Étude de La Relance Et de La Modernisation D'une Marque de Luxe
Étude de La Relance Et de La Modernisation D'une Marque de Luxe
Étude de la relance et de la modernisation d’une marque de luxe :
Promoteurs
Amélie Jacquemin
Jean-Pascal Robiéfroid
L’avant-propos
En préambule, je souhaite adresser tous mes remerciements aux personnes qui m'ont aidée et
guidée dans la réalisation de ce mémoire.
En premier lieu, madame Amélie Jacquemin et monsieur Jean-Pascal Robiéfroid qui m’ont
donné l’opportunité de réaliser ce travail de fin d’année sur un sujet qui me tenait à cœur. En
outre, je les remercie pour leur disponibilité et leurs précieux conseils qui ont pu m’éclairer et
m’apporter le soutien dont j’avais besoin pour la réalisation de mon mémoire.
Je tiens également de tout cœur à remercier les cinq personnes ayant pris le temps de répondre
à mes questions lors de notre entretien individuel : Dries Tack, Elodie Dossogne, Fabienne
Delvigne, Alexandre Helson et Fabian Jean Villanueva. Sans eux, ce mémoire n’aurait pas pu
voir le jour étant donné la difficulté pour un étudiant d’obtenir une interview d’une heure et
demie avec des professionnels. Triste constat de notre société actuelle.
Enfin, mes derniers remerciements s’adressent à ma famille et mes amis qui m’ont aidée tout
au long de cette épreuve en m’apportant un soutien moral.
Table des matières
INTRODUCTION ............................................................................................................................................... 1
BIBLIOGRAPHIE .............................................................................................................................................
83
Brand Lifecycle 10
2
(Egan, 2007)
5 Brand repositioning
(Simms&Trott, 2007) 20
Modèle dynamique
6 vers un repositionnement 71
réussi (proposé par l’auteur)
1.
Introduction
Insaisissable, le temps est aujourd’hui devenu le pire ennemi des marques. Une image
devenue usée qui mène à l’érosion des ventes pour tomber ensuite dans le déclin...Ce
phénomène peut toucher la quasi-totalité des entreprises, peu importe leur taille, leur activité
ou encore leur marché. Dans un monde en constante évolution, où la vitesse du changement
ne cesse d’augmenter, les entreprises ne peuvent continuer à travailler de la même manière
que dans le passé. « Marque et temporalité sont étroitement liées » (Bontour & Lehu, 2002,
p.13) et ce paradoxe pousse les entreprises actuelles à revoir leurs choix stratégiques de
manière régulière afin d’assurer leur survie. Louis Vuitton, qui fête cette année ses 162 ans
d’existence, en est un exemple. Après des années à incarner la notion de « luxe accessible »,
la marque finit par perdre peu à peu son caractère d’exception. C’est ainsi que sa clientèle
cible s’en détourna, définissant la marque de « ringarde », au profit de ses concurrents Chanel
ou Hermès par exemple. Dû à cela, s’en est suivi un ralentissement de ses ventes qui poussa la
marque à revoir sa stratégie. Nicolas Ghesquière prit la tête du groupe en 2013 et reçut carte
blanche pour repenser l’image de la marque dans le but d’effacer les a priori qui lui avaient
été faits. Résultat, la marque représente aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de 7 milliards
d’euros, c’est-à-dire deux fois plus que son rival, Gucci.
Burberry, âgée de 160 ans, est un autre exemple de marque qui eut l’avantage de bénéficier
d’une cure de jeunesse efficace. En effet, à la fin des années 1990, la marque donne
l’impression d’avoir vieilli et cela dû à des modèles qui n’avaient pas suivi la tendance et à
des gammes beaucoup moins dynamiques que celles de ses concurrents. Ceci impacta ses
ventes et la recette risquait très vite de s’émousser. C’est alors qu’en 1999, sous la griffe de
Roberto Menichetti et de Rose Marie Bravo, qu’une politique de rajeunissement fut mise sur
pied. Conclusion finale de l’opération, un bon de 206% des résultats annuels.
Mais comment faire le dépoussiérage réussi d’une maison de luxe endormie ? C’est ce qui
fera l’objet de cette étude. À proprement parler, nous tenterons de répondre à la
problématique suivante : Comment redonner et conserver la jeunesse éternelle à une marque
de luxe ? On comprend par les exemples de Louis Vuitton et de Burberry que même une
grande marque peut mourir ou disparaître lorsqu’elle n’a plus le vent en poupe. Alors, existe-
2.
t-il des stratégies efficaces permettant d’éviter ce sort à la marque ? La stratégie de
repositionnement, on le verra, découle d’un besoin de revitalisation, elle en est une tactique.
Le repositionnement est défini dans la littérature marketing comme un processus stratégique
au cours duquel la marque transforme son image et modifie les croyances du client à son
propos (Hooley, Broderick & Moller, 1998; Turner, 2003). Ce besoin est nécessaire suite, par
exemple, à une concurrence plus innovante ou des tendances de consommation qui rendent
son image obsolète (Ries et Trout, 2000). On comprend donc que le rajeunissement d’une
marque passera par son repositionnement, étant donné qu’il permet de lui donner un nouveau
visage.
Le choix de l’étude du repositionnement stratégique d’une marque fut adopté car, étant
relativement récent, ce concept marketing est peu exploré dans la littérature, bien que devenu
capital à la survie de nombreuses entreprises, d’où le désir d’y faire lumière. Ryan, Moroney,
Geoghegan & Cunningham (2007) citent “Repositioning as a pure play is largely neglected in
the strategy literature, while empirical studies are rare”. Mintzberg fut l’un des premiers, en
1987, à donner une définition du repositionnement. Selon lui, il est un déplacement d’une
position stratégique à une autre afin de se développer dans un environnement de marché
différent (Mintzberg, 1987). Dans le même ordre d’idée, Gershon ajoute que la position
stratégique d’une organisation est une localisation perceptuelle par rapport à celle des autres
(Gershon, 2003, cité dans Leach & Leon, 2011). Toutefois, il ne faut pas oublier que
toute marque est bien différente selon son statut et ne se plie donc pas aux mêmes règles
marketing. Le secteur du luxe, plus que les autres, témoigne de caractéristiques atypiques qui
demandent une gestion spécifique (Kapferer, 2007). En effet, ces dernières sont d’une
spécificité forte et c’est pourquoi il est d’autant plus intéressant de traiter le sujet du
rajeunissement d’une marque en imposant que celle-ci soit d’un secteur particulier tel que
celui du luxe.
L’objectif de cette étude est de développer un cadre théorique qui permettrait de mieux
comprendre les facteurs clés de succès d’un repositionnement, effectué dans le but de
moderniser la marque de luxe et, d’ainsi, assurer sa survie. La contribution de cette recherche
est d’ordre managérial et stratégique et les différents enseignements formulés espèrent
permettre aux entreprises du secteur du luxe d’orienter correctement leur gestion de marque.
Tout au long de l’analyse, nous tenterons de trouver les réponses aux trois questions de
recherche suivantes : « Pourquoi rajeunir sa marque de luxe ? », « Comment rajeunir sa
marque de luxe ? » et « Quelles sont les erreurs à éviter lors du rajeunissement de sa marque
3.
de luxe ? ».
Une première partie présente notre revue de la littérature. Il s’agit d’étudier les concepts clés
mobilisés dans cette recherche.
Nous débuterons par une mise en perspective qui rappellera la définition d’éléments
importants que nous utiliserons tout au long de ce travail: « La marque », « L’identité de
marque » et « Le positionnement » (Chapitre 1).
Dans un second temps, nous entrerons dans le vif du sujet en commençant par une définition
de la « revitalisation marketing d’une marque », principe selon lequel diverses opérations
marketing sont possibles pour redonner vie à sa marque. Lorsque l’on considère qu’une
marque peut vieillir, on admet alors qu’elle suit un certain cycle de vie, développé par Egan
(2007), que nous présenterons. Nous citerons également les causes de vieillissement d’une
marque provenant de forces externes ou internes et expliquerons les outils permettant de
recenser ces dernières. Nous terminerons ce chapitre 2 par une revue des stratégies de
revitalisation possibles.
Le troisième chapitre sera consacré à la stratégie de revitalisation dont ce mémoire fait l’objet,
c’est-à-dire, le repositionnement d’une marque. Ce concept est perçu comme un changement
entrepris par certaines entreprises afin de renforcer leur compétitivité et de se différencier à
l'échelle nationale et mondiale. Il sera tout d’abord question d’expliciter ce qu’est le
repositionnement pour ensuite invoquer les différents types de stratégies de repositionnement
existants selon la catégorisation de divers auteurs. Il s’en suivra une partie sur les erreurs à ne
pas commettre lors du repositionnement de sa marque, une analyse managériale nécessaire
dans le cadre de ce sujet.
Enfin, pour conclure la partie théorique de ce travail, nous nous intéresserons aux marques de
luxe tout au long du quatrième chapitre. On ne peut mélanger couteaux et fourchettes, tel
qu’on ne peut confondre la massification marketing avec l’esprit pointilleux du luxe, à chacun
son univers donc à chacun ses règles. Un manager ne peut faire un copier-coller des normes
du marketing traditionnel pour l’appliquer à une marque de luxe, c’est pourquoi une étude
attentive de ces particularités est nécessaire au préalable. Nous parlerons alors de la définition
4.
du luxe et mettrons en lumière les caractéristiques atypiques d’une marque de ce statut. De là,
découlera une partie sur la spécificité de la gestion de la marque de luxe car, en effet, avant
d’orchestrer le rajeunissement, il faut évoquer les grands principes managériaux du luxe.
Une fois l’analyse de la littérature clôturée, nous débuterons la seconde partie de cette étude,
c’est-à-dire, sa partie empirique.
Nous porterons notre attention, tout d’abord, sur la présentation de l’approche scientifique et
les méthodes de recherche (chapitre 5) et, ensuite, sur la présentation du terrain de recherche
(chapitre 6). Enfin, nous présenterons et analyserons les résultats de notre étude empirique.
Plus spécifiquement, un septième chapitre détaillera, de façon descriptive, nos résultats au
regard de l’ancrage théorique exposé en début de mémoire et des questions de recherche
spécifiquement posées au départ, tandis que le huitième chapitre lui, proposera les
recommandations managériales à inférer de notre étude.
Une conclusion générale reprendra les éléments clés du travail et permettra de mettre en
évidence les limites de notre étude et de dresser des pistes pour de futures recherches dans ce
domaine (chapitre 9).
5.
« La marque est un repère mental sur un marché qui s’appuie sur des valeurs tangibles et des
valeurs intangibles. Elle n’est pas uniquement une image mais une perception complexe et
souvent complète d’éléments objectivables, comparables avec ceux d’une autre marque, et de
sensations très subjectives » (Lewi & Lacoeuilhe, 2007, p. 12).
La marque est donc considérée comme « une série d’associations mentales qu’un
consommateur associe à un produit ou service ». Celles-ci doivent être uniques (exclusives),
fortes et positives (désirables) si l’on souhaite créer une marque soutenable à long terme
(Keller, 1998). C’est cette « carte mentale » autour de la marque qui constitue un vrai capital
pour l’entreprise. La marque représente donc un facteur de différenciation face aux offres
concurrentes, ce qui lui permet d’imposer un prix supérieur et d’en dégager des apports
financiers plus importants. Mais ses avantages ne sont pas uniquement bénéfiques à
l’entreprise. Elle est un indice, un repère qui permet de guider le consommateur dans les
rayons tels un phare éclaire le bon port dans la nuit (Lewi & Lacoeuilhe, 2007). En outre, elle
réduit les risques de déception et apporte au client une utilité « symbolique ». En effet,
6.
lorsqu’un consommateur achète un produit, il ne prête pas uniquement d’importance à la
satisfaction de son besoin matériel mais, sans le savoir, recherche l’affirmation de sa propre
image. Les clients choisissent donc leurs achats non pas purement pour leur fonctionnalité
mais également pour ce qu’ils signifient (Ewing, Jevons & Khalil, 2009). Dans ce sens, se
créée un sentiment d’appartenance à un groupe d’utilisateurs et, de là, naît une certaine
loyauté envers la marque (Keller, 1998). Néanmoins, rien n’est gratuit et ces services ont
évidemment un coût pour le client, une marge complémentaire, qu’on surnomme « prime de
marque » (Lewi & Lacoeuilhe, 2007).
Mais à quels éléments les consommateurs se réfèrent-ils lors de leurs achats ? Qu’est-ce qui
différentie réellement la marque de ses concurrents ? Quelles sont ses signes particuliers
immédiatement reconnaissables ?
Dans son livre Mythmaking on Madison Avenue, Sal Randazzo explique qu’une marque
possède un cœur spirituel (Bontour & Lehu, 2002), dans lequel on retrouve un ensemble
d’attributs rassemblés sous le nom d’ « identité de marque ». Cette identité représente toute
son essence qualifiée, tous les éléments qui constituent sa matérialisation mais aussi son
image (Bontour & Lehu, 2002). Elle lui permet d’exister en tant que telle et de répondre aux
questions sur sa différence, « sa vision, son projet, son impérieuse nécessité ? Sa
permanence ? Sa ou ses valeurs ? Son héritage, son histoire, sa vérité ? Ses signes de
reconnaissance ? » (Kapferer, 2007, p. 217). L’identité de la marque est un ensemble
d’associations mentales qui permettent de délivrer une promesse à son marché cible et de
développer sa stratégie (Ghodeswar, 2008). Le consommateur se reconnaît dans ces
associations, elles ont de la valeur à ses yeux que ce soit au niveau fonctionnel autant
qu’émotionnel, et justifient donc l’achat (Lewi & Lacoeuilhe, 2007). Construire une forte
identité de marque offre donc aux entreprises de précieux avantages tels qu’une fidélisation
accrue de la part des clients, moins de vulnérabilité à l’égard de ses compétiteurs et des
marges plus importantes (Keller, 2001).
Mais quels en sont les éléments constitutifs ? On trouve aujourd’hui de multiples défenseurs
de l’identité de marque, mais une nouvelle fois, les auteurs ne défendent pas les mêmes
choses. Cependant, ils s’accordent pour dire qu’elle est multidimensionnelle (Bontour &
7.
Lehu, 2002). Dans leur livre, Bontour et Lehu (2002) s’entendent pour dire que l’identité de
marque est composée de douze facettes liées et interférant entre elles:
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte- ité
ment au
quotidien
Figure 1 : Les éléments constitutifs de l’identité de marque (Bontour & Lehu, 2002).
Selon Kapferer (2007), définir son identité de marque serait devenu un besoin aigu afin de se
faire entendre dans le brouhaha de notre surcommunication actuelle et d’éviter le marketing
de la ressemblance de notre ère. Parmi toutes ces facettes, une d’entre elles demande de plus
amples explications dans le cadre de la thématique du repositionnement. Il s’agit évidemment
du « positionnement ».
• Le positionnement
D’après Ries et Trout (1982), lorsqu’une entreprise « positionne » sa marque, elle manipule
l’esprit de ses clients, elle agit sur le mental de ses prospects en tentant de trouver des
ouvertures où se positionner. L'objectif du positionnement serait alors d'identifier une position
qui différencierait la marque par rapport à ses concurrents et qui correspondrait le mieux aux
désirs de son client cible (Trommsdorff, 2008 ; cité dans Heine & Trommsdorff, 2010). Cette
stratégie marketing permet donc au gestionnaire d’atteindre un avantage compétitif en
réalisant des activités différentes de celles de ses concurrents ou en pratiquant les mêmes
activités mais de manière différente (Porter, 2000). Le positionnement de marque est défini à
8.
partir de l’identité de marque et est destiné à développer l’image voulue par l’entreprise dans
le mental de ses consommateurs (Lewi & Lacoeuilhe, 2007). Selon Kapferer (2012),
lorsqu’une marque se positionne, elle tente de répondre aux quatre questions suivantes « La
marque pour qui ? La marque pourquoi ? La marque pour quand ? La marque contre qui ? ».
À côté de ces grandes règles du marketing, on s’aperçoit que les marques doivent se réadapter
continuellement afin de maintenir ou de développer leur position sur le marché. La marque vit
et le vieillissement est son premier ennemi. Afin de rester compétitif, chaque manager doit
alors intégrer ce foisonnement et comprendre que sa marque ne persistera pas sans une ride.
Une adaptation de son identité et de son positionnement peut donc devenir nécessaire à sa
survie.
9.
Parfois, même les stratégies de renforcement d’une marque les mieux conçues peuvent
échouer (Keller, 1999). Malgré une notoriété profondément ancrée dans l’esprit des
consommateurs, l’image de la marque demeurera toujours fragile. Dans pratiquement toutes
les catégories de produits, il existe des enseignes, même admirées, qui ont connu des temps
difficiles ou, dans certains cas, ont complètement disparu (Keller, 1999). Protéger, renforcer
et valoriser sa marque est une tâche difficile mais accessible (Bontour & Lehu, 2002).
Considérer qu’une marque peut vieillir signifie qu’on estime qu’elle suit un certain cycle de
vie, tel que les produits. Ce cycle est composé de cinq phases : la naissance, la croissance, la
maturité et, enfin, le déclin (Kapferer, 2008). Selon Egan (2007), à ces phases pourrait
s’ajouter « la revitalisation ». Elle viendrait s’adosser au déclin afin de redonner une nouvelle
direction à la marque, être à nouveau prospère.
10.
Figure 2 : Brand Lifecycle (Egan, 2007).
• Les causes de vieillissement d’une marque
« Fragilisées par des consommateurs plus aguerris et capables de décoder la majorité des
signaux marketing. Fragilisées par la concentration économique constatée sur de nombreux
secteurs. Fragilisées par une conjoncture économique à la robustesse beaucoup plus
précaire, que les modèles économiques et financiers les plus expérimentés pouvaient le
laisser penser. Fragilisées par des actionnariats puissants, dont les exigences légitimes a
priori viennent parfois réduire à néant les efforts réalisés pour mettre en avant de nobles
valeurs éthiques et citoyennes. Fragilisées par la contestation d’un militantisme anti-
mondialisation dont l’écho semble de plus en plus fort à chaque manifestation. Fragilisées
par une société de l’information capable, parfois inconsciemment, d’amplifier démesurément
un faux-pas et/ou un accident. Fragilisées enfin, par un facteur temps qui semble de plus en
plus insaisissable, mais dont on perçoit parfaitement la nature et la portée des méfaits
potentiels… Les marques requièrent aujourd’hui toute l’attention de leur gestionnaire pour
ne pas vieillir et finir par devenir des fantômes d’elles-mêmes, jusqu’à disparaître
complètement » (Bontour & Lehu, 2002, p. 31).
Comme décrit par Bontour & Lehu (2002), des forces externes, telles que des facteurs
culturels, politiques, économiques ou encore technologiques, complexifient un peu plus
chaque jour la gestion des marques par les managers. Outre ces forces extérieures, l’entreprise
elle-même peut provoquer un besoin d’ajustement dans sa manière de commercialiser ses
marques, dû à de nouvelles directions stratégiques (Keller, 1999). L’amélioration, ou encore,
le maintien en vie de leur capital exige des stratégies proactives éparpillées sur le long terme.
Une marque en déclin engendre une série de conséquences qu’il est difficile de stopper ; une
baisse des ventes, la perte de parts de marché, des difficultés concernant les canaux de
11.
distribution et des consommateurs ne trouvant plus la marque à leur goût (Müller, Kocher &
Crettaz, 2013).
Le vieillissement d’une marque n’est pas un phénomène simple, « chaque marque a une
histoire unique, un cycle de vie spécifique et un mix personnalisé des causes de son
vieillissement » (Lehu, 2004, p. 148). Celui-ci trouve rarement son origine dans l’évolution
négative d’une seule variable. De ce fait, il est essentiel pour un manager d’analyser, dans un
premier temps et de manière rigoureuse, les causes de ce phénomène. Dans leur livre,
« Lifting de marque », Bontour et Lehu (2002) expliquent qu’un audit de la marque
permettrait d’identifier de manière optimale les causes du vieillissement et, ensuite,
d’envisager un programme de rajeunissement approprié. Avant toute action, il faut
s’interroger sur la marque (Keller, 1999). L’audit implique des procédures permettant
d’évaluer sa santé et de découvrir sa source de valeur aux yeux de l’entreprise mais également
de ceux des consommateurs (Keller & Apéria & Georgson, 2008). Au terme de celui-ci, les
managers pourront considérer si oui ou non la marque vaut la peine d’être sauvée et proposer
des plans stratégiques de revitalisation (Kapferer, 2008).
