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Impact de l'Éthique sur la Conformité Fiscale au Maroc

Ce document traite de la relation entre l'éthique et la conformité fiscale dans le contexte marocain. Il présente une étude empirique menée auprès de 300 contribuables marocains dans la région de Fès-Meknès visant à mesurer l'impact de l'éthique sur leur niveau de conformité fiscale. Les résultats suggèrent que l'éthique a une influence positive significative sur la conformité fiscale des contribuables marocains.

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Impact de l'Éthique sur la Conformité Fiscale au Maroc

Ce document traite de la relation entre l'éthique et la conformité fiscale dans le contexte marocain. Il présente une étude empirique menée auprès de 300 contribuables marocains dans la région de Fès-Meknès visant à mesurer l'impact de l'éthique sur leur niveau de conformité fiscale. Les résultats suggèrent que l'éthique a une influence positive significative sur la conformité fiscale des contribuables marocains.

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Alternatives Managériales et Economiques

E-ISSN : 2665-7511
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MACHMOUME & NMILI/ Revue AME Vol 4, No 3 (Juillet, 2022) 362-380

Ethique et conformité du contribuable : Etude empirique dans le


contexte marocain, MACHMOUME, S.1, NMILI, M.2

1. Docteure chercheuse, Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, [email protected].


2. Professeur Chercheur, laboratoire ERMOT, Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, FSJES, Fès,
[email protected].

Date de soumission : 31/05/2022 Date d’acceptation : 24/07/2022

Résumé :

De nombreux facteurs fort hétérogènes comme le consentement, l’équité, le civisme ou encore


le taux d’imposition, le revenu et la conjoncture économique, semblent influencer la conformité
fiscale. Néanmoins, l’éthique qui a trait aux valeurs et à la morale, semble exercer une incidence
importante sur la conformité du contribuable.

En conséquence, l’objectif de notre recherche est de répondre à la problématique suivante : Dans


quelle mesure l’éthique impacte - t - elle la conformité fiscale ?

Pour ce faire, nous avons opté pour une enquête par questionnaire qui a concernée 300
contribuables (personnes physiques) résidents dans la région Fès-Meknès. L’analyse des données
avait pour objectif de tester le degré d’influence de la variable indépendante l’éthique sur la
variable dépendante à savoir conformité du contribuable marocain, en nous basant sur les tests
d’indépendance et notamment le coefficient de corrélation de Pearson et la régression linéaire.

En s’appuyant d’abord, sur un corpus théorique qui étudie la relation entre l’éthique et la
conformité fiscale et en exposant les résultats de notre étude empirique qui dévoilent que
l’éthique a une incidence positive notoire sur la conformité du contribuable marocain, nous allons
dans le présent article, étudier et explorer la manière dont ce déterminant affecte la conformité
fiscale.

Mots- clés : Ethique, Impôt, Conformité, déterminants, impact.

Revue ame, Vol 4, No 3 (Juillet, 2022) 362-380 Page 362


Taxpayer Ethics and Compliance: Empirical Study in the Moroccan Context

Abstract:

Many very heterogeneous factors such as consent, fairness, good citizenship or the tax rate,
income and economic conditions, seem to influence tax compliance. Nonetheless, ethics, which
relate to values and morals, appear to have a significant impact on taxpayer compliance.

Consequently, the objective of our research is to respond to the following problem: To what
extent does ethics impact - t - it tax compliance?

To do this, we opted for a questionnaire survey that involved 300 taxpayers (natural persons)
residents in the Fez-Meknes region. The objective of the data analysis was to test the degree of
influence of the independent variable ethics on the dependent variable of compliance of the
Moroccan taxpayer, based on independence tests, including the Pearson correlation coefficient
and linear regression.

By first relying on a theoretical corpus that studies the relationship between ethics and tax
compliance and by explaining the results of our empirical study that reveal that ethics has a clear
positive impact on the compliance of the Moroccan taxpayer, we will in this article, study and
explore how this determinant affects tax compliance.

Key words : Ethics, Tax, Compliance, determinants, impact.

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Introduction :

Si le terme éthique peut prêter à confusion c’est parce qu’il est souvent assimilé à la moralité.
Certes, l’éthique et la morale sont par leur origine étymologique assez proches, puisque le mot
«éthique » renvoie à la racine grecque, « ethos » qui signifie mœurs, tandis que la « morale », est
un terme latin, qui vient lui- même de la traduction du mot grec « éthique ».

Il existe de nombreuses définitions de l’éthique et de la morale. Ainsi, Wünenberger (1993),


définit la morale comme « un ensemble des prescriptions concrètes adoptées par des individus ou
un groupe social », puis l’éthique comme « la science du comportement des mœurs, c’est-à-dire
l’étude théorique des principes régissant les choix pratiques du point de vue morale ». On observe
donc, que la morale est un ensemble de normes respectées et suivies par un groupe social, alors
que l’éthique se consacre à l’étude de la répercussion de ces normes sur la société.

Néanmoins et comme le souligne Mercier (2014) deux difficultés importantes persistent :


d’abord, « comment transposer le concept de la morale individuelle sur les institutions publiques
et comment évaluer la conduite de ces institutions en termes d’éthique ? ».

