Chimie Organique: L C P A
Chimie Organique: L C P A
chimie
organique
19e édition
Brigitte Jamart
Professeure à l’ENSIC, université de Lorraine (Nancy)
Jacques Bodiguel
Maître de conférences à l’université de Lorraine (Nancy)
Nicolas Brosse
Professeur à l’université de Lorraine (Nancy)
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© Dunod, Paris, 1987, 1996, 1997, 2004, 2009, 2015 pour la 19e édition
Paul Arnaud, chimiste organicien de renom (1930-1999), a su en son temps rendre acces-
sible au plus grand nombre la chimie organique, une science qui pouvait paraître de prime
abord complexe, avec un nombre écrasant de réactions à apprendre et à mémoriser. Le
succès pendant plusieurs décennies de ses ouvrages n’a fait que confirmer les talents de ce
pédagogue. Nous avons accepté en 2003 l’honorable tâche de réviser l’ouvrage avec la
volonté de respecter son cheminement pédagogique et le style « proche du lecteur » très
personnel de Paul Arnaud. Nous nous sommes donc appuyés sur le contenu de la 16e édition
que nous avons remis à jour et augmenté, en l’adaptant aux exigences d’un niveau licence
d’aujourd’hui, pour concevoir la 17e puis la 18e et enfin la 19e édition que vous avez entre
les mains. Dans les 17e et 18e éditions, nous avons renforcé l’aspect mécanistique permet-
tant de mieux comprendre et anticiper la réactivité des principales fonctions chimiques.
Afin de situer en un coup d’œil les propos du chapitre, une rubrique « l’essentiel » a été
ajoutée ainsi qu’un test d’auto-évaluation sous forme de QCM. Quelques encarts histo-
riques, techniques ou sociétaux ont également été insérés. Pour cette dernière édition, nous
avons placé en début de certains chapitres, une nouvelle rubrique appelée #ALVSRQ,
signifiant « Après Lecture, Vous Saurez Répondre à la Question ». La question posée dans
#ALVSRQ n’attend pas une réponse immédiate mais est censée susciter la curiosité du
lecteur. Elle aborde un concept important du chapitre qui devra être assimilé à sa lecture.
La réponse est donnée en fin de chapitre.
Pour cette nouvelle édition, le site Web compagnon sera toujours une aide et un soutien
précieux pour le lecteur. Dans ce site, vous pourrez trouver des reportages photos, des QCM
rénovés supplémentaires, des exercices corrigés, des interviews, etc.
Nous espérons que cette 19e édition du Cours de chimie organique de Paul Arnaud contri-
buera à parfaire vos connaissances, voire à vous faire aimer la Chimie organique, et qui sait,
suscitera de nouvelles vocations de chimistes.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Brigitte Jamart,
[email protected]
Jacques Bodiguel,
[email protected]
Nicolas Brosse,
[email protected]
III
Symboles et abréviations
IV
Table des matières
Pour commencer quelques conseils… IX 3.4 Composés comportant plus d’un carbone
asymétrique : relation d’énantiomérie et de
diastéréoisomèrie 60
Mode d’emploi de l’ouvrage XIV
3.5 Diastéréoisomérie due à la présence d’une
double liaison 64
Premier contact avec la chimie organique XVI
V
Chimie organique
VI
Table des matières
505
Découvrez chimie-organique.net :
le site officiel de la chime organique !
À la une : lexique et quiz interactifs, exercices supplémentaires corrigés, focus «molécules,
labo-reportages d’expérimentations, ressources pédagogiques pour animer le cours et veille
sur les nouveaux enjeux de la chimie organique (métiers, sites spécialisés).
VII
Pour commencer
quelques conseils…
de Paul Arnaud
À Anne-Françoise
Paule-Catherine
Anne-Cécile
Véronique
Sophie
Geneviève
À la mémoire
de mes parents
IX
Souvent on juge inutile de lire les avertissements ou les autres textes préliminaires qui se
trouvent au début des livres. Je souhaite cependant que vous ayez le courage et la patience de
lire celui-ci, car il contient, me semble-t-il, des conseils pour étudier qui pourront vous être
utiles. Mais, je voudrais d’abord préciser le contenu et les objectifs de ce livre.
X
Pour commencer quelques conseils…
La molécule La réaction
1 La structure des molécules organiques 5 Les réactions et leur mécanisme :
2 La géométrie des molécules organiques • Thermodynamique
3 La stéréoisomérie • Cinétique
4 La structure électronique des molécules • Rupture et formation des liaisons
• Stéréochimie dynamique
Le programme minimal, correspondant à la chimie organique « de base », est constitué par les
chapitres 1 à 5 et 8 à19. Les chapitres 6, 7 et 21 à 24 ne constituent pas des passages obligés pour
la compréhension des autres (mais la nomenclature sera toutefois utilisée dans les exercices de la
seconde partie).
XI
Chimie organique
Enfin, le chapitre 26 propose, dans un retour sur l’ensemble de cette seconde partie, une autre
façon de classer rationnellement les réactions des composés organiques, sur la base de leur
« mécanisme », et non plus sur celle du groupe fonctionnel des corps qui y participent.
Ce « Cours » n’exige aucune connaissance préalable de la chimie organique. En revanche,
il vous sera utile, voire nécessaire, de posséder déjà certaines notions de chimie physique
(structure de l’atome et liaison chimique surtout, mais aussi quelques bases de cinétique et
de thermodynamique). Le strict nécessaire sur ces sujets est contenu dans la première partie,
principalement dans les chapitres 4 et 5, mais de manière nécessairement très succincte.
Vous serez donc peut-être amené(e) à compléter ou à « rafraîchir » vos connaissances dans
ces domaines en recourant à un ouvrage de chimie physique.
Apprendre, c’est organiser et structurer les informations reçues. Cela signifie qu’il faut, en perma-
nence, rechercher les relations qui peuvent exister entre ces informations, et les liens qu’elles
peuvent avoir avec ce que l’on sait déjà. La mémoire ne retient durablement et ne restitue facilement
au moment où on en a besoin, que ce qui a ainsi pris du sens ; une information qui reste isolée va à
la dérive et se perd.
Mais cette construction des connaissances ne peut résulter que d’une activité personnelle,
irremplaçable, de celui qui apprend, dans laquelle il utilise ses propres modes de pensée. Elle
n’existe donc pas « toute faite » dans un livre (ou un cours oral), même bien structuré, à partir
duquel ce travail individuel reste à faire.
Pratiquement
➤➤ Efforcez-vous (c’est un préalable important) de développer en vous le projet réel
d’apprendre la chimie organique, même si, en fait, c’est une nécessité qui vous est plus
ou moins imposée…
➤➤ Lorsque vous étudiez un point, cherchez toujours à le situer dans un contexte et dans
une progression : savoir où l’on va contribue à donner du sens à ce que l’on fait. Pour
commencer, prenez effectivement un contact avec l’organisation de ce livre, telle qu’elle
est décrite ci-dessus : repérez les parties, les chapitres et les annexes qu’il comporte. Un
regard sur la table des matières pourra aussi être utile.
➤➤ Pratiquez une lecture active (c’est-à-dire l’analogue de « l’écoute active » d’un cours).
Faites réellement exister en vous, représentez-vous en pensée les informations que vous
recevez. Confrontez-les avec ce que vous savez déjà (analogies, oppositions, liens de
conséquence logique, simple association d’idées…). Pour vous y aider, le texte contient
de fréquents renvois à d’autres paragraphes ; ne manquez pas de vous y reporter, même
si cela ralentit votre lecture.
➤➤ Les questions insérées dans le texte vous donnent des occasions d’utiliser votre acquis
pour expliquer par vous-même un fait, établir une relation avec une situation analogue,
XII
Pour commencer quelques conseils…
ou encore anticiper sur la suite. Elles peuvent donc vous entraîner à vous poser des
questions et vous aider à réaliser cette structuration indispensable de vos connaissances.
Elles constituent une incitation à une attitude active.
Lisez-les et efforcez-vous d’y répondre, au moment où vous les rencontrez (n’attendez pas la fin du
chapitre, ce ne sont pas des « exercices »). « Jouez le jeu », et ne vous reportez pas immédiatement
aux réponses; faites réellement le travail de réflexion ou de recherche d’information qui est néces-
saire (au besoin, faites des recherches dans d’autres parties du livre, dans un autre livre, dans un
cours…). Si vous ne parvenez pas à y répondre, ne passez pas outre, et regardez la réponse donnée ;
vous pourrez en avoir besoin ultérieurement. Et si vous avez trouvé une réponse, vérifiez-la; en cas
d’erreur, efforcez-vous de bien comprendre pourquoi vous vous êtes trompé(e) ; l’erreur (comprise
et rectifiée) peut être très « formatrice ».
➤➤ Ne laissez pas passer une lacune constatée dans les connaissances que vous auriez
dû acquérir antérieurement. Une information nouvelle ne peut pas s’intégrer à vos
connaissances s’il y manque la pièce du « puzzle » par laquelle elle devrait s’y relier.
Si un mot, une définition, un concept auquel il est fait allusion n’a pas pour vous un
sens certain et parfaitement clair, arrêtez-vous et cherchez les informations qui vous
manquent (l’index alphabétique pourra vous y aider).
Bon courage !
Paul Arnaud
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XIII
Mode d’emploi de l’ouvrage
Le cours
La structure
CHAPITRE
des moLécuLes organiques 1
Les préalables à
PRÉALABLES
Existence des atomes, et des molécules formées par un assemblage organisé d’atomes,
unis par des « liaisons chimiques »
Notion de valence
Notions d’élément chimique, et de familles d’éléments
connaître avant de Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
Existence des réactions chimiques, vues comme une modification de l’état de liaison des
atomes, et leur réarrangement dans une nouvelle distribution
débuter les chapitres Le passage de A et B, de même que celui de C à D, comporte l’inversion de la configuration des deux
carbones asymétriques. A et B d’une part, C et D d’autre part, constituent des couples d’énantiomères
(ils sont représentés ici dans la position relative d’un objet et de son image dans un plan P, de façon à
Notion d’équilibre chimique mettre en évidence leur relation d’énantiomère).
Le passage de A (ou de B) à C (ou à D) ne comporte que l’inversion d’un seul carbone asymétrique (par
MOTS-CLÉS exemple, le carbone 3 pour le passage de A à C). A et B sont des diastéréoisomères de C et de D.
Les pouvoirs rotatoires de A et de B, de même que ceux de C et de D, sont égaux en valeur absolue et
Acyclique (série —, composé —) Liaison simple, multiple
Les mots-clés
opposés. Mais il n’y a pas de relation a priori entre celui du couple A, B et celui du couple C, D.
Chaîne linéaire, ramifiée, cyclique, Primaire, secondaire, tertiaire,
saturée, non saturée quaternaire (carbone —, radical —) À propos de l’exemple précédent, deux remarques :
a) Les quatre stéréoisomères ont été représentés dans une conformation arbitrairement fixée. Une
sont référencés
chap. 2,
Fonction ; groupe fonctionnel Radical ; radical libre rotation éventuelle des deux parties de la molécule, autour de la liaison qui unit les deux carbones § 2.3
Formule brute Série homologue asymétriques C2 et C3, ne modifie pas la configuration de ceux-ci. Le stéréoisomère A, par exemple,
reste « 2R,3R », quelle que soit sa conformation. Toute autre représentation, différente par sa confor-
Formule développée plane Tautomérie mation de celle qui en a été donnée, serait donc également valable.
Isomérie (plane) b) Dans cet exemple, les deux carbones asymétriques sont directement liés l’un à l’autre. La situation
serait la même, quant au nombre des stéréoisomères et leurs relations, dans une molécule où deux
carbones asymétriques seraient dans une position relative différente (par exemple dans le composé
*HCl—CH —CH —C *HBr—CH ).
Les #ALVSRQ
CH3—C 2 2 3
#ALVSRQ
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La formule brute C2H6O peut correspondre à un composé gazeux, caractérisé par une
3.4.1 Nomenclature
(Aprés Lecture Vous Saurez
température d’ébullition égale à − 24 °C, ou liquide ayant une température d’ébullition
de 78 °C dans les conditions normales de température et de pression. Expliquer.
a) Désignation des couples d’énantiomères
Le plus souvent, dans la pratique, on a affaire à des mélanges racémiques, mélanges en proportions
L es composés organiques ont parfois des formules compliquées, qui peuvent « faire peur ». Certaines de
celles qui apparaissent dans les chapitres 21 et 22 en sont des exemples, mais… il y a pire !
Répondre à la Question) égales des deux énantiomères d’un composé chiral. On a donc trouvé utile de disposer, pour un
composé à deux carbones asymétriques, d’un mode de désignation de chaque couple d’énantiomères,
sans distinguer chacun des énantiomères individuellement.
§ 3.2.2
Le but de ce chapitre est de vous montrer que, simples ou compliquées, les formules des composés orga-
Le couple formé par les deux énantiomères R,R et S,S dans lesquels les deux carbones asymé-
niques sont construites selon les mêmes principes généraux, et qu’il n’y a rien là de vraiment difficile. Il triques ont la même configuration, est le couple « like ». Il est identifié en faisant précéder le nom du
introduit, entre autres, un certain vocabulaire et des conventions d’écriture qui seront fréquemment utilisés composé de (R*,R*), qui se lit « R étoile, R étoile », ou de (rel-R,R) (rel = relatif).
dans la suite, et avec lesquels vous devez impérativement vous familiariser.
Exemples
3 Le couple des deux énantiomères A et B dans l’exemple précédent est désigné comme
(2R*,3R*)-2,3,4-trihydroxybutanal, ou comme (rel-2R,3R)-2,3,4-trihydroxybutanal.
Le couple formé par les deux énantiomères R,S et S,R dans lesquels les deux carbones asymé-
02_Chapter 01.indd 3 22/05/15 6:35 pm
triques ont des configurations différentes, est le couple « unlike ». Il est identifié en faisant précéder le
nom du composé de (R*,S*), ou de (rel-R,S).
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Exemples
Le couple des deux énantiomères C et D dans l’exemple précédent est désigné comme
(2R*,3S*)-2,3,4-trihydroxybutanal, ou comme (rel-2R,3S)-2,3,4-trihydroxybutanal.
Des exemples pour Dans le couple (R*,R*) la configuration des deux carbones asymétriques est la même, mais
elle peut être soit R,R soit S,S. De même, l’appellation (R*,S*) signifie que les deux carbones
mieux comprendre asymétriques n’ont pas la même configuration, mais elle n’indique pas lequel est R et le-
quel est S.
61
Des renvois
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
b
Des tableaux
de synthèse
L’utilisation de modèles moléculaires est très efficace pour aider à comprendre la stéréochimie. À
défaut de disposer de « vrais » modèles, on peut très efficacement en fabriquer avec des moyens arti-
sanaux (bouchons de liège ou boules de cotillon pour les atomes, fil de fer ou cure-dents pour les
liaisons…) ; il faut respecter, au moins approximativement les angles de liaisons indiqués dans la
suite mais dans la plupart des cas les différences de rayon entre les atomes peuvent être ignorées. § 2.2
Simulation informatique
L’informatique permet de visualiser sur l’écran d’un ordinateur des représentations spatiales très
Retrouvez sur www.chimie-organique.net
exactes de molécules très complexes et même de les faire tourner sur elles-mêmes afin de les voir sous
des angles différents.
2.2 L’orientation des Liaisons autour d’un atome le lexique interactif de la chimie organique
L’orientation spatiale des liaisons que forme un atome avec ses plus proches voisins constitue sa § 2.1.1
configuration. Les données les plus importantes pour la chimie organique, telles qu’elles peuvent
être prévues par les règles de Gillespie ou par la théorie de l’hybridation, sont résumées dans les
tableaux suivants.
chap. 4,
§ 4.2.2.c des quiz et des exercices supplémentaires
Tableau 2.1 : Orientation des liaisons autour de l’atome de carbone corrigés
Les principaux groupements fonctionnels
un labo-reportages d'expérimentations
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État d’hybridation
du carbone
27
une veille métiers et des sites spécialisés
Chapter 02.indd 27 4/20/15 8:24 PM
XIV
Chapitre 8 ■ Les alcanes
Exemple
Zn/H3O+
CH3 CO CH2 CH3 CH3 CH2 CH2 CH3 + H2O
La réduction peut également être réalisée par action d’hydrazine (NH2NH2) en milieu basique
(réaction de Wolff-Kishner).
chap. 18,
§ 18.2.1.h
haut. Mais ils constituent aussi une source, directe ou indirecte, de matières premières pour de très
notions du cours
nombreuses fabrications (matières plastiques, textiles synthétiques, détergents, etc.). La pétro
chimie est l’ensemble des opérations de séparation, de raffinage et de transformation des consti-
tuants du pétrole brut, en vue de leur valorisation. Il s’agit d’un secteur majeur de la « très grosse »
industrie chimique, la quantité de produits traités se chiffrant annuellement, en France seulement,
en centaines de millions de tonnes.
Des remarques qui
L'essentiel
• Les alcanes répondent à la formule générale CnH2n + 2. Les liaisons C — C et C — H qui les
apportent un complément
composent étant fortes et peu polarisées, les alcanes sont très peu réactifs.
• Par action de dihalogène (F2, Cl2, Br2…) à haute température ou en présence de rayonne-
ments UV ils peuvent subir des réactions non sélectives d’halogénation par un mécanisme de
d’information
Substitution Radicalaire en chaîne qui s’accomplit selon un mécanisme en trois phases :
amorçage, propagation, terminaison. Partie I ■ Chimie organique générale
Bien que l’hydrogène soit a priori un élément peu caractéristique des molécules organiques, les
spectres de résonance protonique fournissent un grand nombre d’informations sur la structure de ces
Réponse #ALVSRQ molécules. La suite ne concerne que la résonance du proton de 1H.
Voir Remarque page 196.
L’essentiel : ce qu’il
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
199
Le principe IRM (ou imagerie par résonance L’IRM étudie avec une grande précision de
magnétique) repose sur celui de la résonance nombreux organes tels que le cerveau, la
magnétique nucléaire. La partie du corps du colonne vertébrale et les tissus mous. C’est une
patient à étudier est placée dans un champ technique qui est d’une grande utilité lors-
magnétique puissant de façon à ce que tous les qu’une analyse très fine est nécessaire et que
atomes d’hydrogène s’orientent dans la même certaines lésions ne sont pas visibles sur les
direction ; ils sont alors excités par des ondes radiographies classiques. Elle permet de faire
radio. À l’arrêt de cette stimulation, les atomes des images en coupes dans différents plans et
restituent l’énergie accumulée en produisant de reconstruire en trois dimensions la struc-
a) Le déplacement chimique
Le champ magnétique local réel, dans lequel se trouvent effectivement les noyaux d’hydrogène d’une
molécule, n’est pas exactement le champ externe Ho dans lequel l’échantillon a été placé. Ce champ
externe est en effet modifié localement, au sein de la matière, par l’existence de champs magnétiques
divers dus aux mouvements des électrons des atomes et des liaisons. En général, le champ réel local
L'entrainement
H est inférieur au champ externe H0 ; on dit que les influences locales créent un blindage.
Ces influences locales dépendent de l’environnement de chaque site dans la molécule, de sorte que
tous les noyaux d’hydrogène d’une molécule ne se trouvent pas dans le même champ local H. En
148
QCM
Des QCM et des exercices
EXERCICES ET QCM
de l’ouvrage)
2. Cochez les réponses exactes
Les cycloalcanes :
a. peuvent être obtenus par oxydation des alcènes
b. sont très réactifs chimiquement
c. sont présents dans le pétrole
d. peuvent subir des substitutions radicalaires
De la couleur pour mieux c. Le cyclopropane peut être transformé en propane par hydrogénation catalytique.
d. Le cyclohexane peut être obtenu par réduction du benzène
réactions
dichlorocyclohexane
b. L’action de l’ozone suivie d’un traitement réducteur (Zn) sur un cyclohexène produit un
dialdéhyde linéaire.
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H OH
+ 11-a Quel est le comportement des réactifs suivants vis-à-vis du cyclopropane ? Donner le produit
C=O H OH
H CH2OH + majoritaire de chacune des réactions.
H H H2C−O CH2 H2C
1) Br2
H + H2O
2) HCl
3) H2, Ni
Question 16.E
Le phénol peut également réagir avec le formaldéhyde en milieu basique pour conduire au même 11-b Deux molécules non ramifiées A et B ont pour formule brute C4H8. Sous l’action de l’ozone A
résultat qu’en milieu acide. Écrire le mécanisme. conduit à la formation unique de CH3—CHO et B est inerte. Donner la formule de A et de B.
258
Grâce à l’existence de trois sites réactifs sur chaque cycle (les deux positions ortho et la position
para), il se constitue un réseau complexe tridimensionnel (réduit ici à une représentation fragmentaire
et bidimensionnelle) : Chapter 11.indd 258 4/19/15 1:29 PM
OH OH OH OH
CH2 CH2 CH2 CH2
OH
Des questions dans le OH
compréhension CH2
OH
CH2
XV
16.3 état natureL
De nombreux phénols existent à l’état naturel dans les végétaux, dont ils sont souvent des constituants
très odoriférants.
isée est un délit.
Exemples
Premier contact
avec la chimie
organique
XVI
Pour commencer quelques conseils…
Son origine est d’abord historique. Si on se réfère à l’étymologie des deux termes, la
chimie organique aurait pour objet l’étude des substances qui constituent les organismes vi-
vants (végétaux et animaux) et la chimie minérale celle des substances que l’on trouve dans
le règne minéral (sol et sous-sol, atmosphère).
Cette distinction, et même cette opposition, entre le vivant et l’inanimé, qui régna pendant
des siècles sur la chimie, était à l’origine surtout imprégnée d’idées philosophiques plutôt
que scientifiques. L’élaboration par les organismes vivants de leur propre substance, par des
processus que l’on ne savait pas reconstituer artificiellement (et qui ne peuvent d’ailleurs
encore pas l’être intégralement) semblait exiger l’intervention d’une mystérieuse « force
vitale », dont les chimistes ne disposaient pas.
Cette idée prévalut jusqu’au début du xixe siècle, époque où furent réalisées les premières
synthèses artificielles de composés connus jusqu’alors exclusivement comme produits natu-
rels (préparation de l’urée par Wöhler, en 1828, à partir de cyanate d’ammonium, composé
typiquement minéral). On s’aperçut alors que les composés organiques, même d’origine
naturelle, ne recelaient aucun mystère particulier, obéissant à toutes les lois classiques de la
chimie et qu’il n’y avait aucune différence fondamentale entre eux et les composés miné-
raux.
La synthèse des composés organiques fit ensuite des progrès très rapides. Non seulement
on reconstitua en laboratoire un grand nombre de composés d’abord identifiés à l’état natu-
rel, mais on fabrique de toutes pièces des composés « organiques » (c’est-à-dire des compo-
sés du carbone) qui n’ont jamais existé dans la nature. On estime que le nombre de composés
organiques connus et « répertoriés » était de 12 000 en 1880, 150 000 en 1910, 500 000 en
1940, et qu’il dépasse 7 millions de nos jours. Dès lors, pourquoi continue-t-on à appeler
« organiques » des composés purement synthétiques, et pourquoi la chimie ne s’est-elle pas
unifiée ?
En fait, des raisons objectives, fondées sur des réalités observables, justifient la persis-
tance de nos jours de la distinction entre minéral et organique. À divers égards, en effet,
les composés organiques et leurs réactions peuvent être « opposés » à leurs homologues
minéraux. Les principaux points sur lesquels ils s’opposent sont résumés dans le tableau
ci-contre.
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XVII
Chimie organique
Les composés organiques (composés du carbone) et les composés minéraux (composés des autres
éléments), ainsi que les réactions auxquelles les uns et les autres donnent lieu, présentent des
particularismes très marqués. Ceux-ci sont tous, plus ou moins directement, liés à la nature des
liaisons mise en cause dans les deux cas. La position médiane du carbone dans la classification
périodique des éléments, et dans l’échelle des électronégativités, a pour conséquence que la
chimie organique est essentiellement une chimie de composés covalents (liaisons non, ou peu,
polarisées).
•• Sont rarement solubles dans l’eau, et encore •• Sont souvent des électrolytes, solubles dans
plus rarement dans des électrolytes. l’eau.
•• Ont souvent des points de fusion et d’ébulli- •• Ont souvent des points de fusion et d’ébulli-
tion relativement bas, beaucoup sont des tion élevés : beaucoup sont des solides
liquides à la température ordinaire. cristallisés à la température ordinaire.
•• Ont le plus souvent une masse volumique •• Ont des masses volumiques variables et
voisine de l’unité. souvent grandes (métaux).
•• Sont facilement décomposés par la chaleur ; •• Ont généralement une grande stabilité
peu résistent à une température supérieure à thermique (matériaux réfractaires).
500 °C.
•• Ont le plus souvent des effets thermiques •• Ont souvent des effets thermiques forts
faibles (faible différence d’énergie entre état (exothermiques ou endothermiques).
initial et état final).
La recherche
Dans le domaine de la recherche fondamentale, qui a pour objectif de faire progresser les
connaissances, les principaux axes de développement de la chimie organique sont :
XVIII
Pour commencer quelques conseils…
d’un appareillage très perfectionné (et très coûteux), faisant de plus en plus appel à l’infor-
matique.
En définitive, le chimiste organicien de laboratoire partage l’essentiel de son temps entre
trois activités : la synthèse, l’isolement et l’identification des produits qu’il a préparés et la
documentation bibliographique (tenue à jour de ses connaissances, lecture des revues spé-
cialisées dans lesquelles sont publiés continuellement les résultats des recherches poursui-
vies dans le monde entier).
Dans le domaine de la recherche appliquée ; on s’efforce essentiellement soit de trouver
des produits ou des matériaux nouveaux, susceptibles d’applications particulières, soit
d’améliorer les procédés de fabrication et d’en abaisser le coût (passage de l’échelle du labo-
ratoire à celle de la production industrielle, amélioration des rendements, recherche d’une
synthèse artificielle permettant de produire à moindre prix un produit naturel, etc.).
Les applications
Filles d’une recherche qui poursuit continuellement ses efforts, les applications pratiques de
la chimie organique sont déjà innombrables et l’industrie correspondante, qui va de la pro-
duction des grandes matières premières par millions de tonnes/an à la chimie « fine » des
@
médicaments ou des parfums, tient une place économique considérable. Il est sans doute
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superflu d’insister sur l’importance, dans notre monde moderne et notre vie quotidienne, des Web
produits énumérés ci-dessous, dans une liste qui ne saurait être exhaustive.
XIX
Chimie organique
La chimie organique est donc constamment présente dans notre vie quotidienne (santé,
vêtements, habitation, énergie et transports, alimentation, etc.) sans oublier qu’en outre elle
est fondamentalement impliquée dans la vie elle-même, puisqu’elle règle tout le fonctionne-
ment cellulaire des organismes vivants : activité musculaire et nerveuse, digestion, respira-
tion, reproduction, odorat, goût, et même activité cérébrale.
On ne saurait, pour autant, passer sous silence que, si nous devons à la chimie organique
bien des progrès et des améliorations de nos conditions de vie, il existe aussi des consé-
quences moins heureuses de l’état de développement où elle a été portée. Il s’agit évidem-
ment des multiples problèmes de pollution par des composés organiques (insecticides pré-
sents dans la graisse des pingouins du pôle Nord, action du fréon sur la couche d’ozone,
pollution des lacs et rivières par les détergents ou les rejets industriels, etc.). Mais est-ce la
faute de la chimie organique ou celle des hommes, et de l’usage qu’ils en font ?
Après ce regard circulaire rapide sur les divers aspects de la chimie organique, sa défini-
tion originelle peut paraître bien lointaine. On peut cependant observer que les matières
premières de ces fabrications si diverses conservent presque toutes, plus ou moins directe-
ment, deux origines principales : la houille et le pétrole, qui proviennent de la transformation
de végétaux préhistoriques. Il est donc possible de dire que tous ces composés conservent en
définitive une origine « organique », au sens étymologique et originel du terme.
XX
PA R TI E 1
Chimie organique générale
Si l’on veut pouvoir comprendre la chimie organique, et interpréter les données de l’ex-
périence concernant la réactivité, on ne peut aborder directement l’étude des réactions des
composés organiques.
Ces réactions, leur existence et leur résultat, sont déterminés par la structure des molé-
cules, qu’il faut donc connaître, et que l’on peut envisager de deux points de vue complé-
mentaires : géométrique et électronique.
On a d’autre part besoin d’un langage, et il faut donc également connaître les conventions
(internationales) utilisées pour représenter cette structure, et pour donner un nom à un
composé.
