Thalès dans un puits : quel lieu pour la philosophie ?
Olivier Renaut
To cite this version:
Olivier Renaut. Thalès dans un puits : quel lieu pour la philosophie ?. Lecercle, François; Navaud,
Guillaume. Anecdotes philosophiques et théologiques de l’Antiquité aux Lumières, Classiques Garnier,
p. 19-31, 2012, 978-2-8124-0790-1. �10.15122/isbn.978-2-8124-4117-2.p.0019�. �hal-01322944�
HAL Id: hal-01322944
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01322944
Submitted on 29 May 2016
HAL is a multi-disciplinary open access L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents
entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de
teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
O. Renaut, « Thalès dans le puits : quel lieu pour la philosophie ? », in F. Lecercle et G. Navaud
(dir.), Anecdotes philosophiques et théologiques de l'Antiquité aux Lumières, Paris, Garnier, 2012, p. 19-31.
THALÈS DANS UN PUITS : QUEL LIEU POUR
LA PHILOSOPHIE ?
RÉSUMÉ : Dans le Théétète de Platon, à l’occasion d’une digression sur le difficile statut du philosophe dans la cité,
Socrate relate une anecdote devenue célèbre, celle de Thalès contemplant les astres et tombant dans un puits, suscitant
le rire d’une servante thrace. Ces quelques lignes dont la postérité philosophique est considérable doivent être resituées
au sein d’une stratégie philosophique précise, où Platon compose avec la fable d’Ésope à la source de cette anecdote,
avec la comédie d’Aristophane et ses attaques contre Socrate, et déjà avec l’idée d’une histoire de la philosophie où
Thalès est choisi à dessein pour représenter une science coupée des affaires humaines et dont l’usage dans la cité est
problématique. Cet article tente d’élucider les éléments de cette anecdote, choisie en fonction d’une définition de la
philosophie se situant toujours aux marges de la cité, du savoir établi, au risque de la tragédie et de la comédie.
L’anecdote de Thalès est une construction platonicienne où la philosophia se met en scène dans sa différence avec la
sophia traditionnelle, et où tout en demeurant liée à un projet scientifique, la philosophie trouve une vocation politique.
[19] Peu d’anecdotes sur la vie des philosophes ont eu autant d’écho dans
l’histoire de la philosophie que celle qui relate comment Thalès, contemplant les astres,
finit par tomber dans un puits. C’est précisément à un philosophe qu’on la doit. Platon, à
travers la bouche de Socrate, dans un dialogue sur la nature de la science, le Théétète,
s’amuse du savant perdu dans la contemplation, et contribue à en figer l’image. Dans le
Théétète, l’examen de la thèse de Protagoras qui finit par soulever la question de la nature
de la justice dans la cité et du partage possible de cette valeur entre tous et chez chacun
débouche sur un discours « accessoire » (172c-177b), qu’on a coutume d’appeler la
« digression » du Théétète. C’est dans cette digression que Socrate brosse le portrait de
« ceux qui ont été nourris dans la quête du savoir » et de ceux qui, à l’inverse, « trainent
depuis leur jeunesse dans les tribunaux ». Socrate s’attarde à rappeler autant qu’à
façonner une image du philosophe dans la cité, et c’est la figure de Thalès qui, dans ces
quelques mots anecdotiques, concentre les traits particuliers du savant inapte et inutile,
qui suscite le rire d’une servante thrace lorsque, à force d’observer les astres, il tombe
dans un puits :
SOCRATE : Quant à ceux-là, il me semble que, depuis leur jeunesse, d’une part ils ignorent en
premier lieu le chemin qui mène à l’agora, aussi bien que l’endroit où se trouve le tribunal, le
Conseil et tout autre lieu de réunion collective de la cité (τι κοινὸν ἄλλο τῆς πόλεως
συνέδριον). D’autre part, des lois et des décrets, ils n’ont rien vu ni entendu – ni le débat ni la
forme écrite. Pas même en rêve ne leur viendrait l’idée de prendre part aux empressements
des partis en vue des magistratures, aux réunions, aux dîners, aux réjouissances
accompagnées de joueuses de flûtes. Si quelqu’un est bien ou mal né dans la ville, si tel mal a
été transmis à un tel par un ancêtre, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, cela est pour lui
plus obscur que le nombre de litres de la mer, comme on dit. En outre, qu’il ne sache pas
toutes ces choses, voilà une chose qu’il ne sait pas non plus. [20] Mais il ne se tient pas à
distance de ces choses par souci de sa réputation, mais parce qu’en réalité seul son corps se
trouve et demeure dans la cité, la pensée, elle, menant la danse, tenant toutes ces choses pour
peu de chose, pour rien, ne les tenant en aucune estime, plane sur toutes choses, comme le dit
Pindare, « dans les profondeurs de la terre », mesurant ses dimensions, comme « au-dessus
du ciel », pratiquant l’astronomie, à la recherche de la nature – dans sa totalité et sous tous les
aspects – des êtres, de chaque chose et du tout, ne la ramenant jamais aux choses qui sont
proches (καὶ πᾶσαν πάντῃ φύσιν ἐρευνωµένη τῶν ὄντων ἑκάστου ὅλου, εἰς τῶν ἐγγὺς οὐδὲν
αὑτὴν συγκαθιεῖσα). - THÉODORE : Que veux-tu dire, Socrate ? - SOCRATE : je parle par
exemple de Thalès étudiant les astres, ô Théodore, et regardant vers le haut, tombant dans un
puits ; une Thrace, servante bien faite de sa personne, charmante, se moqua dit-on de lui, qui
1
désirait connaître les choses du ciel, et à qui échappait les choses se trouvant devant lui,
devant ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui se consacrent à la
philosophie. Car en vérité un tel être ne connaît pas ce qui lui est proche, ignore son voisin,
ne sait pas même ce que celui-ci fait, ni même s’il s’agit d’un homme ou d’une autre
créature. Mais ce que peut être un homme, et ce qu’il convient par nature à une telle créature,
à la différence des autres, de faire et de subir, cela il le cherche et s’en préoccupe à fond. Tu
comprends alors, je suppose, Théodore, ou non ? - THÉODORE : Oui je comprends, tu dis vrai.
