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Jury
02 Février 2018
DEDICACE
À mon épouse
Mme Gouataine Massingfa Solange
et à ma fille
Baïmane Seingué Solveig
i
REMERCIEMENTS
Nul ne peut compter le nombre de ceux qui façonnent une vie. Vous êtes très
nombreux pour être tous cités.
Nous remercions particulièrement Pr Bernard Gonné, qui malgré ses multiples
occupations, n’a ménagé aucun effort pour encadrer ce travail. Depuis notre parcours au
département de géographie à l’Université de N’Gaoundéré, il nous a encouragé d’aller
plus loin dans nos études. Merci infiniment, Professeur, et que d’autres puissent aussi
bénéficier de vos conseils.
Au Dr Baohoutou Laohoté, notre co-directeur, qui a lu plusieurs moutures de ce
travail. Ses remarques, suggestions, observations et sa rigueur scientifique ont amélioré
le contenu de ce travail et ont permis de mieux comprendre les réalités du terrain. Qu’il
retrouve ici l’expression de notre profonde gratitude.
Nous remercions tous les enseignants du Département de Géographie de
l’Université de Ngaoundéré qui ont assuré notre formation pendant les deux premiers
cycles et aussi ceux de l’Université de Maroua, qui ont apporté leur part de contribution
dans l’amélioration du contenu de ce travail à travers les séminaires.
Nous témoignons notre gratitude à nos collègues en poste à l’École Normale
Supérieure de Bongor. Ils ont toujours été disponibles à chaque sollicitation. Merci pour
vos orientations. Merci infiniment à Kollard Jean Oyna, Guergué Baïgora, Guimillah
Robert Fataïna, Lidam Wanga Denis et Deïrou Siamsia qui, malgré leurs charges
personnelles, ont accepté d’être les guides pour les différentes descentes sur le terrain.
Merci aussi à la famille de Ponyaola Houé Emmanuel et à celle du Délégué Régional
des Transports du Mayo-Kebbi Est, Djessiri Ouang-ting qui ont offert un cadre adapté
pour nos travaux.
Enfin, merci à nos collègues doctorants Mobéal Nadji Marcel, Hamidou Vaïlia,
Adamou Yerima, Mbaihadjim Jéchonias et tous les autres qui ne sont pas cités. Merci
pour tout.
ii
RESUME
Ce travail porte sur les effets des variabilités pluviométriques sur les systèmes de culture
et les formes d’adaptation des agriculteurs dans la plaine du Mayo-Kebbi. Il s’est agi de
l’évaluation du rôle des variabilités pluviométriques sur les systèmes de culture et les stratégies
endogènes développées par les agriculteurs de cette région. En effet, la pluie se présente donc
comme un élément important pour la production agricole, car sa répartition spatio-temporelle,
sa distribution, ses fluctuations de début et de fin entrainent des conséquences importantes sur
les cultures et partant, désorganisent les systèmes agricoles. Dès lors, cette situation amène à
comprendre comment ces fluctuations pluviométriques constituent une menace pour la
production agricole sur laquelle repose l’économie de la plaine du Mayo-Kebbi.
La méthodologie a consisté en des traitements statistiques pour la détermination des
variabilités pluviométriques d’une part et des enquêtes de terrain ayant permis de collecter des
données empiriques susceptibles de comprendre les dynamiques paysannes suite à ces
variabilités pluviométriques d’autre part. Il ressort que le retard dans le démarrage des pluies,
l’arrêt précoce de la saison de pluies, les séquences sèches fréquentes, l’excès et le déficit de la
pluie ont affecté négativement les productions et les rendements des différentes cultures, et
partant, bouleversé les systèmes agricoles.
Ainsi, la simulation de rendements permet d’utiliser les ressources disponibles pour
augmenter la production. Cette simulation révèle que les rendements des différentes cultures
sont conditionnés par une bonne distribution pluviométrique et que la date de semis est
indispensable pour de bons rendements agricoles. Par ailleurs, les différentes adaptations
développées par les paysans sont insuffisantes et quelquefois inadaptées et demandent à être
améliorées. La mise en place de la VSA pour veiller sur la sécurité alimentaire dans cette plaine
pourrait permettre d’optimiser la production agricole. Il est donc utile pour les producteurs et
les décideurs de prendre en compte ces différentes facettes de la pluie dans le processus de
production agricole pour l’amélioration de l’économie globale de la plaine du Mayo-Kebbi.
Mots-clés : variabilités pluviométriques, systèmes de culture, plantes cultivées,
rendements agricoles, adaptation des agriculteurs, plaine du Mayo-Kebbi, Tchad.
iii
ABSTRACT
This work concerns the effects of variabilities of rainfall on the farming systems and the
shapes of adaptation of the farmers in the plain of Mayo-Kebbi. It was about the evaluation of
the role of variabilities of rainfall on the farming systems and the endogenous strategies
developed by the farmers of this area. The rain is thus presented in the form of a significant
element for the agricultural production, because this space-time distribution, this distribution,
this fluctuation of beginning and end entails significant consequences on the cultures and
therefore, disorganize the agricultural systems. Consequently, this pleasing situation shows how
these rainfall fluctuations constitute a threat for the agricultural production on which rests the
economy of the plain of Mayo-Kebbi.
Methodology primarily consisted statistical processing for the determination of
variabilities of rainfall on the one hand and the investigations of ground having made it possible
to collect empirical data likely to include the dynamic country-women following these
variabilities of rainfall on the other hand. It arises that the delay in the starting of the rains, the
early stop of the season of rains, the frequent dry sequences, the excess and the deficit of the
rain have affected negatively the productions and the outputs of the various cultures, and
therefore, upset the agricultural systems.
Thus, the simulation of outputs makes it possible to use the resources available to
increase the production. This simulation reveals that the outputs of the various cultures are
conditioned by a good pluviometric distribution and that the date of sowing is essential for good
agricultural outputs. In addition, the various adaptations developed by the peasants are
insufficient and sometimes misfit and required an improvement. The installation of the VSA to
take care on food safety in this plain could make it possible to optimize the agricultural
production. It is thus useful for the producers and the decision makers to take into account these
various facets of the rain in the production process agricultural for the improvement of the total
economy of the plain of Mayo-Kebbi.
Key words: variabilities of rainfall, farming systems, crop plants, agricultural
outputs, adaptation of the farmers, plain of Mayo-Kebbi, Chad.
iv
TABLE DES TABLEAUX
Tableau I. Liste des stations retenues ........................................................................... 41
Tableau II. Préférendums thermiques et pluviométriques des cultures et durée du cycle
végétatif ......................................................................................................................... 43
Tableau III. Classification du SPI ................................................................................. 49
Tableau IV. Résultat du test d’anomalie entre les stations de Bongor et de
Guelendeng ..................................................................................................................... 68
Tableau V. Fréquence et intervalle de confiance .......................................................... 79
Tableau VI. Estimation des pluies à différentes fréquences ......................................... 80
Tableau VII. Période de retour des pluies extrêmes ..................................................... 81
Tableau VIII. Indice de Martonne calculé à l’échelle annuelle ................................... 82
Tableau IX. Variabilité de la pluie dans la plaine du Mayo-Kebbi ............................. 88
Tableau X. Statistique descriptive des stations de Bongor et de Billiam-oursi ............ 89
Tableau XI. Statistique descriptive des stations de Fianga et de Guelendeng.............. 90
Tableau XII. Corrélation entre les stations ................................................................... 93
Tableau XIII. Données de base permettant les corrélations ......................................... 94
Tableau XIV. Relation précipitation/coordonnées géographiques ............................... 95
Tableau XV. Précipitations mensuelles fréquentielles ............................................... 105
Tableau XVI. Dates de début et de fin de la saison pluvieuse ................................... 110
Tableau XVII. Poids de chaque mois sur la quantité annuelle (en pourcentage) ....... 116
Tableau XVIII. Corrélation entre la quantité de pluie et le nombre de jours
pluvieux ....................................................................................................................... 125
Tableau XIX. Moyenne des tranches pluviométriques par station ............................. 126
Tableau XX. Mode, gradex et pluies fréquentielles décennales et centennales ......... 135
Tableau XXI. Caractéristiques de chaque secteur agro-écologique ........................... 141
Tableau XXII. Niveau d’exploitation des sols de la plaine du Mayo-Kebbi.............. 145
Tableau XXIII. Cycle des travaux .............................................................................. 146
Tableau XXIV. Statistique descriptive des productions ............................................. 149
Tableau XXV. Statistique descriptive des rendements ............................................... 154
Tableau XXVI. Statistique descriptive des surfaces agricoles ................................... 158
v
Tableau XXVII. Corrélation entre les indices de pluie, de production et de rendement
dans la plaine du Mayo-Kebbi .................................................................................... 172
Tableau XXVIII. Corrélation entre la pluie et la production agricole à l’échelle
stationnelle .................................................................................................................. 174
Tableau XXIX. Corrélation entre la surface, la production et le rendement .............. 183
Tableau XXX. Corrélation entre la surface, la production et le rendement à l’échelle
stationnelle .................................................................................................................. 184
Tableau XXXI. Corrélation entre le nombre de jours pluvieux et la production
agricole ........................................................................................................................ 189
Tableau XXXII. Corrélation entre le nombre de jours pluvieux et le rendement
agricole ........................................................................................................................ 190
Tableau XXXIII. Déficit en eau du maïs en 2002 à Bongor ...................................... 200
Tableau XXXIV. Déficit hydrique du sorgho en 2004 à Guelendeng ....................... 202
Tableau XXXV. Déficit hydrique du maïs à Fianga en 2009..................................... 203
Tableau XXXVI. Comparaison annuelle de diminution de rendement (en
pourcentage) ................................................................................................................ 209
Tableau XXXVII. Comparaison de rendement en fonction du sol à Bongor (en %) . 211
Tableau XXXVIII. Comparaison de rendement par type de sol à Guelendeng (en
%) ................................................................................................................................ 212
Tableau XXXIX. Comparaison de rendement par type de sol à Fianga (en %) ......... 213
Tableau XL. Evolution des surfaces de maraîchage pour le Mayo-Boneye............... 229
Tableau XLI. Dates de semis de 2000 à 2009 ............................................................ 234
Tableau XLII. Comparaison des rendements des différentes variétés des cultures ... 235
Tableau XLIII. Contraintes et évaluations des coûts des stratégies endogènes dans la
plaine du Mayo-Kebbi ................................................................................................ 238
vi
TABLE DES FIGURES
Figure 1. Opérationnalisation du concept variabilités pluviométriques ...................... 31
Figure 2. Opérationnalisation du concept système de culture ...................................... 33
Figure 3. Opérationnalisation du concept adaptation des agriculteurs ........................ 35
Figure 4. Situation et localisation de la zone d’étude ................................................... 36
Figure 5. Localisation des stations ................................................................................ 39
Figure 6. Détection des anomalies de Bongor par rapport à Billiam-oursi .................. 66
Figure 7. Détection des anomalies de Bongor par rapport à Fianga ............................. 67
Figure 8. Régression linéaire simple entre Fianga et Bongor ....................................... 69
Figure 9. Application du test de Buishand à la station de Bongor ............................... 70
Figure 10. Application du test de Buishand à la station de Billiam-oursi .................... 70
Figure 11. Recherche de rupture à la station de Fianga avec le test de Buishand ........ 71
Figure 12. Recherche de rupture à la station de Guelendeng avec le test de Buishand 72
Figure 13. Recherche de rupture de stationnarité avec le test de Pettitt à Bongor ....... 73
Figure 14. Recherche de rupture de stationnarité avec le test de Pettitt à Billiam-
oursi ............................................................................................................................... 74
Figure 15. Recherche de rupture de stationnarité avec le test de Pettitt à Fianga ........ 75
Figure 16. Recherche de rupture de stationnarité avec le test de Pettitt à Guelendeng 75
Figure 17. Ajustement des pluies annuelles à la loi racine-normale dans les cinq
stations .......................................................................................................................... 77
Figure 18. Indice pluviométrique standardisé de la plaine du Mayo-Kebbi................. 83
Figure 19. Indice pluviométrique standardisé de la station de Bongor ........................ 84
Figure 20. Indice pluviométrique standardisé de la station de Billiam-oursi ............... 85
Figure 21. Indice pluviométrique standardisé de la station de Fianga ......................... 86
Figure 22. Indice pluviométrique standardisé de la station de Guelendeng ................. 87
Figure 23. Indice pluviométrique standardisé de la station de Moulkou ...................... 88
Figure 24. Indice de pluviosité de la plaine du Mayo-Kebbi ....................................... 91
Figure 25. Indice de pluviosité des différentes stations de la plaine du Mayo-Kebbi .. 92
Figure 26. Répartition de la pluie en fonction de la latitude dans la plaine du Mayo-
Kebbi ............................................................................................................................. 95
vii
Figure 27. Répartition de la pluie en fonction de la longitude dans la plaine du Mayo-
Kebbi ............................................................................................................................. 96
Figure 28. Répartition de la pluie en fonction de l’altitude dans la plaine du Mayo-
Kebbi ............................................................................................................................. 96
Figure 29. Répartition décennale de la pluie ................................................................ 98
Figure 30. Ajustement des pluies du mois de juillet à la loi racine-normale.............. 101
Figure 31. Ajustement des pluies du mois d’août à la loi racine-normale ................. 102
Figure 32. Régime pluviométrique moyen de la plaine du Mayo-Kebbi ................... 107
Figure 33. Détermination de la date de début et de fin de la saison de pluie en 2000 à la
station de Fianga ......................................................................................................... 111
Figure 34. Détermination de la date de début et de fin de la saison de pluie en 2000 à la
station de Moulkou ..................................................................................................... 111
Figure 35. Détermination de la date de début et de fin de la saison de pluie en 2000 à la
station de Billiam-oursi ............................................................................................... 112
Figure 36. Détermination de la date de début et de fin de la saison de pluie en 2000 à la
station de Guelendeng ................................................................................................. 113
Figure 37. Détermination de la date de début et de fin de la saison de pluie en 2002 à la
station de Bongor ........................................................................................................ 114
Figure 38. Distribution mensuelle et décadaire moyenne des précipitations à
Fianga .......................................................................................................................... 117
Figure 39. Distribution mensuelle et décadaire moyenne des précipitations à
Bongor ......................................................................................................................... 118
Figure 40. Distribution mensuelle et décadaire moyenne des précipitations à Billiam-
oursi ............................................................................................................................. 118
Figure 41. Distribution mensuelle et décadaire moyenne des précipitations à
Moulkou ...................................................................................................................... 119
Figure 42. Distribution mensuelle et décadaire moyenne des précipitations à
Guelendeng ................................................................................................................. 120
Figure 43. Fréquence d’occurrence décadaire des séquences sèches à Fianga .......... 122
Figure 44. Fréquence d’occurrence décadaire des séquences sèches à Guelendeng .. 123
Figure 45. Fréquence d’occurrence décadaire des séquences sèches à Billiam-oursi 124
viii
Figure 46. Ajustement à la loi de Poisson des tranches pluviométriques inférieures à
10mm .......................................................................................................................... 127
Figure 47. Ajustement à la loi de Poisson des tranches pluviométriques entre 10 et
30mm .......................................................................................................................... 128
Figure 48. Ajustement à la loi de Poisson des tranches pluviométriques entre 30 et
50mm .......................................................................................................................... 129
Figure 49. Ajustement à la loi de Poisson des tranches pluviométriques supérieures à
50mm .......................................................................................................................... 130
Figure 50. Proportion des tranches pluviométriques dans la plaine du Mayo-Kebbi. 132
Figure 51. Ajustement des pluies maximales à la loi de Gumbel ............................... 134
Figure 52. Secteurs agro-écologiques de la plaine du Mayo-Kebbi ........................... 140
Figure 53. Répartition de l’utilisation des matériels agricoles ................................... 146
Figure 54. Evolution de la production agricole dans la plaine du Mayo-Kebbi ......... 148
Figure 55. Evolution de la production du maïs à l’échelle stationnelle….................. 150
Figure 56. Evolution de la production du riz à l’échelle stationnelle ......................... 151
Figure 57. Evolution de la production de l’arachide à l’échelle stationnelle ............. 152
Figure 58. Evolution de rendement des cultures de la plaine du Mayo-Kebbi........... 153
Figure 59. Evolution de rendement de riz à l’échelle stationnelle ............................. 155
Figure 60. Evolution de rendement de l’arachide à l’échelle stationnelle .................. 156
Figure 61. Evolution de rendement du maïs à l’échelle stationnelle .......................... 157
Figure 62. Evolution des surfaces emblavées (hectare) .............................................. 159
Figure 63. Evolution de la surface du riz à l’échelle stationnelle par hectare ............ 161
Figure 64. Evolution de la surface du maïs à l’échelle stationnelle par hectare ......... 162
Figure 65. Evolution de la surface de l’arachide à l’échelle stationnelle par hectare 163
Figure 66. Densité de la population dans la plaine du Mayo-Kebbi en 2009 ............. 165
Figure 67A. Indice pluviométrique et indice de production des cultures dans la plaine
du Mayo-Kebbi ........................................................................................................... 167
Figure 67B. Indice pluviométrique et indice de production des cultures dans la plaine
du Mayo-Kebbi ........................................................................................................... 168
Figure 68A. Evolution de l’indice pluviométrique et de l’indice de rendement des
cultures dans la plaine du Mayo-Kebbi ...................................................................... 170
ix
Figure 68B. Evolution de l’indice pluviométrique et de l’indice de rendement des
cultures dans la plaine du Mayo-Kebbi ...................................................................... 171
Figure 69. Résidus de régression linéaire de production des différentes cultures dans la
plaine du Mayo-Kebbi ................................................................................................ 173
Figure 70. Résidus de régression linéaire de production du riz à l’échelle
stationnelle .................................................................................................................. 175
Figure 71. Résidus de régression linéaire de production du maïs à l’échelle
stationnelle .................................................................................................................. 176
Figure 72. Résidus de régression linéaire de production de l’arachide à l’échelle
stationnelle .................................................................................................................. 177
Figure 73. Résidus de régression de rendement des différentes cultures dans la plaine
du Mayo-Kebbi ........................................................................................................... 179
Figure 74. Résidus de régression de rendement du riz à l’échelle stationnelle .......... 180
Figure 75. Résidus de régression de rendement de l’arachide à l’échelle
stationnelle .................................................................................................................. 181
Figure 76. Résidus de régression de rendement du maïs à l’échelle stationnelle ....... 182
Figure 77. Pluie décadaire et besoin en eau décadaire des différentes cultures ......... 192
Figure 78. Période de sensibilité du maïs de 90 et 120 jours à Bongor en 2004 ....... 195
Figure 79. Indice d’agressivité climatique dans la plaine du Mayo-Kebbi ................ 198
Figure 80. Données sur les types de culture ............................................................... 205
Figure 81. Schéma de fonctionnement du modèle CropWat ...................................... 208
Figure 82. Stress hydrique du maïs en 2004 à Guelendeng ........................................ 213
Figure 83. Comparaison des rendements théoriques et réels du maïs dans la plaine du
Mayo-Kebbi ................................................................................................................ 216
Figure 84. Comparaison des rendements théoriques et réels du riz dans la plaine du
Mayo-Kebbi ................................................................................................................ 217
Figure 85. Comparaison des rendements théoriques et réels de l’arachide à l’échelle
stationnelle… .............................................................................................................. 218
Figure 86. Calendrier agricole traditionnel massa ..................................................... 224
Figure 87. Migrations des populations dans la plaine du Mayo-Kebbi suite aux
variabilités pluviométriques ........................................................................................ 243
x
Figure 88. Système de mobilisation des eaux de ruissellement ................................. 252
Figure 89. Schéma conceptuel de la VSA ................................................................. 256
xi
TABLE DES PHOTOGRAPHIES
Photo 1. Champ de riz inondé à Bongor .................................................................... 197
Photo 2. Flétrissement du riz à Bongor...................................................................... 199
Photo 3. Assèchement précoce des tiges du maïs à Guelendeng ............................... 201
Photo 4. Champ de pastèques à Djarabou .................................................................. 225
Photo 5. Mise en valeur des berges du Logone ......................................................... 227
xii
TABLE DES PLANCHES
Planche 1. Association des cultures à Bawaliassou (Moulkou) et Tcharaye
(Bongor) ...................................................................................................................... 144
Planche 2. Maraîchage à Bongor ................................................................................ 229
Planche 3. Aménagement agricole à Bongor .............................................................. 231
Planche 4. Atouts de la plaine du Mayo-Kebbi .......................................................... 232
Planche 5. Matériels agricoles à Bongor .................................................................... 250
xiii
SIGLES, ACRONYMES ET ABREVIATIONS
ABN : Autorité du Bassin du Niger
ASECNA : Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à
Madagascar
BADEA : Banque Arabe de Développement Économique de l’Afrique
BNSP : Bureau National de Semence et Plan
BP : Before Present
CBLT : Commission du Bassin du Lac-Tchad
CDU : Centre de Documentation Universitaire
CEFOD : Centre d’Études et de Formation pour le Développement
CIEH : Comité Interafricain d’Études Hydrauliques
CILSS : Comité Inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel
CNAR : Centre National d’Appui à la Recherche
CWR : Crop Water Requirement
DGRHA : Direction du Génie Rural et de l’Hydraulique Agricole
DREM : Direction des Ressources en Eau et de la Météorologie
DSSAT: Decision Support System for Agrotechnology Transfer
DSA : Direction de la Statistique Agricole
DRPR : Direction des Routes et Pistes Rurales
ECOSIT : Enquête sur la Consommation des Secteurs Informels au Tchad
ETo : Évapotranspiration potentielle
FAO : United Nations Food and Agriculture Organisation
FED : Fonds Européen de Développement
FEWS: Financed Famine Early Warning System.
FIDA : Fonds International de Développement Agricole
FIT : Front Intertropical
GV : Groupement Féminin
GV : Groupement Villageois
IFPRI : International Food Policy Research Institute
INSEED : Institut National de la Statistique, des Études Économiques et
Démographiques
xiv
IPCC: Intergovernmental Panel on Climate Change
IPPTE : Initiative Pays Pauvres Très Endettés
IRD : Institut de Recherche pour le Développement
ITRAD : Institut Tchadien de Recherche Agronomique pour le Développement
IITA: International Institute of Tropical Agriculture
JEA : Jet d’Est Africain
JTE : Jet Tropical d’Est
MPS : Mouvement Patriotique du Salut
OMM : Organisation Météorologique Mondiale
ONASA : Office National de Sécurité Alimentaire
ONDR : Office National de Développement Rural
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ORSTOM : Institut Français de Recherche Scientifique pour le Développement en
Coopération
PAM : Programme Alimentaire Mondial
PGRN : Programme de Gestion des Ressources Naturelles
pH : potentiel d’hydrogène
PIB : Produit Intérieur Brut
PNSA : Programme National de Sécurité Alimentaire
PPDC : Programme Prioritaire de Développement en Zone de Concentration
PSSA : Programme Spécial pour la Sécurité Alimentaire
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat
SARRA-H : Système d’Analyse Régionale des Risques Agro climatiques version H
SES : social ecological systems
SIMATRAC : Société Industrielle de Matériels Agricoles et Assemblage de Tracteurs
SPI : Standardized Precipitation Index
STICS : Simulateur mulTIdisciplinaire pour les Cultures Standard
UCEC : Union des Clubs d’Épargne et de Crédit
ZIC : Zone Intertropicale de Convergence
xv
SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE .....................................................................................1
PREMIERE PARTIE. ANALYSE DES VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES
DANS LA PLAINE DU MAYO-KEBBI ................................................................... 63
CHAPITRE I. DES VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES ANNUELLES TRES
CONTRASTEES DANS LA PLAINE DU MAYO-KEBBI ........................................ 64
I.1. Homogeneisation des données et identification des ruptures dans les séries
pluviométriques............................................................................................................... 65
I.2. Choix d’une loi statistique de distribution et détermination du climat ................... 76
I.3. Variation interannuelle et spatiale des précipitations ............................................ 83
CHAPITRE II. DISPARITES SPATIO-TEMPORELLES DES VARIABILITES
PLUVIOMETRIQUES MENSUELLES ET JOURNALIERES DANS LA PLAINE
DU MAYO-KEBBI ..................................................................................................... 100
II.1. Des variations mensuelles très nettes ............................................................... 101
II.2. De l’échelle mensuelle à l’échelle décadaire : une analyse de la connaissance du
rythme pluviométrique .................................................................................................. 117
II.3. Des variations journalières très marquées ........................................................ 125
DEUXIEME PARTIE. LES EFFETS DES VARIABILITES
PLUVIOMETRIQUES SUR LES SYSTEMES VEGETATIFS DES PLANTES
CULTIVEES .............................................................................................................. 137
CHAPITRE III. DES PARAMETRES AGRICOLES FORTEMENT PERTURBES
PAR LES VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES .................................................. 138
III.1. Secteurs agro-écologiques et systèmes agricoles ............................................ 139
III.2. Evolution des paramètres agricoles ................................................................ 147
III.3. La production agricole perturbée par la variation pluviométrique annuelle ....... 166
CHAPITRE IV. LES EFFETS DES VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES SUR
LES PLANTES CULTIVEES ..................................................................................... 187
IV.1. Variations pluviométriques et développement des cultures .............................. 188
IV.3. Contribution de CropWat dans la simulation des rendements agricoles ............ 203
TROISIEME PARTIE. FORMES D’ADAPTATION ET DE STRATEGIES DES
AGRICULTEURS AUX VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES .................... 221
xvi
CHAPITRE V. ADAPTATIONS ENDOGENES DES AGRICULTEURS AUX
VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES .................................................................. 222
V.1. Adaptations directes aux variabilités pluviométriques ...................................... 223
V.2. Le maraîchage et la modification des pratiques de labour comme autres adaptations
directes ......................................................................................................................... 228
V.3. Adaptations indirectes et stratégies de lutte contre les variabilités
pluviométriques............................................................................................................. 239
CHAPITRE VI. QUELQUES PERSPECTIVES D’AMELIORATION DE LA
PRODUCTION AGRICOLE DANS LA PLAINE DU MAYO-KEBBI DANS UN
CONTEXTE DE VARIABILITE PLUVIOMETRIQUE ........................................... 245
VI.1. Appui des pouvoirs publics ............................................................................ 246
VI.2. Options et stratégies pour une planification de la sécurité alimentaire ...................... 250
xvii
INTRODUCTION GENERALE
1
CONTEXTE GENERAL DE LA RECHERCHE
2
totalité des spéculations entre 1980-2000 et l’impulsion par la demande urbaine des
productions destinées aux marchés locaux.
Bien que disposant des atouts importants pour jouer pleinement un rôle
économique de premier plan dans le développement du Tchad, le secteur agricole
connait des contraintes majeures qui limitent ou freinent son émergence. Parmi ces
contraintes, on peut citer la forte variabilité spatio-temporelle et interannuelle des
précipitations, la disponibilité et la qualité médiocre des sols, les politiques de
développement agricole inadaptées, les stratégies d’adaptation quasi-inexistantes et/ou
insuffisantes et inappropriées.
Depuis la décennie 1980, les spéculations agricoles ont bénéficié d’incitations
soutenues et ont engagé des gains significatifs de productivité. Ainsi, les rendements du
riz et du maïs ont quasiment doublé dans tous les périmètres agricoles. En effet, les
politiques volontaristes de production ont entrainé l’augmentation des volumes de
production des produits comme le coton, le maïs et le riz.
Néanmoins, l’amélioration de la production agricole tchadienne est à mettre à
l’actif de l’augmentation considérable des superficies (Gouataine, 2010 et 2016). Ainsi
des milliers d’hectares de terres agricoles ont été défrichés pour étendre les cultures,
notamment les cultures dites de rente (coton, arachide, etc.). Les rendements et la
productivité par actif agricole sont restés parmi les plus faibles du monde. Cette
agriculture peu performante et moins compétitive est incapable de nourrir la population
tchadienne.
La pluie se présente à la fois sous une forme indispensable (les activités des
hommes en dépendent) et comme un fait difficilement maîtrisable par les hommes
compte-tenu de son caractère instable et incertain. En effet, « parmi les ressources
naturelles d’un pays, le climat constitue un patrimoine dont la connaissance est
primordiale tant par son côté positif, c’est-à-dire comme source de richesses
renouvelables (eau, production agricole, énergies solaire ou éolienne, etc.), que par les
contraintes qu’il impose (variabilité, phénomènes dangereux-sécheresse inondations-,
transport de polluants, etc.) » (Gosset, 1999 cité par Bring, 2005, page 7).
La forte variabilité pluviométrique a induit une dégradation du milieu écologique
et s’est soldé par des impacts négatifs sur la production agricole. En effet, les
3
dérèglements et les déficits pluviométriques saisonniers enregistrés ont perturbé les
cycles culturaux, bouleversé le calendrier agricole paysan et rendu non opérationnelles
les normes culturales empiriques en vigueur chez les populations paysannes. Comme
effet, dans plusieurs régions tchadiennes, la vulnérabilité se manifeste par une
détérioration des rendements et des pertes importantes de récoltes. Cette situation est
due à l'indigence pluviométrique, à la réduction de la durée des saisons agricoles, au
réchauffement thermique et à la péjoration pluviométrique.
Bien que la variabilité pluviométrique soit réelle au Tchad, telle que soulignée
par Baohoutou (2007), Baohoutou et al. (2013, 2014), Gouataine et al. (2015, 2016,
2017), aucune étude n’a véritablement porté sur les effets de la pluie sur les systèmes
agricoles. Par ailleurs, les données disponibles sur l’évolution du climat sont parcellaires
et peu suggestives pour enclencher une mobilisation nationale en faveur de la
stabilisation du climat. La plupart des indicateurs sur les variabilités climatiques sont
ceux des organismes internationaux qui restent globaux et ne permettent pas de cerner
la dynamique climatique à une échelle plus fine. En effet, une population mieux
informée sera davantage en mesure de participer à la lutte contre les variabilités
climatiques annoncées et de contribuer aux programmes élaborés pour l’atténuation des
risques climatiques.
Déjà, les dernières décennies du XXe siècle ont été marquées par une dégradation
de la situation alimentaire. Le déficit alimentaire au cours des dernières années a atteint
20% par rapport à la demande en produits alimentaires des populations en raison des
sécheresses récurrentes. Cette situation conduit à une hausse de l’importation des
produits agricoles, à environ 8 millions de tonnes de céréales par an.
Dès lors, les fréquentes crises alimentaires de l’époque contemporaine incitent à
s’interroger sur la capacité de l’agriculture tchadienne à assurer son rôle de nourrir les
populations. Si les séquences climatiques des années 1946, 1962, 1964, 1969, 1977 et
1983, marquées par des périodes de grandes famines se répétaient, la sécurité
alimentaire serait fortement compromise. En effet, ce sont les paramètres climatiques
qui déterminent la sécurité alimentaire, même si l’amélioration de cette dernière dépend
aussi de l'ampleur de la pauvreté rurale.
4
Or, la capacité d’un pays à assurer l’alimentation à sa population à partir des
ressources locales est considérée comme une condition essentielle pour le
développement économique et social (FAO, 2002). Dès lors, il importe d’évaluer la
capacité des régions du Tchad à nourrir leurs populations dans le contexte d’une
variabilité pluviométrique et de proposer des stratégies de planification alimentaire liées
à l’évolution du climat.
Jusqu’ici, au regard des données de la littérature, peu d’études détaillées aux
échelles nationale et locale ont été réalisées sur la capacité de la population paysanne à
s’adapter aux variabilités pluviométriques pour asseoir la sécurité alimentaire.
Logiquement, tous les pays en voie de développement doivent renforcer leur capacité
d’adaptation aux variabilités pluviométriques, s'ils veulent asseoir un développement
meilleur (Bruce, 1991). De plus, les stratégies de développement agricole durable
doivent prévoir notamment des dispositifs d'atténuation et de prévention, faisant appel
à la planification et à la diffusion d'alertes précoces (IPCC, 2001).
De tout ce qui précède, cette recherche s’intéresse à l’influence de la variabilité
pluviométrique sur la production agricole, d’où le thème « Effets des variabilités
pluviométriques sur les systèmes de culture et adaptations des agriculteurs dans la
plaine du Mayo-Kebbi (sud-ouest du Tchad) ». Il est question dans ce travail de
contribuer à la connaissance du rôle de l’influence de la pluie sur la production agricole.
Cette étude passe d’abord par une caractérisation de la dynamique pluviométrique en
s’appuyant sur l’utilisation des moyens et méthodes peu ou non utilisés jusque-là basés
sur les techniques statistiques multiformes (descriptives ou analytiques). Elle s’applique
ensuite sur l’analyse des effets de ces variabilités sur les systèmes agricoles. Enfin, elle
porte sur l’analyse des stratégies d’adaptation face à ces variabilités.
REVUE DE LA LITTERATURE
La production agricole est tributaire du temps et du climat qui influencent
directement ou indirectement le rendement des cultures et des pâturages pour les
animaux d’élevage. C’est ainsi que malgré les progrès remarquables réalisés dans les
sciences agronomiques, les facteurs climatiques peuvent avoir un effet positif ou négatif
sur le revenu des agriculteurs selon l’occurrence de leurs valeurs extrêmes aux
5
différentes étapes de l’élaboration de la production. Au Sahel, ce sont les sécheresses ou
déficits pluviométriques qui ont des effets les plus prononcés, car elles concernent très
souvent de vastes zones géographiques et sont de plus en plus récurrents. Cependant,
d’autres phénomènes comme les inondations, les vents violents et les pullulations
d’insectes nuisibles sont des phénomènes liés au temps et au climat.
De ce fait, ce travail traite d’un problème lié à la variabilité pluviométrique qui
se présente comme un facteur limitant la production agricole. Dès lors, plusieurs études
ont ainsi été conduites sur le sujet en Afrique de l’ouest et au Tchad. Néanmoins, sans
être exhaustif, il est nécessaire de présenter une synthèse de ces travaux, en particulier
ceux dont la ou les méthode(s) ou quelques-uns des résultats sont utilisés. Ceci afin de
dégager ce qui est déjà fait et identifier ce qui reste encore à faire. Le choix de ces
travaux a évidemment tenu compte de l’aire d’étude, des méthodes d’étude choisies et
des problématiques développées.
Les recherches effectuées par Olivry et al. (1983) et Sircoulon (1990) indiquent
que les précipitations en Afrique ont été marquées par une diminution. Dans le contexte
continental, la région ouest-africaine a connu une récession pluviométrique aux
ampleurs parfois très accusées, doublée d’une augmentation significative du nombre
d'années sèches. Nicholson (1989) estime que la baisse des hauteurs pluviométriques en
Afrique de l’ouest est comprise entre 10 et 25 % en comparaison à celle enregistrée au
début du XXe siècle. Une telle situation a engendré une baisse des rendements agricoles
dans cette partie de l’Afrique (FAO, 1995). Et, la situation serait probablement intenable
dans un contexte de changement climatique (Sombroek, 1997).
Pour sa part, Ndong (2003) montre qu’il y a une tendance à la baisse des hauteurs
de pluie de 1951 à 2000 et il détecte une rupture dans les séries pluviométriques en 1969.
De l’étude comparative des sous périodes 1951-1969 (humide) et 1970-2000 (sèche), il
ressort que les débuts de saison des pluies étaient généralement plus précoces lors de la
première sous période puis tardifs à partir des années 1970. De leur côté, Houndenou et
al. (2002) ont mis en évidence une forte instabilité et une réduction de la saison humide
sur le bassin béninois du fleuve Niger. Ils montrent aussi que les séries pluviométriques
de ce bassin connaissent une baisse marquée sur la période 1960-1990 avec une
recrudescence des « pluies tardives ». L’analyse des pluies dans la région de l’Atakora
6
au nord-ouest du Bénin réalisée par Houndenou et Hernandez (1998) confirme
l’existence d’une péjoration climatique sur la période 1960-1990. Cette péjoration se
caractérise par une diminution remarquable des abats pluvieux, une réduction
considérable du nombre de jours de pluie, un début tardif et une fin précoce de la saison
pluvieuse.
Dans leur analyse de la variabilité climatique et de ses influences sur les régimes
pluviométriques saisonniers en Afrique de l’ouest, Amani et al. (2004) ont montré que
la variabilité climatique se manifeste par une dynamique spatio-temporelle régressive
des pluies annuelles, une récession des fréquences des jours pluvieux en général et
particulièrement celles des hauteurs pluviométriques supérieures à 10mm et une
diminution de la durée des saisons pluvieuses. Pour l’identification des dates de
démarrage et de fin de saison des pluies, Camberlin et al. (2003) ont montré que la
variabilité interannuelle de la fin de la saison des pluies est moins prononcée que celle
de début. L’étude, basée sur le Kenya et le Sénégal, a révélé que les corrélations entre
les dates de démarrage et de fin, la durée de la saison pluvieuse et la pluviométrie totale
ne sont pas toutes aussi élevées qu’attendues. Les résultats de cette présente étude
permettent d’établir une comparaison avec les résultats de Camberlin et al. afin de
dégager des points communs, car la zone agro-écologique présente les mêmes caractères
que la plaine du Mayo-Kebbi.