Enfin, les lois générales des réactions chimiques, exprimées par la cinétique et la ther-
modynamique, s’appliquent entièrement aux réactions organiques, et apportent des élé-
ments essentiels à leur interprétation, notamment en termes de mécanisme réactionnel.
Leur connaissance préalable est donc aussi une nécessité.
Cette première partie a pour objet d’installer ces préalables et de préparer une étude « in-
telligente » de la chimie organique descriptive. Elle comporte, en complément, quelques
indications sur les méthodes et les techniques qui permettent d’identifier un composé orga-
nique et d’établir la structure de sa molécule.
La structure
Chapitre
des molécules organiques 1
PRÉALABLES
Existence des atomes, et des molécules formées par un assemblage organisé d’atomes,
unis par des « liaisons chimiques »
Notion de valence
Notions d’élément chimique, et de familles d’éléments
Existence des réactions chimiques, vues comme une modification de l’état de liaison des
atomes, et leur réarrangement dans une nouvelle distribution
Notion d’équilibre chimique
Mots-clés
Acyclique (série —, composé —) Liaison simple, multiple
Chaîne linéaire, ramifiée, cyclique, Primaire, secondaire, tertiaire,
saturée, non saturée quaternaire (carbone —, radical —)
Fonction ; groupe fonctionnel Radical ; radical libre
Formule brute Série homologue
Formule développée plane Tautomérie
Isomérie (plane)
#ALVSRQ
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
La formule brute C2H6O peut correspondre à un composé gazeux, caractérisé par une
température d’ébullition égale à − 24 °C, ou liquide ayant une température d’ébullition
de 78 °C dans les conditions normales de température et de pression. Expliquer.
L es composés organiques ont parfois des formules compliquées, qui peuvent « faire peur ». Certaines de
celles qui apparaissent dans les chapitres 21 et 22 en sont des exemples, mais… il y a pire !
Le but de ce chapitre est de vous montrer que, simples ou compliquées, les formules des composés orga-
niques sont construites selon les mêmes principes généraux, et qu’il n’y a rien là de vraiment difficile. Il
introduit, entre autres, un certain vocabulaire et des conventions d’écriture qui seront fréquemment utilisés
dans la suite, et avec lesquels vous devez impérativement vous familiariser.
3
Partie I ■ Chimie organique générale
À ce stade, aucune hypothèse ou aucun modèle particulier concernant la nature de la liaison chimique n’est
nécessaire.
Question 1.A
Quels caractères différencient les métaux et les non-métaux ?
Comment se placent les uns et les autres dans le tableau de la classification périodique ? À quelles
familles appartiennent Cl, Br et I ? Na et Li ?
La formule brute d’un composé organique (par exemple, C6H11Cl) n’a que peu d’intérêt. On a
toujours besoin de connaître la façon dont les atomes constitutifs de la molécule sont liés les uns aux
autres ; il y a en effet le plus souvent plusieurs arrangements possibles non équivalents pour les
mêmes atomes, donc pour la même formule brute. De là résulte la nécessité de formules développées,
qui explicitent cette disposition interne des atomes.
CH4N2O H N C N H
H O H
Formule brute Formule développée
H C C H
Cl Cl
4
Chapitre 1 ■ La structure des molécules organiques
apporte l’information que cette molécule est formée de deux carbones directement liés l’un à l’autre,
et portant chacun un chlore et deux hydrogènes. On pourrait tout aussi valablement l’écrire :
H H
Cl C C Cl
H H
puisque le mode d’enchaînement des atomes reste le même. Par contre, la formule :
Cl H
H C C H
Cl H
serait celle d’une autre molécule, car l’enchaînement n’est pas le même (un carbone portant trois
hydrogènes lié à un autre carbone portant deux chlores et un hydrogène).
La seule règle à suivre pour écrire (construire) des formules planes exactes est de « donner » à
chaque atome un nombre de liaisons égal à sa valence. Le carbone est normalement tétravalent, sauf
de rares exceptions qui ne seront pas envisagées ici ; il devra donc toujours apparaître dans les formules
de molécules (le cas des ions est différent) avec quatre liaisons. L’hydrogène est monovalent, l’oxy-
gène divalent et l’azote trivalent :
C H O N
a) Liaisons simples
Avec un seul C, il n’y a qu’une seule structure convenable :
H
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H C H Méthane
Question 1.B
Avant de lire la suite, essayez de voir par vous-même de quelle(s) manière(s) pourraient être as-
semblés deux atomes de carbone et six atomes d’hydrogène (réponse dans la suite du texte).
5
Partie I ■ Chimie organique générale
Avec deux C, qui ne peuvent être réunis par un H puisque H est monovalent, et doivent donc néces-
sairement être directement liés l’un à l’autre, il n’y a encore qu’une possibilité :
H H
H C C H Éthane
H H
H H H
H C C C H Propane
H H H
Si l’on compare ces trois formules, il apparaît que l’on passe de l’une à la suivante (on dit d’un
terme de la série au suivant) en remplaçant un H par un groupe
C H Groupe méthyle
En partant du méthane, il n’y a qu’une seule possibilité de remplacement, bien qu’il y ait quatre H
remplaçables, par raison de symétrie (le résultat est identique, quel que soit celui des quatre H qui est
remplacé). En partant de l’éthane on pourrait par contre penser qu’il y a deux possibilités, selon que
l’on remplace l’un des deux H « terminaux » (comme on l’a fait ci-dessus) ou l’un des quatre H « laté-
raux ». Mais la nouvelle formule obtenue,
H H
H C C H
H H C H
décrit le même enchaînement d’atomes que la première (un C portant deux H entre deux C en portant
chacun trois), et les deux formules sont donc équivalentes. Il n’y a donc qu’une seule formule déve-
p. 4
loppée pour la formule brute C3H8.
Ces formules développées deviennent vite encombrantes et peu lisibles lorsque les molécules se
compliquent. On utilise donc le plus souvent des formules semi-développées :
Méthane CH4
Éthane H3C — CH3
Propane H3C — CH2 — CH3
6
Chapitre 1 ■ La structure des molécules organiques
Pour continuer la série, et passer au terme contenant quatre C, on peut appliquer la « règle » dégagée
plus haut, et remplacer par un groupe — CH3 l’un des H du propane. Mais il est manifeste qu’il y a ici
deux possibilités réellement distinctes, selon que la substitution concerne un H de l’un des deux
groupes CH3, ou du groupe CH2 central :
CH3
Ces deux formules diffèrent par le mode d’enchaînement des atomes, et pas seulement par la façon
dont elles sont écrites. Cependant, elles correspondent toutes les deux à la même formule brute :
C4H10. On dit que ces deux composés différents sont isomères l’un de l’autre, ou encore qu’il y a
isomérie entre eux. Une telle situation est très fréquente et l’isomérie, sous ses différentes formes,
fera l’objet de développements ultérieurs.
chap.3, § 1.3
Passant maintenant au terme à cinq atomes de carbone, par le remplacement, de toutes les façons
possibles, d’un H par un — CH3 dans le butane et dans l’isobutane, on trouve trois formules réelle-
ment différentes et trois seulement :
CH3
CH3
CH3
Question 1.C
Essayez réellement, par écrit, de remplacer un H par un groupe CH3, de toutes les manières
possibles, dans le butane puis dans l’isobutane. Vérifiez par vous-même qu’après avoir éliminé
les formules faisant « double emploi » il ne reste que trois isomères en C5H12.
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Les molécules qui peuvent être écrites entièrement sur une seule ligne et ne comportent pas de
groupes substituants sur le côté (comme celles du butane et du pentane) sont dites à chaîne linéaire.
Celles qui comportent des « substituants » sur le côté (comme celles de l’isobutane, de l’isopentane ou
du néopentane) sont dites à chaîne ramifiée. Les composés à chaîne linéaire ou ramifiée appartiennent
à la série des composés acycliques.
Il existe également des chaînes cycliques, refermées sur elles-mêmes comme des anneaux. Les
composés correspondants constituent la série cyclique. Il faut évidemment un minimum de trois
atomes de carbone pour former une chaîne cyclique, mais il n’y a pas de limite supérieure ; on connaît
des cycles de plusieurs dizaines d’atomes de carbone, et il pourrait, a priori, en exister de plus grands.
7
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemples
CH2
CH2 CH2 H2C CH2
Cyclopropane Cyclohexane
Les chaînes cycliques peuvent être constituées exclusivement d’atomes de carbone, comme dans
les exemples ci-dessus ; ce sont alors des chaînes homocycliques. Elles peuvent aussi comporter un ou
plusieurs atomes d’autres éléments ; elles sont alors hétérocycliques.
Exemples
CH2 O
H 2C
H2C CH2
H2C CH2
H2C CH2
NH O
Pyrrolidine Dioxane
Question 1.D
Le propane et le cyclopropane sont-ils isomères ?
Exemples
b) Liaisons multiples
Deux atomes de carbone peuvent aussi s’unir l’un à l’autre non pas par une simple liaison, comme
dans les exemples précédents, mais par une double liaison, ou même par une triple liaison.
8
Chapitre 1 ■ La structure des molécules organiques
Exemples
Les liaisons simples sont dites saturées, et les liaisons multiples, doubles ou triples, insaturées.
On peut trouver associés dans une même molécule tous les éléments structuraux définis jusqu’ici :
chaînes linéaires, ramifiées et cycliques, liaisons simples, doubles et triples.
Il existe cependant certaines incompatibilités. Par exemple, pour des raisons géométriques, un cycle
ne peut comporter une triple liaison s’il n’est pas formé d’un minimum de huit atomes de carbone.
Exemples
CH3 CH3
CH2 C CH3
H 3C HC CH
H2C CH
C CH CH CH2 H3C
H2C C C CH H3C CH H 2C CH2
2
CH2 CH
La forme de la chaîne a assez peu d’influence sur la réactivité, mais la présence de doubles ou
triples liaisons dans une molécule modifie profondément ses possibilités de réaction.
Question 1.E
Si l’on considère les diverses molécules d’hydrocarbures que peuvent former n atomes de car-
bone, le nombre d’atomes d’hydrogène présents dans ces molécules dépend-il de la forme de la
chaîne (linéaire, ramifiée ou cyclique) ? Quel est le nombre maximal d’atomes d’hydrogène qui
peuvent être associés à n carbones ? Quelles autres valeurs sont possibles ? À quels types
d’enchaînement sont-elles associées ?
c) Représentations simplifiées
Habituellement, pour alléger l’écriture des formules développées, on ne représente pas les carbones
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des chaînes cycliques, ni les hydrogènes qu’ils peuvent porter. Ainsi, les molécules cycliques figurant
parmi les exemples précédents s’écrivent :
CH3
H3C
C CH
C H3C
C H3C C CH3
H
9
Partie I ■ Chimie organique générale
On peut aller plus loin dans la schématisation, en ne représentant plus aucun atome de carbone. Les
cinq exemples précédents deviennent alors :
Par convention, il faut « voir » un C aux extrémités libres des segments et à leurs intersections. Un
trait représente donc une liaison entre deux carbones. On est donc conduit, pour indiquer chaque
carbone, à écrire systématiquement les chaînes sous formes de lignes brisées. Voici encore quelques
exemples, plus simples :
Cl
Cl
CH CH OH OH CH3 CH CH CH CC Cl Cl
CH3 CH2 OH
OH OH
OH CH CH CH CH Cl
CH33 CH22 CH33 CH CH CH C Cl ClClOO
CH CH OH OH CH
CH CH CH O
CO ClCl O
CH
3 3 CH2 2 OH OH CH
CH3 3 CH
CH3 3
CH CH CH C
O
CH CH CH
CH CH3 3
OO
CH CH CH22 CH
3 2 2
CH3 3 CH2 2 CH33 CHCH OO
CH
CH
3 3
3
CH
CH CH
CH2 2 CHCH 2 2 CH
CH
3 3 CH33
3 3
Cl
Cl
CH CC CH CH OO CH
CH3 3 C CH2Cl Cl
CH C
CH 3 3CH
CH22Cl
3 3
CH33 C CH33 O CH 3 CCH Cl
O CH ClCl
CH
CH
3 3 C CH
CO
O CH3 3 OO CH
CH CCH
3 3 CH
3CH Cl
C 33 2 2Cl
CH
OO CH
CH
3 3
(Le méthane se réduirait à un point, et ne peut pas être représenté de cette façon.)
Ces trois groupements confèrent aux molécules dans lesquelles ils se trouvent un ensemble de
propriétés, diffèrent pour les trois mais caractéristique de chacun d’eux. Toutes les molécules qui
contiennent l’un de ces groupements ont des propriétés analogues, et constituent une famille
homogène.
Cet ensemble de propriétés, liées à la présence d’un groupement particulier d’atomes dans une
molécule, définit une fonction et ce groupement porte le nom de groupe fonctionnel.
10
Chapitre 1 ■ La structure des molécules organiques
Ainsi,
C O H
est le groupement fonctionnel « alcool ». Toutes les molécules qui le contiennent sont des alcools et
ont des propriétés analogues ; ces propriétés communes se résument sous la dénomination de
« fonction alcool ».
Une même chaîne peut porter plusieurs groupes fonctionnels, soit identiques, soit différents.
Exemples
OH
OH
Cette notion de fonction est pour la chimie organique un facteur d’ordre et de clarification. Les sept
millions de composés connus à l’heure actuelle se répartissent entre un nombre en fait très restreint de
fonctions. Il n’y a guère qu’une vingtaine de fonctions importantes, dont le tableau 1.1 regroupe les
principales, et la chimie organique ne s’aborde pas par l’étude descriptive individuelle des composés,
mais par celle des fonctions.
Une fonction peut toujours être considérée comme dérivant (quant à sa formule tout au moins) d’un
hydrocarbure saturé, par la substitution de divers atomes ou groupements d’atomes à un ou plu-
sieurs atomes d’hydrogène.
Partant de cette remarque, on a l’habitude de classer les fonctions suivant leur « valence » (expres-
sion peu adéquate en l’occurrence, et qu’il ne faut pas prendre ici dans le même sens que lorsqu’il
§ 1.2
s’agit de la valence d’un élément). La valence d’une fonction est égale au nombre d’atomes d’hydro-
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
gène que remplace le groupe fonctionnel, par référence à l’hydrocarbure saturé « correspondant »,
c’est-à-dire ayant la même chaîne.
Exemples
Dans le tableau 1.1, la fonction alcool figure parmi les fonctions monovalentes parce qu’elle résulte
du remplacement, dans un hydrocarbure, d’un H par un groupe OH. La fonction aldéhyde est biva-
lente parce que l’oxygène doublement lié y remplace deux H. La fonction acide est trivalente parce
que le groupe OH et l’oxygène doublement lié y remplacent trois H.
11
Partie I ■ Chimie organique générale
Hydrocarbures
• Séries acyclique et cyclique non benzénique
Hydrocarbures saturés ALCANES, CYCLOALCANESa............................ C C
ALCÈNES, CYCLOALCÈNES.............................. C C
Hydrocarbures insaturés b
ALCYNES, CYCLOALCYNES.............................. C C
HALOGÉNURE...................... C Xb ALDÉHYDE.......................... C H
O
ORGANOMÉTALLIQUE.......... CÉTONE.............................. C
C M
O
ALCOOL.............................. C OH
Fonctions trivalentes
THIOL................................. C SH ACIDE CARBOXYLIQUE......... C OH
O
PHÉNOL.............................. OH CHLORURE D’ACIDE............. C Cl
O
ANHYDRIDE D’ACIDE........... C O C
ETHER-OXYDE.....................
C O C O O
AMIDE................................. C N
AMINE................................. C N
O
NITRILE C N
On considère que le passage d’une fonction à une autre de valence plus grande est une oxydation (le
« nombre d’oxydation » du carbone augmente), et que le passage inverse est une réduction (le nombre
d’oxydation du carbone diminue). Ainsi, la transformation d’un alcool en un aldéhyde est une oxyda-
tion, bien que l’aldéhyde ne contienne pas plus d’oxygène que l’alcool, et celle d’un dérivé halogéné
en hydrocarbure (auquel on peut attribuer la valence zéro) est une réduction.
Cette notion d’isomérie s’est imposée dès le début de ce chapitre et elle est constamment présente
dans toute la chimie organique. Il existe en effet le plus souvent de multiples structures pour des molé-
cules qui sont formées d’un grand nombre d’atomes représentant peu d’éléments différents.
La disposition des atomes dans des molécules isomères peut différer de diverses façons et il faut
avoir recours, pour rendre compte de ces différences, à des formules plus ou moins détaillées, selon
les cas. Il ne sera question ici que de l’isomérie « plane », ce qui signifie que les formules planes
suffisent pour décrire les isomères en question ; ils diffèrent en effet par l’ordre dans lequel les atomes
§ 1.2
sont liés les uns aux autres. Le chapitre 3 sera consacré à l’isomérie « stérique » (ou stéréoisomérie),
qui ne peut être décrite qu’en ayant recours à des représentations spatiales des molécules.
Question 1.F
Écrivez toutes les formules possibles pour un alcool de formule brute C5H12O. Ces molécules sont
_________ les unes des autres. Peut-on imaginer une ou plusieurs molécules possédant aussi cette
formule brute mais n’appartenant pas à la même fonction ?
Exemples
CH3 — CH2 — CH2 — COOH (acide)
HOH2C — CH = CH — CH2OH (dialcool, ou « diol »)
CH3 — CHOH — CH2 — CHO (aldéhyde-alcool)
qui ont tous trois pour formule brute C4H8O2.
Question 1.G
En vous aidant du tableau des fonctions (tableau 1.1), trouvez trois isomères de fonction répon-
dant à la formule C4H7NO.
Les isomères « de squelette » (ou « de chaîne ») possèdent les mêmes éventuels groupes fonctionnels
et ne diffèrent pas que par le mode d’enchaînement des atomes de carbone de leur squelette carboné.
Exemples
CH3
CH3 CH2 CH2 CH3 et CH3 CH CH3
CH3 OH CH3
CH3 CH CH2 CH2 et CH3 C CH2 OH
CH3
13
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemples
OH
CH3 CH2 CH2 CH2 et CH3 CH CH2 CH3
(position d’un — OH)
OH
Le nombre de tels isomères de fonction, de squelette et de position pour une formule brute donnée
peut être étonnamment grand. Ainsi, il pourrait exister 75 hydrocarbures de formule C10H22, 366 319
de formule C20H42 et plus de quatre milliards de formule C30H62.
Ces nombres résultent d’une prévision théorique. Ils montrent bien le nombre pratiquement illimité
des composés organiques possibles. Seuls quelques uns de ces hydrocarbures ont été réellement
préparés, mais rien ne s’opposerait à ce qu’on les prépare tous, si ce n’est le temps qui serait néces-
saire, pour un travail sans intérêt.
Question 1.H
Quels isomères de position peuvent correspondre à la formule C3H8O ? et à la formule C3H6Cl2 ?
1.3.4 Tautomérie
Parfois deux isomères de constitution peuvent se transformer réversiblement l’un en l’autre. On dit
alors que ce sont des formes tautomères, ou encore qu’il y a entre eux une relation de tautomérie.
Exemples
O OH
Cétone Énol
Il s’agit d’un véritable équilibre chimique. Si l’on fait réagir sur le mélange de deux formes tautomères
A et B un composé réagissant seulement avec la forme A, l’équilibre se déplacera dans le sens B → A à
mesure que la forme A sera consommée (application de la « loi d’action de masse »). Tout se passera
14
Chapitre 1 ■ La structure des molécules organiques
donc comme si la forme B n’était pas présente : la totalité du mélange réagira sous la forme A. Inver-
sement, en présence d’un réactif spécifique de la forme B, le mélange se comportera comme s’il était
formé uniquement de celle-ci, la forme A n’y étant pas présente.
Les cas de tautomérie les plus importants consistent, comme dans l’exemple précédent, en une
migration d’hydrogène d’un atome sur un autre (« prototropie »). En voici deux autres exemples :
O OH
O OH
Exemples
La réaction se limite à la substitution de — OH (dans le groupe fonctionnel alcool C — OH) par Br ; la
partie H3C — CH2 — CH2 — n’est pas modifiée. Cette réaction est la même pour de très nombreux al-
cools, qui différent cependant par la forme ou la longueur de la chaîne carbonée, et il est possible de
l’écrire sous la forme plus générale :
R OH + HBr R Br + H2O
qui traduit un caractère chimique « des alcools en général », ou encore « de la fonction
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
alcool ».
Dans cette formulation, R représente le radical de l’alcool. Ce symbole désigne donc globalement
un « morceau de formule » que l’on ne juge pas utile d’expliciter.
15
Partie I ■ Chimie organique générale
Symbole
CH3 Méthyle Me
CH3
Radicaux CYCLOALKYLES
CH CH2
ou Cyclopropyle
CH2
CH2
H2C CH–
ou Cyclohexyle
H2C CH2
CH2
CH
HC C
ou Phényle Ph
HC CH
CH
Un radical est dit « primaire », « secondaire » ou « tertiaire », selon que le carbone qui porte la
valence libre est lui-même primaire, secondaire ou tertiaire [voir § 1.2.1.a]
16
Chapitre 1 ■ La structure des molécules organiques
Les plus simples de ces radicaux (on dit aussi « groupes » ou « groupements ») ont reçu des noms
particuliers, qu’il est utile de connaître et qui sont rassemblés dans le tableau 1.2.
Le terme « radical » possède également une autre signification, qui ne concerne plus les formules et
leur écriture, mais la réalité physique du déroulement des réactions. Au cours de certaines d’entre
elles (ce n’est pas le cas de celle des alcools avec HBr), à la suite de la rupture de certaines liaisons, il
se forme de façon transitoire des entités très instables, de courte durée de vie, neutres et comportant
un électron impair, que l’on appelle aussi des radicaux. Mais il est plus correct, pour éviter toute am-
biguïté, de les appeler radicaux libres.
Question 1.I
Au cours de la chloration de l’éthane, il se forme transitoirement, par rupture d’une liaison C — H,
des entités CH3 — CH2, dont la durée de vie est de l’ordre de 10–4 seconde ; ces entités sont des
_______.
Dans la réaction CH3 — CH2OH + HCl → CH3 — CH2Cl + H2O, il ne se forme pas de radicaux libres
mais, dans la formule de l’alcool, CH3 — CH2 — est le _______ ou ______ éthyle.
Séries homologues
Lorsque, dans la formule d’une molécule, on remplace par différents radicaux un atome d’hydrogène
pris hors du groupement fonctionnel, tout en conservant à la chaîne sa forme générale, on obtient des
composés qui constituent une série homologue.
Ainsi, en remplaçant dans le méthane CH4 l’un des H par les radicaux méthyle, éthyle, propyle, etc.
(cf. tableau 1.2), on obtient la série éthane, propane, butane, etc. C’est la série des hydrocarbures
saturés linéaires.
L’isobutane est par ailleurs le premier terme de la série « en iso », c’est-à-dire la série des hydrocar-
bures représentés par la formule générale :
CH3 CH R
CH3
Si R correspond aux groupes méthyle, éthyle, propyle…, on obtient les termes successifs de la
série : isobutane, isopentane, isohexane, etc.
La notion d’homologie est donc plus restrictive que celle de fonction puisqu’entre les termes d’une
série homologue il y a non seulement identité de fonction, mais aussi analogie dans la forme générale
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de la chaîne.
Exemples
alcool en C3 à chaîne droite, a pour « homologue supérieur » l’alcool en C4 également à chaîne droite :
17
Partie I ■ Chimie organique générale
CH3
Réponse #ALVSRQ
À une formule brute peut correspondre plusieurs représentations planes caractéris-
tiques de composés différents désignés « isomères ». Dans le cas présent, seule
l’isomérie de fonction permet de proposer deux composés, l’un appartenant à la fa-
mille des éther-oxydes (CH3—O—CH3) et l’autre à celle des alcools (CH3—CH2—OH).
L’alcool peut donner et recevoir, contrairement à l’éther-oxyde, des liaisons hydro-
gène à vaincre pour entraîner son ébullition. Il correspond donc au liquide caractérisé
par la plus forte température d’ébullition.
18
Chapitre 1 ■ La structure des molécules organiques
OBJECTIFS
EXERCICES ET QCM
Écrire des formules développées exactes (possibles), à partir d’une formule brute donnée.
Reconnaître si des formules développées planes présentées différemment représentent ou
non des molécules différentes.
Reconnaître et nommer les principaux groupements fonctionnels.
Reconnaître et nommer les principaux radicaux.
Utiliser et comprendre les représentations schématiques simplifiées des formules.
QCM
Les solutions se trouvent à la page 617.
1. L’alcane représenté ci-dessous :
19
Partie I ■ Chimie organique générale
CHO
O O
COOH
a. est un acide carboxylique
b. contient une fonction ester
c. est un aldéhyde
d. peut être considéré comme un composé polyfonctionnel
6. Les composés représentés ci-dessous :
O O
a)-
b)-
20
Chapitre 1 ■ La structure des molécules organiques
exercices
EXERCICES ET QCM
Les solutions se trouvent à la page 619.
1-a Trouvez au moins une (éventuellement plusieurs) formule(s) développée(s) plane(s) correspon-
dant aux formules brutes suivantes :
a) C4H2 d) C15H32 g) C3NH j) CH5N
b) C6H6 e) C3H4Cl2 h) C2H3OCl k) C2HO2Cl3
c) C4H6 f) C3H6O i) C4H6S l) C4H7ON
1-b Trouvez les représentations simplifiées de tous les hydrocarbures saturés en C5 (formule brute
C5H12).
1-c Trouvez les représentations simplifiées de tous les éthers-oxydes (chapitre 15) insaturés de
formule brute C4H8O (il y en a 4).
1-d Donnez la représentation simplifiée d’un hydrocarbure saturé de formule brute C6H14 contenant
deux carbones tertiaires.
1-e L’analyse d’un composé organique a montré que sa molécule contient une fonction aldéhyde et
une double liaison carbone-carbone. Sa masse molaire est par ailleurs 70. Quelles sont les formules
possibles pour ce composé ?
1-f Les formules brutes suivantes correspondent-elles, a priori, à des molécules pouvant exister
(sont-elles possibles) ?
C25H53 C2H2Cl6 C10H20O2Cl2 C5H4Br3
C30H60 C15H28Cl2 C32H32Br C12H24O2
1-h Trouvez toutes les représentations simplifiées correspondant à un alcool (chapitre 15) cyclique
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dont la formule brute est C4H8O (il y en a 4). Parmi eux, indiquez deux isomères de squelette ainsi que
deux isomères de position.
21
La géométrie des molécules
Chapitre
organiques 2
PRÉALABLES
Formules développées planes ; chaînes carbonées ; liaisons simples et multiples
chap. 1,
Notions élémentaires de géométrie (angles plans, angles dièdres, triangle équilatéral, § 1.2
pyramide, tétraèdre)
Mots-clés
Angles de liaisons Liaisons décalées
Barrière d’énergie Liaisons éclipsées
Carbone tétraédrique Longueur de liaison
Configuration Rayon de covalence
Conformation Rayon de Van der Waals
Interactions gauches. Squelette
Interactions 1,3 – diaxiales
#ALVSRQ
L a déshydratation du norbornan-2-ol fournit le norborn-2-ène à l’exclusion de son
isomère le norborn-1-ène. Expliquer.
OH
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L e schéma d’un circuit électrique représente la façon dont sont connectés entre eux les éléments qui le
constituent. Mais il ne représente pas leur forme, ni leur disposition réelle dans l’espace.
De même, la formule développée plane d’une molécule la représente « schématiquement ». Elle montre
seulement la nature et le nombre des liaisons qui la constituent, c’est-à-dire la nature des « connexions »
chap. 1,
entre les atomes, ou encore leur mode d’enchaînement. § 1.2
23
Partie I ■ Chimie organique générale
Mais une molécule est un objet matériel, qui a une forme et des dimensions. Elle possède une organisation,
une architecture, et les atomes qui la constituent ne sont pas agglutinés en vrac les uns aux autres.
Ce chapitre contient les données essentielles permettant d’imaginer, et de représenter selon les conventions
admises, de façon compréhensible pour tous, la géométrie des molécules. Outre leur intérêt pour une meil-
leure connaissance de l’organisation de la matière, ces données sont importantes pour la compréhen
sion de la réactivité. La stéréochimie constitue une composante importante de la chimie organique
moderne, car des considérations stéréochimiques sont impliquées dans l’étude et la description des « méca-
nismes réactionnels ». D’autre part, les efforts qui ont été faits pour réaliser la synthèse de molé-
chap. 5, cules répondant à une géométrie donnée ont conduit à des résultats parmi les plus beaux de ces dernières
§ 5.4
années.
Ce chapitre pourrait, a priori, vous paraître un peu marginal par rapport à ceux qui traitent des réactions.
