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Régimes Politiques Comparés en Afrique

Ce document présente le descriptif d'un cours sur les régimes politiques comparés destiné aux étudiants de première année de licence en droit public. Le cours vise à compléter les connaissances des étudiants sur les théories des régimes politiques et leur fonctionnement pratique, en mettant l'accent sur les régimes africains.

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Régimes Politiques Comparés en Afrique

Ce document présente le descriptif d'un cours sur les régimes politiques comparés destiné aux étudiants de première année de licence en droit public. Le cours vise à compléter les connaissances des étudiants sur les théories des régimes politiques et leur fonctionnement pratique, en mettant l'accent sur les régimes africains.

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REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

UNIVERSITE DE LUBUMBASHI
FACULTE DE DROIT
B.P. 1825

REGIMES POLITIQUES COMPARES


(A L’USAGE DES ETUDIANTS DE L1 DROIT PUBLIC)

KAZADI MPIANA Joseph

Docteur en Droit international et de


l’Union européenne.

Professeur

ANNEE ACADEMIQUE 2022-2023


QUELQUES ABREVIATIONS ET SIGLES

- ABJC : Annuaire béninois de justice constitutionnelle


- AIJC : Annuaire international de justice constitutionnelle
- AIJC : Annuaire international de justice constitutionnelle
- ANDC: Association nigérienne de droit constitutionnel
- ART. : Article
- CEEAC: Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale
- CEDEAO : Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest
- CIRGL: Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs
- CSJ: Cour suprême de justice
- DIR. : sous la direction
- IJCL: International Journal of Constitutional Law
- OIA : Organisations internationales africaines
- ONU : Organisation des Nations Unies
- P. : Page
- PP. : Pages
- PUK : Presses universitaires de Kinshasa
- RDP : Revue du Droit Public
- RBDC : Revue belge de droit constitutionnel
- RFDA : Revue française de droit administratif
- RFDC : Revue française de droit constitutionnel
- RIDC : Revue internationale de droit comparé
- RIPC : revue internationale de Politique comparée
- RGDIP : Revue générale de Droit international public
- S. : Suivant
- SS: Suivants

2
DESCRIPTIF DU COURS DE REGIMES POLITIQUES COMPARES
1. FACULTE : Droit
1. DEPARTEMENT : Droit public
2. INTITULE DU COURS : Régimes politiques comparés
3. ANNEE D’ETUDE : Première licence Droit public
4. GROUPE : Plus ou moins 300 étudiants
5. VOLUME HORAIRE : 30 heures
6. TITULAIRE DU COURS : Prof. KAZADI MPIANA Joseph
Docteur en droit international et de l’Union européenne. Tel. 0974363297. E-mail :
[email protected]; [email protected]
7. Collaborateurs : C.T. John Kanganseke, Ass. Adolphe Musulwa, Térence Kabwik,
Chris Mulopwe, Dieudonné Been Masudi, Tom Moma, Chabu, Idriss Sangwa,
Emmanuel Kunda, Minani, Mokolo, Kadima, Kabanda, Marc Kajika, Ghislain
Bikuba.

8. PRE REQUIS : L’étudiant est censé avoir maîtrisé les notions de Droit
constitutionnel, d’Introduction à la science politique, de Droit constitutionnel
congolais et d’Institutions politique de l’Afrique contemporaine

9. OBJECTIFS DU COURS

A. Objectifs d’ordre général : Le cours permet à l’étudiant d’acquérir des concepts


et des outils nécessaires pour une meilleure connaissance et analyse approfondie
des régimes politiques tels qu’aménagés dans les différentes Constitutions ainsi
qu’à travers leur fonctionnement concret dans le monde contemporain.

B. Objectifs spécifiques : Le cours se propose d’offrir à ses destinataires les diverses


applications des régimes parlementaires et présidentiels ainsi que les régimes
politiques mixtes qui s’en sont inspirés avec un accent particulier sur les régimes
politiques africains.

C. COMPETENCE : A l’issue de cet enseignement il est attendu de l’étudiant la


maîtrise de différentes tendances des régimes politiques qui se dessinent
géographiquement en général et de manière particulière en Afrique.

10. CONTENU DE L’ENSEIGNEMENT :


Il est subdivisé en sept chapitres de dimension variable.
Chapitre 1er : La théorie de la séparation des pouvoirs
Chapitre 2ème : Les régimes politiques : orientations générales
Chapitre 3ème : Le régime parlementaire
Chapitre 4ème : Le régime présidentiel
Chapitre 5ème : Les régimes politiques mixtes
Chapitre 6ème : Les régimes politiques africains
Chapitre 7ème : Les systèmes politiques.

11. METHODES D’ENSEIGNEMENT

3
Le Cours sera dispensé ex cathedra pour les 25 heures théoriques. Il va procéder par
des exposés ponctués par la participation des étudiants à travers le jeu de questions et
réponses. Les 5 heures seront consacrées aux travaux pratiques.

12. EVALUATION

A l’issue de l’enseignement, il est prévu la passation de deux épreuves : une interrogation


et un examen. Les travaux pratiques seront pris en compte pour la constitution de la
moyenne.

13. RESSOURCES

L’étude de différentes Constitutions ainsi que l’observation du fonctionnement concret


des institutions politiques. La jurisprudence des juridictions constitutionnelles est aussi
mise à profit dans le cadre de la régulation de la vie politique et du fonctionnement des
institutions.

14. NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE (Fin du cours)

4
INTRODUCTION GENERALE

Ce cours, inscrit au programme des étudiants de première licence en Droit public, vise à compléter et
à étoffer certaines connaissances acquises dans le cadre de certains enseignements antérieurs. Dans
cette perspective, sa meilleure compréhension suppose une maîtrise d’outils et de concepts appris,
notamment dans les cours de Droit constitutionnel, d’introduction à la science politique, de Droit
constitutionnel congolais et d’institutions politiques de l’Afrique contemporaine. Ce cours établit par
conséquent une passerelle avec ces cours dans le cadre de l’aménagement du pouvoir entre les
institutions politiques de l’Etat ainsi que les relations qu’elles entretiennent entre elles. Ces
institutions ainsi que les règles qui les gouvernent tirent principalement leur fondement de la
Constitution et des lois particulières ou encore des usages et pratiques. Elles sont également
complétées par le comportement des acteurs politiques lequel n’est pas nécessairement dicté par le
respect des règles de droit.
Dans certains Etats, et compte tenu de l’évolution, le juge constitutionnel intervient parfois pour
réguler la vie politique participant ainsi à une meilleure compréhension du régime politique. Arthur
Braun considère que les juridictions constitutionnelles exercent, dans certains régimes, un pouvoir
régulateur à côté de celui du Chef de l’Etat1. La participation du juge constitutionnel à la régulation
de la vie politique est l’une des conséquences de la juridicisation de la vie politique 2 . Cette
intervention du juge dans le processus de la politique ou dans les activités traditionnellement
réservées à la sphère politique conduit certains auteurs à évoquer l’existence de la « Juristocracy »3.
Au Pakistan le juge suprême s’est érigé en gardienne de la démocratie, particulièrement dans le
processus électoral et n’hésite pas à disqualifier le Premier ministre pour notamment manque de
probité en matière financière et pour manque d’intégrité4.
En Afrique, le juge constitutionnel, à travers l’exercice de sa fonction de régulation de la vie politique
participe à la définition du fonctionnement du régime politique ou encore à sa détermination dans
certaines circonstances. Les juridictions constitutionnelles du Gabon, du Mali, du Burkina Faso, de
Madagascar, de Guinée, ont, dans certaines circonstances des crises politiques, influé sur le
fonctionnement du régime politique « de crise ». Les juridictions constitutionnelles africaines ont été
instituées pour participer à la construction des Etats de droit5. Dans son ouvrage relatif aux institutions
politiques comparées, Gilles Toulemonde réserve un chapitre aux cours constitutionnelles 6 . Pour
Geoffrey Grandjean, parmi les fonctions politiques du juge figure celle d’assurer la pérennité du
système politique7. Le rôle d’arbitre lui conféré dans la régulation des conflits de compétence entre
le Pouvoir législatif et le Pouvoir exécutif influe sur la stabilité du système politique dans son
ensemble.
C’est pourquoi à l’approche principalement normative (régimes politiques) correspond une approche
complémentaire axée sur le fonctionnement concret ou réel des institutions politiques (systèmes
politiques) et la participation du juge constitutionnel à la régulation de la vie politique. Le
fonctionnement des régimes politiques n’est pas uniquement tributaire de règles d’aménagement

1 A. BRAUN, Le pouvoir régulateur du régime politique. Etude d’une notion de droit constitutionnel institutionnel, Paris, L’harmattan,
2022.
2 L. ODIMULA LOFUNGUSO KOS’ONGENYI, La justice constitutionnelle et la juridicisation de la vie politique en droit positif

congolais, Paris, l’Harmattan, 2016.


3 CHIEN-CHIH LIN, « Autocracy, Democracy and Juristocracy: The Wax and Wane of Judicial Power in the Four Asian Tigers”,

Georgetown Journal of International Law, 2017, Vol. 48, pp. 1063-1143.


4 MOEEN H. CHEEMA, « Pakistan : The State of Liberal Democracy”, International Journal of Constitutional Comparative Law,

Vol. 16, n° 2, 2018, pp. 635-642.


5 M. M. MBORANTSUO, La contribution des Cours constitutionnelles à l’Etat de droit en Afrique, Paris, Economica, 2007.
6
G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018.
7 G. GRANDJEAN, Pouvoir politique et audace des juges. Approche européenne et comparée, Bruxelles, Bruylant, 2018.

5
telles que conçues. Il subit le poids d’autres facteurs tels que les systèmes électoraux, les modes de
scrutin, les systèmes des partis politiques, l’apport de la justice constitutionnelle. Stéphane Pinon
écrit à ce propos : «(…) Le droit constitutionnel réserve infailliblement à la pratique une place
éminente. Qui voudra l’atteindre en profondeur devra donc sortir du formalisme strict. Car on connaît
l’impétuosité de la vie politique, toujours prête à s’évader hors des formules où l’on a tenté de
l’enserrer » 8 . Loin de nous la prétention d’élargir ce cours à toutes ces pesanteurs, elles sont
considérées comme nécessaires à la compréhension du régime politique. Elles ne seront évoquées
dans ce cours que de manière marginale.
L’intitulé du cours nous oriente inévitablement dans l’analyse de différentes Constitutions,
principales sources, et non exhaustives, de définition et d’aménagement des régimes politiques. Au
regard du nombre exponentiel des Constitutions écrites et d’un nombre réduit de Constitutions
coutumières dans le monde contemporain, au regard de l’incidence des facteurs non juridiques à la
compréhension du fonctionnement des régimes politiques, ce cours se propose d’étudier les régimes
politiques selon leurs grandes tendances et de minimiser leurs spécificités en recourant à leurs
différentes classifications.
Etudier les régimes politiques étrangers ou comparés, comme c’est le cas du Droit constitutionnel
comparé, permet, selon Marie-Claire Ponthoreau, de réaliser trois finalités : d’abord un procédé de
connaissance critique, ensuite l’interprétation des similitudes et des différences dégagées de la
comparaison et l’emprunt de solutions juridiques dans l’optique de l’amélioration du droit national9.
Les régimes politiques comparés procèdent aussi du Droit constitutionnel comparé. Pour Giuseppe
De Vergottini, la comparaison dans le Doit constitutionnel poursuit quelques fonctions. La fonction
première est celle de la connaissance. La deuxième est celle de la vérification des connaissances et
enfin de la compréhension de différentes institutions10.
Cette dimension comparative met en relief ce qui unit plus les groupes d’Etats par rapport à d’autres
du point de vue des régimes politiques en insistant moins sur les spécificités. Cette dimension
comparative est complétée par une dimension historique dans la mesure où les régimes politiques
sont le produit de l’évolution historique. Pour Jean-Louis Quermonne, le temps est une composante
essentielle d’un régime politique. Quatre étapes inscrivent principalement les régimes politiques dans
la durée : l’étape de la fondation, celle de leur progressive institutionnalisation, les crises et
l’alternance au pouvoir11.
De la lecture de nombreuses Constitutions au sens aussi bien formel que matériel se dégage
globalement l’émergence des régimes parlementaires et des régimes présidentiels, lesquels ont
produit des régimes mixtes diversement appelés (régime semi-présidentiel, régime directorial suisse).
La classification de ces régimes repose principalement sur le critère de la séparation des pouvoirs.
N’étant pas exhaustif, ce critère ne rend pas suffisamment compte de l’évolution des régimes
politiques en cours dans d’autres continents, notamment en Afrique où la construction des régimes
politiques déplace son curseur vers la prépondérance du Chef de l’Etat dans le fonctionnement des
institutions politiques africaines.
Dans cette perspective la doctrine constitutionnaliste et politiste africaine qui s’est intéressée à la
question est unanime à reconnaître l’émergence du « présidentialisme africain » d’un type nouveau
depuis le début des transitions démocratiques amorcées à l’aube des années 1990. Le contenu ainsi

8 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier, 2015,
p. 17.
9 M.-C. PONTHOREAU, Droit (s) constitutionnel (s) comparé (s), 2 è éd., Paris, Economica, 2021, pp. 97-186.
10 G. DE VERGOTTINI, Diritto costituzionale comparato. 9 è éd., Padoue, Cedam, 2013.

11 J.L. QUERMONNE, Les régimes politiques occidentaux, 5 è éd., Paris, Editions du Seuil, 2006, p.25.
6
que les critères dudit présidentialisme sont subjectifs. Il mérite d’être illustré, défendu et critiqué
comme tout régime politique.
La tentation d’analyser les régimes politiques selon les frontières géographiques est séduisante :
régimes politiques africains, régimes politiques occidentaux, régimes politiques latino-américains,
régimes politiques asiatiques etc. Cependant elle est limitée au regard des emprunts et exports
favorisés par la circulation des solutions constitutionnelles dans un monde globalisé. Ces nouvelles
formes d’export-import de modèles institutionnels apparaissent et se développent non plus seulement
du Nord vers le Sud, mais aussi entre pays du Sud12.
Le mimétisme ne s’oriente plus dans une seule direction, soit de l’Occident vers des peuples « moins
développés », mais ce phénomène d’importations et d’exportations de règles constitutionnelles se fait
un peu partout et autant entre pays occidentaux qu’entre pays d’autres régions du monde. Dans une
étude consacrée au projet constitutionnel islandais de 2011, R. Helgadottir relève que 27 Constitutions
ont été appelées à contribution ainsi que les rapports de la Commission de Venise. A titre illustratif
la séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif associe un Président de style finlandais, une
législature et un gouvernement partageant de nombreuses caractéristiques avec la Suède et la
Finlande13.
Contestant le fait de hisser le Droit constitutionnel français en modèle pour certains Etats africains de
l’Afrique, André CABANIS note des influences réciproques allant jusqu’à la reprise, par le droit
français, des mécanismes préalablement introduits dans les Etats africains de référence. Il note à ce
propos : « (…) Nombre de réformes adoptées au cours de ces quinze dernières années ont conduit à
introduire en France des règles qui existaient déjà ailleurs : ainsi en va-t-il notamment du mandat
présidentiel réduit à cinq ans, de l’introduction de la défense de l’environnement comme principe
fondamental, de la reconnaissance des langues locales, de la question prioritaire de
constitutionnalité... Le fait que le soi-disant modèle reprenne des normes étrangères ne doit pas
conduire à proposer de substituer un mimétisme à un autre mais plutôt à constater l’existence d’une
communauté de constitutionnalistes au niveau international, dont les analyses, les innovations, les
propositions sont régulièrement introduites dans des textes nouveaux ou rénovés, selon des rythmes
qu’il appartient à chaque pays de définir, en toute souveraineté »14.
Les régimes politiques s’influencent réciproquement de manière variable et ce, indépendamment du
lieu de leur expression à la faveur de la globalisation. Les rédacteurs d’un texte constitutionnel
prennent généralement en considération quatre références : l’histoire de l’Etat considéré, ancienne ou
contemporaine ; la variété des exemples étrangers ; un objectif d’adéquation de la Constitution aux
mœurs de l’Etat considéré et enfin la prise en compte du contexte politique de rédaction15. Il convient
d’ajouter à ces références l’influence qu’exerce la globalisation sur le droit constitutionnel à travers
des concepts comme « standards internationaux ».
Pour M-C. Ponthoreau, par globalisation du droit, il faudrait entendre « la convergence parmi les
systèmes constitutionnels dans leurs structures institutionnelles et dans la garantie des droits et
libertés (…). Cette convergence reposerait principalement sur une série d’éléments liés à des
processus formels (traités ou conventions relatifs aux droits de l’homme, institutions internationales

12 J.B. de GAUDUSSON, « Le mimétisme postcolonial, et après? », Pouvoirs, 2009/2, n°129, pp. 45-55, spéc. à la p. 53. SORY
BALDE sur la convergence des modèles constitutionnels- Etudes de cas en Afrique subsaharienne, Paris, Publibook, 2011.
13 R. HELGADOTTIR, « Une théorie du picorage constitutionnel. Leçons du projet constitutionnel islandais », RIDC, n°2, 2016, pp.

495-514.
14 A. CABANIS, « La démocratie par le droit constitutionnel », Revue du Conseil constitutionnel, 2013, n° 2, pp. 15-33 spéc. à la p.

17.
15 A. FAYE, « La Constitution de 1958 met-elle en œuvre un modèle de régime parlementaire ? », in S. SEGALA et S. AROMATARIO

(dir.), Les modèles constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 153-177, spéc. à la p. 154.
7
ou/et européennes) et informels (les échanges entre juges constitutionnels, les réseaux d’ONG) de
l’internationalisation du droit ainsi qu’à la globalisation économique»16.
Les régimes politiques subissent aussi à la fois un mouvement de convergence dans leur
aménagement et aussi de divergence en prenant en considération quelques aspects de l’identité
nationale. Ils s’inscrivent pour la plupart dans la dynamique du renouveau constitutionnel ou du
constitutionnalisme « global ». La globalisation du droit constitutionnel intéresse de plus en plus la
doctrine 17 . La convergence de certains standards internationaux, notamment dans le cadre de la
protection des droits fondamentaux et de certains mécanismes promouvant l’Etat de droit contribue
à l’émergence d’un droit constitutionnel global18.
Les différentes rencontres scientifiques permettant aux constitutionnalistes, praticiens, chercheurs, de
se rencontrer participent de ce mouvement du renouveau du droit constitutionnel se manifestant par
« l’émergence d’une communauté scientifique internationale qui prend plaisir à se trouver et à se
retrouver, qui renonce aux impérialismes d’antan, qui cultive à la fois l’esprit de modestie et
d’ouverture » 19 . La jurisprudence constitutionnelle n’est pas en reste. Elle est favorisée par la
circulation des solutions jurisprudentielles20 mais aussi par les différentes fédérations géographiques
et linguistiques unissant les différentes juridictions constitutionnelles21.
Recourant à la métaphore géographique pour rendre compte de l’évolution du droit constitutionnel
dans un monde global, Marie-Claire Ponthoreau observe à la fois l’effacement et la permanence des
frontières du droit constitutionnel se manifestant par le caractère poreux des frontières d’une part et
par les résistances liées à l’affirmation de l’identité constitutionnelle ou mieux le maintien de certains
repères nationaux dans un mouvement de convergence d’autre part22.
Procède de cette optique la réflexion de Tania GROPPI en étudiant la Constitution tunisienne du 27
janvier 2014 sous le prisme du constitutionnalisme global et de l’identité nationale. Elle constate que
plusieurs dispositions participent d’éléments de convergence et de standardisation soulignant le
passage des Constitutions conçues comme de simples instruments d’expression de l’identité nationale
à celles conçues comme des marques d’appartenance à la communauté globale (constitutionnalisme

16 M-C. PONTHOREAU, « La globalisation du droit constitutionnel en question (s), Espaces du service public. Mélanges en l’honneur
de Jean du Bois de Gaudusson. Tome I, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2013, pp. 549-565, spéc. à la p. 549.
17
A titre indicatif, M. DISANT, G. LEWKOWICZ, P. TURK (dir.), Vers des standards constitutionnels mondiaux, Bruxelles,
Bruylant, 2016 ; A. LE QUINIO (dir.), Les réactions constitutionnelles à la globalisation, Bruxelles, Larcier, 2016 ; K. F. NDJIMBA,
« L’internationalisation des Constitutions et la revalorisation du droit constitutionnel des Etats », Politeia, n° 22, décembre 2012.
18 Voy. à titre indicatif, M.C. PONTHOREAU, « La métaphore géographique. Les frontières du droit constitutionnel dans le monde

global », RIDC, Juillet-Septembre 2016, n° 3, pp. 611-628. Voy. aussi T. GROPPI, « La Constitution tunisienne de 2014 dans le cadre
du constitutionnalisme global », Constitutions, 2016, pp. 5-25 ; A. LE QUINIO, Les réactions constitutionnelles à la globalisation,
Bruxelles, Bruylant, 2016.
19 F. DELPEREE, « Le renouveau du droit constitutionnel », RFDC, 2008/2, n° 74, pp. 227-237, spéc. à la p. 237.
20 F. HOURQUEBIE, M-C. PONTHOREAU (dir.), La motivation des décisions des cours suprêmes et cours constitutionnelles,

Bruxelles, Bruylant, 2012.


21 l’institution de la Conférence mondiale sur la justice constitutionnelle qui comprend 100 Cours et Conseils constitutionnels et Cour

suprêmes d'Afrique, des Amériques, d'Asie et d'Europe. Elle agit en faveur de la justice constitutionnelle – comprise au sens de contrôle
de la constitutionnalité des lois, y compris la jurisprudence en matière de droits de l’homme – comme élément essentiel de la
démocratie, de la protection des droits de l’homme et de l’Etat de droit (Article 1 du Statut). La RDC y fait partie. Le 1er Congrès de
la Conférence mondiale sur la justice constitutionnelle avait été organisé du 22 au 24 janvier 2009 au Cap par la Cour constitutionnelle
de l’Afrique du Sud et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise). Voy.
http://www.venice.coe.int/WebForms/pages/?p=01_Presentation&lang=FR;
http://www.venice.coe.int/WebForms/pages/?p=02_WCCJ&lang=FR; http://www.venice.coe.int/WCCJ/WCCJ_CapeTown_F.asp
consulté le 18 juillet 2016. La Conférence des Cours constitutionnelles européennes (CCCE) ; la Conférence des juridictions
constitutionnelles africaines (CJCA) ; la Conférence ibéro-américaine de justice constitutionnelle (CJAA), l’Association des Cours
constitutionnelles et d’institutions équivalentes de l’Asie. L’Association des Cours constitutionnelles ayant en partage l’usage du
français (ACCPUF) ; les Cours du Commonwealth ; l’Union des Cours et Conseils constitutionnels arabes (UCCCA), etc.
22 M.C. PONTHOREAU, « La métaphore géographique. Les frontières du droit constitutionnel dans le monde global », RIDC, Juillet-

Septembre 2016, n° 3, pp. 611-628. Voy. aussi M-C. PONTHOREAU, « La globalisation du droit constitutionnel en question (s),
Espaces du service public. Mélanges en l’honneur de Jean du Bois de Gaudusson. Tome I, Bordeaux, Presses universitaires de
Bordeaux, 2013, pp. 549-565.
8
global). D’autres, au contraire, traduisent une certaine fidélité à l’histoire propre, à la culture et aux
spécificités de la Tunisie23.
Analysant les sources constitutionnelles contemporaines ayant influencé la rédaction de la
Constitution tunisienne de 2014, Francis DELPEREE soutient que « ces dispositions ne sont pas
copiées telles quelles, dans leur formulation précise. Elles servent plutôt de source d’inspiration.
L’esprit importe plus que la lettre (…). Il y a un fonds commun de concepts, de techniques et de
procédures en matière constitutionnelle. Il y a des standards internationaux que des institutions,
comme la Commission de Venise, tendent à vulgariser. Il y a des contrôles plus ou moins officieux
en cours de procédure de rédaction constitutionnelle (…). En Tunisie, le fleuve constitutionnel se
nourrit, comme ailleurs, de l’eau de ses affluents. Mais cela ne l’empêche pas de suivre son propre
cours. De rester dans son propre lit »24.
Stéphane PINON aborde deux significations qu’il convient d’attribuer au constitutionnalisme global,
processus de l’évolution contre l’arbitraire du Roi ou de l’Empereur en passant par la libéralisation
des partis politiques, l’élargissement du suffrage universel, le règne de la justice constitutionnelle
jusqu’à l’émergence d’autres acteurs non-étatiques en compétition avec l’Etat. L’autre signification
plus stratégique ou idéologique vise à casser le lien existant entre Constitution et Etat dans le cadre
de l’avènement d’un monde sans frontières.

