Catherine-personnage du roman
Germinal
Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
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Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
(Charles Baudelaire, ,, La beauté’’)
Pour Zola, la femme, l’éternelle histoire, représente « sa faim spirituelle ». Les rôles qu’il attribue à la femme
restent traditionnels et oscillent entre épouse idéale, sœur, amante et source de vie. Il partage la position de George
Sand et de Jules Michelet, et se déclare contre les mœurs polygamiques, et en faveur du mariage en tant qu’union
stable et solide.
Dans la lignée de l’ange au foyer victorien, Zola chante l’hymne de la femme dans la famille au service de la société.
Contre toute forme de ségrégation, il demande que filles et garçons soient élevés ensemble. Il est pour une femme au
centre de la famille, de la sphère domestique. Le 27 septembre 1868, dans La Tribune, il définit la mission de la
femme, dans la droite lignée de son « rôle civilisateur » reconnu dés le XVIIe siècle en France avec les précieuses et
le concept de « maternité républicaine américaine » (les mères au service de la république et des hommes qui la font)
: ,, Être la collaboratrice de l’homme, dans l’œuvre commune, la compagne fidèle, l’appui certain, l’égale conciliante et
dévouée. Il faut donc, avant tout, libérer la femme, libérer son intelligence. […] Que la femme au foyer ne soit pas
seulement une ménagère et une machine à reproduction, qu’elle soit une âme qui comprenne l’âme de son époux,
une pensée qui communie avec la pensée de l’homme choisi et aimé. ’’
Même si la position de Zola sur ce sujet est parfois contradictoire, il pose malgré tout la question sociale de la
femme : son exploitation, son bas salaire, les problèmes du divorce . La femme lui reste une énigme et il reste
réticent à sa libération excessive. Il ne la voit ainsi pas vraiment comme égale à l’homme comme il le déclare le 2
août 1896, dans le Gil Blas :,, Je ne suis certes pas hostile au mouvement féministe, à l’émancipation de la femme,
mais n’exagérons rien. On a trop longtemps traité la femme en esclave et on n’a que trop tardé à lui reconnaître
certains droits, mais de là à la considérer comme l’égale de l’homme, à la traiter comme telle, il y a loin. Ni
moralement ni physiquement, elle ne peut prétendre à cette égalité et l’émancipation ne doit se faire que dans la
mesure de nos mœurs, de nos usages, je dirai même des préjugés de notre édifice social.’’
Dans le roman ,,Germinal’’, Émile Zola nous présente à Catherine Maheu, une
énigme de la féminité, qui incarne le pouvoir, le dévouement, la responsabilité et,
en même temps, la décheance, la condition et la misère de la femme. Dès le début
du roman, Catherine est la premiére personne de la famille Maheu qui se réveille
le plus tôt : ,, Et, brusquement, ce fut Catherine qui se leva… Maintenant, la
chandelle éclairait la chambre. En bas, Catherine s’était d’abord occupée du feu, la
cheminée de fonte, à grille centrale, flanquée de deux fours, et où brûlait
constamment un feu de houille. Il s’allumait difficilement, et la jeune fille, qui
couvrait le feu chaque soir, n’avait qu’à le secouer le matin, en ajoutant des petits
morceaux de charbon tendre, triés avec soin. Puis, après avoir posé une bouillotte
sur la grille, elle s’accroupit devant le buffet.’’
Dans cette pauvreté innommable que les Maheu vivaient, elle était comme une
lumière qui chauffait l’âme et le corps, chaque matin.
Zola nous donne quelques traits physiques de Catherine : ,, Elle
s’étirait, elle crispait ses deux mains dans ses cheveux roux, qui lui
embroussaillaient le front et la nuque. Fluette pour ses quinze ans, elle ne
montrait de ses membres, hors du fourreau étroit de sa chemise, que des pieds
bleuis, comme tatoués de charbon, et des bras délicats, dont la blancheur de
lait tranchait sur le teint blême du visage, déjà gâté par les continuels lavages
au savon noir. Un dernier bâillement ouvrit sa bouche un peu grande, aux
dents superbes dans la pâleur chlorotique des gencives ; pendant que ses yeux
gris pleuraient de sommeil combattu, avec une expression douloureuse et
brisée, qui semblait enfler de fatigue sa nudité entière.’’
La description de Catherine permet de souligner son statut social ; elle n’est pas très forte
physiquement, elle est faible, elle n’est qu’un enfant avec des ,,cheveux roux’’ qui rappellent sa
jeunesse. Elle travaille tant dans les mines que ses pieds sont devenus complètement noirs. Cela montre
l’empreinte de la mine sur les personnages et la fatalité.
