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Guérison
Romance
contemporaine
Olivia Myers
Contentu
Guérison
Trouble
Guérison
La taverne Olde Towne était fidèle à
mon souvenir. De la brique à l’extérieur, des
piliers de bar à l’intérieur, cramponnés à leur
tabouret pour tenir debout.
– Pincez-moi, mais ne serait-ce pas
Justine Martin en personne ? a lancé la bar-
maid. Elle a fait le tour du bar et m’a serrée
affectueusement dans ses bras.
J’ai souri quand elle s’est écartée de moi.
Kate n’avait pas changé d’un poil depuis le
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lycée ; mêmes cheveux noirs en pétard,
mêmes bottes de combat.
– Qu’est-ce qui t’amène ici ? a-t-elle de-
mandé en m’entraînant vers un tabouret au
bout du comptoir, qu’elle a essuyé d’un coup
de torchon avant de m’inviter à m’asseoir.
– Je suis venue pour le mariage de ma
mère. Et toi, qu’est-ce que tu fais ici ?
Kate avait de grands rêves autrefois et
aucun n’impliquait un bar dans une banlieue
de New York. Elle m’a versé un Dirty Martini
— extra Dirty — et a soupiré.
– Les aléas de la vie, tu vois ?
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J’ai hoché la tête. Je voyais.
– Mes parents ont divorcé quand j’étais
au lycée et ma mère s’est retrouvée sur la
paille. J’ai déménagé, changé de collège et
trouvé un boulot ici. Il était censé être
temporaire.
– Désolée.
Elle a balayé mes excuses d’un geste de
la main.
– C’est pas grave. Qu’est-ce que tu devi-
ens ? Tu rêvais d’aller en Afrique, tu l’as
fait ?
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Oh, l’Afrique. Si seulement j’avais pu y
aller.
– Excusez-moi, a dit une voix grave der-
rière moi. Vous parlez de l’Afrique ?
Kate a levé les yeux et sa bouche s’est
ouverte.
Je me suis retournée et j’ai failli tomber
de mon siège. Un homme — grand, musclé,
avec des fossettes — nous observait de ses
yeux noisette interrogatifs.
– Je rentre d’Afrique.
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Son pantalon kaki froissé et sa chemise
à col américain, ainsi que son visage hâlé, in-
diquaient qu’il disait vrai.
– Pardon, je m’appelle Trey, il a dit en
tendant la main.
Je lui ai serré la main, mais je n’arrivais
pas à trouver mes mots.
Kate est venue à mon secours et nous a
présentées à l’inconnu.
Trey s’est assis sur le tabouret à côté du
mien et a commandé une bière.
– J’espère que ça ne va pas me faire
dormir. J’essaie de rester debout
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suffisamment tard pour gommer le décalage
horaire.
J’ai hoché la tête, toujours incapable de
parler.
– Où étiez-vous en Afrique ? a demandé
Kate en posant la bière devant lui. Un verre ?
Il a secoué la tête et a bu une gorgée au
goulot.
– Au Soudan. J’ai passé un mois dans
un camp de réfugiés.
Comme si son physique ne suffisait pas.
Sérieusement, ce type aurait pu sortir tout
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droit d’un écran de cinéma au lieu de la
savane.
Il a posé son regard de braise sur moi et
j’ai décidé que je ne pouvais pas rester
muette comme une potiche. Il fallait que je
montre un minimum de ma personnalité.
– C’est fascinant. J’ai failli aller au Bot-
swana un jour.
Ses yeux ont brillé.
– Failli ?
– C’est une longue histoire, ai-je dit avec
un sourire désabusé.
– J’ai du temps.
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Oh là là.
– Je croyais que vous aviez peur de vous
endormir, ai-je dit, retrouvant ma présence
d’esprit.
Il a ri, d’un rire profond et puissant.
– Une autre fois, alors.
Oh ? Il voulait donc me revoir ? Au bout
de quelques minutes seulement ?
Il a mordu sa lèvre, ce qui a attiré mon
attention sur sa bouche. Nous venions à
peine de nous rencontrer, mais je ne pouvais
pas m’empêcher d’imaginer ses baisers. Je
parie qu’il embrasse bien, ai-je songé.
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– Désolée de vous interrompre, a dit
Kate. Un autre martini ?
Pourquoi pas ? Je ne voulais pas partir
maintenant. Pas avec Trey dans la place —
sympa, souriant et fascinant.
J’ai souri en rejetant mes boucles noires
derrière mon épaule.
– Volontiers, j’ai dit. Puis à Trey :
Parlez-moi du Soudan.
Kate m’a lancé un regard complice et est
partie à l’autre bout du bar, me laissant seule
avec le bienfaiteur sexy. Mes rêves les plus
fous se réalisaient. Enfin, pas encore.
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Trey m’a parlé des enfants au ventre dis-
tendu, des bébés qu’il avait vaccinés et des
gens défigurés par des blessures horribles.
Le poids de ses personnes, si loin de nous,
pesait lourd sur ses épaules. Bien que
chaleureux, ses yeux étaient hantés par d’at-
roces images. Il n’oublierait jamais les
hommes, les femmes et les enfants qu’il avait
rencontrés.
Alors qu’il me racontait ce qu’il avait vu,
nos genoux se sont touchés et un courant
magnétique est passé entre nous.
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– Je demande rarement ça, mais... vous
ne voulez pas qu’on aille ailleurs ?
Mon cœur s’est arrêté de battre au son
grave et rauque de sa voix. Le temps de le
fantasmer au-dessus de moi, ses mains ru-
gueuses sur ma peau brûlante.
J’ai dégluti.
– Je réponds rarement ça, mais... oui.
Il a souri et la douleur qu’on lisait dans
ses yeux s’est un peu adoucie.
***
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À l’extérieur du bar, il m’a pris la main
et nous avons descendu la rue principale. Sa
main enveloppait complètement la mienne,
forte, sûre et complice. Un essaim de papil-
lons voletait dans mon ventre, et je me sen-
tais fiévreuse, excitée et un peu nauséeuse.
Je n’avais pas été avec quelqu’un depuis
longtemps. Plusieurs mois, au moins. J’avais
un job accaparant et mal payé. Je ne sortais
pas souvent.
– Ce n’est pas très loin, il a dit en re-
gardant droit devant lui.
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Nous avons marché en silence quelques
minutes. Avait-il laissé sa belle éloquence au
bar ? Tant que je ressentais une attirance
mutuelle entre nous, je me fichais qu’on
parle ou pas.
Mais le silence a fini par devenir insup-
portable. Il fallait que je trouve un truc à
dire. C’est lui qui a parlé en premier.
– Vous vivez dans le coin ? m’a-t-il
demandé.
– Plus maintenant. J’ai grandi ici, mais
je vis à Brooklyn maintenant.
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– C’est super Brooklyn. Que faites-vous
dans la vie ?
– Je suis une enseignante à l’école
primaire.
Il a levé les sourcils et hoché la tête.
– Noble métier.
Noble, oui, mais pas aussi sexy qu’un
poste humanitaire dans des camps de réfu-
giés africains.
Nous avons marché jusqu’à l’allée d’une
modeste maison à un étage éclairée par le
clair de lune. L’herbe fraîchement coupée
parfumait la brise nocturne et j’ai frissonné.
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– Vous avez froid ?
Trey a passé son bras autour de moi et
m’a attirée contre lui. L’essaim de papillons
s’est envolé dans ma gorge.
Il s’est arrêté sur le perron.
– J’espère que ce n’est pas trop cavalier,
mais je voulais faire ça depuis que vous avez
dit « c’est une longue histoire ».
Il a pris mon menton d’une main, a levé
mon visage vers le sien et il m’a embrassée.
Ses lèvres douces et chaudes ont exploré
les miennes, avant de devenir plus
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insistantes. Il a passé une main dans mes
cheveux, sans lâcher ma taille de l’autre.
Trop tôt à mon goût, il s’est écarté. Il a
fouillé dans sa poche, a sorti des clés et a
ouvert la porte. Mais à peine étions-nous à
l’intérieur de l’entrée étroite qu’il a refermé
la porte et m’a attirée de nouveau près de lui.
Mes lèvres se sont volontiers entrouvertes.
Il m’a entraînée dans un couloir que je
n’ai pas vu, puis dans une chambre que je ne
pouvais pas voir. Ses mains n’ont pas quitté
mon corps — elles caressaient fiévreusement
ma taille, mes hanches, mes fesses. Je me
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suis assise sur le lit et il s’est penché vers
moi, me dévorant la bouche de ses lèvres
brûlantes. Il m’a poussée en arrière et s’est
allongé à côté de moi.
– Salut, il a dit.
J’ai souri.
– Salut.
– Tout va bien ?
En guise de réponse, je l’ai embrassé et
j’ai laissé mes mains explorer son torse puis-
sant et ses abdos tendus, qui formaient
naturellement un V pointant vers sa queue. Il
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a grogné et j’ai senti son sourire contre mes
lèvres.
Je me suis redressée et je l’ai regardé. La
lune éclairait la pièce et mes yeux se sont ad-
aptés à l’obscurité. Il a voulu me toucher,
mais je me suis écartée, le temps d’enlever
mes sandales.
Il a ri et j’ai senti de l’électricité me par-
courir le corps. Ses chaussures ont fait un
bruit sourd en tombant sur le sol, puis il a re-
porté toute son attention sur moi.
Les papillons se sont envolés et je me
suis abandonnée au plaisir de ses mains. Il a
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commencé par mon visage, a embrassé mes
lèvres, caressé mes joues, joué avec mes
cheveux. J’ai bientôt eu l’impression que ses
mains et ses lèvres étaient partout en même
temps. Il me léchait à un endroit et m’enl-
evait un vêtement à un autre.
J’ai frotté mon corps nu contre son
corps habillé. C’était l’une des expériences
les plus sensuelles de toute ma vie.
Sa boucle de ceinturon s’est enfoncée
dans mon ventre.
– Laisse-moi me débarrasser de ça, il a
murmuré dans mes cheveux.
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Je me suis penchée sur lui et l’ai attiré
contre moi.
– Je m’en occupe, ai-je soufflé.
J’ai tiré d’un coup sec sur son ceinturon
et j’ai desserré son pantalon. Pendant ce
temps, ses doigts continuaient d’explorer son
corps. Ma peau était brûlante. Partout où il
me touchait, un foyer s’allumait.
J’ai enlevé sa chemise par la tête. Dès
qu’il s’est retrouvé torse nu, il m’a entourée
de ses bras puissants et a glissé ses mains
vers mon cul.
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J’ai tiré sur les jambes de son pantalon
kaki pour l’enlever. Nous étions enfin nus
tous les deux, peau contre peau.
Il est descendu le long de mon corps, en
m’embrassant en chemin.
Je me tortillais dans les draps frais, les
doigts emmêlés dans ses cheveux.
Ses doigts ont exploré mon sexe. Ils en
ont écarté les plis roses et m’ont pénétrée.
J’ai gémi en respirant fort, ce qui l’a excité.
Ses doigts me faisaient frissonner de plaisir.
J’ai serré mes cuisses autour de sa main ; il a
inséré un genou entre elles pour les écarter.
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Sa langue s’activait sur mon téton. J’ai
couiné d’impatience.
Cela faisait si longtemps, je voulais qu’il
passe à l’étape suivante. J’ai pris sa queue en
main.
– Viens dans mon ventre.
Sa main est remontée de mon entre-
jambe à mon visage. Il a pressé sa bite contre
ma vulve et il m’a pénétrée. Je me suis al-
longée sous lui, frémissante de désir. Le va-
et-vient de sa queue m’a fait grimper de plus
en plus haut, jusqu’au bord de l’orgasme.
N’en pouvant plus, j’ai hurlé son nom tandis
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que mon corps vibrait entre ses bras. Il a
donné trois derniers coups de reins puis-
sants, a gémi et je l’ai senti jouir en moi, lui
aussi.
Il m’a serrée dans ses bras, m’a em-
brassé sur la tempe et au front en dessinant
le contour de mon nez, de mes joues, de ma
bouche. Après quelques minutes, ses mains
se sont immobilisées et sa respiration est
devenue régulière. Il s’était endormi. Je l’ai
regardé. Le décalage horaire avait eu raison
de lui ; il semblait si paisible endormi.
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Décalage horaire, car il était rentré du
Soudan aujourd’hui.
Je me souvenais d’une époque de ma vie
où mon rêve était d’aller aider les gens en
Afrique. Le Corps de la Paix avait accepté ma
candidature et m’envoyait au Botswana.
Mais juste avant de partir, mon père avait
fait une crise cardiaque et j’étais restée à la
maison pour m’occuper de lui et soutenir ma
mère.
Mon rêve s’était brisé en un instant.
Ce rêve me hantait depuis lors. Je ne re-
grettais pas ma décision d’être restée. Mes
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parents avaient besoin de moi à ce moment-
là et j’ai fait passer ma famille avant moi. Je
referais le même choix aujourd’hui.
Je ne pouvais pas m’empêcher de penser
à ce qu’aurait été ma vie si j’avais eu la
chance de réaliser mon rêve et de partir en
Afrique. Peut-être que je serais quand même
institutrice, peut-être que je vivrais aussi à
Brooklyn. Je ne le saurai jamais.
Je ne savais pas non plus où cette soirée
me mènerait. Une fois encore, je devais
choisir ma famille.
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Aussi silencieusement que possible, je
me suis levée, j’ai enfilé mes vêtements à la
va-vite et je suis sortie de chez Trey.
J’ai marché jusqu’au bar, je suis montée
dans ma voiture et j’ai roulé jusqu’à chez ma
mère. Elle avait besoin de moi ce matin.
C’était le jour de son mariage.
***
– Justine, comment aurais-je fait sans
toi ? a dit ma mère tandis que je mettais la
touche finale à son maquillage.
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– Tu aurais demandé à Eileen de t’aider.
Sa meilleure amie s’affairait en bas, don-
nant des instructions de dernière minute au
fleuriste et au traiteur.
Maman m’a tapoté la main gentiment.
– Je suis heureuse que nous passions
ces derniers moments de tranquillité
ensemble.
– Moi aussi.
Elle était restée seule pendant plusieurs
années après la mort de mon père et j’avais
été ravie qu’elle rencontre Mark l’année
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dernière, un avocat qui gagnait bien sa vie et
qui prendrait soin d’elle.
– Je me réjouis que tu rencontres enfin
le fils de Mark, Trevor. Il est si difficile de
vous avoir ensemble, vous êtes tout le temps
occupés.
Comme si j’avais hâte de rencontrer
mon nouveau demi-frère, le docteur de ces
dames. Chirurgien esthétique, il avait bâti sa
fortune en transformant les femmes pour
qu’elles plaisent aux hommes. Moi, je m’ef-
forçais à donner une éducation décente à des
enfants des quartiers défavorisés. Ouais, je
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ne devrais pas le juger ; je remboursais en-
core mon prêt étudiant et je n’aurais sans
doute jamais les moyens de voyager plus loin
que ma banlieue natale. Alors l’Afrique...
La vision de Trey descendant sa langue
humide vers mon entrejambe est soudain ap-
parue dans un flash et j’ai rougi. Au moins,
pour une fois, je n’avais pas regretté de
devoir dormir en banlieue !
– La journée va être agitée, bien sûr, a
continué ma mère, interrompant mes
pensées lubriques. Aussi, Trevor nous a in-
vités à dîner dans son appartement de
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Manhattan demain soir. N’est-ce pas ador-
able ? Cela nous offrira à tous les quatre l’oc-
casion de mieux nous connaître et de
ressembler plus à une famille — juste avant
que Mark et moi nous envolions pour Tahiti.
Ouais, sympa. Un dîner intime dans
l’appart de luxe d’un gratte-ciel avec vue sur
le fleuve. Allez, pour ma mère, j’essaierai de
bien me tenir. J’essaierai de ne pas reprocher
à mon cher demi-frère de créer les
problèmes au lieu d’apporter des solutions.
J’ai mis une dernière touche de poudre à
ma mère.
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– Je suis vraiment contente pour toi
d’avoir trouvé quelqu’un qui te rend
heureuse.
Elle a pressé ma main et a repoussé les
larmes qui brillaient dans ses yeux.
– Merci, ma chérie. Tu trouveras
quelqu’un bientôt, toi aussi.
Évidemment, elle n’était pas au courant
de mes ébats de la nuit. J’ai essayé de ne plus
penser à Trey, en vain. J’aurais sans doute
dû laisser un mot avec mon numéro. Mais
ensuite, j’aurais attendu désespérément qu’il
m’appelle. Au moins, comme ça, je garderai
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de lui un merveilleux souvenir. Que je me re-
passerai en boucle pendant des mois le soir
dans mon lit...
Nous sommes descendues rejoindre
Eileen pour partir dans la limousine qui nous
attendait. Maman et elle ont bavardé durant
tout le trajet vers l’hôtel, notamment de la
lune de miel à venir.
L’hôtel avait été construit quand j’étais à
l’école primaire et ça avait fait grand bruit à
l’époque. Il ressemblait à un gigantesque
chalet suisse, choix architectural insolite
pour une banlieue de New York.
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Nous avons poussé maman vers un
salon privé près de la salle de bal en attend-
ant les premières notes du Canon de Pachel-
bel. Quand la musique a résonné, je me suis
mise en quête du cavalier qu’on m’avait at-
tribué pour marcher à son bras.
Un homme m’attendait à l’entrée de la
salle de bal. Il me tournait le dos. Il portait
un smoking noir cintré qui semblait avoir été
fait sur mesure. Des épaules larges, une taille
étroite, et de longues jambes qui me rap-
pelaient étrangement quelqu’un avec qui
j’avais passé un moment délicieux cette nuit.
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Il est retourné et je me suis immobilisée.
Mon cœur a dû cesser de battre également.
– Justine.
Les yeux de Trey se sont baladés sur
moi, du bout pointu de mes escarpins à l’ai-
guille scintillante des talons, puis sur ma
robe courte en mousseline de soie rose
jusqu’aux boucles noires relevées en chignon
sur ma tête.
– Waouh, tu es sublime.
J’ai rougi.
Eileen nous a poussés vers la salle de
bal.
39/288
– Allez, les enfants. Qu’est-ce que vous
attendez ?
J’ai regardé Trey de nouveau. Il était vis-
iblement habillé en tenue de mariage et
j’étais censée avoir pour cavalier le fils de
Mark. Ça ne pouvait pas être lui.
– Tu es Trevor ?
Il a hoché la tête et une expression hor-
rifiée a déformé mes traits. J’avais couché
avec lui hier soir. Avec mon...
Contrairement à moi, Trey ne semblait
pas gêné par ce que nous avions fait. Il a
souri.
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– Justine et Trevor, a dit Eileen, allons-
y. Allons unir vos parents.
Trey... Trevor... a pris mon bras et nous
avons remonté l’allée.
Je n’arrivais pas à le croire. Le médecin
humanitaire craquant et adorable avec qui
j’avais couché cette nuit était Trevor, le
chirurgien esthétique bourré de fric ?
Comment était-ce possible ? Je ne savais pas
quelle partie de l’histoire était la plus indi-
geste. Sa vie de riche docteur, si éloignée du
bénévolat, ou le fait qu’il allait devenir mon
demi-frère ?
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J’ai senti une montée de bile dans ma
gorge, que j’ai ravalée. Peu importe, cela n’al-
lait pas gâcher le mariage de ma mère.
– Pourquoi tu ne m’as pas dit ton vrai
nom ? j’ai chuchoté.