Comme dit plus haut, des marques perçues comme vieilles ne le sont pas fatalement à cause
des mêmes raisons. Un recensement des sources de ce vieillissement est alors nécessaire via
l’audit de la marque. Cependant, chaque auteur en marketing divise, à sa propre manière, sa
grille d’analyse, en voici deux exemples :
Selon Thomas et Kohli (2009), il existe trois forces jouant un rôle dans la réussite ou le déclin
d’une marque. Les activités managériales et entrepreneuriales, considérées comme des forces
12.
génératrices, auraient une influence significative sur la santé de la marque. Elles sont classées
en cinq catégories: « la qualité des produits, l’augmentation des prix sans augmentation du
bénéfice, la réduction de prix, la négligence de la marque et l'incapacité à rester avec le
marché cible ». Thomas et Kohli décrivent l’environnement comme une force sélective,
capable de nuire à la survie de la marque. Les marchés étant de nature dynamique, ils peuvent
être considérablement influencés par l'environnement plus large dans lequel ils opèrent. Enfin,
les actions intermédiaires des concurrents, en réponse aux initiatives marketing de notre
marque, agissent en tant que forces médiatrices lorsque ces concurrents « ont les poches
profondes » (Thomas & Kohli, 2009).
Dans leur ouvrage, Bontour et Lehu (2002, pp. 64-65) listent les critères généraux de
perception et d’évaluation du vieillissement d’une marque de la manière suivante :
Figure 3 : Grille des critères de perception du vieillissement d’une marque (Bontour & Lehu, 2002)
Dans ce tableau (figure 3), on peut lire deux types de critères susceptibles de causer le
vieillissement de la marque : les critères objectifs et les critères subjectifs. Les seconds
demandent une analyse plus approfondie (Bontour & Lehu, 2002) :
• L’âge perçu de la marque est l’âge que le consommateur lui attribuera, c’est son ressenti,
il représente une forme de résistance psychologique au vieillissement. C’est un facteur
stratégique important qui peut provoquer sa perte. Celui-ci est contrôlable et variable par
les gestionnaires, au contraire de son âge chronologique, qui représente le nombre
d’années écoulées depuis sa naissance.
• La communication de la marque varie et évolue au fil des années. Mais, il est important
que le gestionnaire y prenne garde car celle-ci pourrait devenir une raison du
vieillissement.
• La cible de la marque est un facteur potentiel. Cela est provoqué par le non-
renouvellement de cette cible. En effet, une marque visant les seniors doit faire attention
également à se faire connaître auprès de segments jeunes afin qu’ils soient intéressés par
celle-ci une fois devenus « moins jeunes ». Il est donc important que la marque gagne en
notoriété auprès d’une population plus large que sa cible si elle veut persister dans le
temps.
• Les produits de la marque représentent également un facteur de risque. Ceci peut
s’expliquer par un marché, une gamme ou un produit en déclin. Les goûts changent, les
technologies progressent, les designs évoluent, c’est pourquoi une remise à niveau
constante est nécessaire.
15.
• Comment revitaliser sa marque ?
La revitalisation d’une marque n’est pas un concept nouveau. De nombreux théoriciens ont
proposé leur processus servant à aider les managers dans la reconquête de leur capital de
marque. Aaker (1991) travailla longuement sur la théorie de sept chemins pouvant être
empruntés afin de revitaliser une marque (figure 4) :
INCREASING
USAGE
BRAND
OBSOLETING REVITALIZATIO
EXISTING N ENTERING
PRODUCT NEW
WITH NEW MARKETS
ONES
AUGMENTING
THE REPOSITION-
PRODUCT/ ING THE
SERVICE BRAND
Selon lui, ces sept chemins ne sont pas mutuellement exclusifs, chacun approche le problème
avec une perspective différente. L’utilisation de plusieurs d’entre eux augmenterait alors les
chances du gestionnaire de trouver la stratégie gagnante. Cependant, un plan de revitalisation
à toutes ses chances d’échouer lors d’un manque de cohérence. Le manager doit
impérativement trouver la bonne composition de chemins pour le cas particulier de sa marque,
car « la nature d’un rajeunissement peut considérablement varier d’une marque à l’autre »
(Bontour & Lehu, 2002, p. 146).
En analysant les sept chemins d’Aaker, on se rend compte que seul le repositionnement de la
marque lui permettrait cette jeune image tant souhaitée. En effet, comme on l’a vu dans le
premier chapitre, le positionnement de la marque d’après Ries et Trout (1982) sert à
manipuler l’esprit des clients, en agissant sur le mental des prospects. Si le manager vise à
16.
rajeunir sa marque aux yeux de ses clients, son repositionnement est alors nécessaire. De plus
amples détails sur ce chemin précis d’Aaker sont pertinents pour notre travail. Le prochain
chapitre lui est consacré.
17.
Six stratégies sont envisageables selon Lambin (2008, p. 294) : « (1) modifier le produit ; (2)
modifier les croyances à propos d’une marque ; (3) modifier les croyances à propos des
marques concurrentes ; (4) modifier l’importance d’un attribut performant ; (5) attirer
l’attention sur des attributs non pris en considération ; ou (6) minimiser l’importance d’un
attribut peu performant (Boyd et al., 1972) ».
Doyle et Stern (2006) présentent des stratégies similaires en les divisant en deux catégories
distinctes. Les stratégies objectives : (1) introduire une nouvelle marque ; (2) changer la
marque existante. Les stratégies psychologiques : (3) modifier les croyances à propos de la
marque; (4) modifier les croyances à propos des marques concurrentes ; (5) modifier le poids
d’un attribut performant ; (6) introduire de nouveaux attributs ; (7) attirer l’attention sur des
attributs négligés ; (8) trouver un nouveau segment de marché.
Simms et Trott (2007) et leur article « An analysis of the repositioning of the “BMW Mini” »,
divisent les stratégies de repositionnement de la manière suivante :
20.
Figure 5: Brand Repositioning (Simms & Trott, 2007).
Dès lors, on dit d’un repositionnement qu’il est rationnel lorsque l’on apporte uniquement des
modifications fonctionnelles au produit, ce qui permet ainsi d’en améliorer la qualité. À
l’opposé, le repositionnement émotionnel fait référence à des variations d’ordres symboliques.
Enfin, le troisième type de repositionnement est un mélange de ces deux aspects.
Améliorer l’image de marque, redéfinir son essence, optimiser son attitude à l’égard de ses
consommateurs ou encore tirer parti d’une certaine nostalgie envers la marque en revenant
à ses racines sont différentes manœuvres permettant de créer une nouvelle source de valeur
auprès des consommateurs (Keller, Parameswaran & Jacob, 2011 ; Sunil & Kohli, 2009 ;
Müller, Kocher & Crettaz, 2013).
Dynamiser sa communication
La revitalisation implique l’établissement de nouveaux paramètres pouvant plaire à un certain
réseau de clientèle (Kapferer, 2008). Mais la reconnaissance de ces paramètres par le client
demande à la marque une certaine visibilité. Si le consommateur ne voit pas, il n’achètera pas.
Une erreur cependant souvent commise par les entreprises voyant leur protégée en plein
déclin est de réduire leur communication au minimum vital, ce qui amplifie les effets négatifs
du vieillissement (Bontour & Lehu, 2002).
Le rôle du manager est de faire en sorte que le consommateur ne passe pas à côté de sa
marque. Qu’il pense à son achat ou à sa consommation lorsqu’elle est capable de satisfaire ses
besoins ou envies (Keller, Parameswaran & Jacob, 2011). Si l’audit de la marque décèle un
vieillissement dû à sa communication, il doit alors mettre en place une stratégie qui
permettrait son évolution. La communication peut s’avérer être un merveilleux porte-voix
suscitant l’intérêt chez le consommateur et sa dynamisation peut se faire très rapidement, d’où
l’utilisation fréquente de cette stratégie lors de la relance d’une marque (Bontour & Lehu,
2002). Il existe plusieurs moyens possibles pour (re)dynamiser sa communication :
(Keller, Parameswaran & Jacob, 2011 ; Sunil & Kohli, 2009 ; Müller, Kocher & Crettaz,
2013 ; Bontour & Lehu, 2002).
Renouveler sa cible
Nous avons parlé depuis le début de ce chapitre du vieillissement de la marque, mais il n’est
pas à oublier que ses consommateurs vieillissent également avec le temps. La nature est ainsi
faite, le temps passe et les habitudes et envies de l’acheteur varient en permanence. Seront-ils
alors toujours attirés ou intéressés par la même marque ? Rien n’est moins sûr (Bontour &
Lehu, 2002).
Que faut-il donc faire lorsque la cible s’éloigne de notre offre ? En tant que manager, on
pourrait suivre sa clientèle mais on vieillira alors avec elle. L’autre option serait de changer
radicalement de cible, ce qui représenterait une dépense considérable et un programme
extrêmement difficile et risquerait de frustrer le consommateur actuel (Thomas & Kohli,
2009 ; Bontour & Lehu, 2002).
Attirer un nouveau segment de marché, par exemple une nouvelle tranche d’âge, ce qui
représenterait une clientèle supplémentaire (Keller, Parameswaran & Jacob, 2011 ; Bontour &
Lehu, 2002). Il est cependant difficile de remplir des objectifs divergents, amenés par deux
types de segments, avec une seule et même marque. Des variations et adaptations sont alors
essentielles pour répondre aux besoins du nouveau segment et il est impératif de ne pas
réduire la différenciation produit afin de créer de meilleures économies d’échelles. En effet,
ceci pourrait mener à un cannibalisme commercial (Thomas & Kohli, 2009).
23.
L’innovation. Peut-être que si nos produits s’intègrent mieux à l’air du temps alors notre
marque bénéficiera d’une cure de jeunesse ? Ça semble correct (Bontour & Lehu, 2002).
Selon Lehu (2004, p. 136) « une marque est considérée comme vieille dès lors que ses
consommateurs commencent à la négliger. Non pas parce que ses produits manquent de
qualité, mais tout simplement parce qu'ils goûtent, résonnent ou paraissent vieux par rapport
aux nouveaux ». Grâce à l’innovation, une marque peut également échapper à la concurrence
trop rude de son marché et délier ses mains en rendant ses propres produits obsolètes (Aaker,
1991).
L’extension de marque, principe selon lequel une marque étend son nom à un secteur/marché
différent de celui sur lequel elle exerçait jusqu’à présent. La difficulté est la cohérence. Une
mauvaise stratégie d’extension risquerait de mettre en péril le capital entier de la marque. Le
manager doit mesurer avec minutie ses opportunités mais également ses risques. Le tout est
de rester logique dans son « brand stretching » afin de ne pas heurter son image de marque
(Bontour & Lehu, 2002).
On conclut donc ici qu’il existe une multitude de choix se proposant aux managers qui ont
pour volonté de raviver leur marque grâce à une stratégie de repositionnement. Mais qu’en
est-il des fautes à éviter ?
• Les erreurs à ne pas commettre
Souvent, le repositionnement est un choix nécessaire à la survie d’une marque, néanmoins, les
risques qui lui sont liés ne sont pas à négliger. Afin de ne pas mener la marque à sa perte,
l’entreprise va devoir tenir compte de six éléments majeurs proposés par Ryan, Moroney,
Geoghegan & Cunningham (2007). C’est-à-dire, ses valeurs stratégiques fondamentales, sa
flexibilité stratégique, la capacité d’apprentissage de ses équipes de management, la
sensibilisation de ses consommateurs, l’orientation externe, l’engagement du management et
la croyance en son produit et sa marque.
24.
Selon les dires de ces auteurs, l’organisation en charge de la marque doit veiller à ce que son
nouveau positionnement reste en lien avec ses valeurs stratégiques fondamentales. Le
repositionnement implique un réalignement, non une élimination radicale de son cœur de
métier. Lorsqu’une marque présente des symptômes du vieillissement, la tentation à
transformer son identité est grande, mais ceci serait une faute d’appréciation grave. La cure de
rajeunissement n’a pas pour but d’éradiquer l’ancienne identité de la marque mais de faire
évoluer certaines de ses caractéristiques (Bontour & Lehu, 2002).
Par « flexibilité stratégique et capacité d’apprentissage », les auteurs attendent des équipes
gérant la marque qu’elles soient ouvertes au changement et réceptives. Sans cela, aucune
évolution ne verra le jour. De ce fait, il est nécessaire qu’elles partagent une vision commune
afin que la marque se développe au fil du temps.
Ryan et al. (2007) affirment également que la conscience globale des catégories de
consommateurs qui utilisent la marque devrait aider la direction à cibler les clients les plus
susceptibles de se laisser influencer par l'achat du produit. En outre, tenir compte de leurs
besoins et de leur sensibilité permettrait à la gestion d’adapter de manière audacieuse son
offre. La nouvelle proposition stratégique de l’entreprise peut être un échec si elle est
incapable de rencontrer les attentes des consommateurs présents et futurs (Uggla, 2006).
Trout (2000) nous rappelle également que le cerveau des individus est limité. Dès lors, la
firme a tout intérêt à créer des arguments forts afin de convaincre ses consommateurs
potentiels de l’attractivité de son offre (Trout, 2000 ; cité dans Rafijevas & Todiras, 2010).
Ensuite, sans une compréhension enracinée de son environnement externe, et donc de ses
concurrents, une marque ne peut se focaliser sur ses propres différences et sa valeur ajoutée.
Selon Hankinson et Cowking (1993), le risque majeur pour la marque serait alors de perdre
les principaux attributs de son offre, c’est pourquoi une étude solide de la concurrence n’est
pas facultative.
Enfin, les auteurs argumentent à propos de la nécessité d’un repositionnement dirigé depuis le
sommet de l’entreprise. Ainsi, il doit débuter et s’achever avec le CEO (Trout & Rivkin,
2009). Ce dernier est également appelé à « motiver ses troupes » et montrer sa volonté de
réussir. Par conséquent, un engagement supérieur auprès des employés sera suscité grâce à la
démonstration d’un espoir de la part de leur supérieur. Il n’est pas à oublier que des mois et
25.
même parfois des années peuvent s’écouler avant de voir arriver les premiers effets
bénéfiques suite aux changements réalisés (Corstjens & Doyle, 1989). En outre, sans
sentiment d’appartenance à l’entreprise, à la marque, au produit, en bref, à la culture de
l’organisation, un employé ne pourra croire en la réussite de son projet. C’est pourquoi, la
direction ne peut fermer les yeux sur une mauvaise intégration d’un de ses membres (Soubba,
2001; Ryan, 2007).
Que deviennent ces stratégies de repositionnement une fois appliquées sur un marché
spécifique ? Selon Lewi et Lacoeuilhe (2007), il pourrait y avoir autant de types de marques
que de types de marchés. Chaque marque possède ses propres normes, son propre
comportement et même son propre vocabulaire. Il est alors pertinent de s’interroger face à ces
disparités. Ainsi, tout bon gestionnaire se doit d’évaluer les critères stratégiques de sa marque,
c’est-à-dire sa nature, son statut et sa fonction, afin de réussir sur son marché (Kapferer,
2007). Le prochain chapitre s’intéresse alors à la marque de luxe en détails.
26.
Il y a une spécificité forte de la marque de luxe et c’est la raison pour laquelle elle ne peut être
traitée de la même manière qu’une marque classique. Il importe donc de décrire le sens de ces
concepts afin de déboucher sur une prise de conscience des dangers d’une extension simple
des méthodes classiques du marketing à une marque de luxe. Ce type de marque, plus que
toutes les autres, témoigne de caractéristiques atypiques qui demandent une gestion spécifique
(Kapferer, 2007).
Cependant, la définition du luxe a été, et reste à ce jour, beaucoup discutée par les auteurs.
Trop souvent, ceux-ci se sont mépris d’utiliser ce terme dans des situations incongrues. En
parcourant la littérature, on s’aperçoit que chaque auteur a incorporé ses propres critères à la
définition de ce qu’est le luxe et ceci ne nous amène donc pas à une définition concrète. Par
exemple, Jean Castarède (2014, pp. 4-5), donne au luxe la définition suivante: « le luxe, c’est
ce qui n’est pas courant et qui est lié au don, à la représentation, à la magnificence et à la
fête. C’est tout ce qui n’est pas nécessaire ». Il ajoute que tout ce qui est rare est luxueux et
par rare il veut dire « ni commun, ni courant ». Quant à Bastien et Kapferer (2008, p. 11),
d’après ces auteurs, le luxe est « un vrai concept sociologique et psychologique. Ce n’est pas
seulement un métier, un savoir-faire typique de certaines marques [...], mais une façon
différente et globale de comprendre les clients et de gérer la marque et l’entreprise ».
27.
Ces différentes connotations attribuées au luxe par les auteurs pourraient s’expliquer par les
allégations de Kapferer (2008) selon lesquelles le concept de luxe n'est pas une catégorie dans
l'absolu, mais un ensemble relatif qui ne peut être dissocié de la structure politique et sociale
du siècle auquel il appartient. Chaque individu aurait alors sa propre définition de ce qu’est le
luxe, en fonction du lieu d’où il vient, de ses mœurs et habitudes de vie ou encore de son
éducation,…
Malgré la difficulté à donner au luxe une définition, certaines caractéristiques propres à une
marque de luxe peuvent être analysées afin de mieux comprendre cette industrie.
Il existe quatre catégories principales de produits proposés par les marques de luxe : la mode
et ses accessoires, les parfums et cosmétiques, le vin, et enfin, les montres et bijoux. À ceci,
se sont ajoutés récemment de nouveaux secteurs, tels que les voitures, les hôtels, les voyages,
les ameublements, les compagnies aériennes et mêmes, les banques privées (Fionda & Moore,
2009). Mais concrètement, qu’est-ce qui caractérise une marque de luxe ? Bien souvent, elles
sont fortement associées aux produits qu’elles offrent. De ce fait, les caractéristiques de ces
mêmes produits leur sont attribuées (Heine, 2011). Il serait une nouvelles fois difficile de
définir ce qu’est une marque de luxe de manière objective mais il est néanmoins possible d’en
citer les caractéristiques. Neuf thèmes clés s’imposent dans la littérature :
Durabilité & Valeur : les produits de luxe sont généralement associés avec le mot
« durabilité » (Berthon et al. 2009, cité dans Heine, 2011). Tel un diamant, ils sont éternels.
Ils ne peuvent s’effriter, même après plusieurs années d’utilisation, et si un défaut survient, il
sera alors réparé par l’enseigne. En succombant à l’achat d’un produit de ce rang, la plupart
des acheteurs voient en leur produit une qualité supérieure, qui pourrait se traduire par un
matériel de meilleure qualité ou une manutention plus expérimentée. De ce fait, ils ont pour
espoir de le garder à jamais (Heine, 2011).
Confort & Usage : il est également attendu d’un produit de luxe qu’il apporte à son acheteur
une facilité d’utilisation accompagnée d’un gain de temps et d’un confort considérable. Ceci
est possible grâce aux compétences techniques et stylistiques du fabricant (Heine, 2011).
Fonctionnalité & Performance : enfin, l’acheteur n’est pas prêt à dépenser des fortunes pour
un produit qui ne lui prouvera pas à maintes reprises qu’il est le meilleur dans sa catégorie.
Un produit de luxe doit jouer son rôle de manière plus performante que les produits des
gammes inférieures et prouver sa supériorité grâce à une innovation constante (Heine, 2011).
Un prix fort
La marque de luxe affecte à ses produits un prix plus élevé que la moyenne car il contribue à
définir son positionnement (Bontour & Lehu, 2002). Le prix n’est donc pas uniquement
traduit par un niveau de qualité supérieure ou une main d’œuvre plus importante, mais sert
également d’outil créant une barrière à l’entrée (Fionda & Moore, 2009). En effet, le luxe est
un plaisir égoïste qui craint la masse. Les marques sur ce secteur veulent offrir à leur
consommateur l’exclusivité, le plaisir de pouvoir se payer un produit auquel le consommateur
moyen n’a pas accès (Bontour & Lehu, 2002), et ainsi montrer son statut. Elles créent donc
des groupes de happy few et opèrent comme distinction sociale (Chevalier & Mazzalovo,
2008).Un prix fort permet alors d’éliminer certains acheteurs potentiels et d’attirer davantage
sa cible.
L’exclusivité
Comme dit ci-dessus, les marques de luxe ont pour ambition d’offrir l’exclusivité à leurs
consommateurs. De ce fait, à l’opposé des produits grand public, elles limitent leur
production et joue la carte du « hard to get ». De fait, une certaine rareté est alors créée
(Heine, 2011). En manigançant ces limitations artificielles, (artificielles, car elles ne se
justifient pas par une composante rare du produit), la marque restreint l’accessibilité à ses
produits qui seront alors vu comme « exclusifs ». De plus en plus, elles contrôlent également
la possibilité d’accès à leurs produits en pratiquant une distribution très sélective. En effet,
selon les principes de base en luxe, le client doit sortir de ses sentiers battus pour trouver les
biens dits « de haute catégorie » (Fionda & Moore, 2009).