- SOCRATE : Tel par conséquent, mon cher, est le commerce de notre homme avec chacun
dans la vie privée, et il en va de même dans la vie publique (ἰδίᾳ τε συγγιγνόµενος ὁ τοιοῦτος
ἑκάστῳ καὶ δηµοσίᾳ), comme nous l’avons dit pour commencer. Lorsqu’il se rend au tribunal
ou ailleurs et qu’il est contraint de parler des choses qui sont devant ses pieds et devant ses
yeux, il paraît ridicule non seulement aux femmes de Thrace mais aussi au reste de la foule,
tombant de puits en puits, tombant dans tous les problèmes par manque d’expérience, et son
effrayant manque de manières lui confère la réputation d’un d’abruti.1
Souvent comprise comme une apologie du philosophe condamné par une cité d’ignorants,
défense d’un mode de vie à la marge mais plus heureux, cette anecdote produit la défense
de la vie de loisir (scholè), par opposition à la vie servile non seulement des esclaves,
mais aussi des rhéteurs et des sophistes. L’anecdote sur Thalès, en quelques lignes, fait de
la vie philosophique un « paradoxe » qui n’est probablement pas loin de devenir un
modèle du genre de vie philosophique2. Mais est-ce le [21] sens de cette anecdote ? En
isolant la mésaventure de Thalès à la fois du contexte dialogique du Théétète, et du
contexte socio-historique de l’image du savant dans l’espace public et politique,
l’anecdote n’a effectivement rien d’autre à dire que le malheur d’une figure marginale
qui, à croire que son lieu naturel est « en haut » (ou dans « les profondeurs de la terre »),
n’expérimente que plus durement la chute et la moquerie de ses voisins. Et cependant,
faire de cette chute un symbole de la vie philosophique ne peut se produire que si la
singularité de cet événement, la renommée du malheureux astronome, et l’ironie de celui
de celui qui la relate y contribuent. Il faut donc répondre à trois questions préalables pour
éclairer à la fois le choix de la forme anecdotique et son sens : 1) quelles sont les sources
de Platon lorsqu’il écrit cette anecdote, et sur quelle image du savant se fonde-t-il pour
garantir à cette petite histoire son efficacité philosophique ? 2) Pourquoi le nom de cet
astronome tombant dans un puits est-il Thalès, lui qu’on considère comme un des
« premiers » philosophes, voire le premier ? Cette préséance chronologique et
philosophique peut-elle expliquer, à défaut de savoir si cette anecdote est « vraie », la
raison de ce choix ? 3) Quelle valeur accorder à une anecdote sur un philosophe, Thalès,
écrite par un philosophe, Platon, et racontée par une figure philosophique non moins
paradoxale, Socrate, et dans une digression dont le sens et la raison d’être dans le
Théétète font question ?
1 Théétète 173c8-174c6, traduction A. Macé dans Choses privées et chose publique en Grèce ancienne. Genèse et
structure d’un système de classification, A. Macé (éd.), Grenoble, J. Millon, à paraître 2012, (ci-après CPCP),
section XV F10.
2
Une récente édition des témoignages sur Thalès recense environ une vingtaine de reprises de ce récit, même dans le
contexte du commentaire péripatéticien qui lui donne une tout autre signification. (G. Wöhrle (éd.), Die Milesier :
Thales, Berlin, W. de Gruyter, 2009). De cette histoire, H. Blumenberg retrace les principaux jalons dans une
histoire des origines de la philosophie, perpétuant pour ainsi dire cette lecture allégorique du philosophe impuissant
face à un public qui se moque de son inaptitude (H. Blumenberg, Le Rire de la servante de Thrace : une histoire des
origines de la théorie, Paris, L’Arche, 2000)
2
O. Renaut, « Thalès dans le puits : quel lieu pour la philosophie ? », in F. Lecercle et G. Navaud
(dir.), Anecdotes philosophiques et théologiques de l'Antiquité aux Lumières, Paris, Garnier, 2012, p. 19-31.