– Mes amis m’appellent Trey, alors je
pense que c’est mon vrai nom.
– Tu savais qui j’étais ?
Il ne pouvait pas le savoir. Il n’aurait pas
sciemment couché avec sa future demi-sœur.
N’est-ce pas ?
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– Bien sûr que non, il a murmuré en re-
tour, en envoyant des sourires aux gens assis
dans la salle comme s’il s’en fichait.
Et le fait est qu’il avait l’air de se foutre
du monde. Il se faisait une tonne de fric qu’il
claquait dans des appartements somptueux,
des voitures de luxe et des voyages à travers
le monde. OK, ce n’était que pure supposi-
tion. Je n’avais aucune idée de la façon dont
il dépensait réellement son argent. Je ne
pouvais que l’imaginer.
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– Mais on n’est pas vraiment parents, tu
sais, a-t-il dit. On n’a rien fait de mal hier
soir.
Hier soir. Je me suis souvenue de ses
lèvres sur les miennes et un foyer s’est al-
lumé dans mon bas-ventre. J’ai balayé ce
souvenir. Ce n’était vraiment pas le moment.
Nous sommes arrivés à la hauteur du
pasteur et de Mark. Mon futur beau-père. Le
père de Trey.
Trey m’a fait un baisemain et s’est in-
stallé à côté de son père. Je suis mise de
l’autre côté du pasteur et j’ai tourné la tête
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pour voir ma mère s’avancer vers l’autel.
Mon cœur s’est dilaté à l’expression de joie
sur son visage.
J’ai regardé Mark, mais il n’avait d’yeux
que pour ma mère. Il rayonnait de bonheur.
Mes yeux ont dévié vers Trey et nos re-
gards se sont croisés. Il m’a fait un clin d’œil.
Il était aussi horripilant que j’avais tou-
jours imaginé les personnes dans son genre.
Maman et Mark se sont dit « oui », les
gens les ont applaudis et acclamés, et la céré-
monie s’est terminée. Trey a glissé son bras
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sous le mien et nous avons fait semblant de
remonter l’allée tout sourire.
– Tu es vraiment très belle, il m’a dit.
Ses mots ont provoqué des picotements
désagréables sur ma peau. Il était mon demi-
frère, maintenant. Il n’avait plus le droit de
dire des choses comme ça. Mais quelque
part, j’étais flattée.
Pour ma mère, j’ai souri sur les photos
en faisant semblant d’être heureuse. Mais
dès que le photographe nous a libérés, j’ai
foncé au bar. J’hésitais entre commencer
46/288
doucement par du vin blanc ou noyer les
événements récents dans le martini.
– Un Dirty Martini ? a lancé une voix fa-
milière derrière moi.
J’ai fait volteface pour me retrouver nez
à nez avec mon récent demi-frère qui affi-
chait un large sourire et avait l’air terrible-
ment sexy dans son smoking. J’aurais voulu
le froisser pour qu’il ait l’air moins séduisant.
– Non, ai-je dit en regardant le barman.
Du vin blanc, s’il vous plaît.
Trey a éclaté de rire. Oui, c’était
vraiment très drôle. Réaliser que la meilleure
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nuit de ma vie ne se reproduirait plus. Et que
j’avais couché avec un chirurgien esthétique
qui passait sa vie à refaire des nez et à gon-
fler les nichons des bonnes femmes.
J’ai pris mon verre et je me suis éloignée
de lui. Je n’avais pas besoin de Trey. J’avais
plein d’autres personnes à qui parler. Ma
tante Vanessa et oncle Mike. Mes cousins.
Les amis de maman, Eileen, et Chis et
Joanne.
Ma mère et Mark ont ouvert le bal offici-
ellement sur At last d’Etta James.
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Le choix de cette chanson m’a serré le
cœur. Est-ce que papa lui manquait encore
parfois ? Moi, il me manquait. Le jour de
mon mariage, il ne serait pas là pour m’ac-
compagner à l’autel.
– Puis-je avoir cette danse ?
En regardant autour de moi, j’ai vu que
plusieurs personnes nous observaient. J’ima-
gine qu’ils espéraient voir « les enfants »
danser ensemble.
– Oui. Mais uniquement parce qu’on est
obligés de le faire
49/288
Il m’a prise dans ses bras et m’a fait
tournoyer au centre de la piste. Évidemment,
il était un excellent danseur ; il connaissait
les pas et savait se mouvoir avec élégance. Et
j’étais bien trop consciente de ses mouve-
ments et de leurs effets sur moi.
– Tu fais toujours ce que tu te sens ob-
ligée de faire ?
J’ai lâché un soupir d’agacement.
– Il est clair que non.
Il a ri de nouveau.
– Ah oui, c’est vrai. Je me souviens.
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Je lui ai lancé un regard pour voir s’il se
moquait de moi, mais ses yeux ne reflétaient
que du désir. Prise au dépourvu, j’ai dégluti,
incapable de décoller mes yeux des siens.
Nous avons continué à évoluer sur la
piste de danse, mais je ne savais pas com-
ment ni où nous étions. Je suivais ses pas. Il
me guidait avec ses hanches et ses cuisses, et
la douce pression de ses bras autour de moi.
Mes yeux étaient plongés dans les siens et
mon esprit battait de l’aile.
À la fin de la chanson, je l’ai repoussé et
je me suis enfuie. Je me suis précipitée hors
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de la salle et j’ai couru dans les couloirs de
l’hôtel jusqu’à la sortie. Dehors, j’ai essayé de
reprendre mon souffle. Comment était-ce
possible ? Je n’avais pas rencontré de mec
décent, un mec qui valait le coup, depuis des
mois. Et quand cela m’arrive enfin, c’est le
mauvais mec, à bien des égards.
– Est-ce que j’ai fait quelque chose de
mal ?
J’ai expulsé un soupir d’exaspération.
– Pourquoi tu me suis ? Je ne peux pas
avoir un moment à moi ?
52/288
– C’est seulement ça ? J’ai plutôt l’im-
pression que tu es furieuse contre moi.
J’ai fermé les yeux et j’ai essayé de
réfléchir en dépit du brouillard émotionnel
causé par sa présence. Par son odeur virile.
– Je ne suis pas furieuse contre toi. Je
suis furieuse tout court. La nuit dernière
était...
– La nuit dernière était quoi ?
– Incroyable.
Voilà, je l’avais dit, pour le meilleur ou
pour le pire.
Ses épaules se sont détendues.
53/288
– Pareil pour moi. Alors qu’est-ce qui ne
va pas.
– Ce que nous avons fait ne va pas. Nous
sommes parents maintenant, Trey. Ou dois-
je t’appeler Trevor comme mon beau-père ?
Il s’est éloigné de moi et a donné un
coup de pied dans le mur.
– Nous n’avons aucun lien de parenté,
aucun lien de sang. Nous n’avons même pas
grandi ensemble comme frère et sœur. Il n’y
a rien de mal à être ensemble.
Il avait peut-être raison, mais je ne
savais pas comment lui expliquer le reste.
54/288
Lui dire pourquoi on ne pourrait pas s’en-
tendre. Que nos valeurs étaient radicalement
opposées.
– Nous sommes trop... différents. Quoi
qu’il en soit, c’est le grand jour pour nos par-
ents, il ne s’agit pas de nous.
Je suis rentrée dans l’hôtel et j’ai rejoint
la salle de bal pour célébrer ce moment avec
ma mère.
***
Plus j’approchais de l’immeuble de Trey
sur l’East Side de Manhattan, plus je traînais
les pieds. Je n’avais aucune envie de passer
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la soirée avec lui, maman et Mark. Comme si
nous étions une famille !
J’ai frissonné en remontant péniblement
de la station de métro jusqu’à sa rue.
Son immeuble ressemblait à bien des
immeubles new-yorkais, sauf que je n’étais
jamais entrée dans un édifice aussi majes-
tueux. Le marbre rutilant de hall scintillait à
la lumière d’un lustre massif. Un portier en
manteau rouge m’avait ouvert la porte et un
autre homme en uniforme se tenait à côté de
la réception.
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Je n’étais pas habituée à luxe osten-
tatoire. Pire, il me faisait remettre en ques-
tion mes sentiments pour Trey et douter de
l’homme qu’il était vraiment. Je voulais
croire que le vrai Trey était l’homme que
j’avais rencontré dans le bar de Kate,
l’homme avec qui j’avais passé la nuit.
Cette seule pensée m’a fait rougir dans
l’ascenseur qui montait toujours plus haut.
Mais il était aussi ce riche chirurgien es-
thétique qui avait sans doute été en Afrique
uniquement pour soulager sa conscience de
la culpabilité de se faire autant d’argent. Est-
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ce qu’il avait une once de compassion pour
les gens ?
L’ascenseur a bipé et les portes se sont
ouvertes. J’étais au dernier étage de l’im-
meuble. Trey possédait un penthouse à Man-
hattan. Rien que ça !
Mon monde était tellement différent.
Des salles de classe défraîchies. Un minus-
cule studio sans clim où il faisait une chaleur
étouffante. Le métro au lieu du taxi.
La porte s’est ouverte avant que je
frappe. Une femme âgée aux cheveux tirés en
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arrière dans un chignon strict — et démodé
— se tenait dans l’entrée.
– Vous êtes Justine ? m’a-t-elle de-
mandé avec un accent.
J’ai hoché la tête. Elle a souri et m’a
tendu la main.
– Je suis Masha. Entrez, entrez.
Elle m’a accompagnée dans un salon
somptueux avec une immense baie vitrée
donnant sur l’East River baignée de la lueur
du soleil couchant.
Maman m’a rejointe près de la baie
vitrée.
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– Et là-bas, c’est Brooklyn, a-t-elle dit en
pointant un doigt. Ça a l’air joli vu d’ici.
Avant que je puisse répondre, Trey est
arrivé avec une bouteille de champagne. Des
flûtes étaient posées sur une table devant lui.
Il m’a lancé un petit sourire suffisant.
– Tu aimes la vue ?
Je l’ai ignoré. Je ne savais pas s’il était
sincère ou arrogant que sa vue surplombe
mon quartier bien moins huppé de la ville.
Il a fait sauter le bouchon de champagne
d’un petit pop discret et l’a versé dans les
flûtes. Mark les a servies.
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– Un grand merci à mon fils de nous ac-
cueillir chez lui pour un dîner au calme et
surtout en famille, a dit Mark en portant un
toast.
J’ai failli recracher mon champagne.
Mon cerveau savait que Trey faisait désor-
mais partie de ma famille, mais mon cœur
refusait toujours de l’admettre.
– Je suis très heureux, a continué Mark,
que Justine ait pu se joindre à nous. Je sais
que c’est la fin de l’année scolaire et que tu
dois être débordée. Ta mère et moi appré-
cions vraiment ton soutien.
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Il m’a fait un grand sourire, m’offrant
une version plus âgée et moins charnue des
lèvres de Trey.
Je lui ai rendu son sourire. J’aimais bien
Mark et j’aimais le couple qu’il formait avec
ma mère. Ils avaient l’air sincèrement
heureux. Je n’aurais pu rêver de meilleur re-
mariage pour elle.
– Et moi, je porte un toast aux jeunes
mariés, a tonné Trey. Que chaque journée
passée ensemble soit remplie d’amour et de
rires.
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Nous avons trinqué et bu une gorgée de
champagne. Je n’avais pas une grande ex-
périence de cet alcool pétillant, mais c’était
délicieux. Et probablement très cher.
Nous sommes ensuite passés à table —
une table en bois foncé brillant — et Masha a
apporté un assortiment de plats froids.
Plusieurs salades de crudités, un gaspacho
de pastèque à la feta et une salade d’orzo.
Trey a chaleureusement remercié Masha et
elle lui a tapoté l’épaule en passant derrière
lui.
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N’ayant jamais eu de bonne, je ne savais
pas si leur relation était normale ou pas. Elle
se comportait plus comme une mère que
comme une employée.
J’ai évité tout contact visuel avec Trey et
n’ai répondu qu’aux questions qu’on me po-
sait. Maman m’a observée à plusieurs re-
prises. Elle me connaissait mieux que
personne.
Oh non, j’espère qu’elle n’avait pas dev-
iné pour Trey et moi. J’ai fermé les yeux et
j’ai soupiré.
– Ma chérie, tu vas bien ?
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J’ai rouvert les yeux.
– Oui, bien sûr.
Maman m’a regardée, un voile d’in-
quiétude dans ses yeux bruns. Elle m’a
pressé la main, puis son attention a été hap-
pée par le plat suivant. Masha venait d’ap-
porter des steaks grillés avec de la crème aux
piments Jalapeño et des asperges.
– Tout est délicieux, Marsha, a dit Mark.
Nous avons tous renchéri et un sourire
de fierté a illuminé le visage de la
domestique.
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Avant le dessert, je me suis excusée et
levée de table pour aller aux toilettes. On
m’avait indiqué qu’elles se trouvaient dans
l’entrée opposée à la baie vitrée. Les murs du
couloir étaient décorés de batiks, masques et
peintures africaines. J’étais fascinée par ces
objets magnifiques, évocateurs de la vie que
je n’avais pas eue.
– Oh, j’avais prévu de te les montrer
après le dîner, a dit Trey. Tu en penses quoi ?
– Je pense qu’ils sont extraordinaires.
J’imagine que tu les as achetés lors de tes
voyages ?
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Peut-être que c’était la seule raison pour
laquelle il allait en Afrique. Peut-être qu’il
était juste collectionneur. Il les avait achetés
avec sa vision très personnelle de la méde-
cine. Avec l’argent des nichons et des nez
refaits.
– Certains. D’autres sont des cadeaux de
personnes que j’ai rencontrées, de gens que
j’ai guéris, a-t-il répondu en les regardant
avec nostalgie et fierté. Ils m’aident à tenir
ici jusqu’à mon prochain voyage. Ils me rap-
pellent tout le bien que je peux faire.
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Étais-je censée croire qu’il préfèrerait
être là-bas à travailler sans être payé ?
– Tu préfèrerais vivre en Afrique ?
Je n’ai pas pu masquer une pointe de
mépris dans ma voix. C’était ridicule. S’il
n’avait pas son job qui lui remplissait les
poches, il ne serait pas en mesure d’offrir un
voyage de noces à Tahiti à nos parents ou de
vivre dans cet immense appartement.
– Parfois. J’adore la ville, l’énergie, la
multitude des choses à faire, la variété des
spécialités culinaires. Mais quand je suis là-
bas, j’adore le ciel si pur, toutes ces étoiles
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qui brillent la nuit, la variété de la faune, et
le sourire accueillant des populations. J’ai la
chance de pouvoir avoir les deux.
Oui, il pouvait avoir les deux, et je n’ar-
rivais toujours pas à cerner quel genre
d’homme il était. Est-ce qu’il tirait un profit
financier de tout ce qu’il avait ou est-ce qu’il
donnait généreusement ce qu’il possédait.
Peu importe. Qu’il soit un sale profiteur ou
un bienfaiteur, il n’en était pas moins mon
demi-frère.
***
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J’ai mal dormi en rentrant. Les souven-
irs de notre nuit ensemble m’assaillaient dès
que je fermais les yeux. J’aurais aimé
pouvoir profiter pleinement de ces souven-
irs, mais ils étaient désormais teintés
d’amertume et de confusion.
Le matin, j’ai revêtu une de mes tenues
classiques habituelles pour aller à l’école. Au-
jourd’hui : une jupe crayon noire et un
débardeur bleu clair en soie. Plus que
quelques jours avant les grandes vacances.
J’attendais les congés d’été avec la même im-
patience que mes élèves.
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Si la majorité d’entre eux n’avaient pas
les moyens d’aller dans un camp d’été ni
même de quitter la ville, au moins les enfants
allaient avoir une pause dans le rythme scol-
aire. Au moins, ils allaient profiter des joies
habituelles de l’été : jouer dehors jusqu’à la
nuit tombante, manger des glaces, rentre vis-
ite aux grands-parents et à la famille.
Je n’avais pas de projets excitants pour
l’été, sinon un emploi saisonnier chez le
marchand de glaces du coin et quelques
cours particuliers.
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La journée traînait en longueur. J’étais
impatiente de rentrer chez moi, d’envoyer
valser mes talons et de me servir un gin-
tonic.
Une surprise m’attendait sur le trottoir
devant l’école. Un homme grand et élégant
en costume. Mince, il était vraiment sexy.
Quelle que soit la façon dont je l’avais vu ha-
billé jusqu’alors, je n’avais qu’une envie : lui
arracher ses vêtements. Comment un
homme pouvait-il être si beau dans des
tenues aussi différentes ? Et surtout, il était
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encore plus canon sans aucun vêtement sur
lui.
Il est ton demi-frère. Il est ton demi-
frère. Il est ton demi-frère.
– Qu’est-ce que tu fais ici, Trey ?
Il m’a regardé de haut en bas, et il a eu
un petit sourire en coin.
– Ça te va bien la tenue de maîtresse
d’école !
J’ai lâché un soupir d’agacement et je
me suis précipitée vers le métro. S’il était là
pour m’insulter, il pouvait toujours courir.
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– Attends Justine, s’il te plaît. Je suis
désolé, a-t-il dit en hâtant le pas pour me rat-
traper. Je pense que tu te fais une fausse idée
de moi. Laisse-moi t’offrir un café.
– Je peux encore me payer un café, tu
sais.
Son front s’est plissé.
– Je n’insinuais pas le contraire.
Je me suis arrêtée.
– Pourquoi te soucies-tu de ce que je
pense de toi ?
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– Eh bien, c’est idiot. En dehors du fait
qu’on fait partie de la même famille, je t’aime
bien.
Il m’aimait bien. Mon instinct ne savait
pas s’il fallait riposter avec des fleurs ou des
grenades.
Il est passé devant le Starbucks au coin
de la rue en l’ignorant et a poussé la porte
d’un bar local spécialisé dans le café tradi-
tionnel — pas de saveurs fantaisistes, pas de
noms italiens. Juste du café. J’étais impres-
sionnée. Il avait peut-être des idéaux, après
tout.
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Il m’a entraînée dans un box au fond du
petit café presque désert, et j’ai attendu
tandis qu’il allait chercher nos boissons. Il
s’est assis à côté de moi, plutôt qu’en face,
mais il avait l’air mal à l’aise. Il s’est tourné
sur le côté pour me regarder dans les yeux.
– Écoute, Justine. J’ai des sentiments
pour toi.
Un bruit grinçant est sorti de ma gorge.
« J’avoue avoir été attiré par le sexe le
premier soir. Mais j’aime bien être avec toi et
va savoir pourquoi, je me soucie vraiment de
ce que tu penses de moi. En fait, il a ajouté
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en détournant le regard, j’espère que tu
penses à moi tout court. Aussi, je dois te dire
quelque chose sur moi. »
Les émotions tourbillonnaient en moi et
ma peau était brûlante.
« Tu as l’air de penser que je suis
devenu médecin pour gagner de l’argent. Ce
n’est pas le cas. Bien sûr, avoir de l’argent est
agréable et me permet de faire ce que j’aime,
mais ce n’est pas la raison pour laquelle j’ai
fait des études de médecine, mon internat et
de la recherche. »
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Il a pris une gorgée de café, je l’ai imité.
Son amertume faisait écho au sentiment que
je ressentais. Je m’en voulais.
« Tu sais sans doute par ta mère ce qui
est arrivé à la mienne. »
J’ai hoché la tête. Maman m’avait racon-
té que la femme de Mark était morte d’un
cancer quand Trey n’avait que douze ans.