Un héritage revendiqué
En général, la marque de luxe raconte une histoire, son histoire, que ce soit réel ou fictif. La
plupart d’entre elles reprennent le nom d’une personne, un artisan, et construisent leur identité
autour de son récit (Chevalier & Mazzalovo, 2008). Une implication émotionnelle, telle que la
nostalgie, émane dans le cœur du consommateur, qui sera alors attiré par la crédibilité de la
marque (Kapferer & Bastien, 2009). De plus, en retraçant son héritage, elle peut se permettre
30.
de venter l’authenticité de ses produits et d’ajouter ainsi un côté non ordinaire à son image de
marque (Heine, 2011).
De ce tour d’horizon général des différentes caractéristiques d’une marque de luxe, nous
pouvons tirer des enseignements. En effet, on peut conclure qu’elle demande beaucoup de
rigueur et de cohérence afin d’assurer le respect de son positionnement et donc, son succès.
Chaque détail compte et toute erreur se fera sévèrement sentir. C’est pourquoi la création et le
maintien d’une marque de luxe sont des activités extrêmement complexes qui demandent de
la part de ses collaborateurs un investissement continu (Fionda & Moore, 2009).
Selon les affirmations de Kapferer et Bastien (2009, p. 312) « [...]in order to enter the luxury
market, to build a successful luxury brand and to make it remain a luxury brand, one has to
forget the classical marketing rules. The successful luxury goods marketers turn traditional
marketing practices upside down to achieve profitable success ». On comprend donc que le
luxe est une culture qui doit être parfaitement comprise avant d’être pratiquée et ceci étant
donné son marché unique fait de règles qui lui sont propres. Il serait donc intéressant de
les parcourir.
31.
• La spécificité de la gestion du luxe
De nos jours, de nombreuses marques se donnent l’allure de marques de luxe mais ne le sont
pas. Il est vrai que l’on retrouve chez elles certains ingrédients cités ci-dessus, cependant, il
leur manque le bon assaisonnement créé par « la magie du luxe ». Le luxe est unique et
spécial et il ne peut être confondu (Kapferer, 2012). La raison de cette « imitation » est la
découverte que ce positionnement serait un plus pour leur compétitivité (Chevalier &
Mazzalovo, 2008).
Alors, comment orchestrer sa marque de luxe ? Quels sont les impératifs qui doivent régner
dans sa gestion ? Quels sont ses grands principes managériaux ?
Suite à ce dernier chapitre, on ne peut dédaigner qu’il existe des différences incontestables
entre marques classiques et marques de luxe et qu’une gestion particulière doit leur être
accordée d’après la littérature. Le décor ainsi planté, une analyse empirique serait à présent un
outil pertinent pour compléter, confirmer ou encore réfuter l’information obtenue sur notre
sujet dans la littérature. Ceci fera donc l’objet de la seconde partie de ce travail.
33.
Chapitre 5 : Méthodologie
Avant de débuter la recherche, il est nécessaire de trouver les réponses aux trois questions
suivantes :
Quelle est la nature de la recherche ?
Quel est le design de la méthode de recherche ?
Quelle est la stratégie de la recherche ?
Ensuite, nous parlerons de la stratégie utilisée pour exécuter la récolte des données et les
analyser.
• But de la recherche
Après avoir développé une partie « revue de littérature » rassemblant les préceptes existants
sur la revitalisation d’une marque, sur le repositionnement stratégique mais aussi sur les
caractéristiques d’une marque de luxe, il est à présent temps de compléter l’information
disponible. En effet, après s’être interrogé sur les aspects théoriques développés dans la
littérature, il serait intéressant de réaliser une étude de terrain, afin d’étoffer notre cadre
théorique, qui permettrait de mieux comprendre les facteurs clés de succès d’un
repositionnement effectué dans le but de moderniser la marque de luxe et d’ainsi assurer sa
survie. Pour cela, nous allons nous concentrer sur nos questions de recherche et tenter d’y
répondre grâce à l’analyse parallèle de nos données primaires et secondaires. Pour rappel, nos
questions de recherches sont les suivantes :
Nous pourrons, grâce à cette méthode, déterminer si les réponses obtenues au cours des
différents entretiens se recoupent vers une tendance générale et en dégager des fondements
théoriques, mais aussi, en apprendre de l’expérience de chacun des interrogés et analyser
quelles sont les divergences selon leur cas particulier. Néanmoins, les connaissances acquises
suite à cette étude ne fournissent pas de réponses directes au problème mais complètent la
théorie existante sur le repositionnement d’une marque. De plus, les résultats dégagés offrent
des conseils aux entreprises qui ont l'intention de rajeunir leur marque de luxe et servent de
base pour poursuivre des recherches dans ce domaine.
• Stratégie de la recherche
Saunders, Lewis & Thornhill (2005, p.173) identifient 8 stratégies possibles : « Experiment,
Survey, Archival Research, Case Study, Ethnography, Action Research, Grounded Theory
and Narrative Inquiry ». La quatrième, l’étude de cas, explore le problème dans ses contextes
variés et se trouve donc être pertinente dans les cas où l’on souhaite comprendre les
35.
agissements promulgués dans un contexte particulier. Cette stratégie de recherche s’intéresse
en profondeur « au comment et au pourquoi » de faits observables (Rispal, 2002). Selon Yin
(1993), la méthode d’étude de cas est utilisée quand il existe un besoin pour les enquêteurs
d’analyser un sujet de manière large plutôt que précise. De plus, Eisenhardt (1989) a déclaré
que celle-ci pouvait être utilisée pour la réalisation des objectifs suivants : tester, générer ou
encore pourvoir des théories. Dès lors que le but de la méthode d’étude de cas est de
contribuer partiellement à la génération de théories, son usage est pertinent au vu du manque
d’études empiriques réalisées sur notre sujet. En effet, selon Rispal (2002), ce type d’étude est
d’autant plus pertinent lorsque les documents existants n’expliquent qu’une partie du
problème étudié. Yin (2003) établit une distinction entre six différentes sources de données
pour une étude de cas: « documentation, archival records, interviews, direct observation,
participant observation and physical artifacts ». Dans le cadre de cette étude, les données ont
été recueillies par le biais d'une méthode de triangulation ce qui améliore leur fiabilité. Dans
un premier temps, la revue de littérature qui compose la première partie de ce travail est basée
sur des documents de recherche et d'autres études empiriques. Ensuite, des entretiens semi-
structurés ont été réalisés afin de collecter de l'information venant compléter la littérature
existante. Enfin, des documents 100% confidentiels ont été récoltés et étudiés suite aux
entretiens d’experts et une observation directe a été entreprise.
Il est également à préciser que l’étude de cas multi-sites a été préférée à l’étude de cas
unique car elle permet au chercheur d’observer plusieurs situations pour ensuite comparer les
résultats ressortissants et en dégager des récurrences (Rispal, 2002).
Guide d’entretien
Il s’en suit l’élaboration du guide d’entretien qui servira de ligne directrice lors de l’échange
avec la personne interrogée. En conformité avec les dires de Saunders et al. (2007), les
questions ont été disposées dans un ordre logique et regroupées selon différents thèmes.
Diviser son guide d’entretien en plusieurs parties permet un déroulement de l’entrevue plus
claire et un enchaînement stratégique vers la finalité de la question de recherche. De l’annexe
II à l’annexe VI se trouvent les cinq guides d’entretien réalisés pour chaque expert interrogé.
Ces derniers sont composés de sept parties différentes créées suite à l’analyse de la littérature
existante sur notre problématique de départ. En outre, chacune se concentre sur une
thématique jugée pertinente et à laquelle le chercheur tente de faire lumière afin de répondre
de manière exhaustive aux trois questions de recherche. Ainsi, les sept thèmes abordés lors de
36.
chaque interview d’expert furent les suivants : la compréhension du problème de départ, les
spécificités de la marque de luxe, la gestion d’une marque dans le temps, l’organisation du
repositionnement, la stratégie entreprise, la gestion en interne, les erreurs à éviter et les
facteurs clés de succès.
Selon Saunders et al. (2001), les entrevues peuvent être réalisées de trois façons: structurées,
semi-structurées et non structurées. Notre guide d’entretien est composé de questions semi-
structurées étant donné leur utilité dans les études exploratoires. En effet, ces dernières
peuvent permettre d’obtenir des réponses riches en enseignements (Malhotra, 2011).
L’utilisation de ce type de questions laisse aux participants l’occasion de réfléchir dans leurs
propres mots et de partager leur perception sur le sujet ce qui peut nous fournir des
connaissances riches en la matière. De plus, durant ce type d’entretien, l’interlocuteur possède
une liste de questions à poser à chaque participant mais qui, néanmoins, varient suivant la
personne interrogée. Un ajout ou suppression de questions est donc possible, tout comme un
changement dans l’ordre de ces dernières (Ghauri & Gronhaug, 2005). La langue utilisée pour
les interviews est le français.
Choix de
l’échantillon
L’échantillon de la population a été sélectionné sur base d’une méthode appelée
échantillonnage par convenance, ce qui correspond à une sélection des intervenants en
fonction de leur accessibilité à l’information et leur autorisation à répondre aux questions
(Gavard-Perret, Gotteland, Haon & Jolibert, 2012). Il existe 5 critères d’échantillonnage à
respecter lors d’une étude de cas multi-sites : « les personnes interrogées doivent être
rattachées de près au problème étudié (représentativité théorique) ; elles doivent être
diversifiées afin de contraster au maximum les perceptions et actions des individus et les
situations (variété) ; elles doivent être regroupées en unités d’analyse pour permettre la
confrontation de points de vue en fonction du rôle détenu dans la situation de gestion
analysée (équilibre) ; elles doivent être ouvertes à la démarche et ne pas refuser de livrer
l’information (potentiel de découverte) ; elles sont enfin sélectionnées selon l’objectif de
recherche privilégié (prise en compte de l’objectif de recherche) » (Rispal, 2002, p. 86). Il n’a
pas été facile de respecter ces critères étant donné la difficulté d’obtenir un entretien avec des
managers du luxe ayant travaillé sur le repositionnement stratégique de leur marque. En effet,
ces experts, représentant notre population cible, ne sont pas autorisés à divulguer des
informations concernant la stratégie de la marque car ceci serait contraire à la politique de
37.
confidentialité de leur entreprise. Cependant, la persévérance fut de mise et l’obtention de
cinq interviews avec des managers du luxe fut permise. Afin de fournir une réponse
exhaustive aux trois questions de recherche et de respecter les 5 critères d’échantillonnage
formulés ci-dessus, le choix de deux types d’experts a été convenu. En effet, le premier
groupe se compose de business developers auxquels les entreprises de luxe font appel afin de
rajeunir leur marque, celui-ci se surnomme « les spécialistes ». Tandis que dans le deuxième
groupe se trouvent des managers travaillant au sein d’une entreprise de luxe dont la marque
fut rajeunie au cours des dernières années, nous l’appellerons « les entreprises ». Ainsi, les
côtés managérial et stratégique de la problématique sont tous deux analysés.
Tous les détails à propos du nom des personnes interrogées, le nom de leur marque, la
position qu'ils occupent dans la société, leur spécialité, le nombre d’années d’ancienneté dans
l’entreprise et dans le secteur du luxe sont répertoriés dans les tableaux ci-dessous.
LES SPÉCIALISTES
Dries TACK
Société Escritoire
Titre/Position Business Development Director
Spécialité La gestion du luxe
Ancienneté dans le secteur du luxe 6 années et demie
LES ENTREPRISES
Fabienne DELVIGNE
Société Fabienne Delvigne
Titre/Position Fondatrice de la marque
Ancienneté dans la société 28 années
Ancienneté dans le secteur du luxe 28 années
L’étape suivante consiste à traiter les données recueillies de manière analytique et, pour ce
faire, trois étapes sont à suivre selon Miles & Huberman (1994) :
1. Réduire les données, afin de ne conserver que l’information utile et pertinente à notre
analyse.
2. Réorganiser les données par thèmes distincts.
3. Confronter et interpréter les données afin d’en tirer des enseignements.
Six thèmes distincts ressortent de notre analyse de la littérature et représentent les concepts
clés à analyser afin de répondre à notre problématique :
Ces différents thèmes servirent de piliers pour la confrontation et l’interprétation des données
récoltées au cours de cette étude et permettent de répondre de manière intégrale à nos trois
questions de recherche. Ainsi, les points I et III tenteront de répondre à la question « Pourquoi
rajeunir sa marque de luxe ? ». Les points II, IV et V reprendront les propos venant éclairer le
40.
« comment rajeunir sa marque de luxe ? ». Enfin, à travers les six rubriques, on trouvera
réponse au sujet suivant : « Quelles sont les erreurs à éviter lors du rajeunissement de sa
marque de luxe ? ». Des liens ont ainsi pu être établis entre la revue de littérature et les
données empiriques récoltées pour chaque cas. Cette manière de faire permet d’appuyer, ou
parfois de réfuter l’information existante dans la littérature. Par la suite, ceci conduit à
l’élaboration d’un cadre théorique plus complet qui permet une meilleure compréhension du
sujet de cette étude.
41.
Dries
Tack
Dries Tack est un spécialiste en marketing de luxe. Après près de 10 ans d’expérience dans le
domaine et un passage dans diverses entreprises de ce monde, Dries Tack se dit conseiller en
gestion du luxe. Il se trouve aujourd’hui à la tête de sa propre agence de communication qui a
pour but de développer le commerce des marques de luxe ou premium. Il est donc spécialisé
en stratégies marketing et plans commerciaux pour ces marques. De plus, en 2010, il créa une
plate-forme internet sur les produits et services belges exclusifs dans le domaine de l’art, la
mode, le luxe ou encore la gastronomie. Mais, il ne s’arrête pas là, en 2012, il innove en
créant le premier réseau de luxe privé en Belgique appelé le Belgian Luxury Circle. Celui-ci
réunit les cadres supérieurs de l’industrie haut de gamme et de luxe belge afin, qu’ensemble,
ils partagent et s’inspirent. Plus de 30 marques influentes ont déjà rejoint son Cercle. De 2010
à 2013, il joua un rôle dans le grand repositionnement stratégique de Club Med en tant que
directeur commercial en son sein.
En tant que business developer chez Base Design, le rôle de Fabian Jean Villanueva en son
sein est crucial et cela depuis 5 ans et demi. En effet, il est chargé de trouver de nouveaux
clients et d’accompagner leur projet tout au long de son processus.
• Les entreprises
C’est au cœur de Bruxelles que la biscuiterie de la Maison Dandoy perpétue depuis bientôt
2 siècles son savoir-faire artisanal unique. Jean-Baptiste Dandoy, jeune artisan-boulanger,
fonda la première biscuiterie portant son nom en 1829. Cent septante sept ans et six
générations après sa création, c’est Bernard Helson, gendre de la famille Dandoy, qui dirige
aujourd’hui l’entreprise.
La Maison Dandoy est très fière de l’authenticité de ses produits et se vante de n’avoir jamais
cédé aux tentations du processus industriel à grande échelle, une prouesse de nos jours !
Malgré un développement de ses gammes, ses biscuits les plus célèbres et anciens sont
toujours confectionnés selon les recettes originales élaborées par les fondateurs de la maison.
Ils sont ainsi produits à la main, à partir de matières de première qualité et dans ses ateliers, ce
qui explique leur prix élevé. Ses fameux spéculoos, son massepain ou encore ses pains
d’épices ont valu à l’entreprise des lettres de noblesse et ont pour habitude de séduire
quiconque croisera leur chemin.
43.
L’une des plus vieilles maisons représentatives des talents belges s’accompagne de valeurs
fortes : un choix des matières premières nobles, une tradition, un artisanat, une authenticité,
un commerce familial,… autant de croyances toujours profondément ancrées dans les
principes premiers de la marque d’aujourd’hui.
La Maison belge Vervloet est spécialisée dans la serrurerie d'art depuis 1905. Cette entreprise
familiale a rapidement acquis ses lettres de noblesse en proposant un matériel haut de gamme,
d’un luxe d’exception et d'une finition irréprochable, ce qui l'a rendue célèbre dans le monde
entier. Elle cible deux publics différents : les architectes et décorateurs d'intérieur qui
représentent le cœur de cible de la Maison, et les particuliers. Leur point commun : la
recherche de l’exceptionnel, de produits de style à très haute valeur ajoutée.
Les maîtres mots de la Maison Vervloet sont le savoir-faire et la flexibilité. Chaque pièce peut
être entièrement personnalisée et adaptée mécaniquement, comme au niveau des finitions. Le
choix des matières, lui, est total. La meilleure communication pour ce type de produits de luxe
reste traditionnellement le bouche à oreille, entre initiés qui se passent les bonnes adresses
(Caron, 2006).
La Maison Vervloet détient une grande part de marché à lʼétranger. Effectivement, cʼest à
partir des années 70 que l'entreprise s'est lancée dans lʼexportation : Turquie, Arabie Saoudite,
États-Unis, Japon, etc. Aujourd'hui, l’exportation atteint 90% de la production et les créations
de la Maison Vervloet ornent les demeures de nombreuses familles royales en Europe.
44.
« Fabienne Delvigne » est une marque spécialisée dans la création et fabrication de chapeaux
et bijoux de tête de Haute Couture. La marque porte le nom de sa créatrice, Fabienne
Delvigne. C’est sur un coup de tête que cette ancienne étudiante en marketing décida de créer
des chapeaux en 1985, alors que rien ne la prédestinait à cela. Elle devient alors une petite
ouvrière dans un des derniers ateliers Haute Couture de chapeaux et accessoires. Après deux
mois, Fabienne Delvigne conçoit ses propres créations qu’elle porte lors de mariages et
cérémonies élégantes.
Très vite, beaucoup de personnes veulent savoir d’où viennent ses chapeaux pour s’en
procurer. Nous sommes alors en 1987, c’est le lancement de « Fabienne Delvigne Créations ».
Ses œuvres, comme elle les appelle, sont de plus en plus connues grâce au bouche à oreille.
La marque offre depuis toujours un service d’exception à ses clientes : elle les accueille
directement dans son atelier afin de créer ensemble des chapeaux et accessoires personnalisés.
Les créations Fabienne Delvigne privilégient le savoir-faire, l’artisanat, la créativité mais
aussi la tradition. Évidemment, tout ceci comporte un certain prix et s’adresse donc à une
clientèle aisée.
En 2001, c’est la consécration, Fabienne Delvigne reçoit le titre très prisé de fournisseur
breveté de la Cour Royale de Belgique. Ce titre prestigieux a été, depuis lors, renouvelé en
2006 et 2013 et apporte un élément royal à l’image de la marque. Fabienne Delvigne est
devenue la personne de référence en matière de chapeaux et son succès a dépassé les
frontières du Royaume de Belgique et s’étend aux Cours Royales de Suède, des Pays-Bas et
du Grand-Duché de Luxembourg.
45.
Pour rappel, les interrogés sont divisés en deux groupes : « les spécialistes » qui présentent les
faits de manière plus théoriques et « les entreprises » explicitant concrètement le déroulement
du rajeunissement de leur marque. L’enchainement de la présentation des résultats pour les
six parties est le même : énonciation de la théorie, avis des spécialistes, présentation du cas
« Maison Dandoy », du cas « Maison Verloet » et enfin, du cas « Fabienne Delvigne ».
Alexandre Helson, business developer et fils de Bernard Helson qui est aujourd’hui à
la tête de la Maison Dandoy.
Elodie Dossogne, directrice marketing chez Maison Vervloet.
Fabienne Delvigne, fondatrice de la marque Fabienne Delvigne.
Pour Alexandre Helson, il est important, surtout pour une maison de luxe, d’être constamment
avant-gardiste. Lui l’a bien compris, mais ce n’était pourtant pas toujours le cas chez Maison
Dandoy. En effet, avant son arrivée, l’entreprise « dormait » et ne comprenait pas l’utilité
d’un département marketing et d’une gestion de son image. Sa notoriété bien installée à
Bruxelles lui permit de survivre nous raconte-t-il, mais pour combien de temps ? Aujourd’hui,
Alexandre Helson a réussi à raisonner son père et à le convaincre de la nécessité de
moderniser la marque afin qu’elle puisse vivre.
47.
La Maison Vervloet attendit un peu trop longtemps pour se renouveler selon Elodie
Dossogne, directrice marketing de la Maison. C’est la raison pour laquelle la Maison connaît
aujourd’hui de grandes difficultés et s’approche dangereusement de la faillite. Selon elle, il
est d’autant plus important pour une entreprise de luxe de se remettre en cause constamment.
Celle-ci étant basée sur la qualité et l’image, il est primordial que tout soit impeccable de A à
Z et une correction est nécessaire au moindre décalage avec le marché et ses besoins.
Pour Fabienne Delvigne, une marque de luxe doit être en constante évolution. C’est la raison
pour laquelle elle décida de renouveler sa marque il y a quelques années de ça. Avec ses
28 années d’expérience dans le monde du luxe, elle comprit la nécessité de s’adapter afin
d’être toujours dans « l’esprit du temps ». Selon madame Delvigne, en tant que personne
vieillissante à la tête de son entreprise, il ne faut pas s’arrêter à ce qu’on a toujours fait, il faut
donner un coup de jeune de temps en temps à sa marque. Il est primordial, selon elle, de se
remettre en question et d’analyser comment développer son activité pour ainsi persister dans
le temps. En outre, l’innovation est un « must have » à ses yeux car elle permet à la marque de
survivre. En effet, elle maintient la fidélité de ses clients mais attire également une nouvelle
clientèle, nous dit-elle.
