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Expansion du Rat Noir et Peste en Europe Médiévale

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399

LE RAT NOIR (Rattus rattus) EN EUROPE ANTIQUE ET


MEDIÉVALE: LES VOIES DU COMMERCE ET
L'EXPANSION DE LA PESTE
Frédérique AUDOIN-ROUZEAU* et Jean-Denis VIGNE**

Résumé Summary Zusammenfassung


Cet article s'appuie sur une recen- The black rat (Rattus rattus) in Die Hausratte (Rattus rattus) im
sion large et critique des découvertes Roman and Medieval Europe: the com- romerzeitlichen und mittelalterlichen
d'ossements de rat noir en Europe mercial roads and the spread ofplague. Europa: Handelswege und die Ausbrei-
( Audoin-Rouzeau et Vigne, 1994 ). This paper is based on a large and tung der Pest.
L'analyse de ces données fait ressortir critical census of black rat bone discov- Dieser Beitrag basiert auf einer
une localisation de l'espèce confinée e ries in Europe (Audoin-Rouzeau et grofleren und kritischen Abhandlung
aux grandes voies commerciales durant Vigne, 1994 ). The analysis of the se data über die Nachweise von Knochen der
le premier millénaire de notre ère, et shows that the species was confined to Hausratte in Europa (Audoin-Rouzeau
une forte augmentation de la densité des the great commercial roads during the und Vigne, 1994 ). Die Untersuchung
populations de rat à partir des J Je-13e first millennium AD and that the popula- zeigt, dafl diese Art wahrend des 1. Jahr-
siècles ap. J.-C., en probable rapport tion density strongly increased from the tausends n. Chr. auf die groflen Han-
avec la poussée urbaine. Cette expan- 11 th_13 1h centuries AD, probably in delsrouten beschrankt war. Ab dem 11.-
sion graduelle de l'espèce contribuerait response to urban growth. This gradua[ 13. Jahrhundert stieg die Populations-
à expliquer les portées géographiques expansion contributes to an explanation dichte, moglicherweise in Zusammen-
différentes des pestes du haut et du bas of the dif.ferent geographical impacts of hang mit dem Wachstum der Stadte, stark
Moyen Âge. the plague waves of the Early and of the an. Diese stufenweise Ausbreitung konnte
Late Medieval periods. eine Erkliirung für das geographisch dif-
f e rente Auftreten der Pestwellen des
Frühen- und Spaten Mittelalters sein.

Mots clés Key Words Schlüsselworte


Rattus rattus, Europe, Antiquité, Rattus rattus, Europe, Roman Age, Rattus rattus, Europa, Romerzeit,
Moyen Âge, Voies commerciales, Peste. Middle Ages, Commercial roads, Plague. Mittelalter, Handelsrouten, Seuchen.

Introduction Durant ces dix dernières années, un certain nombre de


En Europe, hors de l'aire méditerranéenne (températu- travaux est paru sur la question (Rackham, 1979; Bruyn,
re moyenne annuelle supérieure à 11 °C), le rat noir (Rattus 1980-81; Armitage et al., 1984; Audoin-Rouzeau, 1984;
rattus; Linné, 1758) est condamné à vivre en "intérieur", Teichert, 1985; Ervynck, 1988-89; Armitage, 1994, pour
donc en strict commensal, durant la plus grande partie de ne citer que les plus synthétiques). Balayant l'hypothèse
l'année. De ce fait, l'histoire de la colonisation de l'Europe admise jusque dans les années 1970, ils s'accordent sur une
occidentale non méditerranéenne par le rat noir résulte arrivée de l'espèce antérieure de beaucoup à la Première
essentiellement de son transport par l'homme et du degré Croisade (1099 ap. J.-C.).
d' anthropisation des lieux de fixation des populations Même observé avec les réserves qui s'imposent (pour
immigrantes. Elle est donc sans doute révélatrice des voies les conditions de validité des découvertes et les aspects
de pénétration et d'échanges et de l'évolution générale du méthodologiques, voir Vigne et Audoin-Rouzeau, 1992 et
niveau d'urbanisation. À ce titre, elle intéresse autant l'his- Audoin-Rouzeau et Vigne, 1994), c'est sur un ensemble
toire de l'homme que celle des communautés animales. non négligeable de données que repose à présent l'hypothè-

*CRA/CNRS, 250 rue Albert Einstein, Sophia-Antipolis, 06560 Valbonne, France.


