanti-
tative menée ici. Les lecteurs intéressés par une analyse plus large mais non quantifiée sur les avenirs possibles du bâtiment et
de l’immobilier sont invités à lire les travaux menés par l’ADEME et le CSTB qui est disponible sur www.batimentdemain.fr.

167 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

Le second ensemble de limites a trait à la modélisa- la capacité des modèles à capter des enjeux pros-
tion, et notamment : pectifs nouveaux ou à explorer des nouveaux leviers
de transition. Malgré le grand nombre de modèles
la fiabilité des données d’observation : si certains utilisés pour cet exercice, certaines évolutions
sujets sont très bien documentés, d’autres le sont restent encore mal captées. C’est le cas, par
moins. L’absence de données fines peut empêcher exemple, de la bascule du commerce vers le e-com-
de disposer d’un point à 2020 fiable, ce qui rend merce, des changements d’usage entre résidentiel
fragiles les projections. Par exemple, la proportion et tertiaire, de la dynamique de l’habitat commu-
de surfaces soumises au Dispositif Éco Énergie Ter- nautaire, mais également des variations d’intensité
tiaire n’est pas une donnée robuste. Or, S1 et S2 d’usage, des capacités d’optimisation de l’utilisation
montrent qu’une variation de 10 % à la hausse de du parc existant… Ce sont autant d’enjeux prospec-
cette estimation pourrait entraîner une baisse de tifs émergents que les modèles, conçus pour repré-
consommation de l’ordre de 10 TWh. Autre senter une réalité passée, représentent mal. Cela
exemple, l’absence de données d’observation plaide pour un travail d’amélioration continue des
fiables sur les modes constructifs du tertiaire modèles alliant veille prospective pour identifier
contraignent à limiter l’analyse aux seules grandes les sujets à modéliser et évolution de ces derniers ;
surfaces commerciales, bureaux, locaux enseigne-
ment et hôtels ; le raisonnement par la moyenne dans une société
faite de diversité. Les leviers explorés dans les scé-
l’absence de données permettant le calibrage de narios expriment des moyennes pour l’ensemble
certaines hypothèses. Dans la mesure du possible, des Français. Par exemple, les modèles repré-
les hypothèses ont été élaborées à partir d’analyses sentent l’évolution moyenne du taux d’équipe-
disponibles (analyse du marché, potentiel de dé- ment en climatisation, en téléviseurs… Or, il y a
ploiement, scénarios existants…) ou d’expertises besoin d’explorer, au-delà des moyennes, la façon
internes et externes à l’ADEME. Cependant, l’ab- dont les différents groupes sociaux, porteurs de
sence de données ou d’analyses sur certains sujets normes, de pratiques et de ressources différentes
rend délicat le calibrage des hypothèses. Par peuvent se saisir de ces leviers. Une piste de travail
exemple, il n’existe pas, à notre connaissance, d’ana- est donc une représentation plus fine des groupes
lyse sur les seuils plancher de rentabilité d’un réseau sociaux ;
gaz qui aurait permis de calibrer un seuil plancher
de nombre de logements raccordés (cf. chapitre la faible prise en compte des spécificités territo-
2.3.1 Mix gaz). Autre exemple, en l’absence d’analyses riales : les modèles utilisés dans cet exercice rai-
permettant de calibrer les hypothèses sur certains sonnent pour la plupart à l’échelle de la France
usages spécifiques de l’électricité dans le tertiaire, métropolitaine. Le parc de bâtiments n’a pas fait
ces usages ont été laissés constants. De la même l’objet d’une projection à l’échelle infranationale.
façon, les données d’observation sur la consomma- Cela limite la finesse des modélisations sur des le-
tion finale d’établissements tertiaires rénovés viers ayant une forte dimension territoriale. Par
manquent (hors bureaux et locaux d’enseignement). exemple, le modèle VIVALDI permet de paramétrer
Autre exemple, l’impact du changement climatique le taux de surfaces tertiaires raccordées aux réseaux
sur la répartition des lieux de vie sur le territoire n’a de chaleur, mais pas de moduler ce raccordement
pas été intégré dans ce travail faute d’analyse pros- en fonction de leur localisation (proximité ou non
pective sur laquelle se baser. De la même façon, avec un réseau de chaleur existant, possibilité de
l’impact de la rénovation énergétique sur le confort créer un nouveau réseau…).
d’été, ou l’impact du changement climatique sur
le besoin de chauffage est encore mal connu et Le modèle intégrant toutes les dimensions de la tran-
donc peu intégré dans ce travail ; sition n’existe pas et est sans doute impossible à
concevoir. L’avenir sera donc sans doute fait de mo-
la capacité des modèles à représenter la réalité. dèles multiples permettant de creuser une facette
Tout modèle est par définition une simplification de la transition, à l’image des modèles sur la clima-
de la réalité. Ceux utilisés dans cet exercice ont des tisation ou la consommation de ressources utilisés
degrés de finesse variés. Au final, il n’est pas possible dans cet exercice. Il est crucial de s’assurer que ces
de quantifier les marges d’incertitude associées aux modèles sont conçus pour dialoguer entre eux (com-
résultats des modélisations. Les résultats présentés patibilité des périmètres, des niveaux de désagréga-
ici doivent donc être considérés comme des ordres tion…) afin qu’ils puissent collectivement former une
de grandeur et non comme une analyse d’impact base solide pour éclairer l’action publique.
précise des leviers explorés par les scénarios ;

168 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

8. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

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INSEE Focus, n° 173, 2019.
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[2] Observatoire des territoires, Le Parc de logements. Fiche d’analyse
de l’Observatoire des territoires, revue en détail, novembre 2017. [23] Fondation Abbé Pierre, Le Mal-logement en France, 2018.

[3] CEREN. [24] DATALAB, Une nouvelle grille de lecture des territoires pour le
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fonciers, période 2009-2018 – Chiffres au 1er janvier 2018, 2020.
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[6] ADEME, Chiffres clés Climat, air, énergie, 2018.
[27] SDES, Le Parc de logements par classe de consommation éner-
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OBEC. Selon la méthode d’ACV statique utilisée dans E+C-., 2020.
[28] Observatoire National de la Rénovation Énergétique, La Réno-
[8] INSEE, Les Conditions de logement en France, INSEE Références, vation énergétique des logements. Bilan des travaux et des aides
2017, p. 144-145. entre 2016 et 2019, 2021.

[9] Christelle Minodier, Vers une nouvelle mesure de l’intensité de [29] CGDD, Les Produits pétroliers, principale énergie dans le secteur
peuplement des logements, INSEE, Document de travail n° F0607, de la construction, 2017.
2006.
[30] ADEME, Philippe Leonardon, CSTB, Sylvain Laurenceau, Mathilde
[10] ADEME, Johan Lhotellier et al., Modélisation et évaluation ACV Louerat, CORE E., Prospective de consommation de matériaux
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2018, 186 pages. 2050, 2019, 113 pages.

[11] Comité Prospective Imaginons Ensemble les Bâtiments de [31] BIPE, FCBA, Étude prospective : évolution de la demande finale
Demain, Fiche facteur clé « Modes d’occupation des logements », du bois dans la construction, la rénovation et l’aménagement
2021. des bâtiments, Rapport pour l’ADEME, France Bois Forêt et le
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[12] Virginie Dejoux et al., Panorama de l’évolution des conditions de
logement en France depuis la fin des années 1960, Espace popu- [32] TERRA, TBC Innovations, ELCIMAÏ Environnement, Au-Dev-Ant,
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[13] Harris Interactive, Les Français et la colocation, 2018.
[33] CITEPA, Format SECTEN, avril 2021.
[14] INSEE, Consommation et épargne des ménages [en ligne], mis
en ligne le 3 décembre 2020. [34] ADEME, CODA STRATÉGIES, La Climatisation de confort dans
les bâtiments résidentiels et tertiaires. État des lieux 2020 – Syn-
thèse, 13 pages, 2021.
[15] INSEE, « 374 000 logements supplémentaires chaque année entre
2010 et 2015 », INSEE Première, n° 1700, 2018.
[35] ADEME, DORÉMI, ENERTECH, La Rénovation performante par
étapes – Étude des conditions nécessaires pour atteindre la per-
[16] Jill Madelenat, La Consommation énergétique du secteur tertiaire
formance BBC Rénovation ou équivalent à terme en logement
marchand. Le cas de la France avec données d’enquête à plan de
individuel, 2020, 196 pages.
sondage complexe, Thèse en science économique, université Paris
Ouest-Nanterre La Défense, 2016, 375 pages.
[36] https://www.observatoirebbc.org/.
[17] CGDD, « L’Empreinte carbone de la consommation des Français :
évolution de 1990 à 2007 », Le Point sur, n° 114, 2012. [37] Solange Martin, Albane Gaspard, Changer les comportements,
faire évoluer les pratiques sociales vers plus de durabilité. L’apport
des sciences humaines et sociales pour comprendre et agir, 2016.
[18] DATALAB, Chiffres clés de l’environnement, édition 2016, 2017.

[19] DATALAB, Bilan environnemental de la France, édition 2020, 2021.

[20] DATALAB, Les émissions de CO2 liées à l’énergie en France de


1990 à 2017. Facteurs d’évolution et éléments de comparaison
internationale, 2019.

169 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

9. Annexe : évolution des principales


variables du secteur

2050
2015
TEND S1 S2 S3 S4
RÉSIDENTIEL – nombre de
personnes par logement en 2050 2,23 2,02 2,12 2,12 2,02 2,02
[hab./logement]
RÉSIDENTIEL – taux de résidences
9,5% 9,1 % 2,5 % 5% 9,1 % 9,1 %
secondaires en 2050 [%]
RÉSIDENTIEL – part des maisons
individuelles dans les logements 45 % 45 % 15 % 15 % 25 % 45 %
construits en 2050 [%]
RÉSIDENTIEL – nombre de
logements neufs construits entre - 10 4 5 12 10
2015 et 2050 [Millions]
RÉSIDENTIEL – part des logements
ayant atteint le niveau BBC - 16 % 79 % 81 % 20 % 40 %
Rénovation ou plus 2050 [%]
RÉSIDENTIEL – part des logements
dont l’ensemble de l’enveloppe
a été rénovée, mais sans - 29 % 14 % 14 % 69 % 9%
inscription dans une trajectoire de
performance [%]
RÉSIDENTIEL – proportion des
maisons individuelles avec appoint
- 5% 5% 45 % 45 % 45 %
solaire eau chaude sanitaire en
2050 [%]
RÉSIDENTIEL – consommation
unitaire d’électricité spécifique
1,9 1,4 0,7 1 1,3 1,8
par résidence principale [MWhEF/
logement]
RÉSIDENTIEL – part des systèmes
gaz changés lors des rénovations
(en anticipation par rapport à la 35 % puis
- 3% 87 % 42 % 37 %
durée de vie moyenne) et basculant 30 %
vers une autre énergie – maisons
individuelles (2020-2050) [%]
RÉSIDENTIEL – température de
consigne pour la climatisation en - 22 °C 26 °C 26 °C 22 °C 22 °C
maison individuelle en 2050 [°C]

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170 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS ET TERTIAIRES

2050
2015
TEND S1 S2 S3 S4
TERTIAIRE – surface construite
entre 2015 et 2050 [Millions de - 261 130 132 166 261
mètres carrés, surface chauffée]
TERTIAIRE – proportion du parc de
bureaux existants en 2015 chauffés - 52 % 80 % 71 % 72 % 62 %
par pompe à chaleur en 2050 [%]
TERTIAIRE – taux de croissance du
volume de données traité par les Tendancielle
petits data centers (EB) [%] jusqu’à 2025.
À partir de
50 % par an Tendancielle 2026, elle
Tendancielle
jusqu’en 2025, jusqu’à 2030. augmente
jusqu’à 2023.
40 % de 2026 Diminue de de 10 % par
À partir de
à 2040. Cette 10 % en 2031 50 % par an rapport au
2024, elle
croissance puis à partir jusqu’en 2025 tendanciel
diminue par
- diminue de 2032, par puis de 40 % pour rester
palier de 10 %
ensuite à palier de 5 % de 2026 à à 60 %
tous les 2 ans
partir de tous les ans 2040 jusqu’à 2028.
pour devenir
2043 pour pour devenir Le rythme
nulle à partir
atteindre nulle à partir décroît
de 2032
30 % de 2037 ensuite pro-
gressivement
jusqu’à
25 % en 2050

Modes constructifs bois (CLT, ossa-


ture bois, poteaux-poutres, mixtes) De 2 % à De 37 % à De 38 % à De 21 % à De 12 % à
-
[% selon les usages et les bâtiments] 8,5 % 50 % 42 % 34 % 20 %

Isolants biosourcés dans le neuf


(planchers bas, toitures, murs) De 0 % à De 30 % à De 30 % à De 10 % à De 20 % à
-
[% selon les usages et les bâtiments] 10 % 45 % 45 % 20 % 35 %

171 Transition(s) 2050


01 ÉVOLUTION DE
LA CONSOMMATION

3. Mobilité des
voyageurs et transport
de marchandises
1. Synthèse de la 4. Description 7. Des transformations
problématique et des de la méthode et outils de rupture s’imposent
enjeux pour le secteur de quantification 225
173 des scénarios
187 8. Limites des scénarios,
2. Des émissions en autres possibles,
très forte croissance 5. Les scénarios perspectives pour
depuis 1960 divergent surtout travaux futurs
178 sur la demande 227
de transport
3. Des modalités 192 9. Références
de transport en bibliographiques
pleine évolution 6. Grande variabilité 229
183 de la demande entre
les scénarios
216 10. Annexe : évolution
des principales variables
du secteur
230

172 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

1. Synthèse de la problématique
et des enjeux pour le secteur
Le secteur des transports se décline autour de la Les transports aérien et maritime liés aux échanges
mobilité des personnes et du transport de marchan- internationaux ne sont pas comptabilisés dans les
dises. Un certain nombre d’enjeux étant communs inventaires nationaux. Ils représentent pourtant
(dépendance au pétrole, externalités, importance l’équivalent de 18 % des émissions du transport inté-
dans l’économie, etc.), cette partie évoque d’abord rieur. De même, les inventaires ne tiennent compte
ces enjeux globaux des transports, avant de détailler ni des émissions liées à la production de l’énergie, à
certaines particularités plus spécifiques à la mobili- la production et à la fin de vie des véhicules, ni de la
té des voyageurs, puis au transport de marchandises. construction et de l’entretien des infrastructures de
transport. Ces autres dimensions présentent des
enjeux importants de consommation de ressources
IMPORTANCE DE LA TRANSFORMATION (métaux, béton, biomasse, électricité, etc.), de pol-
DU SECTEUR : ÉMISSIONS, ÉNERGIE, RESSOURCES lution ou encore d’occupation des sols et pourraient
constituer des points essentiels en matière de tran-
Le secteur fait face à une dépendance majeure au sition écologique du secteur. Dans le présent exercice,
pétrole, qui représente plus de 90 % de sa consom- les consommations et émissions qui y sont associées
mation d’énergie. Le solde est issu des biocarburants sont comptabilisées dans d’autres secteurs de l’éco-
(7 %) et pour une plus faible part de l’électricité (2 %, nomie (notamment chapitre 2.2.3. Production indus-
essentiellement dans le ferroviaire ; [1]). Il y a donc un trielle).
véritable enjeu de transformation du secteur pour
une diversification énergétique vers des énergies
moins carbonées. Au-delà des nécessaires baisses de UNE TRANSFORMATION AUX MULTIPLES
consommations d’énergie, la réduction de cette dé- FACETTES
pendance pourra se faire via l’électrification, le recours
au bioGNV (gaz naturel pour véhicules issu de matières Au-delà des enjeux directement liés à la transition
organiques), aux biocarburants ou l’emploi du vecteur écologique des transports, le secteur doit faire face
hydrogène issu d’une production décarbonée. à de nombreuses externalités, aussi bien environne-
mentales, qu’économiques et sociales. Ainsi les ex-
La consommation de pétrole pose un problème en ternalités de congestion et d’occupation de l’espace,
termes d’émissions de gaz à effet de serre, mais éga- d’accidentologie, de bruit ou de sédentarité (et ses
lement de pollution atmosphérique, en particulier impacts sur la santé) sont particulièrement impor-
dans les zones denses et à proximité des routes à tantes à intégrer. De nombreuses transformations
forts trafics. En outre, cette dépendance crée une liées à la transition écologique présentent des cobé-
situation de vulnérabilité vis-à-vis des ressources en néfices importants sur ces externalités, en particulier
pétrole. Elles sont limitées, la France les importe et les leviers qui agissent sur la demande de mobilité :
la volatilité des prix impacte le budget des ménages distances parcourues, report modal ou une utilisation
et l’ensemble de l’économie. plus sobre des véhicules (poids, vitesse, covoiturage,
etc.).
Concernant les émissions de gaz à effet de serre
(GES), les transports constituent le premier secteur Par leur rôle essentiel dans les modes de vie et le
émetteur en France, avec 31 % des émissions du ter- fonctionnement de l’économie, les transports sont
ritoire en 2019, dont 94 % sont dues au transport aussi au cœur d’enjeux économiques et sociaux im-
routier si l’on exclut les transports internationaux [2]. portants. La forte hausse des prix du pétrole précé-
Environ les deux tiers des émissions sont liées au dant la crise de 2008, ou plus récemment la crise des
transport de voyageurs et le tiers restant au fret. C’est Gilets jaunes, ou encore la crise de la Covid-19 et les
également le seul secteur dont les émissions ont restrictions de déplacement qui en ont découlé il-
progressé depuis 1990, malgré une légère baisse dans lustrent combien le transport peut cristalliser les
les années 2000 suivie d’une relative stabilité. À l’ave- tensions.
nir, une forte baisse des émissions de GES du secteur
est prévue. La Stratégie Nationale Bas Carbone La dépense totale de transport représente 425 mil-
(SNBC) fixe un objectif de décarbonation quasi com- liards d’euros en 2018, soit 18 % du PIB. Le secteur est
plète du secteur d’ici 2050, seuls les transports ma- un pourvoyeur d’emplois important, que ce soit di-
ritime et aérien conservant une part d’énergies fos- rectement dans la branche des transports (1,4 million
siles à cet horizon. d’emplois [1]) ou indirectement chez les équipemen-

173 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

tiers et constructeurs de matériels de transport (au- DES FREINS ET DES LEVIERS


tomobile, aéronautique, ferroviaire, etc.), dans les POUR LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
services de transport (concessionnaires, entretien et
réparation, assurance, etc.) ou dans la construction Ces évolutions constituent à la fois des freins et des
et l’entretien des infrastructures de transport. leviers pour la transition écologique du secteur. Si
celle-ci pourrait permettre de limiter de nombreux
Le secteur, qui implique de nombreux acteurs publics, impacts environnementaux, sociaux et économiques
au niveau local et international, mais aussi les entre- actuels des transports, les différentes options
prises, les citoyens, les usagers et les ONG, présente peuvent poser des problèmes de conditions de ré-
également des défis importants en termes de gou- alisation ou d’emploi. Cela concerne en particulier
vernance. Celle-ci est d’autant plus délicate à orga- certaines mesures de sobriété, mais également les
niser que les enjeux sont contrastés selon les terri- limites que constitue le coût de la transition ou de
toires, en termes d’aménagement, d’accès aux la disponibilité des ressources pour déployer les tech-
transports et aux services, d’inclusion ou d’inégalités nologies.
sociales. Les dernières évolutions des politiques pu-
bliques donnent de plus en plus de poids aux régions
et aux intercommunalités sur les transports, en tant DIAGNOSTIC DES GRANDS CHOIX À FAIRE
qu’autorités organisatrices de la mobilité (AOM). EN MATIÈRE DE DÉCARBONATION

Enfin, l’essor du numérique est source de défis et La Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) entend
d’opportunités pour le secteur. De nouveaux outils mobiliser cinq leviers pour limiter l’impact carbone
émergent : télétravail, information voyageurs en des transports : la modération de la demande de
temps réel, applications et plateformes multimo- transport, le report modal, l’optimisation du remplis-
dales, e-commerce, véhicules de plus en plus connec- sage des véhicules, l’amélioration de l’efficacité éner-
tés et autonomes à l’avenir. Mais leur impact sur la gétique et la décarbonation de l’énergie utilisée [3].
mobilité et la transition écologique reste à évaluer.

Figure 1 Les cinq leviers de la transition énergétique des transports

Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie

Source : décomposition des émissions des transports sous forme d’identité (ou d’équation) de Kaya [4].

Ces leviers sont autant de grandes options à combi- Il est important de noter qu’il existe de nombreuses
ner pour atteindre l’objectif de neutralité carbone, en interactions entre les leviers. Ainsi la modération de
intégrant également les enjeux de ressources. Les trois la demande peut faciliter le report vers les modes
premiers leviers ont davantage à voir avec des chan- actifs. Le passage à l’électrique permet d’améliorer
gements organisationnels, dans l’aménagement, les l’efficacité énergétique (rendement moteur), et l’élec-
comportements et les modes de vie, tandis que les trification pourrait aussi influencer la demande de
deux derniers leviers interrogent davantage le choix mobilité, au vu des autonomies encore limitées des
des technologies utilisées. Selon les scénarios, l’impor- véhicules électriques. À l’inverse l’efficacité énergé-
tance des différents leviers utilisés pour réduire les tique ou le covoiturage peuvent encourager une
émissions peut grandement varier, de même que les hausse de la demande ou un report vers la voiture.
choix concernant un même levier, par exemple, diffé-
rentes énergies permettent de décarboner le secteur :
électricité, hydrogène, biogaz, biocarburants, voire
carburants de synthèse.

174 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

1.1. La mobilité des voyageurs


appelée à évoluer
La mobilité des voyageurs est caractérisée à la fois (émissions de gaz à effet de serre, de polluants at-
par des usages fonctionnels (travail, études, alimen- mosphériques, bruit, accidents, congestion, etc.),
tation, santé, etc.) et des usages de loisirs (week-end, comme un coût économique pour les usagers ou les
vacances, sports-détente, culture, etc.). Elle touche finances publiques, ou encore comme une perte de
directement aux modes de vie, par l’articulation des temps dans les transports, pour des trajets qui
activités que permettent les 3 à 4 déplacements peuvent être désagréables, voire subis. À l’avenir,
réalisés en moyenne par jour. Enfin, elle représente selon la vision portée sur ces avantages et inconvé-
un coût financier, mais aussi un temps passé dans les nients relatifs à une mobilité sur des distances im-
transports d’environ une heure par jour et par per- portantes, les politiques publiques et la société
sonne en moyenne [5] qui peut être vécu comme un pourraient s’orienter vers un idéal de poursuite de
réel inconvénient ou mis à profit en partie pour ré- la croissance des mobilités (voyages à l’international,
aliser d’autres activités. accélération des mobilités au quotidien, poursuite
de l’étalement urbain, etc.) ou au contraire vers une
Le premier levier est celui de la modération de la baisse des distances parcourues (urbanisme et amé-
demande de transport. Le degré de sollicitation de nagement de la proximité, sobriété dans les dépla-
ce levier est plus ou moins marqué selon les visions cements, tourisme plus local, etc.).
de la transition écologique, en fonction des différents
acteurs, visions politiques, scénarios de prospective, Le second levier de report modal est aussi lié à la
etc. En effet, l’augmentation des distances parcou- demande de transport. Les modes de transport les
rues peut être perçue de façon positive, en raison plus utilisés ne sont pas les mêmes selon les distances
de la possibilité d’accéder à des territoires plus vastes, à parcourir, les types de territoires ou encore les des-
de multiplier les déplacements et les opportunités tinations de voyages. Ainsi, le transport aérien est
qu’ils offrent, de découvrir des destinations plus utilisé pour les distances les plus longues, tandis que
lointaines et dépaysantes dans le cas des déplace- sur des distances nationales ou régionales, la voiture,
ments de longue distance. Ces distances importantes les autocars et le train se partagent le reste des trajets
peuvent également être perçues de façon négative, de plus de 80 km. Sur les déplacements du quotidien,
comme une source de désagréments pour la société le partage modal se fait entre la voiture, les transports

175 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

en commun (bus, cars, métros, tramways, TER, etc.) 1.2. De forts enjeux économiques
et les modes actifs (marche et vélo), dont l’utilisation sur la transition du transport
peut être très variée selon les caractéristiques des
déplacements. Ces caractéristiques et les incitations
de marchandises
à l’usage des différents modes (infrastructures, véhi-
cules, fiscalité, réglementations, etc.) pourraient L’évolution du transport de marchandises résulte des
varier à l’avenir et entraîner des évolutions sensibles modifications des activités économiques du pays
dans l’usage des modes de transport. depuis plusieurs décennies, conjuguées à la mondia-
lisation des échanges. Ainsi, au niveau national, l’évo-
L’usage de la voiture, aujourd’hui largement dominant lution de l’économie a été marquée par une crois-
pour la courte et longue distance, pourrait également sance des services, une décroissance d’un certain
être modifié par les évolutions du remplissage des nombre d’activités industrielles lourdes et la baisse
véhicules, qui constitue le troisième levier de décar- de production de certains biens de consommation.
bonation. Ainsi, le développement du covoiturage Au niveau international, une partie de ces activités
pourrait renverser la tendance historique à la baisse a été délocalisée en fonction des différentiels de
du remplissage moyen des voitures. Les autres modes compétitivité économique. Dans le même temps,
disposent également pour certains d’entre eux de les importations de biens ont augmenté, depuis de
marges de manœuvre sur des trajets peu remplis, en simples composants (ex. : électronique) jusqu’aux
particulier pour l’utilisation des produits finis.
transports en commun en de-
hors des périodes de pointe de Les chaînes logistiques sont ainsi de plus en plus in-
Le développement la demande ou sur certaines ternationales, aussi bien au sein de l’Europe qu’avec
du covoiturage pourrait destinations peu fréquentées. les autres continents. L’accélération du système de
renverser la tendance production et d’échanges qui a caractérisé l’évolution
historique à la baisse Le quatrième levier d’efficacité de l’économie s’est traduite par des flux intenses et
du remplissage moyen énergétique concerne premiè- de plus en plus rapides. Dans ce contexte, deux mo-
des voitures. rement les évolutions possibles des se sont largement imposés. Pour les transports
sur les motorisations, via les pro- internationaux de longue distance, le transport ma-
grès sur les moteurs thermiques, ritime est dominant. La massification du transport
l’hybridation ou l’électrification et la forte efficacité énergétique par unité de trafic
des moteurs. Pour le transport routier, un meilleur transportée favorisent un très faible coût de trans-
aérodynamisme ou des progrès sur les frottements port sur les distances intercontinentales. De l’échelle
liés aux pneus sur la chaussée favorisent une meilleure continentale jusqu’aux courtes distances, c’est le
efficacité. Le poids des véhicules pourrait également transport par la route qui représente l’immense ma-
être un levier de réduction des consommations pour jorité des flux, avec près de 90 % des flux nationaux.
certains modes. Enfin, l’évolution des vitesses prati- La compétitivité du transport routier, mais aussi sa
quées ainsi que l’écoconduite peuvent permettre grande flexibilité et la possibilité de faire des trajets
d’optimiser les consommations. de point à point permettent de s’adapter plus faci-
lement à l’accélération, à la diversification et à la
Le dernier levier concerne la réduction de l’intensité fragmentation des échanges et expliquent cette
carbone de l’énergie, ou sa décarbonation, en agissant domination.
sur les motorisations et sur le contenu carbone de
l’énergie utilisée. Les motorisations peuvent en effet Les cinq leviers de la SNBC cités pour les voyageurs
évoluer depuis le vecteur des carburants liquides lar- peuvent également être appliqués au fret.
gement utilisés aujourd’hui vers les vecteurs gaz, hy-
drogène ou électricité. Ces vecteurs énergétiques Le levier de modération de la demande de transport
peuvent être plus ou moins décarbonés, selon l’éner- de marchandises est fortement dépendant des évo-
gie utilisée et sa transformation. Pour réduire les émis- lutions de l’économie, notamment du PIB et du vo-
sions de gaz à effet de serre, il faut que les carburants lume de biens en circulation, du type de biens trans-
liquides soient des biocarburants produits durable- portés et de la localisation des activités économiques,
ment, que le gaz soit du biogaz, et que la production qui conditionnent en partie les distances parcourues
d’hydrogène et d’électricité soit décarbonée. par les marchandises. La logistique s’adapte égale-

176 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

ment à des modes de vie et de consommation en Le remplissage des véhicules s’exprime en tonnes par
profonde évolution, en particulier en lien avec l’essor véhicule. Associé au levier précédent de report mo-
du numérique. Celui-ci influence les comportements dal, le facteur de remplissage pointe l’enjeu de mas-
d’achat, mais aussi l’organisation de l’offre logistique, sification du transport de marchandises. Il s’agit de
à la fois facteur de risques et d’opportunités. Des favoriser des modes avec un emport important et
évolutions récentes ou à venir, dont la persistance d’éviter la fragmentation du transport par des véhi-
et les conséquences restent à préciser, pourraient cules utilitaires légers. Un report modal important
aussi influencer l’évolution de ces éléments. Il s’agit nécessiterait également de profondes évolutions des
notamment de la course à la vitesse pour les livraisons fiscalités appliquées aux différents modes et une
du e-commerce, de la relocalisation d’une partie de meilleure prise en compte des externalités dans le
l’économie, du développement des circuits courts, coût des services de transport. Il nécessiterait éga-
de l’économie circulaire ou encore de l’évolution de lement de desserrer les contraintes de temps sur le
la logistique des derniers kilomètres en milieu urbain. rythme d’acheminement et de faire preuve d’un fort
Enfin, la crise de la Covid-19 a montré la vulnérabili- volontarisme dans les investissements. Cela permet-
té des chaînes d’approvisionnements rapides, à flux trait de réduire la place des transports routiers et de
tendus et fonctionnant avec des stocks réduits. Elle mieux répartir les flux entre différents modes, en
a permis de questionner la résilience de la logistique renforçant l’intermodalité (plateformes multimo-
mondiale aux chocs, qu’ils soient de nature sanitaire, dales, investissements sur les lignes ferroviaires, le
économique, géopolitique ou, de plus en plus fré- fluvial, la logistique à vélo…).
quemment, liés à des perturbations climatiques.
Le quatrième levier est celui de l’efficacité énergé-
Concernant les transports intérieurs, les poids lourds tique des véhicules, par l’amélioration du rendement
dominent les échanges pour le transport le plus mas- des moteurs, l’hybridation, l’écoconduite ou par
sifié et sur longue distance. Les véhicules utilitaires l’aérodynamisme des véhicules.
légers (VUL) sont davantage utilisés pour les plus
petits volumes et la livraison dite du dernier kilo- Enfin, le levier d’intensité carbone de l’énergie est
mètre. Le report modal favorable à la transition éco- indispensable pour assurer la décarbonation du sec-
logique consiste à réduire la part du transport routier, teur. Les technologies qui pourraient s’imposer selon
qui domine aujourd’hui largement, au profit du fer- les modes, les distances et les catégories de véhicules
roviaire et du fluvial pour la longue distance et vers restent à préciser. Les freins à l’émergence des tech-
le transport par vélo cargo pour le dernier kilomètre. nologies alternatives sont similaires à ceux de la mo-
bilité des voyageurs. S’y ajoute une sensibilité accrue
vis-à-vis des performances économiques de ces so-
lutions pour un usage professionnel.

L’électrique pourrait jouer un rôle, surtout pour les


véhicules les plus légers et les courtes distances. Sa
contribution sur la longue distance paraît plus com-
pliquée et incertaine. L’hydrogène permet de sur-
monter l’inconvénient de l’emport des batteries et
de la recharge, mais nécessite davantage d’électrici-
té au total (en raison du rendement de la chaîne
hydrogène) et coûte aujourd’hui plus cher pour un
marché en émergence. Le biogaz présente des avan-
tages similaires à l’hydrogène, mais il est aussi limité
par le coût à court terme. De même, à l’instar des
biocarburants, il sera confronté de manière croissante
aux quantités limitées de biomasse disponible, ainsi
qu’aux contraintes de baisse d’émissions de polluants
atmosphériques pour accéder aux centres urbains.

Au vu de la faible part actuelle de ces technologies


dans le renouvellement du parc de véhicules routiers,
de la production d’énergie faiblement décarbonée
et du déploiement limité d’infrastructures de re-
charge, la décarbonation du secteur risque d’être
plus lente que pour les voyageurs.

177 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

2. Des émissions en très forte


croissance depuis 1960
2.1. Mobilité des voyageurs
Le Graphique 1 présente la tendance des émissions L’autre facteur ayant eu un impact à la hausse sur
de la mobilité intérieure des voyageurs sur la période les émissions des transports est le taux de rem-
1960-2017 en France. Les émissions sont décompo- plissage des véhicules (TR) (impact de + 14 %). Il
sées entre les 5 leviers de la SNBC cités précédem- s’est amélioré pour la majorité des modes, mais
ment (demande, report modal, remplissage, effica- a été en forte baisse pour la voiture. Le remplis-
cité, décarbonation), afin de rendre compte de leur sage moyen y est en effet passé d’environ 2,3 per-
impact sur l’évolution des émissions. Celles-ci ont sonnes par voiture en 1960 à 1,6 personne actuel-
été multipliées par 4,2 sur l’ensemble de la période, lement. Cela résulte de la hausse du taux de
avec un pic au début des années 2000 et une relative (multi-) motorisation des ménages couplée à la
stabilité ces dernières années [4]. diminution du nombre de personnes par ménage
et la baisse du coût relatif de la voiture.
La demande de transport (DT) apparaît comme le
principal facteur d’évolution des émissions, L’efficacité énergétique (EE) des véhicules, prin-
puisqu’elle a été multipliée par 5,3 sur la période, cipal contributeur à la modération des émissions
en raison de l’augmentation de la population (fac- des transports (- 34 % sur la période), s’est régu-
teur 1,43) et surtout de la hausse des kilomètres lièrement améliorée sur la période, grâce aux
parcourus par personne (multipliés par 3,7). Les progrès sur les moteurs et malgré la forte hausse
émissions et la demande évoluent en parallèle sur du poids et de la puissance des véhicules.
l’ensemble de la période, ce qui rend compte d’un
fort couplage entre les deux, même si un dé- Enfin, le facteur de décarbonation de l’énergie
couplage relatif s’observe depuis les années 1990. (dit d’intensité carbone ou IC) est celui qui a eu
Les quatre autres facteurs se sont principalement le moins d’impact à ce jour, le secteur étant en-
compensés entre eux. core largement dépendant au pétrole. Le princi-
pal changement concerne le développement des
Ainsi sur longue période, le report modal (RM) a eu biocarburants, dont les émissions de combustion
un effet défavorable sur les émissions (+ 29 %), qui ne sont pas comptabilisées dans les inventaires
s’explique essentiellement par le report de la d’émissions. Les biocarburants utilisés aujourd’hui
marche vers la voiture en début de période. Depuis en France entraînent toutefois, du fait de leur
le milieu des années 1990, un léger report est ob- mode de production et des possibles change-
servé de la voiture vers le ferroviaire, tandis que le ments d’affectation des sols, une réduction des
transport aérien continue de prendre une part impacts carbone difficilement estimable.
croissante dans les kilomètres parcourus.

178 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 1 Décomposition de l’évolution des émissions de CO du transport de voyageurs (y compris transports aérien
international) de 1960 à 2017

6 Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie
DT ; 5,3
5
CO₂ ; 4,7

RM ; 1,29
1 TR ; 1,14
IC ; 0,91
EE ; 0,66

0
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015

Source : [4].

Le Tableau 1 présentant les trafics voyageurs depuis population, le développement économique et par
les années 1990 illustre la croissance importante des une société toujours plus connectée par les liaisons
modes routiers, ferroviaires et aériens. Ces hausses physiques autoroutières ou encore la grande vitesse
sont portées en particulier par l’accroissement de la ferroviaire (mais aussi par les outils numériques).

Tableau 1 Évolution de la demande de mobilité des voyageurs en Métropole par mode entre 1990 et 2018 en Gpkm [1]

Transport intérieur de voyageurs 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2018p
Route 645,1 694,2 747,1 767,3 763,9 795,1 815,6
Fer 75,1 64,4 82,3 90,9 102,2 104,8 107,9
Air 11,4 12,1 15,1 12,9 12,7 14,3 15,9
TOTAL 731,7 770,8 844,4 871 878,8 914,2 939,4

2018p = résultats provisoires de 2018.

En intégrant les voyages nationaux depuis ou vers ménages « saturé », crise de 2008, etc.) et des reprises
l’Outre-mer et les voyages internationaux depuis la accompagnées par les mesures successives de soutien
France, les données de mobilités voyageurs sont en- de type bonus-malus ou primes à la casse.
core plus élevées : les trafics passagers-kilomètres
(Gpkm) aérien outre-mer et internationaux sont 12
à 13 fois plus importants que les flux aériens métro-
poles (184,8 Gpkm contre 14,3 Gpkm pour l’année Graphique 2 Évolution des ventes de voitures particulières neuves
2015 par exemple). Il doit être souligné par ailleurs en France
que ces mobilités très longues distances sont en
En milliers
croissance continue et plus soutenue que pour les
2 500
vols intérieurs avec sur les cinq dernières années
2015-2019, avant la crise sanitaire de la Covid-19, une 2000
hausse de 19 % pour les trafics internationaux et
même + 26 % pour les liaisons outre-mer [6]. 1 500

Au sein des déplacements intérieurs, la voiture oc- 1 000

cupe une part prépondérante. Après une phase


500
d’augmentation continue liée à la motorisation des
ménages, les ventes de voitures neuves connaissent
0
des évolutions en dents de scie depuis les années
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
1980. Les phénomènes cycliques depuis 1990 s’ex-
pliquent par un ralentissement du rythme de renou-
Source : données extraites de [7] [8].
vellement des véhicules (taux de motorisation des

179 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Cette augmentation des volumes s’est accom- L’évolution la plus marquée des trois dernières dé-
pagnée pour le levier efficacité énergétique cennies a été la diésélisation des ventes, avec des
d’une croissance significative de la masse à vide impacts à la baisse sur les émissions de CO2 (meilleure
des véhicules par effet de taille et du volume des efficacité énergétique des motorisations Diesel) et
équipements (sécurité et confort) ainsi que des à la hausse sur la pollution atmosphérique. Le phé-
puissances installées. Au-delà d’un frein au pro- nomène s’est complètement infléchi depuis 2012,
grès sur les consommations énergétiques, ceci a en raison d’une offre moindre sur le segment des pe-
également pour conséquence une consommation tits véhicules urbains, d’une image dégradée en lien
de matières à transformer, puis à récupérer/re- avec la pollution et d’une modification de la fiscalité
cycler de plus en plus élevée (double effet vo- relative au gazole (rattrapage TICPE1 diesel/essence).
lume des ventes/taille des parcs et masses des L’électrification s’impose comme une nouvelle ten-
véhicules). dance forte évoquée dans la section suivante.

Graphique 3 Évolution des caractéristiques des voitures particulières neuves (masse, puissance), France 1960-2020

1 400 140

1 200 120
Masse à vide (kg)

1 000 100

Puissance (kW)
800 80

600 60

400 40

200 20

0 0
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020

Masse (kg) Puissance (kW)

Source : données extraites de L’Argus (1953-1988) et ADEME Car Labelling (1990-2020), [9].

Graphique 4 Évolution de la diffusion des technologies pour les voitures particulières neuves,
focus sur le décollage des marchés des VE et VHR en 2019-2020

100 %

80 %
2019-2020 :
55,8 % 6,7 %
60 % un tournant pour
l’électromobilité
40 % 4,5 %
31,9 %
20 %

0%
1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2015 2020

Diesel* Essence*
Superéthanol E85 Carburants gazeux (GPL, GNV)
Hybrides rechargeables (VHR) Électriques dont H2 (VE)

* Incluant les véhicules hybrides non rechargeables.


Source : [9].

1 Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques.

180 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

2.2. Transport de marchandises


Le Graphique 5 donne les facteurs explicatifs de l’évo- né de la hausse du trafic total et de la division qua-
lution des émissions du fret, qui représentent environ siment par 2,5 des trafics ferroviaires depuis le
un tiers des émissions des transports intérieurs. Elles milieu des années 1970. De même, le trafic fluvial
ont été multipliées par 3,3 entre 1960 et 2017, une a vu baisser sa part modale d’environ 10 % à 2 %
hausse moins forte que celles du transport de voya- depuis 1960 (Tableau 2).
geurs. Elles ont été plus marquées à la baisse par les
crises économiques, aussi bien les chocs pétroliers Le remplissage des véhicules (TR) s’est fortement
des années 1970 que la crise de 2008 [4]. amélioré pour les différents modes. Il est notam-
ment passé de 5,6 à 9,7 tonnes pour les poids lourds
Les évolutions des émissions ont suivi de très près de plus de 3,5 tonnes, le trafic évoluant vers des
l’évolution de la demande de transport de mar- véhicules de plus en plus capacitaires. L’impact sur
chandises, qui a été multipliée par 3,4 sur la période les émissions de ce meilleur taux de remplissage est
1960-2017 et marquée fortement par les crises éco- estimé à - 34 %.
nomiques, entraînant une baisse des émissions. Car
les quatre autres leviers de la transition écologique L’efficacité énergétique (EE) s’est améliorée de ma-
se sont aussi largement compensés entre eux sur nière moins forte que pour le transport de voya-
la période, avec des émissions moyennes par geurs, avec un impact à la baisse d’environ 10 % sur
tonnes-kilomètres transportées stables sur une les émissions. En effet, malgré les gains importants
longue période. sur les moteurs et les résistances à l’avancement,
les véhicules ont embarqué un poids croissant de
C’est le report modal (RM) qui a contribué très lar- marchandises, avec un impact à la hausse sur les
gement à la hausse de ces émissions unitaires, avec consommations.
un impact de + 95 %, pendant que les facteurs sui-
vants ont eu un effet à la baisse. La part modale du Enfin, la décarbonation (IC) a été marquée par les
transport routier a très fortement augmenté sur la biocarburants, ainsi que, en début de période, par
période, passant de 34 % en 1960 à environ 88 % la fin du charbon dans le ferroviaire (qui représentait
depuis le milieu des années 2000. Cela s’est fait une large part des flux). La disparition des machines
essentiellement au détriment du fret ferroviaire, à vapeur peu efficaces a également contribué à
passé de 56 % en 1960 à environ 10 % du trafic depuis améliorer l’efficacité globale.
le milieu des années 2000. C’est le résultat combi-

Graphique 5 Décomposition de l’évolution des émissions de CO du transport intérieur de marchandises de 1960 à 2017

Efficacité Intensité
4,5 CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie

3,5 DT ; 3,4
CO₂ ; 3,3
3

2,5

2 RM ; 1,95

1,5

EE ; 0,90
1
IC ; 0,84
TR ; 0,66
0,5

0
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015

Source : [4].

181 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Dans le secteur du transport de marchandises, la constatée entre PIB et transport de marchandise,


tendance des trente dernières années s’articule au- corrélation qui n’est peut-être pas inéluctable au
tour de deux évolutions majeures. regard de l’évolution moins marquée depuis 2010.

D’une part, une augmentation importante des flux D’autre part, la domination sans partage des modes
transportés (les tonnes transportées multipliées par routiers est visible dans le Tableau 2, avec une crois-
les kilomètres parcourus) résulte d’un accroissement sance de sa part modale qui s’est faite essentiellement
des échanges de biens, corrélés avec l’augmentation au détriment du transport ferroviaire depuis les années
du PIB du pays. Seule la crise financière de 2008 a 1990. En termes de trafic, le transport fluvial est resté
entraîné une contraction importante des flux de à environ 7 Gtkm, alors que le fret ferroviaire a forte-
marchandises transportées. La période qui suit ment diminué, en particulier durant les années 2000.
semble faire place à une relative stagnation, avant Les trois dernières années et les bilans envisagés sur
une légère reprise de la demande à la hausse depuis 2019-2020 soulignent un recours accru au mode rou-
2015. Le Graphique 6 illustre une certaine corrélation tier pour le transport des marchandises.

Graphique 6 Évolution des trafics intérieurs de marchandises et du PIB, entre 1984 et 2018

500 2 500

400 2 000
Gtkm

300 1 500

GEUR
200 1 000

100 500

0 0
1994

1998
1984

1986

1988

1990

1992

1996

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

2014

2016

2018

Milliards de tonnes-kilomètres Milliards d’euros courants

Source : [1] [10].

Tableau 2 Évolution de la demande de transport intérieur de marchandises par mode entre 1990 et 2018

1990 1995 2000 2005 2010 2015 2018


Transport routier (Gtkm) 196 233 277 315 301 282 317
Part modale 77 % 81 % 81 % 87 % 89 % 87 % 89 %
Transport ferroviaire (Gtkm) 52,2 48,3 57,7 40,7 30 34,3 32
Part modale 20 % 17 % 17 % 11 % 9% 11 % 9%
Transport fluvial (Gtkm) 7,2 5,9 7,3 7,9 8,1 7,5 6,7
Part modale 2,8 % 2% 2,1 % 2,2 % 2,4 % 2,3 % 1,9 %
TOTAL 255 287 342 363 339 324 356

Source : [1].

182 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

3. Des modalités de transport


en pleine évolution
3.1. De nouvelles pratiques
bouleversent la mobilité
des voyageurs

STATISTIQUES 2015 EN RÉFÉRENCE consommant à 82 % de l’énergie électrique. Les émis-


sions de la mobilité des voyageurs représentent en-
La demande intérieure de transport de voyageurs viron les deux tiers des émissions des transports, soit
est estimée en 2015 pour le périmètre France métro- de l’ordre de 20 % des émissions intérieures de la
politaine à 952 milliards de passagers-kilomètres France.
(Gpkm) et 1 137 Gpkm en tenant compte également
du trafic aérien avec les départements et régions
d’outre-mer (DROM) et les liaisons internationales TENDANCES ÉMERGENTES
(par convention les distances en demi-croisière). Ce
dernier chiffre correspond à environ 17 680 km par La domination de la voiture dans la mobilité des
an ou quasiment 50 km par jour et par personne en voyageurs est remise en question par certaines ten-
moyenne, en confondant les trajets de courte et de dances depuis plusieurs années. Tout d’abord, la
longue distance. motorisation des ménages est proche de la satura-
tion. Elle est en augmentation dans les zones peu
La répartition est dominée à plus de 70 % par le trans- denses, mais elle décline dans le centre des grandes
port routier et notamment par les véhicules particu- villes. Cette tendance pourrait se poursuivre et
liers qui réalisent environ 2⁄3 des distances en France. s’étendre dans les années à venir, à la fois vers la
Ils sont complétés par le train, qui représente 10 % des périphérie de ces villes et dans les villes moyennes,
distances, et par l’aérien, qui représente 17,5 % des si les politiques de modération du trafic automobile
distances parcourues. Enfin, les modes actifs, dominés s’étendent davantage à ces zones (vitesse à 30 km/h,
par la marche (pour les déplacements de proximité, contraintes sur le stationnement, aménagements
ou en intermodalité avec les autres modes) et com- favorisant la proximité et les modes actifs, etc.).
plétée par le vélo, représentent une proportion rela- L’image de la voiture chez les Français change : elle
tivement importante des déplacements et des temps est moins associée à l’idée de liberté, en particulier
de transport, mais ne représentent que de l’ordre de chez les jeunes qui passent moins systématiquement,
2 % des distances parcourues. ou moins tôt, leur permis de conduire. Dans le même
temps, les nouvelles pratiques de mobilités émer-
Les carburants liquides (pétrole avec une part mo- gentes se consolident, selon l’étude de l’Observatoire
dérée de biocarburants incorporés) constituent le des Mobilités Émergentes : 30 % des sondés ont eu
vecteur énergétique privilégié de la majorité des recours au covoiturage sur les 12 derniers mois, 26 %
modes de transport (voitures, deux-roues motorisés, utilisent le vélo pour des déplacements quotidiens
bus et cars, avions), seuls les modes actifs et le fer- ou réguliers hors loisirs ; l’usage des cars (19 %) et des
roviaire échappant à cette règle, ce dernier mode VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur, 16 %) est

Tableau 3 Structure détaillée par mode de la mobilité des voyageurs en 2015 (transport aérien pour les DROM
et international inclus)

Modes VP* 2RM** Autocar Bus Train Avion*** Marche Vélo TOTAL
Demande (Gpkm) 733,5 13,9 44,8 10,3 108 199,2 20 7,2 1 137
Km/jour/pers. 31,3 0,6 1,9 0,4 4,6 8,5 0,9 0,3 48,3
Part modale 65 % 1,2 % 3,9 % 0,9 % 9,5 % 17,5 % 1,8 % 0,6 % 100 %

* VP : voitures particulières.
* * 2RM : deux-roues motorisés.
*** La demande de mobilité pour l’aérien sur la métropole seule représente 14,3 Gpkm, soit 0,6 km/jour/pers.

Sources : [1].

183 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

également en progression [11]. On assiste à un foi- L’objectif de la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM)
sonnement de nouvelles offres, avec des succès va- du 24 décembre 2019 est notamment de créer un
riés et plus ou moins en substitution de la voiture environnement favorable aux nouvelles mobilités
individuelle. pour diminuer l’autosolisme, en rendant les modes
actifs et partagés plus attractifs. Les mesures de la
On constate ainsi un report vers les modes de trans- LOM visent ainsi à faciliter l’émergence de solutions
port alternatifs, tels que les transports collectifs déjà de mobilités diversifiées, adaptées aux besoins des
en développement depuis de nombreuses années. habitants, au contexte territorial et co-construites
De manière plus récente, le renouveau du vélo en localement.
ville et un certain regain d’intérêt pour la marche
modifient les pratiques. En plus de ces modes histo- Sur les trajets longue distance, des tendances ré-
riques, se développent également les vélos en centes mettent en évidence des incertitudes sur le
libre-service (VLS, avec ou sans bornes), les vélos à développement du trafic aérien. Les incertitudes
assistance électrique (VAE) ou diverses formes de concernent la relance suite à la crise de la Covid-19,
micromobilités avec les EDPM (engins de déplace- l’avenir des projets d’agrandissements d’aéroports,
ment personnel motorisés) comme les trottinettes, les éventuels impacts de la « honte de prendre
les gyroroues ou les skateboards. l’avion », ou l’interdiction de certaines lignes quand
le report vers le train est possible, pour lesquels plu-
D’autres offres se développent pour proposer un usage sieurs hypothèses sont envisageables. En parallèle,
différent et souvent plus partagé de la voiture, sous le trafic routier de longue distance pourrait être im-
des formes variées : en partageant le véhicule, avec pacté par une mesure de baisse de la vitesse maxi-
l’autopartage ; en partageant les trajets avec le covoi- male sur les autoroutes. Concernant le transport
turage et l’autostop ; par le transport à la demande, ferroviaire, les trains de nuit regagnent en intérêt,
les taxis et VTC ; ou encore en développant des véhi- des lignes ouvrent à nouveau et l’ouverture à la
cules légers comme les minicitadines ou les quadri- concurrence pourrait amener de nouveaux acteurs
cyles (comme les Citroën Ami et Renault Twizy). En sur le marché, tandis que les flottes ferroviaires sont
couplant ces nouvelles offres de mobilité partagées progressivement renouvelées avec notamment pour
avec les possibilités offertes par le numérique, le MaaS objectif affiché par la SNCF de sortir du diesel à l’ho-
(Mobility as a Service) fait le pari de l’émergence d’une rizon 2035.
mobilité multimodale fluide associant les transports
de masse et les nouvelles offres de niche pour des Au-delà des tendances précédentes qui émergent
déplacements porte-à-porte facilités. sur la demande de mobilité, des évolutions sont en
cours sur les types de véhicules utilisés. Il s’agit no-
Pour ses promoteurs, cette perspective pourrait être tamment de la tendance des dernières décennies à
facilitée à l’avenir par l’introduction des véhicules la hausse du poids des véhicules via une montée en
autonomes, bien que de nombreux freins soient en- gabarit, une hausse de la taille et de la puissance des
core à lever pour leur déploiement. Si l’avènement véhicules, mais aussi à l’installation de nombreux
de véhicules individuels 100 % autonomes est au- équipements de sécurité ou de confort, limitant les
jourd’hui incertain, les progrès technologiques réa- gains d’efficacité énergétique des véhicules. Plus ré-
lisés devraient au moins se matérialiser par des sys- cemment, c’est la montée en puissance des ventes
tèmes d’aides à la conduite de plus en plus de SUV (Sport Utility Vehicles) qui a de nouveau por-
sophistiqués et des offres de navettes autonomes té cette tendance, pour représenter de l’ordre de
devraient émerger sur des sites appropriés. 40 % des ventes actuelles de véhicules [7]. En plus
d’être plus lourds, ces véhicules sont aussi peu aéro-
dynamiques, occupent davantage d’espace sur la
chaussée et en stationnement et sont potentielle-
ment plus dangereux (centre de gravité plus élevé,
inertie et impact plus fort à la collision, zone de faible
visibilité à l’aplomb).

On assiste à un foisonnement
de nouvelles offres, avec des succès
variés et plus ou moins en substitution
de la voiture individuelle.

184 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Des évolutions importantes émergent aussi sur les tandis que le fret ferroviaire représente 10 % des flux
motorisations et en particulier sur le marché de la et le fluvial opère les 2 % restants (cf. Tableau 2 sur les
voiture électrique, démarré il y a une dizaine d’an- tendances sur la période 1990-2018).
nées, qui est resté inférieur à 2 % des ventes jusqu’en Les données de flux n’étant pas disponibles pour le
2019. La dynamique de décarbonation du parc est transport maritime, il n’est pas inclus dans ces parts
bien moins engagée encore pour le transport aérien, modales et seuls les transports intérieurs de mar-
pour lequel l’électrique est très peu adapté et les chandises sont ici détaillés, comme cela est généra-
promesses d’avion à hydrogène seulement à l’horizon lement le cas dans les inventaires nationaux [1].
2035. Les motorisations alternatives sont cependant
en plus forte croissance pour les cyclomoteurs (13 % Comme précédemment, le mode routier dominant,
électriques en 2018) et les autobus (15 % au GNV et le recours aux carburants liquides est massif avec
4 % à l’électrique ; [1]). l’utilisation quasi exclusive du diesel.

Par ailleurs, l’entrée en vigueur en 2020 des normes Concernant les émissions, les poids lourds repré-
européennes sur les polluants a tiré à la hausse l’élec- sentent 21 % des émissions des transports intérieurs
trification des véhicules particuliers, à environ 6 % (29 MtCO2 environ en 2015), tandis que les VUL repré-
des immatriculations pour les voitures électriques sentent 19 % des émissions (26 MtCO2 ; [2]). Une partie
et 4 % pour les hybrides rechargeables [9]. Cette dy- de ces VUL ayant un usage privilégié pour du transport
namique va certainement se confirmer dans les an- de passagers, le transport de marchandises représente
nées à venir avec l’objectif français d’interdiction de environ un tiers des émissions des transports. Cepen-
vente de véhicules légers émettant des gaz à effet dant, dans le chiffrage des scénarios transport, l’en-
de serre en 2040 ainsi que la mise en œuvre des ZFE semble des VUL est ici quantifié comme du transport
(Zone à Faibles Émissions) pour l’ensemble des ag- routier de marchandises. En comparaison du routier,
glomérations de plus de 150 000 habitants. Les po- les émissions du fluvial et du ferroviaire sont très
litiques publiques incitatives (bonus écologiques et faibles, tandis que le transport maritime domestique
primes à la conversion), la volonté des constructeurs, et international représente 6,6 MtCO2 au total.
les progrès sur les batteries (miniaturisation et plus
grande autonomie) ou encore le développement
d’un réseau permettant leur recharge devraient être TENDANCES ÉMERGENTES
structurants sur les tendances à venir. Les bénéfices
climatiques de l’électrification seront plus impor- Les tendances observées et signaux faibles pour les
tants si celle-ci est pensée en interaction avec des transports de marchandises sont présentés ci-après,
évolutions vers plus de sobriété : véhicules plus légers, en précisant les évolutions possibles pour les ache-
poids des batteries limité, en lien avec une modéra- minements sur de longues distances dans un premier
tion des distances de déplacement, gestion intelli- temps et pour les livraisons de proximité dans un
gente de la recharge ou encore baisses de vitesse sur second temps.
les réseaux routiers. Ces évolutions sont à ce jour
plus incertaines, car peu prises en considération dans
les politiques incitatives en place. TRANSPORT DE MARCHANDISES INTERURBAIN
(LONGUE DISTANCE)

3.2. Une transition plus lente dans Sur les transports internationaux, un accord a été
conclu au sein de l’Organisation maritime interna-
le transport de marchandises tionale (OMI) en 2018, visant à réduire de 50 % les
émissions de CO2 des navires entre 2008 et 2050. Si
STATISTIQUES 2015 EN RÉFÉRENCE cet objectif est en dessous de la trajectoire de l’ac-
cord de Paris, il présente également l’inconvénient
Le transpor t de marchandises représente de ne pas être accompagné des mesures nécessaires
323 milliards de tonnes-kilomètres (Gtkm) de fret. Il pour assurer la décarbonation de ce secteur, qui
est réalisé très majoritairement par la route (88 %), représente 3 % des émissions mondiales [12].

Tableau 4 Structure détaillée par mode de la demande intérieure de marchandises en 2015

Poids lourds VUL Fluvial Train TOTAL


Volume de fret en 2015 (Gtkm) 258,1 23 7,5 34,3 323
Part modale 80 % 7,1 % 2,3 % 10,6 % 100 %

Source : [1].

185 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

En matière de demande de transports sur le territoire Ces tendances sur l’organisation logistique et la pé-
national, se développent les circuits courts d’appro- nétration des motorisations alternatives sont portées
visionnement, en particulier pour les produits ali- par la prise de conscience émergente sur l’impact
mentaires en lien avec l’évolution des modes de vie des pratiques des clients et consommateurs, accom-
et l’attrait pour des productions locales, en agricul- pagnée par les obligations d’affichage de l’impact
ture biologique ou en signes de qualité, en limitant carbone des prestations de transports de marchan-
les consommations de produits carnés, etc. Cette dises, et par les actions des acteurs de la filière au
tendance à la relocalisation progresse plus timide- travers d’engagements volontaires.
ment pour des produits non alimentaires, avec no-
tamment le développement du « made in France »,
des flux de matières moins nombreux (réparabilité, TRANSPORT DE MARCHANDISES
réutilisation…) et plus courts (recyclage) et de la COURTE DISTANCE
consommation responsable, aussi bien d’un point
de vue social qu’environnemental. Les livraisons en ville sont influencées par l’évolution
de la nature des activités, en lien avec la tertiarisation
Sur le report modal, la part du ferroviaire est fluctuante. de l’économie, impliquant une plus forte place des
Les nombreux plans de relance du fret ferroviaire n’ont bureaux et moins d’activité logistique lourde (indus-
pas réussi à produire des effets durables jusqu’à présent. trie, commerces de gros, entrepôts). Le recours aux
Les solutions fluviales connaissent une croissance pour transporteurs professionnels (compte d’autrui, à
certains segments de marché, car elles s’avèrent per- l’inverse du compte propre) augmente et il est pro-
tinentes pour l’acheminement de marchandises sans pice à une optimisation des flux et des performances
contrainte de flux tendus, comme les matières pre- (économiques et potentiellement environnemen-
mières pondéreuses et non périssables. tales), avec par exemple le déploiement d’espaces
logistiques urbains pour améliorer les livraisons du
La tendance des dernières années est à une amélio- dernier kilomètre.
ration du taux de chargement des véhicules routiers.
Celle-ci pourrait éventuellement continuer grâce à Une augmentation des services de livraison avec des
des progrès logistiques permis par l’essor des plate- délais courts est observée et pourrait être accélérée
formes numériques et le regroupement des charge- par la crise de la Covid-19 qui profite au e-commerce.
ments (diminution des retours à vide, massification Ainsi se sont développées des offres de livraison en
des flux, mutualisation), bien que la tendance à la moins de 24 heures, jusqu’au concept de livraison
hausse semble proche d’atteindre un seuil. instantanée (« instant delivery »), promettant un ache-
minement en moins de 2 heures dans les métropoles.
Le meilleur remplissage permet des progrès sur l’effi-
cacité des transports routiers de marchandises par Couplé aux problématiques de congestion en ville
unité transportée (énergétique et donc économique), et aux politiques de modération du trafic motorisé,
par une optimisation des parcours et des phases de le e-commerce explique également l’utilisation en
conduite par le déploiement de véhicules plus connec- forte croissance des VUL. Avec un poids total auto-
tés (applications embarquées de suivi de flotte, infor- risé en charge inférieur à 3,5 tonnes, les VUL peuvent
mation routière en temps réel et analyse de conduite). représenter des parts importantes du trafic, car
adaptés d’une part à des chargements standardisés
Enfin, pour le facteur d’intensité carbone, le recours (palettes) et d’autre part à un usage en centre urbain
à des technologies faiblement carbonées est encore dense (petite taille). Ces véhicules seront vraisem-
largement à développer, selon les distances et les blablement plus facilement électrifiés que les poids
domaines d’applications les plus adaptés. Le champ lourds, étant donné les moindres charges et les dis-
des possibles est large, avec les offres électriques, tances plus faibles qu’ils parcourent et qui per-
rechargeables, des solutions GNV (sous forme liquide mettent plus facilement d’avoir une autonomie
GNL ou gaz comprimé GNC) incorporant le biogaz, suffisante. Le recours à des modes de livraison urbains
le recours aux biocarburants ainsi que le vecteur hy- avec de faibles chargements peut aussi profiter à la
drogène. La décarbonation du parc est cependant cyclologistique, qui prend une place croissante dans
très peu entamée jusqu’à présent. En 2018, c’est seu- la livraison ces dernières années grâce à son coût
lement 2 % des ventes de poids lourds qui fonction- d’exploitation encore plus faible que celui des scoo-
naient au GNV. La proportion est encore plus faible ters : livraison de repas, intermodalité avec les modes
pour l’électrique, avec 0,03 % des ventes de camions lourds en assurant la logistique du dernier kilomètre
(hors tracteurs routiers ; [1]). En revanche, la proportion en vélos cargos, déménagements ou encore utilisa-
des véhicules électriques est de 1,7 % pour les VUL, tion du vélo cargo par des entrepreneurs à vélo.
une technologie particulièrement adaptée pour des
usages avec des distances et un poids à transporter
relativement limités.

186 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

4. Description de la méthode
et outils de quantification
des scénarios
Le périmètre des analyses sur le transport de voya- qui sont comptées dans d’autres secteurs ou corres-
geurs et de marchandises est le suivant : pondent à des émissions importées ;

temporel : les données de références sont prises à modes de transport : pour le transport de voyageurs,
2015, projetées à 2050, avec un point de passage à les modes considérés sont les voitures particulières
2030 et tous les cinq ans ensuite. Pour certaines (VP), les deux-roues motorisés (2RM), les bus et cars,
quantifications, telles que la diffusion des nouveaux le vélo et modes assimilés (vélos à assistance élec-
véhicules dans le parc, un pas de temps d’un an a trique, vélos cargos, vélos pliants, vélomobiles, spee-
été considéré ; délecs, autres engins de déplacements personnels
motorisés), la marche, le transport aérien, ainsi que
géographique : l’objectif de neutralité carbone est le ferroviaire. Les quantifications sont séparées entre
fourni à l’échelle de la France métropolitaine, c’est- courte et longue distance (la limite étant considérée
à-dire sans les transports avec les DOM-COM, ni les à 80 km du domicile, à vol d’oiseau) et des détails
transports internationaux aériens et maritimes. Ces sont apportés pour certains modes (entre activités
données sont cependant quantifiées aussi et ap- pour le train ; trajets en Métropole, avec l’Outre-mer
paraissent dans de nombreux graphiques de de- ou à l’international pour l’aérien). Pour le transport
mande voyageurs ou dans les analyses sur les be- de marchandises, les modes considérés sont les poids
soins énergétiques de ce chapitre ; lourds (PL), les véhicules utilitaires légers (VUL), le
ferroviaire, le fluvial, ainsi que le maritime. Les poids
variables et sorties utilisées : en lien avec les cinq lourds sont séparés entre articulés et rigides et les
leviers de décarbonation des transports, les princi- utilitaires entre grands et petits VUL. Les autres mo-
pales données utilisées sont celles de demande de des (cyclologistique, aérien, drones, robots livreurs…)
transport (en passagers-kilomètres ou tonnes-kilo- sont intégrés dans les récits sans être quantifiés dans
mètres), le remplissage moyen des véhicules, les la demande totale ;
consommations d’énergie et les émissions. Ces don-
nées sont séparées par mode de transport et par énergies prises en compte : les produits d’origine
type de véhicule. Les émissions comptées dans le fossiles dérivés du pétrole (gazole, essence, kéro-
secteur des transports sont uniquement les émissions sène, fioul lourd, etc.) et du gaz naturel, ainsi que
de CO2 directes liées à la combustion des combus- leurs substituts que sont les biocarburants liquides,
tibles fossiles, sans inclure les émissions de combus- les électro-carburants (e-fuels) et le biogaz, l’élec-
tion de la biomasse, les émissions liées à la produc- tricité et l’hydrogène.
tion de l’énergie, des véhicules ou des infrastructures,

187 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Selon les thèmes, différents éléments sont pris en compte dans les quantifications des scénarios :

Tableau 5 Éléments pris en compte pour la quantification des hypothèses des scénarios

Méthodologie Points d’attention


Récits contrastés des 4 scénarios Reprise de visions de la société, Réalisme des visions, cohérence
signaux faibles des scénarios
Tendances passées et récentes Rétrospective, prolongement Ruptures, phénomènes
des tendances de saturation
Études existantes/bibliographie Reprise de chiffres, hypothèses, Comparaison de différentes
prévisions sources
Exemples en France et à l’étranger Politiques publiques en place, Difficultés de comparaison
potentiels de déploiement directe, de généralisation

Les éléments les plus structurants correspondent au La littérature existante est aussi précieuse pour pro-
lien avec les récits globaux de transition, afin d’assu- jeter les évolutions, aussi bien les études de l’ADEME,
rer la cohérence globale des scénarios avec les autres les scénarios de prospectives existants, la littérature
secteurs, ainsi que les récits plus précis sur les mobi- scientifique et grise, les projections économiques,
lités et les transports, qui seront détaillés dans la les enquêtes sociologiques, qui peuvent être des
prochaine section. Ces derniers sont repris à partir sources d’inspiration pour les récits ou certains chif-
des visions variées de la société et des politiques frages.
publiques à mettre en œuvre pour la mobilité et les
transports, ainsi que des tendances récentes ou si- Enfin, des exemples en France ou à l’étranger de ter-
gnaux faibles visibles. ritoires en avance sur certains aspects de la transition
ont pu servir afin d’identifier des politiques publiques
Aussi les hypothèses d’évolutions s’appuient-elles possibles ou des potentiels de développement de
sur les tendances passées identifiées dans la partie certains leviers de transition (ex. : diffusion du vélo
de rétrospective, pour éventuellement prolonger ou de la voiture électrique, fiscalité et régulation,
ces tendances ou prévoir des ruptures en cohérence etc.).
avec les récits des scénarios, ou des phénomènes de
saturation (des infrastructures, de diffusion d’un
mode, de ressources disponibles, etc.) par rapport
aux tendances passées.

188 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Pour évaluer l’évolution de la demande au total et des, tel qu’évoqué plus haut. Cette vitesse varie
par mode pour la mobilité des voyageurs, les quan- fortement selon les modes utilisés et conditionne
tifications sont réalisées d’une manière macrosco- aussi fortement la portée des différents déplace-
pique sans recours à un modèle d’estimation de ments, puisque la durée de déplacement des dif-
trafic, à partir de l’évolution des critères suivants : férents modes est proche. En prospective, la vitesse
moyenne de certains modes peut varier selon les
les kilomètres parcourus, au total et par mode : ils évolutions technologiques, les types de véhicules
ont eu historiquement un impact très fort sur la développés, les politiques de sécurité routière, la
croissance des consommations d’énergie jusqu’au qualité, la régulation et la saturation des infrastruc-
tournant du millénaire. Les kilomètres parcourus tures (aussi bien routières que ferroviaires).
par personne sont depuis relativement constants
en France et en légère croissance tendancielle si on Si le détail est important sur les caractéristiques des
prend en compte l’aérien international ; déplacements et les modes de transport utilisés, ces
données restent ici à un niveau agrégé sur l’ensemble
le nombre de déplacements : historiquement, ils de la population. Ainsi les quantifications ne sont-
sont de l’ordre de 3 à 4 trajets par jour et par per- elles pas détaillées selon les motifs de déplacement,
sonne. Dans les scénarios, ils peuvent légèrement les territoires, l’âge, le genre, le revenu, la catégorie
évoluer à la hausse ou à la baisse, selon les ten- socio-professionnelle, le nombre de personnes dans
dances identifiées dans les modes de vie, l’évolution le ménage, la motorisation des ménages, l’offre de
des moyens de communication, du télétravail, du transport ou les aménagements à proximité, ou encore
e-commerce ou des autres activités réalisées à dis- les habitudes de mobilité. Cependant, les évolutions
tance via les outils numériques, l’évolution des loi- de ces critères, qui peuvent être des déterminants
sirs, des relations sociales ou des comportements importants des comportements de mobilité, sont
de consommation et d’achat ; présentes dans les récits des scénarios et expliquent
indirectement les évolutions prévues pour les chiffres
les temps des trajets : ils sont relativement constants agrégés. Ces hypothèses pourront être complétées
autour d’une heure par jour et par personne, et ou adaptées à l’avenir quand les résultats détaillés de
témoignent de la place des transports dans les mo- l’enquête mobilité des personnes 2018-2019 (les der-
des de vie et l’organisation du temps. niers datant de 2008) seront disponibles. Ce n’était
pas le cas au moment des quantifications de ces scé-
Aussi, les quantifications sur ces trois variables sont narios bien que nous ayons pu prendre en compte les
prises en cohérence avec l’évolution des déterminants tout premiers résultats partiels [5].
qui permettent de passer de l’une à l’autre de ces
caractéristiques des comportements de mobilité :

Figure 2 Variables prises en compte dans la quantification


la distance moyenne par trajet, qui dépend notam-
de l’évolution de la demande de mobilité
ment de l’aménagement du territoire (répartition
de la population sur le territoire, choix de localisa-
TEMPS/TRAJET
tion des activités, etc.) ou encore des modes de vie (min/trajet)
et des pratiques sociales dominantes ;

la durée moyenne des trajets, généralement proche


TEMPS DE NOMBRE
de 15-20 minutes par mode de transport pour la TRANSPORT DE TRAJETS
courte distance et restant généralement proche (h/jour/hab.) (trajets/jour/hab.)
de cet ordre de grandeur au cours du temps. Sur la
longue distance, les trajets sont en moyenne de VITESSE DES DISTANCE DES
l’ordre de 3 à 4 heures par mode ; DÉPLACEMENTS DEMANDE DE DÉPLACEMENTS
(km/h) TRANSPORT (km/trajet)
(km/jour/hab.)
la vitesse des déplacements, au total (rapport entre
kilomètres et temps de transport totaux), par mode
Source : [4].
de transport et avec des détails pour certains mo-

189 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Pour le transport de marchandises, l’évolution de la les quantités de produits à transporter : celles-ci


demande a été réalisée en séparant les trafics en peuvent être influencées par des consommations
quatre catégories de marchandises – en regroupant ou des politiques de sobriété plus ou moins fortes
différentes catégories de nomenclature statistique des différentes branches de l’économie, telles que
des transports (NST), d’après les données des la construction neuve, les ventes de véhicules ou
comptes et mémentos des transports [1] [13] : les biens de consommation. Ainsi, ces quantités
sont fortement influencées par les évolutions
matériaux de construction, qui regroupent les mé- prévues dans les autres secteurs de l’économie
taux de base, produits métalliques et autres pro- (cf. chapitres 2.1.2. Bâtiments résidentiels et tertiaires,
duits minéraux non métalliques (NST 9 et 10) ; 2.2.3. Production industrielle et 2.1.4. Alimentation) ;

produits manufacturés, qui comprennent notam- la longueur des chaînes logistiques : un même pro-
ment les textiles, matériels de transport, meubles duit ou une même tonne de marchandises peuvent
et les marchandises groupées (NST 5, 11, 12, 13, 16, être transportés plusieurs fois avant d’arriver
18 et 19) ; jusqu’au canal de distribution ou au consomma-
teur final, en ayant éventuellement subi des trans-
produits agricoles et alimentaires, incluant les pro- formations entre les différents transports. Le dé-
duits de la chasse, de la forêt et de la pêche, les veloppement de circuits courts dans l’alimentation
boissons et le tabac (NST 1 et 4) ; peut par exemple participer à raccourcir les
chaînes logistiques sur les produits agricoles et
minerais et produits industriels, qui regroupent de alimentaires ;
nombreuses catégories NST (2, 3, 6, 7, 8, 14, 15, 17
et 20), avec notamment les produits énergétiques la distance moyenne des trajets : les distances par-
fossiles et les minerais. courues par les tonnes transportées peuvent évo-
luer à la hausse ou à la baisse, selon les éventuelles
Cette décomposition s’appuie sur les travaux de dé- évolutions de relocalisation de l’économie à une
composition de la demande de marchandises réali- échelle plus locale, le type de marchandises trans-
sés par l’IDDRI [14] lors de ses scénarios de décarbo- portées ou l’adéquation entre les lieux de produc-
nation du fret en France. Leur segmentation en six tion, de transformation et de consommation.
catégories a été simplifiée en quatre catégories, en
regroupant les produits manufacturés de faible et Cette demande totale et selon les catégories de
haute valeur ajoutée, ainsi que les déchets industriels marchandises est également détaillée selon les dif-
avec la catégorie des produits industriels. férents modes considérés pour le transport intérieur
de marchandises. Cette modélisation des besoins
Pour évaluer l’évolution de la demande de transport de transport de marchandise est donc plus appro-
de marchandises pour ces différentes catégories et fondie par rapport aux précédents exercices pros-
en déduire l’évolution de la demande totale, des pectifs de l’ADEME, qui étaient uniquement basés
évolutions contrastées sont prévues selon les scéna- sur une évolution dépendante du PIB.
rios sur les trois critères suivants :

Figure 3

Demande Nombre Longueur


Distance
de transport = de tonnes X des chaînes X des trajets
(tonnes-km) transportées logistiques

190 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Pour l’évolution des motorisations par mode de été utilisé : l’outil GEStime dans un premier temps,
transport et type de véhicules, les choix prennent puis un autre outil dans un second temps.
en compte à nouveau de nombreux éléments en
compte, dont il est possible de citer en particulier : Aussi une décomposition adaptée aux transports de
voyageurs et de marchandises est-elle utilisée pour
les avantages et inconvénients des différentes suivre l’évolution des émissions de CO2 au regard de
technologies, notamment parmi les motorisations la contribution des cinq leviers de décarbonation
électriques, l’utilisation du vecteur hydrogène, les cités plus haut. Les résultats sont présentés au début
carburants liquides (dont les biocarburants ou de la description de chaque scénario dans la
encore les carburants de synthèse) ou gazeux avec prochaine section (la méthodologie de calcul utilisée
le GNV (dont le bioGNV). Ces avantages et est détaillée dans [4]).
inconvénients portent sur de nombreux critères,
tels que les coûts, la densité énergétique, les Enfin, de nombreux travaux transverses, pour partie
ressources disponibles, la maturité technologique présentés dans la suite du rapport, ont été conduits
ou encore la facilité d’utilisation. Ces critères en parallèle des quantifications évoquées ci-dessus.
peuvent fortement évoluer au cours du temps, tel Ils ont permis d’enrichir la réflexion sur ces chiffrages
que cela peut être attendu sur les technologies de et de mieux comprendre les implications des
batteries ou la maturité de la production scénarios modélisés. Les éléments de réflexion et les
d’hydrogène ; résultats seront également évoqués dans le cahier
d’hypothèses publié dans un deuxième temps en
les tendances en cours ont été également prises en complément du présent document. Les principaux
compte, que ce soit sur les politiques publiques exercices transverses en lien avec les transports sont
(telles que l’objectif de fin de vente des véhicules les suivants :
thermiques à 2040), les annonces des constructeurs,
ou encore les évolutions du marché ; analyse de cycle de vie et ressources : quantifications
matières du secteur des transports ; appréciation
les interactions avec les secteurs producteurs des émissions en analyse de cycle de vie des
d’énergie : afin d’assurer la cohérence globale des transports ; évaluation qualitative des impacts sur
scénarios entre offre et demande énergétique, le la biodiversité et analyse quantitative de
bouclage avec les autres secteurs de la transition l’artificialisation des sols des scénarios ;
écologique ont été nécessaires, pour évaluer les
énergies disponibles, à privilégier ou éviter dans les modes de vie : récits sur les modes de vie et leur
transports (liens avec les chapitres 2.3.1. Mix gaz, lien avec les comportements de mobilité ; lien entre
2.3.4. Carburants liquides, 2.3.5. Hydrogène et 2.4.2. les évolutions du système alimentaire et le transport
Ressources et usages non alimentaires de la biomasse). de marchandises avec le projet SISAE (Simulation
prospective du Système Alimentaire et de son
Par ailleurs, pour les véhicules routiers, les évolutions Empreinte carbone) ;
des immatriculations ont été calculées avec un outil
interne simplifié à un pas d’un an pour évaluer la adaptation au changement climatique : détails des
pénétration des motorisations dans le parc, ainsi que principaux impacts du changement climatique sur
les volumes des parcs et les circulations en cohérence le secteur des transports et stratégies privilégiées
avec les niveaux de trafics routiers. Pour les voitures, selon les scénarios ;
une différenciation selon la taille et le poids des
véhicules a également été réalisée, en raison de économie : modélisation macroéconomique des
l’impact de ces critères notamment sur la scénarios ; évaluation des principaux investissements
consommation d’énergie et de ressources et sur les nécessaires dans les scénarios, pour les véhicules
niveaux d’investissements. et les infrastructures ; contribution aux travaux sur
les prospectives en termes d’emplois de plusieurs
Afin de compiler les données de demande de filières, en particulier la logistique des derniers
transport, de remplissage, d’efficacité et de mix kilomètres, les carburants liquides et gazeux, puis
énergétique par mode de transport et par type de la plasturgie en tant que sous-traitant de l’industrie
véhicule considéré et d’obtenir les sorties et automobile.
quantifications souhaitées, un outils d’agrégation a

191 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

5. Les scénarios divergent surtout


sur la demande de transport
Selon les scénarios, chacun des cinq leviers de dé- Les premiers leviers qui agissent davantage sur la
carbonation des transports (demande de transport, demande de mobilité et de fret sont fortement sol-
report modal, remplissage des véhicules, efficacité licités dans S1 et S2, tandis que la demande est moins
énergétique et décarbonation de l’énergie) est plus contrainte à mesure que l’on s’approche de S4, qui
ou moins fortement sollicité. Ces différentes inten- repose plus sur un pari technique permettant d’as-
sités sont représentées dans le Tableau 6 par la quan- surer autant voire plus de déplacements avec peu
tité de + attribuée à chacun d’entre eux. Par exemple, de rejets de GES. Au contraire, les leviers technolo-
dans S1, la priorité de l’action porte sur la modération giques – nécessaires dans tous les scénarios pour
de la demande de transport, ce qui signifie ici un décarboner les mix énergétiques des transports –
objectif de réduction du nombre de kilomètres par- y sont davantage sollicités.
courus par les voyageurs et une réduction des trafics
pour les marchandises.

Tableau 6 Sollicitation des cinq leviers de décarbonation dans les scénarios

TEND S1 S2 S3 S4

Modération
de la demande + ++++ +++ +

Report modal ++ +++ ++++ ++ +

Remplissage + +++ +++ ++ +

Efficacité + ++ +++ ++++ +++

Décarbonation ++ ++ +++ ++++ ++++

192 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

5.1. Scénario tendanciel :


une décarbonation insuffisante,
surtout côté marchandises
Le scénario tendanciel projette l’évolution probable jectifs de politiques publiques peuvent être intégrés
des leviers de décarbonation des transports au vu s’ils sont assortis de moyens suffisants pour les at-
des tendances actuelles à l’œuvre. Il correspond pour teindre. En revanche, la neutralité carbone n’est pas
partie à une prolongation de certaines tendances atteinte, en raison d’un volontarisme insuffisant sur
passées et pour une autre partie à certaines évolu- les leviers de la transition.
tions déjà enclenchées actuellement. Certains ob-

MOBILITÉ DES PERSONNES

Graphique 7 Résumé des principales évolutions de la mobilité des personnes du scénario tendanciel, entre 2015 et 2050

CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X
Efficacité
énergétique X
Intensité
carbone + 35 % km parcourus au total
des véhicules de l’énergie Demande
de transport + 25 % km/personne
CO₂2050 (aérien international compris)
= 0,31 = 1,35 x 1,02 x 1,02 x 0,48 x 0,46
CO₂2015
1,6
Report + 92 % Les parts modales
modal distances totales varient peu
1,4 en avion d’ici 2050
DT ; + 35 %
1,2
Le remplissage moyen passe de
RM ; + 2 % Taux de
1
TR ; + 2 % remplissage 1,58 1,51
à
passager par voiture
0,8
- 19 %
0,6
EE ; - 52 %
Efficacité - 16 % - 70 %
énergétique de consommation des pour le parc de voitures
IC ; - 54 % des véhicules
0,4 voitures thermiques avec l’électrification

0,2 CO₂ ; - 69 %
Intensité 58 % carburants liquides 55 %
0 carbone 40 % électricité de l’énergie totale
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
1 % gaz, 0 % H₂

Périmètre des chiffres voyageurs : chiffres présentés à 2050 (et variations par rapport à 2015) ; les chiffres incluent le transport aérien international.
Lecture : les émissions baissent de 69 % (facteur 0,31 en haut) entre 2015 et 2050, ce qui s’explique par la multiplication des contributions des
5 facteurs, dont certains jouent à la hausse sur les émissions (comme la demande, + 35 %) et d’autres à la baisse (comme l’efficacité, - 52 % ou
facteur de 0,48 dans l’équation).

DEMANDE REPORT MODAL


Un objectif de croissance Un report modal faible au global
qui faiblit néanmoins
La part modale des différents modes de transport
La demande de transport est vue comme un facteur varie relativement peu d’ici 2050, dans un
positif. Elle est liée au développement de l’activité contexte de croissance des trafics de la majorité
économique et des possibilités de mobilité des ci- des modes. Celle de l’automobile reste prépon-
toyens. Les distances parcourues par personne sont dérante hormis dans les centres des grandes villes
ainsi en légère hausse, essentiellement sur la longue qui voient un développement soutenu du vélo et
distance, avec des hausses plus limitées sur la courte des engins de déplacement personnels motorisés.
distance qui sont dues à une poursuite des dyna- Sur la longue distance, les différents modes sont
miques de métropolisation et d’étalement urbain. en augmentation, avec une croissance plus sou-
Si l’État continue à soutenir l’offre par la création tenue pour le transport aérien, en particulier pour
d’infrastructures, notamment les extensions d’aéro- les déplacements de loisirs à l’international.
ports, les aménagements routiers et ferroviaires, le
rythme de construction ralentit toutefois. Pour limi-
ter les dépenses, les soutiens publics sont également REMPLISSAGE
en baisse pour les transports collectifs peu fréquen- Les évolutions des remplissages des véhicules
tés qui voient une dégradation de leur qualité de s’estompent progressivement
service et de leur offre. Les politiques de régulations
sont minimales : taxe carbone faible, peu d’anticipa- Pour les trajets longue distance, le covoiturage pour-
tion et de politique d’adaptation au changement suit sa croissance, en particulier auprès des popula-
climatique et des inégalités croissantes tant sur le tions les plus jeunes et les moins fortunées. Sur la
plan géographique, économique que social. courte distance, les systèmes de covoiturage n’ar-

193 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

rivent pas à s’imposer et leur impact reste anecdo- DÉCARBONATION


tique sur les remplissages moyens des véhicules. Des gains par l’électrification des voitures, une faible
Au-delà de ces développements, les facteurs histo- décarbonation ailleurs
riques de baisse du remplissage moyen des véhicules,
tels que la baisse du nombre de personnes par mé- La fin de vente des véhicules émettant des gaz à effet
nage et la hausse de la motorisation des ménages, de serre en 2040 est inscrite dans la loi et incite les
s’estompent progressivement, entraînant une sta- constructeurs automobiles à se tourner vers la voiture
gnation du remplissage moyen des voitures. Peu électrique. Cette démarche est accélérée par les me-
d’évolutions significatives sont à signaler sur les autres sures du paquet climat en discussion au sein de l’UE
modes de transport de voyageurs. (cible de réduction de 55 % des émissions de GES d’ici
2030, interdiction de vente avancée en 2035). Cepen-
dant, la transition s’effectue lentement avec une to-
EFFICACITÉ lérance pour la vente d’hybrides rechargeables pen-
Des gains via l’électrification, une baisse des progrès dant encore 5-10 ans afin de limiter les impacts sociaux
sur les moteurs thermiques et économiques. Faute d’un engagement fort de l’État
et des acteurs pour déployer les infrastructures de
Les progrès en matière d’efficacité énergétique recharge et étendre l’offre de véhicules, certaines
sont essentiellement permis par l’électrification cibles sont difficilement voire non atteintes. De nom-
partielle (hybridation) ou totale des motorisations. breux véhicules dépendent donc des carburants li-
En effet, les chaînes de tractions électriques sont quides, notamment pour les ménages les moins for-
intrinsèquement plus efficientes que les motori- tunés, les trajets en voiture sur longue distance ou les
sations thermiques et permettent de limiter les autocars. Les biocarburants, qui s’appuient encore en
consommations d’énergie de la mobilité. En re- grande majorité sur la première génération (à partir
vanche, le poids des véhicules est à la hausse, sous de cultures en concurrence avec les usages alimen-
l’effet de cette même électrification au travers du taires) et peu sur les biocarburants avancés (à partir
volume de batteries installées et de la hausse des de coproduits et/ou de déchets), peinent à décarbo-
gabarits des véhicules, ce qui a tendance à limiter ner les carburants liquides, qui restent largement
les gains d’efficacité, notamment pour les véhicules majoritaires pour le transport routier et le transport
thermiques sur le début de la période. aérien. Les vecteurs gaz et hydrogène ne se déve-
loppent quasiment pas pour la mobilité des voyageurs,
hormis pour les transports en commun routiers.

194 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 8 Résumé des principales évolutions du scénario tendanciel marchandises, entre 2015 et 2050

Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie Demande + 16 % de trafics intérieurs, en tonnes-km
de transport
CO₂2050 + 20 % maritime international
= 0,87 = 1,16 x 1,11 x 1,01 x 0,79 x 0,85
CO₂2015
1,4
PL constants à 80 %
Report VUL de 7 à 9 %
1,2
modal Train de 11 à 9 %
DT ; + 16 %
+7% RM ; + 11 % Fluvial constant à 2,3 %
1 TR ; + 1 %
Taux de Le remplissage des poids lourds passe de
CO₂ ; - 13 %
0,8 IC ; - 15 % remplissage 9,7 à 9,5 tonnes/véhicule en moyenne
EE ; - 21 %
0,6
Efficacité - 15 % 4%
énergétique de consommation pour le parc de voitures
0,4 des véhicules pour les poids lourds avec l’électrification
0,2
Intensité 86 % carburants liquides 18 %
0 carbone 5 % électricité de l’énergie totale
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
8 % gaz, 1 % H₂

Périmètre des chiffres marchandises : transports intérieurs, sauf pour les chiffres d’intensité carbone qui incluent le maritime international.
Dans la décomposition Kaya, la contribution haute du report modal s’explique par la hausse de la proportion de VUL dans les trafics.
PL : poids lourds, VUL : véhicules utilitaires légers.

DEMANDE REMPLISSAGE
Les trafics en légère hausse d’ici 2050 Les hausses des remplissages des véhicules
s’estompent progressivement
Les flux de marchandises sont en hausse modérée
en tendanciel, fluctuant selon les évolutions de Pour tous les modes de transport, les hausses histo-
l’activité économique. Les quantités transportées, riques du remplissage moyen des véhicules (poids
la longueur des chaînes logistiques ainsi que les lourds, trains de fret, navires) ralentissent progressi-
distances moyennes parcourues ne subissent pas vement, en raison de la saturation de la hausse de la
d’évolutions majeures au global, malgré quelques taille des véhicules, qui avait porté l’augmentation
tendances contrastées selon les types de marchan- des tonnes transportées.
dises. La principale tendance réorganisant les flux
logistiques correspond à la croissance du e-com-
merce, tandis que le numérique prend également EFFICACITÉ
de plus en plus de place dans l’organisation de ces Peu de gains obtenus sur les véhicules
flux.
Alors que l’électrification sur les voitures permet
d’améliorer leur efficacité, les transports lourds sont
REPORT MODAL bien moins électrifiés et ont donc des gains d’effica-
Le trafic routier et le maritime restent prédomi- cité très modérés, en raison de l’approche des limites
nants dans les échanges sur les gains énergétiques des moteurs thermiques.

Pour les trafics intérieurs, le transport routier reste


prédominant, avec un recours croissant aux véhi- DÉCARBONATION
cules utilitaires légers pour le e-commerce et en Le pétrole reste dominant pour le transport de
particulier pour la livraison des ménages à domicile. marchandises
La part modale du ferroviaire baisse légèrement
alors que les trafics sont stables. Au sein des trafics La décarbonation est très faible en tendanciel pour
internationaux, le maritime reste dominant, avec le fret. Seuls les utilitaires légers sont électrifiés en
également une proportion croissante des flux de partie, tandis que le vecteur gaz se développe surtout
biens à forte valeur ajoutée ou avec des délais courts sur les poids lourds et le transport fluvial, mais dans
qui passent par le transport aérien. des proportions qui restent faibles et avec une pro-
portion de gaz fossile qui reste largement dominante.
L’hydrogène se développe très peu et n’apporte pas
de contribution significative à la décarbonation.

195 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

5.2. Scénario 1 : une baisse


de la demande importante

MOBILITÉ DES PERSONNES

Graphique 9 Résumé des principales évolutions du scénario 1 voyageurs entre 2015 et 2050

CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X
Efficacité
énergétique X
Intensité
carbone - 26 % km parcourus au total
des véhicules de l’énergie Demande
de transport - 32 % km/personne
CO₂2050 (aérien international compris)
= 0,05 = 0,74 x 0,83 x 0,86 x 0,48 x 0,20
CO₂2015
1,2
Report - 55 % La moitié
modal nombre de trajets des trajets réalisés
1 en voiture à pied ou à vélo

TR ; - 14 %
0,8 RM ; - 17 % Taux de Le remplissage moyen passe de
DT ; - 26 % remplissage 1,58 à 2 passagers par voiture
0,6

EE ; - 52 %
0,4
Efficacité - 27 % - 12 %
énergétique poids des vitesse moyenne
- 40 % des véhicules voitures neuves en voiture
0,2
IC ; - 80 %
Intensité 42 % carburants liquides 80 %
CO₂ ; - 95 % carbone 49 % électricité de l’énergie totale
0
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
9 % gaz, 0 % H₂

Ce scénario est caractérisé par la recherche de so- ti-sites, tiers-lieux, etc.), de faciliter les déménagements
briété dans les mobilités. Les citoyens et usagers ont pour rapprochement domicile-travail et de relocaliser
toute leur place dans la définition des transforma- des activités. Lorsque ce n’est pas possible, le train,
tions des pratiques de mobilité à mener, avec une les autocars ou le covoiturage sont vus comme des
logique de « moins, c’est mieux ». solutions de repli permettant d’éviter les déplace-
ments autosolistes de longue distance, synonymes
de gaspillages énergétiques, économiques et de fa-
DEMANDE tigue au quotidien.
La démobilité et la proximité deviennent des objec-
tifs à poursuivre Surtout, l’aménagement du territoire et les modes
de vie sont orientés vers la recherche de proximité.
Le premier levier de la modération de la demande C’est le cas aussi bien pour les activités profession-
de transport est celui sur lequel les plus fortes évolu- nelles qu’associatives, en passant par les activités
tions sont envisagées. Partant du constat que les dis- de loisirs, une partie croissante des relations so-
tances parcourues sont un déterminant fort des ciales, les approvisionnements alimentaires de plus
consommations d’énergie et des émissions de CO2 en plus locaux et en circuits courts, ou encore les
de la mobilité, la baisse de ces distances est généra- commerces de proximité, y compris pour les biens
lement perçue positivement. Elle structure les poli- non alimentaires. Ces transformations sont menées
tiques d’aménagement du territoire, de mobilité, en grande partie par des coopératives, des associa-
ainsi que les comportements. La démobilité (soit la tions ou des collectifs citoyens avec le soutien des
réduction du poids des déplacements), la proximité collectivités locales et des consommateurs. Cela
ou encore le ralentissement sont également valorisés, incite le secteur privé à imaginer de nouvelles offres
et perçus comme un idéal de mode de vie. pour tenter de s’adapter à ces mouvements de fond.
Cet aménagement se fait également en lien avec le
Les déplacements les plus longs du quotidien sont renouveau des villes petites et moyennes, qui favo-
ciblés en priorité : ce sont les déplacements à réduire, risent faibles distances et temps de trajet et faci-
voire à supprimer au plus vite. Pour ce faire, cette litent un mode de vie en proximité. Des efforts sont
nouvelle direction à prendre consiste à agir sur les réalisés pour relocaliser suffisamment l’activité
politiques d’emploi (proximité recherchée à l’em- économique afin que l’emploi et l’accès aux princi-
bauche, télétravail, propositions d’échanges de lieux paux biens de consommation puissent être satisfaits
de travail entre employés pour les employeurs mul- localement.