Mais il n’en est rien ; ne le négligez pas, car vous devriez y revenir plus tard. Il ne contient toutefois que les
bases de la stéréochimie, et le sujet sera ultérieurement enrichi et complété par les exemples que nous
rencontrerons au fil des autres chapitres.
24
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
Exemple
la molécule de méthane peut être représentée par :
H H
H H H
C ou C H ou H C
H
H H H
H
(on pourra comparer ces représentations, notamment la première, avec les modèles moléculaires de
la figure 2.3).
Pour éviter que la liaison située en avant ne cache celle qui est située en arrière, on suppose que l’on
ne place pas l’œil exactement sur la perpendiculaire au papier partant du carbone. Dans les deux
premières représentations ci-dessus, il est placé un peu au-dessus de cette perpendiculaire ; dans la
troisième il est placé un peu à gauche de celle-ci.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Question 2.A
Ci-dessus, la molécule de méthane est représentée dans diverses positions par rapport à l’obser-
vateur. Peut-on aussi la représenter de l’une des façons suivantes ?
(a) H H (b) H H
C C
H H H H
25
Partie I ■ Chimie organique générale
b) Projection de Newman
Cette représentation est utilisée pour montrer la disposition relative des liaisons formées par deux
atomes adjacents. Elle montre la façon dont on verrait ces liaisons si l’on regardait la molécule dans
l’axe de la liaison qui unit ces deux atomes ; c’est une sorte de projection de la molécule sur un plan
perpendiculaire à cet axe.
Exemple
la molécule d’éthane H3C — CH3 :
a d d
H H H Ha a
H
He He d e
H H
C1 2
C C1
b c
b
H f
b
Hf H H
H H
c
H H
c Hf
D’autres modes de représentation sont également utilisés, mais dans des domaines particuliers (par
exemple, la projection de Fischer pour les glucides). Ils seront présentés le moment venu.
chap. 22,
§ 22.2.1
Question 2.B
Parmi les schématisations (a), (b), (c) et (d) de la molécule CHCl2 — CH2Cl, certaines la repré-
sentent-elles exactement dans la même géométrie ?
c) Modèles moléculaires
Les chimistes disposent d’une sorte de « jeu de construction », qui leur permet de construire des
maquettes des molécules à notre échelle. Les atomes y sont matérialisés par des sphères, dont le rayon
est proportionnel à leur encombrement réel. Ces sphères peuvent être soit directement accolées
(montage compact), soit réunies par des bâtonnets (montage éclaté). Seul le montage compact donne
une idée de la forme réelle des molécules, mais le montage éclaté montre mieux la forme du squelette
et les angles de liaisons.
26
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
L’utilisation de modèles moléculaires est très efficace pour aider à comprendre la stéréochimie. À
défaut de disposer de « vrais » modèles, on peut très efficacement en fabriquer avec des moyens arti-
sanaux (bouchons de liège ou boules de cotillon pour les atomes, fil de fer ou cure-dents pour les
liaisons…) ; il faut respecter, au moins approximativement les angles de liaisons indiqués dans la
suite mais dans la plupart des cas les différences de rayon entre les atomes peuvent être ignorées. § 2.2
Simulation informatique
L’informatique permet de visualiser sur l’écran d’un ordinateur des représentations spatiales très
exactes de molécules très complexes et même de les faire tourner sur elles-mêmes afin de les voir sous
des angles différents.
configuration. Les données les plus importantes pour la chimie organique, telles qu’elles peuvent
être prévues par les règles de Gillespie ou par la théorie de l’hybridation, sont résumées dans les chap. 4,
tableaux suivants. § 4.2.2.c
État d’hybridation
du carbone
27
Partie I ■ Chimie organique générale
État d’hybridation
du carbone
Pour pouvoir imaginer plus facilement la géométrie des molécules, il est utile de remarquer que,
dans la configuration tétraédrique, les quatre directions se situent, deux par deux, dans des plans
orthogonaux (fig. 2.4).
Tableau 2.2 : Orientation des liaisons autour de l’atome d’azote (ou phosphore)
Tableau 2.3 : Orientation des liaisons autour de l’atome d’oxygène (ou soufre)
28
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
En fait, les valeurs réelles des angles des liaisons sont souvent différentes des valeurs prévues. Des
écarts, relativement faibles (quelques degrés), peuvent être provoqués par divers facteurs, de nature
géométrique ou électronique. Ainsi, autour d’un carbone « tétraédrique » les angles des liaisons ne
sont tous égaux (109°28’) que si les quatre atomes ou groupes d’atomes liés au carbone sont iden- Cours
de Chimie
tiques. Dans le dichlorométhane CH2Cl2, la grosseur des atomes de chlore provoque une ouverture de physique,
l’angle formé par les deux liaisons C — Cl, qui vaut 112°. chap. 6
Des écarts beaucoup plus importants peuvent résulter de contraintes particulières. Par exemple,
dans le cyclopropane
H2C CH2
CH2
les liaisons C — C constituant le cycle forment nécessairement des angles de 60° (les atomes de
carbone sont aux sommets d’un triangle équilatéral).
Question 2.C
Dans les molécules suivantes, peut-il exister plusieurs arrangements géométriquement différents
des quatre atomes qui entourent le carbone ? En serait-il de même si ces quatre atomes occupaient
les sommets d’un carré au centre duquel le carbone se trouverait ?
a) CH3Cl b) CH2Cl2 c) CH2ClBr
(a) (a’) H
H
180
C O O
H H H
H H 60
H
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(b) (b’) H
H H H
120
C O O
H H H
H
29
Partie I ■ Chimie organique générale
Ces deux représentations diffèrent par la position relative de la liaison O — H par rapport aux trois
liaisons C —H, ou encore par une rotation du groupe OH par rapport au groupe CH3. Les deux
projections de Newman (a’) et (b’), qui correspondent respectivement aux représentations (a) et
(b) avec l’oxygène au premier plan par rapport à l’observateur, le montrent nettement.
Pour fixer la géométrie d’une molécule, il ne suffit donc pas de connaître les angles des liaisons autour
de chaque atome. Il est nécessaire également de savoir comment se positionnent les liaisons d’un
atome par rapport à celles de son (ou ses) voisins(s). Des dispositions qui ne diffèrent que par une
rotation d’une partie de la molécule par rapport à une autre constituent des conformations diffé-
rentes de cette molécule. On dit aussi que ce sont des conformères de la même molécule.
Une conformation particulière est caractérisée par la valeur des angles dièdres que forment les
liaisons de deux atomes voisins. Ces angles se « lisent » directement sur une projection de Newman
(exemple : pour le méthanol des angles dièdres entre la liaison O —H et les liaisons C —H sont 60° et
180° dans la conformation a’, ou 0° et 120° dans la conformation b’).
C C b’
b
H
b’ H
Hc b
H c
H H c’ H c’ H
Conformation éclipsée
a
a c’
H
H H a’ c’
H H H a’
C C
b
Hc b’ b
H Hc
H H H
b’
Conformation décalée
Dans la conformation éclipsée, les liaisons C —H des deux groupes CH3 se font face deux par
deux. Dans la conformation décalée, les liaisons C —H de l’un des deux groupes CH3 se trouvent en
face de la bissectrice des angles formés par celles de l’autre. On passe de l’une de ces conformations à
l’autre par une rotation de 60° de l’un des deux groupes CH3.
En fait, dans l’éthane, les deux groupes CH3 peuvent tourner librement l’un par rapport à l’autre et les
chocs entre molécules entretiennent effectivement (sauf à très basse température) une rotation conti-
nuelle. Les deux conformations éclipsée et décalée ne constituent que deux dispositions relatives
particulières de ces deux groupes (comme deux photographies instantanées de la molécule), parmi
l’infinité de celles qui peuvent exister et par lesquelles la molécule passe au cours d’une rotation. Dans
toutes les conformations de l’éthane, les six hydrogènes sont indiscernables et l’on comprend mieux
maintenant qu’il n’y ait qu’un seul propane, résultant du remplacement de n’importe lequel de ces
chap. 1, hydrogènes par un groupe CH3.
§ 1.2.1
30
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
Dans la conformation décalée les H et les électrons des liaisons C —H d’un CH3 sont aussi loin que
possible de ceux de l’autre ; dans la conformation éclipsée ils en sont au contraire aussi près que possible.
Il en résulte que le passage d’une conformation décalée à une conformation éclipsée nécessite un certain
travail, pour vaincre la répulsion entre les nuages électroniques qui se rapprochent, et que l’énergie
potentielle de la conformation éclipsée est supérieure à celle de la conformation décalée (de même que
l’on augmente l’énergie potentielle d’un ressort en dépensant du travail pour le comprimer).
Au cours de la rotation, l’énergie potentielle de la molécule passe donc alternativement par des
maximums, correspondant aux conformations éclipsées. On dit que deux conformations décalées
successives sont séparées par une barrière d’énergie (ou barrière de potentiel), qui doit être franchie
trois fois au cours d’une rotation complète de 360° (cf. fig. 2.5).
Dans le cas de l’éthane, cette barrière vaut 12,5 kJ ⋅ mol–1. Cette valeur est suffisamment faible
pour que, dès la température ordinaire, les molécules puissent trouver cette énergie à l’occasion de
chocs entre elles. La rotation a donc lieu en permanence mais, statistiquement, à un instant donné, il
y a dans l’éthane plus de molécules décalées (plus stables) que de molécules éclipsées. La proportion
de chaque conformation est constante à une température donnée, mais cela ne signifie pas que la
conformation d’une molécule particulière est fixée une fois pour toutes. À tout moment elle se
modifie, et cela exclut d’ailleurs que l’on puisse isoler les molécules possédant une conformation
déterminée (les différences de conformation ne constituent pas, habituellement, un cas d’isomérie
géométrique). chap. 3
H HH H HH H HH
E H H H
HH HH HH
12,5 kJ/mol
H H H H
H H H H H H H H
H H H H H H H H
H H H H
0 60 120 180 240 300 360
rotation
C—C
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31
Partie I ■ Chimie organique générale
Question 2.D
Dans le cas du propane CH3 — CH2 — CH3, la courbe de variation de l’énergie potentielle au cours
d’une rotation complète (360°) d’un CH3 par rapport au reste de la molécule a la même allure que
pour l’éthane (fig. 2.5), mais la barrière d’énergie est plus élevée (14,2 kJ ⋅ mol–1). Quelle explica-
tion pourrait-on proposer ?
Les mêmes principes sont valables dans le cas de chaînes plus longues. Elles tendent donc à
adopter préférentiellement une forme « en zigzag » dans laquelle les liaisons C — C sont dans un
même plan et les liaisons C — H portées par deux carbones voisins sont systématiquement décalées
(cf. fig. 2.6). La possibilité d’une rotation au niveau de chaque liaison C — C subsiste cependant, de
sorte que les chaînes carbonées ne sont pas rigides et peuvent prendre également toutes sortes
d’autres conformations.
b) Cas du butane
Dans le cas du butane, ces phénomènes sont plus complexes. En effet, la rotation de la liaison C2 — C3
conduit la molécule à adopter deux types de conformations limites décalées et deux types de conforma-
tions limites éclipsées. (cf. fig. 2.7). Le conformère décalé anti dans lequel les méthyles sont les plus
éloignés correspond à la forme la plus stable puisque l’encombrement stérique est minimal. Une rota-
tion de 60 degrés du carbone arrière permet d’aboutir à une conformation éclipsée moins stable de
15,9 kJ ⋅ mol–1 où chaque méthyle s’éclipse respectivement avec un hydrogène. Une rotation de
60 degrés supplémentaires aboutit à une forme décalée gauche qui rapproche les deux méthyles l’un de
l’autre créant une gène stérique appelée interaction gauche, le conformère gauche est de ce fait plus
énergétique que le conformère anti : la différence est de 3,8 kJ · mol–1. Une rotation supplémentaire de
60 degrés conduit à une nouvelle forme éclipsée où deux groupements méthyles se superposent corres-
pondant au conformère le plus énergétique du butane se situant à 18,8 kJ ⋅ mol–1 du conformère anti.
32
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
E
H CH3 H3C CH3 H CH3
H H CH3
H H H H H H
H 3C H H
3,8 kJ.mol–1
H H H H H H H H
CH3 H H CH3
Degré de rotation
Question 2.E
Représentez le cyclopropane en « coin-volant », en mettant les trois liaisons C — C du cycle dans
le plan du papier. Dans quelle disposition relative (quelle conformation) les liaisons C — H se
trouvent-elles ?
33
Partie I ■ Chimie organique générale
La déformation angulaire imposée par la structure cyclique crée dans ces molécules une « tension »,
ou « contrainte ». D’autre part, dans cette géométrie plane des cycles, les liaisons C — H de deux
carbones voisins sont nécessairement éclipsées. Ces deux facteurs sont a priori défavorables à la
stabilité de ces molécules.
Si les cycles ont effectivement cette géométrie, la contrainte angulaire diminue du cyclopropane au
cyclopentane, pour lequel elle est très faible ; puis elle augmente de nouveau, en sens inverse (angles
supérieurs à 109°28’), à partir du cyclohexane. On pourrait donc penser que l’instabilité de ces molé-
cules varie de la même manière avec le nombre d’atomes de carbone du cycle.
De fait, le cyclopropane manifeste une tendance très marquée à s’ouvrir, comme dans la réaction
+ H2 → H3C — CH2 — CH3
qui est facile à réaliser (dans le propane qui se forme, l’angle des liaisons C — C retrouve sa valeur
normale). Cette tendance est plus faible pour le cyclobutane, et le cyclopentane n’a aucune propen-
sion particulière à s’ouvrir. Mais, à partir du cyclohexane, et en contradiction avec la prévision précé-
chap. 11,
§ 2.2
dente, les hydrocarbures cycliques saturés sont tous très stables, même s’ils comportent plusieurs
dizaines d’atomes de carbone. Il ne semble donc pas que leurs molécules soient « contraintes ».
Cette observation expérimentale s’interprète de façon satisfaisante en attribuant aux cycles
comportant au moins six atomes de carbone des géométries non planes. Les liaisons C — C consti-
tuant ces cycles ne sont pas toutes contenues dans un même plan et, de ce fait, les angles qu’elles
forment peuvent avoir la valeur normale de 109°28’ (ou, tout au moins, une valeur très voisine).
En réalité, seul le cycle en C3 est réellement (et nécessairement) plan. Les cycles en C4 et C5, s’ils
peuvent en première approximation être considérés comme plans, sont en fait légèrement « pliés ».
Cette déformation augmente un peu les contraintes angulaires, mais cet effet est plus que compensé
par le gain en stabilité qui résulte du fait que les liaisons C — H ne sont plus exactement éclipsées.
a) Le cycle du cyclohexane
Le cycle du cyclohexane présente un intérêt particulier du fait qu’il est présent dans la structure de
nombreux composés naturels (stéroïdes et terpènes entre autres).
chap. 24,
§ 2 et § 3 Le cyclohexane peut prendre deux conformations principales, dénommées « forme chaise » et
« forme bateau » :
H
a Ha
Ha
H e eH e
H
He e a’H e
a H H
a
H H
Forme chaise Forme bateau
Ces deux formes se transforment avec facilité réciproquement l’une en l’autre ; elles sont en équilibre
mutuel.
34
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
Toutefois, la forme bateau est moins stable car elle comporte huit liaisons C — H éclipsées deux par
deux (sur les côtés du « bateau »), alors que dans la forme chaise les liaisons C — H de deux carbones
voisins sont toujours décalées. En conséquence, l’équilibre est très déplacé, à la température ordi-
naire du moins, en faveur de la forme chaise et, à un instant donné, très peu de molécules se trouvent
dans la forme bateau (moins de 1 %).
Dans la forme chaise, les douze liaisons C — H se divisent en deux groupes :
• six liaisons axiales, perpendiculaires à ce que l’on pourrait appeler le « plan moyen » du cycle, et
disposées alternativement de part et d’autre de ce plan (repérées par la lettre « a » sur le schéma
ci-dessus) ;
• six liaisons équatoriales, faisant un angle faible (15° environ) avec ce plan moyen, également alter-
nées par rapport à lui (repérées par la lettre « e » sur le schéma ci-dessus).
b) Le cyclohexane monosubstitué
Un substituant porté par un carbone du cyclohexane, un groupe méthyle CH3 par exemple, peut
donc occuper soit une position axiale, soit une position équatoriale. En fait le cycle possède une
déformabilité conformationnelle telle que, outre l’équilibre avec la forme du bateau, il y a également
équilibre entre deux formes chaise. Dans cette transformation réciproque, les liaisons axiales d’une
forme deviennent les liaisons équatoriales de l’autre, et inversement. Pour le cyclohexane lui-même,
cette inversion se produit environ 500 000 fois par seconde, à la température ordinaire.
a a a a
a a
e e e e
e e
e a a e
e e e e
a a a
a
Un substituant n’occupe donc pas une position fixée définitivement, et la liaison qui l’unit au cycle
peut se trouver, à tout instant, soit axiale soit équatoriale. Cependant cet équilibre est toujours en
faveur de la forme dans laquelle le substituant est équatorial car, lorsque le substituant est en position
axiale sur le carbone 1, il existe des interactions (une « gêne ») entre lui et les atomes portés par les
liaisons axiales des carbones 3 et 5. Les atomes, ou groupes d’atomes, portés par les liaisons axiales
en position 1, 3 et 5 sont en effet beaucoup plus proches que ne le suggère la représentation schéma-
tique habituelle. En position équatoriale, un substituant est beaucoup mieux « dégagé » du reste de la
molécule.
En projection de Newman (cf. fig. 2.8) il est possible de s’apercevoir que lorsque le cyclohexane
porte un substituant en position axiale cela entraîne des interactions gauche déstabilisantes de même
type que celles rencontrées lors de l’analyse rotationnelle du butane. De plus, à ces interactions
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
gauches viennent s’ajouter des interactions 1,3-diaxiales entre le substituant et les hydrogènes axiaux
situés en position 3 et 5. Ces interactions n’existent pas lorsque par interconversion le méthyle se
place en position équatoriale. De ce fait, il en résulte qu’un cyclohexane monosubstitué sera plus
stable dans une conformation où le substituant est en position équatoriale.
35
Partie I ■ Chimie organique générale
H3C )( 5 H
H H
Interaction gauche CH3 — CH2(5)
1 3
H H
H H
H H
H
5 CH3 3
H
4
H H Interactions 1,3 diaxiales
H
6 1 2
H
H H H
H 3 )( CH3
H H
Interaction gauche CH3 — CH2(3)
5 1
H H
H H
Du laboratoire à l’industrie
Cette image (qui n’est pas une « photographie » directe, au sens usuel du terme) a été
obtenue au microscope électronique à haute résolution, avec de l’hexadécachlorophtalo-
cyanate de cuivre, à l’état solide. Elle révèle la disposition régulière et ordonnée des
atomes, qui caractérise d’une manière générale l’état solide cristallin, mais qui ici, avec
une molécule très complexe, apparaît particulièrement remarquable. (N.Uyeda et al.,
Chemica Scripta, vol.14 (1978-79), 47-61.)
36
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
37
Partie I ■ Chimie organique générale
c) Le cyclohexane polysubstitué
Par extension, la conformation privilégiée d’un cyclohexane polysubstitué sera celle où le maximum
de substituants ou les substituants les plus encombrés seront en position équatoriale (cf. fig. 2.9).
Et Me H Me
H H H Me
H H H H
H Me Et H
H H
H
H H H H H
Figure 2.9 Conformation la plus stable d’un cyclohexane polysubstitué.
Lorsque le cyclohexane est substitué par plusieurs groupements, ceux-ci peuvent se trouver en cis ou
en trans l’un par rapport à l’autre. Deux substituants en position 1,2 ou 1,4 ou 1,6 seront en trans s’ils
sont tous les deux en axiale ou en équatoriale alors qu’ils seront en cis si l’un est en axiale et l’autre en
équatoriale. L’inverse est vrai si les substituants sont en 1,3 ou en 1,5. Dans les deux conformations
chaises ci-dessus, les deux méthyle sont en cis l’un par rapport à l’autre et tous les deux sont en cis
par rapport au groupement éthyle. Notons que la conformation la plus stable est celle où le groupe-
ment éthyle et un des deux groupemenents méthyle sont en position équatoriale.
Cette prédominance de la forme où le substituant est équatorial est d’autant plus marquée que ce
substituant est plus volumineux. S’il s’agit d’un groupe méthyle CH3, il y a statistiquement à l’équi-
libre, à la température ordinaire, 1 molécule à substituant axial pour 20 molécules à substituant équa-
torial ; mais avec un groupe tertiobutyle C(CH3)3 cette proportion tombe à 1 molécule à substituant
axial pour 5 000 molécules à substituant équatorial. Ainsi, la présence d’un substituant très volumi-
neux « bloque » pratiquement la conformation de la molécule et supprime l’interconversion entre les
deux formes chaise.
Les cycles en C6, dans leur forme chaise, peuvent s’assembler sans limite, de façon « géométri-
quement naturelle » et sans créer des contraintes nouvelles, pour constituer des structures tridimen-
sionnelles très stables. Le réseau cristallin du diamant peut être considéré comme un empilement et
une juxtaposition de formes chaise.
Le diamant
38
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
groupement C=C sont en permanence dans un même plan, et ces deux carbones ne peuvent
pas tourner l’un par rapport à l’autre comme le font des carbones unis par une simple liaison. Cet chap. 4,
enchaînement constitue donc un maillon rigide et plan dans les chaînes carbonées. § 4.2.2.c
La description de la double liaison dans le modèle des orbitales moléculaires rend compte de ce
blocage de rotation. Elle montre que deux carbones doublement liés ne peuvent tourner l’un par
rapport à l’autre que si l’une des deux liaisons (en l’occurrence la « liaisons π ») est rompue, et cette
rupture exige une énergie importante, de l’ordre de 270 kJ ⋅ mol–1. On peut donc considérer qu’entre
les deux formes planes, qui différeraient par une rotation de 180° de l’un des carbones par rapport à
§ 2.3.1.a
l’autre, il existe une barrière d’énergie de 270 kJ ⋅ mol–1. À la température ordinaire, son franchisse-
ment est impossible ; mais à température élevée (400-500 °C), ou sous l’action du rayonnement, il
peut devenir possible. Ce point sera repris à propos de la stéréoisomérie. chap. 3
b) Triples liaisons
Les deux directions de liaison d’un carbone « acétylénique » sont colinéaires (angle de 180°), et l’en-
chaînement — C ≡ C — est donc, lui aussi, linéaire. Il n’y a pas lieu, dans ces conditions, d’envisager
l’éventualité d’une rotation, qui ne produirait aucune modification de la géométrie de la molécule.
39
Partie I ■ Chimie organique générale
b)
a) H
120°
H C H
C C
120°
C C
H C H
H
40
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
On appelle « rayon de covalence » (ou « rayon covalent ») d’un élément la moitié de la longueur de
la liaison dans la molécule biatomique du corps simple correspondant (fig. 2.13).
Exemple
Dans la molécule H2, la distance entre les deux noyaux est 0,074 nm ; le rayon de covalence de l’hy-
drogène est 0,074 : 2 = 0,037 nm.
L’intérêt des rayons de covalence provient de leur propriété d’additivité : la longueur d’une liaison
quelconque entre deux éléments A et B peut se calculer, avec une assez bonne approximation par
rapport aux valeurs expérimentales, en additionnant simplement les deux rayons de covalence rA et rB
de ces deux éléments.
Exemple
La longueur de la liaison H — Cl (dH–Cl) peut se calculer par addition du rayon de covalence rH de l’hy-
drogène (défini comme la moitié de la distance H — H dans la molécule H2) et du rayon de covalence rCl
du chlore (défini comme la moitié de la distance Cl — Cl dans la molécule Cl2) :
Le tableau 2.5 donne les valeurs des rayons de covalence r de quelques éléments courants.
Tableau 2.5 : Rayon de covalence (r) et rayon de Van der Waals (R) pour quelques
éléments courants (en nanomètres)
H C N O F Cl Br I
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41
Partie I ■ Chimie organique générale
On appelle rayon de Van der Waals d’un élément la moitié de la distance minimale à laquelle
peuvent s’approcher deux atomes de cet élément non directement liés (cf. fig. 2.13). Deux atomes
différents ne peuvent pas s’approcher à une distance inférieure à la somme de leurs rayons de Van der
Waals. Le tableau 2.5 donne les valeurs des rayons de Van der Waals de quelques éléments ; ils sont
toujours supérieurs aux rayons de covalence.
La connaissance des rayons de Van der Waals permet de déterminer la forme réelle de l’espace
occupé par une molécule, c’est-à-dire pratiquement sa « forme extérieure ». Il suffit pour cela « d’ha-
biller » son squelette en traçant autour du centre de chaque atome une sphère de rayon égal à son rayon
de Van der Waals (fig. 2.1, 2.6, 2.13).
Cette notion d’encombrement s’applique aussi à des atomes non liés directement mais appartenant
à la même molécule et qui, dans certaines conformations, peuvent se trouver proches dans l’espace.
Si, dans une conformation particulière, leurs centres se trouvent à une distance inférieure à la somme
de leurs rayons de Van der Waals, cette conformation est « déstabilisée » ; elle peut même être impos-
sible, si la zone de recouvrement des sphères d’encombrement est importante.
Réponse #ALVSRQ
Les liaisons portées par un carbone éthylénique sont coplanaires et ne peuvent pas
l’être en « tête de pont ».
42
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
OBJECTIFS
EXERCICES ET QCM
Dessiner correctement, selon l’un des procédés habituels (« coin volant », projection de
Newman) la géométrie de molécules simples contenant des carbones dans les différents
états de liaison possibles.
Reconnaître les possibilités de rotation interne dans les molécules.
Reconnaître les conformations a priori privilégiées.
Reconnaître si une molécule est plane, ou peut être plane (toutes les liaisons dans un même
plan).
Calculer la distance de deux atomes non directement liés, dans une conformation particulière
de la molécule.
QCM
Les solutions se trouvent à la page 617.
1. Le composé représenté ci-dessous :
O
H CH3 H H
H CH3 H CH3
H CH3
43
Partie I ■ Chimie organique générale
a)- H b)- H
H CH3 H3C H
HO CH3 H3C OH
OH OH
a. sont identiques
b. sont différents
c. montrent tous les deux des interactions « gauche »
d. b)- est plus stable que a)-
H CH3 H
H H H H H H
H H H3C
a. la plus stable est la conformation a)-
b. les conformations b)- et c)- ont la même stabilité
c. la conformation a)- est la moins stable car elle fait l’objet de répulsions d’ordre stérique
d. toutes ces conformations font l’objet de répulsions d’ordre électronique
44
Chapitre 2 ■ La géométrie des molécules organiques
exercices
EXERCICES ET QCM
Les solutions se trouvent à la page 620.
2-a
a) Donner la formule semi-développée plane du 1,2-dichloroéthane.
b) Écrire les différents conformères particuliers du 1,2-dichloroéthane en projection de Newman puis
les faire correspondre avec les lettres A à G données dans la figure suivante (énergie potentielle
= f (angle de rotation)). Expliquez.
c) Quel est le conformère majoritaire. Expliquer votre réponse.
E
A G
C E
B F
2-b Calculez, dans la molécule d’éthylène H2C = CH2, la distance des centres de deux atomes
d’hydrogène,
a) portés par le même carbone b) portés chacun par l’un des deux carbones.
2-c Calculez, ou déterminez graphiquement, la distance entre les centres de deux carbones « en 1,3 »
(c’est-à-dire séparés par un autre carbone) dans la forme chaise du cyclohexane.
Les liaisons axiales étant parallèles, cette distance est aussi celle qui sépare les centres de deux atomes
portés par les liaisons axiales de ces deux carbones, par exemple deux H ou deux Cl. Dans chacun de
ces deux cas, comparez cette distance à la somme des rayons de Van der Waals des deux atomes. Que
peut-on en conclure ?
2-d Dans les molécules suivantes, quelles sont les possibilités de rotation susceptibles d’engendrer
des conformations distinctes ?
a) CH3 — CH2 — OH c) CH2 = CH — CH3 e) f) OH
b) CH2 = CH — Cl d) CH3 — C ≡ C — C ≡ N
OH
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2-e Parmi les molécules suivantes, quelles sont celles qui possèdent une conformation dans laquelle
toutes leurs liaisons sont dans un même plan ?
a) H2C = CH — CH = CH2 e) g)
C CH CH2
b) H2C = CH — CH2 — CH = CH2
c) H2C = CH — C ≡ C — CH = CH2 f) OH
d) CH = CH2
45
Partie I ■ Chimie organique générale
2-f Calculer la distance entre 2 atomes d’hydrogène au plus près portés par les carbones 1 et 4 dans la
conformation éclipsée la plus énergétique du butane puis conclure sur cette valeur. On donne :
EXERCICES ET QCM
longueur de la liaison C — C : 1.54 Å ; longueur de la liaison C — H : 1.07 Å ; angle entre toutes les
liaisons : 109.5°.