UN SAVANT INAPTE AUX « AFFAIRES COMMUNES »
L’image du savant inapte est probablement déjà un topos à l’époque de Platon, qui
aménage une fable d’Ésope qui est incontestablement sa principale source pour élaborer
l’anecdote :
Un astronome avait l’habitude de sortir chaque soir examiner les astres. Un jour qu’il errait
dans les faubourgs, l’esprit entièrement absorbé dans la [22] contemplation du ciel, il tomba
par mégarde dans un puits. Alors qu’il criait et appelait au secours, quelqu’un qui passait
entendit ses plaintes, s’approcha, et lorsqu’il apprit ce qui était arrivé, lui lança : « Et voilà !
en voulant scruter ce qu’il y a dans le ciel, tu ne vois pas ce qu’il y a sur terre ». Cette fable
pourrait s’appliquer aux hommes qui se targuent de faire des choses incroyables alors qu’ils
sont incapables de s’acquitter des affaires communes (οὐδὲ τὰ κοινὰ τοῖς ἀνθρώποις
ἐπιτελεῖν δύνανται).3
Une des clefs de l’aménagement de la fable d’Ésope dans le contexte platonicien est le
sens que l’on doit donner à cette expression : ta koina tois anthropois. Elle recouvre dans
la reprise platonicienne de la fable au moins trois sens : la vie ordinaire et matérielle, la
vie publique, et la vie politique.
À la fin de la digression, le philosophe ne sait ni « emballer sa literie », ni « assaisonner
un plat », ni encore formuler des « paroles flatteuses » (175e). Cette inaptitude qu’on
retient généralement de l’anecdote est pourtant secondaire, comme s’il s’agissait d’une
fonction du comique et du ridicule (geloion). Ces actions de la vie privée et ordinaire
ressortissent au travail de l’esclave, ce qui explique la substitution du passant par la
servante thrace dans l’anecdote, figure de la comédie ancienne, particulièrement chez
Aristophane4.
Mais les ta koina auxquelles renvoie Ésope ne se restreignent pas aux seules affaires
privées. Il s’agit également de montrer à quel point le savant, qui se promène à la
périphérie de la cité, est inapte à toute vie en commun. Cette ignorance de la vie en
commun, Platon y insiste à son tour : Socrate rappelle que le philosophe ne connaît aucun
protocole de la vie en communauté ou publique, réside dans sa cité « en étranger »,
ignore ses voisins, ne fréquente pas les « repas et les fêtes que ses compagnons
organisent ».
Bien plus, c’est à une dimension supérieure de la vie « en commun » que le philosophe se
montre incapable de participer : la vie politique. [23] « Ils ne savent pas le chemin pour
se rendre au lieu de l’assemblée, ni où se trouve le tribunal, le Conseil, ni un autre lieu où
la cité siège en commun », ignore les lois de la cité, ne les entend même pas.
L’expression ta koina tois anthropois de la fable d’Ésope résonne dans la digression du
Théétète de manière bien plus politique, à une époque où un savoir, celui qu’on assigne
d’habitude aux physikoi, cherche une nouvelle image publique, et dont la place dans la
cité est ambivalente non seulement du fait de sa nature, mais aussi de sa proximité avec la
3 Ésope, Fables, 40, traduction Macé-Renaut (in CPCP, op. cit. V D2). Nous donnons le texte édité par H. Hausrath et
A. Hunger, Corpus Fabularum Asopicarum, Leipzig, Teubner, 2 vol, 1957-1959.
4
Aristophane, Les Guêpes, 828, Thesmophories, 279 sq. où Thratta s’occupe de la cuisine, et de porter des victuailles ;
Acharniens, 273 et La Paix, 1138, où la fonction sexuelle de la servante est mise en avant. À ce propos, voir R.
Blondell, The Play of Character in Plato’s Dialogues. Cambridge, Cambridge University Press, 2002, p. 296-298.
3
charlatanerie des rhéteurs et des sophistes5. Les ta koina ne renvoient donc pas seulement
aux affaires privées ordinaires, mais aussi aux ta politika, s’opposant alors aux ta idia, les
affaires privées, auxquelles certains témoignages cantonnent la pratique de la science
jusqu’à son utilisation publique au Vème siècle.
