Profil agropastoral du Bahr el Gazal Sud
Profil agropastoral du Bahr el Gazal Sud
Contexte
La population de la région de Bahr el Gazal est estimée à plus de 276 820 habitants 1. Cette
population est composée de plusieurs ethnies, principalement les Gouranes, les Kanembous et
1
ACF, Etude sur les populations nomades et les systèmes pastoraux dans le grand Kanem Tchad 2011, p. 16
les Arabes qui se repartissent en agropasteurs (49 %), agriculteurs sédentaires (21 %),
éleveurs nomades et transhumants (28 %), commerçants (1 %) et ouvriers (1 %) 2.
Jadis, toute cette zone était traversée par un grand oued qui s’écoulait des plaines de l’Ennedi
jusqu’au Lac Tchad. Historiquement, toute la région était sous le contrôle du Kanem
historique dont le nom apparaît pour la première fois sous la plume d’Al Yakubi en 872
(Cuoq, 1975) et qui a eu au cours de l’histoire une extension géographique variée en tant
qu’entité politique soit autonome (royaumes, empire, sultanat), soit en liaison avec le Bornou
connu dans ce cas sous le vocable de Kanem-Bornou (Marty, 2003). A cette époque, le sultan
était à la fois juge suprême, chef des armées et maître des croyants. Il s'entourait des
« ulémas », détenteurs de la science religieuse, à la fois conseillers du sultan et juges au
tribunal suprême du vendredi. Ils possédaient certains privilèges comme celui de commander
des villages qui leur versaient la dîme (zakat) en mil, en bétail ou en argent (Bichara, 2003).
Cependant, l'arrivée des colons va modifier les limites territoriales et l’organisation politique
en place.
De nos jours, l'impact de la culture et de la religion musulmane sur les différents groupes
sociaux et ethniques de la zone est très important. Selon les résultats du RGPH, les
musulmans représentent la quasi totalité de la population (99% à Mao, 98% au Moussoro).
Mais, ceci n'a pas empêché au sein de certains groupes la survivance du culte de l'ancêtre.
Ce profil de moyens d’existence a été restreint au département du Bahr el Gazal Sud. Ce
département est limité à l’Ouest par les régions du Lac et du Kanem, à l’Est par la région du
Batha, au Sud par celle du Hadjer Lamis et au Nord par le département du Bahr el Gazal
Nord.
Le département du Bahr el Gazal Sud fait partie de la zone de moyens d’existence appelée,
zone agro-sylvo-pastorale. Cette zone fait partie de la vaste ceinture sahélienne située au sud
du Sahara.
Sur le plan géomorphologique, le département se caractérise par une étendue de terres
sablonneuses, formant un relief fortement dominé par des dunes de sable et parsemé de
dépressions inter-dunaires allongées qui forment souvent des cuvettes, appelées ouadis, plus
ou moins fertiles selon le degré de salinisation des sols. Certains ouadis peuvent abriter des
lacs temporaires ou plus rarement permanents. Les parties sud et centrale de la zone sont
constituées par un ensemble de vastes plateaux sableux.
Le climat est de type sahélien, comprenant une saison humide de 3 à 4 mois (juin à
septembre) et une saison sèche de 8 à 9 mois (octobre à mai). Les températures varient de
20°C à 45°C. La pluviométrie annuelle varie entre 200 et 400 mm, inégalement repartie tant
en terme spatial que temporel. Ces dernières années, la pluviométrie de la région a diminué de
manière alarmante et depuis 2005, la pluviométrie a chuté de moitié soit de 429 mm à
282 mm (ONDR, 2009).
L’humidité de l’air atteint un maximum au mois d’août (77 %) et un minimum en février-
mars (25 %) avec des valeurs moyennes annuelles de 30 à 40 %.
L’évaporation potentielle est importante, dépassant 2000 mm par an (2320 mm mesuré pour
les eaux libres du Lac Tchad à Bol).
Le couvert végétal du département de Bahr el Gazal Sud est fortement influencé par la
contrainte éolienne et le climat sahélien. Les dunes et les plateaux sablonneux sont occupés
par une steppe arbustive (Acacia raddiana, Acacia senegal, Balanites aegyptica ou
Leptadenia pyrotechnica étant les espèces dominantes) et par un tapis clairsemé de graminées
(graminées annuelles comme Cenchrus biflorus, Eragrotis tremula, et Aristida mutabilis, ou
pérennes comme Panicum turgidum, Aristida pallida, Cyperus conglomeratus).
2
ACF,Evaluation multisectorielle des causes probables de la malnutrition au Bahr el Ghazal, Tchad 2010, p. 12
2
Les dépressions inter dunaires et cuvettes ainsi que le lit du Bahr el Gazal sont couverts par
une végétation arborée dense par endroit dominée par les espèces telles que : Acacia sénégal,
Acacia seyal, Acacia scorpioides, Palmiers doum, Palmiers dattiers, etc.
Du point de vue géologique et hydrogéologique le département du Bahr el Gazal Sud est un
véritable bassin sédimentaire regorgeant d’importantes ressources hydrauliques.
En effet, le département est parcouru par d’importants oueds et bas-fonds, zones de
concentrations préférentielles des populations pastorales à la recherche de pâturages et de
points d’eau. La nappe phréatique est superficielle au Sud et à l’Ouest où elle atteint 6 à 8 m
de profondeur. Dans les parties septentrionales de la région du Bahr el Gazal, elle plonge pour
atteindre 20 à 30 m de profondeur. L’affleurement de la nappe explique l’exploitation des
cultures de contre-saison dans la partie Sud du Bahr el Gazal.
L’agriculture est pratiquée sur deux types de terrains différents : les dunes sableuses pendant
la saison des pluies et les ouaddis à la saison sèche. L’agriculture occupe à la fois les hommes
et les femmes et constitue la principale source de nourriture des ménages.
Le mil pénicillaire, principale céréale de consommation est produit en monoculture sur les
dunes sableuses. Lorsque les conditions pédologiques et climatiques le favorisent, le sorgho et
le maïs, ainsi que le niébé et l’arachide sont particulièrement produits dans les zones du sud et
du nord–ouest (Akremanga–Dioulo, Amsilebi, Dogo, Tetal, Malwarati, Matta, Birtouk).
Les superficies exploitées sont faibles (0,75 à 1 ha/ménage) et selon l’Office National de
Développement Rural (ONDR), les surfaces totales emblavées sont passées de
31 917 hectares à 21 640 hectares soit une baisse de 10 277 hectares enregistrées au cours de
la campagne agricole 2009/2010 par rapport à la campagne 2008/2009. La production
céréalière est également passée de 8 035 tonnes à 6 492 tonnes entrainant un déficit de
production céréalière de 1 543 tonnes au cours de la campagne 2009/2010 par rapport à la
campagne précédente (2008/2009).
Les cultures irriguées sont pratiquées dans les ouaddis et principalement là où la nappe est
peu profonde. On y produit le manioc, les cultures maraichères (oignon, gombo, tomate,
laitue, oseille etc.) et l’arboriculture fruitière. Ces productions permettent de diversifier
l’alimentation des ménages et surtout d’être commercialisées et d’apporter des revenus.
Les principales contraintes à l’agriculture dans le département sont :
L’insuffisance des pluies et leur mauvaise répartition spatio-temporelle ;
Une saison pluvieuse de courte durée ;
L’épuisement drastique de la nappe dans les ouadis 3 ;
L’ensablement des ouadis ;
La dégradation des terres entrainant la désertification.
La conséquence de cette situation est la persistance d’une insécurité alimentaire caractérisée
par la faiblesse des productivités agricoles et animalière.
