Communication et Management en Éducation
Communication et Management en Éducation
Introduction 1
1 Les théories des organisations 5
2 Une identité possible pour le secteur social et médico-social ? 13
3 Le secteur social et médico-social 19
4 La dimension contemporaine de l’intervention sociale 27
5 L’équipe 33
6 Le travail en équipe 41
7 La réunion 47
8 Les différentes formes de réunion 53
9 Travailler en réunion 59
10 Les réseaux et les fonctions de la communication 67
11 L’école de Palo Alto 77
12 Les fonctions du langage 89
13 Les différentes formes de communication 95
14 Les écrits professionnels 107
15 Les enjeux de l’écriture dans un contexte professionnel 115
16 Les nouvelles technologies de l’information
Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
et de la communication 129
17 Les enjeux des NTIC dans le travail éducatif 137
18 L’organisation de la structure 149
19 Le management de l’équipe 157
20 Le groupe 175
21 Les dynamiques de groupe 183
22 Pourquoi Astérix n’est-il pas le chef du village ? 193
23 Analyse stratégique et systémique 201
24 Les techniques de gestion des conflits 213
25 L’engagement 223
26 Le burn out ou l’usure professionnelle 235
27 Les modalités des certifications du DC3 : généralités 249
Sommaire
IV
Introduction
1. Décret n°2007-899 du 15 mai 2007 et arrêté du 20 juin 2007 relatif à la formation des
éducateurs spécialisés.
2. Décret n°2007-898 du 15 mai 2007 et arrêté du 20 juin 2007 relatif au diplôme d’État
de moniteur éducateur.
3. Le tableau introductif de la fiche 13 reprend cette répartition entre les formations d’E.S. et
de M.E.
1
Introduction
2
Introduction
Remerciements
La fiche 17 a été co-écrite avec Morgane Quilliou-Rioual, merci pour la justesse de ce
savoir numérique appliqué au travail social. Je tiens également à remercier Odile Pau-
tard et Rodrigue Zampasi-Bau, pour leur relecture attentive, exigeante et pertinente.
Cet ouvrage est pour ainsi dire le fruit d’un travail en équipe pluridisciplinaire.
3
Les théories
des organisations 1
1. L’ORGANISATION SCIENTIFIQUE DU TRAVAIL
DE FRÉDÉRICK WINSLOW TAYLOR
La plus ancienne des théories des organisations conçue afin de rationaliser
le travail est celle présentée par Frederick Winslow Taylor (1856-1915). Ses
travaux, menés à partir de la fin du XIXe siècle, sont désignés sous le terme
d’organisation scientifique du travail (OST). Son nom est resté associé à
cette « invention » technique : le taylorisme, autrement appelé « le travail à
la chaîne ». Le modèle de Taylor en 1901 comporte cinq types de réformes
des procédures liées à l’organisation du travail collectif :
• Le premier aspect consiste en une rationalisation administrative des
structures de l’entreprise (achat groupé et stockage, standardisation des
outils, réformes dans la conception et dans la disposition des machines).
Les tâches répétitives doivent être observées, étudiées et analysées dans
les moindres détails : ergonomies des postes, matériel utilisé, manière de
procéder, temps d’exécution.
• Le second aspect est la mise en place d’un département de planification
afin de contrôler la production. Le système décrit par Taylor est très élaboré
dans les détails des points de contrôle. Suite à l’étude des gestes et
postures, la meilleure façon de faire doit être retenue et généralisée à
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a Le bilan du taylorisme
Philippe Bernoux dans La sociologie des organisations, dresse ainsi le bilan
du taylorisme :
6
Fiche 1 • Les théories des organisations
ses dérives actuelles. Rendre les choses plus efficaces est une volonté louable,
c’est d’ailleurs un peu l’objet de cet ouvrage, cependant la rationalité de
l’acteur et du système énonce que les buts et les moyens sont exclusivement
définis en fonction de leur seule efficacité. Au-delà de notre secteur, présenté
comme tel, la nature des relations humaines est compromise. Si par exemple,
les relations sociales sont uniquement perçues comme impersonnelles,
instrumentales et utilitaires, la vie en société perd de son humanité. Il en
va de même dans le secteur social et médico-social, l’usager censé être au
centre du dispositif ne doit pas devenir un outil pour prouver rationnellement
l’efficacité du système. Le système éducatif serait certes rationnel et efficace
mais répondrait-il à sa mission de cohésion sociale ?
