Lycée Louis-Le-Grand, Paris Pour le 16/04/2015
MPSI 4 – Mathématiques
A. Troesch
DM no 16 : Groupe symétrique, déterminant
Problème 1 – Simplicité de An
Le but du problème est de prouver la simplicité de An lorsque n > 5, ce qui signifie que An n’a pas d’autre sous-groupe
distingué que {id} et lui-même. Ce résultat est à la base de la preuve de Galois de la non-résolubilité des équations de
degré n > 5 par radicaux. Soit n > 5.
Préliminaire
1. Montrer que le produit de deux transpositions (non nécessairement à supports disjoints) de Sn est soit un 3-cycle,
soit la composée de deux 3-cycles.
2. En déduire que les 3-cycles engendrent An , c’est-à-dire que tout élément de An s’écrit comme produit de 3-cycles.
Partie I – Conjugaison
On dit que deux permutations τ1 et τ2 de Sn sont conjuguées s’il existe σ ∈ Sn tel que τ2 = σ ◦ τ1 ◦ σ −1 .
1. Montrer que la relation de conjugaison est une relation d’équivalence.
2. Soit, avec les notations précédentes, τ1 = (i1 i2 · · · ik ) un cycle, et τ2 conjugué (par s) à τ1 . Montrer que τ2 est
égal au cycle :
τ2 = (σ(i1 ) σ(i2 ) · · · σ(ik )).
3. Montrer que deux permutations sont conjuguées dans Sn si et seulement si elles ont même type cyclique.
Partie II – Simplicité de A5
1. Soit a1 , . . . , an−2 des éléments 2 à 2 distincts de [[1, n]], et an−1 , an les deux éléments de [[1, n]] n’étant pas dans
cette liste. On se donne de même b1 , . . . , bn−2 des éléments distincts de [[1, n]], complétés par les 2 éléments
manquant bn−1 et bn . Montrer qu’il existe une permutation paire σ telle que
∀i ∈ [[1, n − 2]], σ(ai ) = bi .
On pourra éventuellement utiliser une composition par une certaine transposition pour obtenir la bonne parité.
2. En déduire que les 3-cycles (a1 , a2 , a3 ) sont conjugués dans A5 , c’est-à-dire que si c1 et c2 sont deux 3-cycles, il
existe σ ∈ A5 tel que c2 = σc2 σ −1 .
3. Montrer de même que les composées de deux transpositions à supports disjoints sont conjuguées dans A5 .
4. Soit c0 = (1 2 3 4 5), et c = (a1 a2 a3 a4 a5 ) un 5-cycle, et σ ∈ S5 définie par σ(k) = ak . Expliciter un élément
τ de S5 tel que c2 = (σ ◦ τ ) ◦ c0 ◦ (σ ◦ τ )−1 .
5. En déduire que pour tout 5-cycle c, soit c, soit c2 est conjugué dans A5 au cycle c0 .
6. Soit H un sous-groupe distingué de A5 (donc stable par conjugaison). Montrer que si H contient un 3-cycle, il les
contient tous, et de même pour les produits de 2 transpositions à supports disjoints, ainsi que pour les 5-cycles.
7. En comptant le nombre de 3-cycles, le nombre de 5-cycles et le nombre de produits de 2 transpositions à supports
disjoints, en déduire que H = {id} ou H = A5 . Conclure.
Partie III – Simplicité de An , n > 5
Soit n > 5, et soit H un sous-groupe distingué de An , différent de {id}. Soit σ 6= id dans H
1
1. Soit a tel que σ(a) 6= a. On pose b = σ(a), et on considère c différent de a, b et σ(b). Soit τ le 3-cycle (a b c).
Quel est le type cyclique de στ −1 σ −1 ? Montrer que τ στ −1 σ −1 admet au moins n − 5 points fixes.
2. Soit F un sous-ensemble de [[1, n]] de cardinal 5, contenant l’ensemble des points non fixes de τ στ −1 σ −1 . Soit
A(F ) l’ensemble des permutations de An laissant tous les points extérieurs à F fixes. Montrer que A(F ) est
isomorphe, en tant que groupe, à A5 , et en déduire que A(F ) est simple.
3. Montrer que H ∩ A(F ) est distingué dans A(F ), et en déduire que H contient au moins un 3-cycle.
4. En déduire que An est simple.
Problème 2 – (Résultant de deux polynômes)
Soit P et Q deux polynômes. Le but de ce problème est de trouver une condition sur les coefficients de P et de Q dans
la base canonique de C[X] pour que deux polynômes aient au moins une racine commune. Cette condition s’exprimera
sous forme de la nullité d’un certain déterminant, appelé déterminant de Sylvester, ou résultant des polynômes P et
Q.