Sur le plan de l’élevage, le Bahr el Gazal est l’une des plus grandes régions de production
animale du pays dont près de la moitié de la population est constituée d’éleveurs nomades et
transhumants (49 %). L’effectif total du cheptel est estimé à plus des 751 929 têtes 4.
Les espèces de ruminants élevées sont : les camelins, les bovins, les ovins et les caprins.
L’élevage traditionnel de volaille est généralement confié aux femmes.
Le système d’élevage est caractérisé par :
• Un élevage sédentaire et semi - nomade (ethnies Kreda ou Daza) qui se caractérise
par un semi-nomadisme autour des points d’eau pour les animaux, leurs mouvements se
situent autour de leurs villages. ;
3
La résilience des pasteurs aux sécheresses entre tradition et bouleversement, Tchad 2011, p. 10
4
Source : ONDR Tchad
3
• Les éleveurs transhumants qui sont majoritairement et historiquement localisés au
nord de la région (Garantassi, Goz Bila et Mandjoura) se retrouvent finalement partout dans le
pays du fait de leur mobilité qui les conduit à se déplacer à la recherche de pâturage et de
l’eau surtout en période de rareté de ces ressources. Ce sont en général les éleveurs à
orientation bovidé. Ils se déplacent suivant des « couloirs traditionnels de transhumance » et
l’activité en général est héréditaire (transmission de père en fils). Ces mouvements de
transhumance répondent à des stratégies de survie à la fois du cheptel mais également de
l’éleveur. Les transhumants se localisent au Nord et à l’Est aux abords des zones de pâturage
et des puits pastoraux, évitant ainsi les conflits avec les agriculteurs sédentaires du sud et du
centre.
Les contraintes liées à l’élevage dans la zone sont :
- Difficultés d’accès à l’eau pendant la saison sèche ;
- L’épuisement de la nappe et l’ensablement des points d’eaux ;
- La dégradation des espaces pastoraux.
Le commerce et l’artisanat mobilisent une infime partie de la population.
Le commerce est pratiqué dans les boutiques qu’on retrouve dans les villages, mais aussi les
petits vendeurs d’articles divers importés et qui se rendent de village en village les jours de
marché hebdomadaire, ainsi que les vendeuses de produits vivriers (céréales et condiments).
L’artisanat se résume au travail des cuirs et à la vannerie. L’artisanat est surtout l’apanage des
femmes et constitue une source de revenu monétaire substantiel.
Marché
Les marchés jouent un rôle important dans les échanges commerciaux de la zone. Ils
constituent la source principale de ravitaillement des populations en céréales et autres biens de
consommation.
Les agriculteurs vendent une partie de leur production maraichère après les récoltes, l’autre
partie est autoconsommée. Ils achètent de la nourriture sur le marché, principalement le mil, le
maïs, le sorgho et le riz. La vente des produits maraichers, du bois de chauffe, du bétail, des
produits de l’artisanat local et de la force de travail constituent de véritables sources de
revenus dans la zone.
Dans l’ensemble, les marchés sont d’accès difficile à cause de la faiblesse du réseau routier.
Les routes sont impraticables dans leur majorité en raison de leur ensablement et du fait des
inondations pendant la saison pluvieuse dans certaines localités du département du Bahr el
Gazal Sud. Cette situation n’est pas sans conséquence sur les prix des denrées alimentaires
dans certaines contrées du département.
Les flux commerciaux entre le département du Bahr el Gazal Sud et l’extérieur (Mao, Mando,
Guédéa, N’Djamena, Massakori, Gama, Bokoro, Nigéria, Libye etc.), sont structurés autour
des activités telles que l’achat et la vente des céréales, des produits maraichers, des animaux
et des produits manufacturés. Les flux de biens du département vers les autres contrées
concernent principalement le bétail sur pied et les cuirs. Les flux inverses regroupent les
céréales (mil, maïs, sorgho, riz et les dérivés du manioc) et les importations d’autres produits
alimentaires (pâtes, semoule de maïs et de blé, sucre, sel, thé, fruits...), d’hydrocarbures, de
matériaux de construction ou de produits plastiques en provenance du marché nigérian et
libyen, et des produits textiles (tissus, friperie) provenant des ports de Cotonou et de Lomé via
N’Djamena.
Les principales cultures de rente dans la zone sont l’oignon, la tomate, le gombo etc.
Les achats et les ventes se font à partir des marchés hebdomadaires les plus importants du
département. Il s’agit des marchés mixtes à prédominance de bétail ou des produits
maraichers (Moussoro, Chaddra, Michemire, Amsilep, Fassaladjoul etc.). Les plus importants
4
marchés de céréales sont hors de la zone d’étude. Il s’agit des marchés de Gama, Bokoro,
Amitimou, Massakori et Guédéa. Les principales spéculations sur ces marchés sont le mil, le
sorgho, le maïs en destination de Moussoro. Pour les produits maraichers, les principaux
marchés dans la zone sont Fassaladjoul, Chaddra, Amsilep, Kamkalanga. Hors zone on a les
marchés d’Amitimou et de Guédéa en destination de Moussoro.
Les achats quotidiens des ménages se font à partir des boutiques des centres urbains et des
villages. Les produits de base, importés (produits manufacturés) en provenance de
N’Djamena, du Nigeria et ou de la Libye, sont disponibles en permanence dans les boutiques
de grands centres urbains et semi-urbains.
Les prix des céréales et des animaux ont varié au cours de l’année de référence 2010-2011.
Pour les céréales par exemple, le prix du kilogramme du mil est passé de 200 FCFA en
octobre à 325 FCFA en janvier, celui du kg de maïs de 200 FCFA en octobre à 250 FCFA le
même kg en juillet de la même année. Pour le sorgho, le kilogramme se vendait à 200 FCFA
en octobre 2010 contre 250 FCFA en juillet 2011. Les prix des produits maraichers ont aussi
évolué en fonction des saisons. Ainsi, le sac d’oignon qui se vendait à 10 000 FCFA à la
récolte de mai-juin a atteint un prix de 37 500 FCFA voir plus vers novembre-décembre de la
même année. Pour le gombo sec, le sac se vendait à 17 500 FCFA en octobre 2010 contre
27 500 FCFA en juillet 2011.
Le bétail est exporté vers les grands centres du Tchad comme les marchés de Mao, Mando,
Guédéa, N’Djamena, Massakori. Une partie des animaux transitent à partir de ces villes vers
le Nigéria.
Les prix des animaux ont aussi évolué pour cette année de référence 2010-2011. Par exemple,
le bovin moyen de 125 000 FCFA en octobre 2010 est passé à 175 000 FCFA en juillet 2011,
soit une hausse de 50 000 FCFA. Pour les petits ruminants, les prix sont passés de
25 000 FCFA en octobre 2010 à 35 000 FCFA en juin 2011 pour les ovins et de 15 000 FCFA
à 25 000 FCFA pour les caprins.
La période allant d’octobre à décembre (récolte) est marquée par de bas prix pour les céréales
(baisse de la demande et hausse de l’offre). Pendant cette période, le flux des importations des
céréales baisse à cause de la demande qui est faible. Tandis que de mai à septembre, le
phénomène inverse est observé, les demandes sont les plus importantes et les offres les plus
basses (les prix sont les plus hauts). C’est la période où les commerçants grossistes font sortir
leurs stocks des magasins et font beaucoup de bénéfices. En cette période, les paysans ont
épuisé leurs stocks. Les marchés de Gama, Bokoro, Guédéa, Massakori constituent les grands
marchés sources d’importation des céréales en particulier dans la période allant d’octobre à
décembre. Les marchés ruraux et semi ruraux se tiennent typiquement une fois par semaine.