Dans ses travaux sur l’évaluation des ressources en eau atmosphériques au Nord-
Cameroun, Bring (2005) a montré que les variations incessantes de la pluie ont poussé
les paysans à avoir une perception du climat et une certaine lecture du temps. Il a ensuite
démontré qu’à partir des méthodes statistiques, il est possible d’évaluer la quantité
pluviométrique tombée. Enfin, les mêmes analyses ont été faites avec les méthodes
satellitales. L’auteur a évoqué brièvement les stratégies d’adaptation. La plaine du
Mayo-Kebbi présente des similarités avec le Nord-Cameroun et les résultats de cette
recherche pourraient nous permettre d’aboutir à une comparaison.
Ogouwalé (2006) a montré que les paramètres climatiques ont connu de
profondes mutations pendant les dernières décennies et ceci a impacté la production
agricole. En effet, il montre, à partir des différents scénarios, que les précipitations vont
baisser pendant les prochaines décennies et que les températures augmenteront de 1 à
7
2%. Aussi dans le même temps, les paramètres agricoles subiront de profondes
disparités entrainant des baisses de rendements.
Pour sa part, Doukpolo (2014) a montré dans l’ouest de la Centrafrique
l’évolution des paramètres climatiques à travers une hausse de température de +1°C et
une baisse des précipitations de -11%. Il a montré ensuite une augmentation de la
température variant de 2,5 à 4,5°C, accompagnée d’une légère augmentation des
précipitations, de l’ordre de 1 à 4,7%. Cette situation n’est pas sans conséquence sur la
production agricole.
Au niveau local, Langtangar en 1991 a étudié la particularité de la répartition des
champs de nuages et des précipitations au Tchad. Dans ses travaux, il a fait ressortir la
répartition des nuages au-dessus du Tchad et les types de précipitations qui en résultent
mais les impacts de cette répartition ainsi que les stratégies adaptatives n’ont pas été
abordés dans son travail. Mathey (1992) pour sa part, a classé les différents régimes agro
climatiques au Tchad. Cette classification est basée sur les quantités pluviométriques
annuelles précipitées. Il ressort que les secteurs agro écologiques du Tchad connaissent
un changement dans le comportement des précipitations. La migration vers les zones
plus sèches s’observe nettement. A sa suite, Beauvilain (1995) a publié les tableaux des
précipitations depuis la création des stations jusqu’en 1994. Bien que des analyses très
profondes ne soient pas faites, ce travail constitue une référence quant à la disponibilité
des données pluviométriques mensuelles des stations tchadiennes.
Cependant, c’est Baohoutou (2007) qui a montré l’existence d’une forte
variabilité pluviométrique avec des conséquences désastreuses. Dans son étude, il
ressort que la succession de deux décennies relativement sèches avec un seuil critique
en 1984, la variabilité intra saisonnière de la pluviométrie marquée par des écarts
importants dans les dates de démarrage et de fin de pluie et une concentration tant en
fréquence qu’en hauteur de pluie au cœur de la saison ont imprimé leurs marques
particulières dans ce milieu. L’assèchement de petits cours d’eaux, la baisse de débits
de grands fleuves et de rendements agricoles, la recherche des cultivars les mieux
adaptés au contexte climatique, l’érosion hydrique durement ressentie dans les zones de
relief accusé due à la concentration des pluies au cœur de la saison sont les conséquences
de cette variation pluviométrique. Son étude est restée globale et n’a pas pris en compte
8
les dynamiques agricoles intervenues suite à ces variabilités. C’est pourquoi, dans ce
travail, il s’agit de s’atteler à analyser au niveau de la plaine du Mayo-Kebbi, les
variabilités pluviométriques et leurs effets. Toutes ces analyses ont montré la variabilité
annuelle, mensuelle et journalière des paramètres climatiques et ont pris en compte de
vastes espaces. Dans ce travail, il s’agit d’étudier cette variabilité dans un espace plus
restreint que ceux décrits ci-haut.
En ce qui concerne les effets des variabilités pluviométriques sur les cultures et
les relations pluie-plante, Essotalani et al. (2009) ont analysé l’influence de la péjoration
pluviométrique sur les productions agricoles au Togo. Ils ont attesté de l’effet du
dérèglement pluviométrique sur la satisfaction du maïs à chaque stade végétatif de son
développement. La méthodologie utilisée est aussi appliquée dans la plaine du Mayo-
Kebbi pour analyser les effets des variabilités pluviométriques sur les cultures à chaque
stade de leur croissance. Pour Mahaman et al. (2011), la pluie satisfait partiellement les
exigences hydriques surtout des variétés à cycle court. Ils ont montré que le risque
d’occurrence des séquences sèches supérieures à 10 jours est faible alors que celui des
séquences supérieures à 7 jours dépasse 50%. Cette étude intéresse le présent travail car
la zone d’étude est en bordure du domaine soudano-sahélien et permet une comparaison.
Sarr et al. (2011) ont identifié les risques climatiques de la culture du maïs au Burkina
Faso. Bien que les conditions soient favorables à la culture du maïs, celle-ci est sensible
aux aléas climatiques liés à la variabilité et aux extrêmes pluviométriques. Les résultats
obtenus ont montré que le maïs est confronté à deux risques agro climatiques majeurs :
les déficits hydriques imputables à des séquences sèches au cours de son développement
et les excès d’eau liés à des fortes pluies ou des successions d’épisodes secs et d’excès
d’eau. Par contre, ils ont montré que la période d’installation, le cumul pluviométrique,
la longueur de la saison ne semblent pas constituer de risques agro climatiques majeurs.
Cette étude permet de comprendre si les fluctuations pluviométriques produisent les
mêmes effets dans la plaine du Mayo-Kebbi.
D’un autre côté, Kanohin et al. (2012) ont montré que les contraintes climatiques
rendent vulnérables certaines cultures telles que le café et le cacao, conduisant à des
diminutions de rendements agricoles. Les analyses factorielles ont révélé une corrélation
entre les paramètres climatiques et les productions de café et cacao. Amougou Joseph et
9
Soleil Batha (2014) ont étudié la dynamique spatio-temporelle des précipitations et
l’élaboration d’un calendrier agricole à l’ouest du Cameroun. Ils ont expliqué que les
quantités des précipitations annuelles à Bafoussam et Bamenda sont décroissantes sur
la période 1960 à 2010. Par contre, sur le plan saisonnier, la saison des pluies à
Bafoussam présente une augmentation des quantités de précipitations alors que pendant
la saison sèche, les quantités de précipitations annuelles reçues sont décroissantes
pendant la même période. Bien que cette étude soit menée dans une zone agro-
écologique différente de la plaine du Mayo-Kebbi, elle permet néanmoins de
comprendre que les variabilités pluviométriques affectent tous les types de climats et
que l’arrivée tardive des précipitations ainsi qu’une fin tardive ont entrainé un décalage
de la saison pluvieuse.
Dans la même logique, Mathurin et al. (2003) ont caractérisé le climat dans quatre
terroirs de la zone soudano-sahélienne au Nord-Cameroun et ses conséquences pour
l’agriculture. La caractérisation du régime pluviométrique a conduit à l’identification
des principaux aléas dus au climat en culture pluviale. Il se dégage de cette étude que la
pluviométrie est très variable dans l’espace et dans le temps, une agressivité des pluies
et des problèmes d’érosion, une mauvaise répartition annuelle de la pluviométrie avec
des « trous » pouvant intervenir en juin, juillet ou août et impliquant des stress hydriques,
un risque d’arrêt précoce des pluies dans la troisième décade de septembre, entraînant
un non bouclage du cycle des cultures semées tardivement.
Concernant les adaptations, Amani (2013) a analysé les mutations profondes qui
affectent les comportements agricoles à Tiassalé sous l’angle des changements
climatiques. Son étude a montré que l’instabilité et le décalage de la pluie caractérisent
désormais les saisons et le calendrier des pratiques agricoles. Tout le système agricole
se trouve désormais bouleversé. Les paysans tentent de s’adapter aux moyens
d’alternatives offertes par les progrès techniques. Cette étude permet de catégoriser les
stratégies d’adaptation aux différentes variabilités pluviométriques et de comprendre les
mutations agricoles dues à ces variabilités. Abordant dans le même sens, Feumba et
Tsalefac (2003) ont mis en évidence la variabilité pluviométrique saisonnière et les
stratégies des cultivateurs à Bantoum. Ils ont expliqué dans leur étude que la crise
économique de fin de la décennie 1980 était à l’origine de l’introduction de la tomate à
10
Bantoum mais le climat subéquatorial à quatre saisons induit une variabilité
pluviométrique aux contraintes multiples, freinant ainsi la production de cette denrée.
Les stratégies des cultivateurs dans ce contexte sont assez performantes pour résister
aux chocs extérieurs. Ce travail est exploité pour dégager les tendances adaptatives dans
la plaine du Mayo-Kebbi.
Pour sa part, Madjigoto (1994) a souligné que l’une des formes d’adaptation des
paysans est l’ouverture d’autres champs donc l’augmentation des surfaces agricoles. Et
pour Baohoutou et al. (2014), la recherche des cultivars les mieux adaptés au contexte
climatique est aussi une forme d’adaptation aux variabilités pluviométriques car celles-
ci ont imprimé leurs marques sur le paysage. Dans tous ces travaux, les adaptations ne
sont pas étudiées en profondeur et la plaine du Mayo-Kebbi se trouve en marge. Il est
question dans la présente étude de se focaliser sur les effets de ces variabilités sur la
production agricole dans le Sud-ouest tchadien.
Dans les travaux antérieurs, Gouataine (2010) a signalé la forte influence du
climat sur le rendement du riz. La variabilité pluviométrique, associée au réchauffement
thermique conduit les producteurs de riz à adopter plusieurs stratégies pour faire face à
ces problèmes. Cependant, d’autres contraintes telles que la qualité médiocre du sol, les
adventices, les problèmes socio-économiques et politiques contribuent aussi à la
mauvaise production rizicole.
À la suite de tous ces auteurs, ce travail s’intéresse à la dynamique
pluviométrique et dans la plaine du Mayo-Kebbi. Il s’intéresse aussi aux effets de ces
variabilités sur les systèmes agricoles et enfin il analyse l’adaptation des agriculteurs
face à ces variabilités.
PROBLEMATIQUE
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perturbation du calendrier agricole, de la baisse de la production, des pertes du capital
semencier, du lessivage des engrais, de la prolifération des maladies cryptogamiques,
des risques d’érosion et d’inondation des aires de cultures. Les principaux effets induits
sont la disette, l’exode rural, l’aggravation de la précarité des conditions de vie des
populations locales, les multiples conflits entre les populations ainsi que la dégradation
des écosystèmes naturels.
Face à cette disjonction et cette incohérence entre le rythme pluviométrique et le
rythme agricole, les agriculteurs de la plaine du Mayo-Kebbi ne se sont pas simplement
résignés sur la situation mais ils développent des adaptations à cours, moyen et long
termes dans le but de limiter les pertes agricoles liées aux effets négatifs des variabilités
pluviométriques particulièrement afin de préserver la sécurité alimentaire.
Depuis quelques années, suite à la baisse générale des rendements agricoles dans
la plaine du Mayo-Kebbi, les producteurs ont procédé à la mise en valeur des
écosystèmes offrant une potentialité en humidité durant la saison sèche pour la
production de certaines cultures, développé des adaptations face aux variabilités,
modifié le calendrier agricole, bouleversé les systèmes agricoles mis en place. La
production dans cette plaine est influencée par les facteurs naturels caractérisés
spécifiquement par l’insuffisance, l’excès ou la mauvaise répartition spatio-temporelle
des précipitations. Or, la production agricole dans la plaine du Mayo-Kebbi, à l’instar
d’autres localités du Sud du Tchad, est essentiellement tributaire de la répartition spatio-
temporelle des précipitations.
12
et la manière dont les agriculteurs s’adaptent dans la plaine du Mayo-Kebbi. Ce qui
constitue une lacune dans l’appréhension globale du phénomène des changements
climatiques qui sont d’actualité dans les problématiques de développement durable dans
le monde en général et le bassin du Lac Tchad en particulier. Ce problème fondamental
est suffisamment théorique. Il nécessite par conséquent être opératoire. C’est pourquoi,
il a été décliné en quatre problèmes spécifiques.
Problèmes opératoires
- les variabilités pluviométriques sont peu étudiées dans la plaine du Mayo-Kebbi ;
- les plantes cultivées subissent les effets des variabilités pluviométriques
annuelles, mensuelles et journalières, mais ils restent à être caractérisées ;
- les adaptations endogènes aux variabilités pluviométriques par les agriculteurs
existent, mais elles sont peu étudiées;
- d’autres stratégies et formes d’adaptation aux variabilités pluviométriques sont
observées par les agriculteurs, mais elles sont peu connues.
QUESTIONS DE RECHERCHE
Les problèmes de recherche évoqués amènent à poser la question de recherche
principale suivante.
Question principale
13
- quelles sont les formes d’adaptation endogènes en vigueur dans la plaine du
Mayo-Kebbi ?
- existent-ils d’autres stratégies et formes d’adaptation aux variabilités
pluviométriques ?
HYPOTHESES
Hypothèse principale
Cette recherche qui aborde toutes ces questions se fonde sur l’hypothèse
principale suivante : les variabilités pluviométriques influencent les systèmes de culture
et le comportement des agriculteurs dans la plaine du Mayo-Kebbi.
Hypothèses opératoires
- la répartition spatio-temporelle des précipitations dans la plaine du Mayo-Kebbi
est marquée par les excès ou les déficits pluviométriques ;
- il y a un lien entre les variabilités pluviométriques et la croissance des plantes
cultivées dans la plaine du Mayo-Kebbi ;
- la dispersion des dates de semis et la modification des pratiques de labour
constituent les principales formes de réactions des agriculteurs aux variabilités
pluviométriques ;
- le développement du maraichage de contre-saison et la diversification des
activités génératrices de revenus forment d’autres stratégies d’adaptation
endogènes aux variabilités pluviométriques dans la plaine du Mayo-Kebbi.
OBJECTIFS DE LA RECHERCHE
Pour vérifier les hypothèses émises, les objectifs de recherche sont posés. Il
s’agit d’un objectif principal détaillé en plusieurs objectifs spécifiques.
Objectif principal
14
Objectifs spécifiques
Après avoir présenté la problématique, les questions de recherche, les hypothèses et les
objectifs, il s’agit de présenter les théories mobilisées dans ce travail.
CADRE THEORIQUE
Dans la présente étude, plusieurs théories ont été mobilisées : la théorie
astronomique du climat, celle du rapport entre climat et plantes cultivées et celle de
l’adaptation des agriculteurs aux variabilités pluviométriques. Ces théories sont décrites
l’une après l’autre.
La climatologie est la science du climat mais son domaine d’application n’est pas
restreint au climat. Il s’agit d’une discipline beaucoup plus vaste. Elle emprunte à
d’autres sciences (mathématiques, agronomie) des notions ou des résultats dont elle a
besoin en faisant appel aux statistiques pour le traitement et l’utilisation rationnelle des
données. La climatologie est la science qui étudie le climat et permet de suivre et de
comprendre les variations climatiques sur de longues périodes (30 ans minimum) et sur
toute la planète. Les climatologues cherchent donc à connaître les climats du passé
(paléoclimatologie), dans le but de modéliser le climat du présent et de prévoir le climat
futur. Les études climatologiques sont essentielles car les activités anthropiques en
dépendent. Le climat est la combinaison des phénomènes météorologiques dans leur
succession habituelle au-dessus de la région, on parle ainsi d’ensemble de fluctuations
normales des valeurs réelles interannuelles des éléments du climat autour de leurs
moyennes d’après Bomo (1968).
15
Le climat a toujours évolué depuis la formation de la terre, il y a 4,5 milliards
d’années. Les fluctuations du climat passé sont donc normales et naturelles. Il y a eu des
périodes glaciaires très froides et très longues (d’une durée de 80 000 à 100 000 ans),
suivies des périodes interglaciaires plus chaudes mais plus courtes (durée de 10 000 ans
environ). Ces fluctuations sont dues à deux facteurs naturels : les variations de la
quantité d’énergie solaire reçue à la surface de la terre et les variations de la trajectoire
de la terre autour du soleil. Mais en plus de cette évolution naturelle, le climat est de
plus en plus influencé par les activités polluantes des hommes.
Ainsi, le climat de la terre a toujours varié et il continuera de le faire sans aucun
doute. Le climat futur est inconnu, mais on s’intéresse de plus en plus à sa prévision. Au
cours des dernières décennies, la reconstruction des climats anciens s’est largement
améliorée. Les raisons principales en sont la multiplication des indicateurs paléo
climatiques, l’accroissement de la précision des méthodes de datation, l’extension de la
couverture géographique des reconstructions et l’amélioration des techniques
statistiques utilisées pour extraire le signal climatique des enregistrements géologiques
(Berger, 2001).
Le but de l’étude des climats anciens est de reconstruire la variabilité climatique
naturelle à toutes les échelles de temps, y compris les changements qui se présentent sur
une vie d’homme et qui n’ont pas été observés au cours de la période instrumentale; de
tester les modèles sur des conditions climatiques extrêmes afin de mieux comprendre
comment le système climatique fonctionne, et ainsi de mieux appréhender le futur
(Berger et Duplessy, 2004).
La période instrumentale contient une multitude d’informations climatiques qui,
malheureusement, ne diffèrent guère des conditions actuelles. Si les conditions
climatiques attendues pour le futur sont significativement différentes de celles observées
au passé, il est nécessaire d’étendre les connaissances à celles de climats largement
différents de l’actuel, tels que ceux qui caractérisent les glaciaires, les interglaciaires et
autres changements abrupts. La paléoclimatologie a démontré qu’elle pouvait
reconstruire les caractéristiques importantes de telles situations climatiques du passé et
ainsi aider la communauté à découvrir la variabilité naturelle du climat aux échelles de
16
temps allant de l’année (visible dans les calottes de glace) à des centaines de milliers
d’années pour les grandes régions du globe.
Simultanément, une véritable hiérarchie de modèles climatiques de complexité et
de dimension croissantes a été mise au point et testée. Ces modèles sont des moyens
incontournables de tester quantitativement les théories émises pour expliquer les
changements de climat et pour prévoir ou suggérer les phénomènes qui devront être
étudiés et observés avec beaucoup plus de soin. La fiabilité des modèles, validés et
calibrés sur le climat actuel, et leur potentialité à prévoir tout changement climatique
futur peuvent dès lors être testées dans de multiples situations paléo climatiques
différentes, en particulier celles qui sont propres à la théorie astronomique. Il faut
espérer que ces tests pourront révéler les faiblesses des modèles et suggérer quels
processus il faut étudier davantage si on veut améliorer notre connaissance du système
climatique global. Les reconstructions des variations climatiques permettent aussi de
mieux comprendre les relations entre causes et effets des changements de climat et ainsi
d’aider à mieux percevoir l’impact potentiel des activités humaines sur le climat de
demain.
Au cours des 4,5 milliards d’années de l’existence de la terre, le climat,
relativement chaud quelque 90 % du temps, a changé en fonction de l’évolution du soleil
et de l’atmosphère, mais aussi en fonction du relief et de l’activité volcanique. Les
grandes périodes glaciaires sont relativement rares sur terre et apparurent pour la
première fois il y a 2,3 milliards d’années. Avant cela, la terre était apparemment libre
de glace, la luminosité solaire faible ayant pu être compensée par un renforcement de
l’effet de serre. De 900 Ma à 600 Ma BP (millions d’années avant le présent), trois (3)
glaciations ont été retrouvées à basses latitudes. Entre 600 à 100 Ma BP, le climat doux
est ponctué de 2 poussées glaciaires importantes, l’une à l’Ordovicien et l’autre au
Permo-Carbonifère. De 100 à 50 Ma BP, le climat est doux et généralement libre de
glace. De 50 à 3 Ma BP, le refroidissement progressif du climat est global. La calotte
polaire antarctique apparaît vers 30 Ma BP et atteint sa taille actuelle vers 14 Ma BP.
Les premières traces de glaciation dans l’hémisphère nord apparaissent vers 3 Ma BP
et, depuis environ 2 millions d’années, on est entré dans la période glaciaire du
Quaternaire. Depuis un million d’années, celle-ci est caractérisée par des variations
17
importantes au cours desquelles le climat de la terre varie de manière appréciable entre
glaciaire et interglaciaire avec une quasi-périodicité d’environ 100 000 ans. On estime
qu’un interglaciaire (climat similaire ou plus chaud qu’à présent) dure environ 10 000
ans et qu’il faut 90 000 ans pour construire les énormes inlandsis qui caractérisent les
glaciaires, une dissymétrie qui donne à la variation du climat de ce type une allure en
dents de scie.
En plus de ces cycles glaciaire-interglaciaire, on constate une variabilité
importante du climat caractérisée par des oscillations et des changements abrupts à
l’échelle de quelques siècles (Bard, 2002 ; Steffen et al., 2004). On a dénombré jusqu’à
23 de ces événements appelés de Dansgaard-Oeschger, entre 70 et 14 ka BP (Elliot et
al., 2002). Ils sont caractérisés par un réchauffement rapide qui se passe en quelques
décennies suivi d’un refroidissement progressif qui dure quelques siècles et d’une phase
froide qui peut s’étendre sur un millénaire. Cette dernière est associée à des vêlages
importants d’icebergs dans l’Atlantique nord connus sous le nom d’Heinrich.
Au-delà de cette variabilité à haute fréquence et des cycles glaciaires-
interglaciaires, il existe des variations climatiques de périodes de 41,23 et 19 ka. Ces
périodes sont en fait associées à celles qui caractérisent les variations des éléments
astronomiques responsables des variations importantes de l’énergie reçue du soleil. Ces
paramètres sont à la base de la théorie astronomique des paléoclimats dont Milutin
Milankovitch (1941) fut un des pionniers.
La théorie de glaciation et inter-glaciation développée entre les années 1920 et
1941 par l’astronome serbe Milutin Milankovitch est une explication de référence.
L’auteur en s’intéressant à l'orbite de la terre autour du soleil, découvre trois cycles
orbitaux principaux d'une périodicité de 20000, 41000 et 100000 ans :
- le premier cycle concerne l'excentricité de l'orbite terrestre autour du soleil.
Lorsque l'orbite terrestre est presque circulaire, la distance entre la terre et le
soleil est la même en toute saison, ce qui affaiblit le contraste saisonnier. Lorsque
l'orbite est plus elliptique, le contraste saisonnier est plus accentué ;
- le deuxième cycle concerne la variation de l'obliquité de l'axe de rotation de la
terre. Les variations de l'obliquité influencent le contraste saisonnier par
déplacement des cercles polaires et des tropiques ;
18
- le troisième et dernier cycle de Milankovitch est la précession des équinoxes,
avec une périodicité de 19000 et 23000 ans. Comme les deux cycles précédents,
ce cycle a une influence importante sur le contraste saisonnier, qui est maximal
lorsque l'excentricité de l'orbite est forte et lorsque la distance terre-soleil est
maximale pendant l'hiver boréal. La combinaison de ces trois paramètres permet
d'expliquer parfaitement les fluctuations climatiques de premier ordre
(glaciaires/interglaciaires) et de second ordre (stades/interstades) du Quaternaire.
Les controverses sur le changement climatique ne sont pas closes ; des disputes
passionnées se poursuivent encore. Contrairement aux controverses historiques, le
problème actuel oppose climato sceptique et spécialistes du climat. La polémique
oppose quelques « climato sceptiques » niant la responsabilité de l’homme dans le
changement climatique à la majorité des scientifiques du climat. Ceux-ci ont abouti à un
consensus, exprimé dans les rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur
l'évolution du climat (GIEC). Certains gaz à effet de serre rejetés par les activités
humaines piègent dans l'atmosphère le rayonnement infrarouge émis par la Terre. Cet «
effet de serre » engendre un réchauffement atmosphérique global. L'accumulation de
ces gaz dans l'atmosphère se traduit par des changements climatiques qui s'amplifieront.
Les allégations des climato sceptiques portent en effet sur des sujets présentés comme
s'ils remettaient en question l'origine humaine du réchauffement, mais pris en compte
par les climatologues, même s'ils ont pu faire débat dans le passé : le rôle du Soleil dans
les fluctuations du climat ; le rôle de la vapeur d'eau comme puissant gaz à effet de serre,
etc. Les scientifiques du climat ont réfuté ces attaques. Des historiens et des sociologues
des sciences sont allés plus loin : ils ont montré qu'aux États-Unis, des climato
sceptiques étaient subventionnés par les lobbies du pétrole et du charbon, et étroitement
liés aux think tanks ultraconservateurs. Certains de ces sceptiques avaient déjà travaillé
pour les industriels du tabac, pour minimiser les effets sanitaires de la cigarette.
Marchands de doute professionnels, ils s'emploient à entretenir artificiellement
l'ignorance dans le public, dans le but d'empêcher les mesures de réduction des
émissions de gaz à effet de serre qui devraient s'imposer si l'on suivait l'expertise du
GIEC. À y regarder de plus près, pourtant, les choses sont un peu plus compliquées. Le
19
contexte est en effet tout autre en Europe : à la différence des États-Unis, qui refusent
de ratifier le protocole de Kyoto, la lutte contre le changement climatique a constitué un
des piliers de la politique européenne. Le consensus sur la réalité et les causes du
changement climatique s'étend sur tout l'échiquier politique ; les climato sceptiques
agissent souvent individuellement et ne sont pas liés à des lobbies pétroliers. Enfin, les
sceptiques ne sont pas responsables de l'impasse des négociations internationales ou de
la faiblesse des politiques climatiques. Les raisons de ces échecs tiennent aux rapports
de force géopolitiques, aux intérêts économiques nationaux, aux divergences sur les
priorités politiques. Le consensus scientifique n'est plus contesté dans les arènes
internationales, mais il ne suffit pas à entraîner l'action politique.
20
agricole. Il soutient la thèse selon laquelle le climat est l’élément fondamental de la
production agricole, mais il souligne également l’apport d’engrais chimiques dans la
fertilisation des sols afin d’augmenter le rendement.
La théorie sur le rapport entre le climat et les plantes cultivées est davantage
approfondie par Nikolaï Vavilov (1887-1943). Considéré comme l’un des plus grands
botanistes et généticiens de son époque, il fut parmi les premiers scientifiques à avoir
saisi l’importance du lien entre diversité biologique et sécurité alimentaire des sociétés ;
collecter et étudier la diversité des ressources génétiques des plantes cultivées de par le
monde constitue un enjeu pour l’avenir d’une agriculture productive et durable. La
vision de Vavilov, à la suite de Darwin, était à l’époque originale, car elle était menée à
l’échelle du monde, ce qui l’a conduit à élaborer sa théorie des centres d’origine des
plantes cultivées. Dans sa théorie, il explique la diversité génétique des plantes cultivées,
les mutations subies tout au long de l’histoire et les adaptations de ces plantes aux
différentes conditions pluviométriques. Les relations pluie et plantes cultivées existent,
il faut attendre plusieurs années pour que Floret et Pontanier s’y intéressent. En effet,
les relations entre le climat et les plantes cultivées sont plus complexes.
Intéressés principalement par les variations inter saisonnières et interannuelles de
la production primaire, Floret et Pontanier ont surtout considéré l'influence des
précipitations, en tant que facteur limitant le plus important de la production. En effet,
d’une part les variations interannuelles de la radiation solaire sur la production sont
certainement faibles. D'autre part, les températures si elles ont une influence importante
sur la germination, n’ont pas une grande importante dans l’ensemble de la production
agricole. A ce niveau également, c’est le rôle prépondérant de la pluie qui apparait au
détriment des autres éléments climatiques.
La théorie sur le rapport entre climat et plantes cultivées est davantage mise en
œuvre par Dancette (1983) dans l’évaluation des besoins en eau des plantes. En effet, à
partir du coefficient cultural de chaque plante et de la date de semis, les besoins en eau
des différentes plantes sont connus. Ces besoins en eau permettent ainsi de cultiver les
plantes dans des milieux différents. En appuyant Dancette, Frère et Popov (1987) ont
mis au point pour le compte de la FAO, une méthode de satisfaction des besoins en eau
des cultures dans les pays où l’eau constitue un facteur limitant l’agriculture pluviale.
21
L’indice exprime le degré auquel ont été satisfaits les besoins en eau cumulés de la
plante à un moment donné ou pour la totalité du cycle végétatif. Les plantes se présentent
comme des objets vivants, capables de fournir à l’humanité (directement ou
indirectement) son alimentation, et d’occuper l’espace minéral dans lequel elles
évoluent. Si elles sont observées avec l’œil du biologiste ou du physicien, elles se
présentent aussi comme des machines biologiques, dont la propriété principale est de
convertir l’énergie solaire en biomasse. Le mécanisme mis en jeu est la photosynthèse,
qui dote les plantes d’un système permettant d’intercepter l’énergie lumineuse,
d’investir cette énergie dans la réorganisation du dioxyde de carbone, de l’air en
molécules organiques simples, de les reconfigurer en molécules plus élaborées, puis de
redistribuer ceux-ci dans les différents organes de la plante (végétatifs, reproductifs et
de stockage).
L’efficacité de la machine biologique est, au premier abord, faible (de l’ordre de
4 %); c’est-à-dire que, si la plante est au mieux de sa forme, seulement 4 % de l’énergie
radiative qu’elle intercepte sont effectivement convertis sous forme de biomasse au
terme du processus. Les 96 % restants sont dissipés sous forme de rayonnement (réfléchi
ou réémis dans l’atmosphère), ou de chaleur dissipée dans l’atmosphère ou dans le sol,
sous forme sensible (élévation de température) ou latente (évapotranspiration).
L’efficacité de la conversion d’énergie radiative en biomasse est encore atténuée par de
nombreux facteurs, liés pour une part aux caractéristiques génétiques des plantes
considérées, et d’autre part aux facteurs du milieu qui font que la machine biologique
fonctionne plus ou moins bien.
L’alimentation hydrique des cultures est le premier facteur conditionnant son
rendement. Si une espèce cultivée pour ses grains ou ses tubercules ne peut satisfaire
que la moitié de ses besoins, on considère généralement qu’elle ne pourra pas fournir de
rendement, et elle ne pourra être utilisée que comme parcours, ou espace sylvo-pastoral.
C’est pourquoi une caractérisation agro climatique d’une région s’intéresse en tout
premier lieu à l’évapotranspiration potentielle.
En confrontant l’évapotranspiration potentielle à la pluviométrie, un indicateur
extrêmement pertinent se dégage. Bien que la production de biomasse soit a priori
directement issue du rayonnement, l’alimentation hydrique conditionne pour une bonne
22
part l’efficacité avec laquelle la photosynthèse pourra se réaliser. On peut estimer
globalement, pour les cultures annuelles, une liaison entre eau évapotranspirée en
conditions de culture et biomasse produite par la relation suivante : 500 litres d’eau par
mètre carré permettent la production d’un kilogramme de biomasse sèche. Ce qui amène
à évoquer le continuum sol-plante-atmosphère.
Le mouvement de l'eau dans le continuum sol-plante-atmosphère s'établit à partir
d'un niveau d'énergie élevé vers un niveau d'énergie bas (moins élevé). L'énergie qui
intervient dans ce continuum est de deux types : l'énergie cinétique et l'énergie
potentielle. Étant donné que le mouvement de l'eau dans le système sol-plante-
atmosphère est assez lent, son énergie cinétique, qui est proportionnelle au carré de la
vitesse, est généralement considérée comme négligeable. Par contre, l'énergie
potentielle, qui est conditionnée par la position et l'état interne, est d'importance
primordiale pour la détermination des relations hydriques (état et mouvement de l'eau)
dans le système.
L'expérience commune des relations hydriques sol-plante-atmosphère permet de
constater que la teneur en eau ne suffit pas pour décrire complètement l'état de l'eau dans
le continuum sol-plante-atmosphère. Les observations suivantes amènent à croire qu'il
est nécessaire de définir une autre propriété associée à l'eau dans le système sol-plante-
atmosphère :
- les plantes se développent différemment sur des sols différents même si ceux-ci
ont la même teneur en eau ;
- des sols qui ont été traités de la même façon peuvent avoir des teneurs en eau
différentes. En effet, un sol sableux aura des teneurs en eau différentes d'un sol
limoneux ou argileux à la capacité au champ, au point de flétrissement permanent
et au point d'assèchement à l'air. Il en est de même entre un sol limoneux et un
sol argileux ;
- en physique du sol, il est montré que lorsque deux sols avec la même teneur en
eau mais de textures différentes, sont mis en contact l'un avec l'autre, il y a un
écoulement d'eau de l'un vers l'autre. En général l'eau circule du sol à texture
grossière vers celui avec une texture fine, si ces deux sols ont la même teneur en
23
eau volumique. D'un point de vue physique, ce ne sont pas les différences de
teneur en eau entre le sol et la plante qui régissent le sens des flux hydriques ;
- du point de vue de la physiologie végétale, une propriété autre que la teneur en
eau agit bien plus nettement sur la plupart des processus qui interviennent dans
la croissance, le développement et la production végétale.
Cette propriété à définir est celle du potentiel hydrique qui est défini comme le
travail qu'une quantité unitaire d'eau, dans un système sol-plante-atmosphère-eau en
équilibre, est capable de fournir quand elle se déplace à température constante de l'état
référentiel à un autre point. Le potentiel hydrique du sol détermine largement la facilité
avec laquelle la plante peut extraire l'eau retenue. De plus, il est essentiel de connaître
la quantité d'eau que contient un sol à des potentiels critiques donnés. Cela permet
d'estimer les besoins en irrigation des cultures.
24
au champ. De nos jours la notion de capacité au champ est utilisée comme une estimation
générale et grossière de la teneur en eau d'un sol après quelques jours de ressuyage. Pour
la plupart des sols, elle peut être considérée comme équivalente aux conditions proches
de l'optimum de croissance des cultures.
25
par les plantes résistantes à la sécheresse ou à la salinité. Il existe aussi des plantes qui
peuvent extraire l'eau du sol avant que celui-ci ne soit drainé jusqu'à la capacité au
champ. L'extraction de l'eau par les cultures est en effet déterminée, en conditions de
teneur en eau supérieure à la capacité au champ, par l'état d'oxygénation du sol (Letey,
1966; Letey et Kemper, 1967; Feddes et al., 1978). C’est cette théorie qui est utilisée
dans la compréhension du rapport entre le climat et les plantes cultivées.
26
adaptation n’est pas bonne ou mauvaise en soi, elle est simplement une réponse
provisoire à des changements. Elle est dynamique, évolue et se transforme, elle n’est
pas statique, et suit une perspective temporelle. Il y a une évolution des adaptations;
lorsque les conditions changent, elles changent également.
D’un autre côté, Hollings utilise deux concepts afin de décrire la continuité et le
changement social dans les Social Ecological Systems (SES) :
- la résilience: c’est la capacité d’un système à retrouver son fonctionnement et un
développement normal après avoir subi une perturbation importante ;
- la résilience est une forme de résistance : la capacité d'un système à retrouver ou
ne pas quitter un état d'équilibre dynamique après une phase d'instabilité due à
une perturbation. L'instabilité peut conduire un système à évoluer provisoirement
ou définitivement vers un autre régime de comportement ou un autre équilibre,
pouvant impliquer la perte de certains éléments et fonctions du système. Au plus
un système est résilient, au plus il est capable d’absorber des changements sans
passer à un autre état. Mais même le plus résilient des SES n’est résilient que
jusqu’à un certain point.
Ces deux aspects développés par Hollings s’observent dans la plaine du Mayo-
Kebbi. Les agriculteurs tentent de s’adapter et de retrouver leur rythme normal mais
lorsque les effets des variabilités climatiques sont plus élevés, ils tentent de s’adapter
autrement. Cette adaptation se situe tant au niveau collectif qu’au niveau individuel, ce
qui conduit à distinguer dès lors l’adaptation du système social dans son ensemble et les
stratégies adaptatives individuelles, qui se situent au niveau de l’action. L’analyse
systémique s’intéresse à l’adaptation du système social dans son ensemble en adoptant
une vision holiste, tandis que les dynamiques adaptatives s’intéressent plutôt aux
stratégies individuelles. En effet, la rationalité individuelle d’une stratégie adaptative
spécifique peut être fort différente entre les individus et peut ne pas être considérée
comme adaptative d’un point de vue collectif. Ceci conduit à insister sur la nature de
l’adaptation. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise adaptation. Une adaptation peut être
bénéfique au niveau individuel mais perçue comme mauvaise du point de vue du
système social, de même une adaptation bénéfique au système social, ne sera
éventuellement pas perçue comme telle par les individus qui la composent. Pour clarifier
27
la terminologie, une distinction est faite entre les mécanismes d’adaptation et les
stratégies adaptatives, les deux processus définissant la capacité adaptative ou la «
résilience » d’une société donnée.
