Impact de l'Éthique sur la Conformité Fiscale au Maroc
Impact de l'Éthique sur la Conformité Fiscale au Maroc
E-ISSN : 2665-7511
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Résumé :
Pour ce faire, nous avons opté pour une enquête par questionnaire qui a concernée 300
contribuables (personnes physiques) résidents dans la région Fès-Meknès. L’analyse des données
avait pour objectif de tester le degré d’influence de la variable indépendante l’éthique sur la
variable dépendante à savoir conformité du contribuable marocain, en nous basant sur les tests
d’indépendance et notamment le coefficient de corrélation de Pearson et la régression linéaire.
En s’appuyant d’abord, sur un corpus théorique qui étudie la relation entre l’éthique et la
conformité fiscale et en exposant les résultats de notre étude empirique qui dévoilent que
l’éthique a une incidence positive notoire sur la conformité du contribuable marocain, nous allons
dans le présent article, étudier et explorer la manière dont ce déterminant affecte la conformité
fiscale.
Abstract:
Many very heterogeneous factors such as consent, fairness, good citizenship or the tax rate,
income and economic conditions, seem to influence tax compliance. Nonetheless, ethics, which
relate to values and morals, appear to have a significant impact on taxpayer compliance.
Consequently, the objective of our research is to respond to the following problem: To what
extent does ethics impact - t - it tax compliance?
To do this, we opted for a questionnaire survey that involved 300 taxpayers (natural persons)
residents in the Fez-Meknes region. The objective of the data analysis was to test the degree of
influence of the independent variable ethics on the dependent variable of compliance of the
Moroccan taxpayer, based on independence tests, including the Pearson correlation coefficient
and linear regression.
By first relying on a theoretical corpus that studies the relationship between ethics and tax
compliance and by explaining the results of our empirical study that reveal that ethics has a clear
positive impact on the compliance of the Moroccan taxpayer, we will in this article, study and
explore how this determinant affects tax compliance.
Si le terme éthique peut prêter à confusion c’est parce qu’il est souvent assimilé à la moralité.
Certes, l’éthique et la morale sont par leur origine étymologique assez proches, puisque le mot
«éthique » renvoie à la racine grecque, « ethos » qui signifie mœurs, tandis que la « morale », est
un terme latin, qui vient lui- même de la traduction du mot grec « éthique ».
Trivedi (2003) semble avoir répondu à cette difficulté posée par Mercier puisqu’il précise que
l’éthique institutionnelle, est « la manière dont une institution intègre les valeurs clés d’une nation
dans ses pratiques et dans son processus de décision ». Autrement dit l’éthique publique se traduit
par « un comportement qui reflète les valeurs communes dans une société et se traduit par les
décisions politiques, économiques et sociales qui doivent être transparentes, émaner d’une
autorité caractérisée par sont intégrité et sa droiture ».
A ce titre, Wenzel (2005), fait prévaloir que «la perte de légitimité qui peut toucher les autorités
et les institutions politiques modernes, trouve sa raison d’être dans le recul de l’éthique aussi bien
dans les comportements, que dans les décisions politiques ». En effet, l’auteur précise, que
lorsqu’il existe un décalage entre les mœurs, les codes, les valeurs communes partagés par les
citoyens et les pratiques politiques immorales des responsables politiques ou administratifs, la
légitimité du pouvoir peut être remise en cause, et se traduira par une érosion de la confiance,
une remise en question de l’autorité politique et une méfiance à l’égard des lois et des
Sous le même angle d’analyse, Nmili (2011) en évoquant les différents éléments justificatifs de la
fraude fiscale, observe que « la corruption reste une réalité du quotidien des administrations.
Mais, qu’on ne se trompe pas, la corruption n’est pas l’apanage exclusif des administrations
financières. On la trouve là où il y a le pouvoir de fermer les yeux et le pouvoir de favoriser et tous
les secteurs sont concernés ». On observe que l’auteur souligne le danger d’une
institutionnalisation de la corruption et ses répercussions négatives sur la conformité.
Ces approches théoriques, mettent en exergue une relation indéfectible entre l’éthique et la
conformité fiscale, puisque nous remarquons que toute absence ou toute régression de l’éthique
publique affecte négativement la conformité fiscale.
