Macroéconomie: Openbook
Macroéconomie: Openbook
Macroéconomie
Cyriac Guillaumin
Création graphique de la couverture : Valérie Goussot et Delphine d’Inguimbert
Création graphique de la maquette intérieure : SG Création
Crédit iconographique couverture : © August_0802 - [Link]
© Dunod, 2020
11 rue Paul Bert, 92240 Malakoff
[Link]
ISBN 978-2-10-081696-5
Sommaire
Table des matières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Corrigés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 462
Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 463
Table des matières
Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Évaluation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Évaluation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
Table des matières
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Évaluation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
..................................... 182
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Évaluation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
Macroéconomie
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Évaluation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277
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Macroéconomie
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Corrigés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 462
Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 463
Remerciements
Je tiens tout d’abord à remercier les éditions Dunod pour m’avoir proposé la
rédaction de ce manuel. Je remercie particulièrement Nathalie Bourdon qui a
initié ce projet et Anne Sophie Bourg pour sa confiance, son soutien, ses encou-
ragements ainsi que ses relectures tout au long de la rédaction de l’ouvrage.
Je remercie également mes collègues et amis Jean-Pierre Allegret, Florence
Arestoff, Marie Bessec, Nathalie Bosse, Salem Boubakri, Christophe Bravard,
Virginie Coudert, Audrey Desbonnet, Manon Domingues Dos Santos, Gilbert
Faccarello, Jean-Baptiste Gossé, Florence Huart, Alain Laurent, Jean-Marie
Le Page, Nadine Massard, Valérie Mignon et Patrick Villieu pour leurs encou-
ragements, leurs relectures attentives, leurs remarques constructives et leurs
(précieux) conseils, tout au long de l’écriture de cet ouvrage. Cet ouvrage est,
en partie, le fruit de divers enseignements dispensés en deuxième et troisième
années de licence à l’université Grenoble Alpes et à l’université Paris Dauphine.
J’adresse mes remerciements aux étudiants qui ont suivi ces enseignements pour
leurs questions et commentaires qui ont contribué au souci de pédagogie et de
clarté de cet ouvrage.
J’ai enfin une pensée pour Hélène Raymond, une collègue et amie trop tôt
disparue. J’aurais aimé que nous écrivions cet ouvrage tous les deux. La vie en
a décidé autrement.
Introduction
Qu’est-ce que la macroéconomie ? La macroéconomie a pour objet l’étude des
phénomènes économiques globaux. Elle s’intéresse donc aux caractéristiques et
au fonctionnement de l’économie dans son ensemble. Son objectif est d’expli-
quer l’évolution d’agrégats tels que le produit intérieur brut (PIB), l’inflation, le
chômage, etc., ainsi que, le cas échéant, leurs interdépendances.
Pourquoi étudier les phénomènes macroéconomiques ? Dans notre vie quo-
tidienne, nous écoutons ou lisons des titres tels que : « la croissance rebondit »,
« le déficit public s’est aggravé », « les entreprises embauchent à nouveau », « le
chômage a diminué », etc. L’ensemble de ces événements macroéconomiques
est parfaitement concret car ils affectent « la vie de tous les jours » des agents
économiques. La macroéconomie a donc une utilité et une importance fonda-
mentales pour différents acteurs économiques tels que l’État (aide à la prise de
décision en matière de politique économique) ou bien encore les entreprises
(décision en matière d’embauche). Elle permet de comprendre les causes et les
effets de chacun de ces phénomènes.
Une (brève) histoire de la macroéconomie. La macroéconomie voit vérita-
blement le jour dans les années 1930 à la suite de la crise de 1929. Le terme de
« macroéconomie » est ainsi introduit par R. Frisch en 1933. Bien qu’elle soit une
discipline « relativement » jeune, elle a fait l’objet de nombreux développements
à travers différents courants de pensée.
Avant les années 1930, la théorie économique est dominée par la pensée de
l’école Classique dont l’origine date de la parution de l’ouvrage Recherches sur la
nature et les causes de la richesse des Nations, de A. Smith en 1776. Cette domi-
nation perdure tout au long du xixe siècle avec, notamment, des auteurs comme
D. Ricardo, T. Malthus et J. S. Mill. La théorie économique élabore et étudie les
théories de la valeur et de la répartition. D’un point de vue « macroéconomique »,
la théorie classique repose sur deux principes fondamentaux :
■ la loi de Say, appelée également loi des débouchés, selon laquelle l’offre crée
sa propre demande ;
■ la théorie quantitative de la monnaie selon laquelle la monnaie est neutre
sur le fonctionnement réel de l’économie.
À la fin du xixe siècle, une première révolution a lieu avec l’émergence du courant
marginaliste, dont les auteurs les plus marquants sont C. Menger, S. Jevons et
A. Marshall. Ces derniers remettent en cause la conception des théories de la
Introduction
11
Macroéconomie
12
Introduction
Chaque chapitre est accompagné d’une rubrique « Pour aller plus loin » afin que
le lecteur puisse, s’il le désire, approfondir certains points particuliers. Cette
rubrique permet alors au lecteur de pouvoir « basculer » entre ce manuel et un
manuel de macroéconomie approfondie.
Chaque chapitre débute par une rubrique « Les grands auteurs » qui présente de
manière synthétique les travaux d’un auteur « incontournable ». Dans le souci
de lier la théorie à la pratique et de souligner que la macroéconomie n’est pas
coupée du monde réel, une rubrique « Questions à… » propose une interview
d’un acteur du monde professionnel. Enfin, une rubrique « Focus » permet de
faire le point, de manière synthétique, sur un concept fondamental.
Comment est organisé ce manuel ? Comment utiliser ce manuel ?
Cet ouvrage a pour objectif de fournir au lecteur l’ensemble des connaissances
en macroéconomie qu’un étudiant doit acquérir lorsqu’il prépare une licence en
économie-gestion (ce que l’on appelle le premier cycle, i.e. Bac+3). Cet ouvrage
a donc pour ambition de préparer parfaitement l’étudiant à intégrer le deuxième
cycle (master). L’ouvrage s’organise en trois parties. La première partie corres-
pond à la 1re année de licence et présente une introduction à la macroéconomie.
La deuxième partie, correspondant à la 2e année de licence, analyse l’économie
dans le court terme, et étudie les fluctuations économiques. La troisième partie
correspond à la 3e année de licence et analyse l’économie dans le long terme, i.e.
elle présente les origines et les théories de la croissance économique.
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13
Microéconomie
Partie 1
Introduction
à la
macroéconomie
Q
u’est-ce que la macroéconomie ? En quoi nous est-elle utile ? Quelles sont
les grandeurs macroéconomiques ? Quelle est la différence entre la microéconomie
et la macroéconomie ? Pourquoi les macroéconomistes ont-ils recours à des modèles ?
La macroéconomie est la branche de l’économie qui a pour objet l’analyse de la production
et de l’activité, au niveau global. L’objectif de cette première partie est de présenter le cadre
de référence et les concepts fondamentaux macroéconomiques qui vont permettre d’aborder
l’ensemble des questions auxquelles la macroéconomie s’intéresse.
14
Chapitre 1 La macroéconomie :
définition et concepts fondamentaux.................. 16
Chapitre 1
Q
u’est-ce que le PIB ? Qu’est-ce qu’une Comment évaluer les contributions de la consom-
récession ? Qu’est-ce qu’un taux de mation et de l’investissement à la croissance ?
croissance ? Pourquoi le chômage La macroéconomie permet de répondre à
augmente-t-il lors des récessions ? Comment toutes ces questions. Plus précisément, la macroé-
mesurer le pouvoir d’achat des ménages ? conomie va définir tous ces concepts pour en
comprendre les causes et les conséquences.
16
La macroéconomie :
définition et concepts
fondamentaux
Plan
1 Qu’est-ce que la macroéconomie ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2 Les outils de la macroéconomie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3 La mesure de la richesse : le produit intérieur brut (PIB) . . . . . . . . 24
4 Le chômage : définition et concepts associés . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
5 Pouvoir d’achat, indice des prix et inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Objectifs
Définir ce qu’est la macroéconomie.
Maîtriser l’objet et la méthodologie de la macroéconomie.
Distinguer microéconomie et macroéconomie.
Définir et mesurer les principales grandeurs de la macroéconomie.
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Macroéconomie
1 Qu’est-ce que
la macroéconomie ?
Comment diminuer le chômage ? Que devraient faire les pouvoirs publics
pour relancer la croissance ? Sommes-nous en récession ? Comment en sortir ?
L’inflation est-elle un problème ? La banque centrale doit-elle remonter son
taux d’intérêt directeur ?, etc.
La macroéconomie s’efforce de répondre à ces questions (et à bien d’autres).
Pour cela, elle fait appel à un grand nombre d’outils (définitions, données sta-
tistiques, modèles, etc.).
Définition
La macroéconomie est une branche de la science économique (comme l’est
également, par exemple, la microéconomie) qui étudie les caractéristiques
globales d’une économie. Elle repose ainsi sur une approche globale de
l’économie. Elle ne se préoccupe pas des détails concernant les individus,
comme les choix en matière de consommation et de production des agents
économiques, mais étudie l’ensemble de l’économie. La macroéconomie
raisonne donc à partir de quantités agrégées dans lesquelles les individus
sont regroupés en catégories homogènes. Elle étudie par exemple l’évolution
de la consommation globale (donc agrégée) des ménages. Ainsi, l’objectif
de la macroéconomie est de définir puis d’analyser les problèmes globaux,
tels que le chômage, l’inflation ou bien encore la croissance économique.
18
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
À l’inverse, des anticipations optimistes pour le futur peuvent inciter les ménages à
réduire leur épargne donc à accroître leurs dépenses de consommation. Cela stimule
la croissance et entraîne une augmentation des embauches de la part des entreprises,
ce qui provoque une accélération de la croissance. Dans ce cas, un tel comportement
contribue à l’amélioration de la situation de tous les individus.
À travers l’exemple ci-dessus, nous voyons que les résultats de l’effet combiné
des décisions individuelles peuvent différer de ce qu’attendaient les individus.
Ils peuvent même produire l’effet inverse à celui désiré. C’est un résultat
fondamental de la macroéconomie ! Ainsi, le fonctionnement de l’économie,
d’un point de vue macroéconomique, dépasse la somme des comportements
individuels. Pour résumer, et en citant Aristote, « le tout est plus que la somme
des parties ».
19
Macroéconomie
2. 1 La modélisation
Pour expliquer un phénomène, l’économiste peut avoir recours à la modélisation,
c’est-à-dire à l’élaboration d’un modèle économique. En effet, il est impossible
et même inutile, pour un économiste, de représenter la réalité économique dans
ses moindres détails. Ce dernier va alors chercher à adopter une représentation
simplifiée (et non simpliste) de la réalité au travers d’un modèle économique
permettant de mettre en évidence et d’expliquer les liens entre les différentes
variables étudiées.
Un modèle est avant tout une série d’hypothèses relatives aux principaux
déterminants du comportement d’une variable et permettant d’expliquer et de
prévoir celle-ci.
Un modèle peut prendre une forme littéraire ou, ce qui est le plus souvent le cas,
être traduit en une formalisation mathématique. Comme le montre la figure 1.1,
un modèle fait intervenir deux types de variables : exogènes et endogènes. Les
variables endogènes sont les variables que l’on cherche à expliquer en termes
économiques. Il s’agit de la variable expliquée (ou à expliquer). Les variables
exogènes sont les autres variables, celles que l’on ne cherche pas à expliquer,
mais que l’on prend comme acquises, « données », afin d’expliquer les variables
endogènes. Ainsi, la variable exogène est la variable explicative de la variable
endogène. Autrement dit, la variable exogène est la variable utilisée pour
expliquer la variable endogène. L’objet du modèle est précisément d’établir des
relations de causalité entre les variables exogènes et les variables endogènes, i.e.
de montrer comment les variables exogènes affectent les variables endogènes.
20
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
Variable(s) exogène(s)
Variable(s) endogène(s)
Figure 1.1
Le modèle
21
Macroéconomie
Comment rendre compte de l’influence de l’évolution du revenu des ménages sur leur
consommation ? Pour répondre à cette question, l’économiste va devoir analyser la relation
entre la variable Y et la variable C sous l’hypothèse que les autres variables, P et u, restent
inchangées. Il cherche donc à isoler l’effet d’une variable exogène sur la variable endogène.
Pour cela, l’économiste va poser l’hypothèse « toutes choses égales par ailleurs », ceteris
paribus en latin. Cette hypothèse est incontournable à partir du moment où un phé-
nomène, dans notre cas la consommation, est expliqué par plusieurs variables. Cette
hypothèse va permettre d’analyser, tour à tour, l’influence de chacune des variables
exogènes sur la variable endogène. Dès lors, en posant cette hypothèse, l’économiste va
pouvoir étudier comment la variable « revenu » (Y) agit sur la variable « consommation »
(C), les autres variables, « prix » (P) et « taux de chômage » (u), restant constantes.
Cette hypothèse toutes choses égales par ailleurs est bien plus importante qu’elle n’y
paraît car elle repose sur la séparation des différentes causes d’un phénomène. En effet,
ne pas faire cette hypothèse ne permettrait pas d’isoler une variable par rapport aux autres
pour expliquer un même phénomène. Si, dans les sciences physiques ou chimiques, le test
scientifique est relativement « aisé » à réaliser, il n’en va pas de même dans les sciences
économiques en général et dans la macroéconomie en particulier.
Le test, en macroéconomie, s’effectue « grandeur nature » ; le laboratoire correspond au
monde réel ! Par ailleurs, le système que l’on étudie, la société, l’économie nationale, est
extrêmement complexe et possède plusieurs dizaines de milliers de variables. Il est donc très
difficile d’isoler une seule variable par rapport aux autres et d’être certain que le résultat
que l’on croit avoir dégagé n’est pas dû au fait qu’une autre variable soit subrepticement
venue perturber l’observation.
Dès lors, l’hypothèse ceteris paribus va permettre d’isoler les variables les unes par rapport
aux autres afin de déterminer leur influence respective sur le phénomène étudié. Bien
entendu, si l’hypothèse ceteris paribus peut apparaître simple, elle doit être utilisée avec
précaution et à bon escient afin qu’elle garde tout son sens et qu’elle ne devienne pas une
échappatoire ni même une hypothèse simpliste donc vide de sens.
22
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
tiques soit par ses convictions théoriques. Cette démarche ne peut donc éviter les
jugements de valeurs. Dans le cadre de l’analyse normative, l’économiste adopte
le rôle d’un conseiller du prince et examine quels sont les outils de politiques
économiques qu’il doit mobiliser pour atteindre les objectifs souhaités. À titre
d’exemple, un conseiller économique d’un ministre peut dire : « pour résorber
le chômage, il faut adopter telle ou telle mesure ». Il s’agit alors de propositions :
si l’on change ceci, il arrivera cela.
23
Macroéconomie
Par exemple, on peut s’interroger sur les effets d’une réduction des dépenses
publiques. En revanche, et c’est là que l’économie normative intervient, la
recommandation de diminuer ces dépenses publiques repose sur un jugement
de valeur : cette réduction remet-elle en cause le rôle de l’État ? Va-t-elle nuire
à la croissance économique ? Permettra-t-elle une réduction de la fiscalité ? Etc.
On pourrait ainsi multiplier les questions (donc les recommandations) qui sous-
tendent les effets de cette réduction. L’analyse qui découle de ces recomman-
dations dépend des priorités et des préférences du décideur (i.e. celui qui prend
la décision de diminuer les dépenses publiques).
Si les économistes parviennent à la même conclusion positive, ils
divergent cependant de par leurs appartenances idéologique (une
Ce rôle d’expert soulève un
certain nombre de questions école de pensée), politique, pragmatique, etc., sur les conclusions
qui touche simultanément normatives. La plupart des économistes ont des jugements de valeurs.
à l’intégrité, l’ouverture Il faut cependant distinguer l’économiste qui livre un plaidoyer (« ce
intellectuelle et l’aptitude au que la société devrait faire pour atteindre tel ou tel objectif ») et
débat (voir, par exemple, Bénassy- qui repose, par définition, sur des choix normatifs et celui qui a un
Quéré et al., 2017, pour une rôle d’expert1 dans l’évaluation d’une politique économique, et qui
discussion sur ce sujet).
doit donc, en tant qu’expert, livrer une analyse positive.
3 La mesure de la richesse :
le produit intérieur brut (PIB)
Comment mesurer la performance macroéconomique d’un pays ? Pour répondre
à cette question, les économistes et les institutions (OCDE, FMI, banques
centrales, etc.) considèrent le produit intérieur brut (PIB) comme le meilleur
indicateur de performance.
Selon la comptabilité nationale, le PIB peut se calculer selon trois approches
(optiques) : l’approche (l’optique) de la production, l’approche (l’optique) de
la demande et l’approche (l’optique) des revenus. Ces optiques ou approches
permettent d’analyser la production globale sous différents angles. Ainsi,
l’approche de la production renseigne sur l’origine de la création de richesse
(i.e. les secteurs qui ont produit). L’approche de la demande indique comment
la production a été dépensée (i.e. répartie entre la consommation, l’investis-
sement, etc.). Enfin, l’approche des revenus indique comment la production
globale s’est répartie entre les agents économiques sous forme de revenus
24
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
1. Optique de la production
Le PIB correspond à la somme des valeurs ajoutées générées dans l’économie pour
une période donnée.
2. Optique de la demande
Le PIB est la valeur (en euros, en dollars, etc.) des biens et services « finaux » produits
dans l’économie pour une période donnée.
Tableau 1.1
3. Optique des revenus Le calcul du PIB
Le PIB est la somme des revenus des facteurs issus de l’activité et distribués dans l’éco- selon les trois
nomie pour une période donnée. optiques
3. 1 Définition et mesure
Le produit intérieur brut (PIB) mesure la production globale d’une économie,
c’est-à-dire l’ensemble des richesses créées. Il est calculé pour une zone géogra-
phique donnée (le plus souvent un pays, mais aussi une région, ou un groupe
de pays) et pour une période de temps précise (généralement l’année ou le tri-
mestre). Le PIB ne doit pas être confondu avec le produit national brut (PNB).
Le PIB mesure ainsi la richesse créée au cours d’une période de temps par
l’ensemble des producteurs résidents dans le pays étudié, quelle que soit la natio-
nalité des producteurs. Le PNB mesure, quant à lui, la richesse créée au cours
d’une période de temps par les producteurs nationaux, quel que soit l’endroit
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où ils résident.
Si cela n’avait pas été le cas,
Ainsi, la production d’un producteur français qui réside en Italie
nous aurions alors fait émerger
est comptabilisée dans le PIB de l’Italie et non dans celui de la
une troisième industrie dans notre
France. En revanche, sa production est intégrée dans le PNB de économie : l’industrie minière,
la France et non dans celui de l’Italie. chargée de l’extraction du
minerai de fer. Notons au passage
Supposons qu’il existe deux industries dans l’économie : une
que l’industrie minière aurait alors
industrie métallurgique (qui produit de l’acier) et une industrie
fourni ce minerai à l’industrie
automobile (qui produit des véhicules). métallurgique dans l’optique
L’industrie métallurgique produit et vend pour une valeur de de la production de l’acier. Ce cas
de figure est proposé dans
1 000 millions d’euros d’acier pour l’industrie automobile. Afin
l’exercice 1 de ce chapitre.
de simplifier notre exemple, nous supposerons que l’industrie
25
Macroéconomie
26
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
27
Macroéconomie
28
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
le PIB nominal correspond à la somme des quantités des biens finaux produits
multipliés par leur prix courant. L’augmentation du PIB nominal de 46,8 Mds€
en 1960 à 2 353,1 Mds€ en 2018 résulte de deux éléments :
■ l’augmentation des quantités produites de biens finaux ;
■ l’augmentation des prix des biens finaux.