Il introduit ainsi sa contribution : « Le « constitutionnalisme global » peut s’entendre de deux


manières : à travers tout d’abord une approche purement descriptive visant à désigner une étape
nouvelle dans l’histoire du constitutionnalisme. Ce mouvement de diffusion du droit constitutionnel
et de ses valeurs est né d’une relation d’interdépendance avec l’État ; le constitutionnalisme s’est
érigé initialement en rempart contre l’arbitraire royal ou impérial. Il a vu l’éclosion du suffrage
universel et la libéralisation des partis politiques bouleverser les conceptions traditionnelles de la
représentation. Par la suite, il s’est de plus en plus assimilé à la croissance de la justice
constitutionnelle, particulièrement après la Seconde guerre mondiale. Il pourrait désormais passer à
une nouvelle phase de son évolution : celle de son installation dans un monde globalisé, dans lequel
les volontés étatiques se voient concurrencées par d’autres acteurs décisionnels (des organisations
internationales, régionales, les grandes institutions financières, les Law Firms trans-nationales, la
surpuissante Banque des règlements internationaux…) et dévalorisée comme source première de
création du droit. Dans ce monde globalisé, les fonctions clés du constitutionnalisme – encadrement
des lieux de pouvoirs et protection des libertés fondamentales – se voient imparfaitement prises en
charge au niveau étatique ; leur pleine réalisation supposerait donc l’intervention d’institutions supra
ou paraétatiques. Le constitutionnalisme global peut aussi s’envisager sous un aspect beaucoup plus
stratégique (ou idéologique), consistant pour ses partisans à casser le lien entre État et constitution.
Il n’y aurait, en somme, plus rien à attendre de l’ordre constitutionnel étatique, ni en matière de
protection des individus ni en matière de paix entre les peuples, mais tout à gagner de l’avènement
d’un constitutionnalisme internationalisé, reflet d’un monde sans frontière, débarrassé de la pleine
souveraineté des États » 25.

Pour ce dernier, les deux visages cachés du constitutionnalisme global résideraient dans le nouveau
rapport entre les pouvoirs dominés par l’oligarchie des juges d’une part et la tentation d’émergence
d’une nouvelle vision de la société dominée par la centralité de l’individu d’autre part 26. CORMAC
MAC AMHLAIGH constate une « cacophonie » de la littérature juridique sur le constitutionnalisme

23 T. GROPPI, « La Constitution tunisienne de 2014 dans le cadre du constitutionnalisme global », Constitutions, Janvier-Mars 2016,
2016, pp. 5-25.
24 F. DELPEREE, « La Constitution tunisienne », S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), Les modèles constitutionnels, Paris,

L’Harmattan, 2016, pp.263-270, spéc. p. 265-268.


25 St. PINON, « Les visages cachés du constitutionnalisme global », RFDC, décembre 2016, n° 108, pp. 865-902, p. 865 et s.
26 St. PINON, « Les visages cachés du constitutionnalisme global », RFDC, décembre 2016, n° 108, pp. 865-902.

9
global sans que les auteurs dégagent un dénominateur commun 27 . Il est évident que ce
constitutionnalisme global n’est pas sans incidence sur l’identité constitutionnelle des Etats28.

Bien que le modèle occidental de Constitution ne cesse d’inspirer les Constituants africains, ces
derniers diversifient leurs sources d’inspiration en assurant un amalgame entre l’arrimage aux valeurs
démocratiques considérées comme universelles et l’ancrage des Constitutions dans les réalités
identitaires nationales ou locales. A titre illustratif, Jean-Louis ESAMBO KANGASHE, l’un des
experts congolais dans l’élaboration de l’avant-projet de la Constitution du 18 février 2006, nous
renseigne que le Constituant a fait appel au droit comparé notamment belge, français, mauricien, sud-
africain, béninois, sénégalais et togolais. A titre indicatif, l’auteur affirme que la Constitution
togolaise du 31 décembre 1992 a été mise à contribution dans la rédaction des dispositions
constitutionnelles en rapport avec l’encadrement de la procédure de révision, la Constitution
sénégalaise du 22 janvier 2001 a inspiré la rédaction des dispositions constitutionnelles relatives au
statut de l’opposition et à ses droits, la Constitution sud-africaine de 1996 a inspiré la rédaction des
articles sur le droit au logement décent, à l’accès à l’eau potable et à l’énergie électrique29

Certains concepts opératoires en droit constitutionnel sont plus ou moins universels et traduisent une
certaine convergence30. Jean-Louis Esambo Kangashe observe cette réalité de la diffusion du droit
constitutionnel qui fait moins apparaître le phénomène du mimétisme : « On assiste, dans chaque
continent au rapprochement des pratiques et modèles institutionnels (…). Tout comme l’on voit des
pratiques ou conceptions considérées jusque-là comme « africaines » reprises, ailleurs, dans les
projets de réforme sans que l’on sache si cela relève du mimétisme ou d’un mouvement de
convergences. Dans l’étude du droit constitutionnel, en effet, on insiste, moins sur l’imitation des
pratiques et modèles constitutionnels et institutionnels que sur la diffusion, la réception et
l’inspiration desdites pratiques et modèles ; se découvre ainsi un mimétisme constitutionnel mondial
»31. Abordant la question de la diffusion des régimes à travers le monde, Yves SCHEMEIL estime
« qu’on ne peut pas dire que les uns sont exportés et les autres importés, car s’il y a parfois transfert,
il y a toujours adaptation ; plus encore, les effets boomerang existent aussi, car les innovations
institutionnelles que l’on attribue à un pays sont souvent puisées chez les autres, y compris quand
ceux-ci n’ont pas le même régime »32.
L’Afrique participe aussi, quoique de manière limitée, à ce mouvement de circulation et de
convergence des idées constitutionnelles. Elle a longtemps été marginalisée dans l’étude du droit
constitutionnel au regard d’un procès en mimétisme dont elle fait toujours l’objet et ce, nonobstant
les évolutions dans le constitutionnalisme africain. Jean du Bois de Gaudusson déplore ce mimétisme
« source et…victime de nombreux malentendus et ambigüités. Cette double référence apparaît, à bien
des égards, impuissante à être une grille d’analyse pertinente, apte à rendre compte d’une réalité dont,
de surcroît, elle brouille la perception (…). L’Afrique est systématiquement victime d’un procès en
mimétisme, d’une manière ou d’une autre encore et toujours (…) »33.
André Cabanis et Babacar Gueye font noter, que « les similitudes ne doivent pas tromper : ce n’est
pas que les juristes africains aient copié leurs homologues français, c’est que tous ont puisé dans un
fonds commun aux origines très variées et dont on décèle des traces dans à peu près tous les pays du

27 CORMAC MAC AMHLAIGH, “ Harmonizing global constitutionalism”, Global Constitutionalism, 2016, Vol. 5, n° 2, pp. 173-
206.
28 B. MATHIEU, « L’identité constitutionnelle sous le regard de la Commission de Venise », Constitutions, 2016, pp. 203-213.
29 J.-L. ESAMBO KANGASHE, La Constitution congolaise du 18 février 2006 à l’épreuve du constitutionnalisme, Louvain-la-Neuve,

Academia-Bruylant, Coll. Bibliothèque de droit africain, 2010, pp.64-67.


30
M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit constitutionnel. Trois tomes, Paris, Dalloz, 2012.
31 J. L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, Louvain-la-Neuve, Academia L’Harmattan, 2013, p. 30 et s.
32 Y. SCHEMEIL, Introduction à la science politique. Objets, méthodes, résultats, objectifs, 3 ème édition, Paris, Presses sciences Po,

Dalloz, 2015, p. 485.


33 J.B. de GAUDUSSON, « Le mimétisme postcolonial, et après? », Pouvoirs, 2009/2, n°129, pp. 45-55, spéc. aux pp. 46-48.

10
monde. C’est ce qui explique que l’on retrouve approximativement les mêmes formules et des
architectures comparables dans des textes régissant la vie politique sur les cinq continents »34.
Alain Ondoua nous invite à ce propos à « creuser la piste du diffusionnisme constitutionnel, d’une
circularité des solutions et droits constitutionnels en Afrique, d’un partage d’expériences et de
pratiques institutionnelles à travers la mobilisation de l’argument de droit comparé. Ceci aurait pour
avantage de créer les conditions de l’émergence d’un patrimoine constitutionnel commun aux sociétés
politiques africaines35.
Les régimes politiques africains ne sont pas pris en compte dans de nombreux manuels de Droit
constitutionnel comparé36, des institutions politiques comparées37. Les publications portant sur les
régimes politiques africains datent38. C’est pour essayer de combler cette lacune que le présent cours
comporte un chapitre spécifique sur les régimes politiques africains d’autant plus que la doctrine
politiste et constitutionnaliste (africaine et africaniste) intensifie ses travaux dans l’étude des
institutions politiques africaines et partant de leurs régimes politiques.
Il se produit une certaine « autonomisation » des courants de pensée constitutionnelle en Afrique
portée par des universitaires africains devenus non seulement faiseurs des Constitutions dans leurs
propres pays mais aussi « exportateurs de modèles africains et diffuseurs aux quatre coins du
continent de bonne parole constitutionnelle »39. A titre d’exemple, la Constitution de Guinée du 7 mai
2010 ainsi que celle de la République du Congo du 20 janvier 2002 avaient été rédigées avec le
concours d’experts béninois40. Il n’est dès lors pas étonnant que ces deux Constitutions s’inspirent du
régime présidentiel béninois. Cependant, l’esprit qui avait prévalu à la rédaction de la Constitution
béninoise du 11 décembre 1990 diffère nettement de celui ayant caractérisé, à titre exemplatif, le
choix du Constituant congolais de 2002.
André Cabanis et Babacar Gueye n’ont pas tort de soutenir, aux termes d’une contribution commune,
que « Nul ne peut désormais nier la modernité du droit constitutionnel africain, ni sa vigueur »41. Ce
n’est pas à tort qu’A. FALL ait pu affirmer, en se focalisant sur les Etats africains de l’espace
francophone, que l’autonomie du Droit constitutionnel en Afrique constitue un échec du
constitutionnalisme français 42 . Jean du Bois de Gaudusson a pertinemment observé que : «
l’ineffectivité qui a longtemps été considérée comme la caractéristique du droit constitutionnel, par

34 A. CABANIS et B. GUEYE, « Dire le droit constitutionnel en Afrique francophone », Droit sénégalais, n° 11, 2013, pp. 103-122,
spéc. à la p. 105. Souligné par nous.
35 A. ONDOUA, « La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Rapport de synthèse des travaux », in

F.J. AIVO (coord.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice
Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 791-798, spéc. A la p. 797 et s.
36 M.-C. PONTHOREAU, Droit (s) constitutionnel (s) comparé (s), Paris, Economica, 2010 ; D. CHAGNOLLAUD et M. TROPER,

Traité international de Droit constitutionnel, Paris, Dalloz, 2012. 3 tomes.


37
G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018.
38 A titre illustratif, G. CONAC (dir.), Les institutions constitutionnelles des Etats d’Afrique francophone et de la République malgache,

Paris, Economica, 1979 ; MULUMBATI NGASHA et alii, Les systèmes politiques africains, Lubumbashi, Editions Africa, 1984 ; P.-
F. GONIDEC, Les systèmes politiques africains. 3 è éd., Les nouvelles démocraties, Paris, LGDJ, 1997 ; P.F. GONIDEC, « Esquisse
d’une typologie des régimes politiques africains », Pouvoirs, n° 25, 1983, pp. 63-78.
39 F. J. AIVO « La fracture constitutionnelle », F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour

l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 33-46, spéc. à la p. 34.
40 St. BOLLE, « La Constitution GLELE en Afrique : Modèle ou contre-modèle ? », F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du

11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp.
251-272, spéc. aux pp. 264-266.
41A. CABANIS et B. GUEYE, « Dire le droit constitutionnel en Afrique francophone », Droit sénégalais, n° 11, 2013, pp. 103-122,

spéc. à la p.120 ; Jean du Bois de GAUDUSSON, « Défense et illustration du constitutionnalisme en Afrique après quinze ans de
pratique du pouvoir », Renouveau du droit constitutionnel. Mélanges en l’honneur de Louis FAVOREU, Paris, Dalloz, 2007. Notre
soulignement.
42 A. FALL, « L’échec du constitutionnalisme français en Afrique et autonomie du droit constitutionnel africain », Colloque

international sur la Constitution française de 1958, 22-23 mai 2008, Université de Bari (Italie).
11
exemple en Afrique, est plus postulée qu’elle n’est démontrée »43. Ce droit mérite d’être illustré et
défendu aussi bien dans ses vertus que dans ses vices. Il fait parfois montre d’innovation et des
solutions originales44 . Certes ce Droit constitutionnel peut être qualifié par certains auteurs d’un
« Droit constitutionnel de crise » qui n’est nullement constitutif d’une crise du Droit constitutionnel
en Afrique45.
En matière de régime politique par exemple, les Etats africains ne se sont pas limités à copier, comme
prétendent certains, les institutions occidentales. Ils se sont inspirés de certaines de leurs institutions
faisant partie du patrimoine constitutionnel commun auxquelles ils ont conféré une dose variable de
spécificité africaine avec un regard non désintéressé sur les expériences consolidées en droit comparé,
non seulement extérieur à l’Afrique, mais aussi interne à l’Afrique. Le régime politique béninois
redessine le régime présidentiel américain sans que nous puissions parler du mimétisme. Il en est de
même de tous ces régimes politiques africains qui s’inspirent du régime américain, mais instaurant
un gouvernement placé sous la direction d’un Premier ministre non responsable devant le Parlement
(Bénin, Côte d’Ivoire, etc.) ou encore des régimes parlementaires sui generis sans la présence d’un
Premier ministre, mais où le Chef de l’Etat, émanant de la majorité parlementaire, devient la clé de
voûte du régime politique (Afrique du Sud par exemple).
C’est pourquoi les régimes politiques africains méritent d’être pris en considération dans le présent
cours tout comme des régimes politiques qui se forgent en dehors du périmètre euro-américain. A ce
sujet, Pierre Pactet nous invite à sortir de « cet occidentalo-centrisme car le monde est infiniment plus
vaste et divers. Il est nécessaire de faire connaître sans a priori et de manière neutre les grands Etats
des autres continents même s’ils sont très différents du modèle occidental »46. Cette invitation trouve
un écho particulier dans ce cours qui se propose de rendre compte de la variété de régimes politiques
se développant dans plusieurs continents tout en ayant à l’esprit la modestie de ne pas suffisamment
couvrir tous les régimes politiques. Yves Schemeil souligne qu’il y a d’autres régimes que les régimes
démocratiques occidentaux : la remarque est banale, mais elle implique qu’on les observe sans les
condamner au nom de leur écart à la norme européenne. Quand on quitte la philosophie et le droit
pour la science politique, tous les régimes ne sont pas unanimement considérés par leurs citoyens
comme appelés à changer (…) »47.
L’ambition de cet enseignement n’est pas de couvrir tous les régimes politiques. En effet, comme le
rappelle Gilles Toulemonde, il n’est pas besoin pour un juriste de connaître parfaitement un système
politique. Il doit simplement disposer de clés d’analyse lui permettant de comprendre (et de déduire)
la façon dont fonctionnent des institutions48. Il est en outre rare que des monographies couvrent, en

43
J. du Bois de GAUDUSSON, « Constitution sans culture constitutionnelle n’est que ruine de constitutionnalisme : poursuite d’un
dialogue sur quinze années de transition en Afrique et en Europe », Mélanges en l’honneur de Slobodan MILACIC, Bruxelles, Bruylant,
2007, pp. 333-348, spéc. à la p. 336.
44
S. ANDZOKA ATSIMOU, L’ingénierie constitutionnelle, solution de sortie de crise en Afrique ? Les exemples de l’Afrique du
Sud, de la République Démocratique du Congo, du Burundi et du Congo Brazzaville, Paris, L’Harmattan, 2016, 600 p ; J-N. TAMA,
L’odyssée du constitutionnalisme en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2015 ; F. J. AIVO, « La fracture constitutionnelle. Critique pure du
procès en mimétisme », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en
l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 33-46 ; J. Du Bois de GAUDUSSON, « Quel rôle pour
l’ingénierie constitutionnelle et institutionnelle ? », Déterminants des conflits et nouvelles formes de prévention, Bruxelles, Bruylant,
2013, pp. 945-960.
45 Pour Babacar KANTE, sur les cinquante-quatre Etats du continent, environ trente-six, soit les deux tiers, connaissent une crise, une

tension ou un conflit ouvert ou latent ou oublié. Par conséquent cette situation des Etats africains appelle à « réfléchir sur un droit
constitutionnel de la crise. A défaut, le risque est grand de se retrouver devant une crise du droit constitutionnel ». B. KANTE, « La
justice constitutionnelle face à l’épreuve de la transition démocratique en Afrique », in N. OUMAROU (dir.), La justice
constitutionnelle. Actes du Colloque international de l’ANDC, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 21-40, spéc. aux pp. 22-23.
46
P. PACTET, « Réflexions sur le droit constitutionnel et son enseignement », Revue du droit public, Janvier-février 2010, n° 1, pp.
155-169, spéc. à la p. 162.
47 Y. SCHEMEIL, Introduction à la science politique. Objets, méthodes, résultats, objectifs, 3 ème édition, Paris, Presses sciences Po,

Dalloz, 2015, p. 489.


48 G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3 è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 5.

12
profondeur les régimes politiques étrangers49. D’autres études se focalisent sur des régimes politiques
partant de la dimension géographique50.
La présentation des régimes politiques étrangers dépend parfois du goût de l’auteur et les critères de
classification desdits régimes ne sont pas adoptés par tous les auteurs. A titre d’exemple, dans son
livre de poche consacré aux régimes politiques étrangers, Antoine Gazano étudie tour à tour les
régimes parlementaires non rationalisés (la Grande-Bretagne, , l’Inde, l’Italie, l’Afrique du Sud, le
Japon) ; les régimes parlementaires rationalisés (l’Allemagne, l’Espagne, la Pologne, la Tunisie) ; les
régimes présidentiels (Etats-Unis d’Amérique, Chili, Turquie), ; le régime d’assemblée (Suisse), les
régimes communistes (Chine, Corée du Nord, Cuba, Laos) et les régimes théocratiques (l’Arabie
Saoudite, l’Iran)51.
Les différents ouvrages génériques de Droit constitutionnel consacrent généralement des
considérations à l’étude des régimes politiques dont les plus connus et enseignés demeurent le régime
parlementaire, le régime présidentiel, dans une mesure limitée le régime qualifié de semi-présidentiel
et d’une manière spécifique le régime directorial suisse dont la classification juridique ne fait pas
l’unanimité dans la doctrine. D’autres ouvrages non explicitement consacrés aux régimes politiques
étrangers ne comportent pas moins de pans entiers à l’étude de ces régimes 52. L’ouvrage de Joseph
OWONA contient une grande partie réservée à l’étude des régimes politiques du monde contemporain
en partant de critères de la séparation des pouvoirs, du degré de la participation du Peuple (démocratie
directe et démocratie représentative) et du système de partis. Il aborde tour à tour les démocraties
libérales et en voie de libéralisation, les démocraties socialistes postsoviétiques, les régimes politiques
d’inspiration islamique, les régimes constitutionnels latino-américains (vieux et nouveaux
présidentialismes) et les régimes constitutionnels africains53.
Dans la deuxième édition de leur ouvrage consacré aux régimes parlementaires européens, Pierre
Lalumière et André Demichel classaient les régimes politiques européens en quatre groupes : régimes
parlementaires, régime suisse, régimes socialistes et les dictatures 54. Ces quatre groupes établis en
1978 ont évolué. D’autres ouvrages ont été consacrés aux régimes politiques occidentaux55. Certaines
considérations développées dans le temps ont évolué dans la mesure où des réformes
constitutionnelles ont été entreprises dans de nombreux Etats. Ensuite les critères utilisés pour étudier
les différents régimes politiques ne sont pas les mêmes. Certains privilégient les dispositions
constitutionnelles relatives aux régimes politiques, d’autres y incluent le système politique plus vaste
lequel intègre, outre le régime politique stricto sensu, le système de partis politiques, la forme de
l’Etat, l’idéologie dominante etc.

