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Michel Drucker

Michel Drucker est un animateur de télévision français qui a une carrière de plus de 40 ans. Il est devenu une institution nationale grâce à sa longévité et sa capacité à s'adapter aux changements dans le paysage médiatique. L'article décrit son parcours et sa personnalité anxieuse en dehors des caméras.

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Michel Drucker

Michel Drucker est un animateur de télévision français qui a une carrière de plus de 40 ans. Il est devenu une institution nationale grâce à sa longévité et sa capacité à s'adapter aux changements dans le paysage médiatique. L'article décrit son parcours et sa personnalité anxieuse en dehors des caméras.

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Michel DRUCKER

LE GENTIL DURE
Et si l’animateur de variétés était l’homme
le plus puissant du PAF ? En quarante
ans de carrière, le gendre idéal ne s’est
pas seulement transformé en beau-père
idéal. Drucker, c’est aussi une galaxie
d’amis (qui lui doivent beaucoup), des
émissions incontournables (surtout pour
ses invités) et… un angoissé chronique
(sauf devant une caméra). Portrait d’un
journaliste sportif qui a vaincu son
complexe du mauvais fils pour devenir
une institution nationale.
Un jour, un coup de fil. Et dans l’écouteur, un flux irré-
pressible de paroles fiévreuses, pressées, serrées :
« Bonjour, c’est Michel Drucker. Il paraît que vous vou-
lez me parler ? Mais ça fait vingt ans que Télérama
m’ignore ! J’ai survécu à quatre générations d’anima-
teurs, j’ai survécu à la téléréalité, je vais bientôt fêter
mes quarante ans de carrière, et vous m’avez ignoré !
Vous trouvez ça normal, vous ? »
C’est vrai que Drucker est à la télé ce que Johnny est
à la chanson : une institution nationale. En quarante ans,
on l’a tous croisé dans le poste. Au début des années
1960, à l’époque où les speakerines n’avaient pas le
droit de mettre des jupes au-dessus du genou ; Coluche
et Platini étaient encore gamins, et lui, jeune blanc-bec
timide de 20 ans, commentait déjà, en noir et blanc, les
résultats sportifs. Plus tard, dans le poste en couleur, en
pleine période yé-yé, quand il recevait, figé et courtois,
Sardou ou Jimi Hendrix. Plus tard encore, dans les an-
nées 1980, quand il triomphait en frac et nœud pap dans
d’énormes shows « champs-élyséens » à strass et pail-
lettes. Aujourd’hui, quand il assoit Gérard Depardieu ou
Bernadette Chirac sur ses canapés rouges, le dimanche
après-midi. En presque un demi-siècle, le marathonien 2

Télérama no 2814 – 17 décembre 2003 13


PortraitMichel Drucker

avec son diplôme de... sténodactylo. De cet échec, il gar-


dera une fascination complexée et très ambivalente pour
les diplômés et les intellectuels, et un besoin viscéral de
plaire à ses parents : « “Qu’est-ce qu’en pense maman ?”
2 du PAF a effectivement résisté à l’éclatement de l’ORTF, Tilt magazine, en 1966 :
a toujours été sa grande question ! » se marre Jean-
à l’explosion de la télé privée, à la valse de ses patrons, Pierre Spiero, son réalisateur pendant trente ans.
aux assauts de Patrick Sabatier, Christophe Dechavanne sa première émission Durer, c’est l’autre obsession fondatrice de Michel
ou Marc-Olivier Fogiel, et même au déclin des variétés. de variétés. Ses débuts Drucker. « Je n’aime que les santés qui durent, les cou-
Un exploit qui mérite qu’on en parle. Ce dont il est au service des sports, ples qui durent, les carrières qui durent, les amitiés qui
convenu, après quelques coups de fil logorrhéiques. entre Roger Courderc durent, avoue cet ovni marié avec la même femme, le
Parce que c’est fou ce qu’il parle, Michel Drucker, dans et Léon Zitrone, en 1965. même métier, le même quartier et les mêmes collabo-
la vie. De cette voix rapide que le téléspectateur ne lui rateurs depuis toujours. Quand j’ai commencé la télé-
connaît pas, et qui s’inquiète de tout : des gens que vous vision, je n’ai pensé qu’à ça : m’inscrire dans la durée. »
allez rencontrer pour son portrait, de ce que vous avez Dans ses premières interviews,l’ascète expliquait déjà
pensé de sa dernière émission, du temps qu’il faudra pour qu’il ne sortait pas le soir pour rester en forme. Aujour-
l’interview alors que, justement, il n’en n’a pas, du temps... d’hui, il se nourrit (à peine) d’oranges et de bananes, et
Pour vous le dire, il vous téléphone le matin en pédalant quand il reçoit Dominique Strauss-Kahn pour un déjeu-
sur son vélo. A midi, au volant de sa voiture. A 15 heures, ner de travail, c’est avec des sandwichs à l’artichaut et
après avoir cassé une croûte frugale avec Lance Arm- de l’eau dans des gobelets. Grand hypocondriaque, il se
strong (vainqueur du Tour) ou Philippe Labro (« ami de lave les mains vingt fois par jour, cache des tubes de
trente ans »). Et encore à 16 heures, de son bureau du vitamines et un stéthoscope dans son bureau, connaît
GEORGES VILAIN