Ces deux explications peuvent également se combiner. Il faut donc, pour réelle-
ment mesurer l’évolution de la production, isoler l’augmentation des prix. C’est
pourquoi nous raisonnons à partir du PIB réel qui correspond à la somme des
quantités des biens finaux produits multipliées par un prix constant, c’est-à-dire
par un prix qui correspond à une année de base (de référence). Ainsi, lorsque
le PIB réel de la France passe de 464,3 Mds€ en 1960 à 2 285,9 Mds€ en 2018
(en retenant l’année 2014 comme année de base), nous sommes assurés que
29
Macroéconomie
l’effet des prix a été éliminé et que, par conséquent, la production de biens (les
quantités produites) a été multipliée par 4,9 entre ces deux dates.
2 500
2 000
1 500
1 000
500
▶ Figure 1.2
Évolution 0
des PIB réel 1960 1966 1972 1978 1984 1990 1996 2002 2008 2014
et nominal
PIB réel PIB nominal
de la France
Source : Insee (base 2014).
depuis 1960
Note : pour l’année de base, 2014, le PIB nominal et le PIB réel sont égaux.
(en Mds€)
Par construction, les deux PIB sont égaux en 2014 puisqu’il s’agit actuellement
de l’année de référence pour l’Insee.
Compte tenu de ces définitions, le PIB nominal mesure le PIB aux prix de l’année
en cours, c’est-à-dire aux prix qui prévalent lorsque les biens et les services sont
produits. Le PIB nominal sera également appelé PIB en valeur ou PIB en euros
courants. Cette mesure du PIB tient compte de l’évolution des prix des biens
finaux, c’est-à-dire l’inflation.
Le PIB réel, également appelé PIB en volume ou PIB en euros constants, est
mesuré aux prix d’une année dite de référence (ou de base). Ainsi, tout accrois-
sement du PIB réel correspond uniquement à une augmentation des quantités
produites (il s’agit alors d’une progression en volume).
Pour l’année 2018, le taux de croissance du PIB se calcule de la manière suivante :
PIB2018
−1 (1)
PIB2017
Ainsi, le taux de croissance du PIB nominal a été de + 2,5 % tandis que celui
du PIB réel a été de + 1,7 %. D’une manière générale, le taux de croissance du
PIB pour l’année t fait référence au taux de croissance du PIB entre les dates
t – 1 et t. Si nous notons Y le PIB, son taux de croissance vaut :
30
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
Yt − Yt −1 Yt (2)
Y × 100 ⇔ Y − 1 × 100
t −1 t −1
Les périodes où le taux de croissance est positif sont appelées Au sens technique, la récession
des périodes d’expansion tandis que les périodes où le taux de correspond à une situation
croissance est négatif sont appelées des périodes de récession. où le taux de croissance du PIB
est négatif pendant au moins
Comme nous l’avons montré précédemment, il existe une diffé-
deux trimestres consécutifs.
rence entre PIB nominal et PIB réel. Cette différence mesure
l’évolution des prix. Le déflateur du PIB est un instrument de mesure du niveau
des prix. Il se définit comme le ratio entre le PIB nominal et le PIB réel :
PIB nominal (3)
Déflateur =
PIB réel
Si nous notons le déflateur P, le PIB nominal Yn et le PIB réel Yr, nous pouvons
réécrire la relation (3) de la manière suivante :
Yn (4)
P= ⇔ Yn = P × Yr
Yr
De cette relation, nous pouvons dire que le PIB nominal est égal au PIB réel
multiplié par le déflateur du PIB.
Le taux d’accroissement du déflateur du PIB, c’est-à-dire le taux de variation
du déflateur du PIB, est approximativement égal à :
Taux de variation du déflateur du PIB =
Taux de croissance du PIB nominal – Taux de croissance du PIB réel (5)
Si nous appelons g le taux de croissance du PIB réel, y le taux de croissance du
PIB nominal et π le taux d’inflation (variation du déflateur du PIB), le taux de
croissance du PIB nominal est :
y = (1 + g) × (1 + π) –1 = g + π + g π (6)
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3. 3 La construction du PIB
3.3.1 Une économie avec un bien unique
Supposons, dans un premier temps, que l’économie ne produise qu’un seul type
de bien : des ordinateurs par exemple. Pour simplifier, nous supposerons qu’il
n’y a qu’un seul type de variété d’ordinateurs (nous ne faisons pas de différence
entre les portables, les tablettes, etc.).
31
Macroéconomie
1 50 000 100
▶ Tableau 1.6 2 55 000 120
Une économie avec
3 58 000 150
un bien final
Construisons à présent les PIB nominal et réel. Pour cela, il faut multiplier les
quantités d’ordinateurs (que nous noterons Qo) par le prix des ordinateurs (que
nous noterons Po). Nous adopterons les notations suivantes : Qo,t et Po,t désigneront,
respectivement, la quantité d’ordinateurs et le prix des ordinateurs pour l’année t.
L’année t correspondra, tour à tour, à l’année 1 puis l’année 2 et enfin l’année 3.
Le PIB nominal est égal à :
■ Qo,1 × Po,1 = 50 000 × 100 = 5 000 000, pour l’année 1 ;
■ Qo,2 × Po,2 = 55 000 × 120 = 6 600 000, pour l’année 2 ;
■ Qo,3 × Po,3 = 58 000 × 150 = 8 700 000, pour l’année 3.
Le PIB nominal passe donc de 5 000 000 en année 1 à 6 600 000 en année 2 puis
8 700 000 en année 3. Ceci représente, respectivement, des taux de croissance de
+ 32,0 % entre l’année 1 et l’année 2 et de + 31,8 % entre l’année 2 et l’année 3.
Pour la construction du PIB réel, nous choisissons l’année 1 comme année de référence
(de base). Dès lors, le PIB réel se calcule en multipliant les quantités des années 1,
2 et 3 par le prix de l’année de référence, ici l’année 1. Ainsi, le PIB réel est égal à :
■ Qo,1 × Po,1 = 50 000 × 100 = 5 000 000, pour l’année 1. Nous remarquons que
le PIB réel est égal au PIB nominal ;
■ Qo,2 × Po,1 = 55 000 × 100 = 5 500 000, pour l’année 2 ;
■ Qo,3 × Po,1 = 58 000 × 100 = 5 800 000, pour l’année 3.
Le PIB réel passe donc de 5 000 000 en année 1 à 5 500 000 en année 2 puis
5 800 000 en année 3. Ceci représente, respectivement, des taux de croissance
de + 10,0 % entre l’année 1 et l’année 2 et de + 5,5 % entre l’année 2 et l’année 3.
Le tableau 1.7 résume nos calculs.
32
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
33
Macroéconomie
Année 1 Année 2
▶ Tableau 1.9 Quantité Prix Quantité Prix
Une économie Ordinateurs 50 000 100 55 000 120
avec deux biens
Pommes 10 000 5 20 000 9
finaux
34
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
■ pour l’année 2 :
PIB réel = Pp,2 × Qp,2 + Po,2 × Qo,2 = (55 000 × 120) + (20 000 × 9) = 6 780 000.
Avec ce changement d’année de base, le taux de croissance du PIB réel est
désormais de + 11,3 % et non plus de + 10,9 %.
Dans le cas où l’économie ne produisait qu’un seul type de bien final, le chan-
gement de l’année de base n’affectait pas le taux de croissance. Ici, en présence
de deux biens finaux, le taux de croissance se modifie avec le changement de
l’année de base. Du coup, quelle année de base choisir ? Pourquoi choisir une
année de base plutôt qu’une autre ?
En France, l’Insee détermine une année de base pour mettre en place la comp-
tabilité nationale. Les comptes nationaux changent régulièrement de base : 1956,
1959, 1962, 1971, 1980, 1995, 2000, 2005, 2010 et 2014 (depuis mai 2018). Nous
l’avons vu dans l’exemple ci-dessus, changer de base implique un nouveau calcul
des niveaux et des taux de croissance des variables et notamment le PIB. Par
conséquent, l’histoire du PIB français était réécrite à chaque changement de base.
Pour pallier cette difficulté, l’Insee a mis en place la technique des prix chaînés.
Dans ce cas, l’année de base correspond à l’année précédente (et non une année
fixe). Avec ce mode de calcul, la pondération de chaque composante du PIB est
réestimée chaque année. Le chaînage permet donc de prendre en compte la
déformation de structure de l’économie (les prix relatifs, le poids des différents
produits, etc.) ce qui permet de ne pas réécrire l’histoire économique du pays à
chaque changement de base.
3. 4 La décomposition du PIB
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35
Macroéconomie
En Mds€ En % du PIB
PIB (Y) 2 353,1
Consommation (C) 1 268,5 53,9
Investissement (I) 537,9 22,9
Dépenses publiques (G) 550,9 23,4
Exportations nettes (NX) − 18,3 − 0,8
▶ Tableau 1.10 Exportations (X) 737,4 31,3
La décomposition
Importations (M) 755,6 32,1
du PIB nominal
Investissement en stock (IS) 13,3 0,6
français en 2018
Source : Insee (base 2014).
36
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
37
Macroéconomie
2017 2018
PIB 2 247,2 2 285,9
Consommation 1 222,7 1 233,7
FBCF 509,6 523,8
Dépenses publiques 539,0 543,3
▶ Tableau 1.11 Variation de stocks 19,6 13,6
Le PIB et ses Balance commerciale/Solde extérieur − 45,1 − 29,7
composantes 705,4 729,9
Exportations
(en volume,
Importations 750,4 759,6
Mds€)
Source : Insee (base 2014).
Pour l’année 2018, la croissance du PIB réel a été de + 1,7 %. Quelles furent les
contributions de ses composantes ? Il s’agit du produit entre le poids de cette
composante dans le PIB en 2017 et le taux de croissance [entre 2017 et 2018] de
cette composante. Intéressons-nous, par exemple, à la consommation (notée C).
La contribution de la consommation se calcule comme :
C2017 C2018
× − 1 × 100 (10)
PIB2017 2017
C
38
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
5,0 %
3,9 %
2,4 %
4,0 % 0,8 % 1,1 %
2,8 % 2,4 % 0,6%
3,0 % 2,0 % 2,3 %
1,7 % 1,9 % 2,2 % 1,1 % 1,7 %
2,0 % 1,1 %
0,3 % 1,0 %
1,0 % 0,3 %
0,0 %
– 1,0 %
– 2,0 %
– 2,9 %
– 3,0 %
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– 4,0 %
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2011
39
Macroéconomie
40
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
Ce tableau nous permet de « justifier » l’utilisation du PIB réel par habitant pour
(i) mesurer la richesse moyenne produite par un pays au cours d’une année et (ii)
réaliser des comparaisons internationales. Alors que le PIB réel des États-Unis
représente plus du double de celui du Japon (2,65 fois pour être exact), le PIB
réel par habitant des États-Unis est quasiment égal à celui du Japon. Le PIB de
la France est presque 4 fois moins élevé que celui de la Chine mais le PIB réel
par habitant de la France est 5 fois plus fort que celui de la Chine.
Cependant, le PIB réel par tête est une mesure du niveau de vie moyen de
chaque habitant. Cela suppose que la richesse globale créée a été répartie de
manière égalitaire entre tous les habitants du pays. Or, nous le savons, au sein
d’un pays, la répartition de la richesse ne se fait pas de manière égalitaire
(cf. chapitre 11).
Répétons-le, le PIB réel par tête (ou PIB réel par habitant) est une mesure du
niveau de vie moyen, i.e. une mesure de la production moyenne par habitant. Cet
indicateur indique le niveau de richesse moyen par habitant si la répartition de
cette richesse était égalitaire. Il permet une comparaison au niveau international
des performances moyennes des pays de l’économie mondiale.
4 Le chômage : définition
et concepts associés
4. 1 Définition
Selon l’Insee, « un chômeur est une personne qui n’a pas d’emploi et qui en
recherche un ». La définition des chômeurs est extrêmement sensible aux critères
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
retenus. La définition sur laquelle reposent le plus souvent les études statistiques
est celle du Bureau international du travail (BIT) car cela permet, notamment,
d’effectuer des comparaisons internationales. Dès lors, un chômeur est une
personne en âge de travailler, c’est-à-dire qui a 15 ans ou plus et qui doit remplir
simultanément trois conditions :
■ être sans emploi, c’est-à-dire ne pas avoir travaillé, même pas une heure,
durant une semaine de référence ;
■ être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours ;
■ avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé
un qui commence dans moins de trois mois.
Les personnes ayant un emploi et celles sans emploi mais en recherchant un font
par conséquent partie de la population active. Les personnes sans travail qui
41
Macroéconomie
n’effectuent aucune démarche de recherche d’un emploi, ainsi que les retraités,
sont « exclus » de la population active.
Le taux de chômage correspond au ratio entre le nombre de chômeurs et la
population active totale. Soit :
nombre de chômeurs (13)
Taux de chômage = × 100
population active totale
La population active totale regroupe ainsi le nombre de chômeurs, i.e. les per-
sonnes sans emploi mais qui en recherchent un et le nombre de personnes ayant
un emploi. Dès lors :
population active = (nombre de chômeurs) +
(nombre de personnes employées) (14)
Compte tenu des définitions précédentes, nous voyons que le taux de chômage
évolue en fonction du nombre de chômeurs mais aussi de l’évolution de la popu-
lation active totale. Dès lors, nous devons associer au taux de chômage une autre
statistique qui correspond au taux de participation (que l’on peut également
appeler taux d’activité). Ce dernier se mesure de la manière suivante :
population active (15)
Taux de participation = × 100
population en âge de travailler
42
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
Taux de chômage
Royaume- États-
Années France Allemagne Italie Espagne Pays-Bas Belgique Canada Japon OCDE
Uni Unis
2014 10,3 5,0 12,6 24,4 3,6 8,5 6,2 6,2 6,9 3,6 7,4
2015 10,4 4,6 11,9 22,1 3,4 8,5 5,4 5,3 6,9 3,4 6,8
2016 10,1 4,2 11,7 19,6 3,1 7,9 4,9 4,9 7,0 3,1 6,3
2017 9,4 3,8 11,3 17,2 2,8 7,1 4,4 4,4 6,3 2,8 5,8
2018 9,1 3,4 10,6 15,3 2,4 6,0 4,1 3,9 5,8 2,4 5,3
Taux d’activité
Royaume- États-
Années France Allemagne Italie Espagne Pays-Bas Belgique Canada Japon OCDE
Uni Unis
2014 71,4 77,7 63,9 75,3 79,0 67,7 77,2 72,7 77,8 75,5 71,1
2015 71,5 77,6 64,0 75,5 79,6 67,6 77,6 72,6 78,0 76,0 71,3
2016 71,7 77,9 64,9 75,4 79,7 67,6 77,7 73,0 78,1 76,9 71,7
2017 71,8 78,2 65,4 75,1 79,7 68,0 78,2 73,3 78,5 77,5 72,1
2018 72,3 78,7 65,6 74,9 80,3 68,6 78,3 73,6 78,4 78,9 72,4
Source : OCDE.
cette production.
D’un point de vue social, le chômage entraîne de nombreuses souffrances, y
compris morales et émotionnelles, puisque les personnes concernées ont un
revenu faible. Des revenus plus faibles entraînent des privations (réduction des
sorties en famille par exemple) et des séquelles physiques et psychologiques.
Un individu trop longtemps au chômage peut se sentir rejeté par la société et, à
terme, remettre en cause sa « valeur » personnelle.
Notons enfin que tout individu, quels que soient son âge, son niveau de qualifi-
cation, son sexe, etc., peut, hélas, se retrouver au chômage. Toutefois, au vu des
statistiques proposées, certains individus sont plus exposés au risque du chômage
(les personnes avec peu ou pas de qualification, les personnes approchant l’âge
de la retraite, etc.).
43
Macroéconomie
4. 2 La loi d’Okun
Les figures 1.4 à 1.7 présentent la relation entre la croissance du PIB et le taux
de chômage pour certains pays de l’OCDE entre 1981 et 2018 (r indique le
coefficient de corrélation entre ces deux variables).
Définition
Le coefficient de corrélation r est un indicateur du lien entre deux variables.
Par définition, il est compris entre –1 et 1. Plus r est proche de 1, plus les
variables sont fortement corrélées de façon positive (elles évoluent dans le
même sens) et, à l’inverse, plus r est proche de –1, plus les variables sont
fortement corrélées négativement (elles évoluent en sens contraire).
2,0 2,0
1,0
1,0
0,5
0,5
– 4,0 – 3,0 – 2,0 – 1,0 0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0
– 0,5
– 2,0 – 1,0
Taux de croissance du PIB réel (en %) Taux de croissance du PIB réel (en %)
44
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
2,5 2,5
2,0
r = – 0,79 2,0 r = − 0,79
1,0 1,5
0,5
1,0
– 2,0 – 1,0 0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0 0,5
– 0,5
– 1,0
– 5,0 – 4,0 – 3,0 – 2,0 – 1,0 0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0
– 1,5
– 0,5
– 2,0
– 2,5 – 1,0
Taux de croissance du PIB réel (en %) Taux de croissance du PIB réel (en %)
5 Pouvoir d’achat,
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1 À l’aide des figures 1.4 à 1.7, le taux de croissance nécessaire à stabiliser le taux de chômage est
de 2,2 % en France, 2,3 % en zone euro, 2,8 % aux États-Unis et 2,8 % dans les pays de l’OCDE.
45
Macroéconomie
Le niveau général des prix sert à mesurer l’évolution de l’ensemble des prix
dans l’économie. Cette mesure repose sur la construction d’un indice (global
ou agrégé) des prix qui intègre l’ensemble des prix de l’économie.
46
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
À partir de notre exemple, nous pouvons donc calculer deux IPC : celui de l’année
t (noté IPCt) et celui de l’année t + 1 (noté IPCt + 1). En effectuant ce calcul, nous
obtenons les résultats suivants :
Prix du panier de biens de l 'année t 6, 20
IPCt = '
× 100 = × 100 = 100
Prix du panier de biens de l année t 6, 20
Prix du panier de biens de l 'année t + 1 9, 80
IPCt +1 = '
× 100 = × 100 = 158,10
Prix du panier de biens de l année t 6, 20
Nous notons que pour l’année de base, l’IPC est égal à 100. Que signifie ce résultat,
pour l’année t + 1, de 158,10 ? L’IPC de l’année t + 1 nous indique combien coûte,
en t + 1, le panier de biens par rapport à l’année t, i.e. l’achat en t + 1 de 2 litres
de lait, 3 kilogrammes d’oranges et 2 baguettes de pain, par rapport au coût de
ce même achat en t. Ici, l’indice des prix est passé de 100 pour l’année t à 158,10
pour l’année t + 1. L’augmentation a ainsi été de +58,10. Le prix du panier de
biens a donc augmenté.
Bien évidemment, le nombre de biens et services dans l’économie ne se limite
pas à trois comme dans notre exemple. Il en existe plusieurs dizaines de milliers.