Pour les ménages pauvres et très pauvres, les achats des céréales se font hebdomadairement le
jour du marché. Le mil est la céréale de base des populations de la zone. En moyenne, les
ménages très pauvres et pauvres peuvent acheter par semaine respectivement 9 coro et 13
coro de mil 5 quant ils auront vendu leurs fagots de bois ou de paille, volailles ou petit
ruminant. Les approvisionnements quotidiens se font dans des boutiques villageoises détenues
par le groupe de nantis et des moyens. Grâce aux revenus issus en grande partie de la vente
des animaux, les ménages moyens et nantis font leurs approvisionnements chaque mois ou
chaque trimestre.
La demande en bétail, provenant des grandes villes (N’Djaména, Mao, Massakori etc.) et ou
des pays voisins comme le Nigeria et la Libye, est très importante pour les systèmes de
moyens d’existence ruraux et elle conditionne la grande partie de la vie et des échanges
commerciaux de la zone étudiée. Les ventes sont importantes toute l’année dans la zone mais
5
Calcul effectué sur la base du besoin énergétiques/pers./jr de la taille ménage, de l’apport calorifique du kg de
mil et de l’équivalent d’un coro en kg
5
le pic est situé au moment de principales fêtes religieuses (Tabaski) et pendant la période dite
de soudure (de mai à septembre). La période d’octobre à janvier les prix du bétail sur les
marchés sont les plus hauts à cause des fêtes, mais aussi de la disponibilité du pâturage. De
mars à août les prix sont bas puisque le pâturage se fait rare, c’est le départ des animaux
transhumants, les paysans sont obligés de vendre quelques têtes pour faire face aux travaux
agricoles. La volaille est vendue par la population à tout moment.
Le réseau d’échanges commerciaux dans la zone de moyens d’existence est illustré par le
diagramme suivant.
Libye
Salal
Nigeria
Michemiré
Amsilep
Mando
Chaddra
Guédéa Gama
Bokoro
LEGENDE
Amitimou
Massakori
Région de Bahr El Ghazal
N’Djamena
Circuit animaux
Autres zones Tchadiennes Chef lieu de département Marchés secondaires
Circuit produits
Circuit céréales
Capitale d’Etat Autres villes Tchadiennes manufacturiers
Circuit produits maraichers
Graphique 1 : Circuits commerciaux dans la zone agropastorale avec maraichage de contre-saison du Bahr el
Gazal Sud, Tchad
Calendrier saisonnier
Le calendrier saisonnier décrit en détail et pendant l’année de consommation d’’une année
normale, les périodes au cours desquelles les activités des ménages se déroulent ainsi que tous
les événements importants. Pour le cas typique de ce profil, l’année de référence s’étend
d’octobre 2010 à septembre 2011 et est dominée par le cycle agricole.
La saison commence avec la préparation des terres début mai jusqu’à mi- juin pour les
cultures pluviales. Par contre, pour les cultures irriguées, cette tâche est exécutée en
décembre. La saison des pluies s’étale généralement de juillet à fin septembre. Cependant,
avec l’incertitude des pluies, les paysans préfèrent les semis à sec pour le mil dès la deuxième
quinzaine du mois de juin sur les sols dunaires. Les légumineuses (niébé) sont également
semées en culture pure sur ces derniers au cours du mois de juillet dès la première pluie utile.
Par contre le maïs est semé au mois de juin dans les ouadis. Il est irrigué au cours de ce mois
puis complète son cycle végétatif avec la pluie. Le sarclage est effectué vers la dernière
6
décade du mois de juillet jusqu’en août, sauf pour le maïs qui débute dès la fin du mois de
juin.
Pour les cultures maraichères principalement l’oignon, la tomate, le concombre, la laitue, les
pépinières se font tout le mois de janvier et s’étalent jusqu’à la premières décade du mois de
février. Le repiquage se déroule généralement de la mi-février à la mi-mars pour toutes les
cultures maraichères.
Pour les cultures pluviales, les récoltes débutent en octobre et peuvent s’étalaient jusqu’à la
mi-novembre principalement pour le mil, le sorgho à l’exception du niébé dont la récolté
commence dès la mi-septembre.
Pour les cultures irriguées de contre-saison, les récoltes sont observées vers la mi-mars
jusqu’à fin mai pour la tomate, la laitue et du mois de mai à juin pour l’oignon.
La couverture de la propre production est très faible pour tous les groupes socio-économiques,
l’achat des vivres commence dès le mois de février pour tous les ménages. Vers le mois de
juillet qui coïncide avec la soudure, les achats des vivres deviennent intenses chez tous les
groupes. Pour les aliments bétail, les achats se font généralement en saison sèche pendant la
soudure pastorale (de mars à juin). Cette période constitue la période la plus difficile pour les
animaux à cause de la rareté du pâturage et de la difficulté d’accès à l’eau. L’élevage fournit
vers le mois d’août du lait frais pour les ménages possédant des bovins, ovins ou caprins. Le
départ des animaux pour la transhumance intervient lorsque ces derniers ont épuisé le
pâturage issu des résidus de cultures. Le départ se fait dès le mois de décembre et leur retour
est effectif en juillet 6. Quant aux achats des animaux, ils se font principalement en mai et juin
pour les groupes des nantis et moyens au détriment des groupes des pauvres et très pauvres
qui ne songent qu’à s’acheter les vivres en cette période. Les ventes ont lieu en octobre,
novembre et décembre, période qui coïncide avec les fêtes 7. Le prix est l’un des plus élevés
en ce moment. Les maladies du bétail telles que la pasteurellose, le bomboro et la
péripneumonie contagieuse bovine(PPCB) surviennent pendant la période d’octobre à février.
Le charbon hydroteulerique sévie pendant l’hivernage.
L’exploitation forestière est aussi une activité des populations de la zone. Elle se fait de
décembre à février avec la cueillette des feuilles, des fruits et du ramassage du bois. D’autres
activités génératrices de revenus (emplois journaliers agricoles et non agricoles) s’étalent
toute l’année. Pour les emplois journaliers agricoles, ils débutent en décembre et s’étalent
jusqu’en mai pour le maraichage et de juin à octobre pour les cultures pluviales. Au cours de
cette période, les groupes des très pauvres et des pauvres sont employés dans les champs des
groupes des moyens et des nantis. Quant aux emplois journaliers non agricoles, ils concernent
principalement les travaux de fabrication de brique et de construction. Ces activités ont lieu
de décembre à juin. L’exode est pratiqué après les récoltes en décembre et est étalé jusqu’en
avril.
L’artisanat comme source de revenu est pratiqué de décembre à juin. Les principales activités
sont la fabrication de lits et de nattes et des objets en cuire.
Dans cette communauté les ménages contractent les prêts de juin à août et cette période
chevauche avec la période de soudure (mai-août). Ces prêts sont remboursés au moment de la
récolte (octobre-novembre) et en mai avec la récolte des produits maraichers.
6
Pour des questions de conflit entre agriculteurs et éleveurs et pour des raisons de santé animale, le
mouvement des animaux se fait dans cette logique : les agropasteurs rentrent chez eux quand les agriculteurs
des terroirs hôtes ont semé et quand l’herbe a poussé chez eux
7
Notons que chez les agropasteurs tous les animaux ne sont pas en transhumance : quelques têtes sont
gardées pour des questions de sécurité financières et alimentaires
7
Dans la zone étudiée, le paludisme sévit au cours de la saison des pluies d’août à septembre.