Dries Tack a confirmé la nécessité de toujours réfléchir longuement sur sa stratégie avant
d’instaurer les changements sur sa marque. Il illustre ses propos à l’aide de l’exemple de Club
Med, qui, à partir de 2002, s’est lancé dans la montée en gamme de son positionnement. Des
études très poussées ont été faites afin de déterminer les moindres détails entourant la
stratégie, « où vit le nouveau public cible ? Où installer précisément les nouvelles
boutiques ? ».
Chez Base Design, lorsque Fabian Jean Villanueva accueille un nouveau client souhaitant
révolutionner son image de marque luxe, la première étape, explique-t-il, est de comprendre le
contexte de l’entreprise. Une série de questions sont alors posées afin que le client s’interroge
profondément sur sa marque et sur ses ambitions en demandant par exemple « où vous voyez-
vous dans 5 ans ? ». Ensuite, les employés de Base Design se rendent dans l’entreprise même
et en ressortent avec une analyse approfondie de l’univers de la marque. Un résumé sous
forme de mots clés de ses valeurs fondamentales est également établi. Ils interrogent pour cela
les travailleurs et visitent les boutiques, l’atelier et les bureaux. Un benchmarking des
concurrents est en outre réalisé afin de répondre à la question « qu’est-ce qui pourra
différencier la marque ? » et permet ainsi de la situer sur son marché. Il précisa également, en
parallèle à tout cela, la nécessité d’une observation du marché et de ses tendances et cela de
manière continue.
Quant à la Maison Vervloet, c’est à partir de 2005 qu’elle fit le point et se remit en question.
Dans un premier temps, seules les données de leurs outils CRM (Customer Relationship
Management) et des études de marché faites par des stagiaires servirent d’audit de la marque
et cela par manque de moyens financiers. La marque fit quelques années après appel à une
agence de communication spécialisée dans le positionnement afin qu’elle les aiguille dans la
mise en place d’une nouvelle stratégie. L’avis de personnes externes à l’entreprise est une
information riche selon Emilie Dossogne, car elle permet un regard nouveau sur des choses
qu’en interne « on ne voit plus ». De plus, l’importance d’analyses approfondies fut
mentionnée lors de l’interview.
D’après Fabian Jean Villanueva, lorsqu’une marque de luxe s’adresse aux services de Base
Design, c’est souvent dû à un sentiment de « dépassement » et une impression de ne plus
coller aux attentes du client d’aujourd’hui. « Le luxe a évolué au fil des années » précise-t-il,
« il n’est plus question d’uniquement proposer un produit de qualité ». Dries Tack et Fabian
Jean Villanueva illustrent la même idée en expliquant que le luxe actuel n’est plus de rouler
en Ferrari ou d’afficher son statut avec un t-shirt de marque. De nos jours, le client veut vivre
une expérience et se sentir exclusif « avant, pendant et après l’achat ». En outre, les facteurs
technologiques furent également mentionnés. L’utilisation des réseaux sociaux n’est plus un
choix selon Fabian Jean Villanueva, mais une nécessité. Les marques sont alors tenues de
s’adapter à ces nouveaux besoins si elles veulent assurer leur survie, affirmèrent-ils tous les
deux. Même lorsque tout va bien, il est impératif de remettre sa marque en question. De ce
fait, lors de tous changements d’orientation stratégique, telle qu’une expansion à
l’international, les marques de luxe comprennent l’importance d’une évolution de leur
positionnement et font appel à une agence telle que Base Design, explique le business
developer.
Avec son packaging vieillot et de qualité pauvre, son manque d’uniformité et de cohérence
dans l’offre présentée en magasin… Maison Dandoy nécessitait un bon coup de
dépoussiérage nous avoue Alexandre Helson. En outre, pour une maison vieille de 185 ans,
Dandoy semblait n’avoir rien à raconter. Pourtant, son histoire est riche et celle-ci lui créa des
valeurs qu’il est important de communiquer dans notre société actuelle explique Alexandre
Helson. Aujourd’hui, une entreprise n’a plus le simple rôle de créer un produit et de le vendre,
elle doit également faire passer un message. Il évoque l’idée qu’un savoir-faire ancestral
offrant un produit de qualité apprécié par toutes personnes l’ayant goûté doit nécessairement
51.
s’ouvrir au monde. Cependant, elle ne peut le faire en proposant une image en inadéquation
avec la qualité de ses biscuits. De ce fait, il exprima ceci à la direction : « Tu ne peux pas à la
fois faire des collaborations avec Delvaux, être chez Colette et en même temps se trouver chez
le boucher du coin ! », « Non, ce n’est plus possible, on doit être cohérents ! ».
Il ajoute également que : « Juste rester avec le côté traditionnel, le côté authentique, c’est
chiant et ça emmerde tout le monde, pour le dire d’une manière un peu grossière, mais c’est
la réalité ! Une maison qui a 185 ans et qui ne se remet pas en question, qui n’évolue pas, qui
ne vit pas avec son temps, bah, elle est vouée à disparaître parce qu’il y a sa clientèle qui
vieillit avec elle et on a remarqué nous qu’on avait une clientèle qui était de plus en plus
vieille aussi à l’époque… ».
Suite à l’audit de la marque, les problèmes suivants ressortirent donc : une personnalité de
e
marque pauvre ayant besoin d’être renforcée, un manque d’ancrage dans le 21 siècle et donc
une nécessité de se remettre dans l’ère du temps, un manque de cohérence total dans l’offre
proposée, une incapacité à répondre aux besoins et désirs du marché du luxe d’aujourd’hui.
La Maison Vervloet a été créée il y a plus de 110 ans, ce qui représente, en tant qu’entreprise
familiale, quatre passations et quatre générations différentes à la tête de l’entreprise. Lors de
la dernière passation, en 2005, Isabelle Hamburger, l’arrière petite fille du fondateur, arrive
avec de nouvelles envies et un besoin de renouvellement. Selon la directrice marketing, c’est
l’arrivée de la nouvelle directrice générale qui a enclenché le changement et cette envie de se
revitaliser. De plus, les 100 ans de la maison ont provoqué une certaine remise en question
générale sur les performances de l’entreprise. La constatation d’une clientèle de plus en plus
vieillissante et d’un manque de notoriété auprès des jeunes générations ne permettrait pas la
survie de la marque. De plus, ses concurrents et elle-même ciblaient indirectement les
particuliers jusque 2005, ainsi, rares sont ceux qui connaissent des marques de serrurerie
décorative. Isabelle Hamburger y vit une opportunité pour la Maison de devenir « top of
mind » et ceci en modifiant sa stratégie de communication. Sa volonté est alors d’attirer de
nouveaux clients et d’acquérir une certaine notoriété qui la placerait en tête de liste des
52.
marques de serrurerie d'art dans le chef de ses prospects.
En outre, Isabelle Hamburger vit ses commandes arriver de manière moins systématique et la
nécessité de prospecter fut un fait. Le style contemporain prit également le dessus sur le
marché de la quincaillerie décorative, différent du style classique proposé par la Maison
Vervloet. Le besoin de fidéliser ses clients actuels et de s’adapter aux nouveaux besoins du
marché devinrent alors les objectifs de la Maison.
Les conclusions de l’audit de la marque furent les suivantes : une image médiocre, elle est vue
comme vieillotte et cela commence à porter préjudice à sa notoriété ; une image floue due à
un manque de clarté dans ce qu’elle propose ; des changements dans les besoins et désirs du
marché cible, les modèles classiques se substituent au profit des modèles contemporains et un
évènement capital, le risque de faillite est sévère.
Ayant reçu le titre de fournisseur breveté de la Cour Royale de Belgique, Fabienne Delvigne
est devenue la personne de référence en matière de chapeaux royaux. La créatrice est très fière
de ce titre mais ressent le besoin d’élargir le positionnement de sa marque et d’affirmer que
les chapeaux « Fabienne Delvigne » ne sont pas uniquement réservés à l’élite royale. En
outre, pour persister dans le temps, Fabienne Delvigne constata le besoin de faire entendre
que la mode du chapeau peut, au contraire, être beaucoup plus subtile et portée dans des
évènements de la vie de tous les jours. A la suite de sa réflexion, la directrice générale conclut
à la nécessité de modifier l’image perçue de sa marque mais également d’augmenter l’usage
de ses créations.
Elle reconnut également que sa clientèle était vieillissante et un peu « débranchée » et prit
peur que cette image soit associée à sa marque. Afin d’éviter que celle-ci ne tombe dans les
ténèbres de l’oubli, Fabienne Delvigne décida, dès à présent, d’instaurer sa notoriété auprès
d’une population toujours aisée mais plus jeune, en d’autres mots, sa clientèle future.
53.
IV. La stratégie de rajeunissement mise en place
Selon Kapferer (2008), la revitalisation est un processus de réappropriation ou de création de
valeur pour la marque, ce qui permet d’effacer les effets du temps. Un repositionnement de la
marque peut alors être décidé afin d’être davantage en accord avec les besoins et changements
du marché. Quatre directions stratégiques sont envisageables d’après Bontour et Lehu
(2002) : la modification de l’identité de la marque, la dynamisation de sa communication, le
renouvellement de sa cible et l’évolution de son portefeuille de produits.
Selon Dries Tack « pour te réinventer, tu peux tout retravailler sur ta marque, la façon dont
quelqu’un est accueilli dans la boutique, la façon dont on répond aux mails, changer le
packaging, le design des produits, on peut modifier les prix, l’image, le marketing… mais ce
qu’il faut c’est qu’il y ait une cohérence et que le client comprenne ce qu’on fait ». Fabian
Jean Villanueva et Dries Tack insistèrent sur la même idée : « La marque de luxe ne peut
oublier son ADN et il serait dangereux d’éliminer les éléments de son offre qui ont permis sa
notoriété auparavant ». De fait, il est inéluctable pour une marque de luxe d’être dans l’air du
temps, cependant, elle doit être prudente et ne pas aller trop loin jusqu’à en oublier ses valeurs
fondamentales, répète Dries Tack. Il ne faut pas « être jeune pour être jeune » mentionne
également Fabian Jean Villanueva. Lors de l’analyse approfondie de l’univers de la marque,
Base Design en dégage ses valeurs et, selon les dires du business developer, « ce sont ces
éléments là qu’il ne faut jamais perdre de vue, toujours garder à l’esprit, dès l’instant où tu
commences le projet », « … si tu ne le fais pas tout au long du développement de ta nouvelle
image et bien c’est perdu ! Donc, tu les reprends dans tout ce que tu fais, à chaque fois » dit-
il. L’univers à 360° de la marque doit se construire sur le même socle de mots clés car, grâce
à cela, on évite de perdre ses clients cibles, illustrèrent les deux spécialistes. Selon Fabian
Jean Villanueva, lorsque le client qui a eu pour habitude de côtoyer la marque rencontre la
nouvelle image, la critique peut être très facile. Cependant, si celui-ci retrouve les éléments
qui auparavant ont créé la notoriété de la marque à ses yeux alors, il ne peut être déçu,
explique-t-il.
54.
En outre, quand la marque se rajeunit, elle doit construire sa nouvelle image sur une
dynamisation de sa communication : « communiquer mieux, communiquer plus, communiquer
à plus de monde, toucher plus de gens » ajoute Fabian Jean Villanueva.
Enfin, lorsqu’on fait le choix de renouveler sa cible, il faut rester les pieds sur terre selon
Dries Tack. Un élargissement trop étendu de cette dernière n’est pas une bonne stratégie dû à
l’incapacité de la marque de répondre avec force aux attentes de chacun. Une fois de plus, les
spécialistes nous parle de cohérence dans chaque action entreprise par la marque en
mentionnant l’impérativité de toujours continuer sur la même voie et de ne pas essayer un peu
de tout.
Avec des valeurs enracinées dans le passé et un plan d'affaires orienté vers l'avenir, en 2011,
Maison Dandoy demanda à une agence de communication de l’aider à moderniser et repenser
son identité de marque. Les actions menées eurent un impact sur la gestion globale de la
marque, en voici les détails :
Lorsqu’il décrit les changements élaborés, Alexandre Helson parle d’un « énorme
rebranding » avec une « refonte de l’identité de la marque ». Cependant, il insiste sur des
aspects qui eux ne peuvent pas changer :
Son histoire, ses croyances et ses valeurs : en effet, elles rendent la marque unique et ce sont
elles qui lui permirent de construire sa notoriété au fil des 185 années d’existence, déclare
Alexandre Helson. Conserver les mêmes valeurs fondamentales de la Maison est primordial
selon lui. L’excellence, les valeurs humaines, familiales, l’artisanat, sa façon de travailler, tout
ceci représente ce qu’elle est et ce qu’elle doit conserver pour les années à venir.
Selon les dires d’Alexandre Helson, une fois son identité construite sur base et autour de ses
valeurs, il n’est pas négligeable de la communiquer correctement auprès du grand public. Une
puissante dynamisation de sa communication fut alors menée en portant une grande
attention à la perception de son ADN dans tout élément. Étant toutes deux démodées, son
packaging a abandonné sa couleur et typographie ancienne au profit de pois d’or fraichement
sortis du four. Ainsi assaisonné, il en ressort un emballage mélangeant à merveille une touche
contemporaine et luxueuse. De plus, à chaque produit est attribué aujourd’hui une appellation
telle que « lazy Sunday afternoon box », afin de leur donner un côté « parlant » et
humoristique. Dans le même but, à l’intérieur de chaque boîte, on découvre des phrases telles
que celle-ci : « not only for good kids ». En outre, Maison Dandoy arbore un nouveau logo
reprenant la totalité de son identité : bruxelloise, humoriste, familiale,… afin de montrer que,
malgré sa nouvelle modernité, elle n’oublie pas qui elle est. Sa nouvelle image de marque
l’inspira également à faire sa grande apparition sur les réseaux sociaux. Facebook, Instagram,
Tweeter, elle n’a pas peur de leur utilisation car Alexandre Helson veille aux détails et à la
traduction de ses valeurs dans chaque image ou texte posté. Selon lui, du moment qu’on reste
fidèle à ses valeurs, il n’y a pas de danger. Cependant, une polémique se créa autour d’une
image réalisée à l’occasion de la Saint-Valentin. Tout au long de l’année, six rituels animent
la nouvelle communication de la marque et celui du 14 février fut traité de sexiste. L’erreur
ici, avoue Alexandre Helson, c’est que les gens ne nous ont pas retrouvé dans cette image.
Néanmoins, « il n’y a pas de mauvais buzz » déclare le business developer, « on a eu au final
57.
des retombées très positives de cette polémique et on a énormément appris sur notre société
et les choses à éviter pour le futur ». Le site internet fut également reconstruit de A à Z et on
peut y lire le détail des évènements auxquels la marque se rend désormais. Le plus grand
challenge de Maison Dandoy fut le suivant : « Ok, maintenant, comment est-ce qu’on
transpose toute cette identité et cet univers dans une boutique ? » exprime Alexandre Helson.
Des sommes gigantesques furent alors dépensées dans la transformation des boutiques car
selon lui « ce qui fait le succès d’une marque forte, c’est la multitude de tous ces petits
détails, que les gens ne perçoivent pas mais qui ont leur importance, quand tu rentres dans le
magasin ça fait que tu te dis « ok, il se passe quelque chose ! » ». Un Flagship Store fit en
outre son apparition place Stéphanie à Bruxelles, à jamais la ville de la Maison Dandoy.
La modernisation de la Maison Dandoy fut décidée, entre autre, par la volonté de renouveler
sa clientèle vieillissante. L’entièreté de sa nouvelle image visuelle a alors été choisie en
tenant compte du goût des populations plus jeunes mais tout en restant également digne à elle-
même. Elle garda ainsi ses habitués à bord mais entraîna, grâce à son geste réfléchi,
l’apparition de nouveaux ambassadeurs de la marque.
Enfin, se montrer plus luxueuse qu’auparavant implique d’être d’autant plus surprenante et
innovante auprès de ses clients, ce qui appelle à de la créativité. Pour réussir ce pari,
Alexandre Helson a aujourd’hui recours à la collaboration d’artistes, de designers ou de
marques de luxe afin de faire évoluer ensemble son portefeuille de produits.
Se remettre au goût du jour, oui, mais tout en n’oubliant pas d’où l’on vient, selon les dires
d’Isabelle Hamburger : « La force de notre société repose sur son histoire qui a su
transmettre les mêmes valeurs de qualité et d’humanité gardées jalousement par une culture
familiale. Et si la tradition est l’ancrage de nos valeurs, nous mettons un point d’honneur à la
conjuguer aux nouvelles technologies et tendances du marché » (Dossier de presse, 2014).
Suite aux conclusions de ses différentes analyses, la Maison Vervloet décida de se
repositionner en modifiant l’identité de sa marque. En effet, elle se veut une image plus
moderne et plus dans l’air du temps. Cependant, Emilie Dossogne a exprimé à maintes
58.
reprises l’attention portée à la cohérence dans le développement de leur stratégie. En
modifiant son image de marque, la Maison Vervloet n’oublie pas ses racines et ses
caractéristiques qui font d’elle une marque de luxe. C’est pourquoi, la direction fit le choix de
garder les mêmes valeurs, statut et croyances, trois éléments de son identité de marque qui
n’ont subi aucune modification contrairement à tous les autres :
Son positionnement : la marque pour qui ? Maison Vervloet s’adresse à la même clientèle
cible qu’avant son repositionnement, cependant, elle s’adapte afin de plaire à des architectes,
décorateurs et particuliers « plus jeunes ». La marque pourquoi ? Elle existe toujours pour les
mêmes raisons, sa qualité, son excellence et sa tradition mais ajoute à cela une image plus
inspirationnelle, créative. Elle se veut plus unique et futuriste tout en respectant ses traditions.
De plus, dû à son souhait de toucher les jeunes générations, elle répond mieux à leur demande
en proposant des produits contemporains. La marque pour quand ? Maison Vervloet garde son
caractère exclusif, de prestige. Il n’y a pas de modifications à ce niveau-ci. La marque contre
qui ? De manière générale, le marché de la serrurerie d’art de prestige appartient à un créneau
bien particulier occupé par très peu d’acteurs. Cependant, par son extension de gammes plus
contemporaines, la Maison Vervloet se créée de nouveaux concurrents plus redoutables.
Sa personnalité : la marque veut affirmer sa personnalité et être vue comme « jeune,
traditionnaliste mais futuriste, professionnelle, accessible, flexible et créative ».
Son comportement au quotidien ; il y a des envies de changements de son comportement au
quotidien mais ils sont encore flous selon Emilie Dossogne.
Son image projetée : la marque tente de projeter une image plus fraiche et plus actuelle. Elle
veut effacer son ancienne image vieillotte et poussiéreuse qui risque de ne pas plaire à leurs
futurs acheteurs et, donc, aux générations plus jeunes.
L’attitude de ses clients envers elle : après constatation d’une diminution des commandes, les
gestionnaires souhaiteraient que les clients viennent à nouveau de manière systématique vers
leur marque.
Son attitude envers ses clients : Emilie Dossogne parle d’une nouvelle manière de travailler
avec ses clients. Maison Vervloet veut rendre son service beaucoup plus personnalisé
qu’auparavant. Elle se veut donc à l’écoute et flexible tout en ne détruisant pas son caractère
exclusif de marque de luxe.
Son nom : le nom a été modifié et est passé de « Vervloet » à « Maison Vervloet ». La
direction tient à son image de marque familiale de luxe et, suite aux conseils de son agence de
communication, elle ajouta le mot « Maison ». Celui-ci apporte une touche « cosy
prestigieuse » en accord avec ses valeurs.
59.
Ses codes d’expressions : la marque se veut plus inspirationnelle et en même temps plus
commerciale.
Cependant, des variations et adaptations sont nécessaires afin de plaire au nouveau segment
cible. Suite à son analyse et sa volonté de proposer des choses en accord avec la demande du
marché, Isabelle Hamburger fit évoluer son portefeuille de produits en proposant des
gammes contemporaines. Son désir de maintenir la tradition l’empêcha néanmoins
d’éradiquer son ancienne offre, plus classique, qui continue à plaire à une certaine clientèle.
