Produit de convolution
En mathématiques, le produit de convolution est un opérateur bilinéaire et un produit commutatif,
généralement noté « ∗ », qui, à deux fonctions f et g sur un même domaine infini, fait correspondre une
autre fonction « f ∗ g » sur ce domaine, qui en tout point de celui-ci est égale à l'intégrale sur l'entièreté du
domaine (ou la somme si celui-ci est discret) d'une des deux fonctions autour de ce point, pondérée par
l'autre fonction autour de l'origine — les deux fonctions étant parcourues en sens contraire l'une de l'autre
(nécessaire pour garantir la commutativité).
Le produit de convolution généralise
l'idée de moyenne glissante et est la
représentation mathématique de la
notion de filtre linéaire. Il s'applique
aussi bien à des données temporelles (en
traitement du signal par exemple) qu'à
des données spatiales (en traitement
d'image). En statistique, on utilise une
formule très voisine pour définir la
corrélation croisée.
Convolution d'une fonction porte par elle-même.
Définition du produit de
convolution
Le produit de convolution de deux fonctions réelles ou complexes f et g , est une autre fonction, qui se note
généralement « f ∗ g » et qui est définie par :
ou encore, pour des suites (en remplaçant la mesure de Lebesgue par la mesure de comptage) :
Lorsqu'il s'agit de séries, on parle de produit de Cauchy (mais dans ce qui suit, nous n'utiliserons que la
version « continue »).
On peut considérer cette formule comme une généralisation de l'idée de moyenne mobile.
Pour que cette définition ait un sens, il faut que f et g satisfassent certaines hypothèses ; par exemple, si ces
deux fonctions sont intégrables au sens de Lebesgue (c'est-à-dire qu'elles sont mesurables et que l'intégrale
de leur module est finie), leur produit de convolution est défini pour presque tout x et est lui-même
intégrable. Plus généralement, si f ∈ Lp et g ∈ Lq et avec , alors
f ∗ g ∈ Lr : cf. « Inégalité de Young pour la convolution ».
Propriétés du produit de convolution
Propriétés algébriques
Le produit de convolution est bilinéaire, associatif et commutatif :
(pour tout scalaire λ) ;
;
.
Démonstration
Le produit de convolution est distributif sur l'addition :
Le produit de convolution est associatif lorsqu'on considère des fonctions
intégrables (pour lesquelles s'applique le théorème de Fubini) :
où , soit , et .
Le produit de convolution est commutatif. On le voit aisément en opérant le
changement de variable suivant :
où T = x – t, soit t = x – T , et dt =d(–T).
Pseudo-anneau
L'ensemble des fonctions intégrables muni de l'addition et du produit de convolution forme donc un
pseudo-anneau, c'est-à-dire un anneau non unitaire. En effet, si cet anneau était unitaire, l'élément unité δ
devrait vérifier (pour tout x et toute fonction f) :
On vérifie aisément que ce n'est possible que si δ est la distribution de Dirac… qui n'est pas une fonction.
Le cadre naturel pour une bonne généralisation du produit de convolution est celui de la théorie des
distributions, mais il n'est pas abordé dans cet article. On trouvera dans l'article consacré aux distributions
une définition précise du produit de convolution dans ce cas, ainsi qu'une étude de ses principales
propriétés.
Compatibilité avec les translations
Le produit de convolution est compatible avec les translations temporelles. Si l'on note τh la translation sur
les fonctions définie par
alors
Dans le cadre plus large de la convolution des mesures,
où δh désigne la masse de Dirac en h, et la compatibilité avec les translations n'est qu'une conséquence
immédiate de l'associativité du produit de convolution des mesures :
Cette propriété doit par ailleurs être rapprochée des applications des produits de convolution au filtrage.
Parité
La convolution suit la règle des signes pour la parité des fonctions :
f ∗ g est paire (resp. impaire) si f et g sont de même parité (resp. de parités contraires).
Démonstration
Notons I l'involution définie par et vérifions que
.