Aussi, les indices de prix construits par exemple par l’Insee en France reposent
sur un panier de biens regroupant un ensemble représentatif de biens et services
destinés à la consommation.
5. 2 Le taux d’inflation
Grâce aux indices de prix calculés précédemment, on peut mesurer l’inflation.
5.2.1 Définition
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L’inflation décrit une hausse générale et continue du niveau général des prix.
Les termes « générale » et « continue » sont fondamentaux pour décrire un
phénomène inflationniste. Ainsi, dans une économie où il y aurait n biens, on
ne peut pas considérer qu’il y a de l’inflation si le prix d’un seul de ces biens
augmente, les prix des n − 1 autres biens restant constants ou si les prix des n
biens augmentent à la période t mais restent constants aux périodes suivantes
(en t + 1, t + 2, etc.).
Le taux d’inflation, calculé à partir de l’IPC, mesure ainsi le taux de croissance
du niveau général des prix entre deux dates :
IPCt +1
Taux d'inflation = − 1 × 100 (17)
IPC t
47
Macroéconomie
Si nous notons π t le taux d’inflation à la date t, que vaut l’inflation dans le cadre
de notre exemple ? Réponse :
IPCt +1 158,10
πt = − 1 × 100 = − 1 × 100 = 58,10%
IPCt 100
Le taux d’inflation est de 58,10 %. Les prix entre les dates t et t + 1 ont donc
progressé de + 58,10 %. Est-ce que le choix de l’année de base influence notre
résultat ? Ce n’est pas une question si anodine que cela. En effet, supposons que
ce soit désormais l’année t + 1 et non l’année t qui soit choisie comme année de
base. Le changement de base entraîne les modifications suivantes :
Prix du panier de biens de l 'année t 6, 20
IPCt = × 100 = × 100 = 63, 27
Prix du panier de biens de l 'année t + 1 9, 80
P rix du panier de biens de l 'année t + 1 9, 80
I PCt+1 = × 100 = × 100 = 100
P rix du panier de biens de l année t + 1
'
9, 80
Nous voyons que les indices de prix ont changé (ce qui est normal puisque l’année
de base a été modifiée) mais le taux d’inflation reste identique.
L’inflation ne doit pas être confondue avec trois autres notions relatives à l’évo-
lution des prix : la désinflation, la déflation et l’hyperinflation.
La désinflation correspond à un ralentissement de l’inflation. Le meilleur
exemple est celui des pays européens qui, dans les années 1980 et surtout 1990,
ont vu leur taux d’inflation diminuer afin de respecter les critères du Traité de
Maastricht pour pouvoir adopter l’euro dès 1999.
La déflation décrit une baisse générale et continue du niveau général des prix.
Le taux d’inflation devient donc négatif. La croissance économique est alors
menacée. Cas emblématique de ce phénomène, le Japon a connu, depuis le début
des années 1990, une déflation récurrente.
Enfin, l’hyperinflation décrit une situation où le taux d’inflation mensuel dépasse
50 % pendant au moins un an. C’est l’économiste américain Phillip Cagan qui,
dans les années 1950, a donné une définition de l’hyperinflation.
48
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
des objectifs, de la plupart des banques centrales des pays développés. Ensuite
l’inflation engendre des déséquilibres au niveau des revenus des agents :
■ la répartition des revenus est affectée par l’inflation : les personnes dont les
revenus ne sont pas indexés sur l’inflation (par exemple les personnes retraitées
dans certains pays), perdent du pouvoir d’achat par rapport à d’autres catégories ;
■ la distribution des revenus est également affectée : si les tranches d’imposition
fiscale ne sont pas indexées sur l’inflation, les ménages vont payer de plus en
plus d’impôts au fur et à mesure que leur revenu nominal augmente alors
que leur revenu réel aura, quant à lui, diminué ;
■ la charge (les intérêts) réelle d’une dette (c’est-à-dire les intérêts nominaux
diminués de l’inflation) a tendance à diminuer. Dès lors, l’inflation est béné-
fique aux emprunteurs et néfaste pour les créditeurs. Le phénomène inverse
se produit en cas de déflation.
Malgré les déséquilibres que peut engendrer l’inflation, il faut toutefois souligner que
celle-ci est généralement « préférée » à la déflation qui semble plus difficile à endiguer.
5. 3 La mesure de l’inflation
Mesurer l’inflation suppose la définition du niveau des prix. Quelle définition
des prix adopter ? La définition la plus usuelle du niveau des prix repose sur
l’indice des prix à la consommation que nous venons d’étudier à travers un
exemple très simple.
Mesurer l’inflation à partir de l’indice des prix à la consommation ne tient compte
cependant que des biens qui sont consommés. En utilisant l’indice des prix à la
production, que l’on appelle également le déflateur du PIB, comme définition des
prix, nous tenons compte dans ce cas des prix de l’ensemble des biens produits
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
par l’économie. Même si, dans la pratique, c’est davantage l’indice des prix à la
consommation qui sert, le plus souvent, de définition des prix afin de mesurer
l’inflation, l’étude du déflateur du PIB n’est pas inintéressante.
Compte tenu des développements précédents, nous savons qu’une augmentation
du PIB nominal, alors que le PIB réel reste constant, est due à l’augmentation
des prix. Cette distinction entre PIB nominal et PIB réel justifie ainsi la notion
de déflateur du PIB. Lorsque l’on « déflate » le PIB, on retire l’effet des prix sur
l’évolution du PIB, ce qui permet de ne prendre en considération que la hausse
des quantités. En reprenant les notations précédemment adoptées, le déflateur
du PIB à la date t, noté Pt se définit comme le ratio entre le PIB nominal à la
date t (Yt,n) et le PIB réel à la date t (Yt,r) :
Yt , n (18)
Pt =
Yt , r
49
Macroéconomie
Nous voyons que pour l’année de base, le PIB nominal et le PIB réel sont égaux,
le déflateur est donc égal à 1 pour cette année-là.
Ce n’est pas le niveau du déflateur qui intéresse les macroéconomistes mais sa
variation entre deux dates. C’est donc le taux d’accroissement du déflateur qui
va définir le taux d’inflation [mesuré à partir du déflateur du PIB]. Dès lors, le
taux d’inflation, noté πt, qui mesure le taux de croissance des prix au cours du
temps se définit comme :
P
π t = t − 1 × 100 (19)
Pt −1
Tout comme l’IPC, le déflateur du PIB est égal à 100 à la période choisie comme
période de base. La figure 1.8 présente l’évolution du taux d’inflation selon les
deux définitions développées ci-dessus.
16,0
14,0
r = 0,96
12,0
10,0
8,0
6,0
4,0
2,0
▶ Figure 1.8
Les taux 0,0
d’inflation selon 1960 1966 1972 1978 1984 1990 1996 2002 2008 2014
le déflateur du PIB
Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation
et l’IPC en France
Source : Insee (base 2014).
(en %)
On constate que les deux séries sont assez proches. D’ailleurs le coefficient de
corrélation entre les deux taux d’inflation est de 0,96 sur la période étudiée.
Nous remarquons toutefois que des écarts significatifs peuvent apparaître,
mais que ces deux mesures donnent, d’une manière générale, la même idée de
l’orientation générale des prix.
50
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
51
Macroéconomie
52
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
ÉVALUATION
b. le rapport entre le nombre de chômeurs et la popu-
Questions lation totale
c. le rapport entre le nombre de chômeurs et la popu-
de réflexion lation active
Exercices
Corrigés en ligne
QCM Exercice 1
Corrigés p. 462 Nous reprenons l’exemple de la section 3.1, dans
lequel l’économie est constituée de deux industries :
1 Le PIB réel mesure l’industrie métallurgique et l’industrie automobile.
a. l’accroissement simultané des prix et des quantités Imaginons que l’économie soit à présent constituée
produites de trois industries : l’industrie métallurgique, l’indus-
b. l’accroissement des quantités produites à prix trie automobile et l’industrie minière. Cette dernière
constants fournit à l’industrie métallurgique le minerai de fer
c. l’accroissement des prix à quantités données dans l’optique de la production de l’acier, nécessaire à
la production des automobiles. Le tableau ci-dessous
2
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Combien d’optiques existe-t-il pour mesurer le présente les caractéristiques de l’économie en question.
PIB ?
a. 1 Industrie Industrie Industrie
b. 2 minière métallurgique automobile
c. 3 Production* 500 1 000 2 000
Consommations 0 500 1 000
3 La loi d’Okun traduit une relation
intermédiaires
a. croissante entre l’inflation et la croissance du PIB
b. décroissante entre le taux de chômage et la crois- Salaires 100 100 400
sance du PIB Intérêts versés 0 30 10
c. décroissante entre l’inflation et le taux de chômage
Coûts totaux
4 Le taux de chômage se calcule comme Profit
a. le rapport entre la population active et la popu- * la production correspond également aux ventes
lation totale effectuées par chacune de ces industries.
53
Macroéconomie
54
Chapitre 1 La macroéconomie : définition et concepts fondamentaux
Objectif de la BCE
2
0
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
–1
IPCH IPCH hors énergie et produits alimentaires IPCH à fiscalité constante
Source : Banque centrale européenne.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
55
Microéconomie
Chapitre 2
Q
u’est-ce que la comptabilité nationale ? contraire, au cœur de cette dernière. La comp-
Quel est l’intérêt du circuit économique ? tabilité nationale est une représentation globale,
Qu’est-ce qu’un secteur institutionnel ? détaillée et chiffrée de l’économie, qui permet
Quelles informations nous apportent les tableaux de définir les différents agents économiques,
de synthèse (TEE, TES, TOF) ? leurs ressources et les emplois qu’ils en font,
ainsi que les échanges qu’ils effectuent entre
Si étudier la comptabilité nationale peut
eux. L’ensemble de ces échanges est étudié à
paraître éloigné de la macroéconomie et des
l’aide du circuit économique.
questions qu’elle soulève, elle est, bien au
56
Le circuit économique
et ses composantes
Plan
1 Le circuit économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2 Les équilibres ressources-emplois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
3 Les tableaux de synthèse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Objectifs
Définir le circuit économique.
Définir les secteurs institutionnels.
Définir et construire l’équilibre ressources-emplois.
Distinguer les variables de flux et de stock.
Distinguer un flux monétaire et un flux réel.
Comprendre les tableaux de synthèse de la comptabilité nationale.
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57
Macroéconomie
1 Le circuit économique
« La comptabilité nationale ne présente pas l’économie nationale comme un
ensemble de marchés, mais comme un circuit » (Piriou, 2008). Le circuit écono-
mique est une représentation simplifiée de l’activité économique qui permet de
décrire, au moyen de flux, les relations entre les différents agents économiques.
58
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Demande de biens
et services Offre de travail
Ménages
Figure 2.1
Entreprises Le circuit
Offre de biens et services Demande de travail
économique
(Production)
Flux réels (ou physiques) simplifié avec
des flux réels
FOCUS
Les flux et les stocks
La distinction entre les flux (variable de flux) et les stocks (variable de stock) est fondamentale,
notamment en comptabilité nationale. En comptabilité nationale, les variables sont mesurées au cours
d’une période de temps (un mois, un trimestre, une année) ou à une date donnée (le 31 décembre). La
distinction flux/stock tient à cette différence de mesure.
Ainsi, une variable de flux est une grandeur économique mesurée au cours d’une période de temps
donnée. Par exemple, le PIB, qui mesure la richesse créée au cours d’une année, est une variable de
flux. Nous pouvons également citer l’inflation comme variable de flux.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Une variable de stock est une grandeur économique mesurée à un moment donné. Par exemple, le
taux de chômage est une variable de stock.
Les variables de flux contribuent à la formation des variables de stock. Ainsi, la dette publique, qui
est une variable de stock, correspond à l’accumulation des déficits publics qui est une variable de flux.
Pour mieux illustrer cette distinction entre les flux et les stocks, nous pouvons également penser à
l’exemple de la baignoire donné par Mankiw (2010). Cet exemple permet non seulement de distinguer les
flux des stocks mais aussi de montrer que flux et stocks sont souvent liés. L’eau qui coule du robinet est
un flux [d’eau !], alors que l’accumulation de cette eau (de ce flux) dans la baignoire est un stock [d’eau !].
Sans monnaie, les transactions entre les ménages et les entreprises reposeraient
uniquement sur des quantités physiques : des heures de travail contre des biens
et des services. Les échanges seraient alors très complexes puisqu’ils nécessi-
teraient l’établissement des prix relatifs, i.e. exprimer le prix de chaque bien
59
Macroéconomie
1 Très exactement, les ménages vendent leur offre de travail car ils obtiennent en contrepartie
une rémunération (i.e. un salaire).
60
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Demande de biens
et services Offre de travail
Ménages
Dépenses Revenus (du travail)
Figure 2.2
Recettes des ventes Salaires Le circuit
Entreprises économique
Offre de biens et services Demande de travail simplifié avec
(Production)
Flux réels (ou physiques)
des flux réels
Flux monétaires
et des flux
monétaires
travaillées) et le taux de salaire horaire (le prix d’une heure de travail), nous
obtenons une valeur monétaire qui a une double nature. Elle correspond à la
valeur (monétaire) :
■ des salaires versés par les entreprises ;
■ des revenus salariaux reçus par les ménages (notés Y dans les deux cas).
De plus, si nous multiplions la quantité (totale) de biens et de services par leur
prix unitaire, nous obtenons une valeur monétaire qui a, elle aussi, une double
nature. Elle correspond à la valeur (monétaire) :
■ des dépenses de consommation des ménages (notées C) ;
■ des ventes, i.e. des recettes, des entreprises. Ce montant constitue donc la
production totale des entreprises (notée Y).
61
Macroéconomie
Dès lors, compte tenu des hypothèses retenues et des notations adoptées, nous
voyons que le revenu global de l’économie, correspondant à la totalité des salaires
versés (notée Y), est égal à :
■ la production globale : Y ;
■ la consommation : C. La consommation est ici l’unique composante de la
demande globale (notée D). Ainsi : D = C.
Dès lors, nous voyons que :
Y = D (1)
Soit :
Y = C (2)
Cette égalité assure l’équilibre du circuit économique, i.e. l’équilibre entre la
production globale et la demande globale. Il s’agit ici d’un équilibre comptable.
Ce dernier assure que la valeur des flux monétaires entrants soit égale à la
valeur des flux monétaires sortants. Comme nous le verrons dans les prochains
développements, l’équilibre comptable est toujours vérifié quelle que soit la
complexité du circuit économique étudié.
Nous voyons également que l’analyse du circuit économique peut se faire selon
deux optiques :
■ l’optique de la production qui s’appuie sur les flux réels : la production globale
est égale à la valeur des facteurs de production, i.e. à l’offre de facteurs (ici
le seul travail) ;
■ l’optique du revenu qui s’appuie sur les flux monétaires : le revenu est égal
aux dépenses de consommation.
Au niveau des marchés, distinguons l’équilibre sur le marché des biens et ser-
vices de celui sur le marché du travail. Sur le marché des biens et services, les
dépenses de consommation des ménages (qui constituent la valeur monétaire de
la demande) sont égales aux recettes des entreprises (qui constituent la valeur
monétaire de l’offre). Sur le marché du travail, les revenus salariaux reçus par les
ménages (qui constituent la rémunération monétaire de l’offre de travail) sont
égaux aux salaires versés par les entreprises (qui constituent le coût monétaire
de la quantité de travail demandée, i.e. de leur demande de travail). Nous voyons
ainsi, sur ces deux marchés, que l’équilibre comptable est assuré.
62
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Par définition, l’épargne (que l’on note S) est la part du revenu qui n’est pas
consommée. Dès lors, nous pouvons écrire que :
S = Y − C (3)
Nous voyons donc que le revenu des ménages se partage désormais entre consom-
mation et épargne, soit :
Y = C + S (4)
Que font les ménages avec cette épargne ? Quelle forme l’épargne peut-elle
prendre ? Les ménages peuvent placer leur épargne :
■ auprès des sociétés financières (les banques par exemple) sous forme de livrets
rémunérés (livret A, livret de développement durable et solidaire, etc.). Les
sociétés financières utilisent alors une partie de ces dépôts pour accorder
des prêts aux entreprises dans le but d’investir ;
■ auprès des marchés financiers en achetant des titres financiers (actions, obli-
gations, etc.) émis par les entreprises. Ces dernières utilisent ainsi l’épargne
récoltée pour investir.
La figure 2.3 présente le circuit économique simplifié en tenant compte désormais
de ces deux nouveautés : l’épargne des ménages et l’investissement des entreprises.
FOCUS
L’investissement des entreprises :
concepts fondamentaux
Au sens de la comptabilité nationale, l’investissement correspond à la formation brute de capital fixe
(FBCF). La FBCF « est constituée par les acquisitions moins les cessions d’actifs fixes réalisées par
les producteurs résidents. Les actifs fixes sont les actifs corporels ou incorporels issus de processus de
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
production et utilisés de façon répétée ou continue dans d’autres processus de production pendant au
moins un an » (Insee). L’investissement correspond donc à la formation d’un capital. Il s’agit de l’achat
d’un bien, par un secteur institutionnel, au cours d’une période donnée, pour produire ultérieurement
d’autres biens. L’investissement ne doit pas être confondu avec les consommations intermédiaires.
Pourquoi ? Les biens achetés dans le cadre de l’investissement sont des biens durables. Investir cor-
respond donc à l’achat d’un bien [durable] dont l’utilisation peut se faire sur plusieurs périodes. Les
consommations intermédiaires sont utilisées au sein d’une même période. Les consommations inter-
médiaires ne peuvent pas être réutilisées, contrairement aux biens durables. L’investissement peut être :
• privé (fait par les ménages, les SNF) ou public (effectué par les APU) ;
• matériel (achat d’un équipement, d’une machine, d’un terrain, etc.) ou immatériel (dépenses effec-
tuées dans l’innovation, la recherche et développement, etc.). Dans le cas immatériel, l’investissement
concerne les services. Il correspond à une dépense susceptible d’apporter des retombées dans le futur.
Par exemple, investir dans les innovations médicales permettra de mieux détecter et de soigner cer-
taines maladies (cardiaque, neurologique, etc.).
63
Macroéconomie
Si tous les secteurs institutionnels peuvent investir (y compris les ménages sous la forme, uniquement,
de l’achat d’un bien immobilier), ce sont, essentiellement, les entreprises qui investissent, comme le
montre la figure ci-dessous.
600,0
500,0
400,0
300,0
200,0
100,0
0,0
1949 1954 1959 1964 1969 1974 1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014
SNF SF APU Ménages ISBLSM FBCF
▲ Figure 2.3
Évolution de la FBCF totale et par secteur institutionnel (en Mds€)
Épargne
▶ Figure 2.4
Le circuit
économique Entreprises
Recettes des ventes Salaires
simplifié
avec des flux Flux monétaires
monétaires
64
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Or :
D = C + I (10)
Ainsi :
Y = C + I (11)
Y − C = I (12)
Soit :
I = S (13)
1 Bien entendu, les entreprises peuvent financer leurs investissements avec leur propre épargne.
Nous parlons alors d’autofinancement (cf. 3.1.3). Nous n’avons pas illustré ce cas de figure dans le
circuit économique présenté.