Il faut signaler que c’est une période d’intenses activités. Les autres maladies (rhume,
problèmes respiratoires) se manifestent entre février et mars. Les cérémonies de mariage ont
lieu pendant les récoltes et s’étalent jusqu’en janvier.
Sources de nourriture, activités et évènements OCT NOV Déc Jan Fév Mar Avr Mai Juin Juil Aôut Sep
s
Mois de pluie
Mil Récolte Préparation Semis à Sarclage
sec
Graphique 2 : Calendrier saisonnier d’octobre 2010 à septembre 2011 dans la zone agropastorale avec
maraichage de contre-saison du Bahr el Gazal Sud, Tchad
8
Graphique 3 : Proportion des ménages par groupe socio-économique dans la zone agropastorale avec
maraichage de contre-saison du Bahr el Gazal Sud, Tchad
8
Les terres pour le maraichage sont acquises par héritage ou prêt
9
toutes les classes sociales même si le nombre est peu important mais relativement élevé chez
les moyens et les nantis. Les chevaux qui sont utilisés dans le transport sont les animaux des
groupes aisés.
Le tableau ci-dessous présente la catégorisation des populations en quatre grands groupes
socio-économiques. Pour chacun d’entre eux un profil typique de ménage y appartenant est
décrit.
Sources de nourriture
L’analyse de la couverture en besoins énergétiques minima des ménages
(2 100 kcal/personne/jour) permet de dire que plus de 100 % de ces besoins pour chaque
catégorie socio-économique sont couverts en cette année de référence [Link],
chez les très pauvres ce niveau n’est atteint que avec les dons et les aides alimentaires
constituées par les cantines scolaires.
10
Graphique n°4 : Pourcentage de couverture en besoins énergétiques de chaque source de nourriture pour les
différents groupes socio-économiques dans la zone agropastorale avec maraichage de contre-saison du Bahr el
Gazal Sud, Tchad.
Par ailleurs même les nantis ne couvrent que près de 40 % de leurs besoins énergétiques avec
leurs propres productions agricoles .Le taux de couverture est de 26 %, 28 %, 30 % et 39 %
des besoins totaux respectivement pour les très pauvres, pauvres, moyens et nantis
Ainsi le nombre de mois de consommation avec leurs propres productions agricoles qui est 2
et 3 respectivement pour les très pauvres et pauvres, atteint 4 et 6 respectivement pour les
moyens et les nantis.
Les achats alimentaires sont ainsi, très importants chez tous les groupes socio-économiques.
Ils sont effectués en période de soudure et représentent 65%, 68%, 75% et 76% des besoins
totaux respectivement pour les très pauvres, pauvres, moyens et nantis
Le paiement en nature constitué essentiellement par le repas pris en exode, assure 4% des
besoins énergétiques des ménages très pauvres et pauvres. Le repas pris en exode est un gain
pour le ménage qui théoriquement économise les besoins en nourriture de l’absent.
Contrairement à ce qui est fréquent dans certaines zones, les pauvres engagés en salariat
agricole sont rarement payés en nature et préfèrent une rémunération en espèce. La
contribution des produits bétail n’est observée que chez les moyens et les nantis (4% et 5%).
Les dons, prêt et les aides alimentaires ( ici cantines scolaires) contribuent faiblement même
chez les très pauvres.
Il est intéressant de noter que la production agricole des ménages (mil, maïs et niébé)
contribue pour moins de la moitié des besoins de base chez tous les différents groupes socio-
économiques (26 %, 28 %, 30 % et 39 % des besoins totaux respectivement pour les très
pauvres, pauvres, moyens et nantis). Cette faible contribution de l’activité agricole au cours
de la saison des pluies à la satisfaction des besoins alimentaires des ménages montre aisément
la précarité de cette activité dans une zone à vocation pastorale et à culture de contre-saison
11
(maraichage). A cela s’ajoute le caractère traditionnel de cette agriculture où l’utilisation des
intrants modernes (semences améliorées, engrais) est quasiment méconnue.
Il faut ajouter à cela les aléas climatiques, les dégâts des animaux, les parasites et ennemies
des cultures, qui limitent les rendements des cultures traditionnelles à savoir le mil, le niébé et
le maïs.
La production totale de mil, la principale céréale cultivée, au cours de cette année de référence
varie de 242 kg chez les très pauvres à 334 kg chez les pauvres contre 558 kg et 905 kg
respectivement chez les moyens et les nantis. Avec ce niveau de production, le disponible per
capita de l’ordre de 40 kg chez les TP et P, 47 kg chez les moyens et 60 kg chez les nantis. La
production totale de mais, seconde céréale cultivée, au cours de cette année de référence varie
de 100 kg chez les très pauvres à 166 kg chez les pauvres contre 290 kg et 400 kg
respectivement chez les moyens et les nantis. Avec ce niveau de production, le disponible per
capita de l’ordre de 17 kg chez les TP, 21 kg chez les P, 24 kg chez les moyens et 27 kg chez
les nantis. Le niveau de rendement céréalier est de 342 kg/ha chez les TP, de 417 kg/ha chez
les P, de 424 kg/ha chez les M et 435 kg/ha chez les N. On constate un faible écart de
rendement entre les différentes catégories socio-économiques ce qui traduit le caractère non
discriminatoire de cette activité en termes de niveau de richesse. Il est intéressant de noter que
la majorité de cette production céréalière est destinée à la consommation du ménage (87,7 %
de la production des ménages TP est autoconsommée par le ménage, 83,4 % chez les P,
80,2 % chez les M et 79 % chez les N).
Outre les céréales, toutes les classes socio-économiques cultivent un peu de niébé. Toutefois,
ces productions restent très faibles et presque identiques dans les différents groupes socio-
économiques. La production du niébé, entièrement destinée à l’autoconsommation, ne
contribue qu’à la couverture de 2 à 4 % des besoins énergétiques.
Le maraîchage est une activité très importante dans tous les villages visités en raison de la
présence de nappes phréatiques à très faible profondeur permettant l’usage de motopompe
pour les ménages les plus aisés ou les systèmes d’exhaure à traction humaine ou animale en
fonction de la profondeur de l’eau. La principale culture maraichère sur la zone est la culture
d’oignon. La production totale d’oignon au cours de cette année de référence varie de 659 kg
chez les très pauvres à 997 kg chez les pauvres contre 3 408 kg et 5 541 kg respectivement
chez les moyens et les nantis. Avec ce niveau de production, la production per capita est de
l’ordre de 110 kg chez les TP, 125 kg chez les P, 284 kg chez les moyens et 370 kg chez les
nantis.
On constate un écart très important de production per capita entre les différentes catégories
socio-économiques ce qui traduit le caractère discriminatoire de cette activité en termes de
niveau de richesse et surtout l’intensification plus importante des ménages aisés dans cette
culture (engrais, motopompe, maind’œuvre). Il est intéressant de noter que la majorité de cette
production est destinée à la vente.
La contribution des produits animaux (lait) à la couverture des besoins énergétiques annuels
des ménages est très faible dans cette zone agropastorale. Elle est quasiment inexistante chez
les ménages très pauvres et pauvres et ne représente que 4 à 5 % des besoins des moyens et
des nantis. Cette faible contribution des produits animaux à la couverture des besoins
énergétiques de base même chez les groupes les plus riches s’explique par une taille des
12
troupeaux beaucoup moins importante que pour les pasteurs. Les ménages agropasteurs du
fait de la diversification alimentaire de cette zone en comparaison avec les zones
septentrionales de la région favorisent la lactation des animaux nouveau-nés afin d’assurer un
capital en cas de pénurie.