2-g Imaginez et représentez la géométrie des molécules suivantes (s’il peut en exister plusieurs
conformations, représentez celle qui possède le plus grand nombre de liaisons coplanaires) :
O
a) CH3 — CO — CO — OH c) H2C — CH — CH3 d) e)
O
b) O = CH — CH = O
46
La stéréoisomérie
Chapitre
3
PRÉALABLES
Stéréochimie moléculaire
chap. 2
Éléments et opérations simples de symétrie (plan, axe et centre de symétrie ; symétrie de
réflexion dans un plan)
cf. un cours de
Notion de numéro atomique d’un élément mathématiques
#ALVSRQ
Comment peut-on expliquer que le limonène, molécule naturelle représentée
ci-dessous, peut posséder une odeur de citron ou d’orange ?
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D e même qu’avec des pièces données d’un jeu de construction on peut bâtir des édifices différents, les
atomes constituant une molécule donnée peuvent, presque toujours, s’assembler de différentes
façons. Les « édifices chimiques » correspondant à ces assemblages différents sont des molécules isomères :
elles possèdent la même formule brute mais non la même formule développée.
47
Partie I ■ Chimie organique générale
Dès le chapitre 1, l’existence possible d’isomères a déjà dû être prise en compte, mais en se limitant
chap.1, alors au cas de molécules différant par leurs formules planes (isoméries de fonction, de squelette et de
§ 1.3.1 position.
§ 1.3.2
§ 1.3.3 La connaissance de la géométrie des molécules nous permet maintenant d’aborder le cas des isomères
possédant la même formule plane, dans lesquels les atomes sont donc liés les uns aux autres selon le même
enchaînement, mais dont les atomes sont dans une disposition géométrique différente. Il s’agit alors de
stéréoisomérie (prononcez stéréo-isomérie) ou isomérie stérique.
Ce sujet présente un double intérêt :
• L’observation du résultat d’une même réaction effectuée sur des stéréoisomères, ou de celui d’une
réaction susceptible de conduire ou non à des stéréoisomères du produit formé, est une des princi-
chap.5,
§ 5.4.2 pales sources d’informations sur les « mécanismes réactionnels ». À ce titre, vous aurez diverses
occasions dans la suite d’appliquer les connaissances acquises dans ce chapitre.
• La nature des interactions entre les molécules et le milieu vivant sont très fortement dépendantes de
leur géométrie, et fréquemment l’activité biologique de deux stéréoisomères est très différente. La
stéréochimie, et particulièrement la stéréoisomérie, sont donc impliquées dans toute démarche en
ce domaine (compréhension des mécanismes biochimiques, recherche de molécules actives, médi-
caments ou insecticides par exemple, etc.).
Certains objets sont identiques à leur image dans un miroir, à laquelle ils peuvent être exactement
superposés par la pensée. Tel est le cas d’une tasse, d’un arrosoir ou de la tour Eiffel.
D’autres, au contraire, ne sont pas identiques (superposables) à leur image dans un miroir. C’est le
cas pour un escargot (le sens d’enroulement de sa coquille est opposé), d’une main (l’image d’une
main gauche est une main droite) ou de la statue de la Liberté (elle ne tient pas son flambeau dans la
même main).
48
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
Lorsqu’un objet n’est pas superposable à son image dans un plan, on dit qu’il est chiral (prononcez
kiral, du grec cei′r : main), ou encore qu’il possède la propriété de chiralité. Dans le cas contraire, il
est achiral.
Question 3.A
Dans la liste suivante, quels sont les objets chiraux et achiraux ? Une chaussure, une auto, une
cuillère, une montre, un tire-bouchon, un fauteuil, une mouche, une cloche.
Il en est de même pour les objets particuliers que sont les molécules ; certaines sont chirales,
d’autres achirales.
Comme tout objet, une molécule peut être identique à son image dans un miroir (achirale), ou
non-identique à cette image (chirale). La chiralité ou l’achiralité ne sont pas des caractères propres
aux seules molécules organiques ; des composés minéraux peuvent les posséder aussi (dernier
exemple de chaque série)
Molécules achirales
Cl H H CH3 F
H H CH3 F F
Br
C CCC I
H H H F F
H H
H
Molécules chirales
H Cl
CH3 CH3 Cl NH3
3+
C Co
Cl H H
F Br Cl CN
Br
Question 3.B
Pour chacune des molécules précédentes, dessinez une représentation de son image réfléchie
dans un plan. Puis vérifiez personnellement si ces images sont superposables ou non à la molé-
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cule originale, en essayant par la pensée de les amener en superposition avec elle.
49
Partie I ■ Chimie organique générale
H P Br
Cl
Cl H H C
Un plan de Cl Un centre de H
symétrie (P) Br symétrie (C) H
H Br H
H Cl
Br
La condition d’absence de plan et de centre de symétrie est une condition nécessaire à la présence
de la chiralité, mais ce n’est pas une condition suffisante. En termes plus précis, une molécule est
chirale si elle ne possède aucun axe de symétrie alternant (ou axe de rotation-réflexion). Une molé-
cule possède un axe alternant d’ordre n si une rotation de 2π/n autour de cet axe, suivie d’une réflexion
dans un plan perpendiculaire à lui, engendre une image superposable à l’objet initial. Mais la posses-
sion d’un axe d’ordre 1 équivaut à celle d’un plan de symétrie, et celle d’un axe alternant d’ordre 2 à
celle d’un centre de symétrie. La possession d’un axe alternant d’ordre plus élevé est très rare, et c’est
la raison pour laquelle on dit le plus souvent que la chiralité résulte de la non-possession d’un plan ou
d’un centre de symétrie.
Exemples
a) CH3 Aucun plan ne peut être trouvé qui partage cette molécule en deux moitiés
symétriques l’une de l’autre. Elle n’a donc pas de plan de symétrie, et elle
C ne possède pas non plus de centre de symétrie ; elle est par la suite chirale.
H
HO COOH
b) CH3 Le plan oblique qui contient les liaisons C—H et C—OH ainsi que la
bissectrice de l’angle formé par les deux liaisons C—CH3 est un plan de
C symétrie pour la molécule (il la partage en deux moitiés symétriques par
H CH3 rapport à lui). Elle est donc achirale.
HO
c) Chiralité et conformation
Il arrive fréquemment qu’une molécule soit chirale dans certaines conformations et achirale dans
chap.2, d’autres. Ainsi, la molécule d’éthane présente plusieurs plans de symétrie dans la conformation
§ 3.1.a
éclipsée et dans la conformation décalée, mais n’en présente pas dans une conformation quelconque,
intermédiaire entre ces deux extrêmes.
La chiralité et le vivant
Dans les réactions effectuées par les chimistes, CH3—CHOH—CH2—CH3 s’oxydent, s’estérifient
les deux énantiomères d’un composé chiral ou se déshydratent de la même façon). D’autre
ont le plus souvent des comportements iden- part, si une réaction aboutit à la formation d’un
tiques (les deux énantio mères du butan-2-ol composé chiral, ses deux énantiomères se
50
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
forment presque toujours en quantités égales et fréquent qu’un seul de ses deux énantiomères
l’on obtient son mélange racémique (l’hydrogéna- existe dans la nature ; c’est le cas du camphre,
tion de la butanone CH3—CO—CH2—CH3 donne du menthol, du glucose, du choles térol, des
le mélange racémique du butan-2-ol). En d’autres acides aminés constitutifs des protéines, etc.
termes, dans la très grande majorité des réac- D’autre part, les réactions naturelles conduisant
tions « artificielles », la chiralité passe inaperçue. à un composé chiral n’en fournissent en général
Il en va autrement pour les composés naturels, qu’un seul énantiomère. Ainsi, l’hydratation au
présents dans les organismes vivants, et pour laboratoire de l’acide fuma rique donne le
les réactions mettant en jeu le milieu vivant. mélange racémique de l’acide malique :
Lorsqu’un composé naturel est chiral, il est très
H COOH H OH H COOH
H2O
C—C
*
+ C—C
* H
C=C
H+ H COOH H
HOOC H HOOC S H HOOC R OH
Acide fumarique Acide malique racémique
*
HO CHOH—CH2—NH—CH3
HO
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Énantiomètre Énantiomètre
actif inactif
C C
Substrat Substrat
L’interaction entre une molécule et un substrat biologique n’est possible que si les groupes actifs
de la molécule peuvent entrer en contact avec les sites récepteurs qui leur correspondent chimi
quement. Si ces groupes actifs sont portés par un carbone asymétrique, cette condition ne peut
être satisfaite que pour l’un des deux énantiomères.
51
Partie I ■ Chimie organique générale
Un composé n’est chiral que s’il l’est dans toutes ses conformations, c’est-à-dire, s’il ne possède au-
cune conformation achirale. Il ne s’agit pas d’une définition a priori, mais du constat expérimental
§ 3.2.1 qu’un composé achiral dans l’une de ses conformations ne présente pas les propriétés qui sont la
conséquence de la chiralité.
Question 3.C
Les molécules suivantes sont-elles chirales ou achirales ?
C N C HO CH3
Cl H Cl CH3
Cl H Cl
Un carbone doublement ou triplement lié ne peut en aucun cas être asymétrique et se trouver à
l’origine de la chiralité.
52
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
Question 3.D
Les molécules suivantes possèdent-elles un (ou plusieurs) carbone(s) asymétrique(s) ?
NH2
3.2.1 L’énantiomérie
Question 3.E
Disposez de toutes les façons que vous pourrez imaginer les quatre éléments H, F, Cl et Br sur les
quatre liaisons d’un carbone tétraédique. Comparez les molécules que vous aurez ainsi « fabri-
quées », en imaginant des essais de translation et de superposition entre elles. Combien trou-
vez-vous d’arrangements réellement différents (non superposables) ? (réponse dans la suite).
La conséquence la plus directe et la plus évidente de la chiralité est qu’une molécule chirale n’est pas
superposable à son image dans un miroir. La relation qui existe entre ces deux formules (relation objet-
image) est appelée énantiomérie, et chacune est l’énantiomère de l’autre (on dit aussi énantiomorphe,
ou encore antipode optique). Ces deux molécules diffèrent par leur configuration ; leur interconversion
est habituellement impossible à la température ordinaire et il s’agit donc d’un cas de stéréoisomérie.
Exemples
L’acide lactique CH3—CHOH—COOH, reconnu précédemment comme chiral, peut exister sous deux
formes énantiomères (c) et (d), et deux seulement : § 3.1.1.b
C C C
H COOH HOOC H HO COOH
HO OH H
(c) (d) (d’)
En faisant tourner la représentation (d) de 180° autour d’un axe vertical (celui de la liaison C—CH3), on
obtient la représentation (d’), qui décrit évidemment la même molécule. Ceci permet de constater que
la transformation formelle d’une molécule en son énantiomère correspond indifféremment à une ré-
flexion dans un plan (passage de (c) à (d) et inversement) ou à la permutation de deux des substi-
tuants d’un carbone asymétrique (passage de (c) à (d’) et inversement).
53
Partie I ■ Chimie organique générale
Le cas de l’azote
Une molécule dans laquelle un atome d’azote porte trois atomes ou groupes d’atomes différents, de
chap.2, géométrie pyramidale, est chirale (pas de plan ni de centre de symétrie). On peut donc en concevoir
§ 2.2.1 deux formes énantiomères (e) et (f) :
a b
N N c
b b
a c c a N
(e) (f) (f’)
Mais, en général, il ne correspond pas à cette situation un cas de stéréoisomérie, car une telle molé-
cule subit continuellement et très rapidement une inversion de configuration qui transforme (e) en
(f’), identique à (f) (la molécule est « retournée » comme peut l’être un parapluie dans un fort vent). Les
deux formes énantiomères sont donc en continuelle interconversion réciproque, elles n’ont pas
d’existence individuelle et ne peuvent pas être isolées.
En revanche, un ion ammonium tétrasubstitué, de la forme (Nabcd)+, de géométrie tétraédrique, pré-
sente exactement la même situation qu’un composé contenant un carbone asymétrique et il en existe
deux énantiomères stables.
α>0
Une substance chirale possède toujours une propriété particulière, que ne possèdent jamais les
substances achirales, appelée activité optique ou encore pouvoir rotatoire : si elle est traversée par
un faisceau de lumière polarisée plane (voir un cours de physique), elle provoque une rotation du plan
de polarisation de cette lumière (fig. 3.1).
54
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
Deux énantiomères ont des pouvoirs rotatoires identiques en valeur absolue, mais opposés. Celui
qui fait tourner le plan de polarisation dans le sens des aiguilles d’une montre pour l’observateur qui
reçoit le rayon lumineux (α positif, cas de la figure 3.1) est dit « dextrogyre ». L’autre, qui le fait
tourner du même angle mais vers la gauche (α négatif) est dit « lévogyre ».
Pour spécifier chaque énantiomère, on fait précéder le nom du composé des signes (+) ou (–).
Exemple : la forme dextrogyre du butan-2-ol CH3—CHOH—CH2—CH3 est désignée comme le
(+)-butan-2-ol ; sa forme lévogyre est le (–)-butan-2-ol.
Le mélange racémique
Dans la pratique, les composés chiraux se rencontrent le plus souvent sous la forme du mélange en
proportions égales de leurs deux énantiomères ; la plupart des réactions qui comportent la formation
d’un composé chiral fournissent en effet exactement autant de molécules dextrogyres que de molé-
cules lévogyres. Ce mélange est appelé « mélange racémique » ou, plus simplement « racémique ». Il
n’est pas optiquement actif, car les pouvoirs rotatoires de deux énantiomères se compensent exac
tement. On désigne le racémique par le symbole (±) ; exemple : (±)-butan-2-ol.
L’obtention de l’un des énantiomères à l’état pur nécessite donc, en règle générale, la séparation
des deux constituants du racémique, opération que l’on appelle « résolution », ou encore « dédouble-
ment », de ce racémique.
Cette séparation est rendue difficile par le fait que, mis à part le signe du pouvoir rotatoire, deux
énantiomères sont entièrement identiques, physiquement et chimiquement. En effet, les méthodes de
séparation usuelles sont toutes fondées sur une différence dans l’une de leurs propriétés des consti-
tuants du mélange à séparer (distillation : différence de température d’ébullition ; cristallisation :
différence de solubilité ou de température de fusion ; etc.).
On peut, entre autres, utiliser une méthode chimique consistant à faire agir sur le mélange racé-
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mique des deux énantiomères un réactif optiquement actif. Soit, par exemple, à « résoudre » le racé-
mique d’un acide optiquement actif (±)-A. Si on fait réagir sur lui une base optiquement active prise
sous la forme de son énantiomère dextrogyre pur (+)-B, on obtient deux sels stéréoisomères :
Or ces deux sels ne sont pas énantiomères, puisqu’ils ne sont pas images l’un de l’autre dans un
miroir (l’énantiomère de (+)-A/(+)-B serait (–)-A/(–)-B, et celui de (–)-A/(+)-B serait (+)-A/(–)-B).
§ 3.4
Ils sont seulement diastéréoisomères et leurs propriétés physiques ne sont pas identiques. Leur sépa-
ration est donc bien plus aisée que celle de deux énantiomères, et il est facile ensuite de régénérer
séparément (+)-A et (–)-A par l’action d’un acide fort sur chacun des deux sels.
55
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemple
(c) et (d) représentent les deux configurations énantiomères de l’acide lactique. On peut dire que si
l’isomère dextrogyre est (c) alors l’isomère lévogyre est (d), et inversement ; mais on ne peut pas dé-
§ 3.2.1
terminer a priori si (c) est dextrogyre ou lévogyre, sans mesure du pouvoir rotatoire et à la seule vue
des molécules.
Avant de voir comment on peut procéder pour attribuer à chaque énantiomère sa configuration, il
faut préalablement fixer des règles de nomenclature permettant de désigner chacune des deux confi-
gurations par un nom.
Il ne faut pas faire la somme des numéros atomiques des atomes se trouvant dans une
position donnée ; seul « compte » le Z le plus grand. Ainsi —CH2OH, avec un seul O (Z = 8)
en deuxième position, serait prioritaire sur —C(CH3)3, qui a trois C (Z = 6) dans la même
position.
56
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
Une double (ou triple) liaison est considérée comme l’équivalent de deux (ou trois) liaisons simples
avec deux (ou trois) atomes du même élément (dans C=C , chaque carbone est considéré comme
lié à deux autres carbones ; dans C=O, C est considéré comme lié à deux oxygènes, et O est consi-
déré comme lié à deux carbones).
L’hydrogène a priorité sur un doublet libre (non liant).
Exemples
Les chiffres entre parenthèses indiquent le rang de classement des substituants du carbone asymé-
trique, lui-même désigné par un astérisque.
(1)
OCH3
(3)
CH3
Exemple
Les quatre substituants du carbone asymétrique de l’acide lactique se classent, selon la règle précé-
demment définie, de la façon suivante :
§ 3.2.1
1) OH 2) —COOH 3) —CH3 4) —H
57
Partie I ■ Chimie organique générale
(1)
(1) OH
HO
Regard (4)
(2) C H est vu ainsi Configuration S
HOOC (2) (3)
H3C(3) HOOC CH3
(1)
(1) OH
HO
Regard (4)
(3) C H est vu ainsi Configuration R
H3C (3) (2)
HOOC (2) H 3C COOH
Question 3.F
Dans la molécule représentée ci-contre, le carbone CH2OH
asymétrique (*) est-il dans la configuration R ou S ?
*C
CH2NH2
CH2=CH OH
On peut déterminer dans l’absolu, par une méthode utilisant la diffraction des rayons X, la géométrie
complète d’une molécule et en particulier la configuration du (ou des) carbone(s) asymétrique(s)
Web
qu’elle peut éventuellement contenir. Mais cette technique nécessite dans chaque cas un travail très
important, et peu de configurations absolues ont été déterminées ainsi. On procède le plus souvent
par corrélation de configurations, en établissant la configuration inconnue d’un composé par réfé-
rence à celle, déjà connue, d’un autre. Le composé de référence dans ces corrélations est souvent le
glycéraldéhyde HOCH —C *HOH—CH=O dont la configuration absolue a été établie par les rayons X en
2
1951. Les premières corrélations avec le glycéraldéhyde ont été faites à une époque où sa configura-
tion absolue n’était pas encore connue et, dans l’attente de sa détermination, on avait attribué arbi-
trairement (avec une chance sur deux de « tomber juste » …) une configuration au (+)-glycéraldéhyde.
Il a été démontré en 1951 que cette attribution était exacte.
58
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
Exemple
Détermination de la configuration absolue de l’acide lactique, par corrélation avec le glycéraldéhyde.
Il est possible de passer du glycéraldéhyde à l’acide lactique par une série de réactions qui ne com-
portent aucune participation des liaisons du carbone asymétrique et qui, par conséquent, laissent sa
configuration inchangée :
OH Br2 OH PBr3 OH Zn OH
H2O H+
C C C C
H H H H
HOCH2 HOCH2 BrCH2 CH3
CHO COOH COOH COOH
On constate alors qu’en partant du (+)-glycéraldéhyde (c’est-à-dire de l’isomère dextrogyre de cet al-
déhyde, de configuration connue) on obtient l’acide (–)-lactique (lévogyre), dont la configuration se
trouve ainsi élucidée ; on peut voir que c’est une forme « R ».
Il apparaît donc que l’isomère lévogyre de l’acide lactique possède la configuration « R » de sorte que
l’isomère dextrogyre possède la configuration « S ». Ces deux isomères peuvent dès lors recevoir une
appellation qui indique à la fois leur configuration absolue et le signe de leur pouvoir rotatoire : ce
sont l’acide (–)-(R)-lactique et l’acide (+)-(S)-lactique.
Ce résultat étant acquis, l’acide lactique peut devenir, à son tour, une référence pour établir par cor-
rélation la configuration absolue d’autres composés.
La nomenclature D, L
Au lieu d’indiquer la configuration absolue, R ou S, d’un composé comportant un carbone asymé-
trique, on indique parfois avec quelle forme, dextrogyre ou lévogyre, du glycéraldéhyde il peut être
mis en corrélation. On fait alors précéder son nom de la lettre D si c’est avec la forme dextrogyre, ou
de la lettre L si c’est avec la forme lévogyre. Mais, de même que les symboles R et S, les symboles D
et L n’ont pas de rapport avec le signe du pouvoir rotatoire de ce composé, qui doit donc être précisé
indépendamment de la manière habituelle.
Exemples
L’acide (–)-(R)-lactique, dont la configuration est directement reliée à celle du (+)-glycéraldéhyde (cf.
plus haut), est souvent désigné comme acide (–)-(D)-lactique ; sa forme dextrogyre sera alors l’acide
(+)-(L)-lactique.
Dans ces deux noms (–) et (+) indiquent le signe du pouvoir rotatoire de l’acide lactique, alors que (D)
et (L) indiquent sa configuration absolue : l’acide lactique lévogyre (–) a la même configuration abso-
lue que celle du glycéraldéhyde dextrogyre (D), et l’acide lactique dextrogyre (+) a la même configu-
ration absolue que le glycéraldéhyde lévogyre (L).
*
L’alanine CH3 — CH(NH2) — COOH correspond à un acide lactique dans lequel le groupe OH
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aurait été remplacé par le groupe NH2, et sa forme dextrogyre a la même configuration absolue que
l’acide lactique dextrogyre. On peut donc dire que, comme celui-ci, elle se relie au (–)-glycéraldé-
hyde, et la désigner soit par (+)-(S)-alanine soit par (+)-(L)-alanine.
Cette nomenclature, qui n’est utilisée que pour certaines familles de composés (glucides, acides
aminés) se justifie surtout si, par ailleurs, on utilise pour représenter la configuration de ces composés
chap. 22,
la convention de Fischer, qui sera exposée ultérieurement. § 22.2.1
Lorsque deux molécules sont stéréoisomères, c’est-à-dire ne diffèrent que par des caractères
géométriques, mais ne sont pas énantiomères (pas images l’une de l’autre par rapport à un plan), elles
sont diastéréoisomères.
Deux cas de diastéréoisomérie seront envisagés ici : celui des composés comportant deux ou plusieurs
carbones asymétriques, et celui de l’enchaînement éthylénique (double liaison carbone-carbone).
59
Partie I ■ Chimie organique générale
En revanche, les formes R,R et R,S, par exemple, ne sont pas images l’une de l’autre puisque dans
l’une et l’autre l’un des carbones possède la même configuration, et seul l’autre y a des configurations
inverses. Elles sont diastéréoisomères. La figure 3.2 résume l’ensemble des relations entre les quatre
stéréoisomères possibles.
Exemple
Le 2,3,4-trihydroxybutanal.
*HOH—C
HOCH2—C *HOH—CH=O
4
H H OH HO
HOCH2 3 OH HO CH2OH HOCH2 H H CH2OH
C C C C
2
C C C C
HO 1 OH HO OH
H CHO OHC H H CHO OHC H
60
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
3.4.1 Nomenclature
a) Désignation des couples d’énantiomères
Le plus souvent, dans la pratique, on a affaire à des mélanges racémiques, mélanges en proportions
égales des deux énantiomères d’un composé chiral. On a donc trouvé utile de disposer, pour un
§ 3.2.2
composé à deux carbones asymétriques, d’un mode de désignation de chaque couple d’énantiomères,
sans distinguer chacun des énantiomères individuellement.
Le couple formé par les deux énantiomères R,R et S,S dans lesquels les deux carbones asymé-
triques ont la même configuration, est le couple « like ». Il est identifié en faisant précéder le nom du
composé de (R*,R*), qui se lit « R étoile, R étoile », ou de (rel-R,R) (rel = relatif).
Exemples
Le couple des deux énantiomères A et B dans l’exemple précédent est désigné comme
(2R*,3R*)-2,3,4-trihydroxybutanal, ou comme (rel-2R,3R)-2,3,4-trihydroxybutanal.
Le couple formé par les deux énantiomères R,S et S,R dans lesquels les deux carbones asymé-
triques ont des configurations différentes, est le couple « unlike ». Il est identifié en faisant précéder le
nom du composé de (R*,S*), ou de (rel-R,S).
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Exemples
Le couple des deux énantiomères C et D dans l’exemple précédent est désigné comme
(2R*,3S*)-2,3,4-trihydroxybutanal, ou comme (rel-2R,3S)-2,3,4-trihydroxybutanal.
Dans le couple (R*,R*) la configuration des deux carbones asymétriques est la même, mais
elle peut être soit R,R soit S,S. De même, l’appellation (R*,S*) signifie que les deux carbones
asymétriques n’ont pas la même configuration, mais elle n’indique pas lequel est R et le-
quel est S.
61
Partie I ■ Chimie organique générale
A : (–)-(2R,3R)-2,3,4-trihydroxybutanal C : (+)-(2R,3S)-2,3,4-trihydroxybutanal
B : (+)-(2S,3S)-2,3,4-trihydroxybutanal D : (–)-(2S,3R)-2,3,4-trihydroxybutanal
où tous deux portent un H, un Cl et un groupe CH3. En ce cas, il existe toujours deux énantiomères like
(R,R et S,S), mais les deux stéréoisomères unlike (R,S et S,R) sont identiques, puisqu’il est alors indif-
férent que le carbone 2 soit R et le carbone 3 soit S, ou le contraire.
Il n’existe donc plus que trois stéréoisomères : un couple d’énantiomères like et une seule forme
unlike, appelée forme méso. Celle-ci ne possède pas d’activité optique, bien qu’elle contienne deux
carbones asymétriques, et on peut le justifier par deux raisons, du reste équivalentes :
• On peut considérer que la molécule est formée de deux parties « actives » sur la lumière polarisée,
identiques mais de configurations opposées. Elle constitue donc une sorte de racémique interne,
dans lequel le pouvoir rotatoire associé à l’un des centres de chiralité est compensé exactement par
celui qui est associé à l’autre, de même valeur absolue mais de signe opposé.
• On peut observer que, dans l’une de ses conformations, la molécule possède un plan de symétrie ;
§ 3.1.1.b
elle n’est donc pas chirale.
1 H H H H
CH3 2 Cl Cl CH3 CH3 Cl Cl CH3
C C C C
P
3
C C C C
4 Cl Cl H H
CH3 H H CH3 CH3 Cl Cl CH3
Diastéréoisomères
62
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
1
Br
2
Cl
comporte deux carbones asymétriques ; il en existe donc quatre stéréoisomères, constituant deux
couples d’énantiomères :
H Br Br H H Br Br H
H Cl Cl 1 H H H H 1 H
1 1
2 2
H 2 H H H H 2 H H H
H H H H H Cl Cl H
Le fait que la molécule soit cyclique ne change rien au nombre des configurations possibles, donc à
celui des stéréoisomères, mais il en résulte un blocage de la rotation entre les deux carbones asymé-
triques. De ce fait, dans le couple (R*,S*) le chlore et le brome sont nécessairement du même côté par
rapport au plan du cycle ; pour cette raison, on dit qu’il s’agit de deux formes « cis ». Inversement, dans
le couple (R*,R*) les deux atomes Br et Cl sont nécessairement de part et d’autre du plan du cycle ;
on dit qu’il s’agit de deux formes « trans ».
Question 3.G
La situation (nombre et nature des stéréoisomères) serait-elle modifiée, et comment, si dans le
1-bromo-2-chlorocyclobutane l’atome de brome était remplacé par un autre atome de chlore ?
Question 3.H
Au début du § 3.4 on a déterminé a priori le nombre de stéréoisomères pour un composé com-
portant 2 carbones asymétriques. Faites de même pour un composé qui en comporterait 3, en
désignant chaque stéréoisomère par une « formule » symbolique du type RRR, RRS… et établis-
sez les relations qui existent entre eux.
Si le nombre de carbones asymétriques augmente encore, par quel facteur est multiplié le nombre
de stéréoisomères pour chaque carbone asymétrique supplémentaire ? Combien y-a-t-il de sté-
réoisomères d’une molécule comportant n carbones asymétriques ? et combien de mélanges ra-
cémiques ?
63
Partie I ■ Chimie organique générale
La présence de n carbones asymétriques, pouvant prendre chacun pour son compte l’une ou
l’autre des configurations R ou S, entraîne dans le cas général l’existence de 2n stéréoisomères au
maximum, constituant 2n–1 couples d’énantiomères. Cependant, certains de ces stéréoisomères
peuvent être achiraux (formes méso), et en ce cas le nombre réel de stéréoisomères est inférieur à 2n.