Les deux processus peuvent se chevaucher dans le temps ; les mécanismes
d’adaptation employés sur le court terme peuvent se transformer, sur le long terme, en
stratégies adaptatives. Les mécanismes adaptatifs sont davantage susceptibles
d’émerger au niveau de l’individu ou de l’unité familiale, tandis que les stratégies
adaptatives, liées aux valeurs culturelles évoluant plus lentement, sont plus susceptibles
d’émerger dans un espace social plus large. Une attention portée à cette distinction
aidera à mettre en évidence les multiples niveaux du concept d’adaptation, et des
processus de développement de réponses aux variabilités pluviométriques.
D’un autre point de vue, on perçoit l’adaptation sous l’angle de l’innovation. À
mesure que les différentes cultures humaines se sont élaborées, elles ont incorporé des
nouvelles solutions, de nouvelles connaissances, de nouvelles techniques, cependant
elles ne l’ont pas toute fait de la même manière. L’adoption d’une innovation est donc
en partie déterminée par les valeurs sociales, les normes, la culture d’une société donnée.
Classiquement, l’innovation a été considérée sous l’angle économique : « Toute
nouvelle combinaison des moyens de production » (Shumpeter, 1934). Pour lui, il y a
cinq formes possibles d’innovation : un nouveau produit, une nouvelle méthode de
production, un nouveau marché, un nouvel approvisionnement, et une nouvelle
organisation de la production. En fait, pour l’adaptation comme pour de nombreux
autres concepts, les définitions vont de la plus large à la plus restreinte. On préfère une
définition plus générale incluant différents aspects de la vie sociale qui sont à considérer
: « l’innovation est toute greffe de techniques de savoirs ou de modes de vie inédits (en
général sous formes d’adaptation locales à partir d’emprunts ou d’importations) sur des
techniques, savoirs et modes d’organisation en place » (Olivier de Sardan, 1995). Cet
auteur identifie quatre points de vue qui regroupent les grandes orientations de
l’innovation : « celle-ci a tantôt été considérée comme un processus de diffusion, tantôt
comme un phénomène d’indexation sociale, tantôt comme le produit d’une créativité
populaire et tantôt comme un effet de réinterprétations ». L’innovation comme le produit
d’une créativité populaire intéresse dans ce travail car elle correspond non seulement
28
aux adaptations endogènes mais aussi aux appuis extérieurs, c’est-à-dire ceux
permettant de mieux supporter les effets des variabilités pluviométriques.
L’observation faite dans la plaine du Mayo-Kebbi fait ressortir les différents
aspects de cette théorie. L’adaptation est un processus, elle peut être individuelle tout
comme collective, elle évolue au cours du temps. Ce travail part de la connaissance des
adaptations endogènes comme base avant d’aborder les adaptations considérées comme
extérieures. Ces adaptations sont analysées tant au niveau individuel que collectif. Elles
évoluent en fonction de la dynamique pluviométrique.
Une fois que le cadre théorique expliqué, les concepts clés utilisés dans cette
étude méritent d’être bien situés dans leur contexte. Ce qui amène à élucider leur
contour.
CADRE CONCEPTUEL
Nous voulons, à travers cette clarification, donner une compréhension claire des
termes utilisés dans ce travail et auxquels les travaux antérieurs donnent parfois des sens
différents. Ces concepts sont acceptés par les auteurs dans des contextes différents. Il
s’agit de variabilités pluviométriques, systèmes agricoles et adaptation des agriculteurs.
Variabilités pluviométriques
29
Deux ans plus tard, Georges (1990) définit la « variabilité pluviométrique » comme
variabilité climatique, c’est-à-dire la fluctuation des hydrométéores apportés au sol, par
une chute, les produits de la condensation. Dans la même logique, Njoya et al. (1995)
entendent par variabilité pluviométrique, une alternance des saisons, c'est-à-dire des
caractères erratiques (répartition et/ou variation) de la pluviométrie et des températures.
Pour sa part, Yann L’hôte (2000) définit la variabilité pluviométrique comme les
variations des précipitations, c’est-à-dire une conséquence de la circulation générale
dans laquelle sont décrits les mouvements de l’air à l’intérieur de l’atmosphère terrestre.
Ramade (2008) définit les variations climatiques comme les fluctuations du climat
observées dans une région donnée à l’échelle de quelques années ou décennies. Elles
peuvent être liées soit à la variabilité naturelle des climats, soit à des changements
anthropogéniques liés surtout à l’injection des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
En somme, la variabilité climatique est la fluctuation du climat qui se manifeste par des
retards de pluie, des excès et des déficits pluviométriques, des séquences sèches. Elle
correspond à la dispersion statistique de la pluie autour de sa valeur moyenne.
Pour approfondir la compréhension de la variabilité pluviométrique, il est
important de définir la notion de séquence. La séquence est un terme complexe qui varie
en fonction de l’étude abordée et du type de séquence à définir ; il peut s’agir pour la
séquence sèche soit d’une « période de deux décades consécutives dont le total
pluviométrique est inférieur à 30 mm », ou soit considérée comme une « interruption de
pluie étalée sur un certain nombre de jours ». Pour la séquence pluvieuse, cela peut être
une « phase consécutive de jours pluvieux comptée à partir d’un jour de pluie…».
Dans ce travail, est considérée comme séquence sèche une suite d’au moins 2
jours consécutifs secs, mais sont analysées surtout les séquences les plus sèches
constatées à partir de 8, 9 ou 10 jours consécutifs sans pluie, pour apprécier leur poids
dans la distribution des pluies le long de la saison pluvieuse ; le but étant de dégager les
risques de stress engendrés par l’absence de pluie. Même si deux jours consécutifs ne
sont pas directement dommageables, leur rapprochement dans le temps peut constituer
un risque évident pour les plantes. En fonction des plantes dont certaines sont plus
résistantes que d’autres, les populations et les techniciens proposent d’adopter le seuil
des séquences sèches les plus significatives à au moins 8 jours consécutifs comme les
30
plus préjudiciables pour les cultures ; il s’agit alors de dégager non seulement leur
importance numérique, mais également leur distribution suivant les mois. La séquence
pluvieuse est comptée quant à elle, à partir d’un jour de pluie ; en effet, il s’agit ici de
voir l’influence des jours pluvieux consécutifs dans la distribution saisonnière des
pluies. Les séquences peuvent apparaitre plusieurs fois de manière régulière ou pas et
chaque apparition de ces séquences constitue un événement qu’on appelle occurrence.
C’est cette répétition d’apparition qui est désignée par fréquence. Ce concept est repris
dans l’opérationnalisation à la figure 1.
ANNUELLE
Variation spatiale de la
pluie
REPARTITION
Démarrage et arrêt de la
saison pluvieuse
MENSUELLE
Séquences sèches et
DECADAIRE/
JOURNALIERE humides
VARIABILITES
PLUVIOMETRIQUES
Besoins en eau des
cultures
Durée de la saison
culturale
SYSTEMES DE
CULTURE Fertilité des terres
EFFETS
Production et rendement
des cultures
CULTURES
Cycle végétatif des
cultures
31
L’autre concept à définir et opérationnaliser est celui de système de culture.
Système de culture
Production agricole
PARAMETRES
AGRICOLES
Rendement agricole
CULTURES
SYSTEME DE
CULTURE Assolement, jachère, cycle des
PRATIQUE travaux, succession des cultures
CULTURALE
TECHNIQUES
AGRICOLES Sarclage, labour,
PROCEDES DE
LABOUR
33
Un troisième concept, celui d’adaptation des agriculteurs est aussi défini et
opérationnalisé.
Réadaptation du calendrier
cultural/Dispersion des dates
de semis
Maraichage
APPUI DES
POUVOIRS Assistance et soutien de recherche
PUBLICS
Appui matériel
EXOGENES
35
DELIMITATION SPATIALE
La zone d’étude est située au sud-ouest du Tchad, en plein milieu sahélo-
soudanien. Elle est comprise entre les 9°35’ et 11°6’ de latitude nord et 14°47’ et 16°3’
de longitude est (figure 4). Le cours du Logone limite une partie de la zone d’étude à
l’ouest et forme la frontière avec la République du Cameroun, le Chari au Nord sépare
la zone d’étude du Chari-Baguirmi. Administrativement, elle appartient à la région du
Mayo-Kebbi Est et couvre trois départements : le Mayo-Lemié, le Mayo-Boneye et le
Mont Illi. Elle a une superficie de 15160 km2.
36
C’est dans cette plaine aux caractères complexes que s’est axée cette étude. Le
relief dans son ensemble est caractérisé par des collines, des vallées dans lesquels
coulent les mayo1 et des plaines d'inondation. Le Mayo-Kebbi est partagé entre des
zones exondées et des zones inondées. D'une manière générale, les zones exondées sont
confrontées à des problèmes d'érosion alors que les zones inondables souffrent
d'enclavement périodique. On distingue ainsi les formations du socle collineux
fortement érodées, la zone des koros2 et les plaines alluviales.
Le cadre spatial étant connu, il reste à détailler la méthodologie utilisée dans ce
travail.
CADRE METHODOLOGIQUE
1
Cours d’eau en foulbé
2C’est une unité géomorphologique et géographique caractérisée avant tout par l’absence d’une nappe
d’eau à la profondeur pouvant être atteinte par les puisatiers africains avec leurs moyens traditionnels.
37
- statistiques climatologiques : pluviométrie et température de la région d’étude.
Ces données sont utilisées pour caractériser les variabilités pluviométriques tant
à l’échelle de la plaine qu’à l’échelle stationnelle;
- autres données climatologiques (évaporation, insolation, vitesse de vent,
humidité relative) pour la simulation et l’évaluation des rendements agricoles ;
- statistiques agricoles portant sur les superficies emblavées, les productions et les
rendements des différentes campagnes agricoles qui sont utilisées pour connaitre
la situation agricole et de calculer les différentes corrélations des cultures ;
- informations qualitatives issues des enquêtes de terrain. Elles ont permis de
comprendre les habitudes alimentaires et la perception des populations vis-à-vis
de la dynamique du climat et de cerner les mesures adaptatives qu’elles
développent pour faire face aux crises alimentaires ;
Une fois que la nature et la source des données connues, il reste à identifier les
stations retenues et les données climatologiques disponibles.
38
Figure 5. Localisation des stations
39
l’évaluation des pertes et de calcul de rendement. En outre, toutes les stations n'ont pas
une série de longueur identique, car elles ne sont pas toutes de la même génération.
Pour cette étude, afin de respecter une bonne homogénéité des séries, on a choisi
de travailler sur la période 1960-2015. Ce choix est motivé par les raisons principales
suivantes :
- 1960-2015 est la série commune à toutes les stations de la zone d’étude sauf celle
de Moulkou ;
- on a voulu considérer un maximum de stations pour pallier l'insuffisance du
réseau d’observations, de manière à couvrir le plus vaste espace géographique
possible ;
- il est nécessaire de travailler sur une longue série pour obtenir des analyses
fréquentielles fiables. La période choisie présente aussi l'avantage de prendre en
compte des séquences d'années pluvieuses et d'années sèches.
40
Tableau I. Liste des stations retenues
Stations Type de Coordonnées géographiques Disponibilité des données (période) Année de création
stations
S C P Longitude Latitude Altitude (m) Annuelle Mensuelle Journalière
Billiam-oursi × 15°14’E 10°34’N 318 1960-2015 1980-2015 2000-2015 1960
Moulkou × 15°28’E 10°44’N ** 2000-2015 2000-2015 2000-2015 **
Bongor × 15°22’E 10°17’N 328 1960-2015 1960-2015 2000-2015 1930
Fianga × 15°11’E 9°56’N 327 1960-2015 1960-2015 2000-2015 1946
Guelendeng × 15°33’E 10°55’N 316 1960-2015 1960-2015 2000-2015 1952
41
Différentes techniques existent de nos jours pour vérifier la qualité des données
climatologiques recueillies pour une bonne analyse. Pour ce travail, la macro nommée
« HYDROLAB » associée au logiciel Excel est utilisée.
En plus des données climatologiques, il y a la collecte des données empiriques.
42
Tableau II. Préférendums thermiques et pluviométriques des cultures et
durée du cycle végétatif
Cultures Exigences écologiques et durée de cycle
Nom Nom scientifique Températures Besoins en Durée du cycle
courant (°C) eau (mm) (jours)
Maïs Zea mays +18 à +30 500 à 1000 120
Arachide Arachis hypogea +24 à +33 400 à 1200 90-120
Riz Oryza +28 à +30 1000 à 1800 110-120
sativa/glaberrima
Niébé Vigna unguiculata +18 à +25 400 à 800 90-100
Pénicillaire Pennisetum +25 à +30 200 à 800 75-100 et 110-
typhoideum 150
Sésame Sesasum indicum L. * * 80 à 180
Sorgho Sorghum durra ou +12 à +30 * 150-180
candatum
Source : Euloge OGOUWALE (2006), Mémento de l’agronome (2009)
* Données non disponibles
Dans ce tableau, on trouve le nom courant de la culture ainsi que le nom
scientifique, les exigences écologiques (température et besoins en eau) qui permettent
de les comparer à la pluviométrie et aussi la durée du cycle de chaque culture.
Après homogénéisation et contrôle des données pluviométriques, le traitement de
ces données concerne entre autres la caractérisation de la variabilité spatiale et
interannuelle, l’analyse des dates du démarrage et de l’arrêt des pluies, la détermination
des séquences sèches et humides.
43
Identification des indicateurs de rupture
Pour identifier les signes d’une variabilité pluviométrique, les statistiques
climatologiques ont été analysées et comparées. D’abord, le test de Buishand pour
détecter les ruptures dans les séries pluviométriques a été utilisé. Un seul test ne suffit
pas pour affirmer une rupture dans les séries pluviométriques. Pour cela, un autre test a
été utilisé pour identifier aussi la rupture.
Le test de Pettitt (1979), non paramétrique, est efficace pour détecter les «
ruptures » dans les séries pluviométriques au Sud-ouest du Tchad. L’absence de rupture
dans la série (Xi) de taille N constitue l’hypothèse nulle. La mise en œuvre du test
suppose que pour tout instant t compris entre 1 et N, les séries chronologiques (Xi) i=1
à t et t+1 à N appartiennent à la même population. Ce test repose sur le calcul de la
variable Ut, N définie par :
𝑼𝒕.𝑵 = ∑𝒕𝒊=𝟏 ∑𝑵
𝒋=𝒕+𝟏 𝑫𝒊𝒋 où
44
- l’écart e entre la moyenne m1 de la période avant la rupture et la moyenne m2 de
la période après la rupture déterminé par la formule suivante :
e = m2-m1
- le test paramétrique « t » de Student utilisé pour comparer les hauteurs d’eau
précipitées au cours des deux périodes. Il a permis de caractériser et de valider
les changements pluviométriques entre la période avant et la période après la
rupture.
𝒆
Il s’écrit de la façon suivante : 𝒕 =
√𝑺𝟐 +(𝟏⁄𝒏𝟏 +𝟏⁄𝒏𝟏 )
Variabilités de la pluviométrie
45
Lois statistiques
Plusieurs lois statistiques permettent de vérifier la normalité des séries
pluviométriques et de calculer leur répartition temporelle.
Loi de Gauss ou loi normale
Après plusieurs essais avec diverses lois statistiques, le constat est que les séries
pluviométriques annuelles dans les régions soudanienne et guinéenne s’ajustent mieux
à la loi racine-normale. Cette loi de distribution très apparentée à la loi normale ou loi
de Gauss a pour expression :
𝒖 𝟐
𝝁
𝟏 −
𝑭(𝒙) = ∫ 𝒆 𝟐 ;
√𝟐𝝅 −∞
̅̅̅̅
√𝐱−√𝐱
u variable réduite de Gauss est égale à : 𝒖 = avec
𝛔.√𝐱
46
Où
- F(P) = probabilité qu’un événement quelconque P soit inférieur ou égal à un
événement particulier p ;
- u = variable réduite de Gumbel ;
- P0 = paramètre de position appelé mode (l’ordonnée à l’origine, u=0) ;
- g= paramètre d’échelle appelé gradex (Gradient exponentiel des valeurs
Extrêmes) ; c’est la pente de la droite théorique de Gumbel.
Les deux paramètres (P0 et g) sont ajustés par la méthode des moments donnant
lieu aux estimateurs suivants :
̅ − 𝟎. 𝟓𝟕𝟕 × 𝒈 avec 𝒈 = 𝟎. 𝟕𝟖𝝈𝒑
𝑷𝒐 = 𝑷
∑𝒏𝒊=𝟏 𝒑𝒊 ∑𝒏 𝒑𝒊𝟐 − 𝒏𝒑
̅𝟐
̅=
𝑷 𝒆𝒕 𝝈𝒑 = √ 𝒊=𝟏
𝒏 𝒏−𝟏
Une fois que les lois statistiques définies, il reste à détailler la variabilité
interannuelle et spatiale des pluies.
47
La moyenne 𝑋̅ a permis de caractériser l’état climatique moyen et de calculer les
indices de dispersion les plus significatifs tels que l’écart-type.
Le calcul de l’écart type a permis d’évaluer la dispersion des valeurs autour de la
moyenne « normale ». Il se détermine par le calcul de la racine carrée de la variance:
𝝈(𝒙) = √𝑽 où V est la variance.
L’écart-type est par excellence l’indicateur de la variabilité. Il constitue avec la
moyenne, les deux éléments permettant de calculer l’indice de Nicholson.
À partir de l’écart type, ont été calculées les anomalies centrées réduites
pluviométriques interannuelles, en standardisant les données. Les anomalies sur chaque
station se calculent par la formule suivante :
̅
𝑿𝒊 − 𝑿
𝑿′𝒊 =
𝝈(𝑿)
Où
X i′ = anomalie centrée réduite pour l’année i
X i = la valeur de la variable
𝑋̅ = la moyenne de la série
σ(X) = l’écart-type de la série
48
Tableau III. Classification du SPI
Classes du SPI Degré de la sécheresse
SPI >2 Humidité extrême
1< SPI <2 Humidité forte
0< SPI <1 Humidité modérée
-1< SPI < 0 Sécheresse modérée
-2< SPI <-1 Sécheresse forte
SPI <-2 Sécheresse extrême
Source : OMM, 2012
Ce tableau présente la classification de l’indice de Nicholson permettant la
détermination du degré de la sécheresse tant au niveau de la plaine qu’au niveau des
stations. Il existe six classes différentes pour montrer le degré de la sécheresse et chaque
classe est associée à un indice bien précis. Maintenant que la variabilité interannuelle
est connue, il est indispensable d’analyser la variabilité spatiale de la pluie.
Pour étudier la répartition spatiale des pluies, les corrélations entre les stations
ont été calculées. Cette corrélation repose sur des liaisons non rigides entre deux
variables ; ces liaisons sont basées sur une dépendance « stochastique ». Les variables
concernées sont les quantités annuelles de pluie durant la période d’étude sur l’ensemble
de la plaine du Mayo-Kebbi. Les corrélations sont établies entre les stations
indépendamment de leur localisation spatiale.
La détermination de la variabilité interannuelle et spatiale a permis de déterminer
le stade bioclimatique de la plaine du Mayo-Kebbi.
49
𝟏𝟐𝑷
𝑰𝒂(𝒎𝒆𝒏𝒔𝒖𝒆𝒍) =
𝑻 + 𝟏𝟎
Où P = hauteur d’eau annuelle ou mensuelle et T = température moyenne annuelle
ou mensuelle.
L’indice de De Martonne a quatre niveaux d’interprétation :
- si Ia> 20, humidité suffisante
- si Ia< 10, aridité
- si 10 <Ia< 20, tendance à la sécheresse
- si Ia< 5, hyper aridité
50
Dans un second temps, les méthodes des quartiles ont été utilisées afin
d’apprécier l’évolution des saisons culturales. Les dates de début et de fin de la saison
pluvieuse ont été classées en fonction des limites définies par le quartile inférieur (Q1),
le quartile médian (la médiane ou Q2) et le quartile supérieur (Q3). Si les dates sont
inférieures ou égales à la valeur limite du quartile inférieur, elles sont considérées
comme précoces. Par contre, lorsqu’elles se trouvent supérieures ou égales à Q3, elles
sont tardives. Enfin, lorsqu’elles sont situées entre Q1 et Q3, elles sont dites ‘‘normales’’.
Après l’analyse du démarrage et de l’arrêt de la saison des pluies, les jours pluvieux ont
été déterminés et calculés.
D’un point de vue climatologique, l’étude des jours pluvieux peut contribuer à
améliorer les connaissances sur les aspects des déficits pluviométriques saisonniers et
annuels. En effet, ces déficits peuvent résulter de la diminution de la fréquence de fortes
précipitations ayant atteint ou dépassé un certain seuil.
D’un point de vue agronomique et hydrologique, la diminution de la fréquence
de forte pluies et la répartition des pluies au sein de la saison sont des données
importantes. Ainsi, une caractérisation des régimes pluviométriques ne peut donc se
limiter à une analyse statistique simple de cumuls pluviométriques. Elle doit aussi
comporter les fréquences des jours pluvieux. En effet, la pluie n’est pas un phénomène
continu. Les précipitations surviennent au cours d’événements pluvieux de durée
variable se succédant suivant des intervalles de temps variables.
La typologie des précipitations journalières qu’on a proposées est liée aux normes
internationales de seuil définies par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM,
1980). Les différentes classes sont définies en fonction du nombre de jours de hauteur
comprise entre :
- 1 et 10mm ;
- 10 et 30mm ;
- 30 et 50mm ;
- supérieures à 50mm.
𝑁𝑎 = ∑(𝑁𝑦)/𝑁𝑏
Avec :
Na = nombre annuel de jours des pluies ;
Ny = nombre annuel de jours des pluies enregistré par station
Le nombre des jours pluvieux étant connu, il faut calculer les écarts à la moyenne.
Les écarts à la moyenne des précipitations sont calculés d’après la formule
statistique suivante :
𝑬𝒎𝒐𝒚(𝒑) = 𝑷𝒊 − 𝑷𝒎
𝑬𝒎𝒐𝒚(𝑵𝒃𝒓) = 𝑵𝒃𝒓𝒊 − 𝑵𝒃𝒓𝒎
Avec Pi= précipitation d’une année quelconque en mm ;
Pm= moyenne de pluie enregistrée sur un intervalle de temps donné ;
E(moy)= écart à la moyenne des précipitations ;
Nbri= nombre de jours de pluie d’une année quelconque en jours ;
Nbrm= moyenne du nombre de jours sur un intervalle de temps donné ;
Emoy(Nbr)= écart à la moyenne du nombre de jours des pluies.
En plus des écarts à la moyenne, il y’a aussi la droite de régression de la
pluviométrie qui est déterminée.
La droite de régression de l’évolution des éléments climatiques est définie d’après
l’équation suivante :
𝒀 = 𝑨𝒙 + 𝒃
52
Avec
A=cov (x,y)/X2
B=m(y)-am(x)
A est la pente de la droite de régression par rapport à l’axe des x, ou encore le
taux moyen de croissance des précipitations par unité de temps ;
B est la coordonnée verticale de l’intersection entre la droite de régression et l’axe
des ordonnées y. Quand tous ces paramètres sont calculés, le calcul de la corrélation
entre les différents paramètres est nécessaire.
La corrélation suppose un lien entre deux variables différentes. Ces variables sont
représentées en nuages de points dans un repère orthonormé. Dans le cas où le nuage de
points qui permet l’existence d’une corrélation entre les deux variables x et y prend une
forme allongée, telle que les points qui le constituent paraissent s’être regroupés au
voisinage d’une droite, un coefficient de corrélation linéaire, désigné par r peut être
calculé de la manière suivante en faisant d’abord les changements de variables :
𝐱 𝐢 − 𝐱̅
𝑿𝒊 =
𝛔𝐱
̅
𝐲𝐢 − 𝒚
𝒀𝒊 =
𝛔𝐲
Le coefficient de corrélation linéaire r, entre les deux variables x et y, est calculé
par la formule :
∑ 𝐗 𝐢 𝐘𝐢
𝒓=
𝐍
Si le coefficient de corrélation est compris entre -1 et 1, la corrélation existe entre
les deux variables. Elle est parfaite si elle est égale à 1.
53
Ensuite, il est question de calculer l’intensité des séquences à l’intérieur de la saison
pluvieuse en dégageant le nombre de jours consécutifs sans pluie. L’objectif étant de
déterminer les probabilités d’occurrence pour chaque mois, des sécheresses intra-
saisonnières et faux démarrages de la saison des pluies par l’analyse des fréquences des
évènements secs. Ces probabilités inspirées du modèle de la chaîne de Markov d’ordre
1, sont déterminées par :
𝑻𝒔
- probabilité d’un jour sec : 𝑷𝒔 =
𝑻𝒔 +𝑻𝒉
𝑻𝒉
- probabilité d’un jour pluvieux : 𝑷𝒉 =
𝑻𝒔 +𝑻𝒉
Avec Ts durée moyenne des épisodes secs, et Th durée moyenne des épisodes
pluvieux.
Pour obtenir ces durées moyennes, on a procédé au décomptage des évènements
issus des tableaux bruts de relevés pluviométriques journaliers ; ensuite, on a pondéré
les fréquences en les multipliant par le nombre de jours correspondant pour obtenir la
valeur du rapport fréquence pondérée/fréquence brute, donnant de ce fait la valeur de la
durée moyenne sèche. Tous les paramètres ont été identifiés et calculés, il reste à calculer
l’évaporation.
Calcul de l’évapotranspiration
Le calcul de l’évapotranspiration potentielle par la formule de Penman-Monteith
prend en compte les paramètres suivants :
𝟗𝟎𝟎
𝟎, 𝟒𝟎𝟖∆(𝑹𝒏 − 𝑮) + 𝜸 𝒖𝟐 (𝒆𝒔 − 𝒆𝒂 )
𝑻+𝟐𝟕𝟑
𝑬𝑻𝒐 =
∆ + 𝜸(𝟏 + 𝟎, 𝟑𝟒𝒖𝟐 )
Avec
ETo : Évapotranspiration de référence (mm/j)
Rn : Rayonnement net à la surface de la culture (MJ/m²/j)
G : Flux de chaleur échangé avec le sol (MJ/m²/j)
T : Température journalière à 2m d’alt. (°C)
u2 : Vitesse du vent à 2m d’alt. (m/s)
54
es : Pression de la vapeur à saturation (kPa)
ea : Pression réelle de la vapeur (kPa)
es-ea : Déficit de la pression de vapeur à saturation (kPa)
Δ : Pente de la courbe des pressions de vapeur (kPa/°C)
γ : Constante psychrométrique (kPa/°C)
Les coefficients d'Angstrom permettent de calculer Rn.
55
est également utilisé pour déterminer le rendement agricole. Toutefois, il est possible de
l’utiliser pour faire des calculs de rendement sans irrigation. On peut aussi utiliser ce
programme pour observer des périodes de déficits en eau dans le sol, donc un stress
hydrique pour la plante entraînant une baisse du rendement. L’emploi du modèle peut
être utile pour déterminer le type de culture qui aurait la meilleure productivité en
fonction des précipitations et de l’humidité du sol de la période.
Son fonctionnement basique repose sur quelques variables qui s’articulent autour
du bilan hydrique qui s’écrit de la manière suivante :
56
Le drainage correspond à la quantité d’eau qui sort du système en s’infiltrant vers
les nappes profondes ou l’eau qui circule par écoulement souterrain. Dans ce
programme, cette quantité n’est pas prise en compte donc elle est considérée comme
égale à 0. Ces variables peuvent être mesurées ou déterminées à des pas de temps
différents (journalier, mensuel, etc.).
Le calcul de la pluie efficace se fait de la manière suivante pour des pluies
inférieures à 250mm.
𝑷𝒕𝒐𝒕 × (𝟏𝟐𝟓 − 𝟎. 𝟐 × 𝑷𝒕𝒐𝒕 )
𝑷𝒆𝒇𝒇 =
𝟏𝟐𝟓
Avec
Peff : précipitation efficace (mm)
Ptot : précipitation totale (mm)
Pour des précipitations supérieures à 250mm, le modèle prend en compte la
formule suivante : Peff = 125+0.1Ptot
Pour calculer la Crop Water Requirement (CWR) ou l’ETM, le modèle utilise la
formule suivante : ETM = ETo × Kc avec
Kc : coefficient cultural
ETo : évapotranspiration potentielle (mm)
ETM : évapotranspiration maximale (mm)
Il faut aussi déterminer l’irrigation requise qui correspond à la différence entre
l’évapotranspiration réelle et les précipitations efficaces :
Irrreq= ETm− Peff
57
Calcul de la réserve utile (TAM ou RU) et de la réserve facilement utilisable
(RAM)
La formule de la réserve utile maximale s’écrit de la manière suivante :
RU = 1000× (𝜽FC-𝜽WP) ×z
RU : réserve utile (mm)
𝜃FC : eau contenue au maximum dans le champ (m3/m3)
𝜃WP : eau contenue au point de flétrissement (m3/m3)
z : profondeur des racines (m).
Le point de flétrissement étant la teneur en eau du sol au-dessous de laquelle les
plantes se flétrissent.
La réserve facilement utilisable s’écrit :
RFU= RU×P
RFU : réserve utile facilement disponible (mm)
RU : réserve totale disponible (mm)
P : tarissement admissible
En plus de la réserve utile et de celle facilement utilisable, il faut déterminer
l’évapotranspiration réelle de la culture et du déficit de la réserve utile dans le sol.
58
𝑹𝑼 − 𝑺𝑴𝑫𝒊−𝟏
𝑲𝒔 =
𝑹𝑼 − 𝑹𝑭𝑼
Ks : Coefficient de stress hydrique (sans dimension)
RU : Réserve utile (mm)
SDMi-1 : Déficit de la réserve utile à la date i-1 (mm)
RFU : Réserve utile facilement utilisable.
La détermination du déficit de la réserve utile dans le sol s’exprime de cette
manière :
𝑬𝑻𝒄
𝒀𝒓 = (𝟏 − ) 𝑲𝒚
𝑬𝑻𝒎
59
Yr : Diminution de rendement
Ky : Coefficient de réponse du rendement (sans dimension)
ETc : Évapotranspiration réelle (mm)
ETm : Évapotranspiration maximale (mm)
Ky dépend de la période considérée. Si Yr doit être calculé sur toute la période de
vie de la plante, on prend le Ky final. ETc et ETm correspondent au total des
évapotranspirations réelles et maximales sur la période considérée.
Intérêt de l’étude
Les résultats de cette recherche sont indispensables pour faciliter la constitution
d’outils d’aide à la décision pour une bonne politique d’atteinte de la sécurité
60
alimentaire. Cette recherche permet de fournir aux décideurs politiques, aux partenaires
techniques, aux producteurs et à tous les acteurs du développement, des informations
pertinentes sur les changements climatiques leur permettant de mieux ajuster leurs
décisions à court, moyen et long termes.
Dans ce cadre, le Tchad s’est doté du programme d’action nationale d’adaptation
aux changements climatiques comme guide pour mieux gérer les effets de ceux-ci, des
politiques de sécurité alimentaire qui préconisent la gestion du facteur eau dans le souci
d’équité, d’efficacité et de transparence, à la fois pour le bien-être de la population et de
la régulation des tensions sociales qu’engendre leur utilisation. À cet effet, ces
documents de planification dont le pays s’est doté permettent de mieux gérer ces
ressources dans un contexte de forte variabilité pluviométrique.
Plan de rédaction
Les principales étapes de la démarche sont les suivantes : les enquêtes de terrain,
l’analyse de la pluviométrie à différents pas de temps (annuel, mensuel, décadaire,
journalier), l’analyse des effets de ces variabilités et aussi l’étude de l’adaptation des
agriculteurs face à ces variabilités. Cette organisation a imposé la division du travail en
trois différentes parties.
La deuxième partie traite des effets des variabilités pluviométriques sur les
systèmes végétatifs et comporte aussi deux chapitres. Le troisième évoque les effets des
61
variabilités pluviométriques sur les systèmes de culture, les techniques et pratiques
culturales ainsi que les paramètres agricoles (production, rendement et surface). Quant
au quatrième chapitre, il traite des effets des variabilités pluviométriques sur les plantes
cultivées. Les effets à l’échelle décadaire, les besoins en eau des différentes cultures y
sont calculés. Les autres paramètres climatiques sont intégrés dans le logiciel CropWat
pour évaluer les baisses de rendement.
Enfin, la troisième partie parle des adaptations des agriculteurs aux variabilités
pluviométriques. Elle comporte aussi deux chapitres. Le cinquième évoque les
adaptations endogènes et le sixième traite des perspectives d’amélioration de la
production agricole dans la plaine du Mayo-Kebbi. Ces formes d’adaptation tiennent
compte des potentialités locales et des aptitudes que dispose la plaine du Mayo-Kebbi.
Les appuis des autorités publiques sont aussi abordés dans ce chapitre.
62
PREMIÈRE PARTIE.
ANALYSE DES VARIABILITÉS PLUVIOMETRIQUES DANS
LA PLAINE DU MAYO-KEBBI
63
CHAPITRE I.
DES VARIABILITÉS PLUVIOMETRIQUES ANNUELLES
TRÈS CONTRASTÉES DANS LA PLAINE DU MAYO-KEBBI
64
Ce chapitre est consacré à l’analyse des variabilités pluviométriques dans la
plaine du Mayo Kebbi. Il prend en compte les variabilités interannuelle et spatiale de la
pluie. Dans la plaine du Mayo-Kebbi, ces variabilités pluviométriques ne sont pas assez
étudiées et les études antérieures sur le sujet sont globales car concernant tout le sud du
Tchad. La méthodologie utilisée a conduit à mieux cerner les différentes facettes de la
pluie. La compréhension et la connaissance des différents aspects des variabilités
permettent de mieux conduire les activités agricoles. L’homogénéisation des données,
l’identification des ruptures et de la loi statistique (loi de Gauss) à laquelle obéissent les
données pluviométriques constituent un préalable pour les analyses. La pluie est
analysée tant dans sa répartition temporelle que spatiale.
65
des données en présence. Si les observations sont bonnes, le graphique présente une
oscillation régulière des résidus autour de la position centrale 0 (figure 6).
Cette figure présente la détection des anomalies de Bongor par rapport à Billiam-
oursi. Sur les 56 valeurs annuelles, on constate que toutes les années ont des données
pluviométriques fiables. La station de référence qui est Billiam-oursi a montré qu’il n’y
a pas d’anomalie dans les données pluviométriques de Bongor.
Par contre, un grand décalage de pas dans la structure atteste la présence d’une
anomalie (figure 7) pour la cinquantième valeur. Ces valeurs supposées erronées sont
éventuellement signalées par « à vérifier » dans le tableau IV récapitulatif qui donne les
autres renseignements comme le coefficient de corrélation et l’équation de régression.
66
1500
1000
500
-500
-1000
-1500
2
4
6
8
30
10
12
14
16
18
20
22
24
26
28
32
34
36
38
40
42
44
46
48
50
(ellipse ayant 98% de chance de contenir le cumul des écarts)
67
Tableau IV. Résultat du test d’anomalie entre les stations de Bongor et de
Guelendeng
68
Dans tous les tests, il n’y a pas eu de données manquantes, seulement quelques
données suspectes telles qu’en 2009 et 2010 à Bongor qui sont testées pour vérifier leur
fiabilité. La méthode de régression linéaire simple est utilisée car les corrélations entre
les stations attestent d’un bon rapprochement des données (figure 8). Le coefficient de
corrélation (0,4798) est proche de la moyenne.
1400
1200
1000
800
600
400
200
0
0 200 400 600 800 1000 1200
69
Figure 9. Application du test de Buishand à la station de Bongor
70
La figure 10 présente les données pluviométriques annuelles de Billiam-oursi
soumises au test de Buishand. Comparativement à la station de Bongor dont l’ellipse
déborde à certains endroits, l’ellipse de cette figure déborde aux seuils de 90 et 95%.
Aucune rupture de stationnarité n’est observée à la station de Billiam-oursi, donc
l’hypothèse nulle (0) est acceptée à ces différents seuils.
Comparée à la station de Bongor dont le comportement pluviométrique est plus
accentué, la station de Billiam-oursi a un comportement atténué. La situation à la station
de Fianga peut révéler des informations différentes comme celles observées dans les
deux autres stations (figure 11).