196 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Pour les déplacements longue distance, la même L’autre levier fort de sécurisation des usagers les plus
logique prédomine, avec une recherche de tourisme vulnérables concerne la baisse des vitesses sur la route,
plus local, plus lent, illustrée par des mouvements qui concerne tous les types de routes. Le 30 km/h en
tel que le « slow tourisme », la majorité des gens agglomération devient rapidement la norme au niveau
pensant qu’avant de partir à l’autre bout du monde, national pour les axes principaux et le 50 km/h l’ex-
elle se doit de bien connaître sa région, son pays ou ception, gérée au niveau local. Pour les routes les plus
les destinations proches. Une grande partie de la rapides, les vitesses limites sont abaissées à 110 km/h
population rejette de plus en plus le tourisme en pour les autoroutes et 100 km/h pour les 2 x 2 voies
avion pour de courts séjours. Ces voyages lointains hors autoroutes avant 2025. Progressivement, des
ne disparaissent pas mais ils apparaissent de plus en sections de routes hors agglomération passent sous
plus vus comme le voyage d’une vie ou a minima, les 80 km/h, lorsque les aménagements cyclables sé-
comme des voyages qui méritent de passer au moins curisants manquent ou si les routes sont jugées trop
un mois sur place. De plus en plus d’employeurs ac- sinueuses ou dangereuses pour ces vitesses. Cet abais-
ceptent d’aménager les congés afin de rendre ces sement des limites s’accompagne de contrôles plus
pratiques accessibles au plus grand nombre. importants mais reste largement soutenu par la po-
pulation, qui tient à ce que les enfants, de plus en plus
nombreux à utiliser le vélo et la marche, soient en
REPORT MODAL sécurité lors de leurs déplacements.
Les modes actifs profitent de la proximité,
la voiture et l’avion en fort retrait Par ailleurs, l’usage des transports en commun est
également soutenu par les pouvoirs publics, qui
Le raccourcissement des distances favorise le report peinent néanmoins à améliorer l’offre et la qualité de
modal vers les modes sobres en énergie et en res- service, que ce soit pour les bus, les cars ou les trans-
sources. En effet, la proximité au quotidien est ports ferroviaires et guidés (tramways). Les usagers
d’abord recherchée pour faciliter le développement plébiscitent néanmoins ces modes de transport éco-
des modes actifs : la marche et le vélo, ce dernier logiques au quotidien, afin d’éviter de prendre la voi-
autorisant des distances plus élevées sans peser for- ture lorsque les modes actifs ne conviennent pas. Mais
tement sur les ressources. c’est surtout pour les déplacements à longue dis-
tance qu’ils se développent. Cela se fait en parallèle
Avec des investissements limités dans des infrastruc- de l’émergence d’autres manières de voyager : redé-
tures nouvelles – à la fois pour des raisons financières veloppement des trains de nuit, tourisme régional
et pour réduire l’impact environnemental des tra- autour des produits du terroir ou de sites culturels
vaux –, le report modal est soutenu autant que pos- proches des habitants, ou encore randonnées pé-
sible par la modification des infrastructures exis- destres et cyclotourisme, qui
tantes et de leurs usages plutôt que par de nouvelles peut nécessiter des trans-
constructions. Une réallocation volontariste de l’es- ports en commun jusqu’aux De plus en plus de
pace dévolu à la voiture vers les infrastructures cy- lieux de départ.
Français considèrent
clables et la marche est donc engagée, au détriment
que la voiture n’est
des places de stationnement de surface et des voies Avec ces changements im-
de circulation jusqu’ici principalement utilisées par portants, la place de la voi- pas compatible avec
les voitures. Plus globalement, l’espace public est ture est en net recul, en raison l’urgence écologique.
restructuré. Il s’agit de remettre de la végétation en des baisses de distances, de
ville, proposer davantage d’espaces d’attente aux la place croissante des modes
piétons et d’espaces favorables aux relations sociales, actifs sur les courtes distances et celle des transports
que les citoyens s’approprient pour proposer diverses en commun, en particulier sur la longue distance. En
animations ou services. Dans les villes, une part crois- plus d’une place réduite, l’image de la voiture auprès
sante des rues passe en zones de rencontre et en de la population se dégrade fortement. De plus en
aires piétonnes. Des voies de circulation sont fermées plus de Français considèrent qu’elle n’est pas compa-
aux véhicules motorisés (hormis ceux limités à tible avec l’urgence écologique, bien qu’elle soit de
25 km/h tels que les vélos à assistance électrique), plus en plus électrique et adaptée aux besoins (covoi-
principalement dans le centre des villes et des vil- turage, autopartage, véhicules légers, etc.). La publi-
lages. C’est aussi le cas de certaines petites routes cité est globalement en fort recul dans la société, mais
rurales, ou permettant d’accéder à des sites naturels les voitures ont été les premières concernées, en
ou culturels à préserver des nuisances de la motori- commençant par les véhicules thermiques et les plus
sation (bruit, pollution, congestion, etc.). Cela permet lourds.
de sécuriser la pratique du vélo au quotidien, ainsi
que les modes actifs pour la promenade, les loisirs Dans le même temps, l’avion connaît une très forte
ou encore le cyclotourisme. désaffection. Dénoncé comme un mode inégalitaire

197 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

qui profite aux plus riches, polluant et très difficile- véhicules : écoconduite, réduction des vitesses et
ment décarbonable, son avenir est vivement débat- allègement progressif du parc de véhicules. En ef-
tu. Progressivement, les politiques publiques se sont fet, des normes sur les voitures neuves limitent la
tournées, non sans difficultés et résistances, vers une vitesse maximale, la puissance et le poids de la
baisse assumée du trafic aérien. Les fonds libérés par plupart des véhicules. Le poids est aussi taxé pour
l’arrêt progressif des aides publiques au secteur et favoriser les véhicules les plus légers, aussi bien
les ressources issues de sa taxation sont réorientés pour financer les modes actifs que les voiturettes
vers les modes de transport plus sobres. Les lignes ou quadricycles de moins de 500 kg qui se déve-
intérieures ont été supprimées progressivement, les loppent progressivement jusqu’à représenter plus
jets privés interdits en dehors de quelques rares ex- de 40 % des ventes dès 2035. Les véhicules, dans
ceptions et de nombreux petits aéroports ont fermé. l’ensemble plus légers, bénéficient de la diffusion
Des quotas d’utilisation de l’avion ont été instaurés de chaînes de traction électrique adaptée aux
pour certains types de trajets et ont accompagné la usages et ne cherchant pas à tout prix la perfor-
volonté d’une part croissante de la population de mance. Le véhicule électrique devient en quelque
limiter voire de s’interdire son usage. Les usages pro- sorte une commodité et des architectures stan-
fessionnels sont également en forte baisse. Il reste dards sont utilisées (approche open source, pro-
cependant utilisé pour les motifs familiaux ou de ductions de communs) ce qui permet de bénéficier
longs voyages, plus rares mais avec une durée de d’un gain de consommation énergétique par rap-
séjour plus élevée également. port aux solutions thermiques.

REMPLISSAGE DÉCARBONATION
Le covoiturage solidaire et l’autostop se développent L’électrification et les biocarburants de première
dans les zones rurales génération en priorité

Pour les trajets à longue distance, le train et l’autocar La sortie du pétrole est un objectif clair de l’évolution
sont complétés par un covoiturage auquel recourent du mix énergétique des transports. Cependant, les
largement les personnes utilisant la voiture. Le co- impacts environnementaux des alternatives au pé-
voiturage libre, sans commission pour les plate- trole sont jugés importants : consommation de mé-
formes, se développe massivement entre usagers. taux, de biomasse, pollution des milieux ou besoins
De même, pour les déplacements du quotidien, le énergétiques qu’il s’agit avant tout de réduire. En
covoiturage solidaire se développe dans des formes raison de capacités d’investissement limitées et tout
qui varient selon les territoires et les initiatives locales. en cherchant à prolonger la durée de vie des véhi-
De nombreux systèmes coexistent, parfois gérés par cules, le renouvellement du parc de voitures vers
les citoyens, des associations, les collectivités ou des l’électrique se fait à un rythme modéré. Il permet
plateformes rémunérées par les usagers ou les col- toutefois d’atteindre l’objectif de fin de ventes de
lectivités. C’est souvent le bouche-à-oreille qui per- voitures thermiques en 2040, à quelques exceptions
met progressivement d’imposer un ou deux systèmes près qui perdurent jusqu’en 2045. En 2050, le mix
suffisamment utilisés pour être efficaces. C’est par- énergétique des mobilités repose donc largement
ticulièrement le cas dans les zones rurales, pour per- sur l’électricité, particulièrement développée pour
mettre aux ménages démotorisés de pallier les les voitures, secondairement pour les deux-roues
manques de transports collectifs ou les trajets im- motorisés (2RM) et les autobus. Une part de carbu-
propres à la marche ou au vélo. Ces systèmes repo- rants liquides subsiste néanmoins pour de nombreux
sant essentiellement sur l’entraide plus que sur l’éven- modes difficiles à décarboner. C’est le cas essentiel-
tuel avantage financier pour les conducteurs, lement du transport aérien, mais aussi d’une partie
l’autostop se développe également avec des temps des 2RM, des autocars, des trains et, plus faiblement
d’attente généralement faibles sur les axes suffisam- en proportion, des voitures. Seulement 60% de ces
ment fréquentés. Même progression pour l’autopar- carburants liquides sont des biocarburants de pre-
tage, souvent entre personnes qui se connaissent, mière génération (à base de cultures alimentaires)
parfois de manière plus organisée. en 2050. Le reste demeure dépendant du pétrole,
ce qui signifie que l’objectif de neutralité carbone
n’est atteint que grâce aux capacités de stockage
EFFICACITÉ des puits de carbone exclusivement naturels (forêts,
La réduction du poids et de la vitesse des voitures prairie, etc.). Le mix énergétique est complété par le
permet des gains significatifs vecteur gaz, totalement décarboné (biogaz) et prin-
cipalement utilisé pour les autocars, les autobus, puis
Les progrès en matière d’efficacité énergétique sont sur certaines lignes ferroviaires non électrifiées.
essentiellement le fait d’usages plus sobres des

198 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 10 Résumé des principales évolutions du scénario 1 marchandises entre 2015 et 2050

Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie Demande - 45 % de trafics intérieurs, en tonnes-km
de transport
CO₂2050 - 33 % maritime international
= 0,11 = 0,55 x 1,18 x 1 x 0,57 x 0,30
CO₂2015
1,4
PL de 80 à 61 %
Report VUL de 7 à 12 %
modal Train de 11 à 22 %
1,2 RM ; + 18 %
Fluvial de 2,3 à 5,2 %
1 TR ; 0 %
Taux de Le remplissage des poids lourds passe de

0,8
remplissage 9,7 à 9,6 tonnes/véhicule en moyenne
0,6 EE ; - 43 %
- 30 % DT ; - 45 % Efficacité - 26 % 15 %
énergétique de consommation des trafics routiers
0,4 des véhicules pour les poids lourds sont en électrique
IC ; - 70 %
0,2
CO₂ ; - 89 % Intensité 65 % carburants liquides 65 %
0 carbone 14 % électricité de l’énergie totale
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
21 % gaz, 0 % H₂

DEMANDE sons consommées. Les chaînes logistiques sont éga-


Une baisse forte des trafics internationaux et routiers lement raccourcies en réduisant la transformation
est visée des aliments et en rapprochant les consommateurs
des producteurs. Enfin, les productions locales s’ac-
Des objectifs de relocalisation guident l’évolution compagnent d’une baisse des distances moyennes
de l’économie, aussi bien pour l’agriculture et l’in- parcourues, entraînant également la baisse des tra-
dustrie que les services, avec notamment comme fics. Pour les autres marchandises, ce sont surtout
objectif de réduire les flux de marchandises, aussi les quantités transportées qui portent les flux à la
bien à l’international que pour le transport intérieur. baisse. En effet, la construction neuve est en très
Dans ces transformations, le rôle du citoyen-consom- forte baisse et fait chuter les volumes de matériaux
mateur est fort pour orienter cette relocalisation via de construction à transporter, la production indus-
des comportements d’achats qui visent à soutenir trielle ainsi que la consommation de biens manufac-
une économie locale et plus responsable. Les poli- turés sont également en baisse (cf. les chapitres 1.2.
tiques publiques accompagnent ces changements, Société, modes de vie, récits, 2.1.2. Bâtiments résidentiels et
par la régulation du secteur, qui se traduit par tertiaires, 2.2.3. Production industrielle).
exemple par l’interdiction de la livraison gratuite en
raison des coûts cachés pour la société, les multiples
aides aux relocalisations ou pour faciliter la mutua- REPORT MODAL
lisation de la logistique de proximité. L’offre s’adapte Des contraintes fortes pour favoriser le report
à ces évolutions par la qualité, la quantité ou la variété modal sur les longues distances
des produits (moins de références mais plus qualita-
tives) et par la localisation des activités et des lieux Le report modal est un objectif important pour les
de vente, qui se veulent généralement à taille réduite marchandises, toutefois il est contraint par des
et proches des habitants. capacités d’investissements limitées et ne permet
pas d’atteindre un niveau de service optimal. Deux
Par exemple, pour l’alimentation, les achats en cir- cibles sont privilégiées pour limiter le recours aux
cuits courts, dans les marchés, les commerces de véhicules routiers : les transports massifiés sur
proximité ou encore les supermarchés coopératifs longue distance et la livraison du dernier kilomètre
se développent, au détriment notamment des zones par la cyclologistique.
commerciales de périphérie qui subissent une cer-
taine désertion. La réduction des flux passe par une Pour la longue distance, des mesures règlementaires
légère baisse des volumes transportés, par une réduc- et de taxation du routier permettent de privilégier
tion du gaspillage alimentaire, des apports journaliers très largement les modes fluviaux et plus encore fer-
par personne ou des quantités de viande ou de bois- roviaires, en particulier au-delà de 500 km. Ces

199 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

mesures ont pour double effet d’obtenir un report EFFICACITÉ


modal important sur cette classe de distance, mais Des progrès honorables sur l’efficacité des moteurs
aussi d’encourager à la réduction de ce type de tra-
jets et à la relocalisation. Les progrès sur l’efficacité énergétique des moteurs
sont limités et ne sont plus recherchés comme une
Sur les courtes et moyennes distances, le mode rou- piste principale de décarbonation. Le renouvelle-
tier reste cependant prépondérant, tandis que le ment du parc avec la diffusion de la motorisation
fluvial et le ferroviaire constituent plutôt l’exception. électrique pour les véhicules non articulés (utilitaires
Les trajets locaux de quantités de marchandises limi- et poids lourds rigides) permet quelques gains. Mais
tées sont réalisés en véhicules utilitaires légers, plus c’est surtout l’efficacité énergétique par tonne trans-
faciles à électrifier que les poids lourds. Dès que cela portée qui est recherchée, d’où la priorité au report
est possible, le recours aux vélos cargos est privilégié. modal et à la mutualisation des trajets pour le mode
Cette logistique locale et routier. La principale source d’efficacité énergétique
des derniers kilomètres provient de l’électrification, marquée essentiellement
se fait beaucoup pour pour les véhicules utilitaires légers, mais peu présente
Sur les courtes et moyennes
compte propre (plutôt pour les autres modes de transport.
distances, le mode routier que par des opérateurs
reste cependant de transport dédiés),
prépondérant, tandis directement par les arti- DÉCARBONATION
que le fluvial et le sans, les producteurs Une focalisation sur la biomasse, insuffisante pour
ferroviaire constituent agricoles, les commer- se séparer du pétrole
çants ou encore par des
plutôt l’exception.
particuliers pour les sys- La décarbonation de l’énergie dans le scénario s’ap-
tè m e s gé rés pa r l e s puie sur les solutions existantes et éprouvées. Le
citoyens ou par des faible niveau d’investissement dans les solutions de
réseaux de proximité et d’entraide. La transition décarbonation et la difficulté ou les coûts élevés des
vers la cyclologistique dans les villes profite de la solutions de substitution au pétrole font que les car-
réallocation des infrastructures (voiries, trottoirs et burants liquides et notamment le pétrole gardent
autres espaces publics) pour les modes actifs, ainsi une place importante dans le mix énergétique du
que du ralentissement des vitesses des trafics et transport de marchandises en 2050.
d’une recherche d’un rythme de vie apaisé (slow city).
Pour les véhicules les plus légers comme pour les
Dans le même temps, en raison des relocalisations vélos cargos et pour les courtes et moyennes dis-
et d’un certain protectionnisme économique, cou- tances, le vecteur électrique se développe fortement.
plés à des baisses de quantités d’énergies fossiles et Il représente jusqu’à quasiment la moitié des kilo-
de certaines matières premières consommées, les mètres parcourus par les véhicules utilitaires légers.
trafics internationaux et en particulier le transport Le gaz naturel véhicule se développe également mais
maritime subissent une baisse marquée. dans de moindres proportions pour ces utilitaires et
il reste une part importante de carburants liquides
qui ne sont pas totalement décarbonés en 2050. Il
REMPLISSAGE en va de même pour les poids lourds qui restent
Les efforts de mutualisation compensent certaines dépendants pour plus de la moitié au diesel, dont la
inefficacités du local moitié environ est fournie par les biocarburants.
Parmi ces biocarburants, ceux de première généra-
Le recours croissant en proportion aux véhicules tion (produits à partir de cultures énergétiques)
utilitaires légers à la place des poids lourds pour la restent majoritaires. Pour le gaz, majoritairement
logistique porte le risque d’une démassification des utilisé par les poids lourds, le biogaz fournit l’en-
transports, c’est-à-dire d’une multiplication des par- semble de la demande.
cours de véhicules peu remplis, moins efficaces par
tonne transportée que les poids lourds. Pour contrer Comme pour les modes routiers, les transports fluvial
ces effets négatifs, des efforts de mutualisation sont et maritime restent largement dépendants également
organisés par les collectivités, les entreprises entre des carburants liquides, et donc en partie du pétrole.
elles, ou par l’entraide entre connaissances, pour Compte tenu des durées de vie très importantes des
éviter cette fragmentation des trajets et conserver navires, le renouvellement du parc est lent et l’on pro-
globalement des taux de remplissage similaires à cède pour minimiser les impacts liés aux émissions de
ceux d’aujourd’hui pour les utilitaires légers. gaz à effet de serre à des mises à niveau technolo-
giques notamment pour le secteur fluvial, avec dans
ce cadre des conversions pour motorisations au gaz
naturel liquéfié et dans une moindre mesure pour la
propulsion électrique.

200 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

5.3. Scénario 2 : la soutenabilité


au cœur de la transition
écologique

Le scénario est guidé par une recherche de soutena- acteurs de la mobilité et les citoyens, au plus proche
bilité, avec pour but de réduire simultanément les de leurs besoins et des spécificités des territoires.
différentes pressions environnementales des mobi- Les politiques publiques veillent à offrir un accom-
lités sur l’environnement et les externalités sociales pagnement fort de ces acteurs, avec une attention
et économiques qui lui sont associées : consomma- particulière sur la mobilité inclusive (la mobilité pour
tion d’espace, accidentologie, pollutions, bruit, ou tous) et la transition des personnes les plus fragiles
encore la sédentarité et ses impacts sur la santé. La ou vulnérables.
transition s’opère de façon co-construite avec les

MOBILITÉ DES PERSONNES

Graphique 11 Résumé des principales évolutions du scénario 2 voyageurs entre 2015 et 2050

CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X
Efficacité
énergétique X
Intensité
carbone - 10 % km parcourus au total
des véhicules de l’énergie Demande
de transport - 17 % km/personne
CO₂2050 (aérien international compris)
= 0,05 = 0,90 x 0,80 x 0,90 x 0,45 x 0,16
CO₂2015
1,2
Report x 12 Le train passe de
modal multiplication des km 10 20 %
à
parcourus à vélo de part modale
1
DT ; - 10 %
TR ; - 10 % Le remplissage moyen passe de
0,8 Taux de
RM ; - 20 % remplissage 1,58 1,9
à
passager par voiture
0,6

0,4
EE ; - 55 % Efficacité - 13 % -9%
énergétique poids des vitesse moyenne
- 38 % des véhicules voitures neuves en voiture
0,2
IC ; - 84 %
Intensité 42 % carburants liquides 85 %
CO₂ ; - 95 %
0 carbone 50 % électricité de l’énergie totale
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
4 % gaz, 4 % H₂

DEMANDE principales bénéficiaires d’une perte d’attractivité


Proximité au quotidien, tourisme durable pour les relative de la région Île-de-France et des grandes
vacances métropoles. Le centre de ces villes est redynamisé,
laissant une place importante aux modes alternatifs,
La baisse de la demande de mobilité est vue comme que ce soit pour les modes actifs pour les plus courtes
un facteur potentiel de réduction des multiples exter- distances ou pour leur articulation avec les modes
nalités négatives, sans toutefois en faire une finalité de moyenne et longue distance en faisant des gares
en soi. ferroviaires et routières des lieux privilégiés de dyna-
misme urbain et d’intermodalité.
C’est prioritairement via l’aménagement du territoire
et de l’espace public que doit passer le changement Les activités économiques s’adaptent autant que
de paradigme vers une vie davantage en proximité. possible à cette nouvelle donne sur l’aménagement.
Ainsi les collectivités visent-elles selon les territoires Cela se manifeste par un effort continu de relocali-
une « ville du quart d’heure », un « territoire des 20 sations sur les territoires et de reconversions des
ou 30 minutes », une relocalisation des services filières impactées par la transition écologique, par un
publics et des commerces au plus près des habitants, effort des entreprises et des territoires pour réduire
en favorisant la mixité des usages, ou envisagent-elles les distances entre le domicile et le travail, par une
un urbanisme circulaire et la protection des espaces mise en place accompagnée du télétravail dans l’or-
naturels en stoppant l’étalement urbain. Le rééqui- ganisation des entreprises, par le développement du
librage territorial évoqué au niveau national bénéfi- travail dans des tiers-lieux partagés et à proximité des
cie principalement aux villes petites et moyennes, habitations, ou pour s’adapter aux nouvelles aspira-
les villes entre 20 000 à 100 000 habitants étant les tions sur les lieux d’achat ou d’activités de loisirs.

201 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Enfin, le tourisme durable se développe avec très pour soutenir son développement : aides fiscales à
peu de mobilité automobile ou aérienne au profit l’achat et à l’usage (type forfait mobilité durable),
d’un usage massif des transports en commun, du vélo systèmes de locations de courtes et longues durées,
et de la marche. De fait, cela s’accompagne par des infrastructures sécurisées, stationnements abon-
offres à une échelle plus régionale, ce qui réduit les dants, campagnes de communication sur les vertus
distances moyennes de départs en vacances. individuelles et collectives du vélo ou encore soutiens
aux acteurs de la filière. Diversification aussi dans
les pratiques, depuis les usages du quotidien au loisir,
REPORT MODAL en passant par le cyclotourisme et l’intermodalité
Une politique orientée vers une sollicitation avec le train et les cars pour les déplacements longue
maximale du report modal distance. Diversification enfin dans les véhicules uti-
lisés. Au-delà du vélo classique se développent des
Le levier de report modal est sollicité de manière très véhicules adaptés aux usages, dont les vélos à assis-
forte. De nombreuses politiques publiques le favo- tance électrique (VAE) qui sont en fort développe-
risent, avec un soutien massif des citoyens et des ment, les vélos pliants en particulier pour
usagers. L’approche mêle un aménagement du ter- l’intermodalité, les vélos cargos pour le transport
ritoire des courtes distances qui favorise la pratique d’enfants et de charges, les vélomobiles (vélos cou-
des modes actifs, un dynamisme des lieux d’inter- chés carénés, plus rapides) et les speed-pedelecs
modalité, de nombreux services proposés aux usagers (VAE jusqu’à 45 km/h) pour les moyennes distances
et une fiscalité très incitative. Des projets de création ainsi que d’autres véhicules adaptés à des usages plus
et de renouvellement d’infrastructures donnent la spécifiques. Ces effets se renforcent pour créer une
priorité systématique aux modes les plus sobres et large culture vélo qui se diffuse progressivement dans
accompagnent progressivement l’évolution des la population, sous des formes variées.
usages. Les collectivités territoriales sont dotées de
moyens conséquents et décident en coopération Les modes actifs sont complétés par un volontarisme
avec les acteurs économiques concernés et les fort sur le développement du ferroviaire, utilisé
citoyens de l’allocation de ces ressources à des comme un outil majeur d’aménagement du territoire
actions de plus ou moins long terme : renforcement et de substitution progressive aux trajets
de l’offre de transports en commun et des services métropolitains en avion et à une partie des trafics
de mobilité, subventions à l’achat de nouveaux véhi- automobiles. Les plus forts développements sur
cules sobres ou investissements sur les infrastructures la longue distance s’ap-
ou les véhicules. La temporalité de la transformation puient sur le dynamisme
est ainsi progressive, mais dépend fortement de l’ac- des trains Intercités, en
tion concernée. Pour accélérer certaines évolutions, particulier par une relance L’intermodalité avec
l’urbanisme temporaire ou la réduction des vitesses très vigoureuse des trains
la marche et le vélo,
sont utilisés pour favoriser la sécurisation des modes de nuit sur les liaisons
le covoiturage
actifs, tout en planifiant un réseau d’infrastructures radiales (depuis/vers
continues et efficaces à plus long terme. Paris), transversales et les
et l’autopartage depuis
trajets internationaux en les gares sont vus comme
Le premier mode à bénéficier d’une attention renou- Europe. Les forts investis- stratégiques pour faciliter
velée est la marche, considérée comme un mode de sements sur les petites les trajets porte-à-porte.
transport à part entière. Les piétons sont vus comme lignes permettent égale-
des usagers vulnérables à protéger au maximum et ment d’assurer un mail-
l’espace public comme des lieux à adapter pour eux. lage efficace de tout le
Les collectivités s’orientent donc vers des villes et territoire, pour réduire autant que possible le recours
villages marchables et l’aménagement est pensé pour à la voiture. L’intermodalité avec la marche et le vélo,
les piétons. Les cheminements sont agréables et le covoiturage et l’autopartage depuis les gares sont
sécurisés, des efforts de végétalisation sont entrepris, vus comme stratégiques pour faciliter les trajets
de nouveaux parcs voient le jour, des toilettes porte-à-porte. Le développement des bus et cars est
publiques, des fontaines à eau, des bancs, des boîtes aussi pensé en complémentarité avec le ferroviaire,
à livres ou des échanges de services investissent l’es- pour les territoires et liaisons non desservis par le
pace public pour faciliter la marche et l’occupation train. En lien avec le dynamisme des villes moyennes,
des lieux par la population. les systèmes de tramways, de trolleybus ou de trans-
ports par câbles rencontrent aussi un certain succès.
Ce scénario est également celui de plus fort déve-
loppement du vélo. Un système vélo efficace est mis En rendant la transition progressive, en proposant
en place partout sur le territoire, aussi bien dans le des alternatives et en veillant à la transition des
centre des grandes villes que progressivement dans emplois, la place de la voiture et de l’avion est pro-
les zones peu denses. C’est aussi un scénario de diver- gressivement remise en cause. Parmi les évolutions
sification pour le vélo. Diversification dans les poli- emblématiques du scénario : le stationnement
tiques publiques, qui cumulent de nombreux leviers payant est généralisé bien plus largement dans l’es-

202 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

pace public urbain pour les voitures et les deux-roues des conventions ou concertations locales. Cette
motorisés et leur nombre est aussi en forte baisse. réduction des vitesses se fait en priorité dans les villes,
Les limitations de vitesse baissent progressivement ; avant de s’étendre progressivement dans les villages
une taxation progressive des voyages en avion est et les routes interurbaines.
introduite, croissante avec l’usage dans un esprit de
justice sociale. Enfin, l’écoconduite (favorisée par la conception des
véhicules, dont la limitation des accélérations), l’aé-
rodynamisme des véhicules ainsi que les progrès sur
REMPLISSAGE les motorisations complètent les gains d’efficacité
Les collectivités locales organisent le covoiturage obtenus par la diminution du poids et de la vitesse
sur leur territoire des véhicules. La diversité des sources énergétiques
mobilisées s’accompagne de la recherche de la meil-
Des systèmes de covoiturage financés par les collec- leure adéquation possible entre les technologies et
tivités se développent de manière un peu dispersée les usages. C’est notamment le cas pour l’électrifica-
sur le territoire, soutenus tantôt par les régions, les tion des chaînes de traction, plus efficaces, avec une
intercommunalités ou les métropoles. Cela n’em- hybridation rechargeable en début de scénario en
pêche pas une efficacité importante de ces services appui aux véhicules thermiques et des dimensionne-
pour les déplacements du quotidien, en particulier ments de batteries pour les véhicules électriques
dans les zones fortement dépendantes de la voiture, ajustés au plus près des besoins réels.
tandis que la pratique est largement répandue pour
les déplacements sur longue distance. Surtout, le
système de covoiturage est pensé en complémen- DÉCARBONATION
tarité avec les modes actifs et les transports en com- La transition énergétique pensée à partir des
mun ferroviaires et routiers qui sont préférés dès que ressources locales
cela est possible.
La transition énergétique des transports et plus glo-
De même, alors que les déplacements du quotidien balement de l’économie est pensée autour des res-
se détournent de plus en plus de la voiture et sources locales, à savoir notamment les potentiels de
amènent un grand nombre de ménages à se démo- production de biomasse, d’électricité renouvelable
toriser, divers services d’autopartage se développent ainsi que les possibilités de transformation de ces
fortement pour les usages exceptionnels, en parti- ressources en hydrogène, en carburants liquides et
culier pour les trajets à longue distance ou en groupe. gazeux. Tous les vecteurs décarbonés sont utilisés
selon leur disponibilité et leur adéquation aux situa-
tions locales, en recherchant l’optimum techni-
EFFICACITÉ co-économique en lien avec les usages.
Les véhicules sont adaptés autant que possible
aux usages et besoins réels Pour la mobilité des personnes, la transition se fait
essentiellement vers l’électrique qui s’impose parti-
La voiture telle qu’on la connaît aujourd’hui évolue culièrement sur les voitures, fortement sur les deux-
vers une grande diversité de modèles, en termes de roues motorisés et dans une moindre mesure sur les
nombre de places, de poids, d’autonomie pour les bus. Une partie de l’électrification de ces flottes, en
véhicules électriques ou encore de vitesse maximale. particulier pour les bus, se fait par le rétrofit (adap-
Cette diversification vise à répondre au mieux aux tation) de véhicules thermiques. L’industrie automo-
usages réels de la mobilité du quotidien des ménages, bile et de construction de véhicules se tourne
en évitant que les ménages d’une ou deux personnes fortement vers des modèles d’économie circulaire
ne possèdent de véhicule de 5 places, par exemple. de plus en plus poussés et une relocalisation d’une
De manière générale, cette diversification rejoint celle partie croissante de la chaîne de valeur en France et
sur les véhicules proches du vélo, avec une gamme parfois à une échelle régionale, par exemple pour les
importante de modes ou de véhicules intermédiaires véhicules intermédiaires. En plus de l’électrification
entre le vélo classique et la voiture. C’est aussi dans et en lien avec le déploiement des énergies renou-
ce contexte d’usages alternatifs à la voiture et de petits velables et les possibilités de stockage énergétique,
véhicules au quotidien que se développe l’autopartage des écosystèmes hydrogène sont développés loca-
pour la longue distance, dès que les services de trans- lement et trouvent leurs usages essentiellement
ports partagés (du train au covoiturage) ne peuvent pour les autocars, les autobus et les trains pour ce
satisfaire à la demande des ménages démotorisés. qui concerne la mobilité des voyageurs, son usage
étant plus important pour le transport de marchan-
La diversification des véhicules est le principal facteur dises. Le mix de ces modes est généralement com-
d’efficacité énergétique des nouveaux véhicules, plété par le recours au biogaz et par des
complétée par des baisses de vitesse sur les routes biocarburants qui permettent de faire fonctionner
mises en place de manière relativement progressive le parc existant de véhicules thermiques avant leur
et variée selon les territoires, en fonction notamment renouvellement.

203 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 12 Résumé des principales évolutions du scénario 2 marchandises entre 2015 et 2050

Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie Demande - 35 % de trafics intérieurs, en tonnes-km
de transport
CO₂2050 - 15 % maritime international
= 0,01 = 0,65 x 1,10 x 0,97 x 0,48 x 0,03
CO₂2015
1,2
PL de 80 à 60 %
RM ; + 10 %
Report VUL de 7 à 10 %
modal Train de 11 à 25 %
1
TR ; - 3 % Fluvial de 2,3 à 5,6 %

0,8 Taux de Le remplissage des poids lourds passe de

DT ; - 35 %
remplissage 9,7 à 10,2 tonnes/véhicule en moyenne
0,6
- 27 %
EE ; - 52 %
0,4
Efficacité - 32 % 37 %
énergétique de consommation des trafics routiers
des véhicules pour les poids lourds sont en électrique
0,2
IC ; - 97 % Intensité 38 % carburants liquides 91 %
CO₂ ; - 99 %
0 carbone 24 % électricité de l’énergie totale
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
15 % gaz, 23 % H₂

DEMANDE pour les flux liés à l’alimentation. Le rythme de trans-


Une réduction des volumes de marchandises et des formation est cependant plus lent et concerté que
distances parcourues dans S1, par des évolutions fiscales progressives et
l’accompagnement des politiques publiques, plutôt
Le principal levier qui guide la politique des trans- que par la réglementation et les contraintes.
ports est celui du report modal, en interaction forte
avec l’évolution de la demande totale, l’organisation
logistique, l’aménagement du territoire et des pôles REPORT MODAL
intermodaux ou encore les délais de livraison. L’évo- Les actions sur la logistique orientées vers un fort
lution de l’économie vers des écosystèmes territo- report modal
riaux, une plus grande proximité dans les chaînes
d’approvisionnement et les achats des consomma- Sur la moyenne et la longue distance, les transports
teurs, permet une certaine relocalisation d’une par- ferroviaires et fluviaux sont préférés au routier dès
tie de la logistique autour d’écosystèmes régionaux, que cela est possible. Sur la courte distance, la cyclo-
permettant autant que possible un maillage et une logistique est développée à son maximum dans sa
desserte fine du territoire avec les modes alternatifs zone de pertinence, avec une diversité de véhicules
au transport routier de marchandises. Ce sont prin- qui permettent de satisfaire une variété de besoins :
cipalement les collectivités territoriales qui guident livraison, déménagement local, entrepreneurs à vélo,
ces évolutions, en concertation avec les acteurs éco- etc. La logistique des derniers kilomètres est com-
nomiques, les citoyens et les acteurs de la logistique. plétée par les véhicules utilitaires légers électriques,
Le e-commerce continue son développement de quand les distances, les masses unitaires et les rem-
manière modérée et avec un encadrement strict plissages sont trop élevés pour la cyclologistique et
pour faciliter la mutualisation des flux, en particulier trop faibles pour un transport plus massifié.
par l’interdiction des livraisons gratuites et en déve-
loppant de manière privilégiée la livraison en points Les différents leviers possibles pour accélérer le
relais. report modal sont sollicités par les acteurs publics,
les acteurs de la logistique ainsi que les citoyens par
Les flux de marchandises sont globalement en baisse, leurs comportements de consommation :
pour des raisons similaires à S1, avec une réduction
forte des volumes pour certains types de flux (baisse cela passe notamment par un investissement sou-
des constructions neuves notamment ou de la pro- tenu de l’État et des collectivités dans les infrastruc-
duction industrielle), la baisse des distances tures : investissements de modernisation du réseau
moyennes, ainsi que la réduction du nombre d’in- principal, des capillaires, des installations terminales
termédiaires des chaînes logistiques notamment embranchées, des plateformes multimodales pour

204 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

le fret ferroviaire, aménagements pour gagner en EFFICACITÉ


capacité sur le réseau et sur les nœuds ferroviaires ; L’organisation de la logistique pensée pour gagner
travaux du canal Seine Nord Europe, entretien des en efficacité
réseaux de grands à petits gabarits, aménagements
pour faciliter l’emport de conteneurs ou la livraison En lien avec le report modal et l’optimisation des rem-
dans le centre des villes situées sur un fleuve navi- plissages des véhicules, l’efficacité globale du système
gable ou un canal ; aménagements cyclables larges logistique s’améliore fortement, sans pour autant que
et sécurisés, règles de circulation modifiées, sta- l’efficacité énergétique des moteurs en tant que telle
tionnements adaptés et pôles d’échange multimo- ne fasse d’importants progrès. Le renouvellement du
daux pour faciliter la cyclologistique ; parc se fait néanmoins vers des véhicules plus effi-
caces, principalement par les leviers de l’hybridation
un second levier structurant concerne l’évolution et de l’électrification des véhicules, mais également
de la fiscalité et des incitations financières, qui en sollicitant d’autres leviers d’efficacité, tels que l’aé-
visent à une meilleure internalisation des coûts rodynamisme des véhicules, la réduction des frotte-
externes des transports (CO2, pollution, congestion, ments des pneus ou l’écoconduite.
accidentologie, usage des infrastructures, etc.) dans
les coûts supportés par les chargeurs. Cette évolu-
tion se concrétise en particulier par une hausse DÉCARBONATION
progressive de la tarification des infrastructures Une combinaison des énergies en adéquation
interurbaines et urbaines pour les poids lourds et avec les ressources locales
les véhicules utilitaires légers, afin de financer les
infrastructures des modes alternatifs ainsi que cer- Pour la décarbonation du transport de marchandises,
tains services ou subventions d’exploitation ; l’ensemble des vecteurs décarbonés disponibles est
utilisé autant que possible afin d’être en adéquation
avec un effet à plus long terme, l’aménagement avec les situations locales. Ainsi, les consommations
des villes, des zones d’activités ou encore des d’énergie se partagent selon les modes entre les vec-
centres logistiques s’adapte à ce nouveau contexte teurs électrique, hydrogène, gazeux et liquides, dont
et anticipe l’évolution vers une logistique de plus la production est de plus en plus décarbonée à l’hori-
en plus tournée vers les modes alternatifs au trans- zon 2050. Le déploiement de l’électricité se fait avec
port routier ; une recherche d’optimum technico-économique, en
regard du coût, de la capacité de la batterie installée
enfin, l’organisation logistique et les comporte- et des usages. C’est d’abord sur la logistique des der-
ments évoluent également, encouragés par la tari- niers kilomètres et notamment pour la cyclologistique
fication des infrastructures et des livraisons et par et les véhicules utilitaires que se fait l’électrification,
la prise de conscience que les contraintes tempo- bien qu’elle concerne aussi progressivement les
relles et la gestion des stocks ont une influence camions. Pour les transports plus lourds et à longue
majeure sur les possibilités de massification. distance, les autres vecteurs sont développés pour
pallier les capacités insuffisantes des batteries pour
ces usages. Des écosystèmes hydrogène sont dévelop-
REMPLISSAGE pés localement, en lien avec le développement des
L’optimisation de l’offre est recherchée, pour énergies renouvelables électriques et en mutualisant
s’adapter aux besoins réels les usages entre plusieurs secteurs ou acteurs écono-
miques, notamment l’industrie, le transport routier
Pour les différents besoins logistiques, les transpor- de marchandises et les trains (sur les lignes non élec-
teurs cherchent à utiliser les véhicules les plus adap- trifiables). C’est dans ce scénario que la demande en
tés aux besoins, avec une mutualisation plus poussée hydrogène s’avère la plus élevée pour les transports,
qu’aujourd’hui entre acteurs de la logistique, et en avec une consommation portée à près des trois quarts
cherchant autant que possible à favoriser les modes par les poids lourds et les VUL. Le gaz complète le mix
de transport les plus efficaces sur la consommation énergétique avec la perspective d’un passage au bio-
d’énergie et l’empreinte carbone. C’est cette gaz, en particulier pour les flottes situées dans des
recherche de la juste adéquation entre l’offre et la territoires où la production est importante. Enfin, les
demande qui permet d’optimiser les remplissages carburants liquides restants sont de plus en plus décar-
et éviter autant que possible les trajets à vide ou peu bonés, par l’essor de nouvelles filières de biocarburants
remplis. en complément de la première génération à base de
cultures alimentaires.

205 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

5.4. Scénario 3 : la recherche


d’efficacité prime

Ce scénario est caractérisé par une recherche de la développant des technologies vertueuses, afin d’en
croissance et de technologies qui doivent permettre faire des leaders européens voire mondiaux. Dans
de décarboner l’offre énergétique et les principaux les transports, les principales évolutions visées
secteurs économiques. concernent l’efficacité énergétique et surtout la dé-
carbonation de l’énergie, tandis que la demande est
C’est principalement l’État qui définit la politique peu contrainte, avec une ambition sur ces leviers qui
énergétique ainsi que l’orientation des investisse- est proche de celle des dernières années et du scé-
ments, soutenant en priorité les entreprises françaises nario tendanciel.

MOBILITÉ DES PERSONNES

Graphique 13 Résumé des principales évolutions du scénario 3 voyageurs entre 2015 et 2050

CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X
Efficacité
énergétique X
Intensité
carbone + 23 % km parcourus au total
des véhicules de l’énergie Demande
de transport + 13 % km/personne
CO₂2050 (aérien international compris)
= 0,07 = 1,23 x 0,97 x 0,93 x 0,44 x 0,14
CO₂2015
1,4
Report + 65 % La part des trajets
en voiture passe de
DT ; + 23 % modal distances totales
1,2 en avion 65 % à 52 %
1 RM ; - 3 % Le remplissage moyen passe de
Taux de
0,8
TR ; - 7 %
remplissage 1,58 1,8
à
passager par voiture

0,6
- 28 % Efficacité + 11 % - 70 %
énergétique poids des de consommation des voitures,
0,4 EE ; - 56 %
des véhicules voitures neuves surtout via l’électrique
0,2
IC ; - 86 % 49 % carburants liquides
CO₂ ; - 93 % Intensité 87 %
0 carbone 45 % électricité de l’énergie totale
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
4 % gaz, 2 % H₂

DEMANDE les livraisons de repas ou de colis à domicile, des


L’évolution de la demande accompagnée par l’État modes de vie plus en proximité dans le centre des
villes ou des week-ends ou séjours prolongés loin du
La modération de la demande ne fait pas vraiment domicile pour d’autres.
partie des objectifs de l’État. L’objectif est surtout
d’accompagner la demande de transport des usagers, L’aménagement du territoire poursuit les tendances
en essayant sur certains segments de l’orienter dif- des dernières décennies, sans grandes réorienta-
féremment, par exemple par la création de nouvelles tions, avec un dynamisme économique, une attrac-
infrastructures ou l’adaptation de l’existant pour tivité touristique ou culturelle des agglomérations
favoriser le développement du vélo, du covoiturage de plus de 200 000 habitants en particulier. Selon
quotidien ou le transport ferroviaire. les endroits, la métropolisation se fait par la densi-
fication, le remplissage des espaces vides ou l’urba-
L’État cherche donc à accompagner les évolutions nisation le long des axes de transport, tandis qu’une
telles que le télétravail, notamment pour limiter les autre partie des constructions nouvelles se fait en
conséquences des hausses de trafics, telles que la périphérie des métropoles.
congestion sur les routes et dans les transports en
commun aux heures de pointe. Ce développement Les déplacements à plus longue distance augmentent
a cependant un effet limité sur les trafics globaux, légèrement en fréquence, avec une durée moyenne
d’autant qu’il encourage certains choix de relocations de séjour en légère baisse et des distances moyennes
favorisant l’étalement urbain, que l’État peine à régu- en hausse, avec notamment une croissance plus forte
ler concrètement. Les comportements s’adaptent du transport aérien et du TGV parmi les modes de
également en réponse au télétravail, favorisant tantôt longue distance.

206 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

REPORT MODAL ser une solution de mobilité légère pour les plus
Un report modal surtout à l’intérieur et entre les petites lignes ferroviaires. Cela permet d’éviter des
plus grandes villes fermetures de ligne et modère le transfert vers les
autocars. L’ouverture à la concurrence se poursuit
Le report modal est porté essentiellement par la sur les transports en commun routiers et ferroviaires
dynamique de métropolisation qui concentre les avec des offres plus abondantes et efficaces sur les
opportunités de report modal depuis la voiture. lignes de plus forts flux mais de moindre qualité, voire
inexistantes, pour les lignes les moins rentables.
Dans le centre des grandes villes en priorité, l’usage
du vélo augmente, poussé par les collectivités locales. Les perspectives de croissance du transport aérien
La pratique se développe aussi en banlieue, avec une ne sont que partiellement revues à la baisse pour les
multiplication quasiment par cinq des kilomètres acteurs publics et économiques. En parallèle du déve-
parcourus en vélo d’ici 2050, portée par le fort déve- loppement du ferroviaire sur la longue distance, le
loppement du vélo à assistance électrique. Cepen- nombre de lignes est en baisse par un effet naturel
dant, le vélo peine à s’imposer dans les périphéries de report modal. Ce report est également accom-
éloignées des centres ou en zones rurales et reste un pagné parfois par l’État et les collectivités locales qui
véhicule privilégié pour les villes ou les distances y voient un moyen de réduire les émissions. Il peut
relativement courtes. également diminuer par la rationalisation des
finances publiques avec des subventions réduites
L’usage de la marche reste quant à lui proche de ses pour les lignes et les aéroports les plus déficitaires.
usages actuels, en intermodalité avec les transports Mais dans le même temps, ces créneaux libérés sont
en commun et pour les plus petites distances dans pris pour des trajets à plus longue distance, notam-
le centre des villes, notamment les métropoles. ment vers l’international. Aussi une partie des projets
d’extensions d’aéroports est menée à terme, soute-
Les transports en commun sont également dyna- nant la croissance de la demande et du trafic aérien.
miques dans les plus grandes villes, avec un soutien
de l’État au développement des services express
métropolitains (ou RER métropolitains) des lignes de REMPLISSAGE
métro, de tramway ou des bus à haut niveau de ser- L’agrégation des plateformes de covoiturage
vice. Aussi l’État favorise l’impulsion de services de pour créer l’effet d’échelle
mobilités à partir d’outils numériques (MaaS), de
plateformes unifiées, d’interfaces d’échanges API Concernant les transports en commun, la libéralisa-
standardisées entre applications (API pour Applica- tion croissante du marché et la rationalisation des
tion Programming Interface) et par montants investis et subventionnés amènent à une
l’encadrement règlementaire. concentration de l’offre sur les flux les plus impor-
Enfin, entre les grandes villes, le tants, portant à la hausse le remplissage moyen des
La place de la voiture transports en commun.
trafic des TGV reste dynamique,
baisse dans le centre favorisé par la création de nou-
des grandes villes velles lignes qui renforce encore La tendance de fond est moins favorable pour le
et des villes moyennes. un réseau en étoile centré autour développement du covoiturage, avec une place
de Paris et qui permet désormais encore très forte de la voiture individuelle, ainsi que
d’atteindre les extrémités sud- des coûts d’usage moins importants en raison de
ouest (ligne jusqu’à Toulouse, puis Bordeaux-Espagne l’électrification du parc de véhicules. Néanmoins,
par Bayonne) et sud-est (ligne nouvelle Marseille-Nice) des efforts structurants de l’État sont fournis pour
du pays à grande vitesse, tout en renforçant les liai- favoriser l’usage du covoiturage par trois types de
sons avec les pays européens voisins par le TGV ou politiques. Tout d’abord par des incitations finan-
les trains de nuit. cières, principalement concentrées sur les déplace-
ments domicile-travail. Ensuite par l’adaptation de
La place de la voiture baisse dans le centre des l’infrastructure, en développement des aires de
grandes villes et des villes moyennes, mais garde covoiturage sur des axes stratégiques ou encore à
généralement une place prépondérante ailleurs, avec proximité des gares, ainsi qu’avec le développement
une dépendance qui reste majeure dans les territoires de voies réservées, essentiellement sur les autoroutes.
périphériques de ces villes et dans les territoires Enfin, pour éviter l’éparpillement de l’information
ruraux. La vision est plutôt de décarboner le fonc- au vu des nombreuses plateformes en développe-
tionnement de la voiture que de limiter son usage. ment sur le covoiturage du quotidien, l’État met en
place une plateforme permettant d’agréger les offres
L’État cherche néanmoins à maintenir voire à déve- et les demandes de trajets au niveau national, faci-
lopper des offres de transport publics au-delà des litant ainsi la mutualisation sur une plateforme
métropoles. Il soutient les navettes autonomes par- unique.
tagées, aussi bien sur route que sur rail, pour propo-

207 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Un système équivalent existe également pour les DÉCARBONATION


offres d’autopartage, bien que les usages restent Une forte accélération de la décarbonation des
relativement limités pour la majorité des formes flottes et de l’énergie
d’autopartage. Le système le plus développé vient
des offres proposées par les constructeurs automo- La décarbonation de l’énergie est fortement poussée
biles, en combinant la location à longue durée d’un par l’État qui planifie une sortie accélérée des éner-
véhicule électrique du quotidien à une location de gies fossiles quand les technologies sont disponibles.
véhicule hybride pour les trajets à longue distance.
Sur une même année, ces derniers peuvent être loués Ainsi, pour le transport de voyageurs, la décarbona-
à des entreprises pendant les périodes scolaires et tion s’appuie prioritairement sur l’électrification dont
à des particuliers en périodes de vacances, pour faire le déploiement est déjà en cours et la production
face à la demande croissante sur ces périodes. largement décarbonée. Les politiques mises en place
combinent des incitations financières à l’achat, un
déploiement accéléré des infrastructures de recharge
EFFICACITÉ et un soutien aux industriels du secteur de l’automo-
L’électrification est ciblée pour gagner en efficacité bile complété par un effort pour relocaliser la pro-
duction de batteries sur le territoire.
Les gains de consommations d’énergie des véhicules
dans le scénario sont principalement obtenus par des Le mix énergétique est principalement complété par
leviers technologiques plus que par la sobriété dans les carburants liquides avec l’utilisation en plus des
leur usage. biocarburants conventionnels (première génération)
de biocarburants avancés (deuxième génération,
Le principal impact vient de l’électrification du parc, algues, etc.) ainsi que des e-carburants ou e-fuels
dont les consommations en énergie finale sont plus (carburants synthétiques produits par combinaison
faibles que pour les moteurs thermiques. De fait, ces de CO2 et d’hydrogène obtenu par électrolyse d’eau)
derniers ont encore des gains sur le début de la en particulier pour le transport aérien (cf. chapitre
période, mais qui sont partiellement compensés par 2.3.4. Carburants liquides).
une légère tendance à l’alourdissement des voitures
que l’allègement des matériaux ne parvient pas à Enfin, le mix énergétique pour la mobilité des voya-
compenser. geurs est complété par le biogaz dans des propor-
tions plus élevées pour les autobus et autocars que
Sur la route, seules des baisses de vitesse à 30 km/h pour les modes légers.
en ville sont réalisées selon les collectivités, mais ail-
leurs les limites actuelles sont conservées et les com- En complément, de l’hydrogène décarboné est pro-
portements de conduite évoluent peu sur la période. duit et délivré à proximité des lieux de consomma-
tion, ou transporté par pipe sur de plus longues
distances.

208 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 14 Résumé des principales évolutions du scénario 3 marchandises entre 2015 et 2050

Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie Demande + 0 % de trafics intérieurs, en tonnes-km
de transport
CO₂2050 + 25 % maritime international
= 0,05 = 1 x 1,18 x 0,94 x 0,48 x 0,10
CO₂2015
1,4
PL de 80 à 73 %
Report VUL de 7 à 10 %
modal Train de 11 à 14 %
1,2 RM ; + 18 %
Fluvial de 2,3 à 3,2 %
1 DT ; 0 %
TR ; - 6 % Taux de Le remplissage des poids lourds passe de

0,8
remplissage 9,7 à 11 tonnes/véhicule en moyenne
- 12 %
0,6
EE ; - 52 % Efficacité - 31 % 46 %
énergétique de consommation des traffics routiers
0,4 des véhicules pour les poids lourds sont en électrique
0,2
IC ; - 90 % Intensité 22 % carburants liquides 90 %
CO₂ ; - 95 % carbone 31 % électricité de l’énergie totale
0
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
37 % gaz, 10 % H₂

DEMANDE des clients qui se fait de plus en plus à domicile, en


Un objectif de croissance qui se stabilise néanmoins points relais ou en drive. Cela a des implications sur
l’utilisation des commerces, le développement des
L’évolution de la demande du transport de marchan- entrepôts logistiques, la question de la livraison des
dises est variée selon les secteurs, pour des flux glo- derniers kilomètres ou encore sur la fragmentation
baux relativement stables d’ici 2050, mais un peu de certains flux avec un recours croissant aux véhi-
plus basse que dans le scénario tendanciel malgré cules utilitaires légers.
de nombreuses similitudes. La consommation reste
au cœur de la société et entraîne une hausse des
quantités transportées de biens manufacturés, mal- REPORT MODAL
gré une saturation et même une baisse pour certains Des investissements sur les grands axes ferrés et
types de biens. Les besoins de matériaux de construc- fluviaux, avec un report limité
tion sont en baisse dans la décennie 2040-2050 par
rapport aux décennies précédentes du fait du ralen- L’État définit dans sa stratégie des transports des
tissement démographique et de la place croissante objectifs de report modal importants vers le fret
des logements collectifs neufs, moins consomma- ferroviaire ainsi que, dans une moindre mesure, vers
teurs de matériaux. De même, les quantités sont plus le fluvial et la cyclologistique, essentiellement par
faibles que dans le scénario tendanciel et en légère une politique de l’offre. Cela se matérialise par des
baisse pour les produits agricoles et alimentaires, investissements dans l’entretien et la modernisation
ainsi que pour les matières et biens industriels. Pour des réseaux pour soutenir des grands projets per-
la plupart des marchandises, l’évolution de la lon- mettant de gagner en capacité et par le soutien au
gueur des chaînes logistiques et des distances par- développement du transport combiné pour la longue
courues est moins contrastée que les quantités distance ainsi qu’à la cyclologistique en ville.
transportées, avec parfois des légères hausses sur
certains types de marchandises. La tarification carbone pénalise plus fortement le
transport routier en favorisant par rebond les modes
Les transformations les plus importantes dans la alternatifs. Pour autant la vision est avant tout de
logistique sont dues à celles introduites par la solli- décarboner le transport routier et non de réduire à
citation croissante du numérique pour l’optimisation tout prix l’activité économique du secteur et les tra-
des flux, la robotisation des centres logistiques et la fics. Le développement du e-commerce se traduit
diversification des usages des plateformes numé- également par une hausse des trafics en véhicules
riques pour les opérations logistiques. utilitaires légers sur la livraison des derniers kilo-
mètres. Le transport intérieur de marchandises reste
Le fort développement du e-commerce transforme donc très largement dépendant du routier et le
substantiellement la logistique du commerce B2C report modal est relativement limité.
(business to consumer), c’est-à-dire la livraison finale

209 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

L’évolution des flux du transport maritime dans les DÉCARBONATION


ports français est relativement stable car la forte L’État pousse à une conversion rapide vers un mix
baisse des flux d’énergies fossiles est compensée par énergétique diversifié
la hausse des trafics des autres marchandises, en
particulier du transport par conteneurs. L’État inves- L’État pousse fortement la décarbonation du trans-
tit donc dans les ports français pour dynamiser leur port de marchandises, en favorisant les changements
trafic et faire en sorte qu’une part croissante des flux de motorisation et la décarbonation des mix éner-
maritimes internationaux transite par les ports situés gétiques. Il investit de manière ciblée dans les tech-
en France. nologies clés qui présentent un potentiel important
de décarbonation, dont les coûts sont raisonnables
et lorsqu’il existe des opportunités d’exportation et
REMPLISSAGE de leadership mondial pour les entreprises françaises
Des gains obtenus par la massification des transports ou les consortiums européens.

Le remplissage des véhicules est globalement à la Une politique intégrée est prévue pour fournir inci-
hausse pour les différents modes, en essayant au tations et contraintes envers les acteurs de la logis-
maximum de concentrer les flux sur les axes princi- tique et de l’énergie pour faciliter cette décarbonation.
paux, afin de gagner en capacité de transport, aussi Il s’agit des aides à l’achat et à la conversion des flottes
bien pour le routier, le ferroviaire que le fluvial. Pour de véhicules, du soutien au déploiement des
les poids lourds en particulier, les véhicules les plus infrastructures de recharge et d’avitaillement des
capacitaires sont favorisés sur la longue distance. Les énergies, de la taxation croissante du carbone, d’obli-
outils numériques sont utilisés de manière croissante gations d’incorporation d’une part croissante d’éner-
pour regrouper des flux sur les mêmes corridors et gie décarbonée dans les carburants, ainsi que de
ainsi optimiser le taux de remplissage des véhicules. mécanismes de soutien pour la production d’énergie
Ces évolutions sont portées par des considérations décarbonée.
avant tout économiques. En permettant d’améliorer
la compétitivité du transport routier, elles peuvent L’électrique se déploie principalement sur les véhi-
avoir tendance à le favoriser au détriment d’autres cules utilitaires légers, dont une grande majorité des
modes. parcours est réalisée avec ce vecteur. L’État déve-
loppe un réseau d’autoroutes électriques sur les
principaux axes autoroutiers pour décarboner les
EFFICACITÉ poids lourds sur la longue distance. Ce système est
Des gains obtenus sur les moteurs thermiques utilisé à la fois par des véhicules hybrides et des véhi-
et via l’électrification cules 100% électriques qui fonctionnent sur batterie
pour les derniers kilomètres. Ces infrastructures sont
Le scénario pousse une transition accélérée du parc complétées par un déploiement large et cohérent
de véhicules vers des technologies bas carbone. Les d’infrastructures de recharge sur le territoire.
investissements et les travaux de recherche et déve-
loppement sont principalement tournés vers l’élec- Le second vecteur le plus utilisé dans le transport
trique et l’hydrogène. Les moteurs thermiques font routier de marchandises est le GNV, progressivement
toujours l’objet d’une attention particulière, d’autant orienté vers le biogaz. Il est principalement utilisé
que le biogaz et les biocarburants sont vus comme pour les poids lourds, plus faiblement pour les utili-
des vecteurs complémentaires et utiles à la décarbo- taires légers et pour décarboner une part substan-
nation. Des progrès techniques sont donc obtenus tielle des consommations d’énergie du fluvial.
sur les moteurs thermiques, mais ils ont tendance à
s’amoindrir. C’est surtout l’hybridation de ces moteurs L’hydrogène, un vecteur fortement poussé par l’État
qui permet de réduire leurs consommations. C’est le en accompagnement des stratégies européennes,
cas dans un premier temps pour les véhicules ayant est aussi utilisé pour représenter environ 10 % des
un usage mixte urbain et interurbain, qui ne passe- kilomètres parcourus, principalement réalisés par les
raient pas directement à l’électrique. PL, VUL et autobus/autocar.

Enfin, les biocarburants de deuxième génération et


les carburants avancés (dont les electrofuels) com-
plètent le mix énergétique de ces modes routiers.

210 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

5.5. Scénario 4 : la technologie


s’immisce dans les moteurs
et la gestion des mobilités

Dans le scénario 4, les principaux facteurs de trans- mations économiques et énergétiques. La place des
formation sont les nouvelles technologies, le numé- grands acteurs du numérique est croissante et se
rique et la recherche de gains de temps et de vitesse manifeste dans le développement des véhicules
dans le quotidien, en particulier dans les comporte- connectés et autonomes, des outils de communica-
ments de mobilité. Les multinationales, notamment tion à distance ou du e-commerce, qui ont un impact
étrangères, prennent un rôle de leader des transfor- sur les comportements.

MOBILITÉ DES PERSONNES

Graphique 15 Résumé des principales évolutions du scénario 4 voyageurs entre 2015 et 2050

CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X
Efficacité
énergétique X
Intensité
carbone + 39 % km parcourus au total
des véhicules de l’énergie Demande
de transport + 28 % km/personne
CO₂2050 (aérien international compris)
= 0,09 = 1,38 x 1,01 x 0,99 x 0,46 x 0,14
CO₂ 2015

1,6
Report + 92 % Les parts modales
modal distances totales varient peu
1,4 DT ; + 38 % en avion d’ici 2050

1,2
Le remplissage moyen passe de
RM ; + 1 % Taux de
1
TR ; - 1 % remplissage 1,58 1,62
à
passager par voiture
0,8

0,6 Efficacité + 25 % +9%


- 27 % énergétique poids des vitesse moyenne
EE ; - 54 % des véhicules
0,4 voitures neuves en voiture

0,2 IC ; - 86 %
Intensité 52 % carburants liquides 86 %
CO₂ ; - 91 %
0 carbone 45 % électricité de l’énergie totale
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
1 % gaz, 2 % H₂

DEMANDE gressive des véhicules sur les autoroutes ou dans


La recherche de vitesse et l’optimisation des temps les embouteillages. Les véhicules ont tendance à
de transport comme guides évoluer en « bureaux roulants » ;

La mobilité est vue comme un facteur de liberté. La le troisième levier est une optimisation des temps
croissance de la demande de mobilité est un symbole du quotidien par le numérique. Certaines activités
d’émancipation pour la population qui multiplie ses se font de plus en plus à distance, que ce soit par
possibilités d’activités. Pour limiter les inconvénients le développement du télétravail, de la téléméde-
des temps de déplacements potentiellement en cine, des loisirs à distance ou du e-commerce. Ces
hausse si les distances parcourues augmentent, trois évolutions permettent de limiter le nombre de
principaux leviers sont développés pour optimiser déplacements, en particulier pour les classes de
les temps de transport : population les plus aisées, dans un contexte où les
inégalités sociales et territoriales ont tendance à
le premier d’entre eux est celui de la vitesse. La s’accentuer.
recherche de gains de temps est constante. Les
applications numériques permettent d’éviter les La tendance à la baisse du nombre de déplacements
périodes ou les lieux de congestion ; l’adaptation au quotidien ne touche pas toutes les catégories de
et la gestion dynamique des infrastructures inten- la population avec la même ampleur. De plus, elle
sifient les flux ; est plus que compensée par la hausse des distances
moyennes de déplacement, qui portent les distances
le deuxième levier est de pouvoir occuper son totales à la hausse. Au quotidien, l’aménagement du
temps de transport par d’autres activités, ce qui territoire et la poursuite de l’étalement urbain aug-
est facilité en particulier par l’automatisation pro- mentent la longueur moyenne des déplacements,

211 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

en les rendant également fortement dépendants à au véhicule autonome et aux possibilités de recharge
la voiture. Les drives se développent pour les livrai- rapide des véhicules électriques.
sons qui ne se feraient pas directement à domicile.
Les moindres temps de transport au quotidien ainsi Le développement des transports en commun reste
que la flexibilité des lieux de travail apportée par le soutenu, mais essentiellement pour les modes mas-
développement des outils numériques ont pour effet sifiés, rapides et qui ne demandent pas trop de sou-
de favoriser les déplacements à plus longue distance, tiens publics. L’ouverture à la concurrence, de plus
pour des week-ends prolongés ou des vacances, en en plus forte, pousse les opérateurs à différencier
particulier chez les personnes les plus aisées. Le tou- leurs offres selon les catégories de population : vers
risme est mondialisé, avec une forte hausse des un modèle low cost pour attirer les ménages
voyages en avion, y compris pour de courts séjours. modestes ou vers des offres premium ou haut de
gamme avec de nombreux services proposés pour
les plus aisés. Ainsi, les bus et les cars sont utilisés
REPORT MODAL essentiellement par les populations les moins aisées,
L’ensemble des modes de transport motorisés en en général par les ménages démotorisés pour les
croissance transports du quotidien et pour s’offrir des voyages
à moindre coût. La recherche de rentabilité écono-
Les plus grandes métropoles se transforment en pre- mique des transports en commun pénalise les offres
nant la direction des smart cities ou villes connec- fortement dépendantes des financements publics,
tées. Elles ont recours aux technologies numériques avec une tendance à la baisse de l’offre des TER les
pour améliorer la gestion du trafic ou d’autres acti- moins fréquentés. Les trafics ferroviaires du quotidien
vités économiques. sont dynamiques principalement à l’intérieur des
métropoles, que ce soit pour les métros ou les ser-
La marche et les piétons sont relativement oubliés vices express métropolitains. Entre les grandes villes,
dans les transformations urbaines, mais de nouveaux le trafic TGV est également dynamique, avec de
services de mobilité émergent pour rendre leurs tra- nombreux opérateurs qui se font concurrence. Enfin,
jets plus rapides, avec de moindres efforts. Ainsi, se dans le but d’accélérer les innovations sur les trans-
développent différents types d’engins de déplace- ports rapides, des tests d’Hyperloop et de trains à
ments personnels motorisés (EDPM) partagés tels très grande vitesse sont réalisés.
que les trottinettes, les vélos à assistance électrique
ou d’autres véhicules nouveaux. Ces engins sont Le mode de transport rapide sur longue distance par
essentiellement présents dans le centre des plus excellence reste l’avion, qui poursuit sa forte crois-
grandes villes où les acteurs réussissent à rendre leurs sance, portée par des extensions d’aéroports et un
services rentables. L’espace public, pensé essentiel- désir de voyages lointains. L’innovation de l’aérien
lement comme un espace de circulation qu’il faut progresse vers la décarbonation : en combinant les
réussir à accélérer, voit de plus en plus d’escalators leviers de renouvellement de la flotte et d’efficacité,
ou de tapis roulants dans les zones les plus denses ainsi qu’en promouvant le développement de l’offre
essentiellement accessibles à pied. La mobilité active de carburants renouvelables et les technologies de
diminue, au profit des véhicules et des modes moto- propulsions adaptées.
risés. Enfin, les trottoirs sont parfois adaptés pour
l’utilisation de robots livreurs autonomes servant
également de lieux d’expérimentations pour d’autres REMPLISSAGE
configurations (zone de stationnement dédiée aux La voiture individuelle dominante, l’essor de
livraisons et chargements, entrepôts…) ou applica- véhicules autonomes partagés
tions (guidage, surveillance, etc.).
Le remplissage moyen des voitures fait face à des
La place de la voiture en ville est surtout régulée par tendances opposées. D’un côté, la voiture indivi-
la congestion et le manque d’espace des zones les duelle continue de s’imposer comme le mode de
plus denses, qui peuvent conduire sur certaines zones transport incontournable, l’évolution des compor-
à des restrictions pour les voitures, au profit des véhi- tements et le faible coût des kilomètres parcourus
cules très légers électriques ou des navettes auto- en véhicule électrique n’encourageant pas à la mutua-
nomes partagées. Partout ailleurs, la voiture lisation des trajets au quotidien. De l’autre côté, les
individuelle reste prédominante, avec la promesse ménages les plus précaires n’auront pas les moyens
des constructeurs automobiles et des acteurs du de passer aux véhicules électriques pendant long-
numérique de l’orienter vers des véhicules élec- temps et sollicitent fortement les services de covoi-
triques, connectés et autonomes. Les constructions turage pour les trajets de longue distance, mais aussi
d’infrastructures routières restent par ailleurs soute- de plus en plus pour les trajets du quotidien, une
nues, que ce soit les routes communales pour relier plateforme numérique réussissant finalement à s’im-
les nouveaux lotissements ou zones d’activités en poser sur ce créneau.
périphérie des villes, les projets d’autoroutes ou bien L’essor des véhicules autonomes renforce l’appétence
quelques adaptations des infrastructures existantes des plus riches pour un véhicule individuel dans

212 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

lequel ils peuvent désormais occuper une partie de tiaires). Surtout, les voitures deviennent plus lourdes,
leur trajet à d’autres activités de travail ou de diver- portées par les mêmes facteurs que par le passé, à
tissement. Pour rendre les services partagés attractifs savoir une hausse de la taille des véhicules, l’ajout de
et offrir une grande disponibilité en véhicules, des diverses options et d’équipements de sécurité, mais
véhicules autonomes peuvent également être en aussi par l’électrification et le poids des batteries, dans
rotation sans passager ce qui dégrade le taux de rem- une volonté d’offrir toujours plus d’autonomie. La
plissage moyen. Dans le recherche de vitesse pousse à accélérer la circulation,
même temps, des acteurs du notamment pour rehausser la vitesse sur certaines
numérique s’allient aux routes actuellement à 80 ou 110 km/h, parfois avec
Des systèmes constructeurs automobiles l’argument des moindres erreurs de la conduite assis-
d’autopartage en libre- pour proposer des véhicules tée ou autonome, dont les véhicules sont de plus en
service se développent autonomes partagés, proches plus équipés.
en ville, sans toutefois de la voiture, de la navette ou
conduire à une forte même du bus, et séduisent
démotorisation une partie des usagers pour DÉCARBONATION
les zones où les flux sont suf- Des progrès importants sur les batteries facilitent
des ménages en dehors
fisamment denses. Bien que le passage à l’électrique
des centres-villes.
ces véhicules fassent des par-
ties de trajets à vide ou avec L’électrification est vue comme un levier majeur de
un unique passager, ils ont décarbonation pour l’économie. C’est le cas dans
tendance à porter à la hausse le remplissage moyen les transports, avec en particulier une transition accé-
des voitures. lérée du parc de voitures vers l’électrique. Les progrès
importants sur le coût et les caractéristiques tech-
Dans le même temps, des systèmes d’autopartage niques des batteries sont utilisés pour augmenter
en libre-service se développent en ville, sans toutefois l’autonomie des véhicules, avec des conséquences
conduire à une forte démotorisation des ménages en termes d’augmentation de quantités de ressources
en dehors des centres-villes. Ces flottes partagées consommées. Associés à un vaste réseau de recharges
fournissent un service utile pour les ménages non rapides, ils permettent de s’affranchir rapidement
motorisés habitant des zones denses ou un service des résistances des usagers à leur adoption.
complémentaire à la possession de la voiture pour
les autres ménages, par exemple pour faire des trajets Les autres vecteurs énergétiques sont relativement
porte-à-porte en train de manière simplifiée. peu sollicités pour le transport de voyageurs, au vu
de la domination de l’électrique. Le biogaz représente
encore une part significative pour les autocars en
EFFICACITÉ raison des usages longues distances mais n’est que
L’automatisation et la connectivité ont des effets faiblement présent pour les autobus, pour lesquels
contrastés sur l’efficacité l’électrique est dominant. L’hydrogène complète le
mix énergétique de ces transports en commun, selon
L’hybridation et le passage à la motorisation électrique les choix et les possibilités d’écosystèmes locaux pour
constituent le principal levier d’efficacité énergétique mutualiser les usages avec d’autres activités.
des véhicules.
Les carburants liquides précédemment dérivés du
Au-delà de ces évolutions des moteurs, la mobilité pétrole gardent une part importante uniquement
autonome a des effets contrastés sur l’efficacité des dans le transport aérien, en raison de la forte hausse
véhicules. Elle a des effets positifs par une conduite des trafics. La volonté d’innovation accélérée ne
plus progressive, une vitesse réduite dans les zones suffit pas à décarboner complètement le secteur
incertaines ou au moindre danger et un respect strict d’ici 2050. Les carburants liquides restent largement
des limitations de vitesse, qui réduisent les consom- dominants, en particulier pour les long-courriers où
mations d’électricité. À l’inverse, l’efficacité des véhi- les alternatives n’arrivent pas à temps et ce sont
cules est pénalisée par les effets rebonds potentiels, essentiellement les biocarburants et plus faiblement
par les multiples capteurs et les transferts de données les carburants synthétiques (e-fuels) qui permettent
liés à l’assistance et à l’automatisation de la conduite, de réduire la part de kérosène fossile pour ces trajets.
de même que de nombreuses options visant à favo- Sur les plus courtes distances, ou pour l’aviation de
riser le confort et les possibilités d’activités en route. loisirs ou les jets privés, l’électrique et l’hydrogène
Au-delà de l’accroissement potentiel de la demande s’imposent progressivement, bien que cela repré-
de transport, un impact défavorable est à craindre sente des volumes relativement faibles sur le total
sur les consommations d’énergies au niveau des datas des consommations du transport aérien.
centers (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments résidentiels et ter-

213 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 16 Résumé des principales évolutions du scénario 4 marchandises entre 2015 et 2050

Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie Demande + 30 % de trafics intérieurs, en tonnes-km
de transport
CO₂2050 + 30 % maritime international
= 0,10 = 1,30x 1,24 x 1,03 x 0,38 x 0,15
CO₂2015
1,4
PL de 80 à 77 %
DT ; + 30 % Report VUL de 7 à 12 %
1,2
RM ; + 24 % modal Train de 11 à 8 %
Fluvial de 2,3 à 2,2 %
1 TR ; + 3 %
Taux de Le remplissage des poids lourds passe de

0,8
remplissage 9,7 à 10,4 tonnes/véhicule en moyenne
-9%
0,6
Efficacité - 43 % 69 %
énergétique de consommation des traffics routiers
0,4 EE ; - 62 % des véhicules pour les poids lourds sont en électrique
0,2 IC ; - 85 %
CO₂ ; - 90 % Intensité 15 % carburants liquides 77 %
0 carbone 53 % électricité de l’énergie totale
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 de l’énergie est décarbonée
32 % gaz, 0 % H₂

DEMANDE automatisés et où des centres commerciaux dyna-


Des flux en hausse pour une logistique de plus miques ont réussi à s’adapter en hybridant leur
en plus mondialisée et à flux tendus modèle avec plusieurs modes de distribution (livrai-
son à domicile, drive, commerce physique avec
L’évolution de la demande de marchandises se fait caisses automatisées, etc.).
dans un contexte économique global de croissance
soutenue. La mondialisation va de pair avec une éco- La hausse des flux intérieurs (en tonnes-kilomètres
nomie spécialisée, la tertiarisation de l’économie transportées) est le résultat essentiellement de la
française se poursuit et les entreprises multinatio- hausse de la longueur des chaînes logistiques des
nales, souvent étrangères, occupent un rôle impor- biens manufacturés ou de l’industrie agroalimentaire
tant dans l’économie et sa décarbonation. Elles et de celle des distances moyennes parcourues par
jouent notamment un rôle majeur dans la logistique, les marchandises. Les quantités transportées sont à
en raison de la position dominante sur certains seg- peu près stables au global avec, selon les secteurs,
ments du marché de la distribution. Leur capacité des flux en hausse (produits manufacturés), relative-
d’investissement dans les innovations technologiques ment stables (alimentation, minerais et industrie) ou
et le numérique permet de développer la mobilité en baisse (matériaux de construction).
autonome. C’est le cas des poids lourds, des trains
ou des opérations d’automatisation dans les centres Les flux du commerce international sont aussi par-
logistiques ou pour développer des applications de ticulièrement dynamiques, hormis pour les flux
drones ou de robots livreurs. d’énergies fossiles, dont la baisse n’est que partielle-
ment compensée par des importations en hausse
Les entreprises et les consommateurs tournent leurs d’énergies décarbonées (biomasse ou hydrogène,
attentes vers la minimisation des coûts, mais aussi notamment).
vers la rapidité des livraisons. Cela se caractérise par
une augmentation et une forte fragmentation des
flux en particulier sur les derniers kilomètres, des REPORT MODAL
stocks limités et des chaînes logistiques à flux tendus. Le transport routier toujours plus prédominant
Dans ce contexte, le e-commerce devient le canal
principal de distribution de nombreux biens de Le transport routier de marchandises impose toujours
consommation et marginalise certains magasins phy- plus sa prédominance dans le système de transport.
siques qui ne se sont pas adaptés à cette tendance, Les poids lourds restent le mode privilégié pour la
en particulier pour certains commerces de taille moyenne et la longue distance. La hausse des trafics
limitée en centre-ville. Le commerce est plus dyna- est similaire dans le fluvial qui se trouve porté par
mique dans les périphéries où continuent de se l’ouverture du canal Seine Nord Europe et la hausse
construire des entrepôts logistiques de plus en plus du trafic de conteneurs. Dans le même temps, le fret

214 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

ferroviaire se concentre sur les axes les plus emprun- puis aux véhicules électriques. Cette électrification
tés tandis que certaines petites lignes perdent en progressive est poussée par les différents acteurs
qualité de service ou sont fermées à la circulation. économiques de l’énergie, de la logistique et par les
Les trafics ferroviaires sont stables, ce qui donne une pouvoirs publics.
part modale en légère baisse, en raison de la crois-
sance de la demande totale. Sur la courte distance,
la cyclologistique se développe dans le centre des DÉCARBONATION
métropoles, assurée essentiellement par des Des accélérations technologiques limitées par
autoentrepreneurs qui sont chargés de réaliser des les ressources disponibles
livraisons rapides en évitant la congestion routière.
Ailleurs, ce sont surtout les véhicules utilitaires légers La croyance dans les bienfaits de la technologie fait
qui sont en croissance et assurent la livraison des de la décarbonation de l’énergie le levier privilégié
derniers kilomètres. de la transition énergétique, loin de toute volonté
de contraindre la demande.
De nombreuses solutions technologiques tentent
d’être déployées pour assurer une livraison rapide L’électrification en particulier fait partie des piliers
et autonome (drones, robots livreurs, navettes flu- de la transformation technologique, qui vise des
viales, etc.), mais n’investissent généralement que transports intelligents, autonomes, connectés et zéro
des marchés de niche en raison de la difficulté à émission. Le déploiement quasiment généralisé de
circuler dans l’espace public sans entraîner de nom- la traction électrique est facilité par les progrès
breux conflits avec les autres usagers. importants sur les coûts des véhicules et en particu-
lier des progrès importants sur les batteries, qui
permettent d’augmenter l’autonomie et les emports
REMPLISSAGE de marchandises. Ces autonomies sont complétées
Le juste-à-temps fragmente les envois malgré par un réseau dense d’infrastructures de recharge
les optimisations numériques dont des réseaux de recharges rapides adaptées pour
des usages de transport de marchandises.
La place croissante du numérique et de l’automati-
sation sont les principaux ressorts utilisés pour Au-delà de l’électrique, c’est essentiellement le biogaz
essayer d’améliorer le taux de remplissage des véhi- qui fournit une part importante du trafic de poids
cules pour les différents modes de transport de mar- lourds sur la longue distance. L’hydrogène a une per-
chandises. tinence limitée en raison du fait que sa production
décarbonée consomme plus d’électricité que l’équi-
Mais une tendance plus négative est à l’œuvre : celle valent énergétique dans un moteur électrique. Enfin,
de la généralisation du juste-à-temps et des livraisons les biocarburants se développent pour limiter les
rapides, qui limitent la possibilité d’organiser la émissions liées aux carburants liquides, qui restent
mutualisation des marchandises. Cette tendance significatifs dans les consommations d’énergie à l’ho-
pénalise les modes lourds que sont le ferroviaire et rizon 2050.
le fluvial et favorise le transport routier qui est plus
flexible. Elle encourage aussi l’utilisation de véhicules Au sein du transport de marchandises, c’est surtout
utilitaires légers à la place des poids lourds et limite dans le transport maritime que le pétrole garde une
le remplissage de ces véhicules de livraison qui sont place importante, malgré le développement des
moins remplis en moyenne. Cependant, cette frag- biocarburants.
mentation des livraisons a ses limites, notamment
en termes de coûts économiques pour les opérateurs.
En conséquence, elle ne se développe pas sur tous
les segments de marché, les envois massifs étant
privilégiés quand cela est possible et qu’il n’y a pas
de valeur ajoutée particulière à la fragmentation des
envois ou à la livraison très rapide.

EFFICACITÉ
Des gains essentiellement par l’électrification des
véhicules

Le scénario est celui d’une forte électrification des


flottes, y compris pour une part importante des poids
lourds. Les principaux gains d’efficacité en énergie
finale consommée proviennent ainsi de ce passage
aux véhicules hybrides, aux hybrides rechargeables

215 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

6. Grande variabilité de la demande


entre les scénarios
ÉVOLUTION DES 5 LEVIERS DE LA TRANSITION

Au début de la présentation de chaque scénario, la Les contrastes les plus importants apparaissent sur
décomposition Kaya des scénarios en cinq leviers les premiers leviers de la décomposition, en parti-
montre la façon dont ces leviers participent à l’évo- culier sur la demande de transport.
lution des émissions de CO2. Les résultats sur les
émissions pour le scénario tendanciel et les quatre Des tendances similaires apparaissent également
scénarios de neutralité carbone sont regroupés dans pour le transport de marchandises (Graphique 18).
le Graphique 17, à la fois sous forme multiplicative L’impact du report modal à la hausse sur les émissions
(évolution par rapport à l’année de référence à s’explique essentiellement par la part croissante des
gauche) et sous forme additive (évolution des émis- véhicules utilitaires légers, moins efficaces que les
sions en MtCO2 sur la période, entre 2015 et 2050 à poids lourds par tonne transportée, dans le total des
droite). trafics.

Graphique 17 Décompositions Kaya de l’évolution des émissions entre 2015 et 2050 pour le transport de voyageurs (aérien international inclus),
formes multiplicative et additive
Efficacité Intensité Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie

1,6 40
Voyageurs : Kaya multiplicatif Voyageurs : Kaya additif
Variation des émissions par rapport à 2015 (MtCO₂)

1,4 20
Évolution entre 2015 (base 1) et 2050

1,2 0

1 - 40

0,8 - 60

0,6 - 60

0,4 - 80

0,2 - 100

0 - 120
TEND S1 S2 S3 S4 TEND S1 S2 S3 S4

Note de lecture : les évolutions totales correspondent aux points noirs dans le graphique de droite.

216 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 18 Décompositions Kaya de l’évolution des émissions entre 2015 et 2050 pour le transport intérieur de marchandises,
formes multiplicative et additive
Efficacité Intensité Efficacité Intensité
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie
CO₂ = Demande
de transport
X Report
modal
X Taux de
remplissage
X énergétique
des véhicules
X carbone
de l’énergie

1,4 30
Marchandises : Kaya multiplicatif Marchandises : Kaya additif

Variation des émissions par rapport à 2015 (MtCO₂)


20
1,2
Évolution entre 2015 (base 1) et 2050

10
0,8
0

1 - 10

0,6 - 20

- 30
0,4
- 40

0,2
- 50

0 - 60
TEND S1 S2 S3 S4 TEND S1 S2 S3 S4

Note de lecture : les évolutions totales correspondent aux points noirs dans le graphique de droite.

ÉVOLUTIONS DE LA DEMANDE

La demande de transport de voyageurs est princi- par personne qui apparaît légèrement plus contrasté
palement mesurée en kilomètres parcourus pour les selon les scénarios. Le report modal depuis la voiture
quantifications énergétiques. Ce critère diffère sin- est bien visible sur tous les critères pour S1 et S2,
gulièrement selon les scénarios. Il recule de 26 % (y scénarios dans lesquels la baisse de l’aérien est éga-
compris aérien international) dans S1 et augmente lement bien visible en distances parcourues. Le report
de 39 % dans S4 (soit - 30 à + 30 % en kilomètres par vers le vélo est bien visible en temps de déplacement
personne Graphique 19). Les contrastes dans l’évolu- et en nombre de trajets. Les reports sont plus faibles
tion des temps de transport par personne sont bien dans les scénarios tendanciels, S3 et S4, avec comme
moins forts et sont maximaux pour les scénarios principal fait marquant une hausse sensible de la
tendanciel et S3, tout comme le nombre de trajets part des distances parcourues en avion.

Graphique 19 Évolution de la demande voyageurs en 2015 et en 2050 selon les scénarios, en distance, temps de transport et nombre de trajets moyens
par personne et par mode

Distances de déplacement par mode (km/jour) Temps de déplacement par mode (min/jour) Nombre de trajets journaliers par mode
70 80 3,5 + 11 %
+3% +5%
+ 28 %
+ 25 %
70 + 13 % + 10 % + 9 %
60 3
+7%
+ 13 % - 12 % - 11 %
15,1 0%
15,1 1,14
60
50 2,5
12,9 24 0,86 1,68
2,2
8,5 50 22,1 34,1
- 17 % 2
1,99
40 41,1 38,6
1,72
36,4 0,25
6,1 0,21
- 32 % 40 4,5
0,25 0,3
3,9 4,4
30 6,4 1,5
36,4 30,7 36,7 5,3 0,26
19,2
30 4,8
31,8
13,6 0,23 0,68 0,26
17,1 0,64
20 4
4,2 11,7 4,9 4,6 1 0,21
20 0,23 0,23
3,8 4,2 6,2 4,5 0,2 0,39
2,6 1,5 2,9 0,17
2,5 0,09 0,24
2,8
10 2,7
17,7 0,5 0,15
2,3
2,4 7,9 2,8 10 16,4 0,74 0,8
5,8 14,2 14,4 15,1 0,62
6,3 13,1 0,59 0,59
5,1 6 0,39
4,6
2,5 3,4
0,3 0,6 1,3 0,6
0 0 0-
2015 TEND S1 S2 S3 S4 2015 TEND S1 S2 S3 S4 2015 TEND S1 S2 S3 S4

Marche Vélo Train Bus et car Voiture et deux-roues motorisés Avion

217 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Pour la demande de transport de marchandises, des dans les trafics entre les scénarios sont visibles pour
tendances similaires sont visibles sur la demande les différentes catégories de marchandises. De nou-
totale, avec une demande en retrait important pour veau, le report modal est maximal pour les scénarios
S1 et S2 (respectivement - 45 % et - 35 %), constante 1 et 2 en pourcentage des trafics (22 % et 25 % de
pour S3 et en hausse de + 30 % pour S4. Les contrastes part modale du ferroviaire en 2050 notamment).

Graphique 20 Évolution du transport de marchandises en 2015 et en 2050 selon les scénarios et taux d,évolution par rapport à
2015 par mode (en haut) et par catégorie de marchandises (en bas)

Trafics par mode

450
+ 30 %
9,1
400 + 16 % 35
8,4
350 35 0% 51
7,5 10,3
Trafics de marchandises (Gtkm)

33
300 34 45
23
250 34
- 35 %
200 11,7
- 45 %
9,1 52
324
150 297 39
21
258
21 235
100

126
50 108

0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

Poids lourds (PL) Véhicules utilitaires légers (VUL) Rail Fluvial

Trafics par catégorie de marchandises

450
+ 30 %
400
+ 16 %
Trafics de marchandises (Gtkm)

350
0%

300

250
- 35 %
200 - 45 %

150

100

50

0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

M1 – matériaux de construction M2 – produits manufacturés


M3 – agriculture et alimentation M4 – minerais industriels

218 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

STRUCTURE DU MIX ÉNERGÉTIQUE


POUR LES PRINCIPAUX MODES EN 2050

Les Graphiques 21 à 23 présentent la part du vecteur passagers-kilomètres et les tonnes-kilomètres réalisés


énergétique considéré respectivement pour les par les voyageurs et les marchandises.

Graphique 21 Mix énergétique et part de l’électricité pour les voitures particulières


dans les différents scénarios en 2050

1 000

800
Flux VP (Gpkm)

600
81 % 91 %
400
90 % 90 % 91 %
200

0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

Diesel/biodiesel Essence/bioessence GNV/bioGNV VHR Électricité H2

VHR : véhicules hybrides rechargeables.

Graphique 22 Mix énergétique et part de l’électricité pour le transport de marchandises


par les VUL dans les différents scénarios en 2050

60
Flux VUL (Gtkm)

40

20 % 90 %
20
45 % 70 %
46 %
0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

Diesel/biodiesel Essence/bioessence GNV/bioGNV VHR Électricité H2

VHR : véhicules hybrides rechargeables.

Graphique 23 Mix énergétique et part de l’électricité, du gaz et de l’H² pour le transport


de marchandises par les poids lourds dans les différents scénarios en 2050

400

300 1%
Flux PL (Gtkm)

10 %
13 % 65 %
200
42 %
100 8% 33 %
39 % 35 % 34 % 34 %
0
13 %
2015 TEND S1 S2 S3 S4

Diesel/biodiesel Essence/bioessence GNV/bioGNV VHR Électricité H2

VHR : véhicules hybrides rechargeables.

219 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 24 Consommation énergétique pour le transport aérien pour les différents scénarios en 2050

100

énergétique (TWh)
Consommation 80

60

40

20

0
Métropole

Outre-mer

International

Métropole

Outre-mer

International

Métropole

Outre-mer

International

Métropole

Outre-mer

International

Métropole

Outre-mer

International
TEND S1 S2 S3 S4

Kérosène Biokérosène/power-to-liquid (P-t-L) Électricité H2

L’évolution vers l’électromobilité est la plus marquée PARC DE VÉHICULES


et la plus rapide pour les véhicules particuliers, avec
au final en 2050 un mix énergétique qui diffère peu Pour illustrer d’une manière quantitative les situa-
entre les scénarios hormis le vecteur gazeux (GNV et tions contrastées qu’induisent les hypothèses des
H2) dans S2 et S3. La différence est essentiellement scénarios, nous présentons ci-après les niveaux de
marquée en valeur absolue sur les niveaux de de- ventes pour les catégories VP et VUL et les transfor-
mande pour la mobilité en véhicules particuliers. mations des parcs correspondants envisagés.

L’évolution est plus diversifiée dans le cas du trans- N.B. : les hypothèses sur les usages et remplissages
port de marchandises, particulièrement pour les utilisées pour ces simulations ne sont pas présentées
poids lourds rigides et articulés pour lesquels le recours dans cette synthèse, elles seront fournies dans le
à des vecteurs à forte densité énergétique (permettant cahier d’hypothèses.
de maximiser la capacité d’emport) et/ou se prêtant
à des remplissages rapides (gaz et H2) s’avère nécessaire
pour certains usages comme les longues distances.

Tableau 7 Évolution 2015-2050 des ventes de voitures particulières neuves selon les scénarios

Immatriculations de voitures particulières neuves


Scénarios 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050
TEND 1 917 223 1 650 117 2 329 481 2 430 054 2 442 229 2 454 464 2 466 761 2 479 120
S1 1 917 223 1 650 117 1 838 115 1 573 949 1 433 501 1 305 585 1 189 084 1 082 978
S2 1 917 223 1 650 117 2 050 429 1 923 192 1 764 736 1 619 336 1 485 915 1 363 488
S3 1 917 223 1 650 117 2 135 745 2 072 437 2 031 319 1 991 016 1 951 513 1 912 794
S4 1 917 223 1 650 117 2 261 906 2 302 382 2 304 109 2 305 838 2 307 568 2 309 299

Tableau 8 Évolution 2015-2050 des ventes de véhicules utilitaires légers neufs selon les scénarios

Immatriculations de véhicules utilitaires légers neufs


Scénarios 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050
TEND 377 731 360 000 495 726 510 778 526 286 542 265 558 729 575 694
S1 377 731 360 000 423 443 382 601 412 259 393 568 375 723 358 688
S2 377 731 360 000 455 747 437 807 420 572 404 017 388 112 372 834
S3 377 731 360 000 491 308 502 462 513 870 525 536 537 468 549 670
S4 377 731 360 000 551 723 621 503 588 502 627 917 669 972 714 844

220 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 25 Transformations 2015-2050 des parcs automobiles selon le scénario considéré

Parc VP 2015-2050 Parc VP 2015-2050


Scénario 1 Scénario 3
40 40
Millions de véhicules

Millions de véhicules
30 30

20 20

10 10

0 0
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

Parc VP 2015-2050 Parc VP 2015-2050


Scénario 2 Scénario 4
40 40
Millions de véhicules

Millions de véhicules
30 30

20 20

10 10

0 0
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

Essence Diesel Autres/GNV VHR VE H2

VHR : véhicules hybrides rechargeables, VE : véhicules électriques.

CARACTÉRISTIQUES DES VÉHICULES


COMMERCIALISÉS

Pour documenter l’évolution des efficacités énergé- medium et large) et la masse des véhicules neufs. Ces
tiques au-delà de l’effet des technologies (gains incré- éléments ont également permis d’analyser les masses
mentaux et pénétration des différentes motorisations), dédiées aux batteries pour les VHR et VE notamment
une analyse complémentaire a été menée sur les et d’alimenter les travaux en cours sur le volet res-
gabarits des véhicules (trois classes de taille : small, sources (feuilleton prévu pour 2022).

Graphique 26 Comparaison des masses moyennes des voitures neuves par technologie et par scénario en 2050 (à gauche)
et évolution des masses moyennes globales pondérées par les ventes selon les scénarios (à droite)

Masse moyenne des voitures neuves en 2050 Trajectoires des masses moyennes des voitures
par énergie et par scénario neuves par scénario

1 750
Masse VP neuves en 2050 (kg)

Masse moyenne VP neuves (kg)

2 000 TEND
S4
1 500
Réalisé S3
1 500
1 250
S2
1 000 100
S1
750
500
2015 TEND S1 S2 S3 S4 500
2000 2010 2020 2030 2040 2050
VTh VHR VE VH2 Moy. tous

VTh : voitures thermiques, VHR : véhicules hybrides rechargeables,


VE : véhicules électriques, VH2 : voitures à hydrogène.

