Université Hassan II de Casablanca
Faculté des sciences Ben M’Sik
Département de Géologie
Module Stratigraphie à haute résolution
Master Géologie Appliquée à la Prospection
Des Ressources Naturelles
Stratigraphie : méthodes et applications
Année universitaire 2022 – 2023
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Sommaire
Chapitre I - La démarche stratigraphique
I - Introduction
II - Le langage stratigraphique
III - La démarche stratigraphique
1 – Etablissement d’une série stratigraphique locale
2 – Etablissement d’une série stratigraphique synthétique
3 – Corrélation et synthèse
4 - Techniques de réalisation d’une colonne stratigraphique
5 - La réflexion stratigraphique
IV - les signaux stratigraphiques
1 – les signaux dus à des phénomènes discontinus, réversibles
2 - Les signaux dus à des phénomènes continus et réversibles:
3 – Les signaux dus à des phénomènes « instantanés »
4 - Les signaux dus à des phénomènes discontinus et irréversibles:
5- Les signaux dus à des phénomènes continus et irréversibles
6 - Applications des méthodes stratigrapphiques
Chapitre II – Biostratigraphie : du taxon au biozone et aux échelles biozonales
I - Définition
II - les différentes catégories de Biozones
III - Les étapes de la démarche biostratigraphique
Chapitre III – Lithostratigraphie
I - Introduction
I - les unités lithostratigraphiques
II - Types d’unités
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Chapite IV- La magnétostratigraphie
I - Introduction
II - Unités de la magnétostratigraphie
III - Domaine d’application de la magnétostratigraphie
Chapitre V - La chimiostratigraphie
I – Définition
II - Les différents types de données géochimiques
III – Description d’un signal géochimique
VI - Les différents types de variations géochimiques utilisables en chimiostratigraphie
(zonations géochimiques stratigraphiques)
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Chapitre I – la démarche stratigraphique
I - Introduction
La stratigraphie, étymologiquement « description des strates » est la discipline scientifique
qui étudie l’agencement dans l’espace et dans le temps, des formations géologiques et des
événements qu’elles matérialisent, afin de reconstituer l’histoire de la Terre et son évolution
en fonction du temps.
La stratigraphie est une discipline de synthèse.
Les principaux objectifs de la stratigraphie:
établissement d’un cadre-temps,
organisation des paléogéographies et des paléoenvironnements.
La stratigraphie est une discipline de synthèse qui utilise les sciences et disciplines les plus
variées: pétrographie, minéralogie, sédimentologie, paléontologie, analyse structurale,
physique, chimie,….
Mais aussi une discipline fondamentale des sciences de la terre, par sa référence
fondamentale à la dimension temporelle.
II - Le langage stratigraphique
La stratigraphie dispose d’un langage particulier, celui-ci doit permettre de parvenir à une
classification stratigraphique qui repartit les terrains en unités hiérarchisées en fonction de
leur importance relative ou selon leur durée.
Développement et mondialisation de la stratigraphie===== éclatement de la discipline et
de son vocabulaire en relation avec la multiplicité croissante des techniques employées.
La commission Internationale de stratigraphie de l’union Internationale des sciences
géologiques est responsable du choix et de la definition du langage stratigraphique.
Le comité français de stratigraphie.
III – la démarche stratigraphique
1 – Etablissement d’une série stratigraphique locale
Il permet de dresser, d’une manière objective, une succession chronologique d’unités
géologiques dans une région donnée. En pratique il s’agit, soit d’une coupe stratigraphique
levée à l’affleurement, soit d’une colonne stratigraphique établie d’après un forage.
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Etape 1 : l’observation de base de toute étude stratigraphique est le levé d’une coupe
réunissant toutes les observations et les mesures que l’on peut effectuer sur une succession
de couches ;
Etape 2 : prélèvement des échantillons, récolte de toutes les faunes présentes, leur position
dans la coupe étant soigneusement repérée ;
Etape 3 : étude des échantillons et des fossiles au laboratoire par différentes méthodes :
analyse des macrofaciès et des microfaciès, détermination des fossiles,…. etc.