C’était une chose qu’on avait en commun, la
mort d’un parent.
« Avant de mourir, elle m’a suggéré de
devenir médecin. Elle disait qu’elle voulait
que je fasse un métier qui aide les gens et elle
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savait que j’étais très bon en maths et en sci-
ences. Elle pensait que je ferais un excellent
docteur, et sa foi en moi m’a permis de con-
tinuer dans les moments difficiles. »
Mon cœur a fondu. J’avais été tellement
injuste de ne voir qu’un seul côté de lui,
même si ce n’était pas celui qu’il m’avait
montré le premier soir. Comment avais-je pu
être si aveugle ?
« Oui, j’aime que les gens se sentent
mieux grâce à moi. Même si changer leur
physique semble une goutte d’eau dans la
mer des souffrances. Mais la vraie raison
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pour laquelle j’ai choisi la chirurgie es-
thétique, c’est pour le volet chirurgie ré-
paratrice. Dans les pays en développement,
je soigne les grands brûlés et les enfants nés
défigurés. Je recouds les blessures des gens
afin qu’ils ne gardent pas des cicatrices hor-
ribles et soient bannis de leur communauté.
J’ai vu des choses terribles, difficiles à sup-
porter. Mais c’est encore plus dur pour mes
patients. »
Il fixait ses mains, sur ses genoux. J’ai
posé une main sur la sienne.
– Je suis désolée de t’avoir mal jugé.
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Mon geste semblait trop petit. J’aurais
voulu m’asseoir sur ses genoux et lui faire un
câlin, le réconforter, lui montrer que je croy-
ais en lui, moi aussi.
Est-ce que je croyais vraiment en lui ?
Avais-je à ce point changé d’avis sur lui ?
Il m’a regardée et la douleur dans ses
yeux a fait fondre le dernier rempart de ma
résistance. Il a baissé les yeux vers nos mains
enlacées, à proximité de son érection nais-
sante, et un coin de sa bouche s’est relevé.
Ma respiration est restée coincée dans ma
gorge.
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Mes souvenirs de notre nuit se sont
mélangés aux images de ce qui, j’espérais, al-
lait suivre. Heureusement que je n’étais pas
assise sur ses genoux, avec les scènes qui me
traversaient l’esprit en ce moment. Nous
nous serions fait jeter du bistrot !
– Merci, s’est-il contenté de répondre,
avec humilité.
– Pour quoi ?
– Pour ton écoute. Pour ton attention.
J’ai acquiescé. Peu importe ce qui se
jouait ou non entre nous, je saurai toujours
faire preuve d’écoute et d’attention.
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Il a dégagé sa main de la mienne et l’a
posée sur mon genou nu, tout près de l’ourlet
de ma jupe. J’ai jeté un regard à la ronde. Le
café était toujours désert, et la serveuse
désœuvrée était plongée dans son téléphone.
– Qu’est-ce que tu fais ? ai-je chuchoté.
– Je te remercie. Je te touche. Penche-
toi en arrière.
J’ai fait ce qu’il demandait. En me pen-
chant, mes jambes se sont légèrement
écartées et il l’a pris pour une invitation. Ou
sans doute n’avait-il pas besoin d’encourage-
ment. Il a glissé une main le long de ma
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cuisse, tout en remontant ma jupe de l’autre
main. Je haletais déjà et je sentais que j’avais
trempé ma petite culotte d’excitation. Je l’ai
aidé à remonter ma jupe plus haut.
Il a tendu un doigt et a effleuré mon
clito. J’ai gémi. Il m’a fait signe de rester
silencieuse.
La serveuse n’avait pas levé les yeux de
son téléphone. Trey a écarté ma culotte et il a
enfoncé un doigt en moi. Il est rentré comme
dans du beurre tellement j’étais mouillée. Il
me doigtait tout en me masturbant le clitoris
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du pouce. Autant dire que j’ai atteint les ci-
mes du plaisir en un rien de temps.
– Je vais, je vais... ai-je gémi.
Il s’est penché vers moi, a pris ma
bouche dans la sienne et il a étouffé mon cri
de jouissance.
***
– Je te raccompagne chez toi, il a dit une
fois que nous étions de retour dans la rue.
J’ai levé les sourcils en le regardant.
J’étais encore toute rouge de ce que nous
venions de faire dans le café. Je n’avais pas
encore vraiment réalisé.
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– Tu veux dire que tu vas faire tout le
trajet à pied jusqu’à Brooklyn ?
– Euh, non. On pourrait prendre un
taxi. Ou autre chose.
Il était tellement mignon avec son air un
peu maladroit et décontenancé.
– En général, je prends le métro. Tu
peux m’accompagner jusqu’à la station.
– Tu crois que je n’ai jamais pris le
métro ? Je peux te raccompagner jusque
chez toi en métro. Sans problème.
– Tu veux voir où je vis, c’est ça ? ai-je ri
en m’éloignant.
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– Je pourrais le demander à mon père,
tu sais.
Il m’a rattrapée et il a pris ma main dans
la sienne.
Son contact a réveillé mon désir.
J’aurais voulu me blottir contre lui, respirer
son odeur masculine et m’abandonner entre
ses bras puissants. J’en voulais plus que ce
qu’il m’avait donné dans le café.
– On aurait pu être arrêtés, ai-je dit.
Mais il était difficile d’avoir l’air fâchée
alors que je peinais encore à retrouver mon
souffle.
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– Avoue que ça t’a plu.
Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire.
– Peut-être bien.
Nous avons tourné au coin de la rue
pour rejoindre l’entrée du métro.
– Trey ?
Le pied sur la première marche de l’es-
calier, nous nous sommes retournés en dir-
ection de la voix féminine qui l’appelait. Une
femme superbe aux courbes généreuses et à
la chevelure blond platine me surplombait de
toute sa hauteur. Sa robe rouge, ses ongles
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rouges et ses talons aiguille contrastaient
avec les immeubles gris derrière elle.
– Selina ! s’est exclamé Trey en me
lâchant la main pour aller à sa rencontre et
l’embrasser sur la joue. Tu es superbe !
Comment vas-tu ?
– Ça va. Je rentre d’une semaine au
Brésil. La villa en bord de mer de mon père
est fantastique. J’ai hâte que tu la voies.
Quand est-ce que tu viens ?
Je me suis raclé la gorge, me fichant
éperdument que ce soit impoli.
Trey s’est retourné vers moi.
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– Oh, pardon. Justine, je te présente
mon amie Selina Rowe. On a grandi en-
semble. Et Selina, voici ma... nouvelle amie,
Justine Martin.
– Martin ? Vous êtes la fille de
Jennifer ?
J’ai hoché la tête.
– Vous connaissez ma mère ?
– Bien sûr, je l’ai rencontrée il y a
quelques mois avec Mark. Vous êtes donc la
demi-sœur de Trey.
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Mon cœur s’est décroché comme un
poids mort. La demi-sœur. Pas l’amie. Et en-
core moins la petite amie.
Pas non plus le genre de personne qu’il
peut faire jouir dans un lieu public. Qu’est-ce
qu’il m’avait fait ? Et pourquoi ça m’avait fait
prendre un tel pied ?
– Désolée, j’ai un rendez-vous, je dois
filer.
Sans attendre de réaction ni de réponse,
j’ai dévalé les escaliers et j’ai disparu dans la
station de métro. J’ai passé ma carte sur le
91/288
tourniquet et je n’ai respiré vraiment qu’une
fois sur le quai.
Quelle idiote ! Même si je pouvais fer-
mer les yeux sur son style de vie, pensais-je
vraiment pouvoir ignorer notre lien de par-
enté ? À moins qu’une chose terrible n’arrive
entre Mark et maman, nous étions condam-
nés à être considérés comme deux membres
de la même famille.
Et une fois encore, que penser de sa for-
tune ? Selina appartenait à un monde que je
ne connaissais pas, ne comprenais pas et ne
voulais pas fréquenter. Elle était clairement
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quelqu’un que je ne serai jamais. Si c’était le
genre de femmes qui l’attirait, c’était sans es-
poir entre nous.
De toute façon, c’était sans espoir
puisqu’il était mon demi-frère.
***
Le dernier jour de classe, j’ai opté pour
une tenue estivale, une robe d’été magenta.
Mes élèves seraient étonnés de me voir dans
des vêtements colorés et moins stricts, et en
dépit de l’épisode de la veille avec Trey,
j’étais de bonne humeur. Globalement.
93/288
Je devais revenir le lendemain pour
vider mon bureau, aussi j’avais décidé de
partir tôt pour profiter du soleil.
Dehors, j’ai cru voir un homme qui
ressemblait à Trey, puis un bus est passé et je
l’ai perdu de vue. Qu’est-ce qu’il faisait ici ?
Pourquoi ne pouvait-il pas me laisser tran-
quille ? On se verrait à la prochaine réunion
de famille.
J’ai marché jusqu’au passage piéton et
j’ai attendu le feu vert. À côté de moi, deux
gamins faisaient du skateboard. Ils riaient et
chahutaient. Soudain, le plus grand a poussé
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le plus petit. Le petit l’a repoussé et le grand
a glissé sur la chaussée.
Tout s’est passé comme au ralenti.
Un taxi est arrivé au même moment. Le
chauffeur a klaxonné et ses freins ont crissé,
mais il a tapé dans le garçon.
– Non ! ai-je hurlé avant de réaliser ce
qui venait de se passer.
Le gosse gisait immobile sur la chaussée.
Le chauffeur est sorti du taxi en se
défendant :
– Il a surgi devant moi. J’ai essayé de
freiner.
95/288
Personne ne lui prêtait attention. Je me
suis agenouillée près du garçon. Son visage
était couvert d’éraflures.
– Ne le touche pas. Que quelqu’un ap-
pelle le 911, a crié Trey en se jetant par terre
pour examiner le garçon.
Le taxi a appelé une ambulance sur sa
radio.
Trey a tâté doucement les os de l’enfant,
d’un geste vif et précis.
– Je pense que sa jambe gauche est cas-
sée. Et sa tête a probablement heurté le sol
en tombant.
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– Est-ce que son bras est intact ? ai-je
demandé, en désignant le membre proche de
moi.
– Pour autant que je peux dire.
J’ai pris la main du garçon. Je ne le con-
naissais pas. Il était sans doute à l’école, mais
pas dans ma classe. Son copain, debout sur
le trottoir, tremblait comme une feuille.
– Comment il s’appelle ?
– André.
– Ça va aller, André, j’ai murmuré.
Une sirène a transpercé les bruits de
circulation.
97/288
– Dieu merci, a soupiré Trey.
C’était la première fois qu’il affichait la
moindre incertitude depuis l’accident. Mal-
gré les circonstances, je ne pouvais pas
m’empêcher de ressentir de la reconnais-
sance pour son intervention
impressionnante.
Les ambulanciers ont transporté André
dans l’ambulance. Trey s’est présenté et est
monté avec l’enfant. Quand les portes se sont
refermées, j’ai croisé son regard, plein d’in-
quiétude et de douleur.
98/288
L’ambulance est partie, et je l’ai suivie
des yeux.
Trey se souciait vraiment des autres. Il
était l’homme que je voulais qu’il soit.
Devais-je renoncer à lui uniquement parce
que son père avait épousé ma mère ? Nous
n’avions pas grandi ensemble. Nous n’étions
plus des enfants. Nous étions des adultes,
seulement liés par ce mariage. Sans lien de
sang.
Serait-ce si mal d’être avec lui ?
L’accident d’André m’avait montré
comme tout peut basculer très vite. La vie
99/288
était courte. Je voulais être heureuse. Je
méritais d’être heureuse.
J’ai hélé un taxi pour rejoindre l’hôpital.
À l’accueil des urgences, l’infirmière n’a
pas voulu me donner la moindre informa-
tion. Elle m’a dit de m’asseoir dans la salle
d’attente et qu’elle préviendrait le Dr Con-
nors de ma présence.
Une heure plus tard, la porte à double
battant s’est ouverte et Trey est entré. Ses
épaules larges étaient affaissées, et il avait
des cernes. Il a levé les yeux pour rencontrer
les miens. L’épuisement a laissé place à la
100/288
joie et un grand sourire est apparu sur son
visage. Il avait visiblement été témoin de
trop de souffrances dans sa vie, mais me voir
semblait lui faire du bien.
J’ai couru vers lui. Je me suis jetée dans
ses bras et il m’a enveloppée de sa force et de
sa chaleur.
– Tu es là, a-t-il, une fêlure dans la voix.
Je me suis reculée pour plonger mon re-
gard dans ses yeux meurtris.
– Oui.
101/288
Il s’est penché et m’a embrassée. Ses
lèvres étaient dures et rugueuses, et je ne
m’en lassais pas.
– Viens chez moi, il a marmonné contre
ma joue.
J’ai pris sa main et nous sommes sortis
de l’hôpital, baigné de la lumière de la fin du
jour. J’ai hélé un taxi.
Sur la banquette arrière, nous nous
sommes blottis l’un contre l’autre, en essay-
ant de profiter de la proximité de nos corps
chastement — alors qu’on avait tous les deux
envie d’arracher nos vêtements.
102/288
Soudain, une pensée m’a traversé l’es-
prit et je me suis redressée.
– Tu vis ici, à Manhattan ?
– Oui, a-t-il répondu d’une voix
prudente.
– Alors chez qui avons-nous... euh...
couché ensemble l’autre jour ?
Ma gêne l’a fait sourire.
– Chez mon père. Il a dormi à l’hôtel la
veille du mariage, aussi je savais que nous
aurions la maison pour nous seuls. J’avais
prévu de te préparer un petit déjeuner, mais
tu es partie en douce.
103/288
– J’avais promis à ma mère de venir
l’aider. Et je ne voulais pas me glisser chez
elle sur la pointe des pieds.
Et puis j’ai réalisé autre chose.
« Attends, tu veux dire qu’on a couché
dans le lit de Mark ? »
Il a hoché la tête.
« Beurk. »
Il a ri et m’a frotté le bras de bas en haut
jusqu’à ce que mon dégoût disparaisse.
En le voyant aujourd’hui avec le garçon
blessé, je m’étais rendu compte qu’il se
souciait des autres, et cela avait changé
104/288
quelque chose en moi. Depuis la minute de
notre rencontre, j’avais été attirée par lui.
Par sa beauté, son charme, son intelligence
et sa compassion.
Le fait qu’il soit riche ne devait pas être
un obstacle à mes sentiments. Je l’avais vu
en action et cela m’avait retournée comme
jamais. Le fait qu’il soit mon demi-frère me
paraîtrait toujours bizarre, mais je devrais
pouvoir m’y faire. Après tout, nous n’étions
pas vraiment parents.
Dans la luxueuse entrée de marbre, je
me suis concentrée sur Trey pour ignorer ce
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qui nous entourait. Je n’étais pas sûre de
pouvoir m’habituer un jour à son style de vie.
L’ascenseur vide s’est révélé un endroit
amusant pour explorer à nouveau nos lèvres.
Mon désir impérieux avait refait surface et je
n’arrivais pas à me rassasier de ses baisers.
J’ai pris ses bras et j’ai placé ses mains sur
mes hanches. L’une d’elles s’est aventurée
sur mes fesses, l’autre s’est faufilée jusqu’à
mes seins et m’a pincé doucement le téton.
Ma respiration s’est transformée en
halètement.
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Le bip de l’étage nous a surpris. Et
séparés.
J’ai lissé ma robe d’été sur mes hanches.
Il m’a laissée sortir de l’ascenseur puis il m’a
dirigée vers son appartement.
– Tu veux boire un verre ?
– Tu plaisantes, j’espère ?
Un rire puissant a déferlé du fond de sa
gorge et a enflammé tout mon corps. Je l’ai
attiré contre moi. Je voulais ses mains et ses
lèvres sur moi. Je le désirais.
107/288
Nous avons trébuché les quelques pas
nous séparant de sa porte, incapables de
nous décoller l’un de l’autre.
– J’ai une meilleure idée, il a dit.
Il m’a soulevée pour me porter dans ses
bras jusqu’au salon à la grande baie vitrée.
J’avais les bras autour de son cou, mais son
visage était trop proche pour que je l’ignore.
Je l’ai embrassé, encore et encore. Il a tapé
mes pieds contre la porte pour la fermer.
– Aïe !
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– Pardon. Je n’avais pas vu. Je vais les
embrasser dès que tu seras dans mon lit et je
te promets que tu n’auras plus mal.
Un foyer d’excitation s’est allumé dans
mon ventre et est descendu le long de mes
jambes.
Dans la chambre, il m’a posée sur l’im-
mense lit. La pièce avait aussi une grande
baie vitrée qui donnait sur l’East River et
Brooklyn. Chez moi, je devais tirer les
rideaux le soir, mais ici, nous étions assez
haut pour que personne ne puisse nous ma-
ter à moins de disposer d’un télescope.
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Je l’ai attrapé pour qu’il me monte des-
sus, mais il m’a tourné le dos et m’a ôté mes
sandales. Ses mains puissantes ont caressé
mes chevilles. Son souffle chaud chatouillait
mes orteils tandis qu’il déversait une pluie de
baisers sur mes pieds.
Je me tortillais de plaisir dans le lit.
C’était bon — si bon —, mais j’en voulais
plus. J’avais besoin de plus.
– Viens ici.
Il s’est retourné et a souri.
– Pas encore.
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Il a fait courir sa langue sur mes chev-
illes, puis il m’a léché les jambes en remont-
ant lentement.
Trop lentement. J’ai voulu le tirer par
les bras, mais il a résisté. J’ai enfoncé mes
doigts dans ses cheveux. Il a continué sa
lente progression jusqu’à une cuisse, en re-
montant ma robe en cours de route.
Enfin, il a atteint ma petite culotte. Son
souffle chaud a humidifié l’extérieur de
l’étoffe, tandis que mon corps réagissait à ses
caresses en mouillant l’intérieur du tissu.
111/288
Je me suis cambrée et j’ai essayé de le
tirer vers moi de nouveau. Il a repoussé mes
mains, puis il a glissé ses doigts sous
l’élastique de ma culotte. Il l’a descendue le
long de mes cuisses, de mes genoux, puis il
l’a fait passer par mes pieds.
J’avais du mal à respirer tellement ses
caresses enflammaient mon désir.
Nos yeux se sont rencontrés et un grand
sourire a illuminé sa belle gueule.
Il a défait la boucle de son ceinturon,
déboutonné son pantalon et l’a laissé tomber
sur le sol. Sa chemise a bientôt suivi. Sa
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queue s’est dressée fièrement dans son box-
er, qu’elle tendait comme un poteau de tente.
Il était prêt à passer aux choses sérieuses.
Mes doigts ont agrippé les draps avec
impatience. Pourquoi est-ce qu’il ne ra-
menait pas sa belle gueule à ma hauteur pour
que je l’embrasse ? Pourquoi il ne rap-
prochait pas sa jolie queue de mon minou
pour me monter ?
Comme s’il avait lu dans mes pensées, il
a haussé un sourcil et a glissé son corps sur
le mien. Le frottement de sa peau contre
113/288
mon ventre et mes seins m’a rendue folle.
J’ai gémi.