Les ménages possédant des bovins consomment du lait. Le nombre de vaches lactantes est en
moyenne de 3 chez les M et de 4 chez les N. La production laitière extraite est de 2 litres par
jour et par vache en saison de pluies (90 jours) et 1 litre par jour et par vache en saison sèche
(30 jours de traite en moyenne). Cependant, il n’y a que les N qui traient leurs vaches en
saison sèche. La production laitière extraite totale chez les M approche les 540 litres par an.
Tandis que celle des nantis est de 840 litres. Cette production n’est ni vendue ni échangée ce
qui représente un disponible per capita d’environ 45 litres chez les M et 56 chez les N. Il faut
noter que la grande valeur ajoutée dans la consommation du lait se trouve dans l’apport en
protéines, en vitamine et sels minéraux.
Le lait des brebis n’est pas consommé. Par contre, celui des chèvres, en plus d’être réservée
aux jeunes enfants dans tous les groupes socio-économiques, est davantage consommé
pendant la période hivernale pendant 45 à 60 jours. Cette production extraite, est cependant,
très faible, même chez les nantis et les moyens qui possèdent plus de têtes. Elle est estimée à
30 litres par an pour les TP, 50 litres pour les P, 100 litres pour les M et 160 litres pour les N
soit 1% des besoins énergétiques de base des P, des M et des N.
La consommation de la viande est nulle chez les ménages pauvres et est faible chez les
ménages moyens et nantis. Elle se limite à égorger trois à quatre petits ruminants par an
principalement lors de la fête de la tabaski et certains événements sociaux tels que lors des
cérémonies de mariage, de baptême, des fêtes religieuses ou lors des visites des parents ou de
visiteurs étrangers « importants ». Les gros ruminants ne sont pas abattus pour la
consommation du ménage.
13
socio-économiques. Le sorgho n’est consommé que par les ménages TP et P durant la période
de soudure du fait de sa moindre cherté par rapport au mil. Enfin, le riz n’est consommé que
par les ménages les plus aisés.
Le mil représente entre 60 et 75 % des quantités totales de céréales achetées selon les
catégories socio-économiques et ses achats de mil contribuent entre 30 et 38 % des besoins
énergétiques de base des ménages quelque soit leur catégorie. Il est suivi par le maïs dont la
consommation représente 15 % des besoins (8 % via le marché et 7 % via la production) chez
les TP, 19 % des besoins (10 % via le marché et 9 % via la production) chez les P, 23 % des
besoins (13 % via le marché et 10 % via la production) chez les M et 18 % des besoins (8 %
via le marché et 10 % via la production) chez les N. En revanche, les nantis et les moyens
consomment plus de riz : entre 180 et 250 kg soit entre 7 et 8 % des besoins énergétiques en
moyenne. Le sorgho est une céréale, très peu appréciée dans cette zone. En effet, elle est
consommée que par les ménages les plus pauvres. Sa contribution à la couverture des besoins
est de l’ordre de 5 % chez les TP et de 10 % chez les P.
Le niébé, aliment riche en protéines, est beaucoup plus acheté dans cette communauté que
pour les pasteurs de la région du Bahr el Gazal. En effet, les agropasteurs consomment
beaucoup moins de produits lactés du fait d’une moindre possession de bétail. Le niébé
permet de couvrir respectivement 4 % des besoins (2 % via le marché et 2 % via la
production) chez les TP, 6 % des besoins (4 % via le marché et 2 % via la production) chez
les P, 7 % des besoins (3 % via le marché et 4 % via la production) chez les M et 10 % des
besoins (7 % via le marché et 3 % via la production) chez les N.
La consommation du sucre est très importante dans cette communauté en raison de la très
forte consommation du thé qui est une habitude pluriséculaire dans cette zone. Elle est de
l’ordre de 50 g par jour et par personne chez les ménages nantis et moyens soit une
contribution de l’ordre de 10 % aux apports énergétiques totaux. Toutefois, même chez les
ménages très pauvres et pauvres, cette consommation de sucre reste élevée avec une
contribution moyenne de 6 % soit un apport journalier de 30 g par jour et par personne. Cette
forte consommation du sucre associée à celle du thé pourrait constituer un important facteur
de risque pour la santé de cette communauté. En effet, il est à craindre une forte prévalence
d’une part de diabète sucré et d’autre part d’anémie due à la carence en fer en raison des effets
du thé dans le blocage de l’absorption du fer.
L’huile est utilisée de façon quotidienne dans la préparation des repas. Sa contribution à
l’apport énergétique tourne autour de 6-7 % chez les très pauvres et pauvres et 8-9 % chez les
moyens et les nantis. Ce niveau de consommation est comparable à celui observé dans
beaucoup de zones sahéliennes. La quantité consommée est de plus en plus importante en
fonction de la richesse du ménage. Elle varie de 14 à 21 g par jour et par personne chez les
tous les groupes socio-économiques.
L’achat de viande (fraiche ou séchée) n’est réalisé quasiment que par les ménages M et N. Les
dépenses réalisées pour cet achat représente 13 et 17 % des dépenses alimentaires de ménages
M et N. Malgré ces dépenses, cet aliment ne contribue que pour environ 1 % des besoins des
ménages moyens et nantis.
14
année de référence. Les cantines scolaires, autre source de nourriture pour les enfants des
ménages, sont présentes dans cette zone étudiée. Elles permettent de couvrir entre 3 et 4 %
des besoins des ménages pour toutes les catégories socio-économiques.
Les sources de nourriture provenant de l’exode (apport de denrées dans le ménage et exode
d’une partie des membres des ménages pendant plusieurs mois) représentent de 6 à 7 % des
besoins des ménages TP et P. Enfin, le paiement en nature représente respectivement 3 % des
besoins énergétiques des ménages TP et 1 % de ceux des P.
Dans la zone agropastorale avec maraichage du Bahr el Gazal Sud, les revenus sont tirés
principalement de la vente des animaux, du commerce, du petit commerce, de l’exode, de
l’emploi agricole, de l’auto-emploi, et de la vente des productions maraichères. Cependant,
les principales sources de revenu diffèrent selon la catégorie socio-économique. Ainsi, alors
que chez les TP l’auto-emploi occupe la première place chez les nantis et les moyens et
pauvres, c'est la vente des produits maraichers qui constitue la principale source de revenus.
Pour l’année de référence 2010-2011, le revenu monétaire moyen est estimé à
2 052 990 FCFA chez les nantis, 1 378 267 FCFA chez les moyens, 578 700 FCFA chez les
pauvres et 406 165 FCFA chez les très pauvres. Ainsi, les nantis disposent d’un revenu 5 fois
plus élevé que celui des très pauvres, 3,5 fois plus que celui des pauvres et 1,5 fois plus que
celui des moyens. Cette grande différence dans le revenu entre les différentes classes socio-
économiques met en exergue la grande disparité entre les ménages vivants dans le même
environnement
Graphique 5 : Revenus (en Fcfa) pour les différentes catégories socio-économiques de la zone agropastorale
avec maraichage de contre-saison du Bahr el Gazal Sud, Tchad
15
Rapporté à la taille du ménage, le revenu per capita est presque identique chez les ménages
très pauvres et pauvres avec respectivement 67 694 FCFA/personne/an et
72 338 FCFA/personne/an. Par contre, chez les nantis il est 2 fois plus élevé que celui de ces
deux dernières catégories (136 866 FCFA/personne/an) et celui des moyens 1,6 plus élevé
(114 855 FCFA/personne/an). Cette situation illustre parfaitement l’extrême fragilité
économique de cette communauté avec un revenu journalier moyen per capita allant de un
tiers de dollars pour les ménages très pauvres et pauvres, un demi-dollar pour les ménages
moyens et ¾ de dollars pour les nantis.