Trivedi (2003) semble avoir répondu à cette difficulté posée par Mercier puisqu’il précise que
l’éthique institutionnelle, est « la manière dont une institution intègre les valeurs clés d’une nation
dans ses pratiques et dans son processus de décision ». Autrement dit l’éthique publique se traduit
par « un comportement qui reflète les valeurs communes dans une société et se traduit par les
décisions politiques, économiques et sociales qui doivent être transparentes, émaner d’une
autorité caractérisée par sont intégrité et sa droiture ».

Quant à la manière d’évaluer la conduite des institutions, Trivedi, préconise de vérifier


l’adéquation des décisions politiques, sociales, économiques et fiscales, avec les valeurs
communes ancrées dans la société car, lorsque c’est le cas, on assiste généralement à l’adhésion
des citoyens et à une conformité aux lois.

A ce titre, Wenzel (2005), fait prévaloir que «la perte de légitimité qui peut toucher les autorités
et les institutions politiques modernes, trouve sa raison d’être dans le recul de l’éthique aussi bien
dans les comportements, que dans les décisions politiques ». En effet, l’auteur précise, que
lorsqu’il existe un décalage entre les mœurs, les codes, les valeurs communes partagés par les
citoyens et les pratiques politiques immorales des responsables politiques ou administratifs, la
légitimité du pouvoir peut être remise en cause, et se traduira par une érosion de la confiance,
une remise en question de l’autorité politique et une méfiance à l’égard des lois et des

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institutions. A ce titre, Wenzel remarque que dans la mesure où l’impôt émane d’une autorité
politique et qu’il est placé sous la supervision d’une autorité administrative (administration
fiscale), l’éthique publique va venir en premier lieu, influencer la légitimité de l’impôt et dans un
second lieu, la conformité fiscale.

Sous le même angle d’analyse, Nmili (2011) en évoquant les différents éléments justificatifs de la
fraude fiscale, observe que « la corruption reste une réalité du quotidien des administrations.
Mais, qu’on ne se trompe pas, la corruption n’est pas l’apanage exclusif des administrations
financières. On la trouve là où il y a le pouvoir de fermer les yeux et le pouvoir de favoriser et tous
les secteurs sont concernés ». On observe que l’auteur souligne le danger d’une
institutionnalisation de la corruption et ses répercussions négatives sur la conformité.

Ces approches théoriques, mettent en exergue une relation indéfectible entre l’éthique et la
conformité fiscale, puisque nous remarquons que toute absence ou toute régression de l’éthique
publique affecte négativement la conformité fiscale.

A partir de ce constat, nous pouvons énoncer la problématique suivante : Dans quelle mesure
l’éthique impacte - t- elle la conformité fiscale ?

Pour pouvoir répondre, à cette problématique, le présent papier s’appuiera sur une revue de
littérature qui évoquera la relation de cause à effet susceptible d’exister entre le déterminant
éthique qui constitue notre variable indépendante et la conformité fiscale qui forme notre
variable dépendante. Cette approche théorique nous permettra, dans un premier temps, de
formuler notre hypothèse de recherche et dans un second temps, nous autorisera à exposer les
résultats de notre étude empirique dont l’objectif principal, est de mesurer l’impact de l’éthique
sur la conformité du contribuable marocain. Dès lors, les résultats obtenus, permettront de
vérifier la validité ou non de cette hypothèse et de tirer les conclusions qui s’imposent.

1. Les approches théoriques de la relation entre l’éthique et la conformité fiscale

Pour de nombreux auteurs, s’il existe un lien inéluctable entre l’éthique publique et la conformité
du contribuable, c’est parce qu’en réalité, l’éthique agit d’abord sur la légitimité de l’impôt et
ensuite sur la conformité fiscale. Ainsi, pour Macintyre (2007), « les contribuables sont même
disposés à payer plus d’impôt lorsque les conditions d’éthique optimales sont réelles et palpables
avec notamment des leaders politiques au comportement irréprochable dans leur exercice du
pouvoir ».

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Néanmoins, lorsqu’on aborde l’éthique et sa relation avec la conformité fiscale, il faut différencier
deux approches différentes. D’abord, l’approche qui traite de l’éthique publique (comportement
des agents de l’Etat …) et ensuite, l’approche qui aborde l’éthique du contribuable.

Pour ce qui est de l’éthique publique, Ricœur (1974) souligne que « les mouvements sociaux
contestataires qui remettent en cause les légitimités des pouvoirs et rejettent toutes les formes
structurantes dont l’impôt en fait partie, trouvent leur origine dans les comportements des
responsables politiques et administratifs ». Autrement dit, quand la morale publique régresse et
qu’elle n’est plus en adéquation avec les valeurs et les normes partagées dans une société, la
légitimité du pouvoir se trouve contestée et à travers elle, l’impôt.

D’ailleurs, en procédant à une analyse statistique des données recueillis dans plus de 30 pays,
Belkaoui (2004) relève, que le niveau de la conformité fiscale est élevé dans les pays
démocratiques, là où la corruption et la bureaucratie sont presque insignifiantes (Scandinavie,
Nouvelle Zélande, Canada). A ce titre, l’auteur souligne que la corruption est le premier critère
qui ressort des enquêtes explicatives des résistances à l’impôt.