,,Délicat’’ et ,,blancheur du lait’’ rappellent de nouveau la jeunesse de Catherine, sa beauté, sa
fragilité, mais ces termes sont associés à ,,gâté’’, elle est un personnage qui souffre et sa nudité peut être
associée a une malade.
La première fois quand elle rencontre à Étienne Lantier dans la mine, elle est vue
comme un garçon : ,, Quand il aperçut, en tête, Catherine avec son air doux de
garçon, l’idée superstitieuse lui vint de risquer une dernière demande.’’
Le pouvoir de cette ,,femme-enfant’’ est observée par Lantier depuis le
début :,,Et elle reprit sa leçon, en fille obligeante. Le jeune homme, dont les yeux s’habituaient à
l’obscurité, la regardait, blanche encore, avec son teint de chlorose ; et il n’aurait pu dire son âge, il lui
donnait douze ans, tellement elle lui semblait frêle. Pourtant, il la sentait plus vieille, d’une liberté de
garçon, d’une effronterie naïve, qui le gênait un peu : elle ne lui plaisait pas, il trouvait trop gamine sa
tête blafarde de Pierrot, serrée aux tempes par le béguin. Mais ce qui l’étonnait, c’était la force de cette
enfant, une force nerveuse où il entrait beaucoup d’adresse. Elle emplissait sa berline plus vite que lui, à
petits coups de pelle réguliers et rapides ; elle la poussait ensuite jusqu’au plan incliné, d’une seule
poussée lente, sans accrocs, passant à l’aise sous les roches basses.’’
,,Fille obligeante’’ dénote le fait qu’elle s’est habituée avec son destin. Dès la naissance, le destin de
Catherine était tracé. Fille de mineur elle restera mineur. Elle ne peut espérer aucun progrès
par rapport à la génération précédente et le cycle se répétera encore et encore. Avec cette
hérédité qui est chère à Zola, elle partagera la misère sociale qui est dans ses gènes :,, Elle
suait, haletait, craquait des jointures, mais sans une plainte, avec l’indifférence de l’habitude, comme si la
commune misère était pour tous de vivre ainsi ployé.’’
On peut faire le parallèle de cette misère sociale avec Cécile à qui tout souris. Au delà du
confort matériel, son haut rang social lui permet de réfléchir à son prétendant ou à
s'adonner à ses loisirs comme le dessin. Cela contraste avec la misère sociale de Catherine
qui n'aura pas le choix de son compagnon et où son rôle sera de servir à travers son travail
les bourgeois. Ce cadre social va lui enlever tout espoir de bonheur, elle cherchera juste à
souffrir le moins possible en attendant la vie suive son cours.
Lantier lui semble d’un charme singulier :,, Dans ce visage envahi d’ombre, les
dents de la bouche trop grande éclataient de blancheur, les yeux s’élargissaient,
luisaient avec un reflet verdâtre, pareils à des yeux de chatte. Une mèche des
cheveux roux, qui s’était échappée du béguin, lui chatouillait l’oreille et la faisait
rire. Elle ne paraissait plus si jeune, elle pouvait bien avoir quatorze ans tout de
même. Elle avait de grosses lèvres d’un rose pâle, avivées par le charbon.’’
Catherine donne preuve de gentillesse, de générosité ; dans sa pauvreté, elle
donne à Étienne un morceau de sa pain :,, Puis, elle se rappela ce garçon errant
dans la nuit, sans un sou, sans un morceau de pain peut être. – Veux-tu partager
avec moi ? Et, comme il refusait, en jurant qu’il n’avait pas faim, la voix tremblante
du déchirement de son estomac, elle continua gaiement : – Ah ! si tu es dégoûté !...
Mais, tiens ! je n’ai mordu que de ce côté-ci, je vais te donner celui là. Déjà, elle
avait rompu les tartines en deux.’’
Le viol fait partie des déchéances habituellement assignées aux
destinées féminines naturalistes : lieu commun de vies dominées
par les « fatalités de la chair », livrées aux « appétits » du
« mâle » naturaliste.
