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Amour maudit : Tristan et Iseut

Tristan et Iseut boivent par erreur un philtre d'amour destiné au roi Marc et à Iseut. Dès lors, ils tombent éperdument amoureux l'un de l'autre malgré les interdits.

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Audeline Schmidt
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Amour maudit : Tristan et Iseut

Tristan et Iseut boivent par erreur un philtre d'amour destiné au roi Marc et à Iseut. Dès lors, ils tombent éperdument amoureux l'un de l'autre malgré les interdits.

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– Le philtre

Après avoir conquis la main d’Iseut, fille du roi d’Irlande, pour le roi Marc, Tristan ramène
la jeune femme en Cornouailles pour qu’elle y épouse le roi. Elle est accompagnée de sa
suivante Brangien. Pour s’assurer du bonheur de sa fille, la mère d’Iseut a confié à Brangien
un philtre d’amour qu’elle devra faire boire aux époux le soir de leurs noces. Au cours de
leur voyage en bateau, Tristan et Iseut souffrent de la chaleur et demandent à boire à une
jeune servante.

L’enfant chercha quelque breuvage, tant qu’elle découvrit le coutret1 confié à Brangien par la
mère d’Iseut. « J’ai trouvé du vin ! » leur cria-telle. Non, ce n’était pas du vin : c’était la

passion, c’était l’âpre joie et l’angoisse sans fin, et la mort. L’enfant remplit un hanap2 et le
présenta à sa maîtresse. Elle but à longs traits, puis le tendit à Tristan, qui le vida.

À cet instant, Brangien entra et les vit qui se regardaient en silence, comme égarés et comme

ravis. Elle vit devant eux le vase presque vide et le hanap. Elle prit le vase, courut à la poupe3,
le lança dans les vagues et gémit : « Malheureuse ! maudit soit le jour où je suis née et maudit
le jour où je suis montée sur cette nef ! Iseut, amie, et vous, Tristan, c’est votre mort que vous
avez bue ! »
De nouveau, la nef cinglait vers Tintagel. Il semblait à Tristan qu’une ronce vivace, aux
épines aiguës, aux fleurs odorantes, poussait ses racines dans le sang de son cœur et par de
forts liens enlaçait au beau corps d’Iseut son corps et toute sa pensée, et tout son désir. Il
songeait : « Andret, Denoalen, Guenelon et Gondoïne, félons qui m’accusiez de convoiter la
terre du roi Marc, ah ! je suis plus vil encore, et ce n’est pas sa terre que je convoite ! Bel
oncle, qui m’avez aimé orphelin avant même de reconnaître le sang de votre sœur
Blanchefleur, vous qui me pleuriez tendrement, tandis que vos bras me portaient jusqu’à la

barque sans rames ni voile4, bel


oncle, que n’avez-vous, dès le premier jour, chassé l’enfant errant venu pour vous trahir ?
Ah ! qu’ai-je pensé ? Iseut est votre femme, et moi votre vassal. Iseut est votre femme, et moi
votre fils. Iseut est votre femme, et ne peut pas m’aimer. »Iseut l’aimait. Elle voulait le haïr,
pourtant : ne l’avait-il pas vilement dédaignée ? Elle voulait le haïr, et ne pouvait, irritée en
son cœur de cette tendresse plus douloureuse que la haine.

1
Brangien les observait avec angoisse, plus cruellement tourmentée encore, car seule elle
savait quel mal elle avait causé. Deux jours elle les épia, les vit repousser toute nourriture,
tout breuvage et tout réconfort, se chercher comme des aveugles qui marchent à tâtons l’un
vers l’autre, malheureux quand ils languissaient séparés, plus malheureux encore quand,
réunis, ils tremblaient devant l’horreur du premier aveu.
Au troisième jour, comme Tristan venait vers la tente, dressée sur le pont de la nef, où Iseut
était assise, Iseut le vit s’approcher et lui dit humblement :« Entrez, seigneur.