Isabelle Hamburger, dans un dossier de presse, déclara : « Nous nous sommes mis un point
d’honneur à garder tous les prototypes, tous les outils, toutes les techniques anciennes tout en
nous tournant vers le futur pour développer de nouveaux produits, de nouvelles gammes et
des services adaptés aux exigences les plus pointues. Peu de sociétés peuvent se targuer de
parvenir à faire ce grand-écart temporel dans l’offre de leurs produits ». Ces gammes
contemporaines s’accompagnent d’un prix « plus léger » dû au travail moindre qui leur est
attribué. Avant son repositionnement stratégique, la Maison Vervloet collaborait déjà avec
des designers pour la création de ses gammes. Néanmoins, suite à ses nouvelles envies, la
marque sélectionne ses designers minutieusement. L’idée ici est que la nouvelle image de la
marque se véhicule à travers ses produits. Chaque collaboration doit à présent l’enrichir d’une
innovation jamais testée jusqu’ici. L’objectif est de provoquer l’étonnement avec des choses
innovantes afin de se faire connaître. Cependant, la marque garde en tête son positionnement
et tente de rester cohérente dans son offre. « Ces regards neufs, créatifs et extérieurs sont les
garants de l’incorporation d’une vision dynamique permettant de rajeunir notre gamme de
façon pérenne. Notre Centenaire continue ainsi à être dans l’ère du temps, où le luxe n’a
jamais autant investi le quotidien » confie Isabelle Hamburger (Dossier de presse, 2014).
Afin de parvenir à ses nouveaux objectifs qui sont donc de modifier son image perçue,
d’augmenter l’usage de son produit et d’instaurer sa notoriété auprès d’une population plus
jeune, Fabienne Delvigne comprit qu’il était nécessaire d’adapter son positionnement et de
procéder au rajeunissement de sa marque. Cependant, son but demande un repositionnement
complet touchant ainsi à son identité, sa communication, sa cible mais aussi son portefeuille
61.
de produits.
Il était impératif pour Fabienne Delvigne que son changement de positionnement se révèle au
62.
grand jour afin d’arriver à ses objectifs cités ci-dessus ce qui entraîna une dynamisation de
sa communication. En effet, la marque se lança dans le co-branding avec des marques telles
que Natan, Delvaux, Hermès et bien d’autres,… le but étant ici de se faire connaître en
s’associant avec des marques de renoms. Elle fit également appel à d’autres créateurs afin de
proposer des choses stupéfiantes au public. Ces collaborations « rajeunissent » la marque et
apporte de l’innovation et du danger dans la création selon Fabienne Delvigne. Au niveau de
l’évolution de ses campagnes publicitaires, l’apparition d’éléments tels que le « teaser » ou
des vidéos de présentation firent leur entrée dans la stratégie. En effet, suivant les conseils de
son entourage, Fabienne Delvigne s’adapta à la nouvelle façon de communiquer des jeunes.
Alors que les mannequins de l’époque n’assistaient qu’à des séances photos, aujourd’hui, des
modèles plus jeunes défilent, chapeaux sur tête, pour la création de vidéos dites « tendances ».
En outre, la maison de création veut être au goût du jour et suivre le mouvement en étant
présente sur les réseaux sociaux. Sa volonté ici est de créer le buzz lors de ses différentes
représentations pour que le public relaie l’information sur la toile. La maison n’a alors pas
peur de jouer la carte du « chic et choc » pour se démarquer, elle se veut percutante et tape à
l’œil. Fabienne Delvigne a même été jusqu’à habiller ses mannequins en « drag queen » afin
d’attirer l’attention. Son site internet a également été reconstruit afin de véhiculer la nouvelle
image de marque. Enfin, un e-commerce a été créé pour la demande internationale. Fabienne
Delvigne l’explique par une simple adaptation de son circuit de distribution face à l’évolution
de la manière d’acheter.
Dans le cas de Club Med, le repositionnement stratégique s’est fait grâce à l’arrivée d’Henri
Giscard D’Estaing à la tête de l’entreprise. Sans son engagement, sa détermination et son
raisonnement stratégique, Club Med n’existerait plus aujourd’hui affirma Dries Tack. C’est
un travail qui se fait en équipe, néanmoins, le besoin d’un leader est fondamental. Fabian Jean
Villanueva soutient la même idée : « c’est un travail d’équipe mais il faut quelqu’un qui tire
les ficelles et qui a une vision claire, il doit savoir ce qu’il veut exactement et il faut le faire
avec de l’ambition ». Il faut le charisme, la force de persuasion et le courage nécessaires pour
prendre des décisions très conséquentes telles que la fermeture de centaine de Club Med d’un
standing insuffisant résume Dries Tack. En outre, Fabian Jean Villanueva dit ceci : « On a eu
des collaborations qui se sont stoppées, qui n’ont pas décollées mais c’est simplement parce
que les gens qui portaient le projet, donc les gérants, n’étaient pas assez motivé, n’y allaient
pas à fond ! Un changement de marque ne peut porter des effets que s’il est incarné, que s’il
est porté, s’il est vécu en interne ! Donc, c’est méga important d’expliquer en interne, aux
équipes, pourquoi on a fait ce changement ». Selon les principes de Base Design, si
l’ambassadeur de la marque, et donc les employés, ne sont pas convaincus par le nouveau
positionnement, sa mise en place sera un échec. C’est pourquoi Fabian Jean Villanueva et son
équipe se rendent en interne pour présenter les modifications aux salariés et insistent auprès
de la direction pour en faire autant.
Dries Tack souligne également la nécessité d’une flexibilité stratégique car des complications
pourraient s’interposer sur la route du repositionnement. Il faut alors être capable de s’adapter
au danger et pouvoir mettre un temps mort dans le développement de sa stratégie, ceci dans
64.
l’attente du moment propice. Fabian Jean Villanueva appuie le même besoin en énonçant la
meilleure efficacité d’un repositionnement radical présenté au grand public du jour au
lendemain lorsque les munitions le permettent. Cependant, il précise que lorsqu’une marque
n’a pas de ressources suffisantes, elle doit s’acclimater et sélectionner les changements
réellement élémentaires qui seront dévoilés petit à petit sous forme de « teasers » par
exemple.
Enfin, lorsqu’une entreprise ne peut plus se payer les services d’une agence de
communication, il est indispensable qu’elle « continue sur la bonne lancée », décrit Fabian
Jean Villanueva. Pour ce faire, l’agrandissement de l’équipe de travail est une option. En
effet, l’aide d’un directeur artistique s’assurant de la cohérence et du respect des valeurs
fondamentales de l’entreprise dans chacun des moindres faits et gestes de la marque est de
mise pour ne pas détruire le travail jusque-là accompli.
C’est l’arrivée de la nouvelle génération de Dandoy, représentée par Alexandre Helson qui a
déclenché la remise en question totale de l’entreprise. Porteur du projet, il réussit à convaincre
son père à la tête de la direction de l’importance d’une relance de la marque par sa
modernisation. Il dut se montrer très convainquant pour débloquer les sommes faramineuses
nécessaires à faire de sa stratégie une réussite, « il fallait que je fasse comprendre que ça
allait être positif pour l’avenir ». Tout au long de l’élaboration de la stratégie, Alexandre, son
père et leur agence de communication travaillèrent main dans la main en tenant compte des
limites et forces de chacun. Un élément clé à la réussite du repositionnement de la marque est
de faire confiance à l’équipe avec laquelle on travaille et d’y aller à fond et jusqu’au bout,
déclare-t-il. Cependant, le changement ne fut pas facile à encaisser pour la plupart des
employés, pour certains présents dans l’entreprise depuis 44 ans. Les peurs et les craintes
furent remplacées par un sentiment de confiance et de satisfaction grâce aux explications de la
stratégie données en interne par Alexandre Helson et la direction. Un élément majeur pour
assurer la réussite d’une telle stratégie est d’avoir confiance en son projet afin de pouvoir
65.
convaincre les autres de partager le même sentiment, nous explique le business developer. En
effet, lors du coming out de la nouvelle image, les clients se sont plaints en ne comprenant pas
le changement. Les ambassadeurs de la marque, et donc les vendeuses ou encore les livreurs,
ont alors installé un dialogue avec la clientèle afin, qu’à leur tour, ils les persuadent. Lors de
la polémique de la Saint-Valentin, la direction dut une nouvelle fois se montrer convaincante
en s’adressant au grand public.
Mais, tort est de penser qu’un repositionnement de marque ne demande pas de suite. Ça fait
maintenant 4 ans que l’agence de communication se charge de jouer le rôle de directeur
artistique pour la Maison Dandoy. En effet, la modernisation de son image demande
beaucoup de temps et d’argent, nous explique Alexandre Helson et, suite à sa mise en place,
le travail n’est pas encore terminé. Une cohérence à travers la moindre action de la marque se
doit d’être respectée afin de ne pas « partir dans tous les sens ».
Un réel travail d’équipe a pu être observé au sein de la Maison Vervloet. En tant que petite
structure, tout changement stratégique impacte rapidement sur le métier de chacun de ses
membres. De ce fait, suite à différentes réunions entre membres de la direction, les nouvelles
idées furent présentées au personnel et l’avis de chacun fut écouté. Isabelle Hamburger
certifia : « chaque individu compte, peut s’exprimer et est partie intrinsèque de l’entreprise
car il est porteur d’un bagage de savoir-faire, d’expérience et d’amour du métier » (Dossier
de presse, 2014). Il est primordial, selon Elodie Dossogne, que tout le monde dans l’entreprise
adhère au nouveau positionnement et en soit convaincu. Elle décrit le repositionnement d’une
marque comme un processus long et coûteux, ce qui entraîne des craintes auprès des
employés. Si le personnel n’est pas rassuré, cela se ressentira dans l’efficacité du déploiement
de la stratégie selon la directrice marketing. Cependant, l’acceptation du changement ne fut
pas évidente pour tout le monde chez Maison Vervloet et, ceci, à tous les niveaux
hiérarchiques. Le soutien de leur agence de communication les réconfortèrent fortement dans
leur stratégie, le besoin de personnes expérimentées en repositionnement de marque était
nécessaire dans ce cas-ci. Au niveau de l’engagement du management, c’est Isabelle
Hamburger qui a provoqué le changement avec son arrivée à la tête de l’entreprise. Elle a
66.
donc participé à son élaboration de A à Z et y a joué un rôle décisif.
Tout au long de l’entretien, Fabienne Delvigne répéta l’importance pour elle de demander
l’avis de son entourage sur la stratégie à entreprendre pour sa marque. Par son besoin et sa
volonté d’écouter les avis, qu’ils soient internes ou externes, on peut constater que la créatrice
est ouverte au changement et réceptive aux commentaires qui lui sont faits. De plus, elle
mentionna la volonté de son attaché de presse de réaliser des bonnets très tendances selon lui.
Fabienne savait que les ventes n’allaient pas être fructueuses mais d’après elle il est important
de tester des choses car « on ne sait jamais, on pourrait être surpris », dit-elle. Elle possède
donc une certaine flexibilité stratégique.
Le repositionnement de la marque se fit en travail d’équipe mais c’est Fabienne Delvigne qui
tira les ficelles. En effet, son implication dans le revirement de la stratégie est totale et c’est
elle qui est à l’origine de la remise en question constante de la marque. On est en présence ici
d’une femme passionnée par son activité et sa marque, cherchant à perdurer sur le long terme.
VI. La marque de luxe et ses spécificités
Selon Kapferer (2007), la marque de luxe, plus que toutes les autres, témoigne de
caractéristiques atypiques qui demandent une gestion spécifique : elle n’est pas comparable,
elle ne se plie pas aux demandes des clients, elle rend son achat difficile, elle s’adresse à un
public vaste et elle augmente ses prix de manière continue.
67.
L’avi s d e s spé c i ali st e
s
Dries Tack mentionne l’exigence d’un comportement créatif, original et perfectionniste dans
toutes initiatives prises par la marque de luxe. Elle doit donner l’impression à son client que
tout lui est exclusif et, pour cela, elle propose une expérience personnalisée en faisant croire
que le produit a été créé pour lui. Selon Fabian Jean Villanueva, la qualité de son design, ses
visuels créatifs, ses valeurs émotionnelles et son exécution hors norme font d’une marque de
luxe une marque iconique et c’est uniquement grâce à cela que sa clientèle est prête à
dépenser des sommes inestimables. « Elle ne peut donc jamais se contenter de choses
moyennes » ajoute-t-il. Ils insistèrent également tous les deux sur la création d’un univers fort
et propre à la marque. Celui-ci permettrait de créer une valeur émotionnelle qui est nécessaire
à toutes les marques mais l’est encore plus lorsqu’il s’agit d’une marque de luxe. Selon les
dires de Fabian Jean Villanueva : « Pour les marques de luxe, c’est encore plus fort car vu
l’univers dans lequel elles sont, il faut que ça soit quelque chose qui soit ultra dans l’air du
temps ».
En outre, Dries Tack spécifie qu’une marque de luxe ne peut choisir sa stratégie en rapport
avec ce que font ses concurrents. Elle existe uniquement pour son offre et sa volonté pour le
futur. De plus, « ce n’est pas parce qu’un client aime ou n’aime pas qu’on doit s’adapter en
tant que marque de luxe » précise-t-il. « C’est en écoutant ses clients qu’on tue sa marque au
final. C’est le créateur qui ressent des choses que le client ne connaît pas encore », « Il faut
suivre les demandes mais en regardant ce qu’il a besoin au niveau technologique, pratique,…
mais non au niveau du goût ». La marque de luxe doit alors offrir l’inattendu et le rendre très
attractif. Au niveau de sa communication, Fabian Jean Villanueva confirme qu’elle s’adresse
au grand public afin de toucher les intéressés mais elle n’essaye surtout pas de plaire à tout
prix.
Enfin, lors du choix de son positionnement, une marque de luxe doit être précise et ne peut
viser trop large. Par exemple, elle ne peut pas proposer des prix trop écartés (1200 à 10 000€)
décrit Dries Tack.
68.
Lorsqu’ils décidèrent d’assumer le statut de leur marque qui est « luxe », Alexandre Helson et
la direction s’engagèrent dans une nouvelle gestion de leur marque. Il n’était pas pensable
d’aller s’installer dans les quartiers huppés de Bruxelles où ils se trouvent aujourd’hui avec
leur image brouillonne, explique Alexandre Helson. Les anti-lois du marketing prônées par
les marques de luxe, Alexandre Helson en tient compte : « On a une stratégie marketing de
luxe de par qui on est et d’où on vient et maintenant on l’assume totalement ! ». Ceci entraîna
la fin de contrats de vente élaborés avec des bouchers et boulangers bruxellois : « On se
revendait dans des boulangeries etc… mais, maintenant, on essaye d’être beaucoup plus
exclusifs avec nos propres canaux de distribution ». Des boutiques à l’image de la marque
furent ainsi ouvertes et les anciennes furent rénovées. Maison Dandoy partage à présent une
réelle expérience avec le client dans ces lieux vus comme des temples : « …l’idée, c’est que
quand on rentre là-dedans, on doit percevoir, comprendre qui on est, il doit y avoir un vrai
univers, ça nous rend unique ». En outre, Alexandre Helson ne cache pas qu’il jette un œil à
droite et à gauche afin de continuer à se différencier de ses concurrents : « on doit avoir une
manière différente de s’exprimer, on veut que voilà les gens qui voient les produits Dandoy,
ça leur évoque quelque chose de différent ».
Selon Emilie Dossogne, une marque de luxe se couple d’une image forte qui fait sa force et
qui instaure la fidélité du client et donc le maintien d’un niveau de ventes. Lorsqu’il y a le
moindre élément qui pourrait heurter l’image de la marque, il est primordial d’y remédier
directement selon ses dires. Pour le cas de la Maison Vervloet, l’observation d’une baisse des
ventes et d’un besoin de prospection serait directement liée au manque d’adaptation régulière
de la marque. En outre, on observe qu’une analyse stratégique est menée avant toutes prises
de décision par crainte de produire des erreurs qu’une marque de luxe ne peut se permettre.
69.
Par exemple, la Maison Vervloet reste vigilante par rapport à l’utilisation des réseaux sociaux.
Beaucoup de recherches ont été réalisées par la marque afin de déterminer « les choses à faire
ou ne pas faire » sur ces moyens de communication. Cependant, n’étant pas satisfaite de la
qualité de l’information collectée, Isabelle Hamburger préféra jusqu’ici n’en faire qu’un usage
limité.
Selon Fabienne Delvigne, le luxe crée la mode, ce qui oblige les marques à être novatrices et
à proposer leurs propres nouveautés. Il est vrai qu’avec sa nouvelle collection « Trendy »,
Fabienne Delvigne semble copier la tendance, cependant, il n’en est rien. Son geste créatif est
inné et instinctif, déclara-t-elle. En tant qu’artiste, elle s’inspire de son environnement et est
donc un peu influencée par ses concurrents mais elle porte toute son attention à ce que ses
produits gardent sa griffe et toute l’élégance, le raffinement, la qualité, le prestige et la
personnalisation qu’elle peut offrir. Sur ce sujet elle affirme : « Moi, à mon avis, il ne faut
surtout pas, pour être tendance, pour être jeune, caricaturer son produit de luxe car ça
pourrait faire peur à une clientèle qui est habituée à un certain chic ». En outre, Fabienne
Delvigne avoue son besoin de s’intéresser à ce qu’il se passe ailleurs, que ce soit à la
concurrence ou dans d’autres secteurs, car elle l’utilise comme moyen pour comprendre
comment le marché évolue.
L’un des objectifs de la créatrice est d’élargir sa clientèle cible et, pour y parvenir, le besoin
de se montrer plus accessible se fit ressentir. Fabienne Delvigne organise à présent des
conférences en petit groupe afin de présenter la magie de son métier et d’enseigner « l’art de
l’élégance ». Elle expliqua, au cours de l’entretien, qu’elle tenait à ce que ceci reste privilégié
70.
afin de garder son esprit de luxe et donc d’exclusivité. Un processus d’inscription et de prise
de rendez-vous est mis en place dans le but d’assurer un côté précieux à l’image de la marque.
AUDIT'
MODIFICATION'
IDENTITÉ'DE' VALEURS' RENOUVELLEMENT'
C' MARQUE' STRATÉGIQUES' CIBLE'
FONDAMENTALES'
O'
DYNAMISATION'' ÉVOLUTION'
H' COMMUNICATION' PORTEFEUILLE'
PRODUITS'
EEXXPPÉERRIEIENN
É'
CCEE' '
R'
E' ENGAGEMENT'DES'
EMPLOYÉS'
LEADER' FLEXIBILITÉ''
8' STRATÉGIQUE'
N' CULTURE'DU' 8'
CHANGEMENT' CAPACITÉ'D’'
APPRENTISSAGE'
C' REPOSITIONNEMENT''
E' RÉUSSI'
INNOVATION'
8'
CRÉATIVITÉ'
72.
I. Remise en question
Si une marque souhaite survivre de longues années, elle ne peut laisser son activité flâner au
hasard. Afin d’assurer sa survie, tous changements au niveau des décisions managériales et
entrepreneuriales de l’entreprise exigent un besoin d’ajuster la marque. En outre, il est
nécessaire de veiller à la dynamique de son environnement et de porter un regard attentif aux
actions intermédiaires des concurrents. Se contenter de faire ce qu’on a toujours fait, c’est
risquer de se retrouver en décalage avec son environnement externe et de se diriger
dangereusement vers la faillite. En effet, l'image de la marque dans l’esprit du client est une
valeur fondamentale qui doit être constamment mise à jour afin de correspondre à l'évolution
des besoins et des exigences des clients. C’est alors à l’entreprise de développer son activité
afin de veiller à l’adhérence de son offre avec ces changements. Tout ceci est d’autant plus
accentué lorsqu’il s’agit d’une marque de luxe car on parle ici d’anticipation des besoins. Une
marque de ce statut doit être avant-gardiste et proposer « l’attendu inattendu ». Elle ne
s’adapte donc pas à la demande du client mais satisfait au maximum ses attentes. Ceci
s’explique par l’exigence de sa clientèle qui sera prête à dépenser plus d’argent dans un
produit si cela se justifie par une offre globale digne de son prix.
II. Le leader et sa culture du changement
Une baisse de ses résultats de ventes ou une clientèle vieillissante sont des indices de la
présence d’une incompatibilité du contexte interne de la marque avec son contexte externe.
Une adaptation de son positionnement peut alors devenir nécessaire à sa survie. Protéger,
renforcer et valoriser sa marque est une tâche difficile, c’est pourquoi le rôle des gestionnaires
dans le repositionnement de la marque est primordial. Il doit se réaliser en équipe, cependant,
au travers des interviews récoltées, on peut constater qu’en réalité une seule personne tire les
ficelles. En effet, il existe la nécessité d’un meneur ayant pour rôle de provoquer le
changement grâce à sa vision claire et à son ambition dans la revitalisation de l’entreprise.
Enormément de temps et d’argent sont souvent nécessaires avant de voir les premiers effets
bénéfiques de la stratégie. Le leader doit alors porter son projet et démontrer sa volonté à
réussir afin de motiver et rassurer les employés qui auront, à leur tour, foi en son
aboutissement.
73.
