Relations Internationales Contemporaines
Relations Internationales Contemporaines
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auxquelles une telle compétence a été dévolue. A titre d’exemple, le Conseil de sécurité
des Nations unies s’est vu confié par la Charte des Nations unies, et donc par ses États
membres, la charge d’œuvrer en faveur de la paix et de la sécurité internationale y
compris en adoptant des mesures qui s’imposent à tous les États membres des Nations
unies.
- Parmi les actes à portée non contraignante, figurent les avis, les recommandations, les
déclarations ou encore certaines résolutions. A titre d’exemple symétrique, l'Assemblée
générale des Nations unies dispose de la faculté, en vertu de la Charte des Nations unies
d’adopter des résolutions qui formalisent la volonté de la majorité sinon de l’unanimité
des États membres de déclarer leur conviction à l’égard d’une situation. Cependant bien
qu’exposé dans une forme juridique, cet acte unilatéral n’est pas à portée obligatoire. Une
résolution de l'Assemblée générale des Nations unies ne peut servir à elle seule de
fondement à une décision d’une juridiction internationale en revanche elle peut contribuer
à l’identification ou à la création d’une coutume internationale.
NB : Parmi les actes unilatéraux figurent également les décisions des juridictions
internationales. Celles-ci adoptent des décisions dont la portée est obligatoire pour les
États en litige. Exemple : Au sein de l’OMC, il existe un organe de règlement des
différends chargé de départager deux états qui ont un différend commercial. Lorsque cet
organe de règlement des différends rend une décision, celle-ci s’impose aux deux états qui
étaient en litige.
Le droit international s’inscrit dans l'ordre juridique international mais son effectivité
suppose qu’il soit également inscrit dans l’ordre juridique interne des États. L’articulation
entre l’ordre juridique international et l’ordre juridique interne fait l’objet de débats
théoriques ayant des conséquences pratiques (A), chaque pays choisissant son « mode
d’incorporation » du droit international (B).
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A – Monisme et dualisme
Deux propositions ayant des conséquences pratiques, sont retenues pour expliquer les
rapports entre le droit international et le droit interne : le dualisme (1) et le monisme (2).
1) Le dualisme
Selon cette approche, le droit interne et le droit international sont indépendants. Ils
appartiennent à deux systèmes juridiques juxtaposés. Triepel en Allemagne et Anzilloti
en Italie considèrent ainsi qu’il y a deux ordres juridiques séparés. Ils s’appuient
notamment sur le fait que les sujets de droit international ne sont en principe pas les
mêmes que ceux du droit interne ou encore, que si une norme est illégale en droit
international, elle peut quand même être appliquée en droit interne.
Deux conséquences si cette proposition dualiste est retenue :
- Dans aucun des deux ordres juridiques, interne ou international, il ne peut y avoir de
normes obligatoires venant de l’autre. Dès lors, si une norme internationale doit
s’appliquer dans l’ordre interne, elle devra au préalable avoir été transformée en droit
interne. Les dualistes appellent cela la « réception » en droit interne, celle-ci s’effectuant
par une « transposition ».
- Il ne peut pas y avoir de conflit entre les deux ordres juridiques puisqu’ils sont totalement
séparés, ils sont juxtaposés.
Le Royaume Uni et l’Allemagne notamment sont considérés comme « dualistes ». (cf.
infra)
2) Le monisme
Le monisme repose sur l’idée qu’il y a un seul ordre juridique contenant le droit
international et le droit interne.
Cette affirmation suscite une question : s’il y a un seul système, il faut déterminer lequel
du droit international ou du droit interne prime l’autre.
Dès lors, on distingue le monisme avec primauté du droit interne [Théorie défendue par
l’école de Bonn. Elle a été reprise par les soviétiques. Le droit interne est supérieur au
droit international en ce sens que celui-ci en découle. Elle se justifie par le fait qu’il n’y a
pas d’autorité supra étatique] et le monisme avec primauté du droit
international [Proposition défendue notamment par l’école normativiste, notamment
Kelsen et Verdross et en France Duguit. Ici le droit interne dérive le droit international,
donc le droit international est supérieur au droit interne].
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La France est considérée comme « moniste » (cf. infra).
Selon la Convention de Vienne de 1969 (Article 27) « Une partie ne peut invoquer les
dispositions de son droit interne comme justifiant la non-exécution d’un traité ».