49 A. GAZANO, Régimes politiques étrangers, Paris, Gualino Lextenso, 2021 (48 p.) ; A. A.GAZANO, L’essentiel des régimes
politiques étrangers : Théories, acteurs, règles, enjeux, défis actuels, Paris, Gualino Lextenso, 2016 (172 p.) ; F. LAFAILLE (dir.),
Régimes politiques contemporains, Mare Martin, 2009.
50
P. LEROY, Les régimes politiques du monde contemporain. II. Les régimes politiques des Etats socialistes et des Etats du tiers-
monde, Grenoble, PUG, 2003 ; P. LEROY, Les régimes politiques du monde contemporain. Introduction. Tome 1. Les régimes
politiques des Etats libéraux, Edition 2001 revue et augmentée, Grenoble, 2001 ; P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes
parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978 ; M. FLORY et alii, Les régimes politiques arabes, Paris, PUF, 1992.
51
A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Forme de l’Etat. Forme du gouvernement. Organisation des pouvoirs publics.
Système partisan, Paris, Gualino Lextenso, 2021.
52 A titre indicatif, BEZZINA, A.-C. et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018. La deuxième partie

de cet ouvrage est relatif au Droit constitutionnel et institutions politiques en droit comparé. J. OWONA, Droits constitutionnels et
institutions politiques du monde contemporain. Etude comparative. Paris, L’Harmattan, 2010. Une grande partie est consacrée aux
différentes classifications des régimes politiques. J. BOUDON, Manuel de Droit constitutionnel. Tome 1. Théorie générale. Histoire.
Régimes étrangers, 3 è éd., Paris, PUF. L’auteur se focalise sur l’étude du régime parlementaire en Grande-Bretagne et en Allemagne,
puis le régime présidentiel et enfin les régimes politiques de la France sous la III è et IV è République.
53
J. OWONA, Droits constitutionnels et institutions politiques du monde contemporain. Etude comparative. Paris, L’Harmattan, 2010.
54 P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p. 15.
55 J.-L. QUERMONNE, Les régimes politiques occidentaux, 5 è éd., Paris, Editions du Seuil, 2006 ; H. PORTELLI, Les régimes

politiques européens, Paris, LGF, 1994 ; P. LEROY, Les régimes politiques du monde contemporain. Introduction. Tome 1. Les régimes
politiques des Etats libéraux, Edition 2001 revue et augmentée, Grenoble, 2001.
13
L’approche constitutionnaliste dans l’étude des régimes politiques contraste avec celle de la science
politique. A titre illustratif, les classifications des régimes politiques selon les politistes englobent les
régimes démocratiques, les régimes autoritaires et les régimes totalitaires. En Droit constitutionnel,
seule l’étude des régimes démocratiques est privilégiée. Dans son ouvrage sur les régimes politiques,
A.H. DOAT répartit son ouvrage en trois parties portant respectivement sur les régimes autocratiques
anciens, les régimes démocratiques et les régimes autocratiques modernes56.
Le régime politique est déterminé par plusieurs facteurs. Dans son ouvrage relatif aux régimes
politiques étrangers, Antoine Gazano se fonde sur quatre composantes du régime politique : la forme
de l’Etat, la forme du gouvernement, l’organisation des pouvoirs et le système partisan 57. Dans son
ouvrage portant sur les régimes politiques occidentaux, Paul Leroy retient deux critères pour l’étude
de ces régimes : l’organisation constitutionnelle des fonctions et le système de partis. Portant sur la
promotion de la liberté des individus, l’auteur apprécie les régimes libéraux au regard de modalités
d’intervention des citoyens et de leur influence 58 . Pour Jean-Louis QUERMONNE, cinq traits
caractérisent la démocratie occidentale ou mieux les régimes politiques occidentaux : 1)
l’organisation des élections libres répondant au moins à trois conditions (la liberté de candidature, la
liberté de suffrage et la liberté du scrutin) ; 2) l’exercice du pouvoir du gouvernement par la majorité ;
le respect de l’opposition ; 4) le constitutionnalisme et 5) les droits fondamentaux59. Il étudie ensuite
les régimes politiques occidentaux autour de quatre thèmes successifs : les processus historiques, les
institutions politiques, la société civile et les forces politiques et enfin, l’Etat et l’administration
publique60.
Les régimes politiques des Etats socialistes sont analysés autour de la nature particulière de l’Etat et
de son interaction avec le parti unique qui oriente l’Etat. L’ex URSS, la Chine étaient des exemples
typiques des régimes socialistes dans la trajectoire du communisme suivis par quelques Etats de
l’Europe centrale et orientale et quelques Etats du Tiers-monde. A la suite du démembrement de
l’Union soviétique, des réformes constitutionnelles ont été entreprises dans la plupart des Etats
consacrant la fin du rôle dominant du parti unique et l’ouverture au multipartisme. C’est en Chine où
le parti communiste conserve encore son rôle dominant61.
Les régimes politiques des Etats du Tiers-monde ne présentent pas une homogénéité du fait que sont
placés dans cette catégorie plusieurs Etats asiatiques, africains et latino-américains. Ces Etats ont
connu, à des degrés variables, des gouvernements autoritaires justifiés par le sous-développement et
le défaut d’intégration nationale. Ces Etats ont connu une évolution avec l’ouverture démocratique
de la fin des années 1980. Certains Etats se sont inspirés du régime parlementaire, du régime
présidentiel et du régime semi-présidentiel. Des résistances persistent dans d’autres Etats caractérisés
par des régimes politiques militaires, des régimes politiques unitaires et des monarchies absolues ou
limitées62. Etant destiné aux étudiants en Droit, ce cours privilégie l’étude des régimes politiques tels
qu’ils résultent principalement de constitutions, de lois, de la pratique dans les Etats et à laquelle nous
ajoutons brièvement une esquisse sur les systèmes politiques dans leur interaction avec les régimes
politiques. Il est permis de dégager certaines tendances générales des régimes politiques en retenant
le critère de la séparation des pouvoirs. La plupart des Etats européens se sont dotés de régimes

56 A.H. DOAT, Les régimes politiques, Paris, La Découverte, 1998.


57
A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Un panorama des principaux régimes politiques étrangers, Paris, Gualino, Lextenso,
2021.
58 P. LEROY, Les régimes politiques du monde contemporain. Introduction. Tome 1. Les régimes politiques des Etats libéraux, Edition

2001 revue et augmentée, Grenoble, 2001.


59 J.L. QUERMONNE, Les régimes politiques occidentaux, 5 è éd., Paris, Editions du Seuil, 2006, pp. 17-18.
60 J.L. QUERMONNE, Les régimes politiques occidentaux, 5 è éd., Paris, Editions du Seuil, 2006, pp.19 et s.
61 P. LEROY, Les régimes politiques du monde contemporain. II. Les régimes politiques des Etats socialistes et des Etats du Tiers-

monde, Grenoble, PUG, 2003.


62
P. LEROY, Les régimes politiques du monde contemporain. II. Les régimes politiques des Etats socialistes et des Etats du Tiers-
monde, Grenoble, PUG, 2003.
14
parlementaires fonctionnant sous diverses modalités (parlementarisme classique, semi-présidentiel,
rationnalisé, majoritaire, minoritaire). Les Etats du continent américain ont adopté le régime
présidentiel (Etats-Unis) ou du moins faisant la part plus belle au régime présidentiel avec des
spécificités s’écartant du modèle américain (Etats latino-américains).
En Afrique deux grandes tendances se dégagent. Le régime parlementaire dans sa version du régime
semi-présidentiel a exercé un attrait particulier sur les Etats de l’espace francophone (à l’exception
de la Côte d’Ivoire, de la Guinée dans sa Constitution abrogée du 7 mai 2010, du Congo-Brazzaville
sous l’égide de la Constitution du 20 janvier 2002 et surtout du Bénin. Le Tchad s’est doté d’un
régime présidentiel à la suite de la Constitution promulguée le 4 mai 2018, abrogée en 2021; du
Sénégal sous la révision de la constitution du 22 janvier 2001 en 2019). Le régime présidentiel ou se
rapprochant du modèle américain a inspiré beaucoup d’Etats anglophones à l’exception de ceux de
l’Afrique australe. Les Etats asiatiques présentent une kyrielle de régimes politiques dont les uns
s’inspirent de régimes considérés comme classiques, d’autres s’en écartent à travers la confusion ou
la concentration des pouvoirs (dans certaines monarchies du Golfe) ou encore à travers l’influence
déterminante ou non de la religion islamique sur la nature du régime politique.
Ces tendances se manifestent globalement dans des situations normales. Elles sont mises en échec
dans le cadre de certaines circonstances comme celles liées à la solution des crises constitutionnelles
ou des conflits politiques. A titre d’exemple, ces circonstances ont permis en Afrique de développer
ce que d’aucuns qualifient « d’ingénierie constitutionnelle » 63 et ayant des incidences sur
l’aménagement ou le fonctionnement des régimes politiques. C’est le cas des chartes de transition qui
ont été adoptées dans certains Etats africains à la suite de conflits, de crises ou de tensions politiques.
Ces chartes de transition adoptées notamment au Burkina Faso, au Mali, en Guinée, au Tchad, ont
redessiné le régime politique pendant les périodes de transition qu’elles instituent en complétant,
reléguant, suspendant ou abrogeant la Constitution. Ces régimes politiques sont précaires.
D’autres régimes spécifiques s’inspirant de certaines idéologies, notamment socialiste ou
communiste, existent encore dans certains Etats comme la Chine, la Corée du Nord, le Cuba qui se
caractérisent, en plus de l’idéologie, du rôle dirigeant du parti. A titre indicatif, la Constitution de la
République populaire de Chine définit le régime comme un Etat socialiste de dictature démocratique
populaire et son préambule détaille l’idéologie marxiste comme idéologie d’Etat. Tous les pouvoirs
sont contrôlés par le Parti communiste chinois. Le régime de la Corée du Nord peut être défini comme
autoritaire car un seul parti politique, Parti du Travail de Corée concentre tous les pouvoirs . En outre,
depuis la réforme constitutionnelle de 2016, le Président de la République est devenu Président
éternel. La République de Cuba se définit comme un Etat socialiste guidé par les idéaux marxistes 64.
D’autres Etats sont dirigés par des juntes militaires d’une manière prolongée comme en Birmanie et
dans plusieurs Etats africains avant la décennie 1990 ou à éclipses comme c’est le cas de la résurgence
des coups d’états dans certains Etats africains et qui durent généralement une brève période à cause
de l’hostilité qui se répand en Afrique contre les changements anticonstitutionnels de gouvernements
et de la réaction, parfois timide et non dissuasive, de certaines Organisations internationales africaines
face à la conquête du pouvoir par la force opérée principalement par les juntes militaires. Ce cours
privilégie l’étude des régimes politiques qui s’organisent en s’inspirant de la théorie de séparation des
pouvoirs. C’est de manière incidente que nous ferons aussi recours aux régimes de confusion des
pouvoirs.

63 ANDZOKA ATSIMOU, S., L’ingénierie constitutionnelle, solution de sortie de crise en Afrique ? Les exemples de l’Afrique du
Sud, de la République Démocratique du Congo, du Burundi et du Congo Brazzaville, Paris, L’Harmattan, 2016 ; Du BOIS DE
GAUDUSSON, J., « Quel rôle pour l’ingénierie constitutionnelle et institutionnelle ? », in J-P. VETTOVAGLIA et alii (dir.),
Déterminants des conflits et nouvelles formes de prévention, Bruxelles, Bruylant, 2013, pp. 945-960.
64
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, pp. 556-570.
15
CHAPITRE PREMIER :
LA THEORIE DE LA SEPARATION DES POUVOIRS65
1. Notions préliminaires
Au berceau de la classification des régimes politiques, à ne pas confondre avec les formes de
gouvernement, figure le principe de la séparation des pouvoirs repris de manière généralisée dans les
différentes Constitutions contemporaines. Dans un article consacré à l’articulation des pouvoirs,
Armel Le Divellec introduit de cette manière sa contribution : « La « séparation des pouvoirs »
constitue le plus formidable « casse-tête » intellectuel posé aux analystes de la chose constitutionnelle.
Aucun thème n’est plus central que celui-ci dans l’étude du droit et des Constitutions politiques.
Aucun, pourtant, n’offre davantage d’incertitudes sur le plan des concepts, des théories et des
discours. Multiplicité des interprétations, des couches de raisonnement, des perspectives d’analyse,
variété du vocabulaire… tout concourt à obscurcir chaque propos sur la « séparation des pouvoirs» 66.
La théorie de la séparation des pouvoirs est un des piliers fondamentaux du Droit public en général
et une pierre angulaire du système constitutionnel libéral. Elle a été systématisée par Montesquieu
dans « L'esprit des lois » à partir de l’observation de la vie politique de la Grande- Bretagne. Elle a
reçu sa consécration juridique dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 qui
l'a érigée en une sorte de dogme, une véritable règle d'or en dehors de laquelle il ne pouvait y avoir
aucune organisation valable des pouvoirs. Aucune société dans laquelle la séparation des pouvoirs
n’est pas assurée ni les droits des individus protégés n’a point de Constitution. Bien que la paternité
de la théorie moderne et scientifique de la séparation des pouvoirs soit attribuée à Montesquieu,
certains considèrent John Locke comme le précurseur67. Est-il que les idées de Montesquieu avaient
exercé une grande influence sur les révolutions américaine et française.

Pour certains auteurs, deux modèles de séparation des pouvoirs pouvaient être identifiés : d’une part
un modèle d’équilibre entre les pouvoirs du roi et du parlement et un autre, à partir de la doctrine de
la souveraineté du Peuple insistant sur la prédominance du parlement. C’est ce deuxième modèle
qu’avait choisi la Constitution norvégienne de 1814 comme exception au modèle dominant de
l’époque68.

La théorie de séparation des pouvoirs est étroitement liée au contexte historique et à la philosophie
politique du système libéral. Elle était considérée comme un moyen d’assurer la liberté69. Renaud
Baumert préfère recourir à la notion des théories de la séparation des pouvoirs plutôt qu’à une
doctrine unique. En dépit de leurs diversités, ces théories partagent certains caractères généraux. En
premier lieu, toutes possèdent une grammaire commune qui suppose de distinguer les fonctions et
les organes de l’Etat. Les fonctions sont des opérations réalisées par l’appareil étatique. La plupart
des théories en distinguent trois : la législation, l’exécution et la fonction juridictionnelle. Les

65 Pour la rédaction de cette partie nous avons abondamment recouru au cours du Professeur EL MBODJ sur la théorie constitutionnelle
au regard de sa clarté sur l’illustration de cette théorie. Beaucoup de passages sont repris tels qu’ils figurent dans son cours disponible
en ligne. EL HADJ MBODJ, Cours de droit constitutionnel. Théorie générale, disponible en ligne à l’adresse
http://www.elhadjmbodj.org/public/pdf/Cours_de_droit_const_Prof_Mbodj.pdf consulté entre février et mars 2015.
66 A. LE DIVELLEC, « L’articulation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires européennes : fusion et mitigation », Pouvoirs,

2012/4, n° 143, pp. 123-140, spéc. à la p. 123.


67 Ch. MANGA FOMBAD, « The Separation of Powers and Constitutionalism in Africa: The Case of Botswana”, Boston College

Third World Law Journal, Vol. 25, n° 2, 2005, pp. 301-342, spéc. à la p. 305.
68 E. HOLMOYVIK, « Deux siècles de séparation horizontale des pouvoirs en Norvège », RFDC, n° 106, 2016, pp. 323-333, spéc. à

la p. 324.
69 E. HOLMOYVIK, « Deux siècles de séparation horizontale des pouvoirs en Norvège », RFDC, n° 106, 2016, pp. 323-333, spéc. à

p. 324
16
organes sont des opérateurs ou des départements de l’Etat, des appareils humains juridiquement
délimités auxquels la Constitution assigne un mode de formation, un statut et des compétences. En
second lieu, toutes les doctrines de la séparation des pouvoirs partagent une même finalité politique :
elles visent à adoucir l’exercice de la puissance publique afin de ménager la liberté des individus.
Toutes les théories de séparation des pouvoirs peuvent se ramener à un même postulat : une certaine
répartition des fonctions entre les organes de l’Etat serait souhaitable parce que particulièrement
favorable à l’exercice de la liberté individuelle70.

Montesquieu part d’un constat selon lequel tout détenteur du pouvoir est enclin à en abuser. Il faudrait
pour ce faire qu’il soit limité. Que le pouvoir arrête le pouvoir : « C’est une expérience éternelle que
tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Qui le
dirait ? La vertu a besoin de limites. Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la
disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir ».

La théorie de séparation des pouvoirs est sous-tendue par la finalité libertaire ainsi que par
l'organisation constitutionnelle la mieux appropriée pour préserver les libertés fondamentales. Pour
Montesquieu, le meilleur gouvernement est celui où la liberté concrète des sujets est garantie : ce
doit être un gouvernement modéré, un Etat où le pouvoir trouve ses limites 71. La séparation conduit
à un système de gouvernement modéré et représentatif reposant sur une différenciation des fonctions
qui sont confiées à des organes différents. Pour Philippe LAUVAUX et Armel LE DIVELLEC, la
séparation des pouvoirs est conçue dans le même esprit de « protection contre l’arbitraire. Elle n’est
pas un cloisonnement entre les fonctions mais consiste en une technique de freins et contrepoids
(checks and balances) par laquelle sont assurées diverses facultés d’empêcher, tendant à garantir le
gouvernement modéré »72.

Les valeurs sous-tendues par cette théorie ont reçu une consécration dans les Constitutions
contemporaines ou dans les usages et pratiques des Etats. La Charte africaine de la démocratie, des
élections et de la gouvernance adoptée le 30 janvier 2007 et en vigueur depuis février 2012 énumère
parmi ses principes, celui relatif à la séparation des pouvoirs (art. 3 point 5). Le pouvoir en Droit
constitutionnel renvoie à deux réalités différentes : une réalité fonctionnelle (le pouvoir en tant
qu’activité- l’activité législative par exemple, exécutive et judiciaire) et une réalité organique (le
pouvoir en tant qu’organe- le pouvoir législatif pour désigner le Parlement par exemple)73.

2. L’organisation des pouvoirs

La séparation des pouvoirs recouvre deux modalités : celle des organes (institutions) et celle des
fonctions. Pour MONTESQIEU, il y a dans chaque Etat, trois sortes de pouvoir : la puissance
législative, la puissance exécutrice et le judiciaire. Toutefois, les trois pouvoirs et les organes qui les
expriment ne sont pas sur un même piédestal. En d'autres termes, le législatif, l'exécutif et le
judiciaire ne sont pas placés sur un pied d’égalité et dotés chacun de pouvoirs ayant la même
importance. Montesquieu dit lui-même que la puissance de juger est nulle et invisible car, selon lui,
les juges ne sont que la bouche qui prononce des paroles de loi. Ils sont en quelque sorte des êtres
inanimés. Il ne reste alors que deux pouvoirs qui seuls comptent réellement sur le plan politique et
dont chacun devrait être doté d'une faculté d'arrêter ou d'empêcher l'autre. Le pouvoir législatif doit
avoir la faculté d'empêcher, le cas échéant, l'exécutif, mais ce dernier doit détenir la même faculté au

70 R. BAUMERT, « Penser la séparation des pouvoirs », in J.-V. HOLEINDRE (dir.), Le Pouvoir. Concepts, lieux, Dynamiques, Paris,
Editions sciences humaines, Ouvrages de synthèse, 2014, pp. 74-80, spéc. aux pp. 74-75.
71 Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015, p. 32.
72 Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, op.cit., p. 38.
73 A. FAYE, « La Constitution de 1958 met-elle en œuvre un modèle de régime parlementaire ? », S. SEGALA et S. AROMATARIO

(dir.), Les modèles constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 153-177, spéc. à la p. 156 et s.
17
regard du législatif. Aucun pouvoir ne peut tendre à l'omnipotence du fait de l'enchaînement mutuel
des forces. Cette construction de la théorie de la séparation des pouvoirs n’avait pas été reprise par
le constituant norvégien de 1814 et à la suite d’une jurisprudence de la Haute Cour de justice, le
Parlement norvégien était considéré supérieur aux autres pouvoirs de l’Etat74.

3. L’expression du principe de la séparation des pouvoirs

La réflexion fondamentale de Montesquieu tourne autour de la mise en place des structures et d'un
système de gouvernement le mieux à même de garantir la liberté dans sa dimension individuelle. La
séparation des pouvoirs érigée en principe d'organisation et d'aménagement du pouvoir politique a
été sa principale trouvaille. Pour l'auteur de « l'Esprit des lois », en divisant le Pouvoir et en le
répartissant entre des organes séparés et indépendants, on l'affaiblit globalement car les trois organes
concurrents et équilibrés se neutralisent mutuellement au grand bénéfice des citoyens. Montesquieu
lui-même n’a jamais précisé comment mettre en œuvre le principe de séparation des pouvoirs qui lui
est attribué ; cela explique les différentes interprétations dont ce principe a fait l’objet75.

Pour Armel LE DIVELLEC, ce que l’on nomme généralement la « séparation des pouvoirs » est donc
d’abord une distinction de pouvoirs, c’est-à-dire essentiellement l’existence d’une pluralité
d’organes. De ce point de vue, il est évident que toutes les démocraties parlementaires européennes
(comme d’autres) admettent et réalisent effectivement ce principe 76. Selon la Cour constitutionnelle
de Hongrie, la séparation des pouvoirs signifie la séparation des fonctions et des compétences les plus
importantes de l’Etat et qu’aucun pouvoir ne peut dessaisir un autre de ses fonctions 77. C’est dans
cette même optique que s’était prononcé le Conseil constitutionnel algérien 78 . Analysant les
répercussions des printemps arabes, M. TOUZEIL-DIVINA observe que « toutes les révolutions
arabes contemporaines ont eu un point commun : la dénonciation de la concentration des pouvoirs ».
Elle ajoute qu’en dépit de différentes interprétations de l’expression « séparation des pouvoirs », il y
a un dénominateur commun sur lequel chacun s’accordera : le fait que l’expression a d’abord eu
comme sens celui de dénoncer la concentration des pouvoirs retenus entre les mains d’un seul corps 79.

Dans son contenu, ce principe épouse, selon la doctrine traditionnelle, deux règles distinctes dont la
combinaison est de nature à conduire à la finalité libertaire de cette théorie : la règle de la
spécialisation et la règle de l'indépendance. En réalité ces deux critères ont été proposés pour rendre
de la séparation rigide des pouvoirs80.

A. La règle de la spécialisation

La règle de la spécialisation part de la relation entre la fonction et l'organe : la première est une
activité prise en charge par la seconde. L'Etat fait la loi, il l'exécute et il tranche les litiges. Il résulte

74 74E. HOLMOYVIK, art.cit., spéc. à la p. 330.


75 A. BORDALI SALAMANCA et F. PAREDES PAREDES, “ Le régime présidentiel chilien et les relations entre les pouvoirs de
l’Etat dans la Constitution chilienne », A. MARTIN (dir.), Expériences démocratiques et Droit constitutionnel en Amérique latine.
L’exemple du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 63-91, spéc. à la p. 66.
76 A. LE DIVELLEC, « L’articulation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires européennes : fusion et mitigation », Pouvoirs,

2012/4, n° 143, pp. 123-140, spéc. à la p. 128.


77 Cour constitutionnelle de Hongrie, arrêt n° 42/2005 du 12 novembre 2005 cité par A. SOMA, « Le statut du juge

constitutionnel africain », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges
en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 451-480, spéc. à la p. 476.
78 Conseil constitutionnel. Décision n°02-D-CC-89 du 30 août 1989 : « (…). Considérant que le principe de séparation des pouvoirs

commande que chaque pouvoir exerce ses prérogatives dans le domaine que lui attribue la Constitution… ».
79 M. TOUZEIL-DIVINA, « Printemps et révolutions arabes : un renouveau pour la séparation des pouvoirs », Pouvoirs, 2012/4, n°

143, pp. 29-45.


