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Droit Bancaire Et Du Crédit

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UNIVERSITÉ PRIVÉE DE MARRAKECH

FACULTÉ DE MANAGEMENT ET DE GOUVERNANCE

LICENCE DROIT DES AFFAIRES – 3ème année (SEMESTRE 6)

DROIT BANCAIRE ET DU CRÉDIT

1
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
INTRODUCTION GÉNÉRALE

Le droit bancaire peut être défini comme étant l’ensemble des règles juridiques qui
règlementent le statut des établissements de crédit, ainsi que les l’activité de ceux-ci. En
d’autres termes, le droit bancaire est l’ensemble des dispositions juridiques qui gouvernent
l’exercice de l’activité commerciale des banques. Ces dispositions ne sont pas contenues dans
un seul texte, il n’existe pas de Code bancaire, et il faut dire que cette branche de droit fait
l’objet d’une inflation législative, et d’un éparpillement de textes législatifs. C’est à travers
ces règles que l’État d’intervient dans le secteur bancaire et donc dans l’économie du pays,
c’est pourquoi le droit bancaire est perçu comme une branche du droit économique 1. Le droit
bancaire est le droit de la règlementation des activités professionnelles habituelles des
établissements de crédit. C’est donc à la fois un droit des acteurs et un droit des activités2.

Il n’est plus à rappeler que les opérations bancaires sont considérées comme des actes
de commerce pas nature. En effet, tous les actes énumérés par l’article 6 du Code de
commerce marocain, dont la banque, le crédit et les transactions financières, sont des actes de
commerce par nature. Par conséquent, et en se basant sur la conception objective conférant la
qualité de commerçant à celui qui exerce l’une des activités citées à l’article 6 du Code de
commerce et ce, d’une manière habituelle et professionnelle, les établissements de crédit ont
également la qualité de commerçant. Ce caractère commercial des activités des établissements
de crédit emporte interdiction à certaines personnes d’exercer cette activité et exclut de son
champs certaines professions et fonctions.

Le droit bancaire est l’une des branches du droit les plus anciennes mais aussi l’une des
plus modernes. En effet la fonction de paiement et de crédit, consubstantielle à l’activité est
ancestrale. En outre c’est une matière vaste et complexe qui touche de près le commerce de
l’argent.

Ce précis aura pour ambition de traiter des questions relatives au cadre législatif et
règlementaire du secteur bancaire au Maroc, ainsi que celles relatives à l’activité des banques
(Partie I). Aussi, il ambitionne d’étudier les techniques propres aux instruments de crédit et de
paiements, entendus comme instruments bancaires (Partie II).

1
JEANTET, Aspects du droit économique, Mélange Hamel, p.33.
2
Thierry Bonneau, Droit bancaire, Delta Montchrestien, 2003, p. 5.

2
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
PARTIE 1 : CADRE JURIDIQUE ET EXERCICE DE L’ACTIVITÉ BANCAIRE

Les premières opérations bancaires, au Maroc, remontent à la deuxième moitié du 19 ème


siècle. En effet, l’Acte d’Algésiras, signé en 1906 par les délégués de douze pays européens,
des États-Unis d’Amérique et du Maroc, a institué la Banque d’État du Maroc qui verra
effectivement le jour à Tanger en 1907 sous forme de société anonyme, dont le capital était
reparti entre les pays signataires, à l’exception des États-Unis.

De même, il faut souligner que l’exercice de l’activité bancaire, qui n’était régi à cette
époque par aucun texte particulier, a été organisé pour la première fois en 1943, suite à la
promulgation du dahir du 31 mars de la même année relatif à la règlementation et à
l’organisation de la profession bancaire. Les modalités d’application de ce dahir ont été fixées
par l’arrêté du Directeur des Finances de la même époque, puis modifiées et complétées par
les arrêtés du 15 janvier 1954, du 17 janvier et du 16 avril 1955. Le champ d’application des
textes susvisés, qui ne concernait que la zone territoriale sous protectorat français, a été
étendu par les arrêtés du 14 août 1958 et du 31 mars 1960, respectivement à la zone sous
occupation espagnole, puis à la province de Tanger qui disposait d'un statut particulier.

Au lendemain de l’indépendance du Maroc en 1956, les bases d’un système bancaire


national ont été mises en place. Ainsi, la Banque du Maroc a été instituée par le dahir n° 1-59-
233 du 30 juin 1959 pour se substituer à la Banque d’État du Maroc et assurer la fonction de
Banque Centrale. Créée sous forme d’établissement public doté de la personnalité civile et de
l’autonomie financière, cette institution s’est vue confier le privilège de l’émission de la
monnaie fiduciaire, ainsi que la mission de veiller à la stabilité de la monnaie et de s’assurer
du bon fonctionnement du système bancaire.

La seconde étape importante de la mise en place et de la consolidation du système


bancaire marocain a débuté avec la promulgation du décret royal n° 1-67-66 du 21 avril 1967
portant loi relatif à la profession bancaire et au crédit, dont les principaux apports consistent
en une définition plus précise de l’activité des banques, la délimitation des attributions des
autorités de tutelle et de surveillance et l’institution d’une règlementation plus appropriée.

Ce cadre législatif historique, a permis au Royaume d’adopter des textes modernes et en


parfaite harmonie avec les impératifs d’un tel secteur (Titre 1). Cet état de fait rend compte
plus efficacement de la teneur de l’exercice de activité des banques (Titre 2).

3
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
TITRE 1 : LE CADRE JURIDIQUE RÉGLEMENTANT LE SECTEUR BANCAIRE

Le cadre juridique relatif au secteur bancaire marocain s’illustre par une panoplie de
sources législatives. En effet, l’activité bancaire au Maroc n’est pas régie par un seul et unique
texte législatif. Ces sources sont classées entre sources législatives au sens propre (Chapitre
1), et d’autres sources qui peuvent être nationales, ou internationales (Chapitre 2).

CHAPITRE 1
LES TEXTES DE LOIS RÉGISSANT LE SECTEUR BANCAIRE

Il convient de rappeler les textes anciens qui ont permis de jeter les bases du « droit
moderne bancaire » (Section 1), puis ceux qui sont de nos jours en vigueur et qui, s’activent à
réglementer l’activité bancaire (Section 2).

SECTION 1
LES LOIS ANCIENNES

Ce sont essentiellement la Loi bancaire du 6 juillet 1993 3 (§1), ainsi que celle du 14
février 20064 (§2).

§1- La loi du 6 juillet 1993

Le cadre institutionnel dans lequel les établissements de crédit exerçaient leurs activités
sous la loi de 1967, étant insuffisant pour les banques et ne concernant pas les sociétés de
financement, la réforme bancaire s’est tracée alors comme objectifs d’abord l’unification du
cadre juridique des banques, des organismes financiers spécialisés et des autres sociétés de
crédit, en les regroupant sous le vocable d’établissements de crédit. Un vocable qui prend en
compte la nature des activités et des opérations effectuées pour définir l’établissement de
crédit et lui reconnaitre cette qualité.

Cet objectif et cette volonté d’unifier le régime juridique des différents organismes
bancaires et para-bancaires et les soumettre au même contrôle de la part des autorités
monétaires, ainsi qu’aux mêmes conditions d’exercice de leurs activités, tout en diversifiant
les activités des établissements de crédit, s’adapte et adopte au Maroc pour la première fois ce
3
Le Dahir portant loi n°1-93-147 du 6 juillet 1993 relatif à l’exercice des activités des établissements de crédit et
à leur contrôle. Bulletin Officiel n°4210 du 7 juillet 1993, p. 333.
4
Dahir n ° 1-05-178 du 15 moharrem 1427 portant promulgation de la loi n ° 34-03 relative aux établissements
de crédit et organismes assimilés. B.O. n ° 5400 du 2 mars 2006.

4
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
qu’on appelle le principe de « l’universalité ». La qualité et la qualification d’établissement de
crédit s’imposent ainsi au Maroc grâce à la loi de 1993 et remplace définitivement la notion
restrictive et dépassée de « banque » utilisée par le Décret Royal du 21 avril 1967 5 (ancienne
loi bancaire).

Soumettre ces établissements de crédit à la loi bancaire est alors la plus importante des
conséquences de cette qualité. Ainsi selon l’article 11 de la loi du 6 juillet 1993 qui disposait
que : « sous réserve, le cas échéant, des dispositions législatives particulières qui leur sont
applicables et de celles de l’article 12 ci-après, toutes les entreprises considérées comme
établissements de crédit au sens de l’article premier et exerçant leur activité sur le territoire du
royaume du Maroc, sont soumises aux dispositions du présent dahir, quel que soit leur
caractère national, régional ou local et quels que soient le lieu de leur siège social, la
nationalité de leurs dirigeants ou celle des propriétaires de leur capital social ».
L’élargissement de cette notion d’établissement de crédit aux autres organismes et sociétés
grâce à la loi de 1993 a permis à ces établissements de dépasser la sphère des opérations de
banque et effectuer des opérations et des activités qui relèvent d’autres secteurs ou qui
accompagnent l’évolution de l’économie et de la technologie au plan national et international.

Parmi les innovations de la loi de 1993, signalons aussi quatre points importants :
- La définition pour la première fois de l’opération de crédit.
- La définition des moyens de paiement dont la gestion et la mise à disposition sont
considérées comme opérations de banque.
- L’introduction de nouvelles opérations dites connexes et annexes effectuées désormais par
les établissements de crédit.
- La définition de l’affacturage et du crédit-bail.

La loi de 1993, en introduisant le principe de l’universalité, a ainsi permis d’unifier le


régime juridique des établissements de crédit qui comprennent deux catégories : les banques
qui sont habilitées à effectuer toutes les opérations de banque et les sociétés de financement
qui ne peuvent accomplir que les opérations figurant dans leur décision d’agrément ou dans
leurs textes législatifs propres. L’unification du régime juridique a aussi permis de définir
pour la première fois au Maroc la notion d’établissement de crédit 6 qui tire cette qualité des
5
El Hadi Chaibainou, La nouvelle loi bancaire marocaine. Analyse et commentaire, Éditions Datapress,
Casablanca, 1993. p. 53.
6
L’Article premier de la loi de 2006 reprend ainsi la même définition : « Sont considérés comme établissements
de crédit les personnes morales qui exercent leur activité au Maroc, quels que soient le lieu de leur siège social,
la nationalité des apporteurs de leur capital social ou de leur dotation ou celle de leurs dirigeants et qui
effectuent, à titre de profession habituelle, une ou plusieurs des activités suivantes :
- la réception de fonds du public ;

5
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
opérations qu’il est habilité à effectuer et non le contraire. Ainsi l’exercice à titre de
profession habituelle de l’une de ces activités est seul en mesure de conférer à cet
établissement la qualité d’établissement de crédit et lui procurer l’agrément des autorités
monétaires du pays.
La nouvelle loi a aussi innové par la création de nouveaux organes de consultation et de
contrôle afin d’élargir la concertation entre autorités monétaires et établissements de crédit.
Ces organes sont le Conseil National de la Monnaie et de l’Épargne et le Comité des
Établissements de Crédit, la Commission de Discipline des Établissements de Crédit et enfin
les Associations Professionnelles.

§2- La loi bancaire du 14 février 2006

Cette loi est venue surtout consolider les orientations initiales de la loi de 1993 et
accroitre les pouvoirs de décision et de contrôle de Bank Al-Maghreb, les mesures
prudentielles et les règles de prévention des risques. La loi de 2006 maintient ainsi le principe
de l’universalité, insiste sur l’importance de l’élargissement de la concertation grâce au rôle
joué par les institutions de concertation et de contrôle, ainsi que les associations
professionnelles. Cette loi a surtout renforcé le rôle de contrôle qui incombe à Bank Al-
Maghrib. Cet accroissement des pouvoirs de décision et de contrôle de Bank Al-Maghrib par
la loi de 2006 se justifie par la montée des risques et la nécessité de les prévenir et de
surveiller et contrôler les autres acteurs dans le secteur. Si la loi de 1993 ne permettait à Bank
Al-Maghrib que le contrôle des banques et des sociétés de financement, la loi de 2006 a
étendu ce contrôle pour la première fois :
- aux services financiers de la poste (Caisse d’Épargne Nationale, Service des Comptes
Courants et des Chèques Postaux et Service des Mandats Postaux)
- à la Caisse de Dépôt et de Gestion C.D.G
- à la Caisse Centrale de Garantie C.C.G
- aux associations de micro-crédit
- aux banques offshore
- aux entreprises intermédiaires en matière de transferts de fonds
- aux entreprise effectuant le conseil et l’assistance en matière de gestion de patrimoine.

La loi bancaire de 2006 a aussi introduit comme règles prudentielles, deux autres
obligations pour les établissements de crédit :

- les opérations de crédit ;


- la mise à la disposition de la clientèle de tous moyens de paiement ou leur gestion. ».

6
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- Se doter d’un système de contrôle interne approprié qui vise à identifier, mesurer et
surveiller l’ensemble des risques qu’ils encourent et mettre en place des dispositifs permettant
de mesurer la rentabilité de leurs opérations7.
- Un devoir de vigilance qui concerne toute opération dont la cause économique ou le
caractère licite n’est pas apparent.

Parmi les innovations de la loi de 2006 notons aussi :


- Si la loi de 1993 interdisait aux sociétés de financement de recueillir du public des fonds à
vue ou d’un terme inferieur ou égal à 2 ans, la loi de 2006 par le biais de l’article 11 autorise
les sociétés de financement dans le cadre de leur agrément à recevoir désormais du public des
fonds d’un terme supérieur à un an.
- La loi de 2006 a étendu l’acceptation en matière judiciaire, des relevés de compte des
établissements de crédit à tous les clients des établissements de crédit contrairement à la loi de
1993 qui ne concernait que les clients commerçants. On trouve cette nouvelle mesure dans
l’article 118 de la loi bancaire qui prévoit qu’en « matière judiciaire, les relevés de comptes
établis par les établissements de crédit selon les modalités fixées par circulaire du Gouverneur
de Bank Al-Maghrib, après avis du comité des établissements de crédit, sont admis comme
moyens de preuve entre eux et leurs clients, dans les contentieux les opposant jusqu’à preuve
du contraire ».

La loi de 2006 a aussi mis un terme à l’application aux opérations de dépôts et de


crédits du taux légal des intérêts et du maximum des intérêts conventionnels fixés par le dahir
du 9 octobre 1913. Rappelons que le taux légal, fixé à 6% dans le dahir du 9 octobre 1913
était pris en considération par les tribunaux quand il n’y avait pas de contrat écrit ou lorsque
les établissements de crédit8 omettaient ou négligeaient de déterminer avec précision le taux
débiteur applicable dans les conventions de crédit les liant à leur clientèle. Certains auteurs9
reprochent toutefois à la loi de 2006 certaines lacunes parmi lesquelles le fait de ne pas
accorder la même importance aux relations entre les établissements de crédit et leur clientèle,
que révèlent :
- Les défauts d’une contractualisation systématique des services et des crédits bancaires.

7
Un contrôle interne que consolide l’article 77 de la loi 103.12 qui oblige les établissements de crédit, dans les
conditions fixées par circulaire du Wali de Bank Al-Maghrib, après avis du comité des établissements de crédit,
de se doter d’un système de contrôle interne approprié visant à identifier, mesurer et surveiller l’ensemble des
risques qu’ils encourent et de mettre en place des dispositifs qui leur permettent de mesurer la rentabilité de leurs
opérations.
8
Autrefois des banques et des sociétés de financement.
9
Berrada Mohamed Azzedine, Les techniques de banque, de crédit, et de commerce extérieur au Maroc, Secea,
5e édition, Casablanca 2007, p. 43.

7
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- Les carences relatives à l’information sur les tarifs bancaires.
- La non introduction de la médiation préalablement aux recours judiciaires10.
- L’absence d’institution de dispositions spécifiques régissant les relations
particulières entre les établissements de crédit et les entreprises en difficulté.

SECTION 2
LES TEXTES EN VIGUEUR

Il est possible de citer ici la loi 103-1211 considérée comme une évolution des lois de
1993 et de 2006 (§1). Aussi, le Code d commerce et la loi 31-08 édictant les mesures relatives
à la protection des consommateurs concernent également le secteur bancaire (§2).

§1- La nouvelle loi 103-12

Parmi les objectifs annoncés de cette nouvelle loi :


- Commercialiser au Maroc et donc réglementer les nouveaux produits de la finance
islamique.
- Financer l’économie et développer le secteur bancaire marocain au niveau régional et
international.
- Attirer des investisseurs moyen-orientaux.
- Dynamiser le marché bancaire marocain.
- Accroitre le taux de bancarisation de la population marocaine sceptiques vis-à-vis des autres
catégories d’établissements de crédit. Le taux de bancarisation aujourd’hui ne dépasse pas 56
%.
- Harmoniser la nouvelle loi bancaire avec d’autres textes législatifs dont la loi sur la
protection du consommateur, les lois sur la lutte contre le blanchiment et sur la concurrence,
et la loi relative à la protection des données privées.

Le Conseil Économique, Social et Environnemental estime que la nouvelle loi a comme


principaux apports :
- L'introduction de nouvelles dispositions relatives aux associations de micro-crédit et
banques offshore12. Tout en restant régies par leurs textes spécifiques, ces dernières seront

10
Introduite désormais grâce à l’article 158 de la nouvelle loi n° 103.12 relative aux établissements de crédit et
organismes assimilés du 25 novembre 2014 (BO 22 janvier 2015).
11
BO 22 janvier 2015.
12
La banque offshore est une banque qui se trouve à l'extérieur du pays de résidence du déposant, généralement
dans un pays qui procure des avantages financiers et juridiques, dont, une protection de la vie privée, une
imposition faible ou nulle etc.

8
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
soumises aux dispositions de la loi bancaire relatives à l’octroi et au retrait d’agrément, à la
réglementation prudentielle et comptable et au régime des sanctions;
- l'introduction du statut d’établissements de paiement habilités à effectuer des opérations de
paiement et englobant les sociétés de transfert de fonds régies par la loi en vigueur, et le
développement de dispositions relatives à la définition des conglomérats financiers et à leur
surveillance;
- l’introduction d'un cadre légal et règlementaire pour l'encadrement de l'activité de
commercialisation des produits et services de banques participatives dans le secteur bancaire
marocain;
- l'instauration d'un cadre de surveillance macro-prudentielle et de gestion des crises
systémiques et l'introduction de nouvelles règles de gouvernance du secteur bancaire;
- la mise en conformité de la loi bancaire avec d'autres textes législatifs par sa mise en
adéquation avec la loi sur la protection du consommateur, celles de lutte contre le blanchiment
et sur la concurrence, et celle relative à la protection des données privées;
- la mise en place de passerelles entre Bank Al-Maghrib et le Conseil de la Concurrence
concerné par les situations de fusions relatives aux établissements de crédit.

La nouvelle loi intègre ainsi au Maroc et définit le statut des banques islamiques,
appelées banques participatives comme en Turquie. Le contrôle et la supervision de ces
banques sont confiés au Conseil supérieur des oulémas.

§2- Le Code de commerce de 1996, et la loi 31-08 édictant les mesures de protection
des consommateurs

Le droit bancaire est généralement scruté comme une branche du droit commercial. Ce
rattachement est justifié par l’article 6 du code de commerce qui juge acte de commerce « les
opérations de banque ». Il en résulte que les établissements de crédit sont des commerçants
puisqu’ils accomplissent, à titre de profession habituelle, des opérations de banque.

On peut résumer l’apport et les innovations du Code de Commerce au niveau bancaire


et financier comme suit :
- Le Code de Commerce a consacré un titre entier aux contrats bancaires 13 qui facilitent ou
permettent certaines opérations bancaires ou de crédit, devenues indispensables aujourd’hui
comme ouvrir un compte en banque, le virement, l’escompte etc.

13
V. C. com., Titre VII du livre IV. Les articles de 487 à 544.

9
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- Le Code de Commerce a adopté les nouveaux moyens de paiement utilisant la nouvelle
technologie et l’informatique comme les cartes bancaires et les transferts télématiques14.
- Le Code de Commerce a aussi et surtout consacré plusieurs articles à d’autres contrats
devenus très fréquents aujourd’hui en pratiques bancaires comme le crédit-bail mobilier et
immobilier15.
Sans oublier enfin les dispositions et les mesures concernant le chèque développées avec les
effets de commerce16.

La loi 31-08 édictant des mesures protectrices du consommateur. Cette loi est entrée en
vigueur le 7 avril 2011 , date de sa publication au bulletin officiel, a consacré de nombreuses
règles nouvelles visant à renforcer la protection des consommateurs, à consolider leurs droits
fondamentaux et à promouvoir la culture consumériste. Cette loi n’a pas ignoré le
consommateur des produits bancaire puisqu’elle lui a consacré des dispositions le protégeant
contre les abus des banquiers. Ces règles concernent l’information du consommateur, sa
protection contre les clauses abusives, sa protection en matière de publicité, de contrats
conclus à distance, de démarchage, l’abus de faiblesse et le crédit à la consommation.

CHAPITRE 2
LES AUTRES SOURCES DU DROIT BANCAIRE.

Ces sources sont soit nationales (Section 1), soit internationales (Section 2).

SECTION 1
LES SOURCES NATIONALES

Ces textes concernent les décrets d’application de la loi bancaire , les arrêtés du ministre
chargés des finances et les circulaires de Bank-Al- Maghrib. Cependant, se pose la question
de la valeur juridique des circulaires du gouverneur de Bank-Al-Maghrib

§1- Les textes réglementaires et les circulaires

En droit français les circulaires sont des textes explicatifs d’une loi, d’un décret ou d’un
arrêté, et par conséquent, elles ne sont pas une source du droit. Ce n’est
qu’exceptionnellement, et uniquement à l’occasion d’un recours contentieux, que le conseil

14
V. C. com., Titre IV du livre III. Les articles de 329 à 333.
15
Traité dans le titre V. les articles de 431 à 442.
16
V. Livre III du code de commerce. Les articles de 159 à 333.

10
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
d’État peut juger qu’une circulaire a une valeur réglementaire . Il en va autrement au Maroc
puisque les circulaires de Bank-Al-Maghrib ne se limitent pas à interpréter la loi mais plutôt à
combler les lacunes, expliquant ainsi l’inflation qui affecte le nombre des circulaires de Bank-
Al-Maghrib17. Concernant l’opposabilité des circulaires, la jurisprudence marocaine a eu
l’occasion de statuer sur cette question précisant ainsi qu’elles ne sont pas opposables aux
tiers.

Quant à la valeur juridique des circulaires de Bank-al-Maghrib, l’article 24 de la loi


103-12 en a affermi la force en tant que source de droit, édictant ainsi que « Les circulaires du
wali de Bank Al-Maghrib prises en application de la présente loi et des dispositions
législatives et réglementaires en vigueur sont publiées au Bulletin Officiel après homologation
par arrêtés du ministre chargé des finances ». Désormais, les circulaires doivent êtres
homologuées et publiées au Bulletin Officiel. A ce titre la jurisprudence pourra contribuer à la
consécration de ce principe, ce qui tend à présager de l’opposabilité éventuelle de la circulaire
aux tiers.

§2- La jurisprudence et les usages bancaires

La jurisprudence joue un rôle important dans l’évolution du droit bancaire, non


seulement pour interpréter les textes mais également pour créer en dehors de tout texte le
régime juridique de certaines opérations, ainsi a-t-elle reconnu force obligatoire au
mécanisme du compte courant. Elle est à l’origine de certains devoirs imposés au banquier
dans sa relation avec la clientèle, comme le célèbre devoir d’information et le devoir de mise
en garde.

L’usage en droit bancaire se confond avec l’usage commercial en général. Cette


situation particulière explique, la large influence des normes bancaires spontanées en la
matière et en explique la pérennité. Incontestablement, les usages bancaires d’aujourd’hui
sont les descendants des usages d’autrefois qui, dès le XIIe siècle, résultaient de la rencontre
entre commerçants dans les foires. Les usages bancaires jouent un rôle important en matière
bancaire. Nés de la pratique bancaire, ils sont multiples et concernent tant les relations des
établissements de crédit entre eux que leurs relations avec les clients.

Parmi les usages en vigueur, on peut citer celui des dates de valeur ou celui consistant à
retenir une année de 360 jours pour le calcul des intérêts de prêts accordés à des
professionnels. Certains usages sont désormais adoptés par la loi. Ainsi en est-il de l’usage
17
Il est possible de citer en effet la circulaire C N°15/W/16 du 18 juillet 2016 fixant les conventions types
précisant les clauses minimales du compte à vue, à terme, et de compte titres.

11
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
suivi par les banques de respecter un préavis en cas d’interruption d’un crédit consenti à durée
indéterminée. D’autres usages sont consacrés par la jurisprudence ; ainsi en est-il de la
protection du banquier escompteur .

Les usages s'appliquent entre banques sans restriction, la question de leur application
aux clients est plus délicate. Les usages bancaires ont une force uniquement dans les rapports
entre professionnels, la banque peut sans difficulté se prévaloir de l’usage en cause dans la
mesure où les parties au litige sont deux professionnels . Les usages ne sont pas directement
opposables aux clients des banquiers. Leur opposabilité dépend de la connaissance que le
client a des usages en cause. Le contenu de ces usages est parfois établi, en cas de litige, au
moyen d’un parère qui est un certificat délivré par un organisme professionnel (comme
l’Association française des banques).

SECTION 2
LES SOURCES INTERNATIONALES

Ces sources concernent à la fois les opérations bancaires et la surveillance des


établissements de crédit. L’activité des opérations bancaires a fait l’objet d’un certain nombre
de conventions internationales, telles que :
- La convention de Rome du 19 juin 1980 : sur la loi applicable aux obligations contractuelles
internationales. Elle concerne tous les contrats et a une portée qui dépasse l’activité bancaire.
- Les deux Conventions de Genève des 7 juin 1930 et 19 mars 1931. Celles-ci sont spécifiques
à l'activité bancaire et posent des règles matérielles. Ces dispositions ont été intégrées au code
de commerce, elles concernent les effets de commerce (La lettre de change et le chèque).
- Les deux Conventions d’Unidroit d’Ottawa du 28 mai 1988. Elles portent sur le crédit-bail
international et l'affacturage international que le Maroc a ratifié en 1988 .

On note également que les sources du droit bancaire s'internationalisent aussi par
l’adoption de normes professionnelles. Il s'agit surtout de recommandations et de contrats
types. Elles émanent par exemple du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire. Il est chargé
d’assurer une coopération en matière de surveillance bancaire. Créé en 1974 par les
gouverneurs des banques centrales des pays du groupe des dix, et actuellement composé de 27
membres, il regroupe les autorités de surveillance prudentielles et les banques centrales des
pays du groupe des Dix dits G10 et constitue une instance permanente de coopération en
matière de surveillance bancaire. Il est composé de hauts représentants des autorités de

12
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
contrôle bancaire et des banques centrales des pays suivants : Allemagne, Belgique, Canada,
Espagne, États-Unis, France, Italie, Japon, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, et
Suisse.

TITRE 2 : EXERCICE DE L’ACTIVITÉ BANCAIRE

Après l’unification du cadre juridique des banques commerciales et des autres


organismes et établissements à statut légal spécial dont nous verrons la consistance, afin de
mieux se renseigner sur ces acteurs (Chapitre 1), nous verrons par suite les activités de ceux-
ci (Chapitre 2).

CHAPITRE 1
LES ACTEURS

Ce sont les établissements de crédit (Section 1), les organismes assimilés, et les banques
participatives (Section 2). Cette dernière catégorie a été intégrée pour la première fois par la
loi 103-12.

SECTION 1
LES ÉTABLISSEMENTS DE CRÉDIT

§1- La qualité d’établissement de crédit

Les lois de 1993 et de 2006 ont le mérite d’avoir introduit une définition d’un
établissement de crédit à travers les opérations de banque qu’il peut effectuer. Le premier
article de la nouvelle loi n° 103.12 reprend cette définition : « Sont considérés comme
établissements de crédit les personnes morales qui exercent leur activité au Maroc, quels que
soient le lieu de leur siège social, la nationalité des apporteurs de leur capital social ou de leur
dotation ou celle de leurs dirigeants et qui effectuent, à titre de profession habituelle, une ou
plusieurs des activités suivantes :
- la réception de fonds du public ;
- les opérations de crédit ;
- la mise à la disposition de la clientèle de tous moyens de paiement, ou leur
gestion.».

13
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le législateur marocain maintient ainsi la conception objective 18 retenue par les lois de
1993 et 200619. C’est l’accomplissement à titre de profession habituelle de l’une des
opérations de banque prévues par la loi qui confère à la personne morale qui l’exerce la
qualité d’établissement de crédit.

§2- La distinction entre les établissements de crédit

Aux termes de l’article 10 de la nouvelle loi n° 103.12, on distingue entre deux


catégories d’établissements de crédit, qui sont unis par le même cadre juridique depuis 1993:
les banques (1) et les sociétés de financement (2). Ces banques et ces sociétés de financement
peuvent être classées par Bank Al-Maghrib en sous-catégories, en fonction des opérations
qu’elles sont autorisées à effectuer et de leur taille.

A- Les banques

Les banques au Maroc sont généralement soit des banques privées comme Attijari Wafa
Bank, soit des établissements bancaires à caractère public ou semi-public comme le Crédit
Agricole du Maroc, etc. La loi autorise toutes ces banques à exercer outre les opérations de
banque par nature (réception des fonds du public, opérations des crédits, gestion et mise à
disposition des moyens de paiements), des opérations connexes et annexes, et procéder à des
prises de participation. L’article 12 de la nouvelle loi n° 103.12 permet aux banques qui sont
seules à pouvoir être habilitées à recevoir du public des fonds à vue ou d’un terme égal ou
inférieur à deux ans, d’être agréées en vue d’exercer toute ou partie des activités visées aux
articles 1, 71 et 16 de ladite loi.

B- Les sociétés de financement

Ce sont des sociétés soumises depuis 1993 au droit bancaire marocain et au contrôle de
Bank Al Maghrib dans le cadre du principe de l’unification et de l’universalité. L’article 13 de

la nouvelle loi n°103.12 n’autorise les sociétés de financement à exercer, parmi les
activités visées à l’article premier et aux paragraphes 2 à 5 de l’article 7, que celles précisées
dans les décisions d’agrément qui les concernent ou, éventuellement, dans les dispositions
législatives ou règlementaires qui leur sont propres. Toutefois, selon les termes de l’article 14,
par dérogation aux dispositions de l’article 12, ces sociétés peuvent être agréées, elles aussi,

18
On trouve dans cette notion la même conception objective du droit commercial pour qui l’acte de commerce
est le fondement pour remonter à la personne qui l’effectue.
19
Ces deux lois ne liaient plus les opérations de dépôts et de crédit et leur exercice simultané pour être considéré
comme un établissement de crédit.

14
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
dans les formes et les conditions prévues à l’article 34, à recevoir du public des fonds d’un
terme supérieur à un an.

Il y a deux catégories de sociétés de financement, celles dont les opérations sont


limitées par des dispositions législatives ou règlementaires propres, ou celles dont l’activité
est précisée dans leur agrément. Les premières sont des sociétés constituées sous forme d’une
société anonyme à capital fixe et qui doivent après la loi de 1993 être agréées en tant que
sociétés de financement. Parmi ces sociétés on trouve surtout la Caisse Marocaine des
Marchés, créée par arrêté du Directeur des Finances du 29 aout 1950 modifié par arrêté du
Ministre des Finances du 12 juin 1964, comme une société anonyme de droit privé, et dont
l’objet est le financement des entreprises ayant des marchés publics de travaux ou de
fournitures. Les secondes sont généralement des sociétés de crédit à la consommation, de
crédit-bail mobilier et immobilier, des sociétés de cautionnement mutuel, d’affacturage, de
crédits d’équipement, de capital risque et d’investissement etc.

SECTION 2
LES ORGANISMES ASSIMILÉS ET LES BANQUES PARTICIPATIVES

§1- Les organismes assimilés

Selon l’article 11 de la loi 103.12, les établissements de paiement, les associations de


micro-crédit20, les banques offshore21, les conglomérats financiers22, les compagnies
financières23, la Caisse de Dépôt et de Gestion et la Caisse Centrale de Garantie sont
désormais considérés comme organismes assimilés aux établissements de crédit.

Les établissements de paiement introduits la première fois par la nouvelle loi, sont selon
les articles 15 et 16, ceux qui offrent un ou plusieurs des services de paiement suivants24 :
20
Les associations de microcrédit sont des institutions de microfinance qui octroient des prêts de faible montant
à des entrepreneurs ou à des artisans qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques.
21
La banque offshore est une banque qui se trouve à l'extérieur du pays de résidence du déposant, généralement
dans un pays qui procure des avantages financiers et juridiques, dont, une protection de la vie privée, une
imposition faible ou nulle etc.
22
Selon l’article 21, constitue un conglomérat financier, tout groupe remplissant les trois conditions suivantes :
- être placé sous contrôle unique ou influence notable d’une entité du groupe ayant son siège social ou activité
principale au Maroc ;
- deux au moins des entités du groupe doivent appartenir au secteur bancaire et/ ou au secteur de l’assurance et/
ou relèvent du secteur du marché des capitaux ;
- les activités financières exercées par le groupe sont significatives.
23
Les compagnies financières, selon l’article 20, sont les sociétés qui ont pour filiales, exclusivement ou
principalement, un ou plusieurs établissements de crédit.
24
Toutefois Ne sont pas considérés comme services de paiement, les opérations de paiement effectuées par :
- un chèque tel que régi par le Code de commerce ;
- une lettre de change tel que régi par le Code de commerce ;
- un mandat postal émis et / ou payé en espèces ;

15
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- les opérations de transfert de fonds ;
- les dépôts et les retraits en espèces sur un compte de paiement ;
- l’exécution d’opérations de paiement par tout moyen de communication à distance, à
condition que l’opérateur agisse uniquement en qualité d’intermédiaire entre le payeur et le
fournisseur de biens et services ;
- l’exécution de prélèvements permanents ou unitaires, d’opérations de paiement par carte et
l’exécution de virements, lorsque ceux-ci portent sur des fonds placés sur un compte de
paiement qui est tout compte détenu au nom d’un utilisateur de services de paiement et qui est
exclusivement utilisé aux fins d’opérations de paiement.

Ces établissements peuvent aussi, dans le respect des dispositions législatives et


règlementaires en vigueur, exercer les opérations de change. Toutefois, ne sont pas soumis
aux dispositions de la nouvelle loi selon l’article 23 :
- Bank Al-Maghrib ;
- la Trésorerie générale du Royaume ;
- le Service de Mandats Postaux ;
- les entreprises d’assurances et de réassurance régies par la loi n°17-99 portant code des
assurances et les organismes de prévoyance et de retraite ;
- les organismes à but non lucratif qui, dans le cadre de leur mission et pour des raisons
d’ordre social, accordent sur leurs ressources propres des prêts à des conditions préférentielles
aux personnes qui peuvent en bénéficier en vertu des statuts de ces organismes ;
- le Fonds Hassan II pour le développement économique et social régi par la loi n° 36-01 ;
- les institutions financières internationales et les organismes publics de coopération étrangers
autorisés par une convention conclue avec le gouvernement du Royaume du Maroc à exercer
une ou plusieurs opérations visées à l’article.