65
Macroéconomie
FOCUS
Définition des secteurs institutionnels
L’économie est constituée de millions d’agents écono-
Il est possible que le terme
miques. Comme il n’est pas possible de les analyser indi-
secteur institutionnel soit,
viduellement, la comptabilité nationale définit des secteurs
parfois au cours de cet ouvrage,
institutionnels visant à les regrouper. Un secteur institu-
remplacé par le terme agent tionnel va donc être une entité (unité) économique visant
économique. Bien entendu, à regrouper, selon la nature de leurs activités et leur fonc-
ces deux termes sont identiques. tion principale, des agents ayant des comportements écono-
miques identiques.
S11, S12, S13, S14 et S15 Le système européen de comptabilité (SEC) en date de 2010,
sont les codes des secteurs distingue au total 6 secteurs institutionnels :
institutionnels établis par le SEC • les sociétés non-financières (SNF ou S11) : la principale
2010. fonction des SNF est la production de biens et services non
financiers marchands ;
Les quasi-sociétés sont • les sociétés financières (SF ou S12) : les sociétés finan-
des sociétés non constituées cières sont les sociétés et quasi-sociétés dont l’objectif est de
en personne morale mais qui fournir des services d’intermédiation financière. Ces inter-
sont gérées comme une société médiaires sont principalement des banques et des sociétés
(établissement d’un bilan, etc.). d’assurances ;
• les administrations publiques (APU ou S13) : les APU
regroupent les administrations publiques centrales (État et
Organismes divers
ODAC), les administrations publiques locales (communes,
d’administration centrale : Haute
départements, régions) et les administrations de Sécurité
autorité de santé, Fonds national sociale (régimes d’assurance, etc.). Leur fonction principale
d’aide au logement, Collège est de produire des services non marchands ou d’effectuer des
de France, diverses agences opérations de répartition du revenu ou du patrimoine ;
de régulation (Commissariat • les ménages (S14) : les ménages désignent l’ensemble des
à l’énergie atomique, Autorité occupants d’un même logement sans que ces personnes soient
des marchés financiers, etc.), etc. nécessairement unies par un lien familial (exemple de la coha-
bitation). Ils ont pour fonction principale de consommer ;
66
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
67
Macroéconomie
Définition
On peut regrouper sous le terme de capital physique l’ensemble des infrastruc-
tures et des équipements matériels.
Contrairement au capital physique (ou matériel) qui ne concerne que les
biens, le capital immatériel concerne, lui, les services.
■ les entreprises disposant d’un stock de capital, sont amenées à le renouveler car
ce dernier, au cours du temps, se déprécie. Dès lors, les entreprises achètent
des biens (durables – de capital) afin de renouveler leurs stocks de capital.
Ces achats correspondent à l’investissement (la FBCF au sens
Même s’il est conditionné
de la comptabilité nationale) ;
par l’obtention d’un bénéfice
(différence entre les recettes ■ les entreprises versent des salaires (aux travailleurs) ainsi que
et les coûts pour l’entreprise), des revenus financiers – sous différentes formes (dividendes,
le versement d’un dividende intérêts, etc.) – aux agents économiques auprès desquels ils ont
n’est pas automatique et empruntés. Les entreprises reçoivent également des revenus
relève d’une décision prise financiers pour les titres financiers acquis (i.e. les fonds qu’ils
par les actionnaires lors
ont prêtés aux différents agents économiques) ;
de l’assemblée générale
de l’entreprise. D’autre part, ■ les administrations publiques prélèvent des impôts, des
l’entreprise peut, pour diverses taxes, des cotisations et reversent les montants collectés
raisons, décider d’utiliser ses sous différentes formes de transferts publics aux agents éco-
bénéfices pour financer ses nomiques : subventions aux entreprises, allocations familiales
propres investissements (on parle aux ménages, etc. Les APU procèdent également à des achats
alors d’autofinancement).
de biens et services sous forme de dépenses publiques ;
68
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Ménages (S14)
CM wSNF L SM
TRAPU
M
TM
RFAPU
M
CISNF FEAPU
wSNF L
TSNF
Q
SNF (S11) FESNF
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
I FPSNF
RFRdM
M
RFAPU
RdM
RFSNF
RdM
FERdM FPRdM
M Figure 2.5
RdM (S2)
X le circuit
économique
Note de lecture : lorsqu’un flux concerne plusieurs agents, l’indice indique le secteur institutionnel
M étendu avec
qui verse et l’exposant celui qui reçoit. Exemple : TRAPU correspond aux transferts payés (versés)
des flux
par les APU aux (et reçus par les) ménages.
monétaires
69
Macroéconomie
70
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
■ du remboursement des fonds que les ménages ont prêtés et qui arrivent à
échéance ;
■ des différentes rentes via les loyers et autres revenus immobiliers. Nous
négligeons ce point pour le moment.
Si les ménages prêtent des fonds, ils en empruntent également. Cependant, au
niveau global des ménages, les fonds prêtés sont supérieurs aux fonds empruntés.
Ainsi, nous ne faisons apparaître que l’épargne nette qui est un emploi (puisque
correspondant à des fonds prêtables).
Enfin, les ménages reçoivent des revenus de transferts de la part des APU sous
différentes formes : allocations familiales, indemnités de chômage, pension de
retraite, etc. Ces revenus de transferts ne transitent donc par aucun marché. Ils
constituent des transferts monétaires purs.
Les ménages ont pour fonction principale de consommer (CM). Mais avant de
consommer, les ménages doivent s’acquitter des différents impôts (sur le revenu
par exemple), taxes (la TVA par exemple) et cotisations (risque de maladie par
exemple) prélevés par les APU.
Ainsi, pour consommer, les ménages doivent donc déduire l’ensemble des
prélèvements obligatoires des ressources qu’ils détiennent. Cette différence
s’appelle le revenu disponible (que nous notons Yd). Le revenu disponible
est donc la part des ressources (i.e. la totalité des revenus) dont les ménages
disposent pour consommer, une fois l’ensemble des prélèvements obligatoires
acquitté aux APU.
71
Macroéconomie
FOCUS
les prélèvements obligatoires
À quoi correspondent les prélèvements obligatoires ? Dans le langage courant, il n’est pas rare que des
erreurs ou des approximations soient effectuées. Les prélèvement obligatoires (PO) sont tantôt assimilés
aux impôts, tantôt aux recettes publiques, etc. Même si elle en constitue la majeure partie, la somme de
l’ensemble des recettes publiques ne constitue pas ce que l’on appelle les prélèvements obligatoires. Les
PO recouvrent l’ensemble des impôts et des cotisations prélevés par les APU. À titre de comparaison,
en 2017, le montant total des prélèvements obligatoires était de 1 058,1 Mds€ (soit 45,0 % du PIB) alors
que les recettes publiques étaient de 1 259,1 Mds€ (soit 53,5 % du PIB). Le taux de prélèvements obliga-
toires correspond au rapport entre les prélèvements obligatoires et le PIB. Ce taux est censé mesurer le
coût des APU sur l’activité économique. Il serait un indice de pression fiscale représentant le poids des
charges pesant sur l’activité économique. Le taux des prélèvements obligatoires n’a cessé d’augmenter
depuis 1960 et reste, depuis le début des années 1980, à un niveau supérieur à 40 % en France.
600,0
45,0
40,0
35,0
30,0
25,0
20,0
15,0
10,0
5,0
0,0
1959 1964 1969 1974 1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014
72
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Y d = wSNF L + GAPU
M
+ RFSNF
M
+ RFAPU
M
+ RFRdM
M
+ TRAPU
M
− TM (14)
wSNF L + G M
AP U + RFSNF + RFA PU + RFR dM + TRA PU = CM + TM + SM
M M M M
(15)
(notée Q dans le circuit économique), i.e. l’ensemble des recettes issues des
ventes de biens et services produits par les entreprises. Ces ventes intègrent les
ventes de biens et services aux autres entreprises (sous forme de consommations
intermédiaires et d’achats de biens de capital – l’investissement), aux ménages
(biens de consommation), aux APU (consommations intermédiaires et inves-
tissement) et au reste du monde (les exportations).
Comme pour les ménages, les entreprises disposent également de revenus finan-
ciers qui sont constitués par l’émission de titres financiers (actions, obligations)
qui vont, notamment, servir à financer leurs investissements. Ces émissions de
titres financiers correspondent à la demande de fonds prêtables (par les entre-
prises) sur les marchés financiers. Ces titres sont détenus par les autres secteurs
institutionnels. Les entreprises ont également comme ressources l’ensemble des
73
Macroéconomie
revenus financiers issus des titres financiers qu’elles détiennent (actions d’autres
entreprises, obligations, etc.).
Enfin, les entreprises perçoivent des revenus de transferts de la part des APU
sous différentes formes : subventions, crédits d’impôts, etc.
FOCUS
Production marchande et production non marchande
La production marchande est la production vendue (ou destinée à être vendue) à un prix économique-
ment significatif sur le marché. Du point de vue de la comptabilité nationale, un prix est jugé économi-
quement significatif lorsque le produit de la vente recouvre plus de 50 % des coûts de production. La
production marchande provient, essentiellement, des entreprises. La production non marchande est la
production offerte gratuitement (ou à un prix économiquement non significatif). Ce sont les APU qui
fournissent la production non marchande sous forme (uniquement) de services non marchands (police,
défense, éducation, santé, etc.) qui peuvent être consommés collectivement mais aussi individuellement.
74
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
nationale, des variations de stocks. Ces variations peuvent être, d’une année
à l’autre, tantôt positives, tantôt négatives.
Enfin, les entreprises paient des impôts, des taxes et des cotisations aux APU.
ce besoin de financement par l’émission de titres financiers, qui sont des titres
d’État (appelés également titres de créances négociables). Dans ce cas, les APU
empruntent, sur les marchés financiers, les ressources manquantes auprès des
autres agents économiques. Ces emprunts constituent, pour les APU, une dette.
Ainsi, toute émission de titres alimente le stock de titres de la dette publique.
Chaque année, les APU doivent donc faire face au paiement des intérêts sur la
dette publique (ce que l’on appelle la charge de la dette) et au remboursement
des emprunts arrivés à échéance.
75
Macroéconomie
FOCUS
Charge de la dette, service de la dette et solde public
Le solde public concerne la différence entre les recettes publiques et les dépenses publiques ; il
concerne donc les APU, i.e. l’ensemble des administrations publiques. Alors que le solde budgé-
taire concerne uniquement l’État puisqu’il est égal à la différence entre les recettes budgétaires et
les dépenses budgétaires, i.e. les recettes et les dépenses de l’État. Le solde public englobe donc par
définition le solde budgétaire.
On distingue, au sein du solde public, le solde structurel et le solde conjoncturel. Autrement dit, le
solde public peut se décomposer en une composante structurelle et une composante conjoncturelle.
Solde public = solde structurel + solde conjoncturel
Le solde structurel est le solde public que l’on corrige de l’impact du cycle conjoncturel sur les dépenses
et les recettes publiques. Le solde structurel (appelé également solde corrigé du cycle conjoncturel)
permet ainsi d’éliminer l’impact de la conjoncture (du cycle) sur le solde public. Ceci permet de mieux
rendre compte de l’orientation des finances publiques. Pour reprendre la définition adoptée par la
Commission européenne et l’OCDE, le solde conjoncturel correspond à « l’impact mécanique des
fluctuations de l’activité sur le solde public ».
Nous devons également distinguer la charge de la dette du service de la dette. La charge de la dette
correspond au montant des intérêts de la dette que doivent verser chaque année les APU alors que
le service de la dette correspond aux intérêts de la dette ainsi qu’au principal (le montant du capital
emprunté qui doit être remboursé chaque année) dont les APU doivent s’acquitter. En définissant la
charge de la dette, nous pouvons spécifier la notion de solde primaire. En effet, les dépenses publiques
intègrent les intérêts de la dette, i.e. la charge de la dette. Cette charge de la dette pouvant fluctuer
selon un certain nombre de paramètres (le taux d’intérêt par exemple), il n’est donc pas inutile de
connaître le solde des APU avant le paiement des intérêts de la dette. C’est pourquoi, nous appelons
solde primaire le solde public duquel on retranche la charge des intérêts de la dette. Il s’agit donc du
solde avant le paiement de la charge de la dette. Le solde primaire est un solde très intéressant car il
est révélateur de la situation budgétaire « réelle » d’un pays, i.e. la situation où l’on ne tient pas encore
compte de la dette du pays. Dès lors :
Solde public = solde primaire – intérêts de la dette
Comme, la plupart du temps, les APU dépensent plus qu’elles ne prélèvent, nous
ne représentons dans notre circuit économique étendu qu’un seul flux allant
des APU vers les marchés financiers (noté FEAPU). Il s’agit donc des emprunts
effectués par les APU qui comprennent, par définition, les emprunts de l’État.
Les titres d’emprunts émis par l’État sont appelés des bons du Trésor.
76
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
équipements militaires en passant par les services rendus par les fonctionnaires
et les acquisitions de biens immobiliers. Ainsi, au sein de la dépense publique,
il faut distinguer la dépense publique liée à l’investissement, i.e. à la formation
brute de capital fixe (achats de biens de capital et immobiliers) et la dépense
publique liée à la consommation qui regroupe les traitements des fonctionnaires
et les achats de consommation intermédiaire.
Enfin, les APU procèdent à des opérations de répartition du revenu et de la
richesse à travers des transferts. Ainsi, les APU versent des revenus de transferts
aux ménages (pensions de retraite, allocations-chômage, etc.) et des subventions
et autres transferts aux entreprises (privées et publiques).
77
Macroéconomie
(19)
+ TRAPU
M
+ TRAPU
SNF
À partir de l’équation (19), nous pouvons faire apparaître le déficit public, i.e. le
besoin de financement des APU. En effet, l’équation (19) peut se réécrire comme :
FE APU = GAPU
M
+ GAPU + CI APU + RFAPU
M
+ RFAPU
RdM
+ TRAPU
M
+ TRAPU
SNF
!########### #"############ $
Total des dépenses
(20)
− (TM + TSNF )
!#"#$
Total des recettes
78
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Les emplois du reste du monde correspondent ainsi aux – les ventes des biens et services au reste
du monde – correspondent aux importations
flux monétaires entrants, c’est-à-dire à l’ensemble des
du reste du monde – les achats des biens
ventes des biens et services par les entreprises domes- et services auprès de l’économie domestique.
tiques aux agents non-résidents. Ces ventes des biens À l’inverse les importations du pays
et services correspondent, du point de vue des agents domestique – les achats des biens et services
résidents, aux exportations du pays domestique. auprès du reste du monde – correspondent
aux exportations du reste du monde –
Le reste du monde a également des emplois correspon- les ventes des biens et services du reste
dant aux transactions financières. Ainsi, sur les marchés du monde au pays domestique. Dès lors,
financiers, le reste du monde prête des fonds aux agents les exportations (importations) d’un pays
résidents et rémunèrent (paient) les agents résidents qui vis-à-vis d’un autre pays correspondent ainsi
détiennent des actifs financiers étrangers. aux importations (exportations) de ce dernier.
79
Macroéconomie
M + FERdM + RFAPU
RdM
+ RFSNF
RdM
= X + FPRdM + RFRdM
M (21)
80
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
81
Macroéconomie
Le montant total des fonds prêtés (FP) – qui correspondent aux achats de titres
financiers – est égal au montant total des fonds empruntés (FE) – qui corres-
pondent aux ventes de titres financiers.
82
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Écrit ainsi, l’ERE est un équilibre dit en quantités physiques (en volume). Si
cet équilibre est vérifié en volume, il doit nécessairement l’être en valeur, i.e.
en quantités monétaires. Le passage d’un ERE en volume à un ERE en valeur
se fait via les indices de prix appropriés.
La notion de prix est extrêmement importante dans la valorisation des ressources
et des emplois dans l’ERE. Établir l’ERE serait très simple si les ressources et
les emplois pouvaient être valorisés avec un étalon de mesure commun. Or, ce
n’est pas le cas. L’enregistrement des ressources et des emplois repose sur des
conventions de valorisation qui distinguent le prix de base et le prix d’acquisition.
La production (P) est évaluée au prix de base, c’est-à-dire au prix auquel le
producteur vend son produit, diminué des impôts sur la production (TVA, etc.)
et augmenté des subventions sur les produits (bonifications d’intérêts, etc.).
L’intégralité des emplois, à l’exception des exportations, est évaluée au prix
d’acquisition, c’est-à-dire à un prix qui intègre :
■ le prix de base (vente du producteur à un intermédiaire) ;
■ le coût du transport (entre l’intermédiaire et le point de vente du produit :
la grande surface) ;
■ la marge commerciale (vente de l’intermédiaire à une grande surface ; diffé-
rence entre le prix de vente du bien reçu par l’intermédiaire et le prix d’achat
du bien acquitté par l’intermédiaire) ;
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
■ les impôts sur les produits : TVA (la grande surface met le produit dans ses
rayons à disposition des ménages).
Ce prix d’acquisition est donc le prix qu’un agent économique doit débourser
pour acquérir un bien.
Les importations, qui sont une ressource, sont évaluées CAF, i.e. coût assurance
fret. Il s’agit du prix des importations à la frontière du pays importateur (lors-
qu’elles arrivent dans le pays). Les prix CAF ne comportent pas d’éventuels droits
de douane. Les exportations, qui sont un emploi, sont évaluées FAB, i.e. franco
à bord. Il s’agit du prix des exportations lorsqu’elles sont à la frontière du pays
qui les achète. Ce prix FAB inclut par conséquent les coûts de transport. Pour
harmoniser l’enregistrement des importations et des exportations et, par exemple,
83
Macroéconomie
Nous remarquons que les marges commerciales (MCi) ainsi que les marges de
transports (MTi) ont disparu. Est-ce une erreur ? Non, bien entendu. La production
de la branche commerce est mesurée par la somme des marges commerciales.
Ce raisonnement est identique pour la branche transport.
La variable production P mesure désormais la totalité de la production de l’éco-
nomie, i.e. les productions de tous les produits auxquelles s’ajoute la production
de la branche commerce, qui correspond à la somme des marges commerciales
des i produits
∑MC , et la production de la branche transport, qui corres-
i
i
pond à la somme des marges de transports des i produits
∑MT . Ainsi,
i
∑ ∑ ∑
i
P= Pi + MCi + MTi .
i i i
1 La question de la correction CAF/FAB est ici ignorée comme le fait Piriou (2008).
84
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
85
Macroéconomie
Le TEE est le tableau le plus complet proposé par la comptabilité nationale puisqu’il
intègre l’ensemble des opérations économiques qui sont enregistrées dans la séquence
des comptes PERRUC mais aussi le tableau des opérations financières (les comptes
financiers) et les comptes de patrimoine pour chaque secteur institutionnel.
La séquence PERRUC
L’acronyme PERRUC est utilisé afin de mémoriser la séquence des comptes
en question. Cette séquence, regroupant les comptes de production (P),
d’exploitation (E), d’affectation des revenus primaires (premier R), de dis-
tribution secondaire du revenu (second R), d’utilisation du revenu (U) et
de capital (C), retrace et enregistre les ressources et les emplois de chaque
secteur institutionnel au cours d’une année.
86
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
87
Macroéconomie
88
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Exemple
Le constructeur automobile General Motors. Son activité principale est la construction
d’automobiles. Il appartient par conséquent au secteur automobile. Mais est-ce là son
unique activité ? La réponse est non puisque General Motors ne produit pas que des
automobiles, il propose, notamment, des services financiers (sous forme de crédit), etc.