71
Figure 12. Recherche de rupture à la station de Guelendeng avec le test de
Buishand
72
respectivement de taille m et n. Les valeurs des deux échantillons sont regroupées et
classées par ordre croissant. On calcule alors la somme des rangs des éléments de chaque
sous échantillon dans l'échantillon total. Une statistique est définie à partir des deux
sommes ainsi déterminées, et testée sous l'hypothèse nulle d'appartenance des deux sous
échantillons à la même population. C’est le test de Mann Whitney. C’est ce test qui est
modifié par Pettitt pour prendre finalement son nom. Cette méthode est surtout
caractérisée par sa robustesse dans l’identification des ruptures de stationnarité dans les
séries pluviométriques. Appliqué à la station de Bongor, ce test montre effectivement
cette situation (figure 13).
73
Figure 14. Recherche de rupture de stationnarité avec le test de Pettitt à
Billiam-oursi
74
Figure 15. Recherche de rupture de stationnarité avec le test de Pettitt à
Fianga
75
Sur la figure 16, la structure de la station de Guelendeng n’est pas trop différente
de celle de Fianga. Après les variations moindres observées de 1960 à 1981, c’est une
baisse des quantités pluviométriques qui est observée jusqu’en 1987, année marquant la
rupture dans la série. Celle-ci se retrouve structurée de la sorte : 1960-1987 et 1988-
2015. La rupture, détectée par le test de Buishand à la station de Guelendeng est
confirmée par le test de Pettitt en 1987. Ces deux stations, Guelendeng et Fianga se
trouvent aux extrémités nord et sud de la zone d’étude et ont les mêmes dates de rupture
alors que les deux autres qui sont au milieu de la zone d’étude ont aussi les mêmes dates
de rupture.
Une fois que l’année de rupture déterminée, il faut comparer les deux moyennes
mais avant cette comparaison, il est important d’identifier la loi statistique à laquelle
obéissent les données pluviométriques.
76
Figure 17. Ajustement des pluies annuelles à la loi racine-normale dans les
cinq stations étudiées
77
- enfin l’intervalle de confiance (pourcentage de chance pour que la variable soit
observée) qui est de 80 %.
L’examen des graphiques laisse apparaître que les points sont approximativement
alignés. La droite théorique de cette loi se raccorde aux ponts expérimentaux.
L’intersection avec la fréquence 50%, soit u = 0 correspond à la valeur moyenne ou la
médiane. Cette analyse donne ainsi l’avantage d’estimer la probabilité et les fréquences
de pluies.
78
Tableau V. Fréquence et intervalle de confiance
Fréquence Périodes sèches Périodes humides
F U F U
Quinquennale 0,2 -0,84 0,8 0,84
Décennale 0,1 -1,28 0,9 1,28
Médiane (cinquantennale) 0,5 0,00 0,5 0,00
Centennale 0,01 -2,33 0,99 2,33
Les quantiles estimés, les fréquences et les périodes de retour sont présentées
dans les tableaux VI et VII.
79
Tableau VI. Estimation des pluies à différentes fréquences
Fréquence de périodes sèches Médiane Fréquence de périodes humides
Stations 0,2 0,1 0,01 0,5 0,8 0,9 0,99
Bongor 620,324 559,728 427,705 744,653 880,331 955,929 1148,914
Billiam-oursi 588,982 533,741 412,905 701,993 824,917 893,261 1067,345
Fianga 676,935 613,046 473,375 807,699 950,002 1029,147 1230,809
Moulkou 643,093 593,260 482,459 743,809 851,849 911,364 1061,507
Guelendeng 533,903 480,226 363,621 644,272 765,003 832,379 1004,649
80
(tableau VII). Ces différentes fréquences donnent ainsi l’occasion d’évaluer la période
de retour de ces pluies, qu’elles soient minimales ou maximales.
81
I.2.3. Détermination du climat
L’indice de Martonne calculé à l’échelle annuelle est abondamment utilisé pour
déterminer l’aridité d’une zone géographique donnée. Du fait de sa simplicité, cet indice
a été très largement utilisé par les géographes. Il a des valeurs d’autant plus élevées que
le climat est plus humide et des valeurs d’autant plus faibles que le climat est plus sec
(tableau VIII).
82
I.3. VARIABILITE INTERANNUELLE ET SPATIALE DES
PRECIPITATIONS
Calculer la variabilité interannuelle et spatiale des précipitations revient à
comprendre les variations d’une année à l’autre pendant une période donnée. Deux
années successives ne peuvent pas avoir la même quantité pluviométrique ni la même
distribution pendant la saison pluvieuse. Et aussi, deux stations distantes de quelques
kilomètres ne peuvent pas aussi enregistrer les mêmes quantités pluviométriques. Dans
la plaine du Mayo-Kebbi, pour comprendre cette variation temporelle et spatiale, deux
indices ont été utilisés : l’indice pluviométrique standardisé et l’indice de pluviosité
calculés à l’échelle annuelle. La corrélation entre les stations et la mise en relation
statistique entre les coordonnées géographiques et la quantité pluviométrique permettent
de comprendre la variation spatiale.
y = -0,0016x + 0,0444
2,5
2
1,5
1
0,5
Indice
0
1966
1960
1963
1969
1972
1975
1978
1981
1984
1987
1990
1993
1996
1999
2002
2005
2008
2011
2014
-0,5
-1
-1,5
-2
-2,5
-3
Années
Indice Moyenne mobile sur 2 ans Tendance
83
La figure 18 révèle que la plaine a une humidité modérée dans son ensemble. La
remarque faite est la forte variation interannuelle. En considérant la figure, la première
décennie est humide (1960-1969) car les indices sont positifs. À la deuxième décennie,
quelques années humides et quelques années sèches sont observées. Les années 1973 et
1977 sont les années les plus sèches de cette décennie avec les indices de -1,32 et -1,13.
Cette tendance sèche continue pour atteindre le paroxysme en 1983 et 1984 avec
respectivement -2,3 et -2,25 comme indices. Ces deux années sont caractérisées par une
sécheresse accrue, ce qui est surnommé « pauline » dans la plaine du Mayo-Kebbi.
À partir de 1990, la fluctuation interannuelle des précipitations est forte. Une
alternance des années humides et années sèches est observée. La courbe de tendance
globale montre une légère baisse de la quantité pluviométrique. Cette situation est
générale car concernant toute la plaine. La situation à l’échelle stationnelle permet de
mieux comprendre cette variabilité pluviométrique comme présentée par la station de
Bongor (figure 19).
3
y = 0,001x - 0,029
2
-1
-2
-3
Indice Moyenne mobile sur 2 ans Tendance
84
indice de -2,21 et l’année 1984 avec -1,7. Ces deux années sont représentatives de la
situation pluviométrique qui prévalait en cette période dans le sahel. Le déficit
pluviométrique est observé jusqu’en 1990 avant de se stabiliser. La décennie 1990 est
aussi marquée par une péjoration pluviométrique. Ce n’est qu’à partir des années 2000
que la situation pluviométrique est redevenue normale. L’année 2012 s’est révélée plus
humide avec un indice de 2,72.
Globalement, la station de Bongor a une humidité modérée. L’analyse de la
situation à Billiam-oursi (figure 20) permet d’établir si possible les liens de
ressemblance entre ces deux stations proches géographiquement.
y = -0,0061x + 0,1734
2,5
2
1,5
1
0,5
0
1960
1972
1984
1996
1963
1966
1969
1975
1978
1981
1987
1990
1993
1999
2002
2005
2008
2011
2014
-0,5
-1
-1,5
-2
Cette figure fournit des informations qui prêtent à une bonne analyse. La première
décennie (1960-1969) est humide comme le montrent les indices plus élevées. De 1964
à 1966, les indices sont négatifs mais ces indices ne sont pas trop faibles. Vers la fin de
la décennie, il y a une situation normale avec les indices positifs. La décennie 1970 est
marquée par le début de la sécheresse qui a frappé durement le sahel, les indices sont
négatifs pendant toute la décennie sauf en 1974 et 1975. La péjoration pluviométrique
continuait jusqu’à la décennie 1980 avec la sécheresse des années 1983 et 1984. À partir
de 1990, il y a un retour des précipitations avec des fluctuations interannuelles qui ne
sont pas trop marquées. La courbe de tendance montre une baisse générale des quantités
85
pluviométriques sur la normale 1960-2015. La situation de Billiam-oursi présentée est
semblable à celle de la station de Bongor. L’analyse de la situation à la station de Fianga,
plus au sud de la zone d’étude pourrait aider à saisir la variation interannuelle (figure
21).
y = -0,0018x + 0,0512
2
1,5
1
0,5
0
1960
1963
1966
1969
1972
1975
1978
1981
1984
1987
1990
1993
1996
1999
2002
2005
2008
2011
2014
-0,5
-1
-1,5
-2
-2,5
-3
Indice Moyenne mobile sur 2 ans Tendance
La situation globale de la station de Fianga n’est pas trop différente de celle des
autres stations. Après la première décennie humide avec les indices positifs, la seconde
s’est amorcée avec les indices négatifs témoignant de la sécheresse des années 1970.
Jusqu’à la fin de la décennie 1980, la sécheresse continue avec les indices faibles et
négatifs certaines années. Mais à partir des années 1990, la situation pluviométrique
s’améliore avec des indices pluviométriques positifs sauf en 1997, 1999 et 2002 où les
indices sont négatifs. Dans l’ensemble, la station de Fianga a une humidité modérée. La
courbe de tendance globale montre une situation légèrement déficitaire. L’analyse de la
situation à Guelendeng au nord de la zone d’étude permet de comprendre la tendance
générale de la plaine du Mayo-Kebbi (figure 22).
86
y = 0,0069x - 0,2245
3
2,5
2
1,5
1
0,5
0
1999
1960
1963
1966
1969
1972
1975
1978
1981
1984
1987
1990
1993
1996
2002
2005
2008
2011
2014
-0,5
-1
-1,5
-2
-2,5
Indice Tendance Moyenne mobile sur 2 ans
87
y = -0,0627x + 0,5328
2
1,5
1
0,5
0
-0,5
-1
-1,5
-2
Indice
88
Le tableau IX montre le coefficient de variation de la pluviosité annuelle. A la
lecture de ce tableau, de façon générale la variabilité de la pluviosité est inversement
liée à la moyenne annuelle, ce qui est normale car les faibles quantités de pluies sont
sujettes aux grandes variations. Fianga enregistre 832,73mm de moyenne
pluviométrique et un coefficient faible (0,17) et Guelendeng enregistre 674,27mm et un
coefficient de variation de 0,19. Ceci atteste de la variabilité de la pluie dans la plaine
du Mayo Kebbi. Les quantités précipitées partout dans la plaine sont suffisantes pour
les céréales dont le besoin en eau varie entre 500 et 800mm.
L’indice de Pettitt a détecté une rupture de stationnarité dans les séries
pluviométriques, il est indispensable de comparer les deux sous-périodes à travers les
indices pluviométriques standardisés et les moyennes (tableau X).
Ce tableau montre les paramètres statistiques des deux sous-périodes. Toutes les
valeurs montrent que la première sous-période est excédentaire et que la deuxième sous-
période est déficitaire. Pour Bongor, la moyenne est de 788,04 mm pour la première
période et 648,2 mm pour la deuxième période. Elle est aussi déficitaire pour la station
de Billiam-oursi : 745,53 mm pour la première période et 618,8 mm pour la deuxième
sous-période. Même l’écart-type est variable sur les deux périodes pour les deux
stations : 158,12 pour Bongor et 167,11 pour Billiam-oursi de 1960 à 1984 et 175,14
pour Bongor et 140,58 pour Billiam-oursi de 1985 à 2015.
L’écart entre les moyennes montre le déficit dans les quantités globales de la
pluie d’une période à une autre. Le coefficient de variation des quantités
pluviométriques diffère également d’une sous-période à une autre et d’une station à
l’autre. Il est de 0,20 et 0,22 respectivement pour Bongor et Billiam-oursi pendant la
89
première sous-période et de 0,21 et 0,19 pour Bongor et Billiam-oursi pendant la
deuxième sous-période. Ce coefficient est lié à la pluviosité.
En somme, la comparaison des paramètres statistiques des deux sous-périodes a
montré que la première sous-période est excédentaire par rapport à la deuxième sous-
période qui est déficitaire. La tendance évoquée ci-haut est liée à la sécheresse des
années 80 qui est marquée par une baisse des quantités pluviométriques. Celle de la
seconde sous-période est croissante car c’est la période pendant laquelle la quantité
pluviométrique est faible, la situation tend à s’améliorer mais cette amélioration est
timide et marquée par des profondes variations interannuelles.
La situation présentée est celle de Bongor et Billiam-oursi, pour comprendre les
variations inter-périodes, les analyses des données des stations de Fianga et Guelendeng
sont indispensables (tableau XI).
90
pluviométriques contrairement aux indices qui montrent une tendance déficitaire.
L’écart entre les moyennes des deux (2) sous-périodes est de 72,41 pour Fianga et de
48,03 pour Guelendeng. Cet écart montre aussi la variation de la pluie et la hausse des
quantités pluviométriques d’une période à une autre. Cette image peut être améliorée en
utilisant l’indice de pluviosité.
L’indice de pluviosité est donné par le rapport de la hauteur de précipitation
annuelle à la hauteur moyenne annuelle de précipitation :
𝑷𝒊
𝑰𝒑 = ⁄𝑷
𝒎
Une valeur de ce rapport supérieure à 1 caractérise les années humides, par contre
si ce rapport est inférieur à 1, les années sont qualifiées de sèches. Cet indice est utilisé
pour avoir une vision globale de l’évolution de la pluviométrie.
En effet, cet indice a l’avantage de dégager les grandes tendances en supprimant
les faibles fluctuations internes de la variable (figure 24) qui montre l’indice de
pluviosité de la plaine du Mayo-Kebbi.
1,4
1,2
Indice de pluviosité
1
0,8
0,6
0,4
0,2
0
1999
2002
1960
1963
1966
1969
1972
1975
1978
1981
1984
1987
1990
1993
1996
2005
2008
2011
2014
Années
92
Mayo-Kebbi, et particulièrement dans les stations, la variation interannuelle de la
pluviométrie est réelle. Il est important de procéder à l’analyse de la variation spatiale
pour mieux comprendre les variations.
Ce tableau montre les différentes corrélations entre les stations. Les corrélations
sont faibles entre certaines stations : c’est le cas des liaisons Bongor-Moulkou (0,25).
Elles sont par contre fortes entre les stations suivantes : Billiam-oursi-Guelendeng
(0,72), Fianga-Moulkou (0,72). Cette corrélation obéit à la logique de ressemblance dans
le comportement pluvieux. La corrélation entre les stations ne donne pas tous les
éléments indispensables à l’analyse de la variation spatiale de la pluie. Il faut aussi
procéder à l’analyse des pluies en fonction de la localisation géographique des stations.
La mise en relation entre la latitude, la longitude et les précipitations trouve sa
logique dans la différenciation observée dans les cumuls de pluie. En effet, en se
rapportant aux écarts de pluie entre les stations, certains écarts sont significatifs et
93
amènent à s’interroger sur les causes essentielles de ces différences. Bien qu’il existe
une certaine uniformité dans les totaux pluviométriques, il y a une certaine explication
entre les coordonnées géographiques et la quantité pluviométrique précipitée.
Étudier les relations entre les précipitations et l’altitude, la latitude et la longitude
permet alors d’apprécier l’importance des localisations géographiques sur la distribution
des pluies. Cette distribution peut varier en fonction de l’unité géographique. Cette
approche statistique a été appliquée sur les 4 stations (tableau XIII).
Les données du tableau XIII sont les moyennes annuelles des précipitations (Y),
les facteurs géographiques de latitude (X1) et longitude (X2) sont convertis en minutes
centésimales, tandis que l’altitude (X3) est exprimée en mètres. Elles ont permis de
calculer les corrélations entre les pluies et la position spatiale des stations. Dans la plaine
du Mayo-Kebbi, il se dégage que la distribution des pluies est expliquée à 95% par la
latitude. L’altitude et la longitude se présentent comme des facteurs secondaires de
répartition spatiale des pluies.
Les valeurs confirment l’effet réduit de l’altitude et de la longitude sur la
répartition spatiale des pluies et rappellent l’importance de la liaison entre la latitude et
les précipitations ; le coefficient de corrélation partielle illustrant cette liaison est
d’ailleurs significatif au seuil de 0,05. La corrélation multiple intégrant toutes les
variables explicatives n’est quant à elle pas significative à ce seuil du fait de la faiblesse
des couples de corrélation, c’est-à-dire le nombre de stations météorologiques étudiées.
Un lien peut aussi être établi entre les précipitations et les coordonnées géographiques
(tableau XIV).
94
Tableau XIV. Relation précipitation/coordonnées géographiques
Paramètre Coefficient de corrélation (r) Coefficient de détermination (r2)
95
Figure 27. Répartition des pluies en fonction de la longitude dans la plaine
du Mayo-Kebbi
La répartition de la pluie en fonction de la longitude présente une situation
différente de celle de la latitude. Une inversion de la longitude et de la quantité de pluie
est constatée. Plus la longitude est élevée, moins est la quantité pluviométrique. De
Bongor à Billiam-oursi, c’est un rapprochement de la longitude qui est observée mais la
quantité pluviométrique baisse. A Guelendeng et Fianga, c’est plutôt une situation
contraire qui est observée. La moyenne pluviométrique est faible à Guelendeng alors
que la longitude est élevée et à Fianga, la longitude décroit alors que la moyenne
pluviométrique augmente. De ces deux coordonnées, il ne ressort qu’une explication
partielle de la pluie. Il importe alors d’analyser la répartition de la pluie en fonction de
l’altitude (figure 28).
96
La répartition pluviométrique en fonction des coordonnées est aussi expliquée
par l’altitude. Plus l’altitude augmente, plus est la quantité pluviométrique, et moins est
l’altitude, moins est la quantité de pluie. Les stations de Guelendeng et de Fianga
donnent un bon exemple de cette répartition.
En somme, les analyses montrent que la pluviométrie peut être expliquée par les
coordonnées géographiques dans la plaine du Mayo-Kebbi. L’analyse de la pluie à
l’échelle annuelle montre aussi que la variation interannuelle et spatiale de la pluie est
réelle dans la plaine du Mayo Kebbi. Cette variabilité spatio-temporelle des
précipitations est liée à plusieurs causes.
La variabilité spatio-temporelle des précipitations au Sud-ouest du Tchad comme
dans l’ensemble de la zone intertropicale peut être traduite par les fluctuations de
position et de vitesse de la ZCIT et celles de l’intensité des courants Jet (JTE et JEA)
ainsi que les anomalies thermiques de la surface océanique. A ces causes majeures
peuvent s’ajouter la thermoconvection locale, les variations de l’albédo dues à la nature
du sol et à la dégradation de la couverture végétale (Jules Charley, cité par Courel, 1984).
Cette connaissance large sur les variations temporelle et spatiale de la pluviométrie ne
renseigne pas sur le régime saisonnier des pluies ni sur la variation décennale. Pour cette
raison, il faut procéder aux analyses décennales pour saisir les grandes variations de la
pluviométrie.
97
1000
900
800
700
600
500
400
300
200
100
0
Bongor Billiam-oursi Fianga Guelendeng
1960-1969 1970-1979 1980-1989 1990-1999 2000-2009
98
Conclusion
En somme, il ressort de ce chapitre que la variabilité climatique est réelle dans la
plaine du Mayo-Kebbi. La variabilité interannuelle de la pluie est plus prononcée à la
station de Guelendeng qu’à Fianga, toutefois, le comportement de chaque station diffère
d’une autre. En ce qui concerne la variabilité spatiale, il ressort que la latitude est le
facteur déterminant dans cette variation. Certaines stations apparaissent plus arrosées
que d’autres. Les analyses fréquentielles montrent que les périodes de retour décennales
sont plus accrues que les autres.
La répartition de la pluie est aussi expliquée par les coordonnées géographiques
car dans certaines stations, la quantité de la pluie est liée aux coordonnées
géographiques. La latitude explique plus la répartition de la pluie par rapport à la
longitude et à l’altitude. L’analyse de la pluie à l’échelle décennale a montré aussi que
les décennies ne sont pas toutes arrosées de la même manière. La décennie 1960-1969
est la plus arrosée dans toutes les stations alors que celle de 1980-1989 apparaît comme
la moins arrosée de toutes les stations. La détermination et l’analyse des données aux
échelles mensuelle et journalière peuvent apporter des informations plus fines
susceptibles de mieux saisir les variabilités internes dans la plaine du Mayo-Kebbi.
99
CHAPITRE II.
DISPARITÉS SPATIO-TEMPORELLES DES VARIABILITÉS
PLUVIOMETRIQUES MENSUELLES ET JOURNALIÈRES
DANS LA PLAINE DU MAYO-KEBBI
100
Les variations climatiques de la plaine du Mayo-Kebbi ne sont pas seulement
annuelles mais aussi mensuelles et journalières. Ces variations aux plus petites échelles
sont peu connues car peu étudiées sur l’étendue de la plaine. Tous les mois de l’année
ne sont pas pluvieux et même les mois pluvieux ne reçoivent pas la même quantité
pluviométrique. Dans ce chapitre, il est question d’analyser la variabilité mensuelle de
la pluie pour évaluer son poids pendant la saison pluvieuse. Cette analyse conduit à
déterminer les périodes de semis car ce sont les pluies qui conditionnent les activités
agricoles. Il est d’abord question dans ce chapitre, de déterminer la loi statistique à
laquelle sont soumises les pluies mensuelles et journalières. Ensuite, il s’agit de
déterminer les différentes tranches pluviométriques et l’analyse des pluies maximales,
l’estimation de ces pluies aux différentes fréquences. L’analyse des autres paramètres
climatiques constituent la dernière partie de ce chapitre.
101
Figure 30. Ajustement des pluies du mois de juillet à la loi racine normale
Cette figure présente l’ajustement des pluies du mois de juillet à la loi racine-
normale. Cet ajustement renseigne sur la moyenne de la série ainsi que son écart-type et
l’intervalle de confiance qui est de 80%. On se rend compte que la pluie du mois de
juillet s’ajuste bien à la loi racine-normale.
Le mois d’août, qui reçoit aussi des quantités pluviométriques importantes est
aussi soumise à la loi racine-normale et les résultats varient d’une station à une autre
(figure 31).
102
Figure 31. Ajustement des pluies du mois d’août à la loi racine normale
Cette figure montre aussi que les pluies du mois d’août s’ajustent aussi bien à la
loi racine-normale. Les deux mois (juillet et août) sont choisis pour être représentés car
ce sont les deux mois qui reçoivent une grande quantité pluviométrique.
Dans l’ensemble, la pluviométrie mensuelle des mois de juillet et août s’ajuste
parfaitement à la loi racine-normale, en dehors de quelques cas d’irrégularités constatés
comme le mois de juillet à Guelendeng. La loi établie, il reste à estimer les pluies aux
fréquences biennales, quinquennales et centennales.
103
L’ajustement des pluies mensuelles permet aussi de les estimer aux différentes
fréquences ( biennale, quinquennale et décennale). Cette estimation des quantiles se fait
de la même façon que celles des pluies annuelles en appliquant l’équation de la variable
réduite de Gauss, mais en transformant les séries d’observations en racines carrées
suivant l’ajustement à la loi racine-normale. Cette variable réduite de Gauss est donnée
par la formule :
√𝒙 − ̅̅̅̅
√𝒙
𝑼= où
𝝈. √𝒙
- √𝑥 : valeur de la pluviométrie mensuelle recherchée ;
- ̅̅̅̅
√ 𝑥 : moyenne des racines carrées de la série ;
- 𝜎. √𝑥 : écart-type des racines-carrées de la série.
Les résultats présentés dans le tableau XV ne concernent que les deux mois
(juillet et août) considérés comme les mois les plus pluvieux.
104
Tableau XV. Précipitations mensuelles fréquentielles
Mois juillet août
Fréquence biennale quinquennale décennale biennale quinquennale décennale
Stations 0,5 0,2 0,8 0,1 0,9 0,5 0,2 0,8 0,1 0,9
Bongor 186,03 136,03 243,9 112,9 277,2 238,1 163,7 327,23 129,5 379,5
Fianga 207,2 151,1 125,2 125,2 309,8 217,3 175,4 263,6 155,3 289,6
Billiam-oursi 167,6 119,8 98,02 98,02 255,9 233,2 171,7 304,2 143,2 345,1
Guelendeng 152,5 101,1 78,4 78,4 251,1 201,2 144,3 267,6 118,3 306,3
Moulkou 178,2 261,2 82,2 82,2 310,9 229,6 193,6 268,6 176 290,3
105
L’observation du tableau précédent donne des informations intéressantes. Les
moyennes mensuelles se rapprochent de la fréquence biennale (F=0,5). Dans les cinq
stations considérées, la moyenne mensuelle des deux mois pris en exemple se rapproche
plus de la fréquence biennale. Ce constat montre que le maximum des précipitations est
toujours atteint en ces deux mois. Un autre constat est que les précipitations moyennes
mensuelles des deux mois dépassent largement les précipitations décennales (F=0,1)
mais n’atteignent pas celles de fréquence décennale (F=0,9).
L’analyse fréquentielle est très significative mais ne donne que des valeurs
théoriques d’une part et d’autre part, ne permet pas de saisir la variation de la pluie en
profondeur. Il faut procéder à l’analyse du régime pluviométrique et de la délimitation
de la saison pluvieuse.
106
Figure 32. Régime pluviométrique moyen dans la plaine du Mayo Kebbi
107
soudanienne à sahélo-soudanienne se confirme. Le maximum de la saison pluvieuse est
atteint au mois d’août (Bongor : 247,81mm ; Billiam-oursi : 239,6mm ; Moulkou :
231,6mm ; Guelendeng : 213,08mm et Fianga : 221,22mm). Ce mois concentre le
maximum de la quantité pluviométrique tombée pendant la saison pluvieuse. La
distribution pluviométrique dans la plaine du Mayo-Kebbi est unimodale comme dans
l’ensemble de la partie méridionale tchadienne. Le régime pluviométrique étant connu,
il reste à délimiter la saison pluvieuse.
- la prépondérance des vents de direction Nord-Sud, ce qui veut dire qu’au moment
où ces vents commencent par souffler dans cette direction, la saison pluvieuse
s’annonce ;
- l’éclosion des fleurs de certains arbres ;
- les vols d’éperviers et du corbeau vers le milieu du jour ;
- les mouvements de la gazelle observés par le voyageur ;
- les cris des oiseaux et autres animaux nocturnes à des moments et des lieux
déterminés ;
- enfin, l’abondance des nuages suivis de grondement. 75% des enquêtés l’ont
évoqué.
Tous ces signes évoqués annoncent la saison pluvieuse dans la plaine du Mayo-
Kebbi. Ils ne suffisent pas à eux seuls d’identifier le début et la fin de la saison pluvieuse,
il est important d’évoquer d’autres méthodes basées sur la statistique.
Le régime saisonnier a été étudié par Suchel (1972) et Bring (2005) au Nord
Cameroun, par Baohoutou (2007, 2013), Boutna (2012), Gouataine et Moctar (2015),
Gouataine et al. (2017) au Sud et Sud-ouest du Tchad. Le régime pluviométrique dans
la plaine du Mayo-Kebbi est caractérisé par une saison sèche et une saison pluvieuse.
108
En fonction du site, la durée et l’intensité de la pluie varient. Le démarrage et l’arrêt des
pluies changent également d’une station à une autre.
Pour cette délimitation, les méthodes développées par Tchadieu et al. (1999) sur
le Nord Cameroun et inspirées des critères de Sivakumar et al. (1993) et Stern et al.
(1981) qui sont basées sur les critères suivants sont utilisées :
- le début de la saison des pluies intervient quand on observe 20 mm de pluies en
deux jours consécutifs non suivis d’une séquence sèche d’une semaine dans les
30 jours qui suivent ;
- la fin de la saison des pluies arrive après une pluie supérieure à 1 mm à laquelle
succèdent au moins 20 jours secs consécutifs.
Par rapport à cette logique, le seuil de 25mm est raisonnable pour caractériser le
démarrage de la saison pluvieuse dans la plaine du Mayo Kebbi. Il s’agit maintenant
d’analyser la situation par station.
La date d’installation des pluies et la durée de la saison sont deux paramètres
essentiels pour l’agriculture, car ils déterminent d’une part, la date de semis et d’autre
part, la durée de la période pendant laquelle les cultures peuvent bénéficier des
précipitations indépendamment des conditions d’alimentation hydrique de cette période.
En moyenne, à Billiam-oursi, le début de la saison pluvieuse est intervenu à la deuxième
décade du mois de mai entre 2000 et 2004. À partir de 2005, le démarrage effectif de la
saison pluvieuse n’a lieu qu’à la troisième décade de mai ou à la première décade du
mois de juin. A partir de 2010, la saison pluvieuse ne commence qu’à la deuxième
décade de juin. L’arrêt de la saison pluvieuse intervient à la deuxième décade du mois
d’octobre. La longueur moyenne de la saison pluvieuse est de 140 jours.
A Bongor, le démarrage effectif de la saison pluvieuse n’a lieu qu’à la deuxième
décade du mois de juin et l’arrêt intervient à la première décade du mois d’octobre. Il en
résulte un certain retard par rapport à la station de Billiam-oursi, beaucoup plus à l’ouest.
Mais à partir de 2010, ce n’est qu’à la troisième décade de juin que la saison pluvieuse
commence effectivement. Pour la station de Guelendeng, le démarrage effectif de la
saison pluvieuse n’a lieu qu’à la troisième décade du mois de juin et la fin n’intervient
aussi qu’à la première décade d’octobre. La saison pluvieuse se trouve ainsi réduite avec
110 jours par rapport à Billiam-oursi et Bongor qui en totalise un peu plus.
109
À Moulkou, la situation est analogue à celle de Billiam-oursi. La saison pluvieuse
s’installe à la deuxième décade de juin pour se terminer à la deuxième décade du mois
d’octobre. À Fianga, la première décade du mois d’avril enregistre déjà les précipitations
mais cette quantité est minime pour parler de début effectif de la saison pluvieuse. La
saison pluvieuse proprement dite ne commence généralement qu’à la troisième décade
du mois de mai. La deuxième et la troisième décade du mois d’octobre marquent la fin
de la saison pluvieuse (tableau XVI).
110
60
50
40
30
27 mai
20
9 oct.
10
0
03-Avr. 03-Mai 03-Juin 03-Juil. 03-Août 03-Sept. 03-Oct.
100
90
80
70
60
50
40 25 mai 05 oct.
30
20
10
0
05-Avr. 05-Mai 05-Juin 05-Juil. 05-Août 05-Sept. 05-Oct.
111
durée de la saison pluvieuse cette année est de 130 jours. Ces dates montrent un début
précoce et un arrêt précoce de la saison pluvieuse qui ne sont pas très dommageables
pour les cultures. La situation à Billiam-oursi pourrait être différente de celle des autres
stations (figure 35).
100
90
80
70
60
50
16 mai 19 sept.
40
sseoctobre
30
20
10
0
24-Avr. 24-Mai 24-Juin 24-Juil. 24-Août 24-Sept.
112
70
60 22 sept.
50
40
28 juin
30
20
10
10-Juil.
05-Juin
12-Juin
19-Juin
26-Juin
03-Juil.
17-Juil.
24-Juil.
31-Juil.
29-Mai
07-Août
14-Août
21-Août
28-Août
08-Mai
15-Mai
22-Mai
04-Sept.
11-Sept.
18-Sept.
Figure 36. Détermination de la date de début et de fin de la saison de pluie
en 2000 à la station de Guelendeng
113
45
40
35 16 oct.
30
25
12 juillet
20
15
10
5
0
09-Avr. 09-Mai 09-Juin 09-Juil. 09-Août 09-Sept. 09-Oct.
114
II.1.3. Perceptions paysannes des retards de pluies et poids des mois pluvieux
sur la quantité annuelle
Le poids de la tradition dans les rapports société-environnement est indispensable
aujourd’hui car une gestion des écosystèmes doit tenir compte de sa connaissance. Il est
alors indispensable de coupler la perception pluviométrique locale à la réalité
scientifique. Perard (1992) a proposé d’enrichir l’application du « modèle scientifique »
météorologique, en le confrontant au « modèle traditionnel ». Ainsi, il est question
d’analyser les comportements adoptés en cas de retard de pluie.
Le premier comportement est la prière adressée à Dieu. Les agriculteurs croyants
(chrétiens et musulmans) organisent des prières dans leur lieu de culte. Ces prières ne
sont pas seulement organisées par les agriculteurs mais aussi par ceux qui sont en ville,
car ils sont dépendants de la production agricole. L’article d’un journal intitulé retard
de pluie informe mieux : « le samedi 5 juillet 2014, des fidèles musulmans ont répondu
à l’appel à la lecture du Coran et à la prière collective dans des mosquées (…) à
l’intérieur du pays. (…) Des hommes et des femmes ont lu, plusieurs fois, le saint Coran,
puis prié pour que la pluie tombe abondamment et que la campagne agricole soit
bonne ».3
Une autre catégorie des agriculteurs fait des sacrifices pour implorer la clémence
des ancêtres. On immole quelques poulets et le sang est aspergé pour demander pardon
aux divinités afin que ceux-ci apportent l’eau pour les cultures.
Un autre comportement observé est l’identification des empêcheurs de pluie. À
Tikem dans le Mont Illi, deux méthodes permettent de savoir si la cause du retard ou du
manque de pluie n’est pas le fait des hommes. D’abord, celui qui ne veut pas qu’il pleuve
recueille l’eau de la première pluie dans une petite gourde dans laquelle il met certains
produits. Il attache cette gourde au sommet d’un arbre touffu. Ainsi, il ne pleuvra pas
tant que la gourde reste intacte. Après une période de longue attente, les vieillards
envoient les jeunes habiles monter sur les grands arbres touffus pour voir si une gourde
n’y est pas attachée. S’ils trouvent et la cassent et, il y aura une grosse pluie.
La deuxième méthode consiste aussi à identifier l’empêcheur de pluie qui ne se
lave pas pendant tout ce temps. Et tant qu’il ne se lave pas, il n’y aura pas de la pluie.
3
Le Progrès n°3905
115
Pour le démasquer, le chef de village demande à tout le monde d’aller se laver dans le
lac Tikem. Les habitants entrent dans l’eau quartier par quartier et on prend le soin de
vérifier la présence de chaque habitant. Dès que le détenteur des pouvoirs entre dans
l’eau, il y aura de la pluie ce jour-là.
Une fois le début et la fin de la saison pluvieuse déterminée, il s’agit analyser le
poids des mois pluvieux sur le total de l’année. Les mois pluvieux sont les seuls pendant
lesquels les travaux agricoles sont effectués. Ces mois ont un poids pluviométrique
différent sur la saison pluvieuse dans toutes les stations étudiées (tableau XVII).
Ce tableau montre que les mois de juillet et d’août cumulent plus de la moitié de
la quantité pluviométrique tombée. Le mois de juillet à Fianga cumule 26,3% et le mois
d’août 26,9% ; leur cumul fait 53,2%, ce qui constitue la moitié de ce qui est tombé. A
Bongor, le mois de juillet cumule 25,4% et le mois d’août 32,9%, le total fait 58,3%.
C’est précisément pendant ces deux mois que les activités agricoles sont croissantes et
le développement des cultures est assuré. Toutefois, une bonne quantité pendant ces
deux mois ne justifie une bonne production agricole. L’analyse à cette échelle ne permet
pas de cerner l’influence de la pluie sur la production agricole. Il faut procéder à une
analyse des séquences sèches et humides.
116
II.2. DE L’ECHELLE MENSUELLE A L’ECHELLE DECADAIRE : UNE
ANALYSE DE LA CONNAISSANCE DU RYTHME PLUVIOMETRIQUE
117
inter-décadaire alors que la moyenne mensuelle est croissante d’avril à août avant de
décroître en septembre et s’arrêter en octobre. Alors que pendant le mois d’août et de
septembre, on observe une fluctuation de la quantité de pluie décadaire. La station de
Bongor donne une autre image de la variation décadaire de la pluie (figure 39).
118
Cette figure présentant la distribution décadaire de la pluie à la station de Billiam-
oursi montre un accroissement progressif des quantités pluviométriques. Comme le
montre le régime pluviométrique qui est unimodal, les quantités élevées sont observées
au mois de juillet et d’août, les autres mois ont des quantités faibles car c’est pendant
ces mois que sont observés le démarrage et la fin de la saison pluvieuse. La situation
n’est pas trop différente des stations de Fianga et de Bongor. Il faut aussi analyser la
situation à la station de Moulkou pour comprendre aussi cette répartition (figure 41).