C’est ce troisième sens, l’inaptitude à la vie politique, qui semble être au cœur de
l’anecdote sur Thalès, sans pour autant être son interprétation la plus immédiate. Mais
que signifie l’inaptitude du philosophe à la vie politique ? Car le savant n’est pas
seulement « inapte », il est surtout perçu comme « inutile » pour ce « bien commun »
dont il prétend pourtant posséder la clef. Lorsqu’on examine les témoignages relatifs à la
représentation qu’on se fait du savoir chez les philosophes présocratiques, c’est justement
cette inutilité du savoir qui est contestée par ses acteurs. La naissance de la
« philosophie » est contemporaine d’un clivage entre l’acquisition et la pratique d’un
savoir, et la place qu’on lui accorde en public. On pourrait fort bien rapprocher cette
anecdote avec la seconde élégie de Xénophane, qui déplore que sa cité couronne le
vainqueur aux jeux, tout en dénigrant sa sophia, pourtant plus apte à « remplir les
greniers de la cité » que la simple force physique, qu’on récompense trop
somptueusement6. L’expression ta koina tois anthropois de la fable d’Ésope, plutôt que
de renvoyer à l’inaptitude du savant à vie courante, renverrait ainsi à la naissance d’un
autre topos, tout aussi [24] persistant dans la tradition doxographique concernant la
philosophie : celui de l’opposition entre la pratique « privée » (idia) de la science, et son
usage difficile pour la communauté (koinos). C’est probablement une des raisons pour
lesquelles Platon choisit de désanonymer l’astronome de la fable d’Ésope.
POURQUOI THALÈS ?
Pourquoi est-ce Thalès précisément que l’on fait tomber dans un puits ? Une
première difficulté liée à cette figure est la place que le savoir de Thalès occupe dans la
sphère publique et politique. Hérodote fait de Thalès un acteur important de la protection
de Milet contre les Perses (Enquête I, 170). Diogène Laërce insiste pour sa part sur
l’ambiguïté du mode de vie du savant : il mène « une vie solitaire et privée », refusant le
mariage, pour se vouer entièrement à la pratique de son savoir, après avoir participé lui-
même, et avec un certain succès, à des ambassades politiques7. C’est une forme
d’exclusivité de la pratique de la science, entre la sphère privée et la sphère politique, qui
se dessine dans les dialogues platoniciens. Au début de l’Hippias mineur, Thalès est cité
parmi les savants, qui sont en porte-à-faux par rapport au bien public. Thalès semble
concevoir la pratique de son savoir, selon Hippias, comme une pratique « privée », qu'il
est incapable d’enseigner comme les sophistes :
5
Le thème ésopique du charlatan qui se targue de « faire des choses incroyables » se trouve également chez
Aristophane : voir par exemple Nuées, 101-105. Sur l’image publique du savoir philosophique, sa constitution et sa
transformation à l’époque classique, nous nous permettons de renvoyer à O. Renaut et A. Macé, « L’univers au
service de la cité : l’opération poétique du philosophe », in A. Macé (éd.), Savoir public, Presses Universitaires de
Franche Comté, à paraître en 2012.
6
Xénophane, DK21B2.
7
DK11A1, l. 10 puis l. 33-36. (Diogène Laërce, I, 23-25).
4
O. Renaut, « Thalès dans le puits : quel lieu pour la philosophie ? », in F. Lecercle et G. Navaud
(dir.), Anecdotes philosophiques et théologiques de l'Antiquité aux Lumières, Paris, Garnier, 2012, p. 19-31.
SOCRATE : C’est donc cela, Hippias, d'être véritablement savant et d’être un homme
accompli. Du côté des affaires privées (ἰδίᾳ), tu es capable de prélever de fortes sommes
d’argent à des jeunes gens qui du reste en bénéficient plus encore que tu ne reçois d’eux, et,
par ailleurs, dans les affaires publiques (δηµοσίᾳ), de rendre service à ta cité, comme il faut le
faire si l’on ne veut pas être méprisé par la foule, mais au contraire jouir auprès d’elle d’une
bonne réputation. Pourtant, mon bon Hippias, quelle peut être la raison du fait que ces
anciens, dont les noms fameux sont prononcés en lien avec le savoir, [25] Pittakos, Bias,
Thalès de Milet et tous ses successeurs jusqu’à Anaxagore, tous, ou la plupart d’entre eux,
semblent s’être tenus à distance des affaires politiques (ἀπεχόµενοι τῶν πολιτικῶν πράξεων).