Studio Gabriel, où trône un agenda submergé de Post-it son taux de cholestérol et tous les grands médecins de
fébriles. Et même à 1 heure du matin : « Allô, c’est Paris. Ne voyage pas, fait de la natation la semaine et
l’anxieux du bloc 4... J’ai oublié de vous dire que je vais du vélo le week-end. « Une vie de sportif de haut niveau,
inviter Baudis... » C’est une surprise : l’impassible, le lisse explique-t-il, je n’aurais pas tenu autrement. »
Michel Drucker n’existe que devant la caméra. Dans la Michel Drucker, « hanté par la fuite du temps et la
MICHEL RUHAUT/TELE MAGAZINE

vie, l’homme est un stressé, tendance névrotique. disparition », comme en témoigne son ancien patron sur
Voilà ce que cache la pugnacité souriante du jeune France 2, Jean-Pierre Cottet, a la névrose partageuse :
stagiaire de l’ORTF, en 1964, lorsqu’il apporte le café et il ne manque pas un enterrement, rend visite aux
les dépêches à Léon Zitrone, Robert Chapatte et Roger potes en fin de vie, aux animateurs sans boulot et aux
Couderc : une énorme angoisse. Celle de réussir, d’abord. anciens patrons que personne ne vient plus voir. Peut-
Celle de durer, ensuite. Réussir, parce que Michel avait être parce que ce fils d’immigrés juifs d’Europe centrale
d’abord voulu être médecin, comme son père. Mais c’est a « une connaissance aiguë de la fragilité des choses,
son frère Jacques qui est devenu un brillant épidémio- de la volatilité de la vie ; cette conscience qu’on peut se
logiste. Michel n’a pas non plus fait l’ENA, comme son trouver du jour au lendemain sur un quai de gare », ana-
frère Jean. A 20 ans, le cancre consternait sa famille lyse Philippe Labro. Son père, arrêté sur dénonciation,
a soigné les déportés du camp de Drancy. Sa mère,
enceinte de lui, son frère Jean dans les bras, a été sau-
vée de justesse par un oncle de... Patrick Le Lay,
actuel patron de TF1 (ça ne s’invente pas). Des racines
qui lui ont laissé « comme une nostalgie, une inaptitude
au bonheur », avoue-t-il.
A la télé, donc, le jeune et sympathique névrosé s’ac-
croche. Il se sent bien dans cette grande maison de sal-
timbanques, encore conviviale et paternaliste. Il se
révèle bon journaliste sportif. Mais une productrice lui
trouve vite un autre destin : il est mignon bien qu’« un
MICHAEL ZUMSTEIN/L’ŒIL PUBLIC POUR TELERAMA

peu province », elle le lance donc comme animateur de


variétés. Pour la première de Tilt magazine, en 1966,
Michel Drucker, qui vient de vivre son premier ulcère à
l’estomac, reçoit en costume vert pomme et cravate 2

Dans les coulisses


de “Vivement dimanche”.
“Dès que j’ai commencé,
je n’ai pensé qu’à ça :
m’inscrire dans la durée.”