80
R. BAUMERT, « Penser la séparation des pouvoirs », in J.-V. HOLEINDRE (dir.), Le Pouvoir. Concepts, lieux, Dynamiques,
Paris, Editions sciences humaines, Ouvrages de synthèse, 2014, pp. 74-80, spéc. à la p. 77.
18
de l'activité de l'Etat trois fonctions primordiales - législative, exécutive et judiciaire -assurées par
trois autorités ou organes spécialisés chacun dans l'exercice de l'une des fonctions. Cette règle
signifie, dans l'absolu, que chaque organe de l'Etat est spécialisé dans l’exercice d'une fonction. Il ne
devra exercer que cette seule fonction, mais devra l'exercer entièrement. Toutes les lois doivent être
l'œuvre du législatif et tous les actes matériels d’exécution l'œuvre de l'exécutif et tous les actes de
règlement des différends l'œuvre du judiciaire. En conséquence, chaque organe devra s'abstenir de
s'ingérer dans l'exercice des fonctions assignées à un autre organe. Cette règle de spécialisation
fonctionnelle n’a jamais, dans la pratique, être appréhendée sous cet angle car même dans le régime
présidentiel accrédité comme celui de la séparation rigide des pouvoirs, le Prèsident des Etats-Unis
n’est pas écarté du processus législatif car il intervient à travers son droit de veto ou la promulgation
des lois. Même dans le régime parlementaire, la spécialisation fonctionnelle n’est pas garantie du fait
que le gouvernement participe dans une large mesure au processus législatif.

B. La règle de l’indépendance

La séparation n'est pas seulement fonctionnelle mais aussi et surtout organique dans la mesure où les
trois fonctions séparées sont confiées à trois pouvoirs (légiférer, exécuter et juger) exercés par des
organes différents et distincts les uns des autres. Chaque organe ne peut agir que sur lui-même et n'a
aucun moyen d'action dans le domaine d'intervention de l'autre. L'exécutif n’intervient pas dans
l'exercice de la fonction législative, il ne dispose pas d'un droit d'entrée dans les assemblées et ne
peut dissoudre le Parlement. De son côté, le législatif ne dispose d'aucune prérogative vis-à-vis de
l'exécutif; il ne participe pas au choix de ses membres ou à la détermination de la politique nationale
et ne peut mettre fin à l'existence juridique du gouvernement. Il en résulte une indépendance
existentielle de chaque organe. Cette construction est pourtant critiquée dans la mesure où
l’indépendance d’un organe n’est jamais que relative 81 . En outre si la règle de l’indépendance
organique peut se justifier dans le régime présidentiel américain, elle ne dispose pas d’un droit de
cité dans le régime parlementaire du fait du mécanisme de la motion de censure et de dissolution
remettant en cause cette règle de l’indépendance organique.

La théorie de la séparation des pouvoirs a connu des fortunes diverses au cours de son évolution. Elle
a subi de vives critiques et remises en cause. Même si elle a surmonté l'épreuve de l'usure des temps,
la théorie de la séparation des pouvoirs doit être relativisée, à la lumière de la dimension nouvelle
qu'elle emprunte actuellement dans les démocraties contemporaines.

4. La relativisation de la théorie de la séparation des pouvoirs

Charles Eisenmann a rénové l'interprétation du principe de la séparation des pouvoirs telle que
conçue par Montesquieu. Pour ce dernier, le cloisonnement ou le cantonnement qui ressort d'une
lecture rapide de l'Esprit des lois, ne recoupe pas la vision que Montesquieu avait de la séparation
des pouvoirs. Il s’agit plus de ne pas confier les mêmes fonctions au même organe, mais de les
répartir entre les différents organes pouvant collaborer entre eux. Il soutient qu’il n’est pas nécessaire
pour que les pouvoirs – en entendant par-là, les fonctions, soient séparés, que les organes de
différentes fonctions n’aient aucun élément ou membre commun ; il suffit qu’ils ne soient pas
identiques ; les pouvoirs sont séparés dès lors qu’ils ne sont pas confondus, c’est-à-dire dès que
l’exercice n’en est pas attribué au même organe. Les organes étatiques ne sont donc point ni maîtres

81A. LE DIVELLEC, « L’articulation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires européennes : fusion et mitigation », Pouvoirs,
2012/4, n° 143, pp. 123-140, spéc. à la p. 129.
19
d’une fonction ni spécialisées dans une seule fonction. Ils ne sont plus séparés fonctionnellement
dans le système de Montesquieu82.

Dans la construction de Montesquieu, la séparation des pouvoirs est parfaitement compatible avec la
collaboration entre des organes séparés, telle par exemple, celle qui existe souvent entre le Parlement
et le Roi dans l'exercice de la fonction législative (initiative des lois, promulgation ou veto, etc.).

Pour Mauro BARBERIS, ce que Montesquieu veut obtenir en attribuant les fonctions législative et
exécutive à des organes de ce type n’est pas donc une séparation, moins que jamais rigide, mais une
simple balance des pouvoirs : concourant à l’exercice de leurs fonctions, législatif et exécutif sont
contraints d’aller de concert83. Pour Charles MANGA FOMBAD, la doctrine de la séparation des
pouvoirs doit être entendue comme un principe général constitutionnel84.

Pour Slim LAGHMANI, le principe de la séparation des pouvoirs doit être radicalement repensé du
fait qu’il est « illusoire s’agissant des pouvoirs exécutifs et législatifs, plutôt que de séparer ces
pouvoirs, il s’agit de délimiter leurs compétences législatrices respectives »85. Pour sa part Armel LE
DivellecIVELLEC conclut que la séparation des pouvoirs est donc un principe général d’articulation
de pouvoirs (organes et fonctions) qui est au fondement des régimes libéraux. Et il se trouve que ce
principe est, dans le cas du parlementarisme, asymétrique, en ce qu’il institue un groupe d’organes
liés pour gouverner, tandis que les autres organes remplissent d’autres rôles que celui-là86. Dans un
ouvrage antérieur, Armel LE DIVELLEC avait qualifié de dogme le principe de la séparation des
pouvoirs et considéré que l’idée d’équilibre entre les pouvoirs se conçoit comme une sorte
d’esthétique de théorie constitutionnelle87. Pour C.-M. PIMENTEL, la séparation des pouvoirs est un
dogme vidé de son contenu88.

5. L'évolution contemporaine de la séparation des pouvoirs

La théorie de la séparation des pouvoirs a connu des fortunes diverses au cours de son évolution. Elle
a subi de vives critiques et remises en cause. Même si elle a surmonté l'épreuve de l'usure des temps,
la théorie de la séparation des pouvoirs doit être relativisée, à la lumière de la dimension nouvelle
qu'elle emprunte actuellement dans les démocraties contemporaines.

L'observation du fonctionnement des régimes contemporains met en lumière un certain dépassement


de la séparation des pouvoirs en raison de la fusion du pouvoir d'Etat entre les mains d'une majorité
parlementaire. La fusion est due, dans le régime parlementaire britannique, au fait que le Cabinet
émane du Parlement et demeure responsable devant lui. Cette fusion ne devrait pas être comprise

82Ch. EISENMANN, « L’esprit des lois et la séparation des pouvoirs », in Mélanges Carré de Malberg. Faculté de Droit et des
Sciences politiques de Strasbourg, 133, réimpression, Paris, Edouard Duchemin, 1977 consulté sur gallica.bnf.fr le 28 février 2022,
pp.163-192.
83 M. BARBERIS, « Le futur passé de la séparation des pouvoirs », Pouvoirs, 2012/4, n° 143, pp. 5-15, spéc. à la p. 7.
84 Ch. MANGA FOMBAD, « The Separation of Powers and Constitutionalism in Africa: The Case of Botswana”, Boston College
Third World Law Journal, Vol. 25, n° 2, 2005, pp. 301-342, spéc. à la p. 303.
85 Slim LAGHMANI, « Constitution et démocratie », L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel Troper, Paris,

Economica, 2006, pp. 593-601, spéc. à la p. 599. Voy. aussi M. BARBERIS, « Le futur passé de la séparation des pouvoirs », Pouvoirs,
n° 143, 2012, pp. 5-15.
86 A. LE DIVELLEC, « L’articulation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires européennes : fusion et mitigation », Pouvoirs,

2012/4, n° 143, pp. 123-140, spéc. à la p. 131.


87
A. LE DIVELLEC, Le gouvernement parlementaire en Allemagne. Contribution à une théorie générale, cité par J-P. FELDMAN,
« La séparation des pouvoirs et le constitutionnalisme. Mythes et réalités d’une doctrine et de ses critiques », RFDC, 2010/3, n° 83, pp.
483-496, spéc. à la p. 488.
88 C.-M. PIMENTEL, « Le sanctuaire vide : la séparation des pouvoirs comme superstition juridique ? », Pouvoirs, n° 102, 2002, pp.

119-131.
20
comme le cumul des fonctions exécutives et législatives au profit d’un seul organe, mais comme une
union de corps conservant la faculté d’empêcher l’autre afin de maintenir les libertés 89.

Joël Mekhantar écrit à ce propos en constatant l’archaïsme de la théorie de la séparation des


pouvoirs : « On peut donc dire que la distribution organique des fonctions ne recoupe pas
nécessairement la distribution organique des pouvoirs. Dans les démocraties parlementaires, on
observe d’ailleurs que la fonction législative est largement répartie entre le Parlement et le
Gouvernement, le Gouvernement tendant même à supplanter le Parlement dans beaucoup de pays.
(…). Au plan institutionnel, la fonction législative a été grandement absorbée par l’exécutif qui, non
seulement, a l’initiative de la presque totalité des lois votées par le Parlement, mais qui, de plus,
bénéficie souvent de mécanismes lui permettant d’imposer son point de vue dans la procédure
législative. Au plan politique, il n’existe pas d’opposition entre l’exécutif et la majorité législative
dans un régime parlementaire. Il n’y a donc pas séparation entre les pouvoirs, mais concentration du
pouvoir politique au profit de la ou des formations victorieuses »90.

Le phénomène majoritaire est une caractéristique générale des démocraties parlementaires


contemporaines. Il l’est aussi dans le cadre du régime présidentiel. Il trouve son fondement dans la
conjonction de facteurs institutionnels et politiques. Il est généralement provoqué par les scrutins
majoritaires (à un tour ou à deux tours) qui, par l'effet d'écrasement qu'ils entraînent, permettent
l'avènement à la chambre élue du Parlement d'une majorité parlementaire (homogène ou de coalition)
suffisamment cohérente et disciplinée pour soutenir l'action de l'exécutif. L'Assemblée est alors
politiquement contrôlée par l'exécutif qui est, en réalité, l'état-major de la majorité parlementaire.

En 2011, Pierre ROSANVALLON, cité par E. THIERS, estimait, dans Le Monde, que le terme de «
séparation des pouvoirs », selon l’ancienne tripartition, n’avait plus de consistance puisque ne
demeurait qu’un seul pouvoir dirigeant – l’exécutif –, que le pouvoir législatif n’avait qu’une capacité
limitée de contrôle, de contrainte ou de censure de l’exécutif, et que le pouvoir judiciaire n’existait
plus depuis longtemps en tant que tel. Dès lors, on devait raisonner en termes de balance des pouvoirs
en séparant fonctionnellement action et contrôle, c’est-à-dire aussi gouvernement et opposition91.

Dans le cadre du parlementarisme rationalisé, le gouvernement dispose d'artifices juridiques lui


permettant de discipliner les parlementaires récalcitrants de sa majorité (vote bloqué, question de
confiance, menace de dissolution, etc.). Dans les faits, l'exercice du pouvoir législatif se déplace de
l'Assemblée au Gouvernement qui conserve ses prérogatives exécutives explicites tout en orientant
ou contrôlant, selon les cas, les conditions d'élaboration et d'adoption de la loi. L'Assemblée devient
une chambre d'enregistrement ou de ratification des projets de loi déposés par l'exécutif. Les
propositions de loi émanant des députés ne deviennent des lois que si elles recueillent l'assentiment
de l'exécutif. Il en est de même du régime présidentiel en cas de concordance de majorité entre le
Président de la République et le Congrès. Cette concentration ou mieux fusion peut s’opérer au profit
de l’un de ces deux organes.

Carlos-Miguel Pimentel, dans un article évocateur soutient que la séparation des pouvoirs est
devenue un sanctuaire vide. Son contenu a été vidé par l’apparition de deux notions entièrement
nouvelles ; celle d’un pouvoir judiciaire distinct de la fonction exécutive d’une part et celle d’un
pouvoir constituant placé au-dessus du pouvoir législatif ordinaire d’autre part92.

89 A. ANTOINE, Droit constitutionnel britannique. 2è éd., Paris, LGDJ, 2018, p. 50.


90
J. MEKHANTAR, op.cit., pp. 80-86
91 E. THIERS, « La majorité contrôlée par l’opposition : pierre philosophale de la nouvelle répartition des pouvoirs ? », Pouvoirs, 2012,

pp. 61-72.
92 C.-M. PIMENTEL, “Le sanctuaire vide : la séparation des pouvoirs comme superstition juridique ? », Pouvoirs, 2002, pp. 119-131,

spéc. à la p. 127.
21
La fonction de la justice n’est plus celle de la remorque de deux autres pouvoirs. La justice
constitutionnelle, par exemple, devient dans certains Etats, le véritable organe régulateur de la vie
politique et de l’activité des institutions politiques plaçant ainsi le juge constitutionnel au centre de
l’architecture institutionnelle pour veiller à l’équilibre dans le fonctionnement du pouvoir. En plus
de trois pouvoirs classiques (législatif, exécutif et judiciaire) se développent dans certains continents
un ou deux autres pouvoirs nécessaires au bon fonctionnement de l’Etat93. La séparation des pouvoirs
peut aussi être étudiée sous l’angle d’un droit fondamental 94 . Dans la notion contemporaine de
séparation des pouvoirs, le juge, notamment constitutionnel, participe du respect de cette séparation
et de sa consolidation selon l’audace de son office. Dès lors il doit être pris en compte dans
l’effectivité de ce principe95.

La notion de la séparation des pouvoirs irrigue de nombreuses constitutions 96 et des traités


internationaux y font référence sans jamais dégager sa portée97. Les Constitutions africaines issues
du renouveau aménagent une place particulière au principe de la séparation des pouvoirs qu’elles
lient au constitutionnalisme98. Loin de présenter une même signification, le principe de séparation
des pouvoirs évolue et s’adapte aux différents contextes à telle enseigne qu’il est permis d’avancer
qu’à chaque génération correspond sa théorie de séparation des pouvoirs ou encore cette théorie
présente de multiples visages 99 et se déclinerait mieux, non plus dans les rapports entre les pouvoirs
exécutif et législatif, mais mieux dans la dynamique entre majorité et opposition. Cette idée est aussi
reprise par Renaud Baumert qui observe qu’il existe aujourd’hui entre le gouvernement et la majorité
parlementaire une profonde solidarité d’intérêts structurant le jeu politique tout entier. En d’autres
termes, la principale ligne de fracture politique ne passe plus entre des organes respectivement
dépositaires d’intérêts distincts. Elle passe, au contraire, entre la minorité parlementaire, d’une part
et le bloc formé, d’autre part, par le gouvernement et la majorité100.

Dans le cadre de ce cours, la séparation des pouvoirs a une valeur heuristique indéniable car elle
permet de distinguer les différents régimes politiques et de les classer. C’est principalement en cette
qualité d’ « outil opératoire », par convention, pour la classification des régimes politiques que nous
faisons ici recours à cette théorie tout en étant conscient de ses limites et faiblesses de cette théorie
dans le droit constitutionnel contemporain.

93 Le cas du continent américain peut être cité. Par exemple en Amérique latine, le pouvoir électoral est institué, notamment en Bolivie.
Voy. V. AUDUBERT, « Le continuisme de mandats présidentiels, une dérive caudilliste du pouvoir exécutif ? Réflexions à partir de
la Constitution bolivienne de 2009 », RFDC, 2016/4, n° 108, pp. 751-768. Au Venezuela la Constitution du 15 décembre 1999 établit
cinq pouvoirs (en plus de trois pouvoirs classiques figurent le pouvoir électoral et le pouvoir civil). En Afrique, quoique l’organisation
des élections soit généralement confiée à de nouvelles institutions ou Commissions électorales indépendantes, celles-ci ne sont pas
érigées en un pouvoir distinct. Elles sont généralement considérées comme des autorités administratives indépendantes, des institutions
d’appui à la démocratie etc.
94 A. SOMA, « La séparation des pouvoirs comme droit fondamental dans le constitutionnalisme contemporain », http://afrilex.u-

bordeaux4.fr/la-separation-des-pouvoirs-comme.html consulté le 16 février 2018.


95 Pour plus de détails, un ouvrage récent est consacré à ce pouvoir politique du juge. G. GRANDJEAN, Pouvoir politique et audace

des juges. Approche européenne et comparée, Bruxelles, Bruylant, 2018.


96 Préambule de la Constitution ivoirienne du 8 novembre 2016 évoque l’attachement notamment aux principes de la séparation et de

l’équilibre des pouvoirs ; ces principes sont aussi inscrits dans la Constitution tunisienne du 27 janvier 2014 ; ces principes figurent
aussi à l’article 5 de la Constitution égyptienne de janvier 2014 ; le principe de séparation des pouvoirs figure dans la Constitution
algérienne de 1996 telle qu’elle résulte de la loi de révision constitutionnelle du 6 mars 2016.
97 A titre indicatif, l’article 3 point 5 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance ; l’article 1er du Protocole

de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance inscrit la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire parmi les
principes de convergence constitutionnelle communs à tous les Etats membres.
98 Ch. MANGA FOMBAD (ed.), Separation of Powers in African Constitutionalism, Stellenbosch Handbooks in African

Constitutional Law, Oxford, 2016; « The Separation of Powers and Constitutionalism in Africa: The Case of Botswana”, Boston
College Third World Law Journal, Vol. 25, n° 2, 2005, pp. 301-342.
99 C. ROMAINVILLE, « Les multiples visages de la séparation des pouvoirs », in D. RENDERS, M. VERDUSSEN, P. D’ARGENT

(dir.), Les visages de l’Etat. Liber Amicorum Yves LEJEUNE, Bruxelles, Bruylant, 2017, pp. 697-.
100 BAUMERT, R., « Penser la séparation des pouvoirs », in J.-V. HOLEINDRE (dir.), Le Pouvoir. Concepts, lieux, Dynamiques,
Paris, Editions sciences humaines, Ouvrages de synthèse, 2014, pp. 74-80, spéc. à la p. 79 et s.
22
CHAPITRE DEUXIEME : LES REGIMES POLITIQUES
ORIENTATIONS GENERALES
1. Définitions du régime politique

A Définition institutionnaliste ou étroite des régimes politiques

Plusieurs définitions peuvent être proposées pour cerner la notion de régime politique. Le régime
politique peut renvoyer à « un ensemble complet d’institutions coordonnées et articulées qui se
réfèrent à la fois au fondement du pouvoir, au choix des gouvernants, à leur structure et à leur
limitation »101. Selon le Lexique de science politique, le régime politique désigne les institutions d’un
Etat. En Droit constitutionnel et en science politique, il désigne « le mode d’organisation du pouvoir
politique à un moment donné » 102 . Cette définition met au centre du régime l’importance des
institutions politiques ou mieux de celles qui se réfèrent au pouvoir. Elle est considérée limitée par
certains auteurs qui lui préfèrent une définition plus large comprenant et dépassant les institutions
politiques.

B Définition large du régime politique

Antoine Gazano complète la définition institutionnaliste en l’élargissant. Pour lui, un régime


politique n’est pas seulement un ensemble coordonné d’institutions politiques, mais aussi
d’institutions sociales, civiles, religieuses, administratives et économiques. Au cœur de tout régime
politique il y a un certain type d’Etat. Le degré de centralisation du pouvoir d’Etat est à prendre en
compte de même que le système des partis. En définitive, la comparaison des formes de régime
requiert une approche multidimensionnelle103.

C’est dans cette optique que s’exprime aussi Jean-Louis Quermonne qui récuse toute définition
circonscrivant l’objet du régime politique à un ensemble d’institutions, car un régime est aussi une
certaine combinaison d’un système de partis, d’un mode de scrutin, d’un ou plusieurs types de
décisions, d’une ou plusieurs structures de groupes de pression, d’un ou plusieurs types
d’administration publique. C’est au regard de ces considérations qu’il définit le régime politique
comme « l’ensemble des éléments d’ordre idéologique, institutionnel et sociologique qui concourent
à former le gouvernement d’un pays donné pendant une période déterminée »104. Il privilégie ainsi
les quatre composantes essentielles des régimes politiques : le principe de légitimité, la structure des
institutions, le système de partis et la forme et le rôle de l’Etat105.

La définition proposée par Jean-Louis Quermonne est aussi partagée par Paul LEROY, Pour ce
dernier, les régimes politiques peuvent être classés selon l’organisation constitutionnelle (attribution
des fonctions étatiques à des organes placés les uns par rapport aux autres dans des situations variables
de confusion, séparation ou collaboration des pouvoirs) ou le système de partis. Il distingue ici les

101 M. DUVERGER, Institutions politiques et Droit constitutionnel, Paris, PUF, 1965, p. 233 cité par A. MULUMBATI NGASHA,
Introduction à la science politique, 4ème édition, Lubumbashi, Editions Africa, 2014, p. 405.
102 O. NAY (dir.), Lexique de science politique, 4è éd., Paris, Dalloz, 2017, p. 522.
103 A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Forme de l’Etat. Forme du gouvernement. Organisation des pouvoirs publics. Système

partisan, Paris, Gualino Lextenso, 2021, p. 4.


104 J.-L. QUERMONNE, Les régimes politiques occidentaux. 5 è éd., mise à jour, Paris, Editions du Seuil, 2006, pp. 8-9.
105 J.-L. QUERMONNE, op.cit., p. 9.

23
régimes unitaires (régimes autoritaires) et les régimes politiques pluralistes (Les régimes politiques à
bipartisme et les régimes politiques à multipartisme)106.

Une autre définition plus large entend conventionnellement par régime politique « l’ensemble des
éléments qui caractérisent globalement une forme d’organisation avec une référence particulière aux
principes-valeurs et aux fins qui sont assignées à l’action des organes constitutionnels ; mais cette
notion recouvre aussi les critères relatifs à la discipline de l’Etat-communauté, au rôle de l’individu
et des groupes, et ceux relatifs à l’Etat-organisation et à ses modalités d’intervention »107. Dans son
ouvrage consacré à l’introduction à la politique, Maurice DUVERGER élargit la définition des
régimes politiques en les considérant comme « les différents types d’organisation du pouvoir. Ils
résultent à la fois d’institutions formelles, officielles, établies par les Constitutions, les lois et les
textes juridiques en général et d’institutions de fait, d’habitudes, de coutumes, d’usages, de
pratiques 108 . Une conception élastique du régime politique est aussi esquissée par Philippe
BENETON. Ce qui définit un régime politique dépend des relations qui existent entre la politique et
l’ensemble de la vie sociale. Il faut partir du réel pour en rendre compte109.

C Définition juridique et politique des régimes politiques

Le régime politique peut faire allusion à « tous les éléments de droit et de fait qui permettent de
rendre compte du mode d’organisation et de fonctionnement du pouvoir politique dans une société
déterminée » 110 . Pour Yves SCHEMEIL, dans la notion de régime, il y a celle de règle ou de
régulation. Un régime est « une forme d’ordre politique provisoirement stable, autour d’un partage
des ressources et des charges entre les diverses composantes de la société, qui soit acceptable par
l’ensemble de la population et qui produise une société apaisée (…). Tout régime doit s’appliquer à
deux niveaux : à celui des gouvernants, il dit comment sont organisés les rapports entre pouvoirs
publics (législatif, exécutif, judiciaire (…) ; au niveau des gouvernés, il accorde des droits et des
devoirs aux citoyens (…)»111.