Allant dans le même sens, Levi (1997) indique que deux éléments affectent la perception de la
légitimité de l’impôt chez le contribuable : d’abord, l’éthique publique et ensuite, l’utilisation
efficace et efficiente de l’impôt. En effet, pour Levi, lorsque la corruption prédomine et lorsque
les deniers publics sont « mal utilisés », le contribuable a tendance à chercher à se soustraire à
l’impôt car il considère que le contrat fiscal qui le lie au pouvoir est rompu. A cet effet, Tanzi et
Davoodi (2000), remarquent que « l’absence ou le repli de la morale publique, favorise le
développement de la fraude fiscale ». Or, pour les deux auteurs, cette fraude affecte
négativement le principe de l’équité fiscale, puisqu’elle oblige les Etats à accentuer la pression
fiscale pour pouvoir maintenir un niveau important de recettes fiscales.

Pour sa part, Sormany (2005) remarque, que si les contribuables ont le droit d’exiger un
comportement irréprochable des responsables politiques et administratifs, c’est pour la simple
raison « que le financement des activités de l’État, provient principalement des contributions des
citoyens par le truchement des impôts ». Par ailleurs, l’auteur observe qu’en matière des dépenses
publiques, l’État se trouve en situation de monopole, ce qui en soi, n’est guère éthique, puisque
le monopole engendre des abus, d’où la nécessité et l’obligation « d’une utilisation optimale des
ressources de l’impôt ».

Quant à Bouvier (2017), il considère que l’éthique de l’impôt se consolide avec le principe de la
justice fiscale, « il n’est pas de société moderne qui puisse être et se penser solidaire, sans que

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ceux qui en sont membres ne soient convaincus que la justice constitue une réalité effective. La
justice fiscale figure en tête de ces convictions. Mais celle-ci représente un objectif
particulièrement difficile à atteindre, si on ne la relie pas à un référent philosophique ou éthique».
L’auteur intègre donc l’éthique comme une exigence morale, permettant une meilleure
acceptation de l’impôt et de ce fait, une meilleure conformité fiscale.

Néanmoins, nous notons avec intérêt que Kirchler (2008) relève une antinomie entre politique et
morale car, pour l’auteur, « la politique se caractérise par des exigences d’ordre tactique et impose
des rapports de force et de domination, alors que la morale, est liée aux principes de valeurs et de
devoirs et à la manière de les accomplir ». Néanmoins et malgré cette contradiction, Kirchler
n’affranchit pas les politiciens de l’obligation de défendre les valeurs morales communes car pour
lui, ce sont ces dernières qui permettent aux citoyens de s’identifier d’abord à l’action politique
et ensuite, de se conformer aux lois.

En somme, nous relevons que si l’éthique publique, influence grandement la conformité fiscale,
c’est parce que l’image que projette les agents de l’Etat, se répercute inlassablement sur la
perception et la légitimité de l’impôt et « in fine » sur la conformité fiscale.

Néanmoins, l’étude du lien entre l’éthique et la conformité fiscale, n’est pas exclusivement guidé
par la morale publique car, de nombreux auteurs, considèrent que l’éthique, peut aussi avoir trait
au comportement du contribuable et aux valeurs sociales dominantes. En effet, Warneryd et
Walerud (1982) puis Porcano (1988) soulignent que lorsque dans une société donnée, les valeurs
morales se situent à un niveau élevé, les contribuables ont tendance à se conformer à leurs
obligations fiscales.

Pour leur part, Schwartz et Orléans (1967) ont mené une étude sur les facteurs qui impactent
significativement la conformité fiscale chez le contribuable américain et déduisent que l’influence
de la moralité, des valeurs sociales est plus importante que celle des sanctions et que « les appels
de la conscience exercent plus d’influence sur le contribuable que les peines juridiques ».

D’ailleurs Torgler dans son étude sur l’influence qu’exerce la norme sociale sur la conformité
fiscale, révèle que les personnes qui possèdent une éthique fiscale élevée, sont convaincues que
tous les contribuables respectent les lois fiscales, alors que ceux qui ont une faible éthique fiscale,
sont persuadés, que la plupart des contribuables fraudent. Signalons que l’approche de Torgler
prend appui sur le principe psychologique de « l’effet miroir », qui suppose, que toute décision de
l’individu, ne fait que refléter la norme sociale dominante.

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A cet effet, Song et Yarbrough (1978) soulignent que le comportement éthique du contribuable,
reste soumis à une triple influence : d’abord le niveau de l’éthique dominant dans le milieu social
de ce dernier, ensuite l’influence de la norme juridique et en fin, l’impact de certains facteurs
situationnels. Ainsi, lorsque « la norme sociale » tend vers la conformité, le contribuable est
influencé par ce principe social prédominant. Quant à la norme juridique, elle concerne les valeurs
portées par la loi (équité, intérêt général, justice sociale, etc.). En fin, pour ce qui concerne les
facteurs situationnels, les deux auteurs pensent, que des variables comme la culture, l’instruction,
l’ethnicité et le climat économico-social, affectent la conformité du contribuable. A ce titre,
Torgler (2009) remarque que lors de la crise financière de 2008 aux Etats Unis et la succession des
différents scandales financiers (détournement, faillites, rôle des banques dans la crise,
comportement des politiciens, …) la perception de l’éthique par le contribuable a sensiblement
été modifiée, affectant par la même occasion la conformité fiscale. En effet, « scandalisé par
toutes ces affaires, le contribuable américain, s’est montré moins disposé à collaborer et à se conformer
aux lois ».