**CNRS, URA 1415, Muséum national d'Histoire naturelle, Laboratoire d'Anatomie comparée, 55 rue Buffon, 75005 Paris, France.
ANTHROPOZOOLOGICA, 1997, N° 25, 26
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se de la présence du rat en Europe avant 1100 ap. J.-C. (89 Rareté du rat pendant le premier millénaire
contextes archéologiques, soit 57 sites au moins). Une recension du nombre de contextes archéologiques
dans lesquels la présence du rat noir est considérée comme
Modalités et rythmes de diffusion certaine fait apparaître une situation assez comparable pour
Premiers pas en Europe l' Antiquité et le haut Moyen Âge, qui contraste avec
Il semble assez probable que le rat ait touché l'Europe l'abondance des découvertes enregistrées à partir du
du Sud entre le IVe et le ne siècle av. J.-C. (Vigne et xue siècle (fig. 1) (pour une liste des 212 sites antiques,
Valladas, 1996). L'espèce a fait son apparition en Europe médiévaux et modernes ayant livré des restes de rat en
occidentale non méditerranéenne dès le rer siècle ap. J.-C. Il Europe, voir Audoin-Rouzeau et Vigne, 1994). Est-ce là le
faut également faire remarquer que les deux très probables simple effet d'un biais méthodologique ou bien y a-t-il une
épidémies de peste des m e et Ile siècles av. J.-C., touchant rareté réelle du rat avant le xne siècle?
les rives africaines et asiatiques de la Méditerranée Cette probable différence d'intensité dans la présence
(Biraben, 1975) ne semblent pas avoir atteint l'Europe, pas du rat entre le premier et le second millénaires trouve une
même l'Italie. Dans l'hypothèse où le rat serait leur vec- confirmation lorsqu'on considère la fréquence des autres
teur, son implantation paraîtrait alors peu probable en rongeurs, Arvicola sp., Microtus sp., Clethrionomys gla-
Europe non méditerranéenne, et insuffisante dans l'Europe reolus (Schreber, 1780), Apodemus sp., et Mus musculus
méditerranéenne encore épargnée par la maladie. (Linné, 1758; fig . 2), d'où sont exclus les sites pour les-

n contextes archéologiques

Arvicola, Microtus
n contextes archéologiques

Il Apodemus, • Rattus
100
C/ethrionomys Mus musculus

90
100 o con t ext es
80
Total contextes = 95
90
70
80
60 70
50 60

40 50 ~

40 ""
30
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30
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Fig. 1 : Découvertes archéologiques de Rattus en Fig. 2 : Proportions de contextes archéologiques ayant


Europe antiqu e, médiévale et moderne (176 livré des restes de rongeurs non commensaux et commen-
contextes archéologiques). saux, de l' Antiquité aux Temps Modernes (95 contextes).

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Section IV: Postpalaeolithic Europe I 401

Fig. 3 : Découvertes archéologiques de


Rattus à l'époque antique.
!'. Présence de Rattus considérée
comme certaine
.à. Présence de Rattus possible
------prin cipales voies romaines
(d'après Duby, 1978)
6 : An-as; 7 : Augst; 8 : Bad Kreuznach;
9 : Baron Buisson-Saint-Cyr; 10 :
Beddingham; 12 : Ersigen - Murain;
13-14 : Les Ilettes -Annecy-le-Vieux;
15 : Ladenburg; 16: Lorch-Lauriacum;
l 7 : Londres -Crosswall; 18 : Londres -
Fenchurch ; 19 : Magdalensberg ; 20 :
Taula Torralba d'en Salort - Minorque;
2 1 : Münsterberg/Breisach; 22 :
Ordona; 23 : Pforzheim; 24 : Pompei;
25 : Portout; 27 : Scheveningse Weg;
28 : Sette Finestre-Grosetto; 29 :
Sponeck; 30: Thésée et Pouillé ; 3 1 :
Valkenburg ; 32 : Vendeuil-Caply ; 33 :
Waltersdorf; 34 : Wroxeter; 40: York
-Skeldergate; 20 1 : Monte di Tuda;
202 : Levroux; 203 : Quinta do Marim;
203 204 : Senlis; 205-207 : Sierentz-
• . 20 • 22
• 24
Landstrasse ; 208 : York -Tanner Row .
Les références sont donnée s dans
Audoin-Rouzeau et Vigne ( 1994 ).