L’aboutissement de ce travail est l’établissement d’une colonne stratigraphique ou série
stratigraphique.
2 – Etablissement d’une série stratigraphique synthétique
A partir du moment où l’on peut corréler des formations éloignées, il est possible de situer
les différentes séries locales l’une par rapport a l’autre et les utiliser pour dresser une
succession plus complète qu’on appelle série synthétique.
3 – Corrélation et synthèse
A l’échelle d’un bassin sédimentaire, d’une région, une difficulté apparait quand il faut
comparer plusieurs séries stratigraphiques qui n’ont pas un contact direct entre elles. Il faut
alors passer par une phase de corrélation destinée à établir des liens entre des terrains
situés en des points géographiquement dispersés. Après la réalisation des différentes
corrélations, on procède à l’intégration de la série stratigraphique synthétique obtenue
dans l’échelle stratigraphique générale.
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Corrélation entre différents bassins (Van Assen et al., 2006)
4- La démarche stratigraphique: établissement d’une série stratigraphique locale
Dresser d’une manière objective une succession locale est un premier stade de la démarche
stratigraphique: coupe stratigraphique à l’affleurement: Colonne stratigraphique.
Colonne stratigraphique?
La colonne stratigraphique (ou log)
Est une représentation synthétique verticale qui permet de regrouper en une seule image les
observations de terrain.
Elle représente chaque couche d’une succession par:
sa lithologie,
son épaisseur,
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la “résistance” des couches (une couche meuble sera représentée en “creux” et une
couche dure en “saillie”),
les figures sédimentaires observées,
les fossiles rencontrés….
Le choix de la coupe :
sélectionner un affleurement où la succession des strates est la plus facile à observer
naturellement (carrière, talus, fossé, falaise...),
éviter les zones trop perturbées par la tectonique et les glissements
synsédimentaires,
éviter les zones d’éboulis ou de végétation trop dense.
5 - La réflexion stratigraphique s’ordonne en trois phases fondamentales
la stratigraphie géométrique consiste à analyser les relations géométriques des
ensembles géologiques, elle permet d’identifier dans les ensembles géologiques un
certain nombre de repères , dus à des événements ayant des incidences régionales
(éruptions volcaniques) ou planétaires (impacts de météorites, changements
climatiques) ;
La stratigraphie chronologique permet d’estimer l a durée relative des unités et
phénomènes étudiés. Elle conduit à une zonation de l’ échelle des temps permettant
des datations relatives des terrains ou des événements, et des corrélations
synchrones entre unités géologiques.
La stratigraphie numérique ou chronométrique s’applique à mesurer le temps, en
faisant abstraction de la nature ou de l’ épaisseur de l’objet géologique et de ses
rapports géométriques. On réalise des datations numériques ou absolues.
IV - Les signaux stratigraphiques
Les phénomènes naturels (processus ou événement) laissent dans les terrains un nombre de
témoignages ou « signaux stratigraphiques » dont les implications temporelles sont très
variables.
Cinq types fondamentaux sont distingués:
1 – les signaux dus à des phénomènes discontinus, réversibles ou répétitifs, tels les
processus de dépôts ou les variations de l’environnement sédimentaires. Ces signaux sont
identifiés par la lithostratigraphie, par des stratigraphies génétiques (stratigraphie
séquentielle, stratigraphie faciologique) et par la chimiostratigraphie.
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2 - Les signaux dus à des phénomènes continus et réversible: comme les variations de
paramètres de l’orbite terrestre qui créent des cycles lithologiques analysés par la
cyclostratigraphie.
4 - Les signaux dus à des phénomènes discontinus et irréversibles:
Comme les crises biologiques, liées à des changements majeurs de l’environnement . Ces
modifications créent de grandes coupures dans les faunes et les flores, identifiées par la
biostratigraphie.
3 – Les signaux dus à des phénomènes « instantanés »
(d’une durée inférieure à 10 000 ans) et répétitifs. Ces événements sont d’origines diverses:
les éruptions volcaniques et chutes de météorites fournissent des signaux pétrographiques,
minéralogiques et chimiques perçus par la lithostratigraphie et par la chimiostratigraphie; les
inversions de polarité magnétique sont reconnues par la magnétostratigraphie.