Dans la mesure où la femme soumise à la matière est dépourvue,
par principe, de libre arbitre, le viol, stricto sensu, peut
difficilement être formulé. Aussi, la notion de consentement étant
en soi caduque (comment consentir ou refuser si l’on n’est pas
libre ?), le récit zolien montre des filles qui cèdent à des
« instincts », « des fatalités », mais non des filles qui se font
violer — et cela même si elles disent non. Ainsi, si nous lisons la
première fois de la jeune Catherine et du brutal Chaval comme un
viol (Catherine dit explicitement « non » et le répète), pour
l’auteur de Germinal, cette première fois relève de « cette
soumission héréditaire, qui dès l’enfance, culbutait en plein vent
les filles de sa race » ::,, Non, non, je ne veux pas ! je te dis que je suis trop jeune... Vrai ! plus
tard, quand je serai faite au moins lâche de plaisir. Il l’avait empoignée solidement, il la jetait sous le
hangar. Et elle tomba à la renverse sur les vieux cordages, elle cessa de se défendre, subissant le mâle
avant l’âge, avec cette soumission héréditaire, qui, dès l’enfance, culbutait en plein vent les filles de sa
race.’’
Mais ou est le pouvoir, la force nerveuse de la femme courageuse
qui emplissait la berline et qui endurait ’’l’obscurité’’ chaque jour ?
Un autre épisode significatif pour montrer le cœur grand de Catherine c’est le
moment quand elle donne à sa mère du café et du sucre pour les enfants : ,, J’ai fait
des heures, j’ai songé à eux...’’
L’obéissance et la résignation de Catherine sont surprises par l’auteur d’une manière
incroyable : ,,Quand il veut, je suis bien forcée de vouloir, n’est-ce pas ? parce que,
vois-tu, il est le plus fort... Est-ce qu’on sait comment les choses tournent ? Enfin,
c’est fait, et ce n’est pas à défaire, car autant lui qu’un autre, maintenant. Faut
bien qu’il m’épouse. Elle se défendait sans révolte, avec la résignation passive des
filles qui subissent le mâle de bonne heure. N’était-ce pas la loi commune ? Jamais
elle n’avait rêvé autre chose, une violence derrière le terri, un enfant à seize ans,
puis la misère dans le ménage, si son galant l’épousait. Et elle ne rougissait de
honte, elle ne tremblait ainsi, que bouleversée d’être traitée en gueuse devant ce
garçon, dont la présence l’oppressait et la désespérait.’’
Catherine, malgré toutes les humiliations qu’il a reçu de Chaval, elle s’assume le
risque de le défendre :,, Et elle s’était plantée devant son homme, elle le défendait, oubliant les
coups, oubliant la vie de misère, soulevée dans l’idée qu’elle lui appartenait, puisqu’il l’avait prise, et que
c’était une honte pour elle, quand on l’abîmait ainsi’’. Mais le destin de Catherine est tragique.
Catherine et Étienne , à la fin du roman, ensevelis, opprimés par la nuit, menacés par l’eau qui monte,
résument tout l’univers de Germinal. Et la scène où Catherine qui boit l’eau où flotte le cadavre de
Chaval, avant de mourir elle-même, trahit une vision du monde sombre et désolée.
L’amour d’Étienne et Catherine, dans sa pureté, dans sa chasteté même, n’est pas ,,fleur bleue’’ parce
qu’il est désir violent, obsession douloureuse et finalement apothéose de l’instinct. Chez tous ces êtres
menacés de périr, l’amour est un coup de bestialité mais aussi le triomphe de la vie sur la mort.
,,Et ce fut enfin leur nuit de noces, au fond de cette tombe, sur ce lit de boue, le besoin de ne pas mourir
avant d’avoir eu leur bonheur, l’obstiné besoin de vivre, de faire de la vie une dernière fois. Ils s’aimèrent
dans le désespoir de tout, dans la mort. ll s’affaiblissait, il ne lui restait que la force d’un petit geste, un
lent mouvement de la main, pour s’assurer qu’elle était bien là, ainsi qu’une enfant endormie, dans sa
raideur glacée.’’
Bibliographie et sitographie :
1. Émile, Zola, ,,Germinal’’, Booking International, Paris, 1993
2. Émile, Zola, ,,Germinal’’, ,,Analyse critique par Claude Abastado, Hatier, Paris, 1970
3. Gabriel, Pârvan, ,, La littérature française XIX-Eme siècle(2), Pygmalion, Pitesti, 1999
4. http://www.buzz-litteraire.com/vision-de-femme-emile-zola-collaboratrice-de-lhomme-loeuvre-
commune-compagne-fidele-lappui-certain-legale-conciliante-devouee/
5. https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1972_num_24_1_1006
6. https://www.scritub.com/limba/franceza/Zola-et-le-mythe-de-la-femme15239.php
7. https://www.etudier.com/dissertations/Catherine-Dans-Germinal/391442.html
8. https://journals.openedition.org/tangence/379
9. https://www.persee.fr/doc/prati_0338-2389_1979_num_22_1_1091