- HIPPIAS : que veux-tu, Socrate, ce n’est rien d’autre que le fait qu’ils en étaient incapables –
dans l’incapacité de parvenir à être avisés dans les deux domaines, les choses communes et
les choses privées (τά τε κοινὰ καὶ τὰ ἴδια).8
L’exclusivité de la pratique du savoir à l’une ou à l’autre sphère, privée ou publique, est
d’ailleurs corroborée par Aristote qui relate une autre anecdote sur Thalès, non moins
célèbre, celle des pressoirs d’olives :
Tous ces <récits> sont en effet utiles à ceux qui font grand cas de l’art d’acquérir ; l’exemple
de Thalès de Milet aussi. En effet, il a fait preuve d’une prévoyance qui a trait à l’art
d’acquérir, et même si elle lui est associée du fait de son savoir, il se trouve qu’elle a un
intérêt général. Alors que les gens le blâmaient, à cause de sa pauvreté, lui disant que la
philosophie n’était d’aucune utilité (ὡς ἀνωφελοῦς τῆς φιλοσοφίας οὔσης), on raconte qu’il
prévit une abondante récolte d’olives grâce à l’astronomie. Alors qu’on était encore en hiver,
il fit bon usage du peu de richesses qu’il avait, en versant des arrhes pour louer tous les
pressoirs à huile de Milet et de Chios. Il n’engagea que peu d’argent, dans la mesure où
personne ne surenchérit. Le moment opportun arriva où, en même temps, et tout d’un coup,
on cherchait de nombreux pressoirs, qu’il sous-loua selon ses propres conditions. En
récoltant une grande fortune, il démontra qu’il serait facile aux philosophes de s’enrichir s’ils
le voulaient, mais que ce n’est pas ce à quoi ils consacrent leurs efforts. C’est donc de cette
manière que Thalès, dit-on, fit la démonstration de son savoir. Mais comme nous l’avons dit,
une telle façon d’acquérir a un intérêt général, si l’on parvient à se constituer un monopole.
C’est pour cette raison que certaines cités emploient également ce moyen, lorsqu’elles
viennent à manquer de richesses : elles établissent un monopole sur les marchandises.9
Assurément, Thalès aurait pu faire bénéficier son savoir à la communauté, mais à c’est
une autre science, la chrématistique, que revient cette fonction dans la politique
aristotélicienne. Platon lui-même ne nie pas, au livre X de la République, que Thalès fut
l’inventeur de techniques utiles à la cité10.
[26] À quel Thalès avons-nous affaire dans l’anecdote du Théétète ? Non pas
simplement à celui qui exerce son savoir de façon privée, comme dans la fable d’Ésope,
mais, dans la mesure où l’ensemble de la digression souligne l’incapacité du philosophe à
s’accommoder des affaires publiques, à celui qui justement est incapable d’en faire
8
Hippias majeur, 281b-c. (traduction A. Macé in CPCP, op. cit., section XV E4).
9
Aristote, Les Politiques, 12595-23 (traduction O. Renaut in CPCP, op. cit., section VI, A8).
10
Platon, République, X, 600a4-8 où Socrate interroge Glaucon pour savoir si Homère avait fait « école », ou à tout le
moins apporté sa contribution au bien public, comme Thalès de Milet ou Anacharsis le Scythe l’auraient fait de par
leur expertise dans les « arts et métiers ». Cette référence à Thalès, qui tranche avec sa présentation dans l’Hippias
majeur, permet d’éclairer les deux différences que Platon entend établir : d’une part entre le sophiste versé dans les
affaires politiques et le savant détaché des affaires humaines, et d’autre part entre ce même savant et le philosophe
qui doit redescendre dans la caverne pour gouverner.
5
profiter la communauté. La raison de cette incapacité tient à la nature du savoir exercé
par Thalès. Il est présenté comme une figure de l’historia peri physeos, comme en
témoigne dans l’anecdote la reprise d’un fragment d’une élégie de Pindare, « dans les
profondeurs de la terre » et « au-dessus du ciel ». C’est bien dans « la recherche de la
nature – dans sa totalité et sous tous les aspects – des êtres, de chaque chose et du tout »
que verse Thalès l’astronome. Cette caractérisation de Thalès comme philosophe de la
nature est importante pour le sens de l’anecdote. Platon doit donner à cette science l’objet
de la physis pour justifier de la difficulté pour celui qui l’exerce de s’accommoder de la
vie dans la cité, comme si cette science qui pourtant s’efforçait d’être reconnue pour son
utilité publique et politique véhiculait par elle-même une image condamnant le
philosophe à l’impuissance dans les affaires de la cité. Et c’est Thalès, un milésien,
« premier philosophe » selon Aristote, qu’il fallait choisir plutôt qu’un autre représentant
de cette science, Anaxagore par exemple, dont l’activité de conseiller politique auprès de
Périclès est mentionnée dans le Phèdre11.
Le choix de Thalès s’en trouve alors justifié. On trouve dans la figure de Thalès un miroir
de Socrate dont le destin fut certes plus tragique12. Cette ressemblance fait l’objet des
railleries d’Aristophane dans les Nuées, faisant presque du mot « Thalès » une insulte.