D’ailleurs Roth (1989) identifie deux principaux éléments qui agissent sur la conformité fiscale :
l’intérêt financier et l’engagement moral. En effet, pour l’auteur, dans un premier temps, les
contribuables éprouvent « certaines réticences à se conformer à l’impôt car, ils cherchent à sauvegarder
leur propre intérêt financier et à minimiser leur contribution, mais dans un second temps, en raison de la
pression morale, ils préfèrent respecter la loi fiscale ». Nous remarquons que l’engagement moral a
un effet plus persuasif que la nécessité économique.

Pour conclure, nous relevons les points de synthèse suivants :


▪ Il existe deux catégories d’éthique, l’éthique publique et l’éthique individuelle.
▪ L’éthique publique se manifeste d’abord, par la droiture, l’intégrité de ceux qui ont en
charge « la chose publique » et ensuite, par l’utilisation efficace et efficiente de l’impôt.
Tandis que L’éthique individuelle, reste soumise à des facteurs fort hétéroclites, qui
peuvent être de nature sociale (norme sociale), ou juridique (les valeurs portées par la
loi) ou encore psychologique (la conscience) ou situationnelle (contexte).
▪ L’éthique impacte la conformité fiscale.

En substance, et à partir de ce corpus théorique, nous pouvons formuler l’hypothèse de recherche


suivante : L’éthique fiscale impacte favorablement la conformité fiscale.
A partir de cette hypothèse, nous allons confronter les avancées théoriques à la réalité du terrain
et ce grâce à notre étude empirique, qui aboutira à la validité ou non de notre hypothèse et
déterminera s’il existe réellement une relation de cause à effet entre notre variable indépendante
(l’éthique) et notre variable dépendante (la conformité fiscale).

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2. Etude empirique

oute étude empirique suppose l’adoption par le chercheur d’une méthodologie de recherche
dont l’objectif est d’expliquer les principales étapes qui ont précédé la réalisation de l’enquête
sur le terrain. Il s’agit des différents protocoles adoptés par le chercheur et qui doivent non
seulement, décrire et justifier avec rigueur les différents choix méthodologiques, mais de
s’adapter aux objectifs de la recherche.

A cet effet, nous commencerons dans un premier temps, par exposer notre stratégie
d’échantillonnage et les différents instruments déployés pour la collecte de données, pour
pouvoir s’intéresser par la suite, à l’opérationnalisation des variables. Dans un second temps,
nous mettrons l’accent sur les tests des échelles de mesure, pour pouvoir dans l’ultime étape,
énoncer les résultats obtenus et tirer les conséquences qui en découlent.

2.1. Stratégie d’échantillonnage et outils de collecte des données

En premier lieu nous avons opté pour la démarche positiviste car, ce paradigme considère que la
réalité est dotée d’une essence propre car soumise à des lois universelles, ce qui ouvre au
chercheur, la voie de travailler dans une perspective de « cause à effet ». Or, c’est exactement
l’objectif de notre recherche, puisque nous étudions la relation entre l’éthique (variable
indépendante) et la conformité fiscale (variable dépendante). Par ailleurs, nous avons choisi le
raisonnement déductif car, associé au positivisme il autorise à formuler des hypothèses et à les
tester.

Au niveau méthodologique, nous avons opté pour l’approche quantitative qui permet de mesurer
d’une manière rigoureuse, les variables et donc de s’assurer que les concepts mesurés sont
fiables. En outre, cette approche autorise le chercheur à tester ses hypothèses de recherche issue
des spéculations théoriques et de pouvoir par la suite, généraliser les résultats. A cet effet, nous
signalons que nous avons mené notre étude, empirique grâce à un questionnaire, qui a permis de
collecter rapidement les résultats, de repérer les régularités et de proposer des conclusions
scientifiquement viables.

S’agissant de notre stratégie d’échantillonnage, nous avons opté pour la méthode non
probabiliste, appelée aussi méthode empirique, pour laquelle le choix des individus n’est pas
aléatoire mais raisonné.
Nous précisons que notre enquête fût menée entre janvier et mars 2021 dans la région de Fès
/Meknès. Par ailleurs et avant d’amorcer notre collecte des données, nous avons soumis notre

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questionnaire à un pré-test auprès de 40 personnes et ce dans le but de vérifier que le contenu
et la forme des questions, sont adaptés aux objectifs de notre étude empirique et de déceler les
erreurs éventuelles. Nous avons, bien entendu tenu compte des différentes observations.