5- Les signaux dus à des phénomènes continus et irréversibles
Ils sont de deux types: les uns, à vitesse variable, sont créés par l’évolution biologique et
sont analysés par la biostratigraphie. Les autres, à vitesse constante, résultent de la
désintégration radioactive de certains isotopes naturels et relèvent de la géochronologie
isotopique.
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Fondements et applications des diverses méthodes stratigraphiques (d’après Sigal, 1980 et
Rey, 1983
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Chapitre II - La Biostratigraphie du taxon à la biozone
et aux échelles biozonales
I - Introduction
La biostratigraphie: (terme proposé par Dolllo en 1909) est la caractérisation des couches
par leur contenu biologique (fossiles et traces). Elle s’adresse aux roches sédimentaires ou
faiblement métamorphisées.
Cette méthode repose sur le fait de l’évolution progressive et irréversible des faunes et des
flores en fonction du temps.
La biostratigraphie utilise les fossiles ou les traces d’activités biolologiques contenus dans les
couches géologiques afin de les organiser en unités définies par ce contenu en fossiles
(inventaire paléontologique) et de les classer les unes par rapport aux autres vis à vis de
l’écoulement du temps.
Biochronologie est la méthode d’application de la biostratigraphie qui consiste à rechercher
dans un groupement de fossiles, le(s) taxon(s) caractéristiques permettant de caractériser
l’âge relatif de cet ensemble vis-à-vis d’autres ensembles.
Biochronologie correspond à l’interprétation chronologique des données biostratigraphiques
collectées.
II - Les unités biostratigraphiques
Les unités biostratigraphiques sont dénommées zones biostratigraphiques, biozones ou
simplement zones.
La biozone est l’unité de base de la biostratigraphie. Elle est fondée sur la distribution
verticale (dimension temps) et la répartition horizontale (dimension géographique) de
taxons fossiles qui servent à la définir.
La Biozone = unité biostratigraphique fondamentale : Toute unité de roche distinguée par
son contenu fossilifère, peut varier en épaisseur et extension géographique.
Catégories de biozones
On distingue 4 grandes catégories de biozones classiques:
Biozone d’association (association fossile);
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biozone de distribution (distribution des organismes dans le temps);
biozone d’abondance (abondance des fossiles) et biozone d’intervalle (position d’une entité
quelconque dans une succession biostratigraphique).
1 - La biozone d’association ou Cénozone: C’est un ensemble de couches géologiques dont le
contenu en fossiles pris en totalité, constitue une association naturelle, qui le distingue des
couches adjacentes.
Ensemble de couches caractérisées par la coexistence d’au moins trois taxons fossiles.
Zone d’association
Limites : celles d’existence de l’association caractéristique => définition stricte des limites.
Nom : un des taxons les plus dominants ou caractéristique
Point fort : fort potentiel de corrélation, bonne valeur locale et régionale
2- La biozone de distribution, zone d’extension ou Acrozone: est un ensemble de couches
correspondant à la distribution totale connue d’un élément ou d’un ensemble d’éléments
d’un groupement fossile.
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Zone de distribution (d’existence, acrozone)
a) Distribution totale d’un taxon (sp, gr, famille…)
Limites : distributions extrêmes incluant toutes les sections locales connues
Rq: évolutives (découvertes, fossilisation), influence du milieu
Nom : le taxon considéré
Point faible : faible valeur de corrélation (très local)
2. Zone de distribution (d’existence, acrozone)
(b) Distribution concomitante
(de concomitance, coexistence, chevauchement, recouvrement, rencontre,combinatoire)
=> chevauchement d’au moins 2 taxons (intervalle de coexistence)
Limites : 2 taxons-indice seulement définissent les limites :
=> apparition d’un taxon pour la limite inférieure et disparition de l’autre taxon pour la
limite supérieure
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Nom : dérive des taxons concomitants
Point fort : fort potentiel corrélatif (renforcé si associé à critère d’exclusion de taxons
plus anciens ou plus récents)
Rq : fréquente (conodontes, graptolites, ostracodes, brachiopodes…)
3 - La biozone d’abondance (zone d’apogée, zone d’acmé): couche (ou ensemble de
couches) dans la (les) quelle (s) l’abondance d’un taxon particulier ou d’un groupe
donné de taxons est significativement supérieure à ce qu’elle est normalement dans les
parties adjacentes de la section.