– Reine ; dit Tristan, pourquoi m’avoir appelé seigneur ? Ne suis-je pas votre homme lige5,
au contraire, et votre vassal, pour vous révérer, vous servir et vous aimer comme ma reine et
ma dame ? »
Iseut répondit :
« Non, tu le sais, que tu es mon seigneur et mon maître ! Tu le sais, que ta force me domine et

que je suis ta serve6 ! […] Que n’ai-je laissé périr le tueur du monstre7 dans les herbes du
marécage ! Que n’ai-je assené sur lui, quand il gisait dans le bain, le coup de l’épée déjà
brandie ! Hélas ! je ne savais pas alors ce que je sais aujourd’hui !
– Iseut, que savez-vous donc aujourd’hui ? Qu’est-ce donc qui vous tourmente ?
– Ah ! tout ce que je sais me tourmente, et tout ce que je vois. Ce ciel me tourmente, et cette
mer, et mon corps, et ma vie ! »
Elle posa son bras sur l’épaule de Tristan ; des larmes éteignirent le rayon de ses yeux, ses
lèvres tremblèrent. Il répéta : « Amie, qu’est-ce donc qui vous tourmente ? »
Elle répondit : « L’amour de vous. »
Alors il posa ses lèvres sur les siennes. Mais, comme pour la première fois tous deux
goûtaient une joie d’amour, Brangien, qui les épiait, poussa un cri, et, les bras tendus, la face
trempée de larmes, se jeta à leurs pieds : « Malheureux ! Arrêtez-vous, et retournez, si vous le
pouvez encore ! Mais non, la voie est sans retour, déjà la force de l’amour vous entraîne et
jamais plus vous n’aurez de joie sans douleur. C’est le vin herbé qui vous possède, le
breuvage d’amour que votre mère, Iseut, m’avait confié. Seul, le roi Marc devait le boire avec

vous ; mais l’Ennemi8 s’est joué de nous trois, et c’est vous qui avez vidé le hanap. Ami
Tristan, Iseut amie, en châtiment servir et vous aimer comme ma reine et ma dame ? »
Iseut répondit :
« Non, tu le sais, que tu es mon seigneur et mon maître ! Tu le sais, que ta force me domine et

que je suis ta serve6 ! […] Que n’ai-je laissé périr le tueur du monstre7 dans les herbes du

2
marécage ! Que n’ai-je assené sur lui, quand il gisait dans le bain, le coup de l’épée déjà
brandie ! Hélas ! je ne savais pas alors ce que je sais aujourd’hui !

– Iseut, que savez-vous donc aujourd’hui ? Qu’est-ce donc qui vous tourmente ?
– Ah ! tout ce que je sais me tourmente, et tout ce que je vois. Ce ciel me tourmente, et cette
mer, et mon corps, et ma vie ! »
Elle posa son bras sur l’épaule de Tristan ; des larmes éteignirent le rayon de ses yeux, ses
lèvres tremblèrent. Il répéta : « Amie, qu’est-ce donc qui vous tourmente ? »
Elle répondit : « L’amour de vous. »

Alors il posa ses lèvres sur les siennes. Mais, comme pour la première fois tous deux
goûtaient une joie d’amour, Brangien, qui les épiait, poussa un cri, et, les bras tendus, la face
trempée de larmes, se jeta à leurs pieds :
« Malheureux ! Arrêtez-vous, et retournez, si vous le pouvez encore !

Mais non, la voie est sans retour, déjà la force de l’amour vous entraîne et jamais plus vous
n’aurez de joie sans douleur. C’est le vin herbé qui vous possède, le breuvage d’amour que

votre mère, Iseut, m’avait confié. Seul, le roi Marc devait le boire avec vous ; mais l’Ennemi8
s’est joué de nous trois, et c’est vous qui avez vidé le hanap. Ami Tristan, Iseut amie, en
châtiment.
Joseph BÉDIER, Le Roman de Tristan et Iseut, chapitre IV, 1981, éditions 10/18.

1. Coutret : flacon.
2. Hanap : coupe.
3. Poupe : partie arrière du navire.
4. En combattant le Morholt, Tristan a reçu un coup d’épée empoisonnée : mourant, il
s’est fait déposer dans une barque, laissant la mer décider de son sort.
5. Homme lige : vassal.
6. Serve : esclave, servante.
7. La barque a mené Tristan sur les rives d’Irlande et c’est Iseut qui l’a guéri.
8. L’Ennemi : le diable.

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