En fin, notre échantillon représentatif définitif, était constitué de 300 contribuables imposables
au Maroc, appartenant à des catégories socioprofessionnelles (CSP) hétéroclites. Notre
questionnaire fut administré par voie électronique (internet) et par la méthode du « face à face ».

Nous observons que nous avons enregistré un taux de retour de l’ordre de 97 %, soit 291
questionnaires renseignés, pouvant faire l’objet d’un traitement et d’une analyse statistique. En
prenant en compte l’échelle de Bara (2013), le taux de 97 % est jugé très satisfaisant.

2.2. Opérationnalisation des variables

Nous précisons d’abord, que les réponses des contribuables ont été recueillies grâce à l’échelle
de Likert à cinq options (tout à fait d’accord, plutôt d’accord, neutre, peu d’accord, pas du tout
d’accord), ce qui permet de couvrir un spectre large d'opinions.

Nous rappelons que l’opérationnalisation des variables, permet au chercheur, de passer du cadre
théorique au cadre empirique et donc de traduire l’abstrait en concret. Ainsi, dans un premier
temps, il faut calculer les indices qui peuvent mesurer les concepts théoriques et dans un second
temps, il faut tenter de détecter les corrélations entre les variables issues du terrain pour pouvoir
tirer les conclusions qui s’imposent comme par exemple confirmer ou infirmer une hypothèse de
recherche.

A ce titre l’opérationnalisation des différents items retenus, a été effectuée aussi bien au niveau
de notre variable indépendante (éthique) que de notre variable dépendante (conformité fiscale).

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Tableau 1 : Opérationnalisation de la variable éthique
Items Auteurs de référence
ETH 1 L’éthique signifie que le comportement de Torgler (2009); Hindriks (2008);
ceux qui détiennent le pouvoir est exemplaire Belkaoui (2004); Trivedi (2003);
(droiture, intégrité, transparence,). Ricoeur (1974)
ETH 2 L’impôt utilisé dans l’intérêt général est Schabmann (2013) ; Rablen (2010) ;
éthique (Bien-être social et économique). Sandamo (2005) ; Levi (1997) ;
Sanchez (1995)
ETH 3 Gaspiller inefficacement les deniers publics Torgler (2009) ; Sormany (2005) ; Levi
est non éthique. (1997) ; Sanchez (1995).
ETH 4 Payer ses impôts est un engagement moral. Metayer (2002) ; Roth (1989) ;
Schwartz et Orleans (1967)
ETH 5 Frauder est un acte non éthique. Sour (2004) ; Perkins (2003) ; Sheffrin
et Triest (1992) ; Brooks et Doobs
(1990)
ETH 6 L’éthique est prépondérante dans le milieu Torgler (2009) ; Bouvier (2017) ; Song
social du contribuable. et Yarbourgh (1978) ; Schwartz et
Orleans (1967)
ETH 7 L’impôt n’est pas éthique, car, il réduit le Lambert (2014)
revenu du contribuable. Roth (1989)
Source : Elaboré par nos soins
Tableau 2 : Opérationnalisation de la variable conformité
Items Auteurs de référence
D.CONF_1 Se conformer c’est respecter les lois et Roquilly et Collard (2009)
les normes. Tyler et Levi (2009), Rousseau (1762) ;
Cialdini et Goldstein (2004) ; Hurd
(1999) ; Paine (1994)
D.CONF_2 Se conformer à l’impôt est un Hofmann et Gangl (2014)
comportement éthique. Bowers et Robinson (2012)
Feld (2006); Mestelmen (2004)
Slemrod (1998)
D.CONF_3 Se conformer à l’impôt c’est remplir ses Bouckaert et Van de Walle (2001)
obligations fiscales (honnêteté des Allingham et Sandamo (1972)
déclarations, respect des délais, Barjoyai (1987)
paiement spontané de l’impôt).
D.CONF_4 Se conformer à l’impôt c’est faire passer Bouvier (2018) ; Kogler (2013)
l’intérêt général avant l’intérêt Nmili (2011) ; Mucchielli (2009)
personnel. Sour (2004) ; Perkins (2003)
Levi (1997); Roth (1989)
Source : Elaboré par nos soins

2.3. Test des échelles de mesure

Avant de tester les échelles de mesure, nous avons d’abord, amorcé la codification de l’ensemble
des items retenus et ce, dans le but d’examiner la validité desdits items en faisant appel à
l’Analyse en Composante Principale (ACP), qui intègre la matrice-anti-image, le test de KMO, le
test de sphéricité de Bartlett, la matrice des composantes, les valeurs propres et la qualité de

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représentation. Ensuite, nous avons procédé aux tests de fiabilité en faisant appel au coefficient
alpha de Cronbach, qui permet de vérifier la possibilité de mesurer plusieurs fois notre objet de
recherche d’une manière fidèle. En fin, nous avons testé le degré d’influence de la variable
éthique (variable indépendante) sur la variable conformité fiscale (variable dépendante) en nous
basant sur les tests d’indépendance et notamment le coefficient de corrélation de Pearson et la
régression linéaire. Nous précisons que la conduite de ces tests a été effectuée sous SPSS version
24.