Partie I – Définition du résultant et propriété fondamentale
Dans cette partie, P et Q désignent deux polynômes de C[X], de degrés respectifs m et n, que l’on écrit :
m
X n
X
P = ak X m−k et Q= bk X n−k
k=0 k=0
(attention à l’indexation inhabituelle des coefficients) On appelle résultant des polynômes P et Q, noté R(P, Q), le
déterminant de la matrice carrée d’ordre m + n suivante (matrice de Sylvester) :
a0 0 0 ··· 0 b0 0 ··· 0
.. .. .
. ..
a
1 a0 0 . b1 b0
. .. .. .. .. ..
. . . . 0
. a1 . . b1
. ..
.. ..
.
. . a0 0 . . b0
..
S(P, Q) = am
a1 a0 . b1
0 a ..
m a1 b n .
. .. .. .. ..
. . .
. . 0 bn .
. .. .. . . .
. .. ..
. . am . . . . ..
0 ··· ··· 0 am 0 · · · 0 bn
Cette matrice est constituée de n colonnes construites avec les coefficients de P , décalés d’une colonne à l’autre, et de
m colonnes construites avec les coefficients de Q. Ainsi, R(P, Q) = det(S(P, Q)). On prendra garde au fait qu’il n’y
a pas de raison pour que le terme am de la première colonne soit sur la même ligne que le terme a0 de la dernière
colonne construite avec les coefficients de P . Ce n’est en général pas le cas.
1. Montrer que R(P, Q) = (−1)mn R(Q, P ).
m+n−1
α
αm+n−2
2. Soit α une racine commune de P et Q. Montrer que la vecteur Cα = est dans le noyau de tS(P, Q).
···
α0
Que peut-on dire de R(P, Q) dans ce cas ?
3. Montrer que si P et Q sont premiers entre eux, toute relation U P + V Q = 0 avec U ∈ Cn−1 [X] et V ∈ Cm−1 [X]
implique U = V = 0.
4. En déduire que si P et Q n’ont pas de racine commune, alors R(P, Q) 6= 0
Indication : on pourra étudier la liberté de la famille des colonnes de S(P, Q), en interprétant ces colonnes comme
les coordonnées de polynômes dans la base (X m+n−1 , . . . , X, 1) de Cm+n−1 [X].
Ainsi, P et Q ont une racine commune si et seulement si R(P, Q) = 0.
2
5. On appelle discriminant d’un polynôme P le résultant ∆(P ) = R(P, P ′ ).
(a) Justifier que P admet au moins une racine multiple si et seulement si son discriminant ∆(P ) est nul.
(b) Montrer que le discriminant du polynôme P = X 3 + pX + q est 4p3 + 27q 2 .
Il n’est pas très surprenant que cette dernière expression intervienne dans les formules de Cardan exprimant les racines
de X 3 + pX + q...
Partie II – Expression du résultant à l’aide des racines
On note α1 , . . . , αm les racines (non nécessairement distinctes) de P et β1 , . . . , βn celles de Q. On définit M la matrice
β1m+n−1 β1m+n−2 · · · β11 β10
.. ..
. .
m+n−1
βnm+n−2 · · · βn1 βn0
βn
M = m+n−1
α1 α1m+n−2 · · · α11 α01
.. ..
. .
m+n−1 m+n−2
αm αm · · · α1m α0m
1. En calculant M × S(P, Q), montrer que
m
Y n
Y
R(P, Q) = an0 Q(αj ) = (−1)mn bm
0 P (βi )
j=1 i=1
2. Matrices circulantes
(a) Soit P = X n − 1 et Q = an−1 X n−1 + · · · + a1 X + a0 . Montrer que
R(P, Q) = det(C(a0 , . . . , an−1 )),
où C(a0 , . . . , an−1 ) est la matrice circulante :
a0 a1 ··· an−2 an−1
a
n−1 a0 a1 ··· an−2
. .. .. .. ..
..
C(a0 , . . . , an−1 ) = . . . .
a2 ··· an−1 a0 a1
a1 a2 ··· an−1 a0
Y
(b) En déduire que det(C(a0 , . . . , an−1 )) = Q(ζ).
ζ∈Un
Vous pouvez consulter le DM 15 de l’année dernière pour découvrir plusieurs autres méthodes de calcul du déterminant
d’une matrice circulante.