Cette propriété combinée avec l'invariance sous translation permet de prouver que le produit de convolution
par une fonction paire préserve les symétries axiales des fonctions :
Si g est paire et si f (x–h)=f(–x–h) alors (f ∗ g)(x–h)=(f ∗ g)(–x–h).
Démonstration
La première équation est équivalente à . On en déduit
qui est le résultat annoncé.
Intégration d'un produit de convolution
On a (en appliquant le théorème de Fubini) la formule :
Dérivation
Dans le cas d'une seule variable, si f (par exemple) est de classe C1 et si f, f ' et g appartiennent à L1 alors
.
Plus généralement dans les cas de fonctions de plusieurs variables on a
Produit de convolution et transformée de Fourier
La transformée de Fourier d'un produit de convolution s'obtient par multiplication des transformées de
Fourier des fonctions :
si f et g sont intégrables alors
si f est intégrable et si g est de carré intégrable, on a aussi
si f et g sont de carré intégrable alors
où désigne la transformation de Fourier et la transformation de Fourier inverse (« théorème de
convolution »).
Ces formules se restreignent à l'espace de Schwartz, puis s'étendent partiellement à la transformation de
Fourier pour les distributions tempérées, appliquée par exemple à la convoluée d'une distribution tempérée
par une distribution à support compact. Plus généralement, si S et T sont deux distributions tempérées dont
l'une est un convoleur, alors leurs transformées de Fourier sont des distributions tempérées dont l'une est un
multiplieur, et elles vérifient :
Dans ce cadre, la distribution de Dirac (convoleur neutre) et la fonction constante 1 (multiplieur neutre) sont
deux distributions tempérées (paires) transformées de Fourier l'une de l'autre.
L'intérêt principal du calcul du produit de convolution par transformées de Fourier est que ces opérations
sont moins coûteuses en temps pour un ordinateur que le calcul direct de l'intégrale.
Utilisation du produit de convolution
Le produit de convolution est utilisé dans le traitement du signal, lorsque l'on utilise des
filtres (passe-bas, passe-haut, passe-bande). Si l'on a un signal entrant e(t) et un élément
filtrant ayant une fonction de transfert h(t) alors le signal de sortie s(t) sera la convolution
de ces deux fonctions :
(produit de convolution) et S(f)=E(f)H(f) (produit simple de deux fonctions)
où E(f), S(f) et H(f) sont les transformées de Fourier des fonctions du temps e(t) , s(t) et
h(t).
En audio numérique, et particulièrement dans le mixage musical ou audiovisuel, des
logiciels de réverbération à convolution existent. Ils effectuent, dans le domaine
fréquentiel, un produit de convolution entre le signal audio entrant et une réponse
impulsionnelle sélectionnée par l'utilisateur. Ces logiciels disposent d'une banque de
réponses impulsionnelles correspondant à divers environnements dont on souhaite
reproduire la réverbération sonore (pièces, grottes, églises, ...), réponses obtenues en
enregistrant la réverbération du lieu à un signal source donné.
En cristallographie, le théorème de convolution est utilisé dans les méthodes directes pour
déterminer la phase des facteurs de structure lors de la détermination d'une structure
cristalline.
En probabilité, la densité de probabilité de la somme de deux variables aléatoires réelles
indépendantes (à densité) est le produit de convolution des densités de probabilité de ces
deux variables indépendantes, comme on le voit à l'aide d'un changement de variables.
Une autre utilisation des produits de convolution se situe dans le domaine de la
mécanique quantique, où l'on réalise des produits de convolution à partir des fonctions
d'onde bra et ket.
De manière générale, on peut écrire les équations différentielles linéaires correspondant à
de nombreux problèmes physiques sous la forme du produit de convolution d'un opérateur
par une fonction décrivant le système. On peut alors résoudre de manière générique le
problème en déterminant l'inverse de convolution de l'opérateur (appelé fonction de
Green). Joseph Fourier a été à l'origine de cette méthode lorsqu'il a cherché à résoudre
l'équation de la chaleur. Sa formulation moderne a dû attendre l'arrivée de la théorie des
distributions introduite par Laurent Schwartz.