Tableau 3 : Niveau d’acceptabilité des différents indicateurs retenus pour le test des échelles
de mesure
Indicateur des tests Seuils retenus Référence
Kaiser-Mayer-Olkin(KMO) ≥ 0,5 Kaiser (1974)
Sphéricité de Bartlett ≤ 0,05 Bourque et al (2006)
Valeur de la diagonale de la matrice anti-image >0,5 Kaiser (1974)
Contribution factorielle (matrice de corrélation) ≥ 0,5 Schwab (2006)
Qualité de représentation ≥ 0,4 Carriano (2009)
Guttman (1954)
Nombre de facteur à extraire Valeur propre >1
Kaiser (1960)
Méthode de rotation Varimax Howard (2016)
ACP
Validité

Anderson, Hair&Tatham
Loadings > 0,5
(2016)
Communalités (extraction) > 0,4 Kellow (2018)
Ursachi, Horodnic et Zait
Fiabilité Alpha de Cronbach > 0,6
(2015)
Source : Elaboré par nos soins

3. Résultats de notre étude empirique

3.1. Analyse des tests statistiques

Les instruments d'évaluation ou de mesure (tests ou échelles par exemple) sont élaborés de
manière, à ce que tous les items qui les composent permettent d’appréhender une seule
dimension et lorsque cette exigence est satisfaite, on dit que l'instrument est unidimensionnel.
Néanmoins, dans la pratique de la mesure, le chercheur se trouve rarement face à une dimension
réellement unique. Voilà pourquoi, on préfère évoquer une unidimensionnalité dominante par
rapport à d'autres dimensions qui peuvent également intervenir et exercer une certaine influence
sur les résultats individuels. Il existe différentes approches qui permettent d'évaluer cette
caractéristique, parmi lesquelles on peut citer le coefficient alpha de Cronbach ou l'analyse
factorielle.

Revue ame, Vol 4, No 3 (Juillet, 2022) 362-380 Page 372


Dans cet objectif, nous avons au préalable, effectué une Analyse en Composante Principale de
l’ensemble de ces items et lorsque cette unidimensionnalité a été validée, nous avons par la suite,
calculé le coefficient alpha de Cronbach, pour s’assurer de la fiabilité de l’instrument de mesure.

Tableau 4 : Indice de KMO et teste de Bartlett de l’éthique et de la conformité


Indice KMO et test de Bartlett Ethique Conformité
Mesure de précision de l'échantillonnage de Kaiser- ,717 ,733
Meyer-Olkin
Test de sphéricité Khi-deux approximé 805,148 440,994
de Bartlett Ddl 10 6
Signification ,000 ,000
Source : Output SPSS 24.0

Sur le tableau n°4, nous observons que les résultats issus des tests de Bartlett et de l’indice KMO,
montrent que tous les indices sont supérieurs à (0,5), ce qui signifie qu’il existe une solution
factorielle statistiquement acceptable et qui représente les relations entre les items de chaque
mécanisme de contrôle. Par ailleurs, toutes les significations de Bartlett (P-value) sont inférieures
à 5% soit (P-value = 0,000 < 0,05). L’hypothèse d’homogénéité des variances est donc rejetée.
Ceci révèle que nos données proviennent d’une population où les matrices de corrélation entre
les items ne sont pas des matrices d’identité.

Nous précisons que l’Analyse en Composante Principale (ACP) a été réalisée dans le but de vérifier
si tous les items répondent aux normes retenues. Une lecture fugace du tableau de matrice des
composantes, montre que les cinq items « ETH1 », « ETH2 », « ETH3 », « ETH4 » et « ETH6 »
représentent respectivement des contributions factorielles de (0.787), (0.617), (0.731), (0.913) et
(0.923) et c’est la raison pour laquelle, ils participent à former les facteurs retenus, alors que l’item
« ETH5 » a une contribution négative tandis que l’item « ETH7 » dévoile une contribution
inférieure à la norme (0 ,5).

De ce fait, nous avons réamorcé une analyse factorielle après avoir écarté lesdits items (« ETH5 »
et « ETH7 »), ce qui nous a permis d’obtenir une structure unidimensionnelle et qui restitue
80,658% de l’inertie totale (Tableau 5).

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Tableau 5 : Analyse factorielle exploratoire de l’échelle de mesure relative à la variable
« Ethique » après épuration des items des items « ETH5 » et « ETH7 »
Variance totale expliquée
Somme des carrés des
Extraction Sommes des carrés
Valeurs propres initiales facteurs retenus pour la
des facteurs retenus
Composante rotation
% de la % % de la % % de la %
Total Total Total
variance cumulés variance cumulés variance cumulés
1 2,998 59,965 59,965 2,998 59,965 59,965 2,405 48,090 48,090
2 1,035 20,693 80,658 1,035 20,693 80,658 1,628 32,568 80,658
3 ,512 10,232 90,890
4 ,344 6,885 97,775
5 ,111 2,225 100,000
Méthode d'extraction : Analyse en composantes principales.
Source : Output SPSS 24.0

Au niveau de la variable conformité, cette solution est unidimensionnelle et les facteurs extraits,
permettent d’expliquer après rotation 80,293% de la variance (Tableau 6).