quels on ne possède pas d'information sur d'autres ron- Il y a donc de fortes raisons de penser que, si le rat noir
geurs que le rat. Si un biais méthodologique (nombre de était présent en Europe à l' époque antique et au haut
fouilles ou intensité du tamisage) avait été la cause de la Moyen Âge, c'est sans doute de manière beaucoup plus
présence plus massive du rat au deuxième millénaire, ce limitée qu ' aux xr 0 -xvesiècles.
biais aurait joué de la même façon pour les autres
espèces. On constate au contraire une diminution du Localisation et voies de pénétration du rat
nombre de contextes ayant livré des restes de rongeurs À l'époque antique
non commensaux (Arvicola, Microtus, Clethrionomys) Rongeur sédentaire, le rat noir ne peut s'étendre que
depuis l' Antiquité jusqu' au Moyen Âge, puis leur aug- transporté par l'homme. La localisation des trouvailles de
mentation au bas Moyen Âge . Réduction également du restes de rats antiques paraît à cet égard assez révélatrice
nombre de contextes ayant livré des mulots et des souris (fig. 3). La quasi totalité des lieux où le rat est repéré (qu'il
au Moyen Âge, et croissance au bas Moyen Âge. On voit s'agisse d' une présence possible ou considérée comme cer-
en revanche la présence du rat se maintenir entre taine) correspond à trois types de sites : côtiers , sur la
l' Antiquité et le haut Moyen Âge. À partir du XIe siècle, Manche, la Mer du Nord ou la Méditerranée; fluviaux, sur
on assiste à une franche augmentation de sa présence le Rhône, le Rhin, le Danube (doublés par la voie romaine),
puisqu'on le trouve dans 90 % des contextes puis, à partir la Loire, la Drave ; bordant l' une des principales voies ter-
du XIVe siècle, dans 1OO % des contextes où la microfau- restres (selon la cartographie de Duby, 1978).
ne a été examinée : à cette période, l'implantation du rat À l'exception de l a trouvaille de Waltersdorf en
serait donc parvenue à saturation, ce qui ne serait pas le Allemagne (Teichert, 1987), la distribution géographique
cas avant les XI-XIIe siècles. des trouvailles, jointe à la présomption d'une faible densité,

ANTHROPOZOOLOG/CA. 1997. N° 25. 26


402

permet de proposer, en alternative à la théorie d'une expan- Les trouvailles du haut Moyen Âge sont elles aussi
sion générale, l'hypothèse d'une présence restreinte du rat localisées sur les côtes (excepté en zone méditerranéenne),
noir dans l'Europe antique, établie sous forme de foyers en bord ou à proximité de fleuves (Rhône, Seine mais non
isolés liés aux principaux axes commerciaux maritimes, plus Rhin) et le long des grandes voies terrestres.
fluviaux ou terrestres. Rappelons que les voies romaines n'étaient pas deve-
nues hors d'usage au cours du haut Moyen Âge, même si
Au haut Moyen Âge les historiens ne s'accordent pas tous sur 1' état et !'utilisa-
La répartition géographique des découvertes du haut tion du réseau antique (Le Goff, 1984; Fourquin, 1990 ;
Moyen Âge (fig. 4) est assez similaire à celle de la période Contamine et al., 1993 ). Tous reconnaissent pourtant, avec
précédente, en termes de densité, et suggère que le trans- des nuances, la préférence accordée en ces temps au trans-
port du rat vers l'intérieur des terres à partir des foyers por- port fluvial. Transport fluvial qui subit l'effet des secousses
tuaires et des axes fluviaux et routiers ne s'est guère opéré, politiques du temps : pour J. Le Goff (1984), le rôle du
sinon de manière anecdotique, au cours de cette période - Danube et du Rhin, par exemple, se voit effacé ou limité,
qui n' est pas celle, jusqu'au vne siècle au moins, d'une faisant de l'axe Rhône, Saône, Moselle et Meuse une voie
croissance des échanges ni de la démographie. de passage majeure.