Silésie polonaise)
Ainsi, du point de vue du droit international, et donc dans l’ordre international, un État
doit respecter ses engagements internationaux en vertu de la règle « pacta sunt
servanda » et ne peut invoquer sont droit interne y compris constitutionnel pour s’y
soustraire. « [...] un État ne saurait invoquer vis-à-vis d'un autre État sa propre Constitution pour se
soustraire aux obligations que lui imposent le droit international ou les traités en vigueur ». (CPJI, 4
février 1932, Traitement des nationaux polonais à Dantzig)
Ce raisonnement qui vaut devant un juge international n’est pas applicable devant un
juge interne qui est en charge de l’application du droit interne et du droit international
s’il est incorporé dans l'ordre juridique. Or, les États n’ont pas, selon leur droit interne, le
même rapport institué entre leur ordre juridique interne et le droit international.
Quelques illustrations :
- Le Royaume uni est un pays « dualiste ». Il faut des « Parliament Act » pour incorporer
les Traités dans l'ordre juridique britannique. Ainsi, une loi, le Human rights act, a, en
1998, incorporé la CEDH dans le droit anglais.
- L’Allemagne est également considérée comme un pays dualiste mais « modéré » ; on
considère qu’il y a une séparation entre les deux ordres juridiques qui sont comme deux
cercles. Mais ces cercles (selon Triepel) entrent en contact, ce qui permet la transformation
du droit international en une règle applicable en droit interne. Si la coutume
internationale est a priori applicable directement, une loi est nécessaire pour l’entrée en
vigueur d’un accord international et il n’y a pas, dans l'ordre juridique interne, de
primauté du droit international.
- La France, en vertu du préambule de la Constitution de 1946, ayant valeur
constitutionnelle, respecte les règles du droit international, donc la coutume (mais les
hypothèses sont rares). Pour ce qui est des traités, la Constitution (article 55) affirme
qu’ils ont une autorité supérieure aux lois dès leur ratification c'est-à-dire leur
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incorporation dans l'ordre juridique. Un justiciable peut donc devant un juge national
contester l’application d’une loi parce qu’elle contredit un traité international. Cependant,
afin de tenter d’éviter une contradiction avec une norme constitutionnelle, l'article 54 de
la Constitution, offre la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel avant la ratification
du traité pour vérifier que ce dernier ne contient pas de dispositions contraires à la
Constitution. Si c’était le cas, le traité ne pourrait être ratifié sans avoir réviser la
Constitution (ou renégocié le traité). Enfin, si toutefois une contradiction entre la
Constitution et un traité apparaît (ce qui est peu probable dans la mesure où leur champ
d’intervention sont généralement différents, sauf l’exception des engagements
européens1), le juge interne appliquera la Constitution écartant la norme internationale
contraire (Arrêt du Conseil d'Etat du 30 octobre 1998, Sarran et Levacher : « La suprématie
conférée aux engagements internationaux [par l'art. 55 de la Constitution] ne s'applique pas, dans
Dans une telle hypothèse, l'État ne respectant pas une obligation internationale, peut voir
sa responsabilité internationale engagée.
Les États sont internationalement responsables pour « faits illicites ». Selon le droit
international, l’État auquel est imputable un acte ou une omission contraire à ses
obligations internationales, doit fournir une réparation à l’État qui en est victime. C’est
ce que retient la Commission du droit international. Cette commission est un organe crée
dans le cadre des Nations unies, composé de juristes chargés notamment d’élaborer une
sorte de code de la responsabilité internationale. Cette commission a travaillé entre 1963
et 2001 sur un projet d’articles sur la responsabilité de l’État. Ce projet a été transmis à
l’Assemblée générale des Nations unies qui (le 12 décembre 2001) a pris acte de ce travail.
L’idée à terme est que ce texte soit adopté sous forme de convention. Toutefois, certains
juges n’ont pas attendu cette consécration juridique et se sont appuyés pour rendre leur
décision sur certains articles du projet. Ce projet énonce : « Tout fait internationalement
illicite de l’État engage sa responsabilité internationale ». Les conditions de mise en
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Voir à ce sujet les Décisions du Conseil constitutionnel du 29 juillet 2004 et du 27 juillet 2006 ainsi que l’arrêt
du Conseil d'État du 8 février 2007, « Arcelor ». À comparer notamment avec les décisions « Solange I » (1974)
et « Solange II » (1986) de la Cour constitutionnelle allemande.