14 Télérama no 2814 – 17 décembre 2003


PortraitMichel Drucker

2 rose deux jeunes inconnus : Michel Polnareff et


Jacques Dutronc. Et l’idole des jeunes, Johnny.
Depuis, l’inoxydable animateur a changé de costume,
mais continué de recevoir, si on a bien compté, Johnny « Au début, ils ont refusé de venir, l’air de dire : que vient
Claude François dans
(56 fois), Sardou (51 fois), Mireille Mathieu (52 fois), Guy faire cet animateur de divertissement dans notre monde
Avec le cœur, en 1972.
Bedos (49 fois), Julien Clerc (48 fois) et les autres. Au ? Et puis, mon ami Cohn-Bendit a accepté. Du coup, Mar-
David Bowie puis
cours de quelque 200 Rendez-vous du dimanche, tine Aubry a suivi, puis Bernadette Chirac. » Lesquelles
Jacques Dutronc dans
350 Champs-Elysées, 80 Stars 90, 650 Studio Gabriel, ont fait un carton. D’un coup, Michel Drucker est passé
Les rendez-vous du
210 Vivement dimanche et 150 prime times divers de la catégorie « familial, pépère et sympathique » à la
dimanche, en 1977.
(Molières, Césars, 31 décembre et Téléthon). « Quel par- catégorie « incontournable ». Aujourd’hui, certes, la
cours ! » s’exclamerait-il s’il s’invitait sur son plateau. Il Star ac lui vole les artistes internationaux, Marc-Olivier
faut y regarder de près pour débusquer des accidents Fogiel lui pique Bardot à 20h30, mais Vivement diman-
dans cette carrière incroyablement linéaire : un licencie- che est l’émission « où il faut aller » pour faire connaître

P.ULLMAN/ROGER-VIOLLET
ment en 1968, parce qu’il fait grève avec Zitrone et les l’humain qui palpite sous l’animal public. Drucker, « ça
autres. « Je n’avais aucune conscience politique, je sui- fait de l’audience, toute la province regarde, et on n’y
vais le mouvement, c’est tout. » Terré chez lui, « terrorisé est pas piégé, le rythme n’y est pas trop rapide », résume
par [ses] parents », il attend huit mois qu’on le rappelle. Gérard Depardieu, invité récent.
Un autre accident en 1990, quand le nouveau patron Michel Drucker connaît tout le monde : « Quand je
d’Antenne 2 et de FR3, Philippe Guilhaume, frappé par veux les coordonnées de quelqu’un, je l’appelle »,
« le jeunisme marchand et le racisme de l’âge », le trouve résume sobrement Charles Aznavour. Et tout le monde
« has been » et l’envoie dans les bras de TF1 (pour y faire lui doit beaucoup. Céline Dion, Patrick Bruel, Jean-
une énième émission de variétés, Stars 90). En 1994, Jacques Goldman, Mylène Farmer ont fait leur première
enfin, lorsque, rappelé sur France 2, son Studio Gabriel télé avec lui. Dans son bureau du Studio Gabriel, l’ani-
ne décolle pas. Pendant trois mois, « blanc, terrassé d’an- mateur a fait encadrer une lettre manuscrite : « J’ai 16
goisse », se souvient son ancien patron Jean-Pierre Elkab- ans, je suis en première G au lycée de Chatenay-Mala-
GINIES/SIPA

bach, il ne vit plus, se croit fini. Mais fait évoluer sa for- bry. Je voudrais faire du music-hall... » Signée : « Thierry
mule. Et revenir le public. Le Luron. » Il a accroché une photo de Paris Match qui
C’est un des secrets de sa longévité : « Il a su rester réunit 200 célébrités pour la 200 e de Vivement
le même, tout en s’adaptant discrètement », analyse dimanche, et a ressorti opportunément un cliché où il
Yves Bigot, le directeur des divertissements de France 2. pose avec Arnold Schwarzenegger, du temps où celui-ci
Le marathonien des plateaux a gardé sa coiffure impec- n’était qu’un Monsieur Muscle autrichien...
cable, son style bien élevé, ses plateaux à paillettes et ses « Artistes, politiques, patrons de presse, on a tous
questions brosses à reluire, en dépit du dédain d’une élite commencé et grandi ensemble », reconnaît l’animateur.
GINIES/SIPA