§2- Les banques participatives

Aux termes de l’article 54, sont considérées comme banques participatives les
personnes morales habilitées25 à exercer à titre de profession habituelle les activités suivantes :
Les activités de l’article 1 :
- la réception de fonds du public ;
-les opérations de crédit ;
- la mise à la disposition de la clientèle de tous moyens de paiement, ou leur gestion.

- tout autre titre similaire sur support papier.


25
La loi autorise ces banques à exercer dans les mêmes conditions prévues à l’article 54, les opérations prévues
aux articles 7, 8, 9 et 16.

16
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Les activités de l’article 55 :
- recevoir du public des dépôts d’investissement dont la rémunération est liée aux résultats des
investissements convenus avec la clientèle.

Les dépôts d’investissement étant des fonds recueillis par les banques participatives auprès de
leur clientèle en vue de leur placement dans des projets et selon des modalités convenus entre
les parties.
Les activités de l’article 58 :
- procéder au financement de la clientèle à travers divers produits qui appartiennent à la
finance islamique dont la Mourabaha, l’Ijara etc. Les caractéristiques techniques de ces
produits ainsi que les modalités de leur présentation à la clientèle sont fixées par circulaire du
wali de Bank Al-Maghrib, après avis du comité des établissements de crédit et avis conforme
du Conseil supérieur des Ouléma visé à l’article 62.

Toutefois ces activités et opérations ne doivent pas impliquer la perception et / ou le


versement d’intérêt.

CHAPITRE 2
LES ACTIVITÉS DES ÉTABLISSEMENTS DE CRÉDIT

Les établissements de crédit sont des personnes morales qui exercent leur activité au
Maroc, quels que soient le lieu de leur siège social, la nationalité des apporteurs de leur
capital social ou de leur dotation ou celle de leurs dirigeants et qui effectuent, à titre de
profession habituelle, une ou plusieurs opérations que nous allons citer (Section 1). Aussi,
allons-nous citer les contrats bancaires usuels (Section 2).

SECTION 1
L’ÉNUMÉRATION DES ACTIVITÉS BANCAIRES

Les établissements exercent une de ces trois opérations par nature : la réception de fonds
du public (§1), les opérations de crédit (§2) et la mise à la disposition de la clientèle de tous
moyens de paiement, ou leur gestion (§3).

§1- La réception des fonds du public

Aux termes de l’article 13 de la loi 103.12, les banques sont seules à pouvoir être
habilitées à recevoir du public des fonds à vue ou d’un terme égal ou inférieur à deux ans,

17
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
alors que les sociétés de financement ne peuvent être agréées à recevoir du public des fonds
que d’un terme supérieur à un an selon l’article 14.

Qu’est-ce qu’un fonds ? Sont considérés comme fonds reçus du public aux termes de
l’article 2 de la loi 103.12, les fonds qu'une personne recueille de tiers sous forme de dépôt ou
autrement, avec le droit d'en disposer pour son propre compte, à charge pour elle de les
restituer.

Sont donc assimilés aux fonds reçus du public :


- les fonds déposés en compte à vue, avec ou sans préavis, même si le solde du compte peut
devenir débiteur ;
- les fonds déposés avec un terme ou devant être restitués après un préavis ;
- les fonds versés par un déposant avec stipulation d’une affectation spéciale, si
l’établissement qui a reçu le dépôt ne le conserve pas en l’état, à l’exception des fonds versés
auprès des sociétés légalement habilitées à constituer et gérer un portefeuille de valeurs
mobilières ;
- les fonds dont la réception donne lieu à la délivrance, par le dépositaire, d’un bon de caisse
ou de tout billet portant intérêt ou non26.

Dans cette opération ou activité, il y a un fonds reçu d’un tiers appelé « public ». Ce
tiers est généralement défini comme toute personne physique ou morale commerçante ou
particulière autre que celle qui reçoit les fonds. La remise des fonds peut prendre diverses
formes (dépôt, prêt etc.) et qui peut être directe sous forme de versement d’espèces, d’ordre
de virement etc., ou indirecte sous forme de mandat de recouvrement de créance. Il y a aussi
une obligation de restitution, c'est-à-dire que la personne qui reçoit les fonds du public, qui est
généralement une banque, a l’obligation de les restituer selon la volonté de ce tiers. Et un
droit de la personne qui reçoit les fonds d’en disposer pour son propre compte, à charge pour
elle comme cela a été dit de les restituer27.

26
Ne sont pas considérés comme fonds reçus du public selon l’article 2 :
-les sommes laissées en compte, dans une société, par les associés en nom, les commanditaires et les
commandités, les associés, les gérants, les administrateurs, les membres du directoire ou du conseil de
surveillance et les actionnaires, détenant 5 % au moins du capital social ;
-les dépôts du personnel d’une entreprise lorsqu’ils ne dépassent pas 10 % de ses capitaux propres ;
-les fonds provenant de concours d’établissements de crédit et des organismes assimilés visés à l’article 11;
- les fonds inscrits dans les comptes de paiement prévus à l’article 16.
27
Ce qui exclut de ces opérations bien entendu les subventions ou les aides non remboursables, les dons et les
libéralités.

18
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
§2- La distribution de crédits

Si les banques ont l’exclusivité de recevoir des fonds du public 28, la distribution de
crédit est une activité que se partagent tous les établissements de crédit, à savoir, les banques
et les sociétés de financement. L’article 3 de la loi 103.12 reprend la définition de l’opération
de crédit comme énoncée la première fois par la loi de 1993. Ainsi on désigne par une
opération de crédit tout acte, à titre onéreux, par lequel une personne :
- met ou s’oblige à mettre des fonds à la disposition d’une autre personne, à charge pour celle-
ci de les rembourser ;
- ou prend, dans l’intérêt d’une autre personne, un engagement par signature sous forme
d’aval29, de cautionnement ou de toute autre garantie.

En même temps sont assimilées à des opérations de crédit :


- les opérations de crédit-bail et de location avec option d’achat et assimilées;
- les opérations d’affacturage ;
- les opérations de vente à réméré d’effets et de valeurs mobilières et les opérations
de pension telles que prévues par la législation en vigueur.

Cet article nous propose en réalité deux catégories de crédit : des opérations de crédit
par nature (A) et des opérations de crédit par assimilation (B).

A- Les opérations de crédit par nature

Il s’agit de tout acte par lequel une personne met ou s’oblige à mettre des fonds à la
disposition d’une autre. Cette opération peut être à court, moyen ou long terme.

Un acte qui est accompli à titre onéreux, c'est-à-dire que la personne qui met ou
s’oblige à mettre des fonds à la disposition d’une autre personne ou prend dans l’intérêt de
celle-ci un engagement par signature, perçoit une rémunération. Cette rémunération est
directe, et revêt généralement la forme de versement d’intérêt, d’agios, de commissions...

B- Les opérations de crédit par assimilation

Sont donc assimilées à des opérations de crédit aux termes de l’article 3 :


- les opérations de crédit-bail et de location avec option d’achat et assimilées;
28
Les sociétés de financement peuvent être agréées à recevoir du public des fonds d’un terme supérieur à un an
selon l’article 14.
29
Garantie donnée sur une lettre de change, un billet à ordre ou un chèque. L’aval doit en principe indiquer pour
le compte de qui il est donné. Le donneur d’aval devient garant du paiement de l’effet de commerce. Il devra
donc l’honorer si, à l’échéance, la personne pour le compte de qui l’aval a été donné se dérobe à son obligation.

19
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- les opérations d’affacturage ;
- les opérations de vente à réméré d’effets et de valeurs mobilières et les opérations de
pension telles que prévues par la législation en vigueur.
Le législateur ne fait ainsi que suivre et faire entrer dans le champ de la législation des
opérations et des pratiques déjà très répandues dans la profession bancaire. Rappelons que les
banquiers ne cessent d’innover et de proposer de nouveaux produits et formules qui imposent
au législateur de suivre, laissant la doctrine souvent en retard.

§3- La mise à disposition de la clientèle de tous moyens de paiement et leur gestion

La révolution technologique et informatique a permis aux banquiers et aux


professionnels du crédit d’utiliser et de proposer de nouveaux instruments de paiement 30 plus
sophistiqués et permettant une rapidité sans précédent dans certaines opérations devenues
aujourd’hui indispensables pour les entreprises et les particuliers. Les banquiers voulant ainsi
améliorer les services rendus aux clients et réduire en même temps les couts de gestion des
moyens de paiement. On parle désormais de la monétique ou de monnaie électronique qui est
un ensemble de techniques informatiques, magnétiques, électroniques et télématiques qui
permettent l’échange de fonds sans support papier et implique une relation tripartite entre les
banques, les commerces et les consommateurs.

Selon l’article 6 de la loi 103.12 « Sont considérés comme moyens de paiement, tous les
instruments qui, quel que soit le support ou le procédé technique utilisé, permettent à toute
personne de transférer des fonds. ». La monnaie électronique est considérée également
comme un moyen de paiement. L’article 6 la définit comme étant toute valeur monétaire
représentant une créance sur l'émetteur, qui est:
- stockée sur un support électronique ;
- émise contre la remise de fonds d'un montant dont la valeur n'est pas inferieure à la valeur
monétaire émise ;
- et acceptée comme moyen de paiement par des tiers autres que l'émetteur de la monnaie
électronique.

En consacrant ces nouveaux moyens de paiement depuis 1993, le législateur marocain a


voulu suivre les développements rapides de ces moyens de paiement et en même temps
contrôler l’évolution de ces opérations et leurs risques afin de protéger les déposants.

30
Nous connaissons déjà̀ les moyens de paiement classiques comme le chèque, les effets de commerce etc.

20
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
L’outil favori de la monétique est ce qu’on appelle une carte bancaire, qui peut être une
carte de crédit, de paiement, de retrait etc. Au début symbole de l’appartenance à une certaine
classe, la carte bancaire semble aujourd’hui plus généralisée surtout avec le souci de la
bancarisation et de l’accès aux services financiers pour tout le monde. L’utilisation de plus en
plus des cartes bancaires1 a nécessité l’ouverture de centaines de guichets automatiques à
travers tout le pays et ceci avant même que le législateur marocain n’intervient pour
réglementer cette technique profitant au début d’un vide législatif et réglementaire inquiétant.

Rappelons enfin, concernant les activités des établissements de crédit, qu’il est interdit
aux termes de l’article 18 de la loi 103.12, à toute personne non agréée en qualité
d'établissement de crédit ou d’établissement de paiement d'effectuer, à titre de profession
habituelle, ces mêmes opérations. Toutefois, toute personne peut pratiquer les opérations
suivantes sans être considérée comme un établissement de crédit :
- consentir à ses contractants, dans l’exercice de son activité professionnelle, des délais ou des
avances de paiement, notamment sous forme de crédit commercial;
- conclure des contrats de location accession à la propriété immobilière;
- procéder à des opérations de trésorerie avec des sociétés ayant avec elle, directement ou
indirectement, des liens de capital conférant à l’une d’elles un pouvoir de contrôle effectif sur
les autres sociétés ;
- émettre des valeurs mobilières ainsi que des titres de créances négociables sur un marché
règlementé ;
- consentir des avances sur salaires ou des prêts à ses salariés pour des motifs d’ordre social ;
- émettre des bons et des cartes délivrées pour l’achat, auprès d’elle, de biens ou de services
déterminés dans les conditions et suivant les modalités fixées par circulaire du wali de Bank
Al-Maghrib, après avis du comité des établissements de crédit ;
- prendre ou mettre en pension des valeurs mobilières inscrites à la cote de la bourse des
valeurs, des titres de créances négociables ou des valeurs émises par le Trésor ;
- remettre des espèces en garantie d’une opération de prêt de titres régie par les dispositions
de la loi n° 45- 12 relative au prêt de titres.

21
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
SECTION 2
LES CONTRATS BANCAIRES USUELS

§1- Le compte en banque


Matériellement, le compte est un tableau synoptique (global) des créances et des dettes
réciproques de deux personnes (la banque et son client) appelés « correspondants ». Donc,
l'ouverture d'un compte, traduit l'existence d'une convention sur le règlement des créances et
des dettes qui pourront naitre entre correspondants. En cas de pluralité de comptes ouverts au
nom du même client dans une agence ou dans plusieurs agences d'un même établissement
bancaire, chacun de ces comptes fonctionne indépendamment des autres, sauf stipulation
contraire (article 489 C.com).

A- Rôle du compte en banque, et ouverture de compte bancaire

I- Le rôle du compte en banque

Le rôle du compte comme instrument de commerce de banque est triple :

1- Le compte est un instrument bancaire : le compte constate les opérations et en


exprime le résultat (créance ou dette) par des chiffres. Chaque opération se traduit par un
article de compte (article de crédit si le client de la banque est créancier de cette dernière,
article de débit s’il est débiteur), article qui contribue à la formation d'un nouveau solde
provisoire indiquant à tout moment la position créditrice ou débitrice du client. Ainsi, le
compte assure, en même temps que la provision, la figuration numérique et le résultat
arithmétique des opérations intervenues.

2- Le compte en banque est un instrument de règlement : le compte courant et le


compte de dépôt sont des instruments de règlement. Les créances sont payées par leur
inscription en compte.

3- Le compte en banque est un instrument de garantie pour la banque : le compte


est tout d'abord un instrument de garantie pour les créances qui y sont inscrites. Cette garantie
réside dans la compensation qui se produit entre articles de crédit et articles de débit ; elle est
inhérente au mécanisme du compte.

Dans le compte de dépôt, cette garantie, si elle est toujours attachée au mécanisme du
compte, passe inaperçue, le compte étant généralement toujours créditeur ; elle n'est pas un

22
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
élément de la convention liant les parties. Enfin, le compte peut être aussi un instrument de
garantie pour les soles d'autres comptes. Si le solde créditeur d'un compte peut être compensé
avec le solde débiteur d'un autre compte, on peut dire qu'il sert de garantie à ce dernier.

II- L’ouverture du compte bancaire


La banque enregistre, sur le compte de son client, toutes les opérations effectuées par
celui-ci, de la même façon que le particulier note ses recettes sur son livre de compte. Elle
inscrit dans une colonne appelée « crédit », toutes les sommes que son client lui remet ou
qu'elle reçoit d'autres personnes, pour le compte de son client. Elle inscrit dans une autre
colonne appelée « débit », toutes les sommes qu'elle prélève du compte de son client, soit
pour les lui verser, soit pour les remettre à un tiers désigné par ce client.

Traditionnellement, cette inscription se faisait sur une fiche cartonnée (position). Mais
les banques font actuellement appel à l’électronique, ce qui entrains le remplacement de ce
support par des bandes ou des disques magnétiques.

La différence entre le total des sommes portées au crédit et le total des sommes portées
au débit s'appelle le « solde du compte ». Lorsque le total du crédit est supérieur au total du
débit, le compte a un solde créditeur : ce solde constitue l’avoir du client chez la banque.
Cependant, dans la situation contraire (débit supérieur au crédit), le solde serait débiteur.
Mais, sauf autorisation de la banque, le particulier ne peut pas retirer plus qu'il ne possède à
compte : il ne doit jamais rendre le solde de son compte débiteur.

1- La connaissance préalable du client.


Avant d'ouvrir un compte à un particulier, la banque doit connaitre son identité, et
savoir si la loi le reconnait apte à accomplir des actes et à prendre des engagements, autrement
dit, s’il est capable. En effet, sauf certains cas bien déterminés, il faut avoir la capacité civile
pour se faire ouvrir un compte en banque. La banque garde le droit de refuser l'ouverture d'un
compte à toute personne, même pleinement capable, si elle a de mauvais renseignements sur
elle.

Pour prouver l’authenticité des renseignements concernant son identité, le particulier


présente à la banque une pièce officielle ; habituellement c'est la Carte d'identité Nationale, et
à défaut, un passeport ou un permis de conduire. L'important est que sur ce document, qui
précise l’identité complète de l'intéresse, soit apposée une photo.

Sur la pièce présentée, la banque relève :


- les nom et prénoms de son client,

23
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- ses lieu et date de naissance,
- sa nationalité
- son adresse.

Elle peut, de plus, se faire préciser par son client, la profession qu'il exerce et sa
situation de famille (célibataire, marié, veuf, divorce, avec ou sans enfants ...), ces
renseignements pouvant lui être utiles par la suite, par exemple, quand elle aura à examiner
une demande de crédit faite par ce client.

En ce qui concerne les personnes morales, la forme et la dénomination sociale, l’adresse


du siège, l'identité et les pouvoirs de la ou des personnes physiques habilitées à effectuer des
opérations sur le compte, ainsi que le numéro d'inscription à l’impôt sur les sociétés, au
registre du commerce ou à l’impôt des patentes. Les caractéristiques et les références des
documents présents sont enregistrées par l’établissement.

2- L’ouverture proprement dite du compte

Toute ouverture d'un compte vue ou terme ou d'un compte titres doit faire l'objet d'une
convention écrite entre le client et son établissement de crédit dont une copie est remise au
client. Une convention type précisant les clauses minimales de la convention de compte, est
fixée par circulaire31 du Wali de Bank Al-Maghrib, après avis du comité des établissements de
crédit.

Le compte est ouvert au nom du client, qui en devient le titulaire. Tous les
renseignements concernant l'identité, la situation de famille et la profession du titulaire du
compte, sont inscrits sur une carte (un fichier). La banque demande, en outre, à son client, de
déposer sa signature sur cette carte. Ce spécimen de signature, a une grande importance pour
la banque, car il lui permet de contrôler que c'est bien son client qui a signé tous les
documents, lettres ou instructions qu'il lui enverra.

La banque enregistre toutes les ouvertures de compte sur un livre d'ouverture de


compte, au fur et mesure et sous un numéro d'ordre. C'est ce numéro d'ordre qui est attribué
au compte et qui devient le numéro de compte. Ce numéro permet d'éviter les erreurs de
personnes en cas d'homonyme, et facilite aussi le travail de la banque, car un classement
numérique est plus commode qu'un classement alphabétique. II est devenu indispensable,
depuis que les banques emploient des machines électroniques pour enregistrer les opérations

31
V. circulaire C N°15/W/16 du 18 juillet 2016 fixant les conventions types précisant les clauses minimales du
compte à vue, à terme, et de compte titres.

24
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
dans les comptes. II est reproduit sur les relevés d'identité bancaire que les banques remettent
à leurs clients.

Il est de principe que c'est avec le titulaire du compte que la banque traite, et c'est
seulement en reconnaissance sa signature, qu'elle accepte d'effectuer les opérations que son
client lui demande. Mais celui-ci peut craindre, de se trouver un jour dans l’impossibilité de
donner lui-même des instructions (s’il tombe malade par exemple). II peut simplement trouver
plus commode qu'une ou plusieurs personnes puissent le remplacer pour certaines ou pour
toutes les opérations qu'il effectuerait. Quels que soient les motifs qui le poussent à designer
une autre personne à sa place, il devra donner à celle-ci une autorisation écrite, appelée
procuration, qui fait de cette personne le mandataire du titulaire du compte, (celui-ci étant le
mandant).

Le titulaire du compte peut préciser quelles sont les opérations que le mandataire est
autorisé à effectuer. Le titulaire du compte peut également designer un ou plusieurs
mandataires pouvant agir séparément ou tous ensemble. Les banques fournissent très
généralement une formule imprimée, que le titulaire du compte se borne à remplir et signer,
de même que le ou les mandataires. Cette formule comporte un certain nombre de mentions
relatives l’étendue des pouvoirs donnés au mandataire ; elle est complétée par les formules
« bon pour acceptation de pouvoirs ». La procuration est révocable, et le titulaire du compte
peut à tout moment la retirer à son ou ses mandataires, à condition d'en informer la banque par
lettre. La procuration tombe dès le décès du mandant.

Les renseignements concernant l’identité du mandataire, et un spécimen de sa signature


sont portés sur la carte d'ouverture de compte.

B- Les différents types de comptes en banque


L'établissement bancaire peut ouvrir des comptes individuels ou collectifs, avec ou sans
solidarité. De même, on peut classer les comptes en trois grands ensembles à savoir : les
comptes à vue, les comptes à terme et les comptes spéciaux.

I- Les comptes individuels ou collectifs

1- Les comptes individuels


Comme son nom l'indique, ce sont des comptes ouverts à une personne, le titulaire du
compte, seule autorisée à y effectuer des opérations. Le titulaire du compte peut, cependant,
habiliter une ou plusieurs autres personnes à faire fonctionner également son compte. Pour
cela, il doit, comme nous l’avons vu, préalablement établir à leur profit un acte de

25
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
procuration. II convient de noter que les banques disposent toutes à cet égard, de formules
imprimées, qu'elles font signer par leur clientèle.

Le titulaire du compte peut annuler la procuration qu'il a donné à une ou plusieurs


personnes en le notifiant, par écrit, à la banque. II assume toutefois les opérations par son ou
ses mandataire(s) avant la résiliation en question. Le décès du titulaire du compte annule
également les pouvoirs conférés au mandataire (lequel ne peut plus effectuer d'opérations à
compter de la date du décès).

2- Les comptes collectifs


L'article 490 C.com. dispose que : « L'établissement bancaire peut ouvrir des comptes
collectifs avec ou sans solidarité ». Le compte collection peut être ouvert au nom de deux ou
plusieurs personnes apparentées ou pas. Lesquelles deviennent cotitulaires du compte.

a- Le compte joint.

La forme la plus utilisée des comptes collectifs est celle du compte joint, qui concerne la
plupart du temps un couple marié, et l'intitulé du compte indique alors « Monsieur X ou
Madame Y ». Dans le compte joint, les cotitutaires sont solidaires.

Ce type de compte, s’il a des avantages pratiques, a cependant des inconvénients. En


effet, les avantages du compte joint se résument essentiellement au fait que chacun des
cotitulaires peut effectuer toutes les opérations de dépôt, de retrait, ou liées à des services
bancaires (cartes, titres, etc.). Par ailleurs, le décès de l’un n'interrompe pas le fonctionnement
du compte, qui peut continuer à être mouvementé avec la signature de l'autre, ce qui constitue
un avantage non négligeable pour les couples mariés.

Quant aux conséquences et inconvénients, il faut dire que les cotitulaires du compte
joint sont responsables des opérations accomplies par les uns et les autres. En effet, ils sont
tous créanciers ou débiteurs du solde de leur compte. L'émission d'un chèque sans provision
les pénalise tous, la banque étant tenue de déclarer chacun d'entre au Service Central des
Incidents de Paiement. Enfin, le solde du compte peut être bloqué sur dénonciation écrite
adressée à la banque par l'un des cotitulaires, ou sur demande expresse des héritiers agissant
individuellement ou collectivement. Ces différents éléments sont généralement rappelés dans
la convention imprimée de compte-joint, que tiennent les banques à la disposition de leur
clientèle.

b- Les comptes sans solidarité ou indivis

26
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Ils peuvent être ouverts entre plusieurs personnes, qui y sont obligées dans des
circonstances particulières (opérations de succession par exemple). Ces personnes font
fonctionner le compte collectivement ou sous la signature de l'un ou de plusieurs d'entre
(généralement deux) qu'ils désignent.

II- Les comptes à vue, à terme ou spéciaux

1- Le compte à vue
Aux termes de l'article 493 C.com., « Le compte à vue est un contrat par lequel la
banque convient avec son client d'inscrire sur un relevé unique, leurs créances réciproques
sous forme d'articles de crédit et de débit, dont la fusion permet de dégager tout instant un
solde provisoire en faveur de l’une des parties ».

C’est un compte dont le retrait de fonds déposés est possible à tout moment et sans
restriction. En cas d'ouverture du compte, seuls les titulaires de ce dernier peuvent disposer
par chèque sur les fonds en dépôt. Lorsqu'une créance inscrite en compte, résulte de la
transmission à la banque d'un effet de commerce, l’inscription est présumée n'être faite que
sous réserve d'encaissement de l’effet auprès du débiteur principal. En conséquence, si l’effet
n'est pas payé à l’échéance la banque a la faculté de poursuivre le recouvrement de l’effet à
l’encontre des signataires, ou d'inscrire au débit du compte, la créance cambiaire du non-
paiement de l'effet ou sa séance de droit commun, en remboursement du crédit. Cette écriture
au débit, emporte extinction de la créance ; dans ce cas, l'effet est restitué au client.

Sauf stipulation contraire, sont toutefois exclues du compte :


- les créances garanties par des suretés conventionnelles ou légales,
- les créances qui ne résultent pas des rapports d'affaires habituels.

Les créances inscrites en compte perdent leurs caractères spécifiques et leur


individualité propre. Elles sont réputées payées et dès lors ne peuvent plus faire l'objet, titre
distinct, d'un paiement, d'une compensation, d'une poursuite, d'une voie d'exécution ou de
prescription. Les suretés personnelles ou réelles attachées aux créances passées en compte
s'éteignent, sauf leur report, de convention expresse, sur le solde du compte.

Pendant la période de liquidation, les créances nées des opérations en cours au jour de la
clôture sont portées en compte. Leur inscription n'emporte leur extinction que dans la mesure
où elles se compensent avec le solde provisoire existant au jour de la clôture éventuellement
modifié depuis.

27
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Les comptes à vue au niveau des banques, sont classés en trois catégories les comptes
courants, les comptes de chèques ou comptes de dépôt, les comptes sur carnets.

a- Les comptes courants

Les comptes courants sont ouverts aux personnes physiques ou morales, appartenant à
divers secteurs d'activité pour leurs opérations professionnelles.

a-1- Caractéristiques du compte courant :

Les comptes courants sont caractérisés juridiquement par :


- l'intention ou la volonté commune des parties résultant souvenir d'un écrit : demande
d'ouverture de compte, carton de spécimen de signature, lettre de fusion de comptes, etc.

- L'enregistrement de remises réciproques : les sommes passées en compte doivent à cet égard
être nombreuses et peuvent engendrer, tour à tour ou après plusieurs opérations, une dette et
une séance pour chacune des parties.
- L'enchevêtrement des remises ou l'alternance de leur réciprocité dans le temps.

a-2- Les effets juridiques du compte courant

Les principaux effets juridiques du compte courant sont :

- La novation qui traduit la perte de la spécificité, et de l'individualité des créances, celles-ci


devenant de simples articles du compte. Cette perte d'individualité des créances s'accompagne
parallèlement par celle des suretés dont elles sont grevées. C'est ce qui explique, notamment,
que les banques préfèrent ne pas contre-passer les effets impayés sur un compte débiteur afin
de continuer à bénéficier des droits de change qui y sont rattachés.

- L'indivisibilité consiste en la fusion des articles d'un compte, dont le solde seul exprime une
dette ou une créance de chacune des parties. Le banquier peut renforcer cette indivisibilité, en
faisant souscrire au client débiteur de plusieurs comptes une lettre d'unité de compte. Celle-ci
permet, le cas échéant, non seulement de faire fusionner les comptes débiteurs et créditeurs du
client, mais aussi d'attribuer les garanties assortissant ces comptes au recouvrement du solde
global en résultant.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- La production d’intérêt : la réforme des taux d’intérêt de 1990, modifiée à différentes
reprises, a annulé la rémunération des dépôts à vue, autres que ceux des dépôts en dirhams
convertibles (libre), et des comptes sur carnets.

Par contre, tous les crédits consentis par une banque, produisent trimestriellement des
intérêts, en fonction de leur nature et de la date de leur valeur au jour de l’arrêté du compte.

NB : Le relevé bancaire comme moyen de preuve entre les banques et leur clientèle
commerçante.

Cette mesure qui est édictée par l'article 156 de la loi bancaire n°103-12, prévoit que « En
matière judiciaire, les relevés de comptes, établis par les établissements de crédit selon les
modalités fixées par circulaire du Wali de Bank Al-Maghrib, après avis du comité des
établissements de crédit, sont admis comme moyens de preuve entre eux et leurs clients, dans
les contentieux les opposant, jusqu'à preuve du contraire ».

Cette disposition, évitera aux juges de contester les relevés de comptes bancaires parce
qu'ils sont produits par l’une des parties en contentieux, à savoir l'établissement de crédit lui-
même. Elle intègre les évolutions constatées dans d'autres pays, basées d'une part, sur les
techniques informatiques modernes, impliquant une automaticité dans l'inscription
chronologique des opérations, et d'autre part, les contrôles importants qui sont réalisés en la
matière, par la Banque Centrale.

b- Les comptes de dépôt ou comptes de chèques


Les comptes de dépôt ou comptes de chèques sont réservés aux particuliers,
commerçants ou non, pour leurs besoins personnels. Ils enregistrent les différents versements
des titulaires ainsi que les retraits y afférents. Leurs soldes sont généralement créditeurs et ne
peuvent pas, en principe, devenir débiteurs. Le banquier peut cependant tolérer des
dépassements occasionnels sur ces comptes, lesquels doivent être remboursés rapidement.

Ce compte se caractérise par les notions suivantes :


- Les intérêts et leur taux : les intérêts courent de plein droit en faveur de la banque, et le
relevé de compte indique de façon apparente le faux des intérêts et des commissions, leur
montant et leur mode de calcul. De même, la créance d'intérêt de la banque, arrêtée tous les
trimestres, est reportée au débit du compte ; elle contribue éventuellement à la formation d'un
solde en faveur de la banque qui porte à son tour intérêt.

- Le découvert : le découvert est un prêt à court terme accordé par une banque au titulaire
d'un compte courant. Si la banque a consenti un découvert, elle ne peut le réduire ou y mettre

29
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
fin qu'aux conditions de forme et de délai énoncées au chapitre régissant l’ouverture de crédit.
La convention de compte n'emporte pas à elle seule ouverture de crédit en faveur du client.
Enfin, le solde débiteur occasionnel doit être remboursé sans délai par le client, sauf accord de
l’établissement bancaire.

NB : Le droit à un compte de dépôt.

En vue de protégé les déposants, l'article 150 de la loi bancaire 103-12 a créé un « droit
au compte de dépôt », en disposant que : « Toute personne ne disposant pas d'un compte à vue
et qui s'est vu refuser, par une ou plusieurs banques, l'ouverture d'un tel compte après
demande par lettre recommandée avec accusé de réception, peut demander à Bank AI-
Maghrib de designer un établissement de crédit auprès duquel elle pourra se faire ouvrir un tel
compte.

Lorsqu'elle estime que le refus n'est pas fondé, Bank Al-Maghrib désigne un
établissement de crédit auprès duquel le compte sera ouvert. Ce dernier peut limiter les
services liés à l'ouverture du compte aux opérations de caisse ». Ce droit confère la
possibilité, a route personne qui ne dispose pas d'un compte de dépôt et qui s'est vu refuser
son ouverture par plusieurs établissements de crédit, de demander à Bank Al-Maghrib de
designer un établissement bancaire auprès duquel elle pourra se faire ouvrir ce compte.

Plusieurs préalables et réserves sont toutefois prévus :


- les demandes d'ouverture de compte auprès des établissements de crédit, doivent avoir été
effectuées par lettre recommandées avec accusé de réception,
- lorsque ces demandes ne sont pas suivies d'effets ou en cas de refus non fondé, Bank AI-
Maghrib désigne l’établissement auprès duquel le compte sera ouvert,
- l'établissement en question est tenu de s'exécuter sous peine de sanctions, il peut toutefois
limiter les services liés à cette ouverture de compte aux opérations de caisse, notamment les
versements, les virements, les recouvrements et les retraits pouvant être effectués directement
au guichet de l'établissement de crédit concerné, avec ou sans délivrance de carnets de
chèques.

c- Les comptes sur carnets

Les comptes sur carnets sont des comptes qui ne peuvent être ouverts qu'à des
personnes physiques. Chaque titulaire ne peut disposer que d'un compte, dont le montant
maximum en capital est limité à 400.000 dirhams.

30
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le faux annuel de leur rémunération, longtemps fixé (6 % l'année jusqu'à fin juin 1999),
est devenu variable à compter du 1er juillet 1999, l’arrêté du ministre des finances du 25 mai
1999 l'ayant rendu « égal au taux moyen pondéré des Bons du Trésor à 52 semaines émis par
vote d'adjudication au cours du semestre précédent diminué d'un point ».

Les intérêts y afférents sont capitalisés à la fin de chaque trimestriel. Le montant


minimum de chaque opération est fixé à 100 dirhams, à l’exception des versements d'intérêts
effectués par la banque. Par ailleurs, leur solde ne peut être ramené un chiffre inférieur100
dirhams, sauf en cas de clôture du compte.

d- Clôture du compte à vue

Le compte à vue prend fin par la volonté de l’une des parties. Sans préavis, lorsque
l’initiative de la rupture a été prise par le client, et sous réserve du préavis au chapitre
registrant l'ouverture de crédit lorsque c’est la banque qui a pris l'initiative de la rupture.

Le compte est également clôturé par le décès, l'incapacité, le redressement ou la


liquidation judiciaire du client. Les établissements de crédit dépositaires de Fonds et valeurs
clôturent également les comptes qu'ils tiennent lorsque les Fonds et valeurs n'ont fait l'objet,
de la part de leurs titulaires ou ayants droit, d’aucune opération ou réclamation depuis 10.

La clôture ouvre une période de liquidation à l'issue de laquelle s'établit le solde


définitif. Pendant la période de liquidation, les créances nées des opérations en cours au jour
de la clôture sont portées en compte.

2- Le compte à terme

Le Législateur marocain a assimilé le compte à terme aux fonds reçus du public (Art.
2/1 et 2/3, loi 103-12). Ce type de compte a été traité par le code de commerce, notamment
aux articles 506, 507, et 508.

Le titulaire d'un compte à terme ne peut disposer de ses fonds avant l'expiration d'un
délai déterminé dans le contrat. Ainsi, ces fonds permettent au banquier des emplois plus
longs : en contrepartie, des intérêts sont versés au déposant. ils sont variables suivant la durée
de l'immobilisation, de l'importance des capitaux engagés, mais aussi suivant la situation
économique et financière de la politique gouvernementale. Toutefois, il existe un principe qui
veut que le taux d'intérêt, fixé suivant un barème réglementé et qui est réduit en cas de retrait
avant l’échéance, est d'autant plus élevé que la somme est placée pour une durée plus longue.

31
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le compte à terme n’est renouvelé à l’échéance qu’à la demande expresse du client, et
sous réserve de l’accord de la banque ; les intérêts stipulés en faveur du client ne sont versés
qu’à l’échéance.