221 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

CONSOMMATIONS D’ÉNERGIE

Graphique 27 Demande énergétique des transports en 2050 par vecteur et par scénario (pour le transport de voyageurs,
de marchandises et les soutes [transports internationaux])

350

300

250

200
TWh

150

100

50

0
2015 TEND S1 S2 S3 S4 2015 TEND S1 S2 S3 S4 2015 TEND S1 S2 S3 S4
Voyageurs Marchandises Soutes

Diesel carboné Essence carbonée Gaz naturel carboné GPL Fioul carboné Kérosène carboné
Substitut diesel Substitut essence Biogaz Substitut fioul Substitut kérosène Électricité H2

Le Graphique 27 fournit les résultats sur la demande de GES liées à l’amont (production des énergies, pro-
énergétique en couplant l’estimation des consom- ductions des véhicules, des infrastructures) ni celles
mations d’énergies résultant des hypothèses du sec- liées à la fin de vie des véhicules. Le graphique illustre
teur sur les différents leviers détaillés avec les les gains permis en combinant les différents leviers
données sur les vecteurs énergétiques décarbonés et plus particulièrement la réduction de la demande
(biocarburants liquides et gazeux, électro-carburants, énergétique et la substitution par des vecteurs peu
H2, etc.) qui sont présentées dans les chapitres 2.3.1. ou pas carbonés. Les émissions de GES résiduelles
Mix gaz et 2.3.4. Carburants liquides. On peut constater directes ainsi que celles qui sont comptabilisées dans
que les motorisations classiques deviennent large- d’autres secteurs d’activités (industrie, construction…)
ment minoritaires dans tous les scénarios en 2050. témoignent de la nécessité de mise en œuvre de
Le graphique montre par ailleurs la grande variabilité puits carbone naturels ou technologiques selon les
des demandes d’énergies selon les scénarios, notam- scénarios.
ment les niveaux parfois conséquents de demande
en vecteur énergétique décarboné : de 52 à 185 TWh Au-delà de cette représentation d’ensemble de la
d’électricité sont appelés en utilisation directe pour réduction de GES pour le secteur des transports, le
la traction électrique selon le scénario considéré, Tableau 9 présente, sous la forme d’un score de décar-
auxquels il faudra rajouter jusqu’à environ 25 TWh bonation (pourcentage sur le total des consomma-
d’électricité pour répondre à une demande en hydro- tions d’énergie), les niveaux obtenus de substitution
gène produit par électrolyse (près de 20 TWh d’H2 par des énergies d’origine non fossile. Sont donc
utilisé dans S2, après application du rendement de considérés ici comme décarbonés l’électricité, l’hy-
conversion). Pour les biocarburants liquides et le drogène (produit par électrolyse), le biogaz et les
biogaz, les quantités utilisées varient respectivement biocarburants. Les scores atteints mettent en lumière
de 49 à 101 TWh et de 13 à 35 TWh. la part non négligeable restante à compenser en ne
tenant compte, pourtant, que des émissions directes
(cf. 2.4.3. Puits de carbone).

ÉMISSIONS DE GES DIRECTES POUR LE SECTEUR


DES TRANSPORTS ET DE LA MOBILITÉ

Le Graphique 28 présente les émissions de GES liées


aux modes de transports pour l’ensemble des usages
(mobilité voyageurs et transports de marchandises).
Les niveaux présentés n’intègrent pas les émissions

222 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 28 Émissions directes de gaz à effet serre en 2050 pour les transports selon les différents scénarios
et part d,évolution par rapport à 2015

150,5 Soutes internationales incluses


150

Émissions de GES (MtCO2eq)


125

100
- 49%
75

50

25 - 90%
- 91% - 94%
- 95%
0
2015 TEND S1 S2 S3 S4

Diesel GPL Essence Gaz naturel Fioul lourd Kérosène

Tableau 9 Décarbonation de la demande énergétique pour le secteur des transports à l’horizon 2050 selon les scénarios

Taux de décarbonation atteint du secteur des transports


Périmètre 2015 TEND S1 S2 S3 S4
Métropole 10,4 % 80,2 % 93,9 % 96,8 % 96,3 % 96,1 %
Voyageurs
TOTAL 8,5 % 54,5 % 79,9 % 84,7 % 87 % 86,5 %
Métropole 7,7 % 19,7 % 71,5 % 97,2 % 87,8 % 81,1 %
Marchandises
TOTAL 7% 17,9 % 65 % 91,4 % 89,5 % 76,8 %

Ensemble Métropole 9,4 % 46,7 % 82,5 % 97 % 92,3 % 89,2 %


transports et mobilité TOTAL 8% 38,2 % 73,3 % 87,3 % 88 % 83 %

Au-delà de l’image à 2050, le cumul d’émissions d’ici S1 et S2. La différence avec la SNBC est que cette
cette date est un paramètre important pour l’évolu- dernière prévoyait des baisses d’émissions dès la
tion du climat, car il déterminera la quantité d’émis- période 2015-2020, alors qu’elles sont ici constantes
sions émises dans l’atmosphère sur la période dans tous les scénarios. S1 et S2, qui possèdent les
2015-2050. Ce cumul est mesuré en équivalent d’an- baisses d’émissions les plus rapides, ont le cumul
nées d’émissions de 2015 (soit 36 ans en cas d’émis- d’émissions le plus faible, de l’ordre de 13 % de moins
sions constantes d’ici 2050), afin de pouvoir être sur la période que S3, S4 et la SNBC. Ils sont aussi les
comparé avec la trajectoire de la SNBC, malgré un seuls scénarios à respecter les budgets carbone de
niveau d’émissions en 2015 légèrement différent. court terme de la SNBC (2019-2023, 2024-2028 et
2029-2033) à condition d’inclure la baisse de 2020
Il apparaît (Graphique 29) que le scénario tendanciel pour le budget 2019-2023. Ces budgets sont en
émet 23% de moins que le scénario fictif d’émissions revanche légèrement dépassés dans S3 et S4, d’envi-
constantes. C’est 41 % de moins dans la SNBC, ainsi ron 1 à 5 % pour chacune des trois périodes.
que dans S3 et S4 ; c’est environ 46 % de moins dans

223 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Graphique 29 Émissions de CO² des transports intérieurs cumulées sur l,ensemble de la période 2015-2050, en nombre d,an-
nées d,équivalent aux émissions de 2015, comparé au cumul en cas d,émissions constantes (36 ans) et à la SNBC

36
35

en équivalent d’émissions de 2015


30
27,6
25
Nombre d’années,

21,9
21,3 21,3
19,8 19,2
20

15

10

0
Émissions constantes TEND S1 S2 S3 S4 SNBC

ÉMISSIONS DE POLLUANTS ATMOSPHÉRIQUES

Une analyse qualitative a été conduite pour évaluer véhicules thermiques (et en particulier Diesel), ainsi
l’impact des scénarios sur l’évolution des émissions que par la généralisation de véhicules moins émet-
de polluants atmosphériques. Elle sera publiée dans teurs. Pour les particules, l’évolution des émissions
le cadre d’un feuilleton en 2022. hors échappement (abrasion des freins, pneus et
chaussée) est plus incertaine et devra faire l’objet
La première analyse qualitative a été établie à partir d’analyses plus approfondies sur les impacts possibles
des évolutions des trafics par catégorie de motorisa- des réglementations à venir, de l’évolution des trafics
tion et des facteurs d’émission par kilomètre parcouru. ou encore du poids des véhicules. Concernant les
Les scénarios envisagés devraient réduire les émis- transports fluvial, maritime, aérien domestique et
sions de combustion comme les oxydes d’azote international, tous les scénarios envisagés devraient
(NOx) et les particules (PM) des trafics routier et fer- réduire les émissions de NOx et de PM en 2050 par
roviaire en 2050 par rapport au scénario de référence. rapport au scénario de référence.
Cela s’explique par la baisse conjointe des trafics des

224 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

7. Des transformations de rupture


s’imposent
Les enseignements à tirer de ce travail sont, dans un internationales aériennes et maritimes sont les plus
premier temps, sur les points qui apparaissent difficiles à décarboner dans tous les scénarios avec
comme incontournables pour tous les scénarios et un recours résiduels aux énergies fossiles qui peut
dans un deuxième temps sur les politiques publiques représenter du quart aux trois quarts de leurs
structurantes qui sont spécifiques à chacun des scé- demandes énergétiques. Ceci explique que le taux
narios, et dans un troisième temps les enseignements de décarbonation varie significativement selon que
globaux à la lumière des résultats et des contrastes l’on prend en compte ou non ces soutes (Tableau 9).
entre les scénarios.
L’électrification apparaît en particulier comme un
Un premier enseignement commun à tous les scé- levier indispensable pour décarboner les véhicules
narios concerne les transformations très fortes et légers. C’est le cas en particulier pour les voitures,
rapides à enclencher pour atteindre la neutralité avec un parc très largement électrifié en 2050 dans
carbone, en rupture avec certaines tendances pas- tous les scénarios, malgré des différences sur le
sées et actuelles. Au-delà des récits de transitions rythme de déploiement ou la place laissée aux véhi-
réussies qui sont décrits précédemment, les évolu- cules hybrides. L’électrique est aussi très présent pour
tions prévues témoignent de la difficulté de l’objec- les deux-roues motorisés et les vélos à assistance
tif, en cela qu’elles impliquent des changements électrique. Il domine encore plus qu’actuellement
majeurs à différents niveaux, plus ou moins pronon- le mix énergétique du ferroviaire, se développe de
cés selon les scénarios : évo- manière marquée pour les bus et de manière plus
lution des modes de vie, des contrastée et croissante de S1 à S4 pour les véhicules
usages, des mentalités, de la utilitaires légers, les poids lourds et les autocars. En
La décarbonation de gouvernance, de la fiscalité, revanche, l’électrique n’est pas développé de manière
l’énergie est un levier des réglementations, des significative dans les transports aériens et maritimes
incontournable pour technologies, des modèles et très peu dans le fluvial.
tous les scénarios. économiques, du partage
de l’effort et des bénéfices Pour les modes dont une part très significative n’est
entre les acteurs, etc. Ainsi pas électrifiée, les carburants liquides, le gaz naturel
la réussite de ces scénarios de transition des trans- véhicule et l’hydrogène se partagent le reste du mix
ports dépasse-t-elle largement ce seul secteur pour énergétique. Leur origine ou leur production étant
s’intégrer dans une approche systémique. encore largement dépendante des énergies fossiles
aujourd’hui, il est indispensable d’assurer la décar-
L’évolution des motorisations est également un élé- bonation de ces vecteurs énergétiques et de veiller
ment commun à tous les scénarios contrairement à ce que leur développement ne pérennise pas cette
au niveau de la demande, aux comportements de dépendance au fossile en raison de potentiels de
sobriété ou à l’organisation des transports. production bas carbone insuffisants. C’est le cas
pour les biocarburants et le biogaz, qui dépendent
La décarbonation de l’énergie est un autre levier des ressources disponibles et de leur priorité d’af-
commun, bien que les progrès soient plus ou moins fectation selon les scénarios. C’est également le cas
forts selon les scénarios. Les interactions avec le sec- pour l’hydrogène qui nécessite une montée en puis-
teur de l’énergie montrent le besoin de s’appuyer sance des capacités d’électrolyse et des quantités
sur la complémentarité des différentes énergies, la importantes d’électricité bas carbone. Il faut ainsi
difficulté de la décarbonation du fait des contraintes veiller à ne pas développer trop vite les usages du
techniques et économiques, la dépendance à l’adé- gaz ou de l’hydrogène dans la mobilité au risque
quation entre l’offre et la demande d’une part, la qu’une grande partie reste carbonée à l’avenir si la
contrainte sur les quantités de biomasse disponibles production décarbonée ne suit pas.
d’autre part. Les niveaux de décarbonation dans le
secteur des transports dépendent également des Au-delà de ces enseignements communs aux
niveaux de consommation d’énergie des transports scénarios, de nombreuses évolutions et politiques
et des autres secteurs, pointant l’importance des publiques sont spécifiques à certains scénarios.
leviers de sobriété et d’efficacité énergétique pour Les plus structurantes sont :
faciliter la décarbonation du secteur. Enfin, les soutes

225 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Pour le scénario 1, il s’agit en particulier : pour l’État, il s’agit ainsi de financer une grande
partie des investissements et la R&D dans les tech-
de la modération des vitesses de circulation sur les nologies clés de la décarbonation et la transition
routes avant 2025, accompagnée d’une reconver- des filières dépendant des énergies fossiles ;
sion progressive des infrastructures routières exis-
tantes pour favoriser les modes alternatifs à la pour le secteur des transports, il s’agit en particulier
voiture, et notamment la marche et le vélo ; de durcir la fiscalité pour accélérer le renouvelle-
ment du parc et la décarbonation de l’énergie uti-
la fin des subventions et des exonérations fiscales lisée, en recourant aussi aux normes et aux
existantes sur les énergies fossiles et les modes obligations d’incorporation quand cela est néces-
intenses en énergie avant 2030, en particulier ceux saire.
qui sont les plus difficiles à décarboner tels que les
poids lourds, le transport aérien ou le maritime ; Pour le scénario 4, les transformations accompagnées
par l’État concernent notamment :
l’évolution des normes et des réglementations sur
les véhicules neufs, pour favoriser les véhicules les l’importance d’investir dans les infrastructures de
plus légers et les plus sobres (vitesse maximale, puis- transport afin de gagner en capacité de transport
sance du moteur, consommations et émissions, pour faire face aux hausses de trafic et pour adap-
etc.), ainsi que la taxation au poids des véhicules ter les infrastructures au développement de la
neufs. connectivité des systèmes de transport ;

Pour le scénario 2, les politiques les plus structurantes les politiques facilitant la connectivité des trans-
incluent : ports et le partage des données pour développer
les véhicules autonomes et pour faire gagner en
des évolutions structurantes dans la fiscalité des efficacité le système de transport ;
transports, afin d’internaliser dans le prix des trans-
ports les différentes externalités, comme les émis- la décarbonation est obtenue par un rôle précurseur
sions de gaz à effet de serre, mais aussi pour prendre des entreprises, encouragées par des cibles de
en compte d’autres coûts externes (congestion, niveaux d’émissions à atteindre, en incitant les enga-
accidentologie, usure des infrastructures, impacts gements volontaires des entreprises et en mettant
sur la santé, ressources consommées, etc.) et ainsi dans l’économie un signal prix suffisant pour orien-
favoriser les modes les plus durables sur plusieurs ter les décisions vers la décarbonation et favoriser
dimensions ; les émissions négatives.

des transferts de moyens importants pour les col- Les analyses transverses aux nombreux secteurs per-
lectivités afin d’accompagner les acteurs dans leur mettent aussi de différencier les scénarios sur leurs
transformation vers la création d’écosystèmes de conditions de réalisation ou leurs impacts, qu’ils
mobilité sobres en énergie et en ressources, ainsi soient environnementaux, sociaux ou économiques.
que le développement d’énergies bas carbone La décomposition des émissions de GES montre ainsi
adaptées au contexte local ; un potentiel de réduction des consommations
d’énergie de plus de la moitié par rapport au ten-
le lancement, grâce à ces moyens conséquents, danciel en sollicitant seulement les leviers de
d’un plan d’infrastructures efficaces pour les modes sobriété, à savoir la modération de la demande, le
sobres (vélo, marche, ferroviaire, fluvial), ainsi que report modal et le remplissage des véhicules. Aussi
la transformation de l’espace public dans les villes les premières évaluations sur les consommations de
et villages au bénéfice de ces modes et de territoires matières, la qualité de l’air, les impacts sur l’artificia-
plus résilients. lisation des sols et la biodiversité, tendent à montrer
une moindre pression dans S1 et S2, et au contraire
Pour le scénario 3, il s’agit : une pression maximale dans S4, dont les impacts
environnementaux sont les plus forts au-delà des
de l’impératif de disposer d’une tarification du car- émissions de gaz à effet de serre. Tous les scénarios
bone efficace, permettant de taxer les technologies présentent des limites dans les conditions de réali-
et les modes les plus polluants, afin d’inciter à leur sation pour les individus, bien que celles-ci soient
décarbonation tout en dégageant des recettes contrastées selon les scénarios (cf. chapitre 1.2. Société,
indispensables au financement de la transition ; modes de vie, récits).

226 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

8. Limites des scénarios,


autres possibles, perspectives
pour travaux futurs
Les évolutions décrites dans les quatre scénarios sont provisionnements ou une flambée des prix du pétrole
volontairement contrastées et visent une cohérence qui serait suffisamment longue pour justifier un
d’ensemble dans les contextes spécifiques dans les- contexte d’urgence dans la réorganisation de la
quels ils sont définis. Ces évolutions ne recouvrent société et des mobilités vers plus de sobriété énergé-
bien évidemment pas l’ensemble des possibles et la tique. Cette urgence ne laisserait pas le temps néces-
réalité sera sans doute un mix entre différentes évo- saire pour construire de nouvelles infrastructures de
lutions du tendanciel et des quatre scénarios avec de transport, comme cela peut être le cas dans S2 où les
nombreuses autres évolutions difficiles à anticiper évolutions vers plus de sobriété sont davantage pla-
aujourd’hui. nifiées. Ce rôle des crises comme accélérateurs de
changement ou comme une possibilité de rendre plus
Aussi, il est possible de pointer certaines limites à acceptables certaines évolutions fortes au sein de la
l’exercice, avec des impacts sur les quantifications population a également été identifié de manière qua-
et notamment les trajectoires d’émissions de gaz à litative par le groupe de répondants dans l’étude sur
effet de serre. les modes de vie en lien avec les scénarios (cf. chapitre
1.2. Société, modes de vie, récits).
Une première limite est l’absence formelle de crises
et de ruptures modélisées, que celles-ci soient éco- Il en est de même pour les évolutions ou les ruptures
nomiques, sociales, environnementales ou systé- dues aux impacts du changement climatique. Tout
miques. Le passé montre pourtant que les trajectoires d’abord sur les infrastructures (vulnérables à la majo-
d’évolutions de la société, et celles des transports rité des risques climatiques présentés dans le chapitre
notamment, sont marquées par des crises, qui 1.3. Adaptation au changement climatique). Ensuite, sur
façonnent les évolutions sur le court, le moyen et le les conditions de déplacement et d’utilisation des
long terme. Si ces crises ne sont pas intégrées dans moyens de transport (en particulier lors de canicules).
les scénarios, elles peuvent cependant expliquer une La prise en compte des effets directs et des effets
part importante des évolutions prises dans les scé- en cascade reste difficile, par manque de données
narios. Pour reprendre l’exemple de la crise de la consolidées et de modèles. Ainsi apparaît-il impor-
Covid-19 et de son impact sur les mobilités, les scé- tant de mieux appréhender les conséquences du
narios reprennent certaines composantes qui ont changement climatique sur les comportements de
été accélérées par la crise : déplacement à l’avenir, notamment pour les vagues
de chaleur de plus en plus fréquentes et qui pour-
il s’agit par exemple dans S1 et S2 de la désaffection raient impacter à une large échelle les différentes
des métropoles, de la relocalisation de l’économie, formes de déplacements, leur heure et leur fré-
des aménagements temporaires en faveur des quence, ainsi que les modes privilégiés dans ces cas.
modes actifs ou encore de la forte réduction du Les vulnérabilités sont également fortes pour les
trafic aérien qui modifierait ensuite les politiques impacts des événements extrêmes sur la mobilité
publiques à l’égard de ce mode dans ces scénarios ; des personnes et des marchandises. Si les impacts
sur les infrastructures sont potentiellement plus
pour S3 et S4, ce sont les tendances vers un usage locaux, les effets de réseaux peuvent avoir des consé-
croissant du numérique qui sont renforcées avec quences à l’échelle régionale voire nationale si une
le télétravail et le e-commerce. Dans S4, s’y ajoute infrastructure structurante est touchée. De même,
une certaine perte de confiance dans les transports selon le temps de remise en état, cela peut affecter
publics et le covoiturage qui renforce l’usage de la la mobilité sur plusieurs semaines ou plusieurs mois
voiture individuelle. et faciliter des évolutions des transports sur un temps
plus long.
Aussi des évolutions fortes de certains scénarios
pourraient-elles plus facilement advenir dans un
contexte de crise ou suite à une crise majeure. Par
exemple S1 pourrait faire suite à des problèmes d’ap-

227 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

Il est possible ensuite d’identifier certaines limites titudes et les conditions de déploiement de ces
propres aux quantifications réalisées sur le secteur technologies pourraient être précisées dans les pro-
des transports, précisées dans la description de la chaines années. De fait, certaines projections
méthode et qui peuvent être remises en avant ici. actuelles seront probablement à revoir selon les
progrès et les freins identifiés dans les différentes
Concernant la mobilité voyageurs, nous n’avons pas filières.
détaillé l’analyse quantitative par territoire, âge ou
motifs de déplacements, bien que des éléments En troisième point, les analyses transverses aux dif-
soient présents sur ces thèmes dans les récits et donc férents secteurs (analyses économiques, sur les
indirectement dans les quantifications. De même, modes de vie, les impacts matières ou biodiversité,
les données de référence pour le transport de mar- l’adaptation, etc.) présentent également des limites
chandises et les projections fournies pour les quan- dans la manière dont elles ont été conduites ou dans
tités transportées par les autres secteurs de le détail des éclairages qu’elles permettent de mettre
l’économie ne sont pas suffisamment précises pour en évidence ou non dans les scénarios.
aller loin dans l’analyse, mais permettent seulement
de donner des évolutions d’ordres de grandeur. Les Ces analyses sont en cours dans la mesure où elles
aspects territoriaux sont également importants, ne peuvent être traitées qu’une fois tous les scénarios
au-delà des formes de mobilité par grande zone géo- complètement finalisés et seront publiées sous forme
graphique, pour pouvoir connecter les flux de trans- de feuilletons (cf. chapitre 1.1. Ambitions, objectifs,
port avec les infrastructures de transport (leur méthodes). Cela implique par nature que les conditions
localisation, leurs capacités et performances, leurs de réalisation ou les impacts évalués ne sont pas pris
évolution d’ici 2050, leur impact sur l’artificialisation en compte comme des contraintes dans les évolu-
et la biodiversité, etc.) ou avec les déterminants spa- tions quantifiées décrites dans le présent chapitre.
tiaux de la mobilité propres à des situations locales À ce titre, les éclairages cités d’une façon non exhaus-
que les moyennes agrégées nationales ou même par tive ci-après viendront consolider et amender utile-
structure de territoire ne permettent pas de prendre ment les représentations des scénarios, en particulier
en compte. leurs conditions de faisabilité économiques, sociales
et matérielles. C’est le cas des feuilletons suivants :
Les analyses sur la demande et sur les motorisations
sont prévues sans modélisation technico-écono- Métaux de la transition écologique, avec l’évaluation
mique, bien que de nombreux éléments techniques, des consommations matières dont les métaux dits
économiques, sociologiques ou en rapport avec les rares ou critiques et de leur disponibilité pour les
tendances passées aient été pris en compte. différents secteurs pour la France ;

L’analyse sur les motorisations, notamment les gains Modes de vie, avec l’étude de l’acceptabilité, de la
d’efficacité énergétique à venir et la part des diffé- désirabilité et de l’équité sociale des changements
rentes motorisations, se base sur l’état des connais- envisagés ;
sances actuelles, dans un contexte qui évolue
rapidement pour certaines technologies. C’est le cas Évaluations macroéconomie et investissements et
en particulier pour les batteries (coûts, chimie utili- approfondissement sur les filières « construction
sée, matières et contenu carbone, acteurs industriels neuve », « systèmes énergétiques », « protéines »
impliqués, etc.), pour le déploiement de l’hydrogène et « logistique du dernier kilomètre », avec l’apport
(coûts, répartition entre mobilité et électrolyse, etc.) d’éléments sur les transformations économiques
et ce qui concerne les fortes incertitudes existantes et les retombées et les bénéfices en termes d’em-
pour les évaluations des biomasses mobilisables (sen- plois.
sibles pour les biocarburants et le biogaz). Ces incer-

228 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

9. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

[1] CGDD, Les comptes des transports en 2018, 56e rapport de la [8] Thierry Méot, L’Industrie automobile en France depuis 1950 :
Commission des comptes des transports de la Nation, 2019 des mutations à la chaîne, INSEE Références, 2009, 27 pages
(https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/ ( h t t p s : // w w w. i n s e e . f r / f r / s t a t i s t i q u e s / 1 3 7 2 3 5 4 ?
les-comptes-des-transports-en-2018-56e-rapport-de-la- sommaire=1372361).
commission-des-comptes-des-transports-de-la).
[9] ADEME, Car Labelling, véhicules particuliers neufs, d’après
[2] CITEPA, Secten : le rapport de référence sur les émissions de données AAA (Association Auxiliaire de l’Automobile), 2021
gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques en France, (https://carlabelling.ademe.fr/).
2020 (https://www.citepa.org/fr/secten/).
[10] Banque mondiale, Catalogue de données par pays et
[3] MTES , Stratégie Nationale Bas Carbone. La transition indicateurs, 2019 (https://donnees.banquemondiale.org/
écologique et solidaire vers la neutralité carbone, mars 2020, i n d i c a t o r/ N Y.G D P. M K T P.C N ? e n d = 2 0 1 8 & l o c a t i o n s
192 pages (https://www.ecologie.gouv.fr/strategie-nationale- =FR&start=1984).
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[11] Chronos, L’Observatoire des mobilités émergentes – Vague 3.
[4] Aurélien Bigo, Les transports face au défi de la transition Les déterminants des comportements de mobilité des Français
énergétique. Explorations entre passé et avenir, technologie et des Européens, 2018.
et sobriété, accélération et ralentissement, Thèse, 2020,
340 pages (http://www.chair-energy-prosperity.org/publications/ [12] Actu-environnement, L’Organisation maritime internationale
travail-de-these-decarboner-transports-dici-2050/). tente d’enrayer les émissions de gaz à effet de serre des navires,
2018 (https://www.actu-environnement.com/ae/news/
[5] CGDD, Comment les Français se déplacent-ils en 2019 ? organisation-maritime-internationale-emissions-ges-
Résultats de l’enquête mobilité des personnes, 2020 (https:// navires-31058.php4).
www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/comment-
les-francais-se-deplacent-ils-en-2019-resultats-de-lenquete- [13] CGDD, Mémento de statistiques des transports 2018, 2019
mobilite-des-personnes). (https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/
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[6] DGAC, Bulletin Statistique Trafic Aérien Commercial (https://
www.ecologie.gouv.fr/statistiques-du-trafic-aerien). [14] Briand, Y., Svensson, J., Koning, M., Combes, F., Lamy, G.,
Pourouchottamin, P., Cayla, J.-M., Lefevre, J., Trajectoires de
[7] CCFA, Dossiers de presse, 2020 (https://ccfa.fr/dossiers-de- décarbonation profonde du transport de marchandises en
presse/). France, Rapport descriptif, IDDRI, 2019, 48 pages (https://www.
iddri.org/fr/publications-et-evenements/rapport/trajectoires-
de-decarbonation-profonde-du-transport-de).

229 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOBILITÉ DES VOYAGEURS ET TRANSPORT DE MARCHANDISES

10. Annexe : évolution des


principales variables du secteur
2050
2015
TEND S1 S2 S3 S4
DEMANDE – évolution du trafic voyageurs par rapport
1 136,7 Gpkm 35 % - 26 % - 10 % 23 % 39 %
aux Gpkm 2015 [%]
DEMANDE – évolution de la demande de mobilité par rapport 17 680 km/an/
25 % - 32 % - 17 % 13 % 28 %
aux km/an/hab. 2015 [%] hab.
DEMANDE – évolution du trafic marchandises
323 Gtkm 16 % - 45 % - 35 % 0% 30 %
par rapport aux Gtkm 2015 [%]
REPORT MODAL – voyageurs – part des distances parcourues
17 % 15 % 37 % 37 % 21 % 16 %
avec des modes économes en énergie (modes actifs + TC) [%]
REPORT MODAL – voyageurs – part des distances parcourues avec
82 % 84 % 61 % 62 % 78 % 82 %
des modes intenses en énergie (voiture + avion) [%]
REPORT MODAL – voyageurs – part des trajets en modes actifs
22 % 22 % 51 % 47 % 32 % 20 %
(marche + vélo) [%]
REPORT MODAL – voyageurs – part des trajets en transport
65 % 64 % 32 % 36 % 52 % 63 %
routier individuel [%]
REPORT MODAL – voyageurs – croissance du trafic aérien
199,1 Gpkm 92 % - 50 % - 22 % 65 % 92 %
par rapport aux Gpkm 2015 [%]
REPORT MODAL – marchandises – part des Gtkm réalisées
80 % 80 % 61 % 60 % 73 % 77 %
avec des poids lourds [%]
REPORT MODAL – marchandises – part des Gtkm réalisées
11 % 9% 22 % 25 % 14 % 8%
par ferroviaire [%]
REMPLISSAGE – nombre de voyageurs/véhicule [voy/véh] 1,58 1,51 2,03 1,88 1,78 1,62
EFFICACITÉ – voyageurs – évolution du poids des voitures neuves
1 241 kg 25 % - 27 % - 13 % 11 % 25 %
par rapport à 2015 [%]
EFFICACITÉ – voyageurs – gain total d’efficacité énergétique
- - 70 % - 71 % - 73 % - 70 % - 70 %
(kWh/km) pour les voitures, y.c. électrification [%]
EFFICACITÉ – marchandises – gain total d’efficacité énergétique
- - 15 % - 26 % - 32 % - 31 % - 43 %
(kWh/km) pour les poids lourds, y.c. électrification [%]
DÉCARBONATION – voyageurs – part d’énergie décarbonée
9% 55 % 80 % 85 % 87 % 86 %
sur l’énergie (TWh) consommée [%]
DÉCARBONATION – voyageurs – part de l’électricité sur l’énergie
2% 40 % 49 % 50 % 45 % 45 %
(TWh) consommée [%]
DÉCARBONATION – marchandises – part de l’énergie décarbonée
7% 18 % 65 % 91 % 90 % 77 %
sur l’énergie (TWh) consommée [%]
DÉCARBONATION – marchandises – part des carburants liquides
99 % 86 % 65 % 38 % 22 % 15 %
sur l’énergie (TWh) consommée [%]
DÉCARBONATION – marchandises – part du gaz sur l’énergie
0,6 % 8% 21 % 15 % 38 % 32 %
(TWh) consommée [%]
DÉCARBONATION – marchandises – part de l’électrique
0% 3% 14 % 36 % 46 % 69 %
dans les tonnes-km du transport routier [%]

230 Transition(s) 2050


01 ÉVOLUTION DE
LA CONSOMMATION

4. Alimentation
1. L’alimentation, 3. Description de la 5. Comparaison
un enjeu majeur méthode et outils des principales
du XXIe siècle de quantification quantifications
232 des scénarios des scénarios
237 247
2. Une alimentation un
peu plus végétale, plus 4. Sobriété dans 6. Enseignements
bio, plus locale, mais l’assiette et performance pour le secteur
aussi plus transformée des filières, principaux et propositions
235 leviers des scénarios de politiques
240 249

7. Limites et
perspectives
253

8. Références
bibliographiques
255

231 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

1. L’alimentation, un enjeu majeur


du XXIe siècle
1.1. Un doublement des besoins
alimentaires anticipé en 2050
L’alimentation est l’un des enjeux majeurs de notre l’agriculture et donc à l’alimentation. À l’horizon
siècle, avec le doublement prévu des besoins alimen- 2050, les effets du changement climatique auront
taires à l’horizon 2050 lié à la hausse démographique un impact direct sur la disponibilité, la qualité et le
mondiale et aux évolutions des régimes alimentaires, prix des aliments. Le changement
dans un contexte de changement climatique et de climatique et notamment les événe-
réduction nécessaire de l’empreinte écologique hu-
maine. Si l’alimentation constitue un enjeu straté-
gique pour les défis environnementaux, elle ne peut
être dissociée des autres dimensions économiques,
ments extrêmes et le développement
de maladies affecteront les produc-
tions agricoles et accentueront la
variabilité des rendements. L’évolu-
25 %
C’est la part
sociologiques et sanitaires. tion des températures et de la pluvio- de l’alimentation
métrie impactera, de manière posi- dans l’empreinte
Comme l’a rappelé la crise sanitaire de la Covid-19, se tive ou négative, aussi bien les carbone des Français.
nourrir est une fonction vitale. Sur le plan de la santé, rendements que la composition des
une alimentation saine et équilibrée contribue à la aliments et leur disponibilité. Aussi,
prévention de nombreuses maladies en hausse en dans les prochaines décennies, les pratiques agricoles
France, telles que l’obésité, le diabète, les maladies devront s’adapter en permanence à ces évolutions
cardiovasculaires et certains cancers, ce qui représente du climat dans chaque territoire.
un enjeu de santé publique majeur. D’un point de vue
social, la précarité alimentaire augmente et concer- Les principaux déterminants de l’impact environne-
nerait 10 à 15 % de la population française, comme en mental de l’alimentation des citoyens sont :
témoigne la hausse de la fréquentation des centres
d’aide alimentaire, notamment en lien avec la crise la quantité et la nature des aliments consommés :
sanitaire. Bien se nourrir nécessite un certain budget quantités totales ingérées, part de végétal vs pro-
et des connaissances ! Pour autant, la répartition de duits animaux notamment (viande, poissons, lai-
la valeur sur la chaîne agroalimentaire du champ à tages, œufs) ; type de viande et de produits animaux
l’assiette est inégale et de nombreux travailleurs, agri- consommés ;
culteurs ou employés des industries agroalimentaires
(IAA) sont eux-mêmes en situation de précarité. Cette les modes de production agricoles pour produire
chaîne agroalimentaire représente 12 % de l’emploi les aliments (production en France ou dans le
en France, emplois à préserver et renforcer pour monde) ; la sobriété et les gains d’efficacité sur la
conserver notre capacité à nous nourrir dans un chaîne alimentaire (logistique, distances parcourues
contexte de mondialisation, de compétitivité inter- par les aliments…) ;
nationale et de changement climatique. Enfin, l’ali-
mentation est aussi en France au cœur de nos pra- les pertes et gaspillages sur la chaîne alimentaire,
tiques sociales, notamment festives, culturelles, de qui sont autant d’impacts de production, transfor-
convivialité, familiales, avec une importance accordée mation, transport qui auraient pu être évités et in
au repas et à la gastronomie en différentes circons- fine génèrent des déchets supplémentaires qui
tances. Cette particularité est à considérer dans les doivent être gérés ;
réflexions autour de l’évolution des régimes alimen-
taires pour favoriser la transition du plus grand nombre le respect de la saisonnalité des productions.
vers des régimes plus durables.
Les paramètres suivants contribuent également à
Sur le plan environnemental, avec un quart de l’em- qualifier le système alimentaire, mais sans que l’effet
preinte carbone d’un Français dont la majeure partie direct et indirect, positif ou négatif en termes d’im-
est émise en France, l’alimentation est un secteur pact environnemental soit aisément quantifiable :
incontournable pour l’atteinte de la neutralité car-
bone. D’autres enjeux environnementaux, notam- la provenance des aliments, notamment les parts
ment la préservation de la biodiversité, de la qualité respectives de « local », de « national » et d’imports/
de l’eau et des sols, sont aussi fortement associés à exports ;

232 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

le niveau de transformation et la part des aliments week-end et d’analyses de résultats sur le plan de la
transformés dans l’assiette ; santé (apports en nutriments notamment).

les emballages, notamment la part des boissons Toutefois, il s’agit de données déclaratives d’ingestion
embouteillées dans les boissons consommées (eau pouvant présenter, sur certaines catégories, des
minérale, boissons rafraîchissantes…) ; écarts allant jusqu’à 15 %, notamment pour ce qui
concerne des consommations à fort caractère de
la part des différents systèmes de distribution désirabilité sociale. Il est donc intéressant de croiser
et leur répartition territoriale : grande surface, su- ces informations avec des données d’achat et des
pérette de proximité, marchés, vente à la ferme… ; données calculées par bilan [2].

la part de consommation à domicile vs hors La part de produits issus de l’agriculture biologique


domicile ; est très bien suivie par l’Agence Bio [3] : la consomma-
tion de ces produits est en croissance forte ces der-
la part d’autoproduction. nières années. Elle représente plus de 6 % du marché
alimentaire en 2019 (pour une valeur de 11 MdsEUR,
dont 33 % d’importation). La part de produits relevant
1.2. Une assiette moyenne qui d’autres démarches, telles que l’agroécologie ou l’agri-
culture de conservation, est plus complexe, voire
cache de fortes différences impossible à suivre, car elle ne relève d’aucune défi-
nition ni statistique officielle.
L’assiette actuelle peut être décrite sur la base des don-
nées INCA de l’ANSES [1] (Graphique 1), issue de ques-
tionnaires alimentaires, riches de très nombreux détails.
Les critères notamment de tranche d’âge, sexe, CSP, 1.3. Pertes et gaspillages
urbanité, géographie, saison, indication du taux de
consommateurs, peuvent aider à construire des « pro- L’ensemble des pertes et gaspillages alimentaires [4],
fils ». On dispose également des données semaine/ tous acteurs et toutes filières alimentaires confondus,
représente en masse 10 millions de tonnes en France
(Graphique 2), soit de l’ordre d’un tiers de la production
totale. Une partie (moins de 20 % de ces pertes et
Graphique 1 Contenu de l,assiette moyenne française (en masse), gaspillages) est valorisée sous forme d’alimentation
adultes de 18 à 79 ans (n = 2121), adapté de INCA 3
animale.

2%
12 % Pour la phase de consommation, cela représente
15 %
2% 30 kg par personne et par an de pertes et gaspillages
8% au foyer (dont 7 kg de déchets alimentaires non
5%
consommés encore emballés). S’y ajoutent les pertes
6% et gaspillages générés en restauration collective ou
9%
commerciale. En tenant compte de l’ensemble de
4%
la filière alimentaire, les pertes et gaspillages repré-
6% sentent 155 kg/pers./an.
22 %
9%

Graphique 2 Répartition (en tonnage) des pertes et gaspillages


Sucre et matières sucrantes Soupes et bouillons alimentaires en France en 2016
Pains, viennoiseries, pâtisseries, Fruits et légumes (frais et secs)
gâteaux et biscuits sucrés Yaourts, fromages et fromages Distribution Consommation
Sandwiches, pizzas, tartes, blancs 14 % 33 %
pâtisseries et biscuits salés Viandes, volaille et charcuterie
Pâtes, riz, blé et autres céréales Poissons, crustacés
Pommes de terre et autres et mollusques
tubercules Condiments, herbes, épices, Transformation
Plats préparés à base de sauces, autres groupes 21 % Production
légumes, de pommes de terre, d’aliments 32 %
de céréales ou de légumineuses

233 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

1.4. Des enjeux sur les émissions Graphique 4 Empreinte de différents régimes
de GES, la santé et le social alimentaires actuels des Français

L’empreinte de l’alimentation a été décrite en 2019 Végan


par les travaux CECAM [5], qui donnent un bon aper-
Végétarien
çu des principaux postes et enjeux concernant l’éner-
gie et les GES (Graphique 3). L’empreinte sol de diffé- Pescitarien
rents régimes alimentaires a été décrite en 2020 [6] Flexitarien 30 g
(Graphique 4).
Omnivore 75 g

Toutefois, certains postes « secondaires » tels que la Omnivore 170 g


logistique du dernier kilomètre, les étapes de trans- 0 1 000 2 000 3 000 4 000 5 000
formation des produits et les différents modes de Empreinte sol (m2)
distribution nécessiteraient des travaux complémen-
taires.
Végan
Les questions de l’eau et de la biodiversité restent
primordiales, mais complexes à appréhender par les Végétarien

outils habituels d’analyse de cycle de vie. Pescitarien

Flexitarien 30 g

Graphique 3 Empreinte GES et énergie de l,alimentation des Français Omnivore 75 g


par étape — de la production à la consommation
Omnivore 170 g

5% 4% 0 2 000 4 000 6 000 8 000


14 %
19 % 27 % Empreinte énergie (MJ)

13 %
Végan
6%
Végétarien
16 %
67 % Pescitarien
31 %*
Flexitarien 30 g
Empreinte GES Empreinte énergie
Omnivore 75 g
Agriculture
Omnivore 170 g
Transformation alimentaire (ou industries agroalimentaires)
0 500 1 000 1 500
Transports
Distribution et restauration Empreinte GES (kgCO2eq)
Domicile Légumes
Fruits
* Dont déplacement des ménages pour achat : 9 %. Source : [5]. Céréales et oléoprotéagineux
Lait
Viande de volailles
Viande de porcs
L’empreinte carbone annuelle des pertes et gaspil-
Viande ovine
lages approcherait 15,5 Mt CO2eq par an en France
Viande bovine
(soit 3 % de l’ensemble des émissions liées à l’activité
Autres (sucre, pommes de terre, café, cacao, poissons…)
nationale).
Source : [6].

Sur le plan social et en matière de santé, on peut


souligner une dégradation de l’état de santé de la
population française en lien avec ses comportements Le terme flexitarien est utilisé dans ce rapport pour
alimentaires, qui se traduit notamment par un taux représenter l’ensemble des petits consommateurs de
de 17 % de la population adulte obèse et 32 % en sur- viande (environ 30 g/jour en moyenne, soit 2 portions
poids [7]. Ce qui fait de l’alimentation un enjeu fort « standards » de viande par semaine), adoptant ce
de santé publique. La précarité alimentaire est égale- régime de façon consciente (car voulant réduire leur
ment un enjeu important, qui concerne environ 12 % impact environnemental, agir en faveur du bien-être
de la population française, une donnée en hausse animal…) ou inconsciente (consommant naturellement
depuis le début de la crise de la Covid-19. peu de produits animaux par habitude, contrainte
économique…).

234 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

2. Une alimentation un peu plus


végétale, plus bio, plus locale,
mais aussi plus transformée
La consommation alimentaire en France reste relati- tauration Hors Domicile (RHD) se sont saisies du
vement stable depuis les années 1990, tant dans les marché des substituts végétaux, en plein essor (pro-
variétés d’aliments consommés que dans les modes duits très transformés en général). L’arrivée sur le
de distribution et de consommation. Les évolutions marché des « nouveaux aliments » (insectes, algues,
et tendances émergentes les plus récentes concernent potentiellement viande in vitro ou autres protéines
de nombreux points. de synthèse autour desquelles la recherche et dé-
veloppement sont actuellement très actifs) reste
Végétalisation de l’alimentation et évolution des encore marginale en France.
consommations de viande : la part de végétariens
et flexitariens déclarés ou observés est en hausse, Boissons : la consommation de boissons, alcoolisées
au moins sur certaines catégories de populations. ou non, est relativement stable en France depuis
Jeunes, femmes, personnes issues de milieux aisés, 20 ans. Après une baisse très importante de la
chacun obéit à des motivations différentes : santé, consommation quotidienne d’alcool (vin de table
éthique, mais également de nature économique [8]. principalement) entre 1960 et 1990, la baisse est plus
Les données [9] indiquent cependant une certaine faible depuis 10 ans et la France reste l’un des pays
stabilisation dans les consommations apparentes les plus consommateurs d’alcool au monde, avec
de viande (données de bilan) après une dizaine d’an- de fortes disparités selon le sexe, l’âge et la région.
nées de baisse: 86 kgec/hab. en 2019 contre 90 kgec/ Sur la même période, la part des eaux de table, bois-
hab. en 2001, avec des fluctuations à la hausse depuis sons aromatisées et sodas, ainsi que jus de fruits, a
2013. Cela serait notamment lié au développement fortement progressé [10].
de la consommation hors domicile et en particulier
de la vente à emporter (burgers, sandwiches), alors Modes de production : on observe une forte pous-
que les achats des ménages reculent. Toutefois, la sée du bio dans la demande alimentaire (taux de
part des différentes viandes continue à évoluer for- croissance à 2 chiffres depuis plusieurs années), dont
tement (hausse de la volaille au détriment des autres on ignore si elle va atteindre un palier ou se pour-
types de viande, stables ou en baisse). Les start-ups, suivre. Simultanément, un contexte favorable (loi
Industries Agroalimentaires (IAA) et chaînes de Res- EGalim [11]) accompagne des changements dans la
restauration collective, poussant le bio et les labels
de qualité. Cette évolution s’accompagne toutefois
d’une certaine défiance vis-à-vis d’un bio de prove-
nance étrangère ou qui « perdrait son âme » en s’in-
tensifiant (illustré par un débat en 2019 sur la pro-
duction de fruits et légumes bio sous serre chauffée).
On peut noter que la croissance la plus forte des
achats de produits bio est observée dans les en-
seignes généralistes de la grande distribution, qui
représentent l’essentiel des achats alimentaires des
Français.

Pertes et gaspillages : la lutte contre les pertes et


gaspillages est fortement portée par l’État et évolue
rapidement, avec une forte mobilisation des acteurs.
Un état des lieux complet a été réalisé par l’ADEME
en 2016 [4], mais il est difficile de suivre et quantifier
précisément les évolutions. Les récentes lois [11] ins-
taurent de nouvelles obligations pour les acteurs,
telles que la réalisation d’un diagnostic pour la res-
tauration collective et les IAA, jusqu’ici réalisé de
manière volontaire. Si des outils existent pour la
restauration collective, ils restent à créer pour les

235 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

IAA. Ces dernières années, les acteurs économiques quent aux supérettes de proximité et aux marchés
et la société civile se sont emparés de cette théma- de plein air (par exemple pérennisation de marchés
tique avec un foisonnement d’outils basés sur des supplémentaires dans diverses agglomérations, pour
applications numériques. Les évolutions dans le sec- répondre à cette demande croissante).
teur des pertes et gaspillages sont rapides et néces-
sitent des travaux complémentaires de cartographie Simultanément, on observe le développement d’ap-
pour permettre un positionnement objectif de ces plications numériques en lien avec l’alimentation,
offres afin d’aider les pouvoirs publics à prioriser les qu’il s’agisse d’identifier des producteurs locaux, un
nouveaux besoins de développement dans les an- restaurant plus durable près de chez soi, ou de re-
nées à venir. connaître les fruits et légumes de saison.

Modes de consommation : on observe une poursuite Si les tendances de consommation restent assez
tendancielle de la hausse de la consommation de stables en raison d’habitudes ancrées dès l’enfance,
produits transformés, en lien avec des modes de vie l’alimentation peut faire l’objet de changements ra-
plus intenses et des pertes de savoir-faire culinaires. pides et radicaux s’agissant d’achats de consomma-
La consommation hors domicile tion quotidienne n’impliquant pas d’investissements
poursuit également son dévelop- (pour la partie ménages au moins). Des ruptures sont
pement avec un certain retard en notamment observées à l’occasion des temps forts
L’alimentation de
comparaison avec d’autres pays de la vie [12] : départ du domicile parental, vie de
chacun est ainsi une
(États-Unis, Royaume-Uni). Elle couple, arrivée d’un enfant, retraite… Une tendance
combinaison de
peut être associée aux modes de à l’individualisation des consommations alimentaires
l’héritage culturel
vie et taux d’activité (repas du (avec la multiplication des régimes « sans ») est éga-
et familial, du mode
midi pris hors domicile) et à la lement observée. On peut toutefois noter que la
de vie, de l’âge et de
hausse du niveau de vie (restau- France conserve des spécificités alimentaires assez
l’étape de vie associée,
ration commerciale de « loisir »). fortes, tant vis-à-vis d’autres pays européens que des
des goûts individuels,
Pour les restaurations collectives États-Unis par exemple (temps passé à cuisiner, temps
du budget, etc.
et commerciales, les années passé à table, place de la gastronomie dans le patri-
2020-2021 ont toutefois constitué moine culturel, importance du repas dans les évé-
une rupture liée à la crise de la nements forts de la vie…).
Covid-19 (fermeture de la restauration commerciale
et fonctionnement partiel de la restauration collec- L’alimentation de chacun est ainsi une combinaison
tive). Cette rupture engendrera des évolutions de de l’héritage culturel et familial, du mode de vie, de
comportements dans la durée, en lien notamment l’âge et de l’étape de vie associée, des goûts indivi-
avec le développement du télétravail. duels, du budget, etc.

Distribution : depuis quelques années, la grande


distribution est confrontée à de nouveaux acteurs
et de nouveaux modes de consommation émer-
gents, qui suivent des tendances divergentes : déve-
loppement des ventes par Internet par les acteurs
historiques, mais également arrivée sur le marché
de nouveaux acteurs de la vente en ligne ; en paral-
lèle, développement de la tendance « locale », vrac,
bio et retour du commerce de proximité (y compris
sous enseigne de la grande distribution), qui pourrait
questionner le modèle des super et hypermarchés.
Une accélération de ces tendances a été observée
durant la crise de la Covid-19 : forte croissance des
achats alimentaires par Internet en 20201, moindre
fréquentation de certains formats de distribution
par ailleurs partiellement fermés ; recours plus fré-

1 https://academ.escpeurope.eu/pub/IP%202020-82-FR-Colla_CHAIR.pdf.

236 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

3. Description de la méthode
et outils de quantification
des scénarios
Le travail de quantification de l’impact de l’alimenta- omnivore_75 g : régime alimentaire contenant
tion et de l’agriculture a été réalisé au travers du pro- 75 grammes de viande par jour et par personne,
gramme SISAE [13], programme de recherche multi- soit une portion quasi quotidienne de viande,
partenarial ayant pour objectif la simulation et incluant éventuellement un ou deux jours « sans » ;
l’évaluation de différents scénarios d’évolution du
système alimentaire. Les données présentées sont des flexitarien_30 g : régime alimentaire contenant
résultats intermédiaires, amenés à évoluer margina- 30 grammes de viande par jour et par personne,
lement dans la mesure où le projet SISAE est en cours soit 2 portions « classiques » de viande environ par
à la date de la rédaction de ce rapport, avec une fin semaine ou de plus petites portions réparties sur
prévue pour le dernier trimestre 2021. Certaines hy- la semaine ;
pothèses ont été adaptées dans ce programme pour
tenir compte des contraintes de la modélisation mais végétarien : majoritairement des régimes végéta-
les principaux ordres de grandeurs sont respectés. riens (sans viande, mais contenant des produits
Pour le détail des hypothèses utilisées dans la modé- laitiers et des œufs), mais incluant aussi les popu-
lisation, il conviendra de se référer au détail du rapport lations pescitariennes (incluant des produits de la
de ce programme. mer) et végan, qui demeurent peu nombreuses et
pour lesquelles les données disponibles sont trop
On peut noter que certaines hypothèses, quoique restreintes pour pouvoir les distinguer en des ca-
quantifiées, n’ont pas ou peu d’influence sur les résul- tégories indépendantes.
tats en termes d’impact environnemental et servent
davantage au « narratif ». D’autres ne peuvent être On parvient ainsi à reconstituer dans les grandes
modélisées, faute de données pertinentes à ce stade, lignes la consommation moyenne des Français en
comme les viandes de synthèses par exemple. Tou- 2015 (données INCA3, considérées comme repré-
tefois, le premier facteur d’impact de l’alimentation sentatives de la consommation actuelle), en parti-
réside dans les régimes alimentaires : modes de pro- culier la consommation de viande qui est la plus
duction, quantité et nature des aliments consommés. structurante, en attribuant chacun de ces régimes
« réels » à une partie de la population française (Gra-
Pour modéliser les différents scénarios, 4 groupes de phique 5). Cette approche permet de mieux rendre
consommateurs ont été extraits du projet BioNutriNet compte de la diversité des comportements alimen-
[14] conduit dans la cohorte NutriNet-Santé, carac- taires qu’un simple régime « moyen ». À noter tou-
térisés notamment selon leur niveau de consomma- tefois qu’il est impossible de représenter strictement
tion de viande : le régime actuel avec seulement 4 régimes différents.

omnivore_170 g : régime alimentaire contenant


170 grammes de viande par jour et par personne
(incluant tous les produits carnés, y compris sous
forme de produits transformés), ce qui correspond
à une à deux portions de viande par jour ;

Graphique 5 Part de la population française en 2020 associée à chacun des 4 groupes de consommateurs proposés

Omnivore_170 g
Actuel Omnivore_75 g
Flexitarien_30 g
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Végétarien

237 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

Des contraintes ont ensuite été définies pour faire omnivore_2050_45 g : des modifications similaires
évoluer ces différents régimes d’ici 2050 vers des sont appliquées au régime omnivore_75 g ;
assiettes « optimisées », intégrant les évolutions en-
visagées dans les scénarios. Ces évolutions com- flexitarien_2050_30 g : la quantité de viande consom-
prennent notamment : mée est stable mais les types de viandes évoluent
(moins de porc/charcuterie en particulier). Les autres
une meilleure prise en compte des enjeux nutri- évolutions sont similaires. Les substituts de produits
tionnels, avec un ajustement au besoin pour la plu- laitiers apparaissent dans le régime ;
part des nutriments ainsi que pour les apports ca-
loriques ; végétarien_2050 : l’optimisation nutritionnelle
conduit principalement à une augmentation de la
une évolution des consommations de viande (baisse quantité de légumineuses consommées. Comme
des quantités pour les plus gros consommateurs et pour les autres régimes « optimisés », la consomma-
évolution des types de viandes consommées) et tion de produits exotiques (café, thé, chocolat et
des produits laitiers (en cohérence avec la baisse fruits) est contrainte et la consommation de produits
de la consommation de viande). laitiers réduite.

Nous obtenons ainsi 4 nouvelles assiettes optimisées Dans chaque scénario, on produit ensuite un régime
par modélisation, nommées « 2050 », présentant les alimentaire « moyen » qui résulte de la combinaison
caractéristiques suivantes : de l’ensemble de ces différentes assiettes, adoptées
par des proportions variables de la population. Des
omniv ore_2050_100 g : issu du régime omni- hypothèses ont été faites sur la part de chaque groupe
vore_170 g, ce régime comporte une réduction des de mangeurs susceptible de ne pas évoluer, ou bien
surconsommations des viandes bovines, ovines et d’évoluer vers l’assiette miroir optimisée ou vers une
porcines et une légère augmentation des volailles. autre assiette (correspondant à un autre groupe de
Les produits laitiers sont divisés par deux et la ré- mangeurs) (Graphique 6).
duction des boissons chaudes « exotiques » (café,
thé, chocolat) est importante également. La place
relative des produits végétaux augmente dans le
régime, en particulier la consommation de légumi-
neuses qui est multipliée par 3 et atteint quasiment
50 g/jour ;

Graphique 6 Proportion de chaque groupe de mangeurs, au sein de la population actuelle, dans les 4 scénarios
ainsi que dans le tendanciel

S4
Omnivore_170 g

S3 Omnivore_2050_100 g
Omnivore_75 g
S2 Omnivore_2050_45 g
Flexitarien_30 g
S1
Flexitarien_2050_30 g
TEND Végétarien
Végétarien_2050
Actuel

0% 20 % 40 % 60 % 80 % 100 %

238 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

Cela a pour conséquence, par exemple dans S3, qu’en- alimentaire : la chaîne de modélisation est résumée
viron 35 % de la population fortement consommatrice dans le chapitre 2.2.1. Production agricole ou en ligne
de viande conserve le régime omnivore_170 g ; tandis [15]. Les hypothèses d’imports/exports ont été intro-
que le reste de cette population fait évoluer son ré- duites dans ce modèle, en lien avec les questions de
gime vers une assiette optimisée, contenant plus ou relocalisation. Régimes et productions agricoles ont
moins de viande (58 % évoluent vers omni- donc été modélisés précisément, dans le cadre du
vore_2050_100 g et 7 % évoluent vers le régime om- programme SISAE.
nivore_2050_45 g).
Les autres paramètres relatifs aux consommations
La population pescitarienne (consommant des pro- alimentaires n’ont pas été modélisés de manière spé-
téines animales uniquement issues de produits de la cifique :
mer ou d’œufs et de produits laitiers) reste marginale
dans l’ensemble des scénarios car son développement, soit ils sont liés à d’autres fonctions, par exemple le
qui aurait été possible pour des enjeux nutritionnels bâtiment (usages énergétiques associés à la cuisson,
notamment, est contrarié par la pression qu’il exer- la conservation des aliments, la transformation par
cerait sur les ressources maritimes et par la présence les industries agroalimentaires…) ou le transport des
importante de contaminants dans ce régime. Pour denrées alimentaires : dans ce cas, ils ont été intégrés
cette raison, nous l’avons intégrée à la population plus globalement aux modélisations propres à ces
« végétarienne » sans en faire un groupe spécifique systèmes ou seront affinés dans le projet SISAE ;
(dans le projet SISAE les 3 groupes végétarien, pesci-
tarien et végan sont distincts). Le groupe « végétarien » soit leur influence en termes d’impact GES est faible :
présenté ici est une assiette pondérée intégrant 50 % ils sont donc intégrés dans le narratif mais ne font
de végétariens, 25 % de pescitariens et 25 % de végans. pas l’objet de modélisation ;

Concernant la part de produits importés dans les soit nous ne disposons pas de données permettant
assiettes, le modèle MOSUT a été utilisé pour faire le d’évaluer finement leur impact.
lien entre production agricole du territoire et demande

239 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

4. Sobriété dans l’assiette


et performance des filières,
principaux leviers des scénarios
Nos habitudes de (sur-)consommation ont un impact que dans le scénario tendanciel). Cette évolution
majeur sur l’environnement mais aussi sur notre san- intègre une hausse des préoccupations de santé et
té. Les experts internationaux déplorent et alertent d’environnement pour une partie de la population
sur l’épuisement des sols et des ressources, la défo- seulement. Le régime du reste de la population obéit
restation, la surexploitation de la mer et la saturation à d’autres paramètres : plaisir immédiat, praticité,
des milieux en pollutions diverses. Dans le même gain de temps et absence de contrainte, budget. On
temps, les citoyens sont de plus en plus sensibles et intègre toutefois la poursuite tendancielle du trans-
attentifs au contenu de leur assiette, à la provenance fert des viandes rouges, bovine principalement, vers
des aliments, à la qualité des produits et aux modes des viandes blanches, moins coûteuses et (un peu)
de production utilisés. Mais leurs choix sont aussi moins sujettes aux controverses sociétales telles que
balancés par l’enveloppe budgétaire qu’ils peuvent le bien-être animal.
ou souhaitent allouer à leur alimentation, par l’offre
disponible et son accessibilité, ainsi que par l’infor- La seconde orientation forte concerne la qualité
mation mise à disposition. environnementale des aliments consommés : en
premier lieu leurs modes de production. Cette orien-
La première option de différenciation forte entre les tation est fortement liée aux évolutions de la pro-
scénarios réside dans une évolution contrastée des duction agricole du territoire, décrites dans le cha-
régimes alimentaires : l’assiette des Français sera-t-elle pitre 2.2.1. Production agricole. Mais en partie
plus saine ? plus durable ? plus ou moins diversifiée ? seulement, en fonction de la part des importations.

Les scénarios 1 et 2 misent sur une grande sobriété Ainsi, dans S1 et S2, les productions à très bas niveau
dans l’assiette par le biais d’une transition alimen- d’intrants (agriculture biologique ou très proche,
taire vers des régimes plus sains se rapprochant des agroécologie…) deviennent les modes de production
recommandations nutritionnelles, en quantité dominants sur le territoire, en accord avec l’aspiration
comme en qualité et plus sobres en ressources avec du consommateur à plus de naturalité et de sobrié-
une réduction drastique des consommations de té et à une assiette plus saine. On retrouve donc
produits animaux, notamment carnés. L’empreinte majoritairement ces productions dans les assiettes,
(GES, sol) de l’alimentation des Français est signifi- dans la mesure où cette évolution est associée à une
cativement réduite, contribuant ainsi à l’effort global. forte relocalisation de la consommation et un recours
Tout en conservant une certaine diversité dans l’as- très limité aux importations, couplés à des leviers
siette, cela signifie toutefois la fin du « tout, tout de politiques forts permettant de réduire la concurrence
suite » via une reconnexion entre le potentiel de des produits importés. Dans ces scénarios, la souve-
production des territoires et le contenu de l’assiette. raineté alimentaire devient un enjeu stratégique. La
Celle-ci, beaucoup plus végétale, varie significative- priorité est donnée aux produits nationaux, voire
ment au fil des saisons mais peut sembler plus mo- locaux, grâce à une réorganisation des productions
notone à une saison donnée. On y voit aussi se ré- sur le territoire national en rupture avec la logique
duire la consommation de produits exotiques tels de spécialisation des quarante dernières années.
que le café, le thé, le cacao ou certains fruits non
productibles sous les latitudes métropolitaines et Dans S3, ces productions biologiques destinées en
sources d’impacts élevés pour leur production [16] priorité à la consommation intérieure cohabitent
(consommation de sol, d’eau…) ou leur transport avec une part de production plus intensive. Les
(émissions de GES). échanges internationaux de productions alimentaires
restent massifs comme c’est le cas actuellement, car
Les scénarios 3 et 4 misent sur les performances l’agrandissement de la taille des exploitations se
des filières et la capacité d’autres secteurs à stocker poursuit, dans une logique de production duale à
du carbone ou produire en limitant l’impact sur destination du marché national et international au
l’environnement, pour modifier les régimes alimen- gré des opportunités économiques. Le scénario 4
taires de manière moins significative en moyenne. est assez similaire sur ce plan, mais il intègre en outre
La baisse de la consommation de viande est plus l’arrivée significative sur le marché des « nouvelles
limitée que dans S1 et S2 (mais plus importante protéines » : « produits similicarnés » à base de végé-

240 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

taux, de protéines d’insectes ou de viande cellulaire, relativement stable. Les principales évolutions de
cette dernière n’étant pas envisagée dans les autres consommations pressenties sont à relier à des évolu-
scénarios en raison des freins culturels, technolo- tions des modes de vie : évolution des temps et lieux
giques et sanitaires à son développement. de consommation (baisse de la durée consacrée aux
repas et à leur préparation, essor du télétravail, par
Dans cet exercice prospectif, en accord avec les ob- exemple) ; évolution des pratiques d’achats (achats
jectifs nationaux de réduction fixés par la loi anti-gas- en ligne, développement des circuits de proximité,
pillage pour une économie circulaire [11] et la prise recherche de « garanties » alimentaires via le dévelop-
de conscience des enjeux par les différents acteurs, pement du bio et de produits « sans ») ; individualisa-
les pertes et gaspillages (sur l’ensemble de la chaîne tion de la société (et des pratiques alimentaires).
du champ à l’assiette) sont réduits de moitié à l’ho-
rizon 2050 pour tous les scénarios. Il semble difficile Dans le scénario tendanciel, la surconsommation
aujourd’hui de dépasser cet objectif. Toutefois, selon alimentaire se maintient et génère une hausse de
les scénarios, la réduction se met en place de manière l’indice de masse corporelle de 5 % à l’horizon 2050.
plus ou moins forte sur les différents maillons de la Cette hausse, combinée à l’évolution de la pyramide
chaîne alimentaire. Elle se produit via l’activation de des âges en 2050, génère une augmentation des be-
leviers très contrastés, allant d’une sobriété volon- soins de l’ensemble de la population en protéines et
tariste sur S1 et S2 à des outils connectés performants énergie d’environ 20 %.
offrant une traçabilité de la fourche à la fourchette
et une gestion instantanée des surplus et risques de En termes de régime alimentaire, ce scénario est ca-
pertes sur S3 et S4. ractérisé par une poursuite de la baisse tendancielle
actuellement observée de la consommation de viande
Sur le plan de la restauration hors foyer, les différents avec une substitution accrue de la viande bovine et
scénarios se distinguent également. Les modélisa- porcine par de la volaille. En proportion dans l’assiette,
tions de ces tendances sont intégrées dans le chapitre la consommation de sucre diminue, tandis que celle
2.1.2. Bâtiments résidentiels et tertiaires. Si la progression de fruits, légumes et légumineuses augmente, ces
de la restauration hors foyer reste commune aux évolutions s’accordant mieux avec les recommanda-
scénarios, les différences entre scénarios se tra- tions nutritionnelles. Les consommations d’alcool et
duisent davantage dans la restauration collective. de produits laitiers sont en légère baisse.
Celle-ci renforce son rôle social et optimise l’usage
de ses locaux avec des ouvertures à différents publics Le numérique poursuit son développement, ce qui
selon les moments de la semaine ou de l’année dans génère des effets contrastés :
S1 et S2. Dans S3 et S4, la restauration hors foyer est
davantage portée par les loisirs et le tourisme (dont essor des commandes en ligne (et des livraisons à
une part consommée par les touristes étrangers vi- domicile), aussi bien de denrées alimentaires (30 %
sitant le territoire). de part de marché) que de repas ;

La numérisation de la société est présente dans tous essor du télétravail pour une part de la population,
les scénarios, avec une gradation de ses usages. Dans avec un retour des déjeuners à domicile (préparés
S1, elle se limite à un rôle fonctionnel (utilitaire), avec ou livrés) ;
un focus dans les usages permettant de réels gains
environnementaux (par exemple, réservations de le temps comme les dépenses consacrés aux loisirs
repas permettant de réduire le gaspillage). Dans S4 notamment numériques ont tendance à impacter
(et dans une moindre mesure S3), les consommateurs, ceux destinés à l’alimentation.
comme les entreprises et collectivités, s’appuient en
permanence sur des outils d’assistance et d’aide à Dans le même temps, la restauration hors foyer
la décision numérique. L’intelligence artificielle prend poursuit son évolution à la hausse (pour atteindre
le dessus sur les initiatives individuelles pour per- ¼ des repas) sous des formes différentes : livraison
mettre une alimentation plus durable. de repas, augmentation de la consommation « loisir »
et du snacking, découlant d’une certaine déstruc-
turation et individualisation des repas.
4.1. Scénario tendanciel :
surconsommation alimentaire Concernant les aliments transformés et ultratrans-
formés, une accentuation des tendances actuelles
et progression continue est envisagée, avec une part des aliments transformés
des besoins dans la consommation totale passant de 40 % au-
jourd’hui à 60 % en 2050 (dont la moitié correspon-
Les années 1990 marquent la fin de la première tran- drait à des aliments ultratransformés).
sition alimentaire (et de la hausse de la consommation
de viande). Depuis, la composition de l’assiette, en Dans ce scénario, l’autoproduction-autocon-
France comme dans les autres pays développés, est sommation au sein des ménages reste stable.

241 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

À l’exception de certaines productions très À l’échelle nationale, la part des importations dans
saisonnières, elle représente actuellement une très l’alimentation poursuit sa hausse (en particulier pour
faible part des volumes consommés même si la les fruits, légumes et produits laitiers), en lien avec
majorité de la population est concernée par de les spécialisations de territoire et la recherche des
l’autoproduction-autoconsommation à des niveaux matières premières les plus économiques. La multi-
très variables. Selon INCA3, ¾ des personnes plication des événements climatiques extrêmes
consomment au moins une fois par mois des aliments (crues, inondations, sécheresses, tempêtes…) pourrait
issus de leur propre production, de celle d’un proche générer des irrégularités fortes dans les rendements
ou de la cueillette, chasse et pêche, dont ¾ parmi des productions, nécessitant de recourir encore da-
elles au moins une fois par semaine. vantage aux importations pour substituer les pro-
ductions manquantes.
Si les messages autour du « bien manger » (fruits et
légumes de saison, produits bio, circuits de proximi- Le gaspillage alimentaire, sous l’effet des politiques
té…) poursuivent leur développement, leurs effets publiques, se réduirait de 30 % sans atteindre les ob-
sur la consommation des ménages restent assez li- jectifs de 50 % attendus.
mités et ne bouleversent pas les modes et habitudes
de consommation, en raison des changements de
comportements nécessaires et du manque d’accom- 4.2. Scénario 1 : profonde
pagnement. À l’exception du bio, qui se stabilise à
20 % de part de marché, dont une part significative
transformation des habitudes
est importée en raison de tarifs plus concurrentiels alimentaires sur fond de prise
à l’import. de conscience
Les circuits de proximité se développent, principale- Dans ce scénario, une évolution profonde des pra-
ment par le biais de la grande distribution qui s’est tiques alimentaires est à l’œuvre en 2050, poussée
emparée du sujet. Celle-ci reste largement dominante par :
sur le marché, avec toutefois une évolution des caté-
gories de surface de vente et en particulier, un mix une prise de conscience forte de l’ensemble de la
entre hypers/supers et supérettes de proximité. population (prise en compte des impacts environ-
nementaux et sanitaires liés à l’alimentation et
amélioration de la connaissance de la chaîne agroa-
limentaire) qui se traduit par des effets majeurs et
pérennes dans les comportements d’achat et de
consommation ;

une évolution contrainte de l’offre alimentaire,


accompagnée par les politiques publiques et les
contraintes économiques en lien avec la raréfaction
des ressources et un objectif de résilience alimen-
taire. Ces politiques, menées aux échelles locales,
nationales et internationales, visent une autonomie
maximale à l’échelle nationale. Autrement dit, une
faible dépendance aux importations (de produits
alimentaires mais également de l’ensemble des in-
trants nécessaires à la production nationale : maté-
riel, engrais et produits phytosanitaires, énergie…),
la relocalisation des productions et la transformation
des systèmes productifs pour faire mieux corres-
pondre offre et demande et aller vers des systèmes
diversifiés plus durables et résilients.

Une réduction des pertes et gaspillages marquée


notamment sur l’amont (chez les producteurs) et
l’aval (au niveau des consommateurs, au foyer et hors
domicile) est rendue possible par un nouveau rapport
aux denrées alimentaires, et plus globalement à l’ali-
mentation : retour d’une certaine « valeur » donnée
à l’alimentation, temps et part de budget consacrés
à cette fonction, etc. La moindre place des acteurs
intermédiaires et du marketing contribue également
à cette évolution. Dans ce scénario, une part impor-

242 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

tante de la population s’oriente vers des régimes Ce scénario voit également le développement signi-
alimentaires fortement végétalisés (1⁄3 de la popula- ficatif d’une agriculture urbaine sociale et solidaire
tion ne consomme pas du tout de viande et 1⁄3 opte et du jardinage (collectif et individuel), accompagné
pour un régime flexitarien correspondant à par l’ouverture de tiers lieux incluant des cuisines et
2 portions hebdomadaires de viande). Ces régimes de petites unités de transformation accessibles à
sont également caractérisés par un meilleur profil tous.
nutritionnel (moins de sucre, d’alcool, de boissons
sucrées), dans une recherche d’alimentation saine Dans le même temps, on observe une réduction du
et sobre dont l’impact sur la santé et l’environnement surpoids et de l’obésité ainsi qu’une amélioration de
est meilleur. Cela se traduit également par une exten- l’état de santé de la population, en particulier du fait
sification des systèmes de production agricoles, en d’une diminution forte de la surconsommation et
particulier pour les productions animales restantes, notamment de la surconsommation protéique glo-
en lien avec les questions de bien-être animal. Suite bale, associée à une division par 3 et 2 de la consom-
à la prise de conscience des enjeux de préservation mation de viande et de produits laitiers et une ré-
de la biodiversité pour la santé humaine et la planète, duction de la consommation de poisson. Cette
la population rejette en majorité l’utilisation des consommation de viande devient occasionnelle,
produits phytosanitaires. Ce qui permet de conver- mais orientée vers des produits de qualité, issus du
tir plus des 2⁄3 du territoire vers des modes de pro- territoire national, respectant l’environnement et
duction à très bas niveaux d’intrants de synthèse autant que faire se peut le bien-être animal : élevages
(cf. chapitre 2.2.1. Production agricole). à l’herbe, parcours,
exploitations auto-
Les citoyens redonnent de la
Motivés par une communication ciblée et une mon- nomes. Les fruits
valeur à leur alimentation.
tée en compétence (publicité pour des produits et légumes impor-
durables, information aux heures de forte audience, tés sont en majori-
sensibilisation dans les écoles, formation des profes- té substitués par des produits issus de bassins locaux
sionnels…), les Français mettent en avant dans leurs (jus de pomme, poire ou raisin au lieu du jus d’orange
actes d’achat une alimentation locale, bio, de saison par exemple) et la quantité de légumineuses dans
et de proximité avec les producteurs. Les citoyens l’assiette augmente très fortement. De même, les
redonnent de la « valeur » à leur alimentation à laquelle produits tropicaux sont consommés avec modéra-
ils attachent une importance croissante. Sa part dans tion (café, cacao, fruits…). Les productions sous serre
le budget des ménages augmente et des mesures sont chauffée sont fortement réduites. Les aliments pri-
mises en place pour garantir l’accès à tous à une ali- vilégiés sont frais et de saison, ou sous forme de
mentation saine, équilibrée et durable, y compris les conserves et de surgelés (produits bruts). La consom-
populations précaires. Le temps consacré à la fonction mation de produits très transformés chute et les
alimentaire ( jardinage, achats, transformation , gammes se réduisent drastiquement au profit d’ali-
consommation) se stabilise, voire réaugmente avec ments de base plus sains, mais également moins
le développement de l’autopro- chers car vendus bruts ou peu transformés.
duction et d’activités de loisir
Dans S1, les Français autour de la production alimen-
mettent en avant dans taire. La relocalisation à l’échelle 4.3. Scénario 2 : évolution des
leurs actes d’achat une nationale est recherchée sans
alimentation locale, bio, pour autant être atteinte à 100 %,
pratiques soutenue par des
de saison et de proximité préservant certains circuits d’im- politiques publiques ambitieuses
avec les producteurs. ports/exports utiles en réponse
aux aléas climatiques. Cet objec- Le scénario 2 est assez proche du précédent en
tif stimule le développement des termes de demande alimentaire, mais l’alimentation
circuits de proximité et le développement d’emplois des Français est davantage suivie et accompagnée
locaux y compris en zone rurale, mais la spécialisation par des politiques publiques ambitieuses. Les évolu-
de certains territoires implique toutefois des flux de tions envisagées sont accompagnées par des poli-
marchandises à l’échelle nationale de produits moins tiques publiques d’information et d’incitation (aides,
standardisés (limitant les pertes), peu ou pas trans- taxes…), en fonction de l’impact environnemental et
formés. Les pratiques culinaires au foyer et la restau- des enjeux nutritionnels des produits alimentaires. S’y
ration hors foyer s’adaptent et intègrent la lutte ajoutent un travail renforcé d’éducation à l’alimenta-
contre le gaspillage, qui s’en trouve fortement réduit. tion durable mis en œuvre dès le plus jeune âge (pro-
Les collectivités redéveloppent des cuisines centrales grammes scolaires, publicité et programmes audiovi-
en régie, avec une vocation sociale renforcée, à la suels pour des produits/régimes sains et durables…)
fois en termes de tarif et de public (ouverture des et l’intégration systématique des enjeux de durabilité
cantines scolaires aux habitants, notamment séniors, de l’alimentation et préconisations associées dans
télétravailleurs et populations précaires). Ces lieux toutes les formations professionnelles en lien direct
deviennent de nouveaux espaces d’apprentissage, (cuisiniers, diététiciens, agroalimentaire…) et indirect
de solidarité et de convivialité. (éducateurs sportifs, enseignants, médecins, secteur

243 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

social…) avec l’alimentation. Campagnes de commu- de proximité (vente directe…) sont soutenus par les
nication et affichage environnemental et nutritionnel pouvoirs publics, notamment par la mise en place
accompagnent cette montée en compétence de fond de systèmes de quo-
de la population. tas/taxation à l’im-
port en saison de Dans S2, les principaux
Les principaux déterminants de la consommation production et de déterminants de la
alimentaire sont la santé, l’environnement et l’ori- taxation différen- consommation alimentaire
gine des produits. Dans cette approche globale, les ciée des produits les sont la santé, l’environnement
régimes alimentaires ont considérablement évolué plus sains/durables et l’origine des produits.
par rapport à aujourd’hui. Ils s’approchent, pour (bio, fruits et lé-
une part importante de la population, des recom- gumes frais). En
mandations nutritionnelles de la FAO et sont éga- conséquence, la part des importations dans l’alimen-
lement porteurs d’une demande d’extensification tation diminue significativement, comme présenté
des systèmes de production agricoles, en bio (ou dans le chapitre 2.2.1. Production agricole.
assimilés). Les régimes sont dominés par une dimi-
nution importante (mais moindre que dans S1) de Les citoyens redonnent de la « valeur » à leur alimen-
la surconsommation protéique globale et de la tation en y attachant une importance forte et les
consommation de produits animaux (viande et pois- usages numériques s’intensifient pour accompagner
sons). Celle-ci est divisée par deux, au profit de les consommateurs dans leurs choix grâce à des ap-
protéines végétales peu transformées qui repré- plications permettant de suivre l’origine, la nature
sentent alors près de la moitié des apports pro- des produits, leur saisonnalité par exemple et/ou plus
téiques de l’assiette moyenne. globalement leur « score » environnemental et nutri-
tionnel, en lien avec la généralisation de l’affichage.
Tout comme dans le scénario précédent, la consom- La part de l’alimentation dans le budget des ménages
mation de viande devient occasionnelle, orientée augmente légèrement, mais l’évolution vers un régime
vers des produits respectant davantage l’environne- moins carné, les politiques de soutien aux produc-
ment et le bien-être animal. L’assiette accueille pro- tions durables et aux ménages modestes aident à
portionnellement davantage de céréales, huiles et compenser la hausse des coûts de production et par
légumineuses par rapport à l’assiette actuelle. La conséquent celle des prix de vente.
consommation de légumes et de fruits est moins
contrainte que dans S1 (maintien de produits impor- Les circuits de proximité deviennent la principale
tés exotiques ou de produits issus de serres chauffées voie de commercialisation de produits moins stan-
par exemple). Les produits locaux, bio, de saison et dardisés, peu ou pas transformés, grâce à un soutien
fort au développement de projets alimentaires ter-
ritoriaux cohérents et adaptés à chaque territoire.
Ceux-ci structurent réellement la dynamique alimen-
taire et favorisent la résilience à l’échelle des terri-
toires (incluant le retour de l’emploi et la dynamisa-
tion des territoires ruraux). La diversification des
productions agricoles aux échelles territoriales contri-
bue également à une meilleure résilience face aux
aléas climatiques.

Les pratiques culinaires au foyer et la restauration


hors foyer s’adaptent et intègrent la lutte contre le
gaspillage. Les collectivités redéveloppent des cui-
sines centrales en régie. Ce scénario voit également
le développement d’une agriculture urbaine à voca-
tion sociale et solidaire et de jardinage (collectif et
individuel) afin de maintenir des espaces verts des-
tinés à un usage récréatif, au stockage de carbone, à
un rôle de réservoir de biodiversité.

L’atteinte des objectifs de réduction des pertes et


gaspillages alimentaires s’opère majoritairement grâce
aux actions sur l’amont (chez les producteurs) et l’aval
(via les consommateurs), avec une contribution pro-
gressive des acteurs intermédiaires de la transforma-
tion et de la distribution.

244 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

4.4. Scénario 3 : des pratiques


qui concilient gastronomie
et préoccupations de santé/
environnement

En 2050, dans S3, les choix alimentaires des Français la viande bovine et porcine, un peu moins pour la
intègrent les questions d’environnement et de santé, volaille). Elle est notamment compensée par une part
sans restreindre de façon prononcée les niveaux de plus importantes de protéines végétales dans l’ali-
consommation dans une société qui consacre large- mentation, via le développement des légumineuses.
ment le plaisir individuel. L’indice de masse corporelle La consommation de poisson diminue légèrement.
diminue toutefois, signe d’une alimentation plus
équilibrée sous l’effet dual de la sensibilité accrue Avec le développement d’outils numériques d’aide
d’une partie de la population et d’accompagnements à l’achat et à la consommation (applications mobiles,
personnalisés à l’alimentation par le biais d’applica- affichage environnemental…) mais aussi la moindre
tions multiples. Le contenu énergétique de l’alimen- importance accordée au temps alimentaire face au
tation (calories consommées) diminue de 20 % tout développement des loisirs, les consommateurs se
comme la quantité de protéines ingérée. La part des tournent globalement vers plus de restauration hors
protéines végétales passe à près de 50 % (1⁄3 actuel- foyer, d’aliments transformés prêts à l’emploi et de
lement). Les niveaux de consommation individuels nouveaux aliments (protéines alternatives…). Mais
de légumes, céréales, œufs et huile restent proches sous les efforts des industriels combinés à la pression
des niveaux actuels alors que les consommations de sociale exercée par le nutriscore et l’affichage d’un
fruits, lait, sucre, boissons chaudes ou alcoolisées score environnemental obligatoires sur les produits
diminuent. Des fruits exotiques sont toujours impor- alimentaires et dans la restauration, les aliments
tés (bananes, ananas, oranges, avocats…) en réponse transformés et l’offre de restauration sont globale-
à une demande toujours existante pour ces produits. ment plus sains et plus durables que les produits
La consommation quotidienne de légumineuses disponibles sur le marché en 2020.
passe de 18 à 49 grammes. La tendance d’évolution
à la baisse de la consommation de viande se poursuit Ces comportements de consommation favorisent
(avec une baisse d’environ un tiers, un peu plus pour une optimisation technique et technologique des

245 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

systèmes de production agricole. L’offre nationale espaces « naturels » dédiés aux loisirs et à une forme
de produits bio ne se développant pas suffisamment de préservation de la biodiversité.
pour faire face à la demande intérieure, l’importation
de produits biologiques augmente pour répondre à Les liens entre production agricole et alimentation
la demande des Français de produits plus respectueux s’en retrouvent déconnectés, de même qu’entre
de l’environnement et de leur santé (mais attachant producteur et consommateur et par voie de consé-
plus d’importance au prix qu’à la provenance) tandis quence, la répartition de la valeur le long de la chaîne
que, de façon générale, les importations de denrées de production du champ à l’assiette. La méconnais-
alimentaires non bio diminuent. Les exportations sont sance/le désintérêt des consommateurs vis-à-vis de
stables et concentrées sur des produits de qualité la production alimentaire se traduit par une consom-
(parfois même le bio, pour des raisons économiques) mation qui tient peu compte des saisons mais plutôt
(cf. chapitre 2.2.1. Production agricole). des envies.

La réduction du gaspillage atteint 50 % par rapport De plus, la demande alimentaire se tourne très forte-
aux pertes actuelles. Les efforts entrepris se tra- ment vers les aliments préparés et transformés et la
duisent à toutes les phases (production, récolte, consommation hors domicile, permettant une indi-
transformation et consommation), fortement sou- vidualisation des consommations au regard des at-
tenus par des développements technologiques et tentes de chacun y compris au sein des ménages.
numériques adéquats. Les aides à la cui-
sine (robots ména-
gers multifonc- Les liens entre production
4.5. Scénario 4 : stabilité tions) permettent agricole et alimentation s’en
à une partie de la retrouvent déconnectés,
de la demande avec intégration population de de même qu’entre producteur
de critères de santé s’adonner à une et consommateur.
cuisine « maison »
Dans ce scénario, en 2050, les choix alimentaires des peu consomma-
Français intègrent peu de contraintes, si ce n’est les trice de temps.
aspects santé qui sont davantage pris en compte dans
les produits transformés et ultratransformés et la Le numérique a pris une place très importante dans
consommation hors domicile, via des incitations de les modes d’achats et de consommation (applications
nature libérale (tarif des mutuelles santé indexé sur le numériques d’aide au choix pour les achats/la prépa-
régime alimentaire par exemple) et les aides ration/la consommation hors domicile, vente à dis-
numériques. tance, outils connectés…). Les systèmes de production
agricoles qui en découlent intègrent de manière pous-
Dans cette approche, la demande alimentaire change sée les avancées technologiques et l’automatisation,
peu : l’indice de masse corporelle continue à aug- sans forcément parer aux impacts environnementaux
menter, les surconsommations en protéines et en et intègrent aussi le développement des OGM. Pour
calories diminuent faiblement ainsi que la part de répondre à la demande croissante de la population,
protéines animales. Néanmoins, les régimes alimen- le pays se tourne vers les importations lorsque cela
taires ont évolué par rapport à 2015. Ils intègrent plus s’avère nécessaire, notamment pour les produits tro-
fortement de nouveaux aliments (pavés végétaux picaux ou issus de l’agriculture biologique, qui s’est
imitant la viande, protéines d’insectes et, à l’approche insuffisamment développée sur le territoire national.
de 2050, premières viandes de synthèse), en réponse Afin de répondre à une demande de localisme d’une
à des attentes contrastées et parfois opposées de la partie de la population, l’agriculture urbaine s’est dé-
société : bien-être animal vs consommation de veloppée en favorisant les formes les plus technolo-
viande ; recherche de praticité/rapidité au meilleur giques (serres urbaines, conteneurs, aéroponie…) et
coût, faible impact environnemental à moindre coût… associées à des systèmes énergétiques vertueux (éner-
La consommation de poisson se maintient grâce à gie de récupération…).
l’aquaculture, dont une partie est nourrie de proté-
ines alternatives (insectes…). La consommation de Le traçage numérique de l’ensemble des produits,
viandes blanches augmente au détriment des viandes les appareils connectés et les applications d’aide au
rouges, sans éliminer celles-ci qui restent tirées par choix/à la réalisation (alertes automatiques, optimi-
la consommation hors foyer et la demande de pro- sations des stocks, de la logistique, plateformes
duits laitiers. Toutefois, la réorientation des priorités d’échange…) permettent une certaine optimisation
budgétaires vers les loisirs et le numérique a pour des impacts environnementaux et de santé, mais
conséquence la poursuite de l’intensification et la surtout une réduction importante du gaspillage ali-
spécialisation des productions, favorable à une baisse mentaire, équivalente aux autres scénarios.
des coûts. En dehors des zones urbanisées, les zones
de production agricole intensives alternent avec des

246 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

5. Comparaison des principales


quantifications des scénarios
L’évolution des régimes alimentaires se traduit de
L’assiette INCA2 est basée sur les données de l’étude
façon contrastée entre les différents scénarios, en
INCA2 (2006-2007) et ne reflète pas complètement
particulier concernant la part carnée de l’alimenta-
les habitudes de consommation actuelles. Les don-
tion, qui évolue au profit d’une consommation de
nées de l’étude INCA3 présentées en Graphique 1
légumineuses et d’un rééquilibrage nutritionnel glo-
offrent une vision plus à jour des habitudes de
bal de l’assiette (Graphique 7).
consommation de la population française (2014-
2015), mais à la date de rédaction de ce rapport elles
ne peuvent pas être présentées sur le même gra-
phique que le Graphique 7 du fait d’une segmentation
différente des types d’aliments.

Graphique 7 Composition de l,assiette du régime moyen français dans chaque scénario en 2050, représentée en quantités
consommées par jour et par personne, boissons incluses, sauf eau (INCA2 représente le régime moyen actuel)

Viande porcine, charcuteries,


2 500 abats et autres
Viande de volailles
Viande bovine et ovine
2 000 Produits laitiers
Quantité consommée (g/jour/pers.)

Poissons et fruits de mer


Fruits
Légumes
1 500
Légumineuses
Céréales
Substituts végétaux
des produits laitiers
1 000
Substituts végétaux des viandes
Huiles
Boissons chaudes
500 Boissons alcoolisées
Boissons non alcoolisées
Sucre, confiseries, chocolat

0 Autres

INCA 2 TEND S1 S2 S3 S4

Sources : données intermédiaires du projet SISAE.

247 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

À l’échelle du consommateur, une évaluation des Ces évolutions d’empreinte seront à affiner dans les
impacts des régimes « moyens » des différents scé- travaux en cours (SISAE) afin de prendre en compte
narios (eux-mêmes issus d’une combinaison des ré- l’impact de l’évolution de l’ensemble du régime
gimes différenciés présentés en début du chapitre) alimentaire ainsi que sur l’ensemble de la chaîne et
met en évidence des contributions très différentes non seulement sur la production agricole.
de l’alimentation selon les scénarios à la réduction
des émissions de GES. Les gains en termes de contribution à l’atteinte de
la neutralité carbone sur le territoire national sont
De façon approximative en attendant les résultats évalués :
issus du programme SISAE, en prenant en compte
uniquement l’impact de la réduction de la sur la partie amont (production) dans le chapitre
consommation de viande sur les émissions agricoles 2.2.1. Production agricole ;
(poste majoritaire dans l’assiette actuelle), nos
scénarios pourraient se traduire par une réduction sur la partie aval (transformation, distribution
d’empreinte carbone individuelle de l’ordre de et consommation) dans les chapitres 2.1.2. Bâtiments
600 kgCO2eq/an par rapport aux émissions actuelles résidentiels et tertiaires, 2.1.3. Mobilité des voyageurs et
dans S1, 60 kgCO2eq/an dans S4 (Tableau 1). Les transport de marchandises et 2.2.3. Production industrielle.
émissions actuelles de l’alimentation d’un Français
étant estimées à 2,5 tCO2eq/an, dont les 2⁄3 pour la D’une manière générale, on peut conclure que les
phase de production agricole. Les ordres de grandeur changements de l’assiette jouent un rôle majeur dans
sont similaires pour l’empreinte sol, qui représente l’empreinte individuelle et les efforts qui ne seront
la surface mobilisée par les cultures permettant la pas faits via une assiette plus sobre seront à reporter
production de l’alimentation d’un Français, en France sur d’autres secteurs. Notamment, dans le domaine
ou à l’étranger, et l’empreinte énergie, qui traduit la de la lutte contre le changement climatique,
quantité d’énergie nécessaire à la production l’alimentation y « pesant » actuellement pour ¼ de
alimentaire d’un Français pour la fabrication des nos émissions de GES, l’évolution de l’assiette telle
intrants, les cultures, l’élevage, etc. Ainsi, S1 et S2 qu’envisagée dans S1, S2 et dans une moindre mesure
permettent une division respectivement par 1,7 et S3 est indispensable pour atteindre les objectifs de
1,4 des terres occupées et par 1,4 et 1,3 de l’énergie réduction des émissions. Dans le scénario 4, les
consommée, contre seulement - 6 % (empreinte sol) émissions de l’alimentation seule seront à compenser
et - 4 % (empreinte énergie) dans S4 dont l’évolution par des mécanismes de stockage par exemple.
est similaire au tendanciel.