Tableau 2 : Analyse des revenus par catégories socio-économiques de la zone agropastorale avec maraichage
de contre-saison du Bahr el Gazal Sud, Tchad
Chez toutes les catégories socioéconomiques, la vente de produits agricoles se résume à celle
des produits maraichers. Il n’existe aucune culture de rente en culture sèche. Le niébé
habituellement considéré comme culture rente donne une production très faible destinée
exclusivement à la consommation. Ainsi, on remarque que les produits maraichers
contribuent significativement à la formation de ce revenu. Cette contribution est de 29,3 %,
30,2 %, 40,9 % et 50,5 % du revenu monétaire respectivement chez les très pauvres, pauvres,
moyens et nantis. Le montant tiré de la vente est estimé autour de 119 030 FCFA/an pour les
très pauvres, 174 525 FCFA/an pour les pauvres, 563 375 FCFA/an pour les moyens et
1 036 070 FCFA/an pour les nantis. Les principaux produits maraichers vendus sont par ordre
d’importance l’oignon, la tomate, le gombo et le piment. D’autres produits maraichers sont
vendus mais de manière moins systématique tels que l’ail, la laitue, la carotte et la menthe.
Cependant, la principale culture de rente reste la culture d’oignon qui représente entre 14 et
15 % des revenus des ménages TP et P, 29 % des revenus des M et 34,4 % des revenus des
nantis. Tandis que l’ensemble des autres produits maraichers représente la meme proportion
de revenus pour les ménages TP et P, 12 % pour les ménages M et 16 % pour les ménages N.
Les quantités d’oignon vendues sont de l’ordre de 660 kg pour les TP, 1 000 kg pour les P,
3 400 kg pour les M et de 5 550 kg pour les N.
La vente de bétail assure 22 % du revenu des nantis, 23,6 %, 15,2 % et 5,7 % respectivement
pour les moyens, les pauvres et très pauvres. Le montant tiré de la vente est estimé autour de
23 000 FCFA/an pour les très pauvres, 88 000 FCFA/an pour les pauvres, 325 000 FCFA/an
pour les moyens et 452 000 FCFA/an pour les nantis. La vente des animaux concernent à la
fois les gros ruminants (bovins), les petits ruminants (chèvres et moutons) et la volaille
(poulets). Durant cette année de référence, un nanti a vendu en moyenne 3 bovins, 4 petits
ruminants et 5 poulets. Le ménage moyen a vendu 2 bovins, 4 petits ruminants et 5 poulets.
16
Les ménages pauvres n’ont vendu que 2 petits ruminants, 4 poulets et 0,5 bovin. Tandis que
les ménages très pauvres ont vendu quand à eux un caprin et 4 poulets. Ceci représente un
taux de prélèvement moyen de 50 % pour les bovins chez les P, de 28,6 % chez les M et de
25 % chez les N. Pour les petits ruminants, il atteint 33 % chez les TP, 25 % chez les TP et M,
et 15 % chez les N. Le prix de vente des animaux variait entre 100 000 et 125 000 FCFA pour
les bovins, 21 000 FCFA pour les ovins et 15 000 FCFA pour les caprins.
A la vente des produits issus de l’agriculture et de l’élevage s’ajoutent les revenus issus de
l’emploi à la fois localement qu’extérieur (exodants permanents ou temporaires). L’emploi
local (journaliers agricoles et fabrication de briques) représente 11,3 % des revenus pour les
TP et 9,7 % des revenus pour les P. Les M et les N qui emploient les catégories les plus
pauvres ne pratiquent pas ces emplois localement. Les revenus issus d’emploi extérieur
représentent 8 % des revenus pour les TP, 14,1 % des revenus pour les P, 10,9 % des revenus
pour les M et 9,4 % des revenus pour les N.
L’auto-emploi qui résulte de la vente d’un produit issu de l’environnement et non d’un service
représente une part très importante des revenus des ménages TP et P, 40,5 % et 23,6 %
respectivement. Cependant, on constate une différence entre les TP et les P dans ce type
d’activités. Les ménages TP sont beaucoup plus dépendants de la récolte du bois de chauffage
(19,7 % de leurs revenus contre 7,3 % du revenu des P). Les produits issus de la cueillette
(paille, fumier et fruits sauvages), de la vente des pailles sur pied et de l’artisanat (fabrication
de nattes) représentent 20,8 % des revenus des TP et 16,3 % des revenus des P. Ces derniers
sont aussi pratiqués par les ménages M et N mais représentent une part infime de leur revenu.
En effet, ces derniers récoltent des pailles plutôt pour alimenter leur bétail et les femmes font
des nattes mais cela est plus pour leur propre usage ou pour avoir des relations sociale avec
les autres femmes pratiquant cette activité.
En revanche, le commerce est une activité des moyens et nantis qui obtiennent respectivement
15,2 % et 16,4 % de leurs revenus. Enfin, le recours aux crédits est une pratique courante chez
les trois premiers groupes. Cependant, si chez les très pauvres et pauvres il est question de
crédit de subsistance, chez les moyens nous assistons à un crédit d’investissement. En effet,
les moyens prennent avec les nantis du village ou commerçants du carburant ou de l’argent
pour l’achat de carburant qu’ils remboursent à la récolte en espèce ou en nature. Ainsi, ce
système ne leur permet pas de bénéficier des prix rémunérateurs.
17
Graphique 6 : Pourcentage des différentes sources de revenus pour les différentes catégories socio-économiques
dans la zone agropastorale avec maraichage de contre-saison du Bahr el Gazal Sud, Tchad
L’analyse des dépenses permet de mieux comprendre comment le revenu monétaire a été
utilisé et fait ressortir les dépenses importantes pour les ménages durant cette année de
référence. Schématiquement, les dépenses des ménages dans cette zone agropastorale sont
relativement plus nombreuses que pour les ménages de la zone pastorale se trouvant au nord
de la région. L’importance relative des dépenses pour les différents groupes socio-
économiques varie très fortement. L’élément le plus frappant concerne la grande différence
entre les groupes socio-économiques dans la proportion du revenu total utilisé dans les
dépenses alimentaires. Chez les ménages très pauvres et pauvres, environ 60 % du revenu
total est utilisé pour les achats de nourriture contre environ un peu plus que la moitié chez les
moyens (55 %) et les nantis (51 %). Le revenu injecté dans l’achat de la nourriture de base est
de l’ordre de 33 à 36 % du revenu total des ménages TP et P contre 27 % chez les M et 21 %
chez les N. Ce constat montre à quel point la recherche des aliments de base, plus grands
fournisseurs d’énergie, constituent une préoccupation des ménages les plus pauvres. A ces
produits, il faut ajouter l’utilisation d’une part non moins importante du revenu dans l’achat
d’autres produits alimentaires tels que l’huile, le sucre et les condiments.
Cette part très élevée du revenu consacré à la nourriture limite fortement les ménages pauvres
et très pauvres dans leur aptitude à investir dans l’éducation des enfants et la santé des
membres du ménage et à faire des investissements rentables dans d’autres domaines pouvant
leur permettre de sortir du cycle vicieux de la pauvreté.
Les niveaux des dépenses sont fonction du groupe socio économique. Ainsi comme le montre
le graphique suivant, alors que les nantis et les moyens dépensent respectivement 1 965 600 et
1 373 355 FCFA, les pauvres et les très pauvres ne dépensent que 560 879 et 391 090 FCFA.