Par conséquent, General Motors n’entre pas intégralement dans la branche automobile.
89
Macroéconomie
Compte de production
par branche
Tableau 4
Compte d’exploitation
▶ Figure 2.7 par branche
L’architecture Tableau 5
du TES
Afin d’illustrer cette architecture, nous nous appuyons sur le TES de la France
pour l’année 2018 (voir complément en ligne). Nous choisissons un niveau de
décomposition égal à 17, i.e. 17 groupes de branches/produits1 .
Avant de détailler ces cinq tableaux, nous pouvons effectuer plusieurs remarques :
■ les colonnes représentent les branches de l’économie et les lignes corres-
pondent aux produits. Normalement, il y autant de branches que de produits ;
■ en plus des 17 lignes correspondant aux 17 produits, deux lignes supplémen-
taires sont ajoutées : Correction territoriale et Correction CAF/FAB.
■ deux tableaux complémentaires, qui n’appartiennent pas au TES mais qui
en découlent, permettent :
– le passage de la production des branches à la production des produits ;
– le calcul du PIB selon les trois optiques possibles ;
– l’assemblage de ces 5 tableaux forme un T.
[Link] Tableau 1
1 Un niveau de décomposition égal à 38 branches est disponible sur le site de l’Insee à l’adresse
suivante : [Link] Signalons
que plus le niveau de décomposition est élevé, plus les données sont fragiles (il est alors plus difficile
d’avoir une représentation des relations interindustrielles de l’économie).
90
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
elles ne tiennent pas compte des éventuels droits de douane. Il faut donc
appliquer cette correction afin que les importations soient évaluées franco
à bord (FAB). Cette opération permet également d’harmoniser l’enregis-
trement des importations avec celui des exportations puisque ces dernières
sont évaluées FAB.
La somme de la colonne production des produits, de la colonne Totale des
importations et de la colonne Correction CAF/FAB permet d’aboutir à une
première colonne Totale des ressources. À ce stade, les ressources sont évaluées
aux prix de base.
Toutefois, le total des ressources en produits n’est, à ce stade, pas égal au total
des emplois en produits. Pour assurer une telle égalité, il va falloir intégrer
des corrections. À la première colonne Total des ressources, nous ajoutons les
marges commerciales, les marges de transport et les impôts sur les produits et
nous déduisons (d’où la présence d’un signe –) les subventions sur produits. À
l’aide de ces corrections, nous obtenons une deuxième colonne intitulée Total
des ressources. À ce stade, ces ressources sont évaluées au prix d’acquisition et
sont désormais égales au total des emplois en produits (c’est-à-dire la somme
des emplois intermédiaires et des emplois finals).
Ainsi, l’équilibre pour un produit i s’écrit :
PPRi + Mi + MCi + MTi + IPi − SPi = CIi + CFi + FBCFi + VSi + Xi (35)
Où PPRi est la production du produit i, Mi les importations du produit i, MCi et
MTi sont les marges commerciales et de transports du produit i, IPi − SPi les
impôts nets des subventions sur produits du produit i, CIi les consommations
intermédiaires du produit i, FBCFi la formation brute de capital fixe du produit
i, VSi les variations de stocks du produit i et Xi les exportations du produit i.
Cet équilibre vérifie l’égalité entre les ressources (situées à gauche) pour un
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
produit i et ses emplois (situés à droite). Ces emplois en produits regroupent les
emplois intermédiaires et les emplois finals (ils font l’objet d’une étude via les
tableaux 2 et 3).
D’un équilibre pour un produit i, nous pouvons passer à un équilibre agrégé,
c’est-à-dire tenant compte de l’ensemble des produits de l’économie. Il suffit
pour cela de sommer les différents produits. Procédons par étapes.
Les ressources totales, notées ∑ R , qui dans le tableau 1 correspondent à l’in-
tersection de la dernière ligne avec la dernière colonne, s’écrivent :
∑ R = ∑ P + ∑ M + ∑ ( IP − SP ) (36)
91
Macroéconomie
∑R = ∑E
⇔ ∑ P + ∑ M + ∑ ( IP − SP ) = ∑CI + ∑CF + ∑ FBC + ∑ X (38)
Nous savons que la valeur ajoutée (au prix de base) est la différence entre la
production et les consommations intermédiaires ∑ VA = ∑ P − ∑CI . Dès
lors, l’équation (38) s’écrit :
[Link] Tableau 2
Le tableau des entrées intermédiaires est le cœur du TES puisqu’il fait apparaître
l’interdépendance entre les branches et les produits.
92
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Il s’agit d’un tableau à double entrée : en ligne les produits ; en colonne les
branches. Selon les conventions comptables, nous notons CIij la consommation
intermédiaire en produit i de la branche j.
Chaque colonne, associée à une branche j, indique les achats intermédiaires
effectués dans les différents produits i par la branche j. La dernière ligne à la fin
de chaque colonne j indique le total des achats intermédiaires de chaque branche j.
Chaque ligne, associée à un produit i, indique les ventes intermédiaires par pro-
duit i auprès des différentes branches j. La dernière colonne à la fin de chaque
ligne i indique le total des ventes intermédiaires de chaque produit i.
L’intersection d’une ligne et d’une colonne nous indique donc le montant de
consommations intermédiaires que la branche j consomme en produit i. La dia-
gonale de ce tableau (les consommations intermédiaires en produits identiques
à la branche) est appelée intraconsommation.
Une lecture en ligne indique les ventes en produits et une lecture en colonne
indique les achats des branches.
La dernière ligne du tableau contient la somme des consommations intermé-
diaires de chaque branche j, notée CIj et la dernière colonne contient la somme
des consommations intermédiaires en produit i, notée CIi. Par définition, il s’agit
de la somme des consommations intermédiaires de l’économie domestique, la
somme des CIj doit être égale à la somme des CIi.
Enfin, l’ensemble des données du tableau des emplois intermédiaires est enregistré
aux prix d’acquisition HT (hors taxes), i.e. incluant les impôts nets de subventions
sur les produits (hors TVA déductible), les marges commerciales et de transport.
[Link] Tableau 3
avec, comme son nom l’indique, les emplois finals en différents produits : la
consommation finale, la formation brute de capital, les variations de stocks et
les exportations.
La consommation finale va être ventilée selon les secteurs institutionnels qui
consomment (ménages, APU et ISBLSM). La formation brute de capital va
également faire l’objet d’une ventilation entre la formation brute de capital fixe
(là aussi ventilée suivant les secteurs institutionnels qui investissent), les objets
de valeurs et la variation de stocks.
L’ensemble des données du tableau des emplois finals est enregistré aux prix
d’acquisition TTC (y compris les marges et la TVA sur les produits).
93
Macroéconomie
[Link] Tableau 4
Le tableau 4 propose le compte de production, c’est-à-dire la production des
branches et la production des produits.
La production de la branche j (évaluée aux prix de base) est calculée comme
la somme entre les consommations intermédiaires de la branche j et la valeur
ajoutée brute (évaluée aux prix de base) de la branche j. Dès lors :
Pj = CIj + VABj (41)
Où Pj est la production de la branche j, CIj est le total des consommations inter-
médiaires de la branche j et VABj est la valeur ajoutée brute de la branche j.
La production totale des branches (appelée Production des branches) corres-
pondra alors à la somme des productions de chaque branche j :
PBR = ∑P j
j
(42)
Or, ∑TR
i
i = 0 , d’où PPR = ∑P . Sachant que P
j
j BR = ∑P , nous obtenons au final :
j
j
94
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
[Link] Tableau 5
En déduisant la rémunération des salariés et des autres impôts sur la production
nets de subventions d’exploitation, i.e. les autres impôts sur la production des-
quels on déduit les subventions d’exploitation, de la valeur ajoutée brute, nous
pouvons obtenir l’excédent brut d’exploitation de chaque branche.
Définition
Un modèle input-output est un modèle dont l’objectif est d’expliquer les liens
entre, d’une part, les consommations intermédiaires (input) et, d’autre part, la
production (output) qui résultent de l’utilisation de ces consommations inter-
médiaires.
Dès lors, le TES permet l’analyse de l’interdépendance entre les branches de l’éco-
nomie en s’appuyant sur les coefficients techniques de production qui décrivent les
techniques de production. Les coefficients techniques de production sont mesurés
comme le rapport entre la consommation intermédiaire d’un produit i par la
branche j (que l’on note xij) et la valeur de la production totale de la branche (que
l’on note Pj). Ainsi, le coefficient technique de production aij est calculé comme :
xij
aij = (46)
Pj
aij représente ainsi la quantité de production i nécessaire pour produire 1 euro
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
de produit de la branche j.
La seconde utilisation est celle relative à la prévision économique. Grâce au TES,
il va être possible de prévoir les conséquences d’un accroissement de la demande
finale sur la production étant donné l’état de l’appareil productif. L’objectif va
être de suivre, pas à pas, branche par branche et produit par produit, les canaux
de transmission entre la demande finale (qui est alors une variable exogène) et
la production (qui est une variable endogène).
La troisième utilisation concerne la simulation économique. Reposant sur une
approche par les produits, le TES permet de simuler des chocs économiques ou
des effets de politiques économiques afin d’en évaluer l’impact sur l’économie
nationale. Le TES va ainsi permettre d’étudier de tels scénarios branche par
branche, produits par produits, sur les prix et les quantités.
95
Macroéconomie
96
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
97
Macroéconomie
Pour chaque secteur institutionnel une identité comptable, que l’on dénomme
équilibre ressources-emplois, recense les ressources du secteur – l’ensemble
des salaires et recettes reçus – et les emplois du secteur – comment les
ressources sont utilisées. Par définition, cette identité est toujours vérifiée.
98
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
ÉVALUATION
QCM Exercices
Corrigés p. 462 Corrigés en ligne
99
Macroéconomie
100
Chapitre 2 Le circuit économique et ses composantes
Br
Pr
Où Br et Pr sont, respectivement, les branches et les 3. Calculez les coefficients techniques de production
produits. (deux décimales) de la branche META par rapport
aux trois produits. Quel(s) renseignement(s) nous
2. Présentez les trois approches du PIB et réalisez donne(nt) ces coefficients techniques de production ?
le calcul du PIB selon deux de ces trois approches
à partir des données du tableau. Le résultat obtenu 4. Quelle est la différence entre les consommations
est-il cohérent ? intermédiaires et la formation brute de capital fixe ?
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
101
Microéconomie
Chapitre 3
Q
u’est-ce que l’inflation ? Comment définitions, leurs mesures, leurs causes et leurs
la mesure-t-on ? Quelles en sont les conséquences. Nous étudierons plus en détail
causes ? Qu’est-ce que le chômage ? la relation entre l’inflation et le chômage lors
Comment le taux de chômage est-il calculé ? du chapitre 10. Nous verrons notamment que
Quelles sont les causes du chômage ? l’arbitrage entre un taux de chômage faible et un
Ce chapitre a pour objectif de présenter taux d’inflation peu élevé constitue un dilemme
les notions d’inflation et de chômage : leurs de politique économique.
102
L’inflation
et le chômage
Plan
1 L’inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
2 Le chômage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
Objectifs
Définir l’inflation.
Savoir construire un indice de prix.
Distinguer l’inflation de la désinflation et de la déflation.
Déterminer les causes de l’inflation.
Analyser les coûts et les bénéfices de l’inflation.
Définir le chômage.
Comprendre la dynamique des flux sur le marché du travail.
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103
Macroéconomie
1 L’inflation
Le mot « inflation » vient du latin inflatio qui signifie gonflement. L’inflation
traduit un déséquilibre économique dont nous étudierons les causes, les coûts
et les conséquences.
FOCUS
Inflation et pouvoir d’achat
Le pouvoir d’achat est un thème récurrent en économie mais aussi en politique où il est toujours bien
placé dans les programmes des candidats à une élection. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Quel est
le lien entre le pouvoir d’achat et l’inflation ?
104
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
Le pouvoir d’achat désigne la quantité de biens et services qu’un revenu permet d’acheter. Il dépend
donc du niveau des revenus et des prix. Selon l’Insee, l’évolution du pouvoir d’achat « est calculée
[pour l’ensemble des ménages] par la différence entre l’évolution du revenu des ménages et l’évo-
lution de l’indice des prix ». Ainsi plus l’inflation est élevée, plus le pouvoir d’achat des ménages se
réduit. À l’inverse, une faible inflation, voire une inflation négative, i.e. la déflation, favorise l’augmen-
tation du pouvoir d’achat des ménages.
Pour bien comprendre le lien entre inflation et pouvoir d’achat, imaginons un individu disposant d’un
revenu de 1 000 €. Ces 1 000 € représentent ce que l’on appelle une encaisse monétaire dite nomi-
nale (notons-la E). Quelle quantité de biens et services cet individu peut-il acquérir avec ces 1 000 € ?
Autrement dit, quel est le pouvoir d’achat de cette encaisse monétaire nominale ? Pour répondre à
cette question, on introduit ce que l’on appelle l’encaisse monétaire réelle. Cette dernière correspond
au pouvoir d’achat de l’encaisse monétaire nominale, i.e. le volume de biens et services qu’elle permet
d’acquérir, compte tenu du niveau général des prix. Si l’on note P le niveau général des prix, l’encaisse
monétaire réelle, i.e. le pouvoir d’achat de ces encaisses, s’écrit :
E
P
On voit déjà que toute augmentation (diminution) du niveau général des prix P, diminue (accroît) le
pouvoir d’achat des encaisses. Mais quel est l’effet de l’inflation sur le pouvoir d’achat de ces encaisses ?
Pour répondre à cela, on doit calculer le taux de croissance de l’encaisse réelle. Afin de faciliter le rai-
sonnement, on prend alors le logarithme de son expression, soit :
E
ln = ln E ln P
P
Par ailleurs, à partir de cette écriture, on sait que le taux de croissance est égal à la dérivée du loga-
rithme, soit :
E
P E P
=
E E P
P
∆P
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
105
Macroéconomie
Pt Pt Pt
= 1
100 = 1 100 (1)
Pt 1 Pt 1
20,0 %
15,0 %
10,0 %
5,0 %
0,0 %
▶ Figure 3.1
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
2018
L’inflation – 5,0 %
Belgique France Allemagne Italie Pays-Bas
dans quelques
pays de la zone
Source : OCDE.
euro
106
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
120 16,0 %
14,0 %
100
12,0 %
80
10,0 %
60 8,0 %
6,0 %
40
4,0 %
20
2,0 %
0 0,0 %
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
2018
Indice des prix à la consommation Taux d’inflation – éch. de droite
Source : OCDE.
Cette figure illustre la différence entre le niveau général des prix (échelle de gauche) et le ◀ Figure 3.2
taux d’inflation (échelle de droite). On remarque que l’indice des prix est plus élevé dans les Indice des prix
années 2000 que dans les années 1980. En revanche, l’inflation décroît depuis le début des et taux d’inflation
années 1990 et est largement plus faible de nos jours que dans les années 1970.
en France
107
Macroéconomie
5,0 %
4,0 %
3,0 %
2,0 %
1,0 %
0,0 %
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
– 1,0 %
Inflation sous-jacente Inflation
Source : Banque centrale européenne.
6,0 %
5,0 %
4,0 %
3,0 %
2,0 %
1,0 %
0,0 %
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
–1,0 %
–2,0 %
–3,0 %
Inflation Inflation sous-jacente
108
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
différent, i.e. une pondération différente, qui correspond à leur produits intégrés dans le calcul
de l’IPC.
importance dans la consommation des ménages.
1 Cette représentation repose sur l’analyse détaillée des dépenses de consommation des ménages.
109
Macroéconomie
1 Voir le chapitre 3 de Hurlin et Mignon (2018) pour une étude détaillée des indices.
110
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
■ L’indice de Laspeyres est très proche de celui de Paasche sauf que, désormais,
l’indice est construit en pondérant les prix par les volumes de consommation
i
de l’année de base (ou de référence), q0 avec notre notation.
Le premier indice permet de mieux analyser l’évolution de la dépense,
i.e. les prix et les quantités, alors que le second mesure directement La preuve : l’Insee utilise un indice
(et uniquement) l’évolution des prix. L’indice de Laspeyres est ainsi de Laspeyres pour calculer l’IPC.
mieux adapté à la mesure de l’évolution des prix.
Signalons enfin que la construction d’un indice de prix, quel que soit l’indice
retenu, pose certaines difficultés dues à l’apparition et/ou la disparition de certains
biens et/ou services. En effet, le progrès technique, l’évolution des goûts des
consommateurs, etc., provoquent la disparition et/ou l’apparition de biens et de
services. Dès lors, ces changements entraînent une déformation, une modification
du panier de biens. Si l’objectif des statisticiens est de corriger ces biais, la mesure
de l’indice des prix est toujours sujet à une certaine marge d’erreur.
Bien entendu, l’IPC ne tient pas compte de l’intégralité des biens L’évolution de tous les prix
et services pour l’ensemble des ménages. Dès lors, l’IPC, en tant n’est en effet techniquement
que construction statistique, ne rend pas nécessairement compte pas possible. À titre d’exemple,
de l’évolution des prix effectivement vécue par tel ou tel ménage. l’Insee procède au suivi de
Toutefois, il constitue un outil fiable pour rendre compte de plus de 200 000 prix dans
30 000 points de vente.
l’évolution globale des prix (à la consommation).
FOCUS
L’indice des prix à la consommation en France
et dans la zone euro
En France, l’inflation est mesurée par l’Insee grâce à la construction de l’IPC. Cet indice permet
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
d’estimer, entre deux périodes données, « la variation moyenne des prix des produits consommés par
les ménages ». L’IPC est ainsi une mesure synthétique de l’évolution des prix des biens et services
consommés par les ménages. L’IPC est basé sur un panier représentatif de consommation. Ce dernier
étant composé d’un grand nombre de produits. Chacun de ces produits est pondéré, à l’intérieur de
l’IPC, proportionnellement à son poids dans la dépense de consommation des ménages. L’IPC est
notamment utilisé pour la réévaluation des retraites, des pensions alimentaires, du taux de rémunéra-
tion du livret A, etc. Il sert également pour indexer le SMIC et l’indice de référence des loyers. Pour
cela, l’IPC fait l’objet d’une publication au Journal Officiel.
Pour mesurer l’inflation au niveau de la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) utilise un
indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). En effet, la méthodologie de calcul de l’IPC
peut diverger entre chaque institut de statistiques européen. C’est pourquoi, Eurostat – l’institut offi-
ciel de statistique de la Commission européenne – procède à une harmonisation afin que les IPC et
l’inflation des pays de la zone euro soient comparables.
111
Macroéconomie
Il existe d’autres indices de prix : à la production, à la construction, des produits agricoles, des produits
pétroliers, etc. Si leur méthode de construction est identique à celle que nous avons détaillée précé-
demment, ces indices permettent d’avoir une idée plus précise sur l’évolution des prix dans un certain
nombre de secteurs (agricole, pétrolier, immobilier, etc.) de l’économie.