III. Audit
Avant toute prise de décisions, il est essentiel d’analyser en premier lieu les causes du besoin
de rajeunissement de la marque et de déterminer s’il serait rentable de la repositionner
stratégiquement. Comme nous avons pu le voir à l’aide de l’exemple de nos trois entreprises,
le vieillissement d’une marque trouve rarement son origine dans l’évolution négative d’une
seule variable. Les managers doivent alors évaluer les critères suivants : technologie du
produit, caractéristiques du produit, position concurrentielle, circuit de distribution, cible, âge
perçu de la marque, appréciation du produit en général et communication. Cependant,
lorsqu’un consommateur achète un bien de luxe, il ne prête pas uniquement importance à la
satisfaction de son besoin matériel mais, sans le savoir, recherche une utilité « symbolique ».
De ce fait, il est impératif de déterminer également quel est l’ADN de la marque, son esprit
unique, son essence ou encore son cœur d’activité.
Il est à présent temps d’extérioriser ces valeurs stratégiques fondamentales dans chacune des
facettes de la marque. Quatre solutions stratégiques, dépendantes les unes des autres, sont
envisageables : la modification de l’identité de la marque, la dynamisation de sa
communication, l’évolution de son portefeuille de produits et le renouvellement de sa cible.
Pour augmenter sa visibilité, il faut communiquer plus, mieux et à un public large. Différents
exemples de stratégies ressortent de cette étude : s’associer à une autre marque, faire appel à
des leaders d’opinions, augmenter son implication dans ses canaux de distribution, éduquer le
consommateur sur la catégorie de produits, établir un pop-up store ou encore créer une
« brand signature ». Une multitude de moyens sont aujourd’hui possibles pour se faire
connaître, cependant, la seule règle à respecter est de rester cohérent par rapport à ses valeurs
stratégiques fondamentales.
75.
VII. Évolution du portefeuille de produits
Dû à des goûts changeants, des technologies qui progressent et des designs qui évoluent, une
remise à niveau constante est nécessaire. Il existe alors trois stratégies pour qu’un portefeuille
de produits évolue : l’innovation, l’extension de gamme ou de marque. La première consiste à
améliorer son produit en modifiant son design ou sa technologique ; tandis que l’extension de
gamme propose de nouveaux produits s’adressant au même secteur d’activités au contraire de
l’extension de marque qui étend le nom de la marque à un secteur d’activités différent. Il est
également possible de trouver un nouvel usage au produit ou encore d’en augmenter son
utilisation. Une fois de plus, l’unique règle lorsqu’on adapte son portefeuille à son
repositionnement est de veiller à être en harmonie par rapport à ses valeurs stratégiques
fondamentales.
XIII. Cohérence
Enfin, la cohérence, un mot clé à la réussite du repositionnement de la marque de luxe. Afin
d’assurer le respect de son nouveau positionnement et donc, son succès, une rigueur constante
77.
par rapport à ses valeurs stratégiques fondamentales est de mise. Si elle respecte ce point et
maintient son harmonie continuellement à travers tous les aspects de l’entreprise, alors, elle
assurera sa crédibilité.
78.
Chapitre 9 : Conclusion
Le neuvième et dernier chapitre de cette étude résume la recherche adressée à la
problématique de départ. Par la suite, il introduit les implications théoriques et managériales
engendrées. Enfin, les limites et zones d'améliorations sont discutées et un ensemble de
suggestions est proposé à la recherche future.
• En résumé
Tout au long de cette étude, nous avons tenté de révéler un cadre théorique nouveau
permettant de découvrir les facteurs clés de succès à la relance et la modernisation d’une
marque de luxe. La problématique posée était précisément la suivante : Comment redonner et
conserver la jeunesse éternelle à une marque de luxe ? La contribution de cette recherche
étant d’ordre managérial et stratégique, les différents enseignements formulés espèrent
permettre aux entreprises du secteur du luxe d’orienter correctement leur gestion de marque.
De ce fait, afin de cerner le sujet dans sa globalité, trois questions ont orienté la recherche :
« Pourquoi rajeunir sa marque de luxe ? », « Comment rajeunir sa marque de luxe ? » et
« Quelles sont les erreurs à éviter lors du rajeunissement de sa marque de luxe ? ».
Ces idées clés furent ensuite vérifiées et complétées grâce à une étude qualitative de terrain au
cours de laquelle cinq experts ont pu être interrogés. Leurs expériences et connaissances ont
ainsi été confrontées et comparées à l’information ressortissant de la littérature ce qui permit
l’élaboration d’un modèle dynamique à 12 dimensions. Celui-ci prétend alors solutionner la
problématique de l’étude en déterminant les règles à suivre lorsque l’on souhaite redonner et
conserver la jeunesse éternelle de sa marque de luxe (voir figure 6).
Cette étude permet de conclure qu’une stratégie de revitalisation ne s’adresse pas uniquement
aux marques en déclin étant donné que tout changement d’orientation stratégique demande
également une adaptation de leur positionnement de marque. De ce fait, le modèle dynamique
élaboré peut servir à tous les gestionnaires et cela peu importe la santé de leur marque. Une
entreprise souhaitant s’étendre à l’international, par exemple, est alors susceptible de devoir
81.
faire usage de notre modèle dynamique afin que son positionnement corresponde aux attentes
du nouveau marché.
Enfin, ce modèle pourrait également être utilisé par les entreprises ayant échoué dans le
repositionnement de leur marque afin de comprendre et d'expliquer les principales raisons de
leur échec.
• Limitations de la recherche
La recherche ici présentée comporte néanmoins certaines limites méthodologiques et
théoriques. Tout d’abord, en raison de la nature managériale et stratégique de l’étude, une
enquête qualitative fut menée. Cependant, celle-ci s’accompagne de points faibles tels que la
généralisation des résultats définis sur base d’un nombre réduit d’interrogés. De ce fait,
l’application de notre modèle dynamique à d’autres cas peut être remise en cause. De plus,
étant donné la difficulté d’obtenir un entretien avec des managers ayant procédé à un
repositionnement de leur marque afin de la rajeunir, notre étude s’est limitée à trois exemples
de cas concrets. Une restriction culturelle peut également être soulignée vu la nationalité
belge partagée par chacun des experts et entreprises dont il a été question dans cette
recherche. De ce fait, le modèle dynamique présenté ne correspondrait peut-être pas à une
entreprise d’origine différente.
En outre, la véracité des éléments présentés par les experts n’a pas pu être vérifiée. Il se peut
dès lors que ceux-ci aient choisi de nous présenter un seul revers de la médaille ce qui
biaiserait la qualité de nos résultats.
Une autre direction de recherche pourrait être également explorée. En effet, il serait pertinent
de comprendre les raisons pour lesquelles certaines entreprises ont échoué dans le
repositionnement de leur marque afin d’en apprendre de leurs erreurs. Dans ce contexte, notre
modèle dynamique pourrait être comparé à leur prise de décisions managériales et
stratégiques afin de distinguer si les 12 dimensions ont été appliquées et dans quelle mesure.
Cela permettrait de tester la viabilité de nos recommandations et de détecter aussi leurs
faiblesses majeures.
83.
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87.
Annexe I – Modèle dynamique vers un repositionnement réussi
AUDIT'
MODIFICATION'
IDENTITÉ'DE' VALEURS' RENOUVELLEMENT'
C' MARQUE' STRATÉGIQUES' CIBLE'
FONDAMENTALES'
O'
ÉVOLUTION'
H' DYNAMISATION''
COMMUNICATION' PORTEFEUILLE'
PRODUITS'
EEXXPPÉERRIEIENN
É'
E' ENGAGEMENT'DES'
EMPLOYÉS'
LEADER' FLEXIBILITÉ''
8' STRATÉGIQUE'
N' CULTURE'DU' 8' CAPACITÉ'D’'
CHANGEMENT' APPRENTISSAGE'
C' REPOSITIONNEMENT''
INNOVATION'
8'
CRÉATIVITÉ'
Guide d’entretien – Dries Tack -‐ 89.
Annexe II
La stratégie entreprise
23. Etes-vous d’accord de dire que Club Med a modifié l’identité de sa marque ?
24. Quels éléments ont été modifiés et comment ? voir schéma
Ses
valeurs Son statut
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte- ité
ment au
quotidien
25. La refonte globale de l’image de Club Med respecte-t-elle les anciennes valeurs ?
26. Etait-ce important pour vous de respecter les anciennes valeurs ? Pourquoi ?
Guide d’entretien – Dries Tack -‐ 92.
27. Avez-vous changé de clients cibles ?
28. Y-a-t-il une volonté d’élargir la clientèle cible de Club Med ici ?
29. Avez-vous modifié vos produits ? Ajout d’une gamme de produits ?
30. Si oui, ces nouveaux produits s’adressent-ils à une cible différente ?
31. Sont-ils accompagnés d’un prix différent des autres produits ? Ce prix correspond-t-il
au prix de votre core business ?
32. Club Med a-t-il tenté de mieux répondre aux besoins de ses consommateurs ou de
ceux d’une nouvelle cible ?
33. Club Med écoute ses clients selon vous ?
34. La communication de la marque a-t-elle été dynamisée ? Par quels moyens ?
35. Quelles sont les règles à suivre dans sa communication en tant que marque de luxe
selon vous ?
36. Faut-il s’adresser à un public large ou ciblé ?
Les erreurs à ne pas commettre et les facteurs clés de succès
45. Quelles sont selon-vous les erreurs à ne pas commettre lors du repositionnement de sa
marque ?
46. En avez-vous commises chez Club Med ?
47. Comment avez-vous géré ces erreurs ?
48. Certains problèmes sont-ils survenus ?
49. Espériez-vous des retours sur investissement ?
50. Etiez-vous satisfaite des résultats des ventes ?
51. Quelles sont selon-vous les facteurs clés de succès pour un repositionnement réussi ?
Guide d’entretien – Fabian Jean Villanueva -‐ 93.
Annexe III
La stratégie entreprise
19. Afin de modifier l’image de la marque, pensez-vous qu’il faille repenser son
positionnement ?
20. Lors d’un repositionnement complet de sa marque, qu’est-ce qui doit être changé
selon vous ?
21. Quelles sont les erreurs à éviter lorsqu’on :
- Modifie l’identité de sa marque (voir schéma ci-dessous)
- Fait évolué son portefeuille de produits
- Veut renouveler sa cible
- Veut dynamiser sa communication
Guide d’entretien – Fabian Jean Villanueva -‐ 95.
Ses
valeurs Son statut
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte- ité
ment au
quotidien
22. Quelles sont les règles à suivre dans la communication en tant que marque de luxe
selon vous ? Public large ou ciblé ?
23. Selon vous lors d’un rajeunissement d’une marque de luxe, doit-elle s’y prendre de
manière « radicale » ?
24. Est-il plus intéressant de montrer sa nouvelle image en « une seule fois » ou petit à
petit ?
25. Doit-elle faire une annonce à ses clients selon vous ?
Problèmes
26. Avez-vous déjà eu un cas où la clientèle s’est retrouvée très frustrée des changements
apportés à la marque ?
27. Si oui, comment gère-t-on ce genre de situation ?
28. Lorsqu’une marque fait appel à vous et qu’ensemble vous changez son image mais
qu’après un moment elle ne peut plus se payer vos services, que lui conseillez-
vous pour la suite ?
Conclusion
34. Quelles sont selon-vous les erreurs à ne pas commettre lors du repositionnement de sa
marque ?
35. Quelles sont selon-vous les facteurs clés de succès pour un repositionnement réussi ?
Guide d’entretien – Maison Dandoy -‐ 97.
Annexe IV
La stratégie entreprise
27. Etes-vous d’accord de dire que vous avez modifié l’identité de votre marque ?
28. Quels éléments ont été modifiés et comment ? voir schéma
Guide d’entretien – Maison Dandoy -‐ 100.
Ses
valeurs Son statut
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte- ité
ment au
quotidien
Les erreurs à ne pas commettre et les facteurs clés de succès
55. Quelles sont selon-vous les erreurs à ne pas commettre lors du repositionnement de sa
marque ?
56. En avez-vous commises ?
57. Comment avez-vous géré ces erreurs ?
58. Certains problèmes sont-ils survenus ?
59. Espériez-vous des retours sur investissement ?
60. Etes-vous satisfait des résultats de vos ventes ?
61. Quelles sont selon-vous les facteurs clés de succès pour un repositionnement réussi ?
Guide d’entretien – Maison Vervloet -‐
102102.
Annexe V
La stratégie entreprise
23. Etes-vous d’accord de dire que vous avez modifié l’identité de votre marque ?
24. Quels éléments ont été modifiés et comment ? voir schéma
Ses
valeurs Son statut
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte- ité
ment au
quotidien
Les erreurs à ne pas commettre et les facteurs clés de succès
47. Quelles sont selon-vous les erreurs à ne pas commettre lors du repositionnement de sa
marque ?
48. En avez-vous commises ?
49. Comment avez-vous géré ces erreurs ?
50. Certains problèmes sont-ils survenus ?
Guide d’entretien – Maison Vervloet -‐ 106.
51. Espériez-vous des retours sur investissement ?
52. Etes-vous satisfaite des résultats de vos ventes ?
53. Quelles sont selon-vous les facteurs clés de succès pour un repositionnement réussi ?
Guide d’entretien – Fabienne Delvigne -‐ 107.
Annexe VI
La stratégie entreprise
23. Etes-vous d’accord de dire que vous avez modifié l’identité de votre marque ?
24. Quels éléments ont été modifiés et comment ? voir schéma
Ses
valeurs Son statut
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte- ité
ment au
quotidien
Les erreurs à ne pas commettre et les facteurs clés de succès
47. Quelles sont selon-vous les erreurs à ne pas commettre lors du repositionnement de sa
marque ?
48. En avez-vous commises ?
49. Comment avez-vous géré ces erreurs ?
50. Certains problèmes sont-ils survenus ?
Guide d’entretien – Fabienne Delvigne -‐ 111.
51. Espériez-vous des retours sur investissement ?
52. Etes-vous satisfaite des résultats de vos ventes ?
53. Quelles sont selon-vous les facteurs clés de succès pour un repositionnement réussi ?
Interview – Dries Tack -‐ 112.
Annexe VII
Ses
valeurs Son statut
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte- ité
ment au
quotidien
Interview – Dries Tack -‐ 119.
Club Med a gardé son nom, il a respecté son histoire, il est resté fidèle à ses codes
mais les a un peu réinventé pour aller vers le « haut de gamme ». Sa façon d’exprimer
ses codes ont changé, son positionnement est bien sur changé. Son statut aussi car on
est en « haut de gamme » et plus « moyenne classe ». Au niveau de la personnalité ils
ont essayé de garder celle d’une marque conviviale mais plus luxe donc malgré leur
nouvelle proposition ils intègrent toujours cette proposition d’être une marque
conviviale. Son comportement au quotidien à fort changé car aujourd’hui l’accueil et
les services dans les villages ont fort changé justement pour pouvoir servir un public
qui a une autre demande. Ils sont restés fidèles aux valeurs, ils sont toujours ouvert
d’esprit, c’est toujours une marque internationale et chaleureuse. Son image projetée,
ils essayent de se montrer beaucoup plus luxe. Au niveau de l’attitude de ses clients
envers elle, c’est devenu plus distant comme on en a parlé tout à l’heure et son attitude
envers ses clients l’est également.
28. Est-ce que leurs changements les uns envers les autres sont cohérents selon-vous ?
Selon moi ils auraient dû se séparer beaucoup plus de leur ancienne image afin que les
gens ne puissent plus faire le rapprochement avec leur image des bronzés. Je pense
qu’on ne peut pas être un peu luxe, ça n’existe pas. Quand on veut être luxe on doit le
faire à 100%. Soit tu es luxe soit tu ne l’es pas. Club Med a un moment a essayé de
l’être mais sans oser y aller à fond. Ils avaient peur de perdre trop de clients.
29. Donc vous diriez que leur but était de garder une partie de leur clientèle tout en
attirant un autre segment de clients ?
Tout à fait ! Mais pour moi les deux styles de clientèle ne vont pas ensemble. On ne
peut pas se retrouver dans un village avec des personnes très aisées et des personnes je
dirais plus « populaires ». Ca ne va pas ensemble car leurs besoins ne sont pas les
mêmes.
30. Quels sont les moyens selon-vous qui peuvent être utilisés pour redynamiser sa
communication ?
Pleins de moyens sont possibles, dans ton packaging, dans ton odeur, dans ta
technologie, dans le choix de tes partenaires, dans tes évènements et dans le choix de
tes ambassadeurs,… les marques de luxe regardent tout le temps est-ce qu’on va assez
loin, est-ce qu’on est au top ?
31. On a pu aperçevoir des changements dans les campagnes publicitaires de Club Med
à partir de 2004, dont l’une basée uniquement sur des visages fondu dans des
paysages. Ces prises de vues de paysages paradisiaques étaient jusque là
Interview – Dries Tack -‐ 120.
inhabituelles dans les campagnes de Club Med, diriez-vous que ces changements
sont liés à son repositionnement « haut de gamme » ? Quel était selon vu le but ici ?
A qui s’adressent ces communications ?
Oui, quand tu veux acquérir une image de luxe tu ne peux plus montrer des personnes
qui s’embrassent toutes nues sur une plage. Tu dois changer ta stratégie. Ici ils ont
choisi une façon plus créative de communiquer. Mais de nouveau ils n’ont pas osé
aller trop loin, ils ont quand même gardé, dans une autre campagne de pub où on voit
des gens à la plage avec un paysage paradisiaque dans leur chapeau ou écharpe… cette
ancienne façon de communiquer. Ils ont gardé ce côté « ensemble », ils ont toujours
hésité entre le vrai luxe, et donc la vraie créativité, le vrai design, les vrais
artistes,…ce qui représente le vrai luxe ! Ici ils ne travaillent pas avec des artistes mais
avec des agences publicitaires, ils n’ont donc pas été à fond dans leur
repositionnement de luxe, aussi non ils auraient choisi les artistes.
32. Et pourquoi selon-vous n’ont-ils pas été plus loin dans leur repositionnement vers
l’image d’une marque de luxe ?
Car il a eu une situation économique qui ne leur a pas été favorable. Il y a eu plein de
crise dans le tourisme après 2004 donc il a fallu s’adapter et essayer de faire survivre
l’entreprise avec la situation de crise. Je pense qu’ils ont eu peur d’aller encore plus
loin justement à cause de ces crises car ça risquait d’être dangereux pour la survie de
la marque. Les choix qu’ils ont fait ils ont dû les faire, ce n’était pas toujours le plan
de départ mais il faut s’adapter. Quand on regarde tout ce qu’il s’est passé dans le
monde depuis 2004 ils n’ont pas eu facile ! C’était un mauvais moment.
33. Et selon-vous ont-ils bien rebondi face aux problèmes survenus lors de ce mauvais
timing ?
Oui je pense qu’ils ont fait les bons choix, ils ont essayé de faire tout ce qui était
possible de faire, après une fois que tout cela se sera stabilisé je pense qu’ils doivent
vraiment aller plus loin dans leur repositionnement, ne plus avoir peur.
34. On a pu aussi aperçevoir un changement de design des agences Club Med, est-ce
que cela fait partie du plan stratégique de repositionnement ?
Oui tout à fait, dans le luxe tout commence avec le premier contact client, quand tu
entres dans une boutique tu ne peux pas te retrouver face à une vendeuse qui ne parle
pas correctement, qui ne connaît pas les codes d’expressions du luxe.
35. Ont-ils donc dû reformer leur personnel ?
Interview – Dries Tack -‐ 121.
Oui tout à fait. Mais les boutiques aussi ont été changées, les emplacements, la déco,
les outils de vente, les vendeurs, ceux qui n’étaient pas capable d’être luxe on les a
reformé. Pleins d’études ont été menées afin de décider où notre public cible se
trouvait et donc où il serait stratégiquement utile de s’installer avec nos boutiques.
36. Quelle dépense au niveau temps et argent ce choix stratégique représente-t-il ?
C’est un changement assez radical donc ce n’est pas facile mais je pense qu’ils vont
réussir ! Ce qu’ils offrent au niveau qualité est incroyable. Ils n’ont pas encore fini
leur repositionnement et vont essayer de devenir une marque de luxe un jour mais cela
prend du temps, il faut toujours aller plus loin et pousser plus loin pour un jour y
arriver.
37. Quelles sont selon-vous les facteurs clés de succès pour un repositionnement
réussi ?
C’est de bien connaître ton client, de bien comprendre son univers. Tu dois faire
attention à bien étudier ton nouveau marché avant de te lancer dans le début de ton
repositionnement. Faire attention à comprendre le client. Mais aussi une fois lancé il
faut continuer sur sa voie, quand tu fais un choix tu dois t’y tenir, tu ne dois pas
essayer un peu de tout, tu dois cibler ce que tu veux. Dans ta communication tu dois
être vraiment claire, il y a tellement de concurrence que tu ne peux pas te permettre de
faire les choses à moitié car ça brouillerait ton image et au final ton repositionnement
n’aura servit à rien. C’est ce que je reproche un peu à Club Med mais bon c’est à
cause d’une situation externe et c’est ça qui a fait qu’aujourd’hui ils sont toujours sur
la voie de leur repositionnement. Les crises ont retardé leur process. Il faut oser et ne
pas y aller trop petit à petit.