18
Graphique 7 : Dépenses (en Fcfa) pour les différentes catégories socio-économiques dans la zone agropastorale
avec maraichage de contre-saison du Bahr el Gazal Sud, Tchad
Le revenu injecté dans les dépenses des aliments de base varient en termes de valeur absolue
entre les différents groupes. Il varie de moins de 150 000 FCFA chez les TP, 190 000 FCFA
chez les P contre 380 000 FCFA chez les M et plus de 440 000 FCFA chez les N par année.
Le mil reste de loin l’aliment de base le plus acheté avec plus de 77 % des dépenses
alimentaires de base chez les TP et de l’ordre de 60 % pour les 3 autres groupes socio-
économiques. Le riz n’est consommé que par les nantis et les moyens avec une dépense
annuelle variant entre 90 000 FCFA et 126 000 FCFA. Chez les groupes TP et P, c’est le
sorgho qui est consommé uniquement par ces derniers au cours de la période de soudure.
Cette dépense représente 8 % des dépenses alimentaires de base pour les TP et 17 % pour les
P. Les dépenses pour le mais représentent de 12 à 18 % des dépenses alimentaires de base
pour tous les groupes socio-économique.
Parmi les autres aliments achetés figurent en bonne place le sucre, l’huile alimentaire et des
aliments riches en protéine (viande et niébé). Le sucre, utilisé pour le traditionnel thé,
constitue la source de dépenses la plus importante avec un revenu injecté de l’ordre de 55 000
à 80 000 FCFA chez les TP et P et entre 175 000 et 235 000 FCFA chez les M et les N. Cette
dépense représente environ 23 % des ressources allouées à l’alimentation des différents
groupes socio-économiques. Ces dépenses pour le sucre sont presque obligatoires chez tous
les ménages. Aucun ménage quelque soit son niveau de pauvreté ne peut se passer du thé dans
cet environnement. Les dépenses pour l’achat de l’huile alimentaire sont importantes chez
tous les groupes socio-économiques. Elles représentent entre 9 % et 13 % des ressources
allouées à l’alimentation des différents groupes socio-économiques. Toutefois, les ménages
moyens et nantis dépensent dans l’achat d’autres aliments riches en protéine comme la viande
et les légumineuses. Ces dépenses représentent 17 % des dépenses alimentaires pour les M et
26 % pour les N.
19
Les dépenses relatives aux équipements ménagers (sel, condiments, thé, ustensiles de cuisine,
combustibles …) représentent un poste de dépenses relativement important pour toutes les
catégories socio-économiques. Elles sont de l’ordre de 13 % pour les nantis, 17,5 % pour les
moyens, 17,7 % pour les pauvres et 18,7 % pour les très pauvres. Dans cette rubrique, les
dépenses de condiments (sel, piment, autres assaisonnements…) occupent la première place
avec 7 à 8 % pour les ménages très pauvres, pauvres et moyens et 5 % pour les nantis. Elles
sont suivies par les dépenses de savon.
L’investissement en intrants dans le but d’améliorer la production agricole et animale est plus
important chez les ménages moyens et nantis. Il est estimé à 332 680 FCFA chez les nantis,
138 960 FCFA pour les moyens, 22 020 FCFA pour les pauvres et 14 108 FCFA pour les très
pauvres. Cet investissement représente près de 10 % des dépenses totales chez les moyens et
17 % des dépenses totales chez les nantis contre 3 à 4 % pour les très pauvres et les pauvres.
Ces dépenses portent surtout sur l’achat de l’aliment pour le bétail pour soutenir les laitières
et les animaux faibles pendant la période de soudure pastorale, l’achat de semences de
céréales et maraichères et l’achat d’engrais pour le maraichage. L’achat de bétail pour la
reconstitution est faiblement enregistré même chez les nantis. Par contre l’utilisation des
engrais minéraux en culture sèche est quasiment inexistante même chez les nantis et moyens.
Pour les services socio de base comme la santé, l’éducation, la proportion des dépenses reste
faible pour toutes les catégories socio-économiques. En valeur relative tout laisse à croire que
les pauvres font plus d’effort que les nantis. Les dons et les engagements par rapport à la
communauté constituent aussi un poste de dépenses dans la zone et concernent tous les
groupes socio-économiques.
Graphique 8 : Pourcentage des différentes sources de dépenses pour les différentes catégories socio-
économiques dans la zone agropastorale avec maraichage de contre-saison du Bahr el Gazal Sud, Tchad
20
Risques/chocs et stratégies d’adaptation
Les activités des populations de la zone agropastorale avec maraichage de contre-saison du
Bahr el Gazal Sud font face à des menaces qui affectent leurs conditions de vie. Ainsi, ces
menaces constituent des risques et/ou chocs majeurs pour l’économie des ménages. Le
tableau ci-dessous présente les principaux risques affectant le département du Bahr el Gazal
Sud durant ces dernières années selon les résultats des focus groupes réalisés dans les 8
villages enquêtés.
Tableau 3 : Risques et chocs dans la zone agropastorale avec maraichage de contre-saison du Bahr el Gazal
Sud, Tchad
Domaines
Risques et/ou chocs majeurs de la zone
Surpâturage
Pour mieux appréhender ces risques, il a été indispensable d’analyser les différents
événements marquants intervenus dans la zone durant la période concernée. Le tableau ci-
dessous donne un aperçu de la performance saisonnière et les événements marquants survenus
au cours des cinq dernières années.
21
Tableau 4 : Evénements et réponses apportées dans la zone agropastorale avec maraichage de contre-saison du
Bahr el Gazal Sud, Tchad
Performance
ou score
Année Évènements Réponses
saisonnier 9
(1-5)
- Importante sécheresse Exode
- Attaque des oiseaux sur les
cultures Vente d’animaux
2011-2012 2 - Important déficit fourrager
et mort d’animaux Consommation des produits de la
cueillette
Vente du bétail
Le tableau ci-dessus est une synthèse de l’analyse des services techniques de l’Etat qui a été
confirmée par les réunions des focus groups. L’année la plus caractéristique de la zone de
moyen d’existence agropastorale avec maraichage de contre-saison est celle avec récurrence
ou de moyenne pluviométrie conduisant à des situations de récolte moyenne. Le score donné
9
1= année très mauvaise ; 2 = année médiocre ; 3 = année moyenne ; 4 = bonne année ; 5= Excellente année
22
à une année tient compte de plusieurs paramètres comme le niveau de la production
alimentaire et fourragère, le niveau des prix, l’accessibilité aux produits sur les marchés, le
revenu, le bien être, etc.
Face à ces risques et/ou chocs plus ou moins réguliers dans la zone, les populations font
recours à une diversité de stratégies qui selon l’ampleur de la crise peuvent devenir corrosives
rendant encore plus vulnérables les ménages notamment les pauvres et très pauvres. Ainsi,
chez les maraichers pauvres, le système de fermage a été signalé dans 3 villages sur [Link]
les moyens, les crédits d’investissement 10 dans leur modalité de paiement vont contribuer à
ralentir l’enrichissement des producteurs qui le plus souvent ne peuvent pas bénéficier des
prix rémunérateurs. Ce sont là des éléments à ne pas négliger dans une analyse de système de
production. Parmi les stratégies, on note celles qui consistent à augmenter les sources de
nourriture ou revenu et celles conduisant à réduire le train de vie pour vivre avec le minimum.