Un régime politique se base sur deux éléments. En premier lieu il se fonde sur un ensemble de règles
concernant les modalités de la détention et de l’exercice du pouvoir politique qui reposent sur
différents types d’institutions politiques. Le plus souvent ces règles sont définies dans le cadre d’une
Constitution (mais aussi dans d’autres textes juridiques, en particulier les lois organiques et les lois
concernant les élections). A ces dimensions juridiques s’ajoutent des dimensions politiques sur
lesquelles la science politique met l’accent. Un régime politique combine un système juridique
(constitutionnel) et un système politique qui, lui, renvoie à l’ensemble des interactions entre les
institutions et les acteurs politiques112.

Le régime politique est déterminé dans son organisation tout comme dans son fonctionnement par
plusieurs facteurs dont les plus importants sont les forces socio-politiques, les cadres du régime, la
philosophie sociale, les fins que le régime politique se propose de réaliser113.

106 P. LEROY, Les régimes politiques du monde contemporain. Introduction générale. 1. Les régimes politiques des Etats libéraux,
Edition 2001 revue et augmentée, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2001, p. 42.
107 G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit

constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 113-157, spéc. p. 126.
108 M. DUVERGER, Introduction à la politique, Paris, Gallimard, 1964, p. 157.
109 Ph. BENETON, Les régimes politiques, Paris, PUF, Que sais-je, 1996, p. 4.
110 M. DE VILLIERS et A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 318.
111
Y. SCHEMEIL, Introduction à la science politique. Objets, méthodes, résultats, objectifs, 3 ème édition, Paris, Presses Sciences Po,
Dalloz, 2015, pp. 483-484.
112 X. CRETTIEZ, J. De MAILLARD et P. HASSENTEUFEL, Introduction à la science politique, Cours, Exercices corrigés, Paris,

Armand Colin, 2018, p. 75


113 A. MULUMBATI NGASHA, Introduction à la science politique, 4 è éd., Lubumbashi, Editions Africa, 2014, pp. 406-412.

24
2. Régimes politiques et formes de gouvernement

La forme de gouvernement est utilisée tantôt comme l’équivalent de régime politique tantôt comme
une notion comprise dans le régime politique par une partie de la doctrine italienne114. Giuseppe De
Vergottini entend par forme de gouvernement « l’ensemble des outils créés pour atteindre les
objectifs étatiques et donc les éléments qui concernent la désignation des titulaires et l’exercice des
fonctions attribuées aux organes constitutionnels. Dans cette perspective, toute forme de
gouvernement est encadrée par un régime politique plus large, qui la conditionne. Pour l’auteur, « le
rapport entre régime politique et forme de gouvernement montre qu’on ne peut comprendre la
structure du pouvoir, telle qu’elle est définie par les règles constitutionnelles régissant la désignation
des titulaires et l’exercice des fonctions, si l’on fait abstraction des conceptions matérielles qui sont
au fondement de l’ordre juridique et qui portent sur les bases économiques, sociales et politiques et
les principes qui inspirent l’action étatique » 115 . En d’autres termes, l’on entend par forme de
gouvernement l’ensemble des règles qui caractérisent la distribution du pouvoir parmi les organes
situés au sommet de l’Etat (organes constitutionnels) 116.

Il résulte de ce qui précède que la « forme de gouvernement » fait partie du régime politique. C’est
ainsi que Giuseppe De Vergottini distingue tour à tour la forme de gouvernement présidentiel (Etats-
Unis), la forme de gouvernement semi-présidentiel (France), la forme de gouvernement
parlementaire (Angleterre), la forme de gouvernement directorial (Suisse) 117 . D’autres auteurs y
ajoutent une 5ème catégorie de forme de gouvernement constituée par la monarchie constitutionnelle
dans laquelle fait défaut le rapport de confiance entre le Parlement et le gouvernement et les ministres
sont politiquement responsables devant le Chef de l’Etat (le monarque) titulaire du pouvoir exécutif
et de l’orientation politique118. Pour Michel Troper , la classification des régimes politiques constitue
une sous-classe des formes de gouvernement. Pour lui, la typologie de formes de gouvernement
comporte trois classes : la monarchie, l’aristocratie et la dictature. Cette dernière pouvant s’exercer
de manière directe ou indirecte par la représentation119.

Faisant référence aux œuvres de Platon, Aristote, Hobbes et autres Montesquieu, Luc Sindjoun
estime que les formes ou types de gouvernement renvoient aux formes ou types de régimes
politiques. Ainsi, abonde-t-il, « dans la théorie constitutionnelle contemporaine, le gouvernement
stricto sensu renvoie à un organe du pouvoir exécutif ayant la mission de conduire l’Etat, soit de
manière autonome lorsque le régime est parlementaire ou présidentiel, soit de manière hétéronome
lorsqu’il est semi-présidentialiste » 120 . Pour sa part Hanspeter Kriesi distingue trois formes des
gouvernements ou des régimes politiques : les régimes démocratiques, les régimes autoritaires et les
régimes totalitaires. Le régime démocratique se caractérise par la réalisation de deux principes :

114 La doctrine constitutionnaliste italienne utilise cette expression pour décrire la division horizontale du pouvoir. Voy. à titre illustratif
A. Di GIOVINE, « Le forme di governo »,in P. CARROZZA, A. Di GIOVINE et G.F. FERRARI (dir.), Diritto costituzionale
comparato, Roma-Bari, Laterza, 2009, pp. 705-745. Certains utilisent également l’expression « forme de l’Etat » ou « forme politique »
comme équivalents de « régime politique ». Ces expressions sont utilisées en Italie, en Espagne ou en Autriche. Voy. G. De
VERGOTTINI, « Régimes politiques », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit constitutionnel.
Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 113-157, p. 118.
115G. de VERGOTTINI, art.cit., pp. 126-127.
116 G. MORBIDELLI, L. PEGORARO, A. REPOSO, M. VOLPI, Diritto pubblico comparato, Turin, G. Giappichelli Editore, 2004,

281.
117 G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit

constitutionnel. Tome 2.Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 113-157, spéc.p. 129.
118G. MORBIDELLI, L. PEGORARO, A. REPOSO, M. VOLPI, Diritto pubblico comparato, Turin, G. Giappichelli Editore, 2004, p.

287. Cependant cette 5ème catégorie ne présente qu’un intérêt historique. Elle serait à l’origine du régime parlementaire et du régime
présidentiel (p. 288).
119 Contra Michel TROPER. Voy. M. TROPER, Pour une théorie juridique de l’Etat, Paris, PUF, 1994, p. 252.
120 L. SINDJOUN, « Le gouvernement de transition : éléments pour une théorie politico-constitutionnelle de l’État en crise ou en

reconstruction », in J. du Bois de GAUDUSSON et alii (dir.), Mélanges en l’honneur de Slobodan Milacic, Bruxelles, Bruylant, 2007,
pp. 967-1011 , spéc. aux pp. 967-968.
25
libéral et démocratique. Le régime autoritaire ne met en œuvre que certains éléments du principe
libéral alors que le totalitarisme ne met en œuvre aucun de ces deux éléments. A titre indicatif, dans
les régimes totalitaires reconnaissant le suffrage universel, le droit de vote y perd toute signification
parce qu’il n’y a pas de libre concurrence entre différents partis121. A titre indicatif, en parcourant
l’ouvrage du politiste et sociologue Adrien Mulumbati Ngasha, les typologies des régimes politiques,
aux critères diversifiés, ne se distinguent pas de formes de gouvernement122.

La classification des formes de gouvernement a été propulsée notamment par Aristote mettant un
accent à la fois sur la structure du pouvoir (nombre de détenteurs) et sur l’intérêt poursuivi. Les
philosophes de la Grèce antique opposaient trois titulaires possibles de l’autorité publique : une seule
personne, un petit nombre ou l’assemblée générale des citoyens. Une telle classification était
idéologique plutôt que scientifique. Dans chaque catégorie, on séparait les formes pures orientées
vers l’intérêt général des formes déviées vers des intérêts particuliers : la monarchie, l’aristocratie et
la démocratie se corrompant en tyrannie, oligarchie, démagogie 123.

Malgré que cette classification soit devenue obsolète, elle constitue un outil pouvant être mobilisé
dans la classification de nouvelles formes de gouvernement. En se servant de l’outil de classification
des formes de gouvernement en vue de rendre compte de la catégorie de l’Etat de droit en tant que
forme de gouvernement, Pierre-Marie Raynal soutient que l’Etat de droit s’inscrit dans l’aristocratie
(juridictionnelle) et non dans la démocratie car les juges constitutionnels, à travers le contrôle de
constitutionnalité des lois, assurent la réalisation de l’intérêt général notamment à travers la
protection des droits fondamentaux. Il affirme par ailleurs qu’avec l’affaissement du légicentrisme
face à l’émergence du juricentrisme, l’on a plus confiance dans les juges considérés comme les
meilleurs124.

Pour le besoin de cet enseignement, le vocable « régime politique » sera préféré à la forme de
gouvernement vu sa généralisation dans la doctrine constitutionnaliste dominante. Tout en ayant à
l’esprit le concours des situations et faits non nécessairement juridiques à la compréhension des
régimes politiques, ces derniers seront principalement étudiés sous l’angle des règles de droit. Pour
Michel Toper certains ouvrages et manuels de droit constitutionnel, particulièrement en France
utilisent, en vue de distinguer les différents régimes politiques, la classification proprement
constitutionnelle, c’est-à-dire « une classification qui ne porte pas sur la structure, le fonctionnement
du pouvoir politique en général ou le but poursuivi par les gouvernants mais seulement sur les règles
relatives à l’exercice du pouvoir politique et notamment sur celles qui se rapportent à l’exercice des
grandes fonctions étatiques, c’est-à-dire qu’il s’agit en définitive et pour l’essentiel d’une
classification des règles relatives à l’édiction de règles »125.

Les régimes politiques dépendent d’un certain nombre de facteurs appelés les déterminants. Les plus
importants des déterminants des régimes politiques sont constitués par les forces socio-politiques
(population, gouvernants, partis politiques, groupes de pression et classes sociales), les cadres du

121 KRIESI, H., Les démocraties occidentales : une approche comparée, Paris, Economica, 1994, pp. 10-11.
122 Il nous rend compte de ces typologies de régimes politiques : la typologie d’Aristote, la typologie de Montesquieu, la typologie de
Jean-Jacques Rousseau, la typologie d’Evans-Pritchard et Fortes, la typologie de Lucy Mair, la typologie de Gabriel Almond et
Bingham Powell, la typologie de Jean-Louis Vullierme, la typologie de Pascal Delwit, la typologie fondée sur les fonctions de l’Etat,
la typologie fondée sur le nombre de partis politiques, la typologie fondée sur l’étendue des pouvoirs des gouvernants de l’Etat et sur
leur limitation par les citoyens. Voy. A. MULUMBATI NGASHA, Introduction à la science politique, 4ème édition, Lubumbashi,
Editions Africa, 2014, pp. 412-428.
123 M. DUVERGER, « Les monarchies républicaines », Pouvoirs, n°78, 1996, pp.107-120, spéc. p. 107.
124 P.-M. RAYNAL, « L’Etat de droit comme forme de gouvernement. Essai de classification », Civitas Europa, 2016, n° 2, pp. 27-

46.
125 M. TROPER, Pour une théorie juridique de l’Etat, Paris, PUF, 1994, p. 251 et s.

26
régime politique (cadre économique, géographique, technique et historique), la philosophie sociale
(le libéralisme, le totalitarisme, le fascisme, la démocratie, etc.), les fins que le régime politique se
propose de réaliser (gérer la société ou refaire la société) 126 . Certains régimes politiques ne se
manifestent que dans des circonstances exceptionnelles et sont qualifiés de régimes extraordinaires
ou des régimes d’exception. Ils se déclinent, selon la typologie de Jean-Louis Vullierme en tyrannie,
dictature et régime à éclipse127. Ne se fondant pas principalement sur l’aménagement des rapports
institutionnels, ces régimes extraordinaires, intéressant la science politique, ne font pas l’objet de
traitement dans le cadre de cet enseignement.

L’analyse des régimes politiques se situe traditionnellement à la limite de la science politique et du


Droit constitutionnel. En réalité, elle exige les compétences de différentes disciplines scientifiques,
celles de l’historien, du politologue, du sociologue, du constitutionnaliste128.

Les régimes politiques sont nombreux. Ils peuvent être classés à l’envi par les politistes en recourant
à plusieurs critères qui ne sont pas privilégiés par les juristes et assurent un amalgame entre formes
de gouvernement et régimes politiques. Il va sans dire que malgré l’intérêt que présentent ces
différentes typologies, nous restons guidés par l’observation de Michel TROPER en privilégiant le
critère juridique se dégageant de l’articulation des pouvoirs. Plusieurs critères peuvent être proposés
pour classer les différents régimes politiques : la séparation des pouvoirs, la structure du pouvoir, la
légitimité, le mode de désignation et l’influence du Chef de l’Etat, etc.

3. Classification des régimes politiques

Les classifications ont pour ambition de « dresser une systématisation et d’offrir des points de repères
dans une réalité complexe et plurielle »129. Classer, c’est définir des genres et des espèces. C’est au
préalable déterminer des critères de classement, c’est donc faire le meilleur choix possible parmi des
caractères distinctifs130. Le but des classifications consiste à systématiser et à ordonner une matière
et, plus précisément, des institutions en Droit constitutionnel. La classification consiste à diviser,
fractionner et répartir en plusieurs catégories les formes politiques. La classification et le modèle
visent à systématiser ; mais classer suppose d’ordonner différentes espèces les unes par rapport aux
autres alors que le modèle entend identifier une catégorie sans que cela conduise forcément à faire le
tri par rapport à d’autres objets similaires. La classification est assurément une typologie 131.

Mais les auteurs divergent sur le travail de classification selon que pour les uns, la classification
procède de la systématisation de phénomènes observés alors que pour d’autres il s’agit d’une
construction théorique de catégories abstraites132.

Les classifications n’ont pas pour objet d’étudier le meilleur régime politique. Comme l’a souligné
Jean-Louis Quermonne, l’objet de la science politique n’étant pas de rechercher le meilleur régime

126 A. MULUMBATI NGASHA, Introduction à la science politique, 4ème édition, Lubumbashi, Editions Africa, 2014, pp.406-412.
127 J.L. VULLIERME, Le concept de système politique, Paris, PUF, 1989, cité par A. MULUMBATI NGASHA, op.cit., p. 415.
128 G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit

constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 113-157, spéc. p. 114.
129
M.C. PONTHOREAU, art.cit., p. 615.
130 Ph. BENETON, Les régimes politiques, Paris, PUF, Que sais-je, 1996, p. 4 et s.
131
M.-C. PONTHOREAU, Droit (s) constitutionnel (s) comparé (s), 2 è éd., Paris, Economica, 2021, p. 207.
132
M.-C. PONTHOREAU, Droit (s) constitutionnel (s) comparé (s), 2 è éd., Paris, Economica, 2021, p. 191 et s.
27
politique, mais d’analyser de manière comparative la communauté et la singularité des traits qui
caractérisent les différents régimes133.

Selon Charles EISEMANN, trois principes doivent présider à l’élaboration d’une classification.
L’unité de principe doit correspondre à un principe de non contradiction entre les différentes classes
d’objets qui doivent elles-mêmes s’opposer trait pour trait selon le ou les critère (s) choisi (s). Ensuite,
le principe de cohérence suppose l’absence de recoupement entre les classes. Enfin, la clarté des
définitions est nécessaire de telle sorte que chaque objet puisse rentrer dans une classe sans
équivoque. Cette démarche analytique repose sur l’art de la distinction134.

La classification des régimes politiques ne fait pas l’unanimité au sein de la doctrine dans la mesure
où les critères de classification ne sont pas pondérés de la même manière même si en Droit
constitutionnel comparé, les 3 principaux régimes sont généralement admis 135 . D’autres auteurs
retiennent 3 typologies des régimes politiques, à savoir le régime parlementaire, le régime présidentiel
et le régime directorial 136 . Cette typologie (régime parlementaire, régime présidentiel et régime
directorial) n’est pas sans pertinence « puisqu’elle correspond effectivement aux trois systèmes
constitutionnels positifs des démocraties contemporaines, tels qu’ils se sont développés depuis le
début de l’ère démocratique moderne »137. En y incluant également le régime directorial suisse, l’on
aboutit à 4 régimes politiques élaborés par des constitutionnalistes à partir des formes de
gouvernement qui existent138.

Evangelia GEORGITSI fait part de cette divergence dans la classification des régimes politiques en
notant que dans la doctrine française du moins, aussi bien juridique que politiste, « il n’existe pas de
classification plus discutée que celle des régimes politiques »139. Elle écrit à ce propos : « Fondées
sur des critères variables selon les auteurs, ces classifications ne sont pas à l’abri des critiques. Ainsi,
certains auteurs fondent la distinction sur le seul critère de la responsabilité politique de l’exécutif
devant le Parlement, trait par excellence du régime parlementaire, tandis que d’autres y ajoutent
l’existence d’un droit de dissolution au profit de l’exécutif ou encore l’élection du Chef de l’État au
suffrage universel. Mais, si l’on admet le premier critère, il faut expliquer, ensuite, en quoi
l’impeachment américain n’est pas une forme de responsabilité politique, certes exceptionnelle, ou
au moins comment établir une distinction nette entre responsabilité politique et responsabilité pénale,
si ce n’est sur les effets des sanctions infligées. La difficulté disparaît lorsqu’on ajoute le critère de
l’existence d’un droit de dissolution, mais le prix à payer n’en est pas moins lourd puisque « s’il est
très répandu, il n’existe pas dans des régimes indiscutablement parlementaires et ne peut donc être
retenu comme un élément nécessaire de la définition ».

Tout en tenant compte de ces différents points de vue de la doctrine, notre cours privilégie
globalement une approche triangulaire des régimes politiques (régime parlementaire, régime
présidentiel et régime directorial) selon le critère prédominant de la séparation « souple » ou
« rigide » des pouvoirs. Ce critère sera complété par d’autres moins utilisés en doctrine, mais qui
133
J.L. QUERMONNE, Les régimes politiques occidentaux, 5 è éd., Paris, Editions du Seuil, 2006, p.19.
134
Cité par M.-C. PONTHOREAU, Droit (s) constitutionnel (s) comparé (s), 2 è éd., Paris, Economica, 2021, p. 192 et s.
135 A propos des régimes parlementaires, semi-présidentiels et présidentiels (et leur dégénération en présidentialismes). A. di

GIOVINE, «Le forme di governo », P. CARROZZA, A. Di GIOVINE, G.F. FERRARI (a cura di), Diritto costituzionale comparato,
Bari-Roma, Laterza, 2009, pp. 705-745.
136 Y. LEJEUNE, Droit constitutionnel belge. Fondements et institutions, Bruxelles, Larcier, 2010, pp. 210-211. Dans cette même

optique, Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015, p. 188.
137 Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, op.cit., p. 188.
138
G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit
constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 114-157. Voy. aussi O. DUHAMEL, Droit constitutionnel
et institutions politiques, Paris, seuil, 2009, pp. 368-376.
139 E. GEORGITSI, « La spécificité de la Vè République et les classifications : une opposition fausse », RFDC, 2010/3, n° 83, pp. 543-

564, spéc. à la p. 543.


28
permettent d’appréhender la nature particulière des régimes politiques élisant domicile dans d’autres
continents. A titre indicatif, les régimes politiques africains qui se rapprochent de régimes politiques
latino-américains issus du nouveau constitutionnalisme des années 1990.

La classification des régimes politiques proposée par Marie-Anne Cohendet fera l’objet d’une
illustration en partant de critères de la responsabilité et de la légitimité. De même le critère portant
sur l’étendue du pouvoir normatif des assemblées parlementaires sera évoqué et permettra de
compléter, à titre d’information, les régimes politiques.

Selon Maurice DUVERGER, toute classification des régimes politiques se réfère, implicitement ou
non, à un système de valeurs140. Dans les sciences du droit les classifications sont utilisées pour
mettre en ordre des ensembles de données d’étendue variable 141. L’observation et la comparaison
sont au cœur de la classification.

Les classifications des régimes politiques sont nombreuses. Il est possible de distinguer trois grands
types de classifications :
- Les classifications s’inscrivant dans le cadre de la philosophie politique mettant l’accent sur
l’orientation de l’exercice du pouvoir ;
- Les classifications juridiques qui se focalisent sur les règles juridiques organisant l’exercice du
pouvoir politique ;
- Les classifications de science politique qui intègrent les acteurs politiques et leurs interactions
dans une perspective plus sociologique142.

4. Critères de classification des régimes politiques

Selon Philippe BENETON, les classements qui jalonnent l’histoire de la pensée politique ont fait usage
de deux types de critère : le premier concerne le mode d’organisation du pouvoir (le critère de la
structure), le second concerne le mode d’exercice du pouvoir (le critère de la pratique) 143.

Pour le Lexique de science politique, les critères permettant de distinguer les régimes politiques sont
assez variables : le nombre des dirigeants, les procédures de désignation des gouvernants, le degré de
séparation entre les différentes composantes du pouvoir, ou encore le type de relation entre gouvernants
et gouvernés (garantie des droits de la personne, degré de pluralisme)144. En tenant compte de valeurs
et principes affirmés dans les textes constitutionnels il y a lieu, du point de vue qualitatif de distinguer
d’une part les Constitutions qui opèrent un choix entre le régime politique favorisant le pluralisme
politique (régimes démocratiques) et celles qui l’étouffent (régimes autocratiques)145.

Pour Michel TROPER, certains ouvrages et manuels de Droit constitutionnel, particulièrement en


France, utilisent, en vue de distinguer les différents régimes politiques, la classification proprement
constitutionnelle, c’est-à-dire « une classification qui ne porte pas sur la structure, le fonctionnement du
pouvoir politique en général ou le but poursuivi par les gouvernants mais seulement sur les règles
relatives à l’exercice du pouvoir politique et notamment sur celles qui se rapportent à l’exercice des
140
M. DUVERGER, Introduction à la politique, Paris, Gallimard, 1964, p. 158.
141 V. CHAMPEIL-DESPLATS, Méthodologies du Droit et des sciences du Droit, Paris, Dalloz, 2016, p. 333. Notre soulignement.
142 X. CRETTIEZ, J. De MAILLARD et P. HASSENTEUFEL, Introduction à la science politique, Cours, Exercices corrigés, Paris,

Armand Colin, 2018, p. 76. Notre soulignement


143 Ph. BENETON, Les régimes politiques, Paris, PUF, Que sais-je, 1996, p. 5.
144 O. NAY (dir.), Lexique de science politique, 4è éd., Paris, Dalloz, 2017, p. 522.

145G. MORBIDELLI, L. PEGORARO, A. REPOSO, M. VOLPI, Diritto pubblico comparato, Turin, G. Giappichelli Editore, 2004,
p. 239 et s.
29
grandes fonctions étatiques, c’est-à-dire qu’il s’agit en définitive et pour l’essentiel d’une classification
des règles relatives à l’édiction de règles »146. Cette perspective juridique tranche avec la perspective
« politiste » plus large classant les régimes politiques selon plusieurs critères. En effet, l’analyse des
régimes politiques se situe traditionnellement à la limite de la science politique et du Droit
constitutionnel. Elle exige les compétences de différentes disciplines scientifiques, celles de l’historien,
du politologue, du sociologue, du constitutionnaliste147.