parisienne et des moqueries des Guignols. N’a pas forcé En Provence, quand il fait son tour de vélo, Michel s’ar-
sa nature en singeant cette « génération d’animateurs à rête chez « Charles » (Aznavour). A Saint-Cloud, quand il
prothèse, comme il la décrit, avec leurs oreillettes et leur fait son tour de vélo avec « Sarko », il s’arrête chez
prompteur, calcinés en dix ans par la pression qu’on leur « Johnny ». En Corse, il va en hélico voir « Jacques »
met... les pauvres ! ». Mais a su s’entourer de chroni- (Dutronc). Quand il reçoit chez lui un ami malade, l’été
queurs plus jeunes ou plus cinglants, Virginie Lemoine/ dernier, c’est « Jean-Paul » (Belmondo). Pendant des
Laurent Gerra, Gérard Miller, Benjamin Castaldi ou, au- années, Michel Drucker a posé en peignoir blanc avec
jourd’hui, Philippe Geluck. Lui qui regarde méthodique- sa femme, ses chiennes et son vélo, dans les magazines.
ment tous ses concurrents et ne reçoit pas un invité sans Aujourd’hui, sur le plateau de Vivement dimanche, l’ani-
avoir lu son livre, écouté sa musique ou vu sa pièce, a mateur est devenu un people parmi les people, qui tutoie
aussi su faire évoluer ses variétés ringardisées vers du ses invités, évoque avec eux des souvenirs privés et peut
talk-show, ouvrir ses émissions aux comiques, aux écri- même jouer avec ses tics de scène devenus cultes, de
vains et, surtout, depuis quatre ans, aux politiques. « Formidable ! » à « Si tu nous regardes... ».

,, Ça fait de l’audience, toute


la province regarde, on n’est
pas piégé, le rythme n’est
pas trop rapide.” Depardieu
Alors, bien sûr, Michel Drucker a du pouvoir, même s’il
affirme « avoir trop le nez dans le guidon » pour s’en ren-
dre compte. Est-ce la raison pour laquelle tout le monde
dit tant de bien de lui, à part quelques chanteurs mécon-
tents de ne pas être invités chez lui (eh oui, il a ses têtes)
et quelques anciens collaborateurs, réalisateurs ou pro-
ducteurs, amers d’avoir été laissés en route ? Est-ce la
raison pour laquelle lui-même, avec la magnanimité de
ceux que personne ne peut plus menacer, dit si peu de
mal des autres ? Il y a de cela sûrement. Mais pas seu-
lement. L’animateur qui veut que « [ses] invités partent
contents » de son émission, déteste aussi se fâcher 2

16 Télérama no 2814 – 17 décembre 2003


PortraitMichel Drucker

“Vous avez devant vous


un homme enfin heureux
professionnellement,
apaisé”, assure Drucker.

pas près d’oublier une certaine journée : « On allait ren-


dre visite à l’association pour autistes de Marc Lavoine.
MICHAEL ZUMSTEIN/L’ŒIL PUBLIC POUR TELERAMA

En chemin, Michel a voulu embrasser les infirmières en


grève sous le pont Bir-Hakeim, puis voir une association
de prisonniers, puis une autre encore. Au retour, le soir,
une femme qui lui demandait un autographe a réussi
en plus à lui décrocher un rendez-vous pour une asso-
ciation dont elle s’occupait ! Il est hallucinant ! »
Mais attention, Michel Drucker n’est « dupe de rien »,
précise son pote Laurent Gerra. Et surtout pas de ces
« amis paillettes », dont il dit : « 90 % ne sont que des
relations d’ascenseur. Ceux qui me sourient aujourd’hui
m’évitaient hier parce que c’était plus chic d’aller à
2 dans la vie. « Michel aime aimer et aime qu’on l’aime», Canal ! Quand je m’arrêterai, à l’Olympia, je passerai du
analyse Jean-Pierre Elkabbach. Même sa fâcherie la plus 10e au 25e rang dans les trois mois ; au bout d’un an, je
médiatique, avec son ex-chroniqueur Gérard Miller, serai au balcon ; et puis je ne recevrai plus d’invitation. »
auquel il reprochait un livre acerbe sur la télévision, s’est Pas de cynisme dans ces propos, juste la lucidité d’« un
terminée par un dîner de retrouvailles. joueur de billard à cinq bandes qui calcule tout et tou-
C’est le moment de poser LA question : Michel Druc- jours plus loin que vous », témoigne son ex-chroniqueur
ker est-il un vrai gentil ? Assurément, dans ce monde Benjamin Castaldi. Un fin connaisseur de la nature
audiovisuel au pétage de plombs assuré, Michel Druc- humaine qui fanatise autour de lui des collaborateurs
ker tranche. Comme les autres, le producteur a monté qui ne s’aiment pas toujours entre eux, s’arrange pour
sa boîte, DMD (Dany, du nom de sa femme, Michel Druc- ne jamais avoir le mauvais rôle dans les crises, invite
ker), et gagne (très) bien sa vie. Mais « contrairement méthodiquement deux fois par an ses anciens patrons
aux animateurs de la nouvelle génération », précise-t-il, à déjeuner... « Un stratège qui connaît tout de la télé et
GINIES/SIPA