Et puis enfin, son visage était près du
mien. J’ai saisi sa tête, je l’ai embrassé pas-
sionnément et j’ai enroulé mes jambes au-
tour de sa taille. J’ai pressé ma chatte contre
sa queue et il a gémi cette fois. Un gémisse-
ment bas et guttural, je voulais l’entendre à
nouveau. Nous nous sommes frottés l’un
contre l’autre et je l’ai senti tendue entre mes
jambes, à travers son boxer.
114/288
J’ai bougé les jambes et j’ai cherché à
tâtons l’ouverture de son boxer de mes doigts
impatients.
– Pas encore, il a soufflé contre mes
lèvres.
– S’il te plaît, j’ai grogné d’impatience.
Un baiser profond a avalé mes mots,
puis sa chaleur m’a quittée. Mais seulement
quelques instants. Il a embrassé mon
menton, puis mon cou et ma gorge, jusqu’à
ma poitrine. Je haletais de désir.
Deux énormes mains brûlantes ont re-
couvert mes seins, tandis que sa langue
115/288
titillait mes tétons. J’avais le souffle court, la
respiration haletante.
Une partie de moi voulait que ça ne fin-
isse jamais, tandis qu’une autre désirait qu’il
s’occupe d’une zone différente de mon corps,
tout aussi érogène.
Mes doigts jouaient dans ses cheveux
tandis qu’il continuait de lécher, mordiller et
aspirer mes tétons.
Il a descendu une main vers mon ventre,
au creux de mes cuisses et j’ai gémi de nou-
veau. Ses doigts caressaient et exacerbaient
mon clitoris, lubrifiés par ma moiteur. Tant
116/288
de sensations à la fois. Je ne pensais pas
pouvoir supporter cela très longtemps.
Puis sa bouche a quitté mes seins et il
m’a embrassé et léché le ventre jusqu’au pu-
bis. Je me tortillais d’excitation sur les draps.
Bientôt, sa bouche a pris la place de ses
doigts, et sa langue s’est introduite entre mes
chairs. Mes gémissements sont devenus plus
bruyants, mes doigts s’enfonçaient dans les
draps.
Il m’a léchée de plus en plus vite, en
m’immobilisant les hanches de ses mains, et
j’ai senti que j’allais jouir.
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De nouveau, il a lu dans mes pensées. Il
a levé la tête, m’a lancé un regard brûlant et
il s’est allongé sur moi.
Son poids, sa carrure puissante, j’étais
au paradis.
J’ai mordu sa lèvre inférieure jusqu’à ce
qu’il m’embrasse, passionnément, à bout de
souffle.
J’ai levé les hanches et me suis pressée
contre lui.
Il a pris appui sur un coude et il m’a
pénétrée en se guidant de la main. Un long
râle s’est échappé de mes lèvres. Nous avons
118/288
commencé à bouger en rythme. Je m’accro-
chais à lui et j’aurais aimé ne jamais le laisser
partir.
Il a plongé la tête vers mon visage et a
pris ma bouche dans la sienne.
J’ai caressé son dos et aventuré mes
mains sur ses fesses, les griffant de mes
ongles. Il a gémi et s’est enfoncé en moi. Plus
profond. Il a donné plusieurs coups de reins
avant que je perde le contrôle et chevauche
sauvagement la vague de plaisir qu’il avait
fait monter en moi.
119/288
Pantelante, toujours enroulée autour de
lui, j’étais incapable de faire autre chose que
haleter et écouter mon cœur battre à tout
rompre dans ma poitrine.
Il s’est effondré sur moi et nous avons
haleté de concert. Puis il a roulé sur le côté et
a posé sa tête dans le creux de mon épaule,
contre ma tête.
– Waouh.
Waouh, en effet.
J’avais connu peu d’hommes avant Trey.
Ça avait été des expériences sympas,
120/288
agréables même. Mais le pied que je venais
de prendre... défiait tous les mots.
***
Le soleil a inondé la chambre d’une lu-
mière timide, puis de plus en plus lumineuse
au fil des minutes. Trey s’est étiré et a bâillé.
Il m’a souri, je lui ai souri.
– Tu es encore là ?
Mon sourire s’est élargi.
– Oui. Pas de mariage aujourd’hui. Mais
je dois aller travailler. C’est le dernier jour
avant les vacances pour les enseignants.
121/288
Son visage s’est assombri. J’ai caressé sa
joue.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
Il a posé sa main sur la mienne et m’a
embrassé la paume.
– Je suis en train de tomber amoureux
de toi et ça me fout la trouille.
Mon souffle est resté coincé dans ma
gorge. Personne ne m’avait jamais dit une
chose pareille. J’avais attendu toute ma vie
qu’un homme tombe amoureux de moi.
J’aurais juste préféré que l’homme en ques-
tion ne fasse pas partie de ma famille. J’ai
122/288
écarté cette pensée en priant pour que mon
expression ne la reflète pas.
– Moi aussi.
Nous nous sommes embrassés jusqu’à
ce que le désir monte dans mon ventre et ail-
leurs. Je suis montée sur lui, appréciant la
fraîcheur du drap contre ma peau nue et la
chaleur de son corps sous moi.
Il a souri.
– Ah tiens, toi aussi tu te réveilles ?
Bonjour !
J’ai ri et me suis pressée contre sa queue
qui devenait dure jusqu’à ce qu’il gémisse.
123/288
– Si j’avais le temps, je te donnerais un
avant-goût du traitement que tu m’as fait
subir hier et te ferais languir jusqu’à ce que
tu me supplies.
Il s’est redressé, a attrapé mes bras et
m’a fait rouler sur le dos.
– Eh bien, on va faire vite, alors.
Il m’a pénétrée et nous avons gigoté
frénétiquement jusqu’à la jouissance
partagée.
Ensuite, il s’est rendormi et j’ai filé sans
bruit sous la douche. Sa salle de bain était
carrelée en ardoise, choix très masculin. Je
124/288
me suis lavée avec son savon, en fermant les
yeux pour sentir son odeur.
Avec un peu de chance, personne à
l’école ne remarquerait que je portais la
même robe colorée qu’hier. Dieu merci, je
n’avais pas d’élèves aujourd’hui.
J’ai vaqué à ma journée à moitié en-
dormie, puis j’ai rassemblé mes affaires de
classe.
À la maison, je me suis servi une limon-
ade et je me suis affalée sur le canapé. Une
sieste me ferait du bien. Mais derrière mes
paupières closes, des images de la nuit avec
125/288
Trey me hantaient, alimentées par son
l’odeur de son savon sur ma peau. Avais-je
eu raison d’aller chez lui hier soir ? Il était le
meilleur amant que j’avais connu, mais à
quel prix ?
Il était mon demi-frère et rien ne pour-
rait changer ça.
Le téléphone a sonné, me tirant de mes
souvenirs vaporeux et de mes pensées
embarrassantes.
– Salut maman. Comment est Tahiti ?
ai-je dit d’une voix qui se voulait joyeuse.
126/288
– C’est magnifique, incroyable. Dis-moi,
tu vas bien, ma chérie ?
– Très bien. J’ai fini mes cours au-
jourd’hui et j’ai quelques jours de vacances
avant de commencer mon job d’été.
Pourquoi ?
– Oh, tu n’as pas l’air toi-même, c’est
tout. Il s’est passé quelque chose ?
J’ai éclaté en sanglots. L’épuisement
d’une nuit passée à faire l’amour avec mon
demi-frère m’avait rendue très émotive.
Tout est sorti d’un seul coup. Je lui ai
tout raconté depuis le soir où j’avais
127/288
rencontré Trey jusqu’à ce que je réalise qui il
était au mariage, jusqu’à la nuit dernière.
Maman m’a laissée parler, pleurer, puis par-
ler encore.
– Chérie, quand j’ai rencontré Mark, j’ai
pensé que je n’avais pas le droit de tomber
amoureuse alors que j’avais tant aimé ton
père. Mais ton père n’était plus là, et la vie
continuait. Tu dois écouter ton cœur. Trevor
n’est pas ton frère, il est un demi-frère
adulte. Et c’est quelqu’un de bien. Je suis
très heureuse pour toi.
128/288
J’ai encore versé quelques larmes, puis
nous nous sommes dit au revoir. En essuyant
mes joues, j’ai pris une décision. La décision
d’être heureuse.
Après m’être refait une beauté, j’ai pris
le métro pour Manhattan.
Masha a ouvert la porte avec un grand
sourire.
– Bonjour, Mademoiselle Justine. Je
suis ravie de vous voir.
– Vraiment ?
129/288
– Bien sûr. Monsieur Trevor n’a pas le
moral ce soir, mais je suis certaine que votre
visite lui fera du bien.
Une pensée m’a frappée : Masha aimait
son employeur. Elle semblait avoir de l’affec-
tion pour lui.
Moi aussi.
Je l’ai trouvé dans le salon, face à la baie
vitrée, les yeux perdus dans le vide, un verre
d’alcool ambré à la main.
– Tu aimes la vue ? ai-je dit.
Il s’est retourné.
– Justine.
130/288
La tristesse a disparu de ses yeux,
comme souvent lorsqu’il me voyait.
« Qu’est-ce que tu fais ici ? »
Je me suis jetée dans ses bras et j’ai
respiré son odeur.
– Je choisis le bonheur. Je nous choisis
nous.
– Nous ?
Le mot m’a chatouillé les neurones
quand il l’a prononcé de son souffle chaud.
Ses mains couraient dans mon dos.
« Moi aussi. »
131/288
Mon cœur s’est accéléré et je l’ai serré
contre moi. Riche docteur, demi-frère, peu
importe. Il était mon amour.
— FIN —
Trouble
Duke sut que la fille allait être une
source d’ennuis à la seconde où elle franchit
la porte du bar. Non pas que le Shotguns fut
un établissement étranger aux ennuis. La
plupart des hommes venaient s’arsouiller au
comptoir en noyer balafré ou jouer selon des
règles limites et fort inamicales au billard, ce
qui se finissait souvent en foire d’empoigne
entre gueulards, bikers et petites frappes. Au
point que Duke faisait assez souvent usage
de son entraînement physique pour
133/288
distribuer des coups de boule et expulser
manu militari les ivrognes hargneux.
Mais elle était du style à créer des em-
merdes d’un genre très différent.
La lumière du soleil de fin d’après-midi
qui filtrait à travers les vitres poussiéreuses
faisait miroiter ses cheveux blonds, longs et
ondulés, qu’elle balaya d’un geste derrière
ses épaules. Elle traversa le bar, ses mains
aux doigts longilignes calées sur ses hanches
fines, de l’air hautain que lui donnait son
petit nez retroussé.
134/288
Elle avait bien tenté de s’habiller sim-
plement, mais si sa minijupe en jean délavé à
l’ourlet effiloché n’était pas d’une marque à
la mode de « jean destroy » ou autre nom
donné à cette merde, Duke voulait bien
bouffer son propre jean — qui était déchiré et
laminé, presque blanc à certains endroits,
car il le portait depuis plus de dix ans, non
parce qu’il l’avait acheté déjà troué.
Il ne sourit pas non plus en découvrant
en lettres roses scintillantes sur son tee-shirt
noir moulant les mots TU DIS SALOPE
COMME SI C’ÉTAIT UN DÉFAUT, mais ses
135/288
lèvres se crispèrent. Il continua à couper des
rondelles de citron, tout en gardant un œil
sur la nouvelle venue qui jaugeait les
quelques clients dispersés sur les tables
dépareillées.
Une fois qu’elle eut pris le pouls de
l’endroit, son regard se focalisa sur lui. Elle
plissa les yeux et leva ostensiblement son
menton pointu. Duke balança les citrons
dans un seau en plastique qu’il fourra au
frigo, il s’essuya les mains, jeta le chiffon sur
son épaule, puis il croisa les bras sur sa
poitrine et attendit qu’elle vienne vers lui.
136/288
Il n’y avait pas tant de femmes qui soi-
ent rentrées au Shotguns, et celles qui
l’avaient fait ne lui ressemblaient en rien.
Soit elles étaient aussi viriles et rugueuses
que les hommes avec qui elles buvaient un
coup, soit c’était des filles du genre facile, des
étudiantes à la beauté ingrate, qui étaient
habituées à ce qu’on les voit de dos ou à
genoux.
Blondie, elle, avait tout de la pom-pom
girl ou de la reine du bal. Duke doutait
qu’elle eût passé une seule minute de sa vie à
genoux. Ce qui était dommage, car le simple
137/288
fait de l’imager levant la tête pour le regarder
avec ses lèvres boudeuses et roses l’excita.
Suffisamment pour qu’il soit obligé de baiss-
er les mains afin de rajuster son jean tandis
qu’elle déambulait sur le plancher de bois
brut, le claquement des talons de ses san-
tiags (horreur, elles étaient roses !) couvrant
le son des accords syncopés de Waylon Jen-
nings qui s’échappaient du vieux jukebox.
Lorsqu’elle atteignit le bar, elle posa
ses mains sur le rebord et se pencha en av-
ant, un petit sourire au coin des lèvres. Ce
mouvement attira immédiatement ses yeux
138/288
vers son décolleté, largement visible sous
l’encolure dégagée du petit tee-shirt noir, ce
qui était sans doute exactement ce qu’elle es-
pérait. Ses soupçons furent confirmés quand
il lui jeta un regard et vit le reflet triom-
phateur dans ses yeux bleus.
Elle savait qu’elle faisait de l’effet aux
hommes et elle s’amusait à en jouer. Duke
afficha tant bien que mal un air qui voulait
dire « n’essaie-pas-de-me-la-faire » : sourcils
froncés, lèvres rectilignes, regard dur et bi-
ceps contractés. C’était une expression qu’il
avait vue chez plusieurs gradés, et qu’il avait
139/288
lui-même utilisée une fois ou deux sur
quelques troufions fraîchement débarqués.
Contrairement à eux, Blondie ne sour-
cilla même pas. Elle inclina légèrement la
tête, envoyant sa chevelure blonde cascader
sur son bras, et laissa son regard errer sur
lui. Le jauger. Quand ses yeux se posèrent
sur son visage, son petit sourire s’élargit.
Duke sentit la peau de son front rétrécir
tandis que son air se renfrognait.
Bon Dieu, il était vraiment dans la
merde ! Ils n’avaient pas encore échangé un
seul mot et pourtant, il pouvait sentir des
140/288
étincelles crépiter entre eux. La chaleur,
l’odeur de cuir et d’alcool qui planaient dans
le bar devenaient lourdes et étouffantes,
comme l’atmosphère juste avec une tempête
dévastatrice.
Voyant que son air féroce ne s’adoucis-
sait pas, elle eut l’air étonnée et son sourire
s’estompa légèrement. Mais ses yeux con-
tinuèrent de le défier.
– La pancarte dehors dit que vous
cherchez une serveuse.
Elle pointa un pouce manucuré en dir-
ection de la porte par où elle était entrée,
141/288
comme si Duke était trop idiot pour se
souvenir de l’endroit où il avait accroché la
pancarte. Cela faisait seulement trois jours
qu’il avait viré Barbara. Il avait détesté être
obligé d’en arriver là ; c’était une serveuse ef-
ficace. Aucun client n’osait la rembarrer, car
elle était aussi coriace qu’eux. Mais il l’avait
surprise la main dans la caisse, et il n’y avait
pas grand-chose que Duke haïssait autant
que les voleurs. Sinon peut-être les lâches.
Comme il ne répondait pas, Blondie
laissa échapper un soupir exaspéré. Elle
croisa les bras pour parodier sa posture,
142/288
mais ça ne marcha pas vraiment, car elle dût
les placer sous le renflement de ses seins, ce
qui eut pour effet de les faire remonter et de
les lui offrir sur un plateau.
– Bon alors, vous cherchez une
serveuse ou pas ?
Duke concéda à lui accorder quelques
points pour l’aplomb dans sa voix. Elle
semblait vouloir discuter affaires, même si
tout chez elle était un appel au plaisir. Il
haussa une épaule.
– Qu’est-ce que ça peut te faire
Blondie ?
143/288
Il se pinça les lèvres pour réprimer un
sourire au moment où elle souffla par les na-
saux en serrant nerveusement la mâchoire.
– Je veux le boulot.
Duke ne put s’empêcher d’éclater de ri-
re. Sa colonne vertébrale se raidit et un léger
rosissement teinta ses joues. Faisant mine de
l’ignorer, il se retourna pour attraper une
bière dans le frigo, la décapsula et passa de
l’autre côté du comptoir.
Il sentait son regard posé sur lui,
brûlant comme une presse à chaud entre ses
omoplates tandis qu’il s’envolait à grandes
144/288
enjambées dans la salle jusqu’à la table de
Buz pour lui servir la bière fraîche. Le vieux
biker barbu lui fit un petit signe de tête et
poussa la bouteille de bière vide au bout de la
table.
Blondie le fixait toujours quand il se
retourna, mains sur les hanches comme lor-
squ’elle était entrée dans le bar. Ses yeux
lançaient des éclairs de colère… teintés d’un
soupçon de vexation. Elle le cachait bien,
mais il pouvait le voir à la position de ses
frêles épaules. Duke soupira en arrivant à sa
hauteur. Il posa la bouteille vide de Buz sur
145/288
le comptoir derrière elle et s’accouda au bar
balafré.
– Écoute, ne le prends pas mal Blon-
die, mais avec le genre de clientèle qui
fréquente l’endroit… eh bien, tu te ferais
manger toute crue.
Elle le fixa intensément de ses yeux
bleu électrique, parfaite, droite, les dents
blanches, le sourire félin.
– Parfait, ronronna-t-elle. J’adore me
faire manger.
Le désir frappa Duke comme une gren-
ade assourdissante. Chaque goutte de son
146/288
sang conflua vers son entrejambe. Il déglutit
et changea de position, son jean soi-disant
confortable comprimant soudain sa queue à
demi dure.
Elle baissa les yeux vers sa taille et en-
registra le renflement causé par son érection.
Le rougissement de ses joues s’amplifia, la
pointe luisante de sa langue balaya ses lèvres
entrouvertes. Duke pénétra dans son espace
personnel et posa une main sur le tabouret
de bar derrière elle, l’emprisonnant entre ses
bras.
147/288
Elle dut lever la tête pour le regarder.
Elle était grande pour une femme, presque
1 m 80 avec ses talons, mais il la battait d’un
bon 15 centimètres. Il baissa la tête vers ses
grands yeux, remarquant au passage ses pu-
pilles dilatées. Son souffle mentholé était une
bouffée chaude contre son menton.
– Si tu cherches à te faire rentrer de-
dans, t’as pas besoin de travailler ici pour ça.
Assieds-toi. Je te sers un verre. Si tu traînes
dans le coin, je suis sûr que tu vas trouver un
type pour te poinçonner le ticket de métro,
ironisa Duke en fixant d’un regard insistant
148/288
son décolleté, puis il haussa les épaules.
« D’ailleurs, si t’es encore là à la fermeture,
je veux bien m’y coller. »
Il avait voulu la provoquer, car par ex-
périence, il savait que les princesses dans son
genre aimaient jouer les grosses dures, mais
qu’elles prenaient leurs jambes à leur coup
dès que la situation leur échappait. Une fois
qu’elle se serait barrée, il pourrait reprendre
son inventaire.
Mais il avait gravement sous-estimé
Blondie. Tout d’abord, elle réagit bien plus
vite qu’il n’aurait pensé. Elle tendit
149/288
prestement le bras et sa main gauche vint
s’abattre contre son torse, le repoussant avec
une force surprenante. Cela ne le fit pas
bouger, mais le haut de son corps bascula
légèrement en arrière. Le temps qu’il en-
caisse le choc, bouche bée, elle avait repris
l’avantage.