112
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
14,0 %
12,0 %
10,0 %
8,0 %
6,0 %
4,0 %
2,0 %
0,0 %
Janv -1996
Juin-1996
Nov-1996
Avr-1997
Sept-1997
Févr-1998
Juil-1998
Déc-1998
Mai-1999
Oct-1999
Mars-2000
Août-2000
Janv-2001
Juin-2001
Nov-2001
Avr-2002
Sept-2002
Févr-2003
Juil-2003
Déc-2003
Mai-2004
Oct-2004
Mars-2005
Août-2005
Janv-2006
Juin-2006
Nov-2006
Avr-2007
Sept-2007
Févr-2008
Juil-2008
Déc-2008
Mai-2009
Oct-2009
Mars-2010
Août-2010
Janv-2011
Juin-2011
Nov-2011
Avr-2012
Sept-2012
Févr-2013
Juil-2013
Déc-2013
Mai-2014
Oct-2014
Mars-2015
Août-2015
Janv-2016
Juin-2016
Nov-2016
Avr-2017
Sept-2017
Févr-2018
Juil-2018
Déc-2018
– 2,0 %
– 4,0 %
Agrégat monétaire M3 Indice des prix à la consommation
Source : OCDE.
◀ Figure 3.5
(zone euro)
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Toutefois, pour les pays avec des taux d’inflation élevés, le lien semble encore
robuste comme le montre la figure 3.6 pour la Turquie.
113
Macroéconomie
140,0 %
120,0 %
100,0 %
80,0 %
60,0 %
40,0 %
20,0 %
0,0 %
Janv -1996
Juin-1996
Nov-1996
Avr-1997
Sept-1997
Févr-1998
Juil-1998
Déc-1998
Mai-1999
Oct-1999
Mars-2000
Août-2000
Janv-2001
Juin-2001
Nov-2001
Avr-2002
Sept-2002
Févr-2003
Juil-2003
Déc-2003
Mai-2004
Oct-2004
Mars-2005
Août-2005
Janv-2006
Juin-2006
Nov-2006
Avr-2007
Sept-2007
Févr-2008
Juil-2008
Déc-2008
Mai-2009
Oct-2009
Mars-2010
Août-2010
Janv-2011
Juin-2011
Nov-2011
Avr-2012
Sept-2012
Févr-2013
Juil-2013
Déc-2013
Mai-2014
Oct-2014
Mars-2015
Août-2015
Janv-2016
Juin-2016
Nov-2016
Avr-2017
Sept-2017
Févr-2018
Juil-2018
Déc-2018
Agrégat monétaire M3 Indice des prix à la consommation
▶ Figure 3.6
Source : OCDE.
(Turquie)
▲ Figures 3.5 et 3.6 Évolution du taux d’inflation
et de la croissance monétaire dans la zone euro et en Turquie
114
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
Prix (P)
OG
E1
P1
P E
DG1
DG ◀ Figure 3.7
L’offre
Y Y1 Quantités (Y) et la demande
globales
115
Macroéconomie
116
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
ces dernières les répercutent sur le prix de vente des biens et des services qui aug-
mentent à leur tour. Suite à cette augmentation des prix, le salaire réel des salariés
diminue. Afin de maintenir leur pouvoir d’achat, donc compenser la baisse du salaire
réel, les salariés demandent une hausse des salaires nominaux qui provoquent une
nouvelle hausse des coûts de production donc des prix de vente et ainsi de suite.
La spirale inflationniste peut également s’interpréter comme une boucle prix-
salaires que décrit la figure 3.8. La boucle prix-salaire est, notamment, très
redoutée par les banquiers centraux lorsque ces derniers ont la maîtrise de
l’inflation comme principal objectif.
Négociations salariales
Prix Salaires
◀ Figure 3.8
La boucle prix-
Coûts de production
salaire (spirale
inflationniste)
117
Macroéconomie
118
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
Niveau
des prix
◀ Figure 3.9
La dynamique
Temps
des prix
La déflation décrit une baisse générale et continue du niveau général des prix.
Le taux d’inflation devient donc négatif. La croissance économique est alors
menacée car :
■ les projets d’investissement sont reportés car les taux d’intérêt réels augmentent ;
■ les entreprises voient leurs marges se réduire et répercutent les baisses des
prix sur, notamment, les salaires ;
■ les entreprises peuvent, le cas échéant, procéder à des licenciements ;
■ les consommateurs reportent leurs dépenses de consommation.
Un cercle vicieux se met ainsi en place, mêlant baisse des prix et baisse de l’acti-
vité. C’est ce que l’on appelle la spirale déflationniste. Les pouvoirs publics et
les banques centrales craignent les situations de déflation car elles sont plus
119
Macroéconomie
FOCUS
L’hyperinflation allemande de 1922-1923
Le plus « célèbre » cas d’hyperinflation est celui qu’a connu l’Allemagne sous la république de Weimar
au début des années 1920. À cette époque, à la suite de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne
traversait une grave crise économique mais aussi politique. Elle a massivement fait tourner la planche
à billets pour rembourser sa dette de guerre. Le taux d’inflation est ainsi passé de 244 % en 1920 à
1 870 000 000 % en 1923. Le dollar américain qui s’échangeait 4,2 marks en 1914, est passé à 42 marks
en 1920, 422 marks en 1922, pour, au cours de l’année 1923, passer de 49 000 marks en janvier à
4 200 000 000 000 marks en novembre.
Pour l’anecdote, les billets avaient si peu de valeurs que :
• les enfants fabriquaient des avions avec ;
• les prix des repas servis aux restaurants variaient entre l’heure à laquelle la commande était prise et
l’heure à laquelle l’addition était présentée ;
• les salariés ne souhaitaient plus être payés mensuellement mais de manière bi-journalière (matin
et soir) ;
• etc.
Cet épisode hyperinflationniste fut si traumatisant que depuis, et encore actuellement, les Allemands
ont une très forte aversion vis-à-vis de l’inflation.
Nous pouvons également citer des exemples plus récents comme le Vénézuela.
120
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
2 Le chômage
Comme l’inflation, le chômage est un phénomène économique important qui
traduit des dysfonctionnements économiques et qui a des conséquences aussi
bien économiques que sociales. D’un point de vue économique, le chômage
signifie le « gaspillage » d’une ressource (humaine). Lorsque le chômage aug-
mente, cela signifie qu’une quantité importante de biens et services n’est pas
produite. Il s’agit par conséquent d’une perte puisque l’économie aurait pu être
plus riche avec cette production. D’un point de vue social, le chômage entraîne
de nombreuses souffrances, y compris morales et émotionnelles, puisque les
personnes concernées ont un revenu faible. Des revenus plus faibles entraînent
des privations (réduction des sorties en famille par exemple) et des séquelles
physiques et psychologiques. Un individu trop longtemps au chômage peut se
sentir rejeté par la société et, à terme, remettre en cause sa « valeur » personnelle.
L’analyse des causes et des conséquences du chômage repose avant tout sur sa
définition et la mesure qui en découlent. La complexité de la définition et de la
mesure fait apparaître ce que l’on appelle le halo du chômage. Si un tel phéno-
mène existe, c’est parce que les frontières entre emploi, chômage et inactivité
ne sont pas toujours aisées à établir.
population « Autres » (l’ensemble des personnes dont l’âge est inférieur à 15 ans ou
supérieur à 65 ans). Au sein de la population en âge de travailler, que nous notons
N et que l’on peut également appeler population d’âge actif, il faut distinguer la
population active (notée L) et la population inactive (notée I). La population
active regroupe deux catégories de personnes :
■ la population active occupée (notée E) : ensemble des individus ayant effec-
tivement un emploi, i.e. exerçant une activité professionnelle rémunérée ;
■ la population active inoccupée (notée U) : ensemble des individus qui n’ont
pas d’emploi mais qui en recherche un. Il s’agit des chômeurs.
La population active est donc une variable de stock qui est alimentée, de façon
continue, par les flux démographiques (taux de natalité et taux de mortalité),
121
Macroéconomie
122
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
Emploi
123
Macroéconomie
Emploi Inactivité
4
1
2 3
Chômage
▶ Figure 3.11
Le halo
Source : Freysinnet (1984).
du chômage
Par exemple :
■ la zone 1, entre emploi, chômage et inactivité, enregistre les travailleurs clan-
destins ou non déclarés de manière officielle, qui occupent objectivement un
emploi mais qui sont officiellement considérés comme au chômage ou inactif ;
■ la zone 2, entre emploi et chômage, regroupe les personnes travaillant à temps
partiel de manière involontaire ;
■ la zone 3, entre chômage et inactivité, concerne les chômeurs découragés
et sans réelle perspective de recherche active (ce que l’on peut qualifier de
« chômeurs de longue durée ») ;
■ la zone 4, entre emploi et inactivité, regroupe les personnes travaillant à
temps partiel de manière volontaire.
Par ailleurs, ces flux sont multilatéraux et non bilatéraux. Dès lors, la variation du
chômage n’est pas l’inverse de la variation de l’emploi. Le fait qu’il y existe trois
situations possibles, et non deux uniquement, entraîne la flexion du taux d’activité
(cf. définition supra). Concrètement, cela implique, par exemple, que la création
de 100 emplois ne réduit pas le nombre de chômeurs d’un nombre égal à 100
mais inférieur à 100. En effet, les créations d’emploi peuvent attirer les chômeurs
– bien sûr – mais également les personnes inactives ou bien encore les personnes
déjà employées et souhaitant changer d’emploi. De même, une destruction de
100 emplois n’augmente pas le chômage de 100 mais d’une quantité moindre car
certaines personnes peuvent décider de quitter le marché du travail (et basculer
ainsi dans l’inactivité).
Enfin, l’augmentation de l’emploi, mesurée par les créations nettes d’emploi,
résulte elle-même de la conjonction de deux flux : celui des créations d’emploi et
celui des destructions d’emploi.
124
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
1 L’intégralité des données et des figures utilisées sont disponibles dans le fichier excel relatif au
chapitre 3.
125
Macroéconomie
On peut dès lors établir une relation entre le taux de chômage (u), le taux d’ac-
tivité (a) et le taux d’emploi (e). En effet, à partir des équations (7), (9) et (10),
on voit que :
L E +U E U
a= = = +
N N N N
uL
a=e+ (11)
N
Or L = E + U, dès lors :
(E + U)
a=e+u
N
a = e + ua
Soit, au final :
e
a= (12)
1−u
Selon cette relation, si le taux d’activité (a) est constant, le taux de chômage (u)
et le taux d’emploi (e) évoluent en sens inverse. Cependant, le taux de chômage
et le taux d’emploi sont susceptibles d’augmenter simultanément, à condition
que le taux de participation progresse suffisamment.
126
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
Pour terminer notre analyse, examinons les taux de chômage, d’emploi et d’ac-
tivité pour quelques pays pour l’année 2018 (tableau 3.2).
Royaume- États-
France Allemagne* Italie Espagne Pays-Bas Belgique Canada Japon OCDE
Unis Unis
Taux
9,1 3,4 10,6 15,3 2,4 6,0 4,1 3,9 5,8 2,4 5,3
de chômage
Taux
65,4 75,9 58,5 62,4 77,2 64,5 74,7 70,7 73,8 76,9 68,4
d’emploi
Taux
72,3 78,7 65,6 74,9 80,3 68,6 78,3 73,6 78,4 78,9 72,4
d’activité
* Allemagne de l’Ouest jusqu’en 1991 ; Allemagne totale depuis 1992
18,0
16,0
Espagne
Taux de chômage (en %)
14,0
12,0
10,0 Italie
France
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
8,0
6,0 Canada
Belgique
OCDE Royaume-Uni
4,0
États-Unis Allemagne
Japon Pays-Bas
2,0
0,0
50,0 55,0 60,0 65,0 70,0 75,0 80,0 ◀ Figure 3.12
Taux de chômage
Taux d’emploi (en %)
et taux d’emploi
Par ailleurs, les pays avec un taux de chômage élevé ont un taux d’activité faible.
Cette relation décroissante semble, là aussi, démontrée par la figure 3.13 avec,
à nouveau, une dispersion faible. Dès lors, un chômage élevé ne résulte pas
nécessairement d’un taux d’activité important.
127
Macroéconomie
18,0
16,0
Espagne
128
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
plus les ménages sont incités à travailler : les ménages substituent du travail au
loisir. En effet, plus le salaire réel s’élève, plus le coût d’opportunité des loisirs
s’élève : il devient préférable de diminuer les loisirs pour travailler davantage.
Autrement dit, le gain obtenu en travaillant plus compense la perte liée à la
diminution des loisirs.
Dès lors, l’offre de travail est une fonction croissante du salaire réel comme le
montre la figure 3.14.
W (Salaire réel) Ls
P
Ls
Quantité
de travail offerte ◀ Figure 3.14
L’offre de travail
La courbe d’offre de travail est croissante : à mesure que le salaire réel s’accroît,
les agents sont prêts à travailler davantage (donc à sacrifier des loisirs). À partir
du point A, l’offre de travail devient verticale (la pente de l’offre de travail
s’accroît). En effet, le salaire réel doit d’autant plus augmenter que le volume
de travail augmente (notamment pour les gens travaillant à temps plein), que la
pénibilité du travail s’intensifie ou que la fiscalité s’alourdit.
Écrivons à présent l’offre de travail de manière analytique, compte tenu des
s
développements précédents. Si nous notons L l’offre de travail, W le salaire
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
129
Macroéconomie
W (Salaire réel)
P
Ld
Ld
Quantité
de travail demandée
▶ Figure 3.15
La demande La courbe de demande de travail est décroissante : plus le salaire réel diminue, plus il est rentable,
pour les entreprises, d’accroître la quantité de travail demandée.
de travail
130
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
w (Salaire réel)
p
LS
E
(W/P)*
Ld
◀ Figure 3.16
L* L’équilibre
L
Quantité de travail sur le marché
du travail
*
W
(L*) et un salaire réel d’équilibre .
P
Au point E, la quantité de travail offerte est strictement égale à la quantité de
travail demandée. Ainsi :
Ls = Ld (16)
Dès lors, le chômage n’existe pas. Le chômage ne peut apparaître que si l’offre
de travail est supérieure à la demande de travail, i.e. si le niveau de salaire réel
est supérieur au niveau du salaire réel d’équilibre. L’apparition du chômage est
illustrée par la figure 3.17.
131
Macroéconomie
W
P
(Salaire réel)
Ls
A B
(W / P)
(W / P)*
Ld
Ld L* Ls L
▶ Figure 3.17 Quantité de travail
L’apparition Chômage
du chômage
Le chômage apparaît car, pour le niveau de salaire réel en vigueur, W/P, l’offre
de travail est supérieure à la demande de travail. Cela signifie que des personnes
sont prêtes à travailler pour ce niveau de salaire réel mais qu’elles ne trouvent
pas d’entreprises souhaitant les embaucher pour ce niveau de salaire réel. Sur la
figure 3.17, l’apparition du chômage est caractérisée par le segment AB.
Il faut également préciser qu’il n’y a pas un mais plusieurs marchés du travail.
C’est la conséquence de l’hétérogénéité des profils de personnes (les travail-
leurs) et des postes proposés. Ainsi, il y a un marché du travail des ingénieurs,
un marché du travail des électriciens, etc. Il existe donc autant de salaire réel
d’équilibre que de segments sur le marché du travail agrégé.
132
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
postulants, les auditionner, etc.). Les entreprises possèdent ainsi des emplois vacants.
Le chômage frictionnel, également qualifié de chômage de réallocation, est
ainsi la conséquence de l’imperfection de l’information disponible et explique la
présence simultanée de chômeurs et d’emplois vacants sur le marché du travail.
La mise en relation entre les chômeurs et les emplois vacants – correspondant au
processus d’appariement – peut prendre un certain temps et dépend de l’infor-
mation disponible et de la mobilité des acteurs. Dès lors, un certain volume de
chômage frictionnel est inévitable.
133
Macroéconomie
FOCUS
La courbe de Beveridge
Le processus d’appariement peut s’étudier à l’aide de la courbe de Beveridge. Dès 1944, l’économiste
anglais William Beveridge met en évidence une relation (décroissante) entre le taux de chômage (u)
et le taux d’emplois vacants (v) comme le montre la figure ci-dessous.
Taux d’emplois
vacants (v)
v2
CB2
v1 CB1
ū
Taux de chômage (u)
Selon cette courbe, en phase de croissance économique, les chômeurs ont davantage de chances de
rencontrer un poste vacant qui leur convienne. Ainsi, le taux de chômage est faible et les emplois
vacants sont nombreux. À l’inverse, en phase de ralentissement, les entreprises créent peu ou pas
d’emplois, le nombre d’emplois vacants est faible et le chômage est élevé.
Plus la courbe de Beveridge (CB) est proche de l’origine des axes, plus le processus d’appariement est
efficace. En effet, pour un nombre de chômeurs donné (u ), le nombre d’emplois vacants est plus faible
sur la courbe CB1 (v1) que sur la courbe CB2 (v2).
5
2019
2018
2017
4 2016
2015
Taux d’emplois vacants (v)
2000
2007 2014
2001
2006 2013
3
2012
2005 2008
2011
2004
2002 2003 2010
2
2009
1
2 3 4 5 6 7 8 9
Taux de chômage (u)
134
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
le même temps, la part des services a pratiquement été multipliée par deux. Il s’agit
donc d’un changement structurel majeur qui a entraîné des pertes d’emploi et la
création de nouveaux emplois mais qui nécessitaient de nouvelles qualifications.
Autre exemple, toujours en France (mais nous pouvons l’appliquer à la plupart
des pays développés), celui des industries dites lourdes comme la sidérurgie ou la
construction navale. Ces industries, sous la pression de la concurrence étrangère,
ont réduit leur volume d’emploi ou délocalisé tout ou partie de leur production.
Ainsi, les travailleurs de ces industries se sont retrouvés au chômage et doivent,
la plupart du temps, se former à un nouveau métier.
Le chômage structurel est donc alimenté par les travailleurs qui souffrent d’une
déqualification et qui ne parviennent pas, pour diverses raisons, à acquérir de
nouvelles qualifications pour pouvoir s’adapter à l’évolution du marché du travail.
135
Macroéconomie
136
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
137
Macroéconomie
ÉVALUATION
QCM Exercices
Corrigés p. 462 Corrigés en ligne
138
Chapitre 3 L’inflation et le chômage
Calculez les indices des prix de Laspeyres et de Paasche 3. Quel est le niveau du chômage ?
pour l’année 2010 en prenant l’année 2000 comme 4. Dans le chômage total, quelle est la part de celui
année de référence (base 100 : 2000). qui est volontaire et de celui qui est involontaire ?
Supposons à présent que les travailleurs prennent
Exercice 3 leurs décisions sur la base du salaire net, que le salaire
Supposons que les revenus d’un agent économique réel soit flexible et que les impôts sur le revenu soient
aient augmenté de 10 % sur une année et que, pendant de 2 euros.
la même période, les prix à la consommation aient 5. Quel est le salaire d’équilibre payé par les firmes
augmenté de 4 %. et le salaire net reçu par les travailleurs ?
La variation du pouvoir d’achat est-elle de 6 % ? 6. Quels sont les niveaux de l’emploi et du chômage ?
Justifiez votre réponse. La demande de travail est-elle excédentaire ?
7. Quels sont les volumes de chômage volontaire et
Exercice 4 involontaire ?
Le tableau ci-dessous indique comment l’offre et la Supposons à présent que l’impôt sur le revenu soit
demande de travail varient en fonction du salaire supprimé.
réel. Supposons que le taux de salaire réel soit fixé à 8. Quel est le salaire réel d’équilibre ?
5 euros de l’heure. 9. Quels sont les niveaux de l’emploi et du chômage ?
De combien ce dernier a-t-il varié ?