7
Fiche 1 • Les théories des organisations
8
Fiche 1 • Les théories des organisations
Bien qu’elle nous prévienne des risques liés au débordement des affects,
elle souligne également que « la reconnaissance sécurise et porte une
dynamique collective ».
Nous avons parfois du mal à définir les valeurs fondatrices et peut-être
aujourd’hui fondamentales de notre secteur. Un modèle d’organisation
associatif et coopératif est vecteur d’innovation et de bien-être. Cela ne
l’empêche en rien d’aborder des éléments raisonnables de rationalisation.
De plus, il est possible de l’inclure dans une culture du résultat avec des
notions d’équilibre entre le coût et l’efficacité mais aussi avec une inscription
dans des valeurs de service rendu à l’ensemble des citoyens (ceux, usagers
de nos services comme les autres, trouvant là une réponse à une question
d’insertion qu’ils n’ont pas à se poser). Le second modèle présenté par
Marie-Christine David, associé au troisième, ne serait-ce pas là une piste
possible pour l’identité du secteur social et médico-social ?
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3. L’ANALYSE STRATÉGIQUE
DE MICHEL CROZIER ET ERHARD FRIEDBERG
La logique de l’acteur stratège est le dernier aspect des théories de la
rationalité. Elle est influencée par Max Weber. Il part du postulat que dans
une organisation, deux principes coexistent : la différenciation et la coordi-
nation (aussi appelée « intégration » en fonction des traductions). Le « Tout »
(objet d’analyse) est divisé en unités plus petites : c’est la différenciation. La
coordination doit permettre à l’ensemble organisé d’atteindre des objectifs
préalablement définis.
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Fiche 1 • Les théories des organisations
L’analyse stratégique est portée en France par Michel Crozier (né en 1922)
et Erhard Friedberg (né en 1942). Elle cherche à décrypter les phénomènes
bureaucratiques. L’étymologie du mot bureaucratie nous offre l’étendue de
l’espace de réflexion. La bureaucratie désigne respectivement un espace
administratif (les bureaux) et la présence d’une forme de contrôle (-cratie)1 .
Le concept d’analyse stratégique nécessite la présence de cinq éléments
en interaction. Dans un système donné, les acteurs mettent en place des
stratégies basées sur les zones d’incertitudes afin d’acquérir du pouvoir.
• Le système est l’espace qui nous donne un cadre d’analyse. Ce peut être
par exemple une institution ou une organisation. Le système « implique
un raisonnement attaché à comprendre, non plus la capacité d’action
des acteurs en présence comme le suggère le concept de stratégie, mais
les caractéristiques du jeu qu’ils composent2 ». Il s’agit de comprendre,
dans quel système se construit la stratégie des acteurs pour se dégager
une marge de manœuvre. Par exemple, un service ou un établissement
peuvent être considérés comme un système. C’est le cas également pour
toutes les organisations humaines.
• L’acteur a parfois des objectifs clairs ou parfois une vision vague de la
stratégie à mener pour atteindre le pouvoir. Il possède une marge de
manœuvre lui offrant une certaine autonomie dans le système. L’acteur
est différent d’un agent qui serait le rouage d’un ensemble ou d’un sujet
dévoué et assujetti. L’acteur est impliqué dans la dynamique de l’action. Il
cherche à être autonome dans son action. En cela, ses intérêts personnels
sont parfois différents de ceux de son organisation.
• Le concept de stratégie est « purement opératoire : (il) permet de ne
pas dissocier les comportements ou les actions des acteurs du contexte
organisationnel3 ». Ainsi, les stratégies sont les liaisons mises en place par
un acteur pour évoluer dans un système.