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œuvre de cette responsabilité (A) et les conséquences qui en découlent (B) sont également
envisagées dans ce projet d’articles.
1) Le fait générateur
La responsabilité internationale est engagée dès lors qu’un fait international illicite s’est
produit. Le fait internationalement illicite se produit lorsqu’un état adopte un
comportement (action ou omission) qui viole une obligation internationale. Cette
obligation internationale peut être prévue dans un traité ou résulter d’une norme
coutumière.
Exemple : L’atteinte au personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran.
La Cour internationale de justice s’est prononcée sur la responsabilité pour faits
illicites de l'État Iranien :
« 90. En conclusion de l'analyse détaillée du fond de l'affaire effectuée dans les paragraphes qui
précèdent, la Cour tient que les violations successives et continues par l'Iran des obligations qui lui
incombent au titre des conventions de Vienne de 1961 et de 1963 sur les relations diplomatiques et
consulaires, du traité d'amitié, de commerce et de droits consulaires de 1955 et des règles du droit
international général en la matière engagent la responsabilité de l'Iran à l'égard des Etats-Unis. Une
conséquence évidente de cette constatation est que l’État iranien a l'obligation de réparer le préjudice
ainsi causé aux Etats-Unis » (CIJ, 24 mai 1980, Personnel diplomatique et consulaire des
2) Le préjudice
Il comprend tout dommage matériel ou moral, autrement dit un droit à un intérêt
juridiquement protégé doit avoir été atteint. On ajoute généralement qu’entre la violation
d’une obligation internationale et le préjudice d’État victime, il doit y avoir un lien de
causalité, c'est-à-dire que la violation de l’obligation doit être effectivement la cause
directe du préjudice. Cette exigence d’un préjudice est le signe du caractère subjectif de la
responsabilité. On ne retient pas pour l’instant en droit international de responsabilité
objective. C’est-à-dire qu’un État qui violerait une obligation internationale sans que cette
violation n’entraine de préjudice ne pourrait voir sa responsabilité engagée.
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3) L’imputabilité
Le fait illicite ayant causé un préjudice doit être attribué à l’État qui en est l’auteur. On
impute à l’État les actes de ses gouvernants, donc les personnes physiques qui incarnent
les organes susceptibles d’engager l’état. Mais vu « de l’extérieur » c’est l’État qui agit et
qui donc est responsable. Il est également responsable, avec le même raisonnement, des
actes des collectivités infra étatiques (quelle que soit leur autonomie) ou des autorités
administratives.
Dans l’affaire concernant Duško Tadićr (TPIY, 15 juillet 1999) relative à l’ex Yougoslavie,
la question de l’imputation à l’armée serbe des actions était posée. Il fallait
éventuellement démontrer la responsabilité de l’État serbe dans les actions de cette armée
de la Republica Srbska. La 1ère chambre a repris le raisonnement de l’arrêt « Nicaragua »
(1986) en disant que la République serbe n’avait pas le contrôle de cette armée et donc
n’était pas responsable de leur action. La chambre d’appel a contredit la chambre de
première instance et a considéré que l’armée de la Républica Srbska devait être considérée
comme contrôlée par l’armée Yougoslave, et donc par la Fédération de Serbie. Les faits
illicites lui étaient donc imputables.
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La réparation est un principe du droit international voire une obligation générale des
systèmes juridiques. Toute violation d’un engagement comporte l’obligation de réparer le
préjudice qui en a découlé. Cette affirmation figure dans un arrêt de la Cour permanente
internationale de justice, du 13 septembre 1928, affaire relative à l’Usine de Chorzów :
« [...] la Cour constate que c'est un principe du droit international, voire une conception
générale du droit, que toute violation d'un engagement comporte l'obligation de réparer ».
« 27. Dans son arrêt du 16 décembre 2015, la Cour a adjugé au Costa Rica la souveraineté sur le
« territoire litigieux » et a, en conséquence, déclaré que les activités du Nicaragua, notamment le
creusement de trois caños et l’établissement d’une présence militaire sur ce territoire, emportaient
violation de la souveraineté territoriale du Costa Rica. Le Nicaragua était dès lors tenu de réparer les
dommages causés par ses activités illicites (C.I.J. Recueil 2015 (II), p. 703, par. 93). La Cour a [...]
conclu que le Costa Rica était fondé à recevoir une indemnisation pour les dommages matériels
découlant des violations dont elle avait constaté la commission par le Nicaragua (ibid., p. 717-718, par.