Ce foisonnement des disciplines scientifiques explique la diversité des typologies de régimes politiques
proposées par les politistes et rarement reprises dans les manuels du Droit constitutionnel. A titre
illustratif, dans son ouvrage portant sur l’introduction à la science politique, le Professeur Adrien
MULUMBATI NGASHA énumère onze (11) typologies de régimes politiques selon les auteurs
(Aristote, Montesquieu, Jean-Jacques Rousseau, Evans-Pritchard et Fortes, Lucy Mair, Gabriel Almond
et Binham Powell, Jean-Louis Vullierme, Pascal Delwit) et des critères fondés sur les fonctions de l’Etat,
sur le nombre de partis politiques et sur l’étendue des pouvoirs des gouvernants de l’Etat et sur leur
limitation par les citoyens148. D’autres typologies sont proposées par des auteurs sur la base des critères
qu’ils forgent149. En lisant les différents manuels de science politique, il est permis de dégager trois types
de régimes politiques, à savoir les régimes démocratiques, les régimes autoritaires et les régimes
totalitaires 150 . D’autres y ajoutent deux autres typologies, pour en constituer cinq (la démocratie,
l’autoritarisme, le totalitarisme, les régimes de gouvernement personnel et les régimes du post-
totalitarisme151.

Les classifications peuvent être multipliées à l’envi et dépendent parfois du goût de leurs auteurs.
Plusieurs critères sont utilisés à ce propos. A titre d’exemple, une typologie fondée sur les fonctions de
l’Etat repose sur le critère selon que les fonctions législative, exécutive et judiciaire sont remplies par
un seul organe (concentration des pouvoirs) ou par les différents organes selon que ces derniers sont
séparés (séparation des pouvoirs) ou qu’ils collaborent (collaboration des pouvoirs). Cette typologie
n’ajoute rien du fait que les éléments qui la composent sont ceux qui sont traditionnellement utilisés sur
la base du critère de séparation des pouvoirs. Le nombre de partis politiques peut aussi déterminer la
nature du régime politique selon qu’il est monopartite, bipartite, multipartite parfait ou avec parti
dominant ou ultra-dominant. Jean-Louis VULLIERME, dresse une typologie de régimes politiques en
trois catégories : les régimes extraordinaires, les régimes oligo-démocratiques et les régimes oligo-
monarchiques.

Les régimes extraordinaires sont les régimes d’exception s’écartant de l’ordre référentiel qui naissent
des circonstances exceptionnelles. Il distingue la tyrannie, la dictature et le régime à éclipse. La dictature
romaine n’avait pas de connotation péjorative. . C’était une magistrature en tous points régulière. Elle
obéit à des règles strictes de dévolution, de durée, de forme et de portée. Elle est pourtant extraordinaire
à la fois parce qu’elle est liée à des circonstances d’exception et parce qu’elle suspend l’exercice des
magistratures ordinaires, en commençant par les pouvoirs qu’elles se partagent ordinairement. Les
régimes oligo-démocratiques sont ceux dans lesquels le plus grand nombre concède le pouvoir de
décision à ceux qui sont à chaque moment réputés les meilleurs, l’organisation ne demeurant oligo-
démocratique que pour autant que le bénéficiaire de cette délégation ne l’exploite pas en vue de
supprimer l’isonomie et d’insinuer la tyrannie. Les régimes oligo-monarchiques sont des régimes où les

146 M. TROPER, Pour une théorie juridique de l’Etat, Paris, PUF, 1994, p. 251 et s.
147 G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit
constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 113-157, spéc. p. 114.
148 A. MULUMBATI NGASHA, Introduction à la science politique, 4è éd., Lubumbashi, Editions Africa, 2014, pp. 412-428.
149 D. CHAGNOLLAUD de SABOURET, Introduction à la science politique. 8 è éd., Paris, Dalloz, 2018, p. 104 et s.
150 A titre indicatif, P. DELWIT, Introduction à la science politique. Troisième édition revue et augmentée, Bruxelles, Editions de

l’Université de Bruxelles, 2018, pp. pp. 79-150.


151
MOHAMMAD-SAID DARVICHE, « Les régimes politiques », in Ch, ROUX et E. SAVARESE (dir.), Science politique, 3è éd.,
Bruxelles, Bruylant, 2019, pp. 77-90.
30
pouvoirs publics sont monopolisés par un seul individu, qui les partage avec quelques agents ou
fonctionnaires qui lui sont subordonnés152.

Les typologies de régimes politiques ne sont pas figées. Elles peuvent connaître l’usure du temps.
Certaines peuvent être abandonnées au profit d’autres ou encore les typologies peuvent évoluer en
intégrant de nouveaux critères. Les politistes bénéficient d’une liberté dans la détermination des critères
servant de base au classement des régimes politiques. Cette liberté explique l’existence de plusieurs
typologies de régimes politiques. Comme l’avait relevé Juan LINZ, les typologies émergent et
disparaissent en fonction de leur utilité analytique pour les chercheurs 153. Certains politistes distinguent
les classifications traditionnelles et la classification institutionnelle 154.

Etant donné que l’étude des régimes politiques mobilise le savoir du constitutionnaliste et du politiste,
nous proposons de cerner les classifications des régimes politiques selon les différents critères partant
de celui classique basé sur la séparation des pouvoirs et les critères abondamment utilisés par la science
politique complétant le critère dominant des constitutionnalistes : critères basés notamment sur le
nombre, le but poursuivi dans l’exercice du pouvoir, les modalités d’exercice du pouvoir, le système de
partis politiques, la tolérance ou la compréhension des libertés, etc. Le degré de séparation des pouvoirs
sert ainsi d’étalon de mesure pour classer les régimes politiques.

Les formes démocratiques, contrairement aux formes autocratiques du gouvernement, favorisent le


principe de la séparation des pouvoirs. Le degré de séparation des pouvoirs sert d’étalon de mesure
pour classer les régimes politiques. Le critère prioritaire permettant de distinguer les régimes
politiques est tiré de la manière dont le pouvoir est attribué aux organes constitutionnels. Pour revêtir
l’aspect démocratique, il ne doit pas être concentré mais réparti entre les différents organes
constitutionnels. En outre un critère complémentaire réside dans les relations que ces organes
constitutionnels tissent entre eux dans l’exercice de leurs attributions respectives155. Ce critère de la
séparation des pouvoirs est considéré comme le plus classique depuis sa systématisation par
Montesquieu dans son œuvre passée à la postériorité (Esprit des lois). Il est repris par la doctrine
dominante aux fins de la classification des régimes politiques.

Selon ce critère, nous distinguons d’une part le régime de séparation souple des pouvoirs (régime
parlementaire) et d’autre part le régime de séparation rigide des pouvoirs. Ce critère ne rend pas
nécessairement compte de certaines contingences et dans certains cas, il peut résulter très limité. Le
rôle du juge, principalement constitutionnel, occulté et réduit à la bouche des lois, a évolué et dans
certains Etats il doit être intégré dans les éléments d’appréciation du régime politique objet d’étude.
Le principe de la séparation des pouvoirs est unanimement affirmé dans le constitutionnalisme
africain et une monographie y a été consacrée156.

Soulignons par ailleurs que la distinction entre séparation souple et rigide n’est guère pertinente et
peut prêter à confusion comme le soulignent Philippe LAUVAUX et Armel LE DIVELLEC tout en
admettant que le principe de séparation des pouvoirs reste le concept de référence, sans doute assez
formel de la classification des régimes157. Pour Anne-Charlène BEZZINA et Michel VERPEAUX,
Cette présentation binaire entre régimes parlementaires (séparation souple des pouvoirs) et régimes
152J.-L. VULLIERME, Le concept de système politique, Paris, PUF, 1989, pp. 477-528.
153 Juan LINZ cité par MOHAMMAD-SAID DARVICHE, « Les régimes politiques », in Ch. ROUX et E. SAVARESE (dir.), Science
politique, 3è éd., Bruxelles, Bruylant, Coll. Paradigme, 2019, pp. 77-90, p. 80
154 X. CRETTIEZ, J. De MAILLARD et P. HASSENTEUFEL, Introduction à la science politique, Cours, Exercices corrigés, Paris,

Armand Colin, 2018, pp. 76-83.


155 G. De VERGOTTINI, art.cit., p. 144.
156 Ch. M. FOMBAD (ed.), Separation of Powers in African Constitutionalism, Oxford, OUP, 2016, 448 p.
157 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, pp. 185-

189.
31
présidentiels (séparation rigide) est dépassée. La souplesse de la séparation existe dans les régimes
présidentiels et des éléments de légitimité distincts, des sphères nettement séparées pour chacun des
pouvoirs peuvent se retrouver dans certains régimes parlementaires158. Cette idée de séparation entre
régimes souples et régimes rigides provient d’Adhémar Esmein dans son ouvrage portant sur
Eléments de droit constitutionnel paru en 1896 et cette terminologie n’a pas évolué depuis lors159.

Pour Richard MOULIN, le souci d’opposer systématiquement le régime présidentiel au régime


parlementaire conduit à donner une description déformée du régime américain, en accentuant la
séparation des pouvoirs et la prééminence présidentielle 160 . A l’issue d’une analyse critique des
critères retenus pour la classification des régimes politiques, Michel TROPER conclut que « la
classification traditionnelle présente donc toutes sortes de faiblesses : elle heurte la logique ; elle
n’enseigne rien ; elle repose sur le présupposé absurde que les régimes purs sont des êtres réels et
malgré tout cela, elle ne sert de fondement à l’argumentation que lorsqu’il existe un doute sur leur
réalité ou leur substance »161. Les opérations de classement relèvent de la convention162.

Le degré de séparation des pouvoirs (par convention) sert ainsi d’étalon de mesure pour classer les
régimes politiques. Les classifications aboutissent, du point de vue de régimes politiques, à des
modèles constitutionnels. Ces derniers renvoient à « une construction schématique de l’organisation
des institutions. Ils sont aussi au cœur de la reprise d’institutions jugées exemplaires d’un État à un
autre. Les modèles constitutionnels ont ainsi deux significations : une représentation construite plus
ou moins abstraite comme la reprise d’une référence. S’ils restent des constructions intellectuelles,
ces modèles peuvent servir de base de travail à la rédaction d’une constitution »163.

C’est au regard de cette construction théorique illustrée par certains paradigmes que la doctrine
constitutionnelle et politiste distingue généralement les régimes parlementaire et présidentiel :- le
premier se caractérisant par une séparation souple impliquant une collaboration entre le
gouvernement et le parlement qui expriment la volonté politique de l'Etat.- le second se fonde sur
une séparation rigide organico-fonctionnelle des pouvoirs exécutif et législatif. Les régimes de
séparation rigide des pouvoirs comprennent, outre le régime présidentiel américain (avec toutes les
réserves), les monarchies constitutionnelles créées par les Constitutions française de 1791, suédoise
de 1809, espagnole de 1812 et norvégienne de 1814, ainsi que le régime directorial de la Constitution
française de l’an III (le directoire). Le dénominateur commun de ces régimes résulte en principe du
défaut de responsabilité politique du gouvernement devant les assemblées ainsi que l’inexistence du
droit de dissolution164.

Les régimes parlementaires et présidentiels sont considérés comme des modèles constitutionnels
servant de référence dans la rédaction des Constitutions. Ici par modèles constitutionnels, il convient
d’entendre, « ce qui peut servir de référence. En ce sens, l’existence d’un modèle permet, dans un
cadre constitutionnel, l’imitation par un Etat d’une institution instaurée dans un autre Etat. On
s’inspire de ce qui existe déjà ailleurs parce que cela fonctionne parfaitement (…). Ils peuvent être
une représentation construite plus ou moins abstraite comme ils peuvent être la reprise d’un exemple
que l’on s’efforce de reproduire »165.

158 A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 527.
159 A.-C. BAZZINA et M. VERPEAUX, op.cit., p. 528.
160 R. MOULIN, « Election présidentielle et classification des régimes », Pouvoirs, n° 14, 1980, pp. 29-40, spéc. à la p.38 et s.
161
M. TROPER, Pour une théorie juridique de l’Etat, Paris, PUF, 1994, p. 262.
162 R. MOULIN, « Election présidentielle et classification des régimes », Pouvoirs, n° 14, 1980, pp. 29-40, spéc. à la p.29.
163 S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), Les modèles constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, 4 ème de couverture.
164 Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015, p. 186.
165 S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), Les modèles constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, p. 9.

32
La construction de modèles peut être présentée comme un travail de sélection de certaines données
volontairement simplifiées et généralisées afin de constituer des repères comparatifs ou évaluatifs.
Les modèles sont souvent destinés à être provisoires et à être ajustés après confrontation avec la
réalité (…). En tant qu’il simplifie la multitude des données juridiques, le modèle comporte une
dimension pédagogique. Il doit permettre de comprendre par l’extraction de quelques données jugées
significatives et de quelques connexions simples établies entre elles, la récurrence de certains
rapports de causes à effets ou de la présence de certains mécanismes dans des ensembles d’énoncés
juridiques semblables mais non identiques166.

Les modèles changent. Comme le constate Stéphane PINON, le modèle d’hier (voir la place
qu’occupaient jadis le modèle américain ou celui de Westminster) n’est plus celui d’aujourd’hui qui
pourra lui-même facilement être supplanté demain. En second lieu, il y a le risque, devant la
multiplication des analyses produites d’un système érigé en référence, de se lancer dans une
représentation construite et simplifiée (voir déformée) de la réalité du régime » 167 . Marie-Claire
PONTHOREAU ne dit pas autre chose lorsqu’elle estime que « le caractère statique des
classifications est donc largement abandonné au profit d’une vision plus dynamique en forme de
processus en mettant l’accent sur les hybridations et la circulation des solutions juridiques »168.
Dans cette optique, à côté de ces deux catégories classiques de régime politique (régime
parlementaire et régime présidentiel) coexistent des variables intermédiaires corrigeant les
applications des deux formes absolues de régime aboutissant à des régimes dont l’appellation ne fait
pas l’unanimité dans la doctrine (régime semi-présidentiel et régime semi-parlementaire), à part le
régime suisse (directorial ou collégial) qui émerge comme un « genius » à part. Des régimes
politiques considérés comme des déformations ou des déviations du régime présidentiel américain
ont été affublés de l’étiquette de « régime présidentialiste » alors que le présidentialisme peut être
analysé comme un régime politique approprié à une certaine tradition culturelle (présidentialisme
africain) ou encore comme un système politique avec prédominance du Chef de l’Etat. Les régimes
politiques n’aménageant pas cette séparation des pouvoirs sont qualifiés de régimes de confusion ou
de concentration des pouvoirs. Le critère de séparation des pouvoirs fait partie de classifications
institutionnelles privilégiées par les juristes car il se fonde sur la modalité de la répartition des
fonctions entre les organes et les interactions entre eux.

4.1 Classification des régimes politiques fondée sur le critère de la séparation des pouvoirs

A. Exposé du critère du degré de la séparation des pouvoirs

Selon le critère du degré de séparation des pouvoirs, les régimes politiques peuvent se classer entre
ceux dans lesquels la séparation des pouvoirs est souple et se traduit par une forte collaboration entre
les institutions de l’Etat (régime parlementaire) d’une part, et ceux qui organisent une séparation
rigide se traduisant plus par une indépendance organique et fonctionnelle entre les institutions de
l’Etat (régime présidentiel). Cette classification est aussi qualifiée d’institutionnelle 169 .
Quoiqu’admis par la doctrine dominante, ce critère présente des limites et est soumis à la critique

166 V. CHAMPEIL-DESPLATS, op.cit., pp. 340 -341.


167 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,
2015, p. 13.
168 M.C. PONTHOREAU, « La métaphore géographique. Les frontières du droit constitutionnel dans le monde global », RIDC, Juillet-

Septembre 2016, n° 3, pp. 611-628, spéc. à la p. 616.


169 X. CRETTIEZ, J. De MAILLARD et P. HASSENTEUFEL, Introduction à la science politique, Cours, Exercices corrigés, Paris,

Armand Colin, 2018, pp.77-78


33
B. Limites ou faiblesses du critère du degré de la séparation des pouvoirs

La distinction entre séparation souple et rigide n’est guère pertinente et peut prêter à confusion ou
même constituer une source d’inexactitude comme le soulignent Philippe Lauvaux et Armel Le
Divellec tout en admettant que le principe de séparation des pouvoirs reste le concept de référence,
sans doute assez formel de la classification des régimes 170 . A titre indicatif, la Constitution
américaine, créditée comme modèle de la séparation rigide ne rend pas compte de la réalité dans la
mesure où les organes ne sont pas spécialisés dans leurs fonctions171. Pour Richard Moulin, le souci
d’opposer systématiquement le régime présidentiel au régime parlementaire conduit à donner une
description déformée du régime américain, en accentuant la séparation des pouvoirs et la
prééminence présidentielle. Il constate par ailleurs qu’il existe un décalage entre la théorie et la
pratique, faite d’interactions réciproques entre les pouvoirs172.

Après une analyse des critères retenus pour la classification des régimes politiques, Michel Troper
est plus critique en soulignant que « la classification traditionnelle présente donc toutes sortes de
faiblesses : elle heurte la logique ; elle n’enseigne rien ; elle repose sur le présupposé absurde que les
régimes purs sont des êtres réels et malgré tout cela, elle ne sert de fondement à l’argumentation que
lorsqu’il existe un doute sur leur réalité ou leur substance »173.

Philippe Lauvaux et Armel Le Divellec n’hésitent pas à affirmer qu’« aucune des trois formes de
régimes, tels qu’ils se présentent à leur origine, n’est absolument déterminée par le principe de
séparation des pouvoirs, quelle que soit l’acception qu’il reçoit » 174 . Par ailleurs il convient de
préciser que les opérations de classement relèvent de la convention175 et que la valeur heuristique des
modèles est fortement contestée de nos jours176.

Xavier Crettiez, Jacques de Maillard et Patrick Hassenteuffel critiquent cette classification


institutionnelle fondée sur le degré de séparation des pouvoirs. Ces trois auteurs concordent sur la
nécessité de repenser cette classification binaire présentant plusieurs limites. Selon eux, la première
limite est liée au fait qu’un certain nombre de régimes entrent mal dans ces deux catégories. C’est
tout d’abord le cas des régimes d’assemblée, du régime directorial, des régimes semi-présidentiels.
La deuxième limite est liée à l’hétérogénéité de ces classifications concernant en particulier la
catégorie des régimes parlementaires regroupant un grand nombre de régimes aux caractéristiques
assez différentes. Elle concerne aussi celle du régime présidentiel. En effet, si cette catégorie s’est
longtemps focalisée essentiellement sur le cas des Etats-Unis, sa portée s’est élargie avec la mise en
place de régimes présidentiels à la suite de transitions démocratiques mettant fin à des régimes
autoritaires, particulièrement en Amérique latine et en Afrique. Cet élargissement lui a aussi fait
perdre en cohérence puisque dans certains cas le Président chef de gouvernement, élu au suffrage
universel, possède un droit d’initiative parlementaire177.

La troisième limite recensée par les trois auteurs réside dans le fait que ces classifications sont
centrées sur les rapports entre pouvoir exécutif et législatif alors que Montesquieu prenait également
en compte le pouvoir judiciaire qui joue un rôle croissant dans le fonctionnement des régimes
170 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, pp. 185-
189.
171 Ph. LAUVAUX, op.cit., p. 185.
172 R. MOULIN, « Election présidentielle et classification des régimes », Pouvoirs, n° 14, 1980, pp. 29-40, spéc. aux pp.38-39.
173 M. TROPER, Pour une théorie juridique de l’Etat, Paris, PUF, 1994, p. 262.
174
Ph. LAUVAUX, op.cit., p. 192.
175 R. MOULIN, « Election présidentielle et classification des régimes », Pouvoirs, n° 14, 1980, pp. 29-40, spéc. à la p.29.
176 St. RIALS, « Régime congressionnel ou régime présidentiel ? Les leçons de l’histoire américaine », Pouvoirs, n° 29, 1984, pp. 35-

47, spéc. à la p. 35.


177 X. CRETTIEZ, J. De MAILLARD et P. HASSENTEUFEL, op.cit., pp. 81-82.

34
démocratiques contemporains avec le développement du contrôle de constitutionnalité. La quatrième
limite vient du fait que Montesquieu raisonnait plus en termes d’équilibre des pouvoirs que de
séparation de ceux-ci. Nous avons, dans le cadre d’un article, mis en exergue les limites de la
classification binaire des régimes politiques, son anachronisme avant de plaider pour la mise à jour
des critères de classification178.

Pour les trois auteurs précités, les classifications des régimes politiques à base juridique ne permettent
pas d’appréhender directement le fonctionnement de ceux-ci. C’est pour cela qu’il a été notamment
proposé de distinguer au sein des régimes démocratiques, le parlementarisme (domination du
législatif) du présidentialisme (domination de l’exécutif dirigé par le Président) et du
gouvernementalisme (domination de l’exécutif dirigé par un chef de gouvernement responsable
devant le parlement. Cette proposition demeure cantonnée aux rapports exécutif/législatif et elle ne
permet pas de comprendre les facteurs clefs de fonctionnement des régimes démocratiques, en
particulier l’existence de majorités stables (ou non) en lien avec les systèmes de partis et le mode de
scrutin.

C’est pour apporter quelques correctifs à la classification juridique que les travaux comparatifs de
science politique ont élargi les critères de comparaison en prenant en compte, au-delà de l’exécutif
et du législatif, non seulement le pouvoir judiciaire, les systèmes de partis et les modes de scrutin
mais aussi les rapports centre/périphérie et les modes de production des politiques publiques179.

La classification des régimes politiques procède initialement d’une conception européo-américaine


d’exercice du pouvoir et la grille d’analyse de ces régimes a servi d’étalon pour apprécier d’autres
régimes qui se sont développés dans d’autres continents à l’aune de ce critère (simplifié et parfois
ambigu du degré de séparation des pouvoirs). Pour certains auteurs, les grandes démocraties
développent deux formes de régimes politiques : d’une part les démocraties de compétition (régimes
parlementaires) et d’autre part les régimes de compromis (régimes non parlementaires avec le régime
présidentiel et directorial suisse comme paradigmes) 180. Ainsi, les pratiques non conformes au modèle
sont présentées comme des déformations, des déviations et ce, comme si la validation des régimes
politiques procède de leur conformité aux régimes politiques considérés comme modèles. Ces
jugements de valeurs tout comme les opérations de classement ne présentent aucune valeur scientifique.
Certains auteurs en soulignent par ailleurs le défaut de pertinence. En effet, Richard Moulin conclut son
article par ces propos résonnants sur la classification des régimes politiques : « (…) les catégories
classiques et leurs critères, vestiges d’une science constitutionnelle balbutiante, ne relèvent plus
aujourd’hui, que de l’archéologie juridique »181.