Le produit de convolution se généralise à de nombreuses algèbres d'un groupe, par
exemple aux algèbres d'un groupe fini. Si de plus le groupe est abélien, alors la théorie de
l'analyse harmonique sur un groupe abélien fini permet d'établir tous les résultats
classiques du produit de convolution.
En apprentissage profond, des opérateurs de convolution constituent les banques de
filtres des réseaux neuronaux convolutifs pour la vision par ordinateur ou le traitement
automatique du langage naturel.
Produit de convolution de mesures
Convolution de mesures sur la droite réelle
Par extension, on peut définir le produit de convolution de deux mesures sur avec
l'interprétation probabiliste suivante : lorsque les lois de probabilité μ et ν de deux variables aléatoires
réelles indépendantes n'ont pas toutes les deux des densités par rapport à la mesure de Lebesgue, la loi de
leur somme est le produit de convolution de μ par ν, noté μ ∗ ν et défini, pour toute partie borélienne A
de par
L'intégrale d'une fonction θ par rapport à la mesure μ ∗ ν est donnée par
Le produit de convolution μ ∗ ν est la mesure image par la fonction φ, définie sur par
φ(x, y) = x + y, de la mesure produit μ ⊗ ν. En particulier, si μ et ν ont toutes les deux des densités,
respectivement f et g , par rapport à la mesure de Lebesgue, alors μ ∗ ν a aussi une densité par rapport à la
mesure de Lebesgue, et une de ses densités est f ∗ g .
Convolution de mesures sur un groupe commutatif
Cette définition du produit de convolution peut être étendue à un groupe topologique commutatif (G,⊕)
muni de sa tribu borélienne, de manière immédiate : pour toute partie borélienne A de G,
L'intégrale d'une fonction θ par rapport à la mesure μ ∗ ν est donnée par
La notion de mesure de Haar du groupe G s'écrit alors en termes de produit de convolution : μ est une
mesure de Haar de G si et seulement si, pour tout élément g de G,
Si le groupe n'est pas commutatif, on peut quand même définir un produit de convolution en précisant
convolution à gauche ou à droite.
Plus généralement, on peut définir un produit de convolution pour une action de groupe. Soit G un groupe
mesurable agissant sur un espace mesurable K, d'action notée . et soient μ une mesure sur G et ν une
mesure sur K. On définit le produit de convolution par la formule
où A est une partie mesurable de K.
C'est une mesure sur K. Si K = G et si l'action est la multiplication (ou la multiplication à gauche ou à droite
si le groupe n'est pas commutatif), alors on retrouve le produit de convolution sur les groupes décrit plus
haut.
Approche vulgarisée
La manière la plus simple de représenter le produit de convolution
consiste à considérer la fonction δ de Dirac δa(x) ; cette
« fonction » vaut 0 si x ≠ a et son intégrale vaut 1. Ceci peut
paraître contre-intuitif, mais on peut l'imaginer comme la limite
d'une suite de fonctions, des courbes en cloche ou des rectangles
ayant toutes la même surface 1, mais de plus en plus fines (donc de
plus en plus hautes) ; lorsque la largeur des courbes tend vers 0, sa
hauteur tend vers +∞, mais la surface reste égale à 1. Pour des
raisons pratiques, on représente souvent le dirac comme un bâton
placé en a et de hauteur 1.
Dirac : limite d'une suite de
fonctions.
Le produit de convolution par un dirac δa correspond à une translation de la fonction initiale d'une valeur
de a
Produit de convolution d'une fonction par un dirac
On voit que δ0 laisse invariante une fonction, c'est l'élément neutre du produit de convolution
Si l'on considère maintenant le produit de convolution par une somme pondérée de deux diracs
(α δa + β δb), on obtient la superposition de deux courbes translatées.
Produit de convolution d'une fonction par une somme pondérée de deux diracs
Considérons maintenant une fonction porte Pa,b ; c'est une fonction qui vaut 1/(b-a) entre a et b, et 0
ailleurs (son intégrale vaut 1). Cette fonction peut être vue comme une succession de diracs. La convolution
de f par Pa,b va donc s'obtenir en faisant glisser f sur l'intervalle [a;b]. On obtient un « élargissement » de f.