139 et 142). Dans le présent arrêt, la Cour déterminera le montant de l’indemnité due au Costa Rica.
29. Avant de passer à l’examen de la question de l’indemnisation due dans la présente affaire, la Cour
rappellera certains des principes pertinents en la matière. Selon un principe de droit international bien
établi, « la violation d’un engagement entraîne l’obligation de réparer dans une forme adéquate » (Usine
de Chorzów, compétence, arrêt no 8, 1927, C.P.J.I. série A no 9, p. 21)
[...] 31. La Cour a dit que l’indemnisation pouvait constituer une forme appropriée de réparation, en
particulier dans les cas où la restitution était matériellement impossible ou emportait une charge trop
lourde (Usines de pâte à papier sur le fleuve Uruguay (Argentine c. Uruguay), arrêt, C.I.J. Recueil 2010
(I), p. 103-104, par. 273). L’indemnisation ne doit toutefois pas revêtir un caractère punitif ou
exemplaire.
[...] 34. Dans le cas de dommages environnementaux allégués, la question de leur existence et du lien
de causalité peut soulever des difficultés particulières. Il se peut en effet que le dommage soit
attribuable à plusieurs causes concomitantes, ou encore que l’état des connaissances scientifiques ne
permette pas de le relier avec certitude au fait illicite par un lien de causalité. Ces difficultés doivent
être examinées au moment où elles surviennent, à la lumière des faits propres à l’affaire et des
éléments de preuve présentés à la Cour. Il revient in fine à la Cour de décider s’il existe un lien de
causalité suffisant entre le fait illicite et le préjudice subi.
[...] 36. Dans la présente affaire, le Costa Rica demande à être indemnisé pour deux catégories de
dommages. La première est celle des dommages quantifiables que le Nicaragua a causés à
l’environnement en creusant le caño de 2010 et le caño oriental de 2013. Le Costa Rica ne formule
aucune demande au sujet du caño occidental de 2013. La seconde catégorie de dommages concerne
divers frais et dépenses occasionnés par les activités illicites du Nicaragua, notamment des dépenses
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liées aux mesures de surveillance ou de remise en état rendues nécessaires par les dommages causés
à l’environnement. [...]
[...] 41. La Cour n’a jamais auparavant statué sur une demande d’indemnisation pour dommages
environnementaux. Il est cependant conforme aux principes du droit international régissant les
conséquences de faits internationalement illicites, et notamment au principe de la réparation intégrale,
de conclure que les dommages environnementaux ouvrent en eux-mêmes droit à indemnisation, en
sus de dépenses engagées par l’État lésé en conséquence de tels dommages[...] »
Si l’état ne s’acquitte pas de ses obligations, une possibilité pour l’État lésé est d’adopter
des contre-mesures avec en principe comme objectif, non de se venger, non de se faire
justice mais d’amener l’état à respecter ses obligations.
NB : La CIJ, dans son arrêt « Barcelona Traction » du 8 février 1970, a consacré l’existence
d’obligations erga omnes, c'est-à-dire opposables à tous (à tous les États donc). La cour
considère qu’en cas de violation d’une telle obligation, l’ensemble de la communauté
internationale qui est lésée et qui donc pourrait agir.
L’idée d’une paix générale est très ancienne. Elle s’est notamment traduite par
- des accords souvent éphémères en sa faveur tel :
. le Traité de Mouzon (1023) entre Robert le pieux (France) et Henri le Saint (Allemagne),
Pacte de paix
. le Traité de Paris (1258) entre France (Saint Louis) et Angleterre en vue d’une paix
durable
. le Traité des Pyrénées (1659) consacre la puissance de la France garante de la paix en
Europe.
. le Traité d’Aix-la-Chapelle (1748)
- ou par des projets politiques ou théoriques tel :
. le Projet de Philippe le bel d’un plan de paix perpétuelle (1307) entre Etats chrétiens en
vue des croisades
. le Projet de paix chrétienne perpétuelle proposé au roi de Bohême en 1460
(confédération, arbitrage supranational, répression collective)
. le Projet de paix perpétuelle de Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre (1713)
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. ou encore la proposition d'Emmanuel Kant formulée dans un essai philosophique, publié
en 1795, « Vers la paix perpétuelle » [Zum ewigen Frieden. Ein philosophischer Entwurf]
Au vingtième siècle, on tente également de s’accorder sur cette ambition.