Comme Thalès, Socrate est celui qui exercerait son savoir « de biais », évitant de devenir
un professionnel de la politique, et considérant pourtant son savoir comme un instrument
mis au service de sa propre cité. Thalès, comme Socrate, n’est pas présenté ici comme
une figure du philosophe [27] qui aurait pu faire œuvre de conseiller politique, comme
Anaxagore, ou même Protagoras qui dans le dialogue éponyme prétend enseigner
l’euboulia, que Socrate assimile un moment à l’art politique13. Nous nous trouvons donc
bien devant un problème typiquement platonicien, qui consiste à renouer la connaissance
de la nature (physis) de toutes choses avec un projet politique, projet que les philosophes
présocratiques ont probablement défendu sans pour autant être parvenu à maintenir dans
leur image publique l’évidence de ce lien14.
UNE ANECDOTE IRONIQUE : UN DÉPLACEMENT DU LIEU DE LA
PHILOSOPHIE.
L’anecdote est apparue en premier lieu comme un moyen plaisant, proche de la
fonction de la fable ésopique, de dresser l’image comique du philosophe inapte à la vie
ordinaire. Mais cette fonction gnomique n’épuise pas le détail de l’anecdote. Platon ne
peut pas se satisfaire d’une simple fable, mais convoque la figure de Thalès, et celle de la
servante thrace, afin d’expliquer la cause de l’image que la philosophie, héritière de
l’historia peri physeos, véhicule auprès d’un public profane, trop prompt à l’associer à la
11
Phèdre, 269e1-270a7.
12
Une des clefs d’interprétation de l’anecdote consiste à savoir également quel « Socrate » Platon fait parler. S’agit-il
du Socrate de l’Apologie et de l’Euthyphron, ou encore celui du Gorgias, ou même du Phédon ? Toutes les
propositions ont été faites. Voir à ce sujet R. Blondell, The Play of Character in Plato’s Dialogues, op. cit., p. 252-
270.
13
Protagoras, 318e5-319a2. En 318e1-4, Protagoras raille l’enseignement des technai comme le calcul, l’astronomie,
la géométrie et la musique, comme le pratique Hippias, corroborant l’image de l’inutilité de ces sciences pour
devenir un bon rhéteur dans sa propre cité.
14
Telle est l’hypothèse présentée dans O. Renaut et A. Macé, « L’univers au service de la cité : l’opération poétique du
philosophe », art. cit.
6
O. Renaut, « Thalès dans le puits : quel lieu pour la philosophie ? », in F. Lecercle et G. Navaud
(dir.), Anecdotes philosophiques et théologiques de l'Antiquité aux Lumières, Paris, Garnier, 2012, p. 19-31.
sophistique et à la charlatanerie. Ce n’est pas tout. Faire tomber Thalès dans un puits
ouvre également à une représentation particulière de la philosophie et de sa fonction. On
mesure ainsi la différence entre cette courte anecdote et celle des pressoirs d’olives
rapportée par Aristote. L’anecdote platonicienne est enchâssée dans une digression, qui
est elle-même mise en scène dans un dialogue. Ce redoublement vertigineux des points
de vue nous fait peut-être mieux comprendre pourquoi la forme anecdotique est choisie
par Platon pour déplacer l’image de la philosophie par rapport au savoir de Thalès
l’astronome. Rappelons qu’un des ressorts de la fable d’Ésope est celle du transfert [28]
ou de son usage pour d’autres personnages ou situations15 : l’historiette portant sur
l’astronome ne vise pas seulement, et même probablement pas, l’astronomie, mais plutôt
un type de savoir dont un public profane se méfie et conteste l’utilité. Ainsi, chez Ésope,
l’astronome est la figure honnête et malheureuse du « charlatan », comme la magicienne
ou le devin dans d’autres fables16. Or Platon reprend et même insiste sur la nécessité
d’interpréter l’anecdote en la « transférant » sur le philosophe. Ce transfert a trois
conséquences.
La première conséquence est la dimension critique de l’anecdote sur la figure du
philosophe. Cette critique s’appuie sur l’identification ambiguë, voire impossible, entre
Socrate qui rapporte l’anecdote, et le philosophe dont il brosse le portrait17. Assurément,
Socrate connaît le chemin des assemblées, participe à des banquets, connaît les lois, et
mène une vie publique ; il est vrai de dire que ce philosophe inapte n’est précisément pas
comparable à Socrate qui, s’il n’est pas homme politique, n’en demeure pas moins
conscient des enjeux politiques de son mode de vie et de ses activités dans la cité.
Certains commentateurs utilisent cet argument pour montrer que Platon procède non pas
à une apologie du philosophe, mais, tout au contraire, à la critique d’une image de la
philosophie à laquelle les interlocuteurs de Socrate, comme Théodore ou Protagoras,
pourraient souscrire18. Ce n’est donc pas seulement entre les profanes et les philosophes
que se joue l’anecdote de Thalès, en qui Théodore trouve sans doute une image de la
philosophie versée dans la géométrie et dans l’astronomie qui lui convient, mais, plus
encore, entre plusieurs représentations de la philosophie19.