3. Zone d’abondance
(d’apogée, d’acmé, de pointe, de flux, d'épibole, d’épanouissement)
=> abondance toujours >> parties adjacentes (specimens ou espèces)
Limites : niveaux de changement notables dans l’abondance du taxon, difficiles à fixer
Nom : taxon retenu
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4 - La biozone d’intervalle ou zone d’interbiohorizon: ensemble de couches fossilifères
limitées par des apparitions ou des disparitions de taxons. La base d’une telle zone est
marquée par la première apparition ou la disparition d’un taxon caractéristique, et le
sommet par la première apparition ou la disparition d’un autre taxon caractéristique.
Zone caractérisée par la disparition d’un taxon à sa limite inférieure et l’apparition d’un
nouveau taxon à sa limite supérieure.
4. Zone d’intervalle
Limites : 2 taxons-indice seulement définissent les limites :
=> apparition/disparition de deux taxons pour les limites
inférieures et supérieures
Nom : dérive des taxons considérés
Point fort : fort potentiel corrélatif
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Terminology of biostratigraphic events along the total stratigraphic
range of a single taxon. The first and last consistent occurrence may
coincide with the first and last common occurrence; the rapid increase and rapid
decrease encapsulate the acme of the taxon. Instead of first or last occurrence, first or
last appearance is frequently [Link] former is more a chronostratigraphic term, and
the latter a geochronologic one.
III - Les étapes de la démarche biostratigraphique
La biostratigraphie procède par étapes successives:
une étape analytique locale et statique, visant à définir des repères aussi précis et
fiable que possible;
une étape analytique régionale et dynamique, faisant appel au principe de
corrélation et ayant pour objet l’établissement d’une succession biostratigraphique
(biozonation ou échelle zonale) hiérarchisée et caractérisée par l’évolution verticale
du contenu en fossiles des unités biostratigraphiques;
une étape interprétative, qui tend à universaliser ces successions régionales par des
corrélations géographiquement de plus en plus éloignées visant à l’établissement
d’une biostratigraphie régionale, puis globale à partir de laquelle on pourra élaborer
une chronostratigraphie globale.
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Exemple : biostratigraphie du Miocène (biozones de foraminifères planctoniques et des
nannofossiles calcaires) (d’après Salvatorini et al.2011
IV - Limites de la biostratigraphie
Les biozones sont isochrones partout donc on peut corréler entre différents endroits
Mais:
1. Il faut des fossiles préservés: Problème au Précambrien, dans les roches magmatiques et dans les
roches métamorphiques.
2. Il faut pouvoir séparer différentes espèces ce qui n’est pas toujours aisé lorsqu’on a un
glissement évolutif continu (=anagenèse)
3. Les espaces occupés par les espèces sont limités par le climat, des barrières naturelles… =
Provincialisme
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Chapitre III - La Lithostratigraphie
I - Introduction
La lithostratigraphie est l’étude des empilements sédimentaires, de leur organisation et de
l’enregistrement du temps à partir des données lithologiques.
L’étude lithostratigraphique est basée sur la description analytique purement lithologique.
Elle s’appuie sur tous les outils possibles, sur le terrain, en subsurface et en laboratoire:
pétrographie, minéralogie, géochimie, paléontologie, sédimentologie,… qui définissent le
faciès (Lithofaciès et Biofaciès).
Elle aboutit à la reconnaissance d’unités lithostratigraphiques formant des ensembles
lithologiques homogènes hiérarchisés.
II - Les unités lithostratigraphiques
1 - Définition
Le terme d’unité lithostratigraphique désigne un ensemble lithologique distinct dont les
limites peuvent être reconnues. Une même lithologie ou des lithologies voisines associées
sont donc à la base de la reconnaissance d’un ensemble dont les contours en trois
dimensions doivent être définissable. De telles unités sont hiérarchisées à différentes
échelles: de l’affleurement à l’ensemble de cartographiable d’extension régional.