Tableau 1 Évolution des empreintes énergie, GES et sol de la phase de production agricole par rapport à l’empreinte actuelle,
uniquement estimée à partir de la consommation de produits carnés

Actuel
TEND S1 S2 S3 S4
(INCA 2) [6]

Consommation de viande (g/jour) 123 - 10 % - 70 % - 50 % - 30 % - 10 %

Empreinte énergie
6 200 - 4% - 29 % - 21 % - 13 % - 4%
de la production agricole (MJ/an)

Empreinte GES de la production


1 540 - 6% - 45 % - 32 % - 19 % - 6%
agricole (kgCO2eq/an)

Empreinte sol de la production


4 300 - 6% - 40 % - 29 % - 17 % - 6%
agricole (m²)

248 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

6. Enseignements pour le secteur


et propositions de politiques
De ces quatre scénarios prospectifs alimentaires, transports. Il importe de considérer en premier lieu
plusieurs leviers clés sont à mobiliser pour permettre les leviers permettant de faire évoluer les modes de
de réduire de façon suffisante l’impact environne- production en complément d’une réduction des
mental de nos consommations alimentaires (em- consommations carnées et plus globalement des
preinte sol, énergie et GES, mais également biodi- consommations de produits animaux ;
versité, eau…) :
pour les produits végétaux, l’empreinte carbone
végétaliser progressivement l’assiette des Français, est principalement impactée par les lieux de pro-
en revoyant l’équilibre entre protéines animales et duction, la demande de transport et le mode de
végétales de nos régimes alimentaires, tout en transport, relativement plus que par les émissions
conservant un équilibre nutritionnel et la diversité liées à la production. Une relocalisation de ces pro-
des apports alimentaires. Ainsi, sur la base des tra- ductions les rapprochant des consommateurs est
vaux menés en 2020 [6], chaque baisse de donc essentielle. Si le passage à des modèles à bas
10 g/jour de viande permet de réduire d’environ niveaux d’intrants modifie peu les émissions de gaz
210 MJ/an, 80 kgCO2/an et 200 m²/an les empreintes à effet de serre (à régime alimentaire identique), il
énergie, GES et sol du régime moyen français, ce permet des économies d’énergie significatives ;
qui revient à introduire un repas végétarien par se-
maine en remplacement d’un repas de viande. Dans la question complexe de l’occupation des terres.
les scénarios les plus ambitieux dans le changement La production alimentaire est un domaine complexe
d’assiette, la baisse de la consommation de viande et d’autres impacts que les émissions de GES
bovine s’accompagne d’une baisse de la consom- doivent être pris en compte, nécessitant parfois
mation de produits laitiers, pour des raisons de des compromis. Ainsi, la généralisation des pra-
cohérence des systèmes productifs ; tiques plus agroécologiques dans des systèmes à
bas niveaux d’intrants de synthèse va générer une
diminuer l’apport calorique global (à âge et sexe extensification, donc une augmentation de l’em-
donnés), en cohérence avec les politiques préven- preinte sol, laquelle peut être compensée par la
tives de santé publique visant à améliorer l’état de réduction de la consommation de produits ani-
santé de la population et en particulier à réduire maux. Cette question renvoie également :
l’incidence de l’obésité et du surpoids, ainsi que – à la « qualité » des terres concernées, qui est va-
des maladies associées à une alimentation désé- riable selon les lieux (par exemple plaine ou mon-
quilibrée. Cette action est à mener en particulier tagne) ;
auprès des publics précaires ; – aux impacts de changement d’usages des terres
(comme par exemple la destruction de forêts
faire évoluer les modes de production, notamment amazoniennes pour y produire des aliments, à
vers des productions moins émissives et moins im- destination du bétail principalement) dont les
pactantes (cf. chapitre 2.2.1. Production agricole), effets sur les stocks de carbone et la biodiversité
orientées vers la qualité plutôt que vers les volumes ; sont considérables.

réduire les pertes et gaspillages, sur l’ensemble de D’une manière plus générale, l’analyse des flux de
la chaîne du champ à l’assiette et en activant l’en- denrées agricoles et alimentaires met en évidence
semble des leviers disponibles. En particulier, amé- la nécessité d’une relocalisation d’une partie des
liorer la connaissance de la chaîne de production productions, avec plusieurs objectifs :
et redonner de la valeur à l’alimentation constituent
des leviers importants pour changer les comporte- améliorer la résilience des systèmes alimentaires,
ments. aujourd’hui fortement dépendants des transports
(et donc du pétrole) ;
Néanmoins, les leviers de réduction des émissions
de GES diffèrent en fonction du type de production : rapprocher les producteurs des consommateurs,
afin de redonner du sens à l’alimentation et de la
pour les produits animaux, les émissions de GES sont « valeur » aux produits et d’améliorer la connaissance
principalement liées à la production et au change- des consommateurs vis-à-vis de la production ali-
ment d’usage des sols mais relativement moins aux mentaire ;

249 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

ancrer des emplois dans les territoires, emplois Le rôle du numérique dans la transition alimentaire
agricoles mais également au sein des outils de trans- émerge à peine et il est encore difficile d’estimer son
formation et dans la chaîne de distribution de l’ali- impact à l’horizon 2050. Néanmoins, les nombreux
mentation. usages apparus depuis quelques années (affichage
environnemental, nutriscore, anti-gaspillage…) tout
Pour les produits végétaux mais également certains comme les développements à venir, telles que les
produits animaux, il est indispensable de donner technologies Blockchain [17] pour améliorer la tra-
au consommateur les outils de connaissance de la çabilité des aliments, laissent penser que ce levier
saisonnalité des produits, pour limiter les demandes sera fondamental dans l’évolution de notre relation
« hors saison » sources de de confiance à l’alimentation et au secteur agroali-
fortes pressions sur les res- mentaire.
Il faut considérer que sources (énergie) et les éco-
le secteur alimentaire systèmes (aquatiques par Cette information à destination du consommateur
est directement lié exemple pour les poissons). pourra par ailleurs être encore améliorée dans les
à d’autres secteurs, Les leviers politiques n’ont prochaines années avec les travaux actuellement
qui devront évoluer en pas été approfondis dans menés sur l’affichage environnemental des produits.
cohérence pour réaliser cette section, mais il semble Par exemple, la sortie de la base de données Agriba-
une transition réussie. primordial, pour permettre lyse V3 en 2020, qui contient 2 500 aliments, permet
une transition efficace vers de nouvelles mises à jour des données d’empreintes
des modes de consommation de différentes régimes alimentaires, qui pourront à
plus durables, d’activer des leviers au niveau des terme compléter ces informations.
productions agricoles et agroalimentaires autant
que des règles de commerce international (concur- La question des emballages alimentaires n’a pas été
rence déloyale, homogénéisation des cahiers des traitée spécifiquement car, bien qu’elle constitue un
charges…). sujet environnemental en tant que tel (80 % des em-
ballages ménagers sont des emballages alimentaires),
L’éducation et la sensibilisation (publicité, informa- son impact environnemental ne représente qu’une
tion objective sur les produits, évolution des pro- faible part de l’impact global du produit. Dans ce
grammes d’enseignement…) jouent également un contexte, s’il est essentiel de réduire les volumes d’em-
rôle majeur. L’émergence d’organisations innovantes ballages et d’optimiser les matériaux utilisés, les em-
sur les territoires comme les projets alimentaires ballages gardent un rôle important dans la préserva-
territoriaux (PAT), permettant une prise en compte tion des qualités des produits (et donc in fine dans la
transversale et adaptée des enjeux par la mobilisa- lutte contre le gaspillage alimentaire).
tion de l’ensemble des acteurs de la chaîne alimen-
taire du territoire, contribue aux évolutions du sys-
tème alimentaire. TRANSVERSALITÉ

L’évolution du prix de l’alimentation selon les scé- Il faut considérer que le secteur alimentaire est di-
narios n’a pas été étudiée et nécessiterait des tra- rectement lié à d’autres secteurs, qui devront évoluer
vaux complémentaires pour affiner ensuite les le- en cohérence pour réaliser une transition réussie :
viers à développer, en particulier pour garantir aux
populations précaires l’accès à une alimentation santé : les évolutions alimentaires auront un impact
saine et durable. direct sur l’état de santé de la population et donc
le besoin et les coûts d’accès aux soins (maladies
La consommation hors domicile, qui a une place cardiovasculaires, obésité, cancer…), mais également
importante dans tous les scénarios, peut être un sur la résilience de la population en cas de crise
outil dans la mise en œuvre des différents leviers, sanitaire (perturbateurs endocriniens, pesticides,
à différents niveaux : substances contenues dans les plastiques, sensibi-
lités aux maladies…) ;
rôle d’exemplarité et de sensibilisation, voire d’édu-
cation (dans le cas de la restauration collective) agriculture et industries agroalimentaires : le lien
ou de coconstruction d’un imaginaire durable entre production et consommation peut être plus
(dans le cas de la restauration commerciale), au ou moins marqué (de l’autosuffisance à la décon-
travers d’une offre écoresponsable : produits bio- nexion complète) sans que ces éléments n’aient
logiques, alternatives végétales ; été complètement chiffrés. Et ce, quand bien même
ils auraient un impact sur les consommations éner-
soutien à la structuration de filières vertueuses, gétiques des filières agroalimentaires et des acteurs
au travers des volumes qu’elles représentent ; de la conservation/distribution, mais aussi sur l’or-
ganisation des filières. À noter que notre système
rôle social de la restauration collective : accès à agricole, donc alimentaire, actuel est fortement
tous à une alimentation saine et durable. dépendant des ressources fossiles et de leur coût ;

250 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

transports : le système alimentaire actuel est direc- notamment : introduction de 20 % minimum de


tement lié à notre capacité à transporter les ali- produits biologiques, diversification protéique et
ments à bas coût, au niveau collectif (transport de menu végétarien, information des consommateurs,
marchandises) et individuel (achats) ; suppression des plastiques, lutte contre le gaspil-
lage. Un accompagnement semble indispensable
autres secteurs de la consommation : la transition (ressources, accompagnement humain, formation)
écologique initiée par un consommateur s’exprime pour en garantir l’application sur l’ensemble du
souvent de façon plus globale, au-delà de ses actes territoire et consolider leurs effets dans le temps ;
d’achat ;
accompagner les changements de comportement
organisation urbaine et bâtiment : on observe une par un travail massif de formation des profession-
structuration du fait alimentaire dans l’espace, à nels ayant un lien direct ou indirect avec le sujet
l’échelle de la ville (lieux d’approvisionnement, de alimentaire, aux enjeux de durabilité (environne-
consommation) et du domicile (place attribuée à ment, santé, relocalisation notamment). Sensibili-
la préparation – y compris stockage – et consom- ser le grand public et renforcer/réintroduire la for-
mation des repas). Le volet équipements pèse éga- mation aux enjeux de l’alimentation durable via
lement (techniques économes de type cuisson l’Éducation nationale. Le développement d’actions
basse température, stratégies de conservation, etc.), éducatives « de terrain » (visites, cours de cuisine)
ces éléments ayant des conséquences directes en est également nécessaire ;
termes de consommation énergétique et d’émis-
sions de GES. poursuivre l’évaluation des impacts environnemen-
taux de l’alimentation et investiguer notamment
les enjeux spécifiques aux nouvelles technologies
TEMPORALITÉ DES DÉCISIONS (gains environnementaux vs impacts) et aux nou-
STRUCTURANTES veaux produits (viande végétale et de synthèse,
protéines alternatives, fermes verticales), en parti-
Les leviers identifiés nécessitent une évolution simul- culier dans l’optique des scénarios 3 et 4 qui re-
tanée de l’offre et de la demande alimentaire qui posent en grande partie sur ces technologies.
doit être coordonnée.
Simultanément, il est indispensable de soutenir le
Dans un premier temps (dès 2021-2022) et quel que développement d’une offre plus durable et reloca-
soit le scénario, il est essentiel de consolider les lisée, à la fois pour la production et la transformation.
dynamiques en cours : En effet, la hausse de la demande en produits issus
de l’agriculture biologique et en légumineuses,
mettre en œuvre pleinement les lois EGalim, AGEC comme la réduction de la consommation de viande
et Climat et Résilience en restauration collective en privilégiant des produits issus de filières durables,

251 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

doivent se traduire par un retour à une diversification au service de la production comme de la consom-
des productions sur le territoire national. Le consom- mation. On peut penser que le marché régentera en
mateur ne devrait pas avoir à choisir entre « bio » et grande partie son fonctionnement. Toutefois, le rôle
« local », mais devrait plutôt pouvoir trouver du bio de l’État restera essentiel pour garantir l’équité des
local ! Le soutien aux productions plus agroécolo- citoyens et la protection des libertés individuelles,
giques est donc indispensable pour parvenir à des mais également pour favoriser le développement
niveaux de productions élevés (devenant les modes des technologies les plus vertueuses et aussi interdire
de production majoritaires dans S1 et S2). celles présentant des impacts environnementaux
trop élevés, quel que soit leur niveau de rentabilité
Dans un second temps, entre 2030 et 2035, les ac- éventuel.
compagnements structurants (formation, dévelop-
pement des filières et des outils de transformations) Des politiques publiques ambitieuses sont indispen-
auront été mis en place et il s’agira d’accélérer la sables pour soutenir une transition alimentaire à la
transition agricole et alimentaire, en particulier dans hauteur des objectifs environnementaux. Celles-ci
S1 et S2, pour que les nouvelles pratiques (agricultu- doivent de plus intervenir en cohérence avec les
re à faibles niveaux d’intrants, consommation terri- politiques agricoles (cf. chapitre 2.2.1. Production agri-
torialisée, flexitarisme…) passent d’une part émer- cole). Le Tableau 2 présente un récapitulatif des prin-
gente (20-30 %) à une part dominante (supérieure à cipales mesures concourant à la mise en œuvre des
50 %, voire 70 %). scénarios prospectifs.

Dans S3 et plus particulièrement S4, la période 2035-


2050 verra la banalisation de l’intelligence artificielle

Tableau 2 Récapitulation des politiques publiques les plus structurantes par scénario

S1 S2 S3 S4
ÉDUCATION/SENSIBILISATION/INFORMATION
Renforcer l’éducation à l’alimentation durable sur l’ensemble du cursus scolaire
Formation aux enjeux environnementaux de l’alimentation intégrée dans l’ensemble
des formations initiales et continues en lien direct (cuisiniers, nutritionnistes…)
ou indirect avec l’alimentation (médecins, coachs sportifs, social…)
Sensibiliser l’ensemble de la population aux impacts environnementaux (dont la déforestation
importée) et aux pistes d’actions pour une alimentation durable (nudge, marketing…)
Réforme de la publicité sur les produits alimentaires (et cadrage pour les produits les plus
impactants)
Déployer l’affichage environnemental et/ou une information environnementale renforcée
Soutenir le développement d’outils de mesure individuels des impacts de l’alimentation
Instaurer un label officiel pour les restaurants commerciaux les plus engagés

SOUTIEN À L’ÉVOLUTION DE L’OFFRE (en complément des mesures du chapitre 2.2.1. Production agricole )
À l’échelle nationale
Mettre en place une TVA différenciée pour les produits à bas intrants (bio)
Mettre en place des dispositifs incitatifs/dissuasifs pour les produits les plus
vertueux/impactants, en France et/ou à l’import (taxe, bonus/malus, quotas…)
Mettre en place des chèques alimentaires réservés à l’achat de produits durables (bio, locaux
et sains) pour les populations précaires (voir revenu alimentaire de base pour tous)
À l’échelle des territoires
Organiser une gouvernance agricole, alimentaire et foncière cohérente à l’échelle de chaque
territoire (généralisation des PAT, mise en cohérence avec les stratégies foncières et politiques
agricoles – PLU/SCoT…)
Soutien pérenne à l’animation et aux actions des PAT les plus ambitieux et cohérents
Soutien aux études d’opportunités/de faisabilité pour l’émergence/la diffusion de circuits
courts de proximité optimisés et durables
Exemplarité et rôle moteur de la restauration collective
Accompagner la mise en œuvre des loi EGalim/AGEC/Climat pour la restauration collective
publique et rehausser progressivement les objectifs
Généraliser les mesures applicables à la restauration collective publique, à l’ensemble
de la restauration collective privée

252 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

7. Limites et perspectives
7.1. Des consommateurs
aux profils variés qui restent
maîtres du jeu

Sauf dans l’éventualité d’une volonté politique forte les messages obligatoires contre les repas trop gras,
et imposée, les propositions d’évolution des régimes trop sucrés, trop salés et autres bandeaux de pré-
alimentaires émises dans ces scénarios sont directe- vention (à terme sur l’environnement) qui peuvent
ment soumises à l’appropriation par le consomma- avoir un effet contre-productif déculpabilisant
teur, qui demeure maître de ses choix, en fonction inconscient (le message n’est plus lu et le produit
de son budget, de ses sensibilités (environnement, fini par être perçu comme sain/durable) [20] ;
santé, plaisir, culture, habitudes…) mais aussi de l’offre
de produits répondant à ses attentes. le développement des achats à distance dont le
rapport gains/impacts environnementaux est mal
Une récente étude menée par l’IFOP pour FranceAgri- connu (pour les produits alimentaires et pour la
Mer [18] a notamment montré que les profils consom- livraison de repas à domicile) ;
mateurs sont très variés (âge, CSP, motivations...).
L’attachement culturel et gustatif aux produits car- l’essor du numérique et ses impacts, par rapport à
nés est l’un des facteurs principaux motivant les ses bénéfices.
consommateurs français de viande à ne pas faire
évoluer leur régime de façon drastique. À l’opposé, Enfin, certains secteurs innovants, en particulier au
les consommateurs ayant évolué ou souhaitant sein des filières protéines, pourraient bousculer le
évoluer vers des régimes contenant très peu, voire contenu de nos assiettes ou au contraire rester mar-
aucun produit animal voient leur processus de tran- ginaux. En effet, l’ouverture récente à la consomma-
sition alimentaire freiné par des verrous sociaux tion humaine des insectes [21] pourra générer à l’ho-
(défiance, incompréhension de leur entourage, peur rizon 2050 des évolutions de l’offre en aliments
d’une alimentation non équilibrée…) et organisa- transformés. Les cultures cellulaires et viandes de
tionnels (difficultés d’accès à des menus adaptés synthèse n’en sont encore qu’à leurs balbutiements,
hors domicile, accès à la connaissance…). mais les investissements R&D par certains adeptes
des solutions technologiques sont colossaux. Si les
Il est ainsi difficile de développer des projections verrous techniques et sociaux étaient levés, ces pro-
d’évolution des différents régimes au sein de la po- ductions pourraient trouver un marché en 2050, les
pulation tant ces phénomènes sont actuellement impacts environnementaux d’une production à
mouvants, en particulier au sein des nouvelles géné- l’échelle industrielle demeurant pourtant encore
rations. L’accompagnement par des politiques pu- inconnus…
bliques de sensibilisation, d’éducation et de forma-
tion est indispensable au regard de l’ampleur du
mouvement attendu, sauf si celui-ci est poussé par 7.2. L’évolution des assiettes
des crises sanitaires majeures.
soumise au changement
D’autre part, une vigilance particulière devrait être climatique et autres chocs
portée sur les possibles effets rebonds de certaines exogènes
évolutions/mesures envisagées :
L’évolution des régimes alimentaires pourrait être
la tendance à réduire sa consommation de produits impactée par l’intensification des phénomènes ex-
carnés à domicile, annihilée par une augmentation trêmes liés au changement climatique, mais aussi à
de la part consommée hors domicile (souvent moins d’autres chocs exogènes comme par exemple des
bien estimée) [19] ; scandales sanitaires, ce qui pourrait amener à une
prise de conscience et à une mobilisation plus rapides
un retour important à la cuisine d’aliments bruts, de la population. Qu’il s’agisse de ruptures d’appro-
qui pourrait générer l’achat et l’usage de multiples visionnement temporaires ou saisonnières, ou de
petits appareils électroménagers consommateurs manière plus durable d’évolution des productions
de ressources et d’énergie ; alimentaires en lien avec les changements clima-
tiques, l’impact sur le contenu et le coût de l’assiette
pourra être majeur.

253 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

Des crises telles que la pandémie liée à la Covid-19 les enjeux spécifiques liés au contexte insulaire
ont profondément bouleversé notre lien à l’alimen- des DOM-TOM : une étude est en cours en 2021 ;
tation lors du premier confinement. La pérennité de
ces évolutions est encore incertaine mais cet épisode la lutte contre la précarité alimentaire, notamment
est un bon exemple de la capacité de nos systèmes dans le contexte post-crise de la Covid-19 ;
à évoluer rapidement sous la contrainte.
les leviers règlementaires à considérer pour :
– soutenir des productions diversifiées, séduisantes,
7.3. Un lien à creuser avec locales, durables et de saison ;
– lutter contre la concurrence déloyale (écarts de
le budget des ménages cahiers des charges entre pays, écarts de coûts
de production…) ;
Plusieurs éléments n’ont pas été explicitement
– lutter contre la publicité faisant la promotion de
traités dans cette section et mériteraient un travail
produits ayant un impact environnemental et/ou
d’approfondissement dans les années à venir :
sanitaire négatif.

les conséquences sur les différentes filières de pro-


Enfin, l’impact de ces évolutions de régimes sur le
duction sont extrêmement complexes et toutes
budget des ménages n’a pas été estimé alors que cet
n’ont pas pu être creusées. Une publication est
élément est déterminant pour une grande partie de
prévue en 2022 sur l’impact des scénarios au sein
la population lors de l’acte d’achat. La traduction de
des filières protéines par le groupement [Futuribles/
ces propositions prospectives (concernant l’alimen-
Ceresco], mais les autres filières devraient être éga-
tation mais aussi, plus largement, la répartition globale
lement traitées afin d’aboutir à une vision cohé-
du budget des Français) serait une suite intéressante
rente globale ;
à réaliser, afin par exemple de favoriser l’acceptation
de certaines des propositions envisagées.

254 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ALIMENTATION

8. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

[1] Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de [13] SISAE : Simulation prospective du Système Alimentaire et de
l’environnement et du travail (Anses), INCA3, données 2014- son Impact, contrat 2003C0029, en cours à la date de rédaction
2015 (https://www.anses.fr/fr/content/inca-3-evolution-des- de ce rapport.
habitudes-et-modes-de-consommation-de-nouveaux-enjeux-
en-mati%C3%A8re-de). [14] NutriNet-Santé (https://etude-nutrinet-sante.fr/).

[2] FranceAgriMer, Données production – export + import (https:// [15] Solagro, MOSUT, outil de modélisation systémique sur
www.franceagrimer.fr/Eclairer/Outils/VISIO-Donnees-en-ligne). l’utilisation des terres (https://solagro.org/travaux-et-productions/
outils/mosut-outil-de-modelisation-systemique-sur-l-utilisation-
[3] Agence Bio, Le marché alimentaire Bio en 2019, rapport complet, des-terres).
2020, 86 pages et www.agencebio.org.
[16] Barbier Carine et al., ADEME, Empreintes sol, énergie et carbone
[4] ADEME, Pertes et gaspillages alimentaires : l’état des lieux et de l’alimentation. Partie 2 : empreintes des importations
leur gestion par étapes de la chaîne alimentaire, 2016. agricoles et alimentaires françaises, 2020, 36 pages.

[5] Barbier Carine et al., ADEME, L’empreinte énergétique et [17] Agreste, Les perspectives offertes par la blockchain en
carbone de l’alimentation en France, Club Ingénierie Prospective agriculture et agroalimentaire, 2019 (https://agreste.agriculture.
Énergie et Environnement, Paris, IDDRI, 2019, 24 pages. gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/Ana140/
Analyse_1401907.pdf).
[6] Barbier Carine et al., ADEME, Empreintes sol, énergie et carbone
de l’alimentation. Partie 1 : empreintes de régimes alimentaires [18] IFOP pour FranceAgriMer, Étude végétariens et flexitariens en
selon les parts de protéines animales et végétales, 2020, 34 France en 2020, 2021.
pages.
[19] Pleinchamp, Mange-t-on vraiment de moins en moins de viande
[7] Santé Publique France, Données 2015, source ESTEBAN. en France ? (https://www.pleinchamp.com/actualite/actualites-
generales~mange-t-on-vraiment-de-moins-en-moins-de-viande-
[8] IFOP pour FranceAgriMer, Étude végétariens et flexitariens en en-france).
France en 2020, 2021.
[20] Werle Carolina O.C. et Cuny Caroline, The boomerang effect
[9] Agreste, La consommation de viande en France en 2019 – of mandatory sanitary messages to prevent obesity, Marketing
Synthèse conjoncturelle, 2020, 359 pages. Letters 23, 883-891, 2012 (https://link.springer.com/
article/10.1007/s11002-012-9195-0).
[10] INSEE, Les dépenses des ménages en boissons depuis 1960,
INSEE Première 1794, février 2020. [21] Reusir.fr, Insectes : feu vert à la consommation humaine de vers
de farine en Europe.
[11] Loi EGalim en octobre 2018 et loi anti-gaspillage pour une
économie circulaire en janvier 2020.

[12] ADEME , Les moments de vie comme opportunités pour


encourager les pratiques responsables, 2021 (https://librairie.
ademe.fr/consommer-autrement/4622-les-evenements-de-vie-
comme-opportunites-pour-encourager-des-pratiques-
ecoresponsables.html).

255 Transition(s) 2050


02
ÉVOLUTION
DU SYSTÈME
PRODUCTIF
257 Production agricole
292 Production forestière
316 Production industrielle

25
256
25
56
6 Tra
Transition(s)
Tr
Tra
ans
nsi
n sitio
sitio
ion(s
n((s
(s) 2050
20
05
050
50
50
02 ÉVOLUTION DU SYSTÈME
PRODUCTIF

1. Production agricole
1. L’agriculture : 3. Description 5. Stratégies pour
à la croisée de de l’état actuel le secteur selon
multiples enjeux 265 chaque scénario
258 268
4. Description de la
2. Rétrospective méthode et outils de 6. Comparaison
des tendances quantification des des principales
262 scénarios quantifications
266 des scénarios
275

7. Enseignements pour
le secteur et propositions
de politiques
282

8. Limites des scénarios,


autres possibles,
perspectives de travail
285

9. Références
bibliographiques
290

10. Annexe : évolution


des principales variables
du secteur
291

257 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

1. L’agriculture : à la croisée
de multiples enjeux
1.1. Les fonctions attendues
de l’agriculture et les enjeux
pour la transition

Le secteur agricole est aujourd’hui à la croisée de le climat social tendu (agribashing, évolution des
multiples enjeux alimentaires, énergétiques, attentes des consommateurs…) et les activités
environnementaux, économiques et sociaux. Il s’agit agricoles sont devenues complexes, de plus en plus
de répondre en qualité et en quantité aux besoins difficiles à comprendre pour le grand public.
alimentaires de la population française et des L’évolution du système agricole est en cours depuis
productions dédiées à l’export, mais également aux plusieurs décennies, mais ne peut se faire que dans
besoins non alimentaires en augmentation, comme sa globalité en intégrant les enjeux économiques,
par exemple les bioénergies et les produits sociaux et environnementaux. Au-delà des
biosourcés. En parallèle, ces systèmes productifs agriculteurs, c’est l’ensemble des acteurs du monde
agricoles doivent aussi répondre à des attentes de agricole et alimentaire qui est concerné par cette
nombreux services environnementaux, comme par transition : les coopératives, les entreprises
exemple la préservation de la biodiversité, la agroalimentaires, les collectivités locales, la grande
préservation de la ressource en eau et des sols, ou distribution et les consommateurs.
encore le maintien ou le renforcement du stockage
de carbone. Le secteur agricole se trouve au cœur de nombreux
défis environnementaux : impacts des produits phy-
Globalement, l’agriculture est actuellement un tosanitaires, qualité de l’eau, de l’air et des sols, chan-
secteur en crise, au centre de multiples débats sur gement climatique, biodiversité… En France, la sim-
les plans économique, social et environnemental. Le plification et la spécialisation des systèmes agricoles
contexte économique est très difficile dans plusieurs et des paysages ruraux, favorisées notamment par la
filières (prix bas et fluctuants, endettement…) avec mécanisation et le recours aux intrants de synthèse,
notamment des questions sur la répartition de la ont permis d’augmenter les volumes produits et dans
chaîne de valeur qui ne permet pas à certains certains cas de réduire le prix des aliments fournis à
agriculteurs de vivre correctement de leur métier. la population. Les analyses montrent cependant que
Les questions environnementales sont nombreuses, l’évolution de ces systèmes de production se sont faits

258 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

au prix d’une dégradation de la qualité des sols, de de production, notamment sur les assolements1
l’eau, de l’air et de l’érosion d’une partie de la biodi- dans le cas du développement de cultures dédiées
versité au sein des agroécosystèmes, ainsi que d’une à la production de biocarburants première généra-
dépendance forte aux énergies fossiles (engrais, mé- tion ou à la méthanisation [4].
canisation, serres…).
La réflexion sur les scénarios a ainsi été structurée à
Sur les plans économique et social, le secteur agri- partir de la demande et en la mettant au regard de
cole, en particulier l’élevage, subit une crise depuis l’offre selon les trois questions suivantes :
plusieurs décennies : diminution du nombre d’exploi-
tations, de l’emploi et des revenus dans le secteur ; Quelles évolutions de la demande en France ?
endettement, pénibilité, dégradation de l’image de Quelle demande alimentaire : végétale, animale,
l’activité agricole… Par ailleurs, la majorité du secteur qualités environnementales ?
s’inscrit également dans un marché mondial régi par
Quelle demande en bio énergies et produits
des accords commerciaux qui ne tiennent pas néces-
biosourcés pour substituer des ressources fossiles ?
sairement compte des pratiques les plus vertueuses
Quelles bioénergies : biocarburants liquides/biogaz/
pour l’environnement. Les évolutions de la PAC (Poli-
chaleur ?
tique agricole commune), principal outil de soutien
à l’agriculture en France et en Europe, permettent Quelles ar ticulations entre biomasses à usages
une intégration progressive des enjeux environne- alimentaires et non alimentaires (concurrence,
mentaux et climatiques [1]. L’agroécologie constitue complémentarité) ?
désormais l’axe prioritaire des politiques agricoles
conduites en France. Quelles évolutions des niveaux de production ?

Quelle surface pour l’agriculture : surface agricole


L’agroécologie se définit comme « une façon de
utile (SAU) vs surface forestière vs surfaces naturelles
concevoir des systèmes de production qui s’appuient
vs surfaces urbanisées ?
sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes ».
Elle les amplifie tout en visant à préserver les Quelle évolution des rendements des cultures ?
ressources naturelles et à diminuer les pressions sur Quelle évolution de la productivité animale ?
l’environnement par la réduction des émissions de Quelle place pour l’agriculture urbaine ?
gaz à effet de serre ou encore la limitation du recours Quels niveaux d’importations et d’exportations ?
aux produits phytosanitaires. Il s’agit d’utiliser au
maximum la nature comme facteur de production Quelles évolutions des systèmes de production dont
en maintenant ses capacités de renouvellement [2]. déploiement des pratiques « bas carbone » ?

Dans les scénarios, il s’agit donc de penser des Quelle évolution des pratiques d’élevage ? Quel rôle
évolutions dans le cadre d’une transition globale des pour les prairies, en particulier permanentes ?
systèmes agricoles leur permettant : Quelle évolution de l’assolement et des pratiques
culturales ? Quelles sources et niveaux d’intrants
de satisfaire aux besoins alimentaires ;
(engrais, produits phytosanitaires) ? Quel couplage
de contribuer au développement des produits entre élevage et cultures ?
biosourcés et à la production d’énergie ;
Quelles adaptations à la raréfaction des ressources
d’assurer les services écosystémiques, en particulier (carburants, phosphates…) ?
de préservation de la biodiversité et de stockage
Quelles adaptations à la raréfaction de la ressource
de carbone dans les sols.
en eau, notamment en été (partage de la ressource
en eau entre secteurs, rôle et limites des retenues
Par ailleurs, ces scénarios devraient idéalement d’eau, évolution des assolements, des techniques
intégrer l’ensemble des enjeux socio-économiques d’irrigation…) ?
et environnementaux, ainsi que le rôle du soutien
Quelle capacité à réduire les pertes du champ à
public dans ces évolutions.
l’assiette ?

La demande alimentaire (via les régimes) et les ren- Quels impacts socio-économiques sur le secteur
dements végétaux sont des variables structurantes agroalimentaire et sur les conditions de réalisation
des évolutions des systèmes agricoles [3]. Ainsi, leur des scénarios prospectifs ?
évolution est prise en compte comme une réponse Quel rôle veut-on donner au secteur agricole pour
à l’évolution de la demande sociétale. Le dévelop- accroître le puits de carbone et/ou améliorer les
pement d’une demande non alimentaire, en parti- services écosystémiques rendus par l’agriculture
culier pour l’énergie ou les matériaux biosourcés, (exemple des haies, liant stockage et cobénéfice
peut également avoir un impact fort sur les systèmes sur la biodiversité) ?

1 https://dicoagroecologie.fr/encyclopedie/diversification-des-assolements/.

259 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

1.2. Les enjeux énergétiques De fait, la résilience des systèmes agricoles doit se
penser en considérant conjointement :
et climatiques pour le secteur
agricole une variabilité accrue des rendements de produc-
tion ;
Au niveau national, l’agriculture représente environ
20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) la volatilité des prix des intrants et des produits
nationales [5] et 67 % des émissions liées à agricoles au niveau mondial ;
l’alimentation. Une part importante de ces émissions
est diffuse et liée à des processus biologiques, une disparité forte entre régions en termes
notamment les émissions de méthane par la d’impacts locaux du changement climatique.
fermentation entérique et les effluents d’élevage,
ou les émissions de N2O par les sols lors des
processus de nitrification et dénitrification. Elles 1.3. Quel niveau d’objectifs GES
dépendent de facteurs très variables dans le temps
et dans l’espace, comme la météorologie, la saison,
pour le secteur agricole ?
les propriétés des sols, les animaux, et peuvent être Quels autres défis à relever ?
aggravées par des aléas climatiques ou météoro-
logiques extrêmes. Cette spécificité génère une Dans la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC),
forte incertitude quant à l’évaluation des émissions c’est la division par 2 des émissions de GES (ou
du secteur par rapport aux émissions énergétiques facteur 2) par rapport au niveau de 1990, qui est visée
(CO2 principalement). Néanmoins, le secteur pour le secteur agricole à l’horizon 2050 (soit - 46 %
agricole dispose de plusieurs leviers pour contribuer entre 2015 et 2050), en cohérence avec les objectifs
à l’atténuation des émissions de GES : européens et nationaux. En effet, il n’est pas possible
de réduire à zéro les émissions de GES du secteur
réduire les émissions de GES liées aux systèmes de agricole, en raison notamment d’émissions
production, en faisant évoluer les pratiques comme irréductibles comme celles de N2O liées à la
le niveau de certaines productions fortement fertilisation des cultures et de CH4 liées à la
émettrices [6] ; fermentation entérique et aux effluents d’élevage,
et du caractère diffus de ces émissions difficilement
favoriser le stockage de carbone dans les sols et la maîtrisables.
biomasse (préserver et augmenter) [7] [8] ;
Deux études réalisées par l’Institut national de
produire des énergies et des matériaux renouve- recherche pour l’agriculture, l’alimentation et
lables pour contribuer à réduire les émissions dans l’environnement (INRAE) ont proposé des évaluations
d’autres secteurs [9]. du potentiel technique de réduction des émissions
de GES et de stockage de carbone à horizon 20 ou
L’impact GES de ces leviers doit impérativement être 30 ans, sans remise en cause majeure des systèmes
considéré de manière concomitante car ils peuvent de productions actuels [6] [10]. Les travaux de l’INRAE
amener à des pratiques antagonistes. Par exemple, ont également permis d’évaluer les coûts de la mise
la production d’énergie à partir des pailles peut en œuvre des pratiques pour l’agriculteur (hors coûts
réduire le stockage de carbone et affecter la qualité de transaction). Le Graphique 1 présente une synthèse
des sols. du potentiel et des coûts pour ces deux études. Le
potentiel technique paraît ainsi élevé (> 80 MtCO2eq/
L’agriculture est aussi un des premiers secteurs an) pour un coût cohérent (< 200 EUR/tCO2eq) avec
affectés par le changement climatique : hausse des les évolutions envisagées de la valeur tutélaire du
températures, augmentation de la concentration en carbone.
CO2 dans l’atmosphère, évolution du régime de
précipitations, augmentation de la fréquence des Ce potentiel reste néanmoins très optimiste au regard
événements climatiques extrêmes (inondations, des freins organisationnels et sociaux auxquels il va
sécheresse, canicule…), érosion de la biodiversité, falloir faire face. C’est en particulier le cas des
hausse des teneurs en ozone… Cela concerne aussi modèles d’affaires à définir et déployer pour pouvoir
bien le niveau de la quantité produite (rendements développer l’agroforesterie sur plusieurs millions
des cultures et productivité des animaux), la qualité d’hectares. De plus, ce potentiel technique de
des productions, le bien-être des animaux, la réduction des émissions de GES et de stockage de
variabilité interannuelle ou encore le prix de vente carbone à horizon 20 ou 30 ans dépend à plus de
des denrées sur les marchés internationaux. Les 50 % de l’accroissement des stocks de carbone,
travaux du GIEC mettent en évidence que les accroissement qui même s’il peut perdurer plusieurs
évolutions climatiques font peser des risques majeurs décennies, est fini dans le temps et suppose des
sur la sécurité alimentaire, à l’échelle mondiale [8]. pratiques constantes.

260 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

Graphique 1 Coûts et potentiels annuels d’atténuation à horizon 20 ans des émissions de GES des principaux leviers d’action en France métropolitaine

Lipides et additifs
pour les ruminants

200 A7

Réduction
du travail du sol A3

Méthanisation et torchères
Coût annuel (EUR par tonne de CO₂eq)

A9
Gestion
100 des prairies
Couverts végétaux

A6
Agroforesterie et haies A4

A5

A1
A2 Gestion de la fertilisation azotée

Légumineuses en cultures pures et dans les prairies temporaires


A8 Réduction apports protéiques des animaux
- 100

A10 Économie d’énergie (bâtiments, engins agricoles)

0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80 85

Atténuation annuelle cumulée à un horizon de 20 ans (MtCO₂eq/an)

Note de lecture : l’axe des abscisses représente le potentiel d’atténuation cumulé (via réduction des émissions et accroissement du puits) (MtCO2eq/
an) et l’axe des ordonnées indique le coût en euros par tonne de CO2eq réduite, évitée et/ou séquestrée.
N.B. : la plupart des solutions identifiées présentent des cobénéfices pour d’autres enjeux environnementaux (ex. : agroforesteries, haies, allongement
des prairies temporaires, méthanisation des effluents d’élevage). Dans ces études, les potentiels ont été évalués sans remise en cause majeure des
systèmes de production (ex. : part protéines animales vs végétales). Le stockage de carbone dans les sols est considéré sur une profondeur de 1 m. Les
coûts peuvent être très variables entre les régions.

Source : recalculés à partir de [6], [10] et [11].

L’atteinte du facteur 2 à l’horizon 2050 et à des ho- C’est le cas de l’implantation de cultures intermé-
rizons plus lointains demande donc d’agir à la fois diaires à vocation énergétique, du développement
sur les pratiques agricoles et sur les productions, du bois énergie à partir d’agroforesterie, de la subs-
principalement en lien avec une évolution de la de- titution de fertilisants minéraux par des digestats,
mande alimentaire (ex. : réduction du cheptel bovin qui présentent en outre des opportunités de diver-
en lien avec celle de la part de viande dans les régimes sification des systèmes agricoles. Elles peuvent éga-
alimentaires) mais aussi des attentes de production lement induire des émissions supplémentaires qu’il
énergétique. s’agit de maîtriser, liées par exemple à la fertilisation
de couverts, au développement de cultures à forts
Le développement des productions non alimentaires besoins d’intrants ou encore à des changements
(énergie, matériaux) peut y contribuer, si ces produc- d’affectation des sols comme par exemple le rem-
tions sont liées à des pratiques de réduction des placement de surfaces forestières par des terres
émissions de GES et/ou de stockage de carbone. agricoles.

261 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

2. Rétrospective des tendances


Assolement : la surface agricole utile (SAU) est en parcelles en cultures annuelles ont été implantées
diminution depuis les années 1950 (Figure 1) : - 17 % avec une culture intermédiaire (+ 3,5 % en 2011).
entre 1950 et 20192, avec 28,6 millions d’hectares Les bassins de production agricole se sont forte-
en 2019. Les surfaces de grandes cultures ont pro- ment spécialisés ces dernières décennies, condui-
gressé tandis que celles des cultures fourragères et sant à une moindre résilience face aux aléas clima-
des cultures permanentes ont diminué. De 2005 à tiques et au manque de circularité à l’échelle
2015, la surface toujours en herbe a fortement di- locale : peu d’optimisation de l’usage des fertili-
minué (- 0,53 Mha), de même que la surface totale sants organiques, limitant le bouclage des cycles
irriguée, qui voit sa part dans la SAU baisser depuis biogéochimiques 4 d’éléments majeurs pour la
2010 (Graphique 2). Près de 35 % des surfaces culti- fertilité des sols, tels que l’azote ou le phosphore…
vées sont conduites en techniques culturales sim-
plifiées3, mais la mise en œuvre de ces techniques Rendements des grandes cultures : les rendements
pose néanmoins la question des moyens de lutte des grandes cultures stagnent ou montrent une évo-
contre les mauvaises herbes. En 2006, 7,8 % des lution ralentie depuis les années 1990, alors qu’ils
n’avaient cessé d’augmenter depuis la fin de la Se-
conde Guerre mondiale. La plupart des grandes
cultures sont concernées avec tout de même une
Figure 1 Part de la SAU dans la surface totale française variabilité entre cultures. Ainsi, le rendement du maïs
a poursuivi sa progression. On observe également
Territoire agricole
une variabilité interannuelle forte, en lien avec le
Part de la SAU dans la surface totale du département
climat. Il existe par ailleurs un écart notable des ren-
France métropolitaine : 52, 2 %
France : 45,2 % dements de l’agriculture biologique par rapport à
ceux de l’agriculture conventionnelle, de l’ordre de
- 8 à - 25 %, variable selon les cultures et les bassins
de production [12].
%
0 à 20
20 à 40
40 à 60
60 à 80

Graphique 2 Surfaces toujours en herbe et prairies artificielles en France


métropolitaine et ultramarine entre 2006 et 2018

1950 1980 2000 2010 2019p 12


Grandes cultures (kha) 11 812 11 620 13 459 13 136 12 874
10
part (%) 34,3 36,6 45,2 45,4 45
Cultures fourragères (kha) 19 511 18 194 14 691 14 339 14 229 8
Mha

part (%) 56,7 57,3 49,3 49,6 49,7


6
Cultures permanentes (kha) 2 050 1422 1 141 1 011 1 010
part (%) 6 4,5 3,8 3,5 3,5 4
Autres* (kha) 1 035 508 517 440 524 2
part (%) 3 1,6 1,7 1,5 1,8
0
TOTAL superficie agricole utilisée (kha) 34 408 31 744 29 807 28 926 28 637
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
France métropolitaine (%) 100 100 100 100 100
Part de la SAU dans la surface totale 62,6 57,8 54,3 52,7 52,2 Surfaces toujours en herbe
en France métropolitaine
Fourrages annuels
* Légumes frais et secs, fleurs et plantes ornementales, semences et plants divers,
Prairies artificielles et temporaires
jardins et vergers familiaux des exploitants et des non exploitants.

Sources : Agreste. Sources : Agreste.

2 Source : Agreste.
3 https://dicoagroecologie.fr/techniques-culturales-simplifiees/.
4 « Le bouclage des cycles de nutriments est un processus cherchant à compenser les exportations d’éléments minéraux essentiels
au développement des végétaux et des animaux tels que l’azote, le phosphore, le potassium et le soufre. Il permet d’améliorer
l’autonomie des exploitations agricoles et des territoires », https://dicoagroecologie.fr.

262 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

Agroforesterie et haies : le système agroforestier Agriculture biologique : ces dernières années, l’agri-
majoritaire est constitué par le bocage, caractérisé culture biologique se développe avec une augmen-
par la formation linéaire de haies. La surface totale tation du nombre d’exploitations, des surfaces et
de haies et d’alignements d’arbres est en baisse des ventes, ainsi que du nombre d’entreprises des
(- 6 % en huit ans). Les prés-vergers et les bosquets secteurs aval [13]. Grandes cultures, fruits, légumes
(bois de surface inférieure à 0,5 ha) seraient égale- et vigne sont les cultures bio les plus dynamiques
ment en recul (- 21 000 ha/an entre 2012 et 2014)5. (Graphique 3). En 2019, l’agriculture biologique re-
présentait près de 2,3 Mha de surfaces agricoles,
Fertilisation : les livraisons d’engrais minéraux sont soit près de 8,5 % de la SAU et 6 % des achats ali-
relativement stables ces dernières années. Sur une mentaires des ménages français. Le marché connaît
période plus longue remontant au début des années une croissance dynamique.
1970, la livraison d’azote minéral a augmenté, alors
que celles du phosphore et du potassium ont di- Cheptels : le Graphique 4 présente les évolutions des
minué. différents cheptels, reconstituées par le CITEPA. Le
cheptel bovin est en réduction depuis plusieurs
Produits phytosanitaires : plusieurs plans Ecophyto décennies, mais la productivité moyenne par tête
ont été mis en place depuis 2009. Néanmoins, la est à la hausse. De même, le cheptel porcin suit une
vente de ces produits ne diminue pas. tendance globale à la baisse ces dernières

Graphique 3 Évolution du nombre d,opérateurs (fermes et entreprises aval) et des surfaces engagées en bio

Surfaces Nombre d’opérateurs


engagées (ha) engagés

2 000 000 100 000

1 800 000 Surfaces en conversion totale 1,77 million* 90 000

1 600 000 Surfaces certifiées bio 80 000

1 400 000 1,25 million ha* 70 000

1 200 000 60 000

1 000 000 36 664 fermes 50 000


17 276 entreprises
800 000 40 000

600 000 30 000

400 000 20 000

200 000 10 000

0 0
1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017

* Estimations.
Sources : Agence bio, 2018.

Graphique 4 Évolution des cheptels agricoles en France métropolitaine

Volailles
18 Autres bovins 320

16 310
14 Porcins 300
Millions de têtes

Millions de têtes

12 Volailles 290
10 Ovins
280
8
270
6 Vaches laitières

4 260
Lapines
2 Équins 250
Caprins
0 240
1990 1992 1994 1996 1998 2000 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016

Sources : CITEPA, 2019.

5 Enquête d’utilisation du territoire Teruti-Lucas.

263 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

décennies, avec un léger redressement récemment. Bioénergies : les surfaces mobilisées en France pour
Actuellement, l’équilibre mondial offre/demande les biocarburants sont estimées à environ 3 % de la
en viande porcine est impacté par la peste porcine SAU6, soit 800 000 ha en 2015. Cette estimation
« africaine » qui a notamment durement touché le s’appuie sur les quantités de biocarburants qui sont
cheptel de la Chine, premier consommateur traduites en surfaces cultivées, tout en tenant
mondial. Des modèles émergents plus durables se compte des valorisations des coproduits, en
développent (porc sur paille, porc bio). La particulier le tourteau pour l’alimentation animale.
production de volailles suit une tendance globale Les installations de méthanisation suivent une
à la baisse depuis le début des années 2000, dynamique croissante depuis une dizaine d’années.
marquée néanmoins par de légères reprises Les taillis à courte rotation (TCR) et très courte
certaines années. Le cas du poulet se distingue de rotation (TTCR), mobilisés pour produire de
la filière globale, avec une dynamique croissante. l’énergie, sont en croissance ces dernières années,
La filière label Rouge connaît une progression ces bien que les surfaces concernées restent au global
dernières années. modestes : près de 4 100 ha en 20197. Le miscanthus
quant à lui connaît une progression dynamique
Importations/exportations dans le secteur depuis plus d’une décennie, atteignant une surface
agroalimentaire : globalement depuis 2000, de 6 400 ha en 2019 [16].
l’excédent agroalimentaire se maintient, avec des
tendances à la hausse aussi bien pour les Pr oduits biosourcés : la place des produits
importations ou les exportations, qu’il s’agisse de biosourcés dans la transition écologique et
produits bruts ou de produits transformés. Les énergétique reste encore assez modeste. La surface
principales exportations concernent les céréales, dédiée à ces filières était estimée à 0,35 % de la SAU
le lait et les boissons alcoolisées. La dépendance en 2012 [17]. Un chapitre y est dédié dans ce
protéique de la France augmente depuis les années rapport.
1990 en lien avec la progression de la part des
importations de protéines pour l’alimentation Efficacité énergétique : en 2004, la consommation
animale [14]. Le volume d’importation de soja d’énergie finale du secteur agricole (incluant forêt
(huiles et tourteaux) en 2017 est de 3,5 Mt. et pêche) a atteint un pic de 55,5 TWh, avant de se
La production de soja en France est de 0,4 Mt. stabiliser à environ 52 TWh. Ceci représente moins
La dépendance de la France aux importations, de 3 % de la consommation d’énergie finale de la
principalement brésiliennes, est très nette. Le France en 2015, pour un mix énergétique dominé
volume importé d’huile de palme est proche de par les produits pétroliers à 75 % [18]. Par ailleurs,
0,45 Mt en 2013 [15]. Concernant les viandes l’agriculture est dépendante de l’énergie via ses
bovines et porcines, les importations et les intrants, notamment l’utilisation d’engrais de
exportations sont globalement en baisse depuis synthèse dont la production nécessite beaucoup
2010. Les importations de la filière volaille d’énergie.
augmentent depuis 2000.

6 Données FranceAgriMer.
7 TCR de peuplier, eucalyptus, robinier, aulne, bouleau, charme, châtaignier, érable, frêne et merisier ; TTCR de saule.

264 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

3. Description de l’état actuel


Pour la description de l’état actuel du secteur agri- les évolutions de la PAC (réforme de 2021) ;
cole, en plus des données présentées ci-dessus, l’ou- les accords internationaux ;
til ClimAgri® a été utilisé avec des valeurs sur l’année l’évolution des régimes alimentaires aux niveaux
2015 pour les données d’entrée et de résultats du national et européen vs mondial ;
diagnostic consommation d’énergie/émissions de le développement du bio, à la fois la production de
GES/qualité de l’air du secteur agricole à l’échelle de l’agriculture biologique (AB) et la consommation de
la France. Ce travail s’est appuyé notamment sur des produits issus de cette production ;
données d’Agreste ainsi que des données de la pros- les objectifs d’arrêt du glyphosate et autres molé-
pective agricole menée dans le cadre de la SNBC. cules de synthèse ;
le développement de la méthanisation ;
Concernant les productions du secteur, l’élevage de l’évolution des biocarburants avec les perspectives
ruminants suit une tendance à la baisse. Les légumi- de développement des 2e et 3e générations (2G et
neuses manquent d’un marché et de filières struc- 3G) ;
turées pour se développer. Néanmoins, les politiques la diversification vs la spécialisation à l’échelle ter-
publiques de ces dernières années tendent à encou- ritoriale ;
rager le développement de l’agroécologie. L’agricul- la recherche d’autonomie de certains agriculteurs ;
ture biologique poursuit quant à elle son dévelop- le développement de l’agriculture urbaine ;
pement. les innovations dans la production alimentaire :
insectes, viande de synthèse ;
Les tendances émergentes récentes suivantes ont le développement des dispositifs de compensation
été prises en compte dans le cadre de cet exercice carbone impliquant le secteur agricole ;
de prospective : le plan protéines végétales [19].

265 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

4. Description de la méthode
et outils de quantification
des scénarios
La modélisation du secteur agricole a été réalisée Les hypothèses quantitatives sur les régimes alimen-
grâce à l’outil MoSUT développé par Solagro [20] taires et leurs évolutions sont développées dans le
[21]8 dans le cadre du projet SISAE9. Il s’agit d’un cadre du projet SISAE (cf. chapitre 2.1.4 Alimentation)
outil de modélisation du système agricole qui per- et portent principalement sur la population totale
met d’identifier une ou plusieurs trajectoires pos- française (Métropole), les besoins en calories et en
sibles pour atteindre un ensemble d’objectifs fixés protéines, la proportion de protéines végétales dans
au préalable et qui propose en sortie une repré- le total de protéines, les pertes et gaspillages, les
sentation du système agricole, alimentaire et fores- consommations finales (pertes et gaspillages déduits)
tier. Dans le cadre de la modélisation MoSUT, par produit ou catégorie de produits (céréales, sucre,
ClimAgri ® traite spécifiquement la production légumineuses, viande…).
agricole.
Par souci de simplification pour la modélisation, sur
Les systèmes productifs futurs y sont imaginés à par- le volet productions agricoles, trois modèles agricoles
tir de systèmes représentatifs actuels (des « fermes types sont décrits. Ils se différencient en particulier
types ») projetés à l’horizon 2050 par l’intégration de sur leur niveau de recours aux intrants de synthèse
pratiques agronomiques et d’évolutions techniques (fertilisants azotés et produits phytosanitaires)
clairement identifiées et documentées dans la litté- (Tableau 1) :
rature scientifique et technique.
bas niveau d’intrants de synthèse : rassemble les
En tenant compte de l’évolution des différents sys- systèmes à très bas niveaux d’intrants de synthèse.
tèmes productifs et des besoins en denrées alimen- Il s’agit principalement de l’agriculture biologique
taires et non alimentaires issues de la biomasse agri- mais aussi de systèmes qui s’en rapprochent tout en
cole et forestière, ce modèle permet d’ajuster l’offre utilisant de faibles apports d’azote et d’amende-
et la demande, en tenant compte également d’hy- ments minéraux. Même si les systèmes « Bas intrants
pothèses sur les échanges internationaux. La modé- de synthèse » de 2050 sont des systèmes améliorés
lisation effectuée est itérative, avec un ajustement grâce à la recherche et l’innovation, comparés aux
des hypothèses et résultats réalisé en cohérence avec systèmes équivalents actuels, ils assument une baisse
les autres secteurs liés (alimentation, bioénergie, de rendement conséquente par rapport aux deux
autres produits biosourcés…). autres types de modèles décrits ci-dessous ;

Parmi les données phares de la modélisation : les production intégrée11 : rassemble les systèmes qui
surfaces, productions, pertes et gaspillages, consom- maximisent les ressources et mécanismes de régu-
mations, transformations, importations, exporta- lation naturels pour remplacer des apports d’in-
tions. Dans la modélisation, ClimAgri ®10 permet trants dommageables à l’environnement sans les
d’évaluer les impacts des scénarios sur des variables bannir. La production intégrée vise des objectifs de
clés du secteur agricole, notamment les consom- rendements réalistes et non maximum. Elle s’appuie
mations d’énergie et d’eau, les émissions de gaz à notamment sur les principes de l’agroécologie avec
effet de serre, ainsi que d’autres indicateurs envi- des rotations et des assolements diversifiés et fa-
ronnementaux. vorise la présence d’habitats pour la biodiversité
et des auxiliaires des cultures ;

8 Il est également décrit dans la brochure Afterres2050, disponible en ligne, qui reprend et actualise la description méthodologique
de MoSUT.
9 SISAE : Simulation prospective du Système Alimentaire et de son Empreinte Carbone, CIRED-CNRS, SMASH, Solagro, EDF, UMR
LAET-ENTPE, PHILABS, INRAE/INSERM Unité EREN ; en cours.
10 https://www.ademe.fr/climagri.
11 http://ephytia.inra.fr/fr/C/20381/TeSys-Leg-Glossaire.

266 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

conventionnel raisonné : rassemble les systèmes modèles agricoles décrits ci-dessus, rendements des
dont l’objectif de maximisation des rendements cultures, volumes d’irrigation, consommation en
est dominant et les rotations peu diversifiées par azote minéral, surfaces de haies et d’agroforesterie…
rapport à l’actuel. Les réductions de consommation
d’intrants sont principalement permises par des Des hypothèses sur les surfaces dédiées à la
innovations technologiques comme par exemple production de protéines non agricoles (aquaculture,
les produits de biocontrôle/biostimulants, l’agricul- entomoculture 12, viande de synthèse et autres
ture de précision, la sélection variétale… protéines alternatives) sont aussi décrites. Les usages
non alimentaires de la biomasse sont également
Outre les pratiques et technologies mises en œuvre, intégrés comme la part de cultures dédiées ou le
les niveaux d’intrants sont déterminés par les incita- niveau de développement de la méthanisation
tions, notamment règlementaires. Ainsi, selon les agricole.
scénarios, les réductions d’intrants pourront être
plus ou moins importantes pour un même modèle Des choix ont aussi été faits sur les niveaux d’import/
(ex. : différence entre S3 et S4 pour le conventionnel export des différentes productions agricoles en
raisonné et la production intégrée). cohérence avec les besoins alimentaires et la
philosophie de chaque scénario. La cohérence du
Les hypothèses quantitatives portent notamment système dans son ensemble est également vérifiée,
sur les surfaces et leur allocation (céréales, oléagineux, principalement au travers du calcul du bilan azote
protéagineux, prairies…), la place des légumineuses, et du bilan fourrager.
les cheptels (par catégories d’animaux : vaches
laitières, vaches allaitantes, nombre de places de Une étude prospective des filières protéines végétales
poulets de chair…) et les niveaux de production et animales est en cours à date de rédaction de ce
(production de lait par vache par exemple). Diverses document par le groupement [Futuribles, CERESCO,
autres hypothèses sont posées pour décrire les AlimAvenir] pour l’ADEME.
systèmes de production : proportion des trois

Tableau 1 Part des différents modèles agricoles à l,horizon 2050 et abattement d,Indice de fréquence de traitement (IFT) estimé

TEND S1 S2 S3 S4

Part de la SAU (%) 20 70 50 20 10

Bas intrants de synthèse


Réduction d’IFT
- 100 (0 produit phytosanitaire de synthèse)
(hors produits utilisés en AB) estimée (%)

Part de la SAU (%) 10 30 50 50 20

Production intégrée
Réduction d’IFT
- 25 - 25 - 50 - 50 - 25
(hors produits utilisés en AB) estimée (%)

Part de la SAU (%) 70 - - 30 70


Conventionnel raisonné
Réduction d’IFT
- 15 - - - 25 - 15
(hors produits utilisés en AB) estimée (%)

12 Production d’insectes.

267 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

5. Stratégies pour le secteur


selon chaque scénario
Dans cet exercice de prospective, les systèmes agri- Le choix a néanmoins été fait de décrire quatre tra-
coles n’atteignent pas la neutralité carbone dans la jectoires visant l’atteinte du facteur 2 à l’échelle de
mesure où les objectifs de maintien d’un niveau de la production agricole, en accord avec l’objectif de
productivité élevé sont nécessaires, tant pour sub- réduction de - 46 % des émissions de GES du secteur
venir à la demande alimentaire et non alimentaire agricole entre 2015 et 2050 dans la SNBC, en acti-
(principalement à destination de l’énergie) que pour vant plusieurs leviers structurants, à des niveaux
maintenir une balance commerciale favorable. variables selon les scénarios :

Tableau 2 Sollicitation des leviers principaux de décarbonation (de la teinte la plus claire à la plus sombre : intensité de l,action)

Levier TEND S1 S2 S3 S4
Réduction des pertes et gaspillages
Baisse de la consommation de viande
Réduction des apports de fertilisants azotés de synthèse
Intensification des pratiques d’élevage
Stockage de carbone*
Réduction de la déforestation importée**
Production d’énergies renouvelables***

Rien Très faible Faible Moyen Fort

* Dans les sols et la biomasse agricole.


** Liée à l’évolution de l’alimentation animale ou des imports pour un usage énergétique.
*** Pour la décarbonation des autres secteurs.

La réduction des pertes et gaspillages a été répartie corriger tout accident de process, le développement
de façon homogène sur les différents postes du de circuits alternatifs pour l’écoulement systéma-
champ à l’assiette, avec une mobilisation plus ou tique des produits non conformes, ou encore la gé-
moins forte des leviers selon les scénarios. Par néralisation du don.
exemple, pour la production, la réduction dans S1
et S2 (principalement) devrait passer par une forma-
tion systématique des professionnels opérationnels 5.1. Scénario tendanciel
et saisonniers, un assouplissement en profondeur
des cahiers des charges en lien avec les distributeurs, Ce scénario est conçu en extrapolant les principales
le développement de circuits alternatifs pour l’écou- tendances actuelles à l’horizon 2050, à partir des
lement systématique des produits non conformes, statistiques disponibles sur ces 30 dernières années
une offre en circuit court optimisée… tandis que dans et en s’appuyant sur le scénario SNBC-AME (avec
S3 et S4, cette réduction sera rendue possible par mesures existantes) (Tableau 3). Globalement, on peut
l’innovation technique (agriculture de précision) per- souligner une diminution de la SAU de près de
mettant de réduire les pertes au champ (production 4 Mha, dont une diminution des surfaces de prairies13,
et récolte). sous l’effet notamment de l’artificialisation et du
développement des surfaces forestières, gagnées
Pour la transformation, les principaux leviers acti- sur les terres arables, sur les landes et sur les prairies.
vables devraient être le rapprochement des unités La plupart des cultures voient leurs surfaces
de transformation et des lieux de production (S1 et diminuer. Celles qui progressent légèrement sont le
S2), la mise en place de diagnostics réguliers pour soja, les protéagineux et les cultures légumières.

13 Environ 100 kha de prairies « productives » deviennent « peu productives » suite à une chute du rendement sous l’effet du climat.

268 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

Les rendements des principales cultures baissent augmentation des productions sous signe de qualité,
légèrement, compte tenu du contexte de changement qui représentent 40 % des effectifs. La France de-
climatique (ici, scénario RCP 8.5) et de la stagnation meure excédentaire en céréales et devient légère-
déjà amorcée sur les rendements de plusieurs cultures ment déficitaire en lait, en raison d’une forte réduc-
depuis le milieu des années 1990. La consommation tion du cheptel qui ne s’est pas accompagnée d’une
d’azote minéral poursuit sa diminution tandis que les évolution similaire de la demande. Elle devient for-
besoins en eau augmentent d’environ 30 % (liée à une tement déficitaire en viande bovine et en viande
hausse de l’évapotranspiration due à l’évolution des porcine et les exportations de viande de volailles
paramètres climatiques) avec une part estivale proche augmentent. Au total, le déficit en viande atteint 20 %
de l’actuelle. Les surfaces de légumineuses pro- de la production. Le déficit en fruits et légumes se
gressent. Les systèmes « bas intrants » et « production creuse, en raison d’une hausse de la consommation
intégrée », dont les systèmes en agriculture biolo- qui ne s’est pas accompagnée d’une hausse de la pro-
gique, se développent faiblement (14 % de la SAU en duction qui est restée stable. Les surfaces dédiées à
2050). Les surfaces en haies et agroforesterie sont un usage non alimentaire restent faibles dans ce scé-
globalement stables. La productivité laitière suit une nario tendanciel, la production de bioénergie étant
tendance à la hausse qui s’explique par une intensi- principalement basée sur la ressource bois puis dans
fication modérée et par les tendances observées sur une moindre mesure sur la méthanisation d’une par-
les plans génétique et technique. Les cheptels bovins tie des déjections animales et des résidus de cultures
poursuivent leur diminution. L’évolution des cheptels (cf. chapitres 2.3.1. Mix gaz et 2.4.2. Ressources et usages
des monogastriques est contrastée : - 44 % et - 25 % non alimentaires de la biomasse). Les produits biosourcés
respectivement pour les cheptels porcins et de issus de l’agriculture demeurent marginaux autant en
dindes ; + 40 % pour les poulets de chair et + 9 % pour termes de surface que de tonnages comparés aux
les poules pondeuses. L’indice de consommation des usages alimentaires.
poulets de chair s’accroît légèrement du fait d’une

Tableau 3 Principales variables descriptives des systèmes agricoles. État actuel (2020) et évolution tendancielle en 2050

2020 TEND Évolution (%)


SAU [Mha] 28,8 25,1 - 13 %
Prairies permanentes [Mha] 9,3 8,8 - 5%
Prairies temporaires [Mha] 2,8 1,9 - 32 %
Grandes cultures (céréales, oléoprotéagineux et cultures fourragères) [Mha] 16,8 14 - 17 %
Fixation symbiotique de l’azote (légumineuses) [ktN] 338 441 30 %
Consommation d’azote minéral [Mt] 1,9 1,6 - 16 %
Part d’azote organique (fixation symbiotique, digestats et composts) [%] 24 32 8%
Rendements blé tendre [t/ha] 6,8 6,8 - 1%
Nombre de places porcs (charcutier et intensif) [Milliers de places] 7 152 4 061 - 43 %
Productivité laitière [Milliers de litres lait/an/vache] 6,8 8,3 22 %
Cheptel bovin lait – mères [Milliers de têtes] 3 590 2 107 - 41 %
Cheptel bovin viande – mères [Milliers de têtes] 4 119 3 896 - 5%
Volaille de chair [Millions de places] 180,2 252,6 40 %
Volaille pondeuse [Million de places] 58,3 63,7 9%
Cultures fourragères [Mha] 4,9 3,6 - 27 %
Part d’agriculture à bas niveaux d’intrants* [%] 5 20 300 %
Part de systèmes en production intégrée* [%] 2 10 400 %
Part de systèmes conventionnels raisonnés* [%] 93 70 - 25 %
Haies [Milliers de km]14 500* 547 8,6 %
Surfaces en agroforesterie (75 arbres/ha)15 [Milliers d’ha] 140 232 66 %
Couverts végétaux [Mha] 1,1 2,2 100 %
Solde céréales (hors bière) [kt] 23 513 17 064 - 27 %
* cf. Tableau 1.

Solde oléagineux [kt] - 695 - 499 - 28 %


Irrigation [Mdm3] 2,7 3,6 33 %
Surfaces irriguées [Mha] 1,7 2,6 53 %

* Ordre de grandeur basé sur les estimations de Pointereau (2006)16. Les estimations du linéaires de haies à l’échelle nationale sont lacunaires et pourront être précisées
via le dispositif national de suivi des bocages.

Source : SNBC-AME et simulations Solagro.

14 Données 2020 extrapolées des données APCA.


15 Données 2020 extrapolées de l’étude 4p1000, page 206.
16 https://rmt-agroforesteries.fr/wp-content/uploads/documents/rnhc-interv-pointereau.pdf.

269 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

5.2. Scénario 1 : vers


des systèmes à bas niveaux
d’intrants de synthèse

Dans ce scénario, l’évolution du secteur agricole est surfaces de légumineuses s’accroissent significa-
pilotée par l’évolution de la consommation, liée à la tivement. De même, les haies et systèmes
fois à des contraintes et à une sobriété choisie. Cette agroforestiers progressent de manière notable,
évolution repose sur un changement majeur de permettant ainsi un développement des services
comportement visant une économie maximale de écosystémiques. Les céréales, oléoprotéagineux et
ressources et une réduction drastique de l’empreinte les légumes remplacent une grande partie des
des activités humaines sur les milieux naturels. productions fourragères (maïs et autres cultures
fourragères, prairies temporaires ou artificielles),
La SAU totale diminue par rapport à la situation qui disparaissent pratiquement sur terres arables.
actuelle, avec un développement marqué de la forêt Ces productions fourragères restent suffisantes pour
de + 3 Mha, par conversion de prairies et de terres alimenter les cheptels de ruminants et dégagent un
arables et par l’évolution spontanée des landes et solde excédentaire qui permet de faire face aux
friches. Les surfaces artificialisées reculent d’environ aléas climatiques (surplus d’herbe de 10,5 Mt de
0,2 Mha et laissent la place à des espaces naturels matière sèche).
(cf. chapitre 2.1.1. Aménagement territorial et planification
urbaine) qui gagnent par ailleurs aussi sur les terres Dans ce scénario, les terres arables sont aussi
arables du fait de la déprise agricole et d’une volonté sollicitées pour la production de bioénergies
générale de restaurer les écosystèmes, qu’illustre par (163 TWh) : maintien de la pro duction de
exemple le développement important des réserves biocarburants liquides, augmentation du bois énergie
naturelles. issu de l’agroforesterie et autres arbres hors forêt. La
méthanisation se développe dans la majorité des
Pour répondre aux attentes des consommateurs, exploitations agricoles, mais au niveau le moins élevé
pa r t i c u l i è re m e n t so u c i eu x d e s q u e s t i o n s parmi les quatre scénarios (environ 109 TWh), au
environnementales, sanitaires et de bien-être animal, travers d’unités de taille modérée (cf. chapitre 2.3.1.
les systèmes de production « bas intrants » se Mix gaz).
développent fortement : 70 % des systèmes en 2050
sont à « bas niveaux d’intrants de synthèse » 30 % Ce modèle agricole nécessite annuellement
sont à « protection intégrée » et les productions sous 1,9 milliard de m3 d’eau, dont environ 23 % pour les
serres chauffées diminuent de 80 %. L’évolution du cultures estivales. Les surfaces irriguées diminuent
climat et la volonté de réduire la dépendance au de 14 % par rapport à 2020, avec un usage majoritaire
commerce international pourraient permettre de pour les productions de fruits et légumes.
développer de nouvelles cultures telles qu’agrumes,
amandiers et sésame dans les régions méditerra- De façon générale, les productions actuellement
néennes ou le coton dans le Sud-Ouest. excédentaires le restent encore en 2050. Les
importations et les exportations de denrées agricoles
En lien avec cette évolution, la fertilisation minérale évoluent en cohérence avec l’évolution des régimes
baisse de 40 % et l’usage des produits phytosanitaires alimentaires : baisse de la consommation des produits
de synthèse est en forte diminution. Les rendements exotiques, baisse de la consommation de viande,
sont significativement plus bas (- 25 % sur le blé tendre volonté de consommer des produits locaux et de
par exemple), dans le contexte de changement saison… Ainsi, la France continue d’exporter des
climatique et de la hausse des surfaces en agriculture céréales (car la demande pour le bétail a presque
à bas intrants de synthèse et malgré un relatif autant diminué que la production sur le territoire)
rattrapage de ces modèles par rapport au mais dans une moindre mesure que la situation
conventionnel. Face à la baisse marquée de la actuelle. Le solde exportateur de la viande s’améliore.
consommation de viande, l’élevage diminue de Celui du lait devient faible en raison d’une baisse de
manière notable (quasi disparition des élevages la productivité, tout comme celui des pommes de
intensifs de porcs et volaille, baisse de 85 % des terre. Pour les fruits et les légumes, les soldes
cheptels de bovins viande par rapport à l’état actuel). importateurs ont très nettement diminué, grâce à
Les systèmes de type extensif dominent. La surface la substitution d’une partie des fruits d’origine
des prairies atteint son niveau le plus faible parmi les tropicale par des productions locales et par le
différents scénarios, bien que les systèmes en herbe développement de nouvelles productions
intégral ou avec très peu de concentrés représentent (agrumes…).
près de la moitié du cheptel. Dans ce scénario, les

270 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

5.3. Scénario 2 : diversification


et reterritorialisation des
systèmes de production
Dans ce scénario, l’évolution du secteur est pilotée à En cohérence avec la demande en biocarburants
la fois par une baisse de la consommation (évolution pour le transport, les productions dédiées à des bio-
profonde des régimes alimentaires) et par le souhait carburants 1G se réduisent au profit de productions
de développer plus de coopération régionale, ce qui permettant la synthèse de biocarburants 2G. La mé-
se traduit par une diversification accrue des systèmes thanisation d’origine agricole se traduit par une
destinée à mettre en avant les complémentarités et consommation de biomasse de 108 TWh et repose
synergies entre cultures et élevage comme par notamment sur des cultures intermédiaires (46 TWh)
exemple le bouclage des cycles du carbone, de mais aussi sur les résidus de cultures, les prairies et les
l’azote et du phosphore. Les territoires qui en ré- déjections d’élevage (30, 16 et 11 TWh). Dans une lo-
sultent sont donc plus diversifiés. Le niveau de la SAU gique d’économie circulaire, les digestats sont majo-
est de 27,7 Mha, le plus élevé parmi les quatre scé- ritairement valorisés dans leur région de production.
narios. Les systèmes de production évoluent vers La demande en bioénergie de ce scénario est telle
50 % à « bas niveaux d’intrants » et 50 % de « produc- qu’une part importante du bois issu des haies, de
tion intégrée ». Les surfaces de prairies diminuent au l’agroforesterie intraparcellaire et des arbres urbains
profit d’accrus forestiers (+ 0,6 Mha par rapport à est valorisée pour permettre la production de 25TWh.
l’état actuel). Dans ce scénario, la recherche d’auto-
nomie alimentaire nationale reste forte, ce qui amène L’évolution des assolements et des pratiques cultu-
à un fort développement des surfaces maraîchères, rales entraîne une augmentation des surfaces irri-
fruitières et de grandes cultures au détriment de guées à 2 Mha, dont 50 % de surfaces de fruits et
cultures fourragères (- 2 Mha par rapport à l’état légumes. Les surfaces irriguées en grandes cultures
actuel). Néanmoins, les surfaces de vigne continuent restent stables, la diminution des surfaces en maïs
à décroître en lien avec la baisse de la consommation étant compensée par l’augmentation des surfaces
de vin et des exportations. irriguées en céréales. Dans ce scénario, l’évolution
des pratiques favorables à la couverture des sols, la
La fertilisation minérale est ainsi réduite de 55 % par recherche du respect de la saisonnalité des produits
rapport à l’état actuel et l’usage des produits phyto- et les améliorations techniques (choix variétaux, ir-
sanitaires diminue fortement. Les légumineuses se
développent également de façon importante.
Comme dans S1, un développement des haies et de
l’agroforesterie est prévu, avec en conséquence le
développement des services écosystémiques asso-
ciés. Le niveau des surfaces de prairies est légèrement
supérieur à celui du S1 (8,4 Mha au lieu de 8,1 Mha).

L’évolution des régimes alimentaires vers une moindre


consommation de produits carnés entraîne une ré-
duction des différents cheptels sur le territoire, en
particulier pour les bovins viande (- 60 %), mais aussi
les cheptels bovins lait (-20 %). Les systèmes évoluent
vers des modèles plus herbagers et mixtes (viande-
lait), les systèmes sans pâturage disparaissent et les
systèmes intensifs basés sur les cultures fourragères
et les concentrés diminuent fortement. Cette évo-
lution des systèmes est favorable au développement
des services écosystémiques. Ainsi, le bilan fourrager
est largement excédentaire, ce qui contribue gran-
dement à la résilience des élevages bovins. L’évolution
de ces cheptels, couplée à une recherche de qualité
et de bien-être animal, entraînent une baisse de la
productivité laitière (5 700 litres/tête en 2050 contre
6 800 actuellement). La recherche de qualité est aus-
si poussée en monogastriques : bien-être amélioré,
labels, fin des élevages en cages…

271 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

rigation de précision…) permettent malgré tout de phore sont optimisés à l’échelle nationale, entre les
réduire les volumes totaux d’irrigation (- 36 % par régions. Dans ce scénario, la SAU et les terres arables
rapport au tendanciel), en particulier sur la période reculent respectivement de 1,7 Mha et 2,6 Mha, du
estivale (- 60 %). fait d’une progression des surfaces forestières
(+ 0,7 Mha) et des surfaces artificialisées (+ 0,8 Mha)
Dans ce scénario, par rapport à la situation actuelle, ou de surfaces de cultures énergétiques lignocellu-
le solde exportateur pour la viande au global se main- losiques installées sur des prairies naturelles, des
tient, avec toutefois des évolutions selon les types de terres arables, des landes et des cultures fourragères.
viande avec moins de viande de volailles exportéeet Les cultures maraîchères et fruitières se développent,
un solde qui s’améliore pour les viandes bovine et en particulier les filières déjà performantes actuel-
porcine. Le solde exportateur des céréales reste ex- lement. Dans le même temps, comme dans les deux
cédentaire mais dans une moindre mesure que la si- premiers scénarios, les surfaces de vigne reculent en
tuation actuelle. Les exportations de lait diminuent raison d’une baisse de la consommation et des ex-
fortement. La diversification des productions fruitières portations de vin du fait des taxes instaurées par les
et légumières, couplées à l’évolution du contenu de États-Unis ou encore par les effets du Brexit [22].
l’assiette, permettent pratiquement de couvrir la de- L’augmentation des légumineuses est moindre que
mande française et de réduire le solde importateur. dans les précédents scénarios.
Soutenus par une évolution des aides publiques et
des attentes des consommateurs, les systèmes agri-
5.4. Scénario 3 : des territoires coles à « bas niveaux d’intrants » se sont développés
mais de façon marginale, puisqu’ils représentent 20%
spécialisés pour des productions des systèmes agricoles. La majorité des systèmes
optimisées conservent une orientation productive forte, avec
50 % des systèmes en «production intégrée» et 30 %
Dans ce scénario, l’évolution du secteur agricole est de systèmes en conventionnel raisonné. L’innovation
guidée par l’offre et par la recherche d’une optimi- permet de développer des solutions de biocontrôle
sation généralisée des procédés de production. Les plus efficaces qu’actuellement. Ainsi, grâce aux évo-
territoires sont plus spécialisés. Néanmoins les bou- lutions de pratiques culturales (cultures intermé-
clages des cycles du carbone, de l’azote et du phos- diaires…) et malgré le contexte climatique, le rende-
ment global des productions alimentaires et non
alimentaires progresse, pour atteindre 6,1 tonnes de
matière sèche par hectare de SAU – tMS/haSAU –
(contre 5,1 tMS/haSAU dans le tendanciel à l’horizon
2050).

L’élevage poursuit son évolution à la baisse mais avec


des situations très contrastées, en ligne avec la baisse
continue de la consommation de viande. Pour les
cheptels bovins, deux orientations cohabitent : des
systèmes qui accentuent leur part herbagée et exten-
sive et des systèmes qui s’intensifient encore davan-
tage, avec 10 % des cheptels demeurant non pâtu-
rants. Globalement, les cheptels bovins lait se
réduisent, en partie du fait de l’évolution de la de-
mande et d’une intensification accrue. Le bilan four-
rager est à l’équilibre avec un surplus correct (surplus
d’herbe de 19,5 Mt de MS). Les productions de porcs
et volailles évoluent vers davantage de signes de
qualité labéllisés, les productions très intensives sont
amenées à disparaître à l’horizon 2050.

Dans ce scénario, les usages énergétiques de la bio-


masse pour différents secteurs (industrie, trans-
ports…) sont nettement plus élevés qu’aujourd’hui.
De fait, pour répondre à cette demande, les produc-
tions à usages non alimentaires progressent, en par-
ticulier la méthanisation (135 TWh) et les cultures
lignocellulosiques (49 TWh dont environ 50 % pour
des biocarburants 2G). Le développement de la mé-
thanisation, avec des unités de production de plus
grande taille qu’en S1 et S2, permet un retour au sol

272 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

d’une part importante de digestats, qui couvrent un 5.5. Scénario 4 : des leviers
quart des apports totaux d’azote aux cultures. Une
partie de ces digestats est exportée hors de leur ré-
technologiques au service
gion de production pour favoriser le bouclage des de filières productives
cycles sur une plus grande partie du territoire. et spécialisées
Ce scénario, par l’intensification des systèmes déjà Dans ce scénario, l’offre et la demande sont très peu
en place, entraîne un usage de l’eau encore plus im- contraintes et s’inscrivent dans des évolutions en
portant (près de 3 Mdm3), pour des surfaces irriguées cours : les filières agricoles et agroalimentaires sont
multipliées par 1,5. Les surfaces en maïs ensilage se fortement spécialisées et compétitives. La principale
maintiennent pour subvenir aux besoins des élevages évolution des régimes alimentaires repose sur l’in-
intensifs. Les surfaces de fruits et légumes irriguées clusion, encore faible, de protéines alternatives
doublent par rapport à la valeur actuelle. Néanmoins, (viande de synthèse, insectes…) remplaçant une part
les besoins sont mieux répartis sur l’année, ce qui des produits carnés traditionnels, mais aussi ceux
permet une baisse des usages d’eau en période es- destinés à l’alimentation animale : volailles, aqua-
tivale d’environ 20 % du fait de la diminution des culture… Des évolutions mineures vers des régimes
surfaces cultivées de maïs. moins carnés se poursuivent. Ainsi, les terres agricoles
Dans une stratégie de compétitivité et de spéciali- sont très sollicitées, autant en surfaces qu’en modes
sation, la France continue à miser sur ses principales de production, majoritairement intensifs. La SAU
exportations en se spécialisant davantage sur les conserve une composition globalement similaire au
exports de produits de qualité (hormis le vin comme tendanciel, mais recule de 2 Mha par rapport au ni-
mentionné plus haut) et à importer les produits agri- veau actuel, en raison de l’artificialisation continue
coles manquants. C’est le cas notamment des pro- des terres arables.
duits issus de l’agriculture biologique, pour lesquels
la demande reste supérieure à l’offre. Le pays reste Les systèmes agricoles sont dominés par les systèmes
exportateur de viande de volailles. Par rapport à la conventionnels raisonnés (70 % des exploitations)
situation actuelle, les soldes de viande bovine et de basés sur une optimisation technique des systèmes
viande porcine s’améliorent. Le solde exportateur actuels, tandis que les systèmes de type « production
de céréales et celui du lait quant à eux diminuent. intégrée » et « bas intrants de synthèse » restent
Le déficit en fruits et légumes est toujours présent faibles (respectivement 20 % et 10 % des exploitations
mais il est moindre. totales). La recherche d’optimisation technique et
technologique est encore plus poussée que dans S3,

273 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

avec notamment un développement marqué de


l’agriculture de précision, du biocontrôle et des so-
lutions innovantes de protection des cultures ou
encore de la génétique. Malgré les effets du change-
ment climatique, ces innovations permettent de
faire légèrement progresser le rendement global
(+ 14 % par rapport au tendanciel à l’horizon 2050).
La place des systèmes agroforestiers et des haies
reste faible dans ce scénario (stabilisation au niveau
actuel). Dans la mesure où la saisonnalité des pro-
ductions n’est pas un critère fort de la demande
alimentaire, les cultures sous serres chauffées pro-
gressent de 38 % par rapport au tendanciel à l’horizon
2050. Face à la poursuite de l’artificialisation des
terres, l’innovation permet aussi de produire en mi-
lieu urbain ou périurbain près de 10 % des produc-
tions via une agriculture urbaine intensive techno-
logique : serres sur les toits, cultures en sous-sol ou
en containers…

Les cheptels de bovins viande se maintiennent, tan-


dis que les bovins lait reculent, dans la mesure où la
demande est satisfaite par une productivité accrue
à 9 400 litres/tête (+ 65 % par rapport au S1 à l’horizon
2050 et + 39 % par rapport à la situation actuelle),
dans des systèmes intensifs, avec un tiers du cheptel
en zéro pâturage et la quasi disparition des systèmes
très pâturants. Le solde fourrager diminue en raison
de surfaces moins étendues et d’une baisse du ren-
dement. Du fait de l’évolution de la demande natio- Les productions à usages non alimentaires sont en
nale et internationale, le nombre d’élevages de porcs hausse : le niveau de production de bioénergies li-
diminue tandis que les élevages de volailles sont de quides et gazeuses (hors forêt et produits bois déri-
plus en plus nombreux (principalement poulets stan- vés) est la résultante d’une consommation de bio-
dards et poules pondeuses). L’innovation dans les masses agricoles de 166 TWh. Les ressources
protéines alternatives est importante : l’entomocul- méthanisées proviennent principalement de cultures
ture se développe en utilisant principalement des intermédiaires (37 %), de résidus de culture (22 %) et
biodéchets et des coproduits agricoles et industriels, d’effluents d’élevage (14 %). La production de bio-
principalement pour l’alimentation animale, et re- carburants se développe, en s’appuyant principale-
présente près du quart des protéines consommées ment sur la technologie des biocarburants avancés
en élevages de volailles et poissons, mais aussi, ponc- et la valorisation de biomasses lignocellulosiques.
tuellement, pour l’alimentation humaine. Les mo-
dèles qui se développent tentent de s’intégrer au Ces systèmes de cultures ont recours à l’irrigation
mieux dans le tissu industriel existant afin de réduire sur deux fois plus de surfaces qu’aujourd’hui et font
leur empreinte énergétique notamment grâce à un usage accru de l’eau, avec des volumes atteignant
l’énergie de récupération, la valorisation de copro- 4,5 Mdm3, dont 42 % pour les cultures estivales.
duits des industries agroalimentaires… L’aquaculture
se développe fortement et produit 1⁄3 des poissons Il n’y a pas d’objectif de relocalisation ni de substi-
consommés en France, tout en réduisant l’impact tution des produits agricoles et alimentaires : l’offre
que faisait peser sur la faune sauvage la surexploita- et la demande restent très décorrélées dans leurs
tion des ressources halieutiques. À l’approche de évolutions, dans la mesure où les marchés mondiaux
2050, arrivent sur le marché les premières protéines guident les flux de denrées. Les soldes exportateurs
animales de synthèse issues de cultures cellulaires des principales productions (céréales, viande) aug-
ayant réussi le passage à l’échelle industrielle, ce qui mentent un peu par rapport à la situation actuelle ;
permet de proposer une offre de produits ayant un celui du lait baisse un peu. Globalement, le déficit
aspect rappelant la viande (goût, texture…) à un prix en fruits et en légumes se maintient. Un déficit en
abordable. Ces protéines de synthèse sont aussi in- tourteaux est toujours présent, en lien avec l’inten-
tégrées dans les produits (ultra)transformés pour sification d’une partie des élevages.
faciliter l’appétence des consommateurs pour ces
produits et favoriser ainsi leur consommation.

274 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

6. Comparaison des principales


quantifications des scénarios
ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF
Graphique 5 Surface agricole utile dans chaque scénario à l,horizon 2050
(SAU, CHEPTELS…) et comparaison avec l’état actuel

De façon générale, les principes de l’agroécologie


S4
deviennent les standards dans les trois premiers scé-
narios, tandis que les modèles productifs actuels S3
demeurent et s’intensifient dans S4 et le tendanciel.
Les résultats ci-dessous (Graphiques 5 à 11 et Tableaux S2

kha
4 et 5) présentent la comparaison entre les différents
S1
scénarios.
TEND
La SAU varie entre 24,6 Mha (équivalent au tendan-
ciel) et 26,7 Mha. Elle est la plus élevée dans S2, et la Actuel

plus faible dans S1, avec un développement marqué 0 5 000 10 000 15 000 20 000 25 000 30 000
de la forêt pour ce dernier (cf. chapitre 2.2.2. Produc-
tion forestière). La surface de prairies est maintenue Céréales Surfaces toujours en herbe (STH)
mais varie entre 8,1 et 9,3 Mha (surface actuelle) en Oléagineux Vignes
fonction de l’évolution de la demande alimentaire Protéagineux Arboriculture
et des types d’élevage. Cultures fourragères TCR ou plantes énergétiques
pérennes
Cultures industrielles
L’évolution de l’usage des terres est représentée en Jachères
Cultures maraîchères
Graphique 6. Le détail concernant la production fo-
restière peut être consulté dans le chapitre dédié.
Concernant les surfaces artificialisées, elles sont
systématiquement réduites par rapport au scénario
tendanciel. Les données représentées sont provi- Graphique 6 Usage des terres dans les différents scénarios17
soires et basées sur des hypothèses de travail réalisées
dans le cadre des simulations du secteur agricole.
Ces données d’évolution de l’artificialisation des sols 50 000
au sein des différents scénarios seront affinées dans
le cadre d’un travail réalisé avec le CGDD et feront
40 000
l’objet d’un document spécifique.

30 000
kha

20 000

10 000

0
Actuel TEND S1 S2 S3 S4

Forêts et peupleraies TCR ou plantes énergétiques pérennes


Cultures Surfaces artificialisées
Prairies naturelles Autres (roches, eaux, autres espaces naturels)
Landes, friches

TCR : Taillis courte rotation.

17 Les faibles écarts sur la valeur totale sont liés à de légères imprécisions du modèle utilisé.

275 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

Les plus fortes réductions des cheptels sont globa- sant le maintien des praires et le stockage de carbone
lement observées dans S1, scénario où la baisse de associé, ainsi que l’entretien des paysages (un focus
la consommation alimentaire est la plus marquée et sur l’évolution des types de conduite d’élevage des
où la part des produits végétaux est la plus forte. bovins lait est présenté en Graphique 7). Les évolutions
Dans S1 et S2 principalement, les systèmes d’élevage des cheptels sont globalement moins défavorables
tendent vers davantage d’extensivité, réduisant ain- dans S4, scénario dans lequel la consommation ali-
si leur dépendance aux aliments importés et favori- mentaire est peu modifiée.

Graphique 7 Répartition des différentes conduites d,élevage des bovins lait en France à l,horizon 2050

S4

S3

S2

S1

TEND

Actuel
0% 20 % 40 % 60 % 80 % 100 %

Zéro pâturage Paturage dominant


Maïs très dominant Paturage très dominant
Maïs dominant Herbe intégrale
Intermédiaire

Tableau 4 Évolution des cheptels dans les différents scénarios à 2050. Données actuelles en milliers de places ;
données scénarios en % d,évolution à 2050 par rapport à la situation actuelle

Cheptels Actuel TEND S1 S2 S3 S4


Porcs charcutiers 7 152 - 43 % - 65 % - 53 % - 40 % - 39 %
Porcs en intensif 6 866 - 46 % - 100 % - 100 % - 100 % - 39 %
Poulets de chair 180 176 40 % - 30 % - 20 % 0% 5%
Poulets standards 122 520 24 % - 100 % - 100 % - 71 % 45 %
Poules pondeuses 58 315 9% 20 % 20 % 20 % 30 %
Chèvres 855 4% 0% 0% 0% 0%
Brebis lait 1 245 - 16 % - 10 % - 10 % - 10 % 0%
Brebis viande 3 379 - 75 % - 10 % - 10 % 10 % 0%
Bovins lait 3 590 - 41 % - 25 % - 20 % - 25 % - 35 %
Bovins viande 4 119 - 5% - 85 % - 60 % - 25 % 2%

276 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

ÉVOLUTION DES USAGES MATIÈRE


(EAU, FERTILISANTS…)

La consommation d’eau pour l’irrigation est permettent la fixation symbiotique de l’azote.


croissante entre S1, S2, S3 et S4, en lien avec les A contrario, c’est dans S4, scénario dans lequel
surfaces de cultures irriguées comme le maïs et avec l’agriculture conventionnelle reste prédominante,
les objectifs de rendements dans les différents que la part de l’azote minéral est la plus élevée
scénarios. Seuls S1 et S2 aboutissent à une réduction (Graphique 9).
de la consommation d’eau par rapport à l’actuelle
(Graphique 8). L’usage de produits phytosanitaires évolue de façon
contrastée entre les scénarios (Tableau 5), avec
La part de l’azote minéral (fertilisant de synthèse) une forte baisse du nombre de traitements dans
dans le total de l’azote apporté aux cultures est le S1 et S2 principalement générée par des évolutions
plus faible dans S2, avec dans ce scénario un des systèmes agricoles. Dans le scénario tendanciel,
développement important des systèmes bas intrants S3 et S4, les systèmes de production évoluent moins
de synthèse et production intégrée (qui couvrent à et les leviers sont davantage technologiques
eux deux l’ensemble des systèmes – moitié chacun) (biotechnologies, agriculture de précision…).
et un fort développement des légumineuses, qui

Graphique 8 Usages de l,eau actuels et à l,horizon 2050 dans les différents scénarios (consommation et surfaces irriguées)

4 5
Consommation d’eau (Mdm3)
Surfaces irriguées (Mha)

4
3 Maïs
3 Céréales hors maïs
2 Légumes et fruits
2 Autres
1 Consommation d’eau
1
pour l’irrigation

0 0
Actuel TEND S1 S2 S3 S4

Graphique 9 Proportions des différentes sources d,azote apporté aux cultures actuellement et à l,horizon 2050

S4
S3
S2
S1
TEND
Actuel
0% 10 % 20 % 30 % 40 % 50 % 60 % 70 % 80 % 90 % 100 %

Azote minéral Fixation symbiotique Recyclage par les digestats et composts

Tableau 5 Évolution de l,usage des produits phytosanitaires, exprimé en NODU18

Actuel TEND S1 S2 S3 S4
NODU (produits de synthèse) [Millions de doses] 14,6 9,7 1,7 3 5,7 9,7

18 NODU (Nombre de dose unité) : indicateur de suivi du recours aux produits phytopharmaceutiques du plan Ecophyto.
L’objectif du plan Ecophyto II+ est une réduction de 50 % de cet indicateur à l’horizon 2025 par rapport à 2015.
https://agriculture.gouv.fr/quest-ce-que-le-nodu.

277 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

ÉVOLUTION DU SOLDE COMMERCIAL

En cohérence avec l’évolution des régimes (i.e. de la conservent un solde excédentaire, excepté pour le
demande alimentaire), la France tend à renforcer son lait pour lequel la France devient déficitaire dans le
autonomie alimentaire, en particulier sur les fruits scénario tendanciel en raison d’une forte réduction
et légumes dans S1 et S2. Dans tous les cas, les filières du cheptel qui ne s’est pas accompagnée d’une évo-
actuellement fortement exportatrices (blé, orge) lution similaire de la demande.

Graphique 10 Évolution du solde des principaux produits agricoles (solde = export - import)

S4

S3

S2
Kt

S1

TEND

Actuel

- 25 000 - 15 000 - 5 000 5 000 15 000 25 000 35 000

Blé Oléagineux Poissons et fruits de mer


Sucre Fruits Viande de volailles
Légumes Viande de porcs Pommes de terre
Viande d’ovins/caprins Boissons alcoolisées Tourteaux et son
Lait (hors beurre) Maïs Viande de bovins
Orge Huiles Œufs

ÉMISSIONS DE GES

L’atteinte du facteur 2 dans le secteur agricole indi- tité de biomasse produites et en technologies et par
quée dans la SNBC 2 n’est possible que dans S1 et un maintien plus important de l’élevage (dans une
S2 (Graphique 11). Cela passe par la réduction impor- logique d’exportation), y compris par rapport au
tante des cheptels et de l’usage des intrants de syn- tendanciel. Il en résulte des réductions d’émissions
thèse, ainsi qu’un retour à davantage de saisonnalité de GES plus importantes dans S1 et S2 que dans S3
dans la production des denrées alimentaires, qui et S4. Ces derniers atteignent néanmoins des réduc-
nécessite notamment moins de serres chauffées. tions un peu supérieures au scénario tendanciel.

L’évolution des systèmes de production agricole en La réduction du recours aux engrais de synthèse et un
lien avec l’évolution de la consommation alimentaire meilleur usage des ressources organiques émergent
et les évolutions tendancielles du paysage agricole
déjà observées, dont au global la baisse de l’élevage, Graphique 11 Émissions territoriales de GES actuelles
est intégrée dans les différents scénarios. Néanmoins, et à l’horizon 2050 du secteur agricole
des différences existent : dans S1 et S2, l’évolution
est guidée par la demande, alors que dans S3 et S4, 120

c’est l’offre qui guide l’évolution du secteur. 100


MtCO2eq

80
Ainsi, dans S1 et S2, parmi les leviers clés, on peut 60 Facteur 2
noter la forte progression des légumineuses, le dé- 40 CO2
veloppement des haies et de l’agroforesterie, une 20 CH4
baisse plus marquée de l’élevage. Dans S3 et S4, au 0 N20
contraire, l’évolution du secteur se distingue par le Actuel TEND S1 S2 S3 S4

développement de systèmes plus productifs en quan-

278 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

comme des enjeux communs à tous les scénarios. De INDICATEURS DE RÉSILIENCE


la même façon, tous les scénarios nécessitent de mo-
biliser des ressources agricoles pour répondre à la Si l’agriculture se doit de contribuer à l’atténuation
demande en énergies renouvelables, notamment via du changement climatique, elle est tout aussi
le développement de la méthanisation agricole, même contrainte de faire face aux impacts du changement
si les niveaux de production et de mobilisation des climatique, dont elle est, avec la forêt, l’un des sec-
ressources diffèrent. C’est le cas en particulier des teurs les plus affectés. Quel que soit le scénario d’évo-
élevages dont la disponibilité varie en fonction de lution des émissions de GES considéré à 2050, de
l’évolution des cheptels et du choix d’usage de ces nombreux impacts du phénomène sur le secteur
matières organiques, de la mise en place de cultures sont à prendre en compte : l’augmentation moyenne
énergétiques dédiées et/ou de la méthanisation des des températures, la hausse de la concentration en
résidus de cultures. CO2 et autres composantes dans l’atmosphère, l’évo-
lution du régime de précipitations, l’évolution des
phénomènes extrêmes (inondations, canicule…) en
ÉMISSIONS DE POLLUANTS ATMOSPHÉRIQUES nombre et en intensité.