Produit de convolution d'une fonction par une fonction porte
Si l'on considère maintenant une fonction quelconque g , on peut voir g comme une succession de diracs
pondérés par la valeur de g au point considéré. Le produit de convolution de f par g s'obtient donc en
faisant glisser la fonction f et en la dilatant selon la valeur de g .
Produit de convolution d'une fonction par une fonction quelconque
Le produit de convolution et le filtrage
Le produit de convolution est lié à la notion de filtrage sous deux conditions, à savoir la linéarité et
l'indépendance du filtre vis-à-vis du temps (système invariant). À partir de ces deux conditions, l'opérateur
de convolution peut être construit. La convolution correspond à la réponse du filtre à une entrée donnée
(notée e(t) ). Le filtre est entièrement caractérisé par sa réponse impulsionnelle h(t). Mise en équation, la
réponse du filtre est s(t) = {h ∗ e}(t).
La construction de l'opérateur de convolution s'élabore de la manière suivante. Tout d'abord, on s'intéresse
aux deux conditions imposées sur le filtre. On note f (e) le filtrage réalisé par le filtre sur l'entrée e. La
linéarité du filtre implique que :
On peut noter que la réponse du filtre à un signal nul est nulle. L'indépendance du temps se résume par :
où ed est le signal e retardé de la quantité d .
À partir de là, on peut construire la réponse du filtre linéaire et indépendant du temps à l'entrée e(t) . En
effet, comme le filtre est linéaire, on peut décomposer le signal e(t) en parties indépendantes, à l'aide d'un
ensemble de signaux ei avec des supports disjoints compacts de telle sorte que . On injecte
chaque partie du signal dans le filtre puis l'on somme les différentes réponses. Ainsi le filtrage donnera :
. Cette décomposition temporelle de e(t) peut s'effectuer de manière récursive sur les
signaux ei(τ). À la fin, on obtient une suite de signaux dont le support se résume à un point. Ces signaux,
élémentaires parce que non décomposables temporellement, correspondent chacun d'entre eux à la
distribution de Dirac δ(t–τ) centrée en τ avec une amplitude e(τ), l'impulsion s'écrit δ(t–τ)e(τ). Il suffit de
sommer toutes les impulsions suivant la variable τ pour obtenir le signal e(t) :
On applique l'opération de filtrage sur e(t) . Comme le filtre est linéaire et indépendant du temps, nous
avons :
é é
La réponse du filtre f à l'impulsion δ(t) est nommée la réponse impulsionnelle du filtre h(t). Finalement on
a :
qui n'est autre que le produit de convolution.
En conclusion : si le filtre est linéaire et indépendant du temps, alors il est entièrement caractérisé par sa
réponse h(t) et la réponse du filtre à l'entrée e(t) est donnée par l'opérateur de convolution.
Autre conclusion fondamentale des filtres linéaires et indépendants du temps : si l'on entre un signal
e(t)=e2 π j f t, le signal de sortie sera :
Le signal s(t) sera aussi un signal de la forme e2 π j f t au facteur H(f) près. Ce facteur n'est autre que la
transformée de Fourier de h(t).
Notes et références
Voir aussi
Sur les autres projets Wikimedia :
Produit de convolution (https://commons.
wikimedia.org/wiki/Category:Convolutio
n?uselang=fr), sur Wikimedia Commons
Articles connexes
Approximation de l'unité
Convolution de Dirichlet
Déconvolution
Dualité de Pontriaguine
Fenêtrage
Intégrale paramétrique
Bibliographie
Marc Briane et Gilles Pagès, Théorie de l'intégration : convolution et transformée de Fourier, Paris,
Vuibert, 2012, 365 p. (ISBN 978-2-311-00738-1)
Liens externes
(en) Animation de la Johns Hopkins University qui explique la convolution de façon
graphique (http://www.jhu.edu/~signals/index.html)
Viva la Convolution (http://fr.audiofanzine.com/plugin-reverb/editorial/dossiers/viva-la-conv
olution.html) : application de la convolution à l'acoustique
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