[29] Une seconde conséquence de ce transfert de l’anecdote sur les philosophes concerne
cette fois la fonction que Platon attribue en propre au philosophe, en comparaison avec
les mésaventures des anciens savants. Si l’on critique l’image de l’astronome perdu dans
15
C’est cette hypothèse herméneutique qui permet à H. Blumenberg de comprendre cette anecdote comme une
métaphore.
16
Ésope, Fables 56 et 170.
17
F. M. Cornford, Plato’s Theory of Knowledge ; the Theaetetus and the Sophist of Plato, London, K. Paul, 1935, p. 81-
89.
18
Telle est la thèse défendue par R. Rue, « The Philosopher in Flight: the Digression (172c-177c) in Plato’s
o
Theaetetus », Oxford Studies in Ancient Philosophy, vol. 11, n 71, 1993, p. 71-100, et plus récemment par S.
Peterson Socrates and Philosophy in the Dialogues of Plato, Cambridge, Cambridge University Press, 2011, ch. 3,
qui comprend que l’image du philosophe ainsi critiquée provient directement de la représentation que s’en fait
Théodore dans le dialogue.
19
M. Dixsaut résume parfaitement cette ligne interprétative : « L’opinion commune sur ce qu’est un savoir exclut la
possibilité d’un savoir autre, et exclut le philosophe. Mais sur son savoir, le philosophe ne peut concevoir
d’opinion, même droite. C’est pourquoi ce n’est pas sage qu’il est, mais philosophe. La sophia se confond bien,
pour l’opinion, avec l’epistèmè. Or, c’est de la question de leur différence (145d-e) qu’est issu le Théétète. Dans la
digression, il apparaît que le sujet de la science (epistèmè), ce n’est pas le sage (sophos), mais le philosophe. La
sophia n’est pas l’epistèmè parce qu’elle s’absorbe toujours nécessairement dans la double représentation qu’elle
engendre : celle d’un discours qui serait l’énoncé de la vérité, égal au savoir du vrai et l’épuisant dans l’écriture ; et
celle d’un sujet du savoir qui serait savant. », Le Naturel philosophe, 2e éd., Paris, Vrin, 1985, p. 301.
7
les nuées, c’est pour mieux définir la tâche du philosophe dans cette tragi-comédie de la
vie politique. Le philosophe en effet ne peut pas se contenter de renverser les rôles en
faisant porter le ridicule sur un rhéteur ou un profane placé dans une communauté qui
n'est pas la sienne. Et il existe bel et bien une tension constitutive dans l’exercice de la
philosophie qui la porte à la fois vers la contemplation des « modèles » divins, et vers la
réfutation et l’éducation des esprits qui abaissent leurs regards sur des modèles « sans
dieu »20. Il y a une activité propre au philosophe dans sa cité, et la digression aurait
précisément pour fonction de débarrasser le philosophe de l’image contemplative qui lui
est associée pour lui permettre d’accéder à la gouvernance et à la fonction politique21.
La troisième et dernière conséquence de ce transfert est que l’on doit enrichir
l’identification de Thalès à la figure du philosophe en complexifiant le rapport de la
philosophie à cette tradition de l’historia peri physeos. En effet, alors que Thalès est
ridiculisé par une servante thrace, le philosophe ne l’est pas seulement devant toutes les
servantes, mais aussi face à tout « autre public », entendons tous ceux qui se trouvent
sous le charme des rhéteurs qui façonnent la réalité par l’éloge et le blâme. L’anecdote
peut alors servir à la construction d’une métaphore, celle de la nullité du philosophe en
matière rhétorique et politique, et non plus seulement du savant, devant ce qui est à ses
pieds : « toute difficulté [30] (πᾶσαν ἀπορίαν) est un puits où il tombe, du fait de son
inexpérience (ὑπὸ ἀπειρίας) »22. La raillerie dont le philosophe est victime montre en un
sens que la chose politique devrait entrer de plein droit dans son domaine de
compétence : la contemplation des choses d’en haut ne peut épuiser la fonction du
philosophe, au contraire du simple savant détaché des affaires publiques. Contre la thèse
de l’homme-mesure de Protagoras, le philosophe doit se soucier de l’image publique
qu’il véhicule tout autant que de l’ancrage épistémologique des valeurs qu’ils cherchent à
définir. Mais ce n’est pas pour autant que le philosophe doive oublier le lieu d’où il vient.
Contrairement à l’image du Socrate de l’Apologie abandonnant l’enquête sur la nature au
profit de la connaissance des affaires humaines, l’anecdote lie, de manière explicite,
l’étude de ce qu’est une nature et le monde de la politique, à un moment où les
professionnels de la politique entérinent le divorce entre les deux sphères. Cette anecdote,
en même temps qu’elle a une portée historique pour la philosophie en considérant
l’activité théorétique de Thalès comme relevant d’un autre âge politique, est aussi un
manifeste pour une réforme de l’historia peri physeos qui doit être appariée à un véritable
projet politique et anthropologique.