A partir de ce constat, nous pouvons énoncer la problématique suivante : Dans quelle mesure
l’éthique impacte - t- elle la conformité fiscale ?
Pour pouvoir répondre, à cette problématique, le présent papier s’appuiera sur une revue de
littérature qui évoquera la relation de cause à effet susceptible d’exister entre le déterminant
éthique qui constitue notre variable indépendante et la conformité fiscale qui forme notre
variable dépendante. Cette approche théorique nous permettra, dans un premier temps, de
formuler notre hypothèse de recherche et dans un second temps, nous autorisera à exposer les
résultats de notre étude empirique dont l’objectif principal, est de mesurer l’impact de l’éthique
sur la conformité du contribuable marocain. Dès lors, les résultats obtenus, permettront de
vérifier la validité ou non de cette hypothèse et de tirer les conclusions qui s’imposent.
Pour de nombreux auteurs, s’il existe un lien inéluctable entre l’éthique publique et la conformité
du contribuable, c’est parce qu’en réalité, l’éthique agit d’abord sur la légitimité de l’impôt et
ensuite sur la conformité fiscale. Ainsi, pour Macintyre (2007), « les contribuables sont même
disposés à payer plus d’impôt lorsque les conditions d’éthique optimales sont réelles et palpables
avec notamment des leaders politiques au comportement irréprochable dans leur exercice du
pouvoir ».
Pour ce qui est de l’éthique publique, Ricœur (1974) souligne que « les mouvements sociaux
contestataires qui remettent en cause les légitimités des pouvoirs et rejettent toutes les formes
structurantes dont l’impôt en fait partie, trouvent leur origine dans les comportements des
responsables politiques et administratifs ». Autrement dit, quand la morale publique régresse et
qu’elle n’est plus en adéquation avec les valeurs et les normes partagées dans une société, la
légitimité du pouvoir se trouve contestée et à travers elle, l’impôt.
D’ailleurs, en procédant à une analyse statistique des données recueillis dans plus de 30 pays,
Belkaoui (2004) relève, que le niveau de la conformité fiscale est élevé dans les pays
démocratiques, là où la corruption et la bureaucratie sont presque insignifiantes (Scandinavie,
Nouvelle Zélande, Canada). A ce titre, l’auteur souligne que la corruption est le premier critère
qui ressort des enquêtes explicatives des résistances à l’impôt.
Allant dans le même sens, Levi (1997) indique que deux éléments affectent la perception de la
légitimité de l’impôt chez le contribuable : d’abord, l’éthique publique et ensuite, l’utilisation
efficace et efficiente de l’impôt. En effet, pour Levi, lorsque la corruption prédomine et lorsque
les deniers publics sont « mal utilisés », le contribuable a tendance à chercher à se soustraire à
l’impôt car il considère que le contrat fiscal qui le lie au pouvoir est rompu. A cet effet, Tanzi et
Davoodi (2000), remarquent que « l’absence ou le repli de la morale publique, favorise le
développement de la fraude fiscale ». Or, pour les deux auteurs, cette fraude affecte
négativement le principe de l’équité fiscale, puisqu’elle oblige les Etats à accentuer la pression
fiscale pour pouvoir maintenir un niveau important de recettes fiscales.
Pour sa part, Sormany (2005) remarque, que si les contribuables ont le droit d’exiger un
comportement irréprochable des responsables politiques et administratifs, c’est pour la simple
raison « que le financement des activités de l’État, provient principalement des contributions des
citoyens par le truchement des impôts ». Par ailleurs, l’auteur observe qu’en matière des dépenses
publiques, l’État se trouve en situation de monopole, ce qui en soi, n’est guère éthique, puisque
le monopole engendre des abus, d’où la nécessité et l’obligation « d’une utilisation optimale des
ressources de l’impôt ».
Quant à Bouvier (2017), il considère que l’éthique de l’impôt se consolide avec le principe de la
justice fiscale, « il n’est pas de société moderne qui puisse être et se penser solidaire, sans que
Néanmoins, nous notons avec intérêt que Kirchler (2008) relève une antinomie entre politique et
morale car, pour l’auteur, « la politique se caractérise par des exigences d’ordre tactique et impose
des rapports de force et de domination, alors que la morale, est liée aux principes de valeurs et de
devoirs et à la manière de les accomplir ». Néanmoins et malgré cette contradiction, Kirchler
n’affranchit pas les politiciens de l’obligation de défendre les valeurs morales communes car pour
lui, ce sont ces dernières qui permettent aux citoyens de s’identifier d’abord à l’action politique
et ensuite, de se conformer aux lois.