Le fracas d’un verre brisé coïncida pr-
esque exactement avec le mouvement de son
bras droit. Si ça avait été n’importe quel
autre homme, elle aurait sans doute réussi à
lui coller la bouteille de bière cassée sous la
gorge avant qu’il ne puisse réagir… Mais
150/288
Duke n’était pas n’importe quel homme.
Dans un réflexe instinctif, il dégaina sa main
gauche à la vitesse de la lumière et enserra
son poignet mince de ses gros doigts.
Elle en eut le souffle coupé, mais son
bras ne trembla pas. Duke était impression-
né. Et dur comme une barre de fer. Son cœur
martelait contre sa poitrine et il sentit le goût
métallique de l’adrénaline sur sa langue.
– Merde, qu’est-ce qui ne va pas chez
toi, espèce de chienne enragée ?!
Il serra son poignet assez fort pour la
faire reculer, mais elle ne lâcha pas la
151/288
bouteille. Au lieu de cela, elle avança vers lui,
ses seins frôlant son tee-shirt noir uni.
– Qu’est-ce qu’il y a, chéri ? Je croyais
que tu voulais t’y coller ! dit-elle d’une voix
cucul, en battant des cils.
Il plissa les yeux, et relâcha l’emprise
sur son poignet, juste assez pour laisser le
bord du verre tranchant lui frôler la
mâchoire. Il sentit la pointe du verre le
piquer et vit ses yeux s’élargirent. Elle arrêta
son mouvement. Duke faisait attention, il ne
voulait pas vraiment lui faire mal, mais il fal-
lait qu’il lui démontre l’absurdité de son
152/288
comportement. En effet, si elle avait menacé
de son foutu tesson certains des bikers qui
fréquentaient le Shotguns, ils n’auraient pas
hésité à la blesser.
Il sentit ses os fins et légers sous ses
doigts tandis qu’il lui tordait le bras pour lui
faire lâcher la bouteille, lui arrachant un
geignement. La bouteille explosa en atterris-
sant sur le sol, mais aucun des deux ne
baissa les yeux.
Elle essaya de se dégager, mais il se
rapprocha encore plus près. Il lui maintint le
bras dans le dos, pressant sa poitrine contre
153/288
la sienne. Il comprimait ses articulations,
juste assez pour faire valoir son argument.
Elle aspirait de l’air entre ses dents pour
respirer.
– Vire tes sales pattes de moi, espèce
de brute !
Il entendit, quelque part derrière eux,
le ricanement de Buz. Duke l’ignora,
préférant se concentrer sur sa proie.
Chacune de ses inspirations comprimait sa
poitrine contre son torse. Il crut sentir la
pointe de ses tétons, mais il ne pouvait en
avoir l’assurance sans baisser la tête. Or il ne
154/288
voulait pas quitter des yeux son visage rou-
gissant et ses yeux brillants. Il n’était pas du
genre à la sous-estimer deux fois de suite.
Duke pencha la tête jusqu’à être nez à
nez avec elle. Il résista à l’envie de la plaquer
contre le bar et de dévorer ses lèvres
boudeuses. De peu. Seules ses années d’en-
traînement pour apprendre à maîtriser son
corps lui permirent de dompter son désir
bestial.
– Vas-y, grogna-t-il, incapable de
réprimer un sourire féroce quand il la vit
frissonner. Elle passa de nouveau sa langue
155/288
sur ses lèvres entrouvertes, en laissant
échapper un soupir.
– Chiche, chuchota-t-elle dans un
sourire en coin qui fit apparaître une fossette
dans ses joues au moment où Duke sentit la
pression de son genou contre ses couilles. En
douceur, Dieu merci. « Mais je n’aimerais
pas abîmer ce qui ressemble à un paquet as-
sez impressionnant en l’écrasant jusqu’à le
faire remonter en haut de ton diaphragme. »
Ils restèrent silencieux et immobiles
quelques instants, à se défier du regard. Il
tenta de déchiffrer l’expression de ses yeux
156/288
bleu clair, mais il n’y arrivait pas. Son sang
battait dans ses tempes et entre ses cuisses.
Une bête en rut rugissait dans son bas-
ventre. Cela faisait longtemps qu’il n’avait
pas été excité à ce point par une femme. Et il
sentait qu’elle l’était aussi. Si ses pupilles
dilatées et son cou écarlate n’avaient pas déjà
trahi son désir, il pouvait presque sentir la
chaleur moite de son excitation.
Le tintement d’une bouteille de bière
vide sur une table ramena Duke à la réalité.
Il lâcha son bras et recula de quelques pas,
satisfait de la voir chanceler légèrement
157/288
quand il s’éloigna d’elle. Il prit une inspira-
tion profonde pour faire retomber la pres-
sion, puis il shoota dans un morceau de verre
à ses pieds.
– Le balai est dans le placard. Deux-
ième porte sur la gauche, dit-il en indiquant
du menton le couloir sombre qui menait aux
toilettes, à la réserve et à son bureau. « Net-
toie ton bordel, puis je te dirai quelles sont
tes tâches avant que ce soit l’heure de
pointe. »
Elle cligna des yeux, en se frottant le
poignet.
158/288
– Alors, j’ai le boulot ? Je veux dire...
Elle secoua la tête. « J’ai déjà été serveuse,
j’ai de l’expérience. »
Duke longea le bar et servit les clients
qu’il avait négligés durant leur petite
confrontation.
– Parfait. Je te donne ta chance de le
prouver dès ce soir. Alors, va chercher le
balai, Blondie.
Elle renifla et rejeta ses cheveux en ar-
rière, puis se dirigea vers le couloir en ondu-
lant des hanches comme un pendule, attirant
tous les regards des clients dans la salle.
159/288
– Je m’appelle Lexi.
***
Lexi se dégagea facilement de l’étreinte
musclée du biker en lui lançant un clin d’œil
agrémenté d’un petit rire.
– Je ne pense pas que c’est le genre de
chose que tu demanderais à ta sœur, Tex.
Tex secoua son crâne rasé et caressa de
sa main balafrée et tatouée sa longue barbe
rousse.
– Si elle était gaulée comme toi, je
pourrais lui demander, dit-il en clignant de
l’œil.
160/288
Les autres bikers attablés avec lui
éclatèrent de rire. Lexi se joignit à leurs rires,
en secouant la tête tandis qu’elle ramassait
les cadavres de bouteilles qui jonchaient leur
table collante d’un mouvement gracieux. Il
était presque minuit. Le jukebox hurlait un
morceau des Lynryd Skynird qui couvrait à
peine l’entrechoquement quasi constant des
boules de billard. Elle était officiellement en-
gagée au Shotguns depuis six heures du soir,
et ses pieds commençaient à être
douloureux. Mais pour rien au monde elle ne
l’aurait montré à Duke.
161/288
Elle n’avait pas menti quand elle avait
dit au propriétaire taciturne du bar qu’elle
avait une expérience de serveuse. Mais le tri-
mestre passé à servir dans le petit café du
campus ne l’avait pas vraiment préparée à
l’épreuve du Shotguns. À quoi avait-elle
pensé lorsqu’elle avait vu la pancarte
« Recherchons serveuse » à l’extérieur et
qu’elle avait poussé la porte ? Elle n’avait ja-
mais mis les pieds dans un bar de genre av-
ant ce soir.
Alors que ses amies étudiantes
préféraient les boîtes de nuit, et que les amis
162/288
d’enfance qu’elle fréquentait encore avaient
un penchant pour les bars à vin et les res-
taurants gastronomiques, le terrain de
chasse privilégié de Lexi était plutôt les bars
discrets fréquentés par des cols bleus, où elle
était sûre de rencontrer le genre d’homme
qu’elle appréciait… des ouvriers aux mains
calleuses qui sentaient la sueur propre et le
dur labeur. Ceux qui ne ressemblaient en ri-
en à son beau-père Curtis ; ce salaud richis-
sime qui classait les femmes en deux
catégories – les maîtresses et l’épouse
163/288
modèle – chacune n’existant que par son bon
vouloir.
Lexi aimait les hommes virils, appréci-
ant les femmes de caractère, mais sans se
laisser intimider par elles. Elle aimait qu’ils
aient de l’expérience au lit et suffisamment
de contenance pour ne pas piquer une colère
quand elle les mettait dehors au petit matin.
C’était important, car Lexi ne recouchait ja-
mais avec le même homme. Jamais. Avoir
des rapports sexuels avec quelqu’un plus
d’une fois vous condamnait à sortir avec lui.
On prétendait que les femmes étaient plus
164/288
émotives, mais par expérience, elle savait
que c’était le mec qui se faisait des idées si on
le laissait traîner trop longtemps dans les
parages. Des idées sur l’exclusivité et la
disponibilité.
Lexi n’avait pas l’intention d’appart-
enir à quelqu’un. Elle avait trop vu la façon
dont cela avait tourné pour sa mère. Marian
Whittington avait perdu tout son éclat et sa
beauté en essayant désespérément de rendre
Curtis heureux, jusqu’à en devenir affreuse-
ment malheureuse. La seule chose qui pouv-
ait lui arracher un vrai sourire aujourd’hui,
165/288
c’était un martini parfait et la vue Miguel, le
type qui entretenait la piscine, en short
moulant.
Elle avait tenté de convaincre sa mère
de divorcer de Curtis, ou au moins d’avoir
une aventure avec Miguel. Malheureuse-
ment, sa mère prétendait aimer son mari
despotique. En plus de ça, il s’était avéré que
Miguel était gay.
– Tu as l’intention d’apporter ces
pintes à la 14 un de ces quatre, ou tu es juste
là pour te tourner les pouces et faire joli ?
166/288
Duke la fixait d’un air menaçant. Lexi
se demanda s’il arrêterait si elle lui disait à
quel point il était sexy. Aucun doute, le grand
barman musclé pensait qu’il avait l’air intim-
idant lorsqu’il fronçait ses sourcils sombres
et la regardait par-dessus son nez légèrement
tordu. Certes, ça lui faisait flageoler les gen-
oux, mais pour des raisons très différentes…
– Si elles avaient été prêtes quand je
les ai demandées, je ne serais pas en train
d’attendre à ne rien faire !
Elle leva les yeux au ciel en chargeant
les lourdes chopes sur son plateau, et
167/288
s’éloigna du bar en tanguant. Duke ron-
chonna dans son dos et, comme il ne pouvait
pas voir son visage, Lexi s’autorisa un petit
sourire satisfait.
À la seconde où ses yeux s’étaient
habitués à l’obscurité du bar, quelques
heures plus tôt, elle avait eu le souffle coupé.
Même debout derrière le bar en zinc, il
paraissait immense. Ayant été grande toute
sa vie, Lexi aimait qu’un homme la domine
de toute sa hauteur.
Duke n’était pas seulement grand. Il
avait des épaules larges, un corps musclé,
168/288
des cheveux noirs de jais, une mâchoire car-
rée ombrée d’une barbe de trois jours, un nez
puissant qui avait visiblement été cassé au
moins une fois, et des lèvres pleines et sen-
suelles. Sous des sourcils fournis et droits,
ses yeux avaient la couleur brun foncé du
café fraîchement moulu.
Bref, c’était le genre d’homme que Lexi
aurait dragué si elle l’avait rencontré dans
l’un de ces bouges qu’elle fréquentait quand
elle était en quête d’un coup d’un soir. Elle
l’aurait tiré de son humeur maussade par ses
sourires et ses attouchements jusqu’à ce qu’il
169/288
se déride et atterrisse dans son lit. Mais au
lieu de cela, elle devait subir l’attitude de
Duke et lui rendre coup pour coup.
Lexi savait qu’il l’avait cataloguée
comme une enfant gâtée, une fille de riches.
Et il est vrai que Curtis était plein aux as.
Mais elle s’était défoncée pour obtenir son
diplôme et n’avait jamais accepté de lui que
le strict minimum. La seule raison pour
laquelle elle cherchait un boulot, c’était pour
se faire un peu d’argent. Elle avait pris deux
colocataires pour économiser sur le loyer et
s’habillait essentiellement dans les magasins
170/288
d’usine et les boutiques d’occasion. Son
beau-père payait encore ses frais de scolarité
et le crédit-bail de sa voiture, mais dès
qu’elle pourrait se le permettre, elle ar-
rêterait d’accepter son argent.
Heureusement, elle avait réussi à
prouver à Duke qu’elle était plus qu’une
blonde idiote et suffisante. Elle avait pris un
risque à défier physiquement ce géant, elle le
savait, mais elle devait lui montrer qu’elle ne
se laisserait pas intimider par la clientèle ru-
gueuse des gros bras.
171/288
– Lexi, poupée, tu peux nous servir une
autre tournée de Jäger par ici ?
Axel haussa les sourcils. Le biker au
corps efflanqué incarnait le type même du
« client rugueux ». Il était beau, le visage an-
guleux, des cheveux brun clair attachés en
arrière par un bandana, la peau des bras in-
tégralement recouverte de tatouages qui al-
laient de ses doigts à ses épaules. Plusieurs
autres tatouages étaient visibles au-dessus
du col de son tee-shirt. Il portait un jean bleu
taché avec un couteau de chasse à la cein-
ture, de lourdes bottes noires, et une veste de
172/288
cuir (il appelait ça une kutte) sur un tee-shirt
gris.
Quand il était arrivé, il l’avait attaqué
bille en tête, lui demandant ce qu’une « prin-
cesse » comme elle foutait dans un endroit
comme le Shotguns. Elle avait répondu iro-
niquement qu’elle y cherchait le prince char-
mant. Puis il avait attrapé son cul. Elle lui
avait fait clairement comprendre que s’il ne
voulait pas se faire casser les doigts, il ferait
mieux de les garder dans ses poches.
Maintenant, il essayait de se frayer un
chemin jusqu’à sa culotte. Elle l’aurait bien
173/288
laissé faire… s’il n’y avait pas eu Duke. De-
puis leur rencontre musclée, elle était incap-
able de s’empêcher de repenser à la sensa-
tion de son corps contre le sien. Si chaud et
si dur. Sans parler de son odeur, mélange de
citron et de coton propre avec un soupçon de
sueur salée.
Son commentaire dédaigneux sur le
fait de se la faire si elle était encore là après
la fermeture l’avait mise hors d’elle, tout en
l’excitant terriblement. Et elle savait qu’elle
aussi l’excitait. Elle avait vu et senti la bosse
174/288
épaisse de son érection tendre le tissu usé de
son jean.
– Voilà, les garçons, dit-elle en souri-
ant à Axel et ses acolytes, tandis qu’elle dis-
tribuait les verres de liqueur sans en reverser
une seule goutte. Faites-vous plaisir !
– J’aurais plus de plaisir si tu t’asseyais
là, lança un des motards débraillés, en ta-
potant ses larges cuisses.
– Lexi !
Elle leur fit un clin d’œil au moment où
le cri de Duke transperçait le vacarme du
bar.
175/288
– Désolée. Le devoir m’appelle.
Elle se dépêcha de s’esquiver avant
qu’ils puissent protester. Au moment où elle
posa son plateau sur le bar après avoir zigza-
gué entre les tables, Duke affichait – sur-
prise, surprise – un air réprobateur.
– Merde, tu pourrais essayer de te con-
centrer sur ton boulot pendant plus de cinq
minutes ? C’est un bar, c’est pas Tournez
manège.
Lexi se retourna pour examiner la
salle. Pas un seul client n’avait devant lui un
verre ou une bouteille vide. Quand son
176/288
regard se reposa sur Duke, elle leva un
sourcil.
– Tant mieux, parce qu’avec ton
mauvais caractère, tu serais éliminé direct,
patron.
C’était faux. La manière bourrue dont
il lui aboyait dessus l’excitait bien plus que
lorsqu’il était poli et agréable, comme plus
tôt, quand il lui avait montré où se trouvait le
matériel et expliqué ses tâches. Quelque
chose dans ses sourcils froncés et la torsion
de ses lèvres renfrognées la rendait folle.
177/288
Étant donné la façon dont il avait réagi
à sa moue boudeuse, Lexi suspecta qu’il res-
sentait la même chose. Ils s’étaient
chamaillés et avaient badiné toute la soirée,
et ça commençait à ressembler à des prélim-
inaires. Elle avait passé les sept dernières
heures à essayer de repousser des pensées
lubriques au sujet de son nouveau boss avec
une réussite limitée. Plus d’un client avait
fait un commentaire déplacé au sujet de ses
« phares allumés », autrement dit ses tétons
pointés.
178/288
Duke se retourna quand quelqu’un se
mit à gueuler au fond du bar.
– Bouge ton joli petit cul pour aller
chercher de la Guinness au frais et changer le
fût avant que je m’énerve et que je te vire.
Lexi renâcla mais fit ce qu’il lui
demandait.
Et ce fut comme ça toute la fin de la
soirée. Elle avait eu peur qu’un client joue les
gros bras, mais le climat était plutôt détendu.
Toutefois, quand elle le fit remarquer à
Duke, il répondit : « On n’est que jeudi. »
179/288
Peut-être, mais il n’échappa pas à Lexi
que de tous les hommes qu’elle avait rencon-
trés ce soir-là, c’était lui qui avait été le plus
dur avec elle. Et à l’heure de la fermeture,
elle avait une poche pleine de pourboires,
des pieds endoloris et sa petite culotte
mouillée par la faute d’un barman bourru.
Une fois qu’elle eut chargé tous les
verres dans le lave-vaisselle et nettoyé les
tables, Lexi s’étira, pressant ses paumes au
bas de son dos jusqu’à ce que sa colonne ver-
tébrale craque.
180/288
Duke était parti à l’arrière quelques
minutes plus tôt pour chercher les papiers
administratifs qu’elle devait remplir. Elle le
ferait demain avant de revenir. Là, elle était
morte et aspirait à se glisser dans son lit
moelleux.
Toute seule, malheureusement. Même
si Duke l’excitait terriblement, coucher avec
son patron n’était pas une bonne idée. Du
moins, c’était ce qu’elle se répétait en s’enga-
geant dans le couloir qui menait au bureau
de Duke.
181/288
Dos à la porte, il était penché en avant
et fouillait dans un meuble à tiroir métal-
lique. Lexi prit le temps d’admirer les lignes
puissantes de son dos et de ses jambes. Son
regard gourmand s’attarda sur son cul ferme
et bombé. En général, elle ne s’intéressait
pas aux fesses des mecs, mais il était indéni-
able que celles de Duke faisaient partie des
spécimens rares. Elle avait envie de les pren-
dre à pleine main et de les pétrir. Peut-être
même croquer une bouchée de ce muscle
ferme.
182/288
Ses tétons se durcirent de désir et la
chaleur envahit son bas-ventre.
Lexi détourna les yeux pour s’intéress-
er à la pièce. C’était un petit bureau aux murs
blancs avec une moquette grise élimée au
sol. Le bureau imposant, jonché de piles de
papiers, occupait presque tout l’espace. Sur
le mur derrière se trouvait un tableau d’af-
fichage, sur lequel on pouvait écrire au
feutre. Un meuble à tiroir et un coffre-fort
étaient alignés contre un autre mur.
Quelques photos encadrées étaient ac-
crochées çà et là. Elle ne fut pas surprise de
183/288
voir Duke sur l’une d’elles en uniforme milit-
aire au milieu du désert, entouré de
plusieurs autres soldats. Toutefois, le sourire
flamboyant qu’il arborait sous son casque lui
fit un choc tant il contrastait avec son
humeur du jour.