Afin de vérifier l’impact des scénarios sur la qualité Tous ces paramètres influent sur la production agri-
de l’air, une analyse qualitative des évolutions des cole en volume, en qualité et en variabilité et parti-
émissions de polluants liées aux différents scénarios cipent à accentuer la volatilité des prix des denrées
a été réalisée par le CITEPA. Sur le secteur agricole, agricoles. Ces impacts vont s’accentuer avec l’évo-
ce premier niveau d’analyse qualitative a été établi lution du contexte lié au changement climatique.
à partir des données d’activité projetées (cheptels,
apport d’azote minéral total et par formes) ainsi que Ainsi, il est nécessaire d’analyser la résilience et la ro-
de l’évolution des pratiques agricoles. Il identifie bustesse des scénarios d’atténuation. Pour cela, une
l’ammoniac comme polluant principalement impac- analyse qualitative couplée avec la production d’in-
té par les hypothèses choisies. Même si les réductions dicateurs quantitatifs de résilience et de sensibilité a
d’émissions estimées par le CITEPA à l’horizon 2050 été menée en première approche. Comportant des
sont moins importantes que celles évaluées par l’ADE- limites (par exemple, l’approche à l’échelle nationale
ME (du fait d’écart de modélisations), il paraît assez ne permet pas de capter les complémentarités ou
certain que les quatre scénarios à l’étude conduisent évolutions régionales), elle serait à approfondir ulté-
à une baisse des émissions de NH3 et le classement rieurement pour une évaluation plus précise.
des scénarios est identique avec, du moins émetteur
au plus émetteur : S2 < S1 < S3 < S4. Les indicateurs de résilience et de vulnérabilité ont
été produits à partir du modèle MoSUT de Solagro
Cette baisse des émissions de NH3 attendue pour sur la base des simulations agricoles décrites précé-
l’ensemble des scénarios est liée : demment. Ils sont regroupés selon plusieurs grandes
familles de composantes de vulnérabilité :
pour les cheptels bovins au recul des cheptels qui
compenserait en S3 et S4 les émissions supplémen- couverture et fertilité des sols ;
taires en lien avec la hausse de productivité ;
dépendance à l’eau ;
pour les cheptels porcins et volailles au déploiement
recours aux légumineuses ;
des bonnes pratiques et à la réduction des effectifs ;
ressources fourragères (ruminants) ;
pour la gestion des déjections au recul des cheptels
et au déploiement des bonnes pratiques de stoc- éléments arborés dans les agrosystèmes ;
kage et de retour au sol ; diversification des revenus.
pour la fertilisation minérale au recul de l’azote
minéral total épandu, au recul des formes les plus Certains indicateurs visent à donner des indications
émettrices et au déploiement des bonnes pratiques directes ou indirectes sur la résilience du secteur
à l’épandage. vis-à-vis des impacts du changement climatique de
façon directe ou indirecte : c’est le cas par exemple
Dans les différents scénarios, le développement de des éléments arborés dans les agrosystèmes ; d’autres
la méthanisation hors déjections entraîne des émis- traduisent au contraire la sensibilité et la fragilité du
sions de NH3 supplémentaires. Il faudra donc être secteur aux impacts du phénomène. C’est le cas par
vigilant sur les pratiques d’épandage associées aux exemple de la dépendance à l’eau.
digestats méthanisés et pousser le déploiement de
bonnes pratiques. N.B. : les indicateurs de la dépendance à l’eau consi-
dérés ici sont une première approche qu’il convien-
Une évaluation quantitative ultérieure permettra de drait d’affiner. Notamment, il conviendrait, au-delà
consolider ces premières conclusions. des besoins en eau dans la période estivale pris en

279 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

compte dans l’analyse, de considérer également les tuels et à venir, en listant un ensemble d’indicateurs
besoins en eau au printemps et à l’automne, ceux-ci de capacité d’adaptation des systèmes agricoles
étant amenés à se développer avec le changement (Tableau 6). Cette approche reste globale et indicative
climatique. à ce stade.

Ainsi, la quantification des indicateurs pour chaque Dans le cadre de travaux ultérieurs, il serait pertinent
scénario permet une première analyse comparative d’éprouver la méthode initiée ici et de la compléter
des scénarios en termes de résilience/vulnérabilité avec des simulations prospectives régionalisées te-
vis-à-vis des impacts du changement climatique ac- nant compte des spécificités de chaque territoire.

Tableau 6 Indicateurs de vulnérabilité et de résilience au changement climatique dans les différents scénarios à 2050

Indicateurs de vulnérabilité Actuel TEND S1 S2 S3 S4


DÉPENDANCE À L’EAU
Superficie irriguée totale [Mha] 1,7 2,6 1,5 2 2,6 3,7
Part de la SAU irriguée [%] 6% 10,3 % 5,8 % 7,2 % 9,5 % 13,8 %
Part de la surface irriguée en maïs grain [ %] 50,2 % 34,3 % 15,6 % 20,8 % 33,8 % 33,2 %
Volumes d’eau total d’irrigation [Mdm ] 3
2,7 3,6 1,8 2,3 3,1 4,5
Volumes d’eau d’irrigation estivale [Mdm3] 1,8 1,7 0,4 0,8 1,4 1,9
Consommation d’eau d’irrigation estivale [%] 68,3 % 48,4 % 23,4 % 35,2 % 46,9 % 41,7 %

COUVERTURE DES SOLS


Terres arables avec couverts végétaux [kha] 1 091,8 2 163,6 16 549,5 17 538,2 11 234 4 918,5

FERTILITÉ DES SOLS ET BIODIVERSITÉ


Surfaces de terres arables en semis direct [kha] 363,9 1 547 519 8 284 8 055 10 164
Variation des stocks de carbone dans les sols de
grandes cultures (0-30 cm) par rapport au tendanciel, - - +2 +5 +3 +1
tC/ha (hors haies et bandes agroforestières)*
NODU (produits de synthèse) 14,6 9,7 1,7 3 5,7 9,7
Part d’azote organique [%] 24 % 32 % 56 % 71 % 51 % 44 %
RECOURS AUX LÉGUMINEUSES
Azote obtenu par fixation symbiotique [ktN] 387,7 441,3 990,5 1 555,5 859,9 475,8
RESSOURCES FOURRAGÈRES (RUMINANTS)
Production fourragère issue du maïs et cultures [%] 23,2 % 19,5 % 8,2 % 8,9 % 18 % 23,6 %
Production fourragère issue de pâturage [%] 32,3 % 40,9 % 44,1 % 44,5 % 35,3 % 35,6 %
Part de la production fourragère issue des prairies
44,5 % 39,6 % 47,7 % 46,5 % 46,7 % 40,8 %
permanentes et naturelles (stock) [%]
Bilans fourragers (surplus d’herbe) [ktMS] 15 093 10 952,9 10 572,5 13 717,2 19 554,2 11 977,5
LINÉAIRES DE HAIES ET D’AGROFORESTERIE DANS LES AGROSYSTÈMES
Haies sur prairies et terres arables [Milliers de km] 500** 547 935 939 619 500**
Agroforesterie (terres arables, prairies et pré-vergers –
140*** 232 595,7 1 499 1 212 232
75 arbres/ha) [kha]
DIVERSIFICATION DES REVENUS
Production de bioénergies agricoles [TWh/an] 39 106,8 163,2 150,8 199,8 165,8

* La variation des stocks de carbone dans les sols est utilisée comme un proxy de celle des teneurs en matières organiques, composante majeure de la fertilité des sols
agricoles.
** Ordre de grandeur basé sur les estimations de Pointereau (2006). Les estimations du linéaires de haies à l’échelle nationale sont lacunaires et pourront être précisées
via le dispositif national de suivi des bocages.
** * Majoritairement sur prairies et pré-vergers.

Source : ADEME, Solagro, 2021 + estimations ADEME.

280 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

Sur la base de l’ensemble des indicateurs de résilience S3 – Ce scénario se démarque du scénario tendanciel
et de vulnérabilité précédents, une caractérisation par des indicateurs plus satisfaisants pour la plupart
qualitative des scénarios est réalisée ci-dessous, afin des composantes de vulnérabilité. Il est également
de dégager un niveau global de résilience ou, au plus « équilibré » que S4 sur l’ensemble des indica-
contraire, de vulnérabilité au changement climatique teurs. Malgré tout, ses enjeux principaux sont relatifs
pour chacun d’eux. Néanmoins, rappelons qu’il s’agit à la dépendance en eau avec une quantité d’eau
là d’une première approche et que des travaux ulté- supérieure à celle mobilisée dans la situation initiale.
rieurs seraient nécessaires pour l’affiner. La diversification des revenus peut néanmoins être
considérée comme un facteur de résilience et d’adap-
TEND – Le scénario tendanciel permet une amélio- tation intéressant du point de vue de l’agriculteur
ration des différents indicateurs de vulnérabilité, qui mais les impacts en termes de capacité nourricière
reste cependant trop restreinte pour limiter les im- du territoire et la dépendance aux importations fra-
pacts à venir du changement climatique. gilisent la résilience du scénario.

S1 – Ce scénario propose des améliorations très si- S4 – Ce scénario propose des améliorations contras-
gnificatives pour la plupart des indicateurs de vul- tées en matière de composantes de vulnérabilité :
nérabilité, y compris la dépendance à l’eau avec une sa fragilité réside surtout sur les niveaux de produc-
diminution concomitante des surfaces irriguées et tion envisagés, impliquant une forte dépendance à
du volume total d’eau pour l’irrigation (- 78 % de la la ressource hydrique et aux produits phytosanitaires,
consommation d’eau estivale). en plus du déploiement de nombreuses technologies.
C’est le seul scénario où les stocks de carbone dans
S2 – Les indicateurs de vulnérabilité offrent une lec- les sols poursuivent leur diminution.
ture assez proche de celle du S1 (toutes les compo-
santes sont concernées par des progrès). Toutefois,
les différents curseurs vont souvent au-delà de ceux
proposés par S1, lui conférant une plus grande cohé-
rence pour faire face aux enjeux du changement
climatique.

281 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

7. Enseignements pour le secteur


et propositions de politiques
Les travaux actuels confirment et renforcent le rôle logique des systèmes agricoles français. Face à
du secteur agricole dans l’atteinte des objectifs de l’ampleur de la transition nécessaire, le Tableau 7
neutralité carbone de la France. Bien que des actions rassemble des propositions d’actions politiques qui
isolées se développent déjà depuis plusieurs années, pourraient être activées et/ou renforcées à cette fin.
l’urgence de la situation et l’ampleur des change- Il est suivi d’une synthèse des éléments incontour-
ments à mettre en œuvre nécessitent une accéléra- nables à considérer pour espérer réussir cette tran-
tion des processus permettant la transition agroéco- sition d’ampleur.

Tableau 7 Récapitulation des politiques publiques les plus structurantes par scénario

S1 S2 S3 S4
POLITIQUES DE SOUTIEN À L’AGRICULTURE ET DE MISE EN COHÉRENCE AVEC LES OBJECTIFS ENVIRONNEMENTAUX
Renforcer la prise en compte des sols, du climat et de la biodiversité dans les
aides de la PAC et autres aides publiques (davantage d’écoconditionnalité,
paiements verts, plans d’investissements, aides à la conversion et au maintien)
de façon à transformer les systèmes de production
Bonus/malus sur les imports
Créer un ministère commun « agriculture et environnement »
(ex. : DEFRA en Angleterre)
Politiques favorisant l’investissement et la prise de risques pour les
agriculteurs s’engageant dans la transition agroécologique (garanties,
fiscalité, assurances)
Renforcer le suivi des pratiques favorables à la lutte contre le changement
climatique et l’évaluation des politiques ex ante et ex post (ex. : enquêtes
pratiques agricoles, inventaires nationaux d’émissions)
ORGANISATION DU TERRITOIRE ET DES FILIÈRES
Former/éduquer/sensibiliser l’ensemble des acteurs
Soutenir l’innovation technologique (ex. : Investissements d’Avenir)
Mettre en place des contrats territoriaux et aménager les marchés publics
pour assurer un revenu aux agriculteurs sur des critères environnementaux
Organiser une gouvernance agricole, alimentaire et foncière cohérente à
l’échelle de chaque territoire (généralisation des PAT19, mise en cohérence
avec les stratégies foncières et politiques agricoles – PLU/SCoT…)
Instaurer (par la réglementation) un dispositif de transparence aux
acteurs agroalimentaires sur la traçabilité des produits et leurs impacts
environnementaux
Renforcer le volet environnemental dans l’ensemble des SIQO20
Favoriser le développement des financements privés et les orienter vers les
systèmes les plus vertueux (par exemple, via les paiements pour services
environnementaux, les fonds d’investissement, la finance verte, les crédits
carbone…)
Sanctuariser le foncier agricole lors de départs à la retraite
À L’ÉCHELLE DES EXPLOITATIONS
Incitations et aides à la reprise des exploitations en agroécologie
et/ou à la reconversion (ex. : bonus/malus)
Bonus/malus sur les pratiques agricoles et l’utilisation d’intrants, en lien
avec leurs émissions de GES (taxes azote, GES… à réaffecter sur les bonnes
pratiques)

19 Projets alimentaires territoriaux.


20 Signes d’identification de qualité et d’origine.

282 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

Certains leviers sont incontournables pour permettre consommant autrement, les évolutions proposées
une évolution des systèmes productifs pour une devront viser à protéger la santé humaine, les ani-
contribution efficace du secteur agricole à l’atteinte maux (conditions d’élevage…) et la viabilité des fi-
de la neutralité carbone : lières futures, tout en conservant les traditions
gastronomiques, territoriales et agricoles françaises ;
agir de façon couplée sur l’offre et la demande
agricoles et alimentaires, en cohérence avec les renforcer le développement des projets alimen-
différents axes d’une bioéconomie durable. L’en- taires territoriaux et diversifier les productions pour
semble des résultats confirme qu’il ne peut y avoir renforcer la résilience des territoires face aux aléas
de transformation agricole sans transition alimen- climatiques et internationaux ;
taire et transition énergétique concertées, et qu’il
serait nécessaire de passer d’une politique agricole adopter une politique cohérente aux frontières
commune à une politique agricole, alimentaire et (avec un risque de concurrence internationale si le
énergétique commune cohérente avec les enjeux reste du monde ne suit pas la même trajectoire) et
climatiques ; sur le territoire (soutien à la transition…), au risque
d’affaiblir la compétitivité des filières. Cela pourrait
protéger la ressource sols, en favorisant des pra- par exemple passer par un meilleur respect de l’Ac-
tiques permettant un maintien et/ou une amélio- cord de Paris et une limitation, voire une interdiction
ration de la qualité multifonctionnelle des sols, en d’import de cultures qui participent à la défores-
particulier dans les trois premiers scénarios. Cela tation ;
impliquera une mise à jour et une mise en action de
la stratégie nationale de gestion durable des sols rendre plus cohérentes les politiques structurantes
initiée en 2015. Ce sujet sera en particulier dévelop- du secteur agricole (directive nitrates, NEC21…) ;
pé dans un rapport dédié à la question de l’usage
des terres et de la qualité des sols, prévu pour début évaluer localement la disponibilité actuelle et future
2022 ; en eau ;

réduire les cheptels et renforcer la durabilité des évaluer localement les impacts potentiels du chan-
productions maintenues, en ligne avec l’évolution gement climatique.
des régimes alimentaires. En produisant et en

21 National Emission Ceiling ou Plafonds d’Émission Nationaux en français.

283 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

TRANSVERSALITÉ implique une anticipation des évolutions à or-


chestrer dans le temps, à articuler avec divers
Les productions agricoles ne représentent qu’un accompagnements des acteurs. Pour assurer la
usage des terres possible, à considérer en étroite pérennité des systèmes, il est indispensable de
relation avec les autres usages (espaces naturels, syl- prendre en compte la temporalité des solutions
viculture, activités humaines d’industrie, de produc- à mettre en œuvre selon leur degré d’impact sur
tion énergétique, de loisir, d’habitat) et en cohérence l’évolution des systèmes : « Se préparer aujourd’hui
avec les multiples usages possibles des biomasses pour être prêt demain. »
produites : stockage de carbone, alimentation, éner-
gie dont chaleur, transport, construction… Il convien- Tout comme dans les autres secteurs, il est im-
dra de lire les chapitres associés à ces différents portant d’avoir une lecture attentive des scénarios
secteurs de la demande pour comprendre la cohé- fortement dépendants de solutions technolo-
rence globale des scénarios proposés, en particulier giques innovantes (principalement S4, mais aussi
le chapitre 2.1.4. Alimentation et 2.4.2. Ressources et S3). En effet, le temps nécessaire à ces innovations
usages non alimentaires de la biomasse dans lequel les pour atteindre la maturité industrielle n’est pas
flux des différentes ressources biologiques sont dé- connu aujourd’hui (viandes de synthèse par
crits. exemple). Le risque de voir se développer ces so-
lutions trop tardivement au regard de l’urgence
de l’enjeu climatique doit donc être pris en
TEMPORALITÉ DES DÉCISIONS STRUCTURANTES compte pour évaluer la pertinence de ces mo-
dèles. En outre, même s’il est moins important
Au travers des quatre chemins contrastés d’évolution pour l’agriculture que pour d’autres secteurs
des modèles agricoles, les travaux présentés dans ce jouant sur l’effet de substitution énergétique, le
chapitre permettent d’apporter des éléments fac- risque de reporter les impacts ou efforts sur
tuels qui pourraient aider les d’autres secteurs implique de toujours regarder
acteurs économiques des fi- et mettre en perspective l’ensemble des trajec-
lières concernées à envisager toires de neutralité carbone, pour tous les secteurs
« Se préparer des actions de moyen/long et pas seulement sur un secteur donné.
aujourd’hui pour terme, au-delà des réflexions
être prêt demain. » économiques qu’ils mènent
habituellement en vue d’assurer
leur viabilité sur un plus court
terme. C’est notamment le cas
de S1 et S2. En effet, l’ampleur des enjeux auxquels
les acteurs doivent faire face nécessite d’intégrer des
transformations plus structurelles des systèmes aux
évolutions de leurs pratiques. Leur mise en œuvre

284 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

8. Limites des scénarios, autres


possibles, perspectives de travail
Le secteur agricole est à la croisée de nombreux en- veraineté alimentaire, etc.). Les simulations réalisées
jeux environnementaux (les émissions de GES, la dans ce projet n’ont abordé que partiellement ces
qualité des sols, la gestion de l’eau, la biodiversité, le différents enjeux et comportent des limites qui
bien-être animal…), économiques et sociaux (la via- constituent autant de pistes possibles pour des ap-
bilité et la compétitivité des filières, l’emploi et les profondissements ultérieurs, comme synthétisé dans
revenus dans le secteur et les filières, la sécurité ali- le Tableau 8.
mentaire [tant qualitative que quantitative], la sou-

Tableau 8 Synthèse de plusieurs pistes d,approfondissement

ENJEUX CLÉS
Environnement
Adaptation Meilleure connaissance des impacts sur l’agriculture française
au changement et sa capacité de résilience à l’horizon 2050 et au-delà
climatique Territorialisation des impacts et des réponses à apporter
Évolutions transformatives à imaginer (ex. : nouvelles productions, délocalisations
des zones de production )
Biodiversité Quantification des impacts
et écosystèmes Intégration du lien avec le changement climatique
Meilleur quantification de l’impact sur la qualité/santé des sols
Ressource en eau Pollution de l’eau
Quantité d’eau disponible et consommée
Provenance de l’eau
Impacts sur les milieux aquatiques
Répartition et optimisation des usages
Économique et social
Emplois et revenus Préservation des emplois
Transformation des emplois
Maintien des revenus
Accompagnement des acteurs
Sécurité et souveraineté alimentaire
Rôle du secteur privé Synergies entre les maillons
Répartition de la chaîne des valeurs
Autres
Progrès technologique, Développement, maturité des technologies
technique et génétique Impacts environnementaux, économiques et sociaux
Blockchain

Régionalisation Impacts et évolutions en région

ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Une première analyse a été menée avec des éléments indispensable pour prendre en compte les contextes
d’analyse à la fois qualitatifs et quantitatifs pour ap- climatiques, hydrologiques et agricoles. Un travail
préhender la résilience et la sensibilité des quatre spécifique sur les sols à une échelle régionale sera
scénarios au changement climatique dans l’agricul- réalisé dans les Hauts-de-France et publié en 2022.
ture. Néanmoins, l’étude des impacts du changement Autres pistes possibles d’investigation sur le sujet de
climatique sur le secteur agricole en France et les l’adaptation : l’abandon de certaines cultures et la
systèmes agricoles les plus résilients doit être appro- production de nouvelles cultures sur du moyen terme
fondie, notamment sur la base de références à capi- et selon les régions, non étudiées dans le cadre de
taliser et en confortant la méthode initiée. Une ana- l’exercice actuel, sont des questions intéressantes à
lyse territorialisée sur le sujet semble également creuser dans le cadre de travaux ultérieurs.

285 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

BIODIVERSITÉ ET ÉCOSYSTÈMES RESSOURCE EN EAU

Aucun chiffrage précis n’a été réalisé sur les impacts La question de l’usage de l’eau et les impacts de chaque
des systèmes et pratiques agricoles envisagés. Des scénario sur la ressource et les milieux aquatiques n’ont
discussions sont en cours avec l’Office Français pour pas pu être étudiés de manière approfondie. Néanmoins
la Biodiversité à la date de rédaction de ce rapport. des premières réflexions ont été initiées avec les Agences
En première approche, nous pouvons estimer que la de l’eau Adour-Garonne et Seine-Normandie et des
diminution d’une partie des élevages, le développe- travaux ultérieurs seront nécessaires pour approfondir
ment de cultures énergétiques lignocellulosiques ou ce sujet stratégique.
encore le maintien des produits phytosanitaires et de
certaines pratiques agricoles, telles que le labour pro- L’eau est une ressource indispensable pour les acti-
fond, auront un impact négatif sur la biodiversité lo- vités agricoles, en particulier pour l’alimentation des
cale. A contrario, la diversification des systèmes cultu- animaux élevés dans les exploitations et la croissance
raux à l’échelle de l’exploitation et des territoires ou des plantes cultivées. Pour ces dernières, le recours
encore le développement des systèmes agroforestiers à l’irrigation peut permettre en dernier recours de
et du linéaire de haies seront des leviers favorables au pallier des précipitations parfois insuffisantes à des
maintien, voire à l’amélioration de l’impact des acti- moments clés de la croissance des végétaux [24].
vités agricoles sur la biodiversité terrestre. Quoi qu’il
en soit, il est indispensable de considérer biodiversité Ainsi, les choix des assolements, systèmes et pra-
et changement climatique comme faisant partie d’une tiques agricoles ont des impacts potentiellement
même problématique complexe pour s ’assurer que significatifs sur les milieux aquatiques, la ressource
les solutions envisagées sur les modèles agricoles, no- en eau et ses usages, avec plus particulièrement trois
tamment, aient un potentiel maximal d’amélioration axes à investiguer :
du système global [23]. Il est néanmoins probable que
des arbitrages doivent parfois être réalisés entre prio-
pollutions diffuses agricoles comme les nitrates,
rités.
produits phytosanitaires, phosphore… ;

impact sur les milieux aquatiques, en particulier du


fait de l’érosion des sols mais aussi des effets sur
l’hydromorphologie, la ripisylve, le colmatage des
fonds de cours d’eau ou encore la suppression des
zones d’expansion de crue… ;

quantité consommée et provenance de la ressource.

Or, les questions de quantité et de qualité de l’eau se


posent dans un contexte de raréfaction de la ressource,
d’augmentation des demandes liées au changement
climatique et des conflits d’usages. En agriculture, à
pratiques constantes, la demande en eau se développe
du fait d’une augmentation de l’évapotranspiration
potentielle. Cette évolution est différente selon le choix
des cultures, des variétés, la réserve utile du sol et autres
pratiques et systèmes permettant de limiter cette de-
mande (haies coupe-vent, agroforesterie…). Cela
concerne des cultures déjà irriguées aujourd’hui mais
aussi des cultures pour lesquelles l’irrigation pourrait
devenir nécessaire malgré le déploiement de stratégies
de sobriété [25].

Une large concertation a été organisée en 2018-2019


pour faire émerger des solutions concrètes pour ré-
pondre aux défis de la gestion de l’eau avec l’ensemble
des acteurs concernés. Ces Assises de l’eau ont fait émer-
ger trois objectifs prioritaires: protéger les captages d’eau
potable notamment des pollutions d’origine agricole,
économiser la ressource avec un objectif d’une baisse
des prélèvements de 25% en 15 ans, mieux partager
l’eau et préserver les rivières et milieux humides.

286 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

De manière globale, pour pallier les situations de limitant la demande en eau. Renforcer la résilience
déficit de la ressource en eau, il est donc indispen- de l’agriculture face au changement climatique pas-
sable d’accompagner les acteurs dans une stratégie sera successivement par une combinaison de me-
d’accroissement de la résilience des territoires en sures à mettre en place, par une approche territo-
jouant sur la demande [26], l’offre étant amenée à rialisée et par un portage collectif.
être réduite d’après les projections (augmentation
de l’évapotranspiration, modification des régimes
hydriques…) : EMPLOIS ET REVENUS DANS LES SECTEURS
AGRICOLE ET AGROALIMENTAIRE
la gestion par la demande vise la diminution de la
consommation de l’eau par les économies qui Sur les plans économiques et sociaux, la transition
constituent ici l’axe central de l’action ; du secteur agricole pour l’atténuation du change-
ment climatique s’accompagne évidemment d’évo-
la gestion de la ressource par l’offre s’appuie sur lutions économiques et sociales qu’il convient d’ap-
une mobilisation accrue de la ressource en eau par préhender en vue d’une transition durable et viable.
exemple via des retenues d’eau et sur une évolution Le sujet est néanmoins complexe et les méthodes
de la répartition de cette ressource entre les diffé- d’évaluation de ces impacts sont en cours de
rents secteurs consommateurs : usages agricoles, construction. Ainsi, les premières réflexions menées
individuels, récréatifs, industriels, etc. ; ne sont pas à ce stade suffisantes pour conclure,
mais elles visent à apporter quelques éclairages.
divers experts du sujet [27] soulignent l’importance D’une part, pour avancer sur l’appréhension de ces
de prioriser la gestion par la demande, celle par enjeux, l’ADEME réalise à la date de rédaction de ce
l’offre comportant des limites [28] : en effet, la créa- document une étude prospective des filières proté-
tion de retenues réduit la disponibilité de la res- ines végétales et animales qui fera l’objet d’un feuil-
source pour les milieux avec le risque de ne pas leton publié en janvier 2022 : l’objectif est de mieux
inciter à la sobriété et accroît les sécheresses au comprendre les conditions de la transition pour ces
niveau du bassin versant. filières. D’autre part, une récente étude menée par
l’IDDRI et le BASIC s’est intéressée aux conditions
Par ailleurs, la question des sécheresses (météorolo- d’une transition juste de deux sous-secteurs agricoles,
giques, hydrologiques et édaphiques) ne doit pas se les bovins lait et les grandes cultures, à l’horizon 2030,
limiter à une gestion de crise mais intégrer des chan- dans le cadre du scénario de transition de la SNBC
gements de comportements significatifs partagés [29]. Pour cela, les impacts sur les emplois agricoles,
par les acteurs, avec des usages plus sobres en eau. dans les industries agroalimentaires et sur les revenus
L’adaptation au changement climatique, avec au agricoles ont été évalués en considérant ce scénario
cœur la question de l’eau, doit s’inscrire dans des dans les deux configurations différentes décrites
stratégies de long terme incluant, lorsque c’est né- ci-dessous à savoir « France duale » et « Recomposi-
cessaire, des changements systémiques. Le recours tions socio-territoriales ».
à l’irrigation devrait arriver en dernier ressort, après
avoir mis en place l’ensemble des stratégies permet- En résumé, on peut mettre en évidence plusieurs
tant plus de sobriété. résultats de cette étude de l’IDDRI et du BASIC (N.B. :
le terme « tendanciel » correspond ici au scénario de
Dans le secteur agricole, diverses concertations d’ac- l’étude IDDRI et non ADEME) :
teurs [26] sur la question de l’eau mettent notam-
ment en avant les solutions fondées sur la nature et dans la configuration « France duale » axée sur « une
le développement des pratiques agroécologiques décarbonation sous contrainte de compétitivi-
avec un choix de cultures et/ou de variétés qui té-prix », le cadre d’action est axé sur l’offre et la
s’opère en fonction des conditions pédoclimatiques compétitivité des filières. Les enjeux climat do-
locales sur une gestion des sols adaptée à la préser- minent, laissant peu de place aux enjeux santé et
vation de la ressource favorisant la réserve utile et biodiversité, et accentuent « la prééminence de
réduisant les ruissellements, l’érosion et l’éva- l’intensification "durable" de la production agricole
potranspiration : restitution des résidus de récolte, comme solution principale ». L’analyse menée
couverture systématique du sol, haies…, ainsi que sur conclut à des impacts défavorables sur l’emploi, avec
le développement des systèmes agroforestiers avec plus particulièrement une perte d’emplois agricoles
des atouts divers de la présence des arbres pour la de 10 % par rapport au scénario tendanciel en 2050
ressource en eau. en raison de « la poursuite des logiques de concen-
tration et d’une augmentation de l’intensité capita-
Ainsi, le recours à l’irrigation et la mise en place de listique des fermes ». On note également des pertes
retenues de substitution ou de transferts interbassin d’emplois dans les IAA (12 % de l’emploi actuel) et
ne pourront être envisagés qu’une fois la mise en un risque de pertes sur les revenus agricoles ;
place de pratiques et de systèmes de production

287 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

dans la configuration « Recompositions socio-ter- mais également avec des coûts de production maî-
ritoriales », le cadre d’action prend en charge de trisés donnant accès à un marché large, etc. ;
manière ambitieuse les enjeux climatiques mais
aussi les questions de santé-nutrition et de biodi- l’implication des collectivités locales dans la struc-
versité en s’appuyant notamment sur la diversifi- turation des dynamiques territoriales.
cation des systèmes et paysages agricoles, la diver-
sification de l’alimentation avec une diminution À noter que les différents résultats de l’étude restent
marquée des protéines animales et une part faible à confirmer via l’application de la méthode et de
des produits transformés dans l’alimentation. l’analyse menées sur d’autres sous-secteurs de la
L’étude conclut que cette configuration peut per- production agricole. Le travail est en cours de réali-
mettre, sous conditions sociales et politiques par- sation par l’IDDRI, le BASIC et leurs partenaires à la
ticulières, une transition juste avec un emploi agri- date de rédaction de ce document.
cole supérieur de 10 % par rapport à celui du
scénario tendanciel, un maintien du revenu agricole
« sans contraintes majeures pour les niveaux de RÔLE DU SECTEUR PRIVÉ
subventions ou les prix payés aux producteurs » et
une augmentation de l’emploi dans les IAA. Le secteur privé a un rôle majeur à jouer dans l’ensemble
des scénarios. Celui-ci pourra varier en fonction des
L’étude souligne que les conditions sociales et poli- scénarios : amélioration des cahiers des charges et sou-
tiques nécessaires à une transition juste sont nom- tien à la transition des filières via des contrats longue
breuses, notamment : durée avec les agriculteurs, redistribution de la valeur,
transparence sur la qualité des produits par exemple,
l’organisation des marchés et la structuration de via un développement accru de l’usage des blockchains
l’offre avec un « double défi de la convergence in- afin de mettre en place des registres transparents et
ternationale et de la compétitivité » ; infalsifiables [30] et par l’affichage environnemental
des denrées, le soutien à l’innovation, l’acquisition de
la convergence des visions entre États membres de données environnementales…
l’Union européenne, pour que la mise en œuvre
des plans stratégiques nationaux dans le cadre de
la politique agricole commune fixe aux producteurs PROGRÈS TECHNOLOGIQUES, TECHNIQUES
des objectifs et des conditions de production com- ET GÉNÉTIQUES
parables ;
La transition du secteur agricole dans S3 et S4 s’appuie
la structuration d’une offre vertueuse notamment sur une évolution marquée du progrès technologique,
par le développement de paiements pour services technique et génétique dans le secteur. Est notamment
écosystémiques couvrant l’ensemble des enjeux concerné le développement de l’agriculture de préci-
environnementaux dans une logique multifonction- sion, des biocontrôles, des protéines alternatives (in-
nelle comme la contribution des exploitations à la sectes, cultures cellulaires…) ou de l’agriculture urbaine
séquestration de carbone ou la mise en place d’in- intensive. Cependant, ces filières sont à des degrés de
frastructures agroécologiques sur la ferme ; maturité différents. Certaines, telles que les cultures
cellulaires, n’ont pas encore fait la preuve d’une pro-
sur le volet de l’alimentation, le déploiement et duction industrielle économiquement rentable ;
l’accompagnement des changements de compor- d’autres, comme la production d’insectes ou l’agricul-
tements alimentaires en partie déjà initiés, comme ture urbaine intensive, n’ont pas prouvé leur capacité
le montrent certains signaux faibles : développement à se substituer efficacement aux méthodes actuelles.
de la part de l’AB dans la consommation, diminution Ces filières innovantes manquent encore d’analyses
de la consommation de protéines animales, avec d’impacts environnementaux solides pour juger de
une attention particulière portée à l’accompagne- leur pertinence. Se pose également la question des
ment des ménages les plus modestes afin de per- impacts sur les filières existantes d’un point de vue
mettre un accès élargi à une alimentation saine et économique et celle des conditions de diffusion, no-
durable ; l’amélioration de l’information du consom- tamment sociales, de ces nouvelles productions. Par
mateur sur les produits alimentaires, l’accélération ailleurs, S4 prévoit le développement potentiel des
de l’évolution de la restauration collective, le dé- OGM pour pallier les pertes de rendements associées
ploiement de normes nutritionnelles et sanitaires à l’évolution du climat et des pressions parasitaires.
rigoureuses pour limiter la consommation de pro- Pourtant, la défiance envers ces technologies encore
duits ultratransformés… ; interdites sur le territoire reste élevée au sein de la
population. Selon l’Institut de Radioprotection et de
le soutien des industries agroalimentaires pour conso- Sûreté Nucléaire, environ 40 % des personnes interro-
lider un tissu d’entreprises de taille « moyenne » (20-49 gées n’ont pas confiance dans les autorités françaises
et 50-249 employés) capables à la fois de produire pour leurs actions de protection des personnes dans
des aliments différenciés en lien avec les territoires, le domaine des OGM [31].

288 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

RÉGIONALISATION DES SCÉNARIOS de qualité, développement des circuits courts de


transformation et distribution… Un tel travail a été
La question de la régionalisation de l’ensemble de initié en région Provence-Alpes-Côte d’Azur autour
ces hypothèses, et plus particulièrement de la reter- d’une vision prospective contrastée de l’évolution
ritorialisation poussée proposée dans S2, doit impé- du système alimentaire régional ;
rativement être approfondie pour permettre un
passage à l’action cohérent avec les contraintes in- une réflexion devrait être menée sur les relations
hérentes à chaque territoire. Ce travail a été initié internationales, plus particulièrement sur les pays
dans certaines régions et devrait se poursuivre sur limitrophes à la France. En effet, pour optimiser les
l’ensemble du territoire, y compris les DOM-COM notions de production locale et de saisonnalité des
qui sont hors périmètre de cette prospective. Sur la productions en général, elles devraient être envi-
base des travaux présentés dans ce rapport, plusieurs sagées en termes de proximité géographique et
points saillants sont à prendre en compte : pédoclimatique, au-delà des frontières existantes :
par exemple, les bassins de production du nord de
des innovations organisationnelles devraient être l’Espagne restent plus ou moins « locaux » pour une
envisagées, notamment en imaginant des réarticu- distribution dans une partie du Sud-Ouest de la
lations entre zones urbaines et zones rurales dans France.
les flux agricoles : protection des ceintures arables

L’impact des modèles agricoles proposés sur l’usage des terres et la qualité des sols (érosion, pollution,
capacité à stocker du carbone, à filtrer l’eau…) est central et sera abordé dans un feuilleton dédié à ce sujet.

289 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

9. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

[1] Cour des comptes européenne, Politique agricole commune [16] Observatoire National des Ressources en Biomasse, Évaluation
et climat – La moitié des dépenses de l’UE liées au climat des ressources agricoles et agroalimentaires disponibles en
relèvent de la PAC, mais les émissions d’origine agricole ne France, édition 2020.
diminuent pas, Rapport spécial n° 16, 2021.
[17] ADEME, Marchés actuels des produits biosourcés et évolutions
[2] https://agriculture.gouv.fr/quest-ce-que-lagroecologie. à horizons 2020 et 2030, 2015, 18 pages.

[3] A naïs Tibi et al., Place des agricultures européennes dans le [18] ADEME, Solagro, CTIFL, ASTREDHOR, Arvalis, FNCUMA, IDELE,
monde à l’horizon 2050 : entre enjeux climatiques et défis de IFIP, ITAVI, Agriculture et efficacité énergétique : propositions
la sécurité alimentaire, Rapport de synthèse de l’étude, INRAE et recommandations pour améliorer l’efficacité énergétique
(France), 2021, 159 pages. de l’agriculture des exploitations agricoles en France, 2018,
85 pages.
[4] Sylvain Marsac et al., Optimisation de la mobilisation de CIVE
pour la méthanisation dans les systèmes d’exploitation, ADEME, [19] MAAF, Plan protéines végétales pour la France 2014-2020, 2014,
2019, 73 pages. 24 pages.

[5] CITEPA, Inventaire SECTEN (format « plan Climat »). Champ : [20] Solagro et al., Facteur 4. Agriculture Forêt, Rapport final, 2011.
France métropolitaine, DROM et Saint-Martin (périmètre Kyoto),
2017, in « Chiffres clés Climat, air, énergie », ADEME, 2018. [21] Solagro et al., Afterres2050 : les déclinaisons régionales, Rapport
final, 2016.
[6] Sylvain Pellerin et al., Quelle contribution de l’agriculture
française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? [22] FranceAgriMer, Vin et spiritueux, commerce extérieur. Bilan
Potentiel d’atténuation et coût de dix actions techniques, 2020, 2020.
Synthèse du rapport d’étude, INRA (France), 2013, 92 pages.
[23] IPBES/IPCC, Workshop Report on Biodiversity and Climate
[7] MAAF, 4 pour 1 000 : les sols pour la sécurité alimentaire et le Change, 10 juin 2021.
climat, 2015.
[24] https://www.eaufrance.fr/lagriculture.
[8] Priyadarshi R. Shukla et al, Climate Change and Land: an IPCC
special report on climate change, desertification, land [25] Nadine Brisson, Frédéric Levrault (éd.), Changement climatique,
degradation, sustainable land management, food security, and agriculture et forêt en France : simulations d’impacts sur les
greenhouse gas fluxes in terrestrial ecosystems, 2019. principales espèces. Le Livre Vert du projet CLIMATOR (2007-
2010), ADEME, 2010, 336 pages.
[9] ADEME , I Care & Consult, Blézat consulting, CERFrance,
Céréopa, Agriculture et énergies renouvelables : état de l’art et [26] Juliette Aspar, Pratiques et systèmes agricoles résilients en
opportunités pour les exploitations agricoles, 2017, 70 pages. condition de sécheresse. Quels leviers agroécologiques pour
les agriculteurs du bassin Seine-Normandie ?, Rapport de stage,
[10] Sylvain Pellerin et al., Stocker du carbone dans les sols français, AgroParisTech, AESN, 2019, 66 pages.
quel potentiel au regard de l’objectif 4 pour 1 000 et à quel
coût ?, Synthèse du rapport d’étude, ADEME, 2019, 114 pages, [27] Avis du conseil scientifique du comité de bassin Seine-
ffhal-02284521f. N ormandie sur l’évolution des sécheresses et des
risques associés dans les prochaines décennies (présenté au
[11] L aure Bamière et al., Analyse des freins et des mesures de comité de bassin le 10 octobre 2019) (http://www.eau-seine-
déploiement des actions d’atténuation à coût négatif dans le normandie.fr/sites/public_file/inline-files/AvisCS_Risques_
secteur agricole : couplage de modélisation économique et secheresse_10octobre2019_CB.pdf).
d’enquêtes de terrain, Rapport final, 2017, 79 pages.
[28] Séminaire SDAGE, Gestion quantitative et sécheresse Piloté
[12] John P. Reganold, Jonathan M. Watcher, Organic agriculture in par la COMINA, jeudi 16 janvier 2020, Assises de l’eau.
the twenty-first century. Nature plants, 2016, 8 pages.
[29] Pierre-Marie Aubert et al., Vers une transition juste des systèmes
[13] Agence BIO, La Consommation bio en hausse en 2019 stimule alimentaires, enjeux et leviers politiques pour la France, IDDRI,
la production et la structuration des filières françaises. Les 2021.
chiffres 2019 du secteur bio, Dossier de presse, 9 juillet 2020.
[30] CEP, Les Perspectives offertes par la blockchain en agriculture
[14] Céréopa, La Protéine dans tous ses états. Rapport sur et agroalimentaire, Analyse n° 140, juillet 2019, 4 pages.
l’indépendance protéique de l’élevage français, 2017, 31 pages.
[31] IRSN, Baromètre 2020. La perception des risques et de la sécurité
[15] Carine Barbier et al., Empreintes sol, énergie et carbone de par les Français, 2020.
l’alimentation. Partie 2 : empreintes des importations agricoles
et alimentaires françaises, ADEME, 2020, 35 pages.

290 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION AGRICOLE

10. Annexe : évolution des principales


variables du secteur

2050
2020
TEND S1 S2 S3 S4
Surface agricole utile [Milliers ha] 28 778,55 25 101,70 25 636,28 27 712,14 27 164,19 26 695,25
Surface toujours en herbe [Milliers ha] 9 317,39 8 753,09 8 139,14 8 466,17 9 317,39 8 750,57
Surface prairies temporaires [Milliers ha] 2 800,58 1 924,74 588,65 843,23 1 980,38 2 340,83
Surfaces grandes cultures (céréales, oléoprotéagineux
16 766,66 14 015 14 086 15 560 14 328 15 521
et cultures fourragères) [Milliers ha]
Fixation symbiotique de l’azote par légumineuses [Milliers
338 441,30 990,50 1 555,50 859,90 475,80
de tonnes d’azote]
Consommation d’azote minéral [Milliers de tonnes d’azote] 1 874 1 564,30 1 132,60 836,60 1 513,20 1 710,40
Part d’azote organique (fixation symbiotique, digestats
24 24,10 31,60 55,50 70,50 51,40
et composts) [%]
Rendements blé tendre [Tonnes par ha] 6,80 6,78 5,11 4,96 6,66 7,45
Nombre de places porcs (charcutier et intensif) [Milliers de
7 152 4 061 2 503 3 361 4 291 4 362
places]
Productivité laitière [Milliers de litres de lait/an/vache] 6,80 8,26 5,70 5,70 7,01 9,38
Cheptel bovin lait – mères [Milliers de têtes] 3 590 2 106,99 2 692,42 2 871,91 2 692,42 2 333,43
Cheptel bovin viande – mères [Milliers de têtes] 4 119 3 895,64 617,79 1 647,45 3 088,96 4 200,99
Volaille de chair [Millions de places] 180,20 252,59 126,12 144,14 180,18 189,18
Volaille pondeuse [Millions de places] 58,30 63,74 69,98 69,98 69,98 75,81
Cultures fourragères [Milliers ha] 4 852 3 555,59 1 434,81 2 864,86 4 121,54 4 122,91
Part d’agriculture à bas niveaux d’intrants [%] 5 20 70 50 20 10
Part de systèmes en production intégrée [%] 2 10 30 50 50 20
Part de systèmes conventionnels raisonnées [%] 93 70 - - 30 70
Haies [Milliers km] 500* 547 935 939 619 549
Surfaces en agroforesterie avec 75 arbres/ha [Milliers ha] 140 232 596 1 499 1 212 232
Couverts végétaux [Milliers ha] 1 092 2 163,61 16 549,47 17 538,22 11 234,04 4 918,46
Solde céréales (exclu bière) [Milliers tonnes] 23 513 17 064,17 15 460,21 15 403,22 16 651,36 25 140,59
Solde oléagineux [Milliers tonnes] 695 - 499,46 - 664,11 - 514,04 - 528,15 - 512,97
Irrigation [Mdm3] 2,70 3,58 1,85 2,28 3,07 4,50
Taux de protéines végétales sur protéines totales [%] 1,70 39 63 53 47 38
Surfaces irriguées [Millions ha] 1,72 2,58 1,48 2 2,58 3,68

* Ordre de grandeur basé sur les estimations de Pointereau (2006). Les estimations du linéaires de haies à l’échelle nationale sont lacunaires et pourront être précisées via
le dispositif national de suivi des bocages.
Référence : P. Pointereau, F. Coulon, La Haie en France et en Europe : évolution ou régression, 2006
(https://rmt-agroforesteries.fr/wp-content/uploads/documents/rnhc-interv-pointereau.pdf).

291 Transition(s) 2050


02 ÉVOLUTION DU SYSTÈME
PRODUCTIF

2. Production forestière
1. La forêt rend de 4. Des scénarios 7. Références
multiples services contrastés mobilisant bibliographiques
écosystémiques, différents leviers 314
dont un puits de 303
carbone et une 8. Annexe : évolution
source de matières 5. Les forêts et le bois, des principales
renouvelables essentiels pour la variables du secteur
293 politique climatique 315
310
2 La forêt française
progresse en surface 6. Des limites dans
mais le secteur les simulations qui
forêt-bois est fragile appellent à continuer
297 les recherches
312
3. Description de la
méthode et outils
de quantification
302

29
29
92
2 Tra
292 Transition(s)
T
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n((ss) 2050
n(s 20
05
050
50
50
ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

1. La forêt rend de multiples


services écosystémiques, dont
un puits de carbone et une source
de matières renouvelables
Systèmes multifonctionnels, les forêts sont au cœur Au niveau européen, une nouvelle stratégie fores-
d’une bioéconomie contribuant au développement tière a été approuvée en juillet 2021. Cette stratégie
durable de nos territoires avec des enjeux riches et définit une vision et des mesures concrètes pour
complexes, que ce soit au niveau mondial, européen accroître le nombre et la qualité des forêts dans l’UE
ou national. et renforcer leur protection, leur restauration et
leur résilience pour faire en sorte qu’elles soient
Quatrième plus grande forêt d’Europe, la forêt fran- gérées durablement, de manière à préserver les
çaise rend de nombreux services essentiels à la so- services écosystémiques essentiels qu’elles four-
ciété. Elle constitue un réservoir de biodiversité nissent et dont la société dépend. En France, les
inestimable, contribue à la conservation des sols et stratégies nationales bas carbone et pour la biodi-
de la qualité des eaux, au captage et au stockage du versité, le Programme national de la forêt et du bois
carbone, aux services socioculturels et fournit du et la loi de transition énergétique pour la croissance
bois pour les matériaux et l’énergie. Si les forêts sont verte structurent les objectifs de développement
identifiées comme des sources majeures de solutions des usages du bois et les orientations du secteur
aux défis environnementaux, elles sont également forestier, essentiels à la transition écologique et à
soumises aux effets du changement climatique (sé- l’atteinte de la neutralité carbone en 2050.
cheresses, incendies, maladies…) avec des incerti-
tudes sur les évolutions attendues des écosystèmes.

293 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

1.1. Les forêts et les usages


du bois constituent une clé
de voûte du cycle du carbone

Les forêts subissent les effets du changement clima- une augmentation forte des occurrences dans les
tique et jouent un rôle majeur dans les stratégies décennies à venir, impactent de façon importante
d’atténuation. La forêt et les filières bois contribuent les peuplements forestiers et inquiètent les acteurs
à l’atténuation climatique par trois leviers essen- de la filière. La séquestration de carbone et la pro-
tiels [1] : duction de bois font partie des services rendus par
la forêt les plus touchés. Le puits de carbone que
1. un rôle de réservoir du fait du stockage du carbone représentent les forêts actuellement en France pour-
dans la végétation (biomasse vivante et bois mort) rait se voir fortement diminué. La mise en place de
et les sols (litière et carbone organique des sols) stratégies d’adaptation permettant d’augmenter la
des forêts, ainsi que dans les produits bois ; résilience des écosystèmes dans un contexte incer-
tain ainsi que la reconstitution des peuplements en
2. un rôle de puits si les stocks de carbone dans le crise sylvosanitaire deviennent indispensables. Les
réservoir forestier augmentent ; ce qui permet de stratégies à adopter font l’objet de débats : favoriser
retirer du CO2 de l’atmosphère1 ; la diversité (le maintien de la diversité génétique, des
peuplements mixtes et des structures multistrates
3. un rôle de réduction des émissions d’origine fossile en évitant les coupes rases), le contrôle de la densité
grâce à l’utilisation du bois en substitution d’autres des peuplements, l’adaptation des essences aux condi-
matériaux (acier, ciment, etc.) ou énergies (char- tions qui évoluent... Les actions favorisant la séquestra-
bon, pétrole, gaz, etc.), davantage consommateurs tion de carbone dans les écosystèmes ainsi que les
ou émetteurs de carbone fossile. actions de mobilisation de biomasse doivent impé-
rativement s’articuler avec celles favorisant la rési-
Ces mécanismes doivent être évalués conjointement lience des peuplements face au changement
car ils sont interconnectés : une action de réduction climatique. À l’inverse, seul un changement climatique
des émissions d’origine fossile par substitution, ou atténué permettra d’assurer la réussite des stratégies
destinée à favoriser le stockage dans les produits d’adaptation des forêts. Ainsi, les mesures d’adapta-
bois, peut avoir un effet sur la fonction de puits ou tion présentant le meilleur bilan carbone en limitant
de réservoir de carbone des forêts. l’impact sur le stockage de carbone à court terme et
sur la biodiversité sont à favoriser.
Une approche globale allant des choix portant sur
l’évolution de la surface forestière, le taux de prélè-
vements du bois, les modes de gestion sylvicole et 1.3. Les prélèvements du bois
l’utilisation du bois récolté (liés aux modes de doivent préserver les services
consommation et choix politiques) est nécessaire
pour la construction des scénarios prospectifs et
environnementaux rendus
pour trouver des équilibres entre les différents leviers. par les forêts
Par ailleurs, ces choix pourront avoir un impact sur
le niveau d’importation de bois et donc sur les La récolte de bois doit se faire dans le respect de la
impacts de la gestion forestière hors de France. préservation des écosystèmes (biodiversité, sol, eau)
et des différentes fonctions de la forêt. En effet, les
risques de générer des impacts négatifs sur la biodi-
1.2. Une forêt plus résiliente est versité, la qualité des sols, les autres fonctions éco-
logiques assurées par les forêts (régulation et qualité
essentielle dans la lutte contre de l’eau…) pourraient augmenter. Les scénarios à plus
le changement climatique fort niveau de prélèvements s’ajouteront à l’évolution
des pratiques de ces dernières années, avec plus de
Les premiers effets du changement climatique sont mécanisation. Les engins forestiers employés pour
observés depuis quelques années, avec l’augmenta- réaliser les coupes et sortir le bois de la forêt peuvent
tion des épisodes de sécheresse, des tempêtes et avoir un impact sur les sols forestiers (tassement,
des crises sylvosanitaires (i.e. provoquées par des exports de certaines parties de l’arbre riches en miné-
invasions biologiques). Ces crises, dont on attend raux…) et donc à terme sur la bonne santé des éco-

1 Inversement une réduction des stocks génère des émissions de CO2 : c’est une source de carbone.

294 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

systèmes forestiers si les pratiques ne sont pas


encadrées. Des guides de bonnes pratiques de
récolte permettant de limiter les risques sont dispo-
nibles [2]. Les choix des stratégies de gestion mises
en œuvre doivent être adaptés aux différents
contextes pédoclimatiques et sylvicoles.

1.4. Les usages du bois en


substitution des ressources
non renouvelables doivent
être optimisés
Le bois est une ressource renouvelable qui peut être
utilisée à la place d’autres matériaux ou énergies
d’origine fossile. Pour garantir son caractère renou-
velable, la récolte de bois doit s’inscrire dans un cadre
de gestion durable des forêts assurant le renouvel-
lement des peuplements et la préservation des ser-
vices rendus par les forêts.

Les usages du bois doivent être optimisés pour


conserver le plus longtemps possible le carbone
stocké dans les produits et maximiser les effets de
substitution aux énergies fossiles. La priorité doit aller
aux usages de long terme, en particulier le bois
d’œuvre, i.e. développer des usages matériaux, qui
correspondent le plus souvent aux débouchés les
plus rémunérateurs. L’utilisation en cascade du bois
permet d’optimiser son usage. La nouvelle stratégie
forestière européenne met en avant ce principe qui
est défini de la façon suivante : « Selon le principe de
cascade, le bois est utilisé dans l’ordre de priorité
suivant : 1) produits à base de bois ; 2) prolongement
de leur durée de vie ; 3) réutilisation ; 4) recyclage ;
5) bioénergie et 6) élimination. » construction sans veiller à la cohérence entre les
ressources utilisées et celles disponibles sur le terri-
Le bois énergie n’est pas un moteur économique toire national pourrait conduire à augmenter les
suffisant pour sortir la biomasse de la forêt. Il ne importations du bois résineux ou, à terme, à trans-
permet pas de rentabiliser à lui seul une coupe car former des forêts de feuillus en résineux en France
son prix reste largement inférieur à celui du bois avec des impacts environnementaux négatifs. En
d’œuvre. Au-delà des aspects économiques, l’optimi- revanche, utiliser plus de feuillus et optimiser leur
sation de l’usage du bois est une usage est possible, par exemple en utilisant du bois
condition indispensable pour de qualité secondaire dans des matériaux à longue
obtenir un bon bilan environne- durée de vie plutôt qu’en chauffage, ce qui favorise-
mental global de l’utilisation du rait le stockage de carbone sans augmenter les impor-
bois. tations ou les impacts sur les forêts. Le développement
L’orientation de la du recyclage des produits bois en fin de vie, faible
récolte vers des usages Il faut veiller à ce que le déve- aujourd’hui, est également un levier important qui
à longue durée de vie loppement des produits bois permettrait d’augmenter le temps de stockage du
est un levier majeur. soit cohérent avec la disponibi- carbone dans les produits bois.
lité du bois dans les forêts fran-
çaises afin de limiter les Le bois énergie fait partie des filières clés pour
importations. Aujourd’hui, une atteindre les objectifs de développement des éner-
partie très importante du bois gies renouvelables inscrits dans la loi relative à la
utilisé dans la construction est issue du bois résineux transition énergétique pour la croissance verte
alors que la forêt française est composée d’essences (LETCV), qui prévoit une augmentation de leur contri-
feuillues pour les deux tiers. La filière exporte donc bution de 16 % dans la consommation finale d’éner-
surtout du bois rond feuillu et importe du bois rési- gie en 2016 à 32 % en 2030. Dans un scénario où les
neux. Promouvoir l’utilisation du bois dans la objectifs biomasse énergie inscrits dans la Program-

295 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

mation pluriannuelle de l’énergie (PPE) sont atteints, 1.6. L’augmentation de la surface


le taux de récolte de bois en forêt devrait augmenter.
Les autres gisements de ressources biomasse devront
forestière en France n’empêche
également être fortement mobilisés pour atteindre pas des défrichements
les objectifs (connexes des industries du bois, déchets
bois, bois bocager, résidus agricoles, taillis courte ou La surface des forêts françaises augmente car les
très courte rotation [TCR ou TTCR] et nouvelles plan- surfaces des boisements sont plus importantes que
tations sur des terres non forestières aujourd’hui). celles des défrichements2. Ces derniers représentent
en France métropolitaine une émission de
Développer davantage les usages du bois pour l’éner- 7,6 MtCO2eq/an en 2019 [8] [9].Réduire, voire stopper
gie et les matériaux engendre une mobilisation les défrichements, est donc un levier important pour
accrue du bois en forêt. Cette mobilisation nécessi- limiter les émissions de GES.
tera une rupture forte dans la dynamique actuelle
de gestion et de récolte de bois, qui implique de Parallèlement, l’augmentation de la surface forestière
lever des freins socio-économiques importants chez doit se faire dans le respect d’autres usages légitimes
les propriétaires forestiers privés et de tenir compte de terres (production agricole alimentaire notam-
des autres usages économiques de la forêt (espace ment) et permettre en particulier la restauration des
récréatif, chasse…). Il faut aussi penser à limiter les terres dégradées. Par ailleurs, les choix de consom-
impacts que ces récoltes supplémentaires pourraient mation et les orientations politiques peuvent avoir
avoir sur les écosystèmes forestiers (biodiversité, sol, un impact sur les importations de bois, donc sur la
stockage de carbone...). Environ 80 % du potentiel gestion forestière hors de France, ce qui peut poten-
de récolte supplémentaire concerne des essences tiellement avoir des conséquences sur le niveau de
feuillues et est concentré dans les propriétés privées, déforestation ou de dégradation des forêts hors de
et plus particulièrement celles de faible superficie France, sachant que la déforestation contribue à 12 %
[3] [4]. Enfin la mobilisation du compartiment bois des émissions mondiales.
énergie est intimement liée à la mobilisation du bois
d’œuvre.

1.5. Un fragile équilibre


entre augmentation des récoltes
et séquestration du carbone

L’objectif de neutralité carbone nécessite de favori-


ser les puits de carbone, or, les forêts sont aujourd’hui
le puits de carbone le plus important en France. Dif-
férents projets de recherche [5] [6] et études [7]
montrent qu’une intensification des prélèvements
de bois nécessaire au développement accru de
l’usage du bois aura un impact négatif sur la séquestra-
tion de carbone dans les forêts. Même si la forêt
française peut rester un puits de carbone à l’horizon
2050 (production biologique nette supérieure aux
prélèvements), l’intensité de la séquestration sera
moindre. Le niveau de contraction du puits étant
directement relié à l’intensité des prélèvements de
bois en forêt, un équilibre devra être trouvé entre
ces deux leviers.

2 Conversion d’une surface forestière pour une autre utilisation. Les défrichements sont encadrés par la législation et soumis à
des mesures compensatoires.

296 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

2. La forêt française progresse


en surface mais le secteur
forêt-bois est fragile
2.1. Une forêt en forte croissance
ces dernières décennies
La forêt métropolitaine est en croissance, à la fois en ralentit (Graphique 1). Les dernières données de l’In-
superficie et en volume. Il s’agit d’une croissance en ventaire Forestier National (IFN) [10] montrent même
volume de presque 50 % durant les trois dernières une stabilisation des stocks de bois sur pied en 2019.
décennies ce qui fait de la forêt française un puits Cependant ces résultats sont à prendre avec précau-
de carbone important. Elle se caractérise par une tion car ils intègrent une incertitude statistique
très grande diversité en fonction de sa localisation importante. Compte tenu de cette incertitude, les
géographique (essences, types de propriété, modes résultats de la campagne 2020 viendront confirmer
de gestion…). Ainsi, sa superficie augmente réguliè- ou infirmer la tendance esquissée par les résultats
rement en passant de 19 % du territoire métropolitain 2019.
en 1908 à 31 % du territoire avec 16,9 Mha en 2018
(dont 16,18 Mha pour les forêts de production). La forêt française métropolitaine appartient à des
propriétaires privés (75 %) et publics (25 %, dont 9 %
Le stock de bois en forêt augmente également régu- de forêts domaniales et 16 % d’autres forêts publiques,
lièrement, avec une progression de 60 % ces quarante essentiellement communales). Elle est caractérisée
dernières années. En effet, la production biologique, par un morcellement important : 3,5 millions de pro-
globalement stable depuis dix ans (90 Mm3 bois fort priétaires, dont 80 % ont une surface inférieure à 4 ha,
tige)3, est très supérieure aux prélèvements et à la seuil minimal souvent considéré pour permettre une
mortalité. Cependant, ces deux paramètres affichant gestion économiquement viable. Contrairement aux
une légère augmentation ces dernières années, la forêts du nord de l’Europe, la forêt française est essen-
dynamique d’augmentation de stock sur pied tiellement feuillue (70 % des surfaces).

Graphique 1 Évolution des flux (production biologique, prélèvements de bois et mortalité)


en forêt métropolitaine

100

90

80
Millions de m3/an

70

60

50

40

30

20

10

0
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
- - - - - - - - -
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017

Production biologique Prélèvements Mortalité


Source : IGN.

3 Le volume « bois fort tige » correspond au volume de la tige principale de l’arbre jusqu’au Ø 7 cm.

297 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

2.2. Des prélèvements de bois


en augmentation

Selon les données de l’Institut Géographique on note une forte augmentation de la récolte
National (IGN) [10] [11], le volume annuel des commercialisée, principalement destinée à la
prélèvements4 de bois en forêt a augmenté ces production de plaquettes, à mettre en parallèle avec
dernières années en France métropolitaine, passant une forte diminution du bois de feu autoconsommé
de 40 Mm³ (bois fort tige) en moyenne sur la période (bois bûches). Notons qu’en plus de la récolte directe
2005-2009 à 49 Mm³ (bois fort tige) sur la période de bois énergie, une partie importante des usages
2010-2018 (IFN). La répartition est à peu près égale énergétiques provient des connexes des industries et
entre essences résineuses et feuillues (sachant que de la valorisation des produits en fin de vie (Figure 1).
les essences de résineux n’occupent que 30 % de la
surface, ces prélèvements par unité de surface sont En considérant que 75 % du bois non commercialisé
donc beaucoup plus importants que pour les feuillus). proviendrait des forêts, la récolte de bois forestier
Les données de récolte de bois d’Agreste5 intégrant en 2018 serait de 52 Mm³ [12].
forêt et hors forêt6 montrent en revanche une récolte
totale globalement stable, avec des disparités selon Ces dix dernières années, les pratiques de récolte de
les qualités de bois (Graphique 2). Dans la récolte, on bois ont évolué avec une forte progression de la
distingue la récolte non commercialisée qui mécanisation forestière, principalement pour la
représente 40 % du volume (autoconsommation de récolte de résineux (de l’ordre de 80 % en 2018) et
bois bûches par les particuliers principalement) de plus faiblement pour les feuillus (10 % en 2013 à 15 %
la récolte commercialisée. Concernant le bois énergie, environ en 2018).

Graphique 2 Évolution de la récole de bois en France métropolitaine par destination

35

30
Millions de m3

25

20

15

10

5
1990 1994 1998 2002 2006 2010 2014 2018

0
Bois d’œuvre Bois de trituration
Bois énergie non commercialisé Bois énergie commercialisé

Source : Agreste.

4 Pour estimer la récolte du bois à partir des données de prélèvements exprimés en bois fort tige mesurés par l’IGN, il faut
convertir en volume aérien total en utilisant des facteurs d’expansion des branches et estimer les pertes d’exploitation (partie
de l’arbre coupé restant en forêt).

5 Agreste : service statistique du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt. Les données de récolte Agreste [12]
intègrent directement la récolte commercialisée à laquelle s’ajoute d’autres indicateurs permettant d’estimer le bois énergie
non commercialisé.
6 Environ 25 % de la récolte non commercialisée provient de bois hors forêt.

298 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

Figure 1 Les flux de la filière bois en 2018


RÉCOLTE TOTALE BOIS
FRANCE MÉTROPOLITAINE
55,8 Mm3

Échanges
avec l’extérieur BOIS AUTOCONSOMMÉ
Les valeurs quantitatives RÉCOLTE (forêt et hors forêt)
de ces flux ne sont pas COMMERCIALISÉE 16,9 Mm3 dont environ 75 %
représentées sur cette 38,9 Mm3 provenant des forêts
figure

Importations et BOIS D’ŒUVRE (BO)


BOIS D’INDUSTRIE (BI) BOIS ÉNERGIE (BE)
exportations 20 Mm3 dont 14,6 Mm3
10,3 Mm3 8,6 Mm3
des grumes résineux et 5,4 Mm3 feuillus

Environ Environ
TRANSFORMATION 64 % TRANSFORMATION 30 %
BO du volume BI du volume
(scieries, usines (usines papier/cartons,
Importations et déroulage et usines panneaux
deuxième et autres
exportations des transformation) transformations)
produits semi-finis Connexes de
transformation BI
Environ Connexes 1re et 2e
36 %
du volume transformations BO

Importations et Environ Environ Environ


exportations 30 % 33 % 7%
Charpente et couverture du volume du volume du volume
produit finis 50 ans
Papiers/ Produits panneaux Piquets/
Ameublement 10 ans cartons particules poteaux
Agencement et menuiserie 7 ans 25 ans Chimie du bois
15 ans
Parquets et lambris 30 ans Produits finis issus du bois d’industrie

Importations et Emballages 3 ans Environ Environ Environ


exportations Contreplaqués 30 ans 12 % 16 % 72 %
des produits bois et du volume du volume
PRODUCTION
Produits finis issus du bois du volume
fin de vie d’œuvre D’ÉNERGIE
(chaleur, éléctricité)

XX ans Durée de demi-vie des produits Valorisation des produits connexes Valorisation des produits
avec réutilisation de l’industrie du bois en fin de vie

Source : ADEME [1] sur la base de Agreste [12] et IGD 2020 [13].

2.3. Le puits forestier tend


à se réduire ces dernières années
Deux types de flux GES sont liés à la forêt : les flux de En France, sur la période récente, les forêts pré-
GES biogéniques liés au stockage/déstockage de car- sentent globalement un puits de carbone : les
bone dans la biomasse et les sols et les émissions absorptions de CO2 liées à la croissance de la bio-
fossiles liées à la consommation d’énergies fossiles masse sont supérieures aux émissions de CO2 liées
dans la filière bois. à la dégradation ou à la combustion du bois par
Dans l’inventaire national de GES, le stockage/déstoc- mortalité naturelle et fin de vie des produits bois
kage de carbone dans la biomasse et les sols sont issus des prélèvements. Cependant, cela ne signifie
comptabilisés dans le secteur intitulé « Utilisation pas que toutes les forêts soient systématiquement
des terres, changement d’affectation des terres et des puits de carbone, elles peuvent même consti-
foresterie (UTCATF) ». Il se fonde notamment sur les tuer des sources supplémentaires de CO2 pour l’at-
données de l’IGN, des services statistiques du minis- mosphère si les prélèvements forestiers dépassent
tère de l’Agriculture et de l’Alimentation, du bilan de l’accroissement nette de la mortalité.
l’énergie (SDES) et des réseaux de suivi des sols.

299 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

En 2018, en France, le puit total est estimé à pratiques historiques, afin de prendre en compte les
50,4 MtCO2eq7 : 49,5 MtCO2eq pour les forêts (dont éventuels impacts liés aux modifications des pra-
49,4 MtCO2eq pour les forêts métropolitaines)8 et tiques sylvicoles ou du taux de prélèvement du bois
0,9 MtCO2eq pour les produits bois (Graphique 3). Au dans les forêts restant forêts [14].
total cela correspond à une séquestration d’environ
11 % des émissions de GES. On notera que les émissions liées aux défrichements11
en lien avec l’urbanisation, ou encore l’extension des
Il est à noter que les périodes récentes de sécheresses, terres agricoles, ne sont pas associées à la catégorie
de canicules et le développement de maladies ont « Forêt » dans les inventaires. Les changements d’uti-
des impacts sur l’état sanitaire des écosystèmes fores- lisation des terres sont rapportés selon l’usage final
tiers. Cette situation inédite génère des incertitudes (par exemple, les « forêts converties en terres culti-
quant à l’évolution de la forêt, notamment sa crois- vées » sont incluses dans la catégorie « Terres culti-
sance et sa capacité en tant que puits de carbone. vées »). Les défrichements représentent, en 2019, une
émission de 7,6 MtCO2eq/an en France métropolitaine
Les émissions de CO2 liées à la dégradation ou à la et de 3,7 MtCO2eq/an en Outre-mer [8].
combustion des produits bois en fin de vie et du bois
énergie sont comptabilisées dans le calcul du puits Dans l’inventaire national de GES [8], les émissions
forestier, au sein du secteur UTCATF, en tant que de gaz à effet de serre d’origine fossile de la filière
pertes de stocks de carbone. Ces pertes sont comp- bois sont comptabilisées de façon segmentée dans
tabilisées comme émissions au moment des prélè- différents secteurs. En 2018, elles correspondent à
vements du bois sur la ressource ou bien en fin de 0,56 MtCO2eq liées à la consommation d’énergies
vie pour les produits bois à longue durée de vie. Afin fossiles en sylviculture, 0,55 MtCO2eq liées aux scieries
d’éviter un double comptage, ces émissions de CO2 et 2,4 MtCO2eq à l’industrie papier-carton, auxquelles
ne sont pas comptabilisées dans les secteurs consom- s’ajoutent les émissions d’utilisation du bois dans la
mateurs de bois9. Le Règlement (UE) n° 2018/841 construction et la fabrication de meubles. Cepen-
relatif au secteur UTCATF marque l’obligation de dant, pour ce dernier secteur, la comptabilisation
comptabilisation du puits forestier par rapport à un dans l’inventaire national ne permet pas de différen-
niveau de référence projeté10, établi sur la base des cier le bois des autres matériaux.

Graphique 3 Évolution du puits forestier en France métropolitaine (ligne noire correspondant au bilan
entre production biologique brute [croissance] et mortalité + prélèvements)

150 000

100 000

50 000

- 50 000

- 100 000

- 150 000

- 200 000
1990 1995 2000 2005 2010 2015

Croissance ktCO2eq Mortalité de fond ktCO2eq Perturbations naturelles ktCO2eq

Prélèvement ktCO2eq Bilan net ktCO2eq


Source : CITEPA [9].

7 Intégrant les émissions de CH4 et N2O liées notamment à la combustion de la biomasse lors du brûlage en forêt des résidus de
coupes et des feux de forêts. Le puits de CO2 est estimé à 52,86 MtCO2eq.
8 Notons que l’inventaire national de GES ne comptabilise pas les variations de stocks de carbone dans les sols forestiers et le
bois mort dans les forêts gérées, en considérant ces compartiments du réservoir forestier à l’équilibre.
9 Les émissions de CH4 et N2O liées à la combustion de la biomasse pour la production d’énergie sont en revanche comptabilisées
dans les secteurs consommateurs de bois, estimés en 2019 à 1,29 MtCO2eq principalement dans le secteur résidentiel.
10 FRL pour Forestry Reference Level en anglais. La comparaison entre le puits forestier estimé dans l’inventaire national et le FRL
permettra de comptabiliser un débit ou un crédit comptable, calculé sur chaque période d’engagement.
11 Conversion d’une surface forestière à une autre utilisation. Aujourd’hui, malgré un bilan net positif en termes d’augmentation
de la surface forestière en France, des défrichements existent mais sont encadrés par la législation et soumis à des mesures
compensatoires.

300 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

2.4. La filière bois présente


un fort déficit commercial
Les filières bois représentent plus de 440 000 emplois 2013, 7,9 Mds en 2019) [15] (Graphique 4). La France
et cumulent 60 MdEUR de chiffre d’affaires. Cepen- exporte des produits peu transformés (bois ronds
dant, l’activité économique de la filière forêt/bois feuillus principalement) et importe massivement des
française est confrontée à de nombreuses difficultés. produits transformés à plus haute valeur ajoutée
Alors que la France dispose de ressources forestières (principalement sciages résineux, meubles, pâtes à
abondantes, les filières bois représentent le deuxième papier, papiers/cartons, panneaux, menuiseries…)
poste de déficit de la balance commerciale, déficit (Graphique 5).
qui s’est accru ces dernières années (6,4 MdEUR en

Graphique 4 Évolution du commerce extérieur de la filière bois

17,8 17,8
16,9
16,4
15,5 15,7
15,3
Milliards d’euros

9,3 9,7 9,8 10,2 9,9


8,9 9

2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019

Importation Exportation

Source : Veille Économique Mutualisée de la filière forêt-bois [15].

Graphique 5 Structure en volume des échanges du secteur forêt bois papier ameublement en 2018

Exportations

Importations

0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50

Millions m3 EBR

Bois ronds Placages, contreplacages Sciages Produits connexes de scieries


Panneaux en bois reconstitué Pâtes Vieux papiers Papier/cartons Ameublement
Emballage Objets divers Bâtiments industriels

Source : IGD 2020 [13].

301 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

3. Description de la méthode
et outils de quantification
Les scénarios de gestion forestière utilisés dans cet analysés dans l’étude INRAE/IGN intègre une aug-
exercice prospectif s’appuient sur les scénarios étu- mentation de la surface forestière de 40 000 ha/an.
diés dans l’étude INRAE/IGN 2020 [5]. Dans ce cadre, Les résultats présentés dans ce chapitre concernant
différents modèles ont permis de simuler les niveaux l’évolution du puits forestier et les disponibilités en
de prélèvement de bois par catégorie d’usage et bois intègrent donc cette évolution de la surface
l’évolution du puits forestier : le modèle de ressources forestière. Cependant, dans le présent exercice
forestières Margot de l’IGN, le modèle biophysique prospectif, l’évolution de la surface des forêts change
GO+ pour intégrer les effets climatiques sur les dyna- selon les scénarios du secteur agricole (cf. chapitre
miques forestières et le modèle FFSM de modélisation 2.2.1. Production agricole). Des ajustements ont donc
économique de la filière bois. Pour plus d’information été réalisés par la suite dans le chapitre puits de car-
sur les modèles [5]. bone pour analyser l’évolution du puits en différen-
ciant les surfaces actuelles des nouvelles surfaces
Le point de départ de l’étude INRAE/IGN 2020 étant (cf. chapitre 2.4.3. Puits de carbone). Des disponibilités
l’année 2013 (période 2011-2015), certains ajuste- en bois sur les nouvelles surfaces allant au-delà de
ments ont été réalisés pour établir le point de départ 40 000 ha/an (notamment issues des cultures ligno-
à l’année 2018, en utilisant les données réellement cellulosiques) ont été calculées et intégrées dans le
observées issues des statistiques Agreste pour la chapitre sur les ressources en biomasse (cf. chapitre
récolte de bois et des données de l’inventaire natio- 2.4.2. Ressources et usages non alimentaires de la biomasse).
nal de GES pour le puits forestier. Voici le détail des
ajustements réalisés : La récolte de bois BIBE (bois industrie et bois énergie)
est présentée de façon agrégée car les ressources BI
récolte de bois : les valeurs de départ de l’année et BE sont substituables et peuvent servir aux deux
2018 correspondent aux données de récolte Agreste usages. Seuls les Menus Bois (MB i.e. les petites
en considérant que pour le bois non commercialisé branches de diamètre inférieur à 7 cm) sont unique-
75 % proviendrait des forêts. La récolte totale en ment destinés à l’énergie, mais ce gisement est faible
forêt en 2018 est de 52 Mm3. Pour les années sui- comparativement au gisement BIBE et les usages
vantes (2023, 2028…), nous avons appliqué l’évolu- industrie ne dépasseront pas le gisement BIBE dispo-
tion observée entre les données issues des nible, quel que soit le scénario.
simulations de l’étude INRAE/IGN et les données
de départ Agreste12 ; Quelques remarques sur les hypothèses retenues :

puits forestier in situ : la valeur de départ de l’année l’étude INRAE/IGN présente des résultats concer-
2018 pour la biomasse vivante correspond à la don- nant le puits forestier et la disponibilité en bois « en
née de l’inventaire national de GES en 2018 soit climat actuel » et en « climat aggravé » (RCP 8.5) à
49,40 MtCO2. Pour les années suivantes (2023, l’horizon 2050. Faute des données pour un scénario
2028…), nous avons appliqué l’évolution observée climatique RCP 4.5, il a été décidé d’utiliser les résul-
entre les données issues des simulations de l’étude tats RCP 8.5 (trajectoire correspondant à un réchauf-
INRAE/IGN et les données de départ de l’inventaire fement compris entre 2,6 et 4,8 °C en 2050) ;
national de GES. Pour les données concernant les
variations de stock de carbone dans le bois mort, pour pallier l’absence de données sur le scénario
les simulations de l’étude INRAE/IGN ont été direc- intensif sans plan de reboisement en climat aggravé,
tement utilisées. Les estimations sur la séquestration nous avons appliqué l’écart observé entre les jeux
de carbone dans les sols forestiers s’appuient sur de données des scénarios intensifs avec et sans plan
la valeur basse des références proposées par [16] de reboisement en climat actuel ;
(cf. chapitre 2.4.3. Puits de carbone) ;
nous avons fait une régression linéaire simple pour
surface des forêts de production : la valeur de extrapoler les données des résultats de cette étude
départ de l’année 2018 correspond à 16,18 Mha selon aux pas de temps de la prospective ADEME.
les données de l’IGN. L’ensemble des scénarios

12 Par exemple pour l’année 2023, nous avons appliqué l’écart entre les données des simulations INRAE/IGN entre 2018 et 2023
à la donnée Agreste 2018.

302 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

4. Des scénarios contrastés


mobilisant différents leviers
De façon générale, dans la construction des scénarios de l’étude INRAE/IGN a été séparé en deux en utili-
forêts de cet exercice prospectif, nous avons souhaité sant les résultats avec et sans plan de transformation
montrer différentes stratégies de gestion forestière des peuplements en plantations productives.
durables mais contrastées, en changeant notamment
le taux de prélèvements de bois, tout en restant tou-
jours en deçà de l’accroissement biologique des 4.1. Scénario tendanciel
forêts. Les scénarios conduisent donc à une dispo-
nibilité variable en bois pour la filière bois matériaux
et énergie, mais aussi à une forte variabilité du puits Nous avons considéré que le scénario tendanciel
forestier. Pour cela, nous nous sommes basés notam- correspond au scénario « dynamiques territoriales »
ment sur les résultats de l’étude INRAE/IGN [5] qui de l’étude INRAE/IGN (utilisé également pour le scé-
modélise trois scénarios de gestion qui nous ont servi nario 2 de cette prospective). Le niveau de prélève-
de base pour la construction des quatre scénarios ments de bois de ce scénario est proche du scénario
du présent exercice. Le scénario « intensification » SNBC-AME (avec mesures existantes).

Tableau 1 Principaux facteurs différenciant les scénarios

S1 S2 S3 S4
Scénario extensification Scénario « dynamiques Scénario intensification Scénario intensification
de l’étude INRAE/IGN territoriales » de l’étude sans plan de reboisement avec plan de reboisement
2020 INRAE/IGN 2020 de l’étude INRAE/IGN de l’étude INRAE/IGN
2020 2020
= volume récolté constant ↗ Taux de prélèvement ↗ ↗ Taux de prélèvement ↗ ↗ Taux de prélèvement
Dynamisation de la Dynamisation de la
sylviculture sylviculture
Plantations résineuses

303 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

4.2. Scénario 1 : augmentation


du puits de carbone forestier
en maintenant la récolte de bois
Le scénario 1 s’appuie sur le scénario « extensif » de un pilotage important par les dynamiques naturelles.
l’étude INRAE/IGN 2020. Il vise à maintenir le volume Les prélèvements de bois en haute montagne et en
global de récolte de bois constant en valeur absolue zone méditerranéenne sont peu sollicités, ces sec-
autour de 52 Mm3/an sur toute la période. Le taux teurs restant en sylvicultures extensives.
de prélèvements sur l’accroissement est d’environ
55 % en 2050. Les résultats concernant l’évolution du puits forestier
in situ et les récoltes de bois par catégorie dans S1
Ce scénario est caractérisé par une plus forte natu- sont présentés dans le Tableau 2 en considérant une
ralité des forêts avec de vastes espaces en libre évo- progression de la surface forestière de 40 000 ha/an.
lution et une sylviculture « proche de la nature » avec

Tableau 2 Évolution du puits forestier et de la récolte de bois dans S1

Sous-catégories 2018 2030 2050


In situ – biomasse vivante 49 57 67

Puits de carbone forestier In situ – sols 7 7 6


[MtCO2/an] In situ – bois mort 5 5 5
In situ total 61 69 78
Bois d’œuvre feuillus 5 5 5
Bois d’œuvre résineux 15 14 15
Récolte de bois [Mm3/an] Bois d’œuvre total 20 19 20
Bois industrie – bois énergie et menus bois total 32 31 32
RÉCOLTE TOTALE 52 50 52
Surface forestière [Mha] Surface forestière prise en compte 16,18 16,66 17,46

304 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

4.3. Scénario 2 : un puits de carbone


forestier maintenu avec une
continuité des pratiques sylvicoles
Le scénario 2 est basé sur le scénario « Dynamiques Ce scénario est caractérisé par le maintien d’une
Territoriales » de l’étude INRAE/IGN 2020. forte hétérogénéité des modes de gestion selon les
régions. Ainsi la valorisation peut être très forte dans
Globalement, ce scénario vise un maintien des taux le massif landais et réduite dans les zones de mon-
de coupe relevés par l’Inventaire forestier national tagne et en zone méditerranéenne.
pendant la période d’observation 2005-2013 et qui
sont le reflet des pratiques réelles de terrain. Cette Les résultats concernant l’évolution du puits forestier
approche a déjà été utilisée dans de précédentes in situ et les récoltes de bois par catégorie dans S2
études de disponibilité en bois [3] [4]. En pratique, sont présentés dans le Tableau 3 en considérant une
en utilisant les résultats à climat aggravé et avec les évolution de la surface forestière de 40 000 ha/an.
ajustements réalisés, le taux de prélèvement passe
de 59 % en 2018 à 64 % en 2050 avec un volume de
récolte de bois 60 Mm3/an en 2050.

Tableau 3 Évolution du puits forestier et de la récolte de bois dans S2

Sous-catégories 2018 2030 2050


In situ – biomasse vivante 49 48 46

Puits de carbone forestier In situ – sols 7 7 6


[MtCO2/an] In situ – bois mort 5 5 5
In situ total 61 60 57
Bois d’œuvre feuillus 5 6 6
Bois d’œuvre résineux 15 15 17
Récolte de bois [Mm3/an] Bois d’œuvre total 20 21 23
Bois industrie – bois énergie et menus bois total 32 34 38
RÉCOLTE TOTALE 52 55 61
Surface forestière [Mha] Surface forestière prise en compte 16,18 16,66 17,46

305 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

4.4. Scénario 3 :
l’augmentation des
prélèvements réduit
le puits de carbone forestier
Le scénario 3 est basé sur le scénario « Intensification » nales, sur les feuillus et sur les gros bois de résineux.
sans plan de reboisement de l’étude INRAE/IGN qui, Cette approche a déjà été utilisée sous la formule
avec climat aggravé, passe d’un taux de prélèvement de « sylviculture dynamique ».
de 59 % aujourd’hui à environ 80 % en 2050 avec un
volume de récolte de bois de 70 Mm3/an. Vu l’absence de résultats dans l’étude INRAE/IGN
pour le scénario intensif sans plan de reboisement
Le scénario de gestion « Intensification » vise une en climat aggravé, nous avons appliqué l’écart
augmentation de la récolte en faisant l’hypothèse observé entre les données avec et sans plan de reboi-
d’une levée d’un certain nombre de blocages actuels : sement en climat actuel (cf. section 3 pour plus de
développement de l’exploitation et de la valorisation détails).
des feuillus, accroissement de la récolte des gros bois
résineux, hausse des prélèvements dans les régions Les résultats concernant l’évolution du puits forestier
méditerranéennes et montagnardes, etc. L’objectif in situ et les récoltes de bois par catégorie dans S3
est une augmentation progressive du niveau de pré- sont présentés dans le Tableau 4 en considérant une
lèvement visant essentiellement une augmentation progression de la surface forestière de 40 000 ha/an.
des prélèvements dans les forêts privées et commu-

Tableau 4 Évolution du puits forestier et de la récolte de bois dans S3

Sous-catégories 2018 2030 2050


In situ – biomasse vivante 49 34 26

Puits de carbone forestier In situ – sols 7 7 6


[MtCO2/an] In situ – bois mort 5 6 4
In situ total 61 47 36
Bois d’œuvre feuillus 5 7 7
Bois d’œuvre résineux 15 17 19
Récolte de bois [Mm3/an] Bois d’œuvre total 20 24 26
Bois industrie – bois énergie et menus bois total 32 41 45
RÉCOLTE TOTALE 52 65 71
Surface forestière [Mha] Surface forestière prise en compte 16,18 16,66 17,46

306 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

4.5. Scénario 4 : un plan


de transformation pour une
forêt plus productive réduit
fortement le puits de carbone
forestier à court terme
Le scénario 4 est basé sur le scénario « Intensifica- en place pour le reboisement). Le volume de récolte
tion » de l’étude INRAE/IGN, intégrant en plus de la de bois serait de 71 Mm 3 en 2050 avec un pic à
dynamisation de la sylviculture un plan de reboise- 75 Mm3/an en 202813.
ment avec des essences productives en remplace-
ment des forêts existantes moins productives Les résultats concernant l’évolution du puits forestier
(+ 500 000 ha répartis sur les dix premières années) in situ et les récoltes de bois par catégorie dans S4
avec climat aggravé. Le taux de prélèvement atteint sont présentés dans le Tableau 5 en considérant une
environ 82 % en 2050 en passant par un maximum progression de la surface forestière de 40 000 ha/an.
de 95 % en 2030 (lié aux coupes des peuplements

Tableau 5 Évolution du puits forestier et de la récolte de bois dans S4

Sous-catégories 2018 2030 2050


In situ – biomasse vivante 49 16 25

Puits de carbone forestier In situ – sols 7 7 6


[MtCO2/an] In situ – bois mort 5 6 5
In situ total 61 29 36
Bois d’œuvre feuillus 5 8 8
Bois d’œuvre résineux 15 18 21
Récolte de bois [Mm3/an] Bois d’œuvre total 20 26 29
Bois industrie – bois énergie et menus bois total 32 43 42
RÉCOLTE TOTALE 52 69 71
Surface forestière [Mha] Surface forestière prise en compte 16,18 16,66 17,46

13 Pour plus de détails sur le plan de plantations forestières à haute productivité, voir l’ouvrage de l’étude INRAE/IGN 2020 [5].

307 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

4.6. Comparaison des principales


quantifications des scénarios
Les scénarios conduisent à différents niveaux de dis- grande partie la catégorie BIBE liée à la qualité sylvi-
ponibilité en bois pour le développement de la filière cole des peuplements existants. En effet, les peuple-
bois matériaux et énergie : + 20 Mm3/an dans S4 par ments les plus faiblement exploités aujourd’hui, donc
rapport à S1 à l’horizon 2050 (Graphique 6). Le plan avec un potentiel de récolte supplémentaire plus
de reboisement intégré dans S4 avec des essences important, sont constitués en grande partie par des
productives en remplacement des forêts existantes essences de feuillus divers (ex. : châtaignier, charme,
explique la forme de la courbe S4 : augmentation chêne pubescent, chêne vert, merisier, bouleau,
rapide de la récolte en début de période liée aux érable, tilleul, frêne, noyer…), fréquemment des tail-
coupes de transformation des forêts existantes et lis anciens ou des plus jeunes accrus naturels. La
réduction du rythme de récolte après 2030 liée au proportion de bois d’œuvre dans cette typologie
fait que les nouvelles plantations ne sont pas encore des peuplements reste faible. Cela est en partie dû
arrivées à maturité. à la définition de bois d’œuvre qui est basée sur les
marchés de bois actuels (cf. chapitre 3.2. Enseigne-
Le Graphique 7 présente la récolte annuelle de bois ments, interprétations, limites et perspectives). Le plan de
dans les différents scénarios en 2050 par catégorie reboisement de S4 intégrant la transformation des
(bois d’œuvre feuillus, bois d’œuvre résineux et BIBE). peuplements feuillus peu productifs en plantations
La récolte additionnelle de bois en 2050 des scéna- de résineux conduit à une augmentation de la récolte
rios 2, 3 et 4 par rapport à celle de S1 concerne en de bois d’œuvre résineux.

Graphique 6 Récolte de bois en forêt dans les différents scénarios

80

75

70

65
Mm3/an

60

55

50

45

40
2018 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

S1 S2 S3 S4

Graphique 7 Récolte de bois en 2050 par catégorie dans les différents scénarios

80

70

60

50 42
Mm3/an

45
40 38
32
30

20 21
17 19
10 15
5 6 7 8
0
S1 S2 S3 S4

BO feuillus BO résineux BI/BE

308 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

Les scénarios conduisent également à différents sentées dans ce rapport) et en climat aggravé, les
niveaux du puits forestier : + 42 MtCO2/an dans S1 modèles simulent un puits forestier plus faible en
par rapport à S4 en 2050 (Graphique 8). L’évolution du cas d’aggravation des effets du changement clima-
puits forestier in situ (c’est-à-dire les stocks de car- tique, quand bien même le stockage annuel dans
bone dans les écosystèmes forestiers) dépend donc l’écosystème resterait positif. Dans ce cas, le puits
du taux de prélèvement de bois, le puits in situ étant étant plus fortement ralenti dans le scénario « Exten-
plus faible dans les scénarios augmentant les récoltes sification », les différences entre les scénarios de
de bois. Les variations du puits in situ entre les diffé- gestion s’atténuent légèrement. Cependant, la dyna-
rents scénarios sont liées notamment aux variations mique de réduction du puits liée à l’augmentation
de stockage de carbone dans la biomasse vivante. des prélèvements reste plus importante. Donc le
L’évolution du puits dans S3 s’explique par le rythme puits est plus faible dans les scénarios augmentant
d’augmentation de la récolte (plus important entre les récoltes de bois. Il faut cependant noter que les
2020 et 2030). Celle du puits dans S4 s’explique modèles intègrent les effets directs du changement
jusqu’en 2030 par les coupes pour reboisement avec climatique (modification des précipitations et tem-
des peuplements plus productifs puis jusqu’en 2050 pératures) mais pas les effets indirects induits (incen-
par la croissance de ces nouvelles plantations. dies, tempêtes, crises sanitaires) (cf. chapitre 3.2.
Enseignements, interprétations, limites et perspectives ).
Les dynamiques d’augmentation des stocks de car-
bone dans les sols sont les mêmes dans l’ensemble Notons que l’effet plus ou moins important de la
des scénarios du fait que les projections n’intègrent hausse des récoltes sur le puits de carbone dépendra
pas les effets des évolutions des pratiques sylvicoles. des pratiques sylvicoles mises en œuvre, ainsi que
de la manière dont ces pratiques peuvent améliorer
Notons que l’évolution du puits forestier dépend ou détériorer la résilience des forêts face au change-
également des effets du climat sur les forêts. Lors- ment climatique et aux diverses crises qu’elles pour-
qu’on compare les résultats de l’étude INRAE/IGN raient être amenées à subir (tempêtes, incendies,
sous maintien du climat actuel (données non pré- sécheresses, invasions biologiques, etc.).