En somme, nous relevons que si l’éthique publique, influence grandement la conformité fiscale,
c’est parce que l’image que projette les agents de l’Etat, se répercute inlassablement sur la
perception et la légitimité de l’impôt et « in fine » sur la conformité fiscale.
Néanmoins, l’étude du lien entre l’éthique et la conformité fiscale, n’est pas exclusivement guidé
par la morale publique car, de nombreux auteurs, considèrent que l’éthique, peut aussi avoir trait
au comportement du contribuable et aux valeurs sociales dominantes. En effet, Warneryd et
Walerud (1982) puis Porcano (1988) soulignent que lorsque dans une société donnée, les valeurs
morales se situent à un niveau élevé, les contribuables ont tendance à se conformer à leurs
obligations fiscales.
Pour leur part, Schwartz et Orléans (1967) ont mené une étude sur les facteurs qui impactent
significativement la conformité fiscale chez le contribuable américain et déduisent que l’influence
de la moralité, des valeurs sociales est plus importante que celle des sanctions et que « les appels
de la conscience exercent plus d’influence sur le contribuable que les peines juridiques ».
D’ailleurs Torgler dans son étude sur l’influence qu’exerce la norme sociale sur la conformité
fiscale, révèle que les personnes qui possèdent une éthique fiscale élevée, sont convaincues que
tous les contribuables respectent les lois fiscales, alors que ceux qui ont une faible éthique fiscale,
sont persuadés, que la plupart des contribuables fraudent. Signalons que l’approche de Torgler
prend appui sur le principe psychologique de « l’effet miroir », qui suppose, que toute décision de
l’individu, ne fait que refléter la norme sociale dominante.
D’ailleurs Roth (1989) identifie deux principaux éléments qui agissent sur la conformité fiscale :
l’intérêt financier et l’engagement moral. En effet, pour l’auteur, dans un premier temps, les
contribuables éprouvent « certaines réticences à se conformer à l’impôt car, ils cherchent à sauvegarder
leur propre intérêt financier et à minimiser leur contribution, mais dans un second temps, en raison de la
pression morale, ils préfèrent respecter la loi fiscale ». Nous remarquons que l’engagement moral a
un effet plus persuasif que la nécessité économique.
oute étude empirique suppose l’adoption par le chercheur d’une méthodologie de recherche
dont l’objectif est d’expliquer les principales étapes qui ont précédé la réalisation de l’enquête
sur le terrain. Il s’agit des différents protocoles adoptés par le chercheur et qui doivent non
seulement, décrire et justifier avec rigueur les différents choix méthodologiques, mais de
s’adapter aux objectifs de la recherche.
A cet effet, nous commencerons dans un premier temps, par exposer notre stratégie
d’échantillonnage et les différents instruments déployés pour la collecte de données, pour
pouvoir s’intéresser par la suite, à l’opérationnalisation des variables. Dans un second temps,
nous mettrons l’accent sur les tests des échelles de mesure, pour pouvoir dans l’ultime étape,
énoncer les résultats obtenus et tirer les conséquences qui en découlent.
En premier lieu nous avons opté pour la démarche positiviste car, ce paradigme considère que la
réalité est dotée d’une essence propre car soumise à des lois universelles, ce qui ouvre au
chercheur, la voie de travailler dans une perspective de « cause à effet ». Or, c’est exactement
l’objectif de notre recherche, puisque nous étudions la relation entre l’éthique (variable
indépendante) et la conformité fiscale (variable dépendante). Par ailleurs, nous avons choisi le
raisonnement déductif car, associé au positivisme il autorise à formuler des hypothèses et à les
tester.