II convent de noter que les retraits anticipés des dépôts à terme ne sont pas autorisés,
sauf en cas de besoin de fonds, motivé par des circonstances exceptionnelles. Les avances,
garanties par ces dépôts, supportent alors des intérêts débiteurs supérieurs de deux points au
faux d'intérêt créditeur appliqué.

Le compte peut être résilié avant terme par le client avec l'accord de la banque. Cette
résiliation anticipée entraine l’application des pénalités stipulées à l'ouverture du compte.
Notons qu’aux côtés des comptes à termes classiques (les plus nombreux et les plus
significatifs), les banques ont développé des comptes d’épargnes spéciaux. Ces comptes
figurent parmi les services exclusifs de certains établissements bancaires. Appelés « Épargne-
Logement », (Épargne-Crédit », « Crédit-Confiance », etc. Ils ont généralement pour finalité
d’octroyer un crédit après une période de versements mensuels ininterrompus, correspondant
à la période d’épargne. Ils sont réservés également aux personnes physiques.

3- Les comptes spéciaux

Nous distinguerons sous cette appellation les comptes qui font l'objet d'appellations
particulières de la part des établissements bancaires. Les principaux comptes sont :

3-1- Les comptes d'attente

Les comptes d'attente enregistrent :


- Les sommes d'argent reçues en faveur de personnes non titulaires de compte. Les provisions
ainsi constituées restent en suspens jusqu'à l’arrivée des bénéficiaires.
- Les montants en numéraires garantissant partiellement ou totalement le dénouement de
certaines opérations de crédit.

3-2- Les comptes spéciaux de crédit :

- Le compte « pivot » : C'est un compte qui enregistre les autorisations et les utilisations
globales octroyées par un consortium bancaire à une entreprise. II est géré par le chef de file
du consortium auquel il permet de suivre les engagements consortiaux et d’arrêter les intérêts
y afférents.

- Les comptes « litigieux » : ils sont réservés aux créances compromises, provisionnées par la
banque.

32
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
3-3- Les comptes spéciaux de personnes

Ce sont entre autres :


- Les comptes sans mouvement ou en déshérences : ce sont des comptes dont le disponible
ne fait plus l'objet de retraits pendant un certain temps par le titulaire de compte (qui peut
avoir disparu ou être décédé). Vulnérables aux fraudes, ce sont des comptes qui font l'objet
d'une surveillance particulière de la part des banques. Les établissements de crédit
dépositaires de fonds et valeurs clôturent également les comtes qu'ils tiennent lorsque les
fonds et valeurs n'ont fait l'objet, de la part de leurs titulaires ou ayants droit, d’aucune
opération ou réclamation depuis 10 ans.

Les établissements de crédit sont tenus d'adresser, dans un délai de six mois avant
l'expiration de la période précitée, un avis recommandé au titulaire de tout compte, ou à ses
ayants droit, susceptible d'être atteint par la prescription et dont l’avoir en capital et intérêts
est supérieur ou égal à une somme déterminée par arrêté du ministre chargé des finances. Ces
fonds et valeurs sont versés ou déposés, par les établissements de crédit, à la Caisse de dépôt
et de gestion qui les détiendra pour le compte de leurs titulaires ou ayants droit jusqu'à
l'expiration d'un nouveau délai de 5 ans. Passé ce délai, ces fonds et valeurs sont prescrits à
l’égard de leurs titulaires ou ayants droit et acquis de droit et versés au profit du Trésor public
(Art. 152, loi 103-12).

Cependant, fermeture de ce type de compte n’est pas à confondre avec les dispositions
de la Circulaire C N°15/W/16 du 18 juillet 2016 fixant les conventions types précisant les
clauses minimales du compte à vue, à terme, et de compte titres. Dans son Titre II sur les
dispositions spécifiques relatives au compte à vue, le paraphe 6 dudit Titre relatif au transfert,
à la résiliation et à la clôture du compte à vue dispose que : « Le compte à vue est ouvert pour
une durée indéterminée. Il peut être clôturé, à tout moment sur l’initiative du client.

La banque procède à la clôture d’un compte débiteur, si le client cesse d’alimenter son
compte pendant une année à compter de la date du dernier solde débiteur inscrit en compte ».
De ce qui précède, il ne s’agit pas de tout type de compte sur lequel aucun mouvement n’a été
effectué, et qui doit être fermé après l’expiration d’un délai d’une année dans les conditions
précitées. Il s’agit plutôt d’un compte spécifique, celui qui est débiteur, et non créditeur.

- Les comptes de chantier : ces comptes ont pour titulaires des personnes physiques ou
morales étrangères, non résidentes, devant entreprendre au Maroc, des travaux ou y effectuer
des prestations de service. Les banques intermédiaires agréées sont habilitées à ouvrir ces

33
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
comptes dans les conditions précisées par l'Office de Changes. La durée de vie de ces comptes
correspond généralement à celle des marchés en question et de leur réglementation.

- Les comptes des personnes étrangères : les comptes en devises et les comptes en dirhams
convertibles en sont des exemples. Les comptes en devises et les comptes en dirhams
convertibles ont pour objet d'encourager les dépôts en devises des personnes étrangères et des
ressortissants marocains établis à l'étranger et/ou de faciliter leurs opérations. Aussi, ils
permettent aux professionnels de l'export et de la pêche de financer leurs opérations à
l’extérieur, tels que les frais de promotion et de représentation à l’étranger pour les sociétés
exportatrices, et d’investissement et charges de réparation et de maintenance pour les sociétés
de pêche.

§2- Le crédit et l’escompte

A- Le contrat de crédit.

L'ouverture de crédit est l’engagement de la banque de mettre des moyens de paiement


à la disposition du bénéficiaire ou de tiers, désigné par lui, à concurrence d'une certaine
somme d'argent. Cependant, il faut préciser qu’un solde débiteur occasionnel n'emporte pas
ouverture de crédit (Art. 524 C.com).

L'ouverture de crédit est consentie pour une durée renouvelable ou non, ou illimitée.
Lorsque le crédit est ouvert pour une durée illimitée, expresse ou tacite, il ne peut être résilié
ou réduit que sur notification écrite et à l’expiration d’un délai fixé lors de l’ouverture du
crédit. Ce délai ne peut être inférieur à 60 jours.

L'ouverture de crédit à durée limitée prend fin de plein droit au terme fixé sans que la
banque ait l’obligation d’en avertir le bénéficiaire, et qu'elle que soit durée limitée ou
illimitée, l'établissement bancaire peut y mettre fin sans délai en cas de cessation notoire de
paiements du bénéficiaire ou de faute lourde commise à l’égard dudit établissement ou dans
l'utilisation du crédit octroyé. Le non-respect de ces dispositions par l’établissement bancaire
peut engager sa responsabilité pécuniaire (Art. 525 C.com).

Constitue une opération de crédit tout acte à titre onéreux, par lequel une personne :
- met ou s'oblige à mettre des fonds à la disposition d'une autre personne, à charge pour celle-
ci de les rembourser,
- ou prend, dans l'intérêt d'une autre personne, un engagement par signature sous forme d'aval,
de cautionnement, ou de toute autre garantie.

34
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Ainsi, sont assimilées à des opérations de crédit, les opérations suivantes :
- les opérations de crédit-bail et de location avec option d'achat assimilées,
- les opérations d'affacturage,
- les opérations de vente à réméré d'effets et de valeurs mobilières et les opérations
de pension telles que prévues par la législation en vigueur32.

Concernant les opérations de crédit-bail et de location avec option d'achat, que nous
traiterons un peu plus loin tout au long de cette partie, elles se résument aux opérations de
location biens meubles, ou biens immeubles, ou encore location de fonds de commerce (ou
l’un de ses éléments) qui, donnent au locataire la possibilité d’acquérir, à une date fixée avec
le propriétaire, tout ou partie du bien pris en location, moyennant un prix convenu à l’avance
en tenant compte, au moins pour partie, des versements effectués à titre de loyer.

Pour ce qui est de l'affacturage, visé à l'article 3 de la loi 103-12, il est la convention par
laquelle un établissement de crédit s'engage à recouvrer et à mobiliser des créances
commerciales, soit en acquérant lesdites créances, soit en se portant mandataire du créancier
avec, dans ce dernier cas, une garantie de bonne fin.

B- Le contrat d’escompte.

L’escompte est la convention par laquelle l'établissement bancaire s'oblige à payer par
anticipation au porteur, le montant d'effets de commerce ou autres titres négociables à
échéance déterminée que ce porteur lui cède à charge d'en rembourser le montant à défaut de
paiement par le principal oblige.

L’opération comporte au profit de l'établissement bancaire la retenue d'un intérêt et la


perception de commission. En cas de convention expresse, les parties peuvent subordonner le
versement des sommes revenant à l'endosseur, la réalisation d'une ou de plusieurs conditions

suspensives. Dans ce cas, le taux d'intérêt peut être variable.

L'établissement bancaire a, vis-à-vis des débiteurs des effets, du bénéficiaire de


l'escompte et des autres coobligés, tous les droits attachés aux titres qu'il a escomptes. Il a en
outre, à l’égard du bénéficiaire de l’escompte, un droit distinct de remboursement des sommes
mises à disposition de celui-ci, augmentées des intérêts et commissions (Art. 528 C.com).

§3- Dépôt de fonds et de titres

32
Art. 3 de la loi 103-12.

35
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Les articles 509 à 518 du CC régissent les comptes de dépôt de fonds et de titres dans
deux chapitres qui suivent celui relatif au compte en banque.

A- Dépôt de fonds
Le contrat de fonds est le contrat par lequel une personne dépose des fonds d'un
établissement bancaire quel que soit le procédé de dépôt et lui confère le droit d'en disposer
pour son propre compte à charge de les restituer dans les conditions prévues au contrat. Cette
définition légale met en relief trois éléments distinctifs du dépôt bancaire par rapport au dépôt
de droit commun : l’indifférence du procédé du dépôt, le droit du dépositaire de disposer des
fonds et l’obligation pour lui de les restituer conformément aux conditions convenues.

Le silence du texte sur le caractère écrit n'est que partiellement corrigé par l'allusion au
contrat. Abstraction faite de l'applicabilité de la règle de l’exigence de l'écrit dès que la valeur
dépasse dix mille dirhams, l'article 112 de la loi bancaire impose la rédaction écrite d'une
convention d'ouverture de compte de titres. L’exigence de l'écrit ne fait plus de doute.

I- Remise de fonds

Le dépôt, rappelons-le, est un contrat réel qui ne se constitue que par la remise effective,
physique ou juridique, de son objet, quel que soit le procédé ou le moyen d'accomplissement
de la remise. Aux termes de l’article premier de la loi du 14 février 2006 relative aux
établissements de crédit, la réception des dépôts de fonds vient en tête des activités bancaires.
L'article 2 de la même loi répète à peu près les termes de l'article 509 du CC à la lumière des
faits, on constate que l’opération de dépôt se réalise par le versement d’espèces ou de chèques
ou de lettre de change à l’encaissement ou encore par virement ou cession de créances
professionnelles, etc. Dans tous les cas de figure elle se traduit par une réception immédiate
ou future de fonds appartenant au déposant.

Considérant les risques de suspicion et de manipulation délictuelle, il reste que le


déposant soit le titulaire du compte ou son mandataire. Tout dépôt d’espèces doit être fait
exclusivement par lui ou son représentant. Le dépôt d'effets de commerce doit porter sa
signature. Seul le virement échappe à cette exigence car quiconque peut le faire au profit de
tout titulaire de compte. En conséquence, pour parer tout risque, ce dernier, une fois avisé par
la banque, doit, le cas échéant s'assurer de la licéité et de la régularité du virement fait à son
compte.

II- Droit et obligations de la banque dépositaire

36
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
L'opération de dépôt confère la banque dépositaire le droit de disposer des fonds
déposés. Cette règle posée par le code de commerce reprend et adapte les dispositions de
l'article 783 du DOC concernant le dépôt d'argent en droit commun. Elle s'explique par
ailleurs en raison des caractères fongible et consomptible de la monnaie qui impliquent la
restitution de la valeur et non des supports physiques en papier ou en métal de la monnaie. La
règle se justifie aussi par ce que l’activité bancaire consiste dans le commerce du crédit qui se
traduit par un simple jeu d'écritures et par une circulation continue des fonds.

1- Restituer les fonds

a- Garde des fonds

Le dépositaire a l’obligation de restituer les fonds déposés conformément à la


conception même du dépôt et aux conditions convenues avec le déposant. Mais avant la
restitution et pour pouvoir le faire, la banque a la charge de la garde des fonds déposés. Ceci
veut dire qu'elle pouvoir en conserver la valeur pour qu'elle puisse la restituer au moment
convenu. L'obligation de garde est inhérente au dépôt. Cette obligation est conçue de manière
plus rigoureuse qu'en droit commun. Le dépositaire n'est pas libéré de son obligation de
restitution si, hors le as de saisie, il paie sur un ordre non signé par le déposant ou son
mandataire. Par conséquent, seule la voie d'exécution par saisie judiciaire dégage sa
responsabilité. On doit ajouter à cette possibilité, la prérogative de l'administration fiscale de
procéder au recouvrement par la procédure d'avis à tiers détenteur. Contrairement aux
prescriptions de droit civil, il n'est pas libéré de son obligation de restitution dans le cas où il
viendrait à perdre les fonds déposés par suite d'un événement de force majeure.

b- Restitution des fonds

Les conditions convenues par les parties varient suivant que le compte est à vue ou
terme, que le dépôt soit producteur d'intérêts au profit du déposant ou non.

Le dépôt effectué en exécution d'un compte à terme, prend fin à l'échéance fixée par les
parties. Il ne peut être renouvelé qu'à la demande du client et en accord avec la banque. A
défaut de renouvellement, la banque doit restituer les fonds à la demande du client.
L'existence d'un terme contractuel n'empêche pas toutefois le client de procéder à une
résiliation anticipée et réclamer la restitution de ses fonds. Tout en autorisant cette possibilité,
l'article 508 du CC la soumet à deux conditions. La résiliation doit avoir lieu avec l'accord de

37
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
la banque, sinon, elle doit être prononcée par la justice. De plus, cette résiliation anticipée
donne droit à la banque d'appliquer les pénalités prévues à l'ouverture ou dans l'acte de dépôt
lui-même.

Lorsque la restitution fait suite à un dépôt à terme normalement arrive à sa fin, elle porte
à la fois sur le montant déposé et les intérêts stipulés en faveur du client déposant.

S’il s'agit d'un dépôt dans le cadre d'un compte à vue, les règles générales de résiliation
visées plus haut s'appliquent en entraînant restitution par retrait ou ordre de paiement.
L’exigibilité des intérêts stipulés en faveur du client a lieu à l'échéance. Cette dernière ne
coïncide pas nécessairement avec l'expiration du terme du dépôt. Quand la durée du dépôt est
plus ou moins longue, les intérêts peuvent avoir plus d'une échéance. Ils sont versés au client
aux dates de ces échéances, non à celle du dépôt. Seule la dernière somme peut l’être à
l’échéance du dépôt.

B- Dépôt de titres

Le dépôt de titres a pour objet les valeurs mobilières et les autres titres négociables qui
demeurent régis par les dispositions de la loi 35 -94 relative à certains titres de créances
négociables. Les dispositions des articles 511 518 du cc en fixent le contenu et les droits et
obligations des parties.

I- Le contenu du dépôt

On rappelle que la loi 17 -95 sur les sociétés anonymes dans ses articles 243 et suivants,
considère comme valeurs mobilières les actions, les obligations, les certificats
d'investissement et par assimilation les droits d'attribution ou de souscription de ces valeurs
mobilières. On doit ajouter à cela les titres dérivés c'est-à-dire, les actions ayant priorité sur
les dividendes mais sans droit de vote et les actions à vote double d'une part, et les obligations
convertibles en actions d'autre part.

Les dispositions du code de commerce embrassent aussi les titres négociables prévus
par la loi 35 -94 publiée le 8 février 1995, à savoir, les certificats de dépôt, les bons de caisse
émis par les sociétés de financement et les billets de trésorerie.

Observons que les dispositions de l'article 511 du CC ne visent pas certaines valeurs
mobilières prévues par l'article 3 du dahir portant loi du 21 septembre 1993, tel qu'il a modifié
et complété, relative à la bourse des valeurs mobilières. Il s'agit des parts possédées par les
fonds de placement collectif et les fonds de placement collectif de titrisation des créances

38
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
hypothécaires. Il nous semble que cet oubli ne s'oppose pas à l'inclusion de ces titres dans le
domaine du bancaire et partant de l’enregistrement chez le dépositaire central.

D'autres titres sociaux demeurent exclus en déduction du caractère limitatif des


dispositions légales. Il en est ainsi notamment des certificats de vote émis par les sociétés
anonymes et des parts sociales créés par les sociétés à responsabilité limitée et les sociétés de
personnes. Par contre, nous soulevons la question de la survie de toute la possibilité du dépôt
bancaire des titres à la suite de la dématérialisation des valeurs mobilières, de l'obligation de
centraliser leur enregistrement auprès du dépositaire central depuis sa création. Les missions
de garde, de conservation et de protection des droits du déposant, mises à la charge de la
banque dépositaire sont reproduites à l'article 35 de la loi relative au dépositaire central.

La loi 35 -96 publiée le 16 janvier 1997 crée et institue un dépositaire central chargé de
la conservation des valeurs mobilières, de l’enregistrement des opérations les concernant et de
la facilitation de leur gestion et leur circulation. Aujourd'hui, l’enregistrement des titres
dématérialisés, nominatifs ou au porteur, après du dépositaire central, constitue la seule forme
de « matérialisation » et pratiquement le seul moyen de preuve des droits qui sont attachés
aux titres. Depuis la modification introduite par la loi 43 -02, pratiquement toutes les valeurs
mobilières et les titres négociables deviennent soumis à la formalité d'enregistrement. En
conséquence, l'absence de support papier résultant de la dématérialisation et l'obligation
d'enregistrement auprès du dépositaire central réduisent considérablement, si elles
n'anéantissent pas entièrement, l’intérêt du dépôt bancaire des titres tel qu'il est réglementé par
les dispositions du code de commerce. Cette remarque s'impose d'autant plus que la bancaire
ne fait aucune allusion cet acte parmi les activités bancaires 34-02, (Art. 1er et 2). On retrouve
ici l'incohérence relevée à propos du nantissement des titres aussi comme contrat bancaire
dans le code de commerce.

II- Droits et obligations des parties

Le code de commerce concentre ses prescriptions sur les obligations de la banque et


implicitement les droits du déposant.

A la différence du dépôt de fonds, le dépôt de titres ne confère à la banque dépositaire


aucun droit d'en disposer. Sauf stipulation expresse contraire, l'établissement bancaire ne peut
user des titres déposés et exercer les droits qui y sont attachés que pour le compte exclusif du
déposant. Son obligation première consiste dans la garde et l'exercice des droits du déposant.

39
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
L’établissement bancaire doit assurer la garde des titres et y apporter les soins qui, de
droit commun, sont exigés du dépositaire salarié. Il ne peut s’en dessaisir que sur les
instructions écrites du déposant. L’importance de cette obligation apparait travers la rigueur
de son corollaire, l’obligation de restitution. L’établissement bancaire est tenu de restituer les
titres sur la demande du déposant dans les délais qu'imposent les circonstances de la garde. La
restitution s’opère en principe, au lieu où le dépôt a été effectué. Elle doit porter sur les titres
mêmes qui ont été déposés, moins que la restitution par équivalent n’ait été stipulée par les
parties ou admise par la loi.

La restitution ne doit être faite qu'au déposant ou aux personnes qu'il a désignées.

En cas de décès, les dispositions de l'article 800 du DOC sont applicables, même si les
titres révèlent qu'ils sont la propriété de tiers.

Enfin on peut dire que la restitution a lieu à tout moment conformément aux délais et
circonstances de la garde, et à la fin du contrat de dépôt ou à la clôture du compte. Si les titres
ne subissent aucune opération ordonnée par leur propriétaire ou ses ayants droit ou ne font
l'objet d’aucune réclamation de leur part pendant dix ans, nous pensons que les règles posées
par l'article 114 de la loi

bancaire en matière des fonds et des valeurs doivent recevoir application pour que la
prescription joue avec plus de force au profit du trésor de l'État.

Toute revendication concernant les titres déposés doit être portée à la connaissance du
déposant par l'établissement bancaire. Elle ne fait obstacle à la restitution des titres litigieux
qu'à la suite d'une décision de justice.

Dans l'optique de la conservation et la protection des droits du déposant aux fruits et


accessoires des titres, la banque doit accomplir certain nombre d’opérations. Sauf stipulation
contraire, l’établissement bancaire doit encaisser le montant des intérêts, dividendes,
remboursements du capital, amortissements et d’une façon générale, toutes les sommes
auxquelles donnent droit les titres déposés, dès l'exigibilité de celles-ci.

Dans ce cadre, l'établissement bancaire aussi se faire délivrer les titres résultant d'une
attribution gratuite et les ajouter au dépôt. Il doit procéder aux opérations tendant à la
conservation des droits attachés aux titres, recouponnement et estampillage.

Les opérations qui donnent lieu à option à exercer par le propriétaire des titres sont
portées à la connaissance du déposant. En cas d'urgence et de risque de dépérissement de

40
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
droits, l’avertissement de l’établissement bancaire est fait par une lettre recommandée avec
accusé de réception. Dans tous ces cas, les frais correspondance sont supportés par le
déposant, en sus des commissions normalement dues.

A défaut d'instructions du déposant, parvenues en temps utile, l’établissement bancaire


est tenu de négocier, pour le compte du déposant, les droits non exercés par lui. Ces
dispositions ne s’appliquent qu’aux valeurs cotées en bourse.

Les sommes encaissées doivent être mises à la disposition du déposant, notamment par
inscription à son compte à vue.

L'établissement bancaire est tenu en fin d'adresser au terme de chaque trimestre au


déposant un relevé de compte des titres en dépôt qu'ils soient des titres consolidés ou des titres
en compte. Ce document remplit les fonctions de procédé de communication et d'information,
d'avis pour provoquer les contestations et réclamations éventuelles du déposant, et de moyen
de preuve des droits et obligations des parties dans la gestion du dépôt.

§4- Le nantissement de titres et le crédit-bail ou leasing

A- Le nantissement de titre

Toutes valeurs mobilières, quelles que soient leurs formes, peuvent faire l'objet d'un
nantissement qui est soumis aux règles du gage sous réserve des dispositions prévues articles
537 et suivants du Code de commerce.

Ainsi, le nantissement sur valeurs mobilières peut être constitué pour garantir
l'exécution de toutes obligations, même si, s'agissant de sommes d'argent, le montant de la
somme due n'est pas déterminé. Il peut l'être également pour garantir l'exécution d'obligations
qui n'ont qu'un caractère éventuel au moment de la constitution du gage.

I- Mécanisme de base du nantissement de titres

Le créancier gagiste, déjà détenteur des valeurs pour une autre raison que le gage, est
réputé être mis en possession comme gagiste, à partir de la conclusion du contrat. Si les
valeurs remises en gage sont entre les mains d'un tiers qui les détient déjà pour une autre
raison que le gage, le créancier gagiste n'est réputé en possession qu'à partir du moment où ce
tiers détenteur les aura portées à un compte spécial qu'il sera tenu d'ouvrir à première
demande.

Pour les valeurs qui ont fait l'objet d'un certificat nominatif constatant une inscription
sur les registres de la société émettrice, le créancier gagiste n'est réputé en possession qu'au

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
moment où aura été inscrit le transfert de garantie. Si le bailleur de gage n'est pas
personnellement tenu de l'obligation garantie, il n'est engagé qu’au titre de caution réelle.

II- Privilège du créancier, obligations du bailleurs et sanctions.

Le privilège du créancier gagiste subsiste à sa date, tant entre les parties qu'à l’égard des
tiers, sur les produits, sommes remboursées ou titres de remplacement des titres remis en
gage.

Au regard du créancier gagiste, le tiers convenu à titre de détenteur de valeurs gagées


est censé avoir renoncé à tout droit de rétention à son profit, pour toutes causes antérieures,
s'il ne se l’est expressément réservé lorsqu'il a accepté sa mission.

Tout manquement du bailleur de gage à ses obligations entraîne l’exigibilité immédiate


de la créance garantie à moins qu'il ne soit fourni, dans les plus brefs délais, en remplacement
de la sûreté́ disparue ou compromise, de nouvelles sûretés réelles au moins équivalentes.

Est puni d'emprisonnement de 6 mois à 2 ans et d'une amende de 2.000 à 10.000


dirhams le bailleur de gage ou le détenteur gagiste qui, sans le consentement du propriétaire,
remet en gage des titres qu'il sait appartenir à autrui, ou qui, par un moyen quelconque,
s'oppose malicieusement à l'exercice des droits des tiers détenteurs du gage ou des droits du
créancier gagiste.

Toute personne physique ou morale ou toute succursale ou agence peut établir le siège
de son entreprise

B- Le crédit-bail ou leasing
Aux termes de l'article 431 du CC le crédit-bail est un contrat de location de biens
meubles ou immeubles pour une durée déterminée, un prix convenu et qui donne au locataire
la faculté d'acquérir la propriété de tout ou partie du bien meuble loué, ou la propriété de
l'immeuble, à un prix également convenu entre les parties. Cette définition légale concentre
les éléments de l'opération sur son objet, la location, ses parties directes, le bailleur et le
locataire, son prix et l'option donnée au locataire d'acquérir la propriété du meuble loué ou la
propriété de l’immeuble.

I- Nature juridique du crédit-bail

La nature juridique du contrat de leasing peut être analysée à travers les différentes
phases constitutives de ses opérations. Ces phases sont en général au nombre de trois. Le
législateur a voulu ainsi laisser aux parties, le soin de fixer eux-mêmes, les points de détails

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
par les clauses contractuelles dans les 3 phases du contrat : la phase précontractuelle (1), la
phase contractuelle (2), et la phase post-contractuelle (3).

1- La phase précontractuelle du crédit-bail

Après avoir fixé son choix sur un bien déterminé, ainsi que les conditions d'acquisition,
le preneur introduit une demande auprès d'un établissement de leasing. II appartient donc à
l'emprunteur de choisir le bien et d'en fixer les conditions d'acquisition, et au bailleur d'acheter
le bien et de le donner en location au preneur.

II y a donc deux impératifs contradictoires qu'il faut concilier : la liberté du preneur et la


sécurité du bailleur. Afin de résoudre cette contradiction, la technique juridique adoptée est
celle du mandat :
- Le mandat initial : le bailleur donne mandat au preneur pour acheter le bien conformément
aux choix et aux conditions d'acquisition fixées auparavant par ce dernier.

Le preneur mandataire est tenu d'exécuter exactement la commission qui lui a été
donnée, il ne peut rien faire au-delà, ni en dehors de son mandat. Généralement, il est établi en
même temps que le mandat, un bon de commande signé conjointement par le bailleur et le
preneur, ce qui confirme le principe de liberté du choix du matériel par le preneur.

- Le mandat de délivrance : par le biais de ce mandat donné au preneur par le bailleur, les
obligations de vérification de la conformité et des vices apparents et de formulation de
réserves, le cas échéant, sont au preneur.

- Le mandat d’ester: ce mandant permet au preneur d'avoir une action directe contre le
fournisseur en cas d'apparition de vices rédhibitoires. Cette action répond à trois objectifs :
* mettre le bailleur en dehors du litige ;
* inciter le preneur à agir contre le fournisseur sur la base de cette action directe, plutôt que
contre le bailleur en vertu de la garantie des vices qui lui est accordée par le contrat de bail
passé avec lui ;
*sauvegarder les intérêts du bailleur.

2- La phase contractuelle

En cas d'accord, l'établissement de leasing achète le bien, le livre au preneur et


commence à percevoir de ce dernier, des redevances périodiques marquant ainsi le début de
cette phase qui est marquée par l'impératif de sécurité pour le crédit bailleur.

43
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
La pratique a essayé, faute d'une protection légale spécifique au leasing, de répondre à
cet impératif de sécurité par une protection conventionnelle du bailleur. Cette protection se
manifeste à différents niveaux :

- Au niveau de la durée du contrat : Elle doit être irrévocable et le preneur ne doit pas avoir
la faculté de résilier unilatéralement le contrat. L’irrévocabilité de cette durée contractuelle est
l’un des piliers du contrat de leasing et son non-respect doit être sanctionné par le jeu d'une
clause pénale assez lourde.

Cependant, le preneur peut sortir de son lien contractuel avec le bailleur, en faisant jouer
une option qui lui est généralement ouverte. Cette option est connue de manière à permettre
au bailleur de son investissement et de réaliser un profit.

- Au niveau du paiement des loyers : Pour préserver les intérêts du bailleur, le paiement est
assorti d'une clause résolutoire accompagnée d'une clause pénale. En vertu de cette clause, le
preneur est non seulement tenu, en cas de non-paiement d’une seule échéance, de restituer le
bien donné location, mais aussi de payer au bailleur une indemnité égale au montant des
loyers restant à courir jusqu’à la fin du contrat, plus une valeur résiduelle du bien à cette date.

En cas d'inexécution par le preneur de ses obligations contractuelles relatives au


paiement des redevances de crédit-bail devenues exigibles, le président du tribunal statuant en
référé est compétent pour prononcer la restitution de l’immeuble, au vu du constat de non-
paiement.

Le recours à la procédure que nous venons de citer ne peut intervenir qu’après


épuisement des modalités de règlement à l’amiable des différends prévues à l’article 433 du
Code de commerce.

3- La phase post-contractuelle

La troisième phase coïncide avec l’achèvement de la durée de location. En général, à la


fin du contrat, le preneur bénéficie d’une triple option :
- La levée de l'option d’achat : Le contrat est assorti d’une promesse unilatérale de vente du
bien objet de l'opération. De ce fait une option d'achat à la fin du contrat est ouverte au profit
du preneur. Avant l’expiration du contrat, le preneur informe le bailleur de sa décision de
lever l’option, et lui verse la valeur résiduelle fixée initialement dans le contrat.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- La restitution du bien : Le preneur peut s'abstenir de lever l'option d’achat, et restitue de ce
fait le bien au bailleur. Ce cas est très rare, du fait que la valeur de la levée de l'option est
généralement dérisoire par rapport à la valeur du bien sur le marché.

- La continuation de la location : le preneur dans ce dernier cas de figure opter pour la


continuation de la location du bien. Il est en général établi par un avenant au contrat.

II- La formation du contrat de crédit-bail

Les différentes parties intervenantes seront étudiées (1), puis l'objet du contrat en (2),
les mentions obligatoires du crédit-bail en (3) et enfin les conditions de forme en (4)

1- Les différentes parties intervenantes au contrat de crédit-bail

Les différentes parties en question sont les établissements de leasing (a), le preneur (b)
et le fournisseur (c).

a- Les sociétés de leasing :

II convent de rappeler que la loi 103-12 relative aux établissements de crédit et


organismes assimilés du 05 a exigé que les entreprises qui se livrent aux opérations
financières de crédit-bail mobilier et immobilier (article 7/5 de la loi 103-12) aient le statut
d'établissement de crédit en étant soit des banques, soit des sociétés de financement ayant eu
l'agrément préalable du Wali de Bank Al-Maghrib, après avis du comité des établissements de
crédit.

Avant de s'engager, ces sociétés analysent la faisabilité du projet en opérant une étude
analogue à celle des crédits à moyen et long terme bancaires finançant les projets
d'investissement.

b- Le preneur

C'est toute entreprise, quelle que soit sa taille, exerçant dans le domaine industriel,
commercial ou de service, ayant opté pour cette formule de financement pour sa création ou
son extension afin de ne pas immobiliser ses ressources en capitaux ou en crédit en moyen
terme.

Le crédit preneur ou le locataire partie au contrat peut se procurer un matériel


d'outillage, des biens d'équipement ou un immeuble à usage professionnel.

c- Le fournisseur

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
C’est celui qui consent à la venta initiale liée à l'établissement de crédit-bail à qui il est
lié par une vente.

2- L’objet du contrat de crédit-bail :

Deux types de produits sont proposés selon la nature du bien à louer (bien mobilier ou
bien immobilier). II s'agit dans un cas, du crédit-bail mobilier (CBM), et dans l'autre, du
crédit-bail immobilier (CBI). D'autres établissements de crédit sont agréés à pratiquer des
opérations de LOA (Location avec option d'achat) qui est une forme de crédit-bail destinée
aux particuliers.

Le choix du bien à financer reste la prérogative du futur preneur. Ce dernier définit ses
besoins, entreprend la recherche et la négociation commerciale avec le fournisseur de son
choix, allant jusqu'à négocier le prix de vente du bien. Le rôle du bailleur ne se limite pas au
simple financement et à la mise à la disposition du bien au preneur, mais concerne aussi le
conseil pour le choix du matériel et du fournisseur.

a- Le crédit-bail mobilier

Le crédit-bail mobilier est un mode de financement des biens d'équipement mobiliers, à


savoir les équipements lourds, les installations techniques et le matériel industriel (machines
de textile, de chaudronnerie, d'agro-industrie et machines-outils...), mais aussi le matériel de
transport et de manutention (véhicules, autobus, camions, remorques, grues, chariots-
élévateurs...), le matériel de travaux publics et de bâtiment (pelles, chargeuses, niveleuses,
bulldozers, centrales à béton, centrales d’enrobés…), le matériel d'imprimerie et de
transformation du papier et du carton, jusqu'aux ordinateurs et systèmes informatiques,
mobilier et matériel de bureau, matériel médical, radiologique, scanners, salles de chirurgie
Ces biens d'équipement peuvent être acquis localement ou importés.

b- Le crédit-bail immobilier

Le crédit-bail immobilier est un mode de financement de biens immobiliers, qui porte


sur les bâtiments d'entreprise, les entrepôts et centres de distribution et plateformes
logistiques, les magasins et centres commerciaux, les showrooms, les immeubles de bureaux
et centres administratifs, mais aussi les sièges de sociétés et plateaux de bureaux, sans omettre
les hôtels et établissements touristiques, etc. A noter que le bien à financer peut être soit
construit, soit à construire.

c- Cas du lease-back ou cession bail

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Qu'il s'agisse de biens mobiliers ou de biens immobiliers, le financement peut s'opérer
par lease-back. Le lease-back est une opération qui consiste pour une entreprise à vendre un
bien en sa possession à une société de crédit-bail, qui la lui donne aussitôt en location dans le
cadre d'un contrat de crédit-bail.

Grace au produit de la vente, cette entreprise dispose de fonds nouveaux et continue,


selon le principe même du crédit-bail, à utiliser son bien comme si elle en était toujours
propriétaire.