Graphique 8 Évolution du puits biomasse vivante dans les forêts


dans les différents scénarios

70

60

50
MtCO₂/an

40

30

20

10

0
2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

S1 S2 S3 S4

309 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

5. Les forêts et le bois, essentiels


pour la politique climatique
Les travaux actuels confirment le rôle crucial des forêts les incendies, etc., ou par de mauvaises pratiques
dans l’atteinte des objectifs de neutralité carbone de de gestion ;
la France. Mais les leviers concernant la protection et
le développement de puits de carbone ainsi que les favoriser les boisements sur des friches ou zones
leviers d’utilisation accrue du bois en substitution des de déprise agricole tout en respectant les bonnes
matériaux et énergies d’origine non renouvelables pratiques : protection des sols et de la biodiversité,
sont interconnectés. Reste à trouver un équilibre opti- des cycles de l’eau, des paysages, diversification
mal entre le développement de ces divers usages. des essences et adaptation au relief et au climat
d’aujourd’hui et de demain. Des points de vigilance
L’impact d’une augmentation de la récolte sur le s’imposent également afin d’éviter la concurrence
puits de carbone forestier doit être pris en compte entre usages des sols, en particulier avec l’alimen-
dans l’évaluation du bilan carbone des stratégies de tation ;
développement des usages du bois. Cet impact
conduit ainsi à une révision du principe de « neutralité renforcer de manière conjointe la résilience des
carbone des émissions de CO2 de combustion du forêts face au changement climatique, leur biodi-
bois », utilisé historiquement dans les analyses de versité et leur stock et puits de carbone. Pour défi-
cycles de vie de la filière bois énergie. Ce principe nir des stratégies d’adaptation des forêts au
méthodologique n’est pas suffisant pour évaluer changement climatique spécifiques aux différentes
l’impact climatique du développement d’une filière situations, les diagnostics de vulnérabilité et de
nécessitant un nouvel approvisionnement en bois. biodiversité à l’échelle des peuplements sont des
Malgré un fort niveau d’incertitude, tant sur les outils à encourager. De façon générale, la diversité
mécanismes de séquestration de carbone constitue un élément central pour renforcer la rési-
(notamment liés aux effets du changement lience des peuplements. Il
climatique) que sur l’économie des émissions faut favoriser le maintien de
d’origine fossile (notamment liée aux mécanismes la diversité génétique, la diver-
La préservation
du marché et aux évolutions des filières concurrentes), sité des essences à l’échelle
de la qualité des sols
ces travaux permettent d’apporter quelques des peuplements et à l’échelle
et de la biodiversité
enseignements pour travailler la complémentarité des paysages ou encore les
favorisent également
entre les mécanismes d’atténuation du changement structures irrégulières (diver-
le bon fonctionnement
climatique. Notons également que l’analyse doit être sité des âges et des tailles sur
des écosystèmes
multicritères et tenir compte de l’ensemble des la parcelle) car ces structures
et donc leur résilience.
aspects environnementaux comme la protection de sont plus résilientes aux per-
la biodiversité et des sols, mais aussi économiques et turbations et produisent des
sociaux. écosystèmes plus stables. La
préservation de la qualité des sols et de la biodiver-
Au niveau de la forêt, la gestion doit être durable sité favorisent également le bon fonctionnement
pour préserver l’ensemble des services écosysté- des écosystèmes et donc leur résilience et repose
miques qu’elle rend et favoriser sa résilience face au sur plusieurs points de vigilance : éviter le labour en
changement climatique. Ci-dessous quelques leviers plein, prendre des mesures contre le tassement des
sur cet aspect : sols, préserver les zones humides, conserver une
part de gros et petits bois morts par terre et debout
préserver les surfaces forestières, notamment en ainsi que des arbres creux, limiter la récolte des
luttant contre l’artificialisation des terres ou l’ex- rémanents des coupes (menus bois et souches),
pansion des terres cultivées sur des forêts et en créer des trames de vieux bois ou îlots de vieillisse-
luttant contre la déforestation importée ; ment, privilégier la production de bois d’œuvre et
limiter le développement des systèmes d’exploita-
restaurer les peuplements dégradés en respectant tion dédiés uniquement à la production d’énergie
les bonnes pratiques et en favorisant, lorsque c’est (taillis). Ces pratiques favorisent la biodiversité ainsi
possible, les dynamiques naturelles. C’est le cas en que le stockage de carbone dans les écosystèmes.
particulier pour les peuplements sinistrés par les La gestion forestière représente une des solutions
invasions biologiques, les sécheresses, les tempêtes, pour maîtriser une partie des risques, grâce au

310 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

contrôle de la densité et de l’âge des peuplements, tri des grumes selon leurs caractéristiques, élargis-
à l’adaptation des essences aux conditions de sta- sement des gammes de dimension ou de qualité
tions qui évoluent et au suivi de l’état sanitaire. admissibles en scieries, amélioration des rende-
Cependant, laisser certaines surfaces en libre évo- ments matière, valorisation matière des produits
lution (sans intervention) contribue aussi à diversi- connexes des industries, innovation technologique
fier les modes de gestion et à favoriser les notamment dans les usages du bois feuillus pour
mécanismes naturels d’adaptation des forêts. Tou- une meilleure valorisation matière, écoconception
tefois, selon les territoires, l’adaptation active des produits, réemploi et recyclage ;
pourra être nécessaire, du fait d’un dépérissement
et d’une mortalité importante ou de l’absence de continuer l’amélioration de la performance envi-
régénération naturelle ; ronnementale des industries de transformation du
bois (ex. : consommations énergétiques, gestion
améliorer les outils de suivi d’état sanitaire et de la des résidus...) et du bois énergie (ex. : qualité de l’air,
durabilité des pratiques de gestion des forêts à gestion des cendres) sur les appareils individuels et
l’échelle territoriale comme par exemple le moni- les installations collectives/industrielles ;
toring du renouvellement après coupes de bois, les
impacts de l’exploitation sur la biodiversité ou les renforcer le tissu industriel national de transforma-
sols… ; tion du bois matériau nécessaire pour rééquilibrer
la balance commerciale en améliorant les usages
engager des démarches participatives pour établir du bois domestique, favoriser la production des
des stratégies concertées de gestion des forêts à produits à longue durée de vie, limiter les distances
l’échelle des territoires ; de transport et les éventuels impacts sur les forêts
à l’échelle mondiale ;
renforcer les critères de durabilité des approvision-
nements des installations bois énergie en amélio- le bois énergie doit se développer sur la base de la
rant les systèmes de traçabilité et de vérification complémentarité avec les usages matériaux, en
de la gestion durable des forêts ainsi que les favorisant l’utilisation du bois en cascade. Il s’agit
méthodes de comptabilisation des émissions de de brûler en priorité le bois ne trouvant pas de
GES biogéniques (cf. chapitre 3.2. Enseignements, débouché matériau et issu de la valorisation des
interprétations, limites et perspectives) ; produits en fin de vie, les produits connexes des
industries du bois ainsi que le bois des actions syl-
renforcer l’accompagnement financier (aides vicoles nécessaires à la récolte du bois d’œuvre ne
publiques et nouvelles sources de financement trouvant pas de débouché matériau comme les
privées) des bonnes pratiques de gestion forestière coupes de cloisonnement, les coupes sanitaires, la
tout en renforçant l’écoconditionnalité des aides récolte du houppier tout en laissant des menus bois
en s’aidant, par exemple, de la taxonomie de l’UE14 au sol ou encore les coupes sélectives des arbres
qui permet de déterminer les conditions dans les- de faible diamètre.
quelles les actions sylvicoles contribuent à l’atté-
nuation du changement climatique.

Au niveau des usages du bois, ils seront d’autant plus


bénéfiques pour le climat que l’usage est optimisé.

Ci-dessous quelques leviers sur cet aspect :

optimiser l’utilisation de biomasse en priorisant les


usages à longue durée de vie. Pour les favoriser, les
leviers se situent tout au long de la filière : sylvicul-
ture orientée vers la production de bois de qualité,

14 Le règlement (UE) 2020/852 sur l’établissement d’un cadre visant à favoriser les investissements durables.

311 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

6. Des limites dans les simulations


qui appellent à continuer
les recherches
D’importants efforts de recherche ont permis d’amé- une meilleure intégration des autres GES d’origine
liorer les connaissances scientifiques concernant la biogénique que le CO2 ainsi que des paramètres
quantification et l’identification des stratégies fores- biophysiques propres à la forêt (albédo et flux de
tières d’atténuation du changement climatique. Mais chaleur) qui ont des effets refroidissants sur le climat
des incertitudes restent encore à lever. Les simula- local. Seuls les flux de CO2 ont été modélisés. Les
tions utilisées comportent des limites tant sur la flux de méthane (CH4) ou de protoxyde d’azote
comptabilisation des effets climatiques que sur la (N2O) ne l’ont pas été. La combustion de la biomasse
nécessité d’une meilleure prise en compte de l’en- lors du brûlage en forêt des résidus de coupes ou
semble des enjeux environnementaux, économiques des feux de forêts, ainsi que dans le chauffage au
et sociaux. Ci-dessous des limites et des pistes pos- bois domestique, peut entraîner ce type d’émis-
sibles pour des approfondissements ultérieurs : sions ;

une meilleure différenciation des résultats par pra- une meilleure prise en compte des défrichements
tiques sylvicoles. Au-delà du taux de prélèvement des forêts. Les résultats présentés intègrent tous
de bois et du plan de reboisement avec des une augmentation de la surface forestière. En effet,
essences productives pour S4, les modèles forestiers en France métropolitaine, les surfaces des nouvelles
à grande échelle utilisés dans ce projet ne nous forêts sont plus importantes que les surfaces déboi-
permettent pas de différencier les résultats par sées par l’artificialisation des sols ou l’extension des
type de gestion sylvicole. C’est le cas de la surface terres cultivées. Cependant, les nouvelles surfaces
des taillis, futaies régulières ou irrégulières, des sur- forestières n’ont pas la même valeur écologique
faces des coupes rases, des durées de rotations, de que les surfaces déboisées en termes de biodiver-
surface de forêt en libre évolution… ; sité, stocks de carbone… ;

une meilleure prise en compte des impacts du chan- une meilleure intégration des émissions de GES
gement climatique sur les forêts. Les modèles uti- d’origine fossile. Les résultats présentés intègrent
lisés intègrent les effets directs du changement uniquement les flux de carbone biogénique mais
climatique (modification des précipitations et tem- pas les consommations fossiles de la sylviculture.
pératures) mais pas les effets indirects induits par Avec le développement d’une sylviculture de plus
une augmentation des perturbations extrêmes en plus mécanisée, ces flux devraient être intégrés
(incendies, tempêtes, crises sanitaires). Il sera donc même si des études montrent que les ordres de
nécessaire d’évaluer la réponse des écosystèmes, grandeur restent bien inférieurs aux flux biogé-
selon leur mode de gestion, aux effets directs et niques ;
indirects du changement climatique ;
une meilleure intégration des effets de la gestion
une meilleure intégration des effets de la gestion forestière sur la biodiversité et la fertilité des sols.
forestière sur le carbone des sols dans les analyses. Le projet ne permet pas d’évaluer les impacts des
Les projections n’intègrent pas les effets des évo- scénarios de gestion simulés sur la qualité des sols
lutions des pratiques sylvicoles sur le stockage de ou la biodiversité ;
carbone dans les sols, le puits dans le sol étant le
même dans les différents scénarios indépendam- une meilleure prise en compte des effets des
ment du mode de gestion. Cela constitue une limite imports/exports. Nous avons analysé dans ce travail
importante car la matière organique des sols fores- uniquement le flux de carbone des forêts en France
tiers constitue un réservoir de carbone du même métropolitaine. Sachant que la balance commer-
ordre de grandeur que celui de la biomasse. D’autres ciale de la filière bois est aujourd’hui déficitaire
projets de recherche montrent que certains modes (Graphique 4), une meilleure prise en compte des
d’exploitation risquent de déstocker du carbone impacts de récolte de bois dans les forêts en dehors
des sols, par exemple la récolte des menus bois et de la France est nécessaire ;
des souches, le travail du sol en plein avant planta-
tion ;

312 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

une meilleure répartition de la récolte entre les forestier. Pour éviter le double comptage, ces émis-
différentes catégories bois d’œuvre et bois indus- sions ne sont pas comptabilisées dans le secteur
trie/bois énergie. La répartition réalisée dans ce de l’énergie ou de la construction. Cependant, il
chapitre est liée à des critères techniques et aux faut noter que les résultats des modèles montrent
marchés de bois actuels. En revanche, des évolu- qu’augmenter la récolte de bois augmente les émis-
tions technologiques ou des marchés pourraient sions biogéniques, sans augmenter au même rythme
permettre par exemple d’utiliser une proportion et dans les mêmes proportions l’accroissement
plus importante de bois feuillus dans le sciage pour biologique des forêts. Ainsi, le puits forestier se
bois d’œuvre. Des hypothèses dans ce sens ont été réduit. Pour rendre plus visibles ces impacts, nous
réalisées dans le chapitre 2.4.2. Ressources et usages pourrions améliorer les méthodes de comptabili-
non alimentaires de la biomasse ; sation des GES du secteur forestier en se basant sur
la méthodologie utilisée pour les forêts gérées dans
une meilleure intégration des aspects sociaux (ex. : la comptabilisation du secteur UTCATF de l’inven-
vision de la société civile sur la gestion forestière, taire national de GES. Il s’agirait de comptabiliser
emplois, comportement des propriétaires forestiers le puits forestier par rapport à un niveau de réfé-
et des consommateurs…) et des analyses écono- rence établi sur la base des pratiques et des niveaux
miques des scénarios de gestion envisagés de récolte de bois historiques. La comparaison entre
(ex. : besoins d’investissement dans le tissu indus- le puits forestier estimé dans le scénario tendanciel
triel, évolutions des prix du bois, incitations écono- et le puits estimé pour les scénarios d’évolution
miques dans le secteur sylvicole…). générerait des bilans positifs ou négatifs : un puits
supérieur au scénario de référence serait à comp-
améliorer la méthode de quantification et la visua- tabiliser dans la partie séquestration de carbone
lisation des impacts des émissions biogéniques et tout puits inférieur à la valeur du scénario de
issues de la combustion du bois énergie et de la référence serait à comptabiliser dans la partie émis-
dégradation des produits bois en fin de vie. Les sions de carbone car toute réduction du puits
émissions de CO2 liées à la dégradation ou à la com- contribue à augmenter la quantité de carbone dans
bustion des produits bois en fin de vie et du bois l’atmosphère. (cf. chapitre 2.4.3. Puits de carbone).
énergie sont comptabilisées dans le calcul du puits

313 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

7. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

[1] ADEME, Les Forêts et les usages du bois, 2021 (https://librairie. [9] CITEPA, Utilisation des terres, changement d’affectation des
ademe.fr/changement-climatique-et-energie/4647-forets-et- terres et forêt, Rapport Secten, édition 2020, 2021 (https://www.
usages- du-bois- dans-l-attenuation- du- changement- citepa.org/wp-content/uploads/2.7-UTCATF_2020.pdf).
climatique-9791029714498.html).
[10] IGN, Le Mémento de l’inventaire forestier, édition 2020, 2021
[2] ADEME, Récolte durable de bois pour la production de (https://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/memento_2020.pdf).
plaquettes forestières, 2020 (https://www.ademe.fr/recolte-
durable-bois-production-plaquettes-forestieres). [11] IGN, Le Mémento de l’inventaire forestier, édition 2019 (https://
inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/memento_2019_web-2.pdf).
[3] IGN, FCBA, Réévaluation de la ressource et de la disponibilité
en bois d’œuvre des essences feuillues et conifères en France, [12] Agreste, Récolte de bois et production de sciages en 2018,
MAA et FBF, 2019 (https://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/ n° 360, décembre 2019 (https://agreste.agriculture.gouv.fr/
fcba_ign_etude_bo_france_rapport_version_revisee.pdf). agreste-web/download/publication/publie/Pri360/Primeur360.
pdf).
[4] IGN, FCBA, ADEME, Disponibilités forestières pour l’énergie et
les matériaux à l’horizon 2035, 2016 (https://librairie.ademe.fr/ [13] MAA, IGN, Indicateurs de gestion durable des forêts françaises
produire-autrement/2514-disponibilites-forestieres-pour-l- métropolitaines , 2021 (https://foret.ign.fr/IGD/).
energie-et-les-materiaux-a-l-horizon-2035.html).
[14] MTE, MAA, CITEPA, IGN, « Plan Comptable Forestier National
[5] Roux A., Colin A., Dhôte J.-F., Schmitt B. (coord.) et al., Filière de la France incluant le Niveau de Référence pour les Forêts
forêt-bois et atténuation du changement climatique : entre (FRL) pour les périodes 2021-2025 et 2026-2030 », 2020 (https://
séquestration du carbone en forêt et développement de la www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Plan%20Comptable%20
bioéconomie, Versailles, éditions Quae, 2020, 170 pages (https:// Forestier%20France.pdf).
www.quae-open.com/produit/150/9782759231218/filiere-foret-
bois-et-attenuation-duchangement-climatique). [15] Veille Économique Mutualisée, filière bois, « Indicateurs du
commerce extérieur », 2021 (https://vem-fb.fr/index.php/chiffres-
[6] Valade A., Bellassen V., Luyssaert S., Vallet P., Njakou Djomo S., cles/valeur-ajoutee-et-emploi).
Bilan carbone de la ressource forestière française – Projections
du puits de carbone de la filière forêt-bois française et [16] Pellerin S., Bamiere L. (pilotes scientifiques) et al., Stocker du
incertitude sur ses déterminants, 2017. carbone dans les sols français. Quel potentiel au regard de
l’objectif 4 pour 1 000 et à quel coût ?, Rapport scientifique de
[7] Du Bus de Warnaffe G. et Angerand S., Gestion forestière et l’étude, INRA (France), 2020, 540 pages.
changement climatique, une nouvelle approche de la stratégie
nationale d’atténuation, Rapport d’étude, FERN, Canopée,
2 0 2 0 ( h t t ps : // w w w.c a n o p e e - a s s o.o rg / w p - co n te n t /
uploads/2020/02/Rapport-WEBfor%C3%AAt-climat-Fern-
Canop%C3%A9e-AT_Optimizer.pdf).

[8] CITEPA, Rapport National d’Inventaire pour la France au titre


de la Convention cadre des Nations unies sur les Changements
Climatiques et du Protocole de Kyoto, CCNUCC, 2021 (https://
cdr.eionet.europa.eu/fr/eu/mmr/art07_inventory/ghg_inventory/
envyemsw/).

314 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION FORESTIÈRE

8. Annexe : évolution des principales


variables du secteur

2050
2018
TEND S1 S2 S3 S4
Récolte BO feuillus [Mm3/an] 5,4 6,2 5,2 6,2 6,8 8,2
Récolte BO résineux [Mm3/an] 14,6 16,8 14,5 16,8 19 21,1
Récolte BI (bois d’industrie) et BE (bois énergie) [Mm3/an] 31,7 37,6 32,2 37,6 44,9 41,9
Récolte totale [Mm3/an] 51,8 60,7 51,9 60,7 70,7 71,1
Puits forestier – in situ – biomasse vivante* [MtCO2/an] 49,4 46 66,6 46 25,5 25,2
Puits forestier – in situ – sols* [MtCO2/an] 6 6 6 6 6 6
Puits forestier – in situ – bois mort* [MtCO2/an] 4,5 5,2 5,5 5,2 4,3 4,7
Puits forestier – in situ total* [MtCO2/an] 59,9 57,2 78,1 57,2 35,9 35,8

* En considérant une augmentation de la surface forestière de 40 000 ha/an.

315 Transition(s) 2050


02 ÉVOLUTION DU SYSTÈME
PRODUCTIF

3. Production industrielle
1. L’industrie, un enjeu 4. Description de la 7. Des hypothèses
majeur de la transition méthode et outils à affiner en concertation
écologique de quantification avec les différents
317 des scénarios secteurs
331 369
2. Rétrospective : des
efforts de décarbonation 5. Stratégies pour 8. Références
de l’industrie encore le secteur selon bibliographiques
insuffisants chaque scénario 371
327 337
9. Annexe : évolution
3. Plan de relance 6. Des restructurations des principales variables
et réglementations majeures s’avèrent du secteur
européennes : une inéluctables pour 372
nouvelle dynamique l’industrie
pour la décarbonation 367
de l’industrie
330

316 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

1. L’industrie, un enjeu majeur


de la transition écologique
1.1. L’industrie, un secteur
à la croisée des enjeux
environnementaux
Le secteur industriel désigne les activités écono- déterminants majoritaires de la contribution du sec-
miques qui produisent des biens matériels par la teur industriel à la transition écologique et à l’atteinte
transformation et la mise en œuvre de matières pre- de la neutralité carbone.
mières. En particulier, l’industrie « lourde » concentre
l’ensemble des procédés qui consistent à transformer
une matière première « naturelle » en un matériau L’INDUSTRIE, 4E SECTEUR
brut, grâce à une consommation énergétique impor- LE PLUS ÉMETTEUR DE GES
tante. Et, comme toute activité humaine, l’ensemble
de ces transformations engendre des impacts (émis- L’industrie représente, en France, 13 % du PIB [1], mais
sions de GES et polluants atmosphériques ou aqueux, est responsable de 17 % des émissions directes de
production de déchets…). GES (75 MtCO2eq en 2018)1 [2]. Elle est ainsi le qua-
trième secteur le plus émetteur en France, dans une
Mais cette capacité de transformation pour produire ampleur comparable aux secteurs agricole et rési-
des biens, essence même de l’activité industrielle, dentiel-tertiaire.
est aussi un élément clé dans les solutions identifiées
pour la transition écologique : Ces émissions directes sont constituées à 91 % de
CO2 (77 % liés à la combustion et 14 % à des réactions
par la modification des procédés industriels eux- de décarbonatation, dans les procédés industriels2),
mêmes (recyclage, électrification…) ; 5 % de HFC et 4 % de N2O et autres gaz 3. Pour
atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, les
ou par la fabrication de produits et équipements trajectoires de la SNBC visent leur réduction de 81 %
indispensables à la transformation écologique par rapport à 2015.
(matériaux isolants, équipements EnR, équipements
de tri, installations de traitements d’effluents…). Outre les émissions directes, l’importation de pro-
duits engendre des émissions hors du territoire fran-
C’est principalement ce premier aspect de l’industrie, çais. Dans le secteur de l’acier uniquement, les
sur ses propres procédés industriels, qui sera abordé importations nettes d’émissions s’élèvent, en 2017,
dans cet exercice prospectif énergie-ressources, pour à 12 MtCO2eq environ, soit 1/6e des émissions directes
mettre en évidence les interactions entre les diffé- de l’ensemble de l’industrie française4. Une étude
rents enjeux dans un objectif global de transition portée par l’UNIDEN a évalué que la désindustriali-
écologique, souvent résumé sous le terme « décar- sation que la France a connue entre 1995 et 2015 a
bonation de l’industrie ». Mais le deuxième aspect impliqué une baisse des émissions directes françaises
reste partie prenante de l’exercice dans la mesure de 4,5 MtCO2eq, compensée par une hausse des
où les niveaux de production et donc la nature de émissions importées de 6,8 MtCO2eq. L’empreinte
ces productions (matériaux, équipements…) sont les carbone française s’est donc accrue de 2,3 MtCO2eq

1 Ce chiffre correspond aux émissions du secteur « Industrie manufacturière et construction » selon le périmètre CITEPA, à
l’exception du sous-secteur « Construction ». Ce périmètre ne prend notamment pas en compte les émissions liées aux cokeries
sidérurgiques. Pour plus de détails sur le périmètre des données utilisées dans la modélisation et dans ce rapport, voir section 4
Description de la méthode et outils de quantification des scénarios .
2 Les émissions de CO2 de l’industrie sont principalement dues à la combustion de combustibles, mais les réactions chimiques
des procédés industriels entraînent également des émissions non énergétiques (ou spécifiques). Par exemple, la production
de ciment, de verre ou de chaux s’accompagne de réactions de décarbonatation dans lesquelles des carbonates (ex. : calcaire)
sont transformés en CO2.
3 GES considérés dans la Directive EU-ETS (Directive 2003/87/CE établissant un système d’échange de quotas d’émission de gaz
à effet de serre dans l’Union européenne, ou SEQE-UE) : dioxyde de carbone (CO2), protoxyde d’azote (N2O), hydrocarbures
perfluorés (PFC), méthane (CH4), hydrocarbures fluorés (HFC) et hexafluorure de soufre (SF6).
4 Calcul d’après des données issues du Bilan National du Recyclage et d’une étude réalisée par Deloitte et l’UNIDEN [3].

317 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

(soit environ 3 % des émissions industrielles), en raison l ua n t s o rga n i q u e s p e r s i s t a n t s ( 5 6 % d e s


d’un système productif étranger globalement plus polychlorobiphényles). Elle rejette également des
intense en émissions qu’en France [3]. Ces considé- particules (14 % des PM10) [2].
rations, ainsi que les problématiques de sauvegarde
des emplois ou de souveraineté, ravivées par la crise Rejets aquatiques. Les polluants industriels de l’eau
de la Covid-19, alimentent un débat autour des poli- sont principalement constitués de métaux lourds,
tiques industrielles et des dynamiques de relocalisa- mais également de matières en suspension (MES)
tion à l’aune des enjeux de décarbonation. issues de la métallurgie et des industries extractives,
ainsi que de matières oxydables (MO), issues notam-
ment de l’industrie agroalimentaire.
L’INDUSTRIE, 3E SECTEUR LE PLUS
CONSOMMATEUR D’ÉNERGIE Production de déchets. L’industrie produit 8 % (envi-
ron 26 Mt) des déchets générés en France, mais 25 %
L’industrie compte pour 22 % de la consommation (2,8 Mt) des déchets dangereux7 [5].
d’énergie finale française (366 TWh en 2016, hors
usage en matière première)5 [4]. L’usage de combus- Occupation des sols et sites pollués. Les zones indus-
tibles représente deux tiers de ces consommations trielles et commerciales n’occupent que 0,3 %
(247 TWh), principalement pour alimenter des fours. (341 000 ha) du territoire français, mais les activités
Le tiers restant (119 TWh) correspond à des consom- industrielles (notamment extractives) ont généré,
mations électriques, alimentant essentiellement des au cours du temps, une importante pollution des
moteurs (pompes, ventilation…). sols : près de 6 000 sites (soit l’équivalent d’un tiers
des sites industriels actuellement en activité) sont
En outre, les procédés industriels consomment recensés comme pollués ou potentiellement pollués
53 TWh de combustibles comme matières premières, en 2015 [5].
soit 13 % des consommations énergétiques totales
de l’industrie6. Elles correspondent notamment à
l’utilisation de dérivés pétroliers dans la pétrochimie, CONCENTRATION DES ÉMISSIONS :
de coke dans la sidérurgie ou de gaz naturel pour la IMPORTANCE DES TRANSFORMATIONS
production d’ammoniac. DES SECTEURS DE L’INDUSTRIE LOURDE

Ce document se focalise plus spécifiquement sur les


AUTRES IMPACTS neuf secteurs de l’industrie lourde à décarboner en
ENVIRONNEMENTAUX priorité : sidérurgie (acier), cimenterie (clinker et
ciment), industries chimiques de l’éthylène, de l’am-
Prélèvements de matières. En tant que transforma- moniac et du dichlore, papeterie (papier-carton),
trice de matières, l’industrie est directement productions de sucre, verre et aluminium. Ils
confrontée aux enjeux de disponibilité des res- concentrent en effet deux tiers des émissions de GES
sources. de l’industrie. Ces secteurs ont en commun d’être
particulièrement énergo-intensifs8, concentrant 60 %
Prélèvements en eau. Les industries, notamment des consommations énergétiques de l’industrie.
de la chimie, de l’agroalimentaire et du papier-car-
ton, représentent près de 10 % (environ 2 Gm3) des Cependant, chacun de ces neuf secteurs comporte
prélèvements d’eau nationaux en 2011, comparables des spécificités propres qui dépendent de nombreux
à ceux de l’irrigation [5]. paramètres : contraintes techniques, clients et four-
nisseurs, niveau et périmètre de concurrence inter-
Rejets atmosphériques hors GES. L’industrie est nationale, intensité capitalistique… Décrire la
responsable d’une part significative des émissions trajectoire de décarbonation de l’industrie requiert
nationales de certains métaux lourds (85 % du sélé- donc de considérer individuellement chacune de
nium, 46 % du mercure, 45 % du chrome, 36 % du leurs trajectoires sectorielles pour bien rendre
nickel, 41 % de l’arsenic), de substances liées à l’aci- compte de leur dynamique.
dification (50 % du dioxyde de soufre) et de pol-

5 Ces chiffres ne prennent en compte ni les usages de combustibles comme matières premières, ni ceux destinés à
l’autoproduction d’électricité : ils considèrent l’ensemble de l’électricité consommée sous forme d’énergie finale, qu’elle
soit autoproduite ou non.
6 Les consommations énergétiques totales de l’industrie, qui s’élèvent à 420 TWh, incluent ici les usages de matières premières
énergétiques mais ne prennent toujours pas en compte les usages de combustibles destinés à l’autoproduction d’électricité.
7 Chiffres 2012 incluant la « Production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’air conditionné ».
8 On parle d’Industries Grandes Consommatrices d’Énergie ou IGCE.

318 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Graphique 1 Poids de l’industrie lourde (IGCE) dans la consommation d’énergie et les émissions directes9 de l’industrie
Consommation d’énergie finale
(hors matières premières) Émissions directes de GES
15 %
23 %

40 % 36 %

13 %

14 %
9% 0,4 %
1%
2% 6% 3% 8%
2%
3% 4% 6% 4% 4% 7%

Sidérurgie Verre Acier Verre


Chimie organique Non ferreux Ciment Ammoniac
Papier Sucrerie Papier/carton Aluminium
Chimie minérale Engrais Vapocraqueurs Chlore
Ciments, plâtre Autres Sucre Autres

Source : [4], [6].

Cette concentration des émissions sur quelques sec- concentrée sur quelques zones, notamment en
teurs implique une concentration territoriale des région PACA (site de Fos-sur-Mer), dans les Hauts-de-
émissions, renforcée par la présence de hubs indus- France (site de Dunkerque), sur l’axe Seine, dans le
triels. Une grande partie des émissions se trouve ainsi Grand Est ou encore en Auvergne-Rhône-Alpes.

Figure 1 Cartographie des établissements les plus émetteurs de CO² en France métropolitaine

Source : [7].

9 Le Plan de Transition Sectoriel du Ciment publié par l’ADEME (https://finance-climact.fr) présente une part de 12,5 % des
émissions directes de l’industrie cimentière dans les émissions industrielles françaises et non de 14 % comme présenté ci-
dessus. Le faible écart provient de plusieurs éléments : années différentes, sources différentes donc, périmètre et comptabilité
différents (CO2 biogénique…).

319 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Les industries lourdes fournissent, en outre, une UNE FISCALITÉ SUR L’ÉNERGIE
grande partie des intrants du reste du tissu industriel, ET LE CARBONE ORIENTÉE PAR DES
aux émissions moindres et plus diffuses mais dont CONSIDÉRATIONS AUTOUR DE LA
les enjeux socio-économiques sont primordiaux. COMPÉTITIVITÉ PLUS QU’AUTOUR
Si l’industrie lourde représentait environ DES ENJEUX DE DÉCARBONATION
160 000 emplois directs en 2009, les effectifs ont
chuté de 12,5 % dix ans après, soit 140 000 emplois Les acteurs industriels énergo-intensifs sont particu-
directs en 2019 répartis sur un peu moins de lièrement affectés par les coûts de l’énergie. Ils béné-
1 800 établissements10. Ces effectifs salariés en ficient actuellement de dispositions pour préserver
équivalents temps plein représentent environ 5 % du leur compétitivité vis-à-vis de l’international, en par-
total de l’industrie manufacturière et 1 % des ticulier pour ceux classés comme « exposés à un
établissements. Plus diffus, le reste du tissu industriel risque important de fuite carbone » (exonérations
concentre en revanche 95 % des effectifs et 92 % de ou réductions de taxes énergétiques comme les
la valeur ajoutée11. TICPE/TICC/TICGN, quotas gratuits dans le cadre de
la Directive EU-ETS, etc.).

UNE TRANSFORMATION DE L’INDUSTRIE


DÉPENDANTE DE L’ÉVOLUTION DE TOUS
LES SECTEURS DE L’ÉCONOMIE

L’industrie cimentière : un exemple de secteur


Situées en amont des chaînes de valeur, les mutations
concentré fortement émetteur
de l’industrie lourde dépendent largement des sec-
teurs aval, notamment du BTP, des transports, de la
Émissions de GES. L’industrie cimentière française émet,
production d’emballages ou d’engrais. La transfor-
chaque année, 10 MtCO2eq, soit 12,5 % des émissions de
mation de l’industrie est donc, pour une grande part,
GES de l’industrie et 2 % des émissions totales en France.
exogène : la demande intérieure et extérieure en
Deux tiers de ces émissions ne sont pas d’origine énergé-
matériaux et biens manufacturés, les substitutions
tique mais proviennent des procédés (calcination du cal-
de produits, les normes de qualité relatives à l’incor-
caire).
poration de matière recyclée affectent directement
les niveaux et modes de production industrielle.
Consommation d’énergie. Les consommations énergé-
tiques de l’industrie du ciment pèsent pour 30 % des coûts
L’offre énergétique disponible pour l’industrie
de production.
dépend également des besoins exprimés dans
d’autres secteurs et donc de la concurrence sur les
Concentration des enjeux. L’industrie comporte 27 sites
énergies décarbonées.
de calcination appartenant à cinq groupes industriels. Elle
représente 5 000 emplois directs ainsi que 18 000 emplois
Par ailleurs, certains secteurs industriels comme la
indirects.
pétrochimie évoluent dans un environnement par-
ticulièrement interdépendant. Dans le cadre d’un Pour plus d’informations : voir le Plan de Transition Sectoriel de l’industrie cimentière,
abandon des énergies fossiles dans les transports, le à retrouver sur finance-climact.fr [8] [9].

maintien de raffineries pourrait ne pas être assuré.


Or, le naphta, qui est l’intrant principal de la filière
plastiques (produits à partir d’éthylène), est un copro-
duit des raffineries. Si elles fermaient, une restruc-
turation de la filière pétrochimie deviendrait alors
nécessaire (cf. section 5.6, encadré Focus sur la chimie
des plastiques).

10 L’estimation est basée sur les données ACOSS-URSSAF et la sélection des codes d’Activité Principale Exercée telle que
correspondant au périmètre de l’industrie lourde mentionné dans le document : sidérurgie, cimenterie, industries chimiques
de l’éthylène, de l’ammoniac et du dichlore, papeterie (papier-carton), productions de sucre, verre et aluminium.
11 L’estimation est basée sur les données Esane (Élaboration des statistiques annuelles d’entreprises) de 2017 en comparant la
valeur ajoutée totale de l’industrie manufacturière et celle provenant de la sidérurgie, de la « production de métaux précieux
et d’autres métaux non ferreux », ainsi que des fabrications de « pâte à papier, de papier et de carton », de « produits chimiques
de base, de produits azotés et d’engrais, de matières plastiques de base et de caoutchouc synthétique », de « verre et d’articles
en verre » et de « ciment, chaux et plâtre ».

320 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

1.2. Cinq transformations


majeures pour répondre à
l’urgence environnementale
Les enjeux de décarbonation de l’industrie s’arti- recyclage (notamment chimique et biologique) et
culent principalement autour de cinq transforma- rendre les intrants alternatifs compétitifs, en qualité
tions du secteur. et en coût, face aux matières vierges existantes.

1RE TRANSFORMATION : 3E TRANSFORMATION :


ADAPTABILITÉ À L’ÉVOLUTION AMÉLIORATION DE L’EFFICACITÉ
DES NIVEAUX DE PRODUCTION ÉNERGÉTIQUE

Les niveaux de production sont les principaux déter- L’amélioration de la performance énergétique des
minants des émissions de l’industrie. Liés à la demande technologies et des procédés permet de réduire les
domestique comme internationale (et donc forte- consommations énergétiques de l’industrie. Chaque
ment dépendants des actions de sobriété mises en secteur industriel présente des spécificités, avec des
place), leur réduction constitue une forme de décar- potentiels, leviers et maturités propres pour ses ins-
bonation exogène ou « subie » de l’industrie. Elle tallations cœur de procédés. Mais il existe aussi tout
requiert cependant des évolutions structurelles afin un panel de technologies transversales, que l’on
de s’y adapter : par un maillage industriel efficient et retrouve dans la majorité des secteurs industriels,
dimensionné aux besoins, un soutien à la compétitivité au-delà des neuf secteurs énergo-intensifs, notam-
et la réorganisation des emplois et formations. ment pour les utilités (groupe froid, moteurs, chau-
dières, pompes à chaleur). Ce gisement transverse
Pour autant, une réindustrialisation partielle de la s’élèverait à près de 62,2 TWh, dont 27 TWh pour les
France, qu’elle soit forcée par l’évolution des équi- combustibles et 35 TWh pour l’électricité [10]. En
libres internationaux ou choisie, pour des enjeux de outre, la valorisation de chaleur fatale12 offrirait un
souveraineté ou de réappropriation de l’empreinte gisement de plus de 100 TWh, dont plus de la moitié
carbone nationale pourra également intensifier cer- à une température supérieure à 100 °C [11].
tains niveaux de production. Requérant une décar-
bonation des sites additionnels et existants, cette
dynamique impliquerait, outre les défis d’adaptabi- 4E TRANSFORMATION :
lité, le renforcement des transformations ci-après. SUBSTITUTIONS AUX ÉNERGIES
CARBONÉES

2E TRANSFORMATION : La modification du mix énergétique permet de réduire


RÉDUCTION DE L’EMPREINTE les émissions liées à l’usage d’énergie, notamment
MATIÈRE pour la production de chaleur (vapeur, eau chaude…),
qui représente deux tiers des consommations. Elle est
Le développement d’intrants matières alternatifs notamment permise par le développement des éner-
permet de réduire l’empreinte environnementale de gies renouvelables thermiques (biomasse, géothermie,
la production industrielle, à travers : solaire thermique…). Les usages thermiques de l’élec-
tricité, encore peu développés, peuvent également
l’incorporation de matière recyclée, par l’utilisation être étendus, notamment dans la sidérurgie (fours à
de ferraille en métallurgie, de calcin recyclé arc) ou la production de verre (fours verriers) [12], mais
dans l’industrie du verre, de papier recyclé dans aussi sur des applications plus diffuses13. Un premier
l’industrie du papier-carton… ; gisement technique est ainsi estimé à 18 % de la
consommation de combustibles pour les process
la modification des intrants, par l’utilisation d’autres thermiques en 2014, soit 41,6 TWh [13].
ressources à empreinte environnementale réduite
(substitution au clinker dans l’industrie cimentière, Selon les caractéristiques propres à chaque secteur
utilisation de matériaux biosourcés…). (besoin en température, proximité de potentiels
renouvelables…), différentes énergies de substitution
Ces substitutions requièrent des transformations peuvent être utilisées [13]. Ces transformations placent
techniques et organisationnelles pour développer l’industrie en interaction avec le système énergétique
de nouvelles filières d’économie circulaire, améliorer et sont donc modulées en fonction des demandes
les procédés d’incorporation des matériaux et de énergétiques des autres secteurs de l’économie.

12 Appelée également chaleur de récupération.


13 L’électricité représente 32 % de l’énergie finale consommée par l’industrie en 2015, mais est utilisée à 71 % dans des moteurs
(pompes, ventilation, froid…).

321 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

5E TRANSFORMATION : Le potentiel de décarbonation permis par la valo-


CAPTAGE, STOCKAGE ET VALORISATION risation du CO2 est, de plus, à moduler selon les
DES ÉMISSIONS RÉSIDUELLES voies de valorisation sélectionnées (carburants,
produits chimiques, matériaux de construction…) :
Dans les cas où une décarbonation complète de certaines peuvent aboutir à la réémission de tout
l’activité industrielle ne peut être atteinte – en ou partie du CO2 capté, quasi immédiatement
particulier pour les émissions issues de réactions (ex. : combustion des carburants) ou à plus long
chimiques (calcination par exemple) – des techno- terme [14].
logies de captage, stockage géologique et/ou valo-
risation de CO2 pourront être mises en place. Ces technologies ne visent pas à atteindre des émis-
sions négatives : elles sont des solutions de réduction
Pour autant, le stockage géologique de CO2 reste des émissions fossiles. Au total, le gisement de
dépendant de la proximité de capacités onshore (à décarbonation lié au CCS (carbon capture and sto-
terre) ou offshore (en mer), de sa viabilité techni- rage) est estimé aujourd’hui à 24 Mt de CO2 par an
co-économique ainsi que d’éventuelles résistances [15].
locales vis-à-vis des installations.

Figure 2 Carte du potentiel de captage et stockage géologique de CO² (CCS) en France

Zones identifiées

Zones Zones
de stockage de stockage
hypothétiques

Émetteurs
> 100 000 tonnes
de CO2/an

Hauts-de-France (Dunkerque) 15 MtCO2/an


Possibilité de stockage offshore Verrou réglementaire à lever sur
(avec la mer du Nord) la possibilité d’exporter les émissions
Gros volumes de CO2 pour la mise en place de CO2 hors du territoire et par bateau
d’infrastructures de transport de CO2 Coût minimal estimé à 100 €/t CO2

Normandie (Le Havre-Rouen) 6 MtCO2/an


Interconnexion avec le hub CO2 de Dunkerque Verrou réglementaire à lever sur la possibilité
pour stockage offshore (avec la mer du Nord) d’exporter les émissions de CO2 hors
Gros volumes de CO2 pour la mise en place du territoire et par bateau
d’infrastructures de transport de CO2 Coût minimal estimé à 125 €/t CO2
Pérennité des sites (secteurs industriels qui
seront impactés par la transition énergétique)

Nouvelle-Aquitaine (Lacq) 3 MtCO2/an


Infrastructures existantes (ancien gisement de gaz) Faible volume de CO2
Coût minimal estimé à 88 €/t CO2 Zone de stockage onshore

322 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

FOCUS

L’industrie cimentière : exemples de leviers de décarbonation


Le plan de transition sectoriel de l’industrie cimen- Levier 3 – Taux de clinker
tière, réalisé par l’ADEME dans le cadre du pro- Le clinker est un matériau intermédiaire qui rentre
gramme européen LIFE (projet Finance ClimAct), dans la composition finale du ciment et dont la
identifie cinq leviers pour la décarbonation du production représente l’essentiel des émissions
ciment. d’une cimenterie. Le fait de produire des ciments
avec une plus faible teneur en clinker revient à
Leur mise en place pourrait permettre une décar- produire moins de clinker et donc à réduire les
bonation du secteur à hauteur de 54 % d’ici à 2050 émissions.
en mobilisant des investissements à hauteur de
4,4 milliards d’euros, dont les trois quarts seraient Levier 4 – Incrémental
à mobiliser lors des dix prochaines années. La catégorie « incrémental » regroupe une gamme
de sept technologies plus ou moins communé-
Levier 1 – Upgrading ment utilisées dans le secteur qui peuvent contri-
Dans le jargon de la profession, l’upgrading est le buer par petites touches à la décarbonation de
fait de rénover une ancienne cimenterie en une l’outil de production, de façon « incrémentale ».
nouvelle plus performante fonctionnant sur le
procédé le plus efficace connu à ce jour. Ce levier Levier 5 – Captage et stockage géologique de CO2
de décarbonation est donc uniquement une (CCS)
mesure d’efficacité énergétique. Cette technologie, encore non déployée à
l’échelle industrielle, vise à piéger le CO2 dans une
Levier 2 – Mix thermique formation géologique imperméable et peut donc
La consommation d’énergie représente environ théoriquement abattre la quasi-totalité des émis-
1⁄3 des émissions d’une cimenterie. Celles-ci sions d’un site. Elle consiste d’abord à capter,
peuvent être réduites en substituant les combus- purifier et concentrer le CO2 issu des sites indus-
tibles fossiles (charbon et coke de pétrole) par triels pour ensuite pouvoir le transporter vers un
des combustibles moins carbonés intégrant une lieu de stockage.
fraction de biomasse.

Graphique 2 Évolution des émissions de gaz à effet de serre du secteur cimentier à l,horizon 2050
— scénario SNBC/ADEME

12

10
Baisse de la demande
Upgrading
Mix thermique
8
Total émissions (MtCO₂eq)

Taux de clinker

Incrémental
6 - 44 %
Budget carbone de la SNBC CCS sans CCS
appliqué à l'industrie cimentière
- 54 %
(ciment à 1/8e de l'industrie)
avec CCS
4
Extrapolation linéaire
3 Mt
entre 2033 et 2050

0
2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

Pour plus d’informations : voir le Plan de Transition Sectoriel de l’industrie cimentière, à retrouver sur finance-climact.fr [8].

323 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

1.3. Des freins et des leviers


pour la transition

Tableau 1 Les freins et les leviers pour la transition

FREINS LEVIERS
Une lente progression des plafonds technologiques Accentuation des efforts en RDI
Les technologies disponibles sont insuffisantes pour l’atteinte des Les efforts en Recherche, Développement et Innovation (RDI) pour-
niveaux de décarbonation souhaités dans la SNBC (- 81 % pour l’in- raient permettre de faire émerger des technologies de rupture.
dustrie). Par exemple, dans le secteur du ciment, les leviers techniques
disponibles ou déjà identifiés ne permettent une décarbonation
qu’à hauteur de 54 % des émissions actuelles14.
Des arbitrages décidés in fine par les acteurs économiques, Mutation des stratégies d’entreprises
souvent à l’échelle internationale Une prise en compte des enjeux climatiques et de long terme dans
En dépit des forts risques environnementaux pesant sur les activités la stratégie des entreprises émerge. Elle devra impérativement se
industrielles, les arbitrages financiers réalisés actuellement restent développer largement pour arbitrer en faveur d’investissements bas
principalement guidés par les enjeux de compétitivité « classiques ». carbone et répondre aux exigences croissantes des partenaires fi-
Les décisions d’investissement favorisent les projets les plus rentables nanciers.
à court terme, pouvant mettre en concurrence des sites d’un même
groupe appartenant à différents territoires ou pays. Cette dynamique Prise de conscience des citoyens et des pouvoirs publics
peut alors favoriser la délocalisation des activités industrielles vers La tendance actuelle des pouvoirs publics et des citoyens vers da-
les zones à moindre contrainte environnementale. vantage de souveraineté industrielle est susceptible d’inverser les
dynamiques de désindustrialisation. Dans ce cadre, il sera indispen-
sable d’adjoindre une ambition environnementale à ces politiques
de relocalisation ou de réindustrialisation.
Une prise de risque pour les industries lourdes Mutation des modèles économiques
La modernisation des sites de l’industrie lourde énergo-intensive est De nouveaux modèles économiques privilégiant la qualité à la quan-
synonyme de prises de risques pour les acteurs ; elles sont en effet tité (ex. : économie de la fonctionnalité) pourront accompagner les
porteuses : réductions de la demande de l’industrie lourde, bien qu’ils soient
• d’importants coûts en CAPEX15, d’autant que certaines transfor- plus aisés à mettre en œuvre dans l’industrie aval.
mations peu rentables sont des prérequis à d’autres évolutions
innovantes plus efficaces ; Soutien aux investissements et à la prise de risque
• de modifications du marché, du fait du développement de nouveaux Pour autant, un accompagnement externe par les acteurs financiers
produits « bas carbone » ; et les pouvoirs publics sera également nécessaire pour mener à bien
• de transformations radicales des outils de production, requérant les mutations de l’industrie lourde. En particulier, une intensification
la mise en place de démonstrateurs de taille réelle ; de la commande publique de produits bas carbone pourra sécuriser
• d’enjeux de montée en compétence des professionnels pour la les débouchés industriels.
maîtrise de ces nouveaux outils.
Ces aides pourront également concerner l’industrie aval. Un soutien
à l’offre des équipementiers pourra notamment favoriser les trans-
formations transverses, réplicables dans plusieurs secteurs industriels.

Une capacité d’investissement temporellement contrainte Planification des investissements


Les faibles marges des industries, notamment énergo-intensives, Une planification des investissements à venir est requise pour maxi-
requièrent d’opérer les investissements nécessaires sur des cycles miser le potentiel de décarbonation lors des prochains cycles et
longs pour permettre leur amortissement. Cette situation est d’au- tirer profit des synergies entre technologies. Une démarche pros-
tant plus criante dans un contexte de concurrence nationale ou pective peut permettre d’anticiper l’évolution du paysage techno-
internationale entre sites, y compris au sein d’un même groupe in- logique en cohérence avec les mutations des autres acteurs écono-
dustriel. miques.

Par conséquent, des émissions restent « verrouillées » entre deux Soutiens financiers
cycles. Une rénovation peu ambitieuse ou rendue obsolète – sinon Les cycles d’investissement pourront être raccourcis grâce au soutien
incompatible – avec l’apparition de nouvelles technologies16 crée des acteurs publics et financiers, requérant une planification des
alors des infrastructures durablement sous-performantes par rapport fonds à mobiliser en cohérence avec les besoins de transformation
aux meilleures technologies disponibles (MTD) et induit un vieillisse- des industries.
ment du parc.

En outre, le temps de développement des innovations peut être


particulièrement long, approchant, par exemple, les dix ans pour les
technologies de captage et stockage géologique de CO2.

14 Voir le Plan de Transition Sectoriel de l’industrie cimentière, à retrouver sur finance-climact.fr [8].
15 Dépenses d’investissement (Capital Expenditures).
16 Par exemple, une rénovation d’optimisation thermique peut être rendue obsolète dans le cadre d’une stratégie d’électrification.

324 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Un besoin de visibilité long terme dans l’évolution des condi- Implication des pouvoirs publics pour assurer une visibilité
tions économiques, fiscales et règlementaires de long terme des entreprises
Les entreprises n’ont pas toujours un intérêt économique immédiat • Des mesures harmonisées peuvent être prises à l’échelle sectorielle,
à engager les chantiers de décarbonation. Dans le contexte concur- nationale ou européenne afin de fixer un prix du carbone – explicite
rentiel et règlementaire actuel, les transitions requises pourraient ou implicite – tel que la mise à niveau des industries devienne éco-
accentuer les difficultés économiques rencontrées aujourd’hui par nomiquement avantageuse.
certains industriels, caractérisées par des marges réduites et une
perte de compétitivité17. Surtout, afin de limiter les prises de risques des acteurs de l’indus-
trie, une forte visibilité et fiabilité des trajectoires des prix du car-
Un cadre règlementaire ambitieux mais restreint à une échelle na- bone et de l’énergie est requise pour qu’elles soient intégrées dès
tionale ou européenne présente, par ailleurs, le risque d’intensifier les prochains cycles de modernisation.
les fuites de carbone par la délocalisation des industries françaises
dans des pays à plus faible fiscalité carbone. En effet, les dépenses Ces mesures peuvent prendre la forme :
liées à la décarbonation de l’industrie, sous forme d’investissements, – de réglementations par la norme ciblant les installations les plus
d’achats d’énergies et matières décarbonées18, de taxes ou de crédits émissives ou leurs secteurs aval (ex. : RE2020 dans le secteur du
carbone, confrontent le secteur à un risque de dumping environne- bâtiment) ;
mental. – d’un signal-prix du carbone, via des dispositifs tels que le système
européen d’échange de quotas (SEQE-UE) ou des mécanismes de
subventions, de taxes ou de bonus-malus19.

• En outre, les potentiels écarts de compétitivité, notamment à l’in-


ternational, peuvent justifier la mise en place :
– de dispositifs d’ajustement carbone, sous la forme d’accords
internationaux, de taxes sur le contenu carbone des produits
importés ou d’un mécanisme d’inclusion carbone (échange trans-
frontalier de quotas carbone) ;
– de renégociations des accords commerciaux et industriels à
l’échelle européenne et internationale.
Une défiance des citoyens Implication des citoyens dans les stratégies de décarbonation
La décarbonation de l’industrie est associée à des problématiques de l’industrie
d’adhésion aux transitions à mener. L’adhésion de la société aux transitions industrielles nécessite :
• La transition de l’industrie requerra une réduction volontaire de la • de sensibiliser et former les citoyens, salariés et syndicats aux enjeux
consommation ou une baisse de la disponibilité – voire un renché- de la transition écologique de l’industrie ;
rissement – de certains produits industriels. Ces évolutions pré- • d’impliquer les citoyens, salariés et syndicats dans la définition des
sentent deux risques majeurs : politiques industrielles de décarbonation (futurs souhaitables)
1. un rejet de la part des citoyens désireux de maintenir leur niveau jusqu’à la mise en œuvre des projets locaux.
de consommation ;
2. une accentuation des inégalités sociales face aux potentielles Accompagnement public de l’évolution des emplois
hausses de prix des produits industriels. et compétences
Des politiques pour l’emploi, la formation et l’aménagement du
• La restructuration du paysage industriel pourra conduire à des territoire pourront être pensées afin d’accompagner l’évolution des
pertes ou transferts d’emplois à l’origine de possibles tensions compétences sur les nouvelles technologies et permettre de tirer
sociales. profit des éventuels bassins d’emplois autour de nouveaux hubs
industriels.
• L’implantation d’installations industrielles nécessaires à la décar-
bonation pourra être contestée du fait de craintes liées aux nui- Attention portée à la justice sociale
sances environnementales ou aux risques d’accident (effets NIMBY
Des mécanismes de compensation (mesures redistributives) devront
– Not In My Backyard). Ce pourrait, par exemple, être le cas pour
être mis en place pour limiter le creusement des inégalités sociales
la constitution de hubs industriels ou pour le déploiement du CCS,
et territoriales potentiellement induit par les transformations de
au regard des risques technologiques et sanitaires potentiels.
l’industrie.

17 La répercussion des investissements dans les prix à l’aval est rendue difficile dans les secteurs fortement concurrentiels.
18 La disponibilité en énergie et vecteurs décarbonés pourra se réduire avec l’abandon progressif des énergies fossiles et/ou
nucléaire et l’augmentation de la consommation de certains vecteurs. L’industrie pourra alors se trouver en concurrence
avec d’autres secteurs pour s’alimenter en énergie et matières premières énergétiques, matérialisée par une augmentation
du coût des ressources de substitution (hydrogène renouvelable, biomasse…). La production d’énergie sur site pourra, de
plus, être limitée par le coût du foncier.
19 Les mesures incitatives doivent cependant être considérées en cohérence avec les exonérations de taxes sur les produits
énergétiques (TICGN, TICC, TICPE) dont bénéficient les installations énergo-intensives.

325 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

AUTRES CONDITIONS DE SUCCÈS

Adopter une approche territoriale


La répartition géographique des industries prend une place importante dans leur décarbonation.

• Dans une logique d’écologie industrielle et territoriale (EIT), la constitution de hubs industriels permet la mu-
tualisation de matières premières, d’énergie et d’infrastructures. C’est particulièrement le cas pour la récupé-
ration de chaleur via un réseau de chaleur entre acteurs industriels d’un même site. Similairement, la production
d’hydrogène est associée à des infrastructures de production, de distribution et de stockage qui peuvent être
mutualisées autour des industries consommatrices (raffinerie, production d’engrais azotés…) et de flottes de
mobilité hydrogène captives.

• La mise en place d’infrastructures de captage et stockage géologique de CO2 est fortement liée aux spécificités
géologiques des territoires et doit être associée à des gisements concentrés en émissions. Seules trois zones
disposent, à l’heure actuelle, d’un potentiel en France (Figure 2). Selon les évolutions de la répartition géogra-
phique des installations émissives, du contexte local autour des sites de stockage et des coûts associés, ces
potentiels territoriaux pourront être modifiés.

• Pour les industries moins intensives en carbone, une relocalisation de la production au plus près de la consom-
mation peut être considérée. À l’inverse des orientations précédentes, celle-ci tendrait à décentraliser l’activi-
té industrielle sur le territoire national.

Organiser l’accès aux différents vecteurs énergétiques décarbonés


Dans le cadre de la transition écologique, l’accès à l’énergie décarbonée pourra être concurrentiel entre les
différents usages finaux, requérant des arbitrages et optimisations entre secteurs consommateurs.

Par exemple, si une partie du chauffage urbain peut être assurée par l’usage de biomasse, cette énergie trouve
une utilité plus importante dans l’industrie, qui requiert un apport de chaleur à haute température. Un réseau
de chauffage urbain, dont les besoins en température peuvent se limiter à 60 °C20, peut alors être alimenté par
la récupération de chaleur fatale provenant des chaudières industrielles.

À l’inverse, l’usage de produits biosourcés pourra, par exemple, être réduit afin de prioriser les puits naturels ou
l’usage de biomasse à des fins alimentaires.

Considérer les enjeux non climatiques


La transition écologique du secteur industriel est surtout gouvernée par les objectifs de décarbonation. Ces
objectifs peuvent cependant conduire à déconsidérer voire aggraver les autres problématiques environnemen-
tales (préservation de la biodiversité, de l’eau, des sols…).

20 La distribution de chaleur à basse température (60 à 90 °C) est permise par le développement des quartiers basse consommation,
la rénovation thermique des bâtiments et l’essor des émetteurs basse température (ex. : planchers chauffants).

326 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

2. Rétrospective : des efforts


de décarbonation de l’industrie
encore insuffisants
UNE BAISSE DES ÉMISSIONS
FORTEMENT IMPACTÉE PAR LES NORMES
SUR LES ÉMISSIONS N2O

Le secteur de l’industrie a émis 75 MtCO2eq en 2018, tion de l’industrie ralentit néanmoins légèrement
soit 17 % des émissions nationales. Ces émissions ont depuis 2011, et suit le niveau de consommation éner-
fortement baissé entre 1990 et 2018 (- 47 % sur la gétique. Le rythme de réduction annuel moyen des
période), en raison notamment des réglementations émissions s’élève à - 1,3 % par an sur la période 2011-
sur l’usage des N2O et de la décarbonation du mix 2019, contre - 2,3 % par an sur 1990-2010. En compa-
énergétique (principalement via le remplacement de raison, les objectifs fixés par la SNBC représentent un
produits pétroliers par du gaz naturel). La décarbona- rythme d’environ - 4,6 % par an entre 2015 et 2050.

Graphique 3 Évolution des émissions industrielles, par GES (1990-2019)21

140

120

100
MtCO2eq

80

60

40

20

1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018

CO2 HFC N2O Autres gaz (PFC, CH4, SF6, NF3)


Source : [2].

21 Données « Industrie manufacturière et construction » avec soustraction du poste « Construction ».

327 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

UNE ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION


D’ÉNERGIE CORRÉLÉE À L’ACTIVITÉ
ÉCONOMIQUE

Entre 1990 et 2000, la consommation d’énergie de niveaux de consommation d’énergie du secteur sont
l’industrie a augmenté et s’est stabilisée au milieu toujours en deçà des niveaux antérieurs à la crise,
des années 2000, puis a fortement chuté en 2009- avec au total un recul de 15 % par rapport à 1990.
2010 du fait de la crise économique. En 2016 les

Graphique 4 Évolution de la consommation d,énergie (hors matières premières) de l,industrie, par vecteur (1990-2016)

500

400

300
TWh

200

100

1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016

Charbon, coke et gaz sidérurgiques Gaz naturel Produits pétroliers


Vapeur Biomasse Spéciaux non renouvelables Électricité consommée

Source : [4].

PRINCIPAUX DÉTERMINANTS
DE LA VARIATION DE CONSOMMATION
D’ÉNERGIE

1. La baisse des volumes produits est l’un des princi- 2. Un effet de structure a également pu réduire la
paux moteurs de la réduction des consommations consommation énergétique dans le cas où cer-
énergétiques, particulièrement à la suite de la crise taines productions ont subi une réorientation dans
économique de 2008. Chaque secteur industriel des produits moins énergivores.
montre cependant des évolutions spécifiques.
3. Enfin, l’intensité énergétique s’est améliorée de
Dans les secteurs énergo-intensifs, la production près de 40 % [16] depuis 1990 et figure parmi les
en volume a diminué d’environ 10 à 25 % sur les dix principaux leviers de décarbonation des émissions
dernières années, à l’exception des secteurs du industrielles.
sucre (+ 30 %) et de l’aluminium (+ 10 %).
La pénétration de l’efficacité énergétique est
Ces variations de production s’expliquent par les cependant restée limitée, en raison de la baisse
variations de demande domestique, mais aussi par des quantités produites qui induit souvent une
les évolutions du commerce international. En effet, dégradation des performances énergétiques, mais
à l’exception du clinker (bien que les tendances également de l’allocation de quotas gratuits dans
récentes laissent une place plus grande aux impor- le cadre du SEQE-UE, limitant l’effet incitatif du
tations), tous ces matériaux font l’objet à la fois dispositif.
d’importations et d’exportations, notamment au
sein de l’Union européenne.

328 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

ÉVOLUTION DU MIX au réseau de transport ou de distribution de gaz


ÉNERGÉTIQUE naturel. Par ailleurs, la consommation de charbon
reste prégnante, notamment en sidérurgie où il est
Le mix énergétique industriel s’est principalement utilisé en tant que matière première.
décarboné grâce à un remplacement de l’usage de
produits pétroliers (PP) par du gaz naturel, probable-
ment en lien avec le développement et le renforce- PROGRÈS D’EFFICACITÉ
ment des réglementations sur les émissions MATIÈRE
industrielles. La consommation de charbon s’est
également réduite sous la poussée des normes rela- La structuration de filières de recyclage (filières à
tives à la qualité de l’air. En outre, les usages d’élec- responsabilité élargie du producteur – REP) a permis
tricité, d’énergies renouvelables (notamment de réaliser des progrès d’efficacité matière. Pour
thermiques) et de déchets s’intensifient, bien qu’ils autant, cette problématique ne s’impose comme
restent encore minoritaires. sujet de décarbonation que depuis le milieu des
années 2010 et le développement de l’écoconcep-
Le mix énergétique de l’industrie reste ainsi forte- tion. En 2017, 60 Mt de matières recyclées ont été
ment carboné, notamment par l’usage de charbon incorporées dans les procédés de fabrication, dont
et de fioul. Le maintien de ces vecteurs s’explique 43 Mt de granulats du BTP et 17 Mt de matériaux dans
par leur faible coût, mais également en raison du l’industrie (cf. chapitre 2.4.1. Déchets).
manque de connexion de certains sites industriels

Captage, stockage et valorisation du CO2 – des avancées R&D


en attente d’un déploiement à l’échelle industrielle

Les technologies CCS ont connu un fort synthèse de carburants, produits lement une réduction des émissions d’un
développement R&D dès la fin des chimiques ou matériaux. Ces techno- facteur 2, ce bilan est grevé par les émis-
années 1990, permettant la réalisation logies restent au stade R&D et ne sont sions liées :
de démonstrateurs dans les années 2010. pas encore déployées commerciale- aux procédés et consommations
Pour autant, aucun projet n’a été déve- ment. d’énergie dues au captage et à la valo-
loppé en France à échelle industrielle. risation du CO2 ;
Parmi les difficultés rencontrées, les Les voies de valorisation considérées
fortes oppositions sociétales, doublées imposent une importante consomma- à la réémission, à plus ou moins long
de l’écroulement du prix du carbone sur tion énergétique, notamment pour la terme, du carbone stocké dans le maté-
les marchés du SEQE-UE, ont conduit à formation de molécules énergétiques riau en fin de vie (combustion des car-
l’arrêt des projets en cours en Europe. (méthane, carburants), qui s’additionne burants, valorisation énergétique des
aux consommations d’énergie liées au déchets polymères).
Pour autant, depuis la signature des captage du CO2.
accords de Paris en 2015, les technologies L’opportunité de valorisation du CO2 est
CCS connaissent un regain d’intérêt. Il existe cependant un marché du CO2 donc à évaluer au cas par cas, pour
Dans un contexte de contrainte carbone pour des usages directs : 230 Mt de CO2 chaque projet.
croissante (prix du quota atteignant sont consommées chaque année dans le
58,39 euros en juillet 2021) et de déve- monde pour des usages industriels. Les Les acteurs de la filière française se
loppement de sites de stockage géolo- principales utilisations sont la production mobilisent donc pour poursuivre le
gique offshore (principalement en mer d’urée et la production d’hydrocarbures développement de ces deux voies (CCS
du Nord), de nouvelles initiatives se (EOR). En France, 0,8 Mt de CO2 sont et CCU) et les positionner comme des
structurent en France autour de ces consommées chaque année, dont 70 % réponses complémentaires aux leviers
technologies. Les perspectives de déve- par l’industrie agroalimentaire (boissons que sont l’efficacité énergétique et les
loppement visent notamment à en dimi- gazeuses, conservation des aliments…), énergies renouvelables, avec pour objec-
nuer la pénalité énergétique, à en réduire mais également dans les cultures agri- tif de premières mises en œuvre à
les coûts et à identifier de nouveaux sites coles, la chaîne du froid, le traitement de l’échelle industrielle à l’horizon 2030, en
de stockage onshore. l’eau ou les procédés industriels. priorité dans des régions industrielles
françaises ayant un accès aux capacités
La valorisation du CO2 (ou CCU) consiste Si la valorisation du CO2 permet le rem- de stockage déjà identifiées, notamment
à capter le CO2 pour l’utiliser comme placement de carbone d’origine fossile sous la mer du Nord.
matière première directe ou pour la par du CO2 capté, ce qui offrirait idéa-

Pour plus d’informations, voir [14], [15] et [17].

329 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

3. Plan de relance et
réglementations européennes :
une nouvelle dynamique
pour la décarbonation de l’industrie
Les éléments précédents ont permis de décrire les C’est dans ce contexte que, dès 2019, dans le cadre
enjeux de la décarbonation du secteur industriel et des travaux du Pacte Productif, se sont structurées
son évolution antérieure, tant en chiffres clés des les premières initiatives d’envergure sur la décarbo-
consommations énergétiques ou émissions de GES nation de l’industrie, avec le lancement de feuilles
qu’en description ou analyse de ses principaux sous- de route des secteurs industriels énergo-intensifs.
jacents. Ce travail se poursuit dans le cadre du projet Finance
ClimAct22 porté par l’ADEME. Il est également étendu
En complément, l’état actuel de la mobilisation du par les pouvoirs publics vers des secteurs aval moins
secteur industriel peut s’apprécier à l’aune des points énergo-intensifs et doit être affiné au niveau des
suivants : 25 sites industriels les plus émetteurs. Ce volet du
Pacte Productif s’est élargi vers des discussions plus
pour les industriels énergo-intensifs soumis à la globales dans le cadre de l’élaboration de la stratégie
Directive ETS, un durcissement de cette réglemen- d’accélération de la décarbonation de l’industrie,
tation dans ses modalités d’application (fin des dans le cadre du quatrième programme des inves-
quotas gratuits) et dans son niveau de contraintes tissements d’avenir. On y retrouve ainsi le principe
(passage de 5 EUR/tCO2 en 2013 à plus de 55 EUR/ de poursuite du Fonds Décarbonation Industrie,
tCO2 en juillet 2021 [18]) est anticipé. On retrouve au-delà du Plan de Relance (1,2 milliard d’euros pour
ainsi l’engouement de certains de ces acteurs pour 2020-2021-2022) qui a permis son émergence.
la mise en place d’un Mécanisme d’Ajustement
Carbone aux Frontières en contrepartie d’une pour- Par ailleurs, en Europe, zone de marché principale des
suite des quotas gratuits ; industriels français, le tempo politique et ses ambitions
en matière de stratégies industrielle et climatique
pour ces même acteurs, pour lesquels l’énergie est confirme une dynamique renouvelée, en particulier par
un poste de dépenses significatif, même si non sou- l’annonce du paquet législatif Fit for 55 %. Dans ce cadre,
mis à ETS, le débat public autour du prix des éner- la Commission européenne a présenté une douzaine
gies suggère une évolution probable de la fiscalité de textes (renforcement du marché du carbone, intro-
énergie ou carbone, notamment suite à la crise des duction d’un mécanisme d’ajustement carbone aux
Gilets jaunes ou à l’exonération des taxes (TICGN, frontières de l’UE, révision des directives sur l’efficacité
TURPE...) pour les gros consommateurs industriels ; énergétique, la taxation de l’énergie ou sur les renouve-
lables…), devant permettre à l’Union européenne de
pour la majorité de l’industrie, des décisions doivent réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre d’au
être prises (ou non) afin d’investir, dès à présent et moins 55 % d’ici à 2030.
dans les toutes prochaines années, dans son outil
de production, au regard de l’âge du parc industriel. C’est dans ce contexte que le monde industriel et
Devra être intégrée la contrainte climatique et éner- ses parties prenantes s’impliquent dans des exercices
gétique, que ce soit pour les raisons précédentes prospectifs, prenant conscience de l’ampleur des
ou pour répondre aux attentes de la société, notam- efforts à consentir pour l’ensemble des secteurs,
ment dans les dynamiques actuelles autour de la dont le secteur industriel, pour atteindre l’objectif
réindustrialisation, qui ont pu être amplifiées avec de neutralité carbone à l’échelle nationale. Les scé-
la crise de la Covid-19 ; narios présentés ci-dessous cherchent donc à éclai-
rer, à travers leurs narratifs tranchés, différentes
enfin, pour certains industriels « équipementiers », options envisageables.
des opportunités s’ouvrent pour le développement
de nouveaux produits ou technologies et donc pour
investir de nouveaux marchés liés à la décarbona-
tion de l’industrie.

22 Site de Finance ClimAct : https://finance-climact.fr/.

330 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

4. Description de la méthode
et outils de quantification
des scénarios
Dans cet exercice, l’industrie est considérée comme exemple, le charbon consommé par les hauts four-
un secteur de la demande énergétique, au même neaux en sidérurgie est compté en tant que
titre que le bâtiment ou les transports, en opposition consommation de combustibles dans les bilans
à ceux de l’offre énergétique comme le gaz ou l’élec- CEREN alors qu’il est compté en tant que matière
tricité. Cependant, c’est un secteur pivot puisque la première dans les bilans SDES.
demande en produits industriels est une consé-
quence directe des hypothèses des autres secteurs, La modélisation du secteur « industrie » dans ce cha-
tant de la demande que de l’offre énergétique. De pitre n’est donc pas effectuée au périmètre du SDES,
plus, en tant que producteur et consommateur de mais l’est dans le chapitre de consolidation des résul-
déchets, il est aussi très lié à ce secteur. tats de l’ensemble de cet exercice de prospective
(cf. chapitre 3.2. Enseignements, interprétations, limites
C’est pourquoi la méthodologie de construction des et perspectives) afin de pouvoir faire les comparaisons
scénarios a suivi deux grandes étapes : d’une part avec les exercices nationaux.
l’écriture des récits et, d’autre part, la modélisation.
Elles ont été menées par itération, pour assurer la Ces différences de périmètres et de comptabilité
cohérence des histoires et des ordres de grandeur, imposent une prudence lors de la comparaison des
mais aussi la cohérence avec les autres macrosecteurs données et résultats entre sources.
(transports, bâtiment, etc.).

Différences de périmètre d’analyse sur les activités


considérées : 4.1. Écriture des récits

L’industrie recouvre, dans la modélisation qui suit, Du point de vue du prospectiviste, l’atteinte de l’ob-
l’ensemble des activités répertoriées selon les codes jectif de neutralité carbone suppose, en amont, de
NCE 12 à 38, en accord avec le périmètre utilisé par se projeter dans des univers extrêmes, y compris
le CEREN. Sont donc notamment exclus l’industrie pour l’industrie, et d’y positionner les différents
de l’énergie (dont raffinage), le génie civil et le bâti- acteurs face aux grands choix de société. Les acteurs
ment. À l’inverse, les vapocraqueurs et les cokeries mobilisés et leur niveau d’implication façonnent alors
sidérurgiques y sont inclus. Ce chapitre industrie fait au premier ordre l’évolution du paysage industriel.
également référence à d’autres sources de données
(par exemple section 1.1 et 2) : on y retrouve en parti- Une forte implication citoyenne pourra modifier
culier des données issues du Service des Données et les niveaux de production, via de fortes baisses de
Études Statistiques du ministère de la Transition consommation et favoriser le « made in France ». Si
écologique (SDES23) et du CITEPA : ces leviers peuvent stimuler la modernisation des
industries, le recul de la demande peut également
le CITEPA considère l’industrie au travers du secteur intensifier l’aversion au risque des industriels et
« industrie manufacturière et construction ». Il ne limiter la pénétration de technologies émergentes
prend notamment pas en compte les émissions ou très intensives en CAPEX. Cet univers est décrit
liées aux cokeries sidérurgiques mais tient compte dans le scénario 1.
d’activités de construction ;
Une forte implication des collectivités territoriales
le périmètre du SDES diffère également de celui du pourra favoriser les interconnexions à l’échelle régio-
CEREN puisqu’il inclut le secteur de la construction nale, les boucles d’économie circulaire et une
ainsi que les raffineries. Cela induit notamment des décentralisation des activités industrielles. Cet uni-
écarts conséquents dans la consommation de pro- vers est principalement décrit dans le scénario 2.
duits pétroliers. D’autres différences de comptabi-
lité énergétique apparaissent également. Par

23 https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/.

331 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Une forte implication du gouvernement, à l’échelle (RÉ)INDUSTRIALISATION : QUELLE


nationale, pourra influencer, via des outils incitatifs PRODUCTION NATIONALE ET QUELLES
et règlementaires, une refonte de l’appareil pro- IMPLANTATIONS TERRITORIALES ?
ductif, la mise en place d’interconnexions à l’échelle
nationale, ainsi que d’éventuelles centralisations Les niveaux de production des industries françaises
des activités sur le territoire. Cet univers est décrit dépendent de la demande intérieure, mais aussi des
dans les scénarios 2 et 3. niveaux d’importation et d’exportation en jeu dans
le cadre du commerce international. Différentes
Une forte implication des institutions européennes politiques industrielles peuvent donc être envisagées :
pourra soutenir des interconnexions à l’échelle protectionnisme, relocalisations (cf. section 5, encadré
européenne, pousser à la spécialisation de l’appa- Au-delà du solde commercial, une nécessité de clarifier
reil productif selon les pays de l’Union, densifier les relocalisation et réindustrialisation selon les scénarios),
échanges commerciaux intra-européens ou favori- spécialisations de l’industrie française dans certaines
ser le « made in Europe ». Cet univers est décrit dans filières, préférence pour les échanges intra-européens,
le scénario 3. intensification de la circulation des biens à l’échelle
mondiale… Ces choix de politique industrielle et
Une forte implication des industriels pourra favo- commerciale ont un impact direct sur le niveau
riser une décarbonation organisée à l’échelle inter- d’effort à fournir pour décarboner l’appareil productif
nationale, mais restera limitée par les règles de français. En particulier, la conservation des industries
fonctionnement de la compétition économique. lourdes sur le territoire peut nécessiter la mise en place
Une implication unilatérale des industriels n’est de technologies de captage et stockage géologique
décrite que dans le scénario 4, dans lequel les indus- du CO2 afin d’absorber les émissions résiduelles
triels se mobilisent sur les technologies CCS. Une associées.
implication forte des industriels est cependant
considérée dans les scénarios 2 et 3, dans lesquels
ils bénéficient de l’appui des pouvoirs publics. DÉCARBONATION DE L’APPAREIL
PRODUCTIF : QUELS MODES
Ces choix de société se déclinent concrètement DE PRODUCTION ?
autour de trois problématiques : la demande indus-
trielle, le lieu de production et l’outil de production. De nombreuses technologies peuvent être mises en
place afin de répondre aux besoins de production
tout en minimisant les impacts environnementaux.
DEMANDE INTÉRIEURE : QUELS MODES Cependant, les choix technologiques effectués
DE CONSOMMATION ? seront principalement fonction des freins rencontrés
et des leviers mobilisables (cf. section 1.3) dans le
Les quantités et qualités de chaque produit contexte de chaque scénario. Des univers contrastés
consommé sont autant de choix de société qui redes- se dessinent ainsi selon la capacité d’investissement
sinent le paysage industriel. L’évolution des besoins, des industriels, le contexte règlementaire, le prix du
qui se décline dans d’autres secteurs, tels que les carbone et des énergies, ou selon les interférences
transports (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des voyageurs et entre acteurs autour des vecteurs énergétiques et
transport de marchandises) ou le bâtiment (cf. chapitre des chaînes d’approvisionnement24.
2.1.2. Bâtiments résidentiels et tertiaires), définit les pro-
ductions industrielles à ralentir, transformer ou Aussi, pour modéliser ces scénarios, il a été nécessaire
renforcer. Outre les volumes à produire, les exi- d’effectuer un important travail de mise en cohé-
gences quant à la forme ou la qualité des produits rence avec les autres macrosecteurs (bâtiment, trans-
pourront notamment moduler la place à attribuer ports…) qui s’est structuré autour de deux grands
à l’écoconception ou à l’incorporation d’intrants éléments :
alternatifs. De nouveaux produits ou usages
devraient également émerger. la philosophie générale donnée à tous les macrosec-
teurs a permis de définir des grands principes de
cadrage de certaines hypothèses, comme le recours
accru à la biomasse dans S1 et S2 contre l’électrifi-
cation dans S3 et S4 ;

24 C’est par exemple le cas pour la production de plastiques, basée à l’heure actuelle sur la coproduction de naphta dans les
raffineries. Dans l’hypothèse d’un abandon des énergies fossiles, la pétrochimie aurait à se réinventer en l’absence de raffineries :
importations, production de méthanol à partir d’hydrogène – selon les infrastructures et capacités électriques disponibles,
vapocraquage de déchets pyrolysés – selon les flux de matières premières de recyclage, production de bionaphtas ou bioéthanols
– selon les disponibilités en biomasse, etc.

332 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

ceux-ci ont cependant été challengés au regard des 4.2. Méthodologie de modélisation
niveaux de demande en produits industriels, induits
par les autres macrosecteurs. Ils conditionnent en
des consommations d’énergie
effet considérablement les stratégies industrielles
La chaîne de modélisation utilisée est présentée sur
à mettre en place. Ainsi, un investissement massif
la Figure 3. Globalement, l’approche retenue est
semble difficilement justifiable si les perspectives
centrée sur les volumes de production physique.
de production industrielle sont envisagées drasti-
quement à la baisse.

L’objectif de l’exercice étant de présenter une diver-


sité d’univers permettant d’alimenter le débat autour
des différentes trajectoires potentielles de décarbo-
nation, un maximum de contrastes a été recherché
pour en tirer le plus d’enseignements possibles.

Figure 3 Méthodologie de modélisation du secteur industriel

OUTIL INTERNE

3
2
Demande
Commerce Production 5
en produits de produits
international manufacturés NEGAMAT
manufacturés

Consommation
d’énergie,
1b efficacité
énergétique
niveau de
Plans de 4 production...
transitions
PEPITO sectoriels Hypothèses :
1a efficacité
énergétique,
électrification, Three-ME
substitution
énergétique

Demande en matériaux,
commerce international

Données
Hypothèses internes
autres secteurs
(transports,
bâtiments...)
Vérification de cohérence a posteriori
DÉPART

Outils de modélisation Sources de données et d’hypothèses Vérification de cohérence a posteriori

333 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Calibrage de la méthodologie de scénarisation : le scénario tendanciel

Les niveaux de production industrielle du scénario se rapprocher du mix énergétique final du scé-
tendanciel ont été déterminés selon la même nario AME 2021 ;
méthodologie que les autres scénarios. Les hypo- rester cohérent avec les potentiels maximums
thèses énergétiques ont été établies par analogie d’efficacité énergétique sous-sectoriels utilisés
au scénario AME 2021 de la DGEC. Les niveaux de dans les autres scénarios (cf. section 5) ;
production étant différents entre les deux exer- correspondre aux travaux réalisés dans le cadre
cices, des simulations à iso-production ont été des premiers Plans de Transition Sectoriels ;
réalisées afin de retranscrire au mieux des hypo- garantir certaines contraintes techniques au sein
thèses d’efficacité énergétique et de mix énergé- des mix négaMat plus précis (biomasse difficile-
tique compatibles entre ces deux approches. ment compatible avec les procédés haute tem-
Cependant, certaines ont été adaptées pour pérature, combustibles utilisés également en tant
répondre à un niveau de finesse plus important, que réactifs maintenus…).
notamment afin de :
correspondre au paramétrage du modèle néga-
Mat (efficacité énergétique combustible/élec-
trique, mix énergétiques détaillés par usage…) ;

4.2.1. Définition de la demande,


du commerce international et de la
production de produits industriels

1a
La demande en matériaux issus des IGCE est déter- Dans un secteur importateur net, le solde commer-
minée à partir de l’outil PEPIT0 [19] sur la base de cial, et donc le taux S/P sont négatifs. Néanmoins, le
plus de 200 paramètres, traduisant les hypothèses taux S/P évolue selon les scénarios (cf. section 5, enca-
des autres macrosecteurs (transports, bâtiment, agri- dré Commerce international ), pouvant :
culture et alimentation, biens de consommation…),
tels que décrits dans ce document. augmenter dans S1 et S2 dans lesquels une reloca-
lisation d’activité est envisagée ;

rester stable dans S3 dans lequel la dynamique des


1b
échanges commerciaux est conservée ;
Pour certains secteurs non IGCE, la demande est
indexée sur celle des IGCE au sein d’un outil interne. diminuer dans S4 dans lequel les avantages com-
À titre d’exemple, l’évolution de la demande en fer- paratifs des pays se renforcent.
roalliages correspond à la demande modélisée pour
l’industrie sidérurgique. Le raisonnement est identique si le secteur est expor-
tateur net : le taux S/P est alors positif. Dans S1 et S2,
En tout, 70 sous-secteurs sont modélisés. ce taux pourra diminuer si des relocalisations d’ac-
tivité sont également envisagées dans les pays tiers,
pesant sur les exportations françaises.
2
En revanche, le taux S/P ne capte pas l’intensité des
La prise en compte du commerce international dans échanges : une valeur de 0 % indique seulement que
la méthodologie de modélisation s’illustre par la défi- les exportations et les importations se compensent
nition d’un indicateur, le taux S/P (solde commercial et non l’absence d’échanges.
en volume physique ramené à la production), variant
selon les secteurs industriels, tel que :

S solde commercial
P
= production
= exportations-importations
production

334 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

3
À ce stade, la production industrielle sur le territoire Des hypothèses de mix énergétiques thermiques des
français, à destination de la consommation française process, des chaudières et des cogénérations ont
et de l’export, est définie pour chaque scénario et été formulées, prenant en compte les vecteurs éner-
chacun des 70 sous-secteurs. Cette définition tient gétiques suivants :
compte d’évolutions de la répartition entre filières vapeur ;
de production alternatives notamment à base de charbon ;
matières premières vierges ou recyclées (cf. section 4.3. réseau de gaz ;
Empreinte matière ). GPL ;
autres produits pétroliers ;
Cette production industrielle est ensuite intégrée biomasse ;
dans l’outil de modélisation Excel négaMat, déve- combustibles spéciaux non renouvelables25 ;
loppé par l’Association négaWatt afin d’évaluer les hydrogène ;
niveaux de consommations énergétiques de solaire thermique.
70 sous-secteurs industriels à partir de scénarios
d’évolution de leurs niveaux de production. Certaines contraintes techniques ont été prises en
compte dans le mix énergétique des process. Ceux
fonctionnant à hautes températures ont été alimen-
4.2.2. Efficacité énergétique, tés par du gaz naturel plutôt que par de la biomasse,
électrification et mix énergétique du fait de difficultés techniques reconnues pour
atteindre les températures requises.

Il a également été considéré l’utilisation de combus-


4
tibles solides de récupération (CSR), en particulier
Des potentiels maximums d’efficacité énergétique dans les cimenteries (cf. chapitre 2.4.1. Déchets).
sectoriels et transversaux à 2050 ont été déterminés
à partir de données du CEREN et de coefficients Les combustibles, comme les produits pétroliers
de faisabilité technico-économiques. Ils incluent et le charbon par exemple, qui jouent parfois aussi
notamment des actions de récupération de chaleur le rôle de réactifs chimiques, ont été conservés
fatale avec valorisation sur le site. De même, un dans certains secteurs.
potentiel maximum d’électrification sectoriel a
été déterminé à partir d’études du CEREN [13] et Par ailleurs, les cogénérations ont fait l’objet d’hypo-
d’ALLICE [20]. thèses simplificatrices. Celles alimentées par de la
biomasse en fonctionnement en 2014 ont été conser-
Ces potentiels maximums ont été modulés en fonc- vées. Celles lauréates des appels de la Commission
tion des scénarios selon plusieurs critères : le soutien de Régulation de l’Énergie (CRE) entre 2014 et 2021
financier de l’État, le niveau de production, les et programmées dans le futur ont été ajoutées. Les
demandes du consommateur, le contexte règle- autres ont été converties au gaz naturel.
mentaire, la recherche de réduction des coûts liés
à l’énergie pour des raisons de santé économique Le nombre important d’hypothèses n’a pas rendu
et de compétitivité, les développements techno- possible l’étude précise du mix énergétique ther-
logiques, etc. mique de chaque sous-secteur.

Les coefficients de faisabilité technico-économiques La récupération de chaleur fatale avec valorisation


associés aux actions d’économies d’énergie étudiées interne n’a pas été traitée comme un vecteur éner-
n’ont pas été différenciés selon les scénarios. Certains gétique mais a été directement intégrée aux poten-
potentiels maximums d’efficacité énergétique pour- tiels sectoriels d’économies d’énergie explicités plus
raient donc être revus à la hausse ou à la baisse. haut. La récupération de chaleur avec valorisation
externe a été incluse dans les réseaux de chaleur.

25 Les combustibles spéciaux non renouvelables correspondent à des déchets industriels non renouvelables (pneus usagés,
peintures, solvants, etc.) et à des combustibles solides de récupération (cf. chapitre 2•4•1• Déchets).

335 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

4.3. Empreinte matière

Par ailleurs, la prise en compte des leviers d’efficacité l’utilisation d’anodes inertes dans la production
matière a été modélisée en considérant : d’aluminium ;

des filières de production alternatives à partir de soit déterminés sur la base de l’inventaire 2014 du
matières premières recyclées (verre, acier, alumi- CITEPA [21], par indexation à la production indus-
nium, plastiques, papier) ; trielle des secteurs concernés ;

des intrants matières alternatifs (argiles calcinées soit, pour les PFC, SF6 et NF3, déterminés par des
en substitution au clinker dans les cimenteries, bio- tendances d’évolution par scénario fournies par le
naphta en substitution au naphta dans les vapo- CITEPA ;
craqueurs, anode inerte en substitution aux anodes
carbone dans l’aluminium…) qui réduisent les émis- soit, pour les HFC, déterminés par le CITEPA.
sions « process » non énergétiques ;

des usages optimisés des matériaux industriels selon 4.5. Des modélisations sectorielles
leur teneur bas carbone qui permettent d’orienter
la production industrielle bas carbone des IGCE
complexes
(ex. : diminution de la quantité de ciment dans un
ouvrage…). En complément de ces approches méthodologiques,
certains secteurs ont bénéficié d’une modélisation
Ces leviers de décarbonation sont modélisés au sein plus poussée pour tenir compte des interactions
de l’outil PEPIT0, soit par la modification des taux complexes entre différents sous-produits. C’est par-
d’incorporation de matières premières vierges/ ticulièrement le cas dans la pétrochimie qui croise
matières premières recyclées, soit par une baisse de des problématiques liées à l’utilisation des matières
la demande (ex. : taux de clinker différenciés selon fossiles, au recyclage des plastiques, etc. (cf. section
les scénarios en fonction de la pénétration des argiles 5.6, encadré Focus sur la chimie des plastiques).
calcinées en substitution au clinker dans les cimen-
teries), soit directement par les hypothèses trans-
mises par les autres secteurs de la demande (ex. :
procédés constructifs différents pour le secteur du
bâtiment).

4.4. Des consommations


énergétiques aux émissions de GES
La modélisation des consommations énergétiques
exposée précédemment peut ensuite être convertie
en émissions énergétiques de gaz à effet de serre,
par multiplication avec les facteurs d’émissions des
différentes énergies utilisées.

Les autres leviers de décarbonation, liés à l’efficacité


matière et à la réduction des émissions non énergé-
tiques, sont :

soit indirectement pris en compte dans les niveaux


de demande en produits industriels (ex. : diminution
de la demande en clinker liée à son remplacement
par des argiles calcinées ou autres intrants alterna-
tifs)26 ;

soit pris en compte explicitement, en ce qui


concerne les réductions d’émissions permises par

26 Ces complexités méthodologiques sont en cours d’études, notamment au travers des Plans de Transition Sectoriels des IGCE.
www.finance-climact.fr.

336 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

5. Stratégies pour le secteur


selon chaque scénario
L’ensemble des scénarios s’articule autour de neuf TECHNOLOGIES DE DÉCARBONATION
leviers et métriques de transformations, activés avec
plus ou moins d’intensité selon l’univers prospecti- 4. L’efficacité énergétique quantifie les efforts des
viste décrit. industries sur la réduction de leurs consommations
d’énergie, modulés selon les niveaux d’investisse-
ments accessibles et les éventuelles aides publiques.
ACTIVITÉ INDUSTRIELLE
5. L’efficacité matière représente les niveaux d’incor-
poration d’intrants alternatifs, notamment les
1. Le niveau de demande industrielle domestique
matières premières de recyclage.
retranscrit les modes de consommation des
citoyens, découlant des mutations engagées dans 6. L’évolution du mix énergétique traduit les évolu-
l’ensemble des secteurs de l’économie, en parti- tions des industries pour accueillir des sources
culier dans les secteurs des transports, des bâti- d’énergies décarbonées.
ments, des engrais et des emballages. La Figure 4
7. L’usage d’hydrogène traduit la pénétration de ce
présente la ventilation de la demande des secteurs
vecteur singulier pour les différents usages dans
consommateurs en matériaux issus des IGCE, en
l’industrie, en interaction avec les chaînes d’ap-
millions de tonnes.
provisionnement et le système énergétique.

2. Le commerce international, matérialisé par le taux 8. Le captage et le stockage géologique du CO2 repré-
S/P, représente la part de la demande qui sera assu- sentent une solution de réduction des émissions
rée par l’appareil productif national (cf. encadré industrielles27.
Commerce international).
9. Le captage et la valorisation du CO2 offrent des
3. Le niveau de production qui en découle définit le débouchés afin d’utiliser le CO2 capté dans des
nombre, la capacité et la localisation des sites filières potentiellement décarbonées.
industriels actifs pour chaque catégorie de produit
considéré.

Figure 4 Principaux flux de matériaux en provenance de l,industrie lourde (IGCE) en 2014

Travaux publics/énergie
Clinker (ciment)

Bâtiment
ment
Acier
Principaux marchés

sp
p
Transport
Aluminium
9 IGCE

Dichlore
Divers (
ers (mécanique,
(mécanique tile...))
q , textile...)
textile
Éthylène
Chi i ctifss
Chimie/réactifs

Verre
Emballages

Ammoniac
Engrais azotés

Papiers/cartons
Papiers graphiques/sanitaires

27 Le captage et stockage de CO2 (CCS) dans l’industrie est comptabilisé, dans ce chapitre, en incluant les parts de CO2 capté
d’origine biogénique (BECCS). En revanche, les chiffres présentés n’incluent pas les émissions captées sur les unités de valorisation
énergétique des déchets (UIOM).

337 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Ces leviers sont décrits, pour chaque scénario, dans le Tableau 2 de synthèse ci-dessous.

Tableau 2 Degré de développement des neuf leviers de transformation de l,industrie dans les scénarios

TEND S1 S2 S3 S4

Recul Baisse drastique Baisse drastique Baisse modérée


Demande stable
de la demande de la demande de la demande de la demande

Baisse des importa-


Réindustrialisations Tendance aux
Amélioration tions en raison du Intensification
et exportations échanges maintenue
du solde « made in France » des tendances
soutenues par les dans un cadre
commercial impulsé par les de mondialisation
pouvoirs publics européen
consommateurs
Chute de la Accentuation de
Réduction importante
Chute drastique production industrielle la baisse de la
de la production
de la production due aux baisses de production malgré
Recul industrielle accentuée
industrielle, malgré la demande, en une demande
de la production par un statu quo
les limitations partie compensées stable, en raison de
dans le commerce
d’importations par la dynamique de l’intensification
international
réindustrialisation des importations
Effort notable pour
Effort notable pour Effort très important conserver les parts de
Efficacité
conserver des parts de (parts de marché, marché (compétitivité Effort tendanciel
énergétique
marché (image verte) soutien de l’État) internationale,
électrification)

Augmentation Augmentation forte Augmentation Taux de MPR


Efficacité matière
du taux de MPR du taux de MPR du taux de MPR tendanciel

Développement Développement
Mix énergétique

Très forte pénétration Forte pénétration


Biomasse tendanciel tendanciel
de la biomasse de la biomasse
de la biomasse de la biomasse

Électrification Électrification
Électrification Électrification
Électricité des chaudières des chaudières
tendancielle tendancielle
et des procédés et des procédés

Hydrogène
(dans l’industrie)

Captage et stockage
géologique de CO2
industriel

Valorisation
industrielle
de CO2 capté

Aucun développement Fort développement

338 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Commerce international : des échanges de biens dont il est nécessaire


de mesurer davantage la portée pour un monde neutre en carbone
La hausse continue des importations et des expor- de relocalisation dans des secteurs stratégiques (en
tations de biens manufacturés en France entre 1995 particulier filières métaux et plastiques) permettant
et 2015 (respectivement + 243 % et + 224 %) illustre aussi de dégager des exportations significatives
l’étirement géographique des chaînes de valeur ciblées. Combinaisons de mesures de soutien à ces
sous l’effet de la baisse du coût du transport et de secteurs et de négociations européennes, ces évo-
l’émergence de pays dont l’avantage comparatif lutions traduisent une volonté de rayonnement de
sur le coût du travail a permis l’offre de nouveaux la France à l’international autour de produits et
produits à bas prix dans les pays industrialisés. Cette technologies décarbonés. Dans S1, la forte prise de
tendance historique est également le reflet de l’ab- conscience des consommateurs a également un
sence d’internalisation d’un prix du CO2 dans le effet significatif sur le solde commercial. Le « made
coût de production et de la non-prise en compte in France » s’est diffusé sur tous les échelons de la
de critères environnementaux dans les choix de société et l’appétence des consommateurs pour
consommation. Sous l’hypothèse que l’ensemble des produits ayant parcouru des milliers de kilo-
des partenaires commerciaux de la France décar- mètres est fortement réduite. Une part incompres-
bonent leur économie dans les mêmes conditions, sible d’importations se maintient néanmoins afin
le taux S/P (solde commercial en volume physique d’assurer un approvisionnement en matières pre-
ramené à la production, cf. section 4) dans S3 se mières vierges et de recyclage.
maintient quasiment à son niveau de 2020. Si une
partie de l’acier produit à partir d’hydrogène est Par ailleurs, l’évolution des industries agroalimen-
en effet davantage exportée, la France se maintient taires est directement liée aux enjeux climatiques
globalement comme un importateur net. Les de la production agricole (usage des sols, biocar-
consommateurs sont sensibles au « made in Europe burants) et à l’évolution des régimes alimentaires.
» mais pas nécessairement au « made in France ». Par conséquent, les évolutions de solde associées
Dans S4, les flux de marchandises et de personnes à ces industries tiennent compte de ces arbitrages
sont facilités avec la décarbonation du secteur des au premier ordre et peuvent différer de la logique
transports et les avantages comparatifs en vigueur d’évolution des autres industries (cf. chapitre 2.2.1.
en 2020 se renforcent jusqu’à 2050. Le solde com- Production agricole).
mercial de l’industrie lourde continue donc de se
creuser. Au bilan, le solde commercial de l’industrie lourde
évolue à des degrés divers selon les scénarios. En
En revanche, un nouveau rapport au commerce considérant la masse (en tonnage) de l’ensemble
international pour les consommateurs et les pou- des matériaux associés aux industries lourdes (hors
voirs publics semble se dessiner suite à la crise de sucre), le taux S/P total (toutes IGCE confondues)
la Covid-19 et aux enjeux environnementaux autour passe de - 0,2 % en 2014 à, en 2050 :
de la notion « d’empreinte carbone » et/ou « d’em- - 10 % dans le scénario tendanciel (tenant compte
preinte matière ». Ces signaux justifient l’alternative des récentes dégradations du solde commercial
choisie pour S1 et S2 en matière de commerce dans certains secteurs sur la période 2014-2021) ;
international. Ainsi, par rapport à la tendance his- - 4 % dans S1 ;
torique où la France est devenue importatrice nette + 7 % dans S2 ;
de biens manufacturés, les pouvoirs publics - 6 % dans S3 ;
décident, dans S2, de mener une forte politique - 14 % dans S4.