Une autre photographie le montrait
devant un sapin de Noël avec un couple âgé,
le bras passé autour des épaules d’une
femme qui ressemblait à une version fragile
et féminine de lui-même, et qui ne pouvait
qu’être sa sœur. Il y avait d’autres photos de
Duke avec divers membres de sa famille et
184/288
des amis. Deux en particulier arrêtèrent son
regard, des portraits de lui.
Sur la première, il se tenait derrière le
bar, bras croisés et sourcils froncés, dans
cette attitude renfrognée qui lui était désor-
mais familière. Mais il y avait une lueur
pétillante dans ses yeux et les commissures
de ses lèvres étaient légèrement relevées,
comme s’il tentait de réprimer un sourire. Il
avait l’air plus jeune de quelques années et le
comptoir était beaucoup moins éraflé. Elle
avait dû être prise quand il l’avait acheté.
Lexi pouvait imaginer sa sœur derrière le
185/288
viseur, essayant de l’amadouer pour lui ar-
racher un sourire.
L’autre était une photo de trois quarts
en plein air où il ne posait pas. Il était habillé
en tenue de sport : un tee-shirt, un short vert
et des lunettes de soleil cachant ses yeux
sombres. Ce qu’il y avait de remarquable
dans cette photo, c’est qu’il se trouvait au mi-
lieu d’une paroi rocheuse à pic. Elle pouvait
voir les sangles noires d’un harnais autour de
ses cuisses et de la taille et une corde (trop
mince à son avis) tendue au-dessus de sa
tête. Le voir ainsi suspendu au milieu d’une
186/288
falaise, les muscles de ses bras et de ses mol-
lets saillants sous la tension, lui coupa le
souffle.
– Tu en as déjà fait ?
La voix basse de Duke fit bondir son
cœur dans sa poitrine. Elle détourna son at-
tention de la photo pour la reporter sur lui. Il
l’observait, une liasse de feuilles à la main.
Sa gorge fit un bruit sec quand elle avala.
– Quoi ?
– De l’escalade, précisa-t-il en pointant
du menton la photo qui avait semblé la cap-
tiver. Tu en as déjà fait ?
187/288
– Oh. Non. Ça… euh… ça a l’air mar-
rant. Ça doit foutre la trouille, non ?
Elle vit les coins de sa bouche sensuelle
se relever. Ce n’était pas un sourire aussi
franc que celui qu’il arborait sur les photos,
mais suffisamment pour lui faire serrer les
cuisses l’une contre l’autre.
– C’est complètement dément. Ça te
fait battre le cœur plus fort et quand c’est
vraiment une belle escalade, tu le sens dans
tout ton corps. C’est… exaltant.
Lexi eut l’impression que son sang
avait été remplacé par un miel épais. Il
188/288
coulait dans ses veines, lent et doux. Plon-
geant ses yeux dans ceux de Duke, elle se
sentit lourde et chaude et mûre. Elle sortit le
bout de sa langue et se lécha le coin de la
bouche.
– Oh, ça pourrait me plaire alors.
Duke sembla se rendre compte de l’ef-
fet que ses mots avaient sur elle, car son
sourire s’évanouit, laissant place à un regard
intense sous ses sourcils épais. Les papiers
voltigèrent au sol tandis qu’il s’approchait
d’elle, réduisant soudain à néant la distance
entre eux.
189/288
Ils avaient ressenti cette attraction
magnétique et joué avec depuis la minute où
elle était entrée dans le Shotguns, aussi, sans
aucune surprise, Lexi s’embrasa à la seconde
où les lèvres de Duke touchèrent les siennes.
Il pencha la tête et lui prit la bouche
avec une grâce sauvage. Lexi ouvrit les lèvres
pour accueillir sa langue, suçant le muscle
épais qui envahissait sa bouche. Duke
grogna ; le son résonna délicieusement dans
sa poitrine. Ses mains larges agrippèrent ses
hanches et ses doigts s’enfoncèrent dans sa
chair au travers du tissu de sa jupe.
190/288
Elle se hissa sur la pointe des pieds et
enroula ses bras autour de ses épaules
musclés. Ses cheveux étaient courts et
soyeux dans la nuque. Elle les gratta douce-
ment du bout des ongles.
Duke la plaqua contre le mur ; les ob-
jets sur l’étagère au-dessus de leur tête s’en-
trechoquèrent dans un bruit de cliquetis. Un
écheveau de corde souple suspendu à un
support se décrocha et vint lui frôler la joue.
Une main calleuse glissa le long de sa cuisse
et lui chatouilla l’arrière du genou. Puis elle
191/288
remonta vers ses fesses, en retroussant sa
jupe.
Lexi se mordilla la lèvre inférieure, en
appuyant ses épaules contre le mur alors
qu’il enroulait sa jambe autour de sa taille.
Elle cala le talon de sa botte derrière sa
cuisse et cambra les reins, puis elle ondula
des hanches pour se frotter contre la bosse
proéminente de son érection.
– Hmmm, j’aime que tu sois excitée,
gémit-il dans son oreille avant d’embrasser
de ses lèvres mouillées la fine peau de son
cou.
192/288
Elle leva son autre jambe et verrouilla
ses chevilles derrière son dos, le laissant
porter tout son poids. Duke remonta son tee-
shirt et son soutien-gorge, et referma sa
bouche autour de la pointe dure d’un sein
qu’il suça avidement, lui arrachant des
gémissements. Elle cambra ses reins davant-
age et caressa ses bras virils et sa poitrine,
enfonçant ses ongles dans la chair de ses
biceps.
– Duke, je t’en supplie… prends-moi…
baise-moi…
193/288
Lexi ne savait plus ce qu’elle disait. Son
cerveau n’était plus que bruit blanc et plaisir,
sa peau s’enflammait partout où il la
touchait. Tout à coup, ses grandes mains
étaient sur son cul, à le malaxer, tandis qu’il
dévorait ses seins, la transformant en une
pauvre chose qui se contorsionnait en
gémissant.
Puis il saisit ses mains, desserra leur
emprise autour de son cou, enferma ses deux
poignets fins dans sa large paume et les
plaqua au-dessus de sa tête. Elle heurta du
bout des ongles le dessous d’une planche de
194/288
l’étagère au moment où la main de Duke
fouillait dessus en quête de quelque chose.
Elle essaya de tourner la tête pour voir
ce qu’il faisait, mais il l’immobilisa par un
baiser brutal sur la bouche. Elle comprit
quelques instants plus tard quand elle le sen-
tit enrouler une corde autour de ses poignets.
– Qu’est-ce que… ? Ah !
Les yeux de Lexi s’agrandirent quand il
tira la corde vers le haut. Ses bras n’étaient
pas complètement tendus, elle pouvait plier
légèrement les coudes, mais ses liens étaient
serrés. Elle sentait le sang lui chatouiller le
195/288
bout des doigts, les lèvres et les tétons. Son
clitoris palpitait.
Duke la plaqua contre le mur avec son
bassin tandis que ses mains couraient le long
de son corps. Il commença par ses poignets
liés et fit glisser ses paumes sur ses avant-
bras, pressant légèrement ses biceps avant
d’atteindre ses épaules. Quand il effleura du
bout des doigts le flanc de ses seins et de ses
hanches, Lexi se mit à haleter et à se contor-
sionner sous son emprise. Il baissa les yeux
vers elle, fixant d’un regard intense ses mam-
elons roses et les muscles de son ventre qui
196/288
se soulevaient au rythme de sa respiration
saccadée. Il replaça ses mains en coupe sous
ses fesses, et se pressa langoureusement
contre elle, en frottant sa queue toujours
prisonnière du jean contre son entrecuisse.
Lexi avait eu assez de préliminaires.
Toute la soirée, son désir n’avait cessé de
croître. Elle voulait faire tomber les barrières
qui les séparaient. Sentir enfin sa peau nue
contre la sienne. Elle le voulait à l’intérieur
de son ventre.
Elle tendit le cou et passa sa langue sur
sa lèvre inférieure.
197/288
– Tu vas continuer à me caresser
comme une lycéenne vierge ou tu vas enfin
me baiser ?
Des flammes crépitèrent dans les yeux
noirs de Duke à ses mots.
– Bon Dieu ! Ça t’arrive de la fermer ?
Elle se repensa à leur rencontre plus
tôt et dis dans un grand sourire : « prends-
moi ».
Sa bouche fut sur la sienne dans la
seconde, plus brûlante et brutale qu’avant. Il
souleva son cul d’une main et elle entendit le
zip caractéristique d’une fermeture éclair. Ce
198/288
seul bruit suffit à la faire se trémousser et
gémir. Il écarta d’un doigt le tissu de sa cu-
lotte et elle sentit enfin la pression de la chair
chaude et douce contre son sexe.
Cuisses serrées contre sa taille, elle
roula des hanches, essayant de l’attirer en
elle.
Duke grogna, changea d’appui et la
pénétra d’un coup de reins puissant.
Lexi s’était dit qu’il devait être bien
monté lorsqu’elle avait vu le renflement de
son jean plus tôt, et là, sentant ses chairs
199/288
comprimées par la grosseur de l’engin, elle
comprit que ses soupçons étaient justes.
– Plus fort, haleta-t-elle. Plus vite.
Désireux de l’obliger, Duke adopta un
rythme rapide et terriblement excitant. Avec
ses mains attachées, elle ne pouvait que s’ac-
crocher à lui par les jambes et se laisser
prendre. Il tenait son cul fermement à deux
mains, leur imprimant un mouvement
régulier d’avant en arrière, calé sur le va-et-
vient de sa queue dans sa chatte trempée.
Chaque poussée dansante de ses reins
la pénétrait en profondeur et exacerbait le
200/288
plaisir de ses chairs, qui enserraient de plus
en plus étroitement son gourdin.
À aucun moment sa bouche n’avait
quitté sa peau. Ses lèvres, la langue et ses
dents léchaient et mordillaient sa clavicule,
sa gorge, son menton. Il baissa la tête pour
sucer et titiller ses tétons, la faisant gémir et
se cambrer davantage pour les presser contre
ses lèvres. Lexi était au bord de l’orgasme et
elle sentait le plaisir investir chacune des cel-
lules de son corps. Même le bout de ses
doigts vibrait de plaisir tant Duke savait util-
iser tout son corps pour lui faire du bien.
201/288
Quand il l’embrassa, elle jouit violem-
ment en criant de plaisir dans sa bouche.
Il continua de la prendre tandis qu’elle
hurlait, aspirant doucement sa lèvre in-
férieure en accélérant le rythme de ses coups
de reins. Lexi sentit qu’il était au bord de
l’orgasme lui aussi. Il la serrait de plus en
plus fort, la pénétrant sauvagement de son
sexe gorgé de désir.
Elle fit glisser ses lèvres le long de sa
mâchoire, les frotta contre ses joues
râpeuses, saisit le lobe de son oreille entre
ses dents et l’explora de la langue. Puis elle
202/288
lui souffla dans le creux de l’oreille : « Vas-y,
Duke. Jouis pour moi, Duke. »
Lexi sentit dans tout son corps un fris-
son de plaisir tandis qu’il s’enfonçait en elle
jusqu’au bout, en la plaquant contre le mur.
Elle comprima ses cuisses pour l’enserrer en-
core plus fort au moment où il éjaculait en
elle. Terrassé par l’orgasme, il enfonça son
visage dans son cou en frissonnant et en
gémissant.
Pendant de longues minutes, on n’en-
tendit plus que le souffle de leur respiration
irrégulière. Lexi avait la tête appuyée contre
203/288
le mur et goûtait à la douce léthargie qui se
répandait dans ses muscles fatigués. Ouvrant
les yeux, elle aperçut ses poignets ligotés et
sentit une étincelle d’excitation se rallumer
dans son bas-ventre. La corde bleu et jaune
enroulée autour de ses mains lui rappela la
discussion qu’ils avaient avant que les choses
ne prennent un tour plus sensuel. Lexi
pouffa.
– Eh, bien, si l’escalade ressemble à ça,
je veux bien m’y mettre !
Duke leva la tête. Leurs yeux se
croisèrent. Ses pupilles étaient encore
204/288
dilatées par le plaisir, mais le sillon familier
réapparut entre ses sourcils. Il suivit son re-
gard posé sur ses poings liés. Lexi vit son air
s’assombrir ; il se mordit le coin des lèvres.
Le geste était spontané et étrangement
charmant.
Il leva les mains et dénoua la corde,
puis frotta délicatement ses poignets. Les
yeux figés sur ses bras, il toussota pour
s’éclaircir la gorge.
– Euh, ça ne t’a pas fait mal, au
moins ?
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Lexi se fendit d’un grand sourire. Elle
avait des fourmis dans les doigts.
– Tu parles de ça, dit-elle en touchant
la corde, ou de ça ? ajouta-t-elle en cambrant
les reins, lui arrachant un soupir.
– Les deux, répondit-il en reculant,
tout en la reposant lentement sur le sol. Il ne
voulait toujours pas la regarder dans les
yeux. Lexi prit le temps de rajuster ses vête-
ments, pour qu’il puisse faire de même. Une
fois qu’ils se furent rhabillés, elle le regarda
et lui donna une petite tape affectueuse sur
la poitrine.
206/288
– Hé, tout va bien, d’accord ? Tu n’as
rien fait que je n’ai pas voulu. Tu le sais,
non ?
Il passa sa main dans ses cheveux,
soupira et hocha la tête.
– Ouais. Ouais, je sais.
Lexi leva les sourcils.
– Alors, tout va bien ?
– Tout va bien.
– Génial. Parce que je veux toujours ce
boulot, et ça serait craignos si un malaise
s’installait entre nous.
207/288
Duke se pencha pour ramasser les
papiers qu’il avait laissé tomber.
– Je ne vais pas te virer si c’est ce qui
t’inquiète.
– Pas vraiment, mais tu réagis de façon
zarbi, patron. Écoute, on est tous les deux
adultes. On a ressenti une attirance ré-
ciproque. Et on s’est un peu… okay, beauc-
oup amusé. Mais c’est juste du sexe. Et
maintenant que c’est fait, on n’y pensera plus
et je suis sûre qu’on travaillera plus facile-
ment ensemble.
208/288
Honnêtement, Lexi n’était pas certaine
que cette dernière phrase soit vraie. À peine
venaient-ils de jouir qu’elle avait déjà envie
de l’attirer et de le sentir contre son corps.
Mais elle ne couchait jamais deux fois avec le
même mec, même quand c’était tentant.
– Parfait, dit Duke. Il n’avait pas l’air
convaincu, mais quand leurs yeux se
croisèrent, il hocha la tête. « Tiens, tes
papiers. »
Elle prit la liasse de feuilles, tout en
étudiant son beau visage. Quelque chose
semblait clairement le contrarier. Bien qu’il
209/288
essayât de ne pas froncer les sourcils, le sil-
lon vertical apparaissait sur son front et ses
lèvres affichaient une moue réprobatrice.
Elle ne savait pas s’il s’en voulait d’avoir suc-
combé à ses charmes ou d’avoir fait l’amour
avec une employée. Quoi qu’il en soit, elle es-
pérait qu’il allait s’en remettre. Elle aimait ce
travail et elle aimait bien Duke. Plus qu’elle
aurait dû, sans doute.
Tapotant les papiers contre sa paume,
Lexi se fendit d’un sourire forcé.
– À demain soir, alors.
Duke baissa le menton et hocha la tête.
210/288
– À demain.
***
Deux mois. Cela faisait deux longs
mois de frustration qu’elle travaillait au
Shotguns, car elle n’arrivait toujours pas à
s’ôter de la tête la séance époustouflante de
jambes en l’air qu’elle avait eue avec
monsieur-grincheux-super-monté, alias
Duke, son patron.
Lexi savait que certaines de ses amies
la considéraient comme une salope. Elle re-
fusait l’idée que sa réputation soit liée au
nombre de ses amants d’un soir. Mais elle
211/288
devait tout de même admettre que deux mois
sans avoir couché avec le moindre mec, ça
commençait à faire long.
Et pourtant, elle avait essayé.
Au début, elle avait attribué son
manque d’intérêt au fait que faire l’amour
ligotée par Duke avait été une expérience in-
croyable, aussi jouissive que sportive. Pour
tout dire, le meilleur sexe de sa vie. Elle allait
rester enchaînée – elle sourit au jeu de mots
– à ce souvenir un moment.
D’ailleurs, entre l’université et son
nouveau boulot, elle était très occupée. Et
212/288
aucune des rencontres qu’elle avait faites ses
soirs de repos n’avaient eu l’intensité de ses
joutes verbales avec Duke. Après tout, rien
ne l’obligeait à avoir des relations sexuelles.
Mais après plusieurs semaines sans la
moindre touche intéressante, Lexi com-
mença à s’inquiéter. Le problème, c’était que
Duke lui avait clairement fait savoir qu’il re-
coucherait volontiers avec elle. Elle aurait pr-
esque préféré qu’il se sente mal à l’aise,
comme elle l’avait craint juste après qu’ils
aient fait l’amour. Mais non.
213/288
Le lendemain soir, quand elle s’était
pointée au boulot, Duke avait froncé ses
épais sourcils bruns d’un air mauvais en
avisant sa veste cintrée en cuir noir et sa
minijupe violette. Il avait grommelé : « Si tu
t’habilles comme ça, tu vas encore finir la
soirée contre le mur du bureau. »
Elle avait rétorqué d’un ton sévère,
« non, ça n’arrivera pas, » alors que tout son
corps criait le contraire.
Apparemment, Duke avait décidé de
relever le défi. Ou alors il était un sadique en
puissance, car dès lors, il avait semblé
214/288
déterminé à la faire revenir sur sa parole.
Comme ils étaient les deux seuls employés,
ils travaillent ensemble du jeudi au di-
manche de cinq heures du soir à une heure,
parfois deux heures du matin.
Tous les soirs, il l’engueulait sur sa
façon de s’habiller ou de faire son boulot.
Lexi savait qu’il la cherchait et elle aurait
aimé être fâchée, mais c’était difficile tant il
paraissait prendre plaisir à la voir réagir au
quart de tour. Elle n’avait jamais rencontré
un homme qui appréciait autant les joutes
verbales. C’était presque devenu un jeu entre
215/288
eux de voir lequel allait sortir la pique la plus
drôle ou énerver l’autre le plus rapidement.
Plusieurs habitués participaient même
à leur petit jeu. Buz, le vieux biker aux
cheveux blancs qui était là pratiquement
tous les soirs avait pris l’habitude de crier
« Eh, y’a des hôtels pour ça ! » quand ils se
chamaillaient. Généralement, Duke lui
faisait un doigt d’honneur, puis il indiquait
du menton le fond de la salle.
– Il y a une chambre au fond du
couloir si ça te dit Blondie.
216/288
Cela avait le don d’irriter Lexi et Duke
le savait, même si elle n’était pas sûre qu’il
sache pourquoi exactement. En vérité, ce
surnom moqueur lui rappelait le premier
jour, et la façon dont il avait gémi « Lexi »
dans son cou en jouissant.
Elle répondait immanquablement « tu
peux toujours rêver, patron », en essayant de
réprimer un sourire alors qu’il lui rét-
orquait : « C’est quand tu veux, Blondie.
Quand tu veux. »
Évidemment, c’était les bons soirs,
quand ils plaisantaient et se cherchaient.
217/288
Mais plus le temps les séparait de cette
première nuit, plus leur relation devenait
tendue. Cependant, Lexi pensait que ce
n’était pas uniquement la tension du désir
entre eux qui mettait Duke sur les nerfs.