L'opération de lease-back doit être économiquement et financièrement justifiée. Toute


entreprise, quel que soit son secteur d'activité ou sa taille, peut bénéficier du lease-back.
Soulignons que pour commercialiser leurs produits, développer leur activité et élargir leur
portefeuille clientèle, les sociétés de crédit-bail recourent à différents canaux, réseaux de leur
banque-mère, partenariat et conventions avec les fournisseurs de matériels et, bien sûr, contact
direct développé en interne par les commerciaux. Certaines sociétés disposent de bureaux de
représentation régionaux.

3- Les mentions obligatoires du crédit-bail

Les rédacteurs du contrat-bail sont tenus de prévoir les clauses contractuelles suivantes :
- Les conditions de résiliations.
- Les conditions de renouvellement.
- Les modalités de règlement à l'amiable.

C'est ainsi que l'article 433 du Code de commerce énonce que : « Les contrats de crédit-
bail prévoient, à peine de nullité, les conditions dans lesquelles leur résiliation et
renouvellement pourront, le cas échéant, intervenir à la demande du preneur ; les contrats
prévoient également les modalités de règlement l'amiable des différends pouvant surgir entre
les cocontractants ».

La sanction de l’obligation posée par cet article est donc très sévère, car en cas
d'absence de l’une de ces clauses le contrat de crédit-bail est entaché de nullité.

4- Les conditions de forme

Les opérations de crédit-bail sont soumises à une publicité qui doit permettre
l'identification des parties et celle des biens qui font l'objet de ces opérations.

En matière de crédit-bail mobilier, cette publicité est faite, à la requête de l'entreprise de


crédit-bail sur un registre ouvert à cet effet, au greffe qui tient le registre du commerce.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le greffe compétent est celui auprès duquel le locataire est immatriculé à titre principal
au registre du commerce, à défaut d'immatriculation, le greffe du tribunal dans le ressort
duquel ce locataire exploite l'établissement pour les besoins duquel il a contracté

Les modifications affectant les renseignements en cause sont publiées en marge de


l’inscription existante. Si la modification implique un changement de compétence du greffe,
l'entreprise de crédit-bail doit en outre faire reporter l’inscription modifiée sur le registre du
greffe compétent. Les inscriptions régulièrement faites en application de ces articles
dispositions que nous venons de citer prennent effet à leur date. Ces inscriptions sont radiées
soit sur justification de l'accord des parties, soit en vertu d'une décision passée en force de
chose jugée. Le greffier délivre à tout requérant, en copie ou par extrait, l'état des inscriptions.

Si les formalités de publicité n'ont pas été accomplies, l'entreprise de crédit-bail ne peut
opposer aux créanciers ou aux ayants cause à titre onéreux du locataire, ses droits dont elle a
conservé la propriété, sauf si elle établit que les intéressés avaient eu connaissance de ces
droits.

En matière de crédit-bail immobilier, le contrat de location ainsi que toute modification


qui est apportée sont rendus publics à la conservation foncière conformément aux dispositions
du dahir du 9 ramadan 1331 (12 août 1913) sur l‘immatriculation des immeubles. Le défaut
de publication du contrat entraine son inopposabilité aux tiers.

III- Les obligations des parties au contrat

Nous étudierons dans cette partie, les obligations du crédit preneur (1) et les obligations
du crédit bailleur (2).

1- Les obligations du crédit preneur

Tout d'abord le crédit preneur payer les loyers convenus avec le crédit bailleur (a), il
entretenir et conserver la chose objet du credit-bail (b), il s'abstenir de céder le bien (c), et il
doit restituer la chose louée (d).

a- Le règlement des loyers

Le paiement des loyers est évidemment l'obligation essentielle qui pèse sur le locataire.
II s'engage à s'acquitter régulièrement des montants des loyers. Cependant, il faut observer, en

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
effet, que les loyers sont plus élevés que dans une location ordinaire, car ils ne correspondent
pas seulement à la jouissance immédiate du bien, ils représentent le remboursement du crédit.
La somme ajoutée à celle de la valeur résiduelle due la fin du contrat, représente donc la
valeur du bien augmentée de la rémunération de l'établissement de crédit. Il faut noter
cependant que cette rémunération est complètement intégrée dans les loyers.

Sur un autre plan, la loi ne fixe aucune limite à la liberté contractuelle pour le montant
de la périodicité des loyers. De même, l'article 434 du Code de commerce prévoit que les
dispositions légales relatives à la révision des prix de location des locaux à usage commercial,
industriel ou artisanal ne sont pas applicables en matière de contrat de credit-bail immobilier.

A défaut de paiement des loyers, le crédit bailleur peut agir en justice devant le
président du tribunal lorsque Les deux conditions suivantes sont réunies :
- Le montant de la redevance doit être exigible : A ce sujet, l'alinéa 1 de l'article 435 du
Code de commerce énonce que : « En cas d'inexécution par le preneur de ses obligations
contractuelles relatives au paiement des redevances de credit-bail devenues exigibles, le
président du tribunal statuant en référé est compétent pour prononcer la restitution de
l'immeuble au vu du constat de non-paiement ».
- Le bailleur doit justifier qu'il a épuisé toutes les modalités de règlement à l'amiable des
litiges : l'alinéa 2 de l’article 435 du Code de commerce énonce à ce propos que : « Le
recours à la procédure prévue à l'alinéa du présent article ne peut intervenir qu'après
épuisement des modalités de règlement à l'amiable des différends prévues à l'article 433. ».

b- L’entretien te la conservation de la chose :

Le locataire a l’obligation d’entretenir la chose louée, de la conserver en bon état. Il


souscrire une assurance pour couvrir les risques de destruction ou risques de détérioration. En
effet à compter de la date de mise à disposition du bien jusqu’à la fin de la location, le preneur
détenteur du bien loué en est le gardien. Il est responsable de tous dommages causés par le
matériel aux personnes ou aux biens. Il s'engage aussi à obtenir de ses assureurs que le
bailleur bénéfice de la qualité d'assuré additionnel en tant que propriétaire du matériel.

c- Impossibilité de cession du bien loué

La convention de credit-bail, marquée par le caractère personnel (l'intuitu personae), le


bien n'est donc pas cessible qu'en cas de stipulation d'accord ultérieur des parties. Le crédit
preneur ne peut non plus, ni le louer, ni le nantir ou l’hypothéquer, puisqu'il n'en est pas le

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
réel propriétaire. Par contre, le transfert de propriété du bien par la société de crédit-bail est
permis par la loi. C'est ainsi que l'article 432 du Code de commerce dispose que : « En cas de
cession du bien compris dans une opération de credit-bail, le cessionnaire est tenu, pendant la
même durée de l’opération, des mêmes obligations que le concédant, lequel en reste garant ».

d- La restitution de la chose louée

Le preneur s'engage à restituer la chose au terme de la période convenue, sauf levée de


l'option d'achat. Dans ce cas, le bien sera acquis en payant somme correspondant à la valeur
résiduelle du bien à la fin du contrat.

2- Les obligations du crédit bailleur

L'obligation de délivrance (a) et celle de garantie (b) que doit le bailleur, sont atténuées
par des clauses contractuelles qui les transfèrent à la charge du fournisseur ou du constructeur.
De même, le crédit bailleur est tenu de respecter l’option d'achat (c).

a- L’obligation de délivrance

En se référant aux dispositions du D.O.C., le bailleur est tenu d'une obligation de


délivrance de la chose louée. Mais dans la pratique le crédit preneur bénéfice d'un mandat de
la part du crédit bailleur pour retirer la chose louée. C`est ainsi qu'il est usuel que le preneur
renonce tout recours contre le bailleur en cas de défaut de livraison, ou de livraison partielle
qui ne correspondrait pas aux spécificités contractuelles.

Le locataire doit donc être vigilant lors de la signature du procès-verbal de réception. Il


lui appartient de formuler des réserves en cas de livraison de matériels non-conformes à
l’objet du contrat.

b- L’obligation de garantie

Comme tout bailleur, l’entreprise de credit-bail est tenue de garantir une jouissance et
une possession paisible de la chose conformément aux dispositions du droit commun.
Cependant, il faut bien voir que le choix de la technique de bail est seulement pour
l’établissement du crédit, un moyen d'avoir une garantie efficace en cas de non-paiement des
loyers. C’est pourquoi en pratique, la société de crédit-bail cherche à rejeter systématiquement
sur le fournisseur du bien loué ses obligations de garantie et la responsabilité qui pourra être
liée à son manquement.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
De ce fait, dans la pratique, les parties au contrat peuvent insérer une clause permettant
au crédit preneur d'exercer lui-même contre le fournisseur ou le constructeur, les actions en
garanties.

c- Obligation de respect de l'option d'achat :

Le crédit-bail leur s'interdit de résilier arbitrairement le contrat. Il ainsi respecter


l’option d’achat promise au début de l’opération en faveur du client, car cette option constitue
l’essence même du credit-bail.

IV- Avantages, risques et coût du crédit-bail

1- Avantages du crédit-bail

Aujourd'hui, c'est une branche qui contribue significativement et de plus en plus au


financement de l'investissement. Si le credit-bail s'impose comme un moyen de financement
de plus en plus sollicité, c'est pour la simple et bonne raison que le crédit-bail présente divers
attraits aussi bien pour le preneur (client qui reçoit le bien en location), que pour le bailleur
(société de credit-bail). Il s'agit d'un mode de financement qui fonctionne suivant le principe
que la propriété juridique (détenue par le bailleur) est dissociée du droit d'usage économique
(détenu par le preneur).

Pour le preneur, le crédit-bail permet un financement intégral des investissements, là où


le crédit classique nécessite un apport initial et de lourdes garanties. Le financement est donc
à 100% du montant de l’investissement et n'exige par conséquent aucun apport, (sous réserve
du premier loyer payable d'avance). Ceci le distingue des financements bancaires traditionnels
qui sont le plus souvenir limités à 70 % du prix du bien financé.

Il bénéficie aussi d'un régime fiscal approprié, avec notamment la déductibilité des
charges, possibilité d’amortissement accéléré, etc. Pour le bailleur, un tel mode de
financement permet de rester propriétaire juridique du bien jusqu'à sa cession, d'où une
limitation des risques de non-paiement. Les loyers du credit-bail font partie en totalité des
charges déductibles pour l'entreprise. L'avantage fiscal est d'autant plus important que la durée
du remboursement est rapide, choix qui s'avère doublement intéressant pour les matériels
frappés d'obsolescence rapide (informatique, bureautique, ...).

Enfin, en fonction de la qualité du dossier, le mode de détermination des loyers peut être
éventuellement assoupli pour répondre aux besoins de l’entreprise utilisatrice.

2- Les risques du crédit-bail.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Les organismes sont réticents à financer les investissements spécifiques. Le crédit
bailleur peut en effet se trouver dans certains cas, dans la même situation de risque que le
préteur bancaire non-garanti : client insolvable et matériel non revendable. Toutefois selon la
négociation menée, cette limite peut être contournée par la prise de garanties réelles ou
personnelles par exemple.

Ainsi, les différents risques possibles peuvent se résumer au :


- Risque lié à la garantie des vices de la chose : en cas de vice de la chose, le preneur sera,
d'une part, débiteur des dommages et intérêts envers le bailleur sur la base du mandat, et
d'autre part, auteur du recours contre le fournisseur.
- Risque de détérioration ou perte de la chose : en cas de détérioration du bien par le fait du
preneur et afin d'éviter une limitation de sa responsabilité à la valeur non amortie du bien, il
est prévu dans le contrat une clause relative à la perte de la chose louée. Selon cette clause, le
preneur devra payer en plus de la valeur du bien, une indemnité égale au montant des loyers
restant à courir. Cette clause est écartée en cas d'une cause fortuite non-imputable à une faute
du preneur. Le seul dédommagement du bailleur dans ce cas, est le contrat d'assurance que le
preneur est tenu de souscrire à cet effet.
- Risque lié à la théorie de l'apparence: afin de ne pas induire en erreur les tiers sur le statut
des biens exploités par le locataire, le législateur impose une série de publications régies par
les articles 436 à 442 du Code de commerce. Le risque est donc au cœur de l'activité du
credit-bail. Pour une société de crédit-bail, accorder un financement, c’est prendre le risque
que le preneur ne s'acquitte pas des loyers convenus aux dates contractuellement fixées avec
lui. Ce risque est dit risque de crédit ou risque de contrepartie.

Les sociétés de credit-bail placent l’évaluation et la rémunération de leur risque de


crédit en tant qu'élément fondamental dans leur décision de financement. Elles instruisent les
demandes d'acquisition d'un bien en vue de sa location sur la base d'un dossier de demande de
financement et recourent à des systèmes d'information externes. Grâce aux centrales de
partage de l'information, les sociétés de credit-bail peuvent arriver à mesurer le risque de
crédit. Elles utilisent principalement le SAAR (Système d'Aide à l'Appréciation du Risque) de
l’APSF (Association Professionnelle des Services de Financement), le Service de
Centralisation des Risques (SCR) de Bank Al-Maghrib et les informations financières
centralisées par l'OMPIC (Office Marocain de la Propriété industrielle et Commerciale).

V- Le régime final et les incidents pouvant affecter l'opération :

Au terme de la période de location prévue dans le contrat, le preneur est devant deux :
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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- soit restituer au bailleur le bien ;
- soit se proposer d'acquérir la chose moyennant la valeur résiduelle prévue dans le contrat ;
- soit de procéder au renouvellement du contrat avec un loyer minime, au terme de ce contrat
le bien devient la propriété du client.

Cependant, au cours de la vie du contrat, des incidents peuvent affecter l’opération de


credit-bail. II s’agit essentiellement de la défaillance du preneur (1), ou de la défaillance
matérielle de la chose (2).

1- La défaillance du preneur.

Sa défaillance peut être constatée par le non-paiement des redevances (a), aussi faut-il
prévoir le cas de redressement judiciaire de l’entreprise (b).

a- Le non-paiement des redevances

Dans le cas d’une défaillance financière du crédit preneur qui ne paie pas les
redevances, le bailleur dispose en outre des actions ordinaires en paiement forcé, du droit la
résiliation du contrat ; cette faculté est prévue par l’article 435 du Code de commerce qui
permet au président du tribunal de statuer en référé et prononcer la résiliation. Mais ce recours
ne peut intervenir qu'après épuisement des modalités de règlement à l’amiable (déjà abordé
préalablement).

Cette résiliation fait disparaitre à la fois le bail et la promesse de vente. Elle permet à la
banque de récupérer le bien dont elle est toujours juridiquement propriétaire. Mais cette
récupération ne suffit pas. En effet, le plus souvent, la revente de ce bien (parfois difficile) ne
couvre pas les sommes impayées. De plus, la banque n'obtient pas ce qu'elle attendait du
contrat. Ainsi les contrats prévoient toujours une clause pénale.

b- Incidence d’un redressement judiciaire sur le contrat :

En cas de redressement judiciaire, le contrat de credit-bail (comme tout contrat) peut, à


la demande du syndic, être poursuivi dans les mêmes conditions. Aussi, en cas de cession
éventuelle de l'entreprise, il peut être prévu le transfert forcé des contrats de credit-bail, dans
ladite cession.

2- La défaillance matérielle de la chose

Les actions concernant le bien : Lorsque le crédit preneur se heurte à des difficultés
dues à une mauvaise qualité du bien ou à une non-conformité, le schéma juridique voudrait
qu'il agisse contre son bailleur et que ce dernier se retourne contre le fournisseur. Mais on a

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
vu que la banque, qui voudrait rester étrangère à la technique du bien loué, transmets à son
client ses actions contre le fournisseur. C'est donc le crédit preneur qui exercera directement
les actions contre le fournisseur.

3- Le cas d'un sinistre

Il faut prévoir deux cas, le cas où le sinistre est couvert par une assurance (a) et le cas où
il ne l’est pas (b).

a- Le sinistre est couvert par une police d'assurance

En cas de sinistre total :


- Le contrat est résilié de plein droit ;
- Le preneur verse au bailleur une indemnité égale à la somme des loyers restants, majorés de
la valeur résiduelle. Le règlement de cette indemnité peut être effectué par imputation sur les
sommes reçues des assureurs.

En cas de sinistre partiel :


- Il y a remise en état de bien à la charge de l’assureur ;
- le preneur continue la jouissance.

b- Le sinistre n'est pas couvert par une police d'assurance :

Le preneur doit, quelques soient les causes du sinistre :

- soit remettre la matériel au bailleur en état, à ses frais

- soit verser au bailleur une indemnité égale à la somme des loyers majorées de la valeur
résiduelle du bien loué.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
PARTIE 2 : LA GESTION DES MOYENS DE PAIEMENT ET DE CRÉDIT COMME
ACTIVITÉ BANCAIRE

L’une des principales préoccupations de l’entreprise est d’obtenir dans des conditions
satisfaisantes le règlement des sommes dues, et s’acquitter de celles dont elle est redevable.
Cette préoccupation ne doit pas être considérée comme secondaire dans la gestion d’une
entreprise. En effet, le choix judicieux des moyens de règlement, et leur emploi adéquat ont
sur la vie de l’entreprise des conséquences directes, d’où l’intérêt indéniable d’une
connaissance parfaite des mécanismes les régissant.

Parmi les instruments de paiement de créances, le moyen le plus évident est le


versement d’espèces, comme l’a souligné Le Professeur CABRILLAC : la remise des espèces
transfère de façon instantanée le pouvoir d’achat au créancier, et par là, lui apporte la sécurité.
(L’efficacité du paiement n’est pas liée à la solvabilité d’un particulier ou banquier).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Toutefois, les inconvénients d’un tel procédé sont tels que souvent la convention des
parties et surtout la loi impose de recourir à un autre mode de libération. C’est le cas
notamment de l’article 306 du Code de Commerce qui impose aux commerçants le paiement
par chèque barré ou par virement de tout paiement d’une valeur supérieure à 10.000,00
Dirhams. Outre les espèces, bien d’autres procédés permettant de parvenir au même résultat.

Plusieurs facteurs ont conduit la pratique commerciale et bancaire à mettre sur pied des
instruments de règlements adaptés à la vie des affaires et de l’entreprise.

Parmi ces facteurs, nous pourrons dénombrer ce qui suit :

- Le nombre toujours croissant des règlements à effectuer quotidiennement par les


entreprises.

- L’ampleur de ces règlements qui interdit le recours aux espèces.

- Et enfin la distance qui sépare très souvent les parties au règlement.

C’est donc tout naturellement que le recours aux instruments de paiement s’est élargi
dans le milieu des affaires. Leurs avantages manifestes en ont justifié l’extension aux
particuliers.

Doit-on parler d’instrument ou de moyens, le choix de la terminologie semble


indifférent si l’on considère les termes de l’article 6 de la loi 103-12 relative aux
établissements de crédit et organismes assimilés qui dispose ce qui suit « Sont considérés
comme moyens de paiement tous les instruments qui, quel que soit le support ou le procédé
technique utilisé, permettent à toute personne de transférer les fonds ». Le moyen est ici défini
travers l’instrument. Dans tous les cas, que l’on parle de moyens ou d’instruments, il s’agit
toujours de transférer des fonds sans manipulation d’espèces.

On distingue généralement les instruments de crédit, et des instruments de paiement.

Les premiers sont des titres crées à l’occasion d’une opération commerciale, si le
paiement en est différé, ou lorsqu’un crédit est accordé, pour permettre la mobilisation de ce
crédit, c’est-à-dire pour permettre au créancier de se procurer auprès d’un tiers des moyens de
paiement immédiatement disponible en échange de sa créance à terme.

Les deuxièmes sont des moyens qui permettent d’assurer le transfert des sommes
d’argent, généralement aux fins d’extinction d’une dette d’un débiteur à son créancier. Un
même instrument peut avoir plusieurs fonctions ; la lettre de charge est ainsi à la fois un
instrument de paiement et de crédit, même si l’on souligne actuellement que c’est surtout un

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
instrument de crédit. Cependant, les fonctions attachées aux instruments ne sont pas figées, et
évoluent avec le temps, quitte à évoluer en marge de textes qui les prévoient.

Il en est ainsi du chèque qui est utilisé par certains commerçants comme un instrument
de garantie, alors qu’en principe il s’agit uniquement d’un instrument de paiement, ce qui
exclut qu’il puisse être utilisé comme un instrument de crédit.

Force est de constater que certains instruments relèvent d’une même catégorie, celle des
effets de commerce qui comprend la lettre de change et le billet à ordre, auxquels on peut
ajouter le chèque. Certes, il est souvent contesté que le chèque soit un effet de commerce,
mais il n’empêche pas moins que celui-ci repose sur un mécanisme similaire à celui de la
lettre de change, et que leurs réglementations très proches, relèvent du droit cambiaire (titre I).

En revanche, les autres instruments ne relèvent aucunement du droit cambiaire, même si


certains d’entre eux sont soumis à un certain formalisme, qui n’est pas sans rappeler celui du
chèque ou de la lettre de change. C’est le cas notamment du virement bancaire, des cartes de
paiement, de l’affacturage, la cession de créances professionnelles ou encore le crédit
documentaire qui rentrent eux dans la catégorie des instruments non cambiaires (titre II).

TITRE I : LES INSTRUMENTS CAMBIAIRES

Les instruments cambiaires sont essentiellement la lettre de change, le billet à ordre et le


chèque. Ils appartiennent tous à la même famille, celle des effets de commerce. La Loi n’en
fournit aucune définition, mais la doctrine dominante les définit comme étant « des titres
négociables » qui constatent au profit du porteur une créance de sommes d’argent et servent à
son paiement.

Le Droit qui régit les effets de commerce est appelé Droit Cambiaire ou droit de change
et son histoire est celle de la lettre de change, qui est apparu vraisemblablement à la fin du
XIIe siècle précédé. Il est vrai du billet à ordre. La lettre de change et le billet à ordre sont
essentiellement des instruments de crédit et de paiement, tandis que le chèque est
exclusivement un moyen de paiement.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
CHAPITRE PRELIMINAIRE
NOTIONS GENERALES

Nous nous interrogeons dans le cadre de ce chapitre préliminaire sur les caractéristiques
des effets de commerce, et sur la législation en vigueur les concernant.

SECTION 1

LES CARACTERISTIQUES DES EFFETS DE COMMERCE

Les caractéristiques des effets de commerce peuvent se résument comme suit :

I- Les effets de commerces sont créateurs d’obligations :

La souscription d’un effet de commerce crée un nouveau rapport de droit qui se


superpose au rapport de droit commun appelé rapport fondamental.

Le nouveau rapport né de l’effet de commerce s’appelle le rapport cambiaire. Les effets


de commerce sont à ce titre créateurs d’obligations, contrairement à la reconnaissance de dette
qui se contente de constater l’existence d’un droit préexistant.

II- Les effets de commerce sont des titres formels

Ceci signifie qu’en matière d’effets de commerce la forme l’emporte sur le fond qui est
quasi inexistant, dans la reconnaissance de dette par contre le fond est très important. S’il y a
un vice, le créancier ne pourra pas obtenir paiement même si le fond est respecté, on dit que le
droit est incorporé au titre.

III- Les effets de commerce sont des titres négociables

La créance constatée par la reconnaissance de dette est transmissible dans les formes de
l’article 195 du D.O.C qui dispose ce qui suit : « le cessionnaire n’est saisi à l’égard du
débiteur et des tiers que par la signification du transport faite par ce dernier au débiteur, ou
par l’acceptation du transport faite par ce dernier dans un acte ayant date certaine, sauf le cas
prévu à l’article 209 ».

Les effets de commerce sont transmissibles avec des formes allégées. On dit qu’ils sont
négociables. Les deux formes les plus usitées sont l’endossement, ou la simple tradition c’est-à-
dire de la main à la main.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
IV- Les effets de commerce sont destinés à conférer une plus grande sécurité au
porteur

Cette sécurité peut s’illustrer à travers deux règles juridiques.

1- La solidarité entre tous les signataires d’un même effet de commerce

Contrairement à la reconnaissance de dette dans le cadre de laquelle le cédant n’est


garant que de l’existence de la créance, mais non de la solvabilité du débiteur, l’endosseur
d’un effet de commerce est garant de son acceptation et de son paiement. Tous les endosseurs
sont solidairement tenus envers le dernier porteur.

2- Le principe de l’inopposabilité des exceptions

L’exception est le moyen de défense qui permet au débiteur de ne pas exécuter son
obligation.

En matière commerciale ; les exceptions ne sont pas opposables. La personne tenue du


paiement de la lettre de change ne peut opposer au porteur les exceptions qu’elle aurait pu
opposer au tireur ou aux porteurs antérieurs.

En droit civil, par la cession de créance, le cédant transmet son droit tel qu’il existe dans
son patrimoine. Les vices qui entachent ce droit ne disparaissent pas du fait de la transmission.
On dit qu’il n’y a pas purge des exceptions.

3- Le principe de l’indépendance des signatures

Chaque signataire est individuellement tenu même si les engagements des autres
signataires de l’effet sont atteints de nullité.

Comme on peut le constater les caractéristiques des effets de commerce traduisent les
impératifs de sécurité, de rapidité et de simplicité, impératifs traditionnels du droit commercial.

SECTION 2
LEGISLATION APPLICABLE AUX EFFETS DE COMMERCE

I- Au niveau international

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
La place tenue par les effets de commerce dans le commerce international a suscité un
effort d’unification législative qui a abouti à l’adoption d’une loi uniforme par la convention de
Genève du 7 juin 1930 relative à la lettre de change et un billet à ordre, et la convention du
10/3/1931 relative au chèque.

Plus de 40 pays ont adopté cette convention ou l’ont utilisée comme modèle de législation
relative aux effets de commerce.

Bien que cette convention ait achevé un degré considérable d’harmonisation, elle ne
réussit toutefois pas à rallier les pays anglo-saxons, notamment les États-Unis et l’Angleterre
qui avaient lors d’une enquête menée par la société des nations en 1923 montré leur réticence à
modifier leur législation.

II- Au niveau marocain

En dépit de l’absence d’un document officiel par lequel le Maroc aurait ratifié lesdites
conventions, le Droit Marocain sur les effets de commerce est une application de la loi
uniforme.

Avant la date du 1/8/1996, les effets de commerce étaient régis par les dispositions du
Dahir du 12/8/1913, et le Dahir du 19/1/1939. Le premier concernait la lettre de change et le
billet à ordre, et le deuxième le chèque.

Après cette date qui a consacré la promulgation du nouveau code de commerce la


règlementation des effets de commerce est contenue dans les articles 159 à 328 de ce même
code.

CHAPITRE I
LA LETTRE DE CHANGE

On parle aussi de traite.

SECTION I
GENERALITES

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
La lettre de change ou traite, est un écrit par lequel une personne appelée « tireur » donne
à une autre personne appelée « tiré » l’ordre de payer à une époque déterminée une certaine
somme d’argent à une troisième personne appelée « bénéficiaire » ou « preneur » ou à l’ordre
de celle-ci.

§1- Technique juridique

Elle se décompose en deux phases :

A- La phase contractuelle

C’est l’opération originaire. Elle met en rapport deux parties : un vendeur et un acheteur.
Cette phase est régie par les dispositions du droit commun des contrats quant à sa formation et à
son exécution. On appelle cette phase contractuelle : le rapport fondamental.

B- La phase cambiaire

Cette phase comprend les opérations postérieures portant uniquement sur le titre créé en
représentation du prix de vente ou de prestation de services. Mais, alors que les rapports
fondamentaux sont des rapports bilatéraux, les rapports cambiaires sont des rapports
multilatéraux établis entre des personnes qui ne se connaissent pas nécessairement. Ainsi, le
porteur à l’échéance a pour débiteurs cambiaires tous ceux qui ont signé la traite alors qu’il n’a
été en relation qu’avec le porteur précédent, celui qui le lui a transmis. Lors de cette phase, le
titre a sa vie propre avec ses lois particulières de création, de circulation de garantie et
d’extinction.

§2- Terminologie

- Le tireur, celui qui, en sa qualité de créancier, émet la lettre de change.


- Le tiré, celui qui en sa qualité de débiteur du tireur reçoit l’ordre de payer.
- Le bénéficiaire ou tiers porteur, celui qui reçoit la lettre de change.
- Le rapport entre le tireur-vendeur et le tiré-acheteur s’appelle « la provision ». C’est la créance
du tireur sur le tiré.
- Le rapport entre le tireur-vendeur et le bénéficiaire s’appelle la valeur fournie. C’est la créance
du bénéficiaire contre le tireur. C’est également la créance de l’endossataire contre l’endosseur.

SECTION 2

LES CONDITIONS DE VALIDITE DE LA LETTRE DE CHANGE

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
La lettre de change est un écrit littéral, c’est-à-dire que la forme l’emporte sur le fond.

§1- La rigueur des conditions de forme.

La simple lecture du titre doit assurer de sa parfaite validité. L’article 159 du C.Com
énumère les mentions obligatoires.

A- Mentions obligatoires

I- Énumération des mentions obligatoires

1) Dénomination de la lettre de change

Le titre doit porter la mention « lettre de change » insérée dans le texte même du titre et
exprimée dans la langue employée pour la rédaction de ce titre.

2) Mandat pur et simple de payer une somme déterminée

La lettre de change doit contenir un mandat inconditionnel de payer adressé par le tireur
au tiré (Art. 159-2° C.Com). Si une condition est stipulée, le titre ne peut être considéré lettre de
change.

L’ordre de payer doit porter sur une somme d’argent déterminée.

3) Indication de la date et du lieu de création de la lettre de change (Art. 159-7° C.Com)

L’indication de la date, est utile à plusieurs égards, et permet de :

- Calculer le délai de prescription de l’effet, ainsi que celui des intérêts dus ;

- Savoir si le tireur pouvait valablement à cette date émettre une lettre de change ;

- Connaître la date pour déterminer l’échéance quand la lettre est à un certain délai de date ;

- Connaître le délai de paiement si la traite est payable à vue.

L’indication du lieu de création est très importante en matière de commerce international


car elle permet de connaître la loi nationale qui s’appliquera.

4) Le nom de celui qui doit payer c’est-à-dire le tiré (Art. 159-3°)

En principe, le tiré est désigné par le tireur, mais il peut se désigner lui-même (Art. 161 du
C. Com).

5) L’indication de l’échéance

Elle peut être fixée selon quatre modalités (Art. 181 du C.Com) :
62
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- A vue ou à première présentation, c’est-à-dire sans délai de paiement ;
- A un certain délai de vue, c’est-à-dire à l’expiration d’un délai qui commence à courir à partir
de la première présentation au tiré ;
- A un certain délai de date, le délai fixé court à partir du jour de la création de l’effet de
commerce ;
- A jour fixe ; la façon la plus courante, le jour de l’échéance est déterminé ;
Toute autre forme de libellé de la date d’échéance est nulle. Les lettres de change à échéances
successives sont nulles.

6) L’indication du lieu de paiement (Art. 153 al. 5)

Le principe général du droit privé selon lequel les dettes sont quérables s’applique au
droit de la lettre de change : la traite doit être encaissée au domicile du débiteur.
Mais ce principe est très gênant dans la pratique ; c’est pourquoi la plupart des lettres de
change sont domiciliées en banque.
La pratique bancaire est très simplifiée car ce sont des banques qui sont porteuses, et ce
sont des banques qui doivent payer du fait de la domiciliation des effets de commerce que sont
les lettres de change, elles se règlent donc entre elles en utilisant le procédé de la chambre de
compensation.

7) Le nom de celui auquel ou à l’ordre duquel le paiement doit être fait (Art. 159 al.6).

La lettre de change doit mentionner le nom du bénéficiaire ou preneur. Le tireur peut


désigner une personne de son choix, en fait il indique son créancier. Mais le tireur peut se
désigner lui-même comme bénéficiaire.

8) Le nom et la signature de celui qui émet la lettre de change, c’est-à-dire le tireur

Cette signature doit être obligatoirement apposée à la main. Tout autre procédé non
manuscrit n’est pas admis.

II- La sanction de l’inobservation des conditions de forme.

1- Le principe

La lettre de change dans laquelle une seule mention exigée par l’article 159 du C.Com fait
défaut ne vaut pas comme lettre de change.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le titre n’est pas nul, il y a une simple dégénérescence de sa valeur juridique. Pour
certains cas, la dégénérescence est une sanction trop grave, la loi a prévu un régime
d’équivalence pour le cas ou certaines mentions obligatoires feraient défaut. On parle alors de
supposition de mention.

2- Les exceptions

Elles sont énoncées par le 2° alinéa de l’article 160 du C.Com. en voici l’énumération :
- La lettre de change dont l’échéance n’est pas indiquée est considérée comme payable à vue.
- A défaut d’indication spéciale, le lieu désigné à côté du nom du tiré est réputé être le lieu de
paiement et, en même temps, le lieu du domicile du tiré. Si le lieu n’est pas indiqué à côté du
nom du tiré, le lieu de paiement est celui où le tiré exerce son activité ou celui où il est
domicilié.
- La lettre de change n’indiquant pas le lieu de sa création est considérée comme souscrite dans
le lieu désigné à côté du nom du tireur . Si le lieu n’est pas indiqué à côté du nom du tiré, le lieu
de change est considérée comme souscrite dans le lieu du domicile du tireur ;
- A défaut d’indication spéciale, la date de création de la lettre de change est considérée être
celle de la remise du titre au bénéficiaire.

B- Les mentions facultatives

A côté des mentions obligatoires peuvent coexister un certain nombre de mentions


facultatives qui correspondent à des stipulations spéciales des parties. Voici une énumération
des mentions facultatives les plus fréquentes :

1- Clause de domiciliation

C’est la clause par laquelle le tireur ou éventuellement le tiré indique un lieu de paiement
de la traite autre que celui du domicile du tiré, généralement la banque de ce dernier.

2- Mention de la valeur fournie

Cette mention indique quelle est la nature de la créance du bénéficiaire sur le tireur qui
justifie la création de la lettre à son profit. Il peut y avoir selon le cas, valeur fournie en
marchandises, en services, en espèces, en compte. L’indication de la valeur fournie est
présumée sincère mais la preuve de sa fausseté peut être établie. La lettre est néanmoins valable,
dès lors qu’elle a une cause réelle et licite.

La mention de la valeur fournie entraîne les conséquences suivantes :

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- Elle renseigne les porteurs successifs sur la nature de la créance du bénéficiaire sur le porteur,
dès lors tous les vices dont elle peut être affectée, notamment l’illicéité sont opposables aux
différents porteurs.
- Elle traduit la volonté du tireur de s’engager par la lettre de change à l’égard du porteur dans
les mêmes termes et aux mêmes conditions que sa créance sur le tiré ; ainsi les garanties de la
créance (privilège, gage, hypothèque…) sont présumées profiter à tous les porteurs.

3- Stipulation d’intérêts

La stipulation par le tireur que la somme sera productive d’intérêts est réputée non écrite,
sauf si la lettre est à vue ou à un délai de vue (Art. 162 al.1 du C.Com).