119
Figure 42. Distribution mensuelle et décadaire moyenne des précipitations
à Guelendeng
120
leur rapprochement dans le temps peut constituer un risque évident pour les plantes. Les
différents relevés bruts analysés montrent qu’on peut atteindre jusqu’à 10 jours
consécutifs secs, surtout à Guelendeng, située un peu plus au nord de la plaine. L’image
moyenne dégagée par les différentes stations indique des fréquences maximales
annuelles de 3 à 4 évènements pour ces séquences de 10 jours ; mais d’une manière
générale, les séquences de 2 à 5 jours dominent dans toute la plaine. En effet, on observe
un nombre important de fréquences de 2 et 3 jours consécutifs secs et une diminution
progressive des évènements pour atteindre la fréquence moyenne de 1 à 3 pour les
séquences de 10 jours. Cette tendance qui est observée dans toutes les stations ne varie
qu’au niveau du nombre d’occurrence des évènements. L’apparition de ces séquences
varie avec le temps. En effet, au début et à la fin de la saison pluvieuse, il y a une
fréquence élevée des séquences longues de 7, 8 et 10 jours secs qui suivent un jour ou
deux jours de pluie ; ceci se confirme car la fréquence élevée de ces séquences marque
la fin progressive de la saison pluvieuse. Même au début de la saison pluvieuse, il y a
cette même fréquence d’apparition, entrainant de ce fait l’installation progressive de la
saison pluvieuse. Alors qu’au cœur de la saison, ce sont plutôt les fréquences de 1, 2 et
3 jours qui apparaissent régulièrement. Les résultats obtenus dans la plaine du Mayo-
Kebbi confirment ceux obtenus par Bring (2005) au Nord-Cameroun ; en effet, il précise
que « les séquences d’au moins 8 jours apparaissent dès les premiers mois de la saison
des pluies. Mais on peut les enregistrer tant au début qu’à la fin de saison des pluies ».
Afin de mieux comprendre cette variation temporelle des séquences sèches, il est
préférable de récupérer au cours de l’année, les périodes préférentielles d’apparition de
ces séquences à partir de l’échelle décadaire. Cela permet d’identifier les décades les
plus dommageables en termes d’interruption des pluies et celles les moins sèches. Cette
représentation restitue en fait la fréquence des différentes interruptions le long de la
période considérée, afin de ressortir la probabilité d’avoir préférentiellement quel type
de séquence durant quelle décade. De tout ce qui précède, les faits suivants peuvent être
retenus :
- toutes les décades peuvent enregistrer des séquences atteignant jusqu’à 5 jours
consécutifs secs ; en effet, bien que certaines d’entre elles n’enregistrent pas entre
3 et 5 jours, toutes les autres décades sont concernées. A partir de 6 jours
121
consécutifs secs, on identifie clairement les décades concernées par ces
séquences. Elles indiquent les mois de démarrage et d’arrêt de la saison des pluies
comme par exemple à la station de Fianga (figure 43). Elles sont repérables par
des proportions importantes et indiquent l’aspect critique de ces séquences à
partir de ce seuil et aux décades concernées ;
122
les difficultés d’installation des pluies s’étendent jusqu’au mois de juillet; ce type
de séquence est repérable à la station de Guelendeng (figure 44).
123
Figure 45. Fréquence d'occurrence décadaire des séquences sèches à
Billiam-oursi
L’autre analyse révèle que les décades du mois de mai et de juin enregistrent les
séquences sèches de plusieurs jours, correspondant toujours ainsi à l’installation timide
de la saison pluvieuse. Ce résultat confirme les difficultés d’installation de la saison
pluvieuse telles qu’évoqués par Bring (2005) au Nord-Cameroun dont la situation est
presqu’analogue au Sud-ouest tchadien et par Baohoutou (2007). À partir du mois de
juillet, les autres décades n’enregistrent que les séquences d’un et de deux jours de
pluies. Ces séquences ne sont pas très dommageables pour les activités agricoles mais
leur rapprochement au cours du temps risque d’être dommageable.
Il reste aussi à identifier si l’apparition fréquente des séquences sèches longues
justifie la quantité annuelle précipitée. A Billiam-oursi, par exemple, en 2011, les
séquences sèches de plus de 5 jours apparaissent 7 fois et la quantité totale précipitée est
de 787,3mm, supérieure à la moyenne (779,18mm). A Bongor, ces séquences
apparaissent six fois et la quantité annuelle est 574,6mm. A Moulkou également, en
2001, ces séquences apparaissent dix (10) fois mais ne jouent pas sur la quantité annuelle
124
qui est 868,4mm. Ce qui explique que la fréquence élevée de ces séquences sèches n’agit
pas directement sur la quantité annuelle et justifie l’analyse des pluies maximales un peu
plus loin. Il s’agit maintenant de procéder à l’analyse de la pluie à l’échelle journalière.
Les données du tableau XVIII montre que les précipitations sont corrélées
positivement au nombre des jours pluvieux. Parmi toutes les stations, celle de Fianga
présente la corrélation la plus élevée entre la quantité de pluies tombées et le nombre de
125
jours pluvieux (0,84) suivie de celle de Guelendeng avec 0,59. Ces valeurs montrent une
forte corrélation linéaire entre ces deux variables à Fianga et une faible corrélation à
Billiam-oursi. Les stations de Guelendeng, Bongor et Moulkou présentent des valeurs
de corrélation moyenne entre la quantité des pluies et le nombre de jours pluvieux. La
station de Billiam-oursi enregistre une faible corrélation (0,26). L’analyse des tranches
pluvieuses donne une bonne image de la distribution des pluies.
Ajustement à une loi de Poisson, station de Ajustement à une loi de Poisson, station
Billiam-oursi de Bongor
2,5 2,5
2 2
1,5 1,5
1
1
0,5
0,5
0
0 1 3 5 7 9111315171921232527293133353739414345474951
0 3 6 9 121518212427303336394245485154
(moy.=39,64 écart-type=6,30) #REF!
#REF! #REF!
Nb. exp. Nb. théo.
Ajustement à une loi de Poisson, station de Ajustement à une loi de Poisson, station
Fianga de Moulkou
2,5 3,5
3
2
2,5
1,5 2
1 1,5
1
0,5 0,5
0 0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26 28 30 32 34 0 2 4 6 810121416182022242628303234363840424446
(moy.=26,75 écart-type=5,17) (moy.=29,79 écart-type=5,46)
Nb. exp. Nb. théo.
Nb. exp. Nb. théo.
127
tranche. Les valeurs attestent de la prépondérance des pluies inférieures à 10mm. Les
moyennes et les écart-types de chaque station le montrent.
Les variables expliquées dans cette figure sont les données pluviométriques. Les
valeurs théoriques sont les données que nous sommes censés avoir en ce qui concerne
les tranches inférieures à 10mm. Il n’y a pas que cette tranche, il y a aussi les tranches
comprises entre 10 et 30mm dont leur analyse s’avère intéressante (figure 47).
Ajustement à une loi de Poisson, station de Ajustement à une loi de Poisson, station
Billiam-oursi de Fianga
5 2,5
4 2
3 1,5
2 1
1 0,5
0 0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26 28 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26
(moy.=18,50 écart-type=4,30) (moy.=17,00 écart-type=4,12)
Ajustement à une loi de Poisson, station de Ajustement à une loi de Poisson, station
Bongor de Guelendeng
3 3
2 2
1 1
0 0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26 28 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26
(moy.=18,20 écart-type=4,27) (moy.=18,50 écart-type=4,30)
128
Cette figure présente les tranches pluviométriques de 10 à 30mm des différentes
stations. Globalement, cette tranche pluviométrique s’ajuste bien à la loin de Poisson.
Les moyennes obtenues dans les différentes stations ne diffèrent pas trop les unes des
autres, tout comme les écart-types. Néanmoins, ces valeurs sont inférieures à celles des
tranches de pluie inférieures à 10mm. L’analyse des tranches pluviométriques comprises
entre 30 et 50mm donne encore plus d’éclaircissement sur cette tranche (figure 48).
Ajustement à une loi de Poisson, station de Ajustement à une loi de Poisson, station
Billiam-oursi de Guelendeng
6 8
5
6
4
3 4
2
2
1
0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 8
(moy.=5,00 écart-type=2,24) (moy.=4,40 écart-type=2,10)
Ajustement à une loi de Poisson, station de Ajustement à une loi de Poisson, station
Fianga de Moulkou
3,5 5
3
4
2,5
2 3
1,5 2
1
0,5 1
0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 0 1 2 3 4 5 6 7 8
(moy.=5,92 écart-type=2,43) (moy.=4,87 écart-type=2,21)
129
Cette figure montre que les tranches de 30 à 50mm s’ajustent bien à la loi de
Poisson. La moyenne et l’écart-type de cette tranche sont inférieures à ceux des tranches
inférieures. Ce qui atteste de leur fréquence d’apparition faible par rapport aux autres
tranches. Il reste maintenant à analyser les tranches pluviométriques supérieures à 50mm
de toutes les stations dans la plaine du Mayo-Kebbi pour apprécier leur importance
(figure 49).
Ajustement à une loi de Poisson, station de
Moulkou
6
0
0 1 2 3
(moy.=2,00 écart-type=1,41)
Nb. exp. Nb. théo.
Ajustement à une loi de Poisson, station de Ajustement à une loi de Poisson, station
Guelendeng de Billiam-oursi
5 6
4 5
4
3
3
2 2
1 1
0 0
0 1 2 3 4 0 1 2 3 4
Ajustement à une loi de Poisson, station de Ajustement à une loi de Poissonn station
Fianga de Bongor
7
5
6
4 5
3 4
2 3
2
1
1
0 0
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5 6 7 8
(moy.=2,90 écart-type=1,70) (moy.=2,85 écart-type=1,69)
130
Globalement, les différentes figures montrent que les différentes tranches
pluviométriques s’ajustent bien à la loi de Poisson. La probabilité d’apparition des
différents seuils pluviométriques est variable dans le temps. Ces figures montrent que la
probabilité d’apparition des pluies de plus de 50mm est faible par rapport à celle des
tranches de 30 et 50mm. Les tranches entre 10 et 30mm sont moins fréquentes que celles
inférieures à 10mm, par contre elles sont supérieures aux tranches entre 30 et 50mm.
C’est dire que les pluies faibles sont prépondérantes par rapport aux fortes pluies. Ces
résultats confirment les analyses de Baohoutou (2007) qui révèle que les pluies faibles
sont la caractéristique des régions soudaniennes.
Prudenzano4 (1994) a classifié les pluies afin qu’elles tiennent de guide pour la
conduite des semis. Dans sa classification, il estime qu’un cumul pluviométrique de 5
mm est nul ; il est faible de 5 à 15 mm, modéré de 15 à 30 mm, moyen de 30 à 50 mm,
important de 50 à 75 mm et très important de 75 à 100 mm et plus. En se basant sur la
classification de l’OMM et d’après celle de Prudenzano, les pluies faibles (tranches
inférieures à 10mm et celles entre 10 à 30 mm) dominent dans la plaine du Mayo-Kebbi
(figure 50).
4
Auteur cité par Baohoutou (2007), page 42
131
Source : DREM adaptée par Gouataine, 2015
132
cultures. Vue ces conséquences désastreuses, elles retiennent l’attention de nombreux
chercheurs en agro climatologie. Une bonne connaissance de leur distribution
temporelle et spatiale est d’intérêt capital pour faire face aux risques agricoles. L’analyse
de leur distribution statistique pour voir à quelle loi elles s’ajustent permet de les
apprécier et d’estimer leurs différentes périodes de retour.
Pour pouvoir disposer d’une série des pluies journalières maximales qui peuvent
se prêter à l’analyse, on a récupéré pour chaque année une valeur maximale de pluie
tombée au cours de la saison pluvieuse pour les cinq (5) postes pluviométriques, durant
la période 2000 à 2012. Une première étape de l’analyse consiste à déterminer une loi
de distribution à laquelle ces données s’ajustent au mieux. Parmi les nombreuses lois
proposées pour les pluies extrêmes, la loi de Gumbel, universellement admise comme
la loi régissant les phénomènes extrêmes reste la plus utilisée (Laborde, 1998). Les
pluies maximales dans la plaine du Mayo Kebbi s’ajustent parfaitement à cette loi.
En fait, le modèle Gumbelien avec ses deux paramètres (moyenne =P et gradex
= g) apparaît comme un bon estimateur des pluies de fréquence rare par rapport à la loi
exponentielle double qui manque un peu de stabilité (quatre paramètres à ajuster) dans
les cinq stations (figure 51).
133
Figure 52. Ajustement des pluies maximales à la loi de Gumbel
134
maximales annuelles en calculant pour chacune au niveau de chaque station sa fréquence
théorique F(x) suivant la loi de Gumbel et sa période de retour théorique (T) telle que :
1
𝑇=
1 − 𝐹(𝑥)
Ainsi, un événement x de fréquence théorique F(x) = 0,9 ou F(x) =0,99 a une
période de retour de 10 ou 100 ans, tel qu’il a chaque année en moyenne une chance sur
dix ou sur cent d’être dépassée ou qu’il est en moyenne dépassé une fois tous les 10 ou
100 ans. Mais il faut admettre que cette période de retour est purement statistique et
caractérise la rareté d’un tel événement. Pour ces deux fréquences (0,9 et 0,99), les
valeurs de la variable réduite de Gumbel correspondantes qui s’obtient par la formule –
LN (-LN (F)) sont respectivement de 2,3 et 4,6. La crédibilité que l’on peut accorder à
une estimation est fonction de la taille de l’échantillon (Laborde, 1998). Dans le cas
d’étude, les échantillons sont de taille 12 et donnent les résultats variant selon les stations
(tableau XX).
En observant le tableau, la remarque à faire est que les pluies décennales sont
atteintes à Billiam-oursi (109,4mm en 2001 ; 110mm en 2012), Moulkou (108mm en
2009), Guelendeng (108mm en 2009). Ce sont les précipitations centennales qui ne sont
pas atteintes. Ces exemples confirment les résultats des analyses, pour dire qu’en 12 ans,
les probabilités d’atteindre les pluies décennales sont certaines.
135
Conclusion
Il a été question dans ce chapitre d’analyser le comportement de la pluie à partir
des cumuls mensuels et journaliers. Il ressort que la corrélation entre la quantité de pluie
tombée et le nombre de jours pluvieux est bonne, ce qui atteste d’un bon rapprochement
entre ces deux paramètres. L’analyse des séquences sèches donne une autre image de la
pluie dans la plaine du Mayo-Kebbi. Il ressort que les séquences sèches de plus de 8
jours interviennent au début et à la fin de la saison pluvieuse et les séquences d’un, 2, 3
et 4 jours interviennent le plus souvent au cœur de la saison pluvieuse. Les séquences
de 5 et 6 jours peuvent intervenir de manière irrégulière dans certains sites créant des
« trous pluviométriques ».
De l’analyse des tranches pluviométriques, il ressort également que les tranches
pluvieuses inférieures à 10mm sont largement supérieures à d’autres, les plus faibles
sont les tranches supérieures à 50mm. L’analyse des pluies maximales journalières a
aussi donné aussi des informations intéressantes. L’analyse de leur fréquence montre
que les pluies décennales sont fréquemment atteintes certaines années dans certains
sites.
En fait, quels sont les effets de ces différentes variabilités sur les systèmes
agricoles ? En quoi la pluviométrie influence la production agricole ? Dans la seconde
partie de ce travail, ces aspects évoqués sont traités.
136
DEUXIÈME PARTIE.
LES EFFETS DES VARIABILITÉS PLUVIOMETRIQUES
SUR LES SYSTÈMES VEGETATIFS DES PLANTES
CULTIVEES
Les variabilités pluviométriques étudiées influencent les systèmes végétatifs des
plantes cultivées de la plaine du Mayo-Kebbi. Ces fortes variabilités interannuelles et
spatiales désorganisent les systèmes végétatifs. Cette partie est consacrée à l’analyse des
effets de ces variabilités sur les systèmes végétatifs. Elle comporte aussi deux chapitres.
Le troisième est consacré à l’analyse des effets des variabilités pluviométriques sur les
systèmes de culture et le quatrième évoque l’analyse de ces variabilités sur les systèmes
végétatifs.
137
CHAPITRE III.
DES PARAMETRES AGRICOLES FORTEMENT
PERTURBÉS PAR LES VARIABILITÉS PLUVIOMETRIQUES
138
Le système cultural est un ensemble d’itinéraires techniques, c'est-à-dire des
successions ordonnées et datées de techniques et de pratiques culturales appliquées à
des espèces végétales cultivées en vue d’obtenir des produits. Dans le Sud tchadien en
général et dans la plaine du Mayo-Kebbi en particulier, le système cultural est tributaire
de la pluie. Sur toute l’étendue de la plaine, les activités agricoles dépendent totalement
du rythme climatique. Les systèmes de culture sont bouleversés dans leurs fondements
par les variabilités pluviométriques. Pour comprendre ce bouleversement, il est
indispensable d’analyser les effets de ces variabilités sur ces systèmes. Avant d’analyser
la relation entre la pluie annuelle et les systèmes de culture, il est important de connaitre
les différents secteurs agro-écologiques, de présenter globalement la situation de la
production agricole et des rendements de la plaine du Mayo-Kebbi et les relations
existantes entre ces paramètres. Sont aussi étudiées les corrélations entre les différents
paramètres agricoles et entre la pluie avec ces différents paramètres.
139
Figure 52. Secteurs agro-écologiques de la plaine du Mayo-Kebbi
140
Tableau XXI. Caractéristiques de chaque secteur agro-écologique
Caractéristiques Systèmes de culture et observations
La plaine du Mayo-Boneye est constituée des sous-préfectures de Rhigaza Le système de culture est
(Billiam-oursi), de Bongor, de Moulkou, de Semga (Djarwaye), de Kim et de Kolobo. essentiellement basé sur le sorgho
Le climat est à deux saisons bien tranchées : une saison humide de mai ou juin rouge. Le maïs et le pénicillaire sont
Plaine du Mayo Boneye
à octobre et une saison sèche de septembre à mai. Le maximum annuel peut dépasser cultivés dans sa partie septentrionale.
les 1000mm certaines années. La moyenne est de 800mm. La période végétative est Le taro est cultivé dans la zone de
de 150 jours. Kim et Koyom au sud de la plaine. A
Les sols de cette plaine sont des sols peu évolués. Ce sont des sols sur alluvions l’ouest, c’est la culture du riz qui
sablo-limoneux correspondant aux sols alluviaux du Logone. Les sols à texture fine domine.
en surface (teneur élevée en argile, forte capacité de rétention de l’eau) conviennent
aux cultures de décrue.
La forte densité de la population et les risques élevés d’inondation de ces
localités ne permettent pas d’exploiter efficacement les sols. Toutefois, dans sa partie
septentrionale, la culture d’autres spéculations est élevée. La culture de contre-saison
est aussi beaucoup développée. Les conflits fonciers sont aussi élevés.
141
C’est le secteur qui couvre les sous-préfectures de Katoa, Nanguigoto et En plus du sorgho rouge, le
Guelendeng. Quatre (4) cantons se partagent l’espace : le canton Katoa, Mogrom, pénicillaire est beaucoup labouré.
Plaine du Mayo Lemié
Malboum et Mito. La précipitation maximale n’excède pas 800mm et la durée de la Une autre variété du mil appelé ‘‘BZ’’
saison des pluies est très courte (3 à 4 mois). Cette zone assure la transition entre les est cultivé en septembre. Elle est
domaines sahélo-soudanien et sahélien. La période végétative est de 120 jours. précoce et dispose d’un fort potentiel
Les sols sont constitués de vertisols qui sont temporairement soumis à une de rendement. Les cultures
inondation due au débordement des fleuves. maraîchères sont aussi beaucoup
La densité de la population est relativement faible par rapport à celle du Mayo- développées.
Boneye. La disponibilité des terres est moyenne, c’est-à-dire que chaque exploitant
peut disposer d’un à deux hectares pour labourer.
Cette dépression couvre la zone de Fianga, Hollom-Gamé, Youé, Kera, Tikem. Le système cultural est
Le maximum pluviométrique dans cette zone est de 1055,7mm. La saison pluvieuse caractérisé par la pratique d’une seule
Dépression toupouri
est la plus longue de la zone d’étude. culture suivie de béré-béré qui est une
Les sols de cette plaine sont des sols ferrugineux tropicaux. Ils sont cultivés en culture de contre-saison. D’autres
mil, sorgho, manioc. Ces sols sont pauvres en matières organiques et l’apport cultures telles que l’arachide sont
d’engrais chimique ou une très longue durée de la jachère st nécessaire pour maintenir aussi pratiquées.
la fertilité. La densité de la population permet une exploitation de 2 à 3 ha par
exploitant. Le système locatif est aussi développé surtout à Tikem.
142
III.1.2. Systèmes de culture
Les systèmes de culture mis en œuvre par les agriculteurs dans la plaine du Mayo-
Kebbi sont souvent complexes : successions de plusieurs cultures dans l’année,
associations de plantes dont le cycle et l’utilisation sont très diversifiés. La mise en
culture de cette plaine suppose tout d’abord le défrichement des champs. La culture sur
brulis est la règle.
Le brûlis est très souvent suivi des opérations de semis ou de bouturage, sans
grand travail du sol préalable. Les semences de céréales et de légumineuses, ainsi que
les boutures, peuvent être directement enfouies dans le sol. Plusieurs espèces et variétés
peuvent être étroitement associées sur la même parcelle, de façon à ce que les plantes
de tailles et de ports différents recouvrent rapidement la totalité du terrain et puissent
ainsi intercepter le maximum de rayonnement solaire. Le choix des espèces et des
écartements entre plantes tient compte aussi des risques d’invasion par les herbes
adventices.
Les systèmes culturaux, dans la plaine du Mayo-Kebbi, sont constitués de la
monoculture. Cette monoculture n’est constituée que de la culture pure. On parle de
culture pure lorsqu’une seule espèce est cultivée sur une parcelle. Avec la forte
variabilité interannuelle de la pluie, cette pratique culturale ne prend plus de l’ampleur
comme auparavant. 75% des enquêtés déclarent avoir basculé dans d’autres pratiques
agricoles.
L’association des cultures, pratiquée depuis toujours est plus accentuée
aujourd’hui. Les cycles culturaux des deux cultures (sorgho rouge-niébé ; sorgho rouge-
sésame ; sorgho rouge-pénicillaire) se chevauchent, sans pour autant être forcément
plantées ou récoltées en même temps. Ici, l’association culturale est mélangée puisqu’il
n’y a pas un arrangement géométrique nettement observable.
La culture par séquence constitue le moyen d’utiliser toutes les possibilités
agronomiques du sol sans l’épuiser. Cependant, l’association des cultures continue de
dominer dans les différentes localités (planche 1). Elle consiste à cultiver simultanément
sur une même parcelle deux ou plusieurs cultures.
143
10°12’N et 15°12’N ; 10°54’N et 15°14’E
Cliché Gouataine, 2014
144
(𝑪 + 𝑱)
𝑳=
𝑪
Avec
C= nombre d’années de mise en culture ;
J= nombre d’années de mise en jachère ou en repos.
Si L ≥ 5, le sol est exploité judicieusement et ne subit aucune pression ;
Si L 5, le sol est surexploité.
Ce coefficient permet de caractériser le niveau de fertilité des sols et les résultats
montrent qu’il existe quelques disparités d’un espace à un autre (tableau XXII).
Gourneyda 7 3 1,42
Guelendeng 9 4 1,44
Moulkou 5 3 1,6
Bawaliassou 5 3 1,6
Fianga 8 4 1,5
Tikem 9 4 1,44
Source : Enquête de terrain, 2014
Le tableau XXII montre que la jachère est réduite dans la plaine du Mayo-Kebbi.
Sa courte durée ne permet pas au sol de se régénérer normalement. La durée
d’exploitation dépasse largement le temps de jachère qui se trouve réduit année après
année. Cette réduction conditionne aussi le cycle des travaux culturaux (tableau XXIII).
145
Tableau XXIII. Cycle des travaux
Périodes Activités
Mai-début Juin Défrichement des champs
Juin Semis du sorgho, du maïs, du niébé, du sésame,…
Juillet Semis et repiquage du riz,
Août Sarclage du sorgho, du maïs, de l’arachide…
Septembre Sarclage du pénicillaire
Octobre Récolte maïs, arachide…
Novembre Récolte du riz
Décembre Récolte du pénicillaire et du riz
Source : Enquête de terrain, 2014
146
En ce qui concerne les procédés de labour, le sarclage a lieu deux (2) fois dans
l’année. Juste après le défrichement des champs, le champ est labouré afin d’être semé.
Ce labour est fait généralement avec les bœufs d’attelage. Le second sarclage intervient
après le semis, au moment où les grains ont poussé et atteint une certaine hauteur. Les
sillons ne sont pratiqués que pour la culture de la patate et le taro vers la zone de Kim.
L’analyse des systèmes de culture a permis d’avoir un aperçu global des pratiques
agricoles dans la plaine du Mayo-Kebbi. Il importe d’analyser les paramètres agricoles
issus de ces pratiques et systèmes de culture.
147
Figure 54. Evolution de la production agricole dans la plaine du Mayo-
Kebbi
La figure 54 montre que la première décennie enregistre des faibles productions
sur presque toutes les productions. Les productions continuent d’augmenter à la
deuxième décennie alors qu’à la troisième, elle est tantôt déficitaire, tantôt excédentaire.
En considérant le pénicillaire par exemple, la première et la troisième décennie ont
enregistré de faibles valeurs, sauf la seconde qui est excédentaire. Pour les autres
cultures, la situation est analogue à celle du pénicillaire. Cette production globalement
déficitaire à la première décennie s’explique par la sécheresse qui a frappé le sahel dont
la plaine du Mayo-Kebbi. La production de toutes les cultures est mauvaise au regard
de la rigueur climatique. A partir des années 90, la situation s’est stabilisée et les
148
productions agricoles ont augmenté. La troisième décennie est déficitaire pour certaines
cultures (riz, arachide, sésame, pénicillaire) et stable pour le sorgho et le maïs. Les
données utilisées présentent les paramètres de dispersion des productions agricoles
autour de la moyenne (XXIV).
On retient de ce tableau que la moyenne la plus élevée est celle du sorgho suivie
de celle d’arachide. La moyenne la plus basse est celle du riz avec 4199,7t. Par contre,
le coefficient de variation du riz est le plus élevé (53,5%) par rapport à celui de
l’arachide (33,4%). Ces données montrent que la variabilité des productions est
inversement liée à la moyenne annuelle.
Au niveau des stations, la situation permet de mieux apprécier les liens entre la
pluie et la production agricole. Trois spéculations sont prises en compte pour présenter
la situation à l’échelle stationnelle. Il s’agit du riz, du maïs et de l’arachide (figure 55).
Les principaux secteurs représentant les secteurs agro-écologiques ont été pris en
compte dans cette évaluation : il s’agit de Bongor, Guelendeng et Fianga. Les données
sont exprimées en tonnes.
149
Figure 55. Evolution de la production du maïs à l’échelle stationnelle
150
Figure 56. Evolution de la production du riz à l’échelle stationnelle
151
Figure 57. Evolution de la production de l’arachide à l’échelle stationnelle
152
III.2.2. Evolution de rendement dans la plaine du Mayo-Kebbi
Le rendement des différentes cultures pratiquées dans la plaine est aussi variable
dans l’espace et dans le temps. Ce rendement calculé sur la même base que celle de la
production sur la période 1980-2015 permet de comprendre sa fluctuation interannuelle
et de corréler cette évolution avec les autres paramètres agricoles ainsi qu’avec la pluie.
153
La figure 58 montre la variation de rendement des différentes spéculations dans
la plaine du Mayo-Kebbi. Les figures attestent que les rendements subissent de
profondes variations. Dans le temps, la variation est forte parce que les années qui se
suivent ne se ressemblent pas. Les rendements des différentes cultures ne sont pas les
mêmes chaque année, la variation est observable au regard des graphiques.
Le rendement du sorgho est stable dans l’ensemble, ce n’est qu’à partir de 2004
que les fortes fluctuations sont observées. L’année 2007 apparait comme celle ayant
enregistrée un fort rendement et l’année 2005 comme celle ayant enregistré un faible
rendement. Pour le pénicillaire, la première décennie n’a subi que de faibles fluctuations
et ce n’est qu’à partir de 1990, que les fluctuations deviennent de plus en plus
importantes. La troisième décennie est celle ayant enregistré les plus faibles et forts
rendements. Contrairement au sorgho et au pénicillaire, le sésame enregistre les forts
rendements à la deuxième décennie (1996) et la plus faible en 2005. Les rendements du
maïs subissent une variation interannuelle forte de 1986 à 2015. La fluctuation est forte
pour cette culture. L’année 1993 a enregistré le plus faible rendement et 2012 le plus
fort. Pour le riz, les fluctuations sont de plus en plus fortes comme en témoigne le
graphique. Les années 1984 et 2005 ont enregistré les plus faibles rendements. Les écarts
de rendement d’une année à l’autre sont importants et montre le comportement
particulier des rendements de cette culture par rapport à d’autres. Les fluctuations de
rendements de l’arachide ne sont pas très fortes. Globalement, la deuxième décennie
enregistre les rendements les plus élevés alors que la troisième décennie enregistre des
faibles rendements (tableau XXV).
154
La situation des rendements est différente de celle des productions. La variabilité
des rendements n’est pas inversement liée à la moyenne. Le sésame enregistre la
moyenne des rendements les plus faibles alors que le maïs enregistre la moyenne la plus
élevée. Le riz présente la particularité d’enregistrer le rendement le plus faible et le
rendement le plus élevé. Cette culture enregistre aussi le coefficient de variation le plus
élevé (45,5%).
Cette analyse à l’échelle de la plaine ne donne qu’un aperçu global de l’évolution
des rendements. L’analyse à l’échelle stationnelle permet d’appréhender au mieux cette
variation lorsqu’on s’en tient par exemple aux rendements du riz à l’échelle stationnelle
(figure 59).
155
enregistré de très faibles rendements du riz à Bongor. Par contre, à Guelendeng, la
variation de rendement n’est pas très accentuée, des faibles rendements sont enregistrés
en 2000 et 2006. La situation à Fianga diffère des deux autres stations par la nature et la
croissance de la variation. Une variation interannuelle de la pluie est observée mais cette
variation est croissante. Les rendements obtenus sont améliorés au fur et à mesure au
cours des années. Ce n’est qu’à partir de 2006 que les rendements décroissent jusqu’en
2008 avant de s’améliorer en 2009.
La variation spatiale montre que Bongor est la station qui obtient les bons
rendements par rapport à Fianga et Guelendeng qui ont les faibles valeurs. Les faibles
valeurs enregistrées à Bongor constituent les valeurs moyennes dans les autres stations,
à cause de l’importance de rendement. Le cas observé pour l’arachide dans quelques
stations de la plaine du Mayo-Kebbi est à cet effet illustratif (figure 60).
156
L’évolution de rendement de l’arachide à l’échelle stationnelle ne diffère pas de
celle du riz. La variation interannuelle est plus prononcée à Guelendeng. Alors qu’à
Fianga, c’est une régularité dans les rendements qui atténue la variation. A Bongor, le
rendement le plus élevé n’est observé qu’en 2002 et 2007 alors que les autres valeurs
sont moyennes. L’analyse de l’évolution de rendement de l’arachide complète l’image
globale des rendements dans la plaine du Mayo-Kebbi (figure 61).
157
L’observation des différentes figures montre une variation interannuelle des
rendements des différentes cultures. Ces variations se remarquent d’une année à une
autre et également d’une culture à une autre. Il s’agit maintenant d’analyser l’évolution
des surfaces agricoles.
158
Figure 62. Evolution des surfaces emblavées (hectare)
159
la première décennie alors que les surfaces les plus grandes sont observées à la troisième
décennie.
La surface du sésame a connu une augmentation de 1980 à 2000 avant de
décroitre. La troisième décennie a enregistré la plus grande surface en 2000 et la plus
petite en 2008 et jusqu’en 2015. Pour l’arachide, c’est une situation en dents de scie qui
est observée. La deuxième décennie a enregistré les surfaces les plus élevées et la
troisième a enregistré les plus faibles surfaces. La surface du riz a connu aussi des
fluctuations de 1980 à 2015. De 1980 à 1989, les superficies cultivées ne sont pas
élevées. De 1990 à 1989, c’est une augmentation constante qui est observée. Les plus
grandes surfaces sont cultivées au début de la troisième décennie et les plus faibles
surfaces sont enregistrées de 2002 à 2009 avant de croitre jusqu’en 2015.
Enfin, la surface du pénicillaire a connu une fluctuation semblable à celle des
autres cultures. Le début de la première décennie a connu de faibles surfaces et cela se
comprend par les faibles précipitations enregistrées à cette période. Une augmentation
constante est observée pour atteindre l’optimum en 1986. Les autres années ont
enregistré de faibles surfaces jusqu’en 2006 pour s’augmenter légèrement avant de
décroître, croître à nouveau en 2010 et 2011. Ces analyses à l’échelle globale cachent
une disparité. Pour mieux comprendre les fluctuations des surfaces, une analyse à
l’échelle moyenne est aussi judicieuse pour mieux appréhender cette évolution (figure
63).
160
Figure 63. Evolution de la surface du riz à l’échelle stationnelle par hectare
161
Figure 64. Evolution de la surface du maïs à l’échelle stationnelle par
hectare
162
Figure 65. Evolution de la surface de l’arachide à l’échelle stationnelle par
hectare
163
agricoles. D’une manière globale, les surfaces agricoles dépendent plus des moyens
techniques et des pratiques de labour.
L’augmentation sensible des paramètres agricoles pourrait s’expliquer par
l’augmentation de la population. En effet, avant le découpage administratif qui a scindé
le Mayo-Kebbi en deux régions, la préfecture du Mayo-Kebbi compte cinq sous-
préfectures qui sont : Bongor, Fianga, Pala, Léré et Gounou-Gaya. Le nouveau
découpage l’a d’abord érigé en région, et ensuite l’a divisé en deux régions distinctes :
le Mayo-Kebbi Est et le Mayo-Kebbi Ouest. Le domaine d’étude qui se trouve dans le
Mayo-Kebbi Est comptait 338 471 habitants en 1993 scindée comme suit : la sous-
préfecture de Bongor qui couvrait le Mayo-Lemié et le Mayo-Boneye avec 187 984
habitants et Fianga avec 150 487 habitants. Le recensement de 2009 donne 242 845
habitants pour le Mayo-Boneye, 81 816 habitants pour le Mayo-Lemié soit 324 661
habitants pour l’ancienne sous-préfecture de Bongor et 228 366 habitants pour le Mont
Illi. Entre les deux recensements (1993-2009), c’est-à-dire 16 ans, la population a
augmenté de 40 382 habitants pour le Mayo-Boneye et le Mayo-Lemié et 77 879
habitants pour le Mont Illi soit 118 261 habitants pour le domaine d’étude. La densité
est de 22,7 habitants/km2 pour le Mayo-Lemié, 27,98 habitants/km2 pour le Mayo-
Boneye, 79,34 habitants/km2 pour le Mont Illi (figure 66). Ces chiffres justifient
l’augmentation considérable de la production et des surfaces agricoles.
164
Figure 66. Densité de la population dans la plaine du Mayo-Kebbi en 2009
165
III.3. LA PRODUCTION AGRICOLE PERTURBEE PAR LA
VARIATION PLUVIOMETRIQUE ANNUELLE
166
2,5
2
1,5
1
0,5
0
-0,5 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-1,5
-2
-2,5
-3
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-2
-3
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-2
-3
167
3
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-2
-3
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-2
-3
3
2,5
2
1,5
1
0,5
0
1989
1986
1987
1988
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
-0,5
-1
-1,5
-2
-2,5
168
Ces deux (2) figures présentent l’indice pluviométrique et l’indice de production.
Globalement, l’indice de production suit l’indice pluviométrique. En prenant culture par
culture, la production agricole reste dépendante de la pluviométrie. En prenant par
exemple le sésame, à partir de 1996, l’indice pluviométrique est négatif alors que
l’indice de production est positif, alors qu’en 2004, l’indice pluviométrique est positif
et l’indice de production est négatif. Mais globalement, cette figure montre que la
production agricole suit la pluviométrie. Il est aussi important de présenter l’indice
pluviométrique et l’indice de rendement pour en dégager les effets (figure 68A et 68B).
169
5
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-2
-3
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-2
-3
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-2
-3
170
3
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-2
-3
2,5
2
1,5
1
0,5
0
1989
1986
1987
1988
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
-0,5
-1
-1,5
-2
-2,5
2,5
2
1,5
1
0,5
0
-0,5 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
-1
-1,5
-2
-2,5
-3
171
Les figures (68A et 68B) présentent l’indice pluviométrique et l’indice de
rendement. D’une part, les indices de pluie et de rendement se suivent et d’autre part,
les indices ne se suivent pas. Prenant l’arachide par exemple, à l’échelle de la plaine,
son rendement est tributaire de la pluie comme le confirment les deux indices. Les
indices de rendement positifs sont liés aux indices de pluie positifs et les indices de
rendement négatifs sont liés aux indices pluviométriques négatifs. En dehors de
quelques années dont une irrégularité est observée, dans l’ensemble, les indices de
production et de rendement restent dépendants des variations pluviométriques.