Au niveau méthodologique, nous avons opté pour l’approche quantitative qui permet de mesurer
d’une manière rigoureuse, les variables et donc de s’assurer que les concepts mesurés sont
fiables. En outre, cette approche autorise le chercheur à tester ses hypothèses de recherche issue
des spéculations théoriques et de pouvoir par la suite, généraliser les résultats. A cet effet, nous
signalons que nous avons mené notre étude, empirique grâce à un questionnaire, qui a permis de
collecter rapidement les résultats, de repérer les régularités et de proposer des conclusions
scientifiquement viables.
S’agissant de notre stratégie d’échantillonnage, nous avons opté pour la méthode non
probabiliste, appelée aussi méthode empirique, pour laquelle le choix des individus n’est pas
aléatoire mais raisonné.
Nous précisons que notre enquête fût menée entre janvier et mars 2021 dans la région de Fès
/Meknès. Par ailleurs et avant d’amorcer notre collecte des données, nous avons soumis notre
En fin, notre échantillon représentatif définitif, était constitué de 300 contribuables imposables
au Maroc, appartenant à des catégories socioprofessionnelles (CSP) hétéroclites. Notre
questionnaire fut administré par voie électronique (internet) et par la méthode du « face à face ».
Nous observons que nous avons enregistré un taux de retour de l’ordre de 97 %, soit 291
questionnaires renseignés, pouvant faire l’objet d’un traitement et d’une analyse statistique. En
prenant en compte l’échelle de Bara (2013), le taux de 97 % est jugé très satisfaisant.
Nous précisons d’abord, que les réponses des contribuables ont été recueillies grâce à l’échelle
de Likert à cinq options (tout à fait d’accord, plutôt d’accord, neutre, peu d’accord, pas du tout
d’accord), ce qui permet de couvrir un spectre large d'opinions.
Nous rappelons que l’opérationnalisation des variables, permet au chercheur, de passer du cadre
théorique au cadre empirique et donc de traduire l’abstrait en concret. Ainsi, dans un premier
temps, il faut calculer les indices qui peuvent mesurer les concepts théoriques et dans un second
temps, il faut tenter de détecter les corrélations entre les variables issues du terrain pour pouvoir
tirer les conclusions qui s’imposent comme par exemple confirmer ou infirmer une hypothèse de
recherche.
A ce titre l’opérationnalisation des différents items retenus, a été effectuée aussi bien au niveau
de notre variable indépendante (éthique) que de notre variable dépendante (conformité fiscale).
Avant de tester les échelles de mesure, nous avons d’abord, amorcé la codification de l’ensemble
des items retenus et ce, dans le but d’examiner la validité desdits items en faisant appel à
l’Analyse en Composante Principale (ACP), qui intègre la matrice-anti-image, le test de KMO, le
test de sphéricité de Bartlett, la matrice des composantes, les valeurs propres et la qualité de
Tableau 3 : Niveau d’acceptabilité des différents indicateurs retenus pour le test des échelles
de mesure
Indicateur des tests Seuils retenus Référence
Kaiser-Mayer-Olkin(KMO) ≥ 0,5 Kaiser (1974)
Sphéricité de Bartlett ≤ 0,05 Bourque et al (2006)
Valeur de la diagonale de la matrice anti-image >0,5 Kaiser (1974)
Contribution factorielle (matrice de corrélation) ≥ 0,5 Schwab (2006)
Qualité de représentation ≥ 0,4 Carriano (2009)
Guttman (1954)
Nombre de facteur à extraire Valeur propre >1
Kaiser (1960)
Méthode de rotation Varimax Howard (2016)
ACP
Validité
Anderson, Hair&Tatham
Loadings > 0,5
(2016)
Communalités (extraction) > 0,4 Kellow (2018)
Ursachi, Horodnic et Zait
Fiabilité Alpha de Cronbach > 0,6
(2015)
Source : Elaboré par nos soins
Les instruments d'évaluation ou de mesure (tests ou échelles par exemple) sont élaborés de
manière, à ce que tous les items qui les composent permettent d’appréhender une seule
dimension et lorsque cette exigence est satisfaite, on dit que l'instrument est unidimensionnel.
Néanmoins, dans la pratique de la mesure, le chercheur se trouve rarement face à une dimension
réellement unique. Voilà pourquoi, on préfère évoquer une unidimensionnalité dominante par
rapport à d'autres dimensions qui peuvent également intervenir et exercer une certaine influence
sur les résultats individuels. Il existe différentes approches qui permettent d'évaluer cette
caractéristique, parmi lesquelles on peut citer le coefficient alpha de Cronbach ou l'analyse
factorielle.