Cette volonté de bannir la guerre est affirmée après la première guerre mondiale (1), sans
guère de succès, et renouvelée après la seconde lorsque les États adoptent la Charte des
Nations unies dont le projet principal est celui de favoriser, sinon d’instaurer, la paix entre
les nations (2).
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2) Le principe de l’article 2 § 4 de la Charte des Nations unies
Selon la Charte des Nations unies, article 2 § 4, « Les membres de l’Organisation s’abstiennent
dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre
l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible
avec les buts des Nations unies ».
La notion de « non recours à la force » est plus large et donc plus ambitieuse que le non
recours à la guerre. De même est également visée la seule menace de l’usage de la force,
ce qui témoigne d’un souhait plus général d’une société internationale pacifiée. Les
rédacteurs de la Charte, dans le même sens, ne se contentent pas de protéger l’intégrité
territoriale des États, atteinte par les guerres traditionnelles, mais aussi l’indépendance
politique de tout État par la menace de la force.
Les limitations à cette interdiction ne peuvent résulter que de la Charte et ne sont que
des exceptions à un principe.
Le refus du recours à la force n’exclut pas sa possibilité. En cas d’usage de la force deux
dérogations au principe de s’en abstenir sont offertes, celle de se défendre et celle de faire
appel à la collectivité. Dans la Charte des Nations unies, figurent en ce sens un droit de
légitime défense (1) et un mécanisme de sécurité collective (2).
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- Selon l'article 51, ce droit peut s’exercer jusqu’à ce « ce que le Conseil de sécurité ait pris les
mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales », donc dès que le
mécanisme de sécurité collective s'est mis en place, le droit à la légitime défense disparaît.
- De plus, l’exercice de ce droit est conditionné par sa nécessité et sa proportionnalité.
- L’État agressé peut bénéficier de l'assistance d'autres États : la légitime défense
collective. Elle peut résulter d'accord internationaux, des traités que les États passent
entre eux par lesquels ils prévoient que si l'un d'entre eux est attaqué les autres peuvent
venir à son secours. Exemples le Pacte de Varsovie ou l’OTAN dont l’article 5 dispose :
« Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en
Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties,
et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans
l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte
des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt,
individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris
l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord. »
A noter que cet article affirme également « Ces mesures prendront fin quand le Conseil de
sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité
internationales », conformément à l’article 51 de la Charte.
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insuffisantes pour faire cesser le risque d’agression et le Conseil lui-même rappelle, dans
ses résolutions 1368 (12/09/01) et 1373 (28/09/01) relatives à la situation, « le droit naturel
de légitime défense, individuelle ou collective, que consacre la Charte des Nations Unies ».
Dès lors, les US peuvent continuer à se défendre en vertu de ce droit « inhérent ».
3 – La riposte des US était-elle nécessaire ? Selon le droit coutumier, l’exercice de la
légitime défense doit être nécessaire. C'est-à-dire que les actions entreprises doivent être
nécessaires pour contrecarrer une agression armée en cours ou imminente. Il y a ici un
débat politico-stratégique sur la nécessité de poursuivre, d’arrêter voire d’éliminer les
membres d’Al Qaïda et ceux qui les soutiennent (Talibans), afin de mettre fin à l’agression.
Même si d’un point de vue strict, on peut soutenir que l’acte ayant eu lieu les US n’ont
plus à s’en prémunir, les intentions de Ben Laden (concrétisées le 11 septembre) de porter
le fer à tout moment contre les US peuvent justifier que dans le cadre de la légitime
défense, il soit nécessaire de lutter contre ces terroristes qui apparaissent comme une
menace perpétuelle.
4 – La riposte des US était-elle proportionnelle ? Selon le droit coutumier, l’exercice de la
légitime défense doit être proportionnel. C'est-à-dire que les actes de défense doivent être
adaptés c'est-à-dire avoir pour but et effet possible de faire cesser l'agression et être
modérés. Or, en l’occurrence, si pourchasser les terroristes peut entrer dans le cadre de la
légitime défense, le bombardement de l’Afghanistan le peut difficilement. D’une part,
parce que l’Afghanistan (en tant qu’Etat) n’est pas l’auteur de l’attentat même si le
gouvernement, non reconnu, des Talibans apporte son soutien effectif à Ben Laden.