S’agissant du premier groupe on peut noter :
• Augmentation du nombre de personnes pour les travaux agricoles dans le groupe des
très pauvres et pauvres ;
• Diminution (au moins 50 %) ou même abandon des dépenses pour certains produits
(viande, huile, habillement, fêtes, communication et transport).
10
Il s’agit des crédits en espèce ou en nature pour le financement des exploitations maraichères via l’utilisation
de motopompe (carburant, huile). Le remboursement se fait en nature en sacs d’oignon avec un prix fixé au
moment du prêt. Les producteurs ne peuvent donc pas bénéficier de prix avantageux en dehors de la zone ou
en faisant des ventes décalées dans le temps.
23
Résumé des principaux résultats
24
production maraichère qui leur permettraient de générer plus de bénéfices. Il est plus
que nécessaire de repenser au type de maraichage pratiqué dans cette zone par ces
catégories (système d’exhaure traditionnel avec traction humaine ou animale en
fonction de la profondeur de la nappe) afin qu’ils soient plus productifs. Mais des
mesures d’appui complémentaires sont nécessaires pour ces ménages afin d’assurer
leur sécurisation de l’accès à la terre et un appui financier afin d’assurer que les
ménages ne s’endettent pas du fait des couts supplémentaires que nécessitent le
fonctionnement de ces systèmes d’exhaure mécanique (lutte contre système d’usure).
La promotion de la production agricole par la distribution de semences, bien adaptées
à la zone, permettra d’améliorer substantiellement la production agricole notamment
celle des ménages pauvres ce qui leur éviterait de réduire leur dépendance face au
marché et face au risque de sécheresse ;
Cette faiblesse de revenu chez l’écrasante majorité des ménages ne leur permet pas de
songer à diversifier leur alimentation ni à investir davantage dans la santé notamment
des jeunes enfants les plus à risque de morbidité. On peut imaginer dans ces conditions
une forte incidence de la malnutrition infantile dans cette population agropastorale.
Réalisé par OXFAM grâce au soutien financier du Bureau d’Aide Humanitaire de la Commission
Européenne (ECHO).
Rédigé par Dr Soumana Boubacar, Consultant indépendant à Niamey au Niger
Pour tout renseignement complémentaire sur ce profil, contacter OXFAM au Bureau de
N’Djamena au Tchad
25
Annexe 1 : Equipe de collecte de données
Equipe de coordination
- Dr Soumana Boubacar, Consultant indépendant, Expert HEA, coordonnateur de
l’étude
- Benoit Tricoche, Coordonnateur Sécurité Alimentaire, OXFAM, N’Djaména
Chefs d’équipe
- Mingueyambaye Naiban, Consultant national Ndjaména Tchad
- Adrien Djindim, Officer Sécurité Alimentaire, OXFAM, Moussoro
- Noel Allarabeye, Assistant Sécurité Alimentaire, OXFAM, N’Djaména
- Mokhtar al Hassana, Assistant Sécurité Alimentaire, OXFAM, Mongo
Enquêteurs/traducteurs
- Cherif Abakar, Assistant Sécurité Alimentaire, OXFAM, Moussoro
- Younouss Mahamat M’Bodou, Assistant Sécurité Alimentaire, OXFAM, Moussoro
- Allayam Ndikinan, Assistant Suivi Evaluation, OXFAM, Moussoro
- Idriss Abdoulaye Djaballa, Chef secteur élevage, Moussoro
- Ngardigna Tamdji Rarikingar, Agent ONDR, Moussoro
- Mahamat el Hadji Abani, Moniteur Sécurité Alimentaire, AIDER, Moussoro
- Attia Abderassoul, Traducteur, Moussoro
- Ahmed Djddi, Traducteur, Moussoro
Logistique
OXFAM, base de Moussoro, Tchad
Soutien Technique
Direction régionale Agriculture de Moussoro
- Direction régionale de l’Elevage de Moussoro
- Office National de Développement Rural (ONDR) de Moussoro
26
Annexe 2 : Démarche méthodologique
L’Approche Economie de Ménage (AEM) ou Household Economy Approch (HEA) permet
d’avoir une image détaillée des caractéristiques des moyens d’existence par groupe socio-
économique et par zone, pendant une année de référence, dite « normale ». Elle permet
également de connaître les stratégies mises en place par ces ménages pour accéder à leur
alimentation et à leur revenu et comprendre les relations entre les ménages de la communauté
et les interactions avec l’économie régionale ou nationale. Cela est nécessaire pour mieux
prévoir les changements à court terme d’accès à la nourriture (qualitativement et
quantitativement). La HEA va au delà d’une méthode d’analyse de la sécurité alimentaire car
reste holistique en faisant recours à plusieurs méthodes. C’est un cadre permettant de mettre
ensemble deux types d’informations à savoir les données de référence de moyens d’existence
(contexte) et celles de suivi (changements) pour une analyse de la situation actuelle ou
attendue afin d’estimer les besoins d’intervention.
La démarche adoptée dans le cadre de cette enquête socio-économique a consisté à collecter
des informations non seulement à l’échelle communautaire mais également des ménages. Cela
impose d'avoir au préalable une idée la plus complète possible des moyens d'existence de la
population locale.
27
Carte 2 : Zones de moyens d’existence
Aussi, pour la détermination de l’année de référence pour les principaux indicateurs socio-
économiques des ménages conformément à l’approche AEM, avons-nous fait un exercice de
caractérisation des 5 dernières années non seulement avec les services techniques du
département, et les autres intervenants mais aussi les communautés. Des scores de 1 à 5 ont
été attribués pour permettre de classifier les années selon les principaux événements qui
affectent la sécurité alimentaire (en termes d’accessibilité, de disponibilité et de stabilité
notamment) dans le département du Bahr el Gazal Sud. Ainsi, 1 = année très mauvaise ; 2 =
année médiocre ; 3 = année moyenne ; 4 = bonne année, et 5 = excellente année. Les années
qui ont les scores qui se répètent sont celles qui caractérisent la situation socio-économiques
et alimentaires des ménages et ont des fortes chances de se répéter encore dans les prochains 5
ans. En vue de faciliter la collecte des données auprès des communautés l’année la plus
récente ayant un score qui se répète et qui ne correspond pas à l’année en cours est considérée
comme année de référence ou baseline dans le cadre de cette étude. Pour le cas de la zone
agropastorale avec maraichage de contre-saison du Bahr el Gazal Sud, le score 3 correspond
au score le plus répété (2 fois) dans les 5 dernières années et la plus récente de ces années est
l’année 2010-2011. Par conséquent, cette année est retenue comme année de référence. Les
informations collectées auprès des populations des 8 villages échantillons correspondent donc
à celle de l’année 2010-2011.
28
étudiée. Cette revue de la littérature a été partagée lors de la session de formation prévue
avant la collecte des données primaires. Les données secondaires collectées portent
notamment sur la monographie de la zone, les productions agricoles et pastorales, les prix sur
les marchés.
Des entrevues séparées ont été conduites dans chacun des villages échantillons avec des
représentants des différents groupes socio-économiques dument désignés par les différentes
communautés villageoises. En général, 4 groupes se dégagent des entrevues communautaires :
29
les très pauvres, les pauvres, les moyens et les nantis. Chaque groupe est composé de trois
femmes et trois hommes qui ont le mandat de caractériser leur propre groupe
socioéconomique.
Au cours de cette entrevue, il était question de faire une analyse des risques, chocs, flexibilité
des populations à faire face aux différents chocs auxquels elles sont exposées et des stratégies
adoptées en réponse aux chocs.
Une base de données électronique (Excel) spécialement conçue pour les études HEA a permis
de stocker les données collectées et de faire les analyses nécessaires.
30