Elle l’avait entendu pester contre lui-
même alors qu’il faisait la paperasserie dans
son bureau. Elle avait proposé de l’aider, car,
après tout, elle passait une maîtrise de ges-
tion d’entreprise, mais il l’avait rembarrée.
Elle aurait voulu lui demander ce qui n’allait
pas, mais ça lui semblait aller trop loin.
218/288
En plus, elle essayait de prendre ses
distances.
Pas de répétition, se répétait-elle
chaque soir quand il lui disait de « se bouger
le cul et d’aller servir les clients, bon sang ! »,
ou quand il posait une main sur sa hanche en
manœuvrant autour d’elle dans la réserve
après la fermeture.
Il n’essayait pas de la toucher ni de
l’embrasser pour autant. Il ne lui faisait pas
de rentre-dedans. Lexi le regrettait presque
parce qu’alors, elle aurait pu se mettre en
colère contre lui et arrêter de penser à ce
219/288
qu’elle avait ressenti quand il l’avait
pénétrée.
Après un mois de ce traitement confin-
ant à la torture, elle était désespérée. Elle
savait que ce n’était pas une bonne idée de
s’asseoir sur les genoux de Luca, mais le
biker italien aux muscles ligneux était assez
beau pour être mannequin de sous-vête-
ments si on passait outre ses dents de travers
et ses tatouages de taulard. Il était mécani-
cien moto, avait de l’humour et c’était ty-
piquement le genre de type que Lexi aurait
220/288
aimé mettre dans son lit un soir, pour ne
plus jamais le revoir.
Sauf qu’il ne lui fit aucun effet. Même
quand il se pencha vers elle et lui murmura,
bourré, tout ce qu’il voulait lui faire. C’était
des détails cochons qui, normalement,
l’auraient émoustillée. Mais depuis des se-
maines, elle n’avait pas ressenti le moindre
émoi qui ne soit pas provoqué par son patron
renfrogné et borné.
Le patron renfrogné et borné en ques-
tion avait foutu Luca à la porte pour « har-
cèlement du personnel ». Et merde, voir les
221/288
biceps de Duke saillir tandis qu’il entraînait
le pauvre type vers le parking l’avait fait
saliver et serrer les cuisses.
C’était d’autant plus rageant que ce
n’était pas la première fois. En fait, ça lui ar-
rivait souvent ces dernières semaines, Duke
semblant mettre un point d’honneur à virer
les clients qui essayaient de la tripoter... ou
avec qui elle devenait trop familière.
Excitée ou non, elle n’allait pas le laiss-
er faire la loi. Lorsqu’il poussa la porte après
avoir envoyé valdinguer tête la première sur
les graviers du parking un malabar de 150
222/288
kilos, Lexi le coinça derrière le bar. Il leva les
sourcils et essuya le mince filet de sang qui
coulait au coin de sa bouche, résultat d’une
droite.
Lexi serra le poing et lui asséna un
grand coup sur l’épaule. Elle se fit mal à la
main, mais parvint plus ou moins à calmer
son ventre en feu.
– Arrête tes conneries, Duke.
– Pardon ? répliqua-t-il en grimaçant,
sa langue venant de heurter sa joue
douloureuse.
223/288
Un jeune type à la coupe fraîche, dé-
coiffé façon hirsute, leva la main pour com-
mander une autre bière. Lexi lui lança un re-
gard noir. Il se ravisa prestement. Elle re-
tourna son regard furieux vers son patron.
– Ne te mêle pas de mes affaires. Tu
sais exactement de quoi je parle. Tu ne peux
pas continuer à foutre dehors tous les mecs
qui me draguent. D’ailleurs, si tu continues à
agir comme ça, tu n’auras plus aucun client,
et on ne peut pas dire que tu en as tant que
ça.
224/288
– C’est mon bar. C’est moi qui décide
qui est autorisé à le fréquenter ou non.
– Et quiconque me drague est interdit
de séjour, c’est ça ?
Le muscle de sa mâchoire se contracta,
mais elle continua, en frappant à coups
répétés du doigt contre son torse.
– Le bar t’appartient peut-être, mais
pas moi ! Crois-moi, si un type dépasse les
limites, je te le dirai ou je m’en occuperai
moi-même. Mais tu n’as pas le droit de te
comporter en homme des cavernes avec
225/288
quelqu’un juste parce que je lui ai fait un clin
d’œil. Compris ?
Elle haletait. Duke croisa les bras. Il ré-
pondit d’une voix grave.
– Je veux juste te protéger, Lexi. Ces
gars sont des voyous. Pas tous, mais... ce qui
te semble un clin d’œil innocent peut être
mal interprété et certains ne tolèrent aucun
refus. Je sais lesquels. Pas toi.
Lexi souffla bruyamment. Elle savait
qu’il avait raison, même si elle ne voulait pas
l’admettre. Au moins, il n’avait pas entière-
ment tort.
226/288
– Peut-être. Et si c’est le cas, il faut que
tu me dises qui est dangereux. Je t’écouterai.
Mais n’essaie pas de me faire croire que tu as
viré Luca parce qu’il aurait pu me violer. Ou
Justin. Ou Tex.
Le muscle de sa mâchoire se crispa de
nouveau, indiquant qu’il serrait les dents.
– Tu ne réponds pas parce que tu sais
qu’il ne s’agit pas de protection, mais de pos-
session. Je ne t’appartiens pas, Duke. Je
n’appartiendrai jamais à aucun homme. C’est
la raison pour laquelle je ne couche pas deux
227/288
fois avec le même et que je n’entretiens pas
de relations. Je pensais que j’avais été claire.
Duke la dévisagea, une expression in-
sondable dans les yeux. Après un long mo-
ment de silence, couvert par le brouhaha du
bar, des boules de billard, des rires et d’un
vieux rock and roll, il expira bruyamment
par le nez.
– Tu as raison. J’ai compris. Et je
m’excuse. J’ai dépassé les bornes. À partir de
maintenant, je ne virerai que les types qui se
bagarrent... ou qui me demandent de les
foutre à la porte.
228/288
Lexi mâchouilla ses lèvres, surprise par
la sincérité de ses propos. Elle ouvrit la
bouche, ne sachant pas ce qu’elle allait dire,
mais consciente qu’il fallait qu’elle parle,
quand Duke la coupa.
– Laisse-moi me rattraper. La salle de
gym sur Orchard a un mur d’escalade.
Retrouve-moi là-bas mardi après tes cours et
je t’apprendrai à grimper.
Elle resta sans voix. Il avait plusieurs
fois parlé de lui apprendre l’escalade, mais
elle avait toujours imaginé que c’était une
promesse en l’air, le fameux « oui, bien sûr,
229/288
faisons ça ensemble un jour » que les gens se
disent sans y croire vraiment.
– Ce n’est pas un stratagème tordu
pour sortir avec moi ?
En temps normal, Lexi n’aurait jamais
vu l’escalade comme un prétexte de drague,
mais étant donné sa réaction chaque fois que
ses yeux tombaient sur la photo accrochée au
mur du bureau de Duke, elle se dit que la
question n’était pas déplacée.
Duke écarquilla les yeux et resta
bouche bée. L’étonnement le rendait plutôt
séduisant.
230/288
– Non ! C’est juste que... tu m’as dit
que tu voulais apprendre. Mais si tu ne veux
plus, je me rachèterai autrement. Par ex-
emple, tu peux partir plus tôt ce soir, je
rangerai tout seul ou... ce que tu veux.
Elle tapota ses biceps saillants.
– Relax, patron. Escalade mardi après-
midi. Sans faute.
***
Faire de l’escalade avec Lexi s’avéra
une très mauvaise idée. Duke étouffa un
nouveau râle tandis qu’elle se penchait vers
lui, chaude et forte, sentant un mélange de
231/288
noix de coco et de sueur. Il avait bien essayé
de faire son instruction en restant au sol, lui
indiquant à distance où poser ses pieds,
quels crochets attraper, mais ça n’allait pas.
La première demi-heure, elle avait à peine
réussi à s’élever de quelques mètres sur le
mur avant de chuter.
Au moins, elle n’avait pas peur de
tomber. Elle avait confiance dans le harnais
et le système de poulies qui l’assurait. Mais
elle n’avait pas encore pigé le rythme de l’es-
calade, comment s’élancer de prise en prise
232/288
pour grimper. Son corps n’était pas familier
de ce mouvement.
Il avait fini par renoncer à l’observer
d’en bas (comme si voir son cul moulé dans
le collant noir n’était pas une torture suffis-
ante) pour grimper avec le dispositif d’assur-
age autobloquant afin de lui indiquer chaque
prise. Désormais, il en était réduit à réviser
ses tables de multiplication mentalement
pour s’empêcher de penser au corps de Lexi.
Et malgré ça, il bandait. Ils faisaient tous les
deux semblant de ne pas le voir.
233/288
– Voilà, assure-toi d’avoir une bonne
prise et balance ta jambe droite vers la chev-
ille bleue.
– Jambe droite cheville bleue, j’ai com-
pris. On dirait une version sado du Twister
des fêtes foraines pour adulte.
Elle rit légèrement, mais l’image que
ses mots convoquèrent à l’esprit de Duke
faillit le faire jurer à haute voix. Elle voulait
le tuer ou quoi ?
Il ne mentait pas quand il avait
prétendu que sa proposition était purement
amicale et platonique, un rameau d’olivier
234/288
pour se faire pardonner son comportement
primitif de mâle alpha des dernières se-
maines. Lexi ne lui avait jamais aucune
promesse. C’était même le contraire. Et le
fait qu’il détestait l’idée qu’un autre la touche
était son problème à lui, pas le sien.
Mais il n’avait pas songé aux implica-
tions d’enseigner à quelqu’un un sport aussi
physique que l’escalade. Pour lui montrer les
meilleures prises où placer ses pieds et ses
mains, il devait grimper derrière elle. Ils
avaient passé les dernières quarante-cinq
235/288
minutes leurs corps pressés l’un contre
l’autre des épaules au bassin.
– Ah ! Je l’ai fait !
Le cri triomphant de Lexi arriva pile au
bon moment pour détourner son attention
de son fessier contre lequel il ne pouvait faire
autrement que frotter son érection. Ils
étaient tous les deux en sueur. C’était loin
d’être un parcours difficile pour lui, mais la
proximité de Lexi l’avait mis dans tous ses
états, comme toujours.
236/288
– Formidable ! Maintenant... hum.
Voyons voir. Pourquoi tu n’essaierais pas :
main gauche, jaune ?
– Quel jaune ? ricana-t-elle. Oh, d’ac-
cord, je le vois.
Cela aurait été plus facile si elle avait
été la richarde salope qu’il avait cru en la
voyant se pointer au Shotguns le premier
soir. Il aurait pu alors faire une croix sur elle
après l’avoir baisé un bon coup. Non qu’elle
ne fut pas un bon coup. Elle était le meilleur
coup de sa vie, à dire vrai. Duke n’avait
même jamais été autant excité par une
237/288
femme. Il n’avait jamais fantasmé attacher
une femme, non plus, mais la vue de ses
poignets ligotés par la corde d’escalade
avait... eh bien, ça l’avait fait. Il aurait pu
transpercer le mur de sa queue en la
défonçant.
Juste après, il avait été un peu atterré
par son comportement. Il n’avait jamais fait
un truc pareil de toute sa vie. Et il voulait
recommencer.
Mais Lexi ne couchait pas deux fois
avec le même homme. Dommage, car il
n’avait envie de faire l’amour qu’avec elle.
238/288
Tandis qu’il la guidait pour grimper les
derniers mètres du mur, il tentait de réfléchir
à la situation. Il comprenait sa réticence. Ils
en avaient discuté en nettoyant le bar durant
les heures creuses et elle lui avait parlé un
peu de sa mère et de son beau-père.
Personnellement, Duke pensait qu’elle
poussait la notion de « je refuse d’appartenir
à quiconque » un peu loin, mais il pouvait
comprendre son envie de rester célibataire
jusqu’à ce qu’elle ait fini ses études (il lui res-
tait un semestre), trouvé un travail, et puisse
voler de ses propres ailes. Il la respectait
239/288
même pour ça. Ce qui ne voulait pas dire que
ça lui plaisait.
Après une ou deux tentatives de la con-
vaincre de la bêtise de son raisonnement, il
avait abandonné. Ça n’avait eu pour effet que
de la mettre hors d’elle. Et si Duke trouvait
que Lexi était adorable quand elle était én-
ervée, il n’aimait pas quand c’était contre lui.
Alors il l’avait taquinée en lui disant qu’il re-
mettrait bien le couvert. Ça avait mieux
marché.
Bien qu’elle n’ait jamais accepté ses in-
vites, elle le provoquait en retour. Et ils
240/288
avaient de ce fait une bonne relation,
pensait-il.
Jusqu’à ce qu’il foute tout en l’air en se
montrant jaloux. La première fois, avec Luca,
il avait réagi sans réfléchir. Lorsqu’il avait vu
son air réprobateur et ses lèvres, d’ordinaire
pulpeuses, pincées, il avait compris qu’il
avait merdé. Il s’était attendu à ce qu’elle ex-
plose, mais elle était restée de marbre.
Jusqu’à dimanche soir, où elle l’avait
accusé de la traiter comme sa possession.
Duke aurait aimé mettre cela sur le dos du
stress. Les factures s’accumulaient et il était
241/288
resté debout plusieurs heures après la fer-
meture du bar pour chercher des moyens de
réduire ses coûts et d’augmenter ses revenus.
Le Shotguns avait une clientèle régulière,
mais les gens commandaient surtout des
bières et de l’alcool bon marché. Il gagnait
assez pour couvrir ses frais généraux et payer
le crédit de son petit pavillon à la lisière de la
ville. Ou du moins avant.
Il aurait vraiment dû appeler les flics
pour Barbara. Il ne savait pas au juste com-
bien elle lui avait volé au cours des deux an-
nées où elle avait travaillé pour lui, mais il
242/288
imaginait que ça se comptait en milliers.
Peut-être en dizaine de milliers. Ça avait été
une ponction lente, suffisamment progress-
ive pour lui faire croire que son affaire péri-
clitait. Il avait pris du retard dans le
paiement des fournisseurs et de son prêt im-
mobilier et il avait dû emprunter de nou-
velles sommes d’argent.
Se débarrasser de Barbara avait aidé à
stopper l’hémorragie, mais le mal était fait.
– Oh putain ! C’est incroyable !
Duke ne put s’empêcher de sourire au
cri essoufflé de Lexi qui avait réussi à
243/288
atteindre le haut de la paroi en tirant sur ses
bras. Il grimpa à sa hauteur, heureux de la
distraction.
– Je t’avais dit que tu allais aimer
l’escalade.
Lexi cogna son épaule nue contre lui, la
respiration toujours un peu hachée.
– Ouais, ouais. Mais que cela ne te
monte pas à la tête, patron. T’es toujours un
abruti.
– Attention. N’oublie pas que je
connais dix-sept façons de tuer un homme
de mon seul pouce, dit-il en lui donnant une
244/288
chiquenaude sur la cuisse, forte. Elle se
frotta la peau en lui faisant les gros yeux
pour cette mauvaise blague.
– Oh, j’ai tellement peur.
Elle poussa un cri de joie et il se jeta
sur elle comme s’il allait la pousser du haut
du mur, ce qui leur valut à tous les deux le
regard désapprobateur des moniteurs d’es-
calade. Mais l’entendre rire et le menacer de
le poignarder avec le couteau à légumes un
soir quand il ne s’y attendrait pas valait la
peine de se faire réprimander.
245/288
Finalement, ce n’était pas une si
mauvaise idée de l’avoir emmenée au mur
d’escalade. Elle lui avait pardonné son côté
homme des cavernes, et s’il bossait comme
des fous au Shotguns, son affaire pourrait
sans doute redevenir positive.
Mais ce sentiment ne dura pas plus de
deux jours. C’était une soirée calme pour un
jeudi, et il avait laissé Lexi s’occuper de la
poignée de clients pour aller s’installer
devant sa montagne de paperasse dans l’es-
poir de trouver une solution pour se sortir de
ce merdier. Un mal de tête martelait derrière
246/288
ses paupières tandis qu’il fixait les colonnes
noires de chiffres jusqu’à ce qu’ils devi-
ennent flous et déformés.
– Hé ! C’est interdit d’aller par là !
La voix de Lexi était plus aigüe quand
elle était indignée et c’était une tonalité qui
lui était devenue familière après trois mois à
travailler ensemble. Mais généralement, elle
lui était destinée. Il leva les yeux au moment
où la porte de son bureau s’ouvrait en grand.
À la vue de son expert-comptable Marcus, il
soupira et se gratta l’arête du nez.
247/288
– Désolé, patron. J’ai dit à ce sale
fouineur que tu étais occupé, mais apparem-
ment c’est vraiment important. Elle avait ses
mains sur ses hanches et elle leva les yeux au
ciel quand elle croisa son regard. Duke eut
une envie soudaine de la prendre dans ses
bras et de l’embrasser sans raison.
Sachant que cela aurait l’effet d’un pé-
tard mouillé, il se contenta de hocher la tête
et de lui sourire. Il allait lui demander de
leur apporter à boire, ce qui lui vaudrait sans
doute une réponse sarcastique, mais il aimait
bien qu’elle le rembarre. Avant qu’il n’ait eu
248/288
le temps d’ouvrir la bouche, Marcus se laissa
tomber dans le fauteuil légèrement bancal
que Lexi avait placé devant son bureau pour
pouvoir le harceler quand il passait les
commandes.
– Tu ignores tous mes appels, Duke.
Tu ne feras pas disparaître le problème en
faisant comme s’il n’existait pas.
Marcus était un vieil ami, mais là,
Duke avait une furieuse envie de lui balancer
un coup de poing dans le nez. Saisissant la
balle au bond, Lexi croisa les bras et fronça
les sourcils.
249/288
– Quel problème ?
– Je ne vais pas parler de...
Lexi coupa Marcus d’un geste de la
main.
– Ce n’est pas à toi que je parle, mon
vieux.
Duke ne put s’empêcher de rire en voy-
ant la tête de Marcus. Mais rapidement, son
regard se perdit dans le vide. Lexi le fixa de
ses yeux bleus.
– Un problème ?
Il enfouit son front entre ses mains et
pressa ses paumes contre ses yeux fatigués.
250/288
– Vas-y, dis-lui, Marc.
Après un long silence embarrassé indi-
quant qu’il répugnait à le faire, Marcus ex-
posa la situation financière de Duke. Il par-
lait avec une grande clarté. Comme s’il pen-
sait que Lexi était stupide. Ou Duke. Prob-
ablement Duke.
Elle ne dit rien pendant tout ce temps.
Quand Marcus eut fini, elle traversa la pièce,
serra son petit poing et lui envoya un coup
dans l’épaule. De toutes ses forces. Il l’avait
vu venir, mais il eut quand même mal
– Espèce de crétin !
251/288
Marcus ricana en postillonnant, tandis
que Duke lui frottait son épaule douloureuse.
– Tu n’as pas des clients à servir ?
grommela-t-il.
Il était épuisé et il avait mal au crâne.
– Deux mois. Tu allais me le dire ou je
me serais pointée un soir au boulot et
j’aurais trouvé porte close avec un écriteau
FERMETURE DÉFINITIVE ?
– Lex...