Nous avons démontré, dans certains travaux, la nécessité de repenser cette classification traditionnelle
des régimes politiques, vestige d’un Droit constitutionnel géographiquement situé et qui ne rend pas
compte de l’évolution des régimes politiques dans d’autres continents. Les critères traditionnels ont été
enrichis par des apports des Etats qui s’en sont inspirés avant de forger d’autres régimes politiques plus
adaptés à leur contexte182.

178 J. KAZADI MPIANA, « Les régimes politiques africains et la nécessité de l’aggiornamento des critères de classification », Revue
internationale de droit comparé, Juillet-Septembre 2018, n° 3, pp. 543-573.
179 X. CRETTIEZ, J. De MAILLARD et P. HASSENTEUFEL, Introduction à la science politique, Cours, Exercices corrigés, Paris,

Armand Colin, 2018, pp.82-83.


180
Ph. LAUVAUX et A. Le DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015.
181 R. MOULIN, « Election présidentielle et classification des régimes », Pouvoirs, n° 14, 1980, pp. 29-40, spéc. à la p.40.
182 J. KAZADI MPIANA, « Les régimes politiques africains et la nécessité de l’aggiornamento des critères de classification », Revue

internationale de Droit comparé, n°3, 2018, pp. 543-573 ; J. KAZADI MPIANA, « L’apport de l’Afrique à la classification des régimes
politiques », Revue Justitia, Faculté de droit, Unilu, 2018.
35
Julien Boudon, suivant en cela François Jullien-Laferrière, estime que le degré de séparation des
pouvoirs (souple ou rigide) doit être complété ou remplacé par un autre critère relatif à la structure de
l’exécutif à travers son unicité ou sa dualité. Il soutient que la classification des régimes politiques
pourrait partir de cette structure de l’exécutif (unité ou dualité) ; ce qui permettrait de jeter aux oubliettes
l’opposition commune entre séparation souple et séparation rigide des pouvoirs. A titre indicatif, la
séparation rigide n’a aucune consistance et aucune utilité 183. Pour lui, la grande différence entre les
Etats-Unis et les régimes parlementaires européens ne tient pas à la rigidité de la séparation des pouvoirs
ou à sa souplesse, mais au monisme de l’exécutif d’un côté, à son dualisme de l’autre 184. Il relève que
la seule objection à cette construction porte sur le terme « exécutif ». Le Chef de l’Etat n’est pas toujours
titulaire (d’une partie) du pouvoir exécutif. C’est le cas au Japon et en Suède.

En bref, Julien Boudon conteste le critère de la séparation des pouvoirs comme outil de classification
des régimes politiques et dénonce en même temps l’impuissance, depuis des décennies, de la doctrine
juridique à qualifier l’action du Chef de l’Etat et du gouvernement qui inclut l’exécution (des lois ou
des traités internationaux) sans s’y résumer. Il affirme en définitive que « nous sommes prisonniers
d’une théorie de la séparation des pouvoirs biséculaire ; si tout un chacun s’accorde à la juger périmée,
nul n’est encore parvenu à la renouveler »185. D’autres classifications ont été proposées sur des critères
autres. Sans reprendre la pluralité des critères mobilisés par la science politique, nous proposons
d’illustrer deux classifications

4.2 Classification des régimes politiques fondée sur des critères autres que la séparation des
pouvoirs.

Nous ferons principalement allusion aux critères de classification des régimes politiques proposés par
Marie-Anne Cohendet comme la légitimité et la responsabilité186. Selon l’auteur, la légitimité (entendue
ici comme mode de désignation aussi bien du Chef d’Etat que des parlementaires), la responsabilité et
le pouvoir sont à la fois le point d’ancrage de la classification des régimes et les trois éléments
déterminants pour l’équilibre des régimes démocratiques187. Nous illustrons la classification proposée
par Marie-Anne Cohendet et celle d’Evangelista Georgitsi.

a) Du point de vue du critère de la légitimité

Elle retient à ce propos la classification entre régime mono représentatif d’une part et régime bi
représentatif d’autre part. Le régime est mono représentatif lorsque seul le parlement émane du suffrage
universel direct (tout au moins une Chambre) alors que le régime bi représentatif est celui dans lequel
le parlement et le Chef de l’Etat émanent du suffrage direct ou quasi-direct 188 . L’auteur note que
l’’Allemagne et la Grande-Bretagne s’inscrivent dans le régime mono représentatif alors que la France
et les Etats-Unis dans le régime bi représentatif. Pour l’auteur, les régimes bi représentatifs sont
nécessairement des Républiques alors que les régimes mono représentatifs peuvent être monarchiques
ou républicains. Le critère de la légitimité n’est pas si éloigné de celui résultant de l’aménagement du
principe de majorité car il entretient un rapport direct avec la nature représentative de toutes les grandes
démocraties contemporaines. Pour Philippe LAUVAUX et Armel le DIVELLEC, ce critère procède

183 J. BOUDON, « Le mauvais usage des spectres. La séparation rigide des pouvoirs », RFDC, 2009/2, n° 78, pp. 247-267. Dans la
même optique, J. BOUDON, Le frein et la balance. Etudes de droit constitutionnel américain, Mare &Martin, 2010.
184 J. BOUDON, « Brèves réflexions sur la dyarchie de l’Exécutif en France », Droits, Vol.63, 2016, pp. 215-224.
185 J. BOUDON, « Brèves réflexions sur la dyarchie de l’Exécutif en France », Droits, Vol.63, 2016, pp. 215-22, spéc. à la p. 223..
186M-A. COHENDET, « La classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel »,

L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314.
187 M.A. COHENDET, « La classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel »,

in L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314, spéc. p. 304.
188 M-A. COHENDET, « La classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel »,

in op.cit., spéc. pp. 307-314.


36
d’une interprétation fonctionnelle de la classification traditionnelle fondée sur l’agencement des
pouvoirs et des organes189.

b) Du point de vue du critère de la responsabilité

La responsabilité est analysée sous l’angle des rapports entre l’Exécutif et le législatif. En d’autres
termes la responsabilité du gouvernement devant le parlement constitue le critère essentiel du régime
parlementaire.

La combinaison de deux critères précités peut aboutir aux combinatoires ci-après : un régime bi
représentatif parlementaire ou un régime bi représentatif non parlementaire. Ce dernier régime serait
l’équivalent de ce que l’on appelle régime présidentiel. Par contre les régimes mono représentatifs sont
presque toujours parlementaires. Le régime bi représentatif parlementaire correspond à ce que certains
qualifient de régime semi-présidentiel. Ces régimes exercent une certaine influence sur la pratique
constitutionnelle, mieux sur le système politique. A titre d’exemple un régime parlementaire mono
représentatif ne fonctionne jamais dans un système présidentialiste. Le régime bi représentatif
parlementaire peut fonctionner dans un système présidentialiste ou parlementariste.

Il convient de noter que les analyses de l’auteur ont été effectuées au regard des démocraties
occidentales, principalement des Etats faisant partie de l’Union européenne au moment de la rédaction
de sa contribution190.

Dans son ouvrage consacré au Droit constitutionnel, elle reprend les deux critères de la légitimité et de
la responsabilité. Pour elle, le premier critère pour faire une distinction à l’intérieur des régimes
parlementaires est de savoir comment est désigné le Chef de l’Etat.
- Soit il est élu au suffrage universel et direct ou quasi-direct, et alors on se trouve dans un
régime parlementaire biélectif ;
- Soit il n’est pas élu au suffrage universel direct ou quasi-direct et alors on se trouve dans
un régime parlementaire monoélectif.

Le régime présidentiel se caractérise par la combinaison de deux éléments :


- L’élection quasi directe du Président par le peuple et
- L’absence de responsabilité du gouvernement devant le Parlement.
Le régime présidentiel est par conséquent une sous-catégorie des régimes non-parlementaires et une
sous-catégorie des régimes biélectifs. La Suisse est un régime non-parlementaire monoélectif dans
la mesure où le gouvernement n’est pas responsable devant le Parlement.

Le régime dit semi-présidentiel n’est plus une catégorie à part. Il constitue une sous-catégorie des
régimes biélectifs et une sous-catégorie des régimes parlementaires191.

Un autre critère pertinent permettant de classer les régimes politiques réside dans la responsabilité du
gouvernement. Les régimes dans lesquels cette responsabilité est aménagée sont qualifiés de régimes
parlementaires alors que ceux dans lesquels elle fait défaut sont considérés comme non parlementaires.
Il peut s’agir du régime présidentiel américain tout comme du régime directorial suisse 192. Une autre
classification des régimes politiques a été proposée en recourant à l’existence ou non d’une opposition

189 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p.184.
190
M.A. COHENDET, « La classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel »,
in L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314, spéc. à la p. 305.
191 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4 è éd., Paris, LGDJ, 2019, pp. 165-167.
192 Ph. LAUVAUX et C-M. PIMENTEL, « Régimes non parlementaires », M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité

international de droit constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 195-220, spéc. à la p. 199.
37
parlementaire comme critère d’identification. Ce critère permet de distinguer les régimes
démocratiques (qui garantissent les droits de l’opposition) et ceux qui ne sont que des démocraties de
façade qui fonctionnent de manière autocratique193. Une autre classification a été proposée partant du
point de vue de l’implication du Parlement dans l’édiction des normes générales et abstraites.

c) Du point de vue de l’implication du Parlement dans l’édiction des normes générales et


abstraites

Cette classification est proposée par Evangelista Georgitsi 194 . Elle se distingue de classifications
traditionnelles en se focalisant sur les ordres juridiques démocratiques avec le rôle normatif primaire
du Parlement comme point de mire. Les critères utilisés sont réduits aux limites matérielles et limites
procédurales que peuvent connaître les parlements « démocratiques » dans l’édiction des normes
générales et abstraites. L’auteur aboutit à quatre classes correspondant aux C1, C2, C3, C4 195. Les Etats
s’inscrivant dans la classe C1 développent un parlementarisme radical en vertu du principe de la
souveraineté parlementaire. La Grande-Bretagne est connue notamment par la vigueur du principe de
la souveraineté parlementaire et que certains auteurs remettent en question à partir de 1991196. Les
classes C2 et C3 comprennent des Etats développant un parlementarisme tempéré alors que ceux de la
C4 développent un parlementarisme réduit dans la mesure où le Parlement est doublement limité.

4.3 Les classifications des régimes politiques privilégiées en science politique

Les classifications des régimes politiques les plus prisées par les politistes sont réparties en trois
catégories : les régimes démocratiques, les régimes totalitaires et les régimes autoritaires. Pascal Delwit
le dit clairement : trois grandes catégories de régimes politiques sont communément abordées dans la
littérature politologique : les régimes autoritaires, les régimes totalitaires et les régimes démocratiques.
Toutefois l’auteur tient à souligner que la ligne de démarcation entre régimes démocratiques et régimes
autoritaires est poreuse dans plusieurs situations. Un même Etat peut donner à voir tout à la fois des
attributs de régime autoritaire et des attributs de régime démocratique 197. JUAN LINZ distingue les trois
régimes (démocraties, autoritarismes et totalitarismes) à l’aide de quatre critères : le degré de pluralisme
(ou de monisme) ; la place de l’idéologie ; le niveau de mobilisation de la société, les caractéristiques de
la direction politique.

a) Les démocraties

Elles sont idéalement caractérisées par : un important pluralisme politique et sociétal ; des idéologies se
confrontant librement dans un espace public pacifié ; une forte participation citoyenne fondée sur la
tolérance du droit des minorités ; une sélection des dirigeants régulée par un système juridique rationnel
sur la base d’élections libres et concurrentielles. Dans cette perspective plusieurs dimensions en
interaction, mais pas forcément congruentes contribuent à la consolidation d’un régime démocratique :
une société civile libre ; une société politique établissant des liens entre gouvernants et gouvernés fondés

193 G.De VERGOTTINI, art.cit., p. 150.


194 E. GEORGITSI, « La spécificité de la Vè République et les classifications : une opposition fausse », RFDC, 2010/3, n° 83, pp.
543- 564.
C1= Le Parlement n’est limité ni matériellement ni du point de vue de la procédure (Grande-Bretagne, Pays-Bas) ; C2= Le Parlement
est limité matériellement, mais conserve son autonomie dans la procédure d’édiction des normes (Grèce, Pays-Bas) ; C3 = L’existence
de limites procédurales, mais non matérielles (France sous la Constitution de 1958 et la pratique du Conseil constitutionnel jusqu’en
1971) ; C4= Les Etats dans lesquels le Parlement est limité aussi bien du point de vue de la procédure que de la matière (Italie, Espagne,
Allemagne).
196 N.W. BARBER, « The afterlife of Parliamentary sovereignty”, International Journal of Comparative constitutional Law, Vol. 9,

n° 1, 2011, pp. 144-154.


197 P. DELWIT, Introduction à la science politique. Troisième édition revue et augmentée, Bruxelles, Editions de l’Université de

Bruxelles, 2018, p. 79.


38
sur la confiance ; un Etat de droit ; une société économique qui ne se réduit ni au seul marché ni à une
économie dirigée.
Le Lexique de science politique définit, de manière étroite, la démocratie comme un régime dans lequel
la souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens, qui l’exercent à l’occasion d’élections libres et
disputées intervenant à intervalles réguliers. Dans cette perspective, la démocratie est pour reprendre la
formule de LINCOLN, le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple198. En tant que régime
politique, le fonctionnement de la démocratie implique la réunion de trois conditions essentielles. Tout
d’abord la participation du peuple ; ce qui implique l’intervention des citoyens dans l’exercice du
gouvernement politique soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants- mais se limite souvent,
dans les faits, à une activité de contrôle sur les gouvernants (par le biais des élections). Ensuite le
pluralisme politique qui suppose le multipartisme mais aussi une structuration de la société permettant la
représentation de la diversité des intérêts et des groupes. Enfin, l’alternance au pouvoir ; ce qui suppose
que le pouvoir ne soit pas accaparé de façon continue par une seule force politique (ou une seule coalition
de forces. A ces trois conditions s’ajoutent deux exigences fondamentales et indissociables qui sont le
fondement du libéralisme politique : d’une part l’Etat de droit supposant un système juridique étendu et
stable, garanti par une justice indépendante ; d’autre part la protection des droits fondamentaux, en
particulier des libertés individuelles199.
La démocratie est théoriquement le régime politique dans lequel le peuple- demos- prend lui-même, ou
par l’intermédiaire de ses représentants. Ce qui est supposé revenir au même, les décisions collectives
afin de servir au mieux l’intérêt général200.Les travaux de Robert DAHL sur la démocratie de Robert
DAHL aboutissent à analyser huit critères pour déterminer si le régime étudié est démocratique ou non :
le droit de vote ; le droit d’éligibilité ; la concurrence entre des leaders politiques pour la recherche des
soutiens électoraux ; des élections libres et justes ; la liberté d’association ; la liberté d’expression ; la
pluralité des sources d’information ; et l’influence des élections sur les politiques publiques201.

b) Le totalitarisme

Il est avant tout un refus absolu du pluralisme. Ce monisme se traduit par : une idéologie unique à forte
valeur ajoutée utopique et programmatique ; un parti unique : dominant l’appareil d’Etat, notamment par
un contrôle strict de l’appareil de contrainte (armée et police) par une milice et/ou des services de
renseignement ; mobilisant la population en vue du soutien du régime au moyen de ses organisations
satellites ; parfois par une direction politique menée par un chef charismatique, mais à défaut de charisme,
le dictateur ne dérogera pas au culte de la personnalité.

c) L’autoritarisme

LINZ met l’accent sur la faiblesse de l’idéologie (au sens programmatique du terme), mais l’ancrage d’une
mentalité conservatrice dans d’importants secteurs de la société, un pluralisme faible mais pas inexistant,
une méfiance des dirigeants à l’égard de la mobilisation de la population et une organisation politique à
l’arbitraire limité (un recrutement des élites militaires et administratives partiellement basé sur le mérite,
une organisation légale partielle, etc.). A partir de ce type-idéal, il distingue les sous-types suivants : les
dictatures populistes, les bureaucraties autoritaires, les régimes mobilisateurs de la décolonisation, les
démocraties raciales et ethniques202.

198 O. NAY (dir.), Lexique de science politique, 4 è éd., Paris, Dalloz, 2017, p. 153.
199
O. NAY (dir.), op.cit., p. 153.
200 O. BABEAU, L’horreur politique. L’Etat contre la société, Paris, Manitoba/Les belles lettres, 2017, p. 92.
201 Robert DAHL cité par G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 9 et s.
202 J. LINZ cité par MOHAMMAD-SAID DARVICHE, « Les régimes politiques », in Ch. ROUX et E. SAVARESE (dir.), Science

politique, 3è éd., Bruxelles, Bruylant, Coll. Paradigme, 2019, pp. 77-90, spéc. aux pp. 79-83.
39
Les régimes autoritaires peuvent couvrir plusieurs réalités qui démontrent que la personnalisation du
pouvoir peut être à l’œuvre dans des régimes qui se réclament aussi bien du régime parlementaire que du
régime présidentiel. C’est ainsi qu’Anne-Charlène Bezzina et Michel Verpeaux étudient sous le chapeau
des régimes autoritaires des régimes aussi diversifiés que le régime présidentiel autoritaire de la Russie, le
régime parlementaire dualiste de la Biélorussie, le régime présidentiel particulier du Tchad, la monarchie
absolue de l’Arabie saoudite, du régime parlementaire au régime présidentiel turc, etc 203 . Ici la
qualification dépend de la pratique institutionnelle ou de l’effectivité de l’exercice du pouvoir et non de la
prévision des dispositions constitutionnelles.
Il est évident que c’est le critère de séparation des pouvoirs qui est retenu dans le cadre de cet enseignement
et c’est au regard de ce critère que sont analysés les régimes politiques ci-dessous. La classification de ces
régimes aboutit à la construction des modèles. Les régimes parlementaires et présidentiels sont considérés
comme des modèles constitutionnels servant de référence dans la rédaction des Constitutions. Ici par
modèles constitutionnels, il convient d’entendre, « ce qui peut servir de référence. En ce sens, l’existence
d’un modèle permet, dans un cadre constitutionnel, l’imitation par un Etat d’une institution instaurée dans
un autre Etat. On s’inspire de ce qui existe déjà ailleurs parce que cela fonctionne parfaitement (…). Ils
peuvent être une représentation construite plus ou moins abstraite comme ils peuvent être la reprise d’un
exemple que l’on s’efforce de reproduire »204.
Ces deux significations des modèles constitutionnels ne se confondent pas en dépit des rapports étroits
qu’elles entretiennent. Les modèles constitutionnels relèvent avant tout d’une construction intellectuelle.
En effet, il s’agit « à l’aide d’une construction intellectuelle de rendre compte de la relation entre
différentes données pour constituer une représentation explicative d’un phénomène, en l’occurrence
l’organisation et le fonctionnement de règles constitutionnelles pour organiser un régime politique dans un
Etat mais, dans le seul but que les règles posées soient bien respectées205. Pour le dictionnaire des méthodes
qualitatives en sciences humaines, le modèle, dans sa forme la plus modérée, en réduisant une part du réel
à ses caractères les plus significatifs présente l’intérêt de rendre intelligibles des phénomènes complexes,
d’en saisir l’enchaînement, en déterminant les principes premiers, en établissant des typologies. Dans une
forme plus radicale, le modèle prend le sens de schéma théorique qui n’est pas censé reproduire fidèlement
un phénomène mais au contraire le simplifie suffisamment pour pouvoir l’analyser, l’expliquer et en
prédire la répétition206.
Ainsi, le principe fondamental du présidentialisme (mieux du régime présidentiel) est le principe de la
séparation des pouvoirs, envisagé strictement (une pure construction doctrinale) considéré comme la règle
essentielle qui fonde la délimitation des compétences entre le Président et le Parlement. Par contre, dans
le parlementarisme, le principe de séparation des pouvoirs est relativisé en faveur de la légitimité
démocratique que détient le Parlement contrôlant politiquement le gouvernement207.
En étudiant les différents régimes politiques, il convient de tenir compte d’un certain nombre de facteurs
qui peuvent avoir influencé de manière déterminante ou non le choix du régime politique. En effet, comme
le relève Stéphane RIALS, un régime politique n’est pas seulement, ni même principalement déterminé
par l’économie juridique de ses institutions. D’autres facteurs doivent être pris en considération : nature
du système partisan, tempérament et culture politique spécifiques 208.

203 A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p.
204 S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), Les modèles constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, p. 9.
205 S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), op.cit., p. 8.
206 Cité par S. SEGALA, « Les modèles constitutionnels à travers l’histoire », in S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), op.cit., pp.

11-36, spéc. à la p. 13 et s.
207
A. BORDALI SALAMANCA et F. PAREDES PAREDES, « Le régime présidentiel chilien et les relations entre les pouvoirs de
l’Etat dans la Constitution chilienne », in A. MARTIN (dir.), Expériences démocratiques et Droit constitutionnel en Amérique latine.
L’exemple du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 63-91, spéc. à la p. 64.
208 St. RIALS, « Régime congressionnel ou régime présidentiel ? Les leçons de l’histoire américaine », Pouvoirs, n° 29, 1984, pp. 35-

47, spéc. à la p. 35.


40
CHAPITRE TROISIEME : LE REGIME PARLEMENTAIRE
1. Notions du régime parlementaire

Le régime parlementaire peut être défini de manière opératoire comme un régime à base de séparation
souple des pouvoirs sous-tendue par des interférences qui traduisent une collaboration des pouvoirs. Il
constitue un ensemble dont les composantes semblent tantôt s’interpénétrer tantôt se séparer plus
nettement, tantôt s’équilibrer, tantôt entrer dans des rapports de hiérarchie 209. Certains auteurs affirment par
contre que le régime parlementaire ne se caractérise pas par une collaboration des pouvoirs, mais par une
fusion entre la fonction législative et la fonction exécutive. La véritable séparation est celle intervenant
entre la majorité et l’opposition210.
Le propre du régime parlementaire est de mettre directement en rapport la légitimité du gouvernement et
la légitimité de la loi. Il suppose, pour son existence, un régime représentatif, une logique de liberté
politique, le principe de séparation des pouvoirs 211. Selon Pierre LALUMIERE et André DEMICHEL, la
notion de régime parlementaire inclut trois principes de la démocratie libérale : le principe de séparation
des pouvoirs, le principe représentatif et le principe de légalité212.
Le régime parlementaire est, de nos jours, la forme d'organisation du pouvoir politique la plus répandue
dans les démocraties libérales. En Europe, le parlementarisme a été largement adopté par de nombreux
constituants213. Stéphane Pinon constate qu’au sein de l’Union européenne (sur un total de 27 sur 28), et à
l’exception du régime chypriote (de nature plutôt présidentielle), les caractéristiques majeures du
parlementarisme (bicéphalisme de l’exécutif, droit de dissolution, responsabilité politique du
Gouvernement devant le Parlement) sont présentes dans toutes les Constitutions nationales214. Etudiant,
dans son ouvrage de 2019, les vingt-huit Etats membres de l’Union européenne, Marie-Anne COHENDET
observe que ces Etats ont adopté presque tous des régimes parlementaires et des systèmes presque toujours
parlementaristes bien que ces Etats soient différents, car constitués d’une part de monarchies (7) et d’autre
part des Républiques (21). Elle précise davantage que sur les 28 Etats, tous ont adopté le régime
parlementaire à l’exclusion de Chypre. Elle considère que les Etats de l’Union européenne sont le berceau
du régime parlementaire puis celui de la démocratie215.
Armel Le Divellec va plus loin en affirmant que tous les Etats européens (y compris la République de
Saint-Marin, la Principauté d’Andorre, la Principauté du Liechtenstein) se sont dotés de régimes
parlementaires à l’exception de la Suisse, de Monaco, de Chypre et du Vatican216. Le régime parlementaire
est également répandu dans beaucoup d’Etats africains de l’espace francophone malgré que ces derniers
lui préfèrent l’expression forgée par Maurice DUVERGER de « régime semi-présidentiel ». Certains

209 D. BARANGER et A. LE DIVELLEC, « Régime parlementaire », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité


international de droit constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 159-193, spéc. p. 166.
210 Pour une vue d’ensemble de ces auteurs, J-P. FELDMAN, « La séparation des pouvoirs et le constitutionnalisme. Mythes et réalités

d’une doctrine et de ses critiques », RFDC, 2010/3, n° 83, pp. 483-496.


