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"Analyse de 'Une charogne' de Baudelaire"

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Lecture analytique n°2 

: une charogne : Baudelaire, les fleurs du mal -1857

Introduction  :
Le poète est celui qui métamorphose la réalité ordinaire dans tout ce qu’elle a
d’abject, grâce à la force du langage poétique. La beauté n’est plus dans le référant
mais dans l’acte de création. On parle d’autotélisme. Le père de la modernité
poétique, Baudelaire, dans son œuvre phare Les Fleurs du mal publiée en 1857, il a
transformé en poésie tout matériau banal. Ce recueil de poème transpose le Mal
baudelairien en terreau sur lequel fleuriront ses poèmes. Ce texte soumis à notre
analyse, intitulé « Une charogne », extrait de la section « Spleen et Idéal », décrit une
promenade d’un couple interrompue par une vision d’horreur : l’apparition d’un
cadavre en décomposition. Ici, c’est la charogne et non la femme qui se place au
centre du poème.
Alors, quels sont les enjeux de la description de la charogne ?
Dans un premier temps, nous allons voir la description de cette charogne du vers1 au
vers 12.
Dans un deuxième temps, nous allons examiner cette prophétie cruelle du vers 13 au
vers 24.
1-la description de la charogne  : [du vers 1 au vers 12]
Vers 1 : le poème s’ouvre sur une évocation d’un souvenir, tout en faisant songer à
un poème d’amour traditionnel, en empruntant une expression romantique et
élogieuse typique de la poésie traditionnelle « mon âme ». Ce souvenir évoqué par
l’interpellation de l’objet aimé par le vocatif et l’apostrophe affective « mon âme ».
Ainsi que le déictique « nous » qui renvoie à l’union du couple.
Mais, la forme de cette phrase, qui est emphatique, mais l’accent sur le substantif
« objet ». Cet objet sera bel et bien le sujet central de notre poème et pourtant
Baudelaire ne l’a pas nommé pour créer un effet de suspense.
Vers 2 : Dans un cadre temporel idéal comme le suggère l’hyperbole « si doux »,
Baudelaire détourne avec ironie le topo romantique de la promenade amoureuse,
suggérée par l’allitération en « s » qui ajoute à ce cadre une touche de douceur et de
grâce.
Vers 3+4 : Quant au décor de cette scène, il est bucolique, voire idyllique, dans
lequel une charogne se présente, ce qui marque un contraste. En effet, cette charogne
est mise en valeur en tant que sujet central de ce poème par la césure du vers 3. Bien
que ce contraste, met l’accent sur les thématiques Baudelairiennes du beau et du laid,
présenté par une antithèse entre « beau » au V.2 et « infâme » au V.3, tout en
inversant les valeurs traditionnelles.

