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L.L. Marivaux, Le Jeu de L'amour Et Du Hasard, 1730 Extrait de L'acte III, Scène 6.

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L.l. Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard, 1730 ; extrait de l’acte III, scène 6.

► Présentation
Auteur, pièce
Reportez-vous à vos recherches et au cours.

Situation du passage

Voir en-tête de la photocopie du texte.

Autre proposition : Lisette et Arlequin ont dû se travestir en leurs maîtres respectifs, Silvia et
Dorante, ces derniers voulant ainsi tester le caractère de l’autre avant de l’épouser. Les deux
serviteurs sont en effet tombés amoureux l’un de l’autre.

► LECTURE EXPRESSIVE

► Composition de cette scène de révélation burlesque fondée sur un quiproquo.

Reportez-vous à votre cours.

► Enjeu de l’explication

Problématique possible
 Le travestissement et la dissimilation de l’identité : ressort comique traditionnel.

► Explication linéaire
Répliques 1 à 15 : manœuvres comiques d’Arlequin pour différer la révélation de son
identité.
Précision : le spectateur connaît la véritable identité de chaque personnage.
Moteur dramatique de la scène : quiproquo (comique de situation qui repose d’ailleurs sur
un comique de caractère) qui fait que chacun des valets croit avoir affaire à une personne
de condition supérieure.
Lisette est la première à avoir des doutes : cf répl.1, aparté « Tant d’abaissement n’est pas
naturel ! ». Sa curiosité est aiguisée (« Sachons de quoi il s’agit », répl.5) => nombreuses
questions à Arlequin – qui lui-même répond par des questions – pour connaître son identité :
citer les interrogatives de ce 1er mouvement.
On voit qu’Arlequin tient à Lisette car il procède de façon prudente pour révéler son identité
afin pour de ne pas perdre celle qu’il aime : « Préparons un peu cette affaire-là... » (répl.6).
Contraste comique entre l’empressement de Lisette (cf emploi d’impératifs : « Achevez
donc »…, de la locution « En un mot »), et la façon dont Arlequin diffère le moment où il
devra avouer. Réponse amorcée puis interruption (« Je suis... », répl.8), suivie d’une autre
question qui semble hors-sujet (« N’avez-vous jamais vu de fausse monnaie ? »).
Dans ce premier mouvement, Arlequin procède par énigmes (métaphores, analogies): «
voilà où gît le lièvre » (répl.2), « vous m’ôtez ma couverture » (répl.4), « savez-vous ce que
c’est qu’un louis d’or faux ? Eh bien, je ressemble assez à cela » (répl.8).
Effet dilatoire1 => le comique émane également de la gêne grandissante d’Arlequin, qui
ne cesse de faire des allusions à son masque tout en le gardant (voir aussi l’interjection
1
Dilatoire : qui vise à obtenir un délai, à gagner du temps.
répl.12). + comique de mots fortement exploité par Marivaux dans cette scène. Arlequin
refuse, en effet, de se nommer et utilise des images burlesques pour se définir avec auto-
dérision.
Ces images choisies par le valet ont un rapport avec sa condition : personnification triviale
de l’amour, « votre amour est-il d’une constitution bien robuste ? [...] Je vais le loger
petitement » (répl.6), tournure périphrastique comique par analogie pour mettre Lisette sur la
piste avec « soldat d’antichambre » (répl.14.) qui évoque le serviteur en parodiant les
périphrases précieuses2 (association incongrue du mot « soldat » – connotation valeureuse
– au complément du nom « d’antichambre » – réf. à la domesticité ; voir aussi l’image non
galante « « un louis d’or faux »).
En se rapprochant de plus en plus de la révélation de sa véritable identité : « Lui dirai-je que
je m’appelle Arlequin ? », Arlequin souligne sa parenté avec les personnages de la
commedia dell’arte : répl. 10 au sujet de la rime ; « coquin » renvoie à l’idée de
malhonnêteté.
Remarque : on peut aussi noter que les apartés qui marquent les étapes de l’aveu soulignent la
stratégie du valet mais éludent le trouble amoureux pourtant apparent chez les maîtres.
Réplique 15 : Lisette est enfin détrompée…
Répliques 16 à 22 : comédie badine des valets, sans réelle tension  fantaisie
langagière
À partir du moment où Lisette connaît la véritable identité de celui qu’elle aime, elle retrouve
un langage familier très expressif pour exprimer une contrariété de façade (puisqu’elle est
elle-même une domestique) : « Faquin ! », « Mais voyez ce magot ; tenez ! ». La
conséquence de ces insultes est « la culbute » qui ajoute donc un comique de geste à celui
de mots, puisque « la culbute » désigne aussi la chute sociale et d’estime qu’il vient
d’accomplir en révélant son identité.
Il n’y a cependant pas de réelle tension : l’exagération qui ne manque pas d’humour (répl.21)
ajoute à la dédramatisation de la situation. Arlequin, à la réplique suivante (22), en profite
pour continuer à contrefaire ses maîtres en utilisant un vocabulaire emprunté : « Hélas »,
« gloire », « un monsieur ».

Dernières répliques : rire et bonne humeur des valets dont la réunion est inévitable.
On retrouve bien, dans ces dernières répliques, le profil type du valet de comédie : langage
familier (« Tout de bon », « touche là »…, sociolecte similaire), bonne humeur, rire et
tutoiement de Lisette (répl.23). Leurs noms sont des surnoms : ils sont des valets et destinés
l’un à l’autre. Cette fin d’extrait révèle leur amour réciproque : ils ne se tiennent pas rigueur
de leur mascarade. Arlequin singe à nouveau ses maîtres en demandant l’indulgence à sa
dame, dans un langage pseudo-courtois, « charitable dame » (répl.24).
Réplique 25 : par contraste, l’aveu de Lisette est beaucoup plus facile et prête à rire ; elle a
juste à procéder par symétrie, en juxtaposant « la coiffeuse de madame » au « soldat
d’antichambre » qu’avait utilisé Arlequin.

Eléments de conclusion
C’est donc sur l’invention langagière, la fantaisie d’Arlequin et la générosité de Lisette que
repose le comique de cette scène.
Tous ces éléments concourent à associer dans l’esprit des spectateurs que ces deux
personnages sont faits l’un pour l’autre.
Scène de révélation qui ne tourne pas au tragique mais à la farce et à la réunion inévitable :
l’esprit léger de comique est dans la nature de leur rôle de valet.
Lisette et Arlequin constituent le pendant bas du couple des maîtres, sur la traditionnelle
double représentation de l’amour.
2
Périphrases précieuses : elles consistent à désigner quelqu’un ou quelque chose de manière détournée.

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