10. Parmi le chômage qui demeure, quelle est la
Acceptations
Salaire réel Demande Population part de chômage volontaire et involontaire ?
d’offres
(euros/heure) de travail active
d’emploi
Exercice 5
1 130 70 101
Le tableau ci-dessous décrit, pour les années n et n+1
2 120 80 108 la situation sur le marché du travail d’une économie
3 110 90 115 fictive.
139
Microéconomie
Chapitre 4
Q
u’est-ce que la monnaie ? Quelle est son un bien public, un bien social, etc. Les objectifs
utilité ? Comment la monnaie est-elle de ce chapitre sont multiples. Il s’agit, dans un
créée ? Qu’est-ce qu’un agrégat moné- premier temps, de définir, précisément, ce qu’est
taire ? Quelles sont les freins à la création moné- la monnaie, ses fonctions et ses formes. Ensuite,
taire ? l’objectif est de définir les agrégats monétaires,
qui permettent de mesurer la quantité de mon-
En macroéconomie, l’étude de la monnaie
naie en circulation. Enfin, est étudié le processus
constitue toujours un chapitre particulier.
de création monétaire. Étudier un tel processus
En effet, la monnaie n’est pas facile à définir
pose les bases du débat entre monnaie exogène
car sa nature est ambivalente. La monnaie peut
et monnaie endogène.
être considérée comme un bien économique,
140
La monnaie
et le système
bancaire
Plan
1 Qu’est-ce que la monnaie ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
2 Les fonctions de la monnaie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
3 Les formes de la monnaie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
4 Mesurer la monnaie : agrégats monétaires et contreparties . . . . . 149
5 La création monétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
6 La monnaie dans la théorie économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
Objectifs
Définir ce qu’est la monnaie.
Distinguer les différentes formes et fonctions de la monnaie.
Savoir mesurer la monnaie : définir et calculer des agrégats monétaires.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
141
Macroéconomie
Définition
La monnaie est définie comme l’ensemble des moyens de paiement immé-
diatement utilisable et accepté par la communauté pour le règlement des
échanges. Elle constitue donc un moyen de procéder à des échanges pour
et entre les individus.
142
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
2. 1 Unité de compte
La monnaie est une unité de mesure de la valeur.
Dans une économie de troc, la valeur des biens se mesure à l’aide des prix relatifs :
chaque bien s’exprime en fonction des autres biens. Prenons l’exemple d’une
économie composée de trois biens : tomates, pain et ordinateurs. Dans une
telle économie, les prix relatifs correspondent au prix des tomates en termes de
pain ; au prix des tomates en termes d’ordinateurs ; au prix du pain en termes
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d’ordinateurs. Il y a donc trois prix relatifs. Si nous avions étudié une économie
avec quatre biens, nous aurions obtenu six prix relatifs, etc. Le nombre de prix
relatifs se calcule selon la formule :
n(n − 1) / 2, avec n le nombre de biens
1 Dans les sociétés primitives, il n’était pas rare qu’une marchandise joue le rôle de monnaie. C’était
par exemple le cas chez les Aztèques, avec les fèves de cacao : tous les prix étaient exprimés en fève
de cacao.
143
Macroéconomie
144
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
2. 3 Réserve de valeur
La monnaie est une réserve de valeur.
Elle permet de transférer de la richesse dans le temps. Détenir de la monnaie
permet d’en différer l’utilisation dans le temps, de transférer du pouvoir d’achat
dans le futur. La monnaie permet par conséquent de conserver de la valeur.
Toutefois, la monnaie n’est pas l’unique actif pouvant jouer ce rôle. D’autres
actifs (appartement, maison, actions, obligations, œuvres d’art, bouteilles de
vin, etc.) peuvent également être utilisés comme support pour conserver de la
valeur. Ils sont cependant plus risqués, dans le sens où leur valeur peut augmenter
(augmentation des prix) ou diminuer (diminution des prix). Ils peuvent également
rapporter des intérêts (dans le cadre des actifs financiers). La monnaie reste un
actif sans risque puisque sa valeur nominale est fixe : 100 € aujourd’hui vaudront
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toujours 100 € demain. Par ailleurs, elle possède une autre caractéristique unique
que les autres actifs n’ont pas : la liquidité.
Exemple
Prenons, par exemple, une action comme réserve de valeur alternative à la monnaie.
La détention d’une action est risquée car d’une part son prix peut diminuer dans le
futur et, d’autre part, le détenteur de l’action ne peut pas régler ses transactions avec
cet actif (absence de liquidité). Il devra, dans un premier temps, céder son action
(donc récupérer la contrepartie monétaire de la vente de l’action) pour, dans un
second temps, pouvoir effectuer la transaction souhaitée.
145
Macroéconomie
est-il de la valeur réelle de monnaie, i.e. de son pouvoir d’achat ? Puis-je acquérir
la même quantité de biens avec un stock de monnaie aujourd’hui qu’avec le même
stock de monnaie dans un mois ? Dès lors, pour que la fonction de réserve de
valeur de la monnaie soit totalement respectée, il est nécessaire que la valeur
réelle de la monnaie ne se dégrade pas dans le temps.
Exemple
Prenons l’exemple d’un individu détenant un billet dont la valeur
Un billet de 100 € aujourd’hui nominale est de 100 €. Le prix de ce billet est par définition constant :
correspondra toujours à un billet sa valeur nominale sera la même aujourd’hui que dans un an. Ce qui
de 100 € dans un an. peut évoluer, c’est la valeur réelle (le pouvoir d’achat) de ces 100 €, i.e.
la quantité de biens qu’ils permettent d’acquérir. Si les prix des biens
augmentent (l’indice des prix progresse, il y a de l’inflation), la valeur réelle de ces
100 € diminue puisqu’on peut acheter moins de biens. Il y a alors une perte de pouvoir
d’achat qui est transféré dans le temps. Et inversement si le prix des biens diminue.
La plupart des pays développés connaissent ainsi des taux d’inflation qui oscillent
entre 1 % et 2 %. Cela implique une perte de valeur de la monnaie en terme réel
pouvant atteindre 18 % au bout de dix ans. La fonction de réserve de valeur de
la monnaie a alors une portée très limitée en période de forte
Pensez à l’épisode
inflation, et plus particulièrement d’hyperinflation. Dans ce cas,
d’hyperinflation vécue les individus ne sont plus incités à détenir de la monnaie.
par l’Allemagne dans les Pour résumer : la monnaie est un actif sans risque, sans rende-
années 1920 (cf. chapitre 3).
ment, liquide et dont la valeur nominale est fixe.
3. 1 La monnaie métallique
La monnaie métallique est la monnaie constituée à partir de métal quelle que soit
sa nature : or, argent, cuivre, etc. Sa valeur repose sur le poids de métal qu’elle
contient. C’est la forme la plus ancienne de monnaie puisque des traces de monnaies
métalliques sont retrouvées en Mésopotamie ou dans l’Égypte pharaonique. Dans
l’ère moderne, ce type de monnaie a été utilisé jusqu’au début du xxe siècle (on date
de la Première Guerre mondiale la fin de l’utilisation de la monnaie métallique).
De nos jours, la monnaie métallique n’est plus utilisée dans les échanges mar-
chands. Elle conserve toutefois une valeur en fonction du poids du métal qu’elle
146
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
3. 2 La monnaie fiduciaire
La monnaie fiduciaire tient son nom du latin fiducia qui signifie la confiance.
La monnaie fiduciaire est donc celle dont la valeur repose sur la confiance
que lui portent les individus l’utilisant. Ce type de monnaie prend, essentiel-
lement, la forme de billets de banque mais aussi de pièces de monnaie (1 €,
2 €, etc.). Ces dernières ne doivent en aucun cas être confondues
avec les pièces métalliques. Jusqu’à la disparition des pièces La pièce de 1 € qui sert tous les
jours ne contient aucun gramme
métalliques, les billets de banque étaient en fait des promesses
de métaux précieux sauf s’il
qui pouvaient être converties en monnaie métallique. s’agit d’une pièce de collection.
L’émission de la monnaie fiduciaire revient à une entité publique Dans ce cas, elle entre dans la
et unique (l’État auparavant ; la banque centrale de nos jours). catégorie des pièces métalliques.
Pour que les individus accordent une confiance à la monnaie
fiduciaire et l’utilisent, l’État doit instaurer ce que l’on appelle le
cours légal, c’est-à-dire l’obligation pour les individus d’accepter Précisons cependant que
la monnaie fiduciaire pour le règlement de leurs transactions. le cours légal peut ne pas être
En l’absence de cours légal, les individus sont libres d’accepter ou suffisant. En effet, l’absence de
confiance dans la monnaie incite
non cette monnaie comme moyen de règlement, mais ces billets
les agents à ne pas l’utiliser. C’est
ne donnent aucune garantie. On parle alors de cours libre. Enfin, par exemple le cas en période
l’État peut imposer le cours forcé de la monnaie, i.e. la suspension d’hyperinflation où une situation
temporaire ou définitive de la convertibilité des billets en pièces de « fuite devant la monnaie »
métalliques. Le cours forcé était surtout caractéristique de la peut se produire. La monnaie
situation, troublée d’un point de vue monétaire, du xixe siècle et est donc avant tout une histoire
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3. 3 La monnaie scripturale
La monnaie scripturale repose sur l’écriture (le script). Elle est composée des
comptes bancaires courants. La monnaie scripturale s’exprime donc sous la
forme d’un jeu d’écriture (crédit ou débit d’un compte bancaire courant) entre
deux individus ayant un compte bancaire au sein d’une même banque ou entre
deux individus détenant un compte bancaire dans deux banques distinctes.
Contrairement à la monnaie fiduciaire qui circule de main en main, la monnaie
scripturale circule de compte en compte.
147
Macroéconomie
FOCUS
Le bitcoin
Créé en 2009 par Satoshi Nakamoto – qui pourrait être le pseudonyme d’une personne ou d’un groupe
de personnes – le bitcoin est une crypto-monnaie1, i.e. un instrument de paiement électronique qui
fonctionne en réseau. Le bitcoin est « une unité de compte virtuelle stockée sur un support électro-
nique permettant à une communauté d’utilisateurs d’échanger entre eux des biens et des services sans
avoir recours à la monnaie légale » (Banque de France, 2013).
Le bitcoin est créé au sein d’une communauté d’internautes que l’on appelle des mineurs (miners
en anglais). Ces mineurs installent, sur leur ordinateur doté de capacités de calculs appropriées, un
logiciel libre qui traite, via des algorithmes, un ensemble de transactions rassemblé au sein d’un bloc.
La totalité des transactions est alors inscrite dans un registre virtuel que l’on appelle blockchain (l’en-
semble des blocs traités sont reliés par une chaîne). Le bitcoin est donc la récompense reçue par
chaque mineur pour sa participation au fonctionnement du système.
148
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
1 C’est-à-dire les comptes courants que ces entités possèdent auprès d’un établissement bancaire.
149
Macroéconomie
M1 M2 M3
Pensions
Dépôts à terme
< 2ans OPCVM monétaires
Dépôts à vue
Titres de créances
Dépôts avec préavis
< 3 mois
▶ Figure 4.1
Les agrégats
monétaires
1 Voir, par exemple, l’ouvrage de Mishkin (2007) pour une première approche.
150
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
35 000,00
30 000,00
25 000,00
20 000,00
15 000,00
10 000,00
5 000,00
0,00
janv.-99
sept.-99
mai-00
janv.-01
sept.-01
mai-02
janv.-03
sept.-03
mai-04
janv.-05
sept.-05
mai-06
janv.-07
sept.-07
mai-08
janv.-09
sept.-09
mai-10
janv.-11
sept.-11
mai-12
janv.-13
sept.-13
mai-14
janv.-15
sept.-15
mai-16
janv.-17
sept.-17
mai-18
janv.-19
◀ Figure 4.2
Évolution
des agrégats
M1 M2 M3 monétaires
Source : Banque centrale européenne. de la zone euro
en Mds€
monétaires et financières et sont constituées par l’ensemble des des institutions financières
créances sur les résidents et les non-résidents détenues par les et monétaires (IFM).
institutions monétaires et financières. Ces contreparties, comme
nous l’étudierons en détail dans la section 5, constituent alors les sources de la
création monétaire.
151
Macroéconomie
5 La création monétaire
5. 1 La création monétaire
dans le système bancaire
Le processus de création monétaire a lieu lorsque les banques accordent des
crédits à leurs clients. C’est pourquoi nous disons que les crédits font les dépôts.
Si le processus de création monétaire peut paraître, en théorie, illimité, ce n’est
cependant pas le cas. Les banques doivent, en effet, faire face à des contraintes
qui limitent le pouvoir de création monétaire. Ces contraintes sont, pour une part,
imposées par la banque centrale et, d’autre part, par le comportement des agents.
152
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
par exemple) ou un actif financier (une action, une obligation, etc.). Quelle que
soit la nature de l’actif acquis par la banque, il y a création monétaire lorsque
la banque crée de la monnaie en monétisant des actifs qui ne sont pas de la
monnaie.
Si l’octroi d’un crédit correspond à une création de monnaie, le remboursement
du crédit implique, lui, une destruction de monnaie. C’est ainsi que fonctionne
le système bancaire : ce sont des flux continus de prêts et de remboursements
de prêts. La masse monétaire augmente, i.e. qu’il y a accroissement monétaire,
lorsque la création monétaire est supérieure à la destruction monétaire, c’est-
à-dire lorsque le volume des prêts nouveaux accordés est supérieur au volume
des prêts anciens remboursés.
FOCUS
Le bilan d’une banque
Le bilan est une photographie de la situation patrimoniale d’une société à un instant donné
(au 31 décembre par exemple). Comme toutes les entreprises, les banques établissent un bilan.
Cependant, la structure du bilan d’une banque est différente de celle des autres sociétés. Le bilan
d’une banque reflète en effet l’état des créances et des dettes à un moment donné. Il est constitué :
• d’un actif qui informe sur l’utilisation des fonds collectés. L’actif de la banque enregistre l’ensemble
des biens dont elle est propriétaire (immeubles, créances, monnaie, etc.) ;
• d’un passif qui renseigne sur l’origine des ressources, i.e. les fonds collectés par la banque.
Comme tout bilan, le bilan bancaire est équilibré. Soit :
Total des actifs = Total des dettes + Capital
153
Macroéconomie
Bilan de la banque A
Actif Passif
Crédit à l’entreprise Alpha + 10 000 Dépôts à vue + 8 000
(compte courant de l’entreprise Alpha)
Dette envers la banque B + 2 000
Bilan de la banque B
Actif Passif
Créance sur la banque A + 2 000 Dépôts à vue + 2 000
(compte courant de l’entreprise Gamma)
Bilan de la banque A
Actif Passif
Crédit à l’entreprise Alpha + 10 000 Dépôts à vue + 8 000
(compte courant de l’entreprise Alpha)
Compte à la banque centrale – 2 000
Bilan de la banque B
Actif Passif
Compte à la banque centrale + 2 000 Dépôts à vue + 2 000
(compte courant de l’entreprise Gamma)
154
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
155
Macroéconomie
banque centrale. L’actif est composé par les devises (ainsi que l’or) acquises, les
créances acquises par la banque centrale sur les banques de second rang lorsque
ces dernières effectuent des dépôts (constitution des réserves) et les titres publics
acquis par la banque centrale.
La monnaie créée par la banque centrale – monnaie banque centrale (ou encore
monnaie centrale) – est la seule acceptée pour les règlements interbancaires.
Elle constitue la base monétaire et est représentée par l’agrégat M0. La base
monétaire se compose dès lors :
■ des pièces et des billets mis en circulation par la banque centrale ;
■ des avoirs de réserves détenus par les banques de second rang auprès de la
banque centrale.
Ainsi, nous pouvons voir qu’il existe une relation entre la base monétaire et la
masse monétaire, comme l’indique la figure 4.3.
M0 M1 M2 M3
Dépôts Pensions
Réserves à terme
des IFM Billets < 2ans OPCVM
auprès de et Dépôts à vue monétaires
la Banque pièces Dépôts
centrale avec préavis Titres
▶ Figure 4.3 < 3 mois de créances
De la base
monétaire
à la masse
monétaire
156
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
Le processus de création monétaire est ainsi limité. C’est ce que nous démontre
le principe du multiplicateur de crédit.
5. 2 Le multiplicateur de crédit
5.2.1 Le mécanisme
Le multiplicateur de crédit est le mécanisme expliquant la capacité du système
bancaire à augmenter, de manière plus que proportionnelle, la quantité de
monnaie créée. Il révèle une relation entre la monnaie banque centrale (émise
par la banque centrale) et la monnaie créée par les banques de second rang.
Pour expliquer ce mécanisme, prenons un exemple. Supposons qu’un individu
demande et obtienne un crédit de 1 000 € auprès de sa banque, la banque A.
Ces 1 000 € de crédit se transforment en 1 000 € de dépôt. Supposons que le
taux de réserves obligatoires – appelé également coefficient de réserve – soit de
10 %. La banque A doit alors alimenter son compte auprès de la banque centrale,
i.e. constituer des réserves obligatoires, pour un montant de 100 € (soit
1 000 € × 10 %). La banque dispose donc de 900 € (soit 1 000 € − 100 €) de
réserves excédentaires. Sachant que ces réserves excédentaires ne sont pas, pour
l’instant, rémunérées, la banque A va donc les utiliser pour accorder des prêts.
Que se passe-t-il ensuite ?
Ces 900 € de crédit créent 900 € de dépôt dans une banque B.
Tout comme la banque A, la banque B doit, elle aussi, alimenter Le résultat est totalement
identique si nous effectuons
son compte auprès de la banque centrale, i.e. constituer des
le raisonnement à partir d’une
réserves obligatoires. La banque B maintient ainsi 90 € (soit banque unique sur plusieurs
900 € × 10 %) de réserves obligatoires et dispose de 810 € (soit périodes de temps t.
900 € − 90 €) de réserves excédentaires. Ces réserves n’étant pas
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rémunérées, la banque B utilise ces 810 € pour octroyer de nouveaux prêts. Ces
810 € de crédit créent, à leur tour, 810 € de dépôt dans une banque C. Dès lors,
la banque C doit, comme les banques A et B de notre système bancaire, consti-
tuer des réserves obligatoires pour un montant de 81 € (soit 810 € × 10 %). La
banque C dispose alors de 729 € (soit 810 € − 81 €) de réserves excédentaires
qu’elle utilise pour accorder des nouveaux prêts, etc.
Le processus de création monétaire se poursuit et se reproduit identique à
lui-même. C’est un processus (presque) sans fin. Au final, quelle est la quantité
totale de monnaie créée ? Le tableau 4.1 résume pour les banques du système
bancaire l’ensemble des opérations effectuées.
157
Macroéconomie
! ! ! ! !
▶ Tableau 4.1
Le principe Ensemble des banques
du multiplicateur du système bancaire 10 000 1 000 10 000 10 000
(somme)
de crédit
Soit :
1000 1 + (1 − 10%) + (1 − 10%) + (1 − 10%) + … = lim 1000 (1 − 10%)
2 3 n
(2)
n→∞
FOCUS
Suite arithmétique, suite géométrique
En mathématiques, il y a principalement deux façons pour une suite de nombres d’évoluer (croître
ou décroître) de façon régulière. Ces deux façons conduisent aux notions de suites arithmétique et
géométrique. Une suite est arithmétique si l’on passe d’un terme au suivant en ajoutant le même
coefficient constant r, appelé raison de la suite. Ainsi, pour tout entier naturel n, un+1 = un + r, où r est
la raison de la suite.