Dans ces cas, le taux des intérêts doit être indiqué dans la lettre, à défaut, la clause est
réputée, non écrite (Art. 162 al.2 du C.Com) les intérêts courent à partir de la date de la lettre si
une autre de n’est pas indiquée (Art. 162 al. Du C.Com)

4- Clause « suivant avis » ou « sans avis »

La clause « suivant avis » mise par le tireur signifie au tiré qu’il ne doit ni accepter ni
payer la lettre de change avant d’avoir reçu de lui un avis séparé indiquant les caractéristiques
essentielles de l’effet. Si le tiré paie sans avoir reçu avis, il est responsable de ce paiement.

5- Clause « sans garantie » ou « fait à forfait »

Le tireur peut par la stipulation « sans garantie » ou « à forfait », s’exonérer de la


garantie d’acceptation, mais il ne peut s’exonérer de la garantie de paiement.

6- Clause « sans protêt »

Cette clause dispense le porteur de faire dresser, pour exercer ses recours, un protêt
faute d’acceptation ou de paiement (Art. 200 C.Com).

7- Clause « non à ordre » 

Cette clause interdit à la lettre de change de circuler par la voie de l’endossement, le


titre est alors transmissible dans la forme et avec les effets d’une session ordinaire (Art. 167
al.2 du C.Com).

§2- La quasi-inexistence des conditions de fond

A- Le principe : pas de conditions de fond

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Les conditions de fond sont quasi-inexistantes. L’existence de la provision n’est pas une
condition de validité de la lettre de change. En effet, l’un des traits essentiels de la provision est
qu’elle ne peut exister qu’au moment de l’échéance.

L’article 166 al.2 du code de commerce tient compte de l’existence de la provision à


l’échéance seulement. « Il y a provision si à l’échéance de la lettre de change, celui sur qui
elle est fournie est redevable au tireur, ou à celui pour le compte de qui elle est tirée, d’une
somme au moins égale ou montant de la lettre de change ».

B- Exception : l’existence de conditions de fond

1- Les conditions concernant le titre lui-même

C’est le problème des effets de complaisance dont nous présentons ici le mécanisme et
le régime juridique.

a- présentation du mécanisme

Dans le tirage de complaisance, le tireur émet une lettre de change sur un tiré auquel il
ne fournit pas de provision : celui-ci accepte la lettre par complaisance après avoir reçu la
promesse du tireur de verser les fonds à l’échéance. Cette lettre revêtue de deux signatures,
celle du tireur et du tiré, pourra être escomptée par un banquier et fera ainsi bénéficier le tireur
d’un crédit à court terme.

On peut poursuivre le processus en émettant l’hypothèse qu’au moment de l’échéance le


tireur ne dispose pas des fonds nécessaires pour les verser au tiré. Il pourra alors s’entendre à
nouveau avec ce dernier ou avec un autre tiré complaisant pour obtenir l’acceptation d’une
nouvelle lettre de change qu’il fera à nouveau escompter. Il obtiendra ainsi les fonds pour les
remettre au tiré de la première lettre. Ces lettres de complaisance qui se « chevauchent » les
unes sur les autres sont dites « effets de cavalerie » quelquefois de tels tirages peuvent être
réciproques, il s’agira alors de tirages croisés.

b- régime juridique

La jurisprudence et la doctrine font une distinction entre les effets de « bonne


complaisance » et les effets « de mauvaise complaisance ».

Les premiers sont les effets de commerce signés par un « complaisant » solvable qui
entend apporter au tireur momentanément gêné dans sa trésorerie, le secours de son propre
crédit : ils sont valides.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Les seconds dont le caractère frauduleux est constaté, sont frappés de nullité. Toutefois,
le porteur de bonne foi peut obtenir le paiement de la part de n’importe quel signataire.

L’endosseur de bonne foi contraint de payer le porteur de bonne foi dispose d’un
recours contre les précédents signataires. Le donneur d’aval jouit des mêmes recours.

Le complaisant par contre n’a aucun recours, même contre le bénéficiaire pour
récupérer le montant de l’effet qu’il a dû acquitter ; plus grave encore sa responsabilité peut
être engagée pour maintien artificiel du crédit du bénéficiaire.

Dans certains cas de figure, les personnes ayant cherché à bénéficier d’effets de
complaisance peuvent être condamnées pour banqueroute simple, voire pour escroquerie.

Enfin, le fait de recourir à la création d’effets de complaisance peut être le signe d’un
état de cessation des paiements donnant lieu à l’ouverture d’une procédure de redressement
judiciaire du bénéficiaire des effets frauduleux.

2- Les conditions concernant l’engagement d’un signataire

Il faut bien entendu que la signature émane de celui qui est engagé.

Il faut aussi la capacité d’accomplir des actes de commerce puisque la lettre de change
est un acte de commerce par la forme.

Si une lettre de change porte des signatures de personnes incapables et des signatures de
personnes capables, la lettre de change n’est pas entièrement nulle. En application du principe
de l’indépendance des signatures, ceux qui ont valablement donné leur signature sont engagés
(Art. 164 du C.Com).

SECTION 3
LA VIE DE LA LETTRE DE CHANGE

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
§1- L’émission de la lettre de change

A- Définition

L’émission consiste à rédiger la lettre conformément aux dispositions légales et à la


remettre au preneur. Elle est l’œuvre du tireur qui, le plus souvent, utilise des formules
extraites d’un carnet à souches. Depuis le 17/3/2008, l’achat du bordereau de lettre de change
pour les transactions commerciales chez les buralistes n’est plus d’actualité. En effet,
l’application de la réglementation relative à la normalisation de la lettre de change (en vigueur
depuis le 27 février 2007) est désormais obligatoire (Décision règlementaire de Bank-Al-
Maghreb numéro D20/G/07).

Cette réglementation s’inscrit dans le programme de la modernisation des systèmes de


paiement et vise l’amélioration des délais de recouvrement ainsi qu’une plus grande sécurité des
transactions.

Cette normalisation induit des changements de pratiques, aussi bien à l’émission qu’à la
remise à la lettre de change qui doit être établie remise et renseignée par le tiré sur la base d’un
carnet LCN nominatif délivré par la banque domiciliataire du compte du client. Elle doit
obligatoirement revêtir la forme standard arrêtée par Bank-Al-Maghreb en vue de faciliter son
traitement informatique, et son intégration dans le Système Interbancaire Marocain des Télé
compensations (S.I.M.T).

B- Effets de l’émission

L’émission entraîne deux types de conséquences.

1- Le tireur est tenu cambiairement de payer le titre (Art. 165 C.COM)

Des rapports cambiaires se superposent aux rapports de droit commun, entraînant la mise
en œuvre d’un certain nombre de principes que nous détaillerons plus loin (solidarité entre les
signatures, inopposabilité des exceptions, interdiction de tout délai de grâce…)

2- La provision est transféré de plein droit (Art. 166 C.COM)

La provision est une créance, elle est transférée telle quelle au bénéficiaire, avec tous ses
vices. Les exceptions que le tiré pouvait invoquer contre le tireur peuvent aussi être invoquées
contre le bénéficiaire.

Ce transfert de plein droit est utile à plusieurs niveaux :

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- le porteur est protégé contre le risque de redressement du tireur, puisque sa créance est sortie
du patrimoine de celui-ci.
- les créanciers du tireur ne peuvent pas provoquer la saisie arrêt sur le débiteur de leur débiteur,
c’est-à-dire le tiré, puisque le tiré n’est plus débiteur du tireur mais du bénéficiaire.

§2- L’Acceptation de la lettre de change

Tant que la lettre de change n’est pas acceptée, le tiré n’est pas engagé cambiairement de
telle sorte que pour le porteur, le tireur est son débiteur principal. Celui-ci cesse de l’être par
l’acceptation qui fait acquérir cette qualité au tiré.

Aussi peut-on définir l’acceptation comme l’acte par lequel le tiré s’engage
cambiairement à payer à titre principal, le montant de la lettre de change, à l’échéance, au
porteur de bonne foi (Art. 178 C.COM).

Après l’acceptation, le tiré assumera envers tous les porteurs successifs de la traite une
dette cambiaire indépendante de la provision et se superposant à elle.

L’acceptation purge les exceptions puisque le tiré accepteur s’est reconnu le débiteur
personnel du bénéficiaire.

A- Présentation à l’acceptation

La lettre de change peut, jusqu’à l’échéance, être présentée à l’acceptation du tiré, au lieu
de son domicile, par le porteur ou même par un tiers détenteur (Art. 174 al. 1 C.Com), à
condition que la lettre n’ait pas été déclarée non-acceptable (Art. 174 al.2 C.Com).

Toutefois, le porteur est obligé de présenter :


- Une lettre à un certain délai de vue, que doit l’être dans le délai d’un an à compter de sa date
(Art. 174 al.6 C.Com) ; le tireur peut néanmoins abréger le délai d’un an ou en stipuler un plus
long (Art. 174 al.7 C.Com), tandis que les endosseurs peuvent seulement l’abréger (Art. 174
al.8 C.Com).
- Une lettre portant la mention « contre acceptation » : la clause peut être apportée par le tireur,
avec ou sans fixation de délai (Art. 174 al.2 C.Com), elle peut l’être aussi par un endosseur,
avec ou sans fixation de délai à moins que la lettre n’ait été déclarée non-acceptable par le tireur
(Art. 174 al.5 C.Com).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
B- Le choix du tiré

Lorsque la traite lui est présentée pour acceptation, le tiré n’est pas obligé de prendre
partie immédiatement, il a un délai de 24 heures, c’est-à-dire qu’il peut demander une seconde
présentation le jour suivant la première présentation (Art. 175 C.Com).

Le tiré qui tarde trop à retourner la lettre de change revêtue ou non de la mention
d’acceptation commet une faute sanctionnée par les dommages et intérêts.

Le tiré a trois possibilités, soit accepter la lettre de change, soit la refuser, soit l’accepter
par intervention.

I- L’acceptation

Le tiré est, en principe, libre d’accepter ou de refuser.

Toutefois, le tiré est obligé d’accepter lorsque la lettre est créée en vue d’une fourniture de
marchandise réalisée entre commerçants et que le tireur a livré les marchandises promises (Art.
174 al.9 C.Com). S’il refuse d’accepter dans ce cas, le tiré perd de plein droit le bénéfice de
terme (Art. 174 al.10 C.Com).

1- Les formes de l’acceptation

Aux termes de l’article 176 C.Com, l’acceptation doit être écrite sur la lettre de change.
En conséquence, une acceptation par acte séparé ne peut entraîner qu’un engagement de payer
dans les termes du droit commun.

L’acceptation est exprimée par le mot « accepté » ou tout autre mot équivalant (Art. 176
al.1 C.Com).

L’acceptation est signée du tiré. La signature doit être manuscrite. La simple signature du
tiré apposée au recto de la lettre vaut acceptation (Art. 176 al.1 C.Com).

L’acceptation doit être datée seulement quand la lettre est payable à un certain délai de
vue ou lorsqu’elle doit être présentée à l’acceptation dans un délai déterminé en vertu d’une
stipulation spéciale. Elle doit l’être alors du jour où elle est donnée, à moins que le porteur
n’exige qu’elle soit datée du jour de la présentation. A défaut de date, le porteur pour conserver
ses droits de recours contre les endosseurs et contre le tireur, fait constater cette omission par un
protêt dressé en temps utile (Art. 176 C.Com).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
De même, l’acceptation doit être pure est simple (Art. 176 al.3 C.Com). Mais, dans la
pratique, la condition est parfois dissimulée, le tiré accepte la lettre de change mais modifie la
date d’échéance, c’est une acceptation sous la condition d’une prorogation d’échéance, il y a
donc refus d’acceptation. « Toutefois, l’accepteur est tenu dans les termes de son acceptation »
(Art. 176 in fine C.Com). Que signifie cette phrase ? Raisonnons sur un exemple.

Le porteur qui voit revenir la traite acceptée mais comportant une modification dans la
date d’échéance peut avoir trois attitudes :
- Les énonciations de la date de change ont été modifiées. Il considère la traite comme non
acceptée et agit en conséquence c’est-à-dire qu’il actionne l’action récursoire en vertu de
l’article 196 C.Com.
- Il y a refus d’acceptation, mais il décide d’attendre l’expiration du délai originairement
prévu pour exercer l’action récursoire.
- Enfin, il peut attendre la réalisation de la condition, à cette date, le tiré sera considéré
comme un tiré accepteur, et il sera tenu à titre cambiaire.

2- Les effets de l’acceptation

« Par l’acceptation, le tiré s’oblige à payer la lettre de change à l’échéance » (Art. 178
al.1 C.Com).

Avant l’acceptation, le tiré n’était tenu envers le bénéficiaire de la traite qu’au titre de la
provision. A compter de l’acceptation, s’appliquent les règles qui découlent de l’apparition du
lien cambiaire (solidarité des cosignataires, inopposabilité des exceptions…).

« L’acceptation suppose la provision » (Art. 166 al.5 C.Com). Cette formule concise du
texte signifie que si le tiré accepte de s’engager cambiairement, c’est qu’il a reçu la marchandise
prévue c’est-à-dire que la provision a été créée. Le tiré reconnaît l’existence d’une créance
fondamentale.

Pour comprendre l’importance pratique de cette présomption, il faut envisager les


rapports de droit qui lient les trois participants à l’opération :

a. L’importance du principe dans les rapports tireur-tiré

L’acceptation suppose la provision. Il s’agit là d’une présomption simple selon


laquelle si la lettre de change est acceptée c’est que la provision existe.

Les règles du droit civil énoncent que c’est le créancier qui doit prouver l’existence de son
droit. La charge de la preuve de l’existence de la provision devrait donc peser sur le porteur.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
En matière cambiaire, la charge de la preuve est renversée, et c’est au tiré-accepteur de
prouver que la provision n’existe pas.

b- L’importance du principe dans les rapports tiré-porteur

La présomption de la provision n’a aucune importance pour le porteur car il s’agira au


titre cambiaire qui est le lien le plus fort qui l’unisse au tiré.

c- L’importance du principe dans les rapports tireur-porteur

Si le tiré ne paie pas à l’échéance, le porteur peut utiliser son action récursoire de nature
cambiaire contre le tireur (Art. 196 C.Com).

Mais pour bénéficier de ce recours, le porteur doit respecter les obligations que la loi met
à sa charge, et notamment, il doit présenter la lettre de change au paiement soit le jour où elle
est payable, soit l’un des cinq jours ouvrables qui suivent (Art. 184 C.Com). Le porteur sera
déchu de son recours cambiaire à l’encontre du tireur, à moins que celui-ci n’ait pas fait
provision.

Cependant le tireur ne peut faire valoir cette déchéance que s’il prouve qu’il a fait
provision. La présomption d’existence de la provision ne joue pas dans les rapports tireur-
porteur.

II- Le refus d’acceptation

En cas de refus d’acceptation, le porteur a deux obligations :

1) Faire constater le refus d’acceptation par protêt (Art. 209 et S. C.Com). Le protêt est l’acte
par lequel un porteur de lettre de change proteste contre un refus d’acceptation. Ce protêt faute
d’acceptation est obligatoire à moins que la lettre de change n’ait été stipulée « sans frais » ou
« sans protêt » (Art. 200 C.Com).

Hors cette exception, le protêt est obligatoire pour que les recours cambiaires appartenant
au porteur, puissent s’exercer immédiatement sans attendre l’échéance.

2) Aviser celui qui a transmis la lettre de change du refus d’acceptation (Art. 199 C.Com). Le
porteur doit donner avis du défaut d’acceptation ou de paiement à son endosseur dans les six
jours ouvrables qui suivent le jour du protêt ou celui de la présentation en cas de retour sans
frais.

Le porteur est responsable du préjudice éventuel pouvant résulter du défaut d’avis, cette
responsabilité est limitée au montant de la lettre de change (Art. 199 al.9 C.Com).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
III- L’acceptation par intervention

L’acceptation simple et le refus catégorique ont des inconvénients. Il existe une troisième
solution : l’acceptation par intervention (Art. 216 C.Com). Pour ne pas mettre le tireur en
difficulté, le tiré accepte la lettre de change au nom de celui-ci. Il intervient uniquement pour
éviter les recours de l’article 196 C.Com. contre le tireur. Mais si le tiré est obligé de payer, il ne
s’est pas reconnu personnellement débiteur du porteur. Il est intervenu dans l’intérêt du tireur ;
tout se passe comme si le tiré était caution du tireur. Cette acceptation ne fait pas présumer la
provision car le tiré ne s’est pas reconnu débiteur.

L’acceptation par intervention est mentionnée sur la lettre de change, elle est signée par
l’intervenant. Elle indique pour le compte de qui elle a lieu. A défaut de cette indication,
l’intervention est réputée donnée pour le tireur (Art. 216 al.5 C.Com) Le porteur peut refuser
l’acceptation par intervention. Toutefois, s’il l’admet, il peut perdre les recours qui lui
appartiennent avant l’échéance contre les signataires subséquemment (Art.216.al.4).

§3- L’aval de la lettre de change

L’aval est l’engagement pris par une personne de payer une lettre de change à l’échéance,
dans les mêmes conditions qu’un autre souscripteur qui a précédemment signé.

Il ressort de cette définition que le donneur d’aval ou avaliseur ou avaliste est la caution
solidaire cambiaire de l’un des signataires. C’est un tiers qui s’engage cambiairement à côté de
celui pour le compte duquel il donne sa signature.

A- Les conditions de l’Aval

L’aval est donné le plus souvent sur la lettre de change elle-même, il peut l’être par acte
séparé (Art.180 a 1.3 C.COM).

I- L’aval peut être donné sur le litre lui-même.

Il ressort de l’article 180 al.2 du code commerce que l’aval apposé sur le titre résulte
d’une simple signature au recto précédée ou non des mots « Bon pour aval » ou par toute autre
formule équivalente. La signature seule suffit quand elle est apposée au recto de la lettre, car il
n’est pas possible de la confondre alors avec les autres signatures de la lettre. (Tireur ou tiré).

II- L’aval peut être limité à une partie de la somme (Art.180 al.6 C.Com).

73
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Par cette disposition il est entendu que l’avaliseur puisse apporter le concours de sa
garantie, qui sera limitée à une partie de la somme stipulée sur la lettre de change.

III- L’aval doit indiquer pour le compte de qu’il est donné (Art.180 al.6C.Com).

Faute d’indication précise concernant le non de l’avalisé, l’aval est réputé donné pour le
tireur qui garantit tous les autres signataires. En France, la cour de cassation a vu là une
présomption irréfragable, c’est-à-dire n’étant pas susceptible de preuve contraire, même si en
fait ; il en résulte que le donneur d’aval a entendu cautionner le titré.

IV- L’aval peut être donné par acte séparé.

L’aval peut être donné, en dehors de la lettre de change, par acte séparé. Cet acte doit
indiquer le lieu où la signature d’aval a été donnée (Art. 180 al. 2 in fine C.Com). Il doit
mentionner le montant et l’échéance des effets avalisés. Lorsque l’engagement de garantir une
lettre donnée par acte séparé ne constitue pas un aval parce qu’il n’est pas précisé quant à son
montant, ni quant à son échéance, il peut constituer un cautionnement ordinaire.

L’aval par acte séparé présente l’avantage sur le plan pratique de ne pas faire apparaître à
tous les porteurs successifs que le signataire dont la signature est avalisée, est d’une solvabilité
incertaine. Il ne sera connu que du bénéficiaire qui l’aura exigé et qui le conservera sans le faire
circuler avec la lettre de change.

B- Les effets de l’aval

Le donneur d’aval est tenu de payer la lettre de change, mais il dispose alors de recours. 

I- Le donneur d’aval est tenu de payer

1- Le principe :

Le donneur d’aval est tenu en principe de la même manière que celui dont il s’est porté
garant (Art.180 al. 7 C.Com). Ainsi, si le tireur peut opposer au porteur une prorogation de délai
ou une négligence entraînant la déchéance des recours cambiaires ou tout autre moyen de
défense, le donneur d’aval peut lui aussi invoquer cette exception.

2- L’exception

Aux termes de l’article 180 al.8 C.Com. L’engagement de l’avaliste « …est valable, alors
même que l’obligation qu’il a garantie serait nulle pour toute autre cause qu’un vice de
forme. ». En application du principe de l’indépendance des signatures, l’avaliste est tenu de
payer le porteur bien que le tireur puisse se retrancher derrière la nullité de son engagement.

74
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Par dérogation au principe de l’al.7 de l’article 180 du C.Com. l’avaliste est tenu de payer
le porteur bien que le tireur puisse se retrancher derrière la nullité de son engagement, autrement
dit, l’avaliste ne peut pas opposer au porteur l’exception de nullité de l’engagement du titre, sauf
si cette nullité est due à un vice de forme du titre, auquel cas l’avaliseur est protégé.

II- Le donneur d’aval contraint de payer dispose de recours

1- Recours contre le débiteur cautionné

Lorsqu’il a payé le montant de la traite, l’avaliste peut demander à l’avalisé la somme


intégrale qu’il a payé, (Art. 180 al. 10 C.Com).Cette disposition est une application du principe
selon lequel toute caution peut se retourner contre celui qu’elle a garanti.

2- Recours contre les autres signataires

L’avaliseur qui a payé peut exercer les recours que le débiteur garanti aurait pu exercer
s’il avait lui-même effectué le paiement. Ainsi, s’il a payé pour un endosseur, il peut agir contre
le tiré accepteur, le tireur ou endosseur précèdent. S’il a payé pour le tireur, il peut agir contre le
tiré accepteur.

3- Recours contre les autres avaliseurs

Lorsque plusieurs personnes ont donné aval, celui qui a payé a, conformément à l’article
1145 du D.O.C., un recours contre les autres avalistes, chacun pour sa part et portion. Le droit
commun du cautionnement conduit à décider que si l’un des donneurs d’aval devient insolvable,
il y a lieu de répartir entre les autres la perte qu’a occasionné son insolvabilité.

§4- La transmission de la lettre de change

L’endossement est l’indication au dos de la lettre, d’en payer le montant à l’ordre d’une
personne désignée, suivi de la signature du stipulant. Le bénéficiaire de l’endossement est
l’endossataire, le stipulant, l’endosseur.

L’endossement ne peut pas être employé lorsque le tireur a inséré dans la lettre les mots
« non à ordre » ou une expression équivalente. Ce titre dit à personne dénommée n’est alors
transmissible que dans la forme et avec les effets d’une session ordinaire (Article 167 al. 2 du C.
Com).

L’endossement peut être effectué soit en pleine propriété (endossement translatif de


propiété), soit à titre de procuration (c’est l’endossement par procuration), soit à titre de gage
(c’est l’endossement pignoratif).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
A- L’endossement translatif de propriété

L’endossement translatif ou à titre de propriété est celui par lequel la propriété de la lettre
est transmise à l’endossataire.

I- Conditions de l’endossement translatif

Les conditions de forme de l’endossement translatif de propriété sont les suivantes :


- L’endossement peut revêtir trois formes, il peut être nominatif, au porteur ou même en blanc,
l’endossement en blanc vaut comme un endossement au porteur.
- L’endossement doit être pur et simple.
- Il doit avoir lieu pour la totalité de la somme mentionnée sur la lettre de change.
- L’endossement doit figurer au verso du titre ou sur une feuille qui y est attaché, appelée
allonge.
- Enfin, la signature de l’endossement est primordiale.

Relativement aux conditions de fond de l’endossement translatif de propriété de la lettre


de change deux questions se posent : Qui peut endosser une lettre de change et quand est-ce
qu’une lettre de change peut être endossée? Pour la première L’article 170 du C.Com. répond
de la façon suivante : L’endosseur d’une lettre de change est celui qui détient le titre par « une
suite ininterrompue d’endossements ». Ce porteur légitime se détermine par l’apparence
formelle du titre (impératif de rapidité du droit cambiaire). Dans le cas d’un endossement en
blanc, le porteur est présumé détenir le titre des mains du signataire du titre.

Pour la seconde question, il faut dire qu’il est possible d’endosser une lettre de change à
compter du jour de l’émission et jusqu’à l’échéance. L’endossement peut même avoir lieu après
protêt faute de paiement, mais celui qui acquiert ce titre acquiert une lettre de change dont la
valeur économique a fortement diminué, car si un protêt a été dressé c’est que le tiré a refusé de
payer. Dans ce cas, seule est transmise une créance de droit commun car il y a eu
dégénérescence du titre. (Art. 173 du C. Com.).

II- Les effets de l’endossement translatif

Les effets de l’endossement translatif sont différents selon que l’endossement a eu lieu
avant ou après le protêt.

1- L’endossement avant expiration du délai pour dresser protêt

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
a- Les obligations de l’endosseur

« L’endosseur est, sauf clause contraire, garant de l’acceptation et du paiement » (Art.


169). L’article 169 ci-dessus désigné est une application du principe selon lequel quiconque
signe une lettre de change est tenu de la payer.

L’endosseur peut se dégager de cette obligation, mais dans ce cas, la valeur économique
du titre est fortement affectée. Pour cette raison, cette forme d’endossement sans garantie de
paiement appelée l’escompte à forfait est mal vue dans le commerce interne, mais on la
rencontre assez fréquemment dans les relations commerciales internationales.

b- Les droits de l’endossataire

Aux termes de l’article 168 du C. Com. « l’endosseur transmet tous les droits résultant de
la lettre de change ». Les droits de l’endossataire d’une traite sont le reflet de l’article 169 du C.
Com. : L’endosseur a garanti le paiement à l’endossataire, un lien cambiaire s’est créé entre
eux.

Enfin, l’endossataire bénéficie de la règle de l’inopposabilité des exceptions (Art. 171 du


C. Com.) selon laquelle « les personnes actionnées en vertu de la lettre de change ne peuvent
pas opposer au porteur les exceptions fondées sur leurs rapports personnels avec le tireur ou
avec les porteurs antérieurs, à moins que le porteur en acquérant la lettre, n’ait agi sciemment au
détriment du débiteur ».

Il ressort de cet article que la règle de l’inopposabilité des exceptions est écartée dès que
le porteur a conscience du préjudice que l’endossement cause au débiteur en le plaçant dans
l’impossibilité de se prévaloir, vis-à-vis du tireur ou d’un précédent endosseur, d’un moyen de
défense issu de ses relations avec ces derniers.

2- L’endossement après expiration du délai pour dresser protêt

Aux termes de l’article 173. Du C. Com., l’endossement après protêt ne produit que les
effets d’une cession de créance. Un tel endossement transmet au bénéficiaire les droits qu’avait
le cédant sans qu’il soit besoin de procéder à la formalité de l’article 195 du D.O.C, mais toutes
les exceptions attachées à la créance lui sont opposables.

B- L’endossement de procuration

L’endossement de procuration est celui par lequel le porteur confie le soin d’encaisser la
lettre pour son compte à un mandataire, qui est le plus souvent un banquier ou un encaisseur
professionnel.

77
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
L’endossement de procuration résulte de la mention « Valeur en recouvrement », « Pour
encaissement », « Par procuration » ou toute autre mention impliquant un simple mandat (Art.
172 C. Com.).

L’endossataire ne fait qu’exercer les droits et prérogatives de l’endosseur. Il peut à ce titre


exercer tous les droits dérivant de la lettre de change, mais ne peut endosser celle-ci qu’à titre de
procuration. Cette situation explique également que les personnes actionnées puissent invoquer
contre le porteur les exceptions qui seraient opposables à l’endosseur (Art. 172 al. 2 C. Com.).

Selon une jurisprudence française datant de 1850, la procuration d’encaissement d’une


lettre de change prend fin si elle est révoquée avant l’exécution.

Toutefois, la procuration ne prend pas fin par le décès du mandant ou la survenance de


son incapacité (Art. 172 al. 3 C. Com.).

C- L’endossement pignoratif

L’endossement pignoratif est celui par lequel le porteur d’une lettre de change
remet celle-ci en gage à son créancier.

Résultat de la mention « Valeur en garantie », « Valeur en gage », ou toute autre mention


impliquant un nantissement (Art. 172 al.4 C.Com.), il permet au porteur d’exercer tous les
droits dérivant de la lettre de change. Il a à l’égard des signataires de la lettre, les mêmes droits
qu’un porteur légitime et de bonne foi. « Les obligés ne peuvent invoquer contre lui les
exceptions fondées sur leurs rapports personnels avec l’endosseur » (Art. 172 al.5 C.Com.).

Toutefois, l’endossataire ne peut faire sur le titre qu’un endossement à titre à titre de
procuration (Art. 172 al.4 C. Com.).

L’endossataire-créancier-gagiste doit garder la lettre jusqu’au paiement de sa créance. S’il


n’est pas payé avant l’échéance de la lettre à charge, il exerce les droits que la lettre confère à
l’endosseur-débiteur.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
SECTION IV
LE PAIEMENT DE LA LETTRE DE CHANGE

§1- La présentation au paiement

La présentation de la lettre de change au paiement est faite par le porteur ou par un


mandataire chargé du recouvrement.

En principe, la présentation doit avoir lieu au domicile du tiré. En pratique, la grande


majorité des lettres portent une clause de domiciliation chez un banquier, qui se chargera du
paiement sur ordre écrit du tiré (Art. 184 al.2 C. Com.).

Comme beaucoup de lettres terminent leur circuit chez un banquier, la présentation au


paiement a lieu le plus souvent en chambre de compensation.

Aux termes de l’article 184 C.Com. la présentation au paiement d’une lettre de change
doit avoir lieu soit le jour où elle est payable, soit l’un des cinq jours ouvrables qui suivent.

La présentation peut exceptionnellement se faire avant la date d’échéance en cas de


survenance de trois événements économiques altérant la valeur du titre, ces événements relatés
par l’article 196 C.Com. sont :
- Le refus d’acceptation par le tiré.
- Le redressement ou liquidation judiciaire du tiré accepteur ou non.
- Le redressement ou liquidation judiciaire du tireur d’une lettre non acceptable.

§2- Le paiement de la lettre de change

Le tiré peut payer (A), mais il peut refuser de payer (B).

A- Réalisation du paiement

I- Les vérifications préalables au paiement :

Avant de payer la traite, le débiteur doit effectuer deux sortes de vérifications : l’une avant
le paiement et la vérification relative à l’opposition.

1- Vérification de la légitimité formelle du titre

Il faut d’abord vérifier la légitimité formelle du titre. Aux termes de l’article 170 du code
de commerce « le détenteur d’une lettre de change est considéré comme porteur légitime s’il
justifie de son droit par une suite ininterrompue d’endossements même si le dernier
endossement est en blanc… ».

79
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le tiré doit donc vérifier que la chaîne des endossements est ininterrompue, mais il n’a
pas à vérifier la signature et la capacité des endosseurs. Cette règle correspond bien à l’impératif
de rapidité du droit commercial (Art. 186 al.2 C. Com.).

2- Vérification de l’existence ou non d’une opposition formulée par le tireur

Il faut ensuite vérifier qu’il n’y a pas d’opposition au paiement. L’article 189 C.Com.
n’autorise l’opposition au paiement que dans deux cas :
- La perte ou le vol de la lettre de change.
- Le redressement ou liquidation judiciaire du porteur.

En dehors de ces deux cas, l’opposition n’est pas valable. Mais cette validité est appréciée
par le juge des référés ; si l’opposition n’est pas valable, c’est lui seul qui peut donner
mainlevée d’opposition.

II- Les modes de paiement de la lettre de change

Le paiement en espèces d’une lettre de change est une hypothèse d’école. Le débiteur
peut aussi se libérer en remettant un autre effet de commerce, mais ce n’est pas fréquent.

Le cas où la lettre de change est payée par chèque est prévu par l’article 198 du C.Com.
En fait, l’immense majorité des lettres de change sont réglées par virement en banque. Dans la
plupart des cas, en effet, c’est une banque qui présente la traite au paiement à une autre qui est
domiciliataire. La traite sera payée par le débit du compte du tiré et par le crédit du compte du
banquier escompteur qui répercutera la somme sur le compte de son client. Dans tous les cas, le
tiré en payant la lettre, peut exiger qu’elle lui soit remise acquittée par le porteur (Art. 184 Al. 1
C.Com.) cet acquis marque la fin de la vie du titre devenu désormais sans valeur.

Précisons enfin, qu’il est parfaitement possible en droit commercial, à la différence du


droit civil, d’effectuer un paiement partiel de la dette cambiaire que le porteur est contraint
d’accepter Art. 185 al.2 C.Com.) la raison en est simple : ce paiement diminue d’autant la
charge des signataires intermédiaires garants de la traite. Après avoir reçu le paiement partiel, le
porteur est tenu de faire protester la lettre de change pour le surplus (Art. 185 Al.5 C.Com).

80
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
B- Le refus de paiement de la lettre de change

Le porteur a des droits, mais des obligations lui incombent.

I- Les obligations du porteur

Nous évoquerons le principe et les exceptions.

1- Le principe

Le refus de paiement doit être constaté par un acte authentique appelé « protêt faute de
paiement », (Art. 197 al. C.Com.). Du protêt faute de paiement, il faut distinguer le protêt faute
d’acceptation que le porteur qui se voit refuser l’acceptation a la faculté de faire établir dès ce
moment et qui lui ouvre les recours cambiaires.

Le protêt faute de paiement doit, en principe, être établi dans les cinq jours ouvrables qui
suivent le jour où la lettre de change est payable.

Si, à l’expiration de ce délai, le porteur n’a pas fait dresser protêt, il est dit négligent, il est
alors déchu de ses droits cambiaires (Art. 197 C.Com.).

2- Les exceptions

Le porteur peut être dispensé de dresser protêt dans les cas suivants :
- Lorsque la lettre de change est stipulée « sans frais » ou « sans protêt » (Art. 200 C.Com.).
- En cas de redressement ou de liquidation judiciaire du tiré accepteur ou non, ou de liquidation
ou de liquidation judiciaire du tireur d’une lettre non acceptable. La production du jugement de
redressement ou de liquidation judiciaire suffit pour permettre au porteur d’exercer ses recours
(Art. 197 al. 6 C.Com.).
Le porteur doit aviser son endosseur du défaut de paiement dans les six jours ouvrables
qui suivent le jour du protêt ou celui de la présentation en cas de clause de retour sans frais (Art.
199 al.1 C.Com.).

L’endosseur, à son tour, dans les trois jours de réception doit aviser son propre endosseur,
l’information doit ainsi remonter la chaîne des signatures jusqu’au tireur (Art. 199 al. 3
C.Com.).

Le défaut d’avis dans le délai n’est pas sanctionné par la déchéance cambiaire mais par la
responsabilité éventuelle du porteur à l’égard de celui qu’il doit aviser, laquelle est limitée au
montant de la lettre de change (Art. 199 in fine C.Com.).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
II- Les droits du porteur

Les droits du porteur sont différents selon qu’il s’est comporté ou non conformément aux
exigences légales.

1- Les droits du porteur diligent : la mise en œuvre

Le porteur diligent a un recours cambiaire contre tous les signataires de la lettre de change
qui sont tenus solidairement à son égard (Art. 201 C.Com.).