Sur le tableau n°4, nous observons que les résultats issus des tests de Bartlett et de l’indice KMO,
montrent que tous les indices sont supérieurs à (0,5), ce qui signifie qu’il existe une solution
factorielle statistiquement acceptable et qui représente les relations entre les items de chaque
mécanisme de contrôle. Par ailleurs, toutes les significations de Bartlett (P-value) sont inférieures
à 5% soit (P-value = 0,000 < 0,05). L’hypothèse d’homogénéité des variances est donc rejetée.
Ceci révèle que nos données proviennent d’une population où les matrices de corrélation entre
les items ne sont pas des matrices d’identité.
Nous précisons que l’Analyse en Composante Principale (ACP) a été réalisée dans le but de vérifier
si tous les items répondent aux normes retenues. Une lecture fugace du tableau de matrice des
composantes, montre que les cinq items « ETH1 », « ETH2 », « ETH3 », « ETH4 » et « ETH6 »
représentent respectivement des contributions factorielles de (0.787), (0.617), (0.731), (0.913) et
(0.923) et c’est la raison pour laquelle, ils participent à former les facteurs retenus, alors que l’item
« ETH5 » a une contribution négative tandis que l’item « ETH7 » dévoile une contribution
inférieure à la norme (0 ,5).
De ce fait, nous avons réamorcé une analyse factorielle après avoir écarté lesdits items (« ETH5 »
et « ETH7 »), ce qui nous a permis d’obtenir une structure unidimensionnelle et qui restitue
80,658% de l’inertie totale (Tableau 5).
Au niveau de la variable conformité, cette solution est unidimensionnelle et les facteurs extraits,
permettent d’expliquer après rotation 80,293% de la variance (Tableau 6).
Le résultat obtenu (Tableau 7) montre une très bonne fiabilité des outils de mesure, puisque le
coefficient alpha de Cronbach, enregistre une valeur supérieure au seuil minimal préconisé (∝ >
0,6).
A partir de cette observation, nous pouvons affirmer que l’éthique impacte favorablement la
conformité fiscale, puisque le coefficient de corrélation de Pearson est de (Ƿ = 0,893).
Statistiquement, cette corrélation est située à un niveau important car, la signification obtenue
est de 0 et reste largement inférieure à 0,05.
Le test de la régression, révèle que R2ajusté = 0,824. Ce résultat, prouve que l’éthique explique
82,4% de la conformité fiscale.
Au gré de ces résultats, aussi bien ceux de la corrélation bi-variée que de R-deux ajusté, nous
pouvons confirmer que l’hypothèse est validée puisqu’un niveau d’éthique élevé se répercute
favorablement sur la conformité fiscale.
Les résultats de notre étude empirique, révèlent l’impact positif de l’éthique sur la conformité
fiscale. Cette influence a été vérifiée sur trois niveaux :
Enfin ces mêmes résultats dévoilent que la majorité des contribuables marocains, considère la
fraude fiscale comme un acte dépourvu d’éthique.
Nous pouvons donc conclure que les résultats de notre étude empirique sont en parfaite
adéquation avec les réflexions théoriques énoncées dans notre revue de littérature.
Conclusion et perspectives :
Comme nous avons pu l’observer, aussi bien au niveau des spéculations théoriques que des
résultats de notre étude empirique, l’éthique a une répercussion importante et positive sur la
conformité fiscale. Ainsi Tyler (1990) souligne « le contribuable dans sa décision de respecter
scrupuleusement ou non la loi fiscale, a besoin de repères et à ce niveau, le comportement des
responsables politiques et administratives constitue la meilleure boussole possible ».
Certes, l’éthique ne concerne pas exclusivement le comportement de ceux qui ont la charge de
« la chose publique », mais aussi le contribuable. A ce niveau on parle d’éthique individuelle ou
personnelle et qui demeure tributaire de facteurs divers, comme l’éducation, le niveau
d’instruction, la pression sociale, la culture dominante, ect. Ainsi, Sour (2004), dans son étude sur
la conformité fiscale dans les pays scandinaves, observe que le comportement des citoyens
norvégiens, suédois ou encore danois, est avant tout influencé par la culture dominante dans ces
pays, une culture fondée sur le respect des lois et des institutions, à telle enseigne que l’impôt est
perçu comme une contribution citoyenne et non pas comme une obligation. Pour l’auteur, l’impôt
dans les pays scandinaves s’est métamorphosé en une norme sociale.