La lithostratigraphie constitue le fondement de la géologie descriptive. Elle est à la base des
levés de terrain, de la représentation et de la formation de cartes géologiques.
La lithostratigraphie est, de ce fait, essentiellement un outil de corrélation régionale.
2- Types d’unités
Les types d’unités sont hiérarchisés pour l’essentiel d’après leur épaisseur et l’échelle des
regroupements, du plus mince au plus épais. Quatre unités formelles sont distinguées:
couche, membre, formation, groupe, conformément aux propositions du guide
stratigraphique international.
Couche: constitue la plus petite unité formelle dans la hiérarchie lithostratigraphique
(Salvador, 1994). Une couche désigne en langage stratigraphique une unité particulière,
pouvant servir de repère ou utile pour des corrélations; exemple: couche blanche (Oligocène
du Bassin de Paris). Une couche est une unité épaisse de quelques centimètres à quelques
mètres distinguables des autres unités au dessus et au dessous dans une succession
stratigraphique.
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Lit = couche centimétrique a décimétrique = une simple unité lithologique
Couche et lit = Bed
Lamine = unité lithologique millimétrique, dont l’agencement constitue la lamination
Membre = unité lithostratigraphique formelle d’un rang immédiatement inferieur a celui
de la formation . Le membre existe donc pour permettre aux stratigraphe d’introduire des
subdivisions dans une formation.
Formation = unité formelle de base de la classification lithostratigraphique. Elle correspond
à un ensemble de couches géologiques d’un rang intermédiaire dans la hiérarchie des unités
lithostratigraphiques.
La définition d’une formation devrait comprendre des données sur:
le faciès (nature pétrographique et minéralogique des constituants, structures
sédimentaires et texture;..
la géométrie (épaisseur et extension, limites, discontinuités internes et relations
avec les formations encaissantes.
les caractéristiques physiques (perméabilité, dureté)
l’âge (fourni par la biostratigraphie ou la géochronologie isotopique)
Groupe: le groupe est l’unité lithostratigraphique formelle du rang immédiatement
supérieur à la formation. Un groupe est constitue d’une succession de formations dont
l’ensemble présente des caractères communs permettant de le différencier.
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Log stratigraphique synthétique des formations bathoniennes d’El Mers, Moyen Atlas Maroc;
Soufiani et Fedan, 2002
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Chapite VI - La magnétostratigraphie
I - Introduction
L’analyse de l’évolution, dans une série stratifiée des caractéristiques magnétiques
naturelles (intensité et direction; Déclinaison et inclinaison; de l’aimantation rémanente).
La plupart des roches sédimentaires ou volcaniques sont caractérisées par des propriétés
magnétiques naturelles mesurables.
La magnétostratigraphie est la mise en évidence de la succession des inversions de polarité
du champ magnétique terrestre enregistrées dans les séries sédimentaires et l’utilisation
des séquences établies à toutes fins stratigraphiques.
L’aimantation rémanente naturelle (ARN) = direction du champ magnétique terrestre
régnant au moment du dépôt du sédiment.
Les différents types de magnétismes fossiles:
*Les roches éruptives: l’aimentation rémanente est acquise lors du refroidissement, au
moment où la température devient inférieure au point de Curie. Les composés
ferromagnétiques fixent alors les champs magnétiques de l’époque.
*Les roches sédimentaires: dans les roches sédimentaires, l’aimentation primaire est de
nature détritique; au moment de dépôt, des particules magnétiques détritiques s’orientent
sous l’action du champ terrestre.
II - Unités de la magnétostratigraphie
Unité magnétostratigraphique de base = Magnétozone= zone de polarité magnétique
Magnétozone de polarité = corps rocheux stratifié d’une certaine épaisseur présentant une
même polarité magnétique (unité entièrement ou à dominante normale ou inverse).
Magnétochrone = équivalent géochronologique de la magnétozone
L’échelle de polarité dont nous disposons maintenant résulte de la confrontation des profils
d’anomalies magnétiques océaniques et de séquences magnétostratigraphiques issues des
séries sédimentaires datées biostratigraphiquement et/ ou radiométriquement.