D’autres particularités structurales peuvent, au contraire, conduire à un nombre de stéréoisomères
plus grand que 2n.
Exemple
Le 1,2-dichloréthylène ClCH=CHCl existe sous les deux formes diastéréoisomères :
Cl Cl Cl H
C=C et C=C
H H H Cl
3.5.1 Nomenclature
Pour désigner deux stéréoisomères de ce type, on établit d’abord un classement, sur chacun des
carbones doublement liés, entre les deux atomes ou groupes d’atomes qu’il porte, en utilisant la règle
§ 3.3.1 séquentielle de Cahn-Ingold-Prelog. Puis on examine dans quelle disposition relative se trouvent les
deux atomes ou groupes prioritaires de chaque carbone :
• s’ils sont du même côté de l’axe de la liaison C=C (on dit « en position cis »), il s’agit de l’isomère Z
(de l’allemand zusammen : ensemble),
• s’ils sont de part et d’autre de cet axe (on dit « en position trans »), il s’agit de l’isomère E (de l’al-
lemand entgegen : opposé).
Exemple
Dans l’acide 2-méthylbut-2-énoïque, dont la formule plane est :
4 3 2 1
CH3 CH=C(CH3) COOH
sur le carbone 2, COOH est prioritaire sur CH3 ; sur le carbone 3, CH3 est prioritaire sur H. Ses deux
diastéréoisomères sont donc nommés de la façon suivante :
CH3 COOH Les deux groupes prioritaires sont en « position cis » : il s’agit de l’acide
C=C (Z)-2-méthylbut-2-énoïque.
H CH3
64
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
H COOH Les deux groupes prioritaires sont en « position trans » : il s’agit de l’acide
(E)-2-méthylbut-2-énoïque.
C=C
CH3 CH3
Contrairement à une règle antérieurement en usage, les termes cis et trans n’apparaissent pas dans
les noms attribués aux stéréoisomères de ce type.
La double liaison carbone-azote C=N donne lieu à une isomérie de même nature, et les règles
de nomenclature « Z, E » sont applicables aux diastéréoisomères correspondants.
Question 3.I
Récapitulons : Si deux molécules ne diffèrent que par la géométrie de leurs liaisons, elles sont
____________. Si elles sont images l’une de l’autre par rapport à un plan, elles sont _________
(exemple : les deux configurations d’une molécule contenant un carbone ___________). Dans tous
les cas où des stéréoisomères ne répondent pas à cette condition, ils sont __________ (exemples :
molécules contenant _______ carbones asymétriques ou deux carbones unis par une ___________).
Comme on l’a vu dans ce chapitre, la stéréoisomérie a le plus souvent pour origine la présence dans
une molécule de certains éléments structuraux, notamment un carbone asymétrique ou une double
liaison dans un environnement dissymétrique.
Une molécule peut comporter un nombre quelconque de ces éléments. Le cas des molécules à deux
ou plusieurs carbones asymétriques a été explicitement envisagé, mais il peut s’agir de deux ou plu-
sieurs doubles liaisons, ou de carbones asymétriques et de doubles liaisons. Le nombre total de sté-
réoisomères possibles résulte de la combinaison des possibilités associées à chacun des éléments.
Une molécule comportant deux doubles liaisons susceptibles d’engendrer une isomérie du type « Z, E »
peut exister sous quatre formes correspondant aux quatre combinaisons (Z,Z), (Z,E), (E,Z), (E,E). Une
molécule qui comporterait deux carbones asymétriques et une double liaison présenterait huit stéréoi-
somères, puisque chacun des quatre stéréoisomères associés à la présence des deux carbones asymé-
triques pourrait par ailleurs avoir une double liaison Z ou E ; ces huit formes correspondraient aux huit
combinaisons (R,R,Z), (R,R,E), (R,S,Z), (R,S,E), (S,R,Z), (S,R,E), (S,S,Z), (S,S,E) (ce décompte suppose qu’il
n’existe pas de forme méso ; dans le cas contraire, il y aurait seulement six stéréoisomères).
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65
66
Soient deux composés de formule brute
IDENTIQUE
Réponse #ALVSRQ
Le limonène peut exister sous 2 représentations spatiales différentes constituant un
couple d’énantiomères, objet et image dans un miroir et non superposables. La parti-
cularité de ces molécules dites chirales est de posséder un carbone asymétrique pou-
vant être sous sa configuration absolue S (stéréoisomère à l’odeur de citron) ou R
(stéréoisomère à l’odeur d’orange). Les récepteurs olfactifs de l’homme sont sensibles
à la chiralité des molécules.
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67
Partie I ■ Chimie organique générale
OBJECTIFS
EXERCICES ET QCM
QCM
Les solutions se trouvent à la page 617.
1. 2 stéréoisomères de configuration :
a. ont la même formule brute
b. ont des représentations planes différentes
c. présentent obligatoirement au moins 1 carbone asymétrique
d. sont obligatoirement objet/image dans un miroir
2. Un composé chiral :
a. est optiquement actif
b. est doué d’énantiomérie
c. contient obligatoirement au moins 1 carbone asymétrique
d. possède un plan de symétrie
3. Un composé méso :
a. possède un plan de symétrie
b. est chiral
c. possède 2 carbones asymétriques de configuration absolue inverse
d. est optiquement inactif
5. Un composé dextrogyre :
a. est optiquement actif
b. possède un plan de symétrie
c. est caractérisé par un pouvoir rotatoire spécifique positif
d. présente obligatoirement 1 ou plusieurs carbones asymétriques de configuration absolue R
68
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
6.
Un composé possédant un carbone asymétrique de configuration absolue R et une double liaison
carbone-carbone de configuration Z est :
EXERCICES ET QCM
a. chiral
b. forme un couple d’énantiomères avec le composé possédant un carbone asymétrique S et une
double liaison sous une configuration E
c. forme un couple de diastéréoisomères avec le composé possédant un carbone asymétrique R
et une double liaison sous une configuration E
d. possède une représentation spatiale superposable à celle du composé contenant un carbone
asymétrique S et une double liaison sous une configuration E
7. Un composé achiral contenant 2 carbones asymétriques :
a. posséde un plan de symétrie
b. est caractérisé par un pouvoir rotatoire spécifique négatif
c. peut être en couple de diastéréoisomères
d. peut être en couple d’énantiomères
exercices
Les solutions se trouvent à la page 622.
3-a Le Tamiflu® est un antiviral utilisé pour le traitement et la prévention des grippes A et B, dont la
formule chimique est donnée ci-dessous.
O O
O NH2
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N
H
O
1) Le Tamiflu® est-il chiral ? Expliquer votre réponse. Si oui, dessiner son énantiomère
2) Le Tamiflu® contient-il des atomes de carbones asymétriques ? Si oui, les repérer par un astérisque
et déterminer leur configuration absolue en indiquant l’ordre de priorité des groupements.
3) Après avoir donné une définition des termes, indiquer combien cette molécule présente de « stéréoi-
somères de conformation » et de « stéréoisomères de configuration ». Expliquer brièvement vos
réponses.
69
Partie I ■ Chimie organique générale
3-b Combien y a-t-il d’alcools optiquement actifs de formule brute C5H12O ? Quelles sont leurs
formules développées planes ? Représentez en « coin volant » les deux énantiomères de chacun de ces
EXERCICES ET QCM
H3C CH CH CH CH3
Donner les représentations de Cram d’un couple d’énantiomères et d’un couple de diastéréoisomères
correspondant à cette formule.
3-d Dans quelles configurations (R, S, Z, E, cis, trans) les molécules suivantes se trouvent-elles ?
(les * désignent les carbones asymétriques).
a) O b) – c) COOH
*C *
CH2—CH3 Br—C
* H3C H
CH2Cl
Cl Cl
d) e) H f)
C CH
CH3 Br * CH2—CH2Cl *
CH3—CH—C CH2=C—C
* * CH=O
H H CH2—CH2OH H
CH3 CH3
g) h) i)
H2N OH
CH3 CH3 CH3 H CH3
H
C=C * * C CH C—C
H C=C H3C
CO—CH3 COOH
H H CO—OH H
3-e Parmi les composés suivants, indiquer les divers couples d’énantiomères et de diastéréoisomères.
70
Chapitre 3 ■ La stéréoisomérie
3-f Dénombrez (s’il en existe) tous les stéréoisomères des composés suivants. Attribuez-leur une confi-
guration (R, S, Z, E) et, le cas échéant, l’une des appellations cis, trans, méso, like, unlike. Établissez les
EXERCICES ET QCM
relations (énantiomérie, diastéréoisomérie) qui existent entre eux.
c) CH3 OH i) CH3—C=CH—C—CH3
CH3 O
d) CH=CH—CHBr—CH3 j) OH
CH3 CH CH3
e) HC C—CHCl—CH=O
CH3
f) CH3—CHOH—CH=CH—CHOH—CH3
3-g Indiquer pour chaque couple la relation de stéréoisomérie entre les deux composés.
a) NH2 NH2 b)
CH3 OH
Et Et OH CH3
H Me
Me H
c) CHO CHO d) H Et H H
C=C C=C
H OH HO H Me H Me Et
H OH H OH
CH2OH CH2OH
3-h Donner tous les isomères de position et tous les stéréoisomères de configuration du dichloro-
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HOOC COOH
O2N NO2
71
Partie I ■ Chimie organique générale
est optiquement actif, et qu’il en existe deux énantiomères. Il ne contient cependant pas de carbone
asymétrique, et chacune des deux moitiés identiques de la molécule est plane. Comment pourrait-on
EXERCICES ET QCM
3-j Un des acides présents dans le raisin est l’acide 2,3-dihydroxybutanedioïque (chapitre 7) connu
également sous le nom d’acide tartrique.
a) Donner la formule semi-développée de cet acide.
b) Indiquer le nombre de stéréoisomères de configuration attendus pour cet acide. Donner leur représen-
tation de Cram en précisant la configuration absolue des atomes de carbone asymétriques.
c) Sont-ils tous optiquement actifs ?
3-k L’action des ions acétate dans l’acide acétique sur le 3-bromo-3-méthylhexane a lieu suivant le
schéma réactionnel suivant :
C3H7 C3H7 C3H7
− CH3CO2H −
H3C + CH3CO2 H3C OCOCH3 + CH2HC5 OCOCH3 + Br
C2H5 Br C2H5 3
50% 50%
Proposer une méthode physique simple pour suivre l’avancement de cette réaction.
72
La structure électronique
Chapitre
des molécules 4
PRÉALABLES
Ce chapitre suppose acquises quelques connaissances de base concernant l’atome, la
classification périodique des éléments et la liaison chimique. Il ne comporte pas un exposé Cours de Chimie
complet sur ces points, mais seulement un rappel de l’essentiel, et il ne peut pas physique
(en particulier
remplacer, si nécessaire, la (re)lecture d’un ouvrage de Chimie physique. les chap. 1, 2, 3,
Les connaissances plus spécialement nécessaires sont les suivantes : 4, 5, 6 et 7)
MOTS-CLÉS
Conjugaison Forme limite
Covalence Hybridation (des orbitales)
Coordinence Hybride (de résonance)
Délocalisation Mésomérie
Densité électronique Moment dipolaire
Effet inductif Orbitale (s,p)
Effet mésomère Polarisation
Électrons σ, π, n Résonance
Énergie de résonance Structure de Lewis
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#ALVSRQ
Attribuer une valeur de pKa à chacun de ces acides carboxyliques uniquement au regard
de leur structure.
pKa1 = 2,66 ; pKa2 = 2,85 ; pKa3 = 3,12 ; pKa4 = 2,87 (à 25 °C dans l’eau)
73
Partie I ■ Chimie organique générale
J usqu’ici les molécules ont été décrites selon un « modèle » simple, celui d’un assemblage d’atomes,
eux-mêmes imaginés comme des sphères compactes. Ces atomes sont « liés » les uns aux autres dans un
ordonnancement représenté par la formule plane (chapitre 1), et ils occupent les uns par rapport aux autres,
dans l’espace, des positions déterminées (chapitre 2).
La compréhension du comportement chimique des molécules, au cours des réactions, nécessite de dépasser
ce niveau de description, et d’envisager maintenant la structure électronique des molécules. Au cours d’une
réaction, certains atomes antérieurement liés se séparent et, inversement, d’autres deviennent liés alors
qu’ils ne l’étaient pas. Une réaction se ramène ainsi toujours à une succession, plus ou moins complexe,
d’actes élémentaires consistant en la formation ou la rupture de certaines liaisons.
Il est donc nécessaire à une « chimie intelligente » de connaître la nature de la liaison chimique. Or les
liaisons sont assurées par des électrons et une étude de la structure électronique des molécules a essentiel-
lement pour objectif de parvenir à cette connaissance. Il s’agit en somme de décrire avec une meilleure
précision ce que signifient les tirets qui représentent symboliquement les liaisons dans les formules.
C’est l’objet de ce chapitre, et les points qui y sont abordés seront constamment évoqués dans la suite ; ils
sont, au sens propre, réellement fondamentaux.
74
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
La répartition effective des charges électroniques détermine en très grande partie le comportement
des molécules dans les réactions et sa connaissance est donc d’un grand intérêt pour comprendre, et
prévoir, ce comportement. Toutefois on peut limiter cette description aux électrons externes (élec-
trons s et p de la dernière couche) qui le plus souvent, en chimie organique, participent seuls à la
formation des liaisons.
matière de stéréochimie (par exemple la rigidité des doubles liaisons et l’isomérie qui en résulte,
qu’en matière de réactivité (par exemple, le comportement des systèmes conjugués). Le modèle ondu- chap. 3,
§ 3.5
latoire est le plus « performant », notamment sur les points qui viennent d’être évoqués, mais il est
d’une approche plus difficile et le modèle de Lewis est largement utilité, malgré ses « faiblesses »,
lorsqu’il est suffisant.
A
. .B A:B ou A B
Exemple
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. .N.. .H
:
H N 2s 2p H N H
ou
. H
H H H H
75
Partie I ■ Chimie organique générale
• Coordinence : L’un des deux atomes (le donneur) fournit un doublet déjà constitué de sa couche
externe ; l’autre (l’accepteur) reçoit ce doublet dans une case vide de sa couche externe :
A: B A B
Exemple
+
Formation de l’ion ammonium NH4 à partir de l’ammoniac NH3 en milieu acide.
+ +
NH3 + H → NH4
:
H N H H+ N 2s 2p
ou
H
H+ H H H
+
Seule « l’histoire » de la quatrième liaison dans NH4 la distingue des trois autres liaisons, mais le ré-
sultat est identique et les quatre liaisons N — H sont en fait indiscernables, la charge + appartenant à
l’ensemble :
H +
H N H
Liaisons multiples
Il est possible que deux atomes mettent en commun non pas une paire d’électrons, mais deux ou
même trois ; ils s’unissent alors par une liaison double ou triple. L’une des liaisons est une liaison
§ 4.10 σ (sigma) ; l’autre, ou éventuellement les deux autres, sont des liaisons π (pi).
76
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
Mais en règle générale, lorsque toutes les liaisons possibles sont formées, la molécule (ou l’ion)
possède un nombre pair d’électrons. S’il existe dans un édifice covalent un ou plusieurs électrons
impairs (célibataires), il s’agit alors d’un radical libre. Les radicaux libres sont des entités habituelle-
ment très instables, de très courte durée de vie, qui très rapidement réagissent avec les autres espèces
présentes ; il peuvent intervenir comme espèces intermédiaires dans les réactions.
Les « structures de Lewis » sont décrites par les « formules de Lewis », dans lesquelles sont expli- chap. 5,
§ 5.3.1
citement représentés tous les électrons externes (ou du moins tous ceux des atomes qui participent à la
réaction envisagée). Les doublets y sont figurés soit par deux points soit par un tiret ; ces symboles
sont placés entre les deux atomes liés lorsqu’il s’agit d’un doublet partagé, ou parallèlement au
symbole de l’atome auquel il appartient lorsqu’il s’agit d’un doublet non liant. Les électrons impairs
sont figurés par un point. Les cases vides ne sont pas toujours représentées de façon explicite, mais
elles peuvent l’être sous la forme d’un petit rectangle.
Exemples
Le méthanol CH3OH (deux doublets libres sur l’oxygène) peut être représenté par :
H
: :
: :
: : :
H C O H , mais sa représentation usuelle est plutôt :
H
H H
: :
H C O H ou H C O H
H H
Le chlorure d’aluminium (une case vide sur Al, trois doublets libres sur chaque Cl) se représente par :
: :
: :
Cl Al Cl ou par Cl Al Cl
: :
Cl Cl
: :
:
H H
:
C O ou par C O
:
H H
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Question 4.A
Identifiez et dénombrez les électrons σ, π ou n, ainsi que les cases vides, dans les espèces sui-
vantes :
+
a) HC ≡ C — CH2OH b) CH3 — CH — CH = CH2
+
c) CH3 — NH3 d) (CH3)−
77
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemples
On peut avoir « besoin » d’un plus grand nombre d’électrons impairs que n’en comporte l’état fonda-
mental ; on sépare alors les électrons d’un doublet, en faisant passer l’un d’eux dans une case vide (à
la condition qu’il en existe dans la même couche).
C’est le cas pour le carbone dans la quasi-totalité de ses composés. Dans l’état fondamental sa
configuration fondamentale de l’oxygène est 2s 2p mais on peut libérer une case vide
78
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
La fonction d’onde ψ est une fonction des coordonnées d’espace, définies par rapport au noyau pris
pour origine. Elle n’a pas par elle-même une signification physique, mais la valeur en un point de son
carré ψ2 détermine la probabilité dP de trouver l’électron dans un élément de volume dv autour de ce
point : dP = ψ2 ⋅ dv. Le rapport dP/dv = ψ2 est appelé densité de probabilité de présence de l’électron
au point considéré (on dit aussi, par simplification, densité électronique). La façon dont ψ2 varie dans
l’espace entourant le noyau diffère selon qu’il s’agit d’une orbitale s, p, d ou f.
z z z
2pz
x x x
2px 2py
y y y
Figure 4.2 Les trois orbitales p de la couche L (orbitales 2p).
La forme donnée ici aux deux lobes et celle des surfaces sur lesquelles la « densité électronique »
(ψ2) a une valeur uniforme (surfaces d’isodensité électronique). Souvent les orbitales p sont repré-
sentées par deux sphères, ou deux ellipsoïdes (ballons de rugby) ; chacune de ces représentations
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Cours de Chimie
a en fait une signification particulière, qui ne peut être explicitée ici (voir cours de chimie physique, physique,
chapitre 5). Mais dans tous les cas, il s’agit de surfaces mathématiques, sur lesquelles une fonction a chap. 5
en tous points la même valeur, et non pas d’enveloppes qui renfermeraient l’électron.
79
Partie I ■ Chimie organique générale
(« fusionnent » partiellement), pour donner une orbitale moléculaire, englobant les deux noyaux, et
dans laquelle le doublet partagé a la plus grande probabilité de se trouver. Ce schéma est également
applicable au cas de la coordinence : l’une des deux orbitales atomiques est initialement vide et l’autre
est occupée par un doublet déjà constitué qui occupera l’orbitale moléculaire formée.
Si le recouvrement s’effectue de telle sorte que les orbitales atomiques mettent en commun leur axe
de symétrie (ou un de leurs axes de symétrie) qui devient aussi celui de l’orbitale moléculaire, il s’agit
d’une liaison σ.
Exemple
La formation de la molécule H2 résulte, outre la mise en commun des électrons impairs des deux
atomes H, du recouvrement des orbitales 1s qu’ils occupent dans les atomes. Il se constitue ainsi une
orbitale moléculaire, dont les surfaces d’isodensité englobent les deux noyaux et possèdent une sy-
métrie de révolution autour de l’axe de la liaison :
axe de
+
symétrie
1s 1s σ
La liaison est d’autant plus forte que la zone de recouvrement est plus grande. Dans le cas des orbi-
tales p, l’axe de symétrie constitue donc une direction privilégiée pour la formation des liaisons.
Il y a là une raison pour que les liaisons ne se forment pas dans des directions quelconques, mais selon
des orientations déterminées (sauf si elles mettent en jeu une orbitale s, de symétrie sphérique). Il n’y
a cependant pas concordance spontanée entre ce modèle de la liaison et la géométrie des molécules
telle que l’expérience la révèle. Une « retouche » au modèle est donc nécessaire ; c’est la théorie de
l’hybridation des orbitales.
80
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
La recherche a priori, par le calcul, de quatre orbitales hybrides d’énergie aussi basse que possible
(minimisation de l’énergie de la molécule, pour une stabilité maximale) conduit à leur attribuer préci-
sément l’orientation tétraédrique.
π π
2pz
sp2 sp2 sp2 sp2 sp2
sp2
σ σ
Ce modèle descriptif de la double liaison apporte une justification de ses caracté ristiques
géométriques (ce dont le modèle de Lewis n’est pas capable). La nécessité du parallélisme des axes
des deux orbitales p non hybridées a en effet pour conséquence obligée la coplanéité des quatre
liaisons que peuvent encore former les deux carbones (par exemple, les quatre liaisons C — H de
l’éthylène H2C = CH2). L’impossibilité de rotation l’un par rapport à l’autre de deux carbones double-
chap. 23,
ment liés, d’où résulte l’existence de deux stéréoisomères Z et E, se trouve aussi expliquée : cette § 23.3.a
rotation ne serait possible que si la liaison π se trouvait rompue, le recouvrement des deux orbitales p
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
étant supprimé. Cette éventualité ne survient pas à la température ordinaire, car elle exige une énergie
trop importante.
chap. 3,
Le carbone triplement lié est dans l’état d’hybridation digonal, ou sp. La réorganisation des orbi- § 3.5.1
tales ne concerne que l’orbitale s et l’une des trois orbitales p ; il en résulte deux orbitales hybrides sp
dont les axes forment un angle de 180° et sont confondus avec l’axe de symétrie de l’orbitale p
« utilisée ». Les deux autres orbitales p restent « naturelles » (fig. 4.4a).
Une triple liaison C ≡ C associe deux carbones digonaux. Le recouvrement coaxial de deux orbi-
tales hybrides sp forme une liaison σ, et le recouvrement latéral, deux par deux, des orbitales p dont
les axes sont parallèles forme deux liaisons π (fig. 4.4b et c).
81
Partie I ■ Chimie organique générale
2pz πz
πz
πy
sp sp sp sp sp σ sp
σ
πy πy
2py
πz
y
Figure 4.4 La triple liaison « acétylénique », — C ≡ C —.
Dans le carbone digonal (a), l’orbitale 2px a été hybridée avec l’orbitale 2s et il subsiste deux orbitales
p naturelles, 2py et 2pz.
Le recouvrement coaxial de deux orbitales hybrides sp (représentées ici par leurs axes) donne la
liaison σ (b). Le recouvrement latéral des deux orbitales 2py d’une part, et 2pz d’autre part, donne les
deux liaisons π.
On notera que la théorie de l’hybridation des orbitales conduit, par une voie totalement différente,
aux mêmes résultats sur le plan géométrique que le modèle des répulsions (modèle V.S.E.P.R., règles
de Gillespie). L’hybridation est un élément d’une théorie générale de la liaison chimique, alors que le
chap. 2,
§ 2.2.1
modèle V.S.E.P.R. n’y prétend pas, mais la facilité de sa mise en œuvre et la validité des conclusions
auxquelles il conduit lui donnent son intérêt.
Question 4.B
La théorie de l’hybridation peut s’appliquer à d’autres éléments que le carbone. Connaissant la
géométrie de la molécule d’ammoniac NH3 peut-on penser que l’azote y est hybridé ? Si oui, de
chap. 2,
§ 2.2.2 quelle façon ?
82
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
δ+ δ−
H H H Cl
Figure 4.5 La polarisation d’une liaison.
Le nuage électronique de H2 est symétrique ; celui de HCl est déformé par la forte électronégativité
du chlore, qui attire plus fortement les électrons de liaison. (Les points ne représentent pas chacun
un électron ; ils représentent les positions dans lesquelles on trouverait les électrons si on pouvait les
photographier un très grand nombre de fois et superposer ensuite les photographies. La densité de
points suggère la plus ou moins grande densité électronique dans une région).
La molécule présente un pôle positif et un pôle négatif. La valeur absolue des charges δ + et δ −
dépend de la différence d’électronégativité entre les deux éléments. Elle varie entre 0 et 1, si l’on
prend pour unité la valeur absolue de la charge de l’électron. La valeur 0 correspond à une liaison
covalente non polarisée, et la valeur 1 à la charge que porteraient les deux atomes si le doublet était
totalement accaparé par l’un d’eux, et n’était plus un doublet partagé. Dans ce cas, en effet, l’élément
le plus électronégatif, bien qu’ayant capté deux électrons, n’en aurait gagné qu’un, puisque l’un des
deux avait été fourni par lui. Réciproquement, l’autre atome aurait perdu un électron (et non deux).
Le bilan global de ce cas-limite est donc le transfert d’un électron de l’élément le moins électroné-
gatif au plus électronégatif. Le résultat est la formation de deux ions :
A
. .B A + –
B: (B plus électronégatif que A)
On parle alors de liaison ionique ou d’interaction ionique. Il s’agit cependant d’une situation
limite, dont on s’approche d’autant plus que la différence d’électronégativité entre les deux éléments
est plus grande, mais qui n’est jamais réalisée à 100 %. Même entre Na et F, situés aux extrêmes de
l’échelle d’électronégativité, les charges δ n’atteignent que ± 0,90.
Cette situation est donc très rare dans les composés organiques, qui ne contiennent généralement pas
des éléments d’électronégativités très différentes (le carbone se situe « au milieu » de l’échelle d’électro-
négativité et aucun autre élément ne peut donc avoir avec lui une très grande différence d’électronégati-
vité). On peut cependant citer, comme « quasi-ionique », la liaison oxygène-métal dans les sels d’acides
organiques, dont l’acétate de sodium CH3 — COO − Na+ est un exemple.
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Question 4.C
Dans les formules suivantes, placez les δ + et δ − exprimant la polarisation des liaisons entre le
carbone et l’hétéroatome (atome autre que H) auquel il est lié :
a) H3C — OH b) HC ≡ C — Na c) H3C — NH2 d) H3C — Mg — CH3 e) H3C — Cl
Peut-on classer ces molécules en fonction de la charge portée par le carbone (du plus grand δ + au
plus grand δ −, en valeur absolue) ?
N.B. Une table d’électronégativités se trouve en annexe.
83
Partie I ■ Chimie organique générale
Le moment dipolaire est une grandeur vectorielle ; il possède une direction, un sens et un module.
On le représente par une flèche parallèle à la liaison, orientée conventionnellement du pôle + vers le
pôle − (convention des chimistes, différente de celle des physiciens). Une croix à l’opposé de la pointe
de la flèche, rappelle cette convention.
Exemple : H Cl
52,5° 52,5°
δ+ δ+
H µO – H µO – H H
µobs
84
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
La géométrie de la molécule peut être telle que la somme vectorielle des moments de liaison soit
nulle. La molécule est alors « non polaire », bien que ses liaisons soient polarisées. Ainsi le dioxyde de
carbone CO2 (O = C = O) n’est pas polaire, car la molécule est linéaire et les moments (non nuls) des
deux liaisons C = O sont égaux et opposés. Le tétrachlorométhane CCl4, n’est pas non plus polaire,
car sa molécule est tétraédrique et la résultante de quatre vecteurs égaux orientés vers les sommets
d’un tétraèdre est nulle.
Question 4.D
Le moment dipolaire des molécules ou ions suivants est-il nul ou non nul ? Dans le deuxième cas,
comment est-il orienté ?
C Cl Cl Cl H
Cl C C C C
Cl Cl N
H H H H Cl
H
H
Cependant, comme toutes les forces électrostatiques, cette attraction décroît rapidement avec la
distance, comme le suggère la dimension décroissante des flèches qui symbolisent la polarisation des
liaisons dans le schéma ci-dessus. Elle est pratiquement nulle au-delà de trois ou quatre liaisons.
Cette influence exercée le long d’une chaîne de liaisons covalentes est l’effet inductif. Dans le
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
précédent exemple, il était exercé par un atome plus électronégatif que le carbone, qui attire à lui les
électrons ; on parle alors d’effet inductif-attractif (effet « − I »). La situation inverse peut exister, en
présence d’un élément moins électronégatif que la carbone comme un métal, par exemple le sodium :
Na C1 C2 C3 ...
85
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemples
Substituants « attractifs » H Substituants « répulsifs »
F, Cl, Br, I (halogènes), OH, NH2 Groupes alkyles (Me, Et, iPr, tBu).
chap. 1,
§ 1.4.1
Métaux.