« Il a le droit d’agir contre toutes ces personnes individuellement ou collectivement sans
être astreint à observer l’ordre dans lequel elles sont obligées » (Art. 201 al. 2 C.Com.).

Lorsque le porteur est un banquier, il opérera en débitant le compte de son client au lieu
de le poursuivre en justice. Cette écriture au débit du compte du client s’appelle «La
contrepassation ».

2- Les droits du porteur négligent

L’article 206 du C.Com. a prévu trois cas de négligence :


- La présentation au paiement après le délai stipulé sur la lettre de change.
-La confection du protêt faute d’acceptation ou faute de paiement en dehors des délais fixés par
l’article 197 du C.Com.
- La présentation au paiement après le délai d’une lettre de change stipulée « sans frais ».

Dans tous ces cas, le porteur est déchu de ses droits contre tous les signataires de la lettre
de change à l’exception de l’accepteur (Art. 206 al.4 C.Com.). Toutefois, la déchéance n’a lieu
à l’égard du tireur que s’il justifie qu’il a fait provision à l’échéance.

Enfin, notons ici que seuls les recours cambiaires disparaissent comme sanction de la
négligence, les recours de droit commun subsistent, bien qu’ils soient plus faibles que les
recours cambiaires.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
CHAPITRE II
LE BILLET A ORDRE

Le billet à ordre est un écrit par lequel une personne (le souscripteur) s’engage à payer, à
un bénéficiaire ou à son ordre une somme déterminée à une date déterminée.

Le billet à ordre se distingue de la simple reconnaissance de dette en ce qu’il comporte


nécessairement la clause à ordre qui permet de le faire circuler par le moyen de l’endossement.

Ainsi négociable, représentant une créance de somme d’argent, le billet à ordre est un
effet de commerce qui s’apparente étroitement à la lettre de change, avec laquelle il entretient
quelques différences.

SECTION I
LES RESSEMBLANCES AVEC LA LETTRE DE CHANGE

Elles sont de deux ordres et ont trait aux règles de forme et de fond.

§1- Les règles de forme

Le billet à ordre est un titre formel qui doit contenir un certain nombre de mentions
obligatoires.

A- Les mentions obligatoires (Arts. 232 C.Com.)

Parmi les mentions obligatoires, il en est qui sont identiques à celles de la lettre de change
et qu’il suffit d’énumérer : l’indication de la somme, de l’échéance, du lieu où le paiement doit
s’effectuer, de la date et du lieu d’émission, du nom du bénéficiaire.

D’autres mentions sont spécifiques au billet à ordre : la promesse de payer, la signature du


souscripteur, la clause à ordre ou la dénomination du titre. Cette dernière mention est
importante, car elle caractérise l’écrit. Il ressort de l’alinéa premier de l’article 232 C.Com. que
la dénomination « billet à ordre » n’est pas exigée, et que le souscripteur peut se contenter
d’inscrire la clause à ordre, généralement insérée à la suite du nom du bénéficiaire. Faute de
dénomination ou de clause à ordre. L’écrit ne vaut que comme simple promesse de payer (voir
article 233 C.Com.).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
B- Les mentions facultatives

Ce sont les mêmes que celles que l’on peut rencontrer sur la lettre de change à l’exception
bien entendu de la mention d’acceptation ou de la clause non acceptable.

§2- Les règles de fond

Sont applicables au billet à ordre les règles de la lettre de change relatives à


l’endossement, à la garantie solidaire des endosseurs, à l’inopposabilité des exceptions, à l’aval,
au paiement, aux déchéances, et aux recours ainsi qu’à la prescription (Art. 234. C.Com.).

On doit toutefois remarquer qu’aucun renvoi n’est effectué à l’article 166 du code de
commerce, relatif à la provision, et aux articles 174 et suivants dudit code, relatifs à
l’acceptation, ce qui se comprend aisément, l’acceptation est inutile puisque c’est le
souscripteur qui est lui-même obligé à l’échéance, et il en est de même pour la règle qui oblige
le tireur à constituer la provision auprès du tiré puisqu’en l’occurrence le souscripteur cumule
les deux qualités.

SECTION II
LES DISSEMBLABLES AVEC LA LETTRE DE CHANGE

Elles sont de deux ordres et ont trait l’une à la qualité du souscripteur, l’autre à la
qualification du titre :

§1- La qualité du souscripteur

Comme le souscripteur du billet joue en même temps le rôle du tireur et du tiré accepteur,
les règles de la lettre de change qui prévoient l’existence d’un tireur distinct du tiré en seront
modifiées.

1) C’est ainsi qu’il ne saurait être question d’acceptation. Puisque le billet à ordre contient
déjà l’engagement par le souscripteur de payer. L’article 237 du code de commerce précise dans
ce sens que le souscripteur d’un billet à ordre est obligé de la même manière que l’accepteur
d’une lettre de change.

2) En matière d’aval, l’aménagement qui supplée le défaut de désignation de la personne


pour qui l’aval est donné, joue dans le cadre du billet à ordre en faveur du souscripteur (Art. 236
C.Com.).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
3) En matière de billet à ordre, il n’existe pas ce qui, dans la lettre de change correspond
au transfert de la provision. La créance fondamentale n’est pas transmise à l’endossataire du
billet à ordre, puisqu’il existe de plein droit une créance cambiaire entre le souscripteur et
l’endossataire.

En conséquence, on ne doit pas appliquer au billet à ordre les règles qui, dans la lettre de
change, se rattachent à la théorie de la provision. Les porteurs successifs du billet n’acquièrent
pas la propriété de la créance du bénéficiaire contre le souscripteur. Ils sont exposés comme des
créanciers ordinaires, aux conséquences du redressement ou liquidation judiciaire du
souscripteur ou de saisie arrêt pratiquée par ses créanciers.

§2- La qualification du titre

A la différence de la lettre de change, le billet à ordre n’est pas un acte de commerce par
la forme, L’article 9 al. 3 du code de commerce dispose dans ce sens que le billet à ordre signé
par un non-commerçant n’est commercial que lorsqu’il résulte d’une transaction commerciale.

Il en résulte que seul le billet à ordre « commercial » sera soumis aux règles du droit
commercial en matière de capacité et de compétence judiciaire.

SECTION III
CAS PARTICULIERS DE BILLETS A ORDRE

La technique du billet à ordre a donné naissance à des formes particulières d’effet de


commerce qui remplissent des fonctions économiques extrêmement diversifiées.

§1- Le billet de fonds

Les billets de fonds sont des titres émis lors de la vente d’un fonds de commerce par
l’acquéreur au bénéfice du vendeur et sur lesquels figurent la mention « valeur en prix de fonds
de commerce ».

L’indication de la valeur fournie facilite la mobilisation de ces billets par le bénéficiaire


qui pourra les escompter auprès d’une banque.

Malgré leur dénomination, les billets de fonds obéissent au droit commun des billets à
ordre, sous réserve des règles particulières traduisant l’incidence de l’opération fondamentale.

§2- Les bons de caisse

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Les bons de caisse peuvent être définis comme étant des titres négociables représentatifs
de dépôts à terme effectués auprès d’établissement de crédit.

§3- Le warrant

A- Définition

On peut définir le warrant comme étant un billet à ordre particulier

Il peut être souscrit par un commerçant par lequel le souscripteur en même temps qu’il
s’engage à payer une somme déterminée à une certaine échéance, confère au bénéficiaire et aux
porteurs successifs un nantissement sur des marchandises déposées dans un magasin général ou
plus exceptionnellement sur des marchandises que le souscripteur s’engage à conserver chez lui.

B- Nature juridique

La nature juridique du warrant est double :


- C’est un effet de commerce négociable, donc négociable aves toutes les conséquences
classiques de l’endossement
- Mais c’est aussi et surtout un bulletin de gage, qui permet de garantir le créancier, qui peut –
en cas de non-paiement à l’échéance – procéder à la réalisation du gage.

C- Pratique du warrant

Dans la pratique, les commerçants procèdent au dépôt de leur marchandise dans les
entrepôts qu’on appelle magasins généraux.

Ce dépôt comme lieu à la délivrance d’un document, le récépissé warrant. Il est considéré
comme étant représentant des marchandises déposées, et permet de contester la propriété
desdites marchandises au profit du déposant, puis au profit du cessionnaire le cas échéant
(article 341 du C.Com).

Chaque récépissé est doublé d’un autre document appelé warrant constatant un gage
garanti par les marchandises déposées.

Les deux titres, le récépissé de dépôt et le warrant titre de gage peuvent circuler par
endossement ensemble ou séparément (article 343 du C. Com).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
CHAPITRE III
LE CHEQUE

Le chèque peut être défini comme étant « un titre tiré par un tireur sur une banque, ou un
organisme assimilé, pour obtenir le paiement au profit du tireur d’une somme d’argent qui est
disponible à son profit ». Il ressort de cette définition que le chèque met en présence trois
personnes : le tireur, le tiré et le bénéficiaire. Le chèque émis par le tireur sur le tiré permet au
moyen de transférer du fonds qu’il autorise, d’éteindre l’obligation à laquelle est tenu le tireur
au profit du porteur.

Le chèque ressemble à la lettre de change dans la mesure où on ne s’attache qu’à la forme


du titre. Il en diffère en ce qu’il ne peut être utilisé autrement que comme instrument de
paiement ou de retrait de fonds.

La légalisation sur le chèque est consignée dans les articles 239 à 328 du nouveau code de
commerce.

Deux grands principes dominent le droit du chèque :

- Le chèque est un titre formaliste et littéral, c’est-à-dire que sa validité est soumise à des
exigences de forme très strictes et que les droits du porteur résultent des mentions mêmes de
l’écrit.

- Le chèque est obligatoirement un instrument de paiement à vue, ce qui exclut toute possibilité
de crédit.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
SECTION I
RIGUEUR DES CONDITIONS DE FORME

Le chèque ordinaire obéit à des conditions rigoureuses de forme qui se traduisent par un
certain nombre de mentions que l’on trouve sur les formulaires de chèques délivrés par les
établissements bancaires.

§1- Les mentions obligatoires

A- L’énumération

1) Dénomination :

Le chèque contient obligatoirement la mention « chèque » dans le texte même du titre et


exprimée dans la langue employée pour la rédaction de ce titre (Art. 239 al.1° C.Com.). Si le
chèque ne contient pas cette dénomination. Il ne vaut pas comme chèque, mais peut-être
assimilé à un autre titre, et notamment comme reconnaissance de dette.

2) Ordre de paiement à vue d’une somme déterminée :

Le chèque doit comporter un ordre pur et simple de payer une somme déterminée (Art.
239 al.2 C.Com.).

La somme est habituellement portée en lettres et en chiffres, mais rien n’interdit de la


porter seulement en lettres ou seulement en chiffres, aucune disposition n’imposant une forme
déterminée. En cas de divergences entre les deux mentions, c’est la somme portée en lettres qui
prévaut (Art. 247 al. 1 C. Com.).

Lorsque la somme est écrite plusieurs fois, soit en toutes lettres, soit en chiffres, le chèque
ne vaut, en cas de différence, que pour la moindre somme (Art. 247 al.2 C.Com.).

3) Nom de celui qui doit payer :

Ce nom est celui du tiré qui ne peut-être qu’un banquier (Art. 241 C.Com.).

4) Lieu de paiement :

Le chèque doit porter l’indication du lieu où il est payable (Art. 241 al.4 C.Com)

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
5) Date et lieu de création :

Le chèque doit porter mention de la date du jour où il est rédigé (Art. 239 al.5 C.Com.)
son importance est fondamentale car c’est à cette date que doit exister la provision et que le
droit sur la provision est transmis au bénéficiaire qui se trouve ainsi à l’abri d’un événement
postérieur affectant le tireur. D’autre part, elle constitue le point de départ du délai de
présentation et par voie de conséquence, des délais de prescription.

A côté de la date, le chèque doit contenir l’indication du lieu où il est établi (Art. 239 al.5
C.Com).

6) Signature du tireur :

Celui qui émet le chèque doit le signer (Art. 239 al.6 C.Com.) la signature doit être
manuscrite.

B- sanction

Le principe est qu’au cas d’omission d’une quelconque des mentions obligatoires, le titre
est nul en tant que chèque, tout au plus pourra-t-il être considéré comme reconnaissance de dette
(voir l’art. 240 al. 5 C. Com.).

Par exception, le législateur a prévu un régime d’équivalence pour le cas où certaines


mentions obligatoires feraient défaut. C’est ainsi notamment :
- Qu’à défaut d’indication spéciale, le lieu désigné à côté du nom du tiré est réputé être le lieu
de paiement (Art. 140 al.2 C.Com)
- Que le chèque sans indication du lieu de sa création est considéré comme souscrit dans le lieu
désigné à côté du nom du tireur (Art.240 al.4 C.Com).

§2- Les mentions facultatives

Plusieurs mentions facultatives sont possibles. Certaines produisent les mêmes


conséquences qu’en matière de lettre de change (clause non à ordre, clause sans frais,
domiciliation), et ne méritent pas d’être commentées ici. D’autres méritent qu’on s’y arrête.

A- Le barrement

Le chèque barré est un chèque dont la formule est frappée de deux barres parallèles au
recto et qui ne peut, à raison de ce barrement être payé qu’à un banquier ou à un centre de
chèque postaux ou à un client du tiré.

I- Formes

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le barrement peut être général ou spécial. Il est général s’il ne porte entre les barres
aucune désignation ou la mention « établissement bancaire » ou un terme équivalent. Il est
spécial si le nom d’un établissement bancaire est inscrit entre les deux lignes (Art.280 al.3
C.Com) .Tout barrement général peut-être transformé en barrement spécial. Le barrement
spécial ne peut être transformé en barrement général en rayant le nom du banquier désigné,
cette rature serait considérée comme non avenue.

II- Paiement du chèque barré

Le chèque à barrement général ne peut être payé par le tiré qu’à l’un de ses clients ou à un
établissement (Art.281 al.1 C.Com).

Le chèque à barrement spécial ne peut être payé par le tiré qu’à l’établissement bancaire
désigné ou, si celui-ci est le tiré, qu’à son client (art. 281 al2).

III- Circulation du chèque barré

Le chèque barré circule en principe comme un chèque ordinaire, par endossement s’il est
à ordre ou par tradition s’il est au porteur.

Toutefois afin de réduire le risque que comporte la circulation des chèques volés, le
législateur dispose qu’un établissement bancaire ne peut acquérir un chèque barré que d’un de
ses clients, ou d’un établissement bancaires. Il ne peut l’encaisser pour le compte d’autres
personnes que celles –ci (Art.281.al.3).

Le banquier est responsable jusqu’à concurrence du montant du chèque, du préjudice


causé par l’inobservation de ces dispositions (Art.281 al. dernier).

B- La certification

Le chèque est un titre payable à vue. Il ne peut par conséquent être accepté (Art.242 al.1
C.Com). Une mention d’acceptation portée sur le chèque est réputée non écrite. Pourtant le
législateur permet au tireur qui veut assurer le bénéficiaire que le chèque sera payé de demander
à son banquier de certifier l’existence de la provision.

I- Forme

Aux termes de l’article 242 al. 4 du Code commerce la certification du chèque résulte de
la signature du tiré au recto du chèque. En pratique la formule de certification est apportée au
moyen d’un procédé mécanique de marquage ou d’impression indélébile offrant toute garantie
de sécurité.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le chèque certifié peut à la demande du tireur être remplacé par un chèque tiré par le
banquier-tiré sur lui-même (Art. 242 al. dernier) ; ce qui est de nature à renforcer les garanties
du bénéficiaire.

II- Effet

La certification a pour effet de bloquer la provision au profit du porteur, sous la


responsabilité du tiré, et ce, jusqu’au terme du délai de la présentation (Art.242 al.3).

C- L’aval

Comme en matière de lettre de change, le chèque peut être garanti pour tout ou partie de
son montant par un aval (Art.264. C.Com). En pratique cette faculté est inusitée.

I- Forme

L’aval est donné soit sur le chèque ou sur une allonge, soit par un acte séparé indiquant le
lieu où il est intervenu (Art. 265 C.Com). Il est exprimé par les mots « bon pour aval » ou par
toute autre forme équivalente, et doit indiquer pour le compte de qui il est donné. A défaut de
cette indication, l’aval est réputé donné pour le tireur (Art. 265 al. dernier).

II- Effet

Aux termes de l’article 266 du code de commerce, le donneur d’aval est tenu de la même
manière que celui dont il est porté garant jusqu’à l’expiration du délai de présentation (Art.242
al .3).

D- Le visa

A la différence du chèque certifié, le chèque visé par le banquier par l’apposition de sa


signature au recto du chèque n’entraîne pas le blocage de la provision.

Le visa du chèque n’a d’autres effets que de constater l’existence de la provision à la date
à laquelle il est donné. Le tiré ne prend aucun engagement concernant l’existence de la
provision lors de la présentation. Son engagement est valable, alors même que l’obligation qu’il
garantit serait nulle pour toute cause autre qu’un vice de forme (Art.266 al.C.Com).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
SECTION II
QUASI INEXISTENCE DES CONDITIONS DE FOND

§1- Capacité du tireur du chèque

Le chèque n’étant pas, à la différence de lettre de change, un acte de commerce par la


forme, la question de la capacité du tireur relève du droit commun. L’incapacité est sanctionnée
par la nullité relative de l’engagement opposable au porteur de bonne foi.

Dans le cas où le chèque porte des signatures de personnes incapables de s’obliger, des
signatures fausses, ou des signatures de personnes imaginaires, les obligations des autres
signataires restent valables (Art. 248 C. Com.).

§2- Existence de la provision

A- Définition et caractères de la provision

La provision peut être définie comme une créance en argent du tireur contre le tiré, plus
concrètement c’est la somme égale au montant du chèque dont le tireur dispose chez le tiré et
qu’il peut utiliser par chèque.

La provision doit être liquide et exigible. Comme le chèque ne peut être tiré que sur un
établissement bancaire, elle consiste toujours dans le crédit du tireur sur le banquier. Elle ne
peut consister en la remise d’effets de commerce à l’encaissement, à moins qu’ils n’aient été
portés en compte.

La question se pose dans l’hypothèse des facilités de caisse, qui consiste pour le banquier
à payer à découvert des chèques tirés par son client. Cette tolérance suffit-elle pour que le client
puisse prétendre avoir une provision chez le banquier ? Pour répondre à cette question il faut
distinguer entre la jurisprudence commerciale et pénale. La première relativement libérale voit
dans cette facilité la preuve d’une ouverture de crédit. La deuxième plus sévère retient le délit
d’émission de chèque sans provision lorsque le banquier révoque cette facilité.

B- Preuve de la provision

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
En cas de dénégation, c’est le tireur qui a la charge de faire la preuve de l’existence de la
provision au moment de l’émission du chèque (Art. 241 al.4 C.Com) s’il ne parvient pas à faire
cette preuve, il est tenu de garantir le paiement, même si le protêt a été dressé au-delà du délai
légal (Art. 241 al. 4 C.Com.).

C- Propriété de la provision

La remise du chèque fait acquérir au bénéficiaire, puis aux différents porteurs un droit sur
la provision. L’article 256 du code de commerce dispose dans ce sens que « l’endossement
transmet tous les droits résultant du chèque et notamment la propriété de la provision ».

I- L’acquisition par le porteur des droits du tireur

Il résulte de ce qui précède que le porteur se trouve à l’abri des événements qui pourraient
survenir entre l’émission et la présentation du chèque, et mettraient obstacle à son paiement.
Ainsi le décès du tireur, la survenance d’une incapacité, le jugement qui le déclare en règlement
ou en liquidation judiciaire n’empêchent pas le porteur d’obtenir paiement du chèque pourvu
qu’il démontre que l’émission a eu lieu antérieurement à ces événements (voir dans ce sens les
articles 272 et 684 du code de commerce).

II- L’acquisition par le porteur de droits plus étendus

Aux termes de l’article 261 du code de commerce « les personnes actionnées en vertu du
chèque ne peuvent pas opposer au porteur les exceptions fondées sur leurs rapports avec le
tireur ou avec les porteurs antérieurs, à moins que le porteur en acquérant le chèque n’ait agi
sciemment au détriment du débiteur ».

Cet article est la consécration du principe de l’inopposabilité des exceptions qui


s’applique en matière de chèque exactement dans les mêmes conditions qu’en matière de lettre
de change. Toutefois cette règle revêt en pratique moins d’importance. D’une part parce que les
rapports du banquier-tiré et du tireur ne fournissent guère d’exceptions au premier contre le
second. D’autre part parce que le chèque circule peu de sorte qu’il n’y a pas le plus souvent de
porteurs intermédiaires à l’égard desquels jouerait la règle.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
SECTION III
LA VIE DU CHEQUE

§1- La transmission du chèque

Nous distinguerons la transmission en propriété (A), de la transmission à titre de mandat


(B).

A- Endossement translatif

I- Formes de l’endossement

Le chèque est par sa forme à ordre. Tout chèque stipulé payable au profit d’une personne
dénommée est susceptible d’endossement qu’il comporte ou non une clause à ordre (Art. 252 al.
1 C.Com.). S’il est à personne dénommée avec une clause « non ordre », il ne peut être cédé
que dans la forme et avec les effets d’une cession ordinaire (Art. 252 al. 2).

L’endossement du chèque se fait dans les mêmes conditions que celui de la lettre de
change. Il implique la remise du titre et l’apposition d’une mention d’endos (Art. 255 al. 1
C.Com.).

L’endossement peut ne pas désigner le bénéficiaire ou consister simplement dans la


signature de l’endossement, (endossement dit en blanc). Dans ce dernier cas, l’endossement
pour être valable, doit être inscrit au dos du chèque ou sur l’allonge (Art. 252 al. 2 C.Com).

Lorsqu’un endosseur interdit un nouvel endossement, le chèque reste endossable mais


l’endosseur qui a stipulé la clause n’est pas tenu à garantie envers les personnes auxquelles le
chèque est ultérieurement endossé (Art. 257 al.2 C.Com.).

II- Effets de l’endossement

L’endossement du chèque produit les mêmes effets qu’en matière de lettre de change,
notamment la responsabilité solidaire des endosseurs, et l’inopposabilité des exceptions (Art.
261 al. C.Com.).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
L’endossement fait après le protêt ou après l’expiration du délai de présentation ne
produit que les effets d’une cession ordinaire (Art. 263 al. 1 C. Com.).

Sauf clause contraire, l’endossement sans date est présumé avoir été fait avant le protêt ou
avant l’expiration du délai de présentation (Art. 263 al. 4 C.Com.).

B- Endossement de procuration

L’endossement de procuration est celui par lequel le porteur du chèque donne mandat à
une personne (généralement une banque) de le présenter au paiement.

L’endossement de procuration résulte de la mention « valeur en recouvrement », « pour


encaissement », « par procuration » ou toute autre mention impliquant un simple mandat
d’encaisser (Art. 262 C.Com.).

Le mandat renfermé dans un endossement de procuration ne prend pas fin par le décès du
mandant ou la survenance de son incapacité (Art 262 al 3).

§2- Le paiement du chèque

L’étude du paiement du chèque conduit à s’interroger successivement sur deux questions


essentielles. La première, concerne la procédure même de paiement, la deuxième porte sur les
incidents de paiement.

A- La procédure de paiement du chèque

I- La présentation au paiement

1- Délai de présentation

Le chèque est un titre payable à vue, il peut être présenté au paiement dès le jour de son
émission. S’il porte une date non-échue il est néanmoins payable dès le jour de sa présentation
(Art. 267 C.Com.).

Le chèque doit être présenté au paiement avant l’expiration d’un certain délai fixé par la
loi dans les conditions suivantes :
- Le chèque émis et payable au Maroc doit être présenté au paiement dans le délai de 20 jours
(Art. 268 al. 1 C.Com.).
- Le chèque émis hors du Maroc et payable au Maroc doit être présenté dans un délai de 60
jours (Art. 268 al.2 C.Com.).
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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- Le point de départ de ces délais est le jour porté sur le chèque comme date d’émission (Art.
268 al. Dernier).

Les délais évoqués par l’article 268 du code de commerce n’ont que peu de conséquences
pratiques, puisque le tiré doit payer le chèque approvisionné malgré une présentation tardive
(Art. 271 al.1 C.Com.), et les recours contre le tireur qui n’a pas constitué provision sont
maintenus au-delà même du délai de présentation.

2- Lieu de présentation du chèque

Le chèque doit être présenté au paiement au lieu indiqué sur le titre, généralement la
succursale ou l’agence de la banque-tiré. En pratique la quasi-totalité des chèques est payée par
l’intermédiaire de la chambre de compensation, qui aux termes de l’article 270 du code de
commerce équivaut à la présentation au paiement.

II- La réalisation du paiement.

La réalisation du paiement impose au banquier tiré une double obligation, celle de vérifier
la régularité apparente du titre, et celle de payer.

1- Obligation de vérification

Le banque-tiré doit s’assurer de la régularité apparente du chèque, notamment de


l’existence des mentions obligatoires, de la concordance de la signature du tiré avec le spécimen
donné lors de l’ouverture du compte. Si le chèque a été endossé, il doit vérifier la suite
ininterrompue des endossements, mais non les signatures des endosseurs (Art. 274 al.2
C.Com.).

2- Obligation de payer

Le banquier à l’obligation de payer le chèque dans la limite de la provision disponible. Le


paiement se réalise normalement soit par une remise en numéraires si le porteur présente le
chèque lui-même, soit par compensation suivie d’une inscription au compte du porteur lorsque
le chèque est encaissé par un banquier.

Lorsque la provision ne permet pas le paiement intégral du chèque, l’établissement


bancaire-tiré a l’obligation de proposer au porteur un paiement partiel que ce dernier ne peut
refuser (Art.273 al.2 C.Com.).

B- Les incidents de paiement du chèque

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Nous traiterons successivement de deux catégories d’incidents de paiement : l’opposition,
et le refus de paiement.

I- L’opposition

L’opposition a pour effet d’interdire au banquier de payer le chèque qui lui sera présenté.
L’article 271 al.2 du code de commerce énumère les cas dans lesquels le tireur peut légitiment
effectuer une opposition. Il s’agit des cas suivants :
- Perte, vol, utilisation frauduleuse ou falsification du chèque.
- Redressement ou liquidation judiciaire du porteur.
En dehors de ces cas toute opposition est irrégulière, et exposerait son auteur à un
emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de 2.000 à 10.000 Dirhams sans que cette
amende puisse être inférieure à 25% du moment du chèque (Art. 316 C.Com.).

L’opposition peut être faite de n’importe quelle façon, mais elle doit être immédiatement
confirmée par écrit quel que soit le support de cet écrit et appuyer cette opposition par tout
document utile (Art. 271 al.2 C.Com.).

La banque est tenue de mentionner sur les formules de chèques délivrées aux titulaires du
compte, les autres causes que celles prévues à l’al.2 l’art. 271.

Lorsque l’opposition est irrégulière, le juge des référés, même dans le cas où une instance
au principal est engagée, doit sur la demande du porteur ordonner la mainlevée de cette
opposition (Art. 271 al.1 C.Com.).

II- Refus de paiement

Deux formes de refus de paiement peuvent-être envisagées : le premier est légitime et


s’explique par l’absence de provision, le second est illégitime et entraînera la responsabilité du
tiré.

1- Le refus de paiement pour absence de provision

Il incombe au porteur victime de l’émission de chèque sans provision de prendre toutes


les mesures nécessaires pour que soit officiellement constaté le défaut de paiement, et d’intenter
des recours pour obtenir le paiement effectif du chèque.

a- Protêt du chèque

97
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le porteur d’un chèque non approvisionné doit faire établir un protêt pour constater le
non-paiement du chèque, et peut se réserver le droit d’exercer ses recours ultérieurement contre
les différents signataires du chèque (Art. 283 C.Com.).

Nul acte de la part du porteur du chèque ne peut suppléer l’acte du protêt, sauf l’acte
dressé en cas de perte ou de vol (Art. 299 C.Com.).

Toutefois la clause de « retour sans frais » ou toute autre formule équivalente dispense le
porteur, pour exercer ses recours, de faire établir un protêt (Art. 286 C.Com.). Mais la clause ne
dispense pas le porteur de la présentation du chèque dans le délai prescrit, ni des avis à donner.
La preuve de l’inobservation du délai incombe à celui qui s’en prévaut contre le porteur (Art.
286 al.2 C.Com.).

b- Avis du défaut de paiement

Le porteur doit donner avis du défaut de paiement à son endosseur, et au tireur dans les
huit jours ouvrables qui suivent le jour du protêt, et en cas de clause de retour sans frais, le jour
de la présentation (Art. 285 al.1 C.Com.).

Chaque endosseur doit, dans les quatre jours ouvrables qui suivent le jour où il a reçu
l’avis, faire connaître à son endosseur l’avis qu’il a reçu.

Le non-respect de cette disposition n’entraîne pas la déchéance, mais celui qui n’a pas
donné l’avis dans le délai indiqué est responsable du préjudice causé par sa négligence, sans que
les dommages-intérêts puissent dépasser le montant du chèque (Art. 239 al. Dernier).

c- Attestation du non-paiement

Tout établissement bancaire qui refuse le paiement d’un chèque pour défaut de provision,
doit remettre au porteur à son mandataire un certificat de refus de paiement (Art. 309 al.1
C.Com.). Cette attestation ne fait pas double emploi avec le protêt, qui demeure le seul acte
valable pour sauvegarder les recours cambiaires du porteur.

d- Recours pour défaut de paiement

d-1- Conditions d’exercice des recours

Comme en matière de lettre de change, le porteur d’un chèque impayé dispose d’actions
cambiaires contre tous les signataires du titre. Il a le droit d’agir contre eux individuellement ou
collectivement, sans être astreint à observer l’ordre dans lequel ils se sont obligés (Art. 287 al. 1
C.Com.).

98
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Il s’agit là d’une action dont seul peut bénéficier le porteur diligent, qui a présenté le
chèque dans les délais légaux, et fait dresser protêt - sauf dispense - dans le délai requis.

Cette action permet au porteur d’obtenir le paiement du chèque, augmenté des frais de
protêt, ceux des avis et de poursuites le cas échéant (Art. 288 al.4 C.Com.). A cette somme
s’ajoutent les intérêts à partir de la présentation dus au taux légal pour chèques émis et payable
au Maroc, ce taux étant majoré de 1% pour les autres chèques.

d-2- Prescription des recours

L’action du porteur du chèque contre le tiré se prescrit par un an à partir de l’expiration du


délai de présentation (Art. 295 al. 3 C.Com.).

Toutes les autres actions se prescrivent par dix mois, mais le point de départ du délai varie
selon les cas :
- Pour les actions du porteur contre les endosseurs, le tireur et les autres obligés. Le délai court à
partir de l’expiration du délai de présentation (Art. 295 al.1 C.Com.).
- Pour les actions en recours des divers obligés les uns contre les autres le délai court du jour où
l’obligé a remboursé le chèque ou du jour où il a été lui-même actionné (Art. 239 al.2 C.Com.).
La prescription est interrompue en cas d’action en justice. De même s’il y a eu
condamnation ou si la dette a été reconnue par acte séparé (Art. 296 al.1 C.Com.).
L’interruption de la prescription n’a d’effet que contre celui à l’égard duquel l’acte interruptif a
été fait (Art. 296 al.2 C.Com.).

2- Le refus de paiement illégitime

Il ressort des termes de l’article 309 al. 2 du code de commerce, que le banquier qui
dispose d’une provision suffisante et disponible, et qui refuse le paiement d’un chèque
régulièrement assigné sur caisses, devra réparer le dommage que son refus a pu causer au tireur.
Cette responsabilité couvre deux chefs de dommages. Le premier est relatif à l’inexécution de
l’ordre donné par le tireur, le deuxième est relatif à l’atteinte à son crédit (Art. 309 al. 2
C.Com.).

La question se pose de savoir si d’autres personnes que le tireur peuvent invoquer la


responsabilité du banquier. On est en droit de penser que les termes de l’article 309 al. 2 ne
constituent qu’un simple aménagement de la responsabilité contractuelle du tiré à l’égard du

99
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
tireur ; et ne sauraient exclure l’application du droit de la responsabilité délictuelle dont peut se
prévaloir toute personne ayant intérêt au paiement.

SECTION IV
LES INFRACTIONS EN MATIERE DE CHEQUES

Les infractions en matière de chèques peuvent être le fait du tireur (§1), du bénéficiaire
(§2), du tiré (§3), et enfin des tiers (§4).

§1- Les délits commis par le tireur

A- L’omission de maintenir ou de constituer la provision du chèque en vue de son


paiement à la présentation

Aux termes de l’article 316 du code de commerce « est passible d’un emprisonnement
d’un à cinq ans et d’une amende de 2.000 à 10.000 dirhams sans que cette amende puisse être
inférieure à 25% du montant du chèque ou de l’insuffisance de provision : Le tireur du chèque
qui omet de maintenir ou de constituer la provision du chèque, en vue de son paiement à la
présentation. ».

Il ressort des dispositions de cet article que le législateur a entendu élargir la répression de
l’émission du chèque sans provision qui n’est plus subordonné à la mauvaise foi du tireur. Il
suffit qu’il omette de maintenir ou de constituer la provision du chèque en vue de son paiement
à la présentation pour qu’il y ait infraction. Peu importe que cette omission soit le fruit d’une
volonté de nuire ou d’une simple négligence.

B- L’opposition irrégulière au paiement du chèque

(Voir supra ).

100
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
C- Émission d’un chèque en violation d’une interdiction bancaire ou d’une
interdiction judiciaire.

Nous verrons les deux types d’interdictions ainsi que les sanctions prévues en cas de non-
respect de cette interdiction.

I- L’interdiction bancaire

Aux termes de l’article 313 al.1 du code de commerce, l’établissement bancaire tiré qui
refuse le paiement d’un chèque pour défaut de provision suffisante doit enjoindre au titulaire du
compte de :
- Restituer à tous les banquiers dont il est le client les formules en sa possession et en celle de
ses mandataires.
- Ne plus émettre des chèques autres que ceux permettant exclusivement le retrait de fonds par
le tireur auprès du tiré ou ceux qui sont certifiés.

Le banquier doit informer dans le même temps les mandataires de son client ainsi que les
autres titulaires du compte. A défaut de régularisation, le destinataire de l’injonction perd la
faculté d’émettre des chèques pendant une durée de dix ans. Il recouvre la possibilité d’émettre
des chèques lorsqu’il justifie :
- Qu’il a réglé le montant du chèque impayé ou a constitué une provision suffisante et
disponible pour son règlement par les soins du tiré ;
- Qu’il s’est acquitté de l’amende fiscale qui est de l’ordre de 5% du montant du chèque impayé
faisant l’objet d’une première injonction, elle est portée à 10% lors de la deuxième injonction, et
enfin à 20% lors de la troisième injonction et les injonctions suivantes.