Tableau 6 : Analyse factorielle exploratoire de l’échelle de mesure relative à la variable


«Conformité du contribuable »
Variance totale expliquée
Somme des carrés des
Extraction Sommes des carrés
Valeurs propres initiales facteurs retenus pour la
des facteurs retenus
Composante rotation
% de la % % de la % % de la %
Total Total Total
variance cumulés variance cumulés variance cumulés
1 2,312 57,810 57,810 2,312 57,810 57,810 2,288 57,208 57,208
2 1,019 25,482 83,293 1,019 25,482 83,293 1,043 26,084 83,293
3 ,475 11,887 95,180
4 ,193 4,820 100,000
Méthode d'extraction : Analyse en composantes principales.
Source : Output SPSS 24.0

Tableau 7 : Statistiques de fiabilité de la variable éthique et conformité


Ethique Conformité
Alpha de Cronbach ,827 ,798
Nombre d’éléments 5 4
Source : Output SPSS 24.0

Le résultat obtenu (Tableau 7) montre une très bonne fiabilité des outils de mesure, puisque le
coefficient alpha de Cronbach, enregistre une valeur supérieure au seuil minimal préconisé (∝ >
0,6).

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Tableau 8 : Coefficient de corrélation de Pearson entre les variables : « Ethique » et
« Conformité fiscale ».
Corrélation
F_CONF F_ETH
Corrélation de Pearson 1 ,893**
F_CONF Sig. (Bilatéral) ,000
N 291 291
Corrélation de Pearson ,893** 1
F_ETH Sig. (Bilatéral) ,000
N 291 291
** La corrélation est significative au niveau 0,01 (Bilatéral).
Source : Output SPSS 24.0

A partir de cette observation, nous pouvons affirmer que l’éthique impacte favorablement la
conformité fiscale, puisque le coefficient de corrélation de Pearson est de (Ƿ = 0,893).
Statistiquement, cette corrélation est située à un niveau important car, la signification obtenue
est de 0 et reste largement inférieure à 0,05.

Tableau 9 : Régression entre la variable « Ethique » et « Conformité fiscale »


Modèle R R-deux R-deux ajusté
1 ,893a ,837 ,824
Source : Output SPSS 24.0

Le test de la régression, révèle que R2ajusté = 0,824. Ce résultat, prouve que l’éthique explique
82,4% de la conformité fiscale.

Au gré de ces résultats, aussi bien ceux de la corrélation bi-variée que de R-deux ajusté, nous
pouvons confirmer que l’hypothèse est validée puisqu’un niveau d’éthique élevé se répercute
favorablement sur la conformité fiscale.

4. Discussion des résultats

Les résultats de notre étude empirique, révèlent l’impact positif de l’éthique sur la conformité
fiscale. Cette influence a été vérifiée sur trois niveaux :

D’abord, au niveau de la perception par le contribuable marocain de l’incidence du


comportement des responsables politiques et administratives (droiture, transparence, etc.) sur
leur décision de se conformer ou non à la loi fiscale. A cet effet, lorsque ledit contribuable
constate la présence de toutes les composantes de l’éthique, il est enclin à se conformer à l’impôt.

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Ensuite, l’éthique a été examinée au niveau de l’efficience de l’impôt et son influence sur la
conformité du contribuable marocain. A ce titre, les résultats de notre enquête, montrent que
lorsque, ces prélèvements sont perçus comme bien orientés (infrastructures, consolidation du
bien-être social et économique, …), l’impôt est considéré comme éthique.

Enfin ces mêmes résultats dévoilent que la majorité des contribuables marocains, considère la
fraude fiscale comme un acte dépourvu d’éthique.
Nous pouvons donc conclure que les résultats de notre étude empirique sont en parfaite
adéquation avec les réflexions théoriques énoncées dans notre revue de littérature.

Conclusion et perspectives :

Comme nous avons pu l’observer, aussi bien au niveau des spéculations théoriques que des
résultats de notre étude empirique, l’éthique a une répercussion importante et positive sur la
conformité fiscale. Ainsi Tyler (1990) souligne « le contribuable dans sa décision de respecter
scrupuleusement ou non la loi fiscale, a besoin de repères et à ce niveau, le comportement des
responsables politiques et administratives constitue la meilleure boussole possible ».

Certes, l’éthique ne concerne pas exclusivement le comportement de ceux qui ont la charge de
« la chose publique », mais aussi le contribuable. A ce niveau on parle d’éthique individuelle ou
personnelle et qui demeure tributaire de facteurs divers, comme l’éducation, le niveau
d’instruction, la pression sociale, la culture dominante, ect. Ainsi, Sour (2004), dans son étude sur
la conformité fiscale dans les pays scandinaves, observe que le comportement des citoyens
norvégiens, suédois ou encore danois, est avant tout influencé par la culture dominante dans ces
pays, une culture fondée sur le respect des lois et des institutions, à telle enseigne que l’impôt est
perçu comme une contribution citoyenne et non pas comme une obligation. Pour l’auteur, l’impôt
dans les pays scandinaves s’est métamorphosé en une norme sociale.