D’autre part, et surtout, parce que le droit de légitime défense n’est pas illimité et
n’autorise pas un État à devenir à son tour un agresseur. Or, les bombardements et plus
largement les actions militaires entreprises par les US ont causé la mort de nombreux
civils afghans. La proportionnalité de la riposte est ainsi discutable.
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Conseil de sécurité soit l’organe qui constate l’insécurité ou la menace à la paix et qu’il
prenne les mesures nécessaires pour y remédier. Ils abandonnent leurs compétence de
guerre au profit du Conseil de sécurité. Celui-ci peut décider de mesures armées ou non,
tel la rupture des relations diplomatiques, des sanctions économiques, des embargos sur
les armes et même une intervention armée (art. 42 de la charte)… Cette éventuelle
intervention armée est donc une dérogation au principe du non-recours à la force (mais
pour protéger la paix).
Cependant, dans la logique du chapitre VII, il s’agit de lutter contre les menaces à la paix
et non de punir les Etats qui recourraient à la force.
Exemple : Le système de sécurité collective a été mis en œuvre en 1990 et 1991 pour que
l’Irak se retire du Koweït qu’il avait annexé. Dans un premier temps, les Nations Unies
ont adopté des mesures de sanctions économiques et d’embargo à l’égard de l’Irak,
notamment dans la résolution 661 (6 août 1990). Dans un second temps, la résolution 678
a autorisé les Etats membres à utiliser « tous les moyens nécessaires » pour obtenir
l’évacuation du Koweït. Cette expression est récurente et comprends l’utilisation de la
force armée.
Cependant, l’exemple irakien est unique et les rapports de force gouvernent encore une
bonne partie des relations internationales. Un autre moyen tenté pour en diminuer
l’intensité est de lutter contre l’armement.
§2 : La neutralisation de l’armement
Afin de tenter d’éloigner le risque de règlement armé des différends, et donc de favoriser
des relations pacifiques, les États se sont parfois engagés à limiter ou réduire leur
armement (B). A l’inverse, pendant la guerre froide, mais les effets sont encore présents
aujourd'hui bien que de manière plus aléatoire, la possession par les deux super
puissances de l’arme nucléaire a apparemment contribué à ce que la guerre reste
« froide » (A). « La dissuasion militaire, y compris celle des forces nucléaires, est l’un des
éléments essentiels de toute paix durable », (Richard Nixon, Les mythes de la paix, 1983)
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des conséquences prévisibles de l’utilisation de l’arme nucléaire.
La dissuasion, en général, résulte d’une capacité défensive et/ou offensive de “l’agressé”
et d’une conviction de son ennemi de sa détermination à réagir. La dissuasion nucléaire
répond à cette logique mais à un degré supérieur d’où l’expression d’“équilibre de la
terreur”.
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MAD). L’arme nucléaire doit rester une menace, l’utilisation de l’arme nucléaire (ou même
d’une autre arme entre les puissances nucléaires) risque d’entraîner une escalade
irrépressible (conventionnelle, tactique, stratégique) débouchant sur la guerre totale.
Si vis pacem para bellum (Jules César), « Montrer sa force pour ne pas avoir à s’en servir »,
(Lyautey), ces formules correspondent à des choix politiques traditionnels. Cependant, les
États peuvent choisir de procéder à un désarmement concerté en limitant ces armes, en
les réduisant ou en procédant à des exclusions.
1) Limitation de l’armement
Les accords SALT 1 (26 mai 1972) (Stratégic Arms Limitation Talks) visaient une parité
nucléaire défensive entre les Etats-Unis et l’URSS et les SALT 2 (18 juin 1979), non
ratifiés, visaient à limiter les progrès des armements offensifs. Le Traité de non-
prolifération nucléaire (TNP), 1er juillet 1968, vise à limiter le nombre d'États possédant
l’arme nucléaire. Les États possédant l’arme nucléaire s’engageant à ne pas la
transmettre à d’autres États et les États non nucléaires s’engageant à ne pas s’en doter.