Interview – Fabian Jean Villanueva -‐ 122.
Annexe VIII
Annexe IX
Ses
valeurs Son statut
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte- ité
ment au
quotidien
29. Vous dites que vous avez gardé les mêmes valeurs, c’était important selon-vous ?
Oui ! Voilà c’est clairement de l’excellence, des valeurs humaines, familiales,
l’artisanat,… voilà tout ça reprend la maison et la rend unique et c’est ce qu’on doit
garder, on ne peut pas changer ça. Ca permet de garder notre notoriété. Notre but est
de faire perpétuer notre entreprise pour encore les générations suivantes donc on a le
luxe aussi de pouvoir prendre le temps de faire les choses, de ne pas avoir
d’investisseurs externes qui mettent une pression, on a la liberté de faire ce que l’on a
envie, d’aller au rythme dont on a envie et ça c’est essentiel, ça c’est le plus grand
luxe ! Les gens du coup ne regardent pas la maison juste par un bilan et par ce qu’elle
génère comme argent. Nous l’argent n’est pas du tout ce que l’on recherche, on crée
Interview – Maison Dandoy -‐ 149.
plutôt un environnement de qualité où les choses sont biens, la preuve c’est qu’il y a
des gens qui travaillent ici depuis plus de 44 ans et y a des raisons à ça et ça on veut
continuer à le perpétrer…on doit servir d’exemple dans pas mal de choses au final, on
doit avoir un impact au-delà de notre petite production, on doit jouer un rôle en tant
qu’acteur dans la société.
30. Comment cela s’est-il passé en interne d’ailleurs ?
De manière générale et dans l’entreprise aussi les gens n’aiment pas le changement,
c’est des gens qui aiment bien les habitudes, même dans les vendeuses, la clientèle, fin
les gens ne sont pas habitués à ça donc dès que tu as un peu de changement ça
perturbe toujours « ah non ça ne va pas marcher, les gens ne vont pas aimer ». Les
vendeuses au départ, à chaque fois que j’amenais un nouveau truc c’est « oh non ! »
donc à un moment pour que ça fonctionne bien et pour que ça passe bien avec notre
clientèle il fallait que les gens soient convaincus de vers où on voulait aller aussi…on
a bien du expliquer ! Après je ne les ai pas fait participer au processus non plus parce
que ça ne sert à rien de mettre 50 personnes autour de la table pour faire ce genre de
chose là, par contre une fois qu’on avait bien avancé et que l’horloge se mettait en
place et bien on a bien expliqué aux employés. Par contre un autre exemple sur place
Stéphanie, notre flagship, là j’ai travaillé avec la responsable de l’endroit, j’ai
vraiment voulu qu’elle s’approprie l’endroit, qu’on co-crée ensemble, qu’elle donne
son avis aussi c’est super important c’est elle qui vit dedans tout le temps ! Donc voilà
nous on est là aussi pour faire changer certaines habitudes et pour montrer qu’on peut
faire autrement mais c’est plus facile de le faire ensemble et que les employés
comprennent au moment de la création. Parce que si tu imposes quelque chose et
qu’au final l’employé ne se l’approprie pas, t’as raté ! Donc oui c’est important et on a
expliqué, après ils ont bien vu que la mayonnaise avait bien pris et donc finalement…
31. Qui a prit la décision de moderniser Dandoy ?
Ca on en parle depuis pas mal d’années, ça s’est décidé ensemble et puis à un moment
voilà dans notre plan on a décrété que c’était vraiment un des objectifs nécessaire au
développement de l’entreprise et puis mon père qui est administrateur délégué a dit ok
on y va ! C’est lui que j’ai dû convaincre qu’il fallait le faire, dépenser autant d’argent
dans un truc qui à l’époque on n’allouait pas beaucoup d’argent pour ça, on travaillait
juste avec un petit graphiste indépendant sur le côté donc on n’a jamais dépensé des
budgets pour ça. Et il fallait que je fasse comprendre que ça allait être positif pour
l’avenir et que c’est claire et j’ai eu la chance que les chiffres suivent toujours derrière
Interview – Maison Dandoy -‐ 150.
pour l’instant et montre que cet investissement dans la création et dans la marque est
super importante ! En tout cas pour un produit qui est avec le consommateur final
c’est primordial quoi. Et on ne le faisait pas avant donc moi chaque année je suis là
« on continue, on continue, on ne s’arrête pas », mais ce n’était pas gagné au départ !
Haha…
32. Certains problèmes sont-ils survenus ?
Non aucun, et on est un super book case parce qu’on a des chiffres qui parlent
derrière, on voit le contraste, y a une prise de risque, y a une vraie collaboration avec
des designers,…fin voilà et ce n’est pas pour rien qu’on en parle dans le monde
entier ! Et hier on m’a offert un livre qui parle de l’identité visuelle et on se retrouve
dedans, il est derrière toi regarde, tout le monde en parle beaucoup ! On a des chiffres
derrière qui montrent vraiment qu’en investissant dans la création, dans l’image ça
porte ses fruits ! Regarde ici dans le livre, ça c’est la maison place Stéphanie.
Ouaw oui en tout cas je suis vraiment très fan de votre travail haha !
C’est très gentil ! Oui c’est iconique, les points dorés c’est vraiment quelque chose, fin
tu montres juste les points dorés sans logo sans rien les gens savent que c’est nous,
c’est Dandoy. C’est notre signature.
33. Dernière question, quels sont pour vous les facteurs clés de succès d’un
repositionnement comme le votre ?
Mmh un des trucs primordial c’est de bien s’entourer déjà, de trouver quelqu’un qui
comprenne tes valeurs, qui comprend l’univers de ta marque donc cette première
phase d’analyse pour moi elle est primordiale, si tu ne le fais pas ce n’est pas
possible ! Et puis c’est de faire confiance aux personnes avec lesquels tu t’entoures et
de ne pas trop altérer dans leur processus de création non plus. Comme je disais,
connaître les compétences et limites de chacun et le fait qu’on les a laissé fort libre
dans ce processus là ça a joué vraiment un rôle important ! Et de ne pas hésiter à
investir dans l’image, en tout cas pour un produit comme le notre ce n’est vraiment
pas négligeable. Et quand on commence quelque chose comme ça il faut y aller à
fond, au départ on voulait juste changer le logo et le packaging mais non ! Il faut que
ça se retranscrive dans tout ce qui nous appartient, tout, tout, tout ! Et petit à petit on
continue à changer 2-3 trucs, on parle de merchandising pour les revendeurs, de créer
des univers dans un corner avec des systèmes qui sont propres à nous aussi ! En tout
cas ce qui fait le succès d’une marque forte c’est la multitude de tous ces petits détails,
que les gens ne perçoivent pas mais qui ont leur importance, quand tu rentres dans le
Interview – Maison Dandoy -‐ 151.
magasin ça fait que tu te dis « ok, il se passe quelque chose ! ». Voilà même chose
pour la boutique, on s’est demandé « comment est-ce qu’on peut rationaliser l’offre ?
Comment on présente les produits ? C’est quoi l’interaction qui se passe avec les
clientèles ? » donc voilà après 4 ans on arrive à quelque chose de cohérent et on peut
maintenant espérer sortir de Bruxelles. Maintenant je n’ai pas à rougir à dire « ok si je
vais à Anvers, ça ne va pas aller parce qu’on n’a pas tout ce qu’il nous faut ! », que
l’image n’est pas assez forte, que ce n’est pas encore assez iconique. Mais maintenant
on a tout entre nos mains pour le faire je pense ! Et si avec ça on n’y arrive pas alors
on doit se remettre en question sur d’autres trucs. Mais on sait que les gens aiment
bien le produit et l’image suit maintenant alors voilà c’est top. Notre univers est
cohérent donc a priori ça devrait aller !
Interview – Maison Vervloet -‐ 152.
Annexe X
7. Votre marque existe maintenant depuis plus de 110 ans, comment êtes-vous arrivés
à persister dans le temps ? Avez-vous déjà procédé à une « revitalisation de votre
marque » ?
Interview – Maison Vervloet -‐ 153.
Oui clairement je pense qu’il y a eu, enfin ce qui a dû jouer c’est la passation du père
d’Isabelle Hamburger et puis celle d’Isabelle,…il y a eu déjà quatre générations dans
l’entreprise, donc on est vraiment dans une entreprise familiale et donc la passation
entre son papa et elle, je pense que ça apporte des envies différentes, il y a un besoin
de renouvellement et peut-être aussi un besoin de s’affirmer différemment, je pense
que c’est aussi un point important. Et puis je pense que dans la vie de tous les jours,
que ce soit au niveau des demandes, il y a beaucoup de choses qui changent et puis on
a constaté qu’en fait on avait une clientèle qui était de plus en plus vieillissante donc
on était moins connu dans les jeunes générations ! Et puis on remarquait qu’on avait
de plus en plus de demandes pour des choses contemporaines donc on a voulu
répondre à cela. Donc c’est un tout qui fait que l’on a l’envie de continuer avec son
temps et de proposer de nouvelles choses...
8. On dit qu’en 2005 vous vous êtes lancé le défi d’actualiser votre image jusqu’ici
plutôt classique, était-ce selon vous nécessaire ?
En fait, à partir de 2005, on a vraiment commencé à développer des collaborations
avec des designers pour justement proposer des choses plus contemporaines car il y
avait une vraie demande là, de la part de nos clients ou non clients et on avait fait le
choix de se moderniser et de rajeunir notre image. On a vraiment changé de stratégie,
on a modifier notre image de marque, notre logo, on a réfléchi d’une manière plus
approfondie à l’image qu’on devait donner lorsqu’on fait des choses plus
contemporaines. Donc là on a fait appel à une agence de communication pour faire le
grand saut et revirer au niveau de notre stratégie mais bon voilà on est une petite
structure, on a des petits moyens, une PME donc même si on est une maison de luxe
ça ne veut pas dire qu’on a des budgets incroyables donc voilà …tout ça prend
toujours plus de temps qu’une autre grande boîte telle qu’Hermès par exemple, qui
peut directement débourser.
9. Donc diriez-vous que votre stratégie de rajeunissement de votre image de marque est
toujours en cours ?
Oui tout à fait, on est encore en train de travailler le site internet, on a encore des
positionnements à faire… encore beaucoup de choses mais ça prend énormément de
temps…
10. Qu’est-ce qui a provoqué selon-vous ce besoin d’une nouvelle stratégie?
C’est dû à l’arrivée d’Isabelle Hamburger à la tête de la direction mais aussi c’est lié
aux cent ans de la Maison Vervloet donc c’était l’occasion pour un nouveau départ,
Interview – Maison Vervloet -‐ 154.
puis on a eu des opportunités de tel et tel designer,…et puis ça s’est mis en place petit
à petit.
11. Si je vous cite des raisons pour lesquelles vous auriez pu procéder à ce changement
d’image de marque pourriez-vous me dire lesquelles correspondent à votre
situation ?
Oui tout à fait.
- Image médiocre ou désuète, Oui, en tout cas nous avions une image « vieux jeux »,
ça c’est sûr ! En plus, on commençait à sentir un manque de notoriété.
- Image floue, Oui aussi, l’offre n’était pas toujours très claire, il fallait selon moi
éclaircir tout cela pour nos clients, il était temps de mettre du renouveau là dedans !
- Changements dans les besoins et les désirs du marché cible, Oui, on a donc
constaté qu’il y avait de plus en plus de personnes qui souhaitaient du contemporain,
on s’est donc adapté à cela et avons répondu aux besoins de nos clients.
- Changements dans le positionnement concurrentiel, Mmmh en fait on est un
peu,… c’est un peu compliqué, ce que nous faisons purement nous, donc c’est-à-dire
du fait main avec des styles anciens, il n’y en a pas beaucoup et celles-ci n’ont pas une
image très jeune et ne vont pas procéder à un changement d’image, enfin je pense ! Du
coup, on ne peut pas dire que l’on ai décidé de moderniser notre image pour cela mais
par contre, maintenant que nous avons décidé de faire du contemporain en plus de
notre ancienne activité plus classique, c’est vrai que l’on est confronté à des
entreprises qui elles ne proposent que du contemporain et elles ont une image plus
jeune… du coup on s’est dit qu’il était important de s’adapter si on voulait perçer.
- Evénement capital, Oui je pense que le fait qu’il y ait un changement de direction
c’est un événement capital.
- Besoin de retrouver des valeurs perdues, Non ça je ne dirais pas.
12. Comment cela s’est-il passé au niveau managérial ? Qui était responsable de la
décision de donner un coup de jeune à la marque ?
Tout d’abord la direction s’est concertée et vu qu’on est une petite équipe et que toute
stratégie a un impact très rapide sur le métier de chacun, l’avis de tout le monde a été
demandé. Il y a la vision globale puis la vision plus commerciale, marketing, au
niveau de la production,… donc tout le monde était impliqué car il y a eu des
changements à beaucoup de niveaux et il y a une grande proximité chez nous.
13. Quelle implication a eu Isabelle Hamburger, la directrice de la société, dans ce
renouveau stratégique ?
Interview – Maison Vervloet -‐ 155.
Je dirais que c’est elle qui a provoqué le changement, avec son arrivée il y a eu une
remise en question de l’activité de la marque et donc elle a joué un grand rôle. Elle a
décidé qu’il fallait faire du contemporain et que celui-ci entrainaît un besoin de donner
un coup de jeune à la marque. En plus, avec l’observation que notre clientèle
vieillissait il a semblé pertinent de se faire connaître auprès de plus jeunes, pour tenir
encore de nombreuses années,…Elle a donc pris les décisions globales et nous avons
discuté en équipe des changements à faire au niveau des différents domaines dans la
société.
14. Pour prendre ces décisions, donc de faire du contemporain et de donner un coup de
jeune à l’entreprise, avez-vous procédé à des études de marché ?
Oui, ce qu’il y a aussi, dans l’implémentation de notre stratégie, c’est qu’elle s’est
faite en interne mais on a aussi fait appel à une agence de communication qui nous
aide dans le positionnement et donc depuis 2014 on travaille avec eux. Donc c’est une
étape qui a aidé car eux ont un avis extérieur, donc en faisant appel à eux ça nous
permettait d’avoir l’avis de professionnels dans le positionnement qui, en plus,
apportait un avis « autre ». Nous nous sommes dans l’entreprise tous les jours et nous
avions besoin, je pense, d’idées de professionnels regardant à l’entreprise avec un œil
nouveau. En plus de ça, pour ce qui est des études de marché, nous avons nos données
qui ressortent de notre CRM (Customer Relationship Management) et des stagiaires
ont fait des études de marché pour nous. Mais maintenant nous n’avons pas fait appel
à une entreprise qui a fait des études de marché pour nous, on n’a pas fait d’analyses
approfondies, enfin pas encore aujourd’hui…mais c’est encore dans nos réflexions,
c’est des choses qu’on veut encore mettre en place mais comme on est petit tout cela
prend beaucoup de temps.
15. Peut-on dire que vous avez procédé à un repositionnement stratégique de votre
marque ?
Interview – Maison Vervloet -‐ 156.
Aussi, nous avons décidé que chaque collaboration avec un designer devait nous
apporter quelque chose de nouveau, d’étonnant, de spécial pour surprendre un peu et
se faire connaître. On veut développer une meilleure innovation et c’est plus important
qu’auparavant que cette collaboration nous enrichisse. Par exemple, la collaboration
avec Jean-François d’Or nous a amené un nouveau coloris, plus moderne, que nous
n’avions jamais utilisé jusqu’ici. Une autre collaboration c’est la collection Torna avec
une designer belge, elle elle nous a amené par exemple le fait de pouvoir personnaliser
la poignée de porte avec des cuirs ou du bois,… donc l’idée c’est vraiment de
s’enrichir de ces collaborations et qu’il y ai vraiment une nouveauté à chaque fois.
Avec Quentin de Coster on a voulu jouer avec quelque chose d’un peu enfantin car
c’est quelque chose qu’on n’a pas dans notre offre, mais on ne voulait pas tomber dans
le cliché et rester cohérent avec notre image, ou plutôt notre nouvelle image qu’on
développe. C’est précieux pour un designer je pense de pouvoir avoir sa patte dans ses
créations et nous c’est ce qu’on aime car chacun apporte vraiment cette innovation
qu’on recherche. Tout se fait dans notre atelier ici en bas, donc on peut vraiment
travailler avec eux, faire des changements quand ils ont une inspiration, il y a une
proximité qui permet vraiment au designer une inspiration et une « liberté » de faire
des propositions à nos artisants dans l’atelier, de faire des tests et de décider ensemble.
C’est le plus qu’on a quand on a les bureaux et l’atelier rassemblés, le stratégique et
l’opérationnel sont mélangés, ça nous permet de tout décider ensemble, c’est un travail
d’équipe et on se rend compte du travail de chacun et en fonction de cela on décide de
notre cohérence dans notre offre, de ce qu’on veut proposer.
18. Quand vous dites « nouveaux canaux de distribution », à quoi pensez-vous ? En
avez-vous déjà développé ? Lesquels voudriez-vous développer dans le futur ?
Nous avons des envies d’e-commerce car on a une envie de développer aussi dans le
futur des objets « home », donc on se dit que ça ça pourra marcher en vente directe et
éventuellement en e-commerce,…c’est des projets qu’on a en tête mais qu’on n’a pas
encore su développer car comme je l’ai dit tout cela prend beaucoup de temps. On a
déjà des petits objets « home » par ci par là mais ce n’est pas encore claire, nous avons
vraiment un problème de clareté dans notre offre haha. Donc il est vraiment plus que
nécessaire de régler ce problème.
19. Pensez-vous que l’identité de votre marque ai été modifiée afin de rajeunir son
positionnement ? (Ci-dessous se trouve un schéma pouvant vous aider à déterminer
quels éléments de l’identité qui ont été modifié ou non).
Interview – Maison Vervloet -‐ 158.
Ses
valeurs Son statut
Sa
Ses Son personnal-
croyances comporte-
q ité
ment au
uotidient
Mmmh oui, notre base, ce qui fait qu’on est fort dans ce qu’on fait, est toujours là, on
a toujours la même qualité, la même histoire,… je pense qu’on est cohérent oui.
22. Il y a-t-il eu des changements au niveau de vos prix ? Vous proposez des choses
aujourd’hui plus contemporaines mais le prix associé se colle-t-il à votre ancien
prix ?
Alors il y a eu un changement au niveau du prix oui mais il n’est pas drastique non
plus. Disons que c’est plus un prix qui se justifie par le travail apporté au produit. On
n’a pas commencé à faire de la production de masse, on est resté dans des produits
qualitatifs. Donc on a un meilleur rapport qualité-prix mais qui est tout bêtement lié en
fait finalement au temps de main d’œuvre. Nos prix se justifient toujours au temps
accordé à chaque type de pièce, au temps passé dans notre atelier à être produite. Il y a
toujours une partie que l’on fait à l’extérieur, donc fonderie et usinage mais ici on est
vraiment ce qu’on appel un atelier d’embellissement, on va venir embellir une pièce
brut, lui faire des dessins, la décorer, polir à la main etc…donc tout cela se fait en bas,
au plus de temps ça prend en bas, en tant que main d’œuvre européenne, au plus c’est
cher. Une pièce contemporaine minimaliste il y a moins de travail, d’orfèvrerie, de
ciselure etc…donc c’est plus usiné finalement, même si il y a toujours une partie qui
est faite chez nous et qu’il y a toujours un polissage, un décor, de l’ajustement qui est
fait chez nous, c’est moins de travail en atelier donc forcément c’est moins cher.
23. Donc il n’y a pas de changement stratégique du prix ici ? Il se justifie uniquement
par le temps de travail accordé ?
Oui après c’est vrai qu’on a réfléchi à notre façon de produire, car dans le
contemporain on doit respecter des marges qui ne sont pas les mêmes que pour nos
produits icôniques. Donc on a accordé nos prix à ce nouveau marché je dirais, pour s’y
faire une place correcte.
24. Quels ont été les changements dans vos campagnes publicitaires ? Diriez-vous que
ces changements sont liés à votre repositionnement « plus jeune » ?
Oui il sont liés. Il y a un changement surtout au niveau de l’image, nouveau logo,
nouvelles collections,… On essaye dans nos campagnes de présenter nos collections
de manière plus inspirationnelles, de plus marquer nos nouvelles collections, de faire
une campagne tout autour, on le faisait un peu avant mais vraiment pas assez. On
essaye de vraiment mieux sélectionner les collaborations qu’on veut faire…avant 2005
c’est vrai qu’on acceptait souvent un projet ou l’autre sans vraiment d’analyses
derrière. L’idée maintenant c’est vraiment d’être sûr de cette collaboration, de la
Interview – Maison Vervloet -‐ 160.
collection. L’attention est plus marquée et notre budget au niveau publicitaire est plus
important et mieux réfléchi.