La polarisation, et son prolongement par l’effet inductif, jouent un rôle important dans la réactivité.
Ils sont responsables de l’existence dans les molécules de sites « riches » (δ −) et de sites « défici-
taires » (δ +) en densité électronique, propices à une interaction avec des réactifs respectivement défi-
citaires ou riches, qui présentent un caractère opposé et complémentaire.
Ainsi l’action de la soude (ions OH−) sur un dérivé halogéné peut conduire à un alcool par une
attaque sur le carbone porteur du chlore, qui est le plus déficitaire ; le bilan est une substitution de Cl−
par OH−. Elle peut conduire également à la création d’une double liaison, à la suite d’une attaque sur
un hydrogène porté par la carbone voisin :
H
Attaque 1
δ’’+
H C C + Cl– (substitution)
Attaque 2 (1)
δ’+ OH
C C + OH–
δ– (2)
Cl C C + H2O + Cl– (élimination)
Habituellement une base comme OH− ne peut arracher les H fixés sur un carbone. Mais ici l’hydro-
gène est rendu « labile » (c’est-à-dire relativement facile à enlever sous la forme H+) par l’effet inductif
du chlore, qui polarise un peu la liaison C — H.
chap. 12, Dans d’autres cas, l’effet inductif peut, au contraire, diminuer la réactivité. Par exemple le chlo-
§ 12.2.2.a
robenzène est moins réactif que le benzène dans les réactions de substitution électrophile. Dans ces
réactions, le cycle benzénique est « fournisseur » d’électrons et la présence du chlore, fortement
inductif-attractif, appauvrit en densité électronique l’ensemble du cycle (et pas seulement le carbone
sur lequel il est lié).
chap. 17,
§ 17.2.1.a L’effet inductif peut être invoqué dans bien d’autres situations. Par exemple, il contribue à modifier
la basicité des amines ou la stabilité des carbocations.
chap. 5,
§ 5.3.2
4.4 Les structures à électrons délocalisés
On peut parfois envisager deux ou plusieurs formules de Lewis pour une molécule ou un ion, sans
avoir de raisons de choisir préférentiellement l’une d’elles et d’écarter les autres. Par exemple,
l’ortho-xylène peut être représenté par l’une ou l’autre des deux formules :
CH3 CH3
et
CH3 CH3
86
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
Aucune de ces deux formules ne décrit la structure réelle de la molécule. Ainsi, l’expérience montre
que les six liaisons carbone-carbone du cycle sont identiques, et ne sont ni simples, ni doubles. Une
preuve entre autres, en est donnée par le fait qu’elles ont toutes la même longueur (0,146 nm), inter-
chap. 2,
médiaire entre celle des liaisons simples (0,154 nm) et celle des liaisons doubles (0,135 nm). § 2.4.1
Cela peut s’expliquer en considérant que les trois doublets π ne sont pas localisés sur trois liaisons
particulières du cycle, mais délocalisés sur l’ensemble de ses six liaisons. Comme ces trois doublets
ne peuvent, statistiquement, se trouver que la moitié du temps sur chacune de ces six liaisons, on dit
que celles-ci sont « partiellement doubles », ou encore qu’elles sont « intermédiaires entre une liaison
simple et une liaison double ».
4.4.1 La mésomérie
Les formules de Lewis habituelles ne permettent pas de représenter ce type de situation. La représen-
tation d’un doublet (par un tiret, ou par deux points) suppose en effet qu’on le localise, soit sur un § 4.2.1
atome déterminé, soit sur une liaison déterminée. Dans ces conditions, une liaison ne peut être repré-
sentée que simple, double ou triple, et le cas d’une liaison d’un type intermédiaire n’est pas « prévu ».
La mésomérie est un procédé qui permet de décrire la délocalisation des électrons en utilisant des
formules de Lewis « ordinaires ». Une molécule comportant des électrons délocalisés est décrite par
l’ensemble de deux ou plusieurs formules de Lewis, dans lesquelles les électrons sont tous localisés,
soit sur un atome, soit sur une liaison. Ces formules différent uniquement par la localisation de certains
électrons, et elles décrivent le même enchaînement d’atomes. On les appelle formes limites ou formes
mésomères ; il y a entre elles mésomérie ou résonance. On les sépare, dans l’écriture, par le signe ↔.
L’existence de structures dans lesquelles certains électrons ne peuvent pas être localisés est un fait
réel, mais la mésomérie n’est qu’un procédé artificiel permettant de décrire cette situation avec une
assez bonne approximation.
Exemple
L’ortho-xylène est représenté par l’ensemble des deux formules déjà évoquées.
CH3 CH3
CH3 CH3
Les formes limites utilisées pour décrire une molécule sont purement formelles et fictives, et
aucune ne représente une espèce physiquement existante. La molécule réelle est un hybride de réso-
nance (on dit aussi, plus simplement « hybride ») de l’ensemble des formes limites par lesquelles on
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
la représente. Sa structure correspond à une sorte de « moyenne » entre les structures des formes
limites, et cette moyenne est pondérée, c’est-à-dire que chaque structure limite y intervient avec un
certain « poids » ; plus ce poids est grand, plus le degré de ressemblance de la molécule réelle avec une
§ 4.4.1.b
structure limite est grand. Souvent l’une des formes limites a un poids nettement plus grand que celui
des autres, ce qui justifie, dans la pratique, l’utilisation d’une seule forme limite lorsque rien ne néces-
site une description plus complète d’une molécule. Ainsi la formule « usuelle » du chlorure de vinyle
est CH2 = CH — Cl, bien que cette molécule soit en fait un hybride de deux structures limites :
+
: :
CH2 CH Cl CH2 CH Cl
: :
:
87
Partie I ■ Chimie organique générale
On peut facilement commettre deux erreurs au sujet de la mésomérie : croire soit que le composé ainsi
décrit est un mélange de molécules ayant des structures différentes, soit que ses molécules prennent
alternativement, dans le temps, ces diverses structures. Il n’existe pas, même fugitivement, de molé-
cules ayant la structure de telle ou telle forme limite. Le composé est formé de molécules toutes iden-
tiques, dont la structure, unique et permanente dans le temps, est un hybride de structures qui ne sont
que des « vues de l’esprit ».
Le symbole de la mésomérie (↔) ne doit donc pas être confondu avec celui de l’équilibre
chimique ( ) qui, au contraire, exprime une transformation réciproque entre des espèces
physiquement existantes (molécules ou ions).
La molécule réelle et les formes limites peuvent être comparées respectivement à un vecteur
(unique) et à ses composantes (multiples). Ces composantes n’ont pas de signification intrinsèque,
puisqu’elles dépendent du système de référence choisi. Chacune contribue à décrire le vecteur, mais
aucune ne suffit à elle seule à le décrire ; il faut pour cela les prendre toutes en compte.
On peut tenter d’évoquer, approximativement, la « physionomie » de l’hybride, en construisant
une sorte de « portrait-robot » de la molécule, à partir des formes limites qui la décrivent et avec
chacune desquelles elle a une certaine ressemblance. Ainsi, l’acroléine a pour formule usuelle
CH2 = CH — CH = O. Mais c’est une molécule à électrons délocalisés, et cette formule est seulement
celle de la forme limite ayant le plus de poids dans l’hybride qui la décrit. Elle peut être représentée par :
+ –
CH2 CH CH O CH2 CH CH O
Chacune des trois liaisons représentées est soit simple, soit double selon la forme limite consi-
dérée ; elles sont donc « intermédiaires », ce que suggère l’emploi de tirets pour figurer les liaisons π.
Le carbone du groupe CH2 est neutre dans une des formes et porteur d’une charge + (+ 1) dans l’autre ;
si l’on fait une « moyenne » on doit lui attribuer une charge positive comprise entre 0 et + 1 représentée
chap. 16, par δ +. Pour des raisons analogues, l’oxygène reçoit une charge fractionnaire δ −.
17 et 21
D’autres exemples se rencontreront dans la suite : Phénol ; Aniline ; Pyrrole ; Pyridine ; etc.
Question 4.E
Parmi les quatre formules suivantes :
O :OH
:
:
:
quelles sont celles qui représentent des formes limites décrivant une même molécule ? celles qui
représentent des isomères ?
88
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
Question 4.F
Comment peut-on représenter l’hybride de chacune des paires de formes limites suivantes ?
: :
:
a) CH2 CH Br : CH2 CH Br: b) CH2 C CH3 CH2 C CH3
:
O :O :
–
:
:
:
a) Les systèmes conjugués
Comment reconnaître si une molécule, pour laquelle on ne dispose que d’une formule de Lewis, est le
siège d’une délocalisation d’électrons et relève d’une description par la mésomérie ?
La délocalisation d’électrons est le fait des « systèmes conjugués », dont il existe plusieurs types.
Ils comportent en général deux (parfois plusieurs) éléments structuraux particuliers : électrons π ou n,
cases vides, électrons impairs, séparés par une liaison simple (et une seule). Les divers cas possibles
sont indiqués ci-dessous ; dans les exemples le système conjugué proprement dit est distingué du reste
de la molécule par la couleur. Pour chacun de ces exemples, deux formes limites seulement sont
données, mais il peut, parfois, en exister davantage.
Les formes limites d’une molécule ne « s’inventent » pas a priori. Elles se « déduisent » les unes
des autres, en imaginant des déplacements fictifs d’électrons, que l’on symbolise par des flèches
courbes.
• Électrons π − Électrons π
+
C C C C C C C :C
Exemples
+
(a)
:
CH3 CH CH CH CH C CH3
O
:
:
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+
CH3 CH CH CH CH C CH3
(b)
: O:
:
• Électrons π − Électrons n
+
:
:
C C A C C A
89
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemples
: :
:
CH2 CH Cl CH2 CH Cl (c)
: :
:
:
CH3 C CH CH2 CH3 CH3 C CH CH2 CH3 (d)
O O
: :
:
:
:
+ +
C C A C C A
Exemple
+ +
CH3 CH CH CH CH2 CH3 CH3 CH CH CH CH2 CH3 (e)
A C A C
+ +
: :
CH3 CH3
. .
C C C C C C
.
.
Exemple : CH3 CH CH3 CH (g)
Il peut arriver que la deuxième forme limite obtenue puisse conduire par l’un des schémas envi-
sagés, à une troisième, que celle-ci puisse à son tour conduire à une quatrième, etc.
Exemple
H H H H
:
+ + +
O O O O
:
:
:
:
:
90
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
Ces déplacements d’électrons peuvent concerner un grand nombre de liaisons consécutives. Ils se
succèdent et s’enchaînent tant qu’il y a alternance d’électrons π, ou n, ou de cases vides, et de liaisons
simples. Mais deux liaisons simples consécutives constituent un « obstacle » infranchissable qui
« isole », du point de vue de la conjugaison, les deux parties de la molécule entre lesquelles il se trouve.
Exemples
: :
O O
:
:
+
:
H2N C H2N C
CH3 CH3
: :
O O
:
+
:
:
:
H2N C H2N C
CH3 CH3
Dans le second cas le doublet libre de l’azote ne participe pas à la délocalisation car il est séparé de la
plus proche double liaison par deux liaisons simples consécutives.
Savoir imaginer et opérer correctement ces manipulations d’électrons demande un peu d’entraîne-
ment. En fait, les schémas possibles sont peu nombreux ; ils sont résumés dans le tableau 4.1. Mais il
importe de bien noter que :
• D’une forme limite à une autre, seuls des électrons π, n ou impairs, et des cases vides peuvent être
déplacés. Les électrons σ ne l’étant pas, l’ordre d’enchaînement des atomes n’est pas modifié
(cf. question 4.E). Des formes limites ne sont pas des isomères.
• La charge électrique globale (nulle pour une molécule, positive ou négative pour un ion) doit être la
même dans toutes les formes limites, le nombre total d’électrons ne variant pas.
• À l’occasion de ces manipulations d’électrons, un élément de la deuxième période (notamment C,
N et O, fréquents dans les composés organiques) ne doit pas avoir plus de huit électrons dans sa
couche externe.
+
–
:
+ –
:
:
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– +
– +
:
.
Les systèmes conjugués comportent toujours, au moins dans l’une de leurs formes limites (celle à la-
quelle ils ressemblent le plus), deux éléments tels que électrons π, électrons n, case vide, électron
impair, séparés par une liaison simple.
91
Partie I ■ Chimie organique générale
Question 4.G
Écrivez dans chaque cas une seconde forme limite :
a) b) c)
CH O: NH2
:
... ... CH3 C NH2 ...
:
:
b) Le poids relatif des formes limites
Les formes limites parfois nombreuses, d’un composé n’ont pas toutes le même « poids » : elles
contribuent plus ou moins, certaines beaucoup et d’autres très peu, à l’hybride de résonance. Quelques
critères simples permettent d’estimer leur poids relatif, et notamment d’identifier celles qui sont éven-
§ 4.4.1
tuellement négligeables par rapport aux autres ou, au contraire, celle qui a le plus grand poids et peut
être retenue comme formule courante d’un composé.
Le poids d’une forme limite est d’autant plus grand qu’elle représente une structure plus stable
(d’énergie plus basse) et, à cet égard, les charges électriques jouent un rôle important. Les facteurs
favorables sont, entre autres :
• Un « accord » entre le signe de la charge placée sur un atome et l’électronégativité de l’élément
correspondant : un élément très électronégatif « s’accommode » mieux d’une charge négative que
d’une charge positive, et inversement.
Exemple
− +
La stabilité de la forme CH2 — CH = C l (exemple (c) ci-dessus) est diminuée par la présence d’une
charge positive (déficit électronique) sur un atome de chlore, élément très électronégatif.
Exemple
Dans les exemples (a) et (b) ci-dessus, la seconde forme limite a moins de poids que la première (qui
est la formule usuelle de chacun des composés), car elle comporte la création et la séparation de deux
pôles, positif et négatif.
• La division d’une charge (dans une structure ionique) et sa répartition sur plusieurs sites, sous la
forme de charges plus faibles et plus nombreuses.
Exemple
Dans le cas des composés (d), (e) ou (f), ci-dessus, le passage d’une forme limite à l’autre déplace la
charge. Dans l’hybride elle se trouve donc partagée entre deux sites, sous la forme de deux charges
δ+ δ’+
fractionnaires de même signe δ + ou δ − (par exemple, CH3 CH CH CH CH2 CH3 .
92
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
L’effet mésomère
La délocalisation des électrons peut être responsable de l’existence de charges électriques fraction-
naires (δ + ou δ −) dans l’hybride qui décrit la molécule. On dit alors qu’il s’exerce, du fait de cette
délocalisation un effet mésomère. Celui-ci peut être donneur (+ M), de la part d’un atome ou d’un
groupe d’atomes qui cède des électrons au reste de la molécule, ou accepteur (− M) de la part d’un
atome ou d’un groupe d’atomes qui reçoit des électrons du reste de la molécule.
Le buta-1,3-diène, exemple (a) du § 4.4.1.a a précédemment été décrit comme un hybride de deux
formes limites. Mais on doit en considérer aussi une troisième, obtenue en opérant un déplacement
d’électrons opposés à celui qui conduit à la seconde :
+ – – +
CH2 CH CH CH2 CH2 CH CH CH2 CH2 CH CH CH2
A B C
Les formes B et C, de même structure, ont a priori le même poids, par ailleurs faible. Les charges
δ + et δ − qu’elles apportent dans l’hybride se compensent donc exactement et, dans la molécule réelle
il n’y a pas de pôles positif et négatif (cette conclusion rejoint du reste celle qui résulterait de simples
considérations de symétrie).
Le « portrait-robot » de l’hybride est donc simplement :
CH2 CH CH CH2
mais le faible poids des formes B et C par rapport à la forme A permet de dire que le caractère « partiel-
lement double » de la liaison centrale est plus faible que celui des deux liaisons extrêmes. Il n’y a pas,
en ce cas, d’effet mésomère.
L’acroléine a été décrite comme l’hybride de deux formes limites. En ce cas également, on pourrait
en envisager une troisième :
+ – – +
CH2 CH CH O CH2 CH CH O CH2 CH CH O
Mais le poids de cette troisième forme est plus faible que celui des deux autres, car l’oxygène,
élément fortement électronégatif, y est le siège d’une charge +. Elle peut être, en première approxima-
§ 4.4.1.b
tion négligée par rapport aux deux premières, et l’hybride est donc effectivement décrit par :
δ+ δ−
CH2 CH CH O
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Les charges δ + et δ −, dont la valeur absolue dépend du poids relatif donné à chacune des deux
formes limites retenues, résultent d’un effet mésomère, donneur de la part du groupe C = C et accep-
teur de la part du groupe C = O.
Les charges créées par l’effet mésomère sont distinctes de celles qui peuvent, par ailleurs, résulter
de l’effet inductif et se superposent éventuellement à elles. Ainsi dans l’acroléine CH2 = CH — CH = O,
l’effet inductif exercé par l’oxygène crée un déficit sur la chaîne carbonée, principalement localisé sur § 4.3.2
le carbone du groupe CH = O (il s’affaiblit ensuite rapidement). L’effet mésomère, quant à lui, crée un
déficit localisé sur le carbone du groupe CH2 :
δ+ ............δ− Effet inductif
CH2 CH CH O
δ+ ................................................δ− Effet mésomère
93
Partie I ■ Chimie organique générale
Le comportement chimique de cette molécule est très directement déterminé par la répartition de la
densité électronique qui résulte de ces divers facteurs.
chap. 20,
§ 2.1.a L’effet inductif et l’effet mésomère peuvent être « en conflit », créant sur les mêmes sites des
charges de signes contraires. La charge effective est alors la somme algébrique de celles qui résultent
de chaque effet, mais, en général, l’effet mésomère « l’emporte » car les charges qu’il crée sont supé-
rieures en valeur absolue.
Le monoxyde de carbone CO, dont la molécule est un hybride de deux formes limites :
– +
:C O :C O:
::
offre un exemple simple d’une telle situation. L’expérience montre en effet que, contrairement à ce
que laisserait attendre le sens de la différence d’électronégativité entre C et O, le moment dipolaire de
cette molécule est orienté de O vers C :
δ− δ+
C O
Question 4.H
Existe-t-il un effet mésomère dans les structures suivantes ? Si oui, comment se traduit-il ?
O O
CH3
a) b) c)
La stabilisation
La délocalisation des électrons entraîne une stabilisation. De deux molécules isomères, dont l’une est
le siège d’une délocalisation et l’autre non, la première est toujours plus stable que la seconde.
La molécule réelle d’un composé à électrons délocalisés est donc plus stable que ne le serait
chacune des formes limites (si elles existaient réellement), puisque dans celles-ci les électrons sont,
par définition, tous localisés.
On peut déterminer expérimentalement l’énergie de formation d’une molécule, c’est-à-dire
l’énergie mise en jeu dans la réaction, le plus souvent hypothétique, par laquelle elle se formerait à
partir de corps simples (par exemple, la formation du benzène C6H6 par la réaction 6C + 3H2 → C6H6).
On peut d’autre part calculer, par addition des énergies de liaison, l’énergie de formation « théorique »
d’une forme limite. La différence entre ces deux énergies est toujours en faveur de la stabilité de la
molécule réelle, dont le niveau énergétique est inférieur à celui de n’importe quelle forme limite
(fig. 4.7). Cette différence est appelée énergie de résonance ; elle mesure le gain de stabilité associé
à la délocalisation des électrons.
94
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
À propos de ces déterminations, expérimentales ou par le calcul, des énergies de formation, un cours
de thermodynamique (par exemple : Cours de Chimie physique − chapitre 13).
E 6C + 3H2
Cette stabilisation par résonance dans les systèmes conjugués est un facteur important de la réacti-
vité. Un processus de réaction qui apporte ou étend une possibilité de délocalisation électronique est
favorisé par rapport à un processus qui supprime ou restreint cette possibilité. Cette influence peut
s’exercer soit au niveau des molécules de réactifs ou de produits, soit à celui des intermédiaires de chap. 12
réactions ; divers exemples en seront rencontrés dans la suite. et 16
Question 4.I
L’alcool CH2 = CH — CH2 — CHOH — CH3 peut en principe, par déshydratation donner soit
CH2 = CH — CH = CH — CH3, soit CH2 = CH — CH2 — CH = CH2. Si la réaction doit fournir le plus
stable de ces deux hydrocarbures, lequel obtiendra-t-on préférentiellement ?
CH2 = CH — CH = CH2
correspond à la formation de deux liaisons π par le recouvrement de ces orbitales p deux par deux
(fig. 4.8a). Mais on peut aussi bien envisager un recouvrement entre les orbitales des carbones 2 et 3,
et en définitive le « nuage π » recouvre l’ensemble des trois liaisons (fig. 4.8b).
95
Partie I ■ Chimie organique générale
H H H H
H H H H
H H H H
a) b)
On comprend bien, à partir de ce modèle, que deux doubles liaisons ne peuvent être « conjuguées »
que si elles sont séparées par une seule liaison simple. Deux orbitales p qui se trouveraient séparées
par deux liaisons seraient trop éloignées pour se recouvrir.
Dans le benzène les six carbones du cycle sont dans l’état d’hybridation sp2, et la formule classique
(formule « de Kékulé ») traduit l’hypothèse d’un recouvrement de leurs orbitales p deux par deux,
pour former trois liaisons π (fig. 4.9a). Mais il est normal de considérer que chacune peut se recouvrir
aussi bien avec l’une ou l’autre de ses deux voisines et l’on aboutit ainsi à l’idée d’un « nuage π »
recouvrant l’ensemble du cycle dans lequel « évoluent » les trois doublets π totalement délocalisés
(fig. 4.9b).
H H H H
H H H H
H H H H
a) ou b)
La nécessité de parallélisme entre les axes des orbitales p qui se recouvrent latéralement explique
que la délocalisation des électrons (ou résonance, ou conjugaison) ait des implications géométriques.
Ainsi, dans le butadiène, ce parallélisme exige que la molécule soit entièrement plane. Dans certains
96
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
:
N
on pourrait supposer, a priori, que le doublet libre de l’azote est également délocalisé. En fait, la force
du caractère basique de cette molécule conduit à penser qu’il est localisé sur l’azote et le modèle orbi-
chap. 21,
talaire justifie cette conclusion. L’azote est, comme les cinq carbones du cycle, dans l’état d’hybrida- § 21.2.2
tion sp2, et le doublet libre occupe l’une des orbitales hybrides dont l’axe est dans le plan du cycle.
Cette orbitale ne peut donc pas participer au nuage délocalisé.
Question 4.J
Trois questions à propos du buta-1,3-diène CH2 = CH — CH = CH2 :
a) Ne pourrait-on pas imaginer une forme différente de celle qui est représentée par la
figure 4.8, mais également plane ?
b) Puisque les électrons π peuvent se trouver sur chacune des trois liaisons carbone-carbone
pourquoi ne peut-on pas, tout simplement, dire qu’elles sont toutes les trois doubles ?
c) On observe que, dans un système conjugué de ce type, la rotation autour de la liaison
centrale, sans être libre, est cependant moins difficile qu’autour des liaisons extrêmes ; quelle
information contenue dans le § 4.4.1 permet de l’expliquer ?
Réponse #ALVSRQ
La différence d’acidité est liée au pouvoir attracteur inductif plus ou moins fort exercé
par les atomes d’halogène. Le fluor le plus électronégatif, donc le plus attracteur,
polarise davantage la liaison O — H.
a) = pKa2 ; b) = pKa3 ; c) = pKa4 ; d) = pKa1
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97
Partie I ■ Chimie organique générale
OBJECTIFS
EXERCICES ET QCM
QCM
Les solutions se trouvent à la page 617.
1. L’effet inductif :
a. peut concerner le déplacement d’électrons π
b. Est toujours attracteur
c. Existe dans un hydrocarbure saturé
d. peut être déduit au regard de l’électronégativité des atomes présents dans une molécule
2. L’effet mésomère :
a. concerne le déplacement des électrons π
b. existe obligatoirement dans un composé possédant 2 doubles liaisons conjuguées
c. peut être illustré par des représentations mentionnant un déplacement d’atomes
d. ne s’observe que dans des composés neutres
O OH
98
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
EXERCICES ET QCM
b. le composé contenant une double liaison est plus stable que l’autre
c. la longueur de la liaison simple carbone-carbone du composé contenant les 2 doubles liaisons
est égale à 1,54 Å
d. la longueur de l’unique double liaison carbone-carbone du premier composé est égale à 1,35 Å
Cl
exercices
Les solutions se trouvent à la page 624.
4-a Complétez les formules suivantes, en y indiquant les doublets libres et les cases vides (un tableau
de la classification périodique des éléments se trouve en annexe).
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+ – + –
CH3 SH2 CH3 Zn CH3 BF3 CF3 H2N CH CH C O
OH OH
Br+ O–
4-b Les paires de formules ci-dessous représentent-elles ou non des formes mésomères ? Expliquez
brièvement votre réponse.
99
Partie I ■ Chimie organique générale
R C NH2 et R C NH
et
EXERCICES ET QCM
1) 2) O O
O − O
− H
+
NH2 NH2 −
et R C NH et R C NH
3) H3C C H3C C 4)
O + O
NH2 NH2
+ H H
4-c Pour chaque série, attribuer un pka à un acide carboxylique. Justifier brièvement votre attribution.
1) ClCH2CH2CH2COOH ; CH3CHClCH2COOH ; CH3CH2CHClCOOH
pKa1 = 4,06 ; pKa2 = 2,87 ; pKa3 = 4,52 (à 25 °C dans l’eau)
2) ClCH2COOH ; Cl2CHCOOH ; Cl3CCOOH
pKa1 = 1,26 ; pKa2 = 0,70 ; pKa3 = 2,85 (à 25 °C dans l’eau)
H2N
O
4-e Existe-t-il un effet mésomère dans les molécules suivantes ? Si oui, indiquez le signe et la posi-
tion des charges qui en résultent :
a) CH3 CO CH CH Cl b) CH3 CH CH CH CH CH3
c) CH3 C C CH3 d) e)
C CH3 CH2 OH
O O
O
NO2 O2N
a) OH b) OH c) O2N OH
100
Chapitre 4 ■ La structure électronique des molécules
4-g La fixation d’hydrogène (« hydrogénation ») sur une double liaison est une réaction exother-
mique; elle dégage de l’énergie (chaleur), et le niveau d’énergie du produit formé est inférieur à celui
EXERCICES ET QCM
de la molécule de départ. L’hydrogénation du penta-1,3-diène (A) et celle du penta-1,4-diène (B)
conduisent au même produit, le pentane (C) :
CH2 CH CH CH CH3 (A) + H2
CH3 CH2 CH2 CH2 CH3 (C)
CH2 CH CH2 CH CH2 (B) + H2
mais la réaction (A) → (C) dégage 226 kJ.mol−1 alors que la réaction (B) → (C) dégage 254 kJ.mol−1.
Quelle est l’origine de cette différence ? Quelle est sa signification physique ?
4-h Expliquer pourquoi le doublet non liant porté par l’azote dans le pyrrole est résonant alors que
celui porté par l’azote dans la pyridine ne l’est pas.
4-i Trouvez une autre forme limite possible pour chacun des composés suivants :
+
:
: :
+ –
: :
:
d) H2C N N e) CH3 O CH CH2 f) N H
:
:
+
g)
: :
CH C O h) CH3 O CH2
CH3
4-j Donner une formule développée pour les ions NO−2, NO+2 et la molécule NO2.
Montrer qu’il existe deux formules développées pour la molécule NO2. L’une avec un électron céliba-
taire porté par l’atome d’azote, l’autre avec un électron célibataire localisé sur l’atome d’oxygène.
À partir de ces deux formes mésomères, donner les trois formules développées possibles pour le
dimère N2O4.
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101
Les réactions
Chapitre
et leur mécanisme 5
PRÉALABLES
Notion d’équation-bilan d’une réaction
chap. 4
Énergie potentielle, énergie cinétique, et leurs transformations réciproques, choc élastique
[voir un cours de mécanique élémentaire]
Liaison covalente ; coordinence ; polarisation, résonance
chap. 2,
§ 2.2
Orientation des liaisons autour d’un carbone dans ses divers états de liaison
Mots-clés
Acide Énergie d’activation Ionisation
Amphotère Énergie de réaction Mécanisme réactionnel
Base Étape cinétiquement Nucléophile
déterminante
Carbanion Ordre partiel, global
État de transition
Carbocation Radical libre
Hétérolytique (réaction-)
Catalyse Réaction élémentaire
Homolytique (réaction-)
Dissociation Réaction complexe
Intermédiaire
Électrophile Solvatation
D ans les chapitres précédents, les molécules ont été considérées comme des objets isolés, au repos,
dont l’étude structurale a porté successivement sur les aspects géométrique et électronique. De
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statique, notre étude devient maintenant dynamique, pour déboucher sur le véritable objet de la chimie : les
transformations des molécules au cours des réactions.