En somme, les figures précédentes montrent la variation interannuelle de la
pluviométrie, de la production et des rendements. Globalement, la production et le
rendement des cultures sont dans la plupart des cas, dépendants de la pluviométrie, mis
à part quelques valeurs. Celle-ci constitue un facteur déterminant dans la production
agricole. Pour mieux affiner l’analyse, il faut établir la corrélation linéaire entre ces
différentes variables.
La mise en relation statistique de la production agricole, du rendement et de la
pluviométrie de la plaine du Mayo-Kebbi montre des résultats significatifs. Le tableau
XXVII présente le résultat des corrélations.
172
maïs et le pénicillaire, les corrélations sont faibles. La faiblesse de corrélation entre les
stations ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’effet de la pluviométrie sur la production
agricole. C’est ce que montrent les corrélations existantes entre la pluie et la production
à l’échelle de la plaine (figure 69).
173
la production globale. A l’échelle stationnelle, la corrélation entre la pluviométrie et la
production montre quelques individualités qu’il convient de dégager. La corrélation
existe entre la pluviométrie et la production dans les sites de Bongor, Fianga et
Guelendeng (tableau XXVIII).
Les corrélations sont positives dans certaines zones mais pas dans d’autres. A
Bongor par exemple, la corrélation est positive entre la pluviométrie et le maïs et entre
la pluviométrie et le sésame. À Fianga, les corrélations sont positives entre la
pluviométrie et le sésame, entre la pluviométrie et le sorgho, par contre à Guelendeng,
toutes les cultures sont bien corrélées à la précipitation en dehors de l’arachide et du
maïs.
Bien que les corrélations soient positives entre la pluie et la production dans les
différentes stations, il est important de les représenter graphiquement pour mieux
comprendre les interrelations. Le cas de la corrélation entre les pluies et la production
du riz à l’échelle stationnelle est à cet effet significatif (figure 70).
174
Figure 70. Résidus de régression linéaire de la production du riz à l’échelle
stationnelle
175
Figure 71. Résidus de régression linéaire de production du maïs à l’échelle
stationnelle
176
Figure 72. Résidus de régression linéaire de production de l’arachide à
l’échelle stationnelle
177
en partie dépendante de la pluviométrie. La corrélation entre les quantités de pluies et
les rendements dans les différentes spéculations est aussi envisageable.
III.3.2. Corrélation entre les pluies et les rendements des différentes cultures
La pluie n’agit pas seulement sur la production agricole. Elle conditionne aussi
le rendement des différentes cultures. Pour établir un lien entre la pluie et le rendement,
on a corrélé la pluviométrique moyenne annuelle avec le rendement annuel des
différentes cultures.
La corrélation entre la pluviométrie et le rendement est positive mais faible pour
les cultures telles que le sorgho (0,25), le maïs (0,10), le pénicillaire (0,09), sauf pour la
culture du riz où le coefficient de corrélation est moyen (0,52) et l’arachide (0,43) (figure
73).
178
Figure 73. Résidus de régression de rendement des différentes cultures
dans la plaine du Mayo-Kebbi
Cette figure montre qu’il existe une relation entre la pluie et le rendement des
cultures. Même si les corrélations restent faibles, elles attestent de la dépendance des
rendements agricoles à la pluie. L’analyse à l’échelle des stations permet de comprendre
cette dépendance (figure 74).
179
Figure 74. Résidus de régression linéaire de rendement du riz à l’échelle
stationnelle
180
Figure 75. Résidus de régression linéaire de rendement de l’arachide à
l’échelle stationnelle
181
Figure 76. Résidus de régression linéaire de rendement du maïs à l’échelle
stationnelle
La situation à la station de Fianga ne diffère pas trop de celle des autres stations.
La corrélation entre la pluie et le rendement du maïs est partout positive. Elle est plus
élevée à Guelendeng avec 0,43 dans l’intervalle de confiance de 70%. Dans les deux
autres stations, la corrélation est aussi positive. La corrélation linéaire entre les pluies et
les rendements des différentes cultures est positive sur toutes les cultures, excepté le
maïs à Fianga et l’arachide à Guelendeng. Pour d’autres cultures encore, les corrélations
sont faibles : il s’agit du maïs (0,05) et de l’arachide (0,06) à Bongor, le maïs (0,45) et
le riz (0,38) à Guelendeng.
Il existe une relation positive ou négative entre les anomalies pluviométriques et
les paramètres agricoles. En effet, d’une part, les anomalies pluviométriques sont
associées à des diminutions ou des augmentations sensibles des résultats agricoles
182
(relation positive) et d’autre part, l’analyse montre une dépendance entre les résultats
agricoles qui diminuent ou augmentent lorsque les pluies sont excédentaires ou
déficitaires (relation négative).
Faut-il alors comprendre que les différentes corrélations ne présentent pas de
dépendance marquée entre la variabilité pluviométrique annuelle et les fluctuations
agricoles ? Aussi, faut-il comprendre que la péjoration pluviométrique actuelle est sans
effet sur les différentes cultures vivrières dans la plaine du Mayo-Kebbi ? En réalité, la
relation pluie-production agricole est une relation très complexe. Certes, la pluviométrie
constitue un facteur limitant, mais d’autres éléments ou facteurs pas toujours visibles
agissent d’une manière décisive sur la production agricole. L’évolution de la production
agricole n’est-elle pas aussi liée à l’augmentation des emblavures ? Une analyse des
surfaces emblavées de la plaine d’une manière globale et au niveau stationnelle pourrait
permettre de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse. L’analyse des corrélations entre
ces deux paramètres (production-surface agricole) aide à mieux comprendre la
dynamique agricole.
183
Ce tableau montre la corrélation qui existe entre la surface cultivée et la
production d’une part et entre la surface et le rendement d’autre part. Nous remarquons
que la corrélation est positive entre :
- la surface et la production du sorgho (0,55) ;
- la surface et la production du maïs (0,79) ;
- la surface et la production de l’arachide (0,69).
Elle est faible en ce qui concerne le riz (0,20). Par contre, elle est négative pour
la culture du pénicillaire (-0,24).
Ces résultats montrent que globalement, dans la plaine du Mayo-Kebbi, la
production agricole suit l’augmentation ou la réduction des surfaces cultivées. Si la
production agricole peut aussi être expliquée par la surface, est ce que le rendement des
différentes spéculations peut aussi expliquée par la surface emblavée ?
Les corrélations sont négatives entre la surface et le rendement du sorgho (-0,24),
très faible entre la surface et le rendement du maïs (0,09), faible pour les cultures du
pénicillaire (0,21) et le riz (0,27). Elle est bonne entre la surface et le rendement de
l’arachide (0,51). Ces quelques données attestent que le rendement des cultures n’est
pas lié à la surface agricole. L’analyse à l’échelle stationnelle donne quelques
éclaircissements (tableau XXX).
Ce tableau fournit des informations intéressantes. La remarque faite est que pour
toutes les cultures, le coefficient de corrélation entre la surface et la production est
négatif, sauf à Fianga que la corrélation est positive pour la culture du riz et à Bongor
184
pour la culture du maïs. Pour le rendement, la corrélation avec la surface est positive à
Bongor pour l’arachide (0,39), à Fianga pour le maïs (0,53) et le riz (0,14). Il ressort
globalement que statistiquement, il existe un lien particulier entre la surface et les autres
paramètres agricoles (production et rendement) quand bien même les corrélations sont
négatives. C’est ce qui est d’ailleurs confirmé par Essotalani et al. (2009 et 2010) au
Togo. En effet, ils ont fait savoir que l’absence de corrélation ou la faiblesse des
corrélations ne veut pas dire qu’il n’y a pas un lien entre les paramètres agricoles.
D’une manière générale, il ressort que dans la plaine, il existe un lien statistique
entre la pluviométrie et les paramètres agricoles (production et rendement). Même la
surface agricole est bien corrélée avec la production mais avec le rendement, seules les
surfaces de quelques cultures y sont bien corrélées. A l’échelle stationnelle, la même
tendance ne se dégage pas partout. Il y a une corrélation entre la pluviométrie, la
production et les rendements des cultures mais avec la surface, les corrélations sont
restées faibles.
Conclusion
Au terme de ce chapitre, quelques points importants méritent d’être rappelés. La
plaine du Mayo-Kebbi est divisée en plusieurs secteurs agro-écologiques dont les limites
sont définies par les plaines inondables et les zones exondées. Cette répartition donne
un aperçu global de la production agricole et de mieux comprendre les dynamiques
agricoles de chaque zone.
Dans la plaine, la production et le rendement des céréales sont dépendants de la
variabilité pluviométrique annuelle. Les différentes corrélations établies attestent cela.
Les corrélations entre la production et la surface des différentes cultures est également
bonne, ce qui atteste aussi que la production est dépendante de l’augmentation et de la
diminution des surfaces emblavées. Par contre, la corrélation est faible entre la surface
et le rendement des cultures.
A l’échelle stationnelle, les résultats de l’analyse ne s’écartent pas trop de
l’échelle globale. Les corrélations sont bonnes entre la pluie et les indices agricoles
(production et rendement). Malgré quelques individualités, la relation est bonne dans
l’ensemble. Ce n’est que la surface agricole qui ne s’est pas bien corrélée avec les indices
185
agricoles. Il ressort en fait que les cultures annuelles restent dépendantes de la pluie. Les
paramètres agricoles (production et rendement) s’augmentent et s’abaissent au gré des
variations pluviométriques annuelles. Pour comprendre davantage les effets des
variabilités pluviométriques sur les cultures, il reste à analyser les effets des variabilités
des pluies mensuelles et journalières.
186
CHAPITRE IV.
LES EFFETS DES VARIABILITÉS PLUVIOMETRIQUES
SUR LES PLANTES CULTIVÉES
187
Les variabilités pluviométriques n’influencent pas seulement les cultures d’une
manière globale mais agit aussi sur les plantes cultivées. L’étude des effets de ces
variabilités sur ces dernières sont très peu connues dans le Mayo-Kebbi et ceci expose
davantage les paysans aux risques agricoles. Dans ce chapitre, il est question d’analyser
les effets des variabilités pluviométriques mensuelles, décadaires et journalières sur les
plantes. Ces effets vont de la perturbation du cycle cultural à travers la longueur de la
saison pluvieuse et le nombre de jours pluvieux, de la variation décadaire de la pluie et
du besoin en eau des cultures, du déficit et de l’excès d’eau à certains stades du cycle
végétatif des plantes. Ces effets sont aussi analysés par la simulation des rendements et
l’évaluation de leur perte qui sont réalisées avec CropWat.
188
variétés à cycle court (90 jours) concernent beaucoup plus l’arachide et le maïs. Les
variétés de sorgho à cycle très long (6 mois) ne sont plus pratiquées depuis des années.
90% des enquêtés à Fianga affirment avoir abandonné cette culture car elle est plus
exigeante en eau. La péjoration pluviométrique de ces dernières années les y oblige.
Cette variété de sorgho n’arrive pas à maturité avant la fin des pluies. 10% affirment
avoir repris avec cette variété de sorgho mais sur de petites parcelles car les quantités
pluviométriques de ces dernières années les ont amenés à réessayer cette variété. Le
tableau XVI montre qu’à Fianga, la durée de la saison pluvieuse est d’environ 6 mois
mais cette durée cache une autre réalité, les séquences sèches qui interviennent le plus
souvent au cœur de l’hivernage perturbent le bon développement des cultures. C’est ce
qui explique la reprise timide de cette variété.
Par rapport au tableau XVI, théoriquement, le cycle des cultures n’est pas
influencé par la longueur de la saison pluvieuse. Mais comme les risques de faux-départs
sont élevés et le démarrage de la saison est aussi variable dans le temps et très incertain,
les variétés longues (120 jours) bouclent difficilement leur cycle.
La production agricole, dans la plaine du Mayo-Kebbi, n’est pas seulement
dépendante de la répartition interannuelle et spatiale de la pluviométrie. Elle est aussi
tributaire du nombre des jours pluvieux. Pour identifier cette relation, il est important
d’établir une corrélation linéaire entre le nombre de jours pluvieux et les différentes
productions. En effet, les jours pluvieux peuvent agir considérablement sur la production
et le rendement des cultures (tableau XXXI).
189
Guelendeng (0,29) et le maïs à Fianga (0,34). La corrélation est négative entre le nombre
de jours pluvieux et la production de l’arachide, et aussi à Fianga, la corrélation est
négative pour le riz. À Guelendeng, la corrélation est négative pour la culture du maïs.
Globalement, le constat est qu’il existe un lien entre le nombre de jours pluvieux
et la production agricole. L’analyse des rendements permet d’approfondir la
connaissance des corrélations entre le nombre de jours pluvieux et le rendement de
certaines cultures (tableau XXXII).
190
de l’eau pour en assurer la croissance. La quantité décadaire de pluie tombée peut-elle
permettre aux différentes cultures de boucler leur cycle végétatif ? Il est important
d’évaluer graphiquement les besoins en eau décadaires des différentes cultures et la
quantité de pluie tombée aussi à l’échelle décadaire pour comprendre si cette variation
permet la satisfaction des besoins en eau. Ce qui est observé pour le cas des pluies
décadaires et les besoins en eau décadaires du riz, du maïs et du mil à Bongor, Fianga
et Guelendeng (figure 77).
120
100
80
60
40
20
0
Pluie décadaire/Guelendeng
Besoin en eau décadaire du riz pluvial
191
Figure 77. Pluie décadaire et besoin en eau décadaire des différentes
cultures
192
Les différentes graphiques montrent les niveaux de satisfaction des besoins en
eau des différentes cultures (maïs, riz et mil). Pour le mil, les besoins en eau sont
largement satisfaits aux différentes décades. La barre des besoins en eau est en dessous
de celle de la pluie décadaire. A Bongor par exemple, à partir de la quatrième décade,
la pluie décadaire est très élevée, dépassant le besoin en eau décadaire. Le risque encouru
ici est l’engorgement du mil, la pourriture des plants si certains n’ont pas atteint une
certaine taille. À Billiam-oursi, c’est à la sixième décade que les pluies sont plus
excédentaires par rapport aux besoins en eau du mil, ceci peut aussi provoquer la
destruction du mil qui n’est pas encore arrivé à maturation. À Guelendeng, c’est à la
septième décade que les besoins en eau sont dépassés par la pluie décadaire. Nous
estimons que les dégâts seront moindres à Guelendeng qu’à Bongor et Billiam-oursi, car
les besoins excessifs d’eau n’apparaissent qu’après 70 jours de développement des
plantes. À ce niveau, les déficits et les excès ne jouent pas beaucoup sur la production
sauf si les autres éléments du climat tels que les vents violents interviennent.
En ce qui concerne le maïs, le constat est qu’à Bongor, les trois premières décades
sont excédentaires, la quatrième déficitaire et les autres sont excédentaires. Cette
variation temporelle de la pluie contribue à l’obtention des mauvais rendements. A
Billiam-oursi, la situation est totalement différente, les cinq premières décades sont
déficitaires, les besoins en eau du maïs ne sont pas satisfaits. La sixième décade dépasse
le besoin en eau alors que la septième décade ne satisfait pas. Ce n’est qu’à partir de la
huitième jusqu’à la dixième décade que les besoins en eau sont satisfaits, mais ces
quantités ne sont pas trop indispensables pour le maïs, surtout à ce stade de
développement. Cette fluctuation pluviométrique explique également l’intensification
de la culture du riz dans ce secteur car une bonne partie est inondable. Sa proximité avec
le fleuve Logone justifie l’installation du casier A pour la culture du riz. A Guelendeng,
les six premières décades sont déficitaires et les quatre dernières (7e à 10e) sont
excédentaires. Là aussi, les besoins en eau prioritaires ne sont pas satisfaits, c’est
d’ailleurs ce qui explique la faiblesse de la corrélation qui existe entre la pluie et la
production du maïs dans cette zone.
Pour la culture du riz pluvial, les besoins en eau décadaires sont difficilement
satisfaits à Guelendeng. Les six premières décades sont déficitaires et ne permettent pas
193
au riz de se développer normalement. A partir de la septième décade, les besoins en eau
sont satisfaits, mais comme la culture a déjà subi une péjoration pluviométrique, le
rendement ainsi que la production ne peuvent qu’être déficitaires. Il en est de même à
Billiam-oursi où les cinq premières décades n’ont pas satisfait les besoins en eau du riz,
c’est aussi à partir de la sixième décade que les besoins sont atteints. Il faut relever une
chose à ce niveau, Billiam-oursi est une zone inondable, alors l’eau reste le plus souvent
à la surface pour permettre la satisfaction des besoins en eau. D’ailleurs, c’est ce qui
explique la production élevée dans cette zone. La situation qui se présente à Bongor est
différente des autres localités.
Les résultats obtenus confirment aussi ceux de Sarr et al. (2011) qui précisent que
le maïs est très sensible aux variations décadaires des quantités pluviométriques
précipitées. Et Kanohin et al. (2012) de renchérir que les cultures supportent
difficilement la non satisfaction de leur besoins en eau aux stades critiques de leur
croissance. Cette satisfaction biaisée provoque un déséquilibre sur le développement de
la plante entrainant le non remplissage des grains. La figure 78 reprend graphiquement
les situations d’insatisfaction des besoins en eau des maïs précoce et tardif à Bongor.
194
Décades
Stade apex
Formation des soies (fleurs femelles)
Floraison mâle
Floraison femelle
Maïs Grain laiteux
tardif Maturité physiologique
TRES SENSIBLE
SENSIBLE PEU
SENSIBLE
TRES SENSIBLE
SENSIBLE
PEU SENSIBLE
Aussi, la saison maïsicole 2004 à Bongor a connu des excès de pluies durant les
deux premières décades. Ces précipitations auraient donc nuit à la germination, à la
levée et la croissance des jeunes plants. Conséquemment, on observerait la pourriture
des semences, des levées de maïs inégales, une croissance difficile suite à l’engorgement
des sols qui provoquerait l’asphyxie des plants et le développement des adventices. A
partir de la 5e décade, les précipitations ont complètement changé de tendance. Aussi,
les 5e, 6e, 7e et 8e décades qui correspondent aux différentes périodes particulièrement
sensibles au stress hydrique sont totalement déficitaires. Ce déficit hydrique autour de
la floraison réduirait sans nul doute les rendements maïsicoles. C’est ce que confirment
195
Tardieu et al. (2007) en affirmant que si le stress hydrique dure pendant la floraison mâle
et l’élongation de l’épi, avant la floraison femelle, les pertes peuvent atteindre 20 voire
45%. Toutefois, poursuit-il le stade le plus crucial en terme de répercussions
économiques est celui où les soies sortent de l’épi et où le pollen est libéré de la panicule.
Un manque d’eau à ce stade précis peut entraîner une chute de production de plus de
75%. De plus, il est possible que le déficit hydrique nuise à la synchronisation entre la
libération du pollen et la présence de soies réceptives. Le stress hydrique qui persiste
après la pollinisation et la fécondation peut aisément faire avorter les grains aux stades
de pré gonflement et de gonflement ou les empêcher de bien se remplir. Enfin, les
épisodes pluvieux fréquents et parfois abondants auraient rendu les récoltes de la variété
tardive difficiles et occasionné beaucoup de pertes.
Les pluies extrêmes agissent aussi sur les cultures, ce qui amène à analyser ses
effets.
Les pluies extrêmes. Elles constituent un risque majeur pour les activités
agricoles car elles sont souvent à l’origine de la destruction des cultures. Avec ses
conséquences désastreuses, les agro climatologues ont mis un accent particulier dans
leur étude. Une bonne connaissance de leur distribution temporelle et spatiale est
d’intérêt capital pour faire face aux risques agricoles.
Les pluies extrêmes provoquent les inondations. Dans toute la plaine, la
vulnérabilité à l’inondation est élevée. L’analyse des pluies à l’échelle décadaire a
montré qu’à partir de la quatrième (4e) décade, les cultures sont soumises à un
engorgement d’eau qui empêche leur bon développement. A Bongor, le risque
d’inondation est très élevé. Les quantités de pluies tombées sont largement au-dessus
des besoins en eau provoquant l’engorgement et la destruction des cultures. Les pluies
exceptionnelles de 2010 et 2012 à Bongor ont provoqué des inondations détruisant ainsi
les cultures (photo 1).
196
10°14’N et 15°51’E
Cliché Gouataine, juillet 2010
En 1997, une période de famine s’est installée après une période de retour des
pluies depuis le début de la décennie 90. L’abondance des pluies pendant l’année 1998
a provoqué une inondation détruisant les cultures. Dans sa parution de février 1999,
FEWS souligne : « Pendant que la zone sahélienne du Tchad plonge dans une sécurité
alimentaire, la zone soudanienne fait face à une famine qui nécessite une assistance.
Cette zone qui connait habituellement une autosuffisance alimentaire à cause de la
bonne production agricole se trouve éprouver par une famine sévère dès le mois de juin
1997 à cause de la mauvaise production agricole de cette année ». Cette mauvaise
production n’est pas due à un déficit pluviométrique mais plutôt aux inondations
provoquées par les fortes pluies du début de la saison. Les inondations de 2009, 2010 et
2012 ont causé d’énormes dégâts à Bongor : perte des récoltes, perte des habitations,
pertes humaines, augmentation du risque de paludisme et d’autres maladies liées à l’eau.
Les pluies extrêmes accélèrent aussi l’érosion et fragilisent les sols agricoles. La
capacité érosive de ces pluies est élevée. L’indice de Fournier calculé pour les cinq
stations montre que le degré d’agressivité des pluies est élevé (figure 79).
197
Fianga
Guelendeng
Station
Moulkou
Billiam-oursi
Bongor
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Indice de Fournier
Le constat fait sur cette figure est la sévérité de la pluie sur les sols. Les valeurs
de l’indice sont élevées et montrent l’agressivité des pluies extrêmes sur les sols. Fianga
apparaît comme étant moins touché par rapport aux autres stations. Moulkou est le plus
vulnérable par rapport à Billiam-oursi et Bongor. En dehors des pluies extrêmes qui
agissent sur les plantes, l’absence et la rareté des pluies provoquent aussi des dégâts sur
les cultures.
La rareté des pluies. Évoquer la rareté des pluies sur les cultures ramène à parler
d’abord des sécheresses qui ont sévit au Sahel pendant les décennies 1970 et 1980 avant
de parler des effets des séquences sèches sur les cultures. La période de rupture identifiée
avec les tests de Buishand et de Pettitt est intervenue en 1984. Cette année est celle de
la grande famine. Les enquêtes de terrain ont révélé que cette période est surnommée
« pauline » du nom donnée à des herbes sauvages apparentées au riz dont la
consommation s’est accrue pendant cette période de disette. 55% des enquêtés ont
affirmé que cette période a été la plus dure de leur existence. Ils ont connu par le passé
(décennie 1970-1979) des périodes sèches mais celle-ci a été la plus dure, c’est ce que
confirme Magrin (2001). Les enquêtes ont montré aussi que la famine de 1984 est la
plus célèbre puisqu’elle a touché l’ensemble des pays du Sahel avant de s’étendre à la
198
zone soudanienne. Structurellement, cette famine est liée aux années sèches de 1983-84
; mais elle est aussi d’ordre conjoncturel (situation politico-militaire de la région). En
effet, subissant une situation structurelle grave marquée par le déficit pluviométrique
sans précédent des années 1983-84, les agriculteurs sont en même temps pris entre deux
feux (les forces gouvernementales et les rebelles connus sous le nom de “ Codo ”), si
bien qu’aucune activité agricole n’est possible. C’est ainsi que la famine s’est installée
et généralisée dans toute la région, causant des dégâts très graves. Certes, les années
1973-74 ont aussi connu une baisse de pluviométrie et par conséquent celle de
rendements agricoles, mais elles ne sont accompagnées que par des disettes localisées
aux conséquences sociales limitées.
10°12’N et 15°22’E
Cliché Gouataine, 2011
Dans l’évaluation des pertes de rendements, les effets des séquences sèches sont
encore évoqués. Après avoir analysé les effets des pluies mensuelles et décadaires sur
199
la production et le rendement des cultures, les effets des pluies extrêmes et des raretés
de pluies, il reste à analyser le déficit hydrique des différentes cultures.
200
Le coefficient cultural (Kc) qui est le rapport du besoin en eau sur l’évaporation
varie aussi d’une décade à une autre. De 0,3 à la première décade, il est 0,47 à la fin de
saison. Il montre ainsi une variation de l’évaporation d’une décade à une autre, affectant
aussi le rendement final.
L’ETc correspondant à la Crop Water Requirement est le besoin en eau des
cultures. La pluie efficace est celle qui est effectivement utile à la plante après
soustraction des quantités perdues. La différence entre le besoin en eau du maïs en 2002
considérant les paramètres climatiques et la pluie efficace est considérable. Ainsi la
figure 77 montre un déficit d’eau de la 3e à la 5e décade et ceci affecte la culture à chaque
stade végétatif de son développement (photo 3).
10°58’ N et 15°69’ E
Cliché Deïrou, 2014
Il y a aussi le sorgho qui subit aussi les variations des paramètres climatiques
(tableau XXXIV).
201
Tableau XXXIV. Déficit hydrique du sorgho en 2004 à Guelendeng
Mois Déc. Phase Kc ETc(mm/j ETc(mm/dec) Pluie efficace Besoins d’eau supplém.
) (mm/dec) (mm/dec)
Juillet 2 Initiale 0,30 1,61 16,1 19,9 0
Juillet 3 Croissance 0,30 1,63 17,9 29,6 0
Août 1 Croissance 0,45 2,40 24,0 45,1 0
Août 2 Croissance 0,67 3,62 36,2 56,0 0
Août 3 Mi- saison 0,90 4,87 53,6 46,0 7,6
Sept. 1 Mi- saison 0,97 5,28 52,8 33,0 19,8
Sept. 2 Mi- saison 0,97 5,30 53,0 25,0 28,0
Sept. 3 Mi- saison 0,97 5,39 53,9 19,5 34,4
Oct. 1 Arrière- saison 0,97 5,47 54,7 13,6 41,1
Oct. 2 Arrière- saison 0,87 4,98 49,8 7,4 42,3
Oct. 3 Arrière- saison 0,72 4,19 46,1 5,0 41,2
Nov. 1 Arrière- saison 0,59 3,51 24,5 0,1 24,4
202
Tableau XXXV. Déficit hydrique du maïs à Fianga en 2009
Mois Déc Phase Kc ETc(mm/j) ETc(mm/dec) Pluie efficace Besoins d’eau
. (mm/dec) supplém. (mm/dec)
Juin 2 Initiale 0,30 1,38 13,8 8,8 5,0
Juin 3 Initiale 0,30 1,47 14,7 15,1 0,0
Juillet 1 Croissance 0,46 2,41 24,1 22,3 1,8
Juillet 2 Croissance 0,74 4,06 40,6 28,1 12,5
Juillet 3 Mi- saison 1,03 5,63 62,0 32,7 29,2
Août 1 Mi- saison 1,15 6,21 62,1 40,9 21,2
Août 2 Mi- saison 1,15 6,16 61,6 47,6 14,1
Août 3 Mi- saison 1,15 6,22 68,4 37,3 31,1
Sept. 1 Arrière-saison 1,14 6,23 62,3 23,7 38,6
Sept. 2 Arrière-saison 0,95 5,23 52,3 14,6 37,7
Sept. 3 Arrière-saison 0,68 3,78 37,8 12,2 25,6
Oct. 1 Arrière-saison 0,44 2,47 19,7 8,3 9,4
203
CropWat est un modèle particulièrement adapté à l’analyse de l’évaporation, des
besoins en eau des cultures, la conception et la gestion des méthodes d’irrigation. Il est
ensuite adapté pour déterminer le rendement agricole. Dans cette étude où ne sont
utilisées que les cultures pluviales, il est possible qu’avec ce modèle, les calculs soient
faits en excluant le facteur irrigation. L’objectif recherché en utilisant ce modèle est
d’évaluer la capacité productive des différentes cultures connaissant les potentialités
climatologiques, pédologiques et les techniques culturales. Les paramètres et modules
associés au modèle, le schéma de fonctionnement ainsi que le calcul des rendements
sont détaillées dans cette partie.
204
culture et la période dans l'année. Le logiciel divise la vie de la plante en 4 étapes (initial,
développement, mi- saison, et enfin arrière- saison).
Le coefficient cultural Kc est le rapport de l'évapotranspiration maximale d'une
culture pendant une période déterminée de son cycle végétatif c'est-à-dire dans des
conditions optimales, sur l'évapotranspiration potentielle. Le facteur de réponse du
rendement Ky permet d'estimer les réductions de rendement dues au stress hydrique. Il
lie les pourcentages de rendement actuel et de l'évapotranspiration. Le logiciel a
également besoin de la profondeur des racines, du tarissement admissible (p) qui
représente le niveau critique de la réserve à partir de laquelle, le stress dû au manque
d'eau se fait sentir. Il est bon de noter que le logiciel contient de nombreux fichiers avec
les caractéristiques de certaines plantes (figure 80).
Ce module permet de charger les données sur le type de culture, la date de semis
et la proportion qu’elles occupent sur la parcelle. Il est possible de diviser un type de
culture en différents blocs et de préciser l’intervalle de temps, en jours, entre la date de
semis de chaque bloc. Cet intervalle est constant entre tous les blocs. Les cultures
différentes comme par exemple le maïs et le riz sont aussi rentrées dans le logiciel. Pour
205
cette étude, les cultures de maïs, de l’arachide et de riz occupant 100% de la surface,
c’est-à-dire en culture pure ont été utilisées.
Il rassemble l’ensemble des données qui caractérise le sol, la réserve utile
maximale, la vitesse maximale d’infiltration qui permet une estimation de l'écoulement
de surface (ruissellement) pour le calcul des pluies efficaces. La profondeur maximale
que peuvent atteindre les racines est aussi entrée dans ce module. Le tarissement initial
de la réserve utile peut également être défini et ainsi que la détermination du stock
initialement disponible dans le sol. Avec le logiciel, trois fichiers de sol prédéfinis (light,
medium et heavy) sont incorporés.
A partir des modules qui viennent d’être brièvement décrits, CropWat est capable
de calculer tous les paramètres, si tous les modules sont complètement remplis. En
revanche, de nombreux processus ne sont pas pris en compte par le logiciel. En effet,
des paramètres comme la quantité d’éléments nutritifs nécessaire à la plante pour son
développement, tel que l’azote ou le phosphore, ne sont pas pris en compte. Dans le
calcul de l’humidité du sol, ne sont pas pris en compte des paramètres comme
l’infiltration vers les nappes profondes et donc la diminution des réserves pour la culture.
Dans ce module, il est possible de paramétrer quatre éléments :
- l'irrigation, qui n’est pas décrite car les cultures sont pluviales ;
- l'ETo, en modifiant les paramètres a et b (coefficient d’Angstrom) qui permettent
de calculer le rayonnement solaire. Le mode de représentation graphique de l'ETo
peut aussi être déterminé ;
- les précipitations : le nombre de jours entre deux événements pluvieux peut être
choisi, ce qui permet au logiciel d'interpoler les données mensuelles en
journalières ;
- les précipitations efficaces dont leur mode de calcul est choisi soit avec un
pourcentage fixé des précipitations, avec une formule empirique dont les
paramètres sont fixés ou les paramètres peuvent être modifiés et enfin l’utilisation
des formules du USDA – SCS, méthode qui est aussi utilisée.
206
IV.2.2. Schéma de fonctionnement du logiciel
Ce module détaille le fonctionnement de CropWat. La première catégorie des
données concerne celles qui sont directement saisies sur le modèle. La deuxième
catégorie revoit aux données calculées sur la base des données saisies. Enfin, le schéma
présente le résultat obtenu. Avant d’arriver aux résultats, la figure 81 montre la condition
dans laquelle certains calculs peuvent se faire et l’équation utilisée.
207
Donnée culture
Température Max et Min Kc
% Humidité } Ky
Durée ensoleillement Ajustement Donnée sol P
Vit. Vent Réserve utile max Profondeur des racines
utilisateur
Précipitation
Précipitation RU
efficace
ETo ETm Si SMDi-1>RFU
RU
RFU RFU
ETc Ks
SMDi-1
Irr requise
-Données rentrées
-Données calculées
SMDRFU SMD>RFU -Condition
Condition optimum Stress hydrique -Equation utilisée
de culture -Résultat
208
Chaque formule utilisée dans ce modèle de simulation et le calcul de
l’évaporation prenant en compte la formule de Penman-Monteith sont détaillés dans la
méthodologie.
209
Le constat fait sur le tableau XXXVI est que le rendement de l’arachide n’est pas
influencé par la pluviométrie. La baisse de rendement est partout nulle sauf à
Guelendeng où en 2004, une baisse de 21,2%, en 2008 une baisse de 9,4% et à Fianga
en 2002 une baisse de 6,5% sont constatées. Le même constat est fait pour le maïs, sauf
à Guelendeng que des diminutions de 20,8% en 2004 et de 8,8% en 2009 sont constatées.
Ces deux années sont marquées par une diminution de la pluviométrie (539,5 en 2004
et 405,7 en 2009). Ceci montre que la baisse de la pluviométrie influence le rendement.
La culture la plus sensible est le riz dont la baisse est observée sur les trois sites. Le
pourcentage de diminution est faible à Bongor (aucun ne dépasse 10%), par contre à
Fianga, la baisse de rendement est de 14,3% en 2002. C’est à Guelendeng que le
pourcentage de déficit se fait le plus sentir (33,7 en 2004 et 15,7 en 2009). Toutes les
années sont affectées par le déficit de rendement sauf en 2005 que cette baisse est nulle.
Les années humides sont caractérisées par une baisse nulle alors que les années
sèches ont connu des baisses de rendement. La date de semis est aussi un facteur
indispensable dans la baisse des rendements. Lorsque la date de semis est retardée, le
risque d’avoir une forte baisse de rendement est élevé car le cycle végétatif de la culture
n’est pas bouclé. Les années 2004 et 2009 à Guelendeng ont enregistré plus de pertes de
rendement par le retard dans la date de semis et la quantité annuelle de la pluie.
En conclusion, le climat influence plus le rendement du riz sur les trois sites que
l’arachide et le maïs. Il faut aussi comparer le rendement en fonction du type de sol.
Pour faire cette comparaison, trois (3) fichiers "Soil" fournis avec le modèle sont
utilisés. Ces fichiers sont medium, light et heavy. Les caractéristiques des types de sols
sont présentées à l’annexe. L'observation de cette table montre que le seul paramètre
variant entre les différents types de sols est la réserve utile maximale. La comparaison
des rendements est faite dans chaque secteur agro-écologique pour connaitre les secteurs
beaucoup plus affectés que d’autres. Cette comparaison est aussi faite en fonction du
type de sol (tableau XXXVII).
210
Tableau XXXVII. Comparaison de rendement en fonction du sol à Bongor
(%)
Année Maïs Riz Arachide
Medium Light Heavy Medium Light Heavy Medium Light Heavy
2002 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,7 0,0 3,2 3,2
2003 0,0 5,6 0,0 2,2 4,7 4,7 1,5 15,1 4,7
2004 0,0 7,1 0,0 8,3 15,5 14,5 0,0 14,9 1,7
2005 0,0 6,3 0,0 1,4 1,0 4,1 1,3 15,0 4,5
2006 0,0 0,7 0,0 0,0 0,0 1,0 0,0 11,4 1,2
2007 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,3 0,0 2,7 0,0
2008 0,0 0,0 0,0 6,5 13,3 9,8 0,1 14,1 1,6
2009 0,0 0,2 0,0 0,2 0,0 1,7 0,2 12,5 2,1
Source : Simulation CROPWAT 8.0
211
rendement, l’arachide enregistre des baisses de rendement faible (la plus forte baisse est
observée en 2003 avec 4,7%), le riz enregistre en 2004 une baisse de rendement évaluée
à 14,5%. Le riz est trop sensible au déficit d’eau car à la première phase, celle initiale,
la baisse est de 0,4, à la deuxième phase qui est celle de croissance, elle est de 18,9. A
la troisième phase, celle de mi- saison, elle est de 18,9 et à la dernière phase, celle de
l’arrière-saison, elle est de 6,9. C’est la moyenne qui est de 14,5 qui a impacté le
rendement du riz en 2004. La baisse cumulée est de 38,9, celle-ci est considérable pour
le rendement agricole. Donc les sols ayant une réserve utile maximale faible enregistrent
plus de baisse de rendement que les sols moyens. La situation à Guelendeng est
significative (tableau XXXVIII).