Magnétochrone C 3n = C ( Cénozoique et Crétacé), 3 (réfère à l’anomalie magnétique
océanique correspondante), n (polarité normale)
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Magnétochrone et sous-magnétochrone et zone de transitions (Harland et al., 1982)
III - Domaine d’application de La magnétostratigraphie
La magnétostratigraphie est un :
Outil de corrélation stratigraphique
Outil performant en biochronologie : mise en évidence des diachronismes dans les
apparitions ou disparitions d’espèces marines ou continentales.
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Echelle de polarité magnétique du Cénozoïque et du Crétacé (in Galbrun et
Belkaaloul, 1997)
Conclusion
Les études magnétostratigraphiques apparaissent les plus prometteuses quand elles
sont menées conjointement avec des études biostratigraphiques et radiométriques.
La magnétostratigraphie est devenu un complément indispensable à toute étude
stratigraphique intégrée.
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Echelle de polarité magnétique du Plio-Pléistocène
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Chapitre V - La chimiostratigraphie
I - Définition
C’est l’application des méthodes de la géochimie sédimentaires à la stratigraphie.
La chimiostratigraphie est basée sur le concept que l’eau de mer a connu, au cours des
temps, des variations physico-chimiques au niveau de leur composition élémentaire
(éléments mineurs et éléments traces) et des rapports isotopiques de certains de leurs
composantes chimiques. Ces variations ont donc une valeur globale et peuvent servir de
marqueurs stratigraphiques. Des observations montrent des variations synchrones de la
teneur en certains éléments chimiques.
Comme les autres outils de la stratigraphie, la géochimie sédimentaire présente deux
aspects: l’aspect faciès géochimique, marqueurs des paléoenvironnements et des
paléogéographies et l’aspect temporel et événementiel qui en est le développement le plus
récent.
II - les différents types de données géochimiques
En chimiostratigraphie, la géochimie peut servir d’outil de corrélation en permettant le
calage de séries à partir d’accidents isotopiques ou chimiques supposés synchrones
Les données géochimiques peuvent correspondre à des teneurs ou concentrations absolues
(éléments traces) ou être exprimées par rapport à un standart de référence (isotopes
stables, spectres des terres rares). Les analyses peuvent se faire sur roches totales, sur
fractions minéralogiques préalablement purifiées (carbonates, argiles, silice), sur fractions
biogènes isolées (foraminifères planctoniques, benthiques, ostracodes,…) et enfin sur la
matière organique des sédiments et des fossiles.
Les teneurs des roches et sédiments en éléments traces s’expriment le plus souvent en ppm
(partie pour million ou mg/kg) mais dans le cas d’éléments rares tel l’iridium et le groupe des
platinoïdes, on utilise le ppb (partie pour billion ou ng/kg).
Les rapports isotopiques s’expriment en partie pour mille et sont représentés par le symbole
δ suivant la formule (en prenant comme exemple les isotopes de l’oxygène. Les rapports
isotopiques de l’oxygène et du carbone (13C/12C) des carbonates sont exprimés par rapport
au standart PDB1 (rostre de Belemnitella americana de la Pee Dee Formation du Crétacé de
Caroline du Sud, USA)
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Std = étalon international
III – description d’un signal géochimique
VI - Les unités chimiostratigraphiques
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A : Les différents ordres de variations (long terme, court terme, haute fréquence)
Les cycles géochimiques correspondent à des variations répétitives, quasi périodiques, du
signal moyen selon une durée qui peut être uniforme ou variable. Les cycles ont permis des
tentatives d’établissement de zonations géochimiques stratigraphiques : chimiozone.
B : Variations « cycliques » et définition des chimiozones associées à ces cycles. Les
variations du rapport isotopique de l’oxygène au cours du Quaternaire et les stades
isotopiques associés donnent un bon exemple de ce type de variation
Les événements géochimiques sont des variations uniques (positives ou négatives) au cours
d’une assez longue période où elles se distinguent très nettement du signal moyen. Les
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événements caractérisent des modifications globales de l’environnement sédimentaire dont
la durée peut être très variable (de quelques milliers d’années au million d’années).