– Non, siffla-t-elle. Ce n’est pas à toi
que je veux parler, mais à vous ! Elle pointa
252/288
un ongle rongé en direction de Marcus. « Je
veux voir tous les documents. »
Marcus ouvrit la bouche, visiblement
pour protester. Duke soupira.
– Donne-lui ce qu’elle veut, Marc. C’est
le seul moyen pour qu’elle arrête de gueuler.
– Oh, va te faire foutre, patron !
– Quand tu veux, Blondie, répondit-il
dans un demi-sourire.
***
Lexi était en grande difficulté. Elle
frotta ses yeux fatigués et irrités, et essaya de
253/288
trouver une solution. C’était ce qu’elle faisait
tous les jours depuis deux semaines.
Maudit soit-il. Maudits soient son stu-
pide front plissé, son attitude bourrue, son
air renfrogné si sexy et ses lèvres finement
dessinées. Maudits soient son rire amusé,
son sourire en coin et ses grandes mains ha-
biles. Maudites soient ses excuses quand il
avait tort, qu’il reconnaissait s’être mal com-
porté, et qu’il faisait tout pour se faire par-
donner. Maudit soit-il de l’avoir initiée à l’es-
calade avec patience et retenue alors qu’il
aurait pu essayer de profiter d’elle. Maudit
254/288
soit-il de la faire rire, de la mettre en colère,
de lui donner envie de s’occuper de lui... et
de lui appartenir.
Maudit soit-il surtout pour ce dernier
point.
Et maudit aussi soit Marcus l’expert-
comptable maigrichon, tant qu’elle y était.
Ça n’avait pas été facile de résister à Duke,
de garder une relation strictement « patron/
employée qui sont aussi amis (et qui ont
couché ensemble une fois) », mais elle avait
réussi. Et puis Marcus avait fait irruption
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dans le bureau de Duke et vendu la mèche
sur l’avenir du bar, et maintenant...
Maintenant, elle passait tout son temps
libre sur l’ordinateur, à donner des coups de
fil, à faire des recherches et même à solliciter
ses professeurs. Pour trouver le moyen de
sauver le Shotguns. Et malgré ce qu’elle
pouvait se dire, ce n’était pas pour ne pas
perdre son job.
Elle savait que Duke était dangereux.
Pas seulement parce qu’il était grand, musclé
et qu’il pouvait physiquement la maîtriser
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comme il voulait. Non, le danger n’était pas
dans l’affrontement.
C’était un danger d’un genre très
différent. Celui qu’elle avait essayé d’éviter
depuis le jour où elle avait découvert la gent
masculine.
– Bien joué, Alexis, marmonna-t-elle à
l’intention du plafond de sa chambre. Sa voix
lasse sonnait étrangement comme celle de sa
mère. Elle frissonna.
Étirant ses bras au-dessus de sa tête,
elle se laissa tomber sur les oreillers en
scrutant le tas de papiers. Elle était là, noir
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sur blanc, sous ses yeux... la solution à ses
problèmes. À leurs problèmes, si elle voulait.
C’était la question à un million. Ou à
un deux cent cinquante mille,
techniquement.
Du moins, ce fut ainsi qu’elle le for-
mula face à Duke le lendemain. Elle aurait
peut-être dû dormir une deuxième nuit des-
sus avant d’en parler, car il la regardait
comme si elle parlait en chinois ou autre.
– Quoi ?
– Je viens de dire que je démissionne.
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Duke jeta un œil aux deux piles de
papier qu’elle avait soigneusement posées
sur son bureau une minute plus tôt, puis il la
regarda de nouveau. Ses sourcils fournis
s’abaissèrent et le sillon apparut entre eux,
faisant bondir le cœur de Lexi. Elle s’efforça
de rester impassible et insensible à sa colère
et à sa perplexité.
– Et ça ?
Le grondement grave de sa voix
caressa sa colonne vertébrale comme un
doigt de velours, durcissant instantanément
ses tétons.
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– C’est exactement ce que je t’ai dit.
Des business plans. Celui-ci, dit-elle en indi-
quant une feuille du doigt, correspond à ce
que tu dois faire pour garder le bar ouvert et
sans doute renouer avec les profits.
Il se pencha en arrière sur son siège et
croisa les bras sur sa large poitrine. Mis à
part le fait qu’il était assis et non debout der-
rière le bar, il avait la même posture que le
jour où elle était entrée pour la première fois
au Shotguns. Cela semblait approprié.
– Et l’autre ?
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Lexi avala pour faire passer la boule
coincée dans sa gorge, car ici, elle s’était un
peu avancée. Autant faire les choses jusqu’au
bout, pensa-t-elle. Et c’est vrai qu’elle avait
vu très grand...
– C’est ce que tu dois faire si tu veux
raser l’endroit pour le transformer en un
centre d’escalade ultramoderne.
Duke la dévisagea sous ses épais sour-
cils bruns. Elle haussa les épaules et dé-
tourna les yeux, pour les poser sur la photo
où il escaladait une paroi abrupte en Arizona
(il lui avait dit où la photo avait été prise).
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– J’ai cherché un moyen de combiner
les deux, tu vois ? Du genre un bar avec un
mur d’escalade ? Mais... ça ne marche pas.
L’assurance à elle seule coûterait une for-
tune. Alors ça doit être l’un ou l’autre. Je n’ai
pas pu trancher, mais j’imagine que... eh bi-
en, c’est ton bar. Alors c’est à toi de choisir.
– Ce ne sera plus mon bar. Du moins si
je suis tes conseils.
Elle était surprise qu’il reste si calme. À
dire vrai, elle s’était attendue à ce qu’il ex-
plose dès qu’elle aurait exposé son plan. Ou
du moins qu’il l’engueule au sujet de l’argent.
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Il savait, après tout, ce qu’elle pensait des
fonds fiduciaires.
– Si, ça serait le tien. Je t’accorderais
juste un prêt. Tu me rembourserais. Les con-
ditions sont indiquées ici.
Lexi sentit sa gorge la brûler. Il fallait
qu’elle mette fin à cette conversation et
qu’elle parte d’ici. C’était ce qu’elle avait
prévu. Déposer les papiers, lui dire qu’elle
avait fini son travail et se barrer. Elle savait
que ce n’était pas sympa de le laisser en plan,
mais on était jeudi. Les jeudis étaient des
soirs calmes.
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Il fronça les sourcils, ce qui accéléra les
battements de son cœur. Elle voulait ramper
sur le bureau et s’asseoir sur ses genoux, au
lieu de quoi elle serra les poings et redressa
les épaules.
– C’est pourquoi je pense qu’il vaut
mieux que je ne travaille plus ici. Dans tous
les cas, ça ne ferait que rendre la situation...
embarrassante.
Oui, ce serait gênant de continuer à
travailler avec lui en prétendant qu’elle
n’était pas en train de tomber bêtement
amoureuse de cette tête de cochon.
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– Et si je décidais de ne pas suivre tes
conseils ? Et si je décidais de fermer le bar ?
Tu continuerais à travailler jusqu’au dernier
jour ?
Ses mots étaient calmes, mais ils frap-
pèrent Lexi comme un coup de poing dans le
ventre.
– Je... quoi ? Non ! Tu... Ne sois pas
idiot, Duke ! Tu dois prendre cet argent !
La colère et l’exaspération étaient des
sensations familières et excitantes. Elle cala
ses poings sur ses hanches et le regarda.
Duke repoussa les business plans de la main
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et recula sa chaise afin de pouvoir se mettre
debout. Il ferma les poings, appuya son poids
dessus et se pencha par-dessus le bureau,
prêt à bondir dans sa direction malgré la dis-
tance d’un mètre qui les séparait.
– Oh, je t’assure, Blondie, que rien ne
m’oblige à prendre ton putain de fric !
– Espèce de crétin borné ! Tu re-
fuserais vraiment le prêt d’une amie juste
pour... quoi ? Pour préserver ton foutu
orgueil ?
Il donna un coup de pied dans la
chaise, qui l’envoya valdinguer contre
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l’étagère dans un bruit de ferraille. Lexi
tressaillit, mais ne recula pas. Les narines de
Duke s’évasèrent au moment où il repoussa
la masse du bureau sur le côté dans un effort
musculaire qui lui gonfla les biceps. Puis il la
saisit par les épaules.
Lexi gémit à la sensation de ses mains
chaudes et rugueuses sur sa peau.
– Une amie ? C’est ce que tu es, Lex ?
Mon amie ? rugit-il, soufflant contre sa joue
une bouffée de son haleine parfumée à la
cannelle – il mâchait son chewing-gum fa-
vori, Big Red, et elle détestait et adorait
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connaître ce détail sur lui. Incapable de rés-
ister à l’attirance magnétique de son corps si
proche d’elle, Lexi posa les mains sur son
tee-shirt et caressa son torse puissant.
– Oui, dit-elle d’une voix rauque, s’ac-
crochant désespérément à ce mot. Amie.
Les amis passent du temps ensemble,
ils se font rire, ils ne veulent que le bien de
l’autre et ils sont là quand on a besoin d’eux.
Les amis peuvent même coucher ensemble
plus d’une fois et rester amis. Elle pouvait
faire ça. L’amitié était un terrain sûr.
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– C’est des conneries. Je ne fais pas ça
avec mes amies, dit-il en l’embrassant.
Lexi lui rendit son baiser, brûlante de
désir. Elle pensait se souvenir de la force et
du pouvoir d’addiction des baisers de Duke,
mais elle était bien en dessous de la réalité.
Ses lèvres douces comme du satin et pour-
tant si puissantes pressaient les siennes
tandis que sa langue était une flamme
dansante dans sa bouche.
Les mains de Duke firent glisser son gi-
let dans son dos et dégrafèrent son soutien-
gorge. Une seconde plus tard, la fermeture
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éclair de sa jupe descendit et il tomba à gen-
ou devant elle, en emportant le tissu soyeux
dans son mouvement. Lexi haletait, les
mains posées sur ses épaules larges tandis
qu’il lui enlevait sa petite culotte, ses bottes,
ses chaussettes... la laissant complètement
nue au milieu du bureau.
Duke posait ses lèvres chaudes entre
ses cuisses et sur son ventre, tout en caress-
ant la peau tendre derrière ses genoux, avant
de lui écarter les jambes. Quand sa bouche
plongea dans son intimité, Lexi cria et en-
fonça ses doigts dans ses cheveux.
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Il la dévorait, pressant ses lèvres sur
chaque millimètre de peau avec la même ex-
pertise que lorsqu’il lui prenait la bouche.
Les jambes de Lexi se dérobèrent. Elle
se serait écroulée si les mains puissantes de
Duke ne la soutenaient pas. « Duke ! »
Il leva les yeux vers elle, une lueur
amusée dans ses yeux couleur café.
– Moi non plus je ne fais pas ça avec
mes amis, dit-elle en riant, la respiration
saccadée.
Cet aveu sembla ouvrir une porte en
lui. Duke remonta le long de son corps,
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picorant de baisers son abdomen, ses seins et
sa gorge avant d’arriver à sa bouche.
Elle agrippa son tee-shirt et le re-
monta, désireuse de sentir sa peau. Toute sa
peau cette fois-ci. Duke l’obligea en enlevant
son tee-shirt.
Lexi le poussa contre le bureau, en
faisant courir ses mains sur ses épaules, son
dos, sa poitrine. Elle se pressa contre sa peau
brûlante en se frottant comme une chatte. La
caresse rugueuse de ses cheveux bruns entre
ses mamelons cuivrés durcit ses tétons sens-
ibles. Elle avait du mal à respirer.
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– Oh putain, Lexi !
Les mains de Duke lui labourèrent le
cuir chevelu avant de l’attirer à lui dans un
baiser humide et profond. Elle gémit, tâton-
nant aveuglément pour trouver la boucle de
son ceinturon. Elle s’ouvrit dans un cliquetis
sourd et elle tira sur la ceinture, puis la jeta
au milieu de la pièce. Elle prit le temps de
palper sa queue sur toute sa longueur au tra-
vers du jean avant de baisser la braguette et
d’y engouffrer une main. Ils gémirent en-
semble quand elle enroula ses doigts autour
de son sexe et se mit à le caresser.
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La première étreinte avait été passion-
née et incroyable, mais trop rapide. Et il
l’avait attachée. Elle n’avait pas eu la chance
de pouvoir le toucher. À l’époque, elle s’en
fichait.
Mais plus maintenant. Oh non, elle ne
s’en fichait plus. De rien, d’ailleurs.
Duke réussit Dieu sait comment à en-
lever ses bottes sans abandonner sa bouche.
Elle les entendit rebondir sur le sol au mo-
ment où il les envoya valser au loin. N’en
pouvant plus d’attendre qu’il se déshabille
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pour l’avoir nu contre elle, elle rompit leur
baiser pour lui enlever son pantalon.
Il souleva ses hanches pour l’aider,
laissant apparaître le magnifique V de sa
ceinture d’Apollon. Lexi se mordit les lèvres
et gémit. Plongeant à genou, elle tira
sauvagement sur les jambes du jean, emport-
ant les chaussettes avec lui.
C’était à son tour de pincer ses tétons
et de lécher ses cuisses et le pli entre la
jambe et la hanche. Elle fit courir sa langue
dans chaque repli de son intimité, les yeux
plongés dans son regard étincelant tandis
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que sa main enserrait sa queue et la faisait
aller et venir dans sa paume dans un
mouvement lent et puissant.
– Lexi, chérie... s’il te plaît.
Lexi lécha son sexe sur toute sa lon-
gueur. Duke jeta la tête en arrière et poussa
un cri de plaisir tandis que la langue de Lexi
le lapait sans merci et qu’elle se frottait
contre lui.
Elle aurait pu continuer à le sucer et à
le lécher ainsi jusqu’à ce qu’il éjacule dans sa
bouche, mais Duke la tira par les épaules,
l’exhortant à se relever.
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– Attends, chérie, attends. Viens là.
Il la saisit par la taille et la souleva
jusqu’à sa bouche, en se pressant contre son
corps nu. Sa queue palpitait, dure et chaude
contre son ventre tandis que leurs langues se
mêlaient. Il caressa ses côtes et remonta vers
ses seins, titillant ses tétons sensibles et durs
pendant un moment avant de remonter ses
mains rugueuses jusqu’à son visage. Il lui
releva la tête pour voir ses yeux, et frotta
doucement son nez tordu contre le sien.
– Je veux être en toi, Lexi. Une nou-
velle fois.
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Ses mots envoyèrent une telle décharge
de plaisir à travers tout son corps que Lexi
gémit et frissonna. Elle en eut la chair de
poule.
– Oh, bon Dieu. Oui !
Elle poussa brusquement ses épaules,
pour qu’il s’allonge sur le dos. Comprenant le
message, Duke balaya le bureau du bras, en-
voyant voler les papiers – dont ses précieux
business plans – dans toute la pièce.
On aurait dit qu’une tornade avait tra-
versé le bureau, mais Lexi ne s’en souciait
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pas. En ce moment précis, elle ne se souciait
que de Duke.
Il prit appui sur le bureau et souleva
ses fesses dans un mouvement qui tendit ses
biceps, ses pectoraux et ses abdos dans une
démonstration musculaire appétissante. Lexi
saliva en le voyant et tressaillit de désir. Elle
mourait d’envie de le toucher.
Son vœu fut exaucé la seconde d’après,
quand il lui tendit la main.
Lexi ne bougea pas. Une fraction de
seconde, elle resta immobile. Elle considéra
l’idée de s’arrêter là. De reculer au lieu
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d’avancer. De remettre ses vêtements et de
sortir de la pièce. Puis de quitter le bar en
gardant intacte sa promesse de ne jamais
coucher deux fois avec le même homme, de
ne pas lier de relations amoureuses. De se
préserver.
Les sourcils de Duke se froncèrent.
– Ne sois pas lâche, Blondie.
– Va te faire foutre, patron, rétorqua-t-
elle en levant le menton.
Il avait un sourire lumineux à vous
faire fondre le cœur. Si elle n’était pas déjà
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amoureuse de lui, elle le serait devenue à cet
instant précis.
– Me faire foutre ? Je croyais que
c’était ce qu’on était en train de faire, dit-il
en gigotant les doigts.
Lexi glissa sa main dans la sienne et se
laissa soulever jusqu’à ses genoux. Sa queue
se faufila entre ses cuisses.
Le fixant dans les yeux, elle se pencha
et enroula sa main autour de son chibre. Elle
le guida à l’intérieur de son ventre, basculant
en arrière pour l’avaler complètement. Sa
main droite pétrissait le muscle de son
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épaule tandis qu’il la remplissait, la
déchirait.
Il dégagea les cheveux de son visage,
caressa les longs muscles de son dos courbé
et enveloppa de ses mains les globes tendres
de ses fesses. Ses lèvres se tordirent tandis
qu’il les pressait doucement.
– J’ai su que j’allais avoir des ennuis à
la seconde où je t’ai vue, dit-il en frottant sa
lippe contre sa joue.
Lexi passa ses bras autour de son cou
et se mit à bouger son bassin, le soulevant et
le baissant dans un rythme lent et dansant
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aussi régulier que le flux et le reflux des
marées. Elle gloussa à ses mots.
– Tais-toi et embrasse-moi, imbécile.
Ce qu’il fit. Il l’embrassa et resserra son
emprise sur son cul, la forçant à le chevauch-
er à son rythme. Le bois du bureau craquait
sous leur poids, délivrant un contrepoint pr-
esque musical à leurs grognements, gémisse-
ments et au bruit des chairs qui
s’entrechoquaient.
Il l’embrassa et elle l’embrassa en re-
tour, sentant une vague de plaisir déferler en
elle, monter, descendre, puis remonter pour
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la mener au bord de l’orgasme, et redes-
cendre à nouveau. Il l’embrassa tandis
qu’elle hurlait son nom, aspirant ses mots
avant de crier à son tour son prénom au mo-
ment où son corps fut secoué d’un long
spasme et qu’il éjacula en elle.
Duke l’embrassa alors qu’elle gisait
pantelante contre sa poitrine collante de
sueur. Il embrassa ses cheveux, ses paupières
et le bout de son nez. Il embrassa ses seins,
son menton et ses lèvres. Ses lèvres, encore
et encore jusqu’à ce qu’elles fussent enflées
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et douloureuses, mais elle ne voulait pas qu’il
s’arrête.
Ouais, elle s’était vraiment mise dans
les ennuis jusqu’au cou.
Lexi étouffa un rire rauque contre la
peau lisse et chaude de son épaule.
– Je crois que les deuxièmes fois ne
sont pas si mal après tout.
Elle embrassa ses lèvres rieuses et re-
commença, une troisième fois.
FIN
L’AUTEUR
Olivia Myers écrit des romans d’amour flirtant avec le
paranormal, la science-fiction ou les récits his-
toriques. Vivant à San Diego, en Californie, elle adore
s’asseoir au bord de l’eau pour écrire sur son ordin-
ateur portable. Quand elle n’écrit pas, Olivia aime
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visiter les expositions d’art local et découvrir des res-
taurants de la côte californienne.
Olivia n’arrête jamais d’écrire et se passionne toujours
pour son prochain roman.
Contactez Olivia et suivez ses nouvelles promotions
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Merci
J’espère que vous avez aimé ce livre. Il est difficile
pour un nouvel auteur de se faire remarquer dans
l’univers foisonnant de l’édition. J’aimerais beaucoup
que vous me fassiez une critique sincère de mon
travail.
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Merci d’avoir téléchargé mon livre !
– Olivia Myers
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