La façon dont se produisent les réactions, au niveau « microscopique » qui est celui des atomes, n’est pas
directement observable. Mais des informations peuvent être obtenues à ce sujet par des méthodes expéri-
mentales indirectes, notamment cinétiques ou stéréochimiques. La notion de mécanisme réactionnel, qui
englobe tout ce qui peut être ainsi connu ou supposé, concernant cette réalité invisible est absolument
centrale dans la chimie organique moderne, à laquelle elle donne sa rationalité. Elle permet, en effet, de
classer, d’interpréter et, dans une certaine mesure, de prévoir les comportements moléculaires.
Les notions, et le vocabulaire, qui sont introduits dans ce chapitre seront très fréquemment utilisés dans la
suite.
103
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemple
CH3Cl + NaOH → CH3OH + NaCl
• Additions : une molécule se scinde en deux fragments, qui se fixent sur une autre molécule.
Exemple
H2C=CH2 + H2 → H3C — CH3
• Éliminations : une molécule perd certains de ses atomes et il en résulte la création d’une liaison
supplémentaire en son sein (liaison multiple, cyclisation).
Exemple
H3C — CH2OH → H2C=CH2 + H2O
Exemple
H2C=CHOH → H3C — CH=O
D’autres types de réactions sont parfois cités : condensations, oxydations, cyclisations, etc. Mais
ces réactions comportent en général plusieurs étapes successives qui, elles, entrent dans la classifica-
tion précédente (par exemple, une oxydation peut résulter d’une substitution suivie d’une élimination,
une cyclisation peut se ramener à un schéma de substitution interne, etc.).
104
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
Question 5.A
À quel(s) type(s) appartiennent les réactions suivantes :
OH OH CH3 O
La description complète d’un mécanisme réactionnel recouvre les trois aspects essentiels d’une
réaction, souvent plus ou moins intriqués :
• aspect énergétique et cinétique : évolution de l’énergie du système au cours de la transformation,
vitesse avec laquelle elle se réalise et facteurs dont elle dépend ;
• aspect électronique : rôle et sort des électrons et des charges électriques lors de la rupture et de la
formation des liaisons ;
• aspect stéréochimique (géométrique) : modifications de la géométrie moléculaire au cours de la
réaction, rôle des facteurs géométriques (contraintes, encombrement).
105
Partie I ■ Chimie organique générale
Ces sujets ne sont abordés ici que d’une façon très succincte et simplifiée. La lecture de ce chapitre ne
peut pas remplacer celle d’un ouvrage de chimie physique (voir, par exemple, Cours de Chimie physique).
Toutefois, en chimie organique surtout, on ne prend souvent en compte comme « énergie de réac-
tion » que le terme ΔH (chaleur de réaction). Outre qu’il est mesurable expérimentalement, ou facile-
ment calculable indirectement, il est généralement beaucoup plus grand en valeur absolue que le
terme T ⋅ ΔS, qui peut en première approximation être négligé. L’énergie du système en réaction sera
donc représentée dans la suite par E, et ses variations par ΔE, symboles généraux auxquels on pourra
donner, selon les cas, la signification appropriée.
Par ailleurs ΔG est en relation avec la constante d’équilibre K d’une réaction (ΔG° = – RT ⋅ ln K).
106
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
de répulsion qui se manifestent aux très courtes distances, elles « s’encastrent » l’une dans l’autre
(recouvrement des nuages électroniques).
Plus précisément, une collision est efficace si le système formé par les molécules initiales peut passer
par un état de transition (on dit aussi former un complexe activé), dans lequel son énergie potentielle est
supérieure à celle que possédaient initialement ensemble les molécules séparées. Ce gain d’énergie poten-
tielle est appelé énergie d’activation (Ea ou E7) ; il se réalise par transformation d’une partie de l’énergie
cinétique possédée par les molécules au moment de la collision, laquelle doit donc être suffisante.
À une température donnée, les molécules n’ont pas toutes la même énergie cinétique d’agitation ;
seule leur énergie cinétique moyenne est définie. Donc certaines sont « aptes » à réagir et d’autres ne
le sont pas, et c’est l’une des raisons qui rendent beaucoup de collisions inefficaces. Mais une éléva-
tion de la température accroît la proportion de molécules « aptes », et ainsi explique que la vitesse des
réactions augmente avec la température.
L’état de transition n’est pas un état stable. Il n’a pas de durée de vie finie et les représentations que
l’ont peut en donner, par des formules, sont comme des photographies instantanées qui « arrêtent » un
mouvement. Le complexe que forment alors les molécules se scinde ensuite pour donner les produits
de la réaction.
107
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemple
La réaction CH3Br + OH– → CH3OH + Br – a lieu dans une collision entre une molécule de bromométhane
CH3Br et un ion hydroxyle OH–. Elle comporte la rupture d’une liaison C — Br et la formation d’une liaison
C — O, et l’état de transition peut, approximativement, se représenter par [Br---CH3---OH]– : les deux réac-
tifs ne « font plus qu’un » dans un complexe où la liaison C — Br est « en train de se rompre » en même
temps que la liaison C — O est « en train de se former ». Ce complexe finira par se scinder en CH3OH et Br –.
Question 5.B
Par quel mécanisme une flamme « allume »-t-elle une combustion ? Comment se fait-il que l’on puisse
enflammer une matière combustible sans l’aide d’une flamme (par exemple, en concentrant les
rayons du soleil avec une loupe) ?
Pourquoi ne peut-on pas faire brûler du bois humide ?
Essayez de donner à chacune de ces questions une réponse « scientifique ».
a) E
État de transition
1)
Ea1
ns
Énergie libre
(se
Réactifs Ea2
(sens 1)
DE (se
ns
2)
Produits
(sens 1)
Coordonnées de la réaction
b) E
Étape 1 Étape 2
État de transition 1
État de transition 2
Énergie libre
intermédiaire
Ea Ea
Réactifs
DE Produits
Coordonnées de la réaction
108
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
La figure 5.2 (a) décrit, du point de vue énergétique, une réaction s’accomplissant en un seul « acte »,
à la suite d’une collision qui déclenche à la fois la rupture et la formation des liaisons en cause. On
appelle un tel processus « réaction élémentaire ». C’est le cas, par exemple, de la réaction entre le
bromométhane CH3Br et l’ion OH– évoquée plus haut.
Mais beaucoup de réactions s’effectuent en deux ou plusieurs étapes, par une succession de réac-
tions élémentaires ; ce sont alors des « réactions complexes ». C’est pratiquement toujours le cas
lorsque le premier membre de l’équation-bilan comporte plus de deux « particules » (molécules ou
ions), car les collisions entre trois particules (ou plus) sont extrêmement improbables.
La figure 5.2 (b) illustre le cas d’une réaction en deux étapes. Le « creux » du profil énergétique
entre les deux états de transition, correspond à l’intermédiaire de la réaction. Ce peut être une molé-
cule, un ion ou un radical libre. § 5.3.1
Exemple
Addition de HCl sur l’éthylène :
+
1re étape : H2C=CH2 + HCl → H3C — CH2 + Cl–
+
2e étape : H3C —CH2 + Cl– → H3C — CH2Cl
+
(l’intermédiaire réactionnel est le cation H3C — CH2).
Plus un intermédiaire est stable et plus l’énergie d’activation de la première étape est faible. En consé-
quence, s’il peut exister deux intermédiaires différents formés à partir de la même molécule initiale, le
plus stable se forme plus rapidement que l’autre, et ceci détermine l’orientation préférentielle de la réac-
tion. C’est un principe très général qu’une réaction passe de préférence par le plus stable des intermé- pages
diaires possibles. Plusieurs exemples d’application de cette « règle » se rencontreront par la suite. 207, 272
Les exposants m et n sont les ordres partiels de la réaction par rapport, respectivement aux
réactifs A et B ; leur somme (m + n) est son ordre global. Les ordres partiels peuvent être entiers ou
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fractionnaires ; ils peuvent aussi être nuls, ce qui signifie que la concentration du réactif correspondant
n’intervient pas dans la vitesse de la réaction. Ils ne sont pas prévisibles, et leur valeur ne peut être
déterminée que par l’expérience, mais ils sont égaux aux coefficients stœchiométriques du réactif
correspondant si la réaction est une réaction élémentaire (au sens défini plus haut) ; en ce cas l’ordre
global est donc égal à la molécularité de la réaction, c’est-à-dire la somme des coefficients stœchio-
métriques du premier membre de l’équation-bilan.
Si la réaction est une réaction complexe, l’une de ses étapes est en général intrinsèquement moins
rapide que les autres. Elle joue le rôle d’étape cinétiquement déterminante, et les ordres partiels et global ob-
servés correspondent alors souvent aux coefficients stœchiométriques et à la molécularité de cette étape.
L’étude expérimentale de l’ordre cinétique d’une réaction est donc un moyen d’obtenir des infor- chap. 13,
§ 13.2.1.b
mations sur son mécanisme). et 13.2.2
109
Partie I ■ Chimie organique générale
Question 5.C
Ayant effectué la réaction RBr + OH– → ROH + Br– avec deux dérivés bromés différents RBr et R’Br,
on a trouvé deux lois de vitesse différentes : v = k [RBr][OH–] et v = k’ [R’Br]. Laquelle de ces deux
réactions peut ne comporter qu’une étape, et laquelle en comporte-t-elle nécessairement plus
d’une ?
5.2.4 La catalyse
Un catalyseur est un corps qui, par sa présence dans un système capable d’évoluer chimiquement, accé-
lère la transformation sans participer à son bilan et, en général, sans être lui-même modifié. Il peut donc
« resservir » et il n’y a pas de rapport stœchiométrique entre sa masse et celle des produits formés.
Contrairement à une élévation de température, un catalyseur n’apporte pas d’énergie. Mais sa
présence abaisse l’énergie d’activation de la transformation et, toutes choses égales par ailleurs
(température, concentrations des réactifs) la transformation est donc rendue plus rapide, puisque la
proportion de molécules aptes à réagir est plus grande.
Ce résultat est obtenu par une modification du « chemin réactionnel » pouvant aller jusqu’à
remplacer une réaction en une étape par une autre qui s’effectue en plusieurs étapes (fig. 5.3).
Exemple
La réaction
RCl + OH– → ROH + Cl–
est relativement lente, mais elle s’effectue beaucoup plus rapidement en présence d’ions iodure I–,
apportés par une addition d’iodure de sodium NaI dans le milieu réactionnel. Dans ces conditions, elle
s’effectue en deux étapes :
1) RCI + I– → RI + CI–
2) RI + OH– → ROH + I–
et il se trouve que chacune de ces deux réactions a une énergie d’activation inférieure à celle de la
réaction directe non catalysée. En présence de I–, le profil de la réaction, au lieu d’être du type « A »
(fig. 5.3) est du type « C » ; le dérivé iodé RI est l’intermédiaire de la réaction catalysée et il correspond
au « creux » du profil.
A
B
Ea
E’a
Énergie libre
E’’a
DE
Coordonnées de la réaction
110
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
Très souvent la catalyse des réactions organiques est assurée par des acides (au sens de Brönsted ou
au sens de Lewis) ou par des bases. chap. 12,
§ 12.2.2 ;
chap. 15,
5.3 Aspect électronique § 15.2.2.b
et chap. 18,
Cet aspect concerne les processus de rupture et de formation des liaisons : sort des électrons qui § 18.2.1.g
et 18.2.2.a
constituaient une liaison rompue, origine des électrons formant les nouvelles liaisons. Trois schémas
principaux sont possibles :
X Y→ X +Y
Elle conduit à la formation de deux radicaux libres, atomes ou groupes d’atomes possédant un
électron impair, sans charge électrique.
La formation des liaisons peut résulter de deux processus :
• Réunion de deux radicaux, avec mise en commun de leurs deux électrons impairs pour former un
doublet partagé, selon le mécanisme de la covalence :
Y +Z →Y Z
Exemple :
CH3 + CH3 → H3C CH3
• Réaction entre un radical et une molécule, pour donner un nouveau radical et une nouvelle molé-
cule, par attaque soit sur une liaison σ, soit sur une liaison π :
Y +A B → Y A+ B
Exemple
CH4 + Cl → CH3 + H Cl
Y + A– B → Y A–B
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Exemple
Les réactions de ce type concernent particulièrement des composés comportant des liaisons non,
ou peu, polarisées (exemple : les hydrocarbures saturés, cf. chapitre 8). La rupture homolytique peut
être provoquée par la chaleur (thermolyse, réactions thermiques) ou par le rayonnement, ultraviolet
notamment (photolyse, réactions photochimiques), qui apportent l’énergie nécessaire. Ces réactions
se produisent surtout en phase gazeuse.
111
Partie I ■ Chimie organique générale
Le point de rupture de la molécule est déterminé par la plus ou moins grande stabilité des radicaux
qui se formeront, la réaction passant préférentiellement par l’intermédiaire le plus stable. Les radi-
§ 5.2.3 caux tertiaires sont plus stables que les secondaires, qui le sont eux-mêmes plus que les primaires :
R
R
R’ C plus stable que CH plus stable que R CH2
R’
R’’
Cette notion de stabilité des radicaux est cependant toute relative : sauf cas particuliers (stabilisa-
page 94
tion par résonance), ce sont des espèces très instables et très réactives, dont la durée de vie est de
l’ordre de 10–6 seconde.
Les réactions radicalaires sont souvent des réactions en chaîne. La chloration des alcanes en sera
chap. 8, un exemple typique.
§ 8.2.2
La formation d’une liaison, selon le processus inverse, correspond au schéma classique de la coor-
chap. 4,
dinence : mise en commun d’un doublet déjà constitué, apporté par l’un des deux atomes, l’autre
§ 4.4 disposant d’une case vide :
Y + Z Y Z
Cependant les étapes élémentaires de rupture et de formation des liaisons ne sont pas toujours
entièrement distinctes et successives. Elles peuvent être plus ou moins simultanées et on dit alors que
la réaction est « concertée » :
Y +Z X → Y Z + X
Les deux fragments X et Y peuvent être des ions de signes opposés, si la rupture s’est produite dans
une molécule neutre :
Exemple
CH3 — I → CH3+ + I–
Mais l’un d’eux peut être une molécule et l’autre un ion, si l’espèce initiale était un ion :
Exemple
+
+
CH3 — OH2 → CH3 + H2O
La seule règle générale est la conservation de la charge globale : la somme algébrique des charges
présentes dans le second membre de l’équation-bilan doit être égale à celle des charges présentes
dans son premier membre. Cette règle est également valable lors de la formation d’une liaison, qui
peut elle aussi mettre en jeu soit deux ions, soit une molécule et un ion, soit encore deux molécules.
112
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
Les réactions hétérolytiques concernent les composés qui comportent des liaisons plus ou moins
fortement polarisées. Elles peuvent avoir lieu à la température ordinaire, en phase liquide dans un
§ 5.6
solvant, surtout si ce dernier est « polaire », grâce aux phénomènes de solvatation.
Question 5.D
Quelle raison pourrait justifier que les réactions hétérolytiques sont beaucoup plus fréquentes
que les réactions homolytiques (pensez simplement aux caractéristiques des liaisons impliquées
par ces deux types de mécanisme).
Les divers modes de rupture et de formation des liaisons au cours des réactions hétérolytiques,
ainsi que la manière de les représenter par des conventions graphiques, sont regroupés schématique-
ment en fin de chapitre. page 118
a) Carbanions et carbocations
Parmi les intermédiaires des réactions hétérolytiques, les carbanions et les carbocations jouent un rôle
particulièrement important.
Un carbanion
C’est un anion dont la charge négative est portée par un atome de carbone : CH3– ou CH3 — C≡ C–
sont des carbanions, mais CH3 — CH2 — O– n’en est pas un car la charge y est portée par un hétéroa-
tome (l’oxygène).
Parmi les divers modes de formation d’un carbanion, le plus simple est la rupture hétéroly-
tique d’une liaison entre un carbone et un atome moins électronégatif que lui, par exemple un chap. 26,
métal : § 26.1.2
Exemple
δ– δ+ –
CH3 C C Na → CH3 C C + Na +
Le carbone chargé d’un carbanion conserve donc le doublet de la liaison rompue et, par suite, porte
un doublet libre.
Un carbanion saturé a une géométrie pyramidale, inscrite dans un tétraèdre dont la quatrième
direction est occupée par le doublet libre (même géométrie que celle de l’ammoniac par chap. 2,
exemple). § 2.2
+ b
Carbanion C– Carbocation a C
b c
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a c
Un carbocation
+
C’est un cation dont la charge positive est portée par un atome de carbone : CH3 — CH2 ou
+ +
C6H5 — CH — CH3 sont des carbocations, mais CH3 — NH3 n’en est pas un, car la charge y est portée
par un hétéroatome (l’azote).
Parmi les divers modes de formation des carbocations, le plus simple est la rupture hétéroly-
tique d’une liaison entre un carbone et un atome plus électronégatif que lui, par exemple un chap. 26,
halogène. § 26.1.1
113
Partie I ■ Chimie organique générale
Exemple
δ+ δ– + –
CH3 CH2 Cl → CH3 CH2 + Cl
Le doublet de la liaison rompue demeure sur l’atome le plus électronégatif de sorte que le carbone
chargé possède une case vide.
Le carbone d’un carbocation n’étant entouré que de trois doublets, les trois liaisons qu’il forme
chap. 2,
§ 2.2 sont coplanaires.
Il est important de retenir qu’un cation est d’autant plus stable qu’il est substitué par des groupes
alkyles. On a alors tendance à considérer un groupe alkyle comme « donneur d’électron » capable de
stabiliser le carbocation par effet inductif donneur. L’explication est en fait plus complexe et repose
sur le phénomène d’hyperconjugaison qui dépasse le cadre de ce chapitre (voir 26.1.1.d).
Inversement, l’effet inductif répulsif des groupes alkyles défavorise un carbanion tertiaire par rapport
à un carbanion primaire, car il tend au contraire à accroître la charge négative du carbone porteur du
doublet libre. Par contre, un substituant attracteur ( comme F dans CF3 — CH–2 par exemple) exerce un
effet favorable à la stabilité, en dispersant la charge négative.
La résonance, dans un carbocation ou dans un carbanion, peut être également un important facteur
de stabilisation, comme dans les exemples suivants :
+ + δ+ δ’+
CH3 CH CH CH2 CH3 CH CH CH2 ou CH3 CH CH CH2
– δ–
CH3 CH C CH3 CH3 CH C CH3 ou CH3 CH C CH3
O O– O δ’–
Enfin, des facteurs géométriques peuvent également intervenir dans la stabilité des carbanions et
des carbocations. En particulier, la plus grande stabilité des carbocations tertiaires provient en partie
de la « décompression » qui accompagne le passage d’une structure tétraédrique à une structure copla-
naire, au moment de la rupture hétérolytique (RX → R+ + X–).
114
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
Question 5.E
Complétez les équations suivantes, en ajoutant les doublets libres, les cases vides ou les charges
qui manquent dans le second membre :
H — CO — OH → H — CO — O + CH3 — NH2 + H+ → CH3 — NH3
H
CH3 — CH=O + H+ → CH3 — CH — OH HC ≡ CH + NH–2 → HC ≡ C + NH3
Question 5.F
Si une réaction peut prendre deux chemins, comportant respectivement comme intermédiaire
soit un carbocation primaire, soit un carbocation tertiaire, lequel choisira-t-elle préférentielle-
ment et pourquoi ?
Primaire
Primaire Primaire Secondaire
SecondaireSecondaire Tertiaire
TertiaireTertiaire
Primaire
(+–) (+–H) H (+–) H Secondaire
(+–) (+–R’
) R’(+–) R’ (Tertiaire
+
–R’
–) (+) R’(+–) R’
R R CPrimaire
CR(+–) H C C CR(+–) R’
R R Secondaire C R R CTertiaire
CR(+–) R’
C
R CH (+–) HH H R C(H +–) HR’ H R C(R’’ +
–)
R’’
R’ R’’
R C H R C H R C R’’
H H R’’
Carbocations
Carbocations
Carbocations
Carbocations
Carbocations
Carbanions
Carbanions
Carbanions
Carbanions
Carbanions
Les mêmes facteurs, électroniques et stériques, ont des effets inverses sur la stabilité des
chap. 5,
carbanions et des carbocations, en raison du signe différent de leur charge et de leur géomé- § 5.3.2.a
trie différente. Ces différences de stabilité ont une influence importante sur l’orientation des § 5.2.3
réactions.
Des informations complémentaires sur les modes de formation des carbanions et des carbocations,
ainsi que sur leurs divers comportements chimiques, seront apportées dans des chapitres ultérieurs. chap. 26,
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c) Électrophiles et nucléophiles
Certains réactifs ont besoin, pour se lier, d’un doublet d’électrons fourni par leur « partenaire ». Ils
réagissent donc préférentiellement sur les sites de forte densité électronique ; on les appelle réactifs
électrophiles. Ils disposent d’une case vide, ou susceptible de se libérer au cours d’un mécanisme
concerté. Les cations, entre autres, entrent évidemment dans cette catégorie.
Il faut entendre ici par « réactif » toute espèce réagissante, molécule ou ion, présente au début d’une
réaction.
115
Partie I ■ Chimie organique générale
D’autres, au contraire, possèdent les électrons nécessaires à la formation d’une liaison, sous la
forme soit d’un doublet libre, soit d’un doublet facilement mobilisable au cours d’un mécanisme
concerté. Ils réagissent donc préférentiellement avec les sites de faible densité électronique ; on les
appelle réactifs nucléophiles. Les anions, entre autres, appartiennent à cette catégorie.
La répartition des électrons dans une molécule, la localisation des sites excédentaires (δ–) ou défi-
citaires (δ+), jouent donc un rôle fondamental dans le déroulement des différentes phases d’une réac-
tion hétérolytique, et les effets inductif et mésomère, précédemment décrits, y prennent une grande
importance.
On arrive ainsi à l’idée qu’une réaction n’est pas conditionnée uniquement par la nature du groupe-
ment fonctionnel, mais également par son environnement, qui peut contribuer à satisfaire, ou à contra-
chap. 1,
§ 1.2.2
rier, les exigences électroniques de la réaction : polarisation et polarisabilité des liaisons, disponibilité
des électrons, etc.
Toute la chimie des réactions hétérolytiques (qui sont les plus nombreuses) est commandée par cette
dualité nucléophile-électrophile, ou encore donneur-accepteur d’électrons. Dans toute réaction de ce
type, il y a nécessairement un électrophile et un nucléophile (comme dans toute réaction d’oxydo-réduc-
tion il y a nécessairement un oxydant et un réducteur). Si A a un comportement électrophile (accepteur)
vis-à-vis de B, on peut tout aussi bien dire que B a un comportement nucléophile (donneur) vis-à-vis de A.
On parle également de réactions électrophiles ou nucléophiles, mais ces expressions ne peuvent
reposer que sur une convention fixant le réactif par rapport auquel on considère la réaction. Dans
certains cas, ce choix est assez évident, ainsi dans la réaction :
δ+ δ–
Na+ OH– + CH3 Br → CH3 OH + Na+ Br –
δ– δ+ δ+ δ–
CH3 MgBr + CH3 Br → CH3 CH3 + MgBr2
la première molécule subit une « attaque » électrophile de la part de la seconde, et la seconde une
« attaque » nucléophile de la part de la première. Il n’y a pas, par ailleurs, de raison déterminante de
considérer plutôt l’une que l’autre comme le « substrat » et la réaction peut donc indifféremment être
qualifiée d’électrophile ou de nucléophile, selon la molécule à laquelle on porte intérêt et sur laquelle
on étudie les conséquences de la réaction.
On peut instituer une classification des réactions prenant en compte à la fois leur bilan et leur
mécanisme du point de vue électronique. Ainsi, pour les réactions de substitution, on peut distinguer
§ 5.1.1 les substitutions nucléophiles, électrophiles ou radicalaires.
116
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
Exemple
Soit la réaction entre le buta-1,3-diène CH2=CH — CH=CH2 et l’éthylène CH2=CH2 pour donner le
cyclohexène :
On notera qu’un transfert circulaire en sens inverse de celui qui est suggéré ci-dessus (sens des ai-
guilles d’une montre) conduirait au même résultat. La représentation qui est utilisée (flèches courbes)
n’a qu’une valeur purement schématique et le terme même de « transfert circulaire » ne doit pas être
pris à la lettre.
(*) L’atome qui garde le doublet ne gagne que l’équivalent d’un électron, et non de deux, puisque
ce doublet lui « appartenait déjà à moitié » ; il acquiert donc une charge − 1, et non − 2. Pour la
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
même raison, l’atome qui perd le doublet acquiert une charge + 1, et non + 2.
117
Partie I ■ Chimie organique générale
Passe sur l’un des deux atomes qu’il liait : Se réemploie dans une nouvelle liaison :
A B →A B A B C→A B C
• σ → n +
CH3 – Cl → C H3 + Cl– • σ → σ
CH3 – Cl + AlCl3 → CH+3 + AlCl4–
• σ → π
H – CH2 – CH+2 → H+ + H2 C=CH2
• π → σ +
CH3 – CH=O + H+ → CH3 – C H – OH
Le doublet du nucléophile
• n → σ • n → σ ⇒ σ → n
OH– + (CH3)3C+ → (CH3)3 C – OH NH–2+ H – C≡ C – H → NH3 + –C≡ CH
• n → σ ⇒ π → n
OH
OH– + C6H5 – CH=O → C6H5 – CH – OH–
• n → π ⇒ σ → n
OH OH
CH3 C O– → CH3 C O + EtO–
OEt
Par convention, les flèches indiquent le « sort » des doublets électroniques ; elles vont
donc toujours du nucléophile (donneur) à l’électrophile (accepteur).
118
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
Inversement, la mise en commun d’un doublet sont déficitaires sans avoir de case vide ; dans
libre (formation d’une liaison par coordinence) BF3 ou AlCl3, B ou Al ont une case vide et ne sont
entraîne la création d’un déficit électronique pas déficitaires (sauf par polarisation des liai-
(charge + 1) sur le « donneur » et d’un excédent sons, ce qui est un autre point de vue).
électronique (charge – 1) sur « l’accepteur ». De même il n’y a pas de relation entre la
Mais, là encore, ces charges s’ajoutent algébri présence d’une charge – et la présence ou l’ab-
quement à celles qui se trouvent éventuelle- sence d’un doublet libre : dans AlCl–4 l’alumi-
ment déjà présentes : nium a quatre doublets partagés ; dans NH3, N
+ porte un doublet libre.
H3C — CH2 + Cl– → H3C — CH2 — Cl
Enfin, bien des erreurs peuvent être évitées si l’on
CH3– + H2C=O → CH3 — CH2 — O– garde à l’esprit la règle de conservation des
charges : en toute hypothèse et quoi qu’il arrive,
Il est utile d’observer d’autre part qu’il n’y a pas
la somme algébrique des charges doit être la
de relation entre la présence d’une charge + et
même dans les deux membres de l’équation bilan
l’existence ou l’absence d’une case vide (lacune
+ d’une réaction, qu’il s’agisse de la réaction globale
électronique) : dans NH+4 ou R — OH2, N ou O
ou d’une de ses étapes.
Exemples
• La cétone (CH3)3C — CO — C(CH3)3 ne manifeste pas les propriétés habituelles de sa fonction, par
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
suite de l’encombrement que créent les deux groupes tertiobutyles — C(CH3)3 autour du carbone
fonctionnel.
• La nitration d’un hydrocarbure benzénique de la forme C6H5 — R s’effectue principalement sur les
positions « ortho » et « para » du cycle :
R R R
HNO3
(Ortho) et (Para)
NO2 O2N
et la proportion dans laquelle s’obtiennent les deux isomères dépend fortement de la grosseur de R,
qui gène plus ou moins l’approche de la position ortho (avec R = CH3 : ortho 61 %, para 39 % ; avec
R = C(CH3)3 : ortho 18 %, para 82 %).
119
Partie I ■ Chimie organique générale
• Les acides maléique (A) et fumarique (B) sont stéréoisomères, mais seul le premier peut être trans-
formé en anhydride (C). Dans le second, en effet, les deux fonctions acides COOH sont trop éloignées
l’une de l’autre.
H COOH H COOH H CO
H COOH HOOC H H CO
• La fermeture d’un cycle est plus difficile pour un petit cycle (trois ou quatre carbones) que pour
un cycle moyen, en raison de la déformation imposée aux angles de liaison (de 109,5° à 60° pour
chap. 2, le cyclopropane), et également de l’obligation faite aux liaisons C — H de se trouver en position
§ 2.3.2 éclipsée.