Une autre problématique que pose l’éthique, est celle soulevé par Torgler (2009), qui pense que
dans la mesure, où il existe des lois inscrites dans le droit positif (lutte contre l’abus de pouvoir,
contre la corruption, etc.) et qui permettent de tracer une frontière entre ce qui est éthique et ce
qui ne l’est pas, les comportements abusifs doivent être lourdement sanctionnés par les autorités
afin que tous les contribuables puissent avoir le sentiment qu’ils sont égaux devant la loi. Torgler
déplace donc le concept de l’éthique du cadre morale vers le cadre juridique. D’ailleurs, c’est dans
cet esprit que Lambert (2014) défend le principe fort connu « A fraude égale sanction égale ».

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Si nous nous référons aux différentes enquêtes d’opinion menées Maroc, nous observons que de
nombreux sondages mettent en avant le lien entre l’éthique et la perception positive de l’impôt.
Ainsi, Benmoumen (2019), en commentant les résultats d’une enquête d’opinion sur le
consentement à l’impôt au Maroc, relève que « plus les citoyens perçoivent la corruption comme
importante, plus la probabilité du consentement décroît ». Pour cet auteur, le repli de l’éthique,
affecte négativement le consentement et par extension la conformité fiscale. Relevons que les
résultats de notre étude empirique vont exactement dans le même sens.

Certes, le Maroc ne cesse de déployer des efforts importants pour lutter contre les dérives de
l’éthique publique, comme la ratification de la convention des Nations Unies contre la corruption,
la création de l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption (ICPC) dédiée à la lutte contre ce
fléau ou encore la mise en place des principes de la bonne gouvernance, d’intégrité, de
transparence et de participation des citoyens. Il s’agit bel et bien d’une stratégie précise de lutte
contre les déviances qui peuvent affecter l’éthique publique. Néanmoins et malgré ces efforts,
l’indice de perceptions de la corruption publié par Transparency International (2021), classe le
Maroc à la 86ème place sur les 180 pays étudiés et l’auteur du rapport souligne, que la corruption
est devenue un phénomène chronique au Maroc.

Un autre point important concerne l’impôt lui-même. En effet, l’OXFAM souligne que dans le
système fiscal marocain, « de nombreux contribuables potentiels, principalement dans le secteur
informel échappent à l’impôt, laissant reposer les trois quarts des recettes sur les salariés du public
et du privé ». Or, lorsque l’on sait que 80% des travailleurs du privé évoluent dans l’informel, on
imagine aisément la part colossale qu’occupe les prélèvements sur les salaires des fonctionnaires
dans les recettes de l’impôt sur le revenu. A ce titre l’OXFAM rappelle, que « 60% des entreprises
marocaines se déclarent déficitaires et 8% en sont exonérées ». Or, pour cet organisme, cette
pression fiscale supportée par une catégorie ciblée de contribuables, (fonctionnaires), conduit à
une perception non éthique de l’impôt, surtout que « le Maroc ne dispose pas de fiscalité moderne
sur la détention du patrimoine, fort vecteur d’écarts de richesses ».

Néanmoins et même si les résultats de notre étude empirique semblent en parfaite symétrie avec
les spéculations théoriques et qui concernent le lien positive entre l’éthique et la conformité
fiscale du contribuable, nous devons relever trois limites importantes de notre recherche :

D’abord, une limite de nature théorique puisque les contours de ce déterminant restent
complexes et soumis à des facteurs hétérogènes, comme la morale publique, le civisme des
citoyens, la culture, l’équité fiscale, le niveau d’instruction, l’utilisation efficace et efficiente de

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l’impôt, et bien d’autres encore. Autrement dit l’éthique demeure un déterminant intangible, fort
difficile à mesurer et à évaluer en raison variables innombrables qui peuvent l’impacter.

Ensuite, une limite méthodologique puisque notre enquête sur le terrain n’a concerné que la
région de Fès/Meknès, ce qui constitue un champ d’études restreint. De plus, la nature de notre
approche méthodologique était de nature quantitative, ce qui n’autorise pas une exploitation
qualitative des résultats.

Enfin, une limite pratique, dans la mesure où il est difficile pour ne pas dire impossible de
transposer un modèle d’éthique sur un autre. Ainsi, on ne peut nullement comparer les conditions
économiques, culturelles et sociologiques des citoyens scandinaves avec les conditions des
citoyens africains, asiatiques, voire européens. En effet et comme le précise Sour (2004) « la
sociologie culturelle scandinave est unique et difficilement transposable car elle reflète des
sociétés façonnées par leur éducation, leur histoire et leur perception de la justice, de l’équité et
de l’éthique ».

Concernant les perspectives de notre recherche, nous en avons relevé un prolongement


théorique et un autre méthodologique. Au niveau théorique nous considérons que l’éthique n’est
pas un déterminant « figé » et qu’il faut s’intéresser à la dynamique économique, sociale,
culturelle et psychologique pour en mesurer l’évolution. Au niveau méthodologique, nous
sommes convaincus de la nécessité de mener des études qualitatives qui permettront de mieux
cerner la relation réelle entre l’éthique publique et l’éthique individuelle et bien entendu l’impact
que produit cette relation sur la conformité fiscale du contribuable marocain.

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