339 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Au-delà du solde commercial, une nécessité de clarifier relocalisation


et réindustrialisation selon les scénarios
Les conséquences économiques de la crise de la produits « made in France ». Cependant, dans plus
Covid-19 ont mis en lumière l’étirement des chaînes de 80 % des secteurs ainsi « relocalisés », cette
de valeur et la vulnérabilité de certains secteurs dynamique limite l’érosion de l’activité industrielle
devant les difficultés d’approvisionnement pour due à la chute de la demande intérieure mais n’im-
certaines matières premières et/ou produits semi-fi- plique pas des hausses de production. Dans ce
nis. Un tel contexte de transition permet ainsi d’en- scénario, la relocalisation dans une France neutre
visager des relocalisations d’activité dans S1 et S2. en carbone est envisagée comme un moyen de
limiter la baisse du taux d’utilisation des capacités
Concept émergent depuis quelques années, le de production dans l’industrie et ainsi de mainte-
terme de relocalisation s’oppose à celui de déloca- nir des sites existants.
lisation et vise à rapatrier en France de l’activité
antérieurement localisée à l’étranger. En revanche, Dans S2, les pouvoirs publics se saisissent de la
il est complexe d’anticiper la façon dont ces poten- problématique de l’étirement des chaînes de
tielles relocalisations se traduiront à l’échelle des valeur sur certains secteurs. Cette relocalisation y
sites industriels (réouvertures de sites, augmentation prend la forme d’une réindustrialisation et est donc
des capacités existantes…). plus ambitieuse, tant en nombre de secteurs
concernés qu’en dynamisation de la production :
La réindustrialisation, par opposition à désindus- près d’un tiers des secteurs améliorant leur solde
trialisation, s’entend, dans notre approche, comme commercial voient leur production augmenter,
une notion macroéconomique où la part de l’indus- notamment sur les secteurs innovants liés à l’éco-
trie dans le PIB serait plus importante et où l’emploi nomie circulaire.
industriel serait relativement amené à croître. Les
hypothèses prises en compte dans chacun des scé- Ces constats « en volume physique » peuvent être
narios concernant l’évolution de la demande inté- nuancés dans le cas où la production industrielle
rieure rendent la réindustrialisation des secteurs évoluerait vers un modèle plus « qualitatif » dans
IGCE difficilement envisageable dans S1, S3 et S4 lequel les biens vendus sont certes moins nombreux
mais possible sur certaines filières ciblées dans S2. mais plus durables, intégrant donc une valeur ajou-
Néanmoins, hors IGCE, certains secteurs industriels tée plus importante (ex. : textile « made in France »).
comme ceux liés aux énergies renouvelables, à la Sous cette approche « en valeur », certains secteurs
production d’hydrogène ou les nouvelles activités pourraient dès lors voir leur valeur ajoutée augmen-
de l’économie circulaire pourraient bénéficier de ter sans nécessairement véhiculer une dimension
la transition selon les scénarios. La prise en compte de réindustrialisation en matière de production et
des enjeux d’adaptation des territoires et de forma- d’emplois associés.
tion semble ainsi nécessaire pour optimiser le
déploiement de ces activités industrielles. Dans S3 et S4, la relocalisation n’est pas envisagée
dans la mesure où les avantages comparatifs exis-
Dans S1, la prise de conscience des consommateurs tants sont maintenus (S3) et accentués (S4).
aboutit à de nouveaux arbitrages en faveur des

340 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

5.1. Scénario tendanciel :


une poursuite des dynamiques
actuelles de consommation
et de désindustrialisation

Graphique 5 Décomposition par levier des baisses de consommation énergétique dans le scénario tendanciel,
entre 2014 et 205028 29

438 +8
430
- 16
373
- 38
- 19
TWh

Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation
énergétique produits (demande énergétique et énergétique produits (demande énergétique et énergétique
2014 et efficacité matière) électrification 2030 et efficacité matière) électrification 2050

Vapeur Charbon Gaz réseau GPL Produits pétroliers Biomasse


Spéciaux Solaire thermique Hydrogène Électricité

Ce scénario considère une poursuite des tendances la construction. Ces effets masquent cependant le
engagées (Graphique 5). Il est structuré, en particulier, maintien de tendances haussières dans la consom-
par les évolutions tendancielles des secteurs de la mation de certains produits industriels, notamment
demande industrielle (bâtiment et transports notam- dans l’industrie aval. Dans l’industrie lourde, le sec-
ment), constituant un prolongement des niveaux et teur de l’aluminium voit sa demande en provenance
modes de consommation. Les dispositifs de soutien des transports plus que tripler. En outre, la demande
public existants et les mesures prenant effet sur la en ammoniac (plastiques thermodurcissables et
période de l’exercice, telles que la réglementation polyuréthane) progresse de 18 % par rapport à 2014
RE2020 ou l’interdiction de l’utilisation des plastiques sous l’effet notamment de la dynamisation du sec-
à usage unique, y sont pris en compte afin de soute- teur des transports (augmentation de 29 % de la
nir les évolutions de la demande ainsi que la moder- vente de véhicules particuliers neufs) et des hausses
nisation des sites industriels. Les échanges de consommation de biens d’équipements.
commerciaux poursuivent la tendance en cours de
mondialisation et de désindustrialisation. Commerce international. Les échanges commer-
ciaux s’intensifient à l’échelle mondiale avec un
recentrage régional en Europe suggéré par les
PRODUCTION : UN RECUL SENSIBLE DE discussions en cours, notamment autour du
LA DEMANDE DANS L’INDUSTRIE LOURDE mécanisme d’ajustement carbone aux frontières
ABAISSE LES NIVEAUX DE PRODUCTION de l’UE. Pour les matériaux (hors sucre) issus des
DÉJÀ AFFECTÉS PAR LA industries lourdes (IGCE), le solde commercial de
DÉSINDUSTRIALISATION la France devient davantage importateur, à hau-
teur de 10 % du volume physique de production.
Demande. Les réglementations prenant effet sur Certaines tendances observées après 2014, telles
la période et les évolutions démographiques que le passage à un solde importateur pour les
induisent une réduction significative de la demande aciers longs, se prolongent jusqu’en 2050.
industrielle pour les secteurs des emballages et de

28 Les baisses de volumes produits sont liées aux réductions de la demande et aux efforts d’efficacité matière.
29 Les consommations d’hydrogène ne sont pas représentées en 2014 : une part des consommations de gaz réseau est mobilisée
pour leur production. En 2019, les consommations d’hydrogène de l’industrie (hors raffinage) représentent près de 10 TWh,
dont trois quarts sont dédiées à la production d’engrais et un quart à la production de méthanol.

341 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Évolution de la production en volume, en produits, bois et de la fonderie (Graphique 6). Le dynamisme


en localisation. La production industrielle poursuit de la filière aluminium permet l’ouverture d’un site
son recul dans la plupart des secteurs, à l’exception de production primaire.
des secteurs de l’aluminium, de l’automobile, du

Graphique 6 Évolution (en %) des volumes totaux de demande et de production des industries lourdes (IGCE) en 2050
dans le scénario tendanciel par rapport à 201430

+ 82 + 82
Taux d’évolution vs 2014

+ 23
+ 18
+ 0,3 +2 +2
0
-2 -2 -4 -4
- 17 - 16
- 22 - 22
- 26

- 47 - 47
Acier Aluminium Clinker (ciment) Verre Ammoniac Dichlore Éthylène Papiers/ Plastiques
cartons

Demande totale Production totale

TECHNOLOGIES DE DÉCARBONATION : AME de la SNBC, prenant en compte les mesures


UNE DÉCARBONATION DU MIX mises en place à l’heure actuelle. Ces évolutions
ÉNERGÉTIQUE SOUTENUE PAR L’ÉTAT ont cependant été modulées, notamment afin de
ET DES EFFORTS PARTIELS D’EFFICACITÉ limiter l’usage de produits fossiles sans remettre en
ÉNERGÉTIQUE ENCOURAGÉS PAR LES cause certains usages non énergétiques (cf. section 4) .
PROBLÉMATIQUES DE COMPÉTITIVITÉ
Usage d’hydrogène. L’utilisation d’hydrogène dans
Les pouvoirs publics poursuivent leur soutien à la l’industrie (production de méthanol et d’engrais)
modernisation des sites industriels par le biais d’aides atteint 13 TWh en 2050 et s’effectue par reformage
similaires aux dispositifs existants (ex. : Fonds de de gaz du réseau.
Décarbonation de l’Industrie, CEE, BCIAT).
Captage et stockage géologique de CO2 industriel31.
Efficacité matière. Les efforts en efficacité matière Un développement minimal des technologies CCS
restent constants par rapport à 2014. Au total, les (7,4 Mt de CO2 captées par an dans l’industrie en
secteurs de l’acier, de l’aluminium, du verre, du 2050), et essentiellement ciblé sur l’industrie
papier-carton et du plastique incorporent des lourde32, est considéré dans ce scénario. En effet,
matières premières de recyclage à hauteur de 45 % la poursuite de la hausse du prix du carbone à
de leurs tonnages cumulés. l’échelle européenne et les subventions de l’UE ainsi
que de la France favorisent la mise en place de hubs
Efficacité énergétique. Les efforts en efficacité CO233 sur les grands sites industriels (tels que ceux
énergétique suivent les tendances prévues dans le de Dunkerque ou du Havre) à destination de la mer
scénario AME de la SNBC, prenant en compte les du Nord.
mesures mises en place à l’heure actuelle. Ces
niveaux d’efficacité énergétique ont cependant Valorisation industrielle de CO2 capté. La valorisa-
été modulés afin de correspondre à la méthodolo- tion du CO2 dans l’industrie se limite aux usages
gie utilisée dans les autres scénarios (cf. section 4). historiques, considérés comme constants (0,8 Mt
en 2019, essentiellement dans l’agroalimentaire).
Mix énergétique. L’évolution du mix énergétique
reprend les tendances prévues dans le scénario
AME de la SNBC, prenant en compte les mesures
mises en place à l’heure actuelle. Ces évolutions

30 La catégorie « vapocraquage » se réfère à la production des oléfines constitutives des plastiques (éthylène, propylène, benzène,
etc.) par vapocraquage.
31 Les chiffres présentés dans ce chapitre ne concernent que le captage de CO2 dans l’industrie et non le captage dans d’autres
unités, telles que les UIOM (cf. chapitre 2.4.3. Puits de carbone).
32 En particulier : cimenteries, sidérurgies et sources concentrées de CO2 (production d’ammoniac et vaporeformage de méthane).
33 Infrastructures de transport et de liquéfaction et stockage portuaires de CO2.

342 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Trajectoires : illustration de points de passage en 2030


Les évolutions de la production industrielle (Graphique 7) sont entre 2014 et 2030) selon une trajectoire qui se poursuit
fortement liées aux évolutions de la demande des secteurs des jusqu’en 2050 (- 30 % entre 2030 et 2050) ;
transports (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des voyageurs et transport
de marchandises), du bâtiment (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments rési- la demande en verre progresse de 7 % entre 2014 et 2030 mais
dentiels et tertiaires) et des emballages (cf. chapitre 2.4.1. Déchets). se réduit ensuite (- 8 % entre 2030 et 2050) avec le développe-
En particulier : ment de la réutilisation des emballages.

la demande en aluminium suit notamment la production de Par ailleurs, sous l’effet d’une hausse du prix du carbone dès
véhicules et croît fortement (+ 69 %) entre 2014 et 2030, puis à 2030, plusieurs sites de captage de CO2 sont mis en place dans
un rythme plus faible (+ 8 %) entre 2030 et 2050 ; des industries aux émissions de CO2 difficiles à abattre (sidé-
rurgie, cimenterie) ou très concentrées (production d’engrais),
la demande en ciment suit notamment l’évolution des à hauteur de 2,1 MtCO2 captées par an. Ces émissions captées
constructions neuves et se réduit dès l’horizon 2030 (- 25 % sont transportées pour un stockage en mer du Nord.

Graphique 7 Trajectoires d’évolution de la demande en aluminium, acier, ciment et verre par secteur consommateur dans le scénario tendanciel

Aluminium Acier
14

2,0 12

10
1,5
Mt

8
Mt

1 6

4
0,5
2

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Ciment Verre
14 6

12 5

10
4
Mt
Mt

8
3
6
2
4

2 1

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Biens de consommation Transport Bâtiment Travaux publics Emballage

343 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

5.2. Scénario 1 : une production


contractée et un marché
réorienté vers le « made in France »

Graphique 8 Décomposition par levier des baisses de consommation énergétique dans S1, entre 2014 et 205034

438

322
- 92
- 24
TWh

206
- 89
- 28

Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation
énergétique produits (demande énergétique et énergétique produits (demande énergétique et énergétique
2014 et efficacité matière) électrification 2030 et efficacité matière) électrification 2050

Vapeur Charbon Gaz réseau GPL Produits pétroliers Biomasse


Spéciaux Solaire thermique Hydrogène Électricité

Dans ce scénario, le moteur du changement est opéré 1. l’arrêt quasi total (- 99,6 %) des constructions
par le citoyen, dont le mode de vie plus sobre se tra- neuves en 2050 (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments rési-
duit par une réduction drastique de la demande en dentiels et tertiaires) réduit fortement la demande
biens d’équipements et de consommation et par un en ciment (- 83 %), acier (- 62 %) et plastiques
rejet des produits les moins respectueux de l’environ- (- 76 % pour le dichlore, - 77 % pour l’éthylène)
nement. Ce scénario s’inscrit dans un contexte de dans ce secteur. La hausse du rythme de rénova-
montée du protectionnisme, favorisé par le double tion (90 % des logements existants sont rénovés
souhait d’une maîtrise de l’empreinte carbone natio- en 2050) ne compense cette évolution que mar-
nale et d’un regain de souveraineté. En conséquence, ginalement ;
le « made in France » est favorisé et le solde commer-
cial physique atteint l’équilibre dans presque toutes 2. le recul des ventes de véhicules particuliers (- 44 %
les industries lourdes françaises en 2050. L’ensemble en 2050) et des trajets aériens (cf. chapitre
de ces mutations implique une réduction du nombre 2.1.3. Mobilité des voyageurs et transport de marchandises)
de produits, en cohérence avec la volonté citoyenne se répercute sur l’ensemble de la chaîne de valeur
de sobriété et donc une hausse des prix généralement des industries du transport, influant particulière-
acceptée par les consommateurs. ment sur la demande de ce secteur en acier (- 61 %)
et en plastiques (- 43 % pour l’éthylène). Pour autant,
la réduction du poids des véhicules entraîne un
UNE CAPACITÉ DE PRODUCTION remplacement de l’acier par l’aluminium, à hauteur
INDUSTRIELLE CONTRACTÉE ET de 13 % de la masse des véhicules en 2050, limitant
RELOCALISÉE AUTOUR DES BESOINS le recul de la demande en aluminium en prove-
DE CITOYENS EN QUÊTE DE SOBRIÉTÉ nance du secteur des transports (- 12 %) ;

Demande. La demande en produits manufacturés 3. l’interdiction de la mise sur le marché des embal-
se contracte fortement avec l’évolution des modes lages plastiques à usage unique (cf. chapitre
de vie. En particulier : 2.4.1. Déchets) implique un arrêt quasi total des

34 Les consommations d’hydrogène ne sont pas représentées en 2014 : une part des consommations de gaz réseau est mobilisée
pour leur production. En 2019, les consommations d’hydrogène de l’industrie (hors raffinage) représentent près de 10 TWh,
dont trois quarts sont dédiées à la production d’engrais et un quart à la production de méthanol.

344 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

consommations de plastique pour les emballages permet même d’envisager une hausse de la pro-
(- 98 % pour l’éthylène), avec un faible report vers duction en dépit d’une plus faible demande domes-
d’autres matériaux en raison d’une baisse globale tique (respectivement + 11 % et + 4 % en 2050 par
de la consommation d’emballages35 ; rapport à 2014). Les secteurs les plus durement
touchés sont le ciment (- 81 %) et l’acier (- 62 %),
4. la modification des pratiques agricoles et des com- compte tenu du quasi-arrêt de constructions neuves
portements alimentaires (cf. chapitres 2.1.4. Ali- en 2050 et de la baisse très importante du nombre
mentation et 2.2.1. Production agricole) entraîne une de nouveaux véhicules particuliers. Dans la plupart
réduction de l’usage d’ammoniac pour la fabrica- des secteurs industriels, la baisse drastique de la
tion d’engrais azotés (- 40 %). demande est donc fortement répercutée sur les
niveaux de production. En conséquence, l’activité
Commerce international. La montée du protection- économique tend à se territorialiser en lien avec
nisme, alimentée par le développement du « made trois dynamiques :
in France », limite le recul du solde commercial fran-
çais des produits d’industrie lourde (IGCE) à un 1. un transfert d’activité s’opère vers les industries
taux S/P (hors sucre) de - 4 %, contre - 10 % dans le agroalimentaires des fruits et légumes, à la faveur
scénario tendanciel. L’ensemble des industries de l’évolution des régimes alimentaires et vers les
lourdes retrouve un solde commercial nul ou positif filières de matériaux recyclés (aluminium secon-
(sucre) en volume physique, à l’exception des sec- daire, plastiques recyclés). En outre, des sites
teurs de l’ammoniac (S/P = - 30 % en 2050), en raison ouvrent pour la production de méthanol ainsi que
de l’important déficit existant en 2014 (S/P = - 77 %), pour la synthèse d’oléfines à partir de bioéthanol ;
et du papier-carton (- 12 % en 2050 contre - 20 % en
2014), en raison d’un manque de disponibilité en 2. une préservation de sites industriels, fonctionnant
biomasse. Ce scénario permet ainsi de « relocaliser » parfois en sous-capacité36, est assurée grâce à la
la production en France et de réduire la dépendance mobilisation des collectivités, soucieuses de
aux importations. Pour autant, elle ne s’accompagne conserver les bassins d’emplois locaux et d’assurer
pas d’un accroissement du nombre de sites indus- une proximité entre l’offre et la demande de pro-
triels sur le territoire : le tissu industriel existant suf- duits ;
fit, dans l’ensemble, à fournir une demande française
en net repli. 3. un transfert d’emplois s’effectue, de façon quan-
titative, vers de petites industries ou en dehors du
Évolution de la production en volume, en produit, secteur industriel, compensant les fermetures de
en localisation. La relocalisation partielle des acti- sites, avec une redynamisation du tissu productif
vités industrielles modère le recul des niveaux de à échelle territoriale autour d’emplois artisanaux
production (Graphique 9). Pour les secteurs de l’alu- et de l’économie circulaire (réparation/réemploi,
minium et des papiers-cartons, la relocalisation tri, collecte, etc.).

Graphique 9 Évolution (en %) des volumes totaux de demande et de production des industries lourdes (IGCE) en 2050
dans S1 par rapport à 201437

+ 11
+4
Taux d’évolution vs 2014

0
-3
-9
- 19

- 33 - 33
- 38 - 38
- 41
- 54 - 54
- 57
- 62 - 65 - 62

- 81 - 81

Acier Aluminium Clinker (ciment) Verre Ammoniac Dichlore Éthylène Papiers/ Plastiques
cartons

Demande totale Production totale

35 Baisses de demande en emballages pour l’aluminium (- 48 %), le verre (- 42 %), le papier (- 15 %).
36 En particulier les cimenteries.
37 La catégorie « vapocraquage » se réfère à la production des oléfines constitutives des plastiques (éthylène, propylène, benzène,
etc.) par vapocraquage.

345 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

UN DÉVELOPPEMENT LIMITÉ DE d’activité et d’emplois, valorisation des déchets


TECHNOLOGIES DE DÉCARBONATION : des collectivités) ;
DES INNOVATIONS TIRÉES PAR
L’ÉVOLUTION DES MODES DE 3. de la préservation de sites industriels fonction-
CONSOMMATION, MAIS LIMITÉES nant en sous-capacité de production, pour les
DANS UN CONTEXTE DE RECUL mêmes raisons.
DE PRODUCTION
Mix énergétique. Le mix énergétique évolue avec
Devant les exigences des consommateurs, les entre- une forte pénétration de la biomasse, notamment
prises du B2C (Business to Consumer) imposent à dans les chaudières, une progression du gaz naturel
leurs fournisseurs de plus en plus de critères liés à (décarboné à 83 %) dans les procédés, un recul des
l’origine et à l’empreinte carbone de leurs produits. produits pétroliers et la poursuite des tendances
Ainsi, si les investissements décarbonés ne sont pas d’électrification. Le solaire thermique progresse
économiquement rentables à court terme, notam- également, notamment pour le chauffage des
ment dans un contexte de recul de la demande, ils locaux et l’eau chaude sanitaire, à hauteur de 5 TWh
restent nécessaires pour préserver ou acquérir des en 2050.
parts de marché.
Usage d’hydrogène. L’utilisation d’hydrogène dans
Efficacité matière. Le déchet est perçu comme une l’industrie progresse peu par rapport à 2019, en
ressource et fait l’objet de pratiques de tri avancées raison d’une augmentation de la production de
de la part des citoyens et des centres de tri, bien méthanol compensée par une baisse de production
que peu de nouvelles technologies soient mises en d’engrais, et atteint 11 TWh en 2050 (+ 10 %). Par
place (cf. chapitre 2.4.1. Déchets). Les produits d’oc- ailleurs, pour ces usages industriels, l’hydrogène
casion ainsi que la réparation et le réemploi reste produit par reformage de gaz du réseau, qui
deviennent la norme. Au total, les secteurs de l’acier, est fortement décarboné (cf. chapitre 2.3.1. Mix
de l’aluminium, du verre, du papier-carton et du gaz). Il s’agit du procédé actuel, que l’on préserve
plastique incorporent ainsi des matières recyclées en raison de sa robustesse et afin de limiter les inves-
à hauteur de 70 % de leurs tonnages cumulés. tissements39. Ces évolutions permettent de reloca-
liser l’intégralité de la consommation française de
Toutefois, les baisses de production, en lien notam- méthanol (essentiellement importée actuellement).
ment avec l’abandon des plastiques à usage unique,
et la réduction des volumes de déchets produits Captage et stockage géologique de CO2 industriel40.
par les citoyens font apparaître une tension sur le Dans ce scénario, le stockage géologique de CO2
gisement de déchets recyclables requérant une n’est pas mis en œuvre en raison des fortes résis-
limitation des exportations de déchets. tances qu’il suscite et de son coût.

Efficacité énergétique. Les industriels investissent Valorisation industrielle de CO2 capté. La valorisa-
dans l’efficacité énergétique afin de conserver des tion du CO2 dans l’industrie se limite aux usages
parts de marché, de verdir leur image, mais aussi historiques, considérés comme constants (0,8 Mt
pour faire des économies d’OPEX38 sur les coûts en 2019, essentiellement dans l’agroalimentaire).
énergétiques, dans un contexte de baisse de la La filière se tourne essentiellement vers le CO2 bio-
demande.Néanmoins, en l’absence d’un soutien génique facilement captable (ex. : méthaniseurs,
fort de l’État pour une relance industrielle, les bioraffineries…), remplaçant progressivement le
efforts d’efficacité énergétique n’atteignent pas captage dans les usines d’ammoniac. Outre ces
leurs potentiels maximaux (75 % du potentiel est usages industriels, le CO2 biogénique est utilisé pour
atteint), en raison : produire du méthane (power-to-gas, cf. chapitre
2.3.1. Mix gaz). Similairement au scénario 4, la pro-
1. de perspectives réduites quant au développe- duction de méthanol pour les usages historiques
ment de marchés, grevant les capacités d’inves- de la chimie n’est pas issue de CO2 capté mais direc-
tissement pour la performance énergétique ; tement obtenue par reformage de méthane. La
décarbonation de cette production est assurée par
2. de la préservation de sites industriels peu effi- l’accès à un réseau de gaz bas carbone.
caces afin de soutenir leur ancrage local (bassins

38 Dépenses d’exploitation (Operational Expenditures).


39 Cette hypothèse peut sembler contre-intuitive, une partie du gaz réseau étant elle-même produite à partir d’hydrogène (par
électrolyse). Cela s’explique par une volonté de décarbonation du gaz réseau pour tous les usages, poussée par les technologies
power-to-gas, qui requièrent des tailles d’électrolyseurs réduites, de l’ordre du mégawatt, principalement adossées aux installations
de méthanisation (cf. chapitres 2.3.1. Mix gaz et 2.3.5. Hydrogène). Ces tailles d’électrolyseurs ne sont pas compatibles avec une
utilisation industrielle directe, associée à des volumes importants (au-delà de 100 MW).
40 Les chiffres présentés dans ce chapitre ne concernent que le captage de CO2 dans l’industrie et non le captage dans d’autres
unités, telles que les UIOM (cf. chapitre 2.4.3. Puits de carbone).

346 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Trajectoires : illustration de points de passage en 2030


Dans ce scénario basé sur un « choc de la demande », les évo- la demande en ciment suit l’évolution des constructions
lutions de la production industrielle (Graphique 10) sont prin- neuves et se réduit drastiquement dès l’horizon 2030 (recul
cipalement liées aux évolutions de la demande des secteurs de 64 % entre 2014 et 2030, sur les 81 % de baisse entre 2014
des transports (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des voyageurs et trans- et 2050) ;
port de marchandises), du bâtiment (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments
résidentiels et tertiaires) et des emballages (cf. chapitre 2.4.1. la demande en verre reste stable (- 3 %) entre 2014 et 2030
Déchets). En particulier : mais diminue fortement (- 36 %) entre 2030 et 2050 en rai-
son des évolutions du secteur des emballages, remis en
la demande en aluminium suit la production de véhicules et question avec la fin des plastiques à usage unique en 2040
croît de 18 % entre 2014 et 2030, avant de décroître de 32 % et le développement de la réutilisation.
entre 2030 et 2050 ;

Graphique 10 Trajectoires d,évolution de la demande en aluminium, acier, ciment et verre par secteur consommateur dans S1

Aluminium Acier
14

2,0 12

10
1,5
Mt

8
Mt

1 6

4
0,5
2

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Ciment Verre
14 6

12 5

10
4
Mt
Mt

8
3
6
2
4

2 1

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Biens de consommation Transport Bâtiment Travaux publics Emballage

347 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

5.3. Scénario 2 : des chaînes


de valeur réindustrialisées
et spécialisées par région sous
l’impulsion des pouvoirs publics

Graphique 11 Décomposition par levier des baisses de consommation énergétique dans S2, entre 2014 et 205041

438

- 86 324
- 28
TWh

- 63 230
- 31

Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation
énergétique produits (demande énergétique et énergétique produits (demande énergétique et énergétique
2014 et efficacité matière) électrification 2030 et efficacité matière) électrification 2050

Vapeur Charbon Gaz réseau GPL Produits pétroliers Biomasse


Spéciaux Solaire thermique Hydrogène Électricité

Dans ce scénario, la transition écologique est pla- PRODUCTION : UN ACCOMPAGNEMENT


nifiée par les pouvoirs publics, particulièrement à AMBITIEUX DES POUVOIRS PUBLICS DANS
l’échelon régional, mais également aux niveaux UNE LOGIQUE DE RÉINDUSTRIALISATION
national et européen. Ce mouvement est impulsé CIBLÉE ET DE COOPÉRATION
par la mobilisation des citoyens, des salariés, et TERRITORIALE AVEC LES INDUSTRIELS
donc de l’ensemble de la société civile, autour
d’un nouveau projet de société. En découle la mise Demande. La demande domestique en produits
en œuvre d’une politique industrielle forte et manufacturés se contracte fortement, suivant l’évo-
cohérente avec les enjeux écologiques. Cela lution des modes de vie, de la réglementation et de
permet de réorganiser le paysage productif en l’organisation du territoire (niveau d’urbanisation,
accompagnant et finançant notamment les déploiement d’infrastructures...). En particulier :
modernisations, reconversions et éventuelles fer-
metures de sites. Ces transformations suivent une 1. la baisse importante (- 85 %) de la construction
logique poussée d’efficacité (énergétique, matière) neuve en 2050 (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments rési-
et d’optimisation du maillage du territoire. Ainsi, dentiels et tertiaires) réduit la demande en ciment
les chaînes de valeur industrielles sont repensées (- 75 %), acier (- 58 %) et dichlore (- 83 %) en pro-
au prisme de spécialisations régionales, porteuses venance de ce secteur ;
de synergies locales et d’une attention forte por-
tée aux filières d’économie circulaire. Enfin, cette 2. le recul des ventes de véhicules particuliers et
transition s’accompagne d’une réindustrialisation des trajets aériens (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des
dans certains secteurs ciblés pour développer voyageurs et transport de marchandises) se répercute
l’industrie bas carbone française. Ce positionne- sur l’ensemble de la chaîne de valeur des indus-
ment sur ces marchés bas carbone stimule la pro- tries du transport, influant particulièrement sur
duction correspondante par une amélioration des la demande en acier (- 45 %) et en plastiques
soldes commerciaux et de nouvelles exportations. (- 62 % pour l’éthylène) en provenance de ce sec-

41 Les consommations d’hydrogène ne sont pas représentées en 2014 : une part des consommations de gaz réseau est mobilisée
pour leur production. En 2019, les consommations d’hydrogène de l’industrie (hors raffinage) représentent près de 10 TWh,
dont trois quarts sont dédiées à la production d’engrais et un quart à la production de méthanol.

348 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

teur. Pour autant, la réduction du poids des véhi- notamment porté parmi les IGCE par l’exportation
cules entraîne un remplacement de l’acier par d’aciers plats (S/P = 50 %, contre 0 % dans le scé-
de l’aluminium, à hauteur de 13 % de la masse nario tendanciel) et de verre (S/P = 5 %, contre
des véhicules en 2050, engendrant une augmen- - 9 %). Hors IGCE, les produits ou équipements
tation sensible de la demande des transports en bas carbone issus des secteurs des métaux, des
aluminium (+ 25 %) ; transports, de la chimie, du textile ou de l’électro-
nique figurent parmi les principaux bénéficiaires
3. l’interdiction de la mise sur le marché des embal- de cette nouvelle dynamique.
lages plastiques à usage unique (cf. chapitre 2.4.1.
Déchets) implique un arrêt quasi total des consom- Évolution de la production en volume, en produit,
mations de plastique pour les emballages (- 99 % en localisation. La dynamique de réindustrialisation
pour l’éthylène), provoquant un report partiel modère le recul des niveaux de production de cer-
vers les emballages en papier (+ 7 %) ; tains produits bas carbone (Graphique 12), voire les
rehausse, notamment dans les secteurs de l’alumi-
4. la modification des pratiques agricoles et des com- nium (+ 37 % en 2050 par rapport à 2014), du
portements alimentaires entraîne une réduction papier-carton (+ 16 %), du bois, de la fonderie, des
de l’usage d’ammoniac pour la fabrication d’engrais engrais, des transports, du textile ou de certaines
azotés (- 55 %). Même évolution pour les produits industries agroalimentaires. Néanmoins, dans la
issus des industries agroalimentaires (cf. chapitre plupart des secteurs industriels, la baisse drastique
2.1.4. Alimentation et 2.2.1. Production agricole). de la demande se répercute sur les niveaux de pro-
duction. En conséquence, l’activité économique se
Commerce international. Des mesures de soutien territorialise à une maille régionale et nationale en
et un protectionnisme ciblé sont impulsés par les lien avec trois dynamiques :
pouvoirs publics afin de préserver l’industrie face
à la contraction de la demande. En outre, par une 1. un transfert d’activité s’opère dans l’industrie
volonté de rayonnement de la France à l’interna- lourde vers des filières secondaires ou dans des
tional autour de produits et technologies décar- développements sectoriels spécifiques. Ainsi,
bonés, certains secteurs stratégiques entrent dans dans le secteur de l’acier, les hauts fourneaux
une dynamique de réindustrialisation. Résultat sont fermés. La production d’acier se recentre
d’avantages comparatifs favorables aux produits alors sur la filière secondaire (fours à arc élec-
bas carbone français et de négociations euro- trique), mais surtout dans le développement
péennes ainsi qu’à l’OMC, les IGCE deviennent d’une nouvelle filière : la réduction directe
globalement exportatrices, présentant un solde d’acier par hydrogène (DRI). De nouveaux sites
commercial positif équivalent à 7 % de leur volume et filières sont également créés pour la produc-
physique total de production (hors sucre), contre tion de méthanol42 à partir d’hydrogène et pour
un taux S/P importateur de - 10 % dans le scénario accueillir de nouvelles activités liées à l’économie
tendanciel. Ce regain de souveraineté est circulaire ;

Graphique 12 Évolution (en %) des volumes totaux de demande et de production des industries lourdes (IGCE) en 2050
dans S2 par rapport à 201443

+ 37
Taux d’évolution vs 2014

+ 16
+8

0
- 0,1

- 24
- 33 - 38
- 41 - 44 - 44 - 41
- 46

- 61 - 58
- 63
- 71
- 75 - 74

Acier Aluminium Clinker (ciment) Verre Ammoniac Dichlore Éthylène Papiers/ Plastiques
cartons

Demande totale Production totale

42 Non destiné à la production d’oléfines.


43 La catégorie « vapocraquage » se réfère à la production des oléfines constitutives des plastiques (éthylène, propylène, benzène,
etc.) par vapocraquage.

349 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

2. des synergies à l’échelle territoriale se déve- Usage d’hydrogène. Aux usages traditionnels de
loppent autour de hubs industriels, dans une l’hydrogène, bien que réduits dans la production
optique d’écologie industrielle et territoriale d’engrais, s’ajoute un usage en sidérurgie dans la
(EIT) ; nouvelle filière de réduction directe d’acier (DRI),
pour atteindre une consommation totale de
3. un transfert d’emplois s’effectue, de façon quan- 24 TWh en 2050 (contre 10 TWh en 2019). L’en-
titative, vers les nouvelles filières bas carbone semble des productions d’hydrogène est assuré par
dynamisées par la mise en cohérence des poli- électrolyse de l’eau à cette échéance.
tiques industrielles et écologiques, qu’il s’agit
d’accompagner en matière d’évolution des com- Captage et stockage géologique de CO2 industriel44.
pétences. Dans ce scénario, des procédés aux émissions
incompressibles subsistent malgré les importantes
transformations des outils de production (ex. : dans
TECHNOLOGIES DE DÉCARBONATION : les cimenteries). Un très faible développement du
DES STRATÉGIES D’ACCÉLÉRATION DES CCS (2,8 MtCO2 en 2050) est donc mis en place afin
FILIÈRES TECHNOLOGIQUES BAS de capter et stocker le CO2 en mer du Nord. Une
CARBONE ACCOMPAGNÉES ET FINANCÉES part de ces émissions captées (0,7 MtCO2) corres-
PAR LES POUVOIRS PUBLICS pond à des émissions négatives (CCS sur des chau-
dières biomasse ou de gaz de réseau – BECCS).
Soutenue par les citoyens, la modernisation de l’in-
dustrie est accompagnée et financée par les pouvoirs Valorisation industrielle de CO2 capté. En complé-
publics. Le développement de la commande ment des usages industriels historiques de CO2,
publique bas carbone permet de sécuriser une part considérés comme constants (0,8 Mt en 2019), la
des marchés des industriels, offrant davantage de valorisation du CO2 est mobilisée pour la production
visibilité et favorisant l’investissement dans des tech- de méthanol dans l’industrie chimique, à hauteur
nologies plus performantes. de 652 ktCO2, alors qu’elle est aujourd’hui essentiel-
lement importée et d’origine fossile. En effet, contrai-
Efficacité matière. Sous l’effet de la planification rement aux scénarios 1 et 4, le méthanol est, dans
publique, les filières d’économie circulaire sont for- ce scénario, produit à partir d’hydrogène électroly-
tement développées. Les filières industrielles secon- tique combiné à du CO2. Outre ces usages industriels,
daires profitent de la disponibilité et de la qualité le CO2 est utilisé pour produire du méthane et des
des matériaux recyclés (ferraille, aluminium recyclé). carburants de synthèse (power-to-gas et power-to-
Au total, les secteurs de l’acier, de l’aluminium, du liquid, cf. chapitres 2.3.1. Mix gaz et 2.3.4. Carburants
verre, du papier-carton et du plastique incorporent liquides). Le captage de CO2 valorisé est d’origine
ainsi des matières recyclées à hauteur de 80 % de biogénique, car les unités de méthanisation et bio-
leurs tonnages cumulés. raffineries sont bien réparties sur l’ensemble du
territoire, permettant d’éviter la construction d’in-
Toutefois, les baisses de production, en lien notam- frastructures de transport du CO2.
ment avec l’abandon des emballages plastiques à
usage unique, font apparaître une tension sur le
gisement de déchets recyclables, en raison de ces
forts taux d’incorporation. Le déchet prend ainsi
une valeur économique et est préservé, notamment
par la limitation de ses exportations.

Efficacité énergétique. L’efficacité énergétique est


poussée au maximum de son potentiel grâce au
soutien de l’État et à l’organisation territoriale.

Mix énergétique. Le mix énergétique évolue avec


une forte pénétration de la biomasse, un retrait des
produits pétroliers et la poursuite des tendances
d’électrification. Le solaire thermique progresse
également, notamment pour le chauffage des
locaux et l’eau chaude sanitaire.

44 Les chiffres présentés dans ce chapitre ne concernent que le captage de CO2 dans l’industrie et non le captage dans d’autres
unités, telles que les UIOM (cf. chapitre 2.4.3. Puits de carbone).

350 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Trajectoires : illustration de points de passage en 2030


Les évolutions de la production industrielle (Graphique 13) sont la demande en verre reste constante entre 2014 et 2030 mais
fortement liées aux évolutions de la demande des secteurs est réduite de moitié entre 2030 et 2050 en raison des évo-
des transports (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des voyageurs et trans- lutions du secteur des emballages, remis en question avec la
port de marchandises), du bâtiment (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments fin des plastiques à usage unique en 2040 et le développe-
résidentiels et tertiaires) et des emballages (cf. chapitre 2.4.1. ment de la réutilisation.
Déchets). En particulier :
Par ailleurs, sous l’effet d’une hausse du prix du carbone dès
la demande en aluminium suit la production de véhicules et 2030 et de l’accompagnement d’une collectivité territoriale,
croît de 37 % entre 2014 et 2030, avant de décroître de 27 % deux sites démonstrateurs de captage de CO2 sont mis en
entre 2030 et 2050 ; place dans des industries aux émissions de CO2 difficiles à
abattre (sidérurgie) ou très concentrées (production d’engrais),
la demande en ciment suit l’évolution des constructions neuves à hauteur de 0,5 MtCO2 captées par an. Ces émissions captées
et se réduit drastiquement dès l’horizon 2030 (recul de 54 % sont transportées pour un stockage en mer du Nord.
entre 2014 et 2030, sur les 75 % de baisse entre 2014 et 2050) ;

Graphique 13 Trajectoires d,évolution de la demande en aluminium, acier, ciment et verre par secteur consommateur dans S2

Aluminium Acier
14

2,0 12

10
1,5
Mt

8
Mt

1 6

4
0,5
2

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Ciment Verre
14 6

12 5

10
4
Mt
Mt

8
3
6
2
4

2 1

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Biens de consommation Transport Bâtiment Travaux publics Emballage

351 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

5.4. Scénario 3 – une poursuite


des tendances de consommation
permise par la décarbonation
du mix énergétique

Graphique 14 Décomposition par levier des baisses de consommation énergétique dans S3, entre 2014 et 205045

438 +9
406
- 42

- 52 305

- 48
TWh

Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation
énergétique produits (demande énergétique et énergétique produits (demande énergétique et énergétique
2014 et efficacité matière) électrification 2030 et efficacité matière) électrification 2050

Vapeur Charbon Gaz réseau GPL Produits pétroliers Biomasse


Spéciaux Solaire thermique Hydrogène Électricité

Dans ce scénario, la décarbonation de l’industrie est Demande. Les réglementations prenant effet sur
majoritairement obtenue grâce à la décarbonation la période et les évolutions démographiques
de l’offre énergétique, afin de peser de façon induisent une réduction significative de la
moindre sur les modes de consommation actuels. demande industrielle pour les secteurs des embal-
La disponibilité en électricité décarbonée favorise lages et de la construction. Ces effets masquent
l’électrification des procédés industriels et le recours cependant le maintien de tendances haussières
à l’hydrogène. Pour accompagner cette mutation du dans la consommation de certains produits indus-
système énergétique, les industries développent des triels. Dans l’industrie lourde, le secteur de l’alu-
technologies d’efficacité énergétique et ont recours minium voit sa demande en provenance des
à l’effacement. Les pouvoirs publics accompagnent transports plus que doubler. Il devient stratégique
ces changements par la mise en place d’outils et de dans le cadre d’une production de haute qualité
cadres incitatifs. Les échanges commerciaux se à destination des réseaux électriques et de l’élec-
concentrent dans l’Union européenne, où les avan- tronique. En outre, la demande en ammoniac
tages comparatifs entre pays amènent des spéciali- (plastiques thermodurcissables et polyuréthane)
sations industrielles nationales, mais se maintiennent progresse de 7 % par rapport à 2014 sous l’effet,
à volume physique et solde constant. notamment, de la dynamisation du secteur des
transports et des hausses de consommation en
biens d’équipement.
PRODUCTION : UN RECUL SENSIBLE DE
LA DEMANDE DANS L’INDUSTRIE LOURDE Commerce international. Les échanges commer-
ABAISSANT LES NIVEAUX DE PRODUCTION ciaux se recentrent en Europe et s’intensifient,
DÉJÀ AFFECTÉS PAR LA mais les IGCE restent globalement importatrices,
DÉSINDUSTRIALISATION, avec un solde commercial négatif matérialisé par
INDÉPENDAMMENT DES POLITIQUES un taux S/P de - 6 %.
CLIMATIQUES

45 Les consommations d’hydrogène ne sont pas représentées en 2014 : une part des consommations de gaz réseau est mobilisée
pour leur production. En 2019, les consommations d’hydrogène de l’industrie (hors raffinage) représentent près de 10 TWh,
dont trois quarts sont dédiées à la production d’engrais et un quart à la production de méthanol.

352 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Évolution de la production en volume, en produit, et les aides à l’OPEX de l’État. La pilotabilité de ces
en localisation. La production industrielle poursuit sites offre des capacités de flexibilité, en synergie
son recul dans la plupart des secteurs (Graphique 15), avec le développement des réseaux électriques et
à l’exception des secteurs de l’aluminium, de l’au- des énergies renouvelables intermittentes. En outre,
tomobile, des plastiques recyclés, du bois et de la de nouvelles filières se créent pour la production
fonderie. Le dynamisme de la filière aluminium décarbonée d’éthylène à partir de méthanol – pro-
permet l’ouverture d’un site de production primaire duit à partir d’hydrogène et de CO2 capté (metha-
(smelter), permise par le faible prix de l’électricité nol-to-olefins) et de bioéthanol.

Graphique 15 Évolution (en %) des volumes totaux de demande et de production des industries lourdes (IGCE) en 2050
dans S3 par rapport à 201446

+ 55 + 55
Taux d’évolution vs 2014

+ 11
+7
+2 +2 +2 +2
0
- 10
- 14 - 14
- 21
- 32
- 39 - 37
- 46 - 46 - 47

Acier Aluminium Clinker (ciment) Verre Ammoniac Dichlore Éthylène Papiers/ Plastiques
cartons

Demande totale Production totale

TECHNOLOGIES DE DÉCARBONATION : été envisagée. Celle-ci permet de supprimer les


UNE DÉCARBONATION DU MIX émissions de CO2 liées à la consommation de
ÉNERGÉTIQUE SOUTENUE PAR L’ÉTAT l’anode en carbone lors du procédé d’électrolyse
ET DES EFFORTS PARTIELS D’EFFICACITÉ de l’aluminium.
ÉNERGÉTIQUE ENCOURAGÉS PAR
LES PROBLÉMATIQUES DE COMPÉTITIVITÉ Efficacité énergétique. Des efforts en efficacité
énergétique sont mis en place à hauteur de 75 %
Les pouvoirs publics offrent leur soutien à la moder- du potentiel maximal afin de réaliser des économies
nisation des sites industriels par le biais d’aides au sur les coûts de l’énergie et de préserver la compé-
CAPEX et à l’OPEX. En outre, l’environnement concur- titivité.
rentiel des industries motive le développement d’in-
novations afin de réduire les coûts énergétiques. Mix énergétique. Les aides à l’OPEX des pouvoirs
publics permettent de développer l’électrification
Efficacité matière. Les efforts en efficacité matière des procédés industriels. Les chaudières sont éga-
suivent les tendances actuelles. Au total, les secteurs lement totalement électrifiées. À l’inverse de S1 et
de l’acier, de l’aluminium, du verre, du papier-carton S2, l’usage de gaz est privilégié face à la biomasse
et du plastique incorporent des matières premières dans le cadre d’une forte décarbonation de l’offre
de recyclage à hauteur de 60 % de leurs tonnages de gaz réseau.
cumulés (contre 45 % en 2014).
Usage d’hydrogène. Aux usages traditionnels de
Toutefois, certaines hausses de production (secteur l’hydrogène, dans la production d’engrais et de
de l’aluminium notamment) se confrontent à une méthanol, s’ajoute le développement de la filière
tension sur le gisement de déchets recyclables uti- methanol-to-olefins (MTO) ainsi qu’un usage en sidé-
lisables. Des importations de déchets comme rurgie en tant que réducteur dans les hauts four-
matières premières sont donc mobilisées, en pro- neaux. Aussi ce scénario considère-t-il une forte
venance d’Europe. poussée du vecteur hydrogène dans l’industrie, à
hauteur de 54 TWh (contre 10 TWh en 2019), dont
Par ailleurs, c’est dans ce scénario que la technolo- 35 TWh dans le cadre de la construction de la nou-
gie d’anode inerte dans le secteur de l’aluminium a velle filière MTO (cf. chapitre 2.3.5. Hydrogène).

46 La catégorie « vapocraquage » se réfère à la production des oléfines constitutives des plastiques (éthylène, propylène, benzène,
etc.) par vapocraquage.

353 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Captage et stockage géologique de CO2 industriel47. Valorisation du CO2. En complément des usages
Dans ce scénario, les faibles transformations des industriels historiques de CO2, considérés comme
procédés industriels font subsister des émissions constants (0,8 Mt en 2019), la valorisation du CO2
incompressibles liées aux procédés (ex. : cimenteries) se développe fortement afin de soutenir le déve-
et à la consommation d’énergies fossiles (ex. : hauts loppement de la production de méthanol, à la fois
fourneaux). Soutenu par l’État, le CCS se développe, à destination des usages traditionnels de l’industrie
à hauteur de 10,3 MtCO2 en 2050, dans les zones chimique (746 ktCO2 par an), aujourd’hui essentiel-
industrielles fortement émissives et permettant un lement alimentés par du méthanol importé et d’ori-
stockage à proximité. Le développement du gine fossile, et pour le développement de la nouvelle
stockage géologique de CO2 sur le sol français filière methanol-to-olefins (MTO), à hauteur de
rencontre moins de résistance parmi les 3,6 MtCO2 par an. En effet, contrairement aux scé-
populations, en partie du fait de l’intensification narios 1 et 4, le méthanol est, dans ce scénario,
des enjeux d’adaptation au changement climatique. produit à partir d’hydrogène électrolytique com-
Ainsi, une partie des émissions est captée dans le biné à du CO2. Outre ces usages industriels, le CO2
Nord (Dunkerque, Le Havre), transportée puis est utilisé pour produire du méthane et des carbu-
stockée en mer du Nord, mais également dans le rants de synthèse (power-to-gas et power-to-liquid,
Bassin parisien. Une autre est captée et stockée cf. chapitres 2.3.1. Mix gaz et 2.3.4. Carburants liquides).
directement dans le Bassin aquitain, qui connaît Des sources de CO2 d’origine biogénique per-
une relocalisation d’industries afin d’éviter le mettent toujours de répondre à cette importante
développement d’un réseau de transport de CO2 demande, en raison du fort développement de
sur le territoire. Une part de ces émissions captées l’utilisation de biomasse dans ce scénario (bioraf-
(2,6 MtCO2) correspond à des émissions négatives fineries en particulier). Les sources de CO2 biogé-
(BECCS). niques sont choisies à proximité des sites de
l’industrie chimique (ex. : vallée de la chimie en
Auvergne-Rhône-Alpes) afin de limiter le besoin en
infrastructures de transport du CO2.

47 Les chiffres présentés dans ce chapitre ne concernent que le captage de CO2 dans l’industrie et non le captage dans d’autres
unités, telles que les UIOM (cf. chapitre 2.4.3. Puits de carbone).

354 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Trajectoires : illustration de points de passage en 2030

Les évolutions de la production industrielle (Graphique 16) sont Par ailleurs, de nouveaux usages centralisés et fortement
fortement liées aux évolutions de la demande des secteurs consommateurs d’hydrogène apparaissent dès 2030, néces-
des transports (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des voyageurs et trans- sitant la construction rapide d’un réseau de transport et de
port de marchandises), du bâtiment (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments stockage d’hydrogène afin de mettre en relation les produc-
résidentiels et tertiaires) et des emballages (cf. chapitre 2.4.1. teurs et les consommateurs.
Déchets). En particulier :
En outre, sous l’effet d’une hausse du prix du carbone dès 2030
la demande en aluminium suit la production de véhicules et et d’un accompagnement de l’État pour la décarbonation de
croît de 59 % entre 2014 et 2030, avant de se stabiliser (- 3 %) l’industrie, les industries aux émissions difficiles à abattre (sidé-
entre 2030 et 2050 ; rurgie, cimenterie) et très concentrées (production d’engrais)
mettent en place des projets CCS à large échelle, à hauteur
la demande en ciment suit l’évolution des constructions de 4,9 MtCO2 captées par an. Les émissions captées sont trans-
neuves et se réduit dès l’horizon 2030 (- 18 % entre 2014 et portées prioritairement pour stockage en mer du Nord. En
2030), mais surtout entre 2030 et 2050 (- 34 %) ; complément, des démonstrateurs de sites de stockage se
développent dans le Bassin parisien.
la demande en verre progresse de 18 % entre 2014 et 2030
mais se réduit ensuite (- 14 % entre 2030 et 2050) avec le
développement de la réutilisation des emballages.

Graphique 16 Trajectoires d,évolution de la demande en aluminium, acier, ciment et verre par secteur consommateur dans S3

Aluminium Acier
14

2,0 12

10
1,5
Mt

8
Mt

1 6

4
0,5
2

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Ciment Verre
14 6

12 5

10
4
Mt
Mt

8
3
6
2
4

2 1

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Biens de consommation Transport Bâtiment Travaux publics Emballage

355 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

5.5. Scénario 4 : une décarbonation


de l’industrie focalisée sur le captage
et le stockage géologique de CO²,
dans un univers où consommation
et mondialisation s’intensifient

Graphique 17 Décomposition par levier des baisses de consommation énergétique dans S4, entre 2014 et 205048

438 + 12
426
- 24
- 31 357
- 38
TWh

Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation Baisse des volumes Efficacité Consommation
énergétique produits (demande énergétique et énergétique produits (demande énergétique et énergétique
2014 et efficacité matière) électrification 2030 et efficacité matière) électrification 2050

Vapeur Charbon Gaz réseau GPL Produits pétroliers Biomasse


Spéciaux Solaire thermique Hydrogène Électricité

Dans ce scénario, la décarbonation de l’industrie PRODUCTION : DES NIVEAUX DE


est essentiellement permise par le captage du CO2, PRODUCTION ABAISSÉS PAR
afin de permettre une préservation des niveaux de L’AGGRAVATION DU SOLDE
consommation à moindre empreinte. Les quelques COMMERCIAL ET UNE LÉGÈRE BAISSE
leviers de décarbonation choisis forment un pari DE LA DEMANDE, INDÉPENDANTE
technologique soutenu par les pouvoirs publics. DES POLITIQUES CLIMATIQUES
Outre le captage, le stockage et la valorisation du
CO2, les efforts d’électrification sont accrus. Le Demande. Les réglementations prenant effet sur
nombre de sites de production industrielle diminue la période et les évolutions démographiques
et les centres de R&D se développent. La coopéra- entraînent une réduction de la demande industrielle
tion internationale se fait surtout sur quelques pour les secteurs des emballages plastiques49 et de
filières clés (CCS notamment) et les institutions la construction. Ces effets masquent cependant le
œuvrent à la diffusion de ces technologies. Les maintien de tendances haussières dans la consom-
échanges commerciaux et les dynamiques de mon- mation de certains produits industriels. Dans l’in-
dialisation s’intensifient à travers une augmentation dustrie lourde, la dynamisation du secteur des
des flux de personnes et de matières. Les zones transports provoque un doublement de la demande
portuaires et les infrastructures routières se déve- en verre, un triplement de la demande en alumi-
loppent. En conséquence, le solde commercial de nium, ainsi qu’un quadruplement de la demande
l’industrie lourde se creuse et les délocalisations se en ammoniac (plastiques thermodurcissables) en
poursuivent. provenance de ce secteur.

48 Les consommations d’hydrogène ne sont pas représentées en 2014 : une part des consommations de gaz réseau est mobilisée
pour leur production. En 2019, les consommations d’hydrogène de l’industrie (hors raffinage) représentent près de 10 TWh,
dont trois quarts sont dédiées à la production d’engrais et un quart à la production de méthanol.
49 Dans le secteur des emballages, l’interdiction des plastiques à usage unique se reporte sur les autres matériaux d’emballages :
aluminium, verre, papier.

356 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Commerce international. L’intensification des Efficacité matière. Les taux d’incorporation de


échanges à échelle mondiale prolonge la dynamique matières premières de recyclage restent stables.
de désindustrialisation face aux problématiques de
compétitivité. Les IGCE présentent globalement Efficacité énergétique. La pénétration des techno-
un solde commercial négatif en volume physique, logies d’efficacité énergétique reste stable.
matérialisé par un taux S/P (hors sucre) de - 14 %,
contre - 10 % dans le scénario tendanciel. Mix énergétique. En l’absence d’aide à l’OPEX et en
raison des efforts engagés via le captage du CO2,
Évolution de la production en volume, en produit, les niveaux d’électrification ne sont pas poussés à
en localisation. La hausse globale de la demande ne leurs potentiels maximaux. Ils restent globalement
se répercute pas sur les niveaux de production, qui tendanciels dans les procédés, progressent légère-
déclinent en raison de la désindustrialisation et de ment dans les chaudières et sont opportunément
la progression des importations (Graphique 18). Ainsi, exploités pour renforcer l’attractivité du CCS. Par
la production d’acier, par exemple, recule de 21 % exemple, l’électrification des précalcinateurs est
par rapport à 2014 en dépit d’une hausse de 4 % de développée dans le secteur du ciment, car elle per-
la demande intérieure. Des sites ouvrent cependant met de concentrer les émissions de CO2 en un gise-
dans les secteurs fortement dynamisés, tels que la ment captable par les technologies de CCS. En
production d’aluminium ou celle d’oléfines à partir outre, le développement de la biomasse, s’il reste
de bioéthanol. Les zones disposant de sites de stoc- limité, s’opère préférentiellement dans les sites
kage géologique de CO2 deviennent d’autant plus industriels disposant d’équipements de CCS afin
attractives pour l’ouverture de nouveaux sites. d’obtenir des émissions négatives.

Usage d’hydrogène. L’utilisation d’hydrogène dans


TECHNOLOGIES DE DÉCARBONATION : l’industrie progresse peu par rapport à 2019, en
UN DÉVELOPPEMENT DU CCS QUI PRIME raison d’une augmentation de la production de
FACE AUX AUTRES TECHNOLOGIES méthanol compensée par une baisse de production
DE DÉCARBONATION d’engrais, et atteint 12 TWh (+ 25 %). Sa production
s’effectue par reformage de gaz du réseau, qui est
Le choix des industriels et des pouvoirs publics fortement décarboné par CCS.
s’oriente vers un développement privilégié des tech-
nologies de captage, stockage et valorisation du CO2. Captage et stockage géologique de CO2 industriel50.
En raison de leur intensité capitalistique, peu de capi- Dans ce scénario, un très fort développement du
taux restent disponibles pour le développement CCS est assuré, à hauteur de 40,2 MtCO2 en 2050,
d’autres technologies. En outre, les consommateurs s’imposant comme la technologie phare de la
restent indifférents à l’empreinte écologique des pro- décarbonation de l’industrie. Soutenu par l’État,
duits, n’induisant pas de concurrence sur la prise en un fort développement des infrastructures de trans-
compte de ces critères et acceptent en conséquence port et de stockage géologique de CO2 s’opère sur
l’implantation de zones de stockage ou de lourdes le territoire afin de capter les émissions de l’en-
infrastructures CO2 sur l’ensemble du territoire. semble des sites industriels et les stocker en France

Graphique 18 Évolution (en %) des volumes totaux de demande et de production des industries lourdes (IGCE) en 2050
dans S4 par rapport à 201451

+ 88
Taux d’évolution vs 2014

+ 66

+ 21
+ 14 + 15
+4 +9
+3
0
-8 -3 -5
- 21 - 20 - 18 - 22
- 28
- 33 - 34

Acier Aluminium Clinker (ciment) Verre Ammoniac Dichlore Éthylène Papiers/ Plastiques
cartons

Demande totale Production totale

50 Les chiffres présentés dans ce chapitre ne concernent que le captage de CO2 dans l’industrie et non le captage dans d’autres
unités, telles que les UIOM (cf. chapitre 2.4.3. Puits de carbone).
51 La catégorie « vapocraquage » se réfère à la production des oléfines constitutives des plastiques (éthylène, propylène, benzène,
etc.) par vapocraquage.

357 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

ou en Europe. Le captage et le stockage d’émissions bioraffineries…), remplaçant progressivement le


biogéniques (émissions négatives BECCS) représente captage dans les usines d’ammoniac. Outre ces
5,4 MtCO2 dans l’industrie. Il intervient principale- usages industriels, le CO2 biogénique est utilisé pour
ment sur la combustion de gaz réseau, dont une produire des carburants liquides (power-to-liquid,
part est biogénique. cf. chapitre 2.3.4. Carburants liquides). Similairement
au scénario 1, la production de méthanol pour les
Valorisation industrielle de CO2 capté. La valorisa- usages historiques de la chimie n’est pas issue de
tion du CO2 dans l’industrie se limite aux usages CO2 capté mais directement obtenue par refor-
historiques, considérés comme constants (0,8 Mt mage de méthane. La décarbonation de cette pro-
en 2019, essentiellement dans l’agroalimentaire). duction est assurée par le déploiement du captage
La filière se tourne essentiellement vers le CO2 bio- et stockage géologique de CO2.
génique facilement captable (ex. : méthaniseurs,

Trajectoires : illustration de points de passage en 2030

Les évolutions de la production industrielle (Graphique 19) sont la demande en verre progresse de 18 % entre 2014 et 2030
fortement liées aux évolutions de la demande des secteurs mais se réduit ensuite (- 14 % entre 2030 et 2050) avec le
des transports (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des voyageurs et trans- développement de la réutilisation des emballages.
port de marchandises), du bâtiment (cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments
résidentiels et tertiaires) et des emballages (cf. chapitre 2.4.1. Par ailleurs, les industries se mobilisent autour d’un pari tech-
Déchets). En particulier : nologique sur le CCS. Dès 2030, la plupart des secteurs indus-
triels mettent en place une première unité de captage de large
la demande en aluminium suit la production de véhicules et échelle, pour un total d’émissions captées de 10,6 MtCO2. Les
fait l’objet d’une forte croissance (+ 69 %) entre 2014 et 2030, émissions captées sont transportées, soit pour un stockage en
qui ralentit ensuite (+ 11 % entre 2030 et 2050) ; mer du Nord, soit en France sur les premiers sites démonstra-
teurs de stockage dans les zones identifiées (Bassin parisien,
la demande en ciment suit l’évolution des constructions Bassin aquitain...).
neuves et se réduit assez linéairement entre 2014 et 2050 ;

Graphique 19 Trajectoires d’évolution de la demande en aluminium, acier, ciment et verre par secteur consommateur dans S4

Aluminium Acier
14

2,0 12

10
1,5
Mt

8
Mt

1 6

4
0,5
2

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Ciment Verre
14 6

12 5

10
4
Mt
Mt

8
3
6
2
4

2 1

0 0
2014 2030 2050 2014 2030 2050

Biens de consommation Transport Bâtiment Travaux publics Emballage

358 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

5.6. Comparaison des principaux


résultats des scénarios
Les consommations énergétiques se réduisent dans un captage du CO2 dans le scénario 4, compensant
tous les scénarios (Graphique 20 et Graphique 21) et tra- les impacts de consommations énergétiques
duisent les différentes approches suivies : proches du scénario tendanciel et du maintien de
l’utilisation de charbon, à hauteur de 57 % du niveau
une recherche de sobriété énergétique dans S1 et de 2014.
S2, où les consommations sont réduites de près de
50 % ; Dans l’ensemble, l’évolution du mix énergétique des
scénarios montre un net recul de la consommation
une décarbonation du mix énergétique dans S3, industrielle de charbon (- 10 points en moyenne52),
stimulée par le fort développement des consom- de gaz (- 10 points) et de produits pétroliers (- 8 points)
mations industrielles d’hydrogène (plus que qua- au profit de l’électricité (+ 11 points), de l’hydrogène
druplées par rapport au scénario tendanciel afin (+ 9 points) et, en S1 et S2, de la biomasse (+ 17 points
de produire des oléfines à partir de méthanol), et + 13 points, respectivement).
l’électrification qui gagne 15 points dans le mix
énergétique et la décarbonation du gaz réseau,
permettant un recul limité (- 30 %) des consomma-
tions énergétiques ;

Graphique 20 Comparaison de la consommation d’énergie totale en 2050, par scénario, incluant les usages énergétiques
et non énergétiques53
438

113
373
357

305
22 120

45 144
TWh

13 230 126
36
20 206
13 12
74
28 15
66 12
133 54 23
24
11
119
45 41 17 86
12
14 12
70 49
37 36 40
58 15
18 15 9 10 18 20
15
2014 TEND S1 S2 S3 S4

Vapeur Charbon Gaz réseau GPL Produits pétroliers Biomasse


Spéciaux Solaire thermique Hydrogène Électricité

52 Moyenne hors scénario tendanciel.


53 La catégorie « spéciaux » se réfère aux combustibles spéciaux de la nomenclature du CEREN et de l’EACI : déchets industriels
(pneus usagés, peintures, solvants, etc.), charbon de bois, boues d’épuration, farines animales, déchets végétaux agroalimentaires…

359 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Graphique 21 Répartition des consommations d,énergie (dont matières premières) en 2014 et en 2050, par scénario
et par type d’industrie (IGCE et autres)

450 438

400
373
357
350

305
300

250
230
206
TWh

200

150

100

50

0
2014 TEND S1 S2 S3 S4

Sucreries Industrie du verre Sidérurgie


Fabrication d'engrais Fabrication de plâtres, Autres industries de la chimie
produits en plâtre, chaux et ciments organique de base
Métallurgie et première
transformation des métaux Autres industries de la chimie minérale Autres industries
non ferreux Industrie du papier et du carton

Les baisses de consommations énergétiques pro- Dans les industries non énergo-intensives, les consom-
viennent particulièrement des secteurs de la chimie mations énergétiques reculent également en suivant,
organique et de la sidérurgie, en lien avec l’arrêt de à un rythme souvent légèrement moindre, les évo-
l’utilisation de plastiques à usage unique et le recul lutions de l’industrie lourde.
de l’activité du BTP (Graphique 21).
En outre, l’intensité des échanges internationaux
Les évolutions de la sidérurgie se répercutent sur- varie selon les scénarios et impacte donc les niveaux
tout sur la consommation de charbon, quasi stop- de consommation énergétique (cf. section 5, encadré
pée dans S2 dans lequel la production d’acier par Commerce international ). À titre d’exemple, la reloca-
hauts fourneaux est arrêtée. lisation des activités est plus importante dans S1 que
dans S2, les consommations énergétiques issues de
Les consommations d’énergie du secteur du ciment la relocalisation y sont donc plus significatives (Gra-
sont également fortement réduites, y compris dans phique 22).
le scénario tendanciel (- 51 %) en raison de la mise
en application des réglementations actuelles dans Les scénarios proposés par cette prospective abou-
le secteur du bâtiment. tissent à quatre objectifs différenciés de réduction
de GES pour l’industrie (Graphique 23 et Graphique 24).
À l’inverse, les consommations du secteur des L’objectif de réduction de - 81 % sur l’industrie porté
métaux non ferreux progressent dans S3 et S4, en par la SNBC n’a ainsi pas constitué un élément de
lien avec la croissance du besoin en aluminium pour cadrage du présent exercice, ce dernier ayant pour
la construction de véhicules. objectif d’enrichir les discussions autour de sa mise
en œuvre.

360 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Graphique 22 Taux S/P moyens dans les secteurs industriels considérés en 2014 et 2050, par scénario54

2%

-5% - 20 %
- 12 %
- 18 % - 17 %
- 47 % Industrie
- 59 % - 58 % - 57 %
- 26 %
- 69 % (hors agroalimentaire
et extraction)
Industrie lourde*

2014 TEND S1 S2 S3 S4

* Industrie lourde (hors sucre) : acier plat, acier long, aluminium, ciment, verre, ammoniac, dichlore, oléfines, papier-carton.

Graphique 23 Comparaison des émissions de GES (hors CCS) en 2014 et en 2050, par scénario et selon leur origine

95

30

5 54
MtCO₂eq

12
1
44
21

24 22
1
3 23
20
1
19
18 3
18 8
15
21
15
10 1 1 1 11
2 4 1 1 1
0
3
2014 TEND S1 S2 S3 S4

Vapeur Charbon Gaz réseau GPL Produits pétroliers


Hydrogène Électricité Émissions non énergétiques

Graphique 24 Comparaison des émissions de GES brutes (hors CCS) et nettes (CCS inclus) en 2014 et en 2050, par scénario
95 95

54
47
MtCO2eq

44

20 20 23
18
15
13

2014 TEND S1 S2 S3 S4

Émissions brutes Émissions nettes avec CCS

54 Les valeurs présentées jusqu’ici et dans l’encadré Commerce international en section 5 apportaient une vision des soldes commerciaux
en volume physique, adaptée à l’industrie lourde : elles correspondaient à une moyenne des taux S/P spécifiques à chaque matériau,
pondérée par les volumes de production associés. Ce graphique apporte un autre éclairage, présentant l’ensemble de l’industrie
(hors agroalimentaire et extraction) en comparaison avec l’industrie lourde (IGCE). Les valeurs indiquées correspondent, cette fois,
à une moyenne non pondérée des taux S/P sur les secteurs considérés.

361 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

FOCUS SUR LA SIDÉRURGIE

Hypothèses et résultats

Demande. La demande en acier est principalement liée aux utilisé en substitution à l’acier, cf. chapitre 2.1.3. Mobilité des
évolutions des secteurs du bâtiment (nombre de construc- voyageurs et transport de marchandises). Un fort recul de la
tions neuves, cf. chapitre 2.1.2. Bâtiments résidentiels et tertiaires) demande est pris en compte dans S1 et S2, tandis qu’elle
et des transports (nombre de ventes de véhicules, aluminium reste quasi stable dans S3 et S4 (Graphique 25).

Graphique 25 Demande d,acier par secteur consommateur en 2014 et en 2050, par scénario

14

12

10

8
Mt

0
2014 TEND S1 S2 S3 S4

Biens de consommation Transport Bâtiment Travaux publics Emballage

Commerce international. Les échanges commerciaux de ment exportatrice dans S2, bénéficiant des efforts de
l’acier montrent qu’un basculement s’est opéré après 2014, réindustrialisation et de la qualification d’un acier français
avec un solde qui est devenu importateur, en raison de la bas carbone. Similairement, le passage à une production
baisse importante des exportations (Graphique 26). Cette d’acier à partir d’hydrogène dans S3 permet d’envisager un
dynamique se poursuit dans S4, où le développement des rebond sensible des exportations. Enfin, dans S1, les dyna-
échanges internationaux renforce les importations, notam- miques protectionnistes débouchent sur un solde commer-
ment d’aciers longs55. En revanche, la filière devient forte- cial nul, en volume physique.

Graphique 26 Solde commercial exportateur de l’acier en pourcentage du volume de production (taux S/P) en 2014
et en 2050, par scénario
28 %

17 %

6%
0%

-7% -9%
2014 TEND S1 S2 S3 S4

Suite page suivante

55 Les aciers longs constituent aujourd’hui 30 % de la production française d’acier et sont principalement issus de la filière électrique (voir plus bas).
Correspondant aux barres, profilés (rails de chemin de fer, poutrelles) et produits tréfilés, ils sont en particulier utilisés dans la construction (béton
armé). Les aciers plats constituent 70 % de la production française d’acier et sont principalement issus de la filière haut fourneau. Ils correspondent
aux tôles fortes (utilisées pour la réalisation de gros tubes soudés, la construction navale, le bâtiment, les ouvrages d’art et la chaudronnerie) et
minces (construction automobile, emballage, électroménager, couverture et bardage de bâtiments).

362 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

FOCUS SUR LA SIDÉRURGIE

Sous l’effet de ces évolutions, la production française d’acier directe de minerai de fer. La production de DRI se fait actuel-
se réduit, très fortement dans S1 (- 62 % par rapport à 2014), lement essentiellement sur des procédés de reformage du
et de façon plus limitée dans les autres scénarios (- 33 % en gaz naturel. Le DRI peut être utilisé en sidérurgie en complé-
S2 ; - 21 % en S3 et S4). ment ou en remplacement de ferrailles dans un four à arc
électrique classique, ou dans un convertisseur à oxygène
Système productif. L’acier est un alliage métallique composé (filière haut fourneau). La filière intégrée DRI-EAF désigne la
de fer et d’une part de carbone, auxquels sont adjoints des production et la fusion du DRI par un four à arc électrique
éléments d’addition (manganèse, chrome, nickel…). La produc- sur un même site. Aujourd’hui encore au stade de R&D, la
tion d’acier se partage aujourd’hui entre deux filières : une filière intégrée DRI-EAF suscite beaucoup d’intérêts car elle
filière primaire, dans laquelle le minerai de fer est désoxydé offre une solution potentielle pour produire de l’acier bas
(réduit) et fondu en présence de coke dans les hauts fourneaux, carbone avec l’utilisation d’électricité décarbonée et d’hy-
et une filière secondaire, dans laquelle de la ferraille de récu- drogène à la place de gaz naturel ou de charbon.
pération est fondue dans les aciéries électriques.
La production d’acier constitue 23 % des émissions de GES
Une nouvelle filière primaire, basée sur l’usage de minerai de l’industrie, dont 90% proviennent, à l’heure actuelle, de
de fer préréduit, est considérée dans S2 et S3 (filière DRI- la filière haut fourneau. Plusieurs améliorations sont présagées
EAF). Le minerai de fer préréduit, ou plus communément pour réduire l’impact carbone de la production d’acier
appelé DRI (Direct Reduced Iron), est produit par réduction (Figure 5).

Figure 5 Voies de production de l’acier

Gaz naturel,
Charbon Cokerie Coke ou
déchets, H₂

Filière Recirculation des gaz Ferraille


haut fourneau sidérurgiques O₂
Préchauffage, Première
taux de ferraille
transformation
Minerai Hauts
Agglomération Fonte Convertisseur
de fer fourneaux
Mise à nuance
et ferroalliage
O₂ CCUS

Filière Électricité Gaz naturel


aciérie électrique (EAF)
Coulée
Four à arc
Ferraille électrique
(EAF)
Laminage Laminage
et/ou en continu à chaud

Minerai de fer
préréduit (DRI) Aciers longs
et plats

Minerai
Agglomération
de fer
Filière intégrée Four
DRI-EAF à réduction
H₂
Eau Électrolyse

Intrants Matière sortante Procédé Nouvelles voies

Suite page suivante

363 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

FOCUS SUR LA SIDÉRURGIE

Dans S2, le développement du recours à de la ferraille de fourneaux dominent toujours la production d’acier en France,
qualité permet aux fours à arc électrique d’augmenter leur grâce au déploiement de l’hydrogène dans S3 (injection
part de marché de 12 points, en parallèle du remplacement d’hydrogène et de déchets plastiques en tant qu’agents
des hauts fourneaux par une nouvelle filière de réduction réducteurs dans le haut fourneau), et au CCS dans S4.
directe (DRI-EAF). Inversement, dans S3 et S4, les hauts

Graphique 27 Répartition des filières de production d,acier en 2014 et en 2050, par scénario

22 % 21 % 18 %
33 % 36 %
45%
26 %

67 % 78 % 82 %
64 % 55 %
54 %

2014 TEND S1 S2 S3 S4

Hauts fourneaux Réduction directe par hydrogène (DRI) Four à arc électrique

Consommations énergétiques. En conséquence de ces évo- dans S3 et S4 par rapport à S1. Résultat d’itinéraires techno-
lutions de filières de production et des perspectives de logiques très variés et notamment de la place du vecteur
marché, les consommations énergétiques de la sidérurgie hydrogène, le mix énergétique est également sensiblement
varient fortement d’un scénario à un autre (Graphique 28). En différent entre S2 et S3 d’une part, et S1 et S4 d’autre part.
l’occurrence, environ deux fois plus d’énergie est requise

Graphique 28 Consommation d,énergie finale (dont matières premières) de la production d,acier en 2014 et en 2050, par scénario

60

50

40

30
TWh

20

10

0
2014 TEND S1 S2 S3 S4

Charbon Charbon (MP) Gaz naturel (dont MP) GPL et autres PP

Biomasse Combustibles spéciaux Hydrogène Électricité

364 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

FOCUS SUR LA CHIMIE DES PLASTIQUES

Un secteur particulièrement complexe à modéliser

À l’heure actuelle, les oléfines (éthylène, propylène, benzène, commercial français positif. Ce naphta est craqué dans un
etc.), nécessaires à la fabrication des plastiques, sont produites vapocraqueur pour produire ces principales oléfines. Les six
à partir de naphta, coproduit dans les raffineries à partir de vapocraqueurs présents sur le territoire français émettent
pétrole (Figure 6). Actuellement, le naphta consommé en plus de 5 MtCO2/an, soit plus du quart des émissions totales
France est importé ou produit sur le territoire national. Par du secteur de la chimie, qui représente lui-même un quart
ailleurs, une part est également exportée, rendant le solde des émissions de l’industrie.

Figure 6 Voies de production et de recyclage des plastiques

Raffineries

Emballages
plastiques à usage
Naphta
unique

Contenants
Polymérisation plastiques
Bionaphta Vapocraqueur Oléfines
et plasturgie

PVC bâtiment
Huile de pyrolyse
PP (transport…)

Recyclage
chimique
Usage

Déchets plastiques
non adaptés Recyclage Déchets
au recyclage mécanique plastiques
mécanique

Incinération
Stockage
en décharge
Source : pour en savoir plus : [22].

En complément de la réduction de la consommation de plas- sont complétés par du naphta. Ce dernier est essentiellement
tique, plusieurs voies de production alternatives des oléfines importé en raison de la fermeture des raffineries françaises
ont été modélisées dans le cadre de cet exercice prospectif : d’ici 2050 (hormis une raffinerie conservée dans S1, cf. cha-
pitre 2.4.2. Ressources et usages non alimentaires de la biomasse) ;
deux intrants alternatifs dans les vapocraqueurs en substi-
tution totale ou partielle au naphta : (pour l’ensemble des deux filières de production alternatives innovantes : bioe-
scénarios) et déchets de plastiques pyrolysés56 (uniquement thanol-to-olefins (S1, S3 et S4, en fonction de la disponibilité
dans S4). Le bionaphta est produit par les bioraffineries de bioéthanol) et methanol-to-olefins (S3) produit à partir
(cf. chapitre 2.4.2. Ressources et usages non alimentaires de la d’hydrogène et de CO2 (CCU).
biomasse). Ces substituts demeurant insuffisants pour com-
bler les besoins en intrants matières des vapocraqueurs. Ils

Suite page suivante

56 La technologie de recyclage chimique des déchets pyrolysés a été envisagée pour S3 et S4. Elle n’a cependant été exploitée que dans S4, les autres
ressources (bionaphta) s’avérant suffisantes pour couvrir la demande en oléfines dans S3.

365 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

FOCUS SUR LA CHIMIE DES PLASTIQUES

Tableau 3 Chiffres clés de la production d,oléfines en 2050, par scénario

TEND S1 S2 S3 S4
Répartition des intrants matières dans le vapocraqueur
Naphta 93 % 87 % 42 % - 35 %
Bionaphta 7% 13 % 58 % 100 % 57 %
Plastiques pyrolysés - - - - 8%
Part des filières de production des oléfines
Vapocraqueurs 100 % 98 % 100 % 61 % 99 %
Bioethanol-to-olefins - 2% - 7% 1%
Methanol-to-olefins (CCU et H2) - - - 32 % -
Quantité produites par filières de production de méthanol [Mt]
Methanol-to-olefins - - - 1,66 -
Méthanol hors usages oléfines 0,96 0,90 0,83 0,94 0,93

Par ailleurs, la modélisation de la production de méthanol Ce travail a permis de mettre en lumière l’interdépendance
visant d’autres usages que la production d’oléfines, en parti- systémique entre l’industrie chimique et les filières de recy-
culier la fabrication des biocarburants, formaldéhydes, etc., clage du plastique, ainsi qu’avec les raffineries et bioraffineries.
celle-ci a fait l’objet d’une modélisation distincte. Ces usages En particulier :
sont actuellement couverts quasi uniquement par de l’im-
la fin des carburants fossiles remettrait en question le main-
portation (plus de 600 000 tonnes/an). Selon les scénarios,
tien des raffineries et donc la disponibilité en naphta, ce qui
une part de cette production est relocalisée.
lie intimement la transition énergétique de la filière chimie
et des plastiques à celle du secteur des transports ;
Quel que soit son usage, la fabrication du méthanol est réa-
lisée à partir d’hydrogène, produit à partir de gaz (via SMR) des tensions potentielles sont à anticiper sur la ressource en
dans S1 et S4 ou par électrolyse dans S2 et S3 (cf. chapitre déchets plastiques et donc des répercussions sur son coût
2.3.5. Hydrogène). d’approvisionnement.

366 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

6. Des restructurations
majeures s’avèrent inéluctables
pour l’industrie
Les éclairages apportés par ces différentes scénarisa- civile : entrepreneurs, citoyens, salariés, corps inter-
tions d’une évolution du secteur industriel dans un médiaires et au plus près des territoires, pour que
objectif national de neutralité carbone nous cette adhésion permette les changements nécessaires
conduisent aux enseignements suivants. d’activités des entrepreneurs et des salariés en cohé-
rence avec l’évolution des actions et postures des
Le tissu industriel va devoir subir un changement de consommateurs privés ou publics.
structure d’envergure car une majorité des produits
et matériaux qu’il met sur le marché va voir leur Quel que soit le bouquet de déterminants qui dessi-
demande impactée significativement à la baisse. En neront l’avenir du secteur industriel, à l’instar de ceux
effet, qu’elle soit dictée par la sobriété des consom- modélisés dans les quatre scénarios présentés, les
mateurs ou par un accès de plus en plus contraint aux actions suivantes doivent être poursuivies ou engagées
ressources matières et énergétiques, la baisse inéluc- dès à présent.
table de la demande et donc de la production indus-
trielle engendrera des évolutions profondes du tissu
industriel français. Ces baisses de production en DES CONDITIONS OPTIMALES DE
volume physique peuvent toutefois ne pas impacter DÉVELOPPEMENT D’UNE INDUSTRIE
pleinement la valeur ajoutée, grâce à la fabrication à BAS CARBONE AU SERVICE
plus haute valeur ajoutée dans l’industrie manufac- D’UNE SOCIÉTÉ DÉCARBONÉE
turière et au consentement à payer des consomma-
teurs pour des produits plus durables. Enfin, toute 1. Une politique d’aménagement du territoire adossée
évolution du secteur industriel constitue une source à ces enjeux de développement d’une industrie bas
d’inquiétudes, qu’elle soit liée à l’emploi ou à la délo- carbone, en y intégrant les spécialisations territo-
calisation, qui nécessitera des politiques publiques riales relatives au mix énergétique disponible, aux
adaptées aux différents produits. infrastructures les plus adaptées en matière de logis-
tique, réseaux H2, CO2 et aux autres mutualisations
Les secteurs industriels ne seront pas « tous égaux » possibles entre acteurs industriels de proximité dans
face à ces bouleversements, mais tous vont devoir une logique d’EIT et plus globalement d’économie
repenser leur stratégie vers de nouveaux modèles circulaire plus locale.
économiques « compatibles avec la neutralité car-
bone » : moins de volume, plus de valeur ajoutée, de 2. Le rôle actif de l’État et des collectivités, pour don-
services, de réparabilité des produits… ner visibilité et confiance aux industriels pour de
nouveaux marchés en produits bas carbone. Le rôle
Concernant les activités industrielles les plus émet- des marchés publics favorisant le « made in France
trices ou énergo-intensives, elles devront faire face à bas carbone » est ainsi primordial et doit pouvoir
un mur d’investissement à la fois dans des technolo- se compléter par des dispositifs de type « Carbon
gies matures mais aussi dans la recherche et dévelop- Contracts for Difference » mis en place au niveau
pement pour développer des innovations de rupture. européen.
Les tensions sur un mix énergétique décarboné pour
l’ensemble des usages sont telles que toute amélio- 3. L’accompagnement à la transformation des métiers
ration de la performance énergétique ou carbone des pour une industrie bas carbone, en formation conti-
procédés industriels doit être étudiée. nue ou initiale, qui doit permettre aussi de redonner
de l’attractivité et du sens à ces emplois souvent
Par ailleurs, l’enjeu capitalistique est tel que se pose délaissés. L’adaptabilité entre secteurs pour tenir
la question des priorités de production au niveau compte des changements de structuration du tissu
national et au niveau local. Cette réflexion est forcé- industriel sera particulièrement recherchée, en par-
ment associée aux enjeux de résilience et d’autonomie ticulier pour accompagner le développement d’ac-
et à la place que l’on souhaite donner au commerce tivités industrielles autour des EnR, de l’H2, du
international et à notre balance commerciale dans recyclage, de la réparation… et plus particulièrement
cette évolution. Cette proposition de « nouvelle révo- dans les zones dépendantes d’activités à forte pro-
lution industrielle bas carbone » devra être comprise, babilité de baisse de la production industrielle
construite et acceptée par l’ensemble de la société actuelle.

367 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

4. La poursuite d’accompagnements publics incitatifs fiscalité sur les énergies fossiles et les énergies renou-
(aide d’État au déploiement ou à l’innovation) ou velables ou décarbonées doit être engagée, tout
plus coercitifs (renforcement du prix du carbone), en analysant la spécificité des matières fossiles non
dans la durée, pour engager les acteurs industriels substituables utilisées par certains acteurs indus-
dans la modernisation bas carbone de leur outil triels.
industriel ou la recherche de nouvelles technologies,
tout en priorisant ce soutien vers les activités indus-
trielles compatibles avec la trajectoire bas car- DES ÉVOLUTIONS RAPIDES DU CADRE
bone attendue pour le pays. NORMATIF OU RÈGLEMENTAIRE À
L’ÉCHELLE INTERNATIONALE POUR TENIR
COMPTE DES ENJEUX DE COMPÉTITION
DES ENGAGEMENTS SUR LE LONG TERME INTERNATIONALE
POUR LES INDUSTRIELS QUI S’EMPARENT
DE CES OPPORTUNITÉS 1. L’alignement des règles du commerce international
sur les enjeux du changement climatique et de la
1. La définition de stratégies bas carbone ambitieuses, raréfaction des ressources, permettant à des initia-
notamment pour les groupes industriels énergo-in- tives comme le MACF (mécanisme d’ajustement
tensifs ou fortement émetteurs, dans la continuité carbone aux frontières européennes) de trouver
des feuilles de route de décarbonation des princi- leur pertinence en complément du durcissement
pales filières industrielles représentées par leurs de la Directive EU-ETS (SEQE-UE) et de son adapta-
différents Comités Stratégiques de Filière. Une éva- tion aux nouveaux enjeux (CCUS par exemple).
luation de la cohérence et l’ambition de leur stra-
tégie bas carbone avec la méthodologie ACT, 2. La normalisation rapide des nouveaux produits ou
notamment pour bénéficier d’une vision interna- matériaux bas carbone (ex. : béton bas carbone…)
tionale pour ces acteurs qui ont très souvent des permettant des commercialisations plus rapides,
implantations à l’étranger, devrait servir de base de ainsi que l’intégration de nouvelles technologies ou
discussion avec les pouvoirs publics. produits dans différents cadres normatifs, notam-
ment les directives européennes (CCU dans la direc-
2. Le conditionnement de l’ensemble des soutiens tive RED sur les équipements radioélectriques…).
publics à l’industrie au développement d’installa-
tions industrielles bas carbone ou à la réalisation L’ensemble de ces mesures n’atteindront leur pleine
des premières installations en France dans le cadre efficacité qu’en corollaire d’un nouveau « contrat
de l’aide à l’innovation. Pour cela, une trajectoire sociétal » pour définir et partager les avantages et
ambitieuse et fiable dans la durée du prix du car- les limites d’une industrie bas carbone au service de
bone doit être assurée. En effet, la visibilité sur le la société neutre en carbone envisagée pour 2050.
long terme des conditions économiques et fiscales
liées à l’énergie et au carbone est un élément clé
pour permettre des arbitrages d’investissements
aussi capitalistiques que le nécessite la décarbona-
tion de l’outil industriel. Une remise à plat de la

368 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

7. Des hypothèses à affiner


en concertation avec les différents
secteurs
La mobilisation des différents outils et la modélisa- 2. les indicateurs considérés : la méthodologie consi-
tion de chacun des scénarios ont progressivement dérée implique de ne prendre en compte initia-
mis en lumière certaines limites inhérentes à l’exer- lement que les consommations d’énergie dans
cice de prospective, notamment pour l’industrie, et la définition des choix technologiques, des évo-
donc potentiellement des pistes de développement lutions du commerce international, etc. Ce pano-
pour de futurs travaux. rama énergétique n’est enrichi qu’a posteriori
par des considérations sur les émissions directes
Le caractère systémique de cet exercice a de GES, ainsi que sur les empreintes carbone et
nécessairement amené des contraintes dans matière.
l’établissement des itinéraires de réductions des
consommations énergétiques des différents sec- Sur le plan des technologies :
teurs industriels, du fait des nombreuses itérations
avec les trajectoires des autres secteurs. À titre 1. une appréciation différente du contexte écono-
d’exemple, le recours à davantage d’électrification mique et de l’environnement incitatif peut
dans l’industrie renvoie à un arbitrage indispensable conduire à reconsidérer les potentiels maximaux
sur l’usage de l’électricité eu égard aux autres d’efficacité énergétique et d’électrification attei-
besoins comme dans les transports. De même, les gnables dans chacun des scénarios ;
niveaux de production de certains matériaux
comme l’acier et le clinker (ciment) dépendent for- 2. la quantification des émissions réellement évitées
tement, voire exclusivement pour le second, de par la valorisation du CO2 reste à perfectionner
l’activité estimée du BTP et donc des hypothèses (cf. section 2, encadré Captage, stockage et valorisation
sur les modes de déplacement, les façons de tra- du CO2), ainsi qu’un possible élargissement des
vailler, de se loger et de s’alimenter. Ainsi, le champ potentiels de captage en vue de valorisation sur
des possibles s’avère très vaste lors du cadrage de les sites industriels. En effet, en première
ces hypothèses, mais très contraignant lors de leurs approche, la modélisation n’a pris en compte,
répercussions sur les niveaux d’activités de certains pour les usages du CO2, qu’un captage en
secteurs industriels. provenance d’installations ciblées, telles que les
méthaniseurs ou les bioraffineries.
En termes de modélisation, le prisme de la consom-
mation d’énergie choisi pour cet exercice condi- Au niveau du commerce international, une modé-
tionne : lisation plus fine des échanges de produits et
sous-produits par secteur aurait permis de refléter
1. le périmètre de l’industrie sélectionné : le degré l’intensité des échanges et l’hétérogénéité des com-
de finesse de la modélisation et donc de l’analyse portements des partenaires commerciaux (i.e. pays
est plus important pour les Industries Grandes de l’Union européenne vs pays hors de l’Union euro-
Consommatrices d’Énergie que pour le reste de péenne) avec plus de précision. En effet, l’indicateur
l’industrie, considérée comme plus « diffuse ». Un du commerce international ne prend en compte
prisme socio-économique aurait par exemple qu’un solde commercial en mettant uniquement
permis d’affiner l’analyse sur le secteur du textile, en lumière la position d’importateur ou d’exporta-
celui de la production automobile ou encore celui teur net du secteur industriel.
de l’aéronautique. Les secteurs IGCE font égale-
ment l’objet de travaux plus poussés dans le cadre
des Plans de Transition Sectoriels (PTS) réalisés
par l’ADEME. Les secteurs de l’acier, de l’alumi-
nium, du ciment et de la chimie ont ainsi pu être
plus approfondis en raison de l’état d’avancement
de ces travaux, par rapport aux secteurs papiers/
cartons, sucre et verre dont les travaux PTS
devraient démarrer en 2022 ;

369 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

Plus précisément, pour chaque scénario, plusieurs – un arbitrage plus fin des importations et donc des
perspectives d’améliorations ainsi que d’autres hypo- productions par une scénarisation des partena-
thèses de scénarisation sont envisageables : riats commerciaux selon leur empreinte carbone
et énergétique.

SCÉNARIO 1 D’autres hypothèses pour répondre à cet univers


prospectif S3 : une réindustrialisation à l’échelle
Pour aller plus loin : afin d’affiner les enseignements européenne, basée sur le développement de com-
autour de ce scénario, il aurait été intéressant de plémentarités et d’échanges équilibrés entre les
quantifier davantage les impacts de l’évolution de industries des pays membres, aurait pu être consi-
la demande sur l’industrie aval. dérée. En conséquence, des améliorations ciblées
des soldes commerciaux français auraient pu être
D’autres hypothèses pour répondre à cet univers modélisées, à l’image de S1 ou S2. La sécurisation
prospectif S1 : il aurait pu aussi être envisagé de des marchés européens, le dégagement d’avantages
considérer des niveaux de relocalisation plus ambi- comparatifs favorables aux produits bas carbone
tieux, notamment sur l’industrie aval afin de dimi- de l’UE et le développement de mécanismes euro-
nuer notre dépendance aux importations. Cette péens de soutien aux industries pourraient alors,
approche aurait nécessité une vision sectorielle très en complément, favoriser des niveaux d’investisse-
fine, notamment pour en déterminer les impacts ment plus élevés pour les technologies d’efficacité
en termes d’augmentations de consommations énergétique et matière.
d’énergie et de ressources. Une première macro-es-
timation donne néanmoins un surplus de consom-
mation de l’ordre de 28 TWh, soit 14 % de la SCÉNARIO 4
consommation « industrie » du S1.
Pour aller plus loin : afin d’affiner les enseignements
autour de ce scénario, il s’agira de creuser :
SCÉNARIO 2 – dans quelles mesures les hypothèses prises, tant
technologiques qu’économiques, sont réalistes
Pour aller plus loin : afin d’affiner les enseignements au regard du corps social ;
autour de ce scénario, différentes évolutions ou – l’évaluation des contraintes sur les ressources (eau,
répercussions pourraient être investiguées, par sols, matériaux).
exemple :
– si ce scénario est le plus ambitieux en matière D’autres hypothèses pour répondre à cet univers
d’efficacité énergétique, le potentiel maximal prospectif S4 : le choix technologique du CCS
identifié pourrait être revu à la hausse en consi- comme solution principale et définitive de décar-
dérant des innovations de rupture soutenues par bonation de l’industrie ne permet pas, dans ce
les stratégies d’accélération publiques ; scénario d’envisager le CCS comme solution tran-
– une estimation plus fine des gisements de sitoire en attendant l’émergence de nouvelles solu-
matières premières de recyclage permettrait de tions plus pérennes au-delà de 2050. Cette
gagner en robustesse sur ce scénario. hypothèse serait à analyser au regard d’études plus
complètes sur les dynamiques de stockage à
D’autres hypothèses pour répondre à cet univers l’échelle européenne ou méditerranéenne.
prospectif S2 : il aurait pu aussi être envisagé le
développement de l’hydrogène combustion, sous
réserve des arbitrages dans la modélisation des
systèmes électriques et gaz.

SCÉNARIO 3

Pour aller plus loin : afin d’affiner les enseignements


autour de ce scénario, différentes évolutions ou
répercussions pourraient être investiguées, par
exemple :
– si ce scénario est le plus ambitieux en matière
d’électrification, le potentiel maximal identifié
pourrait être revu à la hausse en considérant des
innovations de rupture soutenues par les stratégies
d’accélération publiques ;

370 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

8. Références bibliographiques
Pour revenir à la page contenant la première occurrence du renvoi bibliographique au sein du chapitre, cliquez sur le numéro concerné entre crochets.