Si une réaction susceptible de donner deux stéréoisomères fournit l’un d’eux préférentiellement, mais
non exclusivement, elle est dite stéréosélective.
Divers exemples de telles situations seront rencontrés dans la suite. On verra alors comment des
observations de cette nature peuvent être interprétées en termes de mécanismes réactionnels.
120
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
Exemple
l’acide acétique, CH3 — COOH P CH3 — COO – + H+
Une base est une espèce (molécule ou ion) susceptible de fixer un proton :
Exemple +
la méthylamine, CH3 — NH2 + H+ P CH3 — NH3
Certaines espèces peuvent jouer les deux rôles, elles sont amphotères :
Exemple
l’éthanol,
Les processus de gain ou de perte d’un proton sont toujours réversibles. Ainsi, l’ion CH3 — CO–2,
formé à partir de l’acide acétique par perte de H+, peut inversement fixer un proton pour former une
+
molécule CH3 — COOH ; c’est donc une base. L’ion CH3 — NH3 peut perdre un proton pour donner
une molécule CH3 — NH2 ; c’est donc un acide.
De ce fait, à chaque acide correspond une base (sa base conjuguée), de même qu’à chaque base
correspond un acide (son acide conjugué), selon la relation générale :
Acide P Base + H+
Un acide et sa base conjuguée forment un couple acidobasique. La plupart de ces couples corres-
pondent à l’une des deux formes :
BH P B– + H+
ou BH+ P B + H+
Un acide peut être fort ou faible, selon qu’il cède facilement ou difficilement un proton. De même,
une base peut être forte ou faible, selon qu’elle a une tendance forte ou faible à se combiner avec un
proton. En conséquence, dans un couple, si l’acide est fort sa base conjuguée est faible, et inverse-
ment. Par exemple, HCl est un acide fort parce que sa base conjuguée Cl– est faible, présentant peu
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Exemple
la réaction entre l’acétylène HC≡ CH et l’ion amidure NH2–
1
HC ≡ CH + NH2– P HC ≡ C– + NH3
2
peut être considérée comme la somme de deux « demi-réactions » (fictives) :
HC ≡ CH P HC ≡ C– + H+
et NH2– + H+ P NH3
121
Partie I ■ Chimie organique générale
Des deux bases HC≡ C– et NH–2, la seconde est la plus forte, de sorte que la réaction évolue préfé-
rentiellement dans le sens 1.
Le schéma général d’une réaction acidobasique entre eux couples (1) et (2) est donc :
Acide (1) + Base (2) P Base (1) + Acide (2)
et un tel équilibre évolue préférentiellement vers la formation de l’acide et de la base les plus faibles
(qui sont nécessairement dans le même membre de l’équation-bilan).
La dissociation d’un acide dans l’eau est un cas particulier de réaction acidobasique, dans lequel l’eau
joue le rôle d’une base, au sein du coupe H3O+/H2O (H3O+ étant l’ion hydronium, ou proton hydraté) :
BH + H2O P B– + H3O+
Exemple
HCOOH + H2O P HCOO– + H3O+
Cette réaction sert de référence usuelle pour définir la force acide d’un couple. Sa constante d’équi-
libre porte le nom de constante d’acidité Ka du couple
[B−][H3O+]
Ka =
[BH]
On utilise aussi, pour caractériser l’acidité d’un couple, la valeur de son pka :
pka = – log ka
Il ne faut pas perdre de vue que ka et pka sont définis pour des solutions aqueuses, et ne peuvent pas
être utilisés pour d’autres milieux.
Relations acidobasicité-structure
Fondamentalement, l’acidité (on dit aussi la « labilité de l’hydrogène ») est associée à une certaine
facilité de rupture hétérolytique pour une liaison A — H selon le schéma A H. La basicité, quant à
elle, est associée à la présence d’un doublet libre permettant la fixation d’un ion H+ par coordinence
(protonation), selon le schéma :
A + H+
Mais tous les composés hydrogénés ne sont pas des acides (CH4 n’en est pas un) et, dans une molé-
cule à caractère acide, tous les H ne sont pas labiles (dans CH3 — COOH seul l’H lié à l’oxygène l’est
vraiment). De même, la présence de doublet(s) libre(s) n’apporte pas toujours le caractère basique
(Cl–, avec quatre doublets libres n’est pratiquement pas basique).
L’existence, et la force, des caractères acide et basique sont sous la dépendance de divers facteurs
structuraux, électroniques ou géométriques. Certains interviennent dans la molécule initiale (polari-
sation de la liaison C — H, création d’une forte densité électronique sur l’atome porteur d’un doublet
libre). D’autres interviennent au niveau de l’espèce conjuguée : un acide est d’autant plus fort que sa
base conjuguée est plus stabilisée comparativement à lui, et une base d’autant plus forte que son acide
conjugué est plus stabilisé comparativement à elle.
Des exemples variés de ces effets structuraux seront rencontrés dans la suite. Les principaux facteurs
dont ils montreront l’influence sont :
• l’électronégativité, la polarisation des liaisons et l’effet inductif [cf. 13.1 ; 15.2] ;
• la polarisabilité et le rayon des atomes [§ p. 353] ;
• la résonance et ses conditions géométriques [§ p. 264, 16.2 ; 18.2 ; 19.2.1 ; 21.1.2] ;
chap. 10,
§ 10.2 • l’hybridation.
122
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
F B F Cl Al Cl Zn2+ H3C Mg Br
F Cl
Selon cette façon de voir, toute formation d’une liaison par coordinence constitue une réaction du
type acide-base. On peut observer, d’autre part, qu’un acide de Lewis est un électrophile, et qu’une
base de Lewis est un nucléophile, mais ces analogies ne sont que qualitatives.
2. la dissociation : les deux ions se séparent et se « solvatent » plus ou moins, c’est-à-dire s’entourent
d’une « coquille » de molécules de solvant :
La présence d’un solvant peut favoriser l’apparition d’ions intermédiaires, sous une forme plus ou
moins réactive, au niveau de chacune de ces deux étapes, en exerçant un pouvoir ionisant et/ou un
123
Partie I ■ Chimie organique générale
pouvoir dissociant. Pour interpréter ces divers effets, il faut distinguer chimiquement trois types prin-
chap. 26,
cipaux de solvants :
§ 26.3.7 • solvants protiques : capable de donner des liaisons hydrogène c’est-à-dire porteur d’hydrogènes
acides (déficitaires en électrons) liés à un hétéroatome. Exemple l’eau H2O :
H δ+
H O δ–
O H δ+
H
• solvants aprotiques : ne pouvant pas donner de liaisons hydrogène, cette catégorie de solvants peut
être divisée en 3 sous catégories :
• les aprotiques dipolaires possédant un fort moment dipolaire, exemple : le
diméthylsulfoxyde (DMSO) (CH3)2S = O et l’acétonitrile CH3CN ;
• les aprotiques peu polaires de moment dipolaire moyen exemple : l’éther
diéthylique (CH3CH2)2O ;
• et enfin les aprotiques apolaires dénués de moment dipolaire : ce sont tous les hydrocarbures.
Par ailleurs, et indépendamment de ces caractères chimiques, les solvants possèdent (comme tout
milieu matériel) une constante diélectrique ε plus ou moins grande (hydrocarbures : environ 2 ; étha-
nol : 25 ; diméthylsulfoxyde : 45 ; eau : 80). Cette constante intervient dans la facilité avec laquelle les
ions se séparent, dans la phase de dissociation. Elle figure en effet au dénominateur de l’expression
de la force électrostatique d’attraction entre deux charges de signes contraires (loi de Coulomb), qui
est d’autant plus faible que la constante ε du milieu est grande. L’eau est donc un solvant fortement
dissociant.
Mais les effets de solvant les plus importants résultent des interactions que celui-ci peut établir, soit
avec les molécules initiales (pouvoir ionisant), soit avec les ions formés (pouvoir de solvatation).
• Les solvants protiques, généralement du type A — OH, forment des associations avec les sites
négatifs, et solvatent particulièrement les anions. Ils favorisent par exemple l’ionisation des dérivés
halogénés RX, et la formation d’un cation libre, donc très réactif :
δ+ δ– δ+ δ+ δ– δ+ δ+
R X+H O A→R X H O A → R+ + X– H O A
Les réactions qui s’effectuent par l’intermédiaire du carbocation R+ sont donc facilitées (accélé-
chap. 13,
§ 13.2.1.a rées) par un solvant protique. C’est le cas, par exemple, des réactions de type « SN1 ».
• les solvants aprotiques dipolaires ou aprotiques peu polaires ont principalement un caractère
donneur d’électrons, par le (ou les) site(s) négatif(s) qu’ils possèdent (ils possèdent généralement
aussi un ou des sites positifs, mais ils sont souvent moins accessibles que les sites négatifs, et ne
jouent pas le rôle principal).
Ils solvatent tout particulièrement les cations, et favorisent donc la formation d’anions libres, très
réactifs. Ils « activent » entre autres les bases et les nucléophiles anioniques.
Exemples
• La base CH3O–, provenant de la dissociation du méthylate de sodium CH3ONa en CH3O– et Na+, en-
lève un H+ sur un carbone 109 fois plus vite dans le diméthylsulfoxyde que dans le méthanol CH3OH
(le DMSO solvate Na+ et libère CH3O–, alors que le méthanol solvate CH3O– par liaison hydrogène).
• La substitution de I– par F– dans CH3I est 107 fois plus rapide dans le DMSO que dans l’éthanol.
124
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
En revanche, si le réactif nucléophile est une molécule (H2O, NH3) et non un anion, l’effet est beau-
coup plus faible.
On obtient des résultats spectaculaires dans ce domaine par l’utilisation de composés, appelés
cryptants, dont la molécule possède une cavité aux dimensions du cation à retirer du milieu. Celui-ci
se trouve « mis en cage » et ne peut plus interagir avec l’anion qui doit produire la réaction. page 349
Exemples
• Nombre d’oxydation du carbone dans le méthane CH4 : C étant plus électronégatif que H, on lui at-
tribue (fictivement) les doublets des quatre liaisons C — H ; avec une couche externe de huit électrons,
au lieu de quatre dans l’atome neutre, il porterait alors une charge – 4, et son N.O. est donc – IV.
• Nombre d’oxydation des deux carbones dans l’éthylène H2C=CH2 : les doublets des deux liai-
sons C — C sont partagés entre les deux C (un électron à chaque carbone) puisqu’ils ont par défi-
nition la même électronégativité, et ceux des liaisons C — H sont attribués à C. Chaque C dispose-
rait alors de six électrons externes, soit deux de plus que dans l’atome neutre, sa charge serait – 2
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
et son N.O. est donc – II (la somme des N.O. dans la molécule est nulle, puisque celui de chaque H
est + I).
• Nombre d’oxydation du carbone fonctionnel dans un aldéhyde R — CH=O : les quatre électrons de
la double liaison C=O sont attribués à O, ceux de la liaison C — H à C et le doublet de la liaison R — C
(en fait liaison C — C) est partagé. Avec trois électrons externes, soit un de moins que dans l’atome
neutre, le carbone porterait une charge + 1, et son N.O. est + I.
125
Partie I ■ Chimie organique générale
Réactions d’oxydoréduction
Les réactions d’oxydoréduction mettent en jeu un réducteur (qui sera oxydé) et un oxydant (qui sera
chap. 18,
réduit). Elles comportent donc toujours à la fois une oxydation et une réduction simultanées. Cepen-
§ 18.2.3 dant on désigne souvent certaines de ces réactions comme des « oxydations » (exemple : les réactions
d’oxydation des aldéhydes) ou comme des « réductions » (exemple : les réactions de réduction des
dérivés nitrés). Ce faisant, on porte attention uniquement à ce qu’il advient du substrat, c’est-à-dire de
la molécule principale que la réaction a pour but de transformer. Mais une oxydation du substrat a
toujours pour contrepartie la réduction du réactif (par exemple KMnO4), de même que la réduction du
substrat a toujours pour contrepartie l’oxydation du réactif (par exemple H2, Zn, etc.).
Bien des réactions organiques, que l’on ne songerait pas a priori à classer « redox », comportent en
fait des variations de nombres d’oxydation.
Exemples
• La chloration du méthane (CH4 + Cl2 → CH3Cl + HCl) est une oxydation pour le carbone dont le N.O.
passe de – IV à – II, et une réduction pour les deux atomes de chlore dont le N.O. passe de 0 à – I.
• L’hydrogénation d’une double liaison C=C, par exemple celle de l’éthylène (H2C=CH2 + H2 → H3C — CH3)
est une réduction pour les deux C, dont le N.O. diminue de 1, et une oxydation pour les deux H dont le
N.O. passe de 0 à + I. Mais l’hydrogénation d’un aldéhyde R — CH=O en alcool primaire R — CH2OH est
une réduction uniquement pour le carbone fonctionnel, dont le N.O. passe de + I à – I, et l’oxygène, qui
pourtant « reçoit » aussi un H, ne voit pas son N.O. varier, car il est toujours l’élément le plus électroné-
gatif dans la nouvelle liaison O — H et « conserve » tous ses électrons.
La prise en compte des variations de nombre d’oxydation au cours des réactions organiques n’ap-
porte pas toujours des éléments décisifs de compréhension, et on n’y porte donc pas intérêt dans tous
les cas. Elle permet cependant d’établir une « hiérarchie » des fonctions, fondée sur le degré d’oxyda-
tion du carbone fonctionnel, et peut concourir à l’établissement d’une classification des réactions qui
permettent de passer d’une fonction à une autre.
En chimie minérale, la prise en compte des variations des nombres d’oxydation est un moyen
souvent utilisé pour équilibrer les bilans réactionnels, surtout lorsqu’ils comportent de nombreuses
espèces, et des coefficients stœchiométriques élevés. En chimie organique, les bilans redox sont en
général plus faciles à équilibrer (cf. les exemples précédents), mais dans certains cas ce procédé peut
cependant rendre service.
Exemple
L’hydroxylation d’un alcène par le permanganate de potassium en milieu initialement neutre (il de-
p. 217
vient ensuite basique) correspond au bilan (non équilibré) suivant :
R — CH=CH — R’ + MnO4– → R — CHOH — CHOH — R’ + MnO2
Au cours de la réaction, le N.O. de chacun des deux carbones doublement liés passe de – I à 0, soit une
variation globale de + 2. Par ailleurs le manganèse passe du N.O. + VII dans le permanganate au N.O.
+ IV dans le dioxyde, soit une variation de – 3. L’équilibrage se réalisera donc sur la base de six élec-
trons formellement échangés (6 étant le plus petit commun multiple de 2 et de 3), d’où les coefficients
suivants :
3R — CH=CH — R’ + 2MnO4– → 3R — CHOH — CHOH — R’ + 2 MnO2
Cette équation indique l’équivalence entre l’alcène et le permanganate (3 moles pour 2 moles), ce qui
est le principal. Mais on peut terminer l’équilibrage de la manière habituelle, en faisant intervenir l’eau
et la production d’ions OH– :
3R — CH=CH — R’ + 2MnO4– + 4H2O → 3R — CHOH — CHOH — R’ + 2 MnO2 + 2 OH–
126
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
OBJECTIFS
EXERCICES ET QCM
Reconnaître si une réaction est une substitution, une addition, une élimination, un
réarrangement.
Situer sur le profil énergétique d’une réaction les états initial et final, l’état de transition, le ou
les intermédiaire(s), l’énergie de réaction, l’énergie d’activation.
Connaissant l’équation-bilan d’une réaction et sa loi de vitesse, reconnaître s’il est possible
ou non qu’elle ne comporte qu’une étape.
Déterminer si une espèce est nucléophile ou électrophile.
Dans une réaction acidobasique, identifier l’acide et la base, selon Brönsted ou selon Lewis.
Prévoir sur quel site d’une espèce donnée se portera préférentiellement une attaque
nucléophile ou électrophile.
Entre deux carbocations ou deux carbanions, identifier le plus stable.
QCM
Les solutions se trouvent à la page 617.
1. Les conditions pour qu’une réaction soit possible
a. ΔG < 0
b. apport d’énergie suffisant
c. ΔG < 0 et vitesse non nulle
d. énergie d’activation faible
3. Un carbocation
a. est un cation dont la charge est portée par un atome de carbone
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
127
Partie I ■ Chimie organique générale
5. Un carbocation résonant
a. existe sous forme de plusieurs formes de résonance en équilibre
EXERCICES ET QCM
6. Un catalyseur
a. modifie le bilan thermodynamique d’une réaction
b. modifie le profil énergétique d’une réaction
c. peut modifier le nombre d’étapes d’une transformation
d. peut modifier la nature du produit de la réaction
7. Stéréosélectivité et stéréospécificité
a. si une molécule initiale conduit après réaction à une seule configuration, la réaction est dite
stéréospécifique
b. si une réaction susceptible de donner deux stéréoisomères fournit le mélange des deux stéréoi-
somères dont l’un d’eux est majoritaire, la réaction est dite stérésélective
c. si chacune des configurations d’une molécule initiale conduit après réaction à une seule confi-
guration, la réaction est dite stéréospécifique
d. si une réaction susceptible de donner deux stéréoisomères fournit l’un d’eux uniquement,
la réaction est dite stérésélective
exercices
Les solutions se trouvent à la page 627.
5-a 1) Donner la définition d’un électrophile et d’un nucléophile.
2) Pour chaque ion ou molécule suivant, dire s’il s’agit d’un nucléophile ou d’un électrophile.
+
H– HO– BF3 R3N C2H5OH –
+ +
RO– NH4 NO2 AlCl3 H2O H2S P(C6H5)3
5-b Déterminez le (ou les) site(s) sur le(s)quel(s) se portera préférentiellement l’attaque du réactif
dans chacun des cas suivants (le « réactif » est indiqué en second) :
a) H3C — CH — CH3 + Cl• d) H3C — C — OCH3 + OH–
=
—
CH3 O
b) H3C — CH2 — NH2 + H+ e) H3C — CH = CH2 + H+
+
c) CH2 = CH — CH — CH3 + CI– f) H3C — CH2Br + NH3
128
Chapitre 5 ■ Les réactions et leur mécanisme
5-c Établir à quel type de mécanisme (addition, substitution, élimination) appartiennent les réactions
suivantes :
EXERCICES ET QCM
a) CH3CH2CH2 — Br + NaOH → CH3CH2CH2 — OH + NaBr
b) CH3CH2CH2—Br + NaOH → CH3CH = CH2 + H2O + NaBr
c) CH3CH = CH2 + HBr → CH3CH2CH2Br
d) CH3CHO + HCN → CH3CH(OH)CN
e) C6H6 (benzene) + 3 H2 → C6H12 (cyclohexane)
5-f Écrivez les formes mésomères possibles du composé suivant et en déduire les sites pouvant être
attaqués par un nucléophile :
O
CH3 — CH = CH — CH = CH — C
H
H
a) b) c)
CH2
CH3 CH3
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
H3C
5-h Le diméthylsulfoxyde (DMSO) (p. 128) est un solvant moyennement visqueux. Lorsque de
l’eau lui est additionnée progressivement, la viscosité du mélange commence par augmenter, atteint
un maximum puis finit par diminuer. Interpréter cette observation.
129
Partie I ■ Chimie organique générale
5-i Déterminer le Nombre d’Oxydation du carbone (s’il n’y en a qu’un) ou du carbone marqué d’un
astérisque des composés suivants :
EXERCICES ET QCM
5-j Déterminer le Nombre d’Oxydation du carbone fonctionnel des composés impliqués dans les
réactions suivantes puis dire s’il s’agit de réactions d’oxydation ou de réduction.
a) CH2 = CH2 → CH3CH3
b) CH3CH2OH → CH3CHO
c) CH3CH2CH2CH3 → CH3CHClCH2CH3
d) CH4 → CO2
e) CH3COOH → CH3CH2OH
130
La détermination
Chapitre
des structures 6
PRÉALABLES
Masse molaire, atomique et moléculaire
Formules développées planes ; notion de fonction et principales fonctions chap. 1
Mots-clés
Absorption (du rayonnement) Déplacement chimique
Bande d’absorption Distillation
Chromatographie Loi de Lambert-Beer
Coefficient d’extinction Infrarouge
Composition centésimale Résonance magnétique nucléaire
Constantes physiques Spectrophotométrie
Corps pur Ultraviolet
Couplage de spins
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
#ALVSRQ
Quelle technique peut-on utiliser pour déterminer la configuration Z ou E d’un acide
gras insaturé de formule CH3—(CH2)m—CH=CH—(CH2)n—COOH ?
L es chapitres précédents, et les nombreuses informations qu’ils contiennent sur la structure des molé-
cules, témoignent que nous possédons à ce sujet beaucoup de renseignements, très précis. Pourtant,
personne n’a jamais vu une molécule, et nos connaissances dans ce domaine ne peuvent être acquises que
par des méthodes indirectes.
131
Partie I ■ Chimie organique générale
Le chimiste organicien peut passer plus de temps à identifier et à caractériser les composés qu’il prépare, et
à déterminer leur structure, qu’à en faire la synthèse. Il dispose pour cela d’un « arsenal » de techniques
physiques, extrêmement performantes, applicables à des échantillons minimes (quelques milligrammes,
ou même moins), faisant appel à un matériel très sophistiqué, largement automatisé et informatisé (et très
coûteux).
Ce chapitre évoque les étapes de la démarche conduisant à élucider la structure d’un composé, et donne en
particulier les bases de quelques-unes de ces méthodes physiques.
Il n’est pas impossible d’y parvenir sans aucune information initiale sur la nature du composé. Mais il
est rare, en fait, que dans ce genre de travail on doive partir « de zéro », et avancer entièrement à
l’aveuglette. Souvent, en effet, on peut faire des hypothèses raisonnables, en fonction de travaux
antérieurs dans le même domaine ; c’est le cas, par exemple, lorsqu’on a appliqué une réaction d’un
type connu à des composés qui n’y avaient jamais encore été soumis. Fréquemment on cherche donc
à confirmer une structure supposée, plutôt qu’à élucider une structure totalement inconnue.
132
Chapitre 6 ■ La détermination des structures
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Partie I ■ Chimie organique générale
• La chromatographie, fondée sur une différence d’affinité des constituants d’un mélange pour un
« adsorbant ».
La chromatographie en phase gazeuse (ou en phase « vapeur », d’où le sigle usuel CPV) permet de
séparer les constituants de mélanges de gaz ou de liquides volatils. L’appareillage consiste essentiel-
Web lement en un long tube (plusieurs mètres) de faible diamètre (quelques millimètres), rempli d’un
solide en grains fins ou en poudre, imprégné d’un liquide non volatil, qui constitue la « phase station-
naire ». Un échantillon du mélange est introduit, à l’état gazeux, à une extrémité du tube, dans lequel
il est entraîné par un courant de gaz inerte, jouant le rôle de « gaz vecteur » (généralement de l’azote
ou de l’hélium). Les constituants du mélange progressent dans le tube à des vitesses différentes, en
fonction de l’affinité plus ou moins grande qu’ils peuvent avoir avec la phase stationnaire. Ils en
sortent donc successivement, et non simultanément, et un « détecteur », placé à la sortie du tube,
permet de repérer leur passage, signalé par un « pic » sur un enregistrement.
134
Chapitre 6 ■ La détermination des structures
Si l’opération est faite dans un but purement analytique (vérifier la pureté d’un produit, dénombrer
et doser les constituants d’un mélange), les gaz sortant du tube ne sont pas récupérés. Mais on peut
aussi « piéger » et récupérer chaque constituant du mélange à la sortie, et la CPV devient alors « prépa-
rative ». Mais elle ne peut fournir que des quantités faibles de produits purs.
1) 2) 3)
Figure 6.4 Séparation de deux pigments végétaux par chromatographie sur papier.
1) Extraction des pigments : découpez une feuille d’épinard en tout petits morceaux et broyez-les lon-
guement, avec 2 à 3 mL d’alcool « à 90° », dans le fond d’une tasse ou d’un petit verre avec la pointe
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Partie I ■ Chimie organique générale
La chromatographie en phase liquide est une technique analogue, à ceci près que la phase station-
naire est un solide en poudre (silice, alumine…) et la phase mobile une solution d’un mélange de
solutés, le gaz vecteur étant remplacé par un solvant pur.
Une autre forme de chromatographie liquide-solide est la chromatographie sur papier (fig. 6.4), ou sur
couche mince d’un solide en poudre étalée sur un support (verre, aluminium etc.). Là encore on peut
Web distinguer la chromatographie analytique et préparative.
En recherche, la chromatographie sur couche mince (ccm) est utilisée pour suivre l’évolution d’une
réaction. Soit la réaction A → B dont le temps réactionnel est inconnu, un suivi réactionnel pourra être
Web
effectué par chromatographie sur couche mince (ccm).
Au temps T0, un spot contenant le produit de référence A est déposé à la base d’une plaque ccm à
l’aide d’un capillaire. Le spot est élué avec un solvant permettant la migration du produit A à une
hauteur donnée de la plaque.
Au temps T1, deux spots sont déposés sur une autre plaque, le premier contenant le produit de réfé-
rence A et le second, le mélange de la réaction. Après élution, l’analyse de la ccm montre la formation
du produit B mais également que la réaction n’est pas terminée puisqu’un spot apparaît au niveau de
migration du produit A.
Au temps T2, l’opération est renouvelée, le produit A a totalement disparu au profit du produit B, la
réaction est alors terminée.
Front de solvant
A A
sens
d'élution c
B B a
b
Ligne de dépôt
Réf. réaction Réf. réaction Réf.
T0 T1 T2
Produit A de référence Spots du produit A de Spots du produit A de
référence et du mélange référence et du mélange
réactionnel contenant A réactionnel ne contenant
et B plus que B
Le rapport frontal (Rf) d'un composé est le rapport de la distance ligne de dépôt-composé sur la dis-
tance ligne de dépôt-front de solvant. Il est compris entre 0 et 1, et est caractéristique du composé,
du matériau de la plaque et du système d'éluant.
Exemples : Rf (A) = a/c et Rf(B) = b/c
• L’extraction par solvant, fondée sur une différence de solubilité dans un solvant, ou sur le partage
des constituants d’un mélange entre deux solvants non miscibles.
• La cristallisation fractionnée, fondée sur la différence de solubilité de deux solides dans un
liquide (solvant), ou sur leur différence de point de fusion.
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Chapitre 6 ■ La détermination des structures
La détermination quantitative de l’azote s’effectue d’une façon particulière : tout l’élément azote
contenu dans le composé organique est transformé en diazote N2 gazeux, dont on mesure le volume.
Il n’y a pas de méthode simple pour doser directement l’oxygène, dont la proportion présente dans
un composé organique se détermine par différence :
O % = 100 – (somme des % de tous les autres éléments présents).
Les techniques d’analyse élémentaire quantitative ont été portées à un haut degré de perfectionne-
ment et d’automaticité. Le dosage des éléments est possible sur des échantillons minimes, de l’ordre
de quelques milligrammes (« microanalyse ») dans des laboratoires spécialisés auxquels ordinaire-
ment les chimistes adressent leurs produits.
Question 6.A
Pour réaliser l’analyse élémentaire d’un composé dans lequel on n’a pu identifier directement que
les éléments C, H et N, on procède à l’oxydation complète d’un échantillon de 0,120 g. On obtient
88 mg de CO2, 72 mg d’eau et 44,8 mL de diazote (volume mesuré à 0 °C et sous 1 atm). Quelle
est la composition centésimale de ce composé ?
composition centésimale et de sa masse molaire permet tout au moins de lui attribuer une formule brute.
Il suffit pour cela d’écrire qu’il y a le même rapport entre 100 g et la masse molaire qu’entre les
masses de chaque élément contenues respectivement dans 100 g (c’est-à-dire la composition centési-
male en cet élément) et dans une mole.
Exemple
Un composé formé des éléments C, H et O, dont la formule brute est donc de la forme CxHyOz, a la
composition suivante : C % 68,2 ; H % 13,6 ; O % 18,2. Sa masse molaire a été trouvée égale à 88.
Quelle est sa formule brute ?
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Partie I ■ Chimie organique générale
On trouverait de même que y = 11,97 ≈ 12 et que z = 1. La formule brute du composé est donc C5H12O.
Question 6.B
Une analyse élémentaire a conduit aux résultats suivants : C % 78,62, H % 8,36, N % 12,99.
Apporte-t-elle une présomption favorable à l’identification d’un composé auquel on pense pou-
voir attribuer une structure correspondant à la formule brute C7H9N (les erreurs d’expérience
sont de l’ordre de ± 0,5 %).
Question 6.C
L’analyse élémentaire d’un composé organique a conduit à lui attribuer la compo