Fig. 4 : Découvertes archéologiques


de Rciltus au haut Moyen Âge et au
11 e siècle.
042
• présence de Rat/us considérée
comme certaine
.. 0 présence de Rattus possible
\ 40
,161 - - - principales vo ies ro maines
••
·-:::(jQ§4
· • 49
(d'après Duby, 1978)

5"2..• . 039
- poussée de peste de 541 -542
'" 55•
..
\ 46 • (d'après Biraben et Le Goff, 1969)

- poussée de peste de 570-574


IA>ire
.• 058
(d'après Biraben et Le Goff, 1969).

.. ,_
1' l)a11UJ.k

:~·-
41
.. Kvub

..,,
J'

36: Invillino-Ibligo ; 37: Naples; 38: Sézegnin; 39: Szczecin (Stettin); 40: York-Skeldergate; 41: Andone; 42: Birka; 43:
Castellu; 44 : Chevreuse; 45 : Colletière-Charavines; 46 : Ename; 48 : Haithabu ; 49 : Lincoln ; 50 : Londres-St Magnus ; 51 :
Lund; 52 : Netherton; 53 : Rathmullan; 54 : Rayleigh Castle; 55 : Reigate; 56 : Scharstorf; 57 : Stamford; 58 :
Unterregenbach; 59 : Walton; 60 : Walton; 61 : York -Coppergate. Les références sont données dans Audoin-Rouzeau et
Vigne (1994).