II- L’interdiction judiciaire

Le tribunal peut interdire à toute personne ayant fait l’objet d’une poursuite en vertu de
l’article 316 du code de commerce, d’émettre des chèques autres que ceux qui permettent
exclusivement le retrait de fonds par le tireur auprès du tiré ou ceux qui sont certifiés. La durée
de cette interdiction est de un à cinq ans. Elle peut être déclarée exécutoire par provision (Art.
317 al. 1). Parallèlement à cette interdiction, le tribunal enjoint au condamné d’avoir à restituer
à l’établissement bancaire qui les avait délivrées les formules en sa possession et en celle de ses
mandataires.

Le tribunal est tenu en outre d’informer Bank al Maghreb de la décision portant


interdiction, qui à son tour doit informer les établissements bancaires de cette interdiction. A
partir de cette date, les banques informées doivent s’abstenir de délivrer au condamné et à ses

101
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
mandataires des formules de chèques autres que celles mentionnées à l’alinéa 1 de l’article 317
du C.Com.

Le tribunal a la faculté d’ordonner la publication par extrait, de la décision dans les


journaux de son choix (Art. 317 al.2).

III- Sanction du non-respect de l’interdiction bancaire et judiciaire

Est passible d’un emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de 1.000 à 10.000
dirhams (Art. 318 al. 1) :
- Celui qui émet des chèques au mépris d’une interdiction bancaire ou judiciaire ;
- Le mandataire qui, en connaissance de cause, émet des chèques, dont l’émission est interdite à
leurs mandants.
Les peines prévues à l’alinéa premier de l’article 318 sont portées au double si les chèques
émis au mépris de l’injonction ou en violation de l’interdiction ne sont pas payés à présentation
faute de provision (Art. 318 al. C.Com.).

D- L’émission d’un chèque en violation de certaines dispositions légales

Deux hypothèses ont été prévues par l’article 307 du code de commerce :
La première concerne l’émission d’un chèque ne portant pas l’indication de certaines mentions,
notamment :
- Le lieu d’émission ;
- L’absence de date ;
- Ou l’indication d’une fausse date.

La deuxième hypothèse concerne l’émission d’un chèque sur une personne autre qu’un
établissement bancaire.

Dans ces deux cas le tireur du chèque est passible d’une amende de 6% du montant du
chèque sans que cette amende puisse être inférieure à 100 dirhams (Art. 307 al. 1).

§2- Les délits commis par le bénéficiaire

A- Acceptation d’un chèque sur lequel manquent certaines mentions obligatoires

Le législateur sanctionne de la même peine que celle prévue pour le tireur dans l’article
307 al. 1, le premier endosseur ou le porteur d’un chèque sans indication du lieu d’émission ou
sans date, ou portant une date postérieure à celle à laquelle il est endossé ou présenté. Rappelons
que cette sanction consiste en le versement d’une amende de 6% du montant du chèque sans
que cette amende puisse être inférieure à 100 Dirhams.

102
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
B- L’acceptation d’un chèque à titre de garantie

Est passible d’un emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de 2.000 à 10.000
Dirhams sans que cette amende puisse être inférieure à 25% du montant du chèque ou de
l’insuffisance de provision, celui qui, en connaissance de cause accepte de recevoir ou
d’endosser un chèque à la condition qu’il soit réservé à titre de garantie (Art. 316 du C.Com.).

§3- Les délits commis par le tiré

Le législateur a prévu un certain nombre d’infractions qui, lorsqu’elles sont commises par
l’établissement bancaire tiré, engagent sa responsabilité.

A- Les obligations de la banque

Il ressort de la lecture des articles 271, 309, 312, 313, et 317 du code de commerce que le
législateur a mis à la charge de la banque des obligations dont voici succinctement le contenu.
- L’article 271 fait obligatoirement au tiré de payer le chèque même après l’expiration du délai
de présentation et même lorsque ce chèque est émis au mépris d’une interdiction bancaire ou
judiciaire.
- L’article 309 oblige le tiré à délivrer au porteur ou à son mandataire un certificat de paiement.
- L’article 312 fait défense au tiré de délivrer au titulaire du compte et à son mandataire des
formules habituelles de chèques pendant dix ans à compter d’un incident de paiement pour
défaut de provision suffisante, lorsque le titulaire du compte n’a pas fait usage de la faculté de
régularisation prévue à l’article 313.
- L’article 313 fait obligation au tiré d’enjoindre au titulaire du compte émetteur d’un chèque
sans provision d’avoir à restituer les formules de chèques en sa possession, et de ne plus émettre
des chèques pendant 10 ans.
- L’article 317 fait obligation à la banque de se conformer aux termes de l’interdiction judiciaire
prononcée à l’encontre du titulaire du compte.

Le non-respect par le banquier de l’ensemble de ces obligations entraîne sa responsabilité


pénale, et l’expose aux sanctions prévues à l’article 319 al. 1 du code de commerce.

B- Responsabilité de la banque

I- Responsabilité pénale

Aux termes de l’article 319 du code de commerce est passible d’une amende de 5.000 à
50.000 Dirhams :
1) Le tiré qui indique une provision inférieure à la provision existante et disponible.

103
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
2) Le tiré qui contrevient aux dispositions lui faisant obligation de déclarer dans les mêmes
délais réglementaires les incidents de paiement de chèque, ainsi que les infractions prévues à
l’article 318.
3) Le tiré qui contrevient aux dispositions des articles 271 (1er alinéa), 309 (1° alinéa), 312, 313
et 317.

II- Responsabilité civile

Indépendamment des sanctions pénales, la violation par le banquier des dispositions


légales évoquées plus haut, entraîne la responsabilité civile de ce dernier qui peut être
recherchée sur la base des règles du droit commun.

§4- Les délits commis par les tiers

Est passible d’un emprisonnement d’un an à cinq ans et d’une amende de 2.000 à 10.000
dirhams sans que cette amende puisse être inférieure à 25% du montant du chèque :
- Toute personne qui contrefait ou falsifie un chèque.
- Toute personne qui, en connaissance de cause, accepte de recevoir, d’endosser ou d’avaliser
un chèque falsifié ou contrefait.
- Toute personne qui, en connaissance de cause, fait usage ou tente de faire usage d’un chèque
contrefait ou falsifié (Art. 316 C.Com.)

104
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
TITRE II : LES INSTRUMENTS NON CAMBIAIRES

Il s’agit essentiellement des nouveaux procédés de transfert de fonds sans manipulation


d’espèces.

En effet, l’idée s’est faite jour de créer d’autres instruments de paiement permettant
d’éviter les manipulations imposées par les chèques, leur coût de traitement et leur caractère
gratuit. Telle est la fonction du virement et des cartes de crédit (Chapitre I).

La cession des créances professionnelles, l’affacturage et le crédit documentaire


constituent quant à eux une innovation censée réunir les avantages des instruments classiques
sans en présenter les inconvénients. (Chapitre II).

CHAPITRE I
LES INSTRUMENTS DE PAIEMENT

Il s’agit essentiellement du virement et des cartes bancaires. Il peut sembler aléatoire à


première vue de les regrouper sous un même chapitre. Cependant, malgré leur apparente
dissemblance, ces deux moyens de paiement ont en commun la même fonction économique, qui
consiste à permette de transfert de la monnaie scripturale, et à assurer la circulation du solde des
comptes bancaires.

Ils ont également en commun de reposer sur le même mécanisme juridique qui est celui
du mandat.

105
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
SECTION I
LE PAIEMENT PAR VIREMENT

Le virement est l’opération bancaire par laquelle des fonds sont transférés d’un compte à
un autre par l’inscription d’une écriture au débit de l’un et l’inscription d’une écriture
corrélative au crédit de l’autre.

L’article 519 du code de commerce le définit comme étant une opération « Par laquelle le
compte d’un déposant est, sur l’ordre écrit de celui-ci, débité pour un montant destiné à être
porté au crédit d’un autre compte ».

Il résulte de l’analyse de ces deux définitions que le virement bancaire repose sur deux
opérations distinctes. D’une part, l’ordre de virement qui s’analyse comme un mandat conféré
par le donneur d’ordre à son banquier. D’autre part, l’exécution de l’ordre par le banquier
mandataire qui, par un jeu d’écriture, va opérer le transfert de fonds.

Il convient donc d’étudier successivement l’ordre de virement (§1), puis l’exécution de


l’ordre de virement (§2).

§1- L’ordre de virement

A- Émission de l’ordre de virement

I- Conditions de forme

L’ordre de virement suppose un ordre écrit de la part du donneur d’ordre (Art. 519 du
C.Com.). Contrairement à certains auteurs nous pensons que l’exigence de l’écrit n’est pas une
condition de validité mais un simple moyen de preuve.

En pratique, l’exigence de l’écrit est imposée par les banques qui ont recours le plus
souvent à des formules pré-imprimées destinées à faciliter le traitement des ordres.

II- Conditions de fond

L’ordre de virement est subordonné à la condition que le donneur d’ordre et le


bénéficiaire soient l’un et l’autre titulaires d’un compte dans un établissement bancaire ou un
établissement assimilé. De surcroît, l’ordre de virement s’analysant en un mandat, les conditions
générales de validité des conventions doivent être respectées (consentement, capacité, objet,
cause).

106
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
L’ordre de virement postule enfin que les fonds correspondants soient déjà inscrits au
compte du donneur d’ordre, mais rien ne s’oppose à ce qu’il porte sur les sommes devant y être
inscrites dans un délai préalablement convenu avec la banque (Art. 520 C.Com.).

B- Effets de l’émission de l’ordre de virement

I- Effets de l’ordre de virement à l’égard du donneur d’ordre

En application des règles de droit commun relatives au mandat l’ordre de virement est
essentiellement révocable. Ce principe a été consacré expressément par l’article 521 al. 2 du
C.Com « l’ordre de virement peut être révoqué jusqu’à ce moment ».

Ce moment étant la date de l’inscription de l’ordre au débit du compte du donneur d’ordre


(Art. 521 al. 1 C.Com.).

L’ordre de virement devient caduc en cas de survenance d’une incapacité ou de décès du


donneur d’ordre pour les personnes physiques (Art. 929 du D.O.C.). Et par la fin de la personne
morale pour les sociétés (Art. 930 du D.O.C). Toutefois cette caducité de l’ordre de virement ne
peut s’imposer au banquier qu’à partir du moment où il a eu connaissance de la survenance du
décès, ou de l’incapacité.

II- Effets de l’ordre de virement à l’égard du bénéficiaire

Contrairement à la théorie de la provision en matière de chèque, l’ordre de virement ne


produit aucun effet juridique dont peut se prévaloir le bénéficiaire.

L’article 521 al.1 du C.Com. dispose en effet que « le bénéficiaire d’un virement devient
propriétaire de la somme à transférer au moment où l’établissement bancaire en débite le
compte du donneur d’ordre ». L’ordre de virement est révocable jusqu’à ce moment (Art. 521
al.2 C.Com.).

III- Effets à l’égard du banquier du donneur d’ordre

En sa qualité de mandataire, la banque du donneur d’ordre est tenue de trois obligations :


- Celle de vérifier l’ordre de virement qui lui est présenté. Faute par elle de ce faire, elle engage
sa responsabilité contractuelle : notamment lorsque l’ordre de virement a été falsifié.
- Celle d’exécuter promptement l’ordre de virement. La jurisprudence française considère
comme fautif le retard de huit jours.
- Celle enfin de rendre compte de l’exécution de l’ordre de virement par un avis de débit du
compte de son client.

107
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
§2- L’exécution de l’ordre de virement

A- Modalités d’exécution de l’ordre de virement

L’opération de virement est exécutée selon le cas, par l’inscription de la somme virée au
compte du bénéficiaire et l’envoi à ce dernier d’un avis de crédit, ou par un transfert des fonds
au banquier tenant le compte du bénéficiaire qui crédite le compte de son client.

Deux phases sont à distinguer dans cette opération. La première c’est l’inscription au
débit du compte du donneur l’ordre qui a pour conséquence de rendre l’ordre irrévocable. Les
fonds correspondants sont réputés alors être sortis du patrimoine du donneur d’ordre le jour de
la passation de l’écriture au débit du compte. Ils ne peuvent plus être saisis par ses créanciers et
n’ont pas à être compris dans son actif en cas d’ouverture d’une procédure collective. La
deuxième c’est l’inscription au crédit du compte du bénéficiaire qui constitue une remise de
monnaie scripturale équivalente à la tradition pour les monnaies métalliques et fiduciaires.

La question se pose de savoir à quelle date et en quel lieu le virement est-il réputé
exécuté ? De multiples intérêts d’attachent à cette question. Ainsi selon la date considérée. Le
paiement a pu intervenir avant ou après la cessation de paiement et encourir ou non
l’inopposabilité prévue par l’article 682 du code de commerce. De même pour les dettes
libellées en monnaie étrangère, le cours de change dépend de la date retenue. Le lieu de
paiement contribue quant à lui à désigner le tribunal territorialement compétent pour juger
l’affaire. Il résulte de l’article 522 du code de commerce que la créance pour le règlement de
laquelle un virement est établi subsiste avec toutes ses sûretés et accessoires jusqu’au moment
où le compte du bénéficiaire est effectivement crédité du montant de ce virement. L’article 522
rejoint ainsi une jurisprudence constante en France qui considère le virement accompli au
moment et au lieu où les fonds sont mis à la disposition du bénéficiaire. C’est à cette date et en
ce lieu que le paiement est réalisé.

B- Incidents de l’exécution de l’ordre de virement

I- Insuffisance de la provision au compte du donneur d’ordre

Dans cette hypothèse le banquier a la possibilité de ne pas donner suite à l’ordre de


virement. Mais s’il l’exécute malgré cette insuffisance il peut agir en répétition de l’indu contre
le donneur d’ordre. Le bénéficiaire ne peut par contre être recherché que dans le cas d’une
erreur matérielle imputable au donneur d’ordre.

II- Exécution d’un ordre de virement faux ou falsifié

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le banquier a l’obligation de vérifier que le virement émane du titulaire du compte, et
n’est ni faux ni falsifié. Faute par lui de ce faire, et en l’absence d’une faute à la charge du
client, le banquier est susceptible d’engager sa responsabilité s’il exécute un ordre faux ou
falsifié.

SECTION II
LE PAIEMENT PAR CARTE

Les cartes de paiement sont des cartes émises par un établissement bancaire, et qui
permettent à leur titulaire de retirer ou de transférer des fonds. La pratique connait aussi la carte
dite de crédit qui ouvre en plus au porteur, la faculté de bénéficier d’un délai pour le
remboursement des sommes payées au moyen de cette carte.

Matériellement les cartes de paiement se présentent sous la forme standard d’un rectangle
plastifié d’une longueur de 86 mm, d’une largeur de 54 mm, et d’une épaisseur de 0,76 mm.
Elles sont généralement dotées d’une puce électronique ou d’une bande magnétique.

Les cartes bancaires sont régis par :


- Les dispositions du code de commerce (Articles 329 à 333).
- Les conventions entre établissements bancaires et la clientèle.
- Les conventions entre le CMI (centre monétique informatique) et les commerçants
adhérents.

C’est au regard de ces dispositions légales et conventionnelles qu’il convient de préciser


le régime du paiement par carte aussi bien au regard du porteur que du fournisseur, et de
l’émetteur.

Le porteur s’engage à surveiller sa carte et à garder secret son code confidentiel afin
d’éviter les vols ou l’utilisation frauduleuse.

109
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
A- Irrévocabilité de l’ordre de paiement

Il ressort des termes de l’Article 330 du code de commerce que l’ordre ou l’engagement
de payer est irrévocable. Aussi le porteur doit s’assurer que le solde de son compte soit
suffisamment créditeur afin de permettre le paiement.

A concurrence d’un certain montant, l’émetteur est en général garant du paiement, c’est-
à-dire qu’il devra régler le créancier du porteur même si ce dernier est insolvable. Au-delà de ce
montant, l’émetteur agit comme un mandataire chargé d’effectuer les paiements pour le compte
de l’adhérent. Il paiera à concurrence du solde créditeur du porteur.

B- L’opposition au paiement

L’opposition, qui déroge à l’irrévocabilité de l’ordre de paiement, n’est admise qu’en cas
de perte ou de vol de la carte, de redressement ou de liquidation judiciaire du bénéficiaire (Art.
330 du code de commerce).

Dans ces hypothèses, l’opposition doit intervenir immédiatement car il est généralement
prévu que le porteur demeure tenu des opérations antérieures à l’opposition tandis que c’est
l’émetteur qui supporte celles des opérations postérieures à celle-ci.

C- Fraude

L’usage frauduleux des cartes est sanctionné pénalement. Sont ainsi punis des peines
prévues à l’article 316, en ce qui concerne les moyens de paiement.

Il est bien entendu que les moyens de paiement contrefaits ou falsifiés seront confisqués
et détruits (Art. 330 du code de commerce)

§2- Le régime de paiement par carte au regard du fournisseur

A- Généralités

Le fournisseur qui souhaite accepter les paiements par carte doit adhérer au centre
monétique interbancaire. L’adhésion est normalement effectuée pour une durée indéterminée.
La résiliation reste donc possible pour chacune des parties à tout moment. La convention
appelée convention fournisseur, prévoit que certains événements affectant le fournisseur,

110
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
comme la cessation d’activité ou le manquement à certaines de ses obligations entraînent
automatiquement la résiliation.

B- L’engagement du fournisseur à l’égard du public

Le fournisseur doit informer le public qu’il est adhérent d’un système de paiement par
carte. En ce cas, il ne peut refuser de tels paiements. Il ne peut pas non plus appliquer des tarifs
différents selon que le paiement est effectué ou non par carte. Il ne peut donc pas répercuter sur
sa clientèle le montant des commissions qu’il verse à son banquier, ce qui permet d’assurer la
neutralité des moyens de paiement.

C- L’engagement du fournisseur à l’égard de l’émetteur

Dans sa relation avec l’émetteur, le fournisseur sera amené à verser certaines


commissions qui rémunèrent ce dernier. Leur montant diffère selon les réseaux. Une partie de
ces commissions est fixe. Elle correspond aux loyers pour le matériel mis à sa disposition par
l’émetteur, son appartenance à un ou plusieurs réseaux, au service de paiement, et au service de
garantie. Une partie est proportionnelle et dépend du nombre et du montant des opérations
traitées.

A chaque opération, le fournisseur doit veiller à respecter les procédures d’utilisation de la


carte, en procédant aux vérifications d’usage. Lorsqu’il dispose d’un terminal électronique de
paiement, la plupart des vérifications sont faites automatiquement. Mais lorsqu’il dispose d’une
imprimante manuelle, il doit en particulier s’assurer que la carte est en cours de validité, qu’elle
n’est pas sur la liste des cartes en opposition, et que la signature apposée sur la facturette est
identique à celle portée sur la carte.

Toutes ces vérifications s’imposent afin d’assurer la sécurité des paiements par carte. Leur
omission peut entraîner la perte de garantie dont le fournisseur peut bénéficier et la résiliation
du contrat fournisseur.

§3- Le régime de paiement par carte au regard du banquier

A- Généralités

Un banquier n’est jamais tenu de délivrer à un client qui a ouvert un compte chez lui une
carte de crédit ou de paiement. Il bénéficie à ce titre d’une faculté de sélection qui trouve son
fondement sur le caractère intuitu personae de sa relation avec le porteur comme avec le
fournisseur.

B- Obligation de paiement

111
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Le contrat conclu avec le fournisseur, met à la charge du banquier l’obligation de
paiement ainsi que les vérifications d’usage relatives à la régularité de l’ordre, et l’absence
d’opposition.

En principe, il s’agit d’un paiement garanti. En vertu du contrat fournisseur, le banquier


assure au fournisseur qu’il sera effectivement payé du montant de la facture réglée à l’aide de la
carte. Cependant la garantie du paiement dépend du montant de l’opération. En effet jusqu’à un
certain montant librement fixé par le contrat, la garantie est automatique. Si le montant de
l’opération est en revanche supérieur au seuil fixé contractuellement, le paiement n’est garanti
qu’après accord du banquier par le biais de son mandataire le centre d’autorisation des cartes
bancaires dont dépend le fournisseur.

CHAPITRE II
LES INSTRUMENTS DE CREDIT

Nous verrons successivement les règles relatives à l’affacturage (Section I), la cession de


créances professionnelles (Section II), et le crédit documentaire (Section III).

SECTION I
L’AFFACTURAGE

L’affacturage ou factoring est une opération de crédit qui garantit le règlement et permet
éventuellement la mobilisation de créances commerciales à court terme.

Elle stipule dans le règlement conventionnel qu’une personne dénommée le factor fait à
une entreprise (l’adhérent) des créances qu’elle a sur ses clients, moyennant leur transfert à son
profit et le versement de commissions et agios. Le factor règle ainsi l’entreprise de manière
anticipée et se retourne ensuite, à l’échéance des créances, contre les débiteurs définitifs, dont il
accepte par avance de supporter l’éventuelle insolvabilité.

Selon la convention le factor peut soit acquérir lesdites créances, soit se porter mandataire
du créancier avec, dans ce dernier cas, une garantie de bonne fin (Article 5 du dahir du 14

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Février 2006 portant promulgation de la Loi N°34-03 relative aux établissements de crédit et
organismes assimilés).

§1- Conditions du contrat d’affacturage

Il ressort de l’article 3 de la loi bancaire que le contrat d’affacturage est assimilé à une
opération de crédit, il ne peut donc être pratiqué que par des établissements de crédit tels que
définis par ladite loi.

Seules les créances certaines, nées, exigibles ou à terme, mais pas éventuelles peuvent
faire l’objet d’un affacturage. Avant de procéder à leur paiement, le factor doit d’abord les
approuver.

A- Approbation des créances transmises

Le factor n’est engagé à l’égard de l’adhérent à régler les factures que celui-ci lui transmet
avec subrogation qu’à condition de les avoir approuvées.

En pratique, les factures sont transmises par l’adhérent au factor regroupées sur un
bordereau dénommé quittance subrogative, attestant le transfert des créances visées et la
subrogation du factor.

Il faut souligner ici que le factor n’entend pas se charger d’encaisser et de garantir la
bonne fin des seules mauvaises créances commerciales à court terme de ses clients. D’où
l’importance de la clause dite de globalité ou d’exclusivité qui oblige l’adhérent à présenter au
factor toutes ses créances, sans pouvoir discriminer entre elles et ne lui faire que celles d’un
recouvrement douteux.

B- Paiement de l’adhérent par le factor

Au vu des factures, le factor se ménage une option :


- Soit procéder à leur paiement en inscrivant au crédit du compte courant de l’adhérent le
montant de la créance. Dans le cas où il s’avère que la créance est inexistante ou a été
directement réglée à l’adhérent par son client, le factor peut toujours agir en répétition de l’indu.
- Soit refuser leur paiement, et pratiquer alors une forme secondaire du factoring dans laquelle
le factor se charge seulement du recouvrement de la créance, mais simplement en qualité de
mandataire, l’adhérent supportant le risque de l’éventuelle insolvabilité du client.

§2- Subrogation corrélative du factor

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
L’originalité du factoring repose dans le mode de transfert simplifié au factor des créances
qu’il a réglées.

Le mécanisme utilisé est celui de la subrogation conventionnelle de l’article 212 du


D.O.C. La subrogation place le factor comme subrogé aux droits du créancier qu’il désintéresse
dès lors que celui-ci a manifesté expressément sa volonté de subroger son contractant dans ses
créances, à l’instant même du paiement.

Sur le plan juridique le factor subrogé prend l’exacte place de l’adhérent subrogeant. Il se
présente donc à l’échéance comme créancier direct et personnel des débiteurs de l’adhérent, ce
qui lui permet d’invoquer les accessoires et sûretés garantissant la créance qu’il a initialement
acquittée, mais s’expose aussi au risque de se voir opposer les exceptions dont le client pourrait
se prévaloir contre son créancier initial savoir l’adhérent. (ex : exception d’inexécution,
exception de compensation…).

Afin de conforter le contrat d’affacturage, le législateur a mis en place un nouvel


instrument de financement : la cession des créances professionnelles qui débouche quant à elle
sur une inopposabilité des exceptions.

SECTION II
LA CESSION DES CREANCES PROFESSIONNELLES

Le bordereau des créances professionnelles (CCP) constate une ou plusieurs créances


qu’une entreprise détient sur ses propres débiteurs et qu’elle déclare céder ou donner en
nantissement à une banque qui, en contrepartie de cette créance, lui verse le montant des
sommes cédées sous déduction de la rémunération du service rendu et des intérêts à courir
jusqu’à la date d’échéance des créances transmises.

Cette technique nouvellement installée par le législateur dans les articles 529 à 536 du
code de commerce, a pour objectif de faciliter le crédit aux entreprises.

L’opération de cession des créances professionnelles correspond à un escompte des


créances cédées en forme simplifiée. Son examen conduit à en décrire le mécanisme de base, et
à préciser le dispositif destiné à protéger le banquier.

114
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
§1- Mécanisme de base

Le mécanisme de base implique l’établissement d’un bordereau dont la remise emporte


transfert de la propriété des créances cédées, soit en contrepartie de l’avance de tout ou partie de
son montant, soit en garantie de tout crédit que l’établissement a délivré ou délivrera au cédant
(Art. 529 al.2 C.Com).

A- Conditions de validité

I- Conditions tenant aux personnes

La CCP est une opération juridique triangulaire, mettant en présence le client cédant, son
débiteur (cédé), et obligatoirement un établissement de crédit (le cessionnaire).

Le cédant peut être « une personne physique, dans l’exercice de son activité
professionnelle, ou toute personne morale, de droit privé ou de droit public ». (Art. 529 al. 1
C.Com).

II- Conditions tenant aux créances cédées

Il ressort de l’article 529 du C.Com que seules peuvent être cédées les créances détenues
par le client sur une personne morale de droit public ou de droit privé exerçant ou non une
activité professionnelle, ou sur une personne physique dans l’exercice de celle-ci de son activité
professionnelle.

En pratique les banques exigeront que les créances qui leur sont proposées présentent un
caractère de probabilité suffisant.

III- Conditions tenant au bordereau

La cession ou la remise à titre de garantie sont constatées par un bordereau dont l’article
531 énumère les mentions obligatoires :
- La dénomination acte de cession des créances professionnelles.
- La mention que l’acte est soumis aux dispositions du chapitre VII du code de commerce relatif
à la CCP.
- Le nom ou la dénomination de l’établissement bancaire bénéficiaire.
- La liste des créances cédées avec l’indication, pour chacune d’elle, des éléments susceptibles
de permettre son individualisation.
- Lorsque la transmission des créances cédées est effectuée par un procédé informatique
permettant de les identifier, le bordereau peut se borner à indiquer, en même temps, que le

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
procédé utilisé, leur nombre et leur montant global, à l’exclusion d’une liste détaillée (Art. 531
C.Com).
En cas de contestation, il appartient au cessionnaire d’apporter la preuve, par tous moyens, que
la créance qui constitue l’objet du litige est bien comprise dans le montant global porté sur le
bordereau.

Outre ce qui précède le bordereau doit être signé par le cédant, et daté par le cessionnaire.

Le bordereau dans lequel une des mentions obligatoires fait défaut ne vaut pas comme
acte de cession de créances professionnelles.

Une mention facultative est expressément prévue par l’article 533 du C.Com. Le
bordereau peut être stipulé à ordre, il est transmissible par endossement, mais seulement au
profit d’un autre établissement de crédit.

B- Effets de la cession

La remise du bordereau au cessionnaire par le cédant réalise le transfert de la propriété


des créances, ce transfert concerne aussi bien le principal que les accessoires tels que les sûretés
qui garantissent la créance (Art. 532 C.Com).

§2- Protection du banquier

Dans l’hypothèse la plus courante, la charge du recouvrement est abandonnée au client


cédant en vertu d’un mandat donné par le cessionnaire. Le cédant, mandataire chargé de
l’encaissement, est redevable des fonds à l’égard du cessionnaire qu’il a l’obligation de reverser
entre ses mains.

Toutefois, lorsque le banquier perd confiance dans son client, il a intérêt à mettre fin au
mandat de recouvrement dont ce dernier est investi pour faire en sorte que le débiteur se libère
directement auprès de lui. La cession de ce mandat renforce la position de l’établissement
bancaire sans que cette amélioration ait toujours la même portée : tout dépend si la cession a
seulement été modifiée ou si elle a été acceptée par le débiteur cédé.

A- Notification

Par la notification, le banquier interdit au débiteur de la créance cédée de payer entre les
mains du signataire du bordereau (Art. 535 C.Com) le débiteur ne se libère alors valablement
qu’auprès du cessionnaire.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
La notification comporte révocation du mandat de paiement imparti au cédant. Il en
découle que la banque qui a notifié a seule qualité pour exercer des poursuites contre le débiteur
cédé ou lui accorder des délais de paiement.

Dans l’hypothèse de la notification, le débiteur cédé ne prend aucun engagement au profit


du banquier et peut toujours lui opposer les exceptions qu’il aurait pu invoquer à l’encontre du
cédant.

B- L’acceptation

L’acceptation est l’acte par lequel le débiteur cédé s’engage, sur demande du bénéficiaire
du bordereau, à le payer directement. Cet engagement est constaté, à peine de nullité, par un
écrit intitulé « Acte d’acceptation de la cession d’une créance professionnelle » (Art. 536 al.
C.Com).

Si le débiteur a accepté dans les formes légales, il ne peut opposer à l’établissement de


crédit cessionnaire les exceptions fondées sur ses rapports personnels avec le cédant, à moins
que l’établissement de crédit en acquérant le bordereau n’ait agi sciemment au détriment du
débiteur (Art. 536 al.2 C.com).

SECTION III
LE CREDIT DOCUMENTAIRE

Instrument privilégié du commerce international à court terme, le crédit documentaire est


apparu à la fin du XIXème siècle. Il se développe à partir de la première guerre mondiale en
raison des très sérieuses inquiétudes éprouvées par les entreprises américaines quant à la
solvabilité de leurs partenaires européens.

Simple dans les principes de base sur lesquels il repose ; essentiellement une séparation
entre le contrat commercial sous-jacent et l’opération documentaire elle-même, le crédit

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
documentaire soulève en pratique de nombreuses questions qui surgissent tant dans les rapports
acheteur-vendeur que dans les rapports acheteur-banquier et banquier-bénéficiaire.

Nous étudierons successivement ces différents rapports (paragraphes II, III, et IV) après
avoir fait le tour de quelques notions générales (paragraphe I).

§1- Notions générales

A- définition

On peut définir le crédit documentaire comme étant une opération par laquelle un
banquier intervenant, en vue du règlement financier d’une vente commerciale internationale,
promet de payer le vendeur contre remise de documents qui lui assurent un gage sur la
marchandise objet de la vente.

L’article 2 des RUU définit quant à lui le crédit documentaire comme étant un
arrangement en vertu duquel une banque « la banque émettrice » agissant à la demande et sur
instructions du client « le donneur d’ordre » ou pour son propre compte est tenue d’effectuer un
paiement à un tiers (le bénéficiaire) ou à son ordre, contre remise des documents stipulés, pour
autant que les termes et conditions du crédit soient respectés.

Les parties à une opération d’import-export peuvent, au lieu du crédit documentaire,


utiliser la technique de l’encaissement documentaire qui apparaît, à certains égards, comme un
diminutif du précédent, mais un diminutif qui est loin de présenter des avantages identiques.

Le processus suivi en l’espèce est très simple : le vendeur, une fois les marchandises
expédiées, remet à sa banque les documents qui permettent d’en obtenir remise au port de
débarquement. La banque a instruction de ne les délivrer à l’acheteur que contre paiement ou
acceptation d’une traite.

Le banquier du vendeur adresse les documents à son correspondant dans le pays de


l’acheteur en lui transmettant les instructions précédentes.

L’acheteur, après paiement ou acceptation d’une traite, reçoit les documents. Il acquiert
seulement à ce moment la propriété de la marchandise. Le vendeur bénéficie donc d’une
garantie : la certitude jusqu’à cet instant la propriété de la marchandise.

L’inconvénient le plus grave de cette technique tient au refus de payer ou d’accepter


opposé par l’acheteur. La marchandise reste, certes, la propriété du vendeur, mais celui-ci doit,
à sa charge, assurer le rapatriement de la marchandise ou la faire vendre sur place. Une telle

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
situation peut être source de frais supplémentaires et les conditions de négociation des
marchandises risquent fort, de surcroît, de se révéler défavorables.

Un autre inconvénient tient aux délais de règlement. Le vendeur, au lieu d’être payé dès
l’expédition ne l’est qu’au moment de la livraison.

B- Utilité du crédit documentaire

La seule définition du crédit documentaire fait déjà apparaître les intérêts de l’opération
pour l’importateur, pour l’exportateur et pour le banquier.

I- Avantage pour l’importateur

Le banquier lui fournit un service de caisse en assurant le transfert des fonds.

Ce service de caisse s’accompagne d’une garantie de choix : l’acheteur a la certitude que


le règlement ne sera opéré au profit du vendeur que si ce dernier apporte la preuve fournie par la
remise des documents de transfert qu’il a réellement expédié une marchandise conforme aux
stipulations de la vente.

Le banquier fournit également un service de crédit.

1- Crédit indirect

L’intervention du banquier constitue une forme atténuée de crédit par signature.


L’engagement pris par le banquier, à l’égard de l’exportateur, de procéder au règlement du prix
facilite l’opération.

2- Crédit direct

Le crédit documentaire constitue une formule de financement à court terme. Sitôt


expédiées, les marchandises sont payées par le banquier de l’importateur, éventuellement par
l’intermédiaire de son correspondant à l’étranger. L’acheteur ne procédera, pour sa part au
règlement du prix qu’une fois le transfert achevé ; après réception des marchandises et
vérification qu’elles sont bien conformes aux stipulations du contrat d’achat-vente.

II- Avantage pour l’exportateur

Le crédit documentaire procure à l’exportateur un service et une sécurité.


- Un service : le banquier de l’importateur, le cas échéant avec le concours d’un correspondant,
se charge de procéder au transfert des fonds au compte de l’exportateur.
- Une sécurité : la certitude d’être payé du prix des marchandises qu’il expédie quelle que soit la
situation financière de l’importateur.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
II- Avantages pour le banquier

Dans le cadre de l’opération de crédit documentaire, le banquier bénéficié d’une garantie


efficace : la remise des documents à laquelle procède l’exportateur pour faire preuve de
l’exportation des marchandises et en obtenir paiement, entraîne constitution de gage. La banque
n’acceptera de se dessaisir des documents qu’après avoir obtenu de l’importateur, règlement de
l’avance qu’elle a effectué à son projet.