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2) Réduction de l’armement
En Europe, le Traité de Paris (19 novembre 1990) sur les Forces Conventionnelles en
Europe (CFE ou FCE), issu des négociations MBFR (réduction mutuelle et équilibrée des
forces) commencées en 1973, fixe un plafond d’armements et impose la destruction de
l’excédent.
La Convention de Washington (1987), Forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), sur
armements nucléaires à moyenne et courte portée, a entraîné un ralentissement. À la
suite de l'annonce du retrait des US (à l’initiative du Président Trump), le traité sur les
forces nucléaires à portée intermédiaire a expiré en août 2019. C’était prévisible mais il
manque désormais un traité multilatéral sur de telles armes. D’autres accords, conclus
entre les US et l’URSS (puis la Russie) : START (Strategic arms reduction treaty) (31
juillet 1991) (6000 ogives chacun, baisse de 30% des armements nucléaires à longue
portée) et START 2 (3 janvier 1993) (pas entré en vigueur).
3) Exclusions d’armements
(Formalisées dans des conventions internationales)
- Exclusion sur des zones :
La dénucléarisation : il s’agit d’une démilitarisation nucléaire. Sur une zone pouvant
couvrir plusieurs États, voire un continent, les armes nucléaires sont interdites.
Sont dénucléarisés l’espace extra-atmosphérique (1967), l'Amérique Latine (Tlatelolco,
1967), le fond des mers (1971), le Pacifique Sud (Rarotonga, 1985), l’Asie du Sud-Est
(Bangkok, 1995-1997), l'Afrique (Pelindaba, 1996).
La démilitarisation concerne généralement non un État mais une zone où aucune
manifestation militaire n’est autorisée : pas de troupes, pas d’armes (à la différence du no
mans land). Démilitarisation de l’Antarctique (1959), de la lune et autres corps célestes
(1967). L’idée est ancienne, par exemple, la démilitarisation des territoires allemands de
la rive gauche du Rhin (50 kms) a été imposée par le Traité de Versailles (1918) pour
protéger la France et fut dénoncée par l’Allemagne (1936). L’idée est actualisée par le
Conseil de sécurité des Nations unies. Dans la Résolution 687 il prévoit une large
démilitarisation de l’Irak.
- Exclusion d’armes :
Sont interdites (toujours par traités) les armes bactériologiques (1972) et chimiques
(1993), les essais nucléaires (1996) ou les mines antipersonnel (Ottawa, 1997)
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Remarque sur l’écueil que constitue le contrôle du désarmement
Un des obstacles les plus importants à la réduction des armements est celui de la difficulté
de son contrôle et donc de la méfiance qui en découle. Le désarmement effectif suppose la
certitude du désarmement de l’autre ; un désarmement unilatéral déséquilibrant les
forces devient un facteur de guerre et de défaite.
Le contrôle sur place d’installations militaires par l’ennemi potentiel n’est guère
imaginable. Des organisations internationales peuvent y être substituées (telle l’AIEA,
pour le TNP par exemple)), toutefois la composition et la qualification des équipes de
contrôle, leur liberté d’accès et de déplacement sont sources de discussion et de suspicion.
L’amélioration des observations satellites apaise certaines de ces craintes de mauvaise
foi, de tactique de désarmement factice dans le cadre de ce qu’un auteur appelle un
“espionnage mutuellement accepté” (peu efficace cependant contre armement chimique
ou bactériologique ou miniaturisation).
Exemples de contrôles organisés :
. vérification par un comptage de l’absence de détournement du combustible nucléaire
civil organisé en Amérique latine, OPANAL (Organisme pour l’interdiction des armes
nucléaires en Amérique latine))
. vérification par observation sur place des destructions (FNI, 87) et d’autres inspections
locales (START) y compris par survol aérien (“ciel ouvert”)
. vérification par inspections sur place du respect de la Résolution 687 (UNSCOM) de la
destruction des armes ABC et des missiles balistiques
. vérification par un organisme ad hoc du respect de l’interdiction des armes chimiques
(OIAC, organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques), surveillance
et inspections
. Les signataires de la Convention d’Ottawa (1997) sur les mines antipersonnel ont
accepté, dans le cadre de mesures de transparence, l’envoi à la demande d’un État de
missions d’établissement des faits.
Ces accords matérialisent la volonté d’entretenir avec les autres États de relations
pacifiques.
Fin du cours
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