25. Vous m’aviez parlé d’une agence de communication à laquelle vous avez fait appel,
vos campagnes publicitaires se font-elles via cette agence ?
Oui c’est toujours en discussion avec eux clairement. Nous nous référons à leur avis,
leurs idées.
26. A propos de votre site internet qui est toujours en construction, quels seront les
changements apportés ?
On va essayer de communiquer nos deux visages, de faire mieux transparaitre nos
deux propositions via le site et de clarifier ainsi notre offre. De plus, celui-ci véhiculait
une image vieillotte dont on veut vraiment se débarasser.
27. Et au niveau de votre showroom, quels seront les changements si il doit y en avoir ?
Alors ça fait partie des envies c’est claire mais ce n’est pas la priorité absolue
aujourd’hui. Mais dans les perspectives 2017-2018 ça fait partie des changements
qu’on veut apporter.
28. J’ai vu que vous aviez lancé un pop-up store, est-ce quelque chose de tout à fait
nouveau pour vous ?
Oui tout à fait, ça fait deux ans qu’on y réfléchi, on trouvait ça sympa et on a eu
l’opportunité d’une boutique place Brugmann et donc on a sauté dessus et ça tombait
vraiment bien avec notre changement d’image ! En plus on n’est pas installé dans un
quartier hyper à la mode ces temps-ci (Showroom situé à Molenbeek) donc je dirais
qu’il y a des gens qui sont réticents par rapport à ça pour venir au showroom par
exemple.
29. Vous avez-vu une différence dans le nombre de fréquentation suite à ces
évènements ?
Oui mais ce n’est pas que l’actualité dernièrement, c’est vraiment de manière générale
on a une clientèle qui est plus située dans le sud de Bruxelles et que donc les gens ne
prennent pas la peine de venir jusqu’ici spécialement pour le Showroom donc ici on
avait une chouette localisation donc c’était une belle opportunité. Mais surtout alors de
développer une meilleure visibilité quelque part et de montrer ce côté plus « nouvelle
image ».
30. Donc vous diriez que votre pop-up store représente votre nouvelle image ?
Interview – Maison Vervloet -‐ 161.
Oui oui oui, d’ailleurs si vous allez le voir vous allez voir que c’est tout à fait différent
d’ici. C’est vraiment une toute autre image que notre showroom qui ressemble plus à
un musée. Le pop-up store c’est tout à fait différent.
31. Comment s’est passée sa création ? Avez-vous travaillé avec l’agence de
communication dont vous m’aviez parlé ?
Oui alors on a demandé à l’agence de faire l’habillage graphique de la vitrine et
également de réfléchir à l’amménagement de l’intérieur. Tout est toujours en lien avec
notre changement d’image.
32. Travaillez-vous toujours avec les mêmes personnes au sein de cette agence ?
Oui avec les mêmes personnes de contact oui.
33. D’accord, car il est intéressant pour moi de voir si tout se passe en interne ou…
Oui en fait on essaye de jongler un peu avec les deux, interne et externe mais ça fait
partie de notre changement. On s’est rendu compte qu’il y avait certaines choses pour
lesquelles il fallait vraiment se professionnaliser et avant on était beaucoup plus à faire
les choses nous même mais ça paraissait forcément beaucoup moins professionnel que
quand tu as vraiment une agence qui se consacre que à cela et qui du coup a aussi un
œil sur l’harmonie globale, que tout finalement colle.
34. Et avez-vous engagé de nouvelles personnes en interne pour des tâches qui
n’existaient pas avant ?
Heum alors non pas pour le moment, enfin si il y a une personne maintenant qui
s’occupe des dessins techniques de manière informatisée, c’est plus professionnel
maintenant. Et l’agence de com avec laquelle on travaille nous a conseillé d’engager
un profil de personne qui soit un peu directeur artistique et graphiste. Donc ils nous
conseillent d’avoir quelqu’un en interne qui s’occupe vraiment de tout cela, car si nous
nous devons payer cette agence de communication à plus long terme ça ne serait pas
accessible.
35. Donc ce directeur artistique prendrait en quelque sorte le relais du travail de
l’agence de communication ?
Donc oui c’est un profil de personne qui vérifie vraiment tout document, toute la
cohérence.
36. Vous êtes-vous ouverts à de nouveaux outils de communication, tels que les réseaux
sociaux ?
Oui avec l’ascenssion des réseaux sociaux ça doit forcément arriver et je pense qu’on
va essayer d’être de plus en plus présents dessus.
Interview – Maison Vervloet -‐ 162.
37. Avez-vous peur d’utiliser ces outils dû à votre positionnement de marque de luxe ?
Il y a eu beaucoup de questionnements, on a fait pas mal de recherches en fait par
rapport à ça, on a demandé à plusieurs personnes externes à l’entreprise mais c’est très
peu claire en fait. Je ne pense pas qu’il y ait quelque chose de prédéfini disant « il faut
ou il ne faut pas » mais donc oui on le fait mais en restant vigilant et on décide de se
diriger vers l’un ou l’autre réseau plutôt que d’autres.
38. Donc il y a une vigilance par rapport au réseaux sociaux de votre part ?
Oui là aujourd’hui on n’est pas encore très présents, nous n’avons que
Facebook…Mais l’idée serait de transiter vers Pinterest, Instagram,…qui sont plus des
choses inspirationnelles et qui correspondent mieux à notre image voulue je dirais.
39. L’utilisation de ces réseaux sociaux pourrait-elle se justifier par la volonté de se
faire connaître auprès de votre clientèle cible qui garde les mêmes critères socio-
démographiques excepté l’âge qui lui serait plus jeune ?
Oui c’est cela, c’est un petit marché de niche et les personnes qui font appel à nous
sont des professionnels dans l’architecture de luxe et on est vite connu dans le milieu
mais on veut vraiment rester dans le « top of mind » des gens, ça c’est super
important ! Et surtout qu’ils pensent à nous au moment où ils ont un projet, c’est ça le
plus difficile, c’est d’avoir vraiment le réflexe de venir vers nous quand ils décident
des éléments de leur projet.
40. Il n’est pas facile de se renouveler et de continuer à plaire lorsqu’on a une marque
de plus de 100 ans, n’avez-vous pas eu peur de frustrer votre consommateur actuel
avec certains changements apportés à votre marque ? Il y a-t-il eu des
réclamations ?
Non pas vraiment, je dirais que la seule chose qui à mon avis va en susciter et en
suscite en fait déjà aujourd’hui est que l’on propose depuis longtemps un catalogue,
mais nous avons depuis peu une galerie de nos produits en ligne. On aimerait donc
pousser les gens à utiliser cette galerie virtuelle et on se pose la question de la
continuation du catalogue papier… Donc on essaye de changer les habitudes de nos
clients mais c’est compliqué et ce n’est pas encore bien intégré. Mais même nous on
n’est pas encore 100% convaincu qu’on doit tout à fait le railler ou alors juste le
réduire, on essaye un peu de voir ce qui plairait.
41. Quelle dépense au niveau temps et argent tous ces changements stratégiques
représentent-t-ils ?
Interview – Maison Vervloet -‐ 163.
Ca prend clairement du temps, c’est quelque chose je pense chez nous qui va prendre
5 ans pour être correctement établi. Un changement de positionnement et d’image est
vraiment très coûteux, très clairement !
42. Espérez-vous un impact positif sur vos ventes ?
Clairement on espère avoir des retours sur investissement et des hausses de vente.
Mais ces changements étaient de toute façon nécessaires selon moi, je veux dire que si
on veut persister dans le temps il est obligatoire donc on n’avait pas vraiment le choix.
43. Vous dites que ces changements étaient vraiment nécessaires, diriez-vous que la
revitalisation stratégique d’une marque soit un processus naturel devant se faire
régulièrement ou une décision stratégique à prendre lorsqu’un problème réel
survient?
Je pense qu’une entreprise de luxe où l’image est encore plus importante, clairement il
faut se remettre en cause constamment. Je pense que oui ici on a attendu trop
longtemps mais il y a vraiment une remise en question à se faire continuellement.
44. Donc selon vous c’est d’autant plus important pour une marque de luxe ?
Oui je pense que c’est plus basé sur l’image et sur la qualité donc du coup selon moi
tout doit être impeccable de A à Z. Donc quand à un moment il y a un décallage ça ne
va pas, il faut le corriger « tout de suite » presque.
45. Pourriez-vous citer des facteurs clés de succès dans le repositionnement de sa
marque de luxe ?
Oui je pense qu’il faut une harmonie, je pense que quand il y a un changement
d’image, de positionnement ça se fait dans tous les aspects de l’entreprise finalement
et qu’il faut une cohérence dans tout. Il faut que tout ce global adhère au nouveau
positionnement, que ce soit claire même pour le personnel, que ce soit claire pour tout
le monde. Que tout le monde soit convaincu finalement c’est super important aussi. Il
faut que tout le monde comprennne les changements car si ce n’est pas le cas ça va se
rensentir au final dans le développement de notre stratégie.
46. Il y a-t-il eu des personnes en interne plus réticentes au changement ?
Oui ça il y aura toujours selon moi, quand on a montré le nouveau logo c’était
horrible ! haha et même nous qui avons eu l’idée on a eu du mal au début à être
convaincus mais c’est normal je pense, ça fait partie du changement. Après, une fois
qu’on voit qu’il y a une cohérence dans ce que l’on fait, qu’on apprend à faire
confiance aussi, car on a confié quand même pas mal de choses à cette agence. Une
fois qu’on a eu des échos, des retours de la part des clients qui étaient positifs, on
Interview – Maison Vervloet -‐ 164.
reprend tout à petit confiance donc ça joue sur notre volonté au final à accepter le
changement.
47. Donc vous avez eu des réactions de la part de vos clients ?
Oui, on est présent sur des salons et tout ça donc on a un retour aussi. Donc c’est vrai
que c’est intéressant de voir le retour direct.
48. Est-ce important pour vous d’écouter vos clients ?
Une personne qui n’est pas dans le milieu de l’architecture ne nous connaîtra pas
forcément donc on n’a pas encore la prétention de pouvoir faire selon nos seules et
uniques envies. Pour nous c’est important d’avoir une certaine proximité avec le client
et de pouvoir voir aussi qu’on n’est pas tout à fait à côté de la plaque. Après ce n’est
pas le client non plus qui décide finalement mais on les écoute ça c’est sûr.
Interview – Fabienne Delvigne -‐ 165.
Annexe XI
comme ça nous nous ne sommes pas du tout nés dedans et ma clientèle principale est
un peu, comment dire, « débranchée » mais je trouve quand même important de nous
l’être, « branché », et d’apporter un peu de tendance à ma marque pour pouvoir
toucher dès à présent des clients futurs qui seraient entre autres des jeunes. Je voulais
montrer en faisant mon apparition sur les réseaux qu’on est aussi accessible et effacer
cette image de marque uniquement « royale » et de montrer qu’on s’adresse aussi à
des jeunes.
8. Donc on pourrait dire que vous vouliez créer une certaine notoriété auprès d’un
public plus jeune ?
Oui c’est ça, se faire connaître auprès d’autres personnes que mon public cible de
départ. Dans l’absolu notre marché est composé de gens de 30 et plus mais pourquoi
pas des plus jeunes ? Je veux dire c’est aussi des produits qui peuvent leur plaire. En
se calquant à la tendance actuelle il y a une idée de « rajeunir la marque » et lui donner
un côté tendance. Par exemple, nous avons, enfin moi j’ai commencé dès le départ par
les chapeaux de couture donc très vieux et puis je me suis rendue compte par mes
clientes qu’il y avait une demande pour les chapeaux de tous les jours et là on peut
dire que j’ai voulu « rajeunir » ma marque et nous avons ajouté à la gamme couture
une gamme « Trendy ». Et donc elle s’adresse entre autre plus aux jeunes et nous
avons aussi créé des bijoux de tête que les jeunes mettent en soirée, etc…Ca nous
permet donc d’élargir fortement notre clientèle qui à la base pourrait croire qu’on ne
fait que des chapeaux que pour euh.. « Mathilde ».
9. Pensez-vous qu’il est important pour une marque de luxe encore plus que pour une
marque classique de surprendre ses clients régulièrement?
Mmmh ça dépend, dans la mode sûrement ! Mais moi je dirais qu’une marque de luxe
c’est surtout le savoir-faire. Mais malgré tout l’image a vraiment son importance donc
je dirais que oui ! Mais je pense qu’il y a des marques qui ne doivent pas effrayer leurs
clients, vous voyez ce que je veux dire ? Si moi je commence à faire des casquettes
style américaines ça ne serait pas intéressant pour moi car ma clientèle ce sont des
gens qui recherchent des choses exclusives, raffinées, qui ont un certain chic et
d’emblé on a une cible très précise, vous voyez. Donc je pense que c’est important
d’écouter la tendance et de l’adapter en fonction de son produit qui est ici un produit
de luxe. Moi à mon avis il ne faut surtout pas, pour être tendance, pour être jeune,
caricaturer son produit de luxe car ça pourrait faire peur à une clientèle qui est
habituée à un certain chic.
Interview – Fabienne Delvigne -‐ 167.
Pour moi une marque de luxe doit être en constante évolution ! Avec le temps, pour
une personne comme moi qui possède SA marque, on comprend qu’on doit s’adapter
et suivre l’évolution du temps et donner un coup de jeune de temps en temps est
important, mais il faut savoir le faire et bien le faire.
10. Donc il ne faut pas toucher à l’identité de votre marque ?
Si mais…en fait je vais vous raconter un exemple : Un jour y avait un grand
événement organisé par le Bel (Brussels Exclusive Labels), qui s’appelait avant la
chambre du Haut Commerce, qui est un groupe où toutes les marques de luxe sont
reprises et dont le savoir-faire a une valeur vraiment très importante. Dans cette
association de tous ces membres il y a entre-autres des évènements qui étaient
organisés et dont un dans L’Arsenal mais dont les parties étaient tout à fait détruites,
abimées… ça faisait un peu comme un hangar abimé si je puis dire et des marques de
luxe comme Hermès, Vuitton, Delvaux Natan,.. et moi-même exposaient là. Alors je
me suis dit, mais dans un lieu comme ça, en tant que créative, je ne vais pas venir avec
des chapeaux auxquels les gens s’attendent, style mariage, je voulais apporter quelque
chose dans l’esprit de l’endroit. Donc j’ai fait, et j’aime le faire assez souvent, une
collaboration avec d’autres créateurs parce que justement eux peuvent m’aider à
« rajeunir » ma marque, ça me permet d’innover, de me mettre en danger dans la
créativité, de faire des recherches et de faire des choses qu’on n’imaginait pas de ma
marque. C’est rentrer dans un univers qu’on ne connaît pas pour pouvoir mieux
trouver après des idées supplémentaires. Donc j’avais rencontré une maître verrier qui
travaille le cristal et on a fait des chapeaux en cristal ensemble. Et je me suis dit « je
vais arriver avec des chapeaux en cristal qui sont des choses un peu complètement
dingues qui ne seront jamais portés par des clients mais c’est juste une recherche de
travail, de collaboration… ». Et il y avait de très beaux chapeaux en cristal rouge
qu’on a mit sur des Drag Queen, c’est à dire des hommes-femmes, qui étaient sur des
échasses noires. On ne savait pas si c’était des hommes ou des femmes, leurs visages
étaient même en noir. On a fait le buzz ! Tout le monde était sur notre stand, il n’y
avait personne ailleurs, toutes les télévisions étaient chez nous, mais ! La veille je n’ai
pas dormi car j’étais à la limite de la catastrophe car ou bien « ça va marcher, c’est
top ! C’est quoi ce phénomène, c’est hallucinant, c’est complètement dingue ! » ou
bien « Oulala mais c’est quoi ce truc, Delvigne devient complètement dingue, c’est
quoi ces Drag Queen ? ».
Interview – Fabienne Delvigne -‐ 168.
Oui mais au final les gens n’ont pas trop remarqué qu’il s’agissait de Drag Queen, ils
étaient plus haut que tout le monde, on les voyait de loin, ils étaient tout en noir et
quand on les regardait c’était hyper chic ! Donc on a gardé le chic, c’était des Drag
Queen mais on est parvenu à garder quelque chose de très élégant, à l’image de notre
marque mais très surprenant ! Les autres marques eux n’avaient pas joué sur le lieux et
ils ne se sont donc pas fait remarquer.
12. Donc vous avez su « surprendre » tout en restant digne à votre identité de marque ?
C’est ça ! Donc j’illustre ici que jeune pour jeune ça ne vaut pas la peine, il faut
toujours penser à son public cible.
13. Pensez-vous que le luxe ne doit pas se plier aux demandes de ses clients, que c’est
uniquement votre griffe d’artiste qui parle dans vos créations ?
Mmmh non ! Moi je dirais le créateur créé dans un jet mais il faut que ce soit quand
même commercial et vendable et que mes clients aiment.
Par exemple les chapeaux de cristal c’est quelque chose qu’on ne va pas vendre car
c’est uniquement un élément créatif et ça nous est complètement égale qu’ils ne se
vendent pas, c’est important de le faire pour montrer la créativité ! Mais après on fait
des chapeaux moins dingues. Mon geste créatif est inné et quand je créé je ne réfléchis
pas vraiment mais on ne peut pas tout le temps délirer car aussi non vous êtes
invendable.
14. Tenez-vous compte de vos concurrents lorsque vous procédez à des changements
stratégiques tels que « la modification de votre nom, l’emplacement d’une nouvelle
boutique,… » ?
Non je dirais que c’est l’instinct créateur et son style qui décident seuls de cela mais je
connais mes concurrents et je sais ce qu’ils font. Ca a donc une importance, je pense,
de savoir un peu ce qu’ils font mais en tant que créateur on travaille avec ce qui nous
entoure, notre environnement qui nous influence donc malgré tout ça a une influence
mais il ne faut surtout pas copier le concurrent car si les clients sont chez vous et pas
chez celui d’à côté c’est bien parce qu’ils apprécient nos créations, notre différence,
notre style,…
Interview – Fabienne Delvigne -‐ 169.
cher ! Je savais que ça n’allait pas marcher mais il faut parfois tester des choses car on
ne sait jamais, on pourrait être surpris. Le prix de ceux-ci est aussi moindre par rapport
à nos produits core business mais on reste dans un prix de luxe car il y a tout un travail
là derrière. C’est du cousu 100% à la main.
18. Avez-vous décidé seule des changements à appliquer sur votre marque ?
Euuh c’était assez instinctif, moi je sais qu’il faut faire ça, que je veux ça et un peu
plus de ça mais après les gens qui m’entourent, que ce soit la famille, les amis,
connaissances,… ont certaines compétences, informatiques, artistiques…mon fils
m’aide beaucoup par exemple car il a fait ses études en communication et il a un côté
artistique. De plus, les jeunes comme vous connaissez des choses que nous on ne
connaît pas ! Je me réfère vraiment à mon entourage car mes enfants, mon mari sont
dedans avec moi tout le temps, en plus mon atelier est dans ma maison. Donc je me
réfère constamment à leur avis, auprès de différentes générations en fin de compte. Je
pense que lorsqu’on est une personne un peu vieillissante il ne faut pas s’arrêter à ce
qu’on a toujours fait mais se remettre en question et voir comment on peut encore faire
évoluer son business et persister dans le temps. Mais il faut tout le temps regarder ce
qu’il se passe ailleurs, dans d’autres secteurs ou même les concurrents c’est vrai
aussi ! Au final on regarde toujours un peu ce qu’ils font. Mais c’est en regardant
autour de nous et en analysant les choses qu’on comprend comment le marché évolue.
Par exemple, le « teaser » avant une nouvelle collection, moi je ne savais pas ce que
c’était, haha ! Ce sont des choses qui n’étaient pas de notre génération donc c’est vrai
que maintenant pour dynamiser ma marque on fait un teaser avant une nouvelle
collection, on fait des vidéos,… j’ai compris que c’était important car aujourd’hui la
communication passe par là mais ça demande beaucoup plus d’énergie, de temps,
d’argent,…qu’avant. Mais d’autre part on reste aussi avec nos anciennes méthodes car
notre clientèle core business elle elle a besoin d’avoir le catalogue en main.
19. Donc on peut dire que vous avez développé une nouvelle manière de communiquer
sur votre marque tout en conservant également votre ancienne stratégie de
communication ?
Oui tout à fait, on garde nos catalogues par exemple mais en même temps on a
développé un e-commerce. A la base ce n’est pas dans notre domaine d’exclusivité
mais on a des gens qui me demandent, hors de la Belgique, est-ce que c’est possible de
vous commander un chapeau. Donc là je leur pose des questions, je leur fais des
propositions puis voilà le chapeau il s’en va. Donc ici c’est une adaptation sans
Interview – Fabienne Delvigne -‐ 171.