2002 6,8 12,6 13,5 0,0 16,4 0,0 0,0 15,9 1,6
2003 0,7 0,2 3,2 0,0 5,6 0,0 0,0 3,9 0,0
2004 33,7 42,4 41,5 20,8 67,0 37,2 21,2 40,6 28,2
2005 0,0 0,0 1,3 0,0 2,5 0,0 0,0 8,8 0,6
2006 3,3 0,6 7,3 0,0 2,9 0,0 0,0 6,6 0,2
2007 4,1 7,5 7,7 0,0 16,6 0,0 1,1 13,3 4,6
2008 7,5 11,3 11,4 0,0 18,7 0,2 9,4 27,1 15,2
2009 15,7 24,3 22,1 8,8 53,0 23,7 4,6 20,9 9,4
Source : Simulation CROPWAT 8.0
212
cultures à Guelendeng car les baisses de rendement sont fortes en cette année, quelle
que soit la réserve utile maximale en eau de la plante (figure 82).
2002 0,0 33,7 6,3 14,3 21,2 19,9 6,5 23,3 11,7
2003 0,0 6,7 0,0 0,2 0,1 1,8 0,0 10,7 1,9
2004 0,0 0,5 0,0 1,1 0,0 4,6 0,0 3,1 0,0
2005 0,0 31,8 4,7 8,1 9,7 13,3 6,9 24,9 12,1
2006 0,0 17,5 0,4 7,2 8,7 12,2 0,0 11,1 1,7
2007 0,0 0,4 0,0 0,0 0,0 0,1 0,0 5,8 0,0
2008 0,0 3,6 0,0 0,0 0,0 1,1 0,0 9,7 0,8
2009 0,0 15,8 0,0 3,3 4,8 6,9 1,6 15,5 5,3
Source : Simulation CROPWAT 8.0
213
Le tableau XXXIX présentant la baisse de rendement à Fianga ne se diffère pas
beaucoup de deux autres stations. En ce qui concerne le sol ‘‘medium’’, la baisse de
rendement est nulle pour le maïs, presque nulle pour l’arachide car trois (3) années sur
huit (8) enregistrent des baisses de rendement (2002, 2005 et 2009), par contre elle est
significative pour le riz. Six années sur huit enregistrent des baisses de rendement (2002,
2003, 2004, 2005, 2006, 2009), l’année 2002 apparaît la plus touchée avec une baisse
de 14,3%. Pour les sols ‘‘light (sand)’’, dont la réserve utile maximale est de 60mm/m,
le maïs est la culture la plus touchée par le stress hydrique que les autres cultures.
L’année 2002 enregistre des baisses de 33,7% pour le maïs contre 21,3% pour le riz et
23,3% pour l’arachide. Toutes les années sur lesquelles ont porté les analyses ont
enregistré des baisses de rendement en ce qui concerne le maïs, sauf en 2004 et 2007
dont la baisse est négligeable. Cinq (5) années sur huit (8) pour le riz (2002, 2003, 2005,
2006, 2009) et toutes les années pour l’arachide ont enregistré des baisses de rendement.
En comparant ces valeurs avec celles des sols ‘‘medium’’, la conclusion à tirer est la
suivante : la réserve utile maximale est un facteur déterminant dans le rendement des
cultures.
Sur les sols ‘‘heavy’’, l’arachide enregistre des baisses de rendement sauf en 2004
et 2007. Le maïs enregistre des baisses de rendement en 2002, 2005 et 2006 alors que le
riz enregistre chaque année de baisse de rendement. La baisse de rendement du maïs est
négligeable au vue des valeurs (6,3%, 4,7% et 0,4%) par rapport à l’arachide (11,7% en
2002, 12,1% en 2005 et 5,3% en 2009) alors que le riz a enregistré des baisses un peu
considérables telles qu’en 2002 (19,9%) et en 2006 (12,2%). Le riz est trop sensible au
déficit pluviométrique.
En somme, il ressort de cette analyse que l’arachide reste sensible à la variation
pluviométrique. L’arachide présente une sensibilité variable à la sécheresse : les besoins
en eau sont élevés au moment de l’imbibition de la graine qui, une fois la germination
amorcée, craint l’excès d’eau. La période de floraison-formation des gousses (30-70
jours après semis) correspond à une phase de sensibilité à la sécheresse, alors que la
phase finale de maturation est favorisée par une sécheresse relative, des pluies à ce stade
pouvant en outre provoquer des germinations sur pied chez les variétés non dormantes.
214
Le maïs reste aussi sensible à la mauvaise pluviométrie. Un stress aura donc des
conséquences négatives sur le rendement quelle que soit la période où il se produit. Mais
les phases au cours desquelles il a les conséquences les plus graves sont d’une part le
semis et les deux semaines qui le suivent, d’autre part les deux semaines qui précèdent
et les deux semaines qui suivent la floraison.
Le riz reste une culture exigeante en eau. Que ce soit le riz pluvial ou irrigué, le
besoin en eau est plus élevé. Les conditions optimales de culture sont l’absence
d’immersion du champ à la levée et maturation et immersion pour le reste. Il ne doit
surtout pas manquer d’eau à la levée (stades repères), avant et au moment de la floraison
et à l’épiaison. Une fois les rendements comparés, il est aussi nécessaire de calculer le
rendement théorique obtenu à partir des données issues de CropWat.
215
Figure 83. Comparaison des rendements théoriques et réels du maïs dans
la plaine du Mayo-Kebbi
216
Figure 84. Comparaison des rendements théoriques et réels du riz dans la
plaine du Mayo-Kebbi
Cette figure présente les graphiques montrant les rendements théoriques et réels
du riz. La comparaison de ces rendements théoriques et réels montre aussi que le
rendement théorique évalué à partir du logiciel dépasse celui obtenu sur le terrain.
L’écart entre ces deux rendements est élevé. A Bongor, alors que le rendement théorique
a dépassé 8 tonnes en 2003, les rendements réels ne sont que de 2 tonnes. L’écart est de
6 tonnes et reste considérable. C’est la même situation qui est observée dans les trois
stations pour le cas de l’arachide (figure 85).
217
Figure 85. Comparaison des rendements théoriques et réels de l’arachide
dans la plaine du Mayo-Kebbi
218
Il est souligné plus haut que la durée de la jachère est réduite, et ceci favorise la
baisse de rendement. Ainsi, il y a un appauvrissement des sols, paramètre qui n'est pas
pris en compte par le logiciel. De plus, étant une agriculture vivrière, elle rapporte peu
de revenu aux agriculteurs qui ne peuvent pas investir dans des produits phytosanitaires,
et ainsi combler le déficit du sol. Finalement, dans ce calcul de rendement, ne sont pas
pris en compte les paramètres comme les maladies, le fait que les plants de maïs, de riz
et d’arachide peuvent être mangés par des animaux, ou tous les autres paramètres
naturels.
Conclusion
Au terme de ce chapitre, il ressort beaucoup d’éléments de notre analyse qu’il
convient de dégager. La longueur de la saison pluvieuse en tant que telle n’influence pas
le cycle cultural mais les incertitudes dans le démarrage de la saison pluvieuse, les
fréquentes séquences sèches et les arrêts précoces ne permettent pas aux variétés longues
de boucler leur cycle végétatif.
Les jours pluvieux influencent aussi la production et le rendement des cultures.
Les corrélations entre ces jours et les paramètres agricoles (production et rendement)
ont montré qu’il y’a une dépendance de ces paramètres aux jours pluvieux.
L’analyse des différentes données pluviométriques à l’échelle décadaire pour
faire ressortir les besoins en eau des différentes cultures a relevé que les cultures sont
totalement dépendantes de la pluie. La non-satisfaction des besoins en eau des cultures
aux différents stades végétatifs de leur développement influencent le rendement et la
production globale. De même, l’excès d’eau provoque l’engorgement et la destruction
des différentes cultures et jouent sur la production globale. Le déficit d’eau provoque le
flétrissement des plantes.
L’évaluation des pertes de rendement avec CropWat montre que la pluie affecte
réellement le rendement agricole. Que ce soit à Bongor, Guelendeng ou Fianga, le
rendement subit des fluctuations année après année. Le rendement du riz s’avère être
plus affecté par la pluie que celui du maïs et de l’arachide. Il ressort aussi de la
comparaison par type de sol que dans les sols dont la réserve utile maximale est égale à
219
60mm/m, la baisse de rendement est plus prononcée que les deux autres types de sols
(medium et heavy).
Le calcul du rendement théorique par culture montre que le rendement théorique
dépasse largement le rendement réel obtenu sur le terrain. Cette différence s’observe sur
toutes les cultures sauf l’arachide à Guelendeng. Il ressort aussi que la variation de la
pluie à l’échelle temporelle influence le rendement des cultures. Alors, face à cette
baisse, les producteurs agricoles ont fourni des efforts et développent des stratégies.
Dans la partie suivante, sont décrites les adaptations à ces variabilités pluviométriques.
220
TROISIÈME PARTIE.
FORMES D’ADAPTATION ET DE STRATEGIES DES
AGRICULTEURS AUX VARIABILITÉS PLUVIOMETRIQUES
221
CHAPITRE V.
ADAPTATIONS ENDOGÈNES DES AGRICULTEURS
AUX VARIABILITÉS PLUVIOMETRIQUES
222
La variabilité pluviométrique accentue le risque de mauvaise récolte, bouleverse
les calendriers agricoles, impose des modes de vie et des techniques différentes de
culture. Elle change la vision de la perception du climat dans la plaine du Mayo-Kebbi.
La persistance de la crise climatique exige des efforts d’adaptation pour diminuer les
effets et surmonter les risques.
Ce chapitre décrit les adaptations endogènes des agriculteurs en réaction aux
variabilités pluviométriques. Ces adaptations visent l’accroissement ou le maintien du
niveau de production actuelle. Il est très important de préciser que l’ensemble de ces
adaptations évoquées n’étaient pas au départ des buts de lutte contre les variabilités
pluviométriques. C’est plutôt l’ensemble des problèmes et contraintes qui touchent les
moyens et les modes d’existence, au nombre desquels les variabilités pluviométriques.
Ainsi, les bouleversements pluviométriques n’ont fait qu’accentuer le développement
de ces pratiques et les innovations dans la prise de ces mesures de recherche d’un mieux-
être.
Généralement, les mesures d’adaptation à la variabilité pluviométrique
développées par les communautés rurales ont un caractère fortement culturel et cultuel.
Il s’agit d’analyser d’abord les adaptations directement liées aux variabilités
pluviométriques, ensuite d’évoquer celles indirectement liées à ces variabilités.
Les pluies par leur répartition interannuelle influencent les productions, les
rendements et les systèmes de culture. Pour y faire face, les agriculteurs ont développé
des adaptations particulières. Ces adaptations se résument à la réadaptation du calendrier
cultural, à la pratique d’autres cultures, à l’augmentation des emblavures.
224
Ce calendrier est global et montre la modification subie par l’agriculteur massa.
Les activités menées subissent une profonde mutation d’un mois à un autre. Les semis
qui se faisaient au mois de juin sont décalés au mois de juillet. Avant les fortes
modifications pluviométriques, le mois d’octobre correspondait à la consommation du
nouveau mil alors que dans le décalage, il faut attendre le mois de novembre pour en
consommer. En plus du calendrier global qui a subi une modification, il y a aussi les
dates et les techniques de semis dont il est question un peu plus loin dans ce travail.
10°8’N et 15°54’
Cliché Rahila, Mars 2016
225
Cette photo montre un champ de pastèques à Djarabou. En avant-plan, on
observe le fruit qui n’est pas encore arrivé à maturation et en arrière-plan, ce sont les
fleurs et les bourgeons. La pastèque constitue une véritable parade en ces dernières
années où on enregistre de fortes fluctuations pluviométriques.
A Bongor, 20% des agriculteurs ont préféré cultiver l’oignon en plus du sorgho
rouge mais cette pratique ne s’est pas généralisée. Les 80% restants cultivent le sorgho
rouge qui est l’aliment de base et les autres céréales.
Un autre type d’adaptation est l’augmentation des emblavures (terrains
ensemencés). Cette technique permet de maximiser la production car en augmentant la
surface cultivable, il est probable d’avoir une production élevée. L’augmentation des
emblavures a été et continue d’être une stratégie développée par les populations
paysannes de la plaine du Mayo-Kebbi. Pour 44 % des agriculteurs, l’accroissement des
emblavures par culture est un moyen pour maintenir à un niveau acceptable la
production agricole annuelle en dépit de la baisse des rendements. Cette réaction
adaptative paysanne est confirmée par les statistiques sur les emblavures concernant
cette région en ce que les superficies ont effectivement et régulièrement connu une
augmentation par an pour les principales cultures. Le chapitre 3 évoquant l’évolution
des surfaces agricoles a révélé une augmentation de ces surfaces. De ce fait, les paysans
ouvrent facilement d’autres champs et pratiquent les cultures sur des vastes superficies.
Du fait de l’extension des surfaces cultivées, on observe partout une diminution de la
réserve en terres (jachères de longue durée). Parallèlement, les surfaces des jachères,
même de courte durée, se restreignent et sont de plus en plus cantonnées aux terrains les
moins fertiles. Leur durée est raccourcie et compromet ainsi leur rôle de régénération de
la fertilité, d’autant plus que la production de la biomasse est limitée par le manque
d’eau. Certains agriculteurs ont progressivement mis en culture des terres marginales
peu fertiles (faible profondeur de sol) et y obtiennent des rendements médiocres.
V.1.3. Mise en valeur des bas-fonds et des berges des cours d’eau
Le bas-fond n’était fondamentalement pas exploité par les populations paysannes
de la plaine du Mayo-Kebbi. Les raisons évoquées sont multiples et portent
226
essentiellement sur le difficile billonnage du fait de la lourdeur des sols, du désherbage
multiple en raison de la croissance rapide des adventices. Mais aujourd’hui, nombreux
sont les paysans qui ont investi ce milieu tant dans le Mayo-Lemié que dans le Mayo-
Boneye et le Mont Illi. Selon 37 % des populations enquêtées, la mise en valeur récente
des bas-fonds est liée à la baisse de la pluviométrie et à la grande tendance de l’extension
de la période de la saison sèche (photo 5).
Mais les enquêtes de terrain ont permis d’identifier deux raisons fondamentales
qui semblent orienter le choix des paysans. Il y a d’une part, la présence prolongée de
l’humidité dans ces écosystèmes et la fertilité de ces milieux fertiles et d’autre part, ce
sont des milieux favorables à la production des cultures pratiquées par les populations
paysannes dans la plaine du Mayo-Kebbi.
10°24’N et 15°2’E
Cliché Gouataine, 2016
Les bas-fonds et les marécages sont occupés pour les différentes cultures et sont
de plus en plus aménagés par les populations paysannes. Mais l’efficacité à long terme
de cette stratégie serait à relativiser. En effet, les variabilités pluviométriques
provoqueront une baisse des réserves en eau du sol à cause de l’augmentation de
227
l’évaporation au niveau des essences végétales et du sol due à l’élévation des
températures. Par ailleurs, la sécheresse accrue au cœur de la saison pluvieuse
occasionne une forte salinisation des marécages, ce qui rend ces écosystèmes impropres
aux cultures vivrières. En plus de la mise en valeur des bas-fonds et des berges des cours
d’eau, les agriculteurs développent le maraichage.
228
Tableau XL. Evolution des surfaces de maraîchage dans le Mayo-Boneye
Année Surface (ha)
2011 47 095
2012 51 700
2013 51 070
2014 55 562
2015 57 634
Source : ONDR, 2016
Ce tableau montre clairement que les surfaces sont croissantes d’une année à une
autre. Les cultures maraichères sont constituées en grande partie des légumes (planche
2).
229
Au regard de la faible production agricole, la culture irriguée est davantage
encouragée. Celle-ci ne date pas de l’avènement des changements climatiques. En 1965,
des projets encourageant la culture irriguée sont mis en place. La plaine du Mayo-Kebbi
occupe une place de choix car divers investissements ont eu lieu pour augmenter la
capacité productive. Même si le début était difficile, les sécheresses des années 70 et 80
ont accéléré ce processus d’exploitation des terres par l’irrigation.
En effet, le casier A de Bongor, destiné à la culture du coton, a été reconverti
pour la culture du riz à cause de la qualité du sol. La superficie initiale était de 57000ha
mais elle a finalement été ramenée à moins de 2000 ha. C’était dans l’optique de prélever
les eaux du Logone qui borde la zone d’étude. Les différents équipements ont été pillés
pendant la guerre civile de 1979 et la reprise est difficile, et ce jusqu’aujourd’hui.
Le casier B de Bongor, plus proche de la ville que le précédent car situé à 36km
de la ville, est érigée en 1965 et a une superficie d’environ 900ha dont 300 en maitrise
partielle d’eau. Ces dernières bénéficient d’un aménagement gravitaire classique, mais
l’irrigation dépend totalement des eaux de crue du Logone. L’exploitation ne porte
actuellement que sur environ 150ha gérés par un groupement de 422 agriculteurs avec
l’appui de l’ONDR. La production est d’environ 350tonnes de paddy pour une
consommation en eau qui peut être évaluée à 1,2 million de m3 totalement prélevés en
période de hautes eaux. Relancé en 1985 sur une initiative de la présidence de la
République, le casier B a fait l’objet d’une première tentative de réhabilitation financée
par la BADEA et exécutée par la FAO. Cette première phase a échoué compte tenu de
l’inadaptation des techniques culturales.
Une seconde tentative de réhabilitation lancée par le Ministère de l’Agriculture a
eu lieu en mars-avril 1989. Cette seconde phase vise essentiellement à étudier les
possibilités de relance de la riziculture dans cette plaine. Mais l’inadaptation des
techniques comme en 1985 a conduit à son échec. Associé à tout cela, la prise du pouvoir
par le MPS en 1990 a désorganisé les structures.
Ainsi, un vent nouveau et prometteur de relance de la filière riz semble souffler.
La coopération taïwanaise a voulu relancer le casier B de Bongor mais ce projet a connu
un double échec :
230
- premièrement, la mauvaise adaptation des moyens techniques pour la riziculture.
Les techniques et les matériels installés ne sont pas facilement utilisables pour
les nouveaux venus. A ce problème de matériels auquel est confronté la Chine
Taiwan, s’ajoutent l’insuffisance du personnel technique, la mauvaise adaptation
des engrais aux conditions agro écologiques de Bongor. Cette situation a poussé
la coopération taïwanaise a aménagé un autre secteur (Tcharaye, Djarabou et
Gourneyda) pour la riziculture pluviale.
- ensuite, la reprise des relations diplomatiques avec la Chine populaire a entrainé
le départ de la Chine Taiwan qui a abandonné son périmètre. Ce périmètre est
resté de nos jours exploité de manière traditionnelle et irrégulière.
Les infrastructures réalisées dans le casier B de Bongor sont encore en bon état
et demandent quand même quelques aménagements mineurs (planche 3).
231
Ces aménagements, s’ils sont réussis, allaient amorcer le développement
économique de cette partie du territoire tchadien car toutes les potentialités sont réunies
telles que la proximité du fleuve Logone et des vastes surfaces riches (planche 4).
V.2.2. Dispersion des dates de semis et adoption des variétés à cycle court
La pratique à laquelle les paysans font recours dans la gestion des risques
pluviométriques est la dispersion des dates de semis des cultures. Celle-ci intervient le
plus souvent quand il y’a des difficultés d’installation de la saison pluvieuse. Elle est
développée par 47 % des paysans et est appelée « semis échelonnées ». Elle consiste à
semer la même culture sur deux parcelles différentes ou même sur une seule parcelle à
des dates différentes, ceci en espérant que le rythme pluviométrique correspondrait aux
phases de croissance d’une au moins des cultures par rapport à leur date de semis. Cette
technique répond aussi à un autre objectif : minimiser le risque de fluctuation des prix
des produits sur le marché. Pour pallier au problème de sécheresse en début de saison
agricole et s’adapter à la persistance des faux départs de saison de culture, les paysans
232
pratiquent des ressemis dans la plupart des cas pendant la première et la deuxième
décade du mois de juillet.
Ainsi, le calendrier agricole classique est en pleine phase d’abandon du fait des
fortes variabilités temporelles de la pluviométrie. Ce résultat d’abandon du calendrier
agricole empirique confirme les travaux de Ogouwalé (2006) au Bénin qui avait rapporté
les propos d’un quadragénaire : « le calendrier agricole paysan, depuis une vingtaine
d’année, se comporte comme la monnaie nigériane : le naira ».
Par ailleurs, les semis répétés sont une autre stratégie mise en œuvre par les
populations paysannes dans le cadre d’une adaptation des activités agricoles aux
péjorations pluviométriques. Cette stratégie consiste à semer plusieurs fois la même
variété culturale sur les mêmes parcelles au cours de la même saison culturale. En effet,
lorsque les précipitations connaissent un début tardif ou un arrêt en phase de croissance,
ces cultures jaunissent et sèchent surtout lorsque la rupture des pluies se prolonge. A la
reprise normale des pluies, le paysan procède au "ressemis" qui consiste à un
remplacement des plants fanés par d’autres semences. Il convient toutefois de souligner
qu’avant les semis ultérieurs, le paysan arrache les plants non viables et conserve ceux
qui connaissent une croissance normale (tableau XLI).
233
Tableau XLI. Dates de semis de 2000 à 2015
Bongor Billiam-oursi Guelendeng Fianga Moulkou
2000 5 juin 29 mai 28 juin 26 juin 18 juin
2001 14 juin 09 juin 30 juin 24 juin 09 juin
2002 24 juin 10 juin 5 juillet 14 juin 10 juillet
2003 23 juin 23 juin 29 juin 12 juin 12 juin
2004 1er juin 1er juin 21 juillet 19 mai 30 juin
2005 27 juin 16 juin 10 juillet 06 juin 04 juin
2006 23 juillet 02 juillet 11 juillet 02 mai 02 juillet
2007 28 juin 12 juin 8 juillet 1er juin 13 juin
2008 25 juin 08 juin 5 juillet 25 mai 09 juin
2009 19 juin 06 juillet 12 juillet 11 juin 29 juin
2010 24 juin 20 juin 28 juin 4 juin 22 juin
2011 23 juin 18 juin 27 juin 6 juin 15 juin
2012 20 juin 22 juin 2 juillet 4 juin 24 juin
2013 28 juin 27 juin 1er juillet 24 mai 27 juin
2014 27 juin 24 juin 28 juin 6 juin 22 juin
2015 21 juin 18 juin 24 juin 10 juin 15 juin
Source : DREM, 2016
234
termes de fertilité du sol car elles doivent produire une certaine quantité en moins de
temps. Et pour cela, la plante a beaucoup plus besoin de l’eau et aussi de nutriments.
Ces variétés arrivent à maturité avant les variétés traditionnelles et sont aussi très
vulnérables aux attaques aviaires.
Les variétés de sorgho cultivées actuellement dans la plaine du Mayo-Kebbi sont
Guinéa-caudatum, Durra-caudatum et Guinéa-bicolor. Ce sont des variétés hybrides.
Les variétés locales appréciées à la cuisson et au goût sont de moins en moins cultivées
car leur cycle est long et elles sont très sensibles au Striga. La variété de sorgho
introduite en 2011 est le K3R et a un rendement potentiel de 1,5 à 2 t/ha. La variété du
riz introduite en 2012 est le NERICA-L28. C’est une variété de 90 jours dont le
rendement potentiel est de 4-5t/ha tel que résumé dans le tableau XLII.
235
Ce tableau montre que toutes les variétés nouvelles, c’est-à-dire celles qui sont
introduites ont un rendement élevé par rapport aux anciennes variétés. En plus de
l’adoption des variétés à cycle court, il y’a aussi la modification des pratiques de labour.
236
pluviométrique comme relevant de l’ordre de la nature et de Dieu, il s’en suit que
l’homme ne pourra faire autrement que d’invoquer la clémence de Dieu et des mânes
des ancêtres. C’est ainsi qu’en situation de retard de pluie, les paysans font recours aux
faiseurs de pluies qui sont des personnes réputées pour les sacrifices en vue d’implorer
le pardon des divinités. Ces mêmes personnes sont sollicitées pour « arrêter la pluie »
en cas d’excès, même si cette dernière pratique est reconnue par l’ensemble des
personnes enquêtées d’efficacité très faible.
De ce qui précède, il ressort que les populations paysannes de la plaine du Mayo-
Kebbi ne sont pas restées passives face à la dégradation des conditions agricoles. Elles
ont développé des adaptations qui leur ont permis de réduire la vulnérabilité des cultures
aux variabilités pluviométriques. Mais, dans l’ensemble, certaines de ces adaptations du
fait de leurs contraintes/limites (tableau XLIII) ne permettent pas aux populations
paysannes de réduire convenablement les effets négatifs des variabilités
pluviométriques sur les systèmes agricoles.
237
Tableau XLIII. Contraintes et évaluation des coûts des adaptations endogènes dans la plaine du Mayo-Kebbi
Stratégies Contraintes/limites Coûts
Réadaptation du calendrier cultural Difficile maîtrise du nouveau calendrier Surtravail
Dispersion des dates de semis et adoption Impossibilité de faire la récolte au même Main d’œuvre abondante ;
de nouvelles variétés moment ; Demande élevée de semis
Temps élevé de semis ;
Difficulté de conservation de récolte ;
Dépendance paysanne en
approvisionnement de semences.
Modification des pratiques de labour Désherbages multiples Surtravail
Pratique d’autres cultures et Champs de plus en plus loin du lieu Demande de la main d’œuvre
augmentation des emblavures d’habitation ; supplémentaire
Terres fertiles de plus en plus rare
Utilisation des engrais Nécessité de faire la demande à temps Investissement pour s’approvisionner en
semence
Source : Enquête de terrain, 2015
238
Ce tableau décrit les contraintes, les limites et les coûts des stratégies endogènes
qui ont un poids énorme sur les agriculteurs et freinent les efforts de certains d’entre
eux.
239
Encadré 1. Je n’aime pas le travail agricole ces dernières années car c’est trop difficile et
moins rémunérateur. En plus, cela ne permet pas d’acheter les bœufs, de construire et se
soigner aussi comme nos parents l’ont fait. Je dois faire autre chose pour avoir un peu d’argent
et prendre en charge ma famille. En ce qui me concerne, je vends du carburant au bord de la
route pour augmenter mes revenus. J’achète aussi le mil pendant la récolte et je revends
quelques mois plus tard quand le prix augmente au marché. Si je ne fais pas de cette manière,
ma famille aura beaucoup de problèmes en cas de maladie.
Source : Enquête de terrain, 2015
Ces activités secondaires sont cependant précaires car largement soumises aux
aléas conjoncturels et n’offrent donc qu’une protection partielle des conditions de vie
des ménages. Par exemple, les activités de commerce subissent le coup de la baisse du
pouvoir d’achat à un choc négatif qu’il soit climatique, économique ou politique. Et
aussi, les difficultés de communication durant la saison des pluies, liées au mauvais état
des routes, rendent les déplacements plus difficiles et onéreux et limitent donc les
activités de petit commerce. De la même façon, le salariat agricole est fortement réduit
en période de choc négatif touchant l’ensemble de la zone puisque l’appel à la main
d’œuvre dépend des disponibilités monétaires. Enfin, les ménages les plus vulnérables
et les moins bien dotés en superficie agricole s’appuient essentiellement sur le salariat
agricole pour obtenir un complément de revenu nécessaire à la survie de leur famille. Ils
sont particulièrement touchés en cas de choc négatif. Il est important de rappeler que la
diversification des activités n’offre donc qu’une protection partielle en cas de choc
(Gondard-Delcroix et Rousseau, 2004). Cependant les mécanismes d’assurance
informels peuvent, dans une certaine mesure, atténuer les conséquences d’un choc
négatif. En dehors des activités génératrices de revenus, il y a aussi l’épargne de
précaution.
L’épargne de précaution est une autre pratique répandue dans la zone d’étude.
Elle ne date pas de l’avènement des changements climatiques, mais est de plus en plus
réputée pour la gestion des périodes difficiles du fait des risques climatiques (75 % des
producteurs l’ont affirmé). Elle constitue un mécanisme d’assurance informelle. Le
240
capital social constitue un mécanisme d’assurance pour les plus démunis. L’entraide, le
prêt gratuit (emprunt à taux d’intérêt nul), les transferts monétaires et non monétaires
donnent une idée du capital social à la disposition de ces ménages. Ce capital social est
beaucoup sollicité pour la gestion de dégâts pluviométriques, plus précisément à la suite
de pluie violente : destruction d’habitats, de greniers, de cultures. Il faut toutefois le
souligner, l’appartenance à un groupe de tontine est une pratique aussi très répandue.
Cette pratique permet aux agriculteurs d’épargner un peu d’argent pour faire face non
seulement aux effets néfastes des variabilités pluviométriques mais aussi aux autres
difficultés. Un agriculteur de Billiam-oursi évoque cette pratique (encadré 2).
Encadré 2. Avec les difficultés qu’on a actuellement avec la production agricole, je suis
obligé de mettre un peu d’argent de côté pour les imprévus. Dès que je vends la récolte,
j’épargne une partie de l’argent à la caisse d’épargne et de crédit. Je ne touche pas à cet argent
sauf en cas de problème grave. Quand le montant à dépenser n’est pas élevé, je préfère
m’endetter auprès des autres pour régler la situation. C’est lorsque ce montant est élevé que
je pars retirer cet argent. La production n’est pas bonne ces derniers temps et il faut faire de
cette manière pour s’en sortir.
241
Les migrations ne s’arrêtent pas seulement au niveau local mais aussi traversent
les frontières. A Bongor, 68% des enquêtés affirment que le problème de la main
d’œuvre se pose sérieusement pour les travaux champêtres. Le Nord-Cameroun est la
zone d’accueil de cette migration. Gonné (2008) a montré que la main d’œuvre agricole
dans les champs de karal est constituée à 60% des tchadiens dont le lieu de provenance
est pour la grande partie la plaine du Mayo-Kebbi. Les localités d’accueil sont entre
autres le Mayo-Danay et le Mayo-Kani. La période favorable de cette migration se situe
en juillet, août et septembre. Cette période correspond aussi à celle des travaux
champêtres dans la zone de départ, réduisant ainsi la main d’œuvre. La population jeune,
à la recherche des gains élevés, quitte son terroir pour d’autres afin d’augmenter son
revenu. Cette zone qui, avant 1980 constituait la zone d’accueil (figure 87) des migrants
est devenue à la longue pourvoyeur d’autres zones, car les variabilités pluviométriques
ont marqué et continuent de marquer négativement les agriculteurs.
242
Source : Gonné, 2008 et enquêtes de terrain, 2015 Réalisation : Gouataine, mai 2016
243
Il s’agit là des stratégies qui permettent de déplacer le risque, mais pas toujours
de le réduire. De plus, les agriculteurs ne disposent pas toujours de savoir-faire ou des
ressources nécessaires (variétés adaptées par exemple) pour la mise en valeur des
nouveaux espaces. Le temps d’adaptation peut être assez long, surtout si les agriculteurs
ne bénéficient pas d’un accompagnement.
Conclusion
Les adaptations endogènes aux variabilités pluviométriques sont multiples et
variées. Elles concernent tout d’abord les adaptations directes qui vont de la réadaptation
du calendrier agricole, de la mise en valeur des bas-fonds, de la modification des
pratiques de labour et de l’adoption des variétés à cycle court. Les savoirs faires paysans
sont d’une considérable importance dans la lutte contre les effets néfastes des
variabilités pluviométriques. Ces adaptations sont insuffisantes et directement liées à
ces variabilités. D’autres formes d’adaptation indirectes existent. Elles concernent la
diversification des activités génératrices de revenus, de l’épargne de précaution, des
migrations et des choix stratégiques d’investissement. Toutes ces adaptations ne
permettent pas à l’agriculteur de relever son niveau de production. Les pouvoirs publics
apportent leur appui dans l’adaptation aux variabilités pluviométriques. Les perspectives
d’amélioration de la production agricole sont nombreuses et variées, elles sont décrites
dans le chapitre suivant.
244
CHAPITRE VI.
QUELQUES PERSPECTIVES D’AMÉLIORATION DE LA
PRODUCTION AGRICOLE DANS LA PLAINE DU MAYO-
KEBBI DANS UN CONTEXTE DE VARIABILITE
PLUVIOMETRIQUE
245
Les variabilités pluviométriques influencent les productions agricoles et les
systèmes de culture. Face à ces effets, les agriculteurs ont développé des adaptations
diversifiées. Ces adaptations adaptées aux différentes variabilités ne permettent à
l’agriculteur d’améliorer sa production. Le secteur agricole se trouve ainsi fragilisé. Pour
améliorer la production, il est nécessaire que les pouvoirs publics appuient ce secteur.
Ce chapitre décrit les appuis des pouvoirs publics et les perspectives pour améliorer la
production.
246
L’ONASA est créé par la loi n°002/PR/2001 du 21 Février 2001 et est placé sous
la tutelle du Ministère de l’Agriculture. Ses missions sont les suivantes :
- la constitution, la conservation et la gestion d’un stock de réserves de produits
vivriers lui permettant d’agir en cas de nécessité ou d’urgence ;
- le traitement et la conservation du stock ;
- la participation au financement des aménagements ruraux et des infrastructures
utiles aux organisations et populations rurales ;
- le concours aux opérations de distribution des aides alimentaires dans le respect
de son autonomie financière ;
- la constitution d’un fonds de sécurité alimentaire ;
- l’appui à la protection des cultures par le financement des produits et matériels
phytosanitaires ;
- l’appui aux organismes internationaux concernés par le suivi des marchés et
produits vivriers.
248
VI.1.2. Renforcement des adaptations aux variabilités pluviométriques et
des structures de recherche
Le renforcement des stratégies d’adaptation consiste à appuyer les structures de
recherche et les adaptations endogènes. Ces structures de recherche sont indispensables
dans la recherche des solutions aux problèmes liés aux variabilités pluviométriques, qui
sont une contrainte majeure à la production agricole.
L’atteinte de l’autosuffisance et même de la sécurité alimentaire ne peut être
possible qu’avec le renforcement des structures de recherche. Ces structures devraient
avoir déjà une connaissance avérée dans le domaine du climat et pourraient mieux
travailler pour asseoir l’autosuffisance alimentaire. Il est nécessaire, qu’à partir des
connaissances existantes d’élaborer des mesures visant l’atténuation des impacts des
variabilités pluviométriques.
Il est aussi important de procéder à la formation et au recyclage permanent des
membres des Groupements Villageois (GV) et des Groupements Féminins (GF) et aussi
de quelques ONG qui opèrent dans le secteur agricole. Les institutions telles que
l’ITRAD, l’ONASA, le PNSA, etc. doivent se familiariser à l’utilisation des données
climatiques. Leur travail doit beaucoup plus s’orienter vers une agriculture intensive
pour parer les impacts des variabilités pluviométriques. Ceci va consister en la mise en
place des techniques qui visent à optimiser la prise de décision grâce à une surveillance
étroite des conditions de croissance des cultures.
Les autres initiatives des pouvoirs publics pour moderniser l’agriculture se
heurtent toujours à un certain nombre de problèmes dont l’instabilité pluviométrique. Et
pour combler ce manque d’eau, d’autres stratégies sont utilisées telles que l’appui
matériel.
249
10°20’N et 15°14’E
Cliché Gouataine, 2015
251
À Moulkou, il faut développer des mécanismes de recueillement des eaux de
pluie. Ces aménagements de taille moyenne permettent de collecter les eaux de pluie
pour une utilisation efficiente. Ils doivent permettre aussi de conserver les eaux de pluie
et de les utiliser pour augmenter la production et les rendements des différentes cultures
au moment où les pluies sont irrégulières et insuffisantes. Les avantages sont
indiscutables car la récupération des eaux est alliée à une gestion intégrée des
nutriments.
Le système de captage des eaux de ruissellement à mettre en place sera caractérisé
par la présence d’une surface de ruissellement comme un bassin versant et d’une aire de
réception où s’accumulera l’eau ruisselée. Cette surface peut être des citernes enfouies
au sol, des bassins au niveau des fermes ou de grandes retenues d’eau d’accumulation
(figure 88).
252
aménagements agricoles sont à encourager aux abords du lac Tikem pour valoriser le
maraîchage.
253
VI.3. ACTIONS POUR L’ATTEINTE DE LA SECURITE ALIMENTAIRE
Pour arriver à l’autosuffisance alimentaire et atteindre la sécurité alimentaire,
des actions sont entreprises. Elles concernent les informations sur les variabilités
pluviométriques et la sensibilisation des paysans, l’amélioration des systèmes de
conservation et la mise en place d’une veille pour la sécurité alimentaire.
254
Il est aussi important de promouvoir la transformation artisanale. Celle-ci est
souple car elle s’adapte plus facilement aux variations de l’offre des produits à
transformer et assure des productions bien adaptées aux goûts des consommateurs. On
peut aussi procéder au couplage transformation artisanale/transformation industrielle en
ce sens qu’il permet de mieux produire par rapport à la consommation locale et
régionale. Et aussi dans ce couplage, il sera nécessaire de favoriser les opérateurs locaux
par la mise en place d’une série de tarifs aux importations des intrants qui entrent dans
les dispositifs de transformation.