Une suite est géométrique si l’on passe d’un terme au suivant en multipliant toujours par le même
coefficient constant q, appelé raison de la suite. Ainsi, pour tout entier naturel n, un+1 = un × q, où q est
la raison de la suite.
158
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
L’expression (2) est une suite géométrique de raison q avec q = 1 – 10%. Soit
q = 1 – 0,1 = 0,9. La somme de cette suite géométrique se calcule comme :
1000 1000
= = 10000 (3)
1 − (1 − 0,1) 0,1
On voit que les 1 000 € de dépôts initiaux ont permis au système bancaire de
créer un supplément de monnaie égal à 10 000 €, soit une quantité de monnaie
multipliée par 10.
En notant r le coefficient de réserves obligatoires (ici r = 10%), on peut alors
déterminer l’expression du multiplicateur de crédit, noté m, comme :
1
m= (4)
r 1
Ce multiplicateur de crédit indique que chaque euro de dépôt peut générer
r
euro de monnaie supplémentaire.
Dans l’exemple, le multiplicateur de crédit est égal à :
1 1
m= = = 10 (5)
r 0,1
Avant de modéliser totalement le multiplicateur de crédit, généralisons notre exemple.
Si on note a le dépôt initial et, toujours, r le coefficient de réserves obligatoires, on
peut calculer le supplément de monnaie créé, noté ∆M, de la manière suivante :
∆M = a + a(1 − r) + a(1 − r)2 + a(1 − r)3 + … + a(1 − r)n (6)
∆M – la quantité supplémentaire de monnaie créée – est la somme des termes
d’une suite géométrique de premier terme a et de raison (1 − r). Cette somme vaut :
a 1 − (1 − r )
n
S= (7)
1 − (1 − r )
Lorsque n → ∞ , cette somme s’écrit : On aboutit exactement au même
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1 1
Présentons à présent, de manière plus formelle, un modèle du avec m = = .
1 − (1 − r ) r
multiplicateur de crédit. L’exemple ci-dessus tient compte d’un
159
Macroéconomie
type de fuite : les réserves obligatoires. Or, nous l’avons dit, les banques sont
confrontées à, principalement, deux types de fuite : les réserves obligatoires et
les retraits de billets.
Pour développer le modèle du multiplicateur de crédit en tenant compte de ces
deux types de fuites, il faut reprendre la définition de la masse monétaire, de la
base monétaire et intégrer les hypothèses relatives aux réserves obligatoires et
aux retraits des billets.
La masse monétaire, notée M, est composée des billets (notés B) et des dépôts
(notés D). Ainsi :
M = B + D (10)
La base monétaire, notée H (aussi appelée monnaie centrale,
La base monétaire correspond
i.e. la monnaie émise par la banque centrale), est composée des
au passif de la banque centrale.
billets (B) et des réserves obligatoires (notées RO). Dès lors :
H = B + RO (11)
On sait que les réserves obligatoires correspondent à une fraction r des dépôts,
soit : RO = rD. Par ailleurs, on fait l’hypothèse que les billets représentent une
proportion b de la masse monétaire, soit : B = bM.
Dès lors, les dépôts constituent le complément à la masse monétaire. Soit :
D = (1 − b ) M .
On peut réécrire la base monétaire comme :
H = B + RO = bM + rD = bM + r (1 − b) M = M b + r (1 − b) (12)
160
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
L’équation (13) nous indique qu’il existe, au niveau macroéconomique, une rela-
tion entre la masse monétaire et la base monétaire. Le multiplicateur de crédit
mesure ainsi le rapport entre la masse monétaire et la base monétaire. Cette
relation est fonction des facteurs de la liquidité bancaire (ici b et r).
monnaie est alors considérée comme exogène. C’est la vision défendue par
la Currency School.
Cependant, une telle vision est discutable car elle occulte totalement le rôle
des banques de second rang dans le processus de création monétaire. Or, nous
l’avons vu, les banques peuvent créer de la monnaie (via l’octroi de crédits) et
ont des relations entre elles (qui impliquent des paiements interbancaires).
En effectuant ces opérations, les banques de second rang jouent un rôle actif,
de premier plan, dans le processus de création monétaire. Dans ce cas, la rela-
tion entre la masse monétaire et la base monétaire est inversée, par rapport au
principe du multiplicateur de crédit. En effet, lorsque les banques accordent
des crédits, donc créent de la monnaie, elles vont avoir des besoins de refinancement
et vont se tourner, naturellement, vers la banque centrale. Dans ce cas, la base
161
Macroéconomie
162
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
monnaie. D’où ce rôle de « simple intermédiaire des échanges » donné par les
économistes classiques à la monnaie.
En développant la théorie quantitative de la monnaie, les économistes clas-
siques vont également mettre en place une théorie de la demande de monnaie
qui explique la quantité de monnaie désirée par les individus en fonction du
niveau du revenu.
∑p t
en cause.
PT = i i (15)
i =1
163
Macroéconomie
FOCUS
La vitesse de circulation de la monnaie
Il peut être intéressant de mesurer la vitesse de circulation de la monnaie. En effet, l’évolution
de cette dernière dépend « des comportements des agents économiques en matière de dépense et
d’épargne, mais également des habitudes de paiement et des innovations financières et technolo-
giques » (Plihon, 2013). Selon l’approche retenue (approche de Fisher ou approche de Cambridge),
il s’agira d’évaluer une vitesse de transaction (approche de Fisher) ou une vitesse revenu (approche
de Cambridge). Comme il est difficile de mesurer la vitesse de circulation de la monnaie à partir de
l’équation de Fisher, on propose une évaluation de la vitesse de circulation de la monnaie à partir
de l’équation de Cambridge, qui consiste à substituer le PIB au volume des transactions. Pour cela,
on reprend les agrégats monétaires (M1, M2, M3) développés
précédemment auxquels on ajoute le PIB (nominal) de la zone Ces données sont disponibles
euro. Selon l’agrégat retenu (M1, M2, M3), la vitesse (-revenu) de dans le fichier excel Chap 4
circulation se calcule comme : sur [Link].
M
PIB
Avec M respectivement égal à M1, M2 ou M3.
164
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
2
1,8
1,6
1,4
1
0,8
0,6
1999T1
2000T1
2001T1
2002T1
2003T1
2004T1
2005T1
2006T1
2007T1
2008T1
2009T1
2010T1
2011T1
2012T1
2013T1
2014T1
2015T1
2016T1
2017T1
2018T1
M1 M2 M3
Source : calcul de l’auteur à partir de données BCE.
Contrairement aux hypothèses de Fisher, la vitesse de circulation (quel que soit l’agrégat étudié) n’est
pas constante. Elle suit, depuis 1999, une tendance baissière avec des fluctuations cycliques sur le très
court terme. Cette baisse tendancielle pourrait s’expliquer par la diminution de l’inflation ainsi que
par la substitution opérée entre les différentes formes de monnaie.
À partir de l’équation (14), Fisher pose trois hypothèses fondamentales qui vont
avoir une portée en termes de politique monétaire :
■ à court terme, la vitesse de circulation de la monnaie est constante ;
■ l’économie est en situation de plein-emploi. Dès lors, le volume des transac-
tions est stable ;
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165
Macroéconomie
166
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
167
Macroéconomie
168
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
qui existe entre le prix d’un titre et le taux d’intérêt : plus le taux nous voyons bien que le taux
d’intérêt augmente, plus il est rentable de détenir un titre plutôt d’intérêt détermine, chez Keynes,
que de la monnaie. Le taux d’intérêt apparaît comme « la récom- la répartition de l’épargne et
pense de la non-thésaurisation et non comme la récompense de non, comme chez les classiques,
le volume de l’épargne.
la non-dépense » (Keynes, 1936, p. 187).
169
Macroéconomie
FOCUS
Prix des titres et taux d’intérêt
Supposons qu’une obligation soit émise pour une valeur
Nous prenons ici l’exemple faciale de 100 € et qu’elle rapporte chaque année 5 %. Le
d’un titre dit perpétuel, c’est- coupon de cette obligation (ce qu’elle rapporte chaque année)
à-dire dont la durée de vie est donc égal à 5 % × 100 € soit 5 €. Supposons que le cours de
(i.e. la maturité) est infinie. l’obligation augmente (pour une raison quelconque) à 125 €.
Ce type d’obligation a L’acheteur de l’obligation devra alors débourser un montant
notamment été émis au cours de 125 € pour recevoir 5 € de coupon. Dès lors, le rendement
du XIXe siècle en France sous de l’obligation est désormais égal à 5 €/125 € soit 4 %. À l’in-
le nom de rente perpétuelle. verse, si le prix de l’obligation diminue à, par exemple, 80 €,
À l’heure actuelle, les obligations le rendement du titre est alors de 5/80 soit 6,25 %. On perçoit
émises par l’Agence France donc bien la relation inverse entre le prix du titre et le taux
Trésor (AFT) ont des maturités d’intérêt.
limitées (5 ans, 10 ans). D’une manière plus générale, on peut modéliser la relation
Dès lors, la relation entre le prix inverse entre le prix d’un titre et le taux d’intérêt de la manière
suivante. Notons C la valeur du coupon perçu chaque année
d’un titre et le taux d’intérêt est
par le détenteur du titre. Ce coupon correspond au rendement
« légèrement » plus complexe
de l’obligation, i.e. ce que perçoit comme intérêt le détenteur
que celle évoquée dans l’encadré
du titre. Le prix d’un titre s’écrit comme la somme actualisée
mais le sens de la relation reste
des revenus futurs au taux d’intérêt du marché :
identique, i.e. une relation
C C C C
inverse entre le prix d’un titre P= + 2 + 3 +…+
et le taux d’intérêt. Se reporter 1 + i (1 + i ) (1 + i ) (1 + i )n
à, par exemple, Mishkin (2007, avec P le prix du titre, C le coupon annuel et i le taux d’intérêt
pp. 95-98) pour une approche du marché. Dès cette première équation, on voit que si le taux
plus détaillée. d’intérêt i augmente, la somme actualisée des revenus futurs
diminue et, par conséquent, le prix du titre baisse. On peut
1
cependant rendre plus claire cette relation inverse. En effet, si l’on multiplie par les deux
1+i
membres de l’équation, on obtient :
P C C C C
= + + +…+
1 + i ( 1 + i )2 ( 1 + i )3 ( 1 + i )4 (1 + i )n + 1
Et en soustrayant les deux équations :
P C C
P− = −
1 + i 1 + i (1 + i )n + 1
C
Lorsque n → ∞ , dès lors → 0.
( i )n
1 +
170
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
Ainsi :
P C
P− =
1+i 1+i
d’où :
C
P=
i
On voit bien qu’il existe une relation inverse entre le prix d’un titre et le taux d’intérêt. Lorsque i aug-
mente (diminue), P diminue (augmente).
Lorsque le cours des titres est élevé (le taux d’intérêt est bas), le spéculateur
anticipe qu’il ne peut que diminuer (donc le taux d’intérêt ne peut qu’aug-
menter). Dans ce cas, il est incité à ne pas acheter de titres (sous peine de
faire des moins-values). Il préfère donc conserver ses avoirs
sous forme de monnaie. Dès lors, la demande de monnaie Mieux vaut rester liquide.
pour motif de spéculation est élevée. À l’inverse, lorsque le En effet, quel serait l’intérêt
cours des titres est faible (le taux d’intérêt est élevé), le spé- d’acheter des titres dont
culateur anticipe que le cours ne peut qu’augmenter (donc le on anticipe la chute des prix ?
taux d’intérêt ne peut que diminuer). Il est alors incité à en
acheter (plus-value potentielle à réaliser). Il diminue donc par conséquent
la part de ses avoirs sous forme de monnaie. La demande de monnaie pour
motif de spéculation est alors faible.
Pour reprendre les travaux de Tobin qui fut le premier à représenter
la demande de monnaie individuelle pour motif de spéculation, Tobin (1958). James Tobin
obtient le prix Nobel d’économie
chaque spéculateur détermine un taux d’intérêt critique1 (ic) lui
en 1981.
permettant, en comparaison avec le taux d’intérêt du marché (i),
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1 Il s’agit d’un taux d’intérêt avant tout psychologique, propre à chaque individu.
171
Macroéconomie
i (Taux d’intérêt)
Préférence absolue
pour les titres
iC
Préférence absolue
pour la monnaie
▶ Figure 4.4
La demande
de monnaie L2
individuelle (Demande de monnaie
pour motif pour motif de spéculation)
de spéculation
i (Taux d’intérêt)
Préférence absolue
pour les titres
imax
Zone de spéculation
Préférence absolue
pour la monnaie
▶ Figure 4.5 imin
La demande
de monnaie
L2
agrégée
(demande de monnaie
pour motif pour motif de spéculation)
de spéculation
172
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
173
Macroéconomie
i (Taux d’intérêt)
Md
= L1(Y)
P
imax
Md
= L1(Y) + L2(i)
P
Md
= L1(Y) + L2(i) avec L’(i)
2
∞
P
imin
▶ Figure 4.6
La demande Md / P
de monnaie (Demande de monnaie)
agrégée
i (Taux d’intérêt)
imax
imin
▶ Figure 4.7
La demande
Md / P
de monnaie (Demande de monnaie)
agrégée
174
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
175
Macroéconomie
i (Taux d’intérêt)
MS
P
E
i*
Md
P
▶ Figure 4.8
L’équilibre
M
sur le marché P
de la monnaie
176
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
i (Taux d’intérêt)
imax
imin
◀ Figure 4.9
M1S M0S M2S M/P Les conséquences
d’une variation
Restriction monétaire Expansion monétaire
(diminution de l’offre de monnaie) (augmentation de l’offre de monnaie) de l’offre
de monnaie
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177
Macroéconomie
178
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
ÉVALUATION
4 L’arbitrage entre monnaie et titre incite les
Questions agents à demander de la monnaie
a. pour motif de transaction
de réflexion b. pour motif de précaution
c. pour motif de spéculation
Corrigés en ligne
5 Dans une économie avec 5 biens, il y a
1. Expliquez l’expression « les crédits font les dépôts ». a. 5 prix relatifs
Est-ce à dire que les banques créent autant de monnaie b. 10 prix relatifs
qu’elles le souhaitent ? c. 20 prix relatifs
2. Pourquoi vaut-il mieux, en général, posséder un
immeuble que détenir de la monnaie, en tant que
réserves de valeur ?
3. Énoncez et expliquez l’effet Pigou.
4. Reliez le taux d’intérêt à la « préférence pour la
liquidité » chez Keynes. Exercices
Corrigés en ligne
Exercice 1
QCM Sur l’île Neptune, les habitants vivent de chasse,
de pêche et de cueillette. Quatre biens font l’objet
Corrigés p. 462 d’échanges entre les individus : le poisson, la noix de
coco, la banane et le lapin.
1 En période de déflation, la valeur réelle de la 1. Combien y a-t-il, au total, de prix relatifs dans
monnaie cette économie ?
a. augmente 2. Quel intérêt y aurait-il à utiliser l’un des biens
b. diminue – par exemple la banane – comme unité de compte ?
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179
Macroéconomie
180
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
Exercice 6 Exercice 7
Répondez par vrai ou faux (en justifiant la réponse si Le tableau ci-dessous présente le bilan consolidé
nécessaire) aux affirmations suivantes : simplifié des IFM de la zone euro.
1. Les banques sont le principal acteur de la création Bilan consolidé simplifié des IFM de la zone euro
monétaire. (en milliards d’euros)
181
Microéconomie
Chapitre 5
Q
u’est-ce que la balance des paiements ? L’étude de l’ouverture de l’économie, i.e. la
Une balance des paiements peut-elle être macroéconomie ouverte, nécessite d’introduire
déséquilibrée ? Qu’est-ce qu’un régime de nouvelles notions. En effet, dès lors qu’une
de change ? Qu’est-ce qu’un taux de change ? économie procède à des échanges avec le reste du
monde, il faut comptabiliser ces opérations. Ceci
À l’heure actuelle, hormis quelques rares excep-
nous amène à introduire et étudier la notion de
tions, les économies du monde sont ce que l’on
balance des paiements. D’autre part, l’ouverture
appelle des économies ouvertes. L’ouverture de
de l’économie nécessite l’instauration d’un régime
l’économie est le processus selon lequel l’éco-
de change et le choix d’un taux de change. Nous
nomie nationale procède à des échanges avec
définissons et étudions ces deux notions au cours
les économies étrangères. Ces échanges portent
de ce chapitre.
tant sur les biens que sur les services mais aussi
sur les capitaux (monnaie, titres financiers, etc.).
182
L’économie
ouverte
Plan
1 La balance des paiements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
2 La position extérieure nette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
3 Les taux de change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
4 Les régimes de change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
Objectifs
Définir la balance des paiements et comprendre sa lecture.
Définir et analyser les différentes composantes de la balance
des paiements.
Définir et analyser la position extérieure nette.
Savoir définir et distinguer la convertibilité des monnaies et le régime
de change.
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183
Macroéconomie
184
Chapitre 5 L’économie ouverte
i.e. de cette transaction, est inscrit, quant à lui, dans la colonne « engagements »
du compte financier (−10 000).
Dès lors, compte tenu de ce mode de comptabilisation, une balance des paiements
est, par définition, toujours équilibrée. Ce sont toutefois les différents soldes
qui la composent qui peuvent être déséquilibrés, comme nous le verrons dans
les sections 1.2 et 1.3. En effet, les flux d’opérations enregistrés dans la balance
des paiements sont répartis en distinguant trois comptes : le compte courant, le
compte de capital et le compte financier.
Pour comprendre et illustrer la construction et la décomposition de la balance des
paiements, nous allons nous appuyer sur le cas de la France pour l’année 2018.
(enregistrés dans le compte financier). En effet les uns sont là, il ne s’agit pas d’un don
la contrepartie des autres. Par conséquent, un pays qui a un destiné à financer tout ou partie
excédent courant (respectivement un déficit courant) acquiert d’un investissement. Le meilleur
exemple est celui des transferts
(respectivement accumule) des actifs étrangers de valeur égale
de fonds des migrants qui sont
(un passif vis-à-vis du reste du monde). Le solde du compte de enregistrés dans les revenus
capital est généralement faible, comparativement aux soldes des secondaires.
deux autres comptes, c’est pourquoi nous pouvons dire que le
solde du compte financier représente approximativement la contrepartie du
solde du compte courant.
Enfin, à ces trois comptes, il faut ajouter la ligne « Erreur et omissions » que
nous expliquerons.
185
Macroéconomie
Lecture de la balance des paiements : un signe (+) représente une écriture au crédit tandis
qu’un signe (–) représente une écriture au débit. Dès lors, dans les échanges commerciaux, une
exportation est inscrite au crédit et une importation est inscrite au débit. Dans les échanges
financiers, une entrée de capitaux est enregistrée au crédit puisqu’elle correspond à une
diminution des créances des résidents sur les non-résidents ou à une hausse des dettes des
résidents vis-à-vis des non-résidents ; une sortie de capitaux est enregistrée au débit puisqu’elle
correspond à une hausse des créances des résidents sur les non-résidents ou à une diminution des
dettes des résidents vis-à-vis des non-résidents.
186
Chapitre 5 L’économie