ANTHROPOZOOLOGICA , 1997, N' 25, 26


Section IV- Postpalaeolithic Europe 1 403

les régions septentrionales aux v1e-v1ne siècles, malgré

D
• n contextes archéologiques

Arvicola, Microtus • Apodemus, • Rattus


l'évidence d' une Europe du Nord épargnée par la peste jus-
tinienne, les données dont on dispose pour l'Europe conti-
Clethrionomys Mus musculus
nentale ne sont encore ni assez nombreuses ni assez fines
chronologiquement pour aller plus avant dans cette voie de
% espèces recherche de grand intérêt.
80
Total contextes = 95
Croissance urbaine et rat
70
Dans l' hypothèse proposée d' une expansion du rat ne
60 prenant sa pleine ampleur qu'à partir des x1e-xme siècles
ap. J.-C ., on a cherché à observer le lien existant entre
50 poussée urbaine et poussée murine. La figure 5 présente les
proportions entre des rongeurs non commensaux liés à un
40 milieu sauvage, comme Arvicola sp., Microtus sp. et
Clethrionomys glareolus et des rongeurs anthropophiles,
30
comme Mus musculus et Apodemus sp. d'une part et Rattus
20 rattus d'autre part. Il se dégage une coïncidence assez pro-
bante entre la prédominance de Rattus rattus sur les non
10 commensaux et le recul progressif du milieu sauvage,
l' augmentation du peuplement, l'essor de l'urbanisation et
des transports qui culminent aux Xl°-Xllle siècles. En
(.) (.) ..0 "O
..c: ..,
"O (.) 0
~
revanche, avec la reconstitution de la végétation sauvage
..,
"O
~ ..,
"O
..0 aux XIV0 et xve siècles, on assiste à un retour des ron-
~ ~ ..,
"O
geurs non commensaux, même si la colonisation de
~
)'Europe par le rat est alors devenue générale. Avec les
Fig. 5 : Proportions des rongeurs non commensaux et Temps Modernes et la reprise démographique, le rat paraît
commensaux sur un ensemble de 95 contextes archéolo- prendre à nouveau !'avantage.
giques repo rté s en 7 gro upes c hronologique s de
l' Antiquité aux Temps Modernes. Le rat noir est-il le vecteur de la peste
justinienne?
Malgré d'autres modes de transmission possibles de la
Il reste à signaler que de possibles fléchissements des peste, la puce du rat et son hôte en constituent le vecteur
populations de rats, voire des extinctions dans certaines privilégié. L 'analyse de la géographie des poussées de la
régions, ont pu avoir lieu au cours de ce premier Moyen grande peste justinienne, reportées dans leurs extensions
Âge, en relation éventuelle avec les modifications démo- maximales sur la figure 4 (années 541-542 et 570-574),
graphiques, les mutations économiques et commerciales, et montre une répartition très liée aux axes commerciaux
avec les variations climatiques que connut cette période : (Biraben et Le Goff, 1969).
rappelons sommairement la fin de la prépondérance du En outre, les poussées de la peste justinienne en
commerce méditerranéen au cours du vne siècle et le pas- Europe ne sont pas persistantes et restent localisées dans
sage de la suprématie commerciale à l'Europe du Nord. les régions méditerranéennes et autour de l'axe Rhône-
On constate à ce sujet que les découvertes de restes de Saône-Loire. Cette caractéristique de la pandémie euro-
rat en Europe du Nord et dans les Îles Britanniques sont péenne correspondrait assez bien à un substrat de rats res-
datées des VIIIe-x1e siècles. C'est en Europe méridionale treint, tel qu' évoqué précédemment.
ou moyenne que sont localisées les quelques découvertes Aussi, malgré la possibilité d'autres modes de transmis-
des 1ye_yme siècles. Pour Armitage et al. (1984, 1994), il sion, on peut proposer un lien entre une implantation limitée
Y aurait disparition (ou effacement) du rat en Grande- de rats noirs et une avancée somme toute réduite de la peste
Bretagne entre le v1e et le vme siècle, suivie d'une nouvel- qui toucha l'Europe occidentale en quinze poussées, de 541
le introduction de l'espèce accompagnant l'expansion au à 767. Cette répartition des zones touchées par la maladie va
IX< siècle du commerce nordique. Malgré ces fortes pré- bien sûr dans le sens d'une raréfaction - ou d'une absence -
somptions d'un fléchissement des populations de rats dans du rat aux v1e-v111e siècles en Europe du Nord. Mais on peut

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également suggérer qu'aux Vl0 -VIIe siècles. le flux ralenti et vecteurs sont en place à travers tout le territoire et la résur-
déclinant du commerce méditerranéen a pu limiter ou empê- gence de la maladie y prendra des proportions sans com-
cher la progression des populations de rats méridionaux. La mune mesure avec l'épidémie précédente.
"'chaîne d'expansion du rat", telle qu'elle semble s'être for-
mée dans l'Empire romain depuis la Méditerranée jusqu'aux Conclusion
rivages nordiques et aux Îles Britanniques, paraît aux pre- Si l'implantation du rat noir se dessine selon les
miers siècles du haut Moyen Âge connaître une solution de mécanismes proposés ici, la cartographie de ses
continuité, une brisure septentrionale. présence/absence en Europe, l'étude de la densité de son
C'est pourquoi on ne peut pour le moment rejeter peuplement et l'analyse des modifications morphologiques
l'hypothèse que les zones septentrionales, sans doute à éventuelles de l'espèce seront à même de fournir des élé-
l'abri d'importations nouvelles, aient pu conserver de ments de connaissance précis et nouveaux sur l'histoire
manière très limitée des souches des rats antiques indi- des échanges et de l'urbanisation au cours des dix pre-
gènes, mais non contaminées par le bacille. miers siècles de notre ère. Avec cette perspective en esprit,
Au XIVe siècle, on l'a vu, on trouve du rat sur 100 % il convient d'accorder à la recherche du rat toute !' atten-
des sites où la microfaune est étudiée : cette fois-ci, les tion qu'elle mérite effectivement.

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