1
Ainsi que la rime « âme » V.1 avec « infâme » V.3 appuie le détournement cynique
des marques de l’amour courtois. Et que « le lit semé de cailloux » fait penser à un
tombeau en pierre. Cette idée nous fait penser à la fin de ce poème qui suggère là où
la femme aimée finira un jour, mais aussi, nous fait penser à un autre poème de
Baudelaire « Alchimie de la douleur » dans lequel, on repère le terme
« Sarcophage ».
Vers 5+6 : Ensuite la deuxième strophe s’ouvre sur une personnification de la
charogne à travers une comparaison avec la femme. Cette comparaison s’accompagne
d’allusions à forte connotation sexuelle par un vocabulaire érotique tel que
« jambes », « lubrique », « brûlante » et « suants ». Ici, on a l’impression que
Baudelaire s’est perdu entre l’évocation de la charogne et l’imagination de la femme.
Vers 7 + 8 : Ces deux vers poursuivent la représentation d’une femme sans gêne qui
se transforme en femme de joie par l’évocation des adjectifs
péjoratifs « nonchalante » et « cynique », que le terme « ventre » renvoie à une
ouverture du sexe féminin qui comme le suggère le groupe adjectival « plein
d’exhalaison ». Une telle description n’est pas surprenante, car le poète avait
principalement ce genre de fréquentation.
Vers 9 : Puis la 3ème strophe débute avec l’allégorie de la nature par l’évocation du
« soleil » qui contraste avec le terme « pourriture » d’où l’antithèse de ce vers entre
« rayonnait » et « pourriture ». Ici on repère la nature toute-puissance éternelle, la
création qui perdure alors que la créature se désagrège et se décompose.
Vers 10 : Dans ce poème, la charogne est présentée sous plusieurs images, parmi
l’une d’elles, ce vers 10 qui renvoie au monde culinaire :
Comme si la femme aimée ou la charogne devient un vulgaire morceau de viande. Ce
qui souligne le côté bestial de l’homme.
Vers 11+12 : L’hyperbole du vers11 « rendre au centuple » marque le retour au cycle
de la vie et de la mort. En effet, La Nature est divinisée, sacralisée par Baudelaire par
la majuscule, et fait joindre ses deux points dans une telle harmonie. Ce qui ramène
aux images d’une balade amoureuse surprenante avec la rencontre d’une charogne
qui est désintégrée.
2-Une prophétie cruelle  : [du vers 13 au vers 24]
Vers 13+14 : Cette quatrième strophe commence par un tiret qui marque l’adresse
directe au destinataire, on a l’impression qu’un dialogue va se mettre en place entre le
poète et sa bien-aimée. D’ailleurs, le pronom personnel « vous » nous rappelle
l’apostrophe « mon âme » du premier vers. Donc Baudelaire va s’adresser à sa bien-
aimée, mais l’adverbe d’opposition « pourtant » marque une rupture entre ce qui est
attendu à être dit par la suite et ce qui a été dit. En effet, par le recours au futur simple
« vous serez » explique comment le poète passe de la remémoration à la prédilection,
ainsi il passe du souvenir du cadavre des premières strophes à la décomposition futur
de la femme.
2
Quant à l’adjectif « semblable » marque l’identification de la femme avec la
charogne. Qui est décrite ici en tant qu’horreur accentuée par le pléonasme « horrible
infection »
Vers15+16 : Ces deux vers se constituent d’expressions romantiques et élogieuses en
tant qu’adresse amoureuse et galante, sous forme de métaphores qui sonnent comme
des clichés.
Mais en faisant rimer « passion » avec « infection » du vers précèdent, le poète
détourne avec cynisme les marques de l’amour courtois. Ainsi on relève les diérèses
dans ces deux termes qui soulignent bien l’ironie de Baudelaire, dont on perçoit
l’humour grinçant dans l’appui sur le « i ».
Vers 17 : Le « Oui » est un adverbe d’affirmation invariable qui rappelle le destin
inéluctable de la femme aimée, renforcée par le futur simple « serez » qui évoque la
certitude du poète en interpellant sa bien-aimée par le vocatif et l’apostrophe « O la
reine des grâces ».
Vers 18+19+20 : Ici Baudelaire, au lieu d’idéaliser la femme comme le veut la
tradition poétique, met en évidence la réalité funeste qui attend la beauté de la
femme.
Par un euphémisme « les derniers sacrements » et un complément circonstanciel de
lieu « sous l’herbe et les floraisons grasses », on a un adoucissement de l’idée de
l’enterrement : moment totalement saisissant, force dans l’écriture du poète.
Quant au vers 20, il y annonce la dernière strophe de ce poème, par le verbe
« moisir » qui anime la scène de décomposition.
Vers 21+22 : L’adverbe « alors » de la dernière strophe marque une rupture dans la
narration, comme pour résumer à la fin. Et par le biais de la césure de ce vers, on
repère un parallélisme très puissant entre les deux termes « beauté » et « vermine ».
Cette métaphore destructrice illustre le fait que ce n’est pas le poète amoureux qui va
manger des baisers mais bien des insectes. A travers cette comparaison à l’érotisme
macabre, Baudelaire conjugue à nouveaux deux forces opposées : Eros qui présente
le désir et Thanatos qui présente la mort. Ce vers laisse transparaitre l’ironie du poète.
Vers23+24 : On remarque que dans ces deux derniers vers, la disparition du « nous »
et du « vous » remplacés par la première personne du singulier « je » qui dénote
l’ancrage de Baudelaire dans son discours. Comme une ultime chute de ce poème qui
se clôt par l’expression « mes amours décomposés » qui rappelle que Baudelaire, par
le biais de sa poésie, a toujours su transformer la laideur en beauté.
Conclusion  :
Ce poème illustre le projet poétique de Baudelaire dans les Fleurs du mal : extraire la
beauté du mal ou de l’horrible.
Il démontre ici la force sublimatoire de l’Art, qui fait sa supériorité. Le poète prouve
ici sa modernité ; en détournant les clichés de la poésie traditionnelle.
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