Une autre problématique que pose l’éthique, est celle soulevé par Torgler (2009), qui pense que
dans la mesure, où il existe des lois inscrites dans le droit positif (lutte contre l’abus de pouvoir,
contre la corruption, etc.) et qui permettent de tracer une frontière entre ce qui est éthique et ce
qui ne l’est pas, les comportements abusifs doivent être lourdement sanctionnés par les autorités
afin que tous les contribuables puissent avoir le sentiment qu’ils sont égaux devant la loi. Torgler
déplace donc le concept de l’éthique du cadre morale vers le cadre juridique. D’ailleurs, c’est dans
cet esprit que Lambert (2014) défend le principe fort connu « A fraude égale sanction égale ».
Certes, le Maroc ne cesse de déployer des efforts importants pour lutter contre les dérives de
l’éthique publique, comme la ratification de la convention des Nations Unies contre la corruption,
la création de l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption (ICPC) dédiée à la lutte contre ce
fléau ou encore la mise en place des principes de la bonne gouvernance, d’intégrité, de
transparence et de participation des citoyens. Il s’agit bel et bien d’une stratégie précise de lutte
contre les déviances qui peuvent affecter l’éthique publique. Néanmoins et malgré ces efforts,
l’indice de perceptions de la corruption publié par Transparency International (2021), classe le
Maroc à la 86ème place sur les 180 pays étudiés et l’auteur du rapport souligne, que la corruption
est devenue un phénomène chronique au Maroc.
Un autre point important concerne l’impôt lui-même. En effet, l’OXFAM souligne que dans le
système fiscal marocain, « de nombreux contribuables potentiels, principalement dans le secteur
informel échappent à l’impôt, laissant reposer les trois quarts des recettes sur les salariés du public
et du privé ». Or, lorsque l’on sait que 80% des travailleurs du privé évoluent dans l’informel, on
imagine aisément la part colossale qu’occupe les prélèvements sur les salaires des fonctionnaires
dans les recettes de l’impôt sur le revenu. A ce titre l’OXFAM rappelle, que « 60% des entreprises
marocaines se déclarent déficitaires et 8% en sont exonérées ». Or, pour cet organisme, cette
pression fiscale supportée par une catégorie ciblée de contribuables, (fonctionnaires), conduit à
une perception non éthique de l’impôt, surtout que « le Maroc ne dispose pas de fiscalité moderne
sur la détention du patrimoine, fort vecteur d’écarts de richesses ».
Néanmoins et même si les résultats de notre étude empirique semblent en parfaite symétrie avec
les spéculations théoriques et qui concernent le lien positive entre l’éthique et la conformité
fiscale du contribuable, nous devons relever trois limites importantes de notre recherche :
D’abord, une limite de nature théorique puisque les contours de ce déterminant restent
complexes et soumis à des facteurs hétérogènes, comme la morale publique, le civisme des
citoyens, la culture, l’équité fiscale, le niveau d’instruction, l’utilisation efficace et efficiente de
Ensuite, une limite méthodologique puisque notre enquête sur le terrain n’a concerné que la
région de Fès/Meknès, ce qui constitue un champ d’études restreint. De plus, la nature de notre
approche méthodologique était de nature quantitative, ce qui n’autorise pas une exploitation
qualitative des résultats.
Enfin, une limite pratique, dans la mesure où il est difficile pour ne pas dire impossible de
transposer un modèle d’éthique sur un autre. Ainsi, on ne peut nullement comparer les conditions
économiques, culturelles et sociologiques des citoyens scandinaves avec les conditions des
citoyens africains, asiatiques, voire européens. En effet et comme le précise Sour (2004) « la
sociologie culturelle scandinave est unique et difficilement transposable car elle reflète des
sociétés façonnées par leur éducation, leur histoire et leur perception de la justice, de l’équité et
de l’éthique ».