Les accidents géochimiques représentent des changements (positifs ou négatifs très brutaux
(200 Ka.) qui peuvent être réversible ou non.
D : La notion d’accident géochimique (positif ou négatif, réversible ou non). Les courbes
d’évolution des rapports isotopiques de l’oxygène au cours du Tertiaire montrent plusieurs
exemples de ce type
V - Les différents types de variations géochimiques utilisables en
chimiostratigraphie
V-1 Les fluctuations de la teneur en CaCO3 des carbonates pélagiques
C’est l’approche chimiostratigraphique la plus simple du point de vue analytique.
Exemple : Etude chimiostratigraphique basée sur les fluctuations des teneurs en CaCO3 d’une
carotte du Pacifique équatorial (Saito et al., 1975), calibrée sur l’échelle magnétostratigraphique.
Une numérotation des fluctuations a été proposée par différents auteurs. Chaque accident
négatif est répertorié par les initiales de l’époque magnétique à laquelle il appartient et par
un chiffre indiquant son rang dans l’époque. Bien que la compréhension des causes de ces
fluctuations soit encore sujet à discussion, ce marqueur est devenu un des meilleurs outils
de corrélation dans le Quaternaire marin.
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Magnétostratigraphie et chimiostratigraphie basée sur les fluctuations des teneurs en CaCO3
d’une carotte du pacifique équatorial. Chaque accident négatif est répertorié par les initiales
de l’époque magnétique à laquelle il appartient et par un chiffre indiquant son rang dans
l’époque.
V-2 Les variations du rapport isotopique de l’oxygène
L’analyse du rapport isotopique de l’oxygène δ18O dans les carbonates est à la base du
développement de la démarche chimiostratigraphique.
L’augmentation du rapport isotopique de l’oxygène dans le carbonate correspond à une
baisse de température et sa diminution à un réchauffement.
Les études isotopiques sur foraminifères se sont développées dans tout le Tertiaire et ont
apportés de nombreux progrès tant au niveau des corrélations stratigraphiques que de la
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paléo-océanographie (développement de la stratification thermique des eaux mis en
évidence par l’enregistrement isotopique sur foraminifères benthiques et planctoniques).
Evolution du rapport isotopique de l’oxygène dans les tests de foraminifères benthiques et
planctoniques au cours du Tertiaire aux basses latitudes du Pacifique Nord (Shackleton et
Kennett, 1975)
V – 3 Les variations du rapport isotopique du carbone
Le rapport isotopique du carbone (δ13C) est le marqueur chimiostratigraphique le plus utilisé
pour les séries pélagiques anté-quaternaires du fait de sa très faible sensibilité à la diagenèse
d’enfouissement. En outre, sa courbe d’évolution temporelle est caractérisée par de
nombreux accidents, le plus souvent négatifs, correspondant aux grandes limites
stratigraphiques.
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Les événements isotopiques (δ13C PDB) aux limites Crétacé/Paléocène et Paléocène/Eocène
dans l’Atlantique (site 527) et dans le Pacifique (Site 577) d’après Shackleton (1985)
V – 4 Les anomalies en iridium
La teneur élevée en iridium des sédiments traduit l’apport de matière extraterrestre car cet
élément a une concentration crustale très faible par rapport à son abondance mantellique et
surtout cosmique.
L’anomalie de concentration de l’iridium à la limite Crétacé-Paléocène a permis de
caractériser cette limite stratigraphique. Ce marqueur a un grand intérêt stratigraphique en
permettant des corrélations entre domaine marin et continental.
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Anomalie en iridium à la limite Maastrichtien/Danien sur la coupe de Bidart (France)
(Rocchia et al., 1987)
Les concentrations en iridium à la limite Crétacé-Tertiaire constitue un événement
géochimique notable à valeur stratigraphique mondiale
Conclusion
La géochimie constitue une composante importante de la démarche stratigraphique.
L’utilisation de la chimiostratigraphie dépend des progrès techniques, notamment de
l’automatisation des spectromètres et de la diminution des couts analytiques.
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