255
Comme les impacts des variabilités pluviométriques ne s’arrêtent pas seulement
au niveau agricole, il est aussi important d’élaborer le Système d’Information sur les
Marchés (SIM) qui sera alimenté par les données de l’INSEED. Ce système donnera les
informations sur les prix des produits et des intrants agricoles, les perspectives
commerciales et d’autres données permettant d’améliorer le fonctionnement des
marchés agricoles.
À côté de ces systèmes, il faut aussi le Système d’Information Sanitaire (SIS) qui
doit être mis en place conjointement avec le Ministère de la Santé Publique. Ce système
regroupe des données sur les maladies et d’autres informations socio-sanitaires.
La VSA (figure 89) ainsi conçue sera un outil fondé sur un ensemble de
composantes intégrées et implique beaucoup d’acteurs (décideurs politiques,
chercheurs, paysans, etc.).
256
le niveau de la production par secteur agro-écologique et prendre des mesures
nécessaires pour contrecarrer les déficits des rendements et de production agricole.
L’ensemble de mesures et stratégies proposées permettraient de faire des
prévisions et de détecter rapidement les crises alimentaires.
Conclusion
En conclusion, ce chapitre montre que les autres formes d’adaptation aux
variabilités pluviométriques sont nombreuses. Mais elles demeurent inconnues car peu
étudiées. Pour ce faire, les stratégies proposées ne seront efficaces que si elles sont
combinées. Dès lors, la réduction considérable de l’importation des produits
alimentaires constitue un préalable. De même, il est nécessaire que si on décide de
réduire l’importation, d’autres stratégies doivent être accentuées. Comme solution,
l’appui aux structures de recherche, la promotion de maraîchage, la promotion de la
culture attelée sont d’autres formes d’adaptation qui sont essentielles à mettre en œuvre
pour rehausser le développement agricole dans la plaine du Mayo-Kebbi.
Aussi, les adaptations proposées qui vont de l’intensification des aménagements
hydro-agricoles et de l’amélioration de la fertilité des sols sont indispensables pour le
développement agricole de la plaine. L’information sur les variabilités pluviométriques
et l’amélioration des systèmes de conservation et des techniques de transformation des
produits agricoles sont aussi nécessaires.
La mise en place de la Veille pour la Sécurité Alimentaire (VSA) donnera un
coup d’accélérateur pour une amélioration globale de la production des systèmes
agricoles. Sa mise en place, son organisation, ses différentes entités permettront à tous
les partenaires de bien appréhender la question des variabilités pluviométriques et de
leurs impacts sur les systèmes agricoles.
257
DISCUSSION ET LIMITES DE LA RECHERCHE
258
La problématique examinée dans cette thèse s’inscrit dans la série des travaux de
recherches sur le développement agricole et est axée sur les effets des variabilités
pluviométriques sur les systèmes végétatifs et l’adaptation des agriculteurs à ces
variabilités. Avant de conclure la présente étude, certains des résultats obtenus méritent
d’être discutés.
Cette étude montre que les variabilités pluviométriques sont réelles dans la plaine
du Mayo-Kebbi. Les pluies ont connu une baisse sensible pendant les décennies 70 et
80 avant de se stabiliser mais avec de profondes disparités. Les résultats obtenus, même
s’ils sont intéressants et représentatifs du Sud-ouest tchadien, ne peuvent pas être
extrapolés à l’ensemble du Sud du Tchad. De même, le nombre restreint des stations
(Bongor, Billiam-oursi, Moulkou, Guelendeng et Fianga) permet de saisir les variations
qu’à l’échelle de la plaine. Cette restriction n’a pas aussi permis de mieux apprécier les
variabilités pluviométriques sur ces différentes facettes. Comme l’a souligné Baohoutou
(2007), la faiblesse du réseau ne permet pas de faire des analyses représentatives du Sud
du Tchad. Aussi, les cinq stations sur lesquelles l’étude a porté sont soit climatologiques
soit pluviométriques. En effet, pour les simulations, on a besoin des données
climatologiques de toutes les stations (insolation, radiation globale, humidité, vitesse du
vent). Les quelques données parcellaires obtenues ont permis de faire les simulations.
Néanmoins, les données parcellaires extraites ont permis d’identifier les ruptures dans
les séries pluviométriques attestant des variabilités pluviométriques.
Qui plus est, les variabilités pluviométriques annuelles, mensuelles et
journalières constatées dans la plaine du Mayo-Kebbi confirment les résultats obtenus
en Afrique de l’ouest en général et au Tchad en particulier. En effet, les sécheresses des
années 70 et 80 ont marqué les séries pluviométriques provoquant une rupture de
stationnarité et modifié les comportements des agriculteurs. La première hypothèse est
ainsi vérifiée et confirmée.
Les effets des variabilités pluviométriques sur les systèmes végétatifs sont aussi
confirmés lorsqu’on s’en tient aux mauvaises productions agricoles obtenues pendant
les années déficitaires et aussi pendant les années dont les pluies sont extrêmes. Les faits
climatiques propres à la région qui ont affectée les systèmes agricoles sont la succession
de deux décennies relativement sèches avec un seuil critique en 1984, la variabilité intra
259
saisonnière de la pluviométrie marquée par des écarts importants dans les dates de
démarrage et de fin de pluie et une concentration tant en fréquence qu’en hauteur des
pluies au cœur de la saison. Chacun de ces faits a imprimé de sa marque particulière la
plaine du Mayo-Kebbi. Aussi, les hypothèses selon lesquelles les variabilités
pluviométriques constituent une menace pour les systèmes végétatifs et que les plantes
subissent les effets de ces variabilités aux différents stades végétatifs de leur
développement sont vérifiées.
Les nombreuses séquences observées pendant la saison pluvieuse ont aussi
perturbées le développement des cultures. Leur apparition fréquente désorganise le
travail agricole à tel point que le rendement à la fin de la période reste compromis. Mais
d’autres effets secondaires, conséquences de ces séquences sèches ne sont pas assez
développées. Dès lors, une étude plus approfondie dans ce domaine reste à envisager.
De prime abord, la succession des années sèches a entrainé une diminution des
rendements agricoles, sources de famine et de disette ayant poussé aux migrations
saisonnières. La population restant sur place adoptait diverses stratégies pour s’adapter
aux variabilités.
Les variations intra saisonnières de la pluviométrie imposent la recherche des
cultivars les mieux adaptés pour faire face au contexte climatique actuel. C’est ainsi que
la plupart des variétés locales sont abandonnées au profit de nouvelles variétés
généralement à cycle court, mais sans pour autant atteindre l’objectif visé, autrement dit
l’amélioration des rendements. La situation exige encore des recherches accrues et de
préférence axées sur les variétés locales si l’on veut satisfaire les besoins alimentaires
de la population de cette zone devenue de plus en plus nombreuse.
Par ailleurs, la simulation et l’évaluation des rendements agricoles est faite avec
CropWat. Ce logiciel a permis d’évaluer le rendement et d’estimer le rendement
potentiel. A partir des dates prédéterminées, l’évaluation des pertes de rendements est
faite. Aussi, le rendement théorique est obtenu dans les conditions normales de
précipitations. Ces résultats obtenus sont intéressants car elles ont permis de comparer
les rendements théoriques et réels obtenus sur le terrain. Cependant, il faut dire que ce
logiciel manque de précision car il ne prend en compte que les besoins en eau de la
plante alors que d’autres besoins en nutriments et autres éléments nécessaires à la
260
croissance de la plante ne sont pas utilisés dans le calcul du rendement. Néanmoins, les
résultats présentés permettent de connaitre le niveau de vulnérabilité des cultures et leur
sensibilité aux variations de la pluie. La situation actuelle permet ainsi de mieux
proposer des cultivars adaptés à la nouvelle donne pluviométrique.
Les adaptations des agriculteurs de la plaine du Mayo-Kebbi aux différentes
variabilités pluviométriques ont montré la réalité de ces variabilités. Les différents types
d’adaptation à chaque variabilité ont attesté de la capacité des agriculteurs à s’adapter
aux variations extrêmes des précipitations. Les différents travaux menés sur le sujet au
Cameroun notamment par Feumba et Tsalefac (2003), Bring (2005), au Bénin par
Ogouwalé (2006) et Vodounon (2016) et au Tchad par Baohoutou (2007), Gouataine et
al. (2016) ont aussi montré la capacité d’adaptation des agriculteurs face aux contraintes
climatiques et les résultats actuels viennent confirmer les résultats de ces travaux. Ces
différents résultats montrent aussi que toutes les zones agro-écologiques sont sujettes
aux variabilités climatiques, conséquences des changements climatiques globaux.
La théorie du climat moyen avec les variations autour de la moyenne est
représentative de la plaine du Mayo-Kebbi. Les différentes fluctuations des valeurs
observées autour de la moyenne de la série pluviométrique s’inscrivent dans la logique
de la théorie du climat moyen évoquée par Milankovitch. Les tendances pluviométriques
confirment la péjoration climatique.
La théorie de la relation entre le climat et les plantes cultivées est vérifiée par les
analyses du rapport entre la pluie et la production agricole. Il se dégage de ces analyses
que la pluie demeure l’élément fondamental de production agricole et que cette dernière
est tributaire de sa répartition tant spatiale que temporelle.
Les différents aspects de la théorie d’adaptation évoquée dans cette étude sont
vérifiés sur le terrain. L’adaptation peut être comportementale comme l’a souligné
Bates. Le comportement paysan a changé au regard des fortes variabilités
pluviométriques, surtout au retard des pluies.
Cette étude n’a pas pris en compte la disponibilité des ressources alimentaires de
la zone d’étude. Si on tient compte de la disponibilité des aliments, on peut faire des
simulations pour voir la situation future de la plaine sur le plan alimentaire en fonction
du taux d’accroissement de la population.
261
La méthodologie utilisée a donné des résultats satisfaisants. Les différents
éléments calculés sur la période de l’étude a donné un aperçu de la situation climatique
du Sud-ouest tchadien. Les résultats obtenus dans cette étude ont confirmé celles
obtenues dans d’autres zones géographiques. Tout en reconnaissant la qualité et la
validité de la méthodologie et des résultats obtenus, un élargissement du champ d’étude
et l’intégration d’autres paramètres climatologiques en détail donneront encore plus des
résultats intéressants et ouvriront d’autres perspectives de recherche.
Les systèmes de production agricole ne sont pas assez développés dans cette
étude. Et pourtant, à côté de la pluviométrie, ces facteurs entrent en compte dans la
production agricole. La culture du riz par exemple demande une main d’œuvre forte et
une force de travail élevée. Les aspects économiques et sociaux ne sont pas étudiés.
Malgré cela, les résultats présentés ont donné un état des lieux des productions agricoles
soumises aux variabilités pluviométriques et les difficultés qu’ont les agriculteurs à
développer leurs activités. Une étude dans ce sens devrait être aussi envisagée.
En somme, les résultats obtenus donnent un état global de l’environnement
agricole de la plaine du Mayo-Kebbi. Ces résultats ont confirmé l’existence d’une
rupture de stationnarité, conséquence des changements climatiques ayant affecté le sahel
depuis les années 70 et 80, ils permettent aux agriculteurs de mieux organiser les
moments propices de cultures et d’anticiper les risques agricoles, et de mobiliser les
pouvoirs publics ainsi que les communautés en faveur de toute action visant la
stabilisation du climat.
262
CONCLUSION GENERALE
263
L’objectif global de la présente étude était d’analyser la dynamique
pluviométrique dans la plaine du Mayo-Kebbi et l’adaptation des agriculteurs à ces
différentes variabilités. Ceci pour proposer des outils d’intervention en vue de participer
à l’atteinte des objectifs de sécurité alimentaire et de lutte contre la pauvreté.
Au terme de cette étude, on peut se satisfaire des résultats qui donnent un état des
lieux de la dynamique de la pluie dans la plaine du Mayo-Kebbi. Quelques aspects
majeurs méritent d’être rappelés en fonction de la démarche suivie.
La variabilité interannuelle et spatiale des précipitations est un facteur
indispensable pour la production agricole. L’analyse de la pluie à différentes échelles a
donné des résultats intéressants. La pluie annuelle s’ajuste normalement à la loi racine-
normale. Cet ajustement a permis d’estimer les fréquences d’apparition de ces pluies
ainsi que les différentes périodes de retour. Quelle que soit l’échelle, les pluies
minimales et maximales ont une certaine fréquence d’apparition. La pluie annuelle varie
non seulement selon le site mais aussi selon les années. La rupture dans les séries
pluviométriques est observée pendant les années qualifiées de « sèches » scindant la
série pluviométrique en deux sous-séries de longueur variable. La répartition
interannuelle montre qu’il y a des années très sèches ainsi que celles qui sont humides.
Dans sa répartition spatiale, les stations les plus au nord de la plaine telles que
Guelendeng sont moins arrosées par rapport à celles plus au sud comme Fianga. En plus
de la longitude et de la latitude, l’altitude conditionne aussi la répartition de la pluie
comme le montrent les coefficients de corrélation obtenus. Enfin, la pluie varie
également d’une décennie à une autre. L’analyse des pluies décennales a montré que la
décennie 1980-1989 est la plus sèche dans toutes les stations alors que celle de 1960-
1969 est la plus humide. Les analyses thermométriques ont montré une tendance à la
hausse de 1985 à 2013.
Les pluies mensuelles s’ajustent bien à la loi racine-normale comme les pluies
annuelles. Les analyses fréquentielles ont montré que les pluies mensuelles moyennes
se rapprochent plus de la fréquence biennale (F=0,5). L’analyse du régime
pluviométrique laisse apparaître que les premières pluies sont enregistrées au mois
d’avril et les dernières pluies en octobre, mais fortement perturbées. L’analyse des dates
de début et de fin de la saison pluvieuse d’après les critères bien définies ont montré très
264
clairement que les premières pluies ne marquent pas nécessairement le début de la saison
pluvieuse car le risque de ‘‘faux-départ’’ est élevé. Les stations de Guelendeng et Fianga
situées aux extrémités nord et sud du domaine d’étude ont des durées de saison pluvieuse
différentes.
Il ressort aussi de l’analyse de la pluie à l’échelle mensuelle que la pluie est
variable selon les mois. En effet, les mois de juillet et août recueillent à eux seuls la
moitié de la quantité pluviométrique tombée, soit plus de 50% de la quantité précipitée.
L’analyse de la pluie décadaire a révélé que celle-ci suit globalement celle mensuelle
car c’est le cumul de la pluie décadaire qui donne la quantité mensuelle.
L’analyse des séquences sèches au cours de l’hivernage a montré que les
séquences de 2 à 5 jours dominent dans la plaine et que les séquences de 7 jours et plus
apparaissent au début et à la fin de la saison pluvieuse. Il ressort aussi que la quantité de
pluie précipitée n’est pas liée à la fréquence d’apparition des séquences sèches.
Par ailleurs, les pluies mensuelles analysées ont aussi donné une image de la
répartition pluviométrique. La corrélation entre le nombre de jours pluvieux et la
quantité annuelle précipitée est variable d’une station à une autre. Cette variation montre
que le lien statistique entre la pluie annuelle et le nombre de jours pluvieux existe car
les coefficients de corrélation sont toutes positives entre ces deux variables.
L’analyse des tranches pluvieuses a aussi montré que les tranches inférieures à
10mm et celles comprises entre 10 et 30 mm sont les plus nombreuses. Les tranches
supérieures à 50 mm sont rares, ce qui laisse comprendre que les grosses pluies sont peu
nombreuses et que les pluies fines sont abondantes. L’analyse des pluies extrêmes a
montré leur parfait ajustement à la loi de Gumbel et que ses fréquences d’apparition sont
plus décennales que centennales.
La péjoration pluviométrique ne fait que s’accentuer, résultat d’un changement
climatique global. Cette péjoration est sans conséquence sur les systèmes agricoles.
Ces variabilités pluviométriques évoquées ont des effets sur les systèmes
agricoles et sur les cultures de la plaine du Mayo-Kebbi. Scindée en trois secteurs agro-
écologiques, la plaine du Mayo-Kebbi est soumise à la monoculture. Cependant,
l’association culturale est fortement pratiquée comme réponse aux variabilités
265
pluviométriques. Le coefficient d’Allan a montré une surexploitation des sols dans cette
plaine. Les techniques culturales ainsi que les outils utilisés sont rudimentaires.
Les paramètres agricoles ont évolué d’une année à une autre, que ce soit à
l’échelle de la plaine qu’à l’échelle stationnelle. La mise en relation statistique des
paramètres agricoles a permis de comprendre les corrélations qui existent entre ces
différents paramètres. Concernant les effets, la production et le rendement agricoles sont
conditionnés par la pluie comme l’ont montré les coefficients de corrélation obtenus.
Il ressort de l’analyse de la production agricole que toutes les cultures sont
dépendantes de la pluie. La courbe de la production agricole de quelques cultures prises
en exemple montre que les variabilités de la pluie influencent la production agricole. Il
en est de même du rendement et des surfaces agricoles.
Les effets des variabilités pluviométriques mensuelles et journalières concernent
le bouclage du cycle cultural conditionné par la longueur de la saison pluvieuse. D’une
manière globale, la longueur de la saison pluvieuse n’influence pas le cycle cultural des
différentes spéculations mais les nombreuses séquences sèches qui y apparaissent
perturbent le développement des cultures. Aussi, le nombre de jours pluvieux influence
aussi la production agricole car les corrélations existantes entre ces deux paramètres sont
positives. La variation décadaire de la pluie conditionne le besoin en eau de certaines
spéculations qui se retrouvent déficitaires à des stades critiques de leur développement.
La contribution de CropWat dans la simulation et l’évaluation des pertes de
rendements a montré que les pluies restent et demeurent le facteur essentiel de la
production agricole car sa variation conditionne le rendement.
Les différentes adaptations des agriculteurs aux variabilités pluviométriques sont
insuffisantes. Ces stratégies partent de la modification du calendrier cultural et des
pratiques de labour, de la pratique d’autres cultures et de l’augmentation des
emblavures, de la mise en valeur des bas-fonds et des berges des cours d’eau. Toutes
ces adaptations n’ont permis qu’à atténuer les effets des fluctuations pluviométriques
sur les systèmes agricoles. D’autres agriculteurs répondent par la dispersion des dates
de semis, l’adoption des variétés à cycle court, la modification des pratiques de labour.
Les différentes adaptations utilisées ne peuvent réussir que si elles sont
appliquées en tandem. Prises isolément, ces stratégies sont difficiles à appliquer et ne
266
donnent pas les résultats escomptés. Mais si elles sont mises ensemble, elles permettront
à la plaine du Mayo-Kebbi de rehausser son niveau de production.
L’étude a montré que les stratégies paysannes d’adaptation sont des réactions
spontanées aux aléas qui n’intègrent pas réellement l’anticipation et la gestion du risque.
Ces adaptations concernent les calendriers, l’organisation spatiale, les itinéraires
techniques de production. Elles constituent un point de départ indispensable à la
réflexion sur l’adaptation paysanne. Les interventions de développement pertinentes
dans un contexte de variabilité pluviométrique amènent à :
- proposer des solutions adaptées : les réponses techniques, notamment celles qui
concernent la gestion de l’eau sont utiles, voire urgentes dans certaines localités
du domaine d’étude. Il est aussi nécessaire d’insérer ces réponses dans les
systèmes de culture, car le plus souvent elles sont connues mais ne sont pas
appliquées. L’autre paramètre important est la dimension collective. Les
solutions individuelles posent beaucoup de problèmes et sont souvent risquées ;
- favoriser l’autonomisation dans l’adaptation : cette autonomisation passe par la
proposition des solutions évolutives mais surtout le renforcement des capacités à
innover de façon autonome, pour faire face aux changements à venir. Car,
certaines solutions techniques pertinentes aujourd’hui peuvent se révéler
inadaptées ultérieurement puisque le sens d’évolution du climat à l’échelle locale
n’est pas toujours facile à prévoir ;
- réduire la vulnérabilité des systèmes : cette résilience passe par deux aspects. Le
premier, écologique, dispose des systèmes économes en ressources en eau,
rigides (le niveau de production est moins sensible aux aléas) et durables
contribuant à renforcer les aptitudes du milieu. Le deuxième aspect est
économique. A ce niveau, la pérennité des exploitations est consolidée par la
valorisation des produits, la diversité des productions et des activités.
268
permettre de mieux simuler les rendements. En effet, ces différents outils qui
permettent une modélisation des rendements nécessitent l’utilisation des données
climatologiques variées. Cet axe dépend du premier par la disponibilité des
données ;
- l’élaboration des cartes de vulnérabilité des populations paysannes par secteur
agro-écologique. Cette élaboration sera établie par rapport à la croissance
démographique, à la disponibilité des ressources alimentaires et au bilan
céréalier ;
- l’étude de l’impact des variabilités climatiques sur le rythme de développement
tant régional que national. Le Tchad, étant un pays dont l’économie est basée sur
l’agriculture et l’élevage, est soumis à une forte variabilité climatique. Ses effets
affectent non seulement ces deux aspects mais aussi la santé de la population avec
les maladies telles que le paludisme, l’économie avec la baisse des revenus. Son
étude approfondie pourrait permettre de caler sa variation au rythme de
développement non seulement d’une région mais aussi du pays ;
- l’approfondissement des études sur les adaptations paysannes aux variabilités
climatiques dans l’ensemble des écosystèmes similaires à ceux de la plaine du
Mayo-Kebbi tchadien.
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286
ANNEXES
287
Annexe 1
Questionnaire d’enquête
Bonjour Madame, Monsieur. Dans le cadre de nos travaux de thèse à l’Université
de Maroua, nous menons une enquête sur les variabilités climatiques et l’adaptation des
agriculteurs dans la plaine du Mayo-Kebbi (sud-ouest du Tchad).
Nous vous serons reconnaissants de nous consacrer un peu de votre temps pour
répondre à ce questionnaire. Il ne vous prendra que quelques minutes. Les réponses
seront traitées de manière anonyme.
Q4. Quelle est la superficie des terres cultivées par habitant dans la localité ?
-1 ha 1- 3 ha 3-5 ha 5-7 ha 7-9 ha +10 ha
288
Q6. Quelles cultures pratiquez-vous ?
Maïs Arachide Riz Manioc Pois de terre Niébé Pénicillaire Sorgho Sorgho Béré-béré
blanc rouge
289
Q11. Quelles sont les autres techniques utilisées par culture ?
Culture Système Type de Autres
d’irrigation fertilisation
Maïs
Arachide
Riz
Manioc
Pois de terre
Niébé
Pénicillaire
Sorgho blanc
Sorgho rouge
Béré-béré
Q12. Quelle est l’évolution des rendements au cours des dix dernières
années ?
Baisse Stagnation Evolution
290
Q14. Quelles sont les causes de variation de la production globale ?
Cause Oui Non
Climat
Variation des superficies emblavées
Faiblesse des prix des produits agricoles
Autre
291
Contribution des faiseurs de pluie pour attirer la
pluie
Q20. En cas d’excédent de pluie, que faites-vous pour protéger vos cultures ?
Pratiques Oui Non
Évacuation des eaux par les rigoles
Autre
292
Événements climatiques extrêmes et crises alimentaires
Q22. Les sécheresses
1 Terminologies
2 Manifestations
3 Années ou repères
Q26. Quelles sont les mesures prises pour faire face aux crises de sécheresse
que vous avez connues ?
Mesures prises Contraintes liées à la mesure
293
Q27. Quelles sont les mesures prises pour faire face aux excès
pluviométriques que vous avez connues ?
Mesures prises Contraintes liées à la mesure
294
Annexe 2 : Fiches de relevés des données
RELEVES JOURNALIERS PLUVIOMETRIQUES (en millimètres)
Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept Oct. Nov. Déc.
1 1
2 2
3 3
4 4
5 5
6 6
7 7
8 8
9 9
10 10
Total 1èreDécade
11 11
12 12
13 13
14 14
15 15
16 16
17 17
18 18
19 19
20 20
Total 2èDécade
21 21
22 22
23 23
24 24
25 25
26 26
27 27
28 28
29 29
30 30
31 31
Total 3èDécade Total de la
saison
Nombre de
jours de pluie
par mois
Total mensuel
295
STATION______________________
Paramètre : Température
Période : _____________________
J F M A M J Jt A S O N D
Moyenne des minimums (Tn)
Moyennes des maximums Tx)
Moyenne [(Tn+Tx)/2]
A l’ombre
Ecart à la moyenne
Minimum absolu (et date)
Maximum absolu (et date)
Moyenne quotidienne la plus basse (et date)
Moyenne quotidienne la plus élevée (et date)
A 6h GMT et à 10cm
A 12h et à 10cm
Dans le sol
A 18h et à 10cm
A 12h et à 20cm
A 12h et à 50cm
A 12h et à 100cm
296
STATION______________________
Paramètre : Humidité, Insolation, Évaporation
Période : ______________________
J F M A M J Jt A S O N D
Moyenne
relative (en %)
Valeur mensuelle
Insolation
dixième)
297
ANNEXE 3. CARACTERISTIQUES DES SOLS DANS CROPWAT
Type de sol
Caractéristiques du sol Medium Light Heavy
Eau disponible totale (mm/m) 290 60 200
Taux d’infiltration maximum de l’eau de pluie 40 40 40
(mm/jour)
Profondeur maximum d’enracinement (cm) 900 900 900
Épuisement de la teneur en eau initiale (%) 0 0 0
298
ANNEXE 4. AJUSTEMENT DES PLUIES MENSUELLES A LA LOI
RACINE-NORMALE
Avril/Bongor Septembre/Bongor
40 40
35 35
30 30
25 25
20
Racine de x
Racine de x
15 20
10 15
5 10
0 5
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5 0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, ( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, taille 50et
taille 50et I.C. à 80% ) I.C. à 80% )
Mai/Bongor Octobre/Bongor
40 40
35 35
30 30
25 25
Racine de x
Racine de x
20 20
15 15
10 10
5 5
0 0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5 -2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, taille 50et
( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, I.C. à 80% )
taille 50et I.C. à 80% )
Avril/Fianga
Juin/Bongor
40
40
35
35
30
30
25
25
Racine de x
Racine de x
20
20
15
15
10
10
5
5
0
0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, ( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, taille 50et
taille 50et I.C. à 80% ) I.C. à 80% )
299
Mai/Fianga Octobre/Fianga
40 40
35 35
30 30
25
25
Racine de x
Racine de x
20
20
15
10 15
5 10
0 5
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5 0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, ( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, taille 50et
taille 50et I.C. à 80% ) I.C. à 80% )
Juin/Fianga Avril/Guelendeng
40 40
35 35
30 30
25 25
Racine de x
Racine de x
20
20
15
15
10
10
5
5
0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5 0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, ( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, taille 50et
taille 50et I.C. à 80% ) I.C. à 80% )
Septembre/Fianga Mai/Guelendeng
40 40
35 35
30 30
25 25
Racine de x
Racine de x
20 20
15 15
10 10
5 5
0 0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5 -2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, taille ( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, taille 50et
50et I.C. à 80% ) I.C. à 80% )
300
Juin/Guelendeng Septembre/Guelendeng
40 40
35 35
30 30
25 25
Racine de x
Racine de x
20 20
15 15
10 10
5 5
0 0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5 -2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, ( Moy. de Vx =26,50, E.T. de Vx =2,65, taille
taille 50et I.C. à 80% ) 50et I.C. à 80% )
Octobre/Guelendeng
40
35
30
25
Racine de x
20
15
10
5
0
-2,5 -1,5 -0,5 0,5 1,5 2,5
301
ANNEXE 5. EXEMPLE D’UTILISATION DE CROPWAT
Pour cet exemple d’utilisation, on va simplement décrire l’environnement de
CropWat et l’insertion des données afin d’obtenir des résultats. La figure suivante décrit
l’environnement de CropWat.
302
TABLE DES MATIÈRES
303
Dédicace ........................................................................................................................... i
Remerciements ................................................................................................................ ii
Résumé ........................................................................................................................... iii
Abstract .......................................................................................................................... iv
Table des tableaux............................................................................................................v
Table des figures ........................................................................................................... vii
Table des photographies ............................................................................................... xii
Table des planches ....................................................................................................... xiii
Sigles, acronymes et abréviations .................................................................................xiv
Sommaire ......................................................................................................................xvi
INTRODUCTION GENERALE ..................................................................................1
Contexte général de la recherche ....................................................................................2
Revue de la littérature ....................................................................................................5
Problématique ............................................................................................................. 11
Questions de recherche ................................................................................................ 13
Hypothèses ................................................................................................................. 14
Objectifs de recherche ................................................................................................. 14
Cadre théorique ........................................................................................................... 15
Cadre conceptuel ......................................................................................................... 29
Délimitation spatiale .................................................................................................... 36
Cadre méthodologique ................................................................................................. 37
Intérêt et organisation du plan de rédaction ................................................................... 60
PREMIERE PARTIE. ANALYSE DES VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES
DANS LA PLAINE DU MAYO-KEBBI ................................................................... 63
CHAPITRE I. DES VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES ANNUELLES TRES
CONTRASTEES DANS LA PLAINE DU MAYO-KEBBI ........................................ 64
I.1. Homogeneisation des données et identification des ruptures dans les séries
pluviométriques.............................................................................................................. 65
I.1.1. Homogéneisation des données .......................................................................... 65
I.1.2.Test de Buishand.............................................................................................. 69
I.1.3. Test de Pettitt .................................................................................................. 72
304
I.2. Choix d’une loi statistique de distribution et détermination du climat ................ 76
I.2.1. Loi statistique de distribution ........................................................................... 76
I.2.2. Estimation fréquentielle des pluies annuelles et périodes de retour ..................... 78
I.2.3. Détermination du climat ................................................................................... 82
I.3. Variation interannuelle et spatiale des précipitations ........................................... 83
I.3.1. Variation interannuelle des précipitations .......................................................... 83
I.3.2. Variation spatiale des quantités d’eau recueillies ............................................... 93
I.3.3. Variation decennale de la pluviométrie ............................................................. 97
Conclusion ..................................................................................................................... 99
CHAPITRE II. DISPARITES SPATIO-TEMPORELLES DES VARIABILITES
PLUVIOMETRIQUES MENSUELLES ET JOURNALIERES DANS LA PLAINE
DU MAYO-KEBBI ..................................................................................................... 100
II.1. Des variations mensuelles très nettes ................................................................ 101
II.1.1. Choix d’une loi statistique de distribution et estimation des pluies .................. 101
II.1.2. Régime pluviométrique moyen et délimitation de la saison pluvieuse .............. 106
II.1.3. Perceptions paysannes des retards de pluies et poids des mois pluvieux sur la
quantité annuelle ............................................................................................................ 115
II.2. De l’échelle mensuelle à l’échelle décadaire : une analyse de la connaissance du
rythme pluviométrique ................................................................................................. 117
II.2.1. Variation décadaire de la pluie. ..................................................................... 117
II.2.2. Pofil des séquences sèches et humides dans la plaine du Mayo-Kebbi............. 120
II.3. Des variations journalières très marquées ......................................................... 125
II.3.1. Analyse des jours pluvieux ........................................................................... 125
II.3.2. Apport des tranches pluvieuses sur l’évolution des cumuls saisonniers ............ 126
II.3.3.Les pluies extrêmes ....................................................................................... 132
Conclusion ................................................................................................................... 136
DEUXIEME PARTIE. LES EFFETS DES VARIABILITES
PLUVIOMETRIQUES SUR LES SYSTEMES VEGETATIFS DES PLANTES
CULTIVEES .............................................................................................................. 137
CHAPITRE III. DES PARAMETRES AGRICOLES FORTEMENT PERTURBES
PAR LES VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES .................................................. 138
III.1. Secteurs agro-écologiques et systèmes agricoles............................................. 139
305
III.1.1. Secteurs agro-écologiques............................................................................ 139
III.1.2. Systèmes de culture ..................................................................................... 143
III.3.3. Techniques de culture .................................................................................. 146
III.2. Evolution des paramètres agricoles ................................................................. 147
III.2.1. Evolution de la production agricole dans la plaine du Mayo-Kebbi ................ 147
III.2.2. Evolution de rendement dans la plaine du Mayo-Kebbi ................................ 153
III.2.3. Evolution des surfaces cultivées dans la plaine du Mayo-Kebbi ................... 158
III.3. La production agricole perturbée par la variation annuelle de la pluie ........... 166
III.3.1. Relation pluie et production agricole ............................................................ 166
III.3.2. Corrélation entre les pluies et les rendements des différentes cultures............. 178
III.3.3. Corrélation entre les surfaces emblavées et les autres paramètres agricoles .... 183
Conclusion ................................................................................................................... 185
CHAPITRE IV. LES EFFETS DES VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES SUR
LES PLANTES CULTIVEES ..................................................................................... 187
IV.1. Variations pluviométriques et développement des cultures ............................ 188
IV.1.1. Effets de la réduction de la saison et du nombre des jours pluvieux................ 188
IV.1.2. Variations extrêmes et décadaires de la pluie et besoin en eau cultural ........... 190
IV.1.3. Déficit hydrique des cultures ....................................................................... 200
IV.2. Contribution de CropWat dans la simulation des rendements agricoles ......... 203
IV.2.1. Paramètres et modules associés au modèle ................................................... 204
IV.3.2. Schéma de fonctionnement du logiciel ......................................................... 207
IV.3.3. Calcul des rendements ................................................................................. 209
Conclusion ................................................................................................................... 219
TROISIEME PARTIE. FORMES D’ADAPTATION ET DE STRATEGIES DES
AGRICULTEURS AUX VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES .................... 221
CHAPITRE V. ADAPTATIONS ENDOGENES DES AGRICULTEURS AUX
VARIABILITES PLUVIOMETRIQUES ........................................................................ 222
V.1. Adaptations directes aux variabilités pluviométriques ..................................... 223
V.1.1. Réadaptation du calendrier cultural à la variabilité pluviométrique ................. 223
V.1.2. Pratique d’autres cultures et augmentation des emblavures ............................. 225
V.1.3. Mise en valeur des bas-fonds et des berges des cours d’eau ............................ 226
306
V.2.Le maraîchage et la modification des pratiques de labour comme autres
adaptations directes ...................................................................................................... 228
V.2.1. Développement du maraîchage et des cultures irriguées ................................. 228
V.2.2. Dispersion des dates de semis et adoption des variétés à cycle court ............... 232
V.2.3. Modification des pratiques de labour ............................................................. 236
V.3. Adaptation indirectes et stratégies de lutte contre les variabilités
pluviométriques............................................................................................................ 239
V.3.1. Diversification des activités et épargne.......................................................... 239
V.3.2. Les mouvements migratoires ........................................................................ 241
V.3.3. Les choix stratégiques d’investissement ......................................................... 244
Conclusion ................................................................................................................... 244
CHAPITRE VI. QUELQUES PERSPECTIVES D’AMELIORATION DE LA
PRODUCTION AGRICOLE DANS LA PLAINE DU MAYO-KEBBI DANS UN
CONTEXTE DE VARIABILITE PLUVIOMETRIQUE ........................................... 245
VI.1. Appui des pouvoirs publics ............................................................................. 246
VI.1.1. Programmes d’assistance de soutien et de recherche ..................................... 246
VI.1.2. Renforcement des adaptations et des structures de recherche ......................... 249
VI.1.3. Appuis matériels de l’agriculture ................................................................. 249
VI.2. Options et stratégies pour une planification de la sécurité alimentaire ........... 250
VI.2.1. Réduction considérable de l’importation des produits alimentaires ................. 251
VI.2.2. Intensification des aménagements hydro-agricoles et mobilisation des eaux de
ruissellement .................................................................................................................. 251
VI.2.3. Amélioration de la fertilité des sols et promotion de la culture attelée ........... 253
VI.3. Actions pour l’atteinte de la sécurité alimentaire ............................................ 254
VI.3.1. Information sur les variabilités climatiques et sensibilisation des paysans ...... 254
VI.3.2. Amélioration des systèmes de conservation et de techniques de transformation
des produits agricoles ..................................................................................................... 254
VI.3.3. Veille pour la Sécurité Alimentaire (VSA) ................................................... 255
Conclusion ................................................................................................................... 257
Discussion et limites de la recherche ........................................................................... 258
CONCLUSION GENERALE ................................................................................... 263
Références bibliographiques ........................................................................................ 270
307
Annexes ........................................................................................................................ 287
Annexe 1. Questionnaire d’enquête ............................................................................ 288
Annexe 2. Fiches de relevés des données .................................................................... 295
Relevés journaliers pluviométriques ............................................................................. 295
Relevés de température .............................................................................................. 296
Relevés d’humidite, insolation, évaporation .................................................................. 297
Annexe 3. Caractéristique des sols dans CropWat ....................................................... 298
Annexe 4. Ajustement des pluies a la loi racine-normale ............................................. 299
Annexe 5. Exemple d'utilisation de CropWat ............................................................. 302
Table des matières ...................................................................................................... 303
308