C- Les intervenants

Il ressort de la définition précédente que le crédit documentaire met aux prises trois ou
quatre personnes :
- Un vendeur exportateur voulant avoir une garantie de paiement, demandera à être réglé par
crédit documentaire. Il en sera bénéficiaire.
- L’acheteur-importateur, en sa qualité de donneur d’ordre, s’adressera à une banque de son
choix pour s’engager en son lieu et place, conformément à ses instructions.
- La banque émettrice si elle en a convenance, ouvrira le crédit documentaire selon les
instructions du donneur d’ordre en s’engageant à effectuer le paiement à vue ou à terme, au
bénéficiaire.
- Une autre banque, généralement dans le pays du vendeur, sera mandatée par la banque
émettrice pour aviser le bénéficiaire de l’ouverture du crédit documentaire :
• Soit sans engagement de sa part ; elle sera alors banque notificatrice.
• Soit en ajoutant à l’engagement de la banque émettrice dans les mêmes termes, son
propre engagement ; elle sera alors banque confirmative.

D- Réglementation

Aucune législation de source nationale ou internationale, tant au Maroc que dans la quasi-
totalité des pays étrangers, ne vient organiser et préciser les opérations de crédit documentaire.
C’est la pratique internationale qui a permis l’élaboration d’une réglementation spécifique au
crédit documentaire. Elle l’a fait sous l’égide de la chambre de commerce internationale (CCI)
dont le rôle a été déterminant pour fixer et faire évoluer ce qu’il est convenu d’appeler les règles
uniformes relatives aux crédits documentaires (R.U.U.C.D.).

En effet, c’est en 1926 que la chambre de commerce internationale fut saisie


officiellement du problème, sur la base d’une requête présentée par le comité national américain
en vue d’unifier la pratique du crédit documentaire sur le plan mondial.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Cette démarche et les discussions qui la suivirent ont abouti à l’occasion du congrès de la
CCI en 1933 à l’adoption de la première version de R.U.U. Cette version devait être révisée une
première fois en 1951 puis, en 1962, puis encore en 1974, 1983 et enfin en 1993 (Brochure n°
50 entrée en application le 1er janvier 1994).

La question se pose de savoir quelle est la portée juridique des RUU ?

Aux termes de l’article 1 des RUU (version 500), celles-ci s’appliquent à tous les crédits
documentaires (y compris dans la mesure où elles seraient applicables aux lettres de crédit
stand-by), dès lors qu’elles font partie intégrante du crédit. Elles lient toutes les parties
intéressées, sauf dispositions contraires stipulées expressément dans le crédit.

Il apparaît à la lecture de cet article que RUU ont un caractère supplétif, qui consacre le
caractère contractuel de celles-ci. Cependant, la procédure d’adhésion stipulée plus haut ne
signifie nullement qu’un crédit qui ne stipulerait pas expressément y être soumis y échappe. En
effet, s’agissant de matière commerciale, la stipulation n’aura pas nécessairement à résulter d’un
écrit.

Mais les RUU ont surtout valeur d’usage, étant elles-mêmes une codification écrite des
usages internationaux.

Cette thèse a été adoptée par le tribunal de paris, qui a estimé que les RUU constatent des
usages et qu’elles s’appliquent indépendamment de toute référence expresse, dès lors que leur
application n’a pas été écartée sur un point donné.

La consécration des RUU par la pratique bancaire a pu se faire grâce au travail accompli
par la CCI qui s’est efforcée avec succès en obtenant l’adhésion volontaire des banques des
divers pays, soit individuellement soit par l’intermédiaire de leurs associations professionnelles.
La CCI a également édité des formules normalisées pour les ouvertures de crédit documentaire,
qui sont une source importante de simplification et d’unification, de plus la commission des
techniques et pratiques bancaires de la CCI a interprété les RUU à la demande des adhérents et
publié réglementairement ses avis.

§2- Rapports acheteur-vendeur

Dans les rapports de l’importateur et de l’exportateur trois questions se posent : quand


l’importateur doit-il ouvrir le crédit documentaire ? (A). Quelles seront les modalités du crédit
documentaire ouvert ? (B). A quelles sanctions s’expose l’importateur s’il manque aux
obligations qu’il a souscrites en ce qui concerne l’ouverture du crédit documentaire ? (C).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
A- Date d’ouverture du crédit documentaire

Il est admis que l’ouverture du crédit doit être préalable à la livraison. Elle sera établie par
l’envoi d’un accréditif à l’exportateur.

A supposer qu’un délai de livraison ait été accordé au vendeur, l’ouverture de crédit doit,
néanmoins, intervenir sitôt après la conclusion du contrat d’import-export. L’importateur ne
saurait se retrancher derrière le délai accordé au vendeur pour faire livraison, en vue de retarder
l’ouverture du crédit.

B- Modalités du crédit documentaire

La nature (I) et la durée (II) du crédit sont généralement précisées dans le contrat de
vente.

A défaut, il appartiendra à l’interprète de retrouver la volonté des parties.

I- La nature du crédit

Les parties au contrat sont appelées à prévoir la nature du crédit, révocable ou irrévocable.

1- Le crédit révocable

Le crédit est réputé révocable lorsque le banquier de l’acheteur ne contracte pas


l’obligation directe envers le vendeur. L’accréditif qu’il lui envoie ne le lie pas définitivement.

Les RUU 500 (Art.8) disposent dans ce sens qu’ «un crédit révocable peut être amendé ou
annulé par la banque émettrice à tout moment et sans que le bénéficiaire en soit averti au
préalable ». Cette disposition réduit considérablement la consistance du droit du bénéficiaire
d’un crédit documentaire révocable qu’elle aboutit à mettre en doute son existence même. Il en
découle en pratique qu’un créancier du bénéficiaire ne pourrait saisir le produit à venir d’un
crédit documentaire avant sa réalisation.

Tout crédit doit indiquer clairement s’il est révocable ou irrévocable. A défaut d’une telle
indication le crédit sera considéré comme irrévocable (Art. 6 des RUU).

2- Le crédit irrévocable

Le crédit est irrévocable lorsque le banquier de l’acheteur souscrit envers le vendeur


l’engagement ferme de lui payer le prix de la vente dès lors que les conditions stipulées dans le
crédit auront été respectées.

Le crédit irrévocable est donc un engagement ferme (Art. 9 de RUU), duquel le banquier
émetteur ne peut se soustraire à l’égard du bénéficiaire, et de la banque intermédiaire autorisée
122
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
quels que soient les événements qui affectent ses relations avec le donneur d’ordre, lequel ne
peut révoquer ou amender les instructions qu’il a données (Art. 9 des RUU) directement ou
indirectement en pratiquant une saisie.

Le crédit irrévocable peut prendre deux formes très différentes : non confirmé ou
confirmé.

a- Le crédit irrévocable non confirmé

Un crédit est considéré comme irrévocable non-confirmé lorsqu’il est notifié au


bénéficiaire par l’intermédiaire d’une banque notificatrice sans engagement de sa part, sauf
l’obligation pour elle d’« apporter un soin raisonnable à vérifier l’authenticité apparente du
crédit qu’elle notifie » (Art. 7 a RUU).

Lorsque la banque notificatrice est chargée de payer le crédit, sa seule obligation est de
vérifier, avant de payer si les documents présentés sont conformes à ceux énumérés à
l’accréditif.

b- Le crédit irrévocable confirmé

On parle de crédit irrévocable confirmé lorsque le banquier de l’exportateur prend un


engagement ferme envers le bénéficiaire du crédit, en vue de renforcer l’engagement du
banquier de l’importateur. Son engagement s’ajoute ainsi à celui de la banque émettrice (Art.6
des RUU). Le bénéficiaire jouira ainsi de deux engagements de banques rigoureusement
identiques et autonomes l’un par rapport à l’autre.

La confirmation est à distinguer de la domiciliation qui ne procure aucun engagement de


la banque domiciliatrice au bénéficiaire.

II- La durée du crédit

Le crédit ouvert doit être disponible pendant tout le délai accordé au vendeur pour
expédier les marchandises.

Qu’en est-il en cas de défaut de précisions suffisantes ? En principe, les règles usances ne
s’appliquent pas à cette convention, sauf si elle comporte une référence expresse aux règles.
L’interprétation du contrat se fera alors d’après son économie générale, les relations antérieures
des parties, les usages en vigueur dans le secteur considéré…

C- Sanctions du défaut de crédit documentaire

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Dès lors que l’acheteur ne se préoccupe pas d’assurer l’ouverture du crédit documentaire
exigé par le contrat de vente, le vendeur peut à titre provisoire, invoquer l’exception
d’inexécution pour s’exonérer lui-même de son obligation de livraison, à condition toutefois
que l’absence de mise en place du crédit ne lui soit directement imputable.

A titre définitif, le vendeur a la faculté d’agir en exécution forcée. Cette solution


théoriquement concevable est pratiquement inutile en raison des délais nécessaires pour que
l’action aboutisse. Très souvent, le vendeur sera conduit à solliciter la résolution du contrat de
vente et l’octroi de dommages-intérêts.

I- Résolution du contrat

La résolution suppose que l’acheteur a manqué à l’une des obligations essentielles que lui
impose le contrat. L’obligation d’assurer l’ouverture d’un crédit documentaire peut-elle être
considérée comme telle ?

Lorsqu’il était prévu l’ouverture d’un crédit documentaire irrévocable, la réponse par
l’affirmative s’impose. En effet, le vendeur n’a contracté qu’en considération des garanties que
lui procure le mode de paiement choisi.

S’il était prévu d’ouvrir un crédit révocable, le doute s’impose ; toutefois la tendance est
néanmoins à admettre qu’il y a là une obligation essentielle dont la méconnaissance justifie la
résolution du contrat. Même révocable, le crédit documentaire constitue en effet, un procédé de
paiement auquel le vendeur est généralement attaché puisqu’il lui permet d’obtenir, contre
remise des documents attestant l’exécution de l’obligation de livraison, un règlement immédiat.

II- Dommages-intérêts

Des dommages-intérêts sont dus par l’acheteur au vendeur dès lors qu’il ne justifie pas
d’un événement de force majeure excusant l’inexécution. Les hypothèses dans lesquelles la
force majeure est admise par les tribunaux sont extrêmement rares. Même le blocage de
l’opération par les autorités monétaires du pays d’importation désireuse d’éviter une sortie de
devises, n’est considéré comme un événement de force majeure que si la décision se fonde sur
une réglementation entrée en vigueur postérieurement à la conclusion du contrat. Dans le cas
contraire, l’évènement ne saurait être considéré comme imprévisible.

Mais à quels montants évaluer les dommages-intérêts éventuellement dus ? Ils doivent
couvrir le montant du préjudice subi par le vendeur. Dans les ventes maritimes, il est de
coutume de retenir la différence entre le prix de vente et les cours actuels, en baisse du produit.

124
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Si le cours reste identique, ou a connu une hausse, il y aurait lieu d’envisager – conformément à
la solution retenue en matière de vente terrestre – l’attribution au vendeur d’une indemnité
représentant le bénéficie dont il a été privé.

§3- Rapports donneur d’ordre-banquier

Les rapports donneur d’ordre – banquier, s’organisent en deux séries d’obligations : celles
du donneur d’ordre, d’une part (A), celle du banquier d’autre part (B).

A- Les obligations du donneur d’ordre

Le donneur d’ordre est tenu, dans le cadre de l’opération bancaire, d’obligations dont
certaines prennent place au moment de l’ouverture du crédit (I), et d’autres après (II).

I- Les obligations concomitantes à l’ouverture du crédit

Le donneur d’ordre est tenu au paiement de commissions bancaire (1) et à la constitution


de garantie (2).

1- Le paiement de commissions bancaires

a- La commission d’ouverture de crédit

La commission d’ouverture de crédit est calculée en fonction de la durée du crédit, par


mois ou par trimestre, sur le montant total de l’accréditif émis. Elle est exigible dès l’émission
de l’accréditif. La banque ne notifie, en pratique, le crédit au bénéficiaire qu’après règlement de
cette commission. Elle est en principe, définitivement acquise au banquier créditeur, que le
crédit soit ou non employé, sauf l’hypothèse d’un retrait irrégulier du crédit par la banque.

b- La commission de confirmation

Cette commission s’ajoute à la précédente lorsque le crédit est irrévocable.

c- La commission d’exécution

La réalisation du crédit donne lieu en général au paiement d’une commission assise sur la
fraction effectivement utilisée du crédit.

2- La constitution de garanties

La banque pourrait ne procéder au paiement de la créance de l’exportateur que dans la


mesure où, au compte de l’importateur, figurait une provision suffisante. Il est cependant

125
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
exceptionnel en pratique que la banque exige une ouverture intégrale de l’opération dès
l’ouverture du crédit, ce qui la conduit parfois à avancer des sommes considérables à son client.
De quelles garanties ces avances sont-elles assorties ?

a- Garantie principale

La garantie principale dont bénéficie le banquier en matière de crédit documentaire est un


gage sur des marchandises expédiées par l’exportateur et réglées par lui sur présentation des
documents attestant l’expédition.

Il est rare que ce gage soit expressément stipulé. La banque en bénéficie en vertu d’un
usage constat. Mais, il est une condition de validité du contrat de gage à laquelle les parties
doivent se soumettre : le transfert de possession au créancier ou à un tiers détenant la chose en
son nom et pour son compte.

Comment répondre à cette exigence ? Dès lors qu’un titre représentatif de la marchandise
été émis, celui-ci sera remis au banquier : la remise d’un titre équivaut à une mise en possession
réelle. Tel est le cas lorsque la marchandise est transportée par voie maritime : un
connaissement est émis qui permet le transfert de la possession au banquier.

En matière de transport ferroviaire, routier ou aérien, la situation est différente. Le


récépissé d’expédition ferroviaire, la lettre de voiture, la lettre de transport aérien, ne sont pas
des titres négociables. Leur remise n’emporte pas transfert de possession. Reste la faculté – pour
tourner cette difficulté – de prévoir une expédition de la marchandise au nom du banquier. Mais
il aura alors la charge de faire procéder à sa réception et à son déchargement.

b- Garanties accessoires

A supposer que la banque ait à faire jouer le gage précédent, il est à craindre qu’elle ne
retire de la vente du bien gagé qu’une somme inférieure au montant de sa créance en raison des
frais supportés, de la baisse des cours enregistrés.

Cette marge peut être couverte par d’autres sûretés : constitution d’hypothèque,
cautionnement. En pratique, les banques se bornent à exiger de leur client la constitution d’une
provision – le déposit – égale à la différence entre le montant du crédit et le prix escompté d’une
éventuelle vente forcée des marchandises.

II- Les obligations postérieures à l’ouverture du crédit

Une fois le crédit réalisé, le donneur d’ordre doit à la banque le remboursement des
sommes que celle-ci a acquittées au profit de l’exportateur et règlement des frais qu’elle a

126
Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
assumés tels que commission et intérêts payés à un correspondant étranger. Ce remboursement
intervient lors de la remise des documents, une fois vérifiée leur régularité.

Le banquier n°2 correspondant du banquier de l’importateur, pourrait-il agir directement


contre le donneur d’ordre en remboursement des sommes payées à l’exportateur ? La question
est assez théorique et sa solution dépend de la nature du rapport établi. Si le banquier n°1 s’est
contenté, en qualité de mandataire, de faire ouvrir un crédit au profit du donneur d’ordre, un
rapport direct unit celui-ci au banquier n°2. Hormis cette hypothèse, il n’est point de traces.

B- Les obligations du banquier

Les unes sont relatives à l’ouverture du crédit (I), les autres à la réalisation du crédit (II).

I- Les obligations relatives à l’ouverture du crédit

Sitôt conclu un accord avec l’importateur quant à l’ouverture d’un crédit documentaire, le
banquier a l’obligation de procéder à la notification de l’accréditif au bénéficiaire. Cette
notification s’effectue souvent par câble, télex ou téléphone. Elle doit en toute hypothèse être
rapide, faute de quoi la banque engagerait sa responsabilité.

La banque à l’obligation d’ouvrir un crédit exactement conforme aux instructions du


donneur d’ordre avec un accord est intervenu.

Que décider lorsque les instructions du client sont insuffisamment précises ? En ce qui
concerne le caractère révocable ou irrévocable du crédit, le crédit est réputé irrévocable (Art.6 c.
RUU). Si quelque hésitation subsiste quant à la durée du crédit, l’envoi de l’accréditif doit être
différé jusqu’à réception d’instruction sur ce point :
- Des indications essentielles sont, en effet essentielles, s’agissant d’un crédit irrévocable
puisque pendant toute la durée du crédit, le banquier est personnellement et directement tenu à
l’égard du bénéficiaire, il ne saurait se délier de son engagement.
- Elles sont également importantes s’agissant d’un crédit révocable car, si le banquier a la
faculté de révoquer le crédit, il ne peut valablement le faire que dans certaines circonstances :
diminution sensible de la solvabilité du client, manquement à la bonne foi à laquelle est tenu le
client à l’égard du banquier. Hors de ces circonstances, la révocation décidée exposerait le
banquier au paiement de dommages-intérêts à l’égard du donneur d’ordre.

II- Les obligations relatives à la réalisation du crédit

Des obligations relatives à la réalisation du crédit, quels en sont le contenu (1), et la


sanction (2).

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
1- Contenu des obligations

Le banquier est tenu de procéder à la vérification de la régularité formelle des documents


que lui remet le vendeur.

Cette mission de vérification dont est chargé le banquier se caractérise par l’application
d’un principe essentiel : le formalisme, dont on peut résumer la portée en indiquant « qu’il n’y a
pas de petite irrégularité, les documents sont conformes ou ne le sont pas ».

Le banquier n’a point en revanche, faute de disposer de la compétence technique


nécessaire, à vérifier que le vendeur a procédé à l’expédition d’une marchandise répondant à
l’ensemble des spécifications visées au contrat d’achat-vente. Il n’en irait autrement que dans la
mesure où un agréage préalable des marchandises a été stipulé, ou en cas de fraude connue.

Dans l’exercice de la mission qui lui est ordinairement impartie, le banquier est tenu de se
livrer à un triple examen : conformité des documents aux instructions du donneur d’ordre,
absence d’énonciation contradictions, aptitude des documents à jouer leur rôle normal.

a- Conformité des documents aux instructions du donneur d’ordre

Le banquier n’est pas seulement tenu de vérifier que les documents énumérés dans les
instructions du donneur d’ordre et - dont la liste a été reproduite dans l’accréditif – sont tous
présentés par le bénéficiaire, les vérifications doivent également porter sur la nature et les
énonciations des documents présentés.

a.1. Les documents

On distingue quatre types principaux de documents, les documents de prix, les documents
de transport, les documents d’assurance et les documents annexes.

a-1-1- Les documents de prix :

- La facture commerciale : C’est une pièce essentielle établie par le bénéficiaire au nom du
donneur d’ordre (Art. 37 RUU). Elle doit indiquer la nature, la qualité, le prix unitaire et total
des marchandises ainsi que la date à laquelle elle a été établie. Il est également d’usage d’y faire
figurer les modalités d’expédition et de règlement.

- La facture consulaire : C’est un document portant le visa du consulat du pays destinataire et


qui constate l’origine et la valeur de la marchandise permettant ainsi l’application du tarif
douanier approprié.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- La facture douanière : Elle remplit le même rôle que la facture consulaire. Établie sur des
formulaires spéciaux, elle n’est signée que par le vendeur et parfois par un témoin.

a-1-2- Les documents de transport :

La nouvelle version des RUU a considérablement clarifié les articles relatifs aux
documents de transport tout en les élargissant à de nouveaux types. Nous les examinerons
successivement selon le type de transport.

- Le connaissement maritime : Le connaissement est un document constitué en un jeu de


plusieurs exemplaires émis par un transporteur dénommé ou son agent. Ce document
constituera à la fois la preuve de la réception des marchandises pour les retirer.

Le connaissement peut être établi à personne dénommée, il n’est pas alors transmissible
par voie d’endos, ce qui limite sa portée et son usage dans la pratique. Il peut être au porteur, ce
qui signifie que tout détenteur d’un exemplaire original peut prendre possession de la
marchandise, et enfin à ordre, ce qui le rende négociable. C’est cette dernière forme qui est la
plus fréquente.

Pour être acceptable dans une opération de crédit documentaire, le connaissement doit
indiquer que les marchandises ont été embarquées, ce qui implique que la marchandise a été
chargée sur le navire (Art. 23 a ii RUU). Il doit en outre indiquer l’état et le conditionnement
apparent des marchandises, enfin être présenté en un jeu composé d’originaux « nets », c’est-à-
dire sans réserve (Art. 32 RUU).

- La lettre de transport aérien (LTA) : Le transport d’une marchandise expédiée par avion
donne lieu à l’établissement d’une lettre de transport aérien, soumise dans les transports
internationaux à la convention de Varsovie du 12 octobre 1929, amendée à la Haye en 1955.

La lettre de transport aérien est généralement stipulée non négociable. Toutefois dans la
pratique, certaines compagnies aériennes acceptent l’endos de l’avis d’arrivée pour remettre la
marchandise.

Sauf preuve contraire, la LTA vaut récépissé de la marchandise, même si, du fait de
l’absence de la mention de négociabilité, elle ne la représente.

- La lettre de voiture internationale (CMR) : Ce formulaire est prévu par la convention


internationale pour le transport de marchandises par route (CMR) du 19 Mai 1956 ; signée à
Genève et entrée en vigueur le 12 juillet 1961.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
La lettre de voiture CMR est un titre de transport non négociable, établie par l’expéditeur
en trois exemplaires originaux, mais plus généralement par le transporteur qui est alors réputé
agir pour le compte de l’expéditeur. Elle fait foi jusqu’à preuve contraire de la réception de la
marchandise par le transporteur. Mais il s’agit d’une présomption simple et le transporteur peut
toujours apporter la preuve contraire.

- La lettre de transport internationale (CIM) : Il s’agit d’un document soumis à la


convention de Berne relative au transport de marchandises par chemin de fer, signée en date du
14 octobre 1890 et révisée pour la huitième fois en 1980.

La lettre de transport de voiture ferroviaire est un titre de transport non négociable émis
en six feuillets dont l’original est remis au destinataire, et un duplicata à l’expéditeur. C’est cet
exemplaire qui est utilisé dans la réalisation du crédit documentaire.

- Les récépissés postaux ou de sociétés de courrier express : Les RUU 500 ont intégré pour
la première fois, des dispositions particulières pour ce type de document, en disposant que les
banques accepteront un récépissé ou certificat dès lors qu’il a été estampillé ou authentifié et
daté par les services postaux du lieu d’expédition, tel que prévu par les termes du crédit (Art. 29
RUU).

- Le document de transport multimodal : Il s’agit d’un document couvrant plusieurs modes


de transport différents. Il confère un droit de gage à son porteur s’il est négociable et atteste bien
que les marchandises ont été remises à un transporteur ou son agent qui ne s’en dessaisira que
contre présentation d’un exemplaire du connaissement de transport combiné par un porteur
légitime et de bonne foi.

Le principal avantage de ce type de document, et qu’il présente l’acheminement de la


marchandise sous forme d’unité de charge (conteneur) du point de départ jusqu’au lieu de
destination finale.

a-1-2- Les documents d’assurance


Les documents d’assurance jouent un rôle important dans la protection de l’acheteur et de
la banque émettrice. Les RUU 500 en déterminent dans les articles 34 à 36 les principes
directeurs.

Les principaux types de police d’assurance sont :


- La police de voyage, conclue pour chaque affaire et destinée à couvrir une expédition
ponctuelle.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
- La police flottante (ou police d’abonnement), est une police ouverte, valable pour une durée
déterminée et couvrant un courant régulier d’affaires : dans ce dernier cas, chaque expédition
donne lieu à l’émission d’un certificat d’assurance dénommé avenant qui complète ou amende
la police de base. Il peut s’agir soit d’un tiers qui devient bénéficiaire du contrat, soit de
l’avenant documentaire qui fait ressortir les conditions de délégations au profit des banques
appelées à couvrir leurs risques par une garantie sur la marchandise.

Il importe que dans le cadre du crédit documentaire, le contrat d’assurance soit émis sous
une forme négociable, de telle sorte que le porteur des documents relatifs à la marchandise en
soit le bénéficiaire.

a-1-3- Les documents annexes

Ils sont nombreux et peuvent varier selon la nature de la transaction. Les plus courants
sont : le certificat d’origine, le certificat sanitaire, le certificat d’analyse, la note de poids, la note
de colisage, le certificat d’agréage.

Il ressort de l’article 21 des RUU que lorsque ces documents sont exigés, le crédit devrait
stipuler par qui de tels documents doivent être émis et leur libellé ou les données qu’ils doivent
contenir. Si le crédit ne le stipule pas, les banques accepteront ces documents tels qu’ils seront
présentés, pour autant que les données qu’ils contiennent ne soient pas incompatibles avec un
autre document stipulé qui a été présenté.

a-2- La nature des documents

Le banquier doit exiger les documents présentant l’apparence de conformité avec ceux
énumérés dans l’accréditif. Ainsi doit-il vérifier que sont bien présentés par exemple le type de
connaissement exigé par l’accréditif, ou encore la police d’assurance et non simple certificat
établi par un courtier.

a.3 Les énonciations des documents

Cette vérification constitue la tâche essentielle du banquier. Ce dernier doit vérifier que
les documents comportent les indications exigées par le donneur d’ordre et reproduites à
l’accréditif. Les conditions non-documentaires (Art.2 et 13 c RUU) ou les documents remis
mais non requis par l’accréditif doivent être ignorés par lui.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
a-3-1- Absence d’énonciations contradictoires

Si le banquier a eu connaissance de dispositions du contrat d’import-export reproduits


dans l’accréditif qui ne respectent pas les documents présentés par l’exportateur, il doit refuser
de procéder à un quelconque paiement au profit de ce dernier. Tel est le cas si le bénéficiaire lui
présente un connaissement faisant état d’un chargement à bord d’un navire en partance pour
Marseille, tandis que l’accord originaire se rapportait à des marchandises mises à bord des
marchandises mises à bord d’un navire à destination du Havre.

a-3-2- Aptitude des documents à jouer leur rôle

La banque doit écarter les documents qui lui sont présentés dans trois séries
d’hypothèses :

a-3-2-1- Documents incomplets

Par exemple, un certificat de qualité n’est probant que dans la mesure où il comporte une
identification précise de la marchandise à laquelle il s’applique. A défaut il est sans valeur.

a-3-2-2- Documents dont l’authenticité et douteuse

En principe, le banquier n’a pas à vérifier l’authenticité des documents (Art. 15 des
RUU). Toutefois la banque commettrait une faute lourde en acceptant un document
manifestement falsifié. Ainsi, un récépissé d’expédition établi sur papier sans entête
commerciale, ni cachet, n’offre pas de garanties d’authenticité suffisantes pour que le banquier
puisse l’accepter.

a-3-2-3- Documents tardivement présentés

Il est des documents qui, passés certains délais, perdent toute leur valeur. Tel est peut-être
le cas d’un certificat d’inspection de denrées périssables.

2- Sanction des obligations

La banque est exposée à commettre divers types de fautes : exécution du crédit après la
limite fixée pour la réalisation de l’opération, acceptation de documents irréguliers,
transmission tardive des documents au donneur d’ordre. Les mêmes sanctions sont, dans ces
circonstances applicables, rejet des documents, action en dommages-intérêts.

a- Rejet des documents

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
Pratique et jurisprudence admettent que le donneur d’ordre peut rejeter les documents si le
crédit a été irrégulièrement réalisé, spécialement si les documents ne sont pas strictement
conformes aux instructions.

Le banquier se trouve, dans ce cas, en position d’acquéreur forcé de la marchandise. Il


perd le droit au remboursement de ses avances et doit restituer la provision constituée.

b- Dommages-intérêts

Le donneur d’ordre qui ne veut pas rejeter les documents et laisser la marchandise à la
banque, peut se contenter de demander réparation du dommage que lui inflige le contenter de
demander réparation du dommage que lui inflige le comportement de celle-ci.

Mais son action n’est recevable que dans la mesure où, au stade de l’acceptation des
documents, il avait formulé des réserves.

Sa demande peut se heurter à des clauses d’irresponsabilité. Celles-ci conformément aux


normes de droit connu en matière contractuelle ne sauraient toutefois préserver le banquier de
ses fautes lourdes.

§4- Rapports banquier-bénéficiaire

Pour l’examen des rapports banquier-bénéficiaire, une distinction doit être effectuée selon
que l’exportateur bénéfice d’un crédit documentaire révocable (A), ou irrévocable (B).

A- Rapport banquier-bénéficiaire d’un crédit révocable

Un crédit révocable ne lie pas le banquier de manière définitive envers le bénéficiaire. Il


est admis en pratique, qu’aucun rapport de droit ne s’établit entre eux. Seul existe un lien entre
le donneur d’ordre et le banquier.

Ce dernier est donc libre, à l’égard du bénéficiaire, de modifier ou de révoquer le crédit,


mais sa responsabilité peut être engagée, de ce fait, à l’égard du donneur d’ordre.

B- Rapports banquier-bénéficiaire d’un crédit irrévocable.

Dans cette hypothèse, bénéficiaire du crédit documentaire est titulaire d’un droit direct à
l’égard du banquier. Ce droit est assurément irrévocable. En effet, de l’accréditif, et non point
de la seule conclusion du contrat d’ouverture de crédit banquier-donneur d’ordre naît le droit du
bénéficiaire. La banque est engagée dès l’instant de la réception de l’accréditif par le
bénéficiaire.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
L’irrévocabilité qui doit être expressément stipulée par l’accréditif est liée à l’autonomie
du rapport banquier-bénéficiaire, indépendamment du rapport banquier-donneur d’ordre ainsi
que du rapport donneur d’ordre-vendeur.

§5- La réalisation du paiement

Se pose à nous ainsi les questions de savoir qui sera chargé du paiement, comment
procèdera-t-il, et enfin, quand est-ce que ce paiement aura lieu ?

A- Qui doit payer ?

I- La détermination du débiteur.

Si un seul banquier est intervenu dans l’opération, il lui appartient de procéder au


paiement.

Il convient toutefois de faire place à la situation dans laquelle a été émis un crédit réputé
circulaire. Un tel crédit est, en effet, réalisable aux guichets de n’importe établissement
bancaire.

Si plusieurs banquiers sont intervenus dans l’opération, trois situations doivent être
distinguées :
- Il est possible que le banquier n° 2 (banque notificatrice) joue seulement le rôle d’un
intermédiaire dans l’opération, uniquement chargé de la réalisation du crédit. C’est à lui que
l’exportateur devra s’adresser pour obtenir paiement, mais s’il opposait un refus injustifié, le
bénéficiaire pourrait se retourner contre le banquier n°1 (banque émettrice ) qui seul a souscrit
un engagement envers lui et s’est constitué son débiteur.
- Il est possible que le banquier n°2 se soit personnellement engagé, ait ouvert lui-même le
crédit sur ordre du banquier n°1. Le bénéficiaire doit alors s’adresser au banquier n°2 et à lui
seul. En cas de défaillance du banquier n°2, pouvait-il agir contre le banquier n°1 ? La réponse
par la négative s’impose, dans la mesure où le banquier n°1 n’a pris aucun engagement direct à
l’égard de l’exportateur, matérialisé par un accréditif.
- Il est possible que non seulement le banquier n°1 mais aussi le banquier n°2 qui a conformé le
crédit ouvert, se soient personnellement et directement engagés à l’égard du bénéficiaire. Ce
dernier agira vraisemblablement d’abord contre le banquier n°2 mais pourra également agir
contre le banquier n°1.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
B- Comment sera réalisé le paiement ?

Le crédit documentaire est réalisé selon l’un des quatre modes suivants : le paiement à
vue, le paiement différé, l’acceptation, la négociation.

I- Le règlement à vue

Le règlement est effectué au bénéficiaire contre présentation par lui des documents
conformes. Sauf stipulation contraire expresse ou fraude, le paiement effectué par la banque
réalisatrice est recours contre le bénéficiaire.

II- Le paiement différé

Il correspond à un engagement de paiement à une échéance convenue, non matérialisée


par l’émission d’une traite. La réalisation de ce type de crédit n’intervient qu’au moment du
paiement au terme différé convenu et non lors de la remise des documents.

III- L’acceptation

Dans cette hypothèse, le versement du prix est également différé par rapport à la remise
des documents, mais la créance représentative du crédit est incorporée dans un titre cambiaire. Il
s’agira d’une lettre de change dont l’acceptation peut être effectuée soit par la banque
notificatrice, soit par la banque émettrice ou encore par le donneur d’ordre.

Le principal avantage de ce monde de cette réalisation est de fournir au bénéficiaire un


moyen commode de mobiliser sa créance en la faisant escompter, hors crédit documentaire, par
son banquier habituel.

IV- La négociation

Cette modalité suppose généralement la création d’un effet de commerce, mais à la


différence du crédit réalisable par acceptation, la réalisation par négociation a pour effet
d’intégrer l’opération d’intérieur même du champ du crédit.

Outre l’engagement de payer, ce type de crédit est assorti de l’engagement ferme de la


banque émettrice et de la banque confirmatrice d’escompter l’effet tirés dans le cadre du crédit.

L’article 9IV. Des R.U.U. précise ici que la négociation par la banque émettrice ou
confirmatrice de la lettre de change est fait sans recours contre les tireurs et /ou aux porteurs de
bonne foi. Cette règle posée par l’article 9 est une dérogation au jeu normal du droit cambiaire
qui réserve un recours contre le tireur et les autres signataires.

C- Quand le paiement doit –il être effectué ?

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
I- Le règlement est parfois avancé

Les accréditifs permettent quelquefois au bénéficiaire d’obtenir une réalisation partielle


du crédit à découvert ou contre remise des documents provisoires. Cette clause est dénommée «
clause rouge » (red clause). Elle est utile dans la mesure où elle permet à l’exportateur de
financer au moins en partie ses opérations d’achat et de transformation des marchandises.

Cette modalité est également intéressante lorsque le crédit est indivisible. Le bénéficiaire,
pour être payé, doit justifier de l’envoi de l’intégralité de la marchandise vendue. La « clause
rouge » permet un règlement partiel après certaines livraisons.

II- le règlement est parfois retardé

Tel est le cas lorsqu’un document est irrégulier et que la banque demande une
régularisation. Les banques admettent, en effet en règle générale, la réparation d’une irrégularité
dès lors qu’elle est faite sans fraude et avant l’expiration de la période de validité du crédit.

Quand la régularisation n’est pas possible, le bénéficiaire demande qu’il soit passé outre
au vice des documents : si à la présentation hors délai, en offrant à la banque de s’engager par
un écrit, appel « lettre de garantie » ; à lui restituer le montant du crédit, si le donneur d’ordre
rejette les documents. Les banques se prêtent à un tel engagement quand elles estiment que
l’irrégularité est minime et que le client ne s’y arrêtera pas.

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Enseignant : Cheick Oumar TOUNKARA
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