CONCLUSION
L’anecdote sur Thalès nous apparaît alors comme un jeu littéraire et philosophie dans
toute sa puissance. Il s’agit d’une histoire inventée, mais dont un personnage, Thalès, est
20
Comme le rappelle D. Sedley, qui comprend au contraire des interprétations précédentes que l’anecdote a une visée
apologétique pour le philosophe, dont la tâche est d’abord et avant tout la contemplation des formes. D. N. Sedley,
The Midwife of Platonism: Text and Subtext in Plato’s Theaetetus. Oxford, Clarendon Press, 2004, en particulier p.
65-68.
21
C’est l’hypothèse, très convaincante, défendue par M. Lane, « « Emplois pour philosophes » : l’art politique et
l’étranger dans le politique à la lumière de Socrate et du philosophe dans le Théétète ». Les études philosophiques,
o
2005, n 3, p. 325-345.
22
Théétète, 174c4-5. La métaphore du puits était déjà annoncée en 165b7-8.
8
O. Renaut, « Thalès dans le puits : quel lieu pour la philosophie ? », in F. Lecercle et G. Navaud
(dir.), Anecdotes philosophiques et théologiques de l'Antiquité aux Lumières, Paris, Garnier, 2012, p. 19-31.
bien réel, qui s’amuse d’images elles-mêmes littéraires sur la place du philosophe dans la
cité. D’abord, l’anecdote véhicule une image, celle du philosophe perdu dans les nuées,
dont on peut toujours s’amuser. Mais parce que cette anecdote est une fable que Platon a
désanonymée, elle est aussi un discours qui creuse et finalement subvertit l’image du
philosophe ainsi colportée : en faisant acte d’historien de la philosophie, en replaçant la
figure de l’ancien savant dans les limites auxquelles les contemporains [31] de Socrate
l’ont assignée, Platon prend acte de l’obsolescence de l’image que les philosophes
véhiculaient d’eux-mêmes. L’anecdote frappe par sa concision, son effet ; elle est une
forme de sagesse plaisante qui se distingue des discours délibératifs de l’assemblée tout
autant que des discours démonstratifs23 ; elle est, dans le Théétète, cet instrument de
décalage et de renversement qui montre à quel point la définition de la philosophie doit
emprunter un chemin sinueux, montrant à la fois le caractère tragique et comique de
l’apparence de la philosophie devant son public. L’anecdote devient alors un instrument
dialectique qui permet de différencier l’ancienne sagesse et la philosophia platonicienne,
appelée à la fonction politique que l’anecdote elle-même semble lui interdire.
BIBLIOGRAPHIE
BLONDELL, R. The Play of Character in Plato’s Dialogues, Cambridge, Cambridge University
Press, 2002.
BLUMENBERG, H., Das Lachen der Thrakerin, Eine Urgeschichte der Theorie, (1987), traduction
française par L. Cassagnau : Le rire de la servante de Thrace : une histoire des origines
de la théorie, Paris, L’Arche, 2000.
CORNFORD, F.M., Plato’s Theory of Knowledge ; the Theaetetus and the Sophist of Plato,
London, K. Paul, 1935.
DIXSAUT, M., Le Naturel philosophe, 2e éd., Paris, Vrin, 1985.
HAUSRATH H. et HUNGER A., Corpus Fabularum Asopicarum, Leipzig, Teubner, 2 vol, 1957-
1959.
LANE, M., « « Emplois pour philosophes » : l’art politique et l’étranger dans le politique à la
lumière de Socrate et du philosophe dans le Théétète ». Les études philosophiques, 2005,
no 3, p. 325-345.
MACÉ, A. (éd.), Choses privées et chose publique en Grèce ancienne. Genèse et structure d’un
système de classification, Grenoble, J. Millon, à paraître 2012.
PETERSON, S., Socrates and Philosophy in the Dialogues of Plato, Cambridge, Cambridge
University Press, 2011.
RENAUT, O. et MACÉ, A., « L’univers au service de la cité : l’opération poétique du philosophe »,
in A. Macé (éd.), Savoir public, Presses Universitaires de Franche Comté, à paraître en
2012.
RUE, R. « The Philosopher in Flight: the Digression (172c-177c) in Plato’s Theaetetus », Oxford
Studies in Ancient Philosophy 11, no 71, 1993, p. 71-100.
SEDLEY, D. N., The Midwife of Platonism: Text and Subtext in Plato’s Theaetetus. Oxford,
Clarendon Press, 2004.
WÖHRLE, G. (éd.) Die Milesier : Thales, Berlin, W. de Gruyter, 2009.
23
On pourra comparer le jeu de renversement opéré dans cette anecdote avec une autre fable d’Ésope (Fable 63), se
mettant elle-même en scène à travers Démade l’orateur, récitant une fable au beau milieu des délibérations de
l’Assemblée, puis blâmant les citoyens de ne pas se préoccuper du bien public.