• Les zones d’incertitude sont créées par le système lui-même. Tout n’est
pas formalisé dans une organisation. Ce qui ne l’est pas peut laisser à
l’acteur la possibilité de se saisir ou pas de la tâche à accomplir. Cela
dépend de son bon vouloir et parfois de ses intérêts.
• Par conséquent, le pouvoir n’est pas un « attribut mais bien une relation
déséquilibrée impliquant cependant l’échange et la négociation4 ». Le
pouvoir n’est pas que hiérarchique. Au sein d’une organisation, il peut
prendre différentes formes. Par exemple, l’autonomie dans l’action, en
10
Fiche 1 • Les théories des organisations
11
Une identité possible
pour le secteur social
et médico-social ?
2
-L L , théoricien de l’économie solidaire, dans un ouvrage
J récent
EAN OUIS AVILLE
Politique de l’association, nous offre une perspective intéressante :
14
Fiche 2 • Une identité possible pour le secteur social et médico-social ?
sein d’une équipe et ainsi de ménager une marge de pouvoir lui permettant
d’influencer le groupe.
La dernière forme de pouvoir présente au sein d’une équipe, réside dans la
singularité d’un poste. Si une personne est la seule à exercer une fonction
dans une organisation, sa marge de manœuvre sera très grande. Prenons
l’exemple d’une infirmière dans un centre d’accueil médicalisé pour enfant
présentant des troubles sensoriels. Son choix de travailler en binôme avec
l’un ou l’autre de ses collègues sera fonction de son bon vouloir. L’actrice
peut arguer qu’elle a trop de travail et ne peut travailler avec toutes les
personnes de l’équipe. Aucun élément de comparaison ne permet de dire
qu’elle ment. Elle seule est libre de définir son cadre d’intervention. Il s’agit
d’une forme de pouvoir dans un groupe.
1. Ce point sera mis en perspective dans la fiche 21 consacrée aux dynamiques de groupe.
15
Fiche 2 • Une identité possible pour le secteur social et médico-social ?
Le sens commun et les vécus individuels des personnes nous apportent une
vision déformée du pouvoir. Le pouvoir ne sert pas forcément à opprimer.
Le plus généralement, il a pour finalité d’influencer et d’aider à construire
des choix. Dans une équipe, posséder du pouvoir contribue à rendre un
acteur autonome dans son cadre professionnel.
16
Fiche 2 • Une identité possible pour le secteur social et médico-social ?
1. Ibid., p. 306.
17
Le secteur social
et médico-social 3
’ de cette fiche et de la suivante est de situer et de contextualiser le
Ldescriptifs
OBJET
travail en équipe dans le secteur social et médico-social. Les éléments
et de réflexions contenus dans la suite de cet ouvrage s’inscrivent
dans la communication d’un travail en équipe pluridisciplinaire. Il est
nécessaire de traiter quelques éléments qui rattachent l’action aux fonctions
éducatives inscrites dans le principe de cohésion sociale pour comprendre
les liens entre la commande sociale et son organisation. Ces deux fiches
n’ont pas la prétention de présenter l’ensemble des champs de compétences
propres à notre secteur mais de reprendre les liaisons entre les trois champs
d’exercice professionnel de l’action éducative, à savoir : le champ des
handicaps et des inadaptations, celui de la protection de l’enfance et celui
du champ de l’insertion des publics adultes en souffrance sociale et leur
instance de tutelle respective en lien avec un territoire. L’action éducative est
définie dans un cadre légal national, elle s’inscrit ensuite sur un territoire qui
ajuste la commande de délégation de service public. L’objet de ces fiches est
donc de présenter succinctement les liaisons entre les missions éducatives,
leurs inscriptions dans un cadre légal d’action et la confrontation de cet
ensemble dans une logique territoriale. Cet ouvrage traite de l’organisation
interne d’un système (l’équipe, ses composantes et ses dynamiques) il est
donc difficile de faire abstraction de l’environnement extérieur à l’action
Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
sociale et éducative.