il n’a pas été riche jeune. Celui qui a su en son temps de ceux qui la font, témoigne un producteur avec lequel
refuser les ponts d’or d’un Berlusconi bosse comme il a travaillé. Il explique qu’il va parler à Untel, qui par-
un « artisan », sans attachée de presse, avec la même lera à Untel, fera bouger tel levier. Et ça se passe tou-
petite équipe familiale et fidèle, depuis des années : jours comme il l’a prévu ! »
Françoise Coquet, sa monteuse, sa coproductrice, sa Aujourd’hui, Michel Drucker fait « enfin partie du club »,
jumelle. Eric, son assistant, qui le vouvoie et lui a voué comme il dit. Le club des gens sérieux qui avaient grâce
sa vie ; Philippe, son beau-frère, qui s’occupe des aux yeux de ses parents. Le saltimbanque complexé a
comptes ; Cathie, sa secrétaire, qui gère l’agenda de abandonné son rêve de présenter le journal télévisé,
« monsieur Drucker » en direct de l’Aveyron, parce qu’elle mais se paie le luxe d’inscrire sur une liste d’attente cette
s’est trouvé une histoire d’amour là-bas et qu’il n’avait élite intellectuelle et politique qui l’a si longtemps dédai-
pas envie de s’en séparer... gné. « Vous avez devant vous un homme enfin heureux
Effectivement, Michel, « courtois par éducation », en- professionnellement, apaisé. Mon seul regret, c’est que
voie à ses invités les photos prises pendant l’émission mes parents ne soient plus là pour le voir... ni Jean. » Jean,
et répond aux lettres des téléspectateurs, quand il ne le pdg de M6, décédé d’une crise cardiaque en avril der-
GINIES/SIPA

les appelle pas au téléphone. Effectivement, cet hyper- nier, son frère d’un an plus âgé, « sa boussole », disent
sensible se souvient des anniversaires de ses collabo- ses proches, avec lequel Michel voulait ouvrir une agence
rateurs, n’oublie pas une représentation de sa nièce Léa, de conseil en audiovisuel. Il en avait tant rêvé, de cette
actrice, offre un tour en hélicoptère (qu’il pilote) à la Avec Romy Schneider carte « Drucker & Drucker »... Huit mois après, l’anima-
grand-mère d’une collaboratrice, demande à Céline Dion en 1978. Les années 80 teur a encore du mal à raconter ce choc qui a « tout bou-
d’appeler la fille d’un ami dont elle est l’idole... Michel seront celles de leversé », murmure-t-il. Après quarante ans de course,
Drucker soutient aussi quelques paumés de la profession Champs-Elysées, plus que jamais, il tente de concilier cette télévision à
« qu’il impose régulièrement sur le plateau », se marre mégashow à strass et laquelle il a tout sacrifié et « sans laquelle il mourrait »,
Nathalie André, son ancienne programmatrice... qui n’est paillettes (ici, en 1982). selon ses proches, avec sa vie de famille. Fait copier
toutes ses archives télé pour que, « dans ce pays sans
mémoire », ses descendants sachent qui était Michel
Drucker. Cherche à gagner du temps sur le temps. A
durer ● Emmanuelle Anizon

18 Télérama no 2814 – 17 décembre 2003


PATRICK SWIRC POUR TELERAMA

12 Télérama no 2814 – 17 décembre 2003

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