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[13] CEREN, « Première analyse du potentiel technique d’électrifi-
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[5] ADEME, « Les Chiffres Clés Entreprises 2016 », 2016 (https://li- France », 2020 (https://librairie.ademe.fr/changement-clima-
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[22] ADEME, « Mémo d’analyse des enjeux de décarbonation du
[11] ADEME, « La chaleur fatale », 2017 (https://www.ademe.fr/sites/ secteur Chimie », 2021 (https://finance-climact.fr/wp-content/
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pdf).

371 Transition(s) 2050


ÉVOLUTION DU SYSTÈME PRODUCTIF PRODUCTION INDUSTRIELLE

9. Annexe : évolution des principales


variables du secteur

2050
2014
TEND S1 S2 S3 S4
BÂTIMENT – nombre de constructions neuves en 2050
338 820 178 846 1 420 68 832 261 917 179 678
(maisons individuelles et logements collectifs)
BÂTIMENT – surface moyenne des maisons
114 113 80 100 113 113
individuelles neuves [m²]
TRANSPORTS – nombre de véhicules particuliers neufs
1,92 2,48 1,08 1,36 1,91 2,31
à 2050 [Millions]
TRANSPORTS – part de l’aluminium dans la masse totale
8,9 12,80 12,80 12,80 12,80 12,80
hors batterie d’un véhicule particulier [%]
TRANSPORTS – rythme de construction de toutes
9 231 3 563 414 714 3 681 7 020
infrastructures routières à 2050 [km/an]
AGRICULTURE – évolution en 2050 par rapport à 2014
- - 25 - 71 - 91 - 69 - 68
de la consommation d’engrais azotés par habitant [%]
PAPIER – évolution en 2050 par rapport à 2014
- - 35 - - - 35 - 50
de la consommation de papiers graphiques par habitant [%]
EMBALLAGES SOBRIÉTÉ – évolution de la consommation
- - 100 - 100 - 100 - 100 - 100
de sacs plastiques à 2050 par rapport à 2014 [%]
RECYCLAGE – taux de matières premières recyclées
5 50 80 90 50 50
dans la production de plastique (PET) [%]
COMMERCE INTERNATIONAL – taux S/P
(i.e. (exportations - importations)/production, en tonnes) 2 - 32 - - - 32 - 50
des produits longs en acier [%]
COMMERCE INTERNATIONAL – taux S/P
(i.e. (exportations - importations)/production, en tonnes) - 38 - 38 - - - 38 - 56
du secteur de l’aluminium [%]
FILIÈRES PRODUCTION – part de la filière hauts fourneaux
67 78 64 - 54 82
dans la production d’acier à 2050 [%]
FILIÈRES PRODUCTION – part de la filière
- - - - 32 -
methanol-to-olefins dans la production d’oléfines à 2050 [%]
EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE – COP froid (2014 : 3) 3 3,14 3,39 3,64 3,39 3,14
ÉLECTRIFICATION – part des combustibles remplacés par
de l’électricité sur le gisement de combustibles fossiles
- 15 15 15 100 58
substituables de 2014 dans les chaudières fonctionnant
24h/24 (3 x 8) [%]
ÉLECTRIFICATION – COP PAC séchage (2014 : 3,5) 3 3,6 3,6 3,6 4 3,8
MIX ÉNERGÉTIQUE – part du charbon dans les hauts Plus de
96 96 96 47 96
fourneaux à 2050 [%] HF
MIX ÉNERGÉTIQUE – part du bois dans le mix énergétique
17 23 100 87 33 23
des chaudières à 2050 [%]
INTRANTS MATIÈRE – part de naphta dans les
100 93 87 42 - 35
vapocraqueurs [%]
INTRANTS MATIÈRE – part de plastiques pyrolysés
- - - - - 8
dans les vapocraqueurs [%]

372 Transition(s) 2050


03
PRODUCTION
D’ÉNERGIE
374 Mix gaz
407 Froid et chaleur réseaux et hors réseaux
447 Biomasse énergie
474 Carburants liquides
512 Hydrogène

373 Transition(
Transition(s)
(s) 2050
03 PRODUCTION
D’ÉNERGIE

1. Mix gaz
1. Synthèse de la 4. Stratégies pour 7. Limites des scénarios,
problématique le secteur, selon autres possibles,
et des enjeux chaque scénario perspectives pour
pour le secteur 384 travaux futurs
375 402
5. Comparaison
2. Rétrospective des scénarios 8. Références
des tendances 397 bibliographiques
et état actuel 405
378 6. Enseignements
pour le secteur et 9. Annexe : évolution
3. Description de propositions de des principales
la méthode de politiques et mesures variables du secteur
quantification 399 406
des scénarios
380
PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

1. Synthèse de la problématique
et des enjeux pour le secteur
1.1. Importance de la 1 018 installations au 1er janvier 2021 (+ 21 % en un an).
La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)
transformation du secteur fixe un objectif de 7 à 10 % de la consommation de
gaz en 2028 satisfaite par du biogaz (soit 22 à
Le gaz représentait 14 % de la consommation d’éner-
29 TWhPCI). Ces objectifs devraient être atteints sans
gie primaire en France en 2015 (425 TWhPCI, données
trop de difficulté puisque la capacité des projets de
corrigées des variations climatiques), principalement
méthanisation en file d’attente à fin décembre 2020
pour le résidentiel, le tertiaire, l’industrie et la pro-
dépasse la cible inférieure de la PPE (cf. section 2.2).
duction d’électricité [1]. Ce gaz est en quasi-totalité
d’origine fossile et importé. Sa combustion a émis la
La pyrogazéification consiste à produire un gaz de
même année 17 % des émissions totales de gaz à effet
synthèse appelé syngas par traitement thermo-
de serre de la France (80 MtCO2eq) [2]. Outre sa com-
chimique de matières organiques non fermentes-
bustion, sa production et son transport sont égale-
cibles (biomasse lignocellulosique sèche : bois, bois
ment à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre
déchets, pailles…) ou de déchets carbonés non recy-
de l’ordre de 17 MtCO2eq1. Dans l’objectif de neutra-
clables, notamment des combustibles solides de
lité carbone en 2050, l’enjeu est à la fois le dévelop-
récupération (CSR). Le gaz produit est composé prin-
pement du gaz d’origine renouvelable et la diminution
cipalement d’hydrogène, de monoxyde de carbone,
de la consommation de gaz, en particulier d’origine
de dioxyde de carbone et, dans une moindre mesure,
fossile. Cette augmentation de la production de gaz
de méthane et de diazote. Comme le biogaz, le syn-
renouvelable sur le territoire national permettra en
gas peut être utilisé directement pour la production
outre d’améliorer la balance commerciale de la
de chaleur ou d’électricité ou être injecté dans le
France et de renforcer son indépendance énergé-
réseau après conversion en méthane par méthana-
tique (cf. section 2.2).
tion et épuration. La gazéification hydrothermale
est également un procédé thermochimique à haute
pression et haute température mais qui nécessite en
1.2. Enjeux de la substitution intrants de la biomasse humide ou liquide : digestats
du gaz fossile de méthanisation, effluents et résidus liquides indus-
triels, boues de stations d’épuration d’eaux usées...
Il existe principalement trois filières de production Ces deux technologies sont encore en développe-
de gaz renouvelable. ment. Leur niveau de maturité (technology readiness
level, ou TRL, noté sur une échelle allant de 0 à 9) est
La méthanisation consiste à produire un mélange de variable selon les intrants et les procédés de valorisa-
gaz appelé biogaz, composé principalement de tion envisagés. Le TRL de la pyrogazéification pour la
méthane et de dioxyde de carbone, par digestion production de méthane est estimé à 7 par l’Agence
anaérobie de matières organiques fermentescibles : internationale de l’énergie (AIE) [3] mais certains pro-
effluents d’élevage, résidus de cultures, boues de jets ont atteint un TRL 8 (en particulier la plateforme
stations d’épuration des eaux usées, déchets des GAYA d’ENGIE en France). Plusieurs installations pilotes
industries agroalimentaires… Le biogaz peut être uti- et démonstrateurs existent déjà ou sont en projet en
lisé directement comme combustible ou pour pro- France et dans le monde et permettront de tester le
duire de l’électricité dans des installations de potentiel d’industrialisation de la filière. La gazéifica-
cogénération. Transformé en biométhane après tion hydrothermale, quant à elle, est moins mature.
épuration, il présente une composition et des pro-
priétés thermodynamiques équivalentes à celles du Le power-to-gas consiste à convertir de l’électricité
gaz naturel et peut être injecté dans les réseaux de en hydrogène par électrolyse de l’eau. L’hydrogène
gaz ou conditionné en bioGNV comme carburant peut être utilisé directement pour des usages éner-
pour véhicules. La méthanisation est une technolo- gétiques ou comme matière première ou peut être
gie mature, en fort développement en France avec converti en méthane par méthanation, après ajout

1 Calculé d’après le facteur d’émission amont du gaz naturel du réseau en France en 2015 (Base Carbone®), issu de l’étude
« Analyse du cycle de vie de la chaîne gazière » – GRT gaz, TIGF, STORENGY, GRDF, ELENGY de 2018. Les émissions de méthane
provenant des infrastructures gazières représentent 2 % des émissions de méthane en France [2].

375 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

de CO2 : on parle alors de power-to-methane. Si l’élec- Par ailleurs, la production de méthane par méthani-
tricité est d’origine renouvelable, le gaz produit (H2 sation et par pyrogazéification est limitée par le
ou CH4) l’est également. Les technologies d’élec- potentiel de biomasse mobilisable pour ces usages
trolyse et de méthanation sont en cours de matura- (cf. section 3.2). En effet, ce gisement dépend forte-
tion (TRL 9 pour l’électrolyse basse température ment des usages des sols et des systèmes agricoles
alcaline et PEM et TRL 7 pour la méthanation cata- présents, ainsi que des autres voies de valorisation
lytique et biologique [4]) et font l’objet de plusieurs de la biomasse (alimentation, matériau, combustion,
projets visant à tester leur potentiel technique et biocarburants) . Par ailleurs, cet usage de la biomasse
économique (cf. chapitre 2.3.5. Hydrogène). se doit d’intégrer des enjeux de préservation de la
biodiversité et des puits carbone (cf. chapitre 2.4.2.
Les filières de pyrogazéification et de méthanation, Ressources et usages non alimentaires de la biomasse). Le
bien que non matures aujourd’hui, pourraient repré- potentiel de développement de la ressource bio-
senter un levier important de production de gaz masse est également impacté par le changement
renouvelable au-delà de 2030. Pour cela, il faut que climatique et par la disponibilité future des res-
les investissements en R&D et dans les démonstra- sources en eau, qui affecteront les rendements et
teurs se poursuivent sur ces deux filières afin de lever pourront accroître la tension sur l’usage de ces gise-
les derniers verrous techniques/économiques ments. Quant au power-to-methane, il requiert de
et que le cadre règlementaire leur soit favorable. l’électricité renouvelable et/ou décarbonée et entre
donc en concurrence avec les autres demandes en
Les différents procédés de production de gaz renou- électricité et en hydrogène.
velable comme la méthanisation et la pyrogazéifica-
tion permettent une production de méthane Au-delà des aspects techniques et économiques, la
prévisible et constante tout au long de l’année. Les perception des projets de méthanisation par les rive-
caractéristiques du méthane permettent d’utiliser rains peut poser des problèmes d’appropriation car
d’une part les infrastructures de gaz naturel déjà en la filière est encore peu connue du grand public :
place, notamment les réseaux de transport et de crainte des risques de fuites voire d’explosion ou
distribution qui desservent une grande partie du d’incendie, nuisances olfactives et sonores…
territoire, et d’autre part les infrastructures de stoc-
kage dont la capacité représente environ 120 TWhPCI. A contrario, les nombreuses externalités positives
Ces filières sont donc adaptées aux demandes ther- de la méthanisation et de la pyrogazéification pour-
mosensibles caractéristiques du vecteur (cf. sec- raient favoriser leur insertion dans les territoires et
tion 2.1) qui impliquent de recourir au gaz stocké en leur développement : réduction des émissions de
période de pointe. GES de l’agriculture et des élevages ; valorisation de
déchets organiques de l’élevage, des industries et
Les filières de production de gaz renouvelable des collectivités ; moindre recours à des engrais miné-
devront également trouver un modèle économique. raux en partie remplacés par des digestats ; meilleure
En effet, elles présentent un coût de production élevé indépendance énergétique des agriculteurs ; préser-
par rapport à celui du gaz naturel, y compris en vation de la biodiversité et stockage du carbone dans
tenant compte de l’effet d’échelle associé aux pro- les sols grâce aux cultures intermédiaires et aux bio-
grès techniques et au développement des filières. déchets ; relocalisation des activités ; création d’em-
Ainsi, le prix moyen du gaz naturel en 2019 sur le plois directs et indirects en particulier dans des
marché européen a été d’environ 22 EUR/MWhPCI, ce territoires ruraux ; complément de revenus pour les
qui revient à 31 EUR/MWhPCI avec la composante car- agriculteurs ; réduction du déficit de la balance com-
bone (45 EUR/t CO2) et il est estimé entre 17 et 28 merciale lié aux importations de gaz naturel… La
EUR/MWhPCI en 2040 [5]. Le coût actuel du biomé- Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime
thane en France est de 100 à 110 EUR/MWhPCI [6] et que la prise en compte de ces externalités pourrait
la PPE fixe un objectif de coût du biométhane de assurer la compétitivité du biométhane par rapport
83 EUR/MWhPCI en 2023 et 67 EUR/MWhPCI en 2028. au gaz naturel à partir d’un coût de production entre
Le coût de production du méthane par pyrogazéifi- 80 et 110 EUR/MWhPCI [6].
cation à partir de biomasse est évalué entre 90 et
130 EUR/MWhPCI et celui du power-to-methane est Au-delà des technologies de production de gaz
estimé entre 115 et 205 EUR/MWhPCI, en fonction des renouvelable, dont le potentiel est physiquement
coûts d’approvisionnement en électricité [7]. La ren- limité, la réduction des impacts GES du gaz doit
tabilité de ces filières par rapport au gaz fossile également s’envisager via le levier du captage et du
dépendra donc du soutien public dont elles bénéfi- stockage de carbone (carbon capture and storage
cieront sous forme de tarifs d’achat, abattement du [CCS]). Cette technologie pourrait en particulier
coût de raccordement au réseau, droit à l’injection, permettre la décarbonation de grandes unités
aides aux agriculteurs, etc. Elle dépendra également industrielles consommatrices de gaz fossile ( cf.
des autres formes de soutien comme les certificats chapitre 2.4.3. Puits de carbone).
de production de biogaz et du niveau de prix fixé
pour le carbone (cf. section 6.2).

376 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

1.3. Enjeux de l’évolution


de la demande en gaz
Comme cela a été présenté plus haut, le potentiel Enfin, dans un système où la demande en électricité
de développement du gaz renouvelable est physi- pourrait être plus importante qu’aujourd’hui avec
quement limité par les volumes de biomasse et une forte pénétration des énergies renouvelables
d’électricité requis. Par ailleurs, son coût de produc- électriques variables, le gaz pourrait jouer un rôle clé
tion est actuellement plus élevé que celui du gaz pour assurer la sécurité de l’approvisionnement du
naturel. Par conséquent, atteindre la neutralité car- système énergétique, en particulier en pointe hiver-
bone nécessite de réduire les consommations glo- nale. Ses capacités de stockage représentent en effet
bales de gaz. Pour chaque secteur consommateur environ 120 TWhPCI, soit le quart de la consommation
de gaz, les différents leviers de cette baisse de la actuelle de gaz [8]. Cette flexibilité pourrait être
consommation doivent être considérés : sobriété, apportée par la production d’électricité dans des
rénovation, amélioration des équipements, substi- centrales à gaz, qui peuvent permettre un soutien
tution par d’autres vecteurs, après priorisation des du réseau à l’échelle horaire, hebdomadaire ou sai-
usages du gaz non substituables (cf. section 3.3). sonnière, contrairement à d’autres technologies
comme les batteries ou les centrales de pompage-tur-
Ainsi, dans l’industrie (cf. chapitre 2.2.3. Production binage (STEP), qui ont des capacités de stockage plus
industrielle), certains procédés peuvent être électrifiés limitées. D’autres technologies comme les pompes à
sans nécessiter d’investissement dans des transfor- chaleur hybrides dans les bâtiments2 pourraient éga-
mations majeures (par exemple : substitution de lement participer à cette flexibilité du système éner-
chaudières à gaz par des pompes à chaleur). En gétique. À l’inverse, dans les situations où la production
revanche, lorsque des adaptations plus intrusives d’électricité renouvelable serait excédentaire par
sont nécessaires (changement de flux ou remplace- rapport à la consommation, le power-to-gas/methane
ment des infrastructures au cœur du procédé sus- pourrait permettre de valoriser cette électricité en la
ceptibles d’impacter l’équilibre économique de stockant pour diverses échelles temporelles, y compris
l’industrie, sa logistique ou les choix de production), le long terme.
l’électrification est plus délicate à mettre en place.
De plus, la qualité et la nature d’un procédé peuvent
être affectées par son électrification. Par exemple,
les aciéries électriques ne produisent pas aujourd’hui
le même type d’acier que les hauts fourneaux. Dans
certains cas, le maintien du vecteur gaz peut ainsi
s’avérer pertinent.

Dans le secteur du bâtiment (cf. chapitre 2.1.2. Bâti-


ments résidentiels et tertiaires), qui représente aujourd’hui
la moitié de la consommation de gaz, les contraintes
sur le potentiel de développement du gaz renouve-
lable et sur son coût de production laissent penser
que la place du gaz pourrait diminuer de manière
importante, notamment au profit de l’électricité (en
particulier les pompes à chaleur), du bois énergie et
des réseaux de chaleur. Dans le neuf en particulier,
le gaz est amené à disparaître sous l’influence de la
réglementation environnementale RE2020.

À l’inverse, ce vecteur pourrait jouer un rôle grandis-


sant dans les transports (cf. chapitre 2.1.3. Mobilité
des voyageurs et transport de marchandises), conjointe-
ment avec l’hydrogène, en particulier pour le trans-
port lourd et longue distance, un des secteurs les
plus difficiles à décarboner.

2 La pompe à chaleur hybride est une pompe à chaleur élec-


trique de petite puissance couplée à une chaudière gaz qui
prend le relai de la pompe à chaleur en période de grand
froid.

377 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

2. Rétrospective des tendances


et état actuel
2.1. Demande en gaz
La consommation totale de gaz naturel en France, La prépondérance de l’usage chaleur du vecteur gaz
corrigée des variations climatiques, était de rend sa consommation fortement thermosensible.
295 TWhPCI en 1990 [1]. Elle a ensuite connu une forte Elle présente donc d’importantes fluctuations saison-
croissance pendant une dizaine d’années pour nières, avec un différentiel de consommation entre
atteindre des niveaux proches de 450 TWhPCI au début la pointe hivernale et le creux estival de l’ordre d’un
des années 2000, soit une hausse de 50 %. Cette crois- facteur 10, à comparer à celui de l’électricité, proche
sance a été notamment portée par le secteur du d’un facteur 3 [11].
bâtiment (+ 60 TWhPCI en 12 ans) et par celui de la
production d’électricité (+ 50 TWhPCI). Ces deux évo-
lutions ont accompagné la baisse du fioul dans le 2.2. Offre de gaz
logement et celle du charbon dans la production
d’électricité, permettant ainsi de réduire les émissions Jusqu’en 2012, la consommation française de gaz a
de CO2 associées à ces usages, le gaz fossile étant été entièrement assurée par du gaz naturel. Pendant
relativement moins carboné que le fioul et le char- plusieurs décennies, le gisement de Lacq (de 1957 à
bon. Depuis le début des années 2000, la consom- 2013) et le gaz de mine extrait du bassin du Nord-Pas-
mation de gaz est stable. de-Calais (depuis les années 1970) ont permis une
production nationale. En 1990, 29 TWhPCI ont ainsi
En 2015, le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) été produits en une année sur le territoire national
a représenté la moitié de la consommation de gaz en (soit 10 % de la consommation). Aujourd’hui, cette
France. L’industrie a consommé 27 % du gaz et la pro- production nationale de gaz naturel, entièrement
duction d’électricité et de chaleur 13 %. Les usages assurée par les mines des Hauts-de-France amenées
pour le transport et la mobilité sont marginaux à à disparaître, est marginale (90 GWhPCI soit 0,2 % de
1 TWh, soit 0,4 % de la consommation énergétique la consommation). La France est donc quasiment
finale des transports [9] (Graphique 1). Toutefois, le entièrement dépendante des importations pour son
GNV est en forte progression ces dernières années, approvisionnement en gaz.
de + 91 % entre début 2015 et début 2021 [10], en par-
ticulier sur le marché des véhicules lourds.

Graphique 1 Consommation totale (hors pertes) de gaz naturel par secteur en France de 1990 à 2019

600 30

500 25

400 20
Mds€ (2018)
TWh PCS*

300 15

200 10

100 5

0 0
1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2019

Usages non énergétiques Résidentiel tertiaire (non ventilé)


Agriculture Résidentiel
Tertiaire Production d’électricité et de chaleur
Industrie Dépense totale (axe de droite)
Usages internes de la branche énergie
et pertes sur les réseaux

* Données corrigées des variations climatiques. Source : [1].

378 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

Ces importations de gaz naturel ont représenté gaz en 2020, la filière est en forte croissance : 1,1 TWhPCI
287 TWhPCI en 1990 et ont compté pour 18 % de la en 2019, 2 TWhPCI en 2020, soit une hausse de 79 %
facture énergétique de la France (3,7 milliards d’euros en un an (Graphique 2). Cette production a été assurée
constants 2019). Depuis, elles sont en augmentation en 2020 par 214 installations d’une capacité totale
quasi constante. Elles ont atteint 459 TWhPCI en 2015, de 3,5 TWhPCI/an3. À fin décembre 2020, la capacité
transit inclus (les exportations ayant représenté des 1 164 projets en file d’attente approchait
57 TWhPCI [9]), soit une augmentation moyenne de 23,9 TWhPCI/an4.
3 % par an. La facture gazière a représenté alors 26 %
de la facture énergétique de la France avec 10,5 mil- L’injection de biométhane dans le réseau ne représente
liards d’euros constants 2019. L’approvisionnement qu’une minorité de la valorisation des installations de
provient majoritairement d’Europe : la Norvège est méthanisation actuellement en service en France. En
depuis une vingtaine d’années le principal fournisseur effet, sur un total de 1 018 installations de méthanisa-
de la France (48 % des importations en 2015 [1]), suivie tion en service au 1er janvier 2021, environ 65 % font de
par la Russie (13 %), les Pays-Bas (12 %), l’Algérie (9 %), la cogénération et 20 % de la chaleur seule. Ainsi,
le Nigeria (2 %) et le Qatar (1 %). Sept interconnexions 2,6 TWh d’électricité ont été produits en 2020 par
terrestres, un point d’entrée par gazoduc depuis la 861 installations d’une puissance totale de 523 MW.
mer du Nord et quatre terminaux méthaniers garan- Bien qu’en augmentation de + 12 % en un an pour la
tissent la sécurité d’approvisionnement. La hausse production d’électricité, la dynamique de ces filières
des importations s’est traduite par un doublement est moins forte que celle du biométhane injecté. Enfin,
des capacités d’entrée par gazoduc aux frontières la production de biométhane directement valorisée
entre 2005 et 2015 [12]. sous forme de carburant reste à ce jour marginale.

Il existe actuellement en France deux réseaux gaziers Environ 65 % des installations de méthanisation enre-
distincts. Le nord de la France est majoritairement gistrées sur la base de données SINOE® sont des uni-
alimenté en gaz à bas pouvoir calorifique (ou gaz B), tés à la ferme. Le reste se répartit entre unités
tandis que le reste de la France utilise du gaz à haut centralisées5, stations d’épuration urbaines, industries
pouvoir calorifique (ou gaz H), qui représente 90 % de notamment agroalimentaires et celles traitant des
la consommation nationale. Le gaz B est importé en déchets ménagers. Ces installations sont implantées
totalité des Pays-Bas. Le gisement d’origine étant en sur tout le territoire, avec une moindre densité en
fin de vie, ces importations cesseront en 2029. Les Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bourgogne-
réseaux de transport et de distribution de gaz B, ainsi Franche-Comté.
que les appareils à gaz, seront donc progressivement
convertis au gaz H d’ici à 2029. Le mix gazier n’ayant pratiquement pas évolué en
nature depuis 1990 (quasiment 100 % d’origine fos-
Depuis la mise en place de tarifs d’achat en 2011, du sile), les émissions de CO2 liées à la combustion de
biométhane issu de la méthanisation est injecté dans gaz sont proportionnelles à sa consommation : de
les réseaux. Bien que cette production représente 60 MtCO2 en 1990 contre environ 90 MtCO2 en
pour l’instant moins de 1 % de la consommation de 2019 [9].

Graphique 2 Production de biométhane en France, réalisée depuis 2015, file d,attente des projets
de méthanisation à fin décembre 2020 et cibles PPE
30

25
Production (TWh PCS)

20

15

10

0
2015 2017 2019 2021 2023 2025 2027

Réalisé File d’attente Cible PPE

3 Le décalage entre la capacité des projets en fin d’année et la production réelle sur l’année est liée à la date de démarrage
des projets qui s’étale tout au long de l’année ainsi qu’au délai de montée en puissance des installations.
4 Ces 1 164 projets présentent une maturité hétérogène mais seuls 60 à 70 % de ces projets pourraient aboutir.
5 Ce type d’installations est le plus souvent collectif, regroupant plusieurs acteurs du territoire – agriculteurs, entreprises,
collectivités – et valorisant plusieurs typologies d’intrants : déchets agricoles, effluents industriels, boues de stations
d’épuration, déchets verts…

379 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

3. Description de la méthode
de quantification des scénarios
3.1. Méthode générale
La modélisation du vecteur gaz consiste en un équi- été réalisée, contrairement à l’étude de l’ADEME, GRDF
librage offre/demande à l’échelle du territoire natio- et GRTgaz « Un mix de gaz 100 % renouvelable en
nal métropolitain à partir des déterminants physiques 2050 ? » publiée en janvier 2018 [7].
de la demande, au pas de temps annuel, pour chaque
scénario. Les dépendances aux autres secteurs et L’équilibre offre/demande a été contrôlé en 2030 et
aux autres vecteurs énergétiques ont été considérées, en 2050. Ainsi, les principales étapes charnières, à la
à la fois sur l’offre et sur la demande en gaz, afin fois liées à la réglementation (PPE, LTECV) et au déve-
d’assurer la cohérence du système énergétique glo- loppement des technologies de production de gaz
bal de chaque scénario. La cohérence des hypo- encore peu matures, ont pu être définies.
thèses des différents secteurs sur l’utilisation de la
biomasse a également été vérifiée (cf. chapitre 2.4.2. La méthode générale de modélisation du vecteur
Ressources et usages non alimentaires de la biomasse). La gaz est schématisée par la Figure 1 et détaillée dans
modélisation du réseau et des éventuelles les paragraphes suivants. Elle a été appliquée pour
contraintes d’acheminement ou d’injection n’a pas chaque scénario.

Figure 1 Méthode de modélisation du vecteur gaz

DEMANDE OFFRE
Demande énergétique globale de chaque secteur Ressources primaires totales disponibles
• Niveau de sobriété (biomasse, déchets carbonés, électricité, CO2)
• Efficacité énergétique

Arbitrages usage des ressources


Part du gaz dans chaque secteur
• Réglementations envisagées et comportement des consommateurs
• Potentiel de production des autres vecteurs énergétiques
• Potentiel de production de gaz renouvelable Ressources disponibles pour production de gaz
• Priorisation vers des usages non substituables facilement
• Autres solutions de décarbonation (séquestration de carbone)

Capacités technico-économiques des filières


• Date de développement des nouvelles filières
(power-to-gas et gazéification)
Équilibrage offre/demande annuel • Rythme de développement des filières
• Demande en gaz de chaque secteur
• Production de chaque filière
• Bouclage par imports de gaz

380 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

3.2. Composition du mix gazier


Trois filières de production de gaz sont considérées : Certains biodéchets (déchets organiques des
la méthanisation, la pyrogazéification couplée à la ménages, de la restauration collective et de la distri-
méthanation (pour injection de méthane de synthèse bution, certains sous-produits et effluents de l’in-
dans les réseaux)6 et le power-to-methane. dustrie agroalimentaire) ainsi que les boues de
stations d’épuration urbaines (STEP) sont également
L’injection d’hydrogène en mélange dans le réseau de inclus dans le périmètre de la méthanisation. Les
gaz n’a pas été retenue (cf. chapitre 2.3.5. Hydrogène). volumes de boues de STEP méthanisables en 2050
Une telle injection est limitée à 20 % en volume (soit sont tirés de [13]7, ceux des herbes de bord de route
7 % en énergie) par les prescriptions techniques des et de la fraction organique des déchets ménagers
gestionnaires de réseau. Elle nécessiterait en outre proviennent de [7]8. Pour les effluents des industries
d’adapter des équipements (réseau de gaz et équipe- agroalimentaires, le gisement mobilisable en métha-
ments finaux), ce qui induirait des coûts incertains en nisation du scénario tendanciel est celui qui avait
partie à la charge des usagers. Cette option est donc été identifié dans la mise à jour 2017 du scénario
limitée et risquée. Elle est d’autant moins intéressante énergie-climat ADEME 2030-2050 [14]. Les gisements
que la demande en hydrogène des autres secteurs des autres scénarios ont été alignés sur les écarts
augmente et que l’hydrogène sert aussi à produire du des volumes de production de ces industries par
gaz de réseau via le power-to-methane. Enfin, la ques- rapport au tendanciel, en cohérence avec leur récit.
tion de la captation et du stockage du carbone au Par ailleurs, la méthanisation de microalgues est
niveau de grandes installations consommatrices de également intégrée à l’étude, en coproduction de
gaz fossile est traitée spécifiquement dans le chapitre biodiesel. Les volumes d’huile algale transformée
2.2.3. Production industrielle. par cette technologie sont issus des choix de pro-
duction des carburants liquides (cf. chapitre 2.3.4.
Le mix gazier a été déterminé pour chaque scénario, Carburants liquides). Les hypothèses retenues pour
en cohérence avec la philosophie générale du scéna- cette filière reposent sur des rendements pour le
rio et avec les choix des secteurs en interaction avec biogaz issus de [15] en considérant un système de
les filières de production de gaz : agriculture, réseau production optimisé pour les biocarburants liquides
électrique, hydrogène. Les trois filières de production et où le biogaz provient de la méthanisation des
ont été notamment analysées suivant deux critères résidus de production.
principaux pour fixer leur niveau de production dans
chacun des scénarios : les ressources primaires dispo- La pyrogazéification concerne des matières ligno-
nibles et leur capacité technico-économique. cellulosiques : bois et coproduits de la filière bois,
pailles, déchets dont CSR. L’évaluation des ressources
primaires valorisables en pyrogazéification passe par
RESSOURCES PRIMAIRES DISPONIBLES une première étape d’estimation de la ressource
totale biomasse lignocellulosique et déchets carbo-
Les ressources considérées pour la méthanisation nés non recyclables. Pour la première, les surfaces
sont majoritairement des produits et sous-produits forestières sont issues des modélisations de la pro-
de l’agriculture : cultures dédiées, cultures intermé- duction sylvicole qui intègrent les effets directs du
diaires à vocation énergétique (CIVE), résidus de changement climatique (modification des précipi-
culture, herbe (surplus de prairies permanentes ou tations et température) (cf. chapitre 2.2.2. Production
temporaires), effluents d’élevage. L’évaluation de ces forestière). Les volumes totaux de déchets tiennent
ressources, directement issue des modélisations du compte des niveaux de consommation de chaque
système agricole, est fonction des cheptels, qui déter- scénario ainsi que des politiques générales de gestion
minent les effluents d’élevage, les cultures fourragères des déchets : politiques de réduction à la source,
et les besoins en litière ; des surfaces agricoles, pour recyclage, écoconception, prolongation de la durée
les cultures dédiées, les cultures intermédiaires et de vie des produits… (cf. chapitre 2.4.1. Déchets).
les prairies ; des rendements de culture pour les Contrairement à la méthanisation, la pyrogazéifica-
cultures dédiées et intermédiaires (cf. chapitre 2.2.1. tion pour production de méthane est potentielle-
Production agricole). Ces valeurs de rendements sont ment en concurrence directe avec d’autres filières
fixées de manière conservatrice, notamment en rai- de valorisation des mêmes intrants : usages maté-
son des incertitudes liées aux effets du changement riaux, autres usages énergétiques tels que combustion
climatique sur les cultures. Pour chaque type de et production de carburants liquides. Concernant
substrat, des taux de mobilisation issus de la biblio- le bois, les problématiques de préservation de la
graphie et de l’expertise de l’ADEME sont appliqués. biodiversité et des puits de carbone doivent égale-

6 Hors gazéification hydrothermale (cf. section 7).


7 L’énergie primaire des boues de STEP est de 1,8 TWhPCI dans tous les scénarios.
8 L’énergie primaire des herbes de bord de route est de 1,9 TWhPCI dans tous les scénarios sauf dans le scénario tendanciel où ce
gisement n’est pas valorisé. Celle des ordures ménagères (biodéchets) est de 2,5 TWhPCI.

381 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

ment être pris en compte. Cette articulation des La pyrogazéification n’existe pas à l’échelle indus-
usages de la biomasse est un sujet complexe, à l’in- trielle aujourd’hui et la France compte peu de pro-
terface de tous les secteurs (cf. chapitre 2.4.2. Res- jets en développement. Des verrous technologiques
sources et usages non alimentaires de la biomasse). La et économiques restent à lever, en particulier sur
deuxième étape de l’évaluation des ressources des intrants de type bois B9 et CSR. Par ailleurs,
valorisables en pyrogazéification consiste donc à comme la méthanisation, elle présente actuelle-
intégrer ces autres usages pour déterminer la part ment des coûts de production du méthane élevés
dédiée à la production de méthane de synthèse. par rapport à celui du gaz naturel. Un développe-
La hiérarchisation des filières dépend en particulier ment progressif à partir de 2026-2028 semble rai-
des usages finaux. Ainsi, la pyrogazéification est sonnable.
pertinente pour les usages du gaz identifiés comme
prioritaires ( cf. section 3.3). En revanche, pour la Certaines technologies du power-to-methane n’ont
production de chaleur dans le bâtiment, la com- pas non plus encore atteint une pleine maturité tech-
bustion directe a été privilégiée par rapport à la nologique, notamment celles relatives à la méthana-
pyrogazéification. In fine, la filière pyrogazéification tion. Plusieurs projets d’innovation sont actuellement
se positionne plutôt sur la valorisation de bio- en cours. Leur avancement a conduit à retenir le
masses résiduelles ou de déchets carbonés non début du développement du power-to-methane
recyclables. en 2028 dans les modélisations. À partir de cette
date, la filière étant conçue en couplage avec celle
Le power-to-methane est perçu comme un moyen de la méthanisation, le rythme de développement
de décarboner davantage le gaz, dans un contexte du power-to-methane suit celui de la méthanisation.
de ressources biomasse (par méthanisation et pyro- En ce qui concerne les coûts de production du
gazéification) moins abondantes que l’électricité méthane, ils sont dépendants des coûts d’approvi-
renouvelable. Les ressources nécessaires sont de sionnement en électricité et en CO2 et des coûts
l’électricité et du CO2. Les ressources électriques de transformation (électrolyse et méthanation). Ils
disponibles pour le power-to-methane sont sou- ont été estimés entre 115 et 205 EUR/MWhPCI dans
mises aux arbitrages du système électrique, étroi- [7]. Cette fourchette représente l’influence des hypo-
tement liés aux autres demandes en hydrogène, le thèses retenues pour le prix d’achat de l’électricité
cas échéant (cf. chapitre 2.3.5. Hydrogène). Quant au et du coût d’approvisionnement en CO2. Dans la
CO2 biogénique, il peut provenir de l’épuration du présente étude, le CO2 provenant de l’épuration du
biogaz issu de méthanisation et de pyrogazéification biogaz, son coût d’approvisionnement est considéré
de biomasse ainsi que de combustion de biomasse nul. Quant à l’électricité, les unités de power-to-me-
et de bioraffineries (cf. chapitre 2.4.3. Puits de car- thane sont approvisionnées par les excédents de
bone). Le CO2 issu de l’épuration du biogaz est rela- production d’électricité renouvelables, donc à des
tivement pur et représente un approvisionnement coûts limités. Malgré ces efforts, le coût de produc-
à coût nul ou quasi nul [7]. Le power-to-methane est tion du méthane par power-to-methane restera élevé
davantage limité par la demande en électricité asso- par rapport à celui du gaz naturel. Le développement
ciée que par celle en CO2. C’est pourquoi seules les de la filière est donc assujetti aux mécanismes de
installations de méthanisation ont été retenues dans soutien public.
cette étude pour l’approvisionnement en CO2. Ainsi,
quel que soit le scénario, le power-to-methane est Pour chaque scénario, le niveau de production de
envisagé systématiquement en couplage avec la chacune des trois filières est fixé à son maximum
méthanisation. Ce fonctionnement permet égale- respectif, déterminé sur la base des ressources pri-
ment de profiter de synergies pour l’injection dans maires disponibles et des capacités technico-éco-
le réseau du méthane produit par méthanisation et nomiques de chaque technologie dans le scénario
par power-to-methane. concerné. L’éventuel complément nécessaire à l’équi-
librage de la demande globale en gaz est assuré par
des importations de gaz naturel, décarboné ou
CAPACITÉS ET LIMITES TECHNICO-ÉCONOMIQUES renouvelable. Les émissions liées à la combustion
de gaz fossile sont compensées par les puits de car-
La méthanisation est une filière mature et en fort bone.
développement ces dernières années (cf. section 2.2).
Elle est donc mobilisable dès aujourd’hui sur le plan On notera que le coût du mix de gaz résulte de la
technique. Sur le plan économique, son développe- modélisation et n’est pas une donnée d’entrée. Les
ment sera fonction des avancées permettant une considérations économiques sont apportées via les
baisse des coûts de production ainsi que des futurs simulations macroéconomiques et la compétitivité
mécanismes de soutien, en raison du coût de pro- relative des vecteurs, tenant compte notamment
duction de méthane élevé par rapport à celui du gaz de la fiscalité environnementale ou d’autres dispo-
naturel (cf. section 6.2). sitifs de correction de prix.

9 Le bois de classe B correspond à des bois faiblement traités, peints ou vernis. Il provient des panneaux, des bois d’ameuble-
ments, des bois de démolition.

382 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

3.3. Définition et répartition


de la demande par secteur
La demande énergétique globale de chaque secteur carbone, substitution énergétique) et de sa
consommateur (résidentiel, tertiaire, mobilité voya- compétitivité technico-économique, notamment
geurs, transport de marchandises, industrie, agricul- en fonction du prix du carbone. Le potentiel de
ture et énergie) est déterminée pour chacun et dans production du gaz renouvelable étant limité, les
chaque scénario, par le niveau de la demande elle- usages pour lesquels le gaz est difficilement
même impactée par les leviers de sobriété. Par substituable sont priorisés dans les modélisations.
exemple : modes de déplacement, niveaux de pro- Ces usages prioritaires sont le transport longue
duction, rythme de rénovation des bâtiments… L’ef- distance (poids lourds, bus et autocars en
ficacité énergétique des équipements y joue particulier) ; les industries à haute température (par
également un rôle important. Le bouquet énergé- exemple les fours verriers ou les hauts fourneaux) ;
tique pour chaque secteur dépend des tendances le gaz matière première ; les logements collectifs
observées actuellement, des réglementations avec chauffage individuel déjà équipés au gaz et la
actuelles et envisagées, du prix et du potentiel de production d’électricité dans les centrales pour
production des énergies, ainsi que des comporte- répondre, avec l’ensemble des autres leviers, aux
ments des consommateurs (cf. section 2.1). besoins de flexibilité du système électrique. Les
volumes de gaz utilisés pour la production
Pour le gaz, sa part dans le mix énergétique global d’électricité sont le résultat de l’optimisation
dépend en grande partie du potentiel de production technico-économique du système électrique à
de gaz renouvelable dans chaque scénario l’échelle nationale, intégrant les contraintes sur
(cf. section 3.2), des autres solutions de décarbonation l’offre de gaz.
prévues (captage et stockage de carbone et puits de

383 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

4. Stratégies pour le secteur,


selon chaque scénario
Selon les scénarios, les deux grands leviers que sont « modération de la demande », tel que présenté dans
la modération de la demande et l’offre en gaz renou- le tableau, représente donc une hausse de la consom-
velable sont plus ou moins activés. Le Tableau 1 fait mation de GNV par rapport à la situation actuelle,
la synthèse de ces différents leviers, par secteur de plus ou moins importante suivant les scénarios.
la demande et par filière de production. Une ligne
présente les développements plus ou moins impor- Les contraintes sur la demande sont les plus fortes
tants des différentes solutions technologiques de dans S1 et S2. À l’inverse, c’est dans S3 que les efforts
séquestration de carbone, qui contribuent le cas de production de gaz renouvelable sont les plus
échéant à diminuer l’impact climat du gaz naturel importants. Le scénario 4 mise quant à lui sur les
importé. technologies de CCS, de BECCS (bioenergy with car-
bon capture storage) et de DACCS (direct air capture
Il convient de noter que tous les scénarios prévoient carbon and storage) ainsi que sur les importations
une baisse de la consommation de gaz par rapport de gaz décarboné ou renouvelable pour diminuer
à aujourd’hui dans tous les secteurs de la demande l’impact du gaz naturel, qui reste importé en grande
à l’exception du transport principalement10. Le levier quantité.

Tableau 1 Sollicitation des leviers de décarbonation du gaz dans les scénarios

TEND S1 S2 S3 S4
Résidentiel et tertiaire + ++++ +++ ++ +
Mobilités +++ ++ +++ + +
Modération
de la demande Industrie + ++++ ++++ ++++ ++
Énergie ++ +++ +
Méthanisation ++ +++ +++ ++++ ++++
Développement Pyrogazéification + +++ ++
de l’offre renouvelable
ou décarbonée Power-to-methane ++ ++ +
Importations ++
Séquestration technologique du carbone
(CCS + BECCS + DACCS) + ++ ++++

10 Les consommations de l’agriculture et du CCS, le cas échéant, augmentent elles aussi mais restent faibles par rapport à
la consommation totale de gaz. Dans S4, la consommation de gaz de la branche énergie est également plus élevée qu’au-
jourd’hui.

384 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

4.1. Scénario tendanciel :


une décarbonation du gaz lente,
uniquement via la méthanisation
Le scénario tendanciel prolonge sans rupture les stra- (+ 8 %). Cette évolution résulte d’un équilibre entre,
tégies d’adaptation des différents secteurs consom- d’une part, une baisse importante des volumes de
mateurs observées ces dernières années ainsi que les production, une légère amélioration de l’efficacité
tendances observées sur l’approvisionnement en gaz. énergétique, une légère électrification et, d’autre part,
la substitution des produits pétroliers et du charbon
Ainsi, même si la consommation globale de gaz en par du gaz de réseau. Pour la production d’électricité,
2050 est en légère diminution par rapport à celle de les centrales à gaz compensent les centrales au char-
2015 (400 TWhPCI, soit - 8 % par rapport à 2015), il reste bon et au fioul qui disparaissent, aboutissant à une
un vecteur énergétique important (Graphique 3). C’est augmentation de la consommation de gaz de la
dans le résidentiel et le tertiaire que la baisse des branche énergie par rapport à 2015.
consommations est la plus importante (respective-
ment - 41 % et - 32 % par rapport à 2015), en raison de La décarbonation du gaz est lente et se fait
l’amélioration de l’efficacité des équipements, de la uniquement par le biais de la méthanisation, en
rénovation énergétique des bâtiments, de la perfor- particulier grâce à une agriculture davantage poussée
mance énergétique des bâtiments neufs ainsi que de vers la production d’énergie qu’aujourd’hui
la tendance à l’électrification. Toutefois, le gaz (Graphique 4). La filière permet d’atteindre les cibles
conserve dans ces secteurs une place importante de la PPE en 2028. Le biométhane représente 7 % de
(24 % de la consommation du résidentiel et 18 % du la consommation de gaz en 2030 (33 TWhPCI) et 19 %
tertiaire en 2050). Dans le secteur des transports, en 2050 (77 TWhPCI). Un rythme de développement
il poursuit la forte progression observée ces dernières intense, de + 2,5 TWh/an en moyenne, permet
années, en particulier sur les véhicules lourds. Sa d’atteindre ces volumes. Le développement des
consommation est multipliée par 19 par rapport à autres filières (pyrogazéification, power-to-methane)
2015. Elle représente 4 % de la consommation totale est nul, faute de soutien public. Les imports de gaz
de gaz en 2050. La consommation de gaz par l’indus- naturel fossile restent donc majoritaires dans le mix
trie augmente légèrement par rapport à aujourd’hui gazier, à hauteur de 324 TWhPCI en 2050.

Graphique 3 Demande en gaz dans le scénario tendanciel en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Transport (y.c. soutes)

Tertiaire

Résidentiel

Industrie

Agriculture (y.c. GNV non injecté)

Puits technologiques et CCS

Énergie (y.c. pertes)

Non énergétique

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Demande en gaz réseau (TWhPCI)

Graphique 4 Mix de gaz dans le scénario tendanciel en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Imports de gaz naturel

Pyrogazéification non EnR

Power-to-methane

Pyrogazéification EnR

Méthanisation
(y.c. GNV non injecté)

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Mix gazier (TWhPCI)

385 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

La méthanisation se développe de manière impor- débits de 150 à 350 Nm3/h, avec une moyenne d’en-
tante sur les exploitations agricoles, qu’elles soient viron 250 Nm3/h. Les installations centralisées suivent
tournées vers l’élevage ou la culture. Au-delà de la cette tendance, avec une moyenne d’environ 350 à
production d’énergie, qui permet l’apport d’un revenu 400 Nm3/h. Les installations en cogénération restent
direct, la méthanisation est conçue par les agriculteurs sur des capacités similaires à celles d’aujourd’hui et
comme un moyen d’améliorer la valorisation agrono- sont plus modérées que les installations en injection
mique des effluents d’élevage. En nombre d’unités, (200 kWe en moyenne).
ces installations à la ferme représentent environ les
deux tiers des méthaniseurs en opération en 2050. Les rendements évoluent entre 2030 et 2050 grâce à
Les autres installations sont principalement des unités des optimisations technologiques et énergétiques :
collectives territoriales. Mais d’autres méthaniseurs, épuration optimale du biométhane, traitement des
en plus faible proportion, viennent moderniser le off-gaz11, mise en place de prétraitement des substrats,
traitement des déchets organiques dans les stations amélioration de l’isolation, etc. Pour l’injection de
d’épuration des eaux usées ou sur quelques sites d’in- biométhane, le rendement global de conversion, qui
dustries agroalimentaires. intègre les besoins de chauffage du méthaniseur, s’éta-
blit à 87 % en 2030 et 90 % en 2050 (méthane injecté
Les formes de valorisation de la méthanisation évo- [PCI]/énergie primaire [PCI]). Pour la cogénération, le
luent radicalement par rapport à aujourd’hui. La cogé- rendement électrique est de 35 % en 2030 puis 40 %
nération, majoritaire depuis les débuts de la filière, en 2040, tandis que le rendement en chaleur est de
devient très largement minoritaire en 2050 en termes 20 % en 2030 et 205012.
d’énergie produite. En outre, en raison des besoins
importants en gaz renouvelable, les projets d’injection Les matières méthanisées varient d’un territoire à un
de biométhane sont davantage soutenus. L’injection autre, en fonction du tissu économique et du type
de biométhane dans le réseau, en injection directe d’agriculture pratiquée. Globalement, plus qu’au-
ou en injection portée, est l’option prioritaire retenue, jourd’hui, la méthanisation se développe en valorisa-
sur tous les types d’installations. En 2050, toutes les tion des produits, sous-produits et déchets agricoles.
unités centralisées et les trois quarts des unités de En 2050, ces derniers représentent 92 % en énergie
méthanisation à la ferme injectent sur le réseau. Pour primaire des substrats méthanisés. La pratique des
les unités en cogénération, la majeure partie de la cultures intermédiaires et leur collecte pour leur valo-
chaleur qu’elles produisent est utilisée localement, risation en méthanisation, en particulier, s’est stan-
par exemple pour chauffer des élevages, des serres dardisée sur les exploitations agricoles : les CIVE
ou quelques habitations proches, ou pour le séchage représentent 33 % des intrants de la méthanisation.
de fourrages ou de bois énergie. Environ 20 % sont La valorisation des déjections d’élevage s’est égale-
injectés dans des réseaux de chaleur, pour les instal- ment développée, dans des schémas d’élevage où
lations situées à proximité. La priorisation à l’injection elle est facilitée (majoritairement en bâtiments). Ces
s’effectue dès 2022 et devient clairement visible à effluents représentent ainsi en 2050 27 % des intrants
partir de 2030. À partir de cette date, toutes les nou- en énergie primaire. Cette part d’origine animale dimi-
velles installations se font en injection. Sur certains nue donc par rapport à aujourd’hui. Les unités de
méthaniseurs à la ferme, une alimentation directe méthanisation reçoivent également des résidus de
(hors réseau de gaz) des engins agricoles locaux en cultures et de l’herbe de prairies (respectivement 16 %
bioGNV est organisée, essentiellement dans un objec- et 7 % de l’énergie primaire en 2050). La part des
tif d’autonomie. En 2050, ces usages directs du GNV cultures énergétiques dédiées reste au même niveau
restent faibles (2 TWhPCI) mais croissants. Enfin, toutes qu’aujourd’hui, à 7 %. La limite actuelle de 15 % du
les unités de méthanisation des industries agroalimen- tonnage entrant, sur une moyenne triennale glissante,
taires permettent une autoconsommation directe de reste donc respectée. En dehors de ces produits agri-
la chaleur par l’industriel. La taille des installations en coles, la part des biodéchets méthanisés augmente
injection s’accroît, dans un objectif de rentabilité éco- par rapport à aujourd’hui. Il s’agit essentiellement de
nomique poussé par les cibles de tarif d’achat de la biodéchets de ménages, d’herbes de bords de route,
PPE. Ainsi, en 2050 une dizaine d’installations de boues de stations d’épuration urbaines et d’ef-
atteignent des débits d’environ 2 000 Nm3/h. Ces fluents des industries agroalimentaires. Les ressources
grandes installations restent toutefois marginales et primaires valorisées en méthanisation en 2050 repré-
l’augmentation de la taille des installations est modé- sentent un total de 90 TWhPCI en énergie primaire.
rée en moyenne. Les unités à la ferme affichent des Elles sont détaillées dans le Tableau 2.

11 Gaz pauvre d’éjection issu de l’épuration du biogaz et contenant une fraction de méthane.
12 Rendements établis d’après expertise ADEME, hors microcogénération, en particulier d’après [16].

386 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

Tableau 2 Substrats mobilisés en méthanisation dans le scénario tendanciel en 2050

Cultures Résidus de Effluents Déchets


CIVE Prairies Algues
dédiées culture d’élevage IAA
Principales Surfaces : Rendements : Export (de la
Non
hypothèses Rendement : 172 kha 5 (permanentes)- parcelle) : 1⁄3 Activité IAA :
- valorisées en
8 tMS/ha Rendement : 9 (temporaires) de la produc- selon scénario
méthanisation
15 tMS/ha tMS/ha tion de pailles
Taux de 100 %
mobilisation 15 % 100 % 5% 50 % 35 % coproduits -
non valorisés
Gisement
12,5 2,6 3,3 14 - - 0
mobilisé (MtMS)
Énergie primaire
(TWhPCI) non 30,4 6,3 8,1 14,5 24,3 1,5 0
alimentaires

4.2. Scénario 1 : une décarbonation


importante du gaz grâce à une
sobriété généralisée

Les évolutions sont guidées par une baisse de la En 2050, ce sont principalement les logements col-
demande globale en énergie, tirée par une sobriété lectifs chauffés au gaz en individuel, ceux pour les-
généralisée. quels un changement d’équipement est le plus
difficile, qui restent au gaz, avec une chaudière à
Ainsi, le gaz est globalement beaucoup moins utilisé condensation. En 2050, le nombre de logements
qu’actuellement. Sa consommation s’élève à raccordés au réseau de gaz est donc nettement
258 TWhPCI en 2030 et 148 TWhPCI en 2050, en baisse inférieur à celui de 2015 (3 millions de logements
de respectivement 41 % et 66 % par rapport à 2015 raccordés contre 10 millions en 2015). Le résidentiel
(Graphique 5). Par ailleurs, la répartition de l’utilisation représente finalement 14 % de la consommation de
du gaz par secteur évolue drastiquement par rapport gaz en 2050 et le tertiaire 6 %. Ces secteurs affichent
à aujourd’hui. Comme pour le scénario tendanciel, la plus forte baisse de leur demande en gaz par rap-
seul le secteur des transports voit sa consommation port à 2015 : - 86 % par rapport à 2015 pour le rési-
de gaz augmenter : multipliée par 24 par rapport à dentiel et - 87 % pour le tertiaire. Alors qu’ils
2015, elle représente 15 % de la consommation de représentaient en 2015 la moitié de la consomma-
gaz en 2050. Le gaz est utilisé essentiellement pour tion de gaz, ces usages présentent le plus fort poten-
le transport lourd et longue distance : autocars, tiel de substitution d’énergie et ont donc été le plus
poids lourds, trains. Tous les autres secteurs réduits. Enfin, les besoins de flexibilité du système
réduisent très fortement leur utilisation de gaz. Dans électrique sont majoritairement assurés par la pilo-
l’industrie (34 % de la consommation de gaz en 2050, tabilité de la demande. Aussi, dans les modélisations
hors usages non énergétiques), c’est essentiellement préliminaires du mix électrique réalisées pour ce
la forte baisse des volumes de production qui guide scénario, la production d’électricité à partir de tur-
la consommation énergétique des différentes bines à gaz est limitée à 4 % de la production d’élec-
branches. Pour le gaz, cette forte baisse n’est que tricité en 2050. La branche énergie représente
très partiellement compensée par le remplacement globalement 24 % de la consommation de gaz en
du charbon et des produits pétroliers par le gaz de 2050.
réseau. La consommation de gaz y diminue de 61 %
par rapport à 2015. Les bâtiments, dans une recherche Grâce à cette importante baisse de la demande en
d’autonomie, recourent à des énergies facilement gaz, celui-ci est très fortement d’origine renouvelable
et rapidement mobilisables. On assiste à une sortie en 2050, grâce au couplage méthanisation/power-
progressive du gaz au fur et à mesure des rénovations. to-methane (Graphique 6).

387 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

Graphique 5 Demande en gaz dans S1 en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Transport (y.c. soutes)

Tertiaire

Résidentiel

Industrie

Agriculture (y.c. GNV non injecté)

Puits technologiques et CCS

Énergie (y.c. pertes)

Non énergétique

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Demande en gaz réseau (TWhPCI)

Graphique 6 Mix de gaz dans S1 en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Imports de gaz naturel

Pyrogazéification non EnR

Power-to-methane

Pyrogazéification EnR

Méthanisation
(y.c. GNV non injecté)

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Mix gazier (TWhPCI)

Comme dans les autres scénarios, la méthanisation regroupent un petit nombre d’agriculteurs et
se généralise sur les exploitations agricoles. Elle permet affichent des débits d’injection entre 50 et
aux agriculteurs de contribuer à l’échelle territoriale 250 Nm3/h. La moyenne se situe à environ 150 Nm3/h,
à la production d’énergie tout en leur apportant un proche de celle du schéma actuel de la méthanisa-
revenu direct et d’être plus autonomes dans leur uti- tion. Les installations centralisées suivent cette ten-
lisation de fertilisants grâce à l’épandage des digestats. dance, avec une moyenne d’environ 250 Nm3/h. Elles
La filière se développe intensément : + 3 TWh/an en sont environ 6 000 en 2050, réparties sur tout le
moyenne. Le biométhane représente 15 % de la territoire. On compte également environ 900 instal-
consommation de gaz en 2030 (38 TWhPCI) et 63 % en lations en cogénération en 2050.
2050 (94 TWhPCI). Les objectifs actuels de la PPE en
2028 sont donc dépassés. En comparaison à aujourd’hui et au scénario ten-
danciel, la part animale des substrats valorisés en
Les types de valorisation en 2050 – cogénération, méthanisation diminue. En effet, la diminution des
injection de biométhane dans le réseau, usages cheptels, liée à la diminution de la consommation
directs de bioGNV pour engins agricoles, chaudière de viande, se traduit directement par des gisements
biogaz pour les industries agroalimentaires – et les de déjections animales moins importants. Les taux
rendements associés sont les mêmes que pour le de mobilisation de ces déjections sont par ailleurs
scénario tendanciel. En revanche, la méthanisation relativement limités en raison d’un élevage plus
se développe davantage à l’échelle des territoires, extensif et d’un allongement de la durée de pâturage
dans une logique de sobriété, de circuits courts et qui restreignent les possibilités de collecte. In fine,
autour d’exploitations agricoles de taille modeste. ces effluents représentent 9 % de l’énergie primaire
La taille des équipements varie suivant l’organisation méthanisée en 2050. À l’inverse, la diminution des
de l’agriculture dans le territoire, mais elle reste rela- cheptels conduit à réduire les quantités de pailles
tivement limitée. La plupart des unités à la ferme nécessaires à la litière animale. Les pratiques agri-

388 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

coles évoluent également pour mieux récolter, trans- Globalement, l’équilibrage entre l’offre et la demande
porter et stocker les résidus de cultures en vue de en gaz rend nécessaire l’importation de 18 TWhPCI de
les méthaniser. Leurs volumes sont donc plus impor- gaz naturel en 2050. Les imports de méthane renou-
tants que dans les scénarios à forte consommation velable ont été écartés, pour ne pas peser sur la tran-
de viande. Ces résidus représentent 31 % des intrants sition écologique des pays étrangers. Ce choix est
méthanisés en 2050 en énergie primaire. Les CIVE également fait par prudence vis-à-vis des fortes incer-
représentent quant à elles 42 % des intrants de la titudes sur les capacités d’exportation des pays étran-
méthanisation et les prairies et herbes de bord de gers, les coûts du gaz renouvelable importé et la
route 13 %. Afin de limiter la compétition avec l’ali- chaîne d’approvisionnement de ce gaz. Finalement,
mentation humaine, aucune culture énergétique le niveau global de décarbonation du gaz est de 88 %.
n’est dédiée à la méthanisation. Les ressources pri-
maires valorisées en méthanisation en 2050 repré-
sentent un total de 109 TWhPCI en énergie primaire.
Elles sont détaillées dans le Tableau 3. 4.3. Scénario 2 : une demande
contrainte par l’offre en gaz renou-
En ce qui concerne la pyrogazéification, la filière ne velable et qui s’ajuste à la baisse
se développe pas, faute de ressource disponible. En
effet, sur le bois et ses sous-produits, les besoins pour
la construction et la rénovation ainsi que pour le bois Les évolutions de S2 sont guidées par une évolution
énergie sont importants (cf. chapitre 2.2.2. Production concertée de l’offre et de la demande. Les efforts
forestière). Pour ce qui est des déchets, les importants de sobriété, en particulier, sont importants. Pour le
efforts de prévention, notamment via la réduction gaz, la situation est proche de S1 : la décarbonation
de la consommation et du gaspillage alimentaire, ne est fortement contrainte par les volumes disponibles
permettent pas de dégager des intrants pour cette de gaz renouvelable et la demande s’ajuste en consé-
filière. quence à la baisse. Cette baisse de la demande passe
notamment par d’importantes substitutions par
À partir de 2028, l’installation d’unités de power-to- d’autres vecteurs énergétiques, en particulier dans
methane sur la quasi-totalité des installations de le bâtiment et la branche énergie.
méthanisation en injection permet d’obtenir un gaz
fortement renouvelable en 2050 ; le power-to- La consommation de gaz est similaire à celle de S1 ;
methane représente 25 % de la consommation de le gaz est beaucoup moins utilisé qu’actuellement
gaz en 2050 (36 TWhPCI). Ces unités de petite taille (Graphique 7). Sa consommation globale est de
(électrolyseurs de quelques MW) fonctionnent par- 299 TWhPCI en 2030 et 158 TWhPCI en 2050, soit une
tiellement sur l’année, sur une durée moyenne de baisse de respectivement 31 % et 64 % par rapport à
2 000 h à 3 000 h par an, en fonction des excédents 2015. Dans le secteur des transports, le gaz entre en
de production d’électricité renouvelable. Le rende- concurrence avec l’hydrogène, qui se développe en
ment global de la chaîne power-to-methane est de utilisation sur les mêmes usages que le GNV : poids
54 % (PCI) en 2030 puis atteint 61 % en 205013. lourds, véhicules utilitaires, bus et cars. La demande

Tableau 3 Substrats mobilisés en méthanisation dans le scénario 1 en 2050

Cultures Résidus de Effluents Déchets


CIVE Prairies Algues
dédiées culture d’élevage IAA
Rendements : Export (de la
Non
Principales Rendement : 5 (permanentes)- parcelle) : 1⁄3 Activité IAA :
Aucune - valorisées en
hypothèses 6 tMS/ha 9 (temporaires) de la produc- selon scénario
méthanisation
tMS/ha tion de pailles
100 %
Taux de
25 % - 10 % 100 % 20 % coproduits -
mobilisation
non valorisés
Gisement
18,9 0 5 16,4 - - 0
mobilisé (MtMS)
Énergie primaire
46 0 12,5 33,3 9,8 1 0
(TWhPCI)

13 Avec en 2030 puis 2050 respectivement un rendement de l’électrolyse de 65 % puis 72 % et de méthanation de 83 % puis
85 %. Ces rendements sont issus de l’expertise de l’ADEME, en particulier à partir de [17] et [18].

389 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

en GNV est donc plus faible que dans S1. Elle reste sation existantes en 2015 sont maintenues dans tous
toutefois en forte augmentation par rapport à 2015 les logements collectifs chauffés au gaz en individuel
puisqu’elle est multipliée par 17 par rapport à 2015 ainsi que dans certaines maisons individuelles. Le rési-
pour atteindre 10 % de la consommation de gaz en dentiel représente finalement 18 % de la consomma-
2050. Tous les autres secteurs réduisent fortement tion de gaz en 2050 et le tertiaire 11 %, soit une baisse
leur consommation. Cette diminution est vraie dans de respectivement 80 % et 77 % par rapport à 2015.
l’industrie (37 % de la consommation de gaz en 2050, Enfin, comme dans S1, les besoins de flexibilité du
hors usages non énergétiques), malgré la substitution système électrique sont majoritairement assurés par
du charbon et des produits pétroliers par du gaz de la pilotabilité de la demande. Aussi, dans les modéli-
réseau. En effet, c’est essentiellement la forte baisse sations préliminaires du mix électrique réalisées pour
des volumes de production qui guide la consomma- ce scénario, la production d’électricité à partir de
tion énergétique des différentes branches, ainsi turbines à gaz est limitée à environ 2 % de la produc-
qu’une modeste amélioration de l’efficacité énergé- tion d’électricité en 2050. La branche énergie repré-
tique. La consommation de gaz y diminue de 55 % sente globalement 18 % de la consommation de gaz
par rapport à 2015. Dans le résidentiel, le niveau de en 2050.
substitution des chaudières à condensation vers des
équipements utilisant d’autres énergies lors des réno- La production de gaz renouvelable est quasiment la
vations est légèrement moins soutenu que dans S1. même que dans S1, avec 45 TWh PCI en 2030 et
Ainsi, 14 % logements restent raccordés au gaz en 130 TWhPCI en 2050 (Graphique 8).
2050 (contre 35 % en 2015). Les chaudières à conden-

Graphique 7 Demande en gaz dans S2 en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Transport (y.c. soutes)

Tertiaire

Résidentiel

Industrie

Agriculture (y.c. GNV non injecté)

Puits technologiques et CCS

Énergie (y.c. pertes)

Non énergétique

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Demande en gaz réseau (TWhPCI)

Graphique 8 Mix de gaz dans S2 en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Imports de gaz naturel

Pyrogazéification non EnR

Power-to-methane

Pyrogazéification EnR

Méthanisation
(y.c. GNV non injecté)

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Mix gazier (TWhPCI)

390 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

Comme dans les autres scénarios, la méthanisation pour valoriser le CO2 biogénique produit par la
se généralise dans les exploitations agricoles. La méthanisation à partir de 2028. Ce développement
recherche d’autonomie des agriculteurs à l’échelle est toutefois légèrement restreint par rapport à S1
des territoires est forte et la méthanisation y contri- par la concurrence avec l’augmentation des usages
bue. La filière évolue dans une logique similaire à directs de l’hydrogène dans la mobilité et l’industrie
celle de S1. Elle se bâtit en particulier sur des tailles (cf. chapitre 2.3.5. Hydrogène). Le méthane de synthèse
d’unités, une valorisation, des rendements et des répond finalement à 20 % de la consommation de
substrats comparables. Elle se développe à un rythme gaz en 2050 (32 TWhPCI). Les unités sont de petite
intense, de + 3,1 TWh/an en moyenne. Le biométhane taille, équipées d’électrolyseurs de quelques MW et
représente 14 % de la consommation de gaz en 2030 fonctionnent en moyenne 2 000 h à 3 000 h par an,
(42 TWhPCI) et 60 % en 2050 (95 TWhPCI). Les objectifs suivant les excédents de production d’électricité
actuels de la PPE en 2028 sont donc dépassés. On renouvelable, avec le même rendement global que
dénombre environ 6 000 installations en injection dans S1. En 2050, quasiment toutes les installations
en 2050 et 900 installations en cogénération. Les de méthanisation en injection sont associées à un
ressources primaires valorisées en méthanisation en électrolyseur et une unité de méthanation.
2050 représentent un total de 110 TWhPCI en énergie
primaire. Elles sont détaillées dans le Tableau 4. Globalement, l’équilibrage entre l’offre et la demande
en gaz rend nécessaire l’importation de 25 TWhPCI
En ce qui concerne la pyrogazéification, la filière se de gaz naturel en 2050. Les imports de méthane
développe modestement, uniquement pour valori- renouvelable ont été écartés, pour les mêmes raisons
ser les CSR produits et non valorisés par ailleurs. La que dans S1. Finalement, le niveau global de décar-
récolte de bois, bien que supérieure à celle de S1, bonation du gaz est de 82 %.
reste limitée tandis que les besoins en bois énergie
sont importants (cf. chapitre 2.4.2. Ressources et usages
non alimentaires de la biomasse). Pour ce qui est des
déchets, les importants efforts de prévention, 4.4. Scénario 3 : la diversification
notamment via la réduction de la consommation et du mix permet une offre de gaz
du gaspillage alimentaire, limitent les volumes de renouvelable importante
CSR produits. En 2050, environ 60 unités gazéifient
globalement 1,6 Mt de CSR. Ces unités injectent
5 TWhPCI de méthane de synthèse dans le réseau, Le défi de ce scénario consiste à réussir la décarbo-
dont 3 TWhPCI peuvent être considérés comme renou- nation du gaz sans en modifier en profondeur les
velables14. Les unités sont de tailles modérées, adap- usages. D’importants efforts sont donc faits sur les
tées à des ressources locales et plus facilement volumes et la diversification de l’offre en gaz renou-
finançables : on retient une fourchette de 3 à 20 MW velable.
avec une moyenne de 11,1 MW (gaz) [7]. Le rendement
PCI est de 63 % en moyenne, d’après l’étude biblio- Du côté de la demande, peu d’efforts sont faits sur
graphique réalisée dans l’étude ADEME (2018). la sobriété. Grâce à d’importants moyens déployés
sur l’innovation technique, l’efficacité des équipe-
Enfin, la filière power-to-methane se développe ments est largement améliorée. Enfin, l’électrification
comme dans S1 en couplage avec les méthaniseurs des procédés progresse, notamment dans l’industrie

Tableau 4 Substrats mobilisés en méthanisation dans le scénario 2 en 2050

Cultures Résidus de Effluents Déchets


CIVE Prairies Algues
dédiées culture d’élevage IAA
Rendements : Export (de la
Non
Principales Rendement : 5 (permanentes)- parcelle) : 1⁄3 Activité IAA :
Aucune - valorisées en
hypothèses 6 tMS/ha 9 (temporaires) de la produc- selon scénario
méthanisation
tMS/ha tion de pailles
100 %
Taux de
25 % - 10 % 100 % 20 % coproduits -
mobilisation
non valorisés
Gisement
19 0 6,3 14,8 - - 0
mobilisé (MtMS)
Énergie primaire
46,2 0 15,7 30,2 10,6 1,6 0
(TWhPCI)

14 Avec une hypothèse de fraction biogénique moyenne des CSR de 60 %, d’après [19].

391 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

et le bâtiment. Ces éléments conduisent à une individuellement et les maisons individuelles. Le


demande globale en gaz significativement réduite nombre de raccordements au réseau de gaz (9,2 mil-
par rapport à aujourd’hui (Graphique 9). Elle est de lions de logements) est ainsi quasiment maintenu
349 TWhPCI en 2030 et 219 TWhPCI en 2050, en baisse par rapport à 2015. Le résidentiel représente finale-
de respectivement 20 % et 50 % par rapport à 2015. ment 18 % de la consommation de gaz en 2050 et le
À l’instar de S1 et S2, la répartition de l’utilisation du tertiaire 9 %, soit une diminution de 73 % et 72 % par
gaz par secteur évolue en profondeur par rapport à rapport à 2015. Enfin, sur le plan du système élec-
2020. L’augmentation des usages du GNV est telle trique, la croissance de la demande en électricité
que la demande du transport s’élève à des niveaux s’accompagne d’un fort développement de la pilo-
proches de celle du résidentiel, de l’industrie ou de tabilité de la demande qui assure une large part des
la branche énergie. La demande en GNV, essentiel- besoins de flexibilité. Aussi, dans les modélisations
lement pour les poids lourds, les véhicules utilitaires, préliminaires du mix électrique réalisées pour ce scé-
les bus et les cars, est multipliée par 44 par rapport nario, la production d’électricité à partir de turbines
à 2015 et représente 19 % de la consommation de à gaz est limitée à 4 % de la production d’électricité
gaz en 2050. L’industrie, le résidentiel et le tertiaire en 2050. La branche énergie représente globalement
réduisent fortement leur demande, mais de manière 24 % de la consommation de gaz en 2050.
plus modérée que dans S1 et S2. Dans l’industrie,
malgré la substitution du charbon et des produits Du côté de l’offre, ce scénario présente le mix gazier
pétroliers par du gaz de réseau, la consommation de le plus diversifié et la production de gaz renouvelable
gaz diminue de 63 % par rapport à 2015, notamment la plus importante (Graphique 10). Comme dans les
en raison d’une électrification de tous les procédés autres scénarios, la méthanisation se généralise sur
et des chaudières où c’est possible ainsi qu’une baisse les exploitations agricoles et la filière se développe
générale des volumes de production. Dans le rési- de manière intense (+ 3,8 TWh/an en moyenne). Le
dentiel, les pompes à chaleur hybrides se déve- biométhane représente 13 % de la consommation
loppent dans les maisons individuelles et les de gaz en 2030 (46 TWh PCI ) et 53 % en 2050
logements collectifs de façon plus importante que (116 TWhPCI). Les objectifs actuels de la PPE en 2028
dans les autres scénarios, ce qui permet de baisser sont donc largement dépassés. À l’instar de S1 et S2,
la pointe de demande électrique en hiver. Des chau- l’injection de biométhane est priorisée par rapport
dières à condensation sont également installées en à la cogénération. Les valorisations et les rendements
rénovation dans les logements collectifs chauffés sont les mêmes que dans ces scénarios.

Graphique 9 Demande en gaz dans S3 en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Transport (y.c. soutes)

Tertiaire

Résidentiel

Industrie

Agriculture (y.c. GNV non injecté)

Puits technologiques et CCS

Énergie (y.c. pertes)

Non énergétique

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Demande en gaz réseau (TWhPCI)

392 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

Graphique 10 Mix de gaz dans S3 en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Imports de gaz naturel

Pyrogazéification non EnR

Power-to-methane

Pyrogazéification EnR

Méthanisation
(y.c. GNV non injecté)

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Mix gazier (TWhPCI)

La politique agricole se tourne vers la production représentent près de 40 % des intrants en énergie
d’énergie, pour le biométhane comme pour les bio- primaire. Les cheptels sont plus importants que dans
carburants. Les sous-produits et déchets agricoles S1 et S2, en lien avec une baisse plus modérée de la
représentent en 2050, 91 % des substrats méthanisés consommation de viande. La collecte des fumiers et
en énergie primaire. Les territoires agricoles sont lisiers est également facilitée par des modes d’élevage
spécialisés et la filière méthanisation s’organise avec majoritairement en bâtiments. Les effluents d’élevage
le monde agricole. Les installations sont en moyenne représentent donc une part de l’énergie primaire
de plus grande taille qu’en 2020. Les unités à la ferme totale valorisée en méthanisation plus importante
affichent des débits d’injection entre 150 et que dans S1 et S2 (15 % en 2050). En revanche, la part
350 Nm3/h, avec une moyenne d’environ 250 Nm3/h. des résidus de cultures diminue (20 % en 2050), les
Les installations centralisées suivent cette tendance, besoins en litière animale étant plus importants. La
avec une moyenne d’environ 350 à 400 Nm3/h. part des cultures énergétiques dédiées reste au
Il existe environ 4 500 installations en injection même niveau qu’aujourd’hui, à 7 %. Les quantités
en 2050, réparties sur tout le territoire, environ mobilisées représentent cependant une multiplica-
1 100 installations en cogénération. tion par 7 par rapport à 2017. Les prairies et l’herbes
de bord de route représentent quant à elles 15 % des
Les substrats valorisés en méthanisation varient d’un intrants. Les ressources primaires valorisées en métha-
territoire à un autre, en fonction de la prédominance nisation en 2050 représentent un total de 136 TWhPCI
de la culture ou de l’élevage. Les cultures intermé- en énergie primaire. Elles sont détaillées dans le
diaires restent la base de la filière, puisque les CIVE Tableau 5.

Tableau 5 Substrats mobilisés en méthanisation dans le scénario 3 en 2050

Cultures Résidus de Effluents Déchets


CIVE Prairies Algues
dédiées culture d’élevage IAA
Surfaces : Rendements : Export (de la
En
Principales Rendement : 250 kha 5 (permanentes)- parcelle) : 1⁄3 Activité IAA :
- coproduction
hypothèses 8 tMS/ha Rendement : 9 (temporaires) de la produc- selon scénario
de biodiesel
15 tMS/ha tMS/ha tion de pailles
100 %
Taux de
25 % 100 % 10 % 100 % 35 % coproduits -
mobilisation
non valorisés
Gisement
20,4 3,8 7,3 12,7 - - 2,3
mobilisé (MtMS)
Énergie primaire
49,5 9,1 18 26,3 20,2 1,7 4,6
(TWhPCI)

393 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

La pyrogazéification se développe grâce à des poli- Globalement, l’équilibrage entre l’offre et la demande
tiques sylvicoles et de gestion des déchets tournées en gaz fait apparaître la nécessité d’importer
vers la production d’énergie (cf. chapitres 2.2.2. Pro- 15 TWhPCI de gaz naturel en 2050. Les imports de
duction forestière et 2.4.1. Déchets). Les autres besoins, méthane renouvelable ont été écartés, pour les
notamment en combustion directe, sont plus limités mêmes raisons que dans S1 et S2. Finalement, le
que dans les scénarios 1 et 2 (cf. chapitre 2.4.2. Res- niveau global de décarbonation du gaz est de 84 %.
sources et usages non alimentaires de la biomasse). La filière
voit le jour à l’échelle industrielle en 2026/2028 grâce
au maintien d’investissements R&D et à un cadre
règlementaire favorable. En 2030, 5 unités (de 10 à
4.5. Scénario 4 : le recours massif
20 MW) injectent du méthane de synthèse dans le aux puits technologiques permet
réseau, à hauteur de 430 GWhPCI. Si la technologie le maintien d’une forte demande
fonctionne davantage sur des intrants de type bio- en gaz
masse propre à ses débuts, elle se tourne peu à peu
vers la valorisation de déchets bois et CSR. Au total,
les ressources primaires valorisées en pyrogazéifica- Les évolutions sont guidées par une préservation de
tion en 2050 représentent un total de 107 TWhPCI en nos modes de vie actuels. La sobriété n’est donc pas
énergie primaire : 70 % de CSR, 25 % de bois déchets recherchée. L’efficacité énergétique et, surtout, la
et autres sous-produits du bois (produits connexes compensation par le déploiement massif des solu-
de scierie) et 5 % de cultures lignocellulosique (type tions technologiques de captage et stockage de
miscanthus et switchgrass). En 2050, les projets conti- carbone sont les principaux leviers actionnés pour
nuent de s’orienter vers des tailles modérées, de la parvenir à la neutralité carbone. Le scénario fait
même manière que dans S2 et avec les mêmes ren- également le pari des imports de gaz renouvelable
dements. Ainsi, environ 760 unités de pyrogazéifica- ou décarboné.
tion fonctionnent en 2050, pour une production totale
de 67 TWhPCI de méthane de synthèse (soit 31 % de la Le panorama de la demande en gaz en 2050 est assez
consommation de gaz), dont 48 TWhPCI peuvent être proche de celui de 2015. Il se caractérise par une
considérés comme renouvelables15. La plupart des hausse importante des usages pour le transport ainsi
unités sont raccordées au réseau de transport de gaz, qu’une baisse modérée du volume total, en particu-
le bois ou les CSR étant facilement transportables. lier grâce à une électrification des procédés. La
Toutefois, de plus petites unités de pyrogazéification demande globale est de 450 TWhPCI en 2030 et
peuvent aussi être raccordées sur le réseau de distri- 371 TWhPCI en 2050, en évolution de respectivement
bution afin de se rapprocher des lieux de traitement + 4 % et - 15 % par rapport à 2015 (Graphique 11). La
des CSR et déchets bois. demande en GNV, uniquement pour les poids lourds,
les véhicules utilitaires, les bus, les cars et les navires,
Enfin, le développement de la filière power-to-me- est multipliée par 42 par rapport à 2015 et représente
thane, qui débute en 2028, est freiné par la concur- 11 % de la consommation de gaz en 2050. Dans l’in-
rence avec des usages directs de l’hydrogène en hausse dustrie, la baisse de la consommation de gaz par
dans la mobilité et l’industrie. L’approvisionnement rapport à 2015 est modérée à - 31 %. Au-delà de l’ef-
en électricité est en compétition avec les autres usages ficacité énergétique, assez tendancielle ici, cette
en forte hausse dans ce scénario. Le power-to- baisse s’explique par une tendance à l’électrification,
methane est donc plus limité que dans S1 et S2 : le moins intense que dans S3 sur les procédés mais
méthane de synthèse répond à 9 % de la consomma- significative sur les chaudières. On observe également
tion de gaz en 2050 (20 TWhPCI). Comme dans les une légère baisse des volumes de production indus-
autres scénarios, les installations de power-to-methane trielle. Dans le résidentiel, les pompes à chaleur
sont construites à côté de méthaniseurs pour valoriser hybrides se développent dans les maisons indivi-
le CO2 biogénique produit par la méthanisation. Les duelles et les logements collectifs (mais moins que
unités sont de petite taille, équipées d’électrolyseurs dans S3) et permettent de baisser la pointe de
de quelques MW et fonctionnent en moyenne 2 000 h demande électrique en hiver. Des chaudières à
à 3 000 h par an, en fonction des excédents de pro- condensation sont également installées en rénova-
duction d’électricité renouvelable, avec le même tion dans les logements collectifs chauffés indivi-
rendement global que dans les autres scénarios. En duellement et dans les maisons individuelles. Le
2050, environ la moitié des installations de méthani- nombre de raccordements au réseau de gaz (9,9 mil-
sation en injection sont couplées à un électrolyseur lions de logements en 2050) se maintient par rapport
et une unité de méthanation. à 2015. Le résidentiel représente finalement 15 % de

15 Avec une hypothèse de fraction biogénique moyenne des CSR de 60 % (cf. scénario 2).

394 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

la consommation de gaz en 2050 et le tertiaire 13 %, la mise en place à grande échelle des technologies
en diminution respective de 62 % et 34 % par rapport de CCS.
à 2015. Enfin, la forte croissance de la demande
d’électricité et la faible diffusion de la pilotabilité de Toutefois, grâce à son potentiel important, ses coûts
la demande nécessitent le développement de solu- de production modérés et les faibles concurrences
tions de flexibilités complémentaires du système d’usages sur les matières premières méthanisées, la
électrique. Dans les modélisations préliminaires du méthanisation reste un pilier de la décarbonation
mix électrique réalisées pour ce scénario, les turbines du mix gazier (Graphique 12). Comme dans les autres
à gaz se développent et assurent en 2050 6 % de la scénarios, elle se généralise sur les exploitations
production d’électricité. Ces centrales consomment agricoles et la filière se développe intensément à un
83 TWhPCI de gaz, soit 22 % de la consommation glo- rythme moyen de + 4,2 TWh/an. Le biométhane
bale de gaz. représente 10 % de la consommation de gaz en 2030
(46 TWhPCI) et 35 % en 2050 (128 TWhPCI). Les objectifs
Plus que les autres scénarios, S4 mise sur une dimi- de l’actuelle PPE en 2028 sont donc largement
nution des impacts climat du gaz d’origine fossile via dépassés.

Graphique 11 Demande en gaz dans S4 en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Transport (y.c. soutes)

Tertiaire

Résidentiel

Industrie

Agriculture (y.c. GNV non injecté)

Puits technologiques et CCS

Énergie (y.c. pertes)

Non énergétique

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Demande en gaz réseau (TWhPCI)

Graphique 12 Mix de gaz dans S4 en 2015, 2030 et 2050

TOTAL

Imports de gaz
renouvelable ou décarboné
Import de gaz naturel

Pyrogazéification non EnR

Power-to-methane

Pyrogazéification EnR

Méthanisation
(y.c. GNV non injecté)

0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

2015 2030 2050 Mix gazier (TWhPCI)

395 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

Le mode de fonctionnement de la filière est similaire stockage ou des filières de consommation pour le
à celui de S3. Elle s’appuie sur une politique agricole CO2 capté16. La pyrogazéification se développe de
tournée prioritairement vers l’alimentation puis vers manière plus limitée que dans S3 et uniquement via
la production d’énergie des territoires agricoles des installations de taille suffisante pour y mettre
spécialisés et des exploitations de grande taille. Les en place du BECCS. En 2050, 130 installations de
valorisations, les rendements et les tailles moyennes 27 MW chacune consomment annuellement 8,9 Mt
des unités sont identiques à ceux de S3. Avec une de CSR, injectent 28 TWhPCI de méthane de synthèse
moyenne d’environ 250 Nm3/h pour les installations (soit 8 % de la consommation de gaz) dont 17 TWhPCI
à la ferme et de 350 à 400 Nm3/h pour les installations peuvent être considérés comme renouvelables et
centralisées, on compte environ 5 000 installations captent 1,3 Mt de carbone. Ces installations sont
en injection en 2050 et 1 200 installations en situées à proximité des sites de production de CSR,
cogénération. Néanmoins, contrairement à S3, un dans les grands centres d’activité économique et les
certain nombre d’installations s’oriente vers des centres urbains, reliés au réseau de gaz.
tailles plus importantes pour pouvoir y mettre en
place une technologie de captage et de stockage Ce scénario mise sur une spécialisation de certains
géologique (BECCS). En 2050, 40 installations de pays étrangers dans la production de gaz décarboné
2 000 Nm3/h captent et stockent le CO2 émis lors de ou renouvelable, qui leur permet d’en exporter. Par
l’épuration du biogaz, participant ainsi aux émissions exemple, la Norvège, qui représente aujourd’hui près
négatives de la France à hauteur de 910 ktCO2. de la moitié des importations de gaz naturel de la
France, investit actuellement massivement dans le
Les substrats valorisés en méthanisation sont CCS. Sur certains champs gaziers norvégiens, le CO2
également proches en volume et en proportion de issu de la production de gaz naturel est déjà
S3, en particulier en lien avec une pratique aujourd’hui capté et stocké dans des formations
généralisée des CIVE, des cheptels importants géologiques. En 2050, la Norvège en particulier
destinés à répondre à la demande de consommation pourrait donc exporter en France du gaz naturel
de viande et un maintien de la part de cultures décarboné. Des pays à forts potentiels de production
énergétiques dédiées par rapport à aujourd’hui. Les d’électricité renouvelable ou bas carbone (solaire,
ressources primaires valorisées en méthanisation en éolien, hydroélectricité) pourraient également
2050 représentent un total de 148 TWhPCI en énergie devenir exportateurs de méthane de synthèse à bas
primaire. Elles sont détaillées dans le Tableau 6. coûts, d’autant plus si les solutions de CCS se
déploient et facilitent l’approvisionnement en CO2
Dans ce scénario, les investissements se tournent nécessaire à la méthanation. La France importe ainsi
vers les solutions de captage de CO2 plutôt que vers dans ce scénario 44 TWhPCI de gaz décarboné ou
les technologies de production de gaz renouvelable. renouvelable en 2050.
Le CCS est notamment déployé au maximum sur les
sites industriels. Au contraire, la filière power-to- Enfin, le DACCS permet, dans ce scénario, de
methane n’émerge pas dans ce scénario. Le bilan de compenser les imports de gaz naturel fossile
la consommation énergétique n’est pas en faveur nécessaires pour répondre à la demande, qui
de cette technologie comparé à des imports de gaz s’élèvent à 170 TWhPCI en 2050, soit 35 MtCO2. Le
naturel associés à du DACCS, qui nécessitent niveau global de décarbonation du gaz est de 51 %.
néanmoins des infrastructures de transport et de

Tableau 6 Substrats mobilisés en méthanisation dans le scénario 4 en 2050

Cultures Résidus de Effluents Déchets


CIVE Prairies Algues
dédiées culture d’élevage IAA
Surfaces : Rendements : Export (de la
En
Principales Rendement : 275 kha 5 (permanentes)- parcelle) : 1⁄3 Activité IAA :
- coproduction
hypothèses 8 tMS/ha Rendement : 9 (temporaires) de la produc- selon scénario
de biodiesel
15 tMS/ha tMS/ha tion de pailles
100 %
Taux de
25 % 100 % 10 % 100 % 35 % coproduits -
mobilisation
non valorisés
Gisement
22,8 4,1 6,8 15,8 - - 2,3
mobilisé (MtMS)
Énergie primaire
55,3 10 16,8 33 20,6 1,9 4,6
(TWhPCI)

16 Avec des hypothèses de rendement global de la chaîne power-to-methane de 61,2 % (PCI), d’un facteur d’émissions à la com-
bustion du gaz naturel de 205,2 gCO2eq/kWhPCI et d’une consommation électrique du DACCS de 1,5 MWh/tCO2.

396 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

5. Comparaison des scénarios


Les grandes tendances sur l’offre et la demande en ADEME, le scénario AMS dans sa référence et dans
gaz se retrouvent dans le Graphique 13 et le sa variante gaz haut et la situation en 2015. Le
Graphique 14, qui présentent une synthèse de la Graphique 15 présente les émissions de GES liées au
situation du gaz en 2050 pour les cinq scénarios gaz de réseau.

Graphique 13 Demande en gaz en 2015 et en 2050 pour les cinq scénarios ADEME et le scénario AMS (référence et variante
gaz haut)

500

450 434
400
400
371
Demande en gaz réseau (TWhPCI)

350

300
261
250
219
200
148 158 164
150

100

50

0
2015 TEND S1 S2 S3 S4 AMS AMS
SNBC SNBC
2019 2019
gaz haut

Non énergétique Énergie (y.c. pertes) Puits technologiques et CSS Agriculture (y.c. non injecté)
Industrie Résidentiel Tertiaire Transport (y.c. soutes)

Graphique 14 Mix gazier en 2015 et en 2050 pour les cinq scénarios ADEME et le scénario AMS (référence et variante gaz haut)

500 100 %

450 434 90 %
400
Taux de gaz d’origine renouvelable dans le mix

400 80 %
371
350 70 %
Mix gazier (TWhPCI)

300 60 %
261
250 50 %
219
200 40 %
148 158 164
150 30 %

100 20 %

50 10 %

0 0
2015 TEND S1 S2 S3 S4 AMS AMS
SNBC SNBC
2019 2019
gaz haut

Méthanisation (y.c. GNV non injecté) Imports de gaz naturel


Power-to-methane Imports de gaz renouvelable ou décarboné
Pyrogazéification EnR Taux renouvelable
Pyrogazéification non EnR

397 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

Graphique 15 Émissions de GES liées au gaz de réseau en 2015 et en 2050 pour les cinq scénarios ADEME et le scénario AMS
(référence et variante gaz haut)17

100
89
90

80

66
70

60
Émissions GES (MtCO₂e)

50

37
40

30

20
11
6 7
10 4
1
0
2015 TEND S1 S2 S3 S4 AMS AMS
SNBC SNBC
2019 2019
gaz haut

17 En considérant un facteur d’émissions à la combustion de 205,2 gCO2eq/kWhPCI pour le gaz d’origine fossile et de 0 gCO2eq/kWhPCI
pour le gaz d’origine renouvelable (données CITEPA).

398 Transition(s) 2050


PRODUCTION D’ÉNERGIE MIX GAZ

6. Enseignements pour le secteur


et propositions de politiques
et mesures
6.1. Enseignements
pour le secteur du gaz
Face à une situation actuelle où l’injection de bio- dans les scénarios avec de faibles niveaux d’offre.
méthane représente moins de 1 % du gaz consommé Alors que le résidentiel et le tertiaire représentent
en France, le reste étant du gaz naturel d’origine fos- en 2015 près de la moitié de la consommation de
sile importé, la décarbonation du gaz d’ici 2050 est gaz, leur part n’est que de 20 % à 29 % en 2050 dans
un défi de taille. Toutefois, le potentiel de dévelop- les quatre scénarios. En effet, le chauffage des bâti-
pement des différentes filières de production de ments privilégie des énergies efficaces et facilement
gaz renouvelable à l’horizon 2050 est très important disponibles, en particulier via une électrification
par rapport à aujourd’hui. En tenant compte des importante par recours à des pompes à chaleur. Dans
arbitrages avec les autres besoins sur la ressource S1 et S2, les chaudières à bois sont également large-
primaire, le niveau de production de gaz décarboné ment utilisées. À l’inverse, l’utilisation du GNV dans
varie entre 130 TWhPCI et 185 TWhPCI en 2050. les transports, aujourd’hui marginale, se développe
dans tous les scénarios sur les usages difficiles à décar-
Ces faibles volumes, comparés à la consommation boner, notamment le transport longue distance.
actuelle de gaz (entre 30 % et 43 %), traduisent les Dans S4, la sobriété n’est pas véritablement recher-
limites des ressources disponibles pour la production chée et c’est davantage l’électrification généralisée
de gaz. L’atteinte de la neutralité carbone passe donc des usages qui permet de diminuer la consommation
nécessairement par une diminution de la demande globale.
en gaz et/ou par le développement de solutions
technologiques de captage et de stockage du car- La méthanisation pour production de biométhane
bone, stratégies qui présentent évidemment des est le pilier de la décarbonation du gaz, quel que soit
impacts industriels et territoriaux très différents. le scénario. Il s’agit en effet de la seule voie actuelle-
ment mature de production de gaz renouvelable,
Ainsi, les efforts de sobriété sont dont le déploiement est déjà amorcé et qui présente
particulièrement importants un potentiel important. L’injection de biométhane
Le potentiel de dans S1 et S2. Les équipements dans le réseau en 2050 atteint de 92 TWh PCI à
développement des sont également plus efficaces sur 126 TWhPCI selon les scénarios. Quels que soient les
différentes filières de le plan énergétique, en particu- systèmes de production agricole envisagés, des plus
production de gaz lier dans S3. Dans les scénarios extensifs et diversifiés aux plus intensifs et spécialisés,
renouvelables à où la tension sur l’offre en gaz la méthanisation trouve sa place grâce aux bénéfices
l’horizon 2050 est très renouvelable est la plus forte, ces qu’elle apporte aux agriculteurs : valorisation agro-
important par rapport leviers ne suffisent pas et s’ac- nomique des effluents d’élevage, complément de
à aujourd’hui. compagnent d’importantes revenu, contribution à la production d’énergie, contri-
substitutions d’équipements bution à la diminution des émissions de gaz à effet
fonctionnant au gaz par des de serre… La pratique des cultures intermédiaires et
équipements alimentés par leur valorisation en méthanisation est un élément
d’autres énergies. Ces substitutions sont toutefois clé de la filière puisque ces intrants représentent de
difficiles, voire impossibles à réaliser sur certains 37 % à 42 % de l’énergie primaire méthanisée. Dans
usages comme le gaz matière première, la mobilité les scénarios où l’agriculture est particulièrement
ou l’industrie haute température. Le gaz reste égale- poussée vers la production d’énergie (S3 et S4), les
ment un vecteur important pour la flexibilité du cultures énergétiques dédiées continuent à contri-
système électrique et la gestion de la pointe hivernale buer à la production d’énergie tout en ne re