211 D. BARANGER et A. LE DIVELLEC, art.cit., spéc. pp. 162-165.
212 P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, pp.17-35.

213 Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, Puf, 2015 ; St. PINON, Les
systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier, 2015 ; M-A.
COHENDET, « La classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel »,
L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314.
214
St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,
2015, p.19.
215 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 255.
216 A. LE DIVELLEC, « L’articulation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires européennes : fusion et mitigation »,

Pouvoirs, 2012/4, n° 143, pp. 123-140, spéc. à la p. 123.


41
auteurs renseignent que le régime parlementaire, plus ou moins directement inspiré du modèle britannique,
est aujourd’hui celui de la quasi-totalité des pays démocratiques217.
Le régime parlementaire n'est pas homogène car ses applications diffèrent d'un environnement socio-
politique à un autre et, de surcroît, ce régime évolue constamment. Il peut s’agir du régime parlementaire
majoritaire en vigueur au Royaume-Uni ou du parlementarisme partitocratique de la première République
italienne ou encore du parlementarisme contrôlé ou fortement proportionnel allemand, israélien. Pour une
meilleure compréhension du régime parlementaire tel que façonné par les usages en Angleterre 218 et tel
que repris par de nombreux Etats, il convient d’en retracer, quoique sommairement, la genèse et
l’évolution.

2. L’avènement du régime parlementaire

Le régime parlementaire n'est pas le résultat d'une construction théorique préalable mais un produit de
l'histoire politique de l'Angleterre. Il convient alors de situer l'apparition du régime parlementaire dans
une perspective diachronique car la dimension historique permet d'en saisir les données permanentes
de ce type de régime. L’avènement du régime parlementaire est lié à la conquête progressive du pouvoir
démocratique par le peuple. Pour les historiens, le régime parlementaire serait né au point d'intersection
de la courbe déclinante du pouvoir royal et de celle ascendante du pouvoir parlementaire. Il apparaissait
au départ comme un moyen de conciliation de ces deux sites du pouvoir qui, se trouvant à égalité,
doivent aller de « concert » dans la gestion du pouvoir politique219.

Dès 1215, Jean sans Terre est contraint par les barons de signer la Magna carta, la Grande Charte selon
laquelle le Roi doit accepter les lois du Parlement. C’est la sanction royale. En contrepartie le parlement,
s’il le souhaite, donnera son consentement à l’impôt. En 1641, par la Grande remontrance, les
parlementaires demandent que les ministres aient la confiance du Parlement. En 1689 fut adopté le Bill
of rights. Il prévoit le principe de l’annualité de l’impôt. La raison majeure de l’affaiblissement du
pouvoir royal réside dans les combats menés depuis des siècles contre le pouvoir royal, et tout
spécialement à l’occasion des deux révolutions, celle de 1640 et celle de 1688, dite Glorieuse. En 1782,
c’est le gouvernement tout entier qui est contraint à la démission (gouvernement de Lord North). La
responsabilité collégiale du gouvernement est née, pour la première fois, en Angleterre. Le régime est
incontestablement parlementaire220.

C’est l’avènement de cette responsabilité collective et solidaire du Cabinet devant la Chambre résultant
d’une évolution lente et continue qui se poursuit tout au long du XVIII è siècle que naît en Angleterre
le régime parlementaire221.

Les mécanismes du régime parlementaire ont été institués progressivement afin de mieux asseoir la
collaboration des pouvoirs royal et parlementaire par le biais du cabinet ministériel (gouvernement) qui
en est sa pièce maîtresse. Nommé par le roi, le cabinet sert d’organe de liaison entre lui et le parlement.
Il ne peut se maintenir en fonction que s'il bénéficie de la confiance des représentants du peuple. De
par sa place dans le dispositif institutionnel, le gouvernement va, par la force des circonstances
politiques, s'emparer et exercer l'essentiel des prérogatives exécutives du monarque et ce, sous le

217 Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015, p. 185.
218 Par Angleterre il faut entendre au sens large le Royaume-Uni, constitué depuis 1922, de la Grande-Bretagne et de l’Irlande du Nord.
La Grande-Bretagne réunit l’Angleterre, le Pays de Galles annexé en 1536 et l’Ecosse. Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, Les
grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, Puf, 2015, p. 497.
219 Pour une évolution historique de la « monarchie parlementaire en Grande-Bretagne, voy. M. DUVERGER, « Les monarchies

républicaines », Pouvoirs, n° 78, 1996, pp. 107-120.


220 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, pp. 257-259
221 B. CHANTEBOUT, Droit constitutionnel et science politique, 13 è éd., Paris, Armand Colin, 1996, p. 150.

42
contrôle de la chambre élue du parlement devant laquelle il est responsable. Le régime parlementaire
arrive à maturation en 1782 à partir de la mise en jeu de la responsabilité du cabinet Lord North 222.

La parlementarisation de l’exécutif s’est historiquement effectuée aux XVIIIe et XIXe siècles par une
série de glissements dans les monarchies fondées sur le principe de la balance des pouvoirs (Royaume-
Uni, pays nordiques et du Benelux). Sans doute le droit strict demeurait-il inchangé, mais ce sont des
conventions et des pratiques qui ont modifié fortement l’équilibre entre le Chef de l’État, le cabinet et
les chambres223. Le Royaume-Uni a créé la fonction de Premier ministre, le gouvernement ou encore
sa responsabilité politique sur des coutumes acquises, des conventions non écrites qui ont permis au
régime de se forger224.

Nonobstant cette paternité largement attribuée à la Grande-Bretagne dans l’avènement du régime


parlementaire, certains auteurs observent que c’est la Suède, à travers sa Constitution de 1719 révisée
en 1720 qui énonce les fondements du régime parlementaire (la responsabilité des ministres devant le
Parlement est ainsi clairement énoncée ; l’irresponsabilité politique du roi. Tous les pouvoirs du roi
sont soumis au contreseing et il ne peut pas refuser de signer un acte. Ses pouvoirs sont donc formels
et non réels, etc.). Ce régime fonctionna dans un système parlementariste de manière particulièrement
claire et régulière à partir de 1738. Le choix et la révocation des ministres étaient dictés par la volonté
de la majorité parlementaire225.

En Norvège, nonobstant la Constitution de 1814, le régime parlementaire a été institué progressivement


grâce à la montée en puissance du Parlement qui a fini par soustraire au roi le droit de veto suspensif
sur les amendements constitutionnels. Par l’entremise des amendements constitutionnels, le Parlement
norvégien avait obtenu le droit pour les ministres de participer aux débats parlementaires ; ce qui a
largement facilité la possibilité de les contrôler et de les tenir responsables. Un pas avait été ainsi franchi
vers le régime parlementaire. La validité des actes du roi était soumise à un contreseing ministériel. En
outre le Parlement avait exigé et obtenu que les ministres nommés par le roi obtiennent sa confiance et
en cas d’adoption positive d’une motion de censure la démission du gouvernement était obligatoire.
Cette obligation n’a fait l’objet de constitutionnalisation qu’un siècle environ après son introduction 226.
La responsabilité politique des ministres date, en Norvège à partir de 1884 lorsque des ministres mis
en accusation et condamnés par la Haute Cour pour des raisons de caractère exclusivement politique
(il s’agissait d’un conflit entre les ministres et le parlement sur l’interprétation qu’il convenait de donner
au texte constitutionnel prévoyant le droit de veto du roi) se démirent de leurs fonctions. Il n’existait
auparavant qu’une responsabilité individuelle établie dès 1869 lorsque le ministre de la Marine se retira
devant une déclaration de défiance du parlement 227 . Dans d’autres Etats par contre, le régime
parlementaire avec ses différents mécanismes a fait l’objet d’un choix par les constituants ou les
législateurs. En France, le régime parlementaire devait s’introduire progressivement sous l’effet d’une
imitation des institutions britanniques. C’est sous la Restauration que le régime parlementaire
commence à s’y appliquer avant sa consécration sous la monarchie de Juillet228.

222 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p. 233.
223 A. LE DIVELLEC, « L’articulation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires européennes : fusion et mitigation »,
Pouvoirs, 2012/4, n° 143, pp. 123-140, spéc. à la p.132.
224
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 636.
225
M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, pp. 256-257.
226
E. HOLMOYVIK, « Deux siècles de séparation horizontale des pouvoirs en Norvège », RFDC, n° 106, 2016, pp. 323-333.
227
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p. 288.
228
B. CHANTEBOUT, Droit constitutionnel et science politique, 13 è éd., Paris, Armand Colin, 1996, pp. 152-153. La Monarchie
de Juillet est le nom utilisé pour indiquer le régime politique de la France entre 1830-1848.
43
3. Critères du régime parlementaire

Le régime parlementaire, comme l’ont souligné Pierre Lalumière et André Demichel inclut trois
principes juridiques, à savoir le principe de la séparation des pouvoirs, le principe représentatif ainsi
que le principe de la légalité. Il repose sur un critère incertain. Deux critères ont été à ce sujet proposés :
le premier critère utilisé fut la théorie de l’équilibre, autrement dit, la théorie du dualisme. Et d’autre
part la théorie de la responsabilité politique. C’est cette dernière qui s’est plus imposée en dépit de ses
limites. La théorie de l’équilibre n’a pas écartée car elle figure dans certaines définitions du régime
parlementaire ou parmi ses traits caractéristiques.

A. La théorie de l’équilibre

Forgée par la doctrine constitutionnelle française (Esmein, Duguit, Hauriou), cette théorie de l’équilibre
repose sur deux idées principales ; une idée d’équilibre entre les pouvoirs législatif et exécutif et une
idée de collaboration entre ces deux pouvoirs. Cette théorie a été critiquée. Elle présente l’inconvénient
d’avoir été une systématisation du fonctionnement concret des régimes parlementaires à un certain
moment de leur développement historique. En effet, le régime parlementaire s’est caractérisé
historiquement par la montée politique d’une Assemblée élue dont les pouvoirs se sont lentement accrus
et par la régression simultanée du pouvoir monarchique. En outre, le dualisme de l’Exécutif n’existe
qu’au moment où le roi reste assez puissant pour conserver un rôle gouvernemental et où le cabinet est
devenu une force politique suffisamment constituée pour partager le pouvoir exécutif avec le roi. C’est
cette phase du parlementarisme qui est qualifiée en France du terme d’orléanisme229.

B. La théorie de la responsabilité politique

Selon cette théorie, il faut et il suffit, pour que l’on se trouve en présence d’un régime parlementaire,
que le gouvernement soit responsable devant le parlement- au minimum devant la Chambre basse,
c’est-à-dire qu’il soit juridiquement contraint de démissionner lorsqu’il est mis en minorité. Dans cette
optique, le rôle du Chef de l’Etat s’efface et le droit de dissolution est tout à fait subsidiaire. Il s’agit
d’une théorie moniste insistant sur la prépondérance du parlement. Cette théorie s’appuie sur un
argument historique de valeur indiscutable : la qualification de parlementaire a pu être attribuée à un
régime à partir du moment où il est devenu évident que le gouvernement devait se retirer devant un
vote de défiance du parlement. Par ailleurs la responsabilité politique a effectivement constitué
l’élément essentiel des Constitutions élaborées en Europe après la Première guerre mondiale. La
doctrine postérieure à la Première guerre mondiale s’est limitée à définir le régime parlementaire par
la responsabilité politique en abandonnant la théorie de l’équilibre devenue inutilisable pour analyser
les régimes parlementaires230.

Pour ces deux auteurs, cette théorie de la responsabilité politique comporte des limites. C’est le cas
d’accorder au régime parlementaire une extension indéfinie car elle conduit à qualifier de
parlementaires tous les gouvernements responsables devant le parlement. En outre, dans la pratique
même des régimes parlementaires, la responsabilité politique tend à perdre de son importance à cause
de la rareté de l’adoption des motions de censure. La responsabilité politique ne cesse moins d’être un
critère essentiel du fait de son usage 231 . L’usage de la motion de censure qui participe du régime
parlementaire doit être distingué de son utilisation ou de son aboutissement dans les procédures
parlementaires.

229 P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens, 2 è éd., Paris, PUF, 1978, pp. 36-39.
230
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens, 2 è éd., Paris, PUF, 1978, pp.41-44.
231 P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, op.cit., pp. 42-43.

44
Tenant compte de l’insuffisance du critère juridique (la théorie de la responsabilité et même de la
théorie de l’équilibre), les deux auteurs le complètent par l’intégration de la notion sociologique du
régime parlementaire qui constitue un produit de l’histoire ayant évolué et dont certaines institutions
ont conservé leur permanence. Pour ces auteurs, le régime parlementaire repose sur un contexte
économique, à savoir le capitalisme, une structure sociale oligarchique et un certain type d’idéologie,
l’idéologie libérale232. En somme, concluent ces deux auteurs, « la notion de régime parlementaire
comprend des éléments juridiques eux aussi permanents : ce sont les principes fondamentaux du régime
(séparation des pouvoirs, principe représentatif, principe de la légalité) dont l’existence est d’ailleurs
liée à leur fondement sociologique. Le régime parlementaire est en définitive un complexe où les
principes juridiques et les éléments sociologiques sont intimement mêlés et s’expliquent les uns par
les autres »233.

Il est évident que cette optique est trop restrictive car ces composantes reflètent plus le développement
du régime parlementaire dans les Etats européens et excluent par conséquent tous les Etats hors de
l’Europe ne disposant pas du même substrat sociologique et qui appliquent le régime parlementaire
selon leurs réalités. Ce sont les éléments juridiques qui constituent le fondement commun. Les éléments
sociologiques sont relatifs et, à notre avis, indépendants de la définition du régime parlementaire. Le
mérite des auteurs consiste à mettre en relief l’abus de l’usage de l’expression « régime parlementaire »
destinée à couvrir la diversité et la multitude des Etats qui se réclament du régime parlementaire. C’est
pourquoi les traits caractéristiques ci-dessous du régime parlementaire intègrent les deux théories
précitées avec un parti pris de notre part en faveur de l’importance du critère de la responsabilité
politique qui constitue l’élément essentiel du régime parlementaire et ce, indépendamment de ses
composantes sociologiques.

4. Les traits caractéristiques du régime parlementaire

Le régime parlementaire est avant tout un régime fondé sur une séparation souple des pouvoirs qui
implique une véritable différenciation organique et fonctionnelle entre le pouvoir exécutif et le pouvoir
législatif. Il convient tout de suite de relever que cette affirmation, qui est généralement professée, ne
rend pas compte du fonctionnement du régime parlementaire. En effet, il a été constaté que le principe
de séparation entre l’exécutif et le législatif est en réalité dénué de sens dans la mesure où, depuis le
XVIIIè siècle, il n’a cessé de se vider de sa substance jusqu’à devenir une sorte de relique conceptuelle
désormais vide de tout contenu 234 . Le régime parlementaire ne se caractérise donc pas, selon une
certaine doctrine, par une collaboration des pouvoirs, mais par une fusion entre la fonction législative
et la fonction exécutive 235 . L’organisation des pouvoirs au sein du régime parlementaire s’articule
principalement autour de l’Exécutif et du Législatif, y compris les interactions entre ces deux organes.

3.1 Le pouvoir exécutif

Le pouvoir exécutif est chargé d'exécuter, c'est-à-dire d'appliquer ou de concrétiser la volonté du


peuple telle qu'elle est exprimée par le Parlement. Ce pouvoir exécutif peut être monocéphale (une
seule tête qui est généralement le Chef de l'Etat qui est en même temps le chef du gouvernement) ou
bicéphale (deux têtes bien distinguées : le Chef de l'Etat et le Chef du gouvernement ou Premier
ministre ou Président du Conseil ou encore Chancelier). En général, l'Exécutif parlementaire est dual
en ce sens qu'il est formé de deux éléments : un Chef de l'Etat et un cabinet ministériel placé sous la

232 P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, op.cit., pp. 45-97.


233
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens, 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p.46
234 C.-M. PIMENTEL, « Le sanctuaire vide : la séparation des pouvoirs comme superstition juridique ? », Pouvoirs, n° 102, 2002, pp.

119-131, spéc. à la p. 120.


235 Pour cette doctrine, voy. J-P. FELDMAN, « La séparation des pouvoirs et le constitutionnalisme. Mythes et réalités d’une doctrine

et de ses critiques », RFDC, 2010/3, n° 83, pp. 483-496.


45
direction d'un Chef de gouvernement même s’il faut se garder de considérer comme régime
parlementaire tout exécutif dual. Dans des régimes non parlementaires un Premier ministre peut être
institué comme coordonnateur de l’activité gouvernementale sous l’autorité et la responsabilité du
Chef de l’Etat. Les rapports entre le Chef de l’Etat et le gouvernement doivent être empreints de
collaboration et de coopération.

A. Le Chef de l'Etat

Dans un régime parlementaire, la forme du Chef de l'Etat importe peu. Ce type de régime est en effet
très souple car il peut s'accommoder avec la monarchie ou avec la République. Dans un système
monarchique, le Roi est le Chef de l'Etat. Il est désigné selon les modes traditionnels de dévolution
du pouvoir, notamment l'hérédité. Seulement, sa légitimé n'est plus théocratique mais nationale, car
le roi est un représentant de la nation.

Dans un système républicain, le Chef de l'Etat est incarné par un Président de la République qui est
élu au suffrage universel soit indirect (Italie, Allemagne, Ethiopie, Liban, Irak, Turquie jusqu’à la
révision constitutionnelle de 2007) soit direct (France, Autriche, Finlande, Portugal et la quasi-
totalité des Etats africains d’obédience parlementaire). Alors que dans la plupart des régimes
parlementaires le Chef d’Etat était un monarque héréditaire, il a fallu attendre 1875 pour que la
première République parlementaire fût instituée en France avec l’élection du Chef de l’Etat par le
Parlement236. Pour certains auteurs, dans un régime parlementaire, le Chef de l’Etat ne résulte pas du
suffrage universel. Cette considération est partagée par Pierre Lalumière et André Demichel. Ces
derniers énumèrent les éléments caractéristiques du régime parlementaire : responsabilité du
gouvernement devant le parlement ; reconnaissance du parlement comme source de tous les
pouvoirs, absence de démocratie directe et surtout non-élection du chef de l’Etat au suffrage
universel237.

Cette non-élection ne constitue pas une caractéristique du régime parlementaire, mais explique la
situation des monarchies parlementaires qui se sont développées en Europe en partant de
l’Angleterre. Dès lors la modalité de désignation du Chef de l’Etat ne constitue pas l’un des critères
du régime parlementaire. L’Inde constitue une République parlementaire dans laquelle le Président
n’exerce qu’une fonction symbolique et seul le Premier ministre, à la tête de son gouvernement, est
responsable devant l’Assemblée. Le Président et son vice-président sont élus au suffrage indirect
alors que le Premier ministre est choisi par le Président au sein du parti majoritaire à l’Assemblée 238.
Le Président ne peut exercer ses pouvoirs qu’uniquement avec l’aide et sur les conseils du Conseil
des ministres239.

En Iran, le Chef de l’Etat n’est pas le Président de la République, mais le Guide, chef de l’exécutif
nommé à vie par l’Assemblée des experts. Le Président de la République, Chef du gouvernement est
élu au suffrage universel direct pour un mandat de quatre ans une fois renouvelable. Il est responsable
devant le Guide et l’Assemblée des députés. Il ne peut pas dissoudre ladite Assemblée. C’est au
regard de l’existence des mécanismes du régime parlementaire et du régime présidentiel que

236
Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015, p. 109.
237
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p.92.
238
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 638
239 A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Un panorama des principaux régimes politiques étrangers, Paris, Gualino, L’extenso,

2021, p. 3.
46
JAVADTAGHIZADEH qualifie le régime politique iranien de semi-présidentiel ou semi-
parlementaire240.

Notons aussi, que dans certains Etats comme le Canada, la couronne canadienne était exercée par la
reine d’Angleterre, aujourd’hui par le Prince Charles. Le monarque est représenté dans cet Etat par
le Gouverneur général. Monarque ou Président de la République, le Chef de l'Etat incarne la
représentation interne et internationale de l'Etat. Au-dessus des contingences politiques, il veille à la
continuité de l'Etat et au bon fonctionnement des institutions. Il est, à cet égard, politiquement
irresponsable pour les actes accomplis à l'occasion de l'exercice de ses fonctions. Il convient de
relativiser le bicéphalisme de l’exécutif, car dans certains Etats comme le Japon (depuis 1946) ou la
Suède (depuis 1974), le Chef de l’Etat, n’est pas le Chef nominal de l’exécutif. L'irresponsabilité
politique du Chef de l'Etat est un des dogmes de l'orthodoxie parlementaire241. En Suède, le Roi, chef
de l’Etat, ne détient aucun pouvoir politique, ne participe pas aux délibérations du gouvernement et
ne signe pas les décisions. Il représente l’unité de la Nation et ouvre la session du Parlement 242.

Constitutionnellement, les pouvoirs du Chef de l’Etat en régime parlementaire sont très étendus. En
effet, il nomme formellement le Chef du gouvernement ainsi que les autres ministres ; signe les
décrets ainsi que les traités internationaux; nomme les fonctionnaires et dispose du droit de grâce.
Tous ses actes doivent être, en principe, contresignés par les ministres chargés de leur exécution 243.
Ce sont eux qui en endossent la responsabilité politique devant le parlement. C’est en ce sens que
Julien PADOVANI écrit que le ministre, en tant que membre à part entière du pouvoir exécutif,
assure, dans un régime parlementaire, une fonction de protection du Président vis-à-vis du Parlement.
Il est donc comptable de son action devant le parlement244.

L’irresponsabilité du Chef d’Etat a été confirmée par la Haute Cour (High Court) du Swaziland à
propos de prérogatives du roi. En effet, dans son arrêt du 1er août 2014, cette haute juridiction rappelle
l’immunité des actes accomplis par le roi suivant l’adage « Umlomo longacali manga » qui signifie
« la bouche ne ment jamais » pour traduire l’irresponsabilité du roi245.

L’irresponsabilité politique du Chef de l’Etat doit être relativisée au regard de l’évolution ou des
épiphanies du régime parlementaire consacrant notamment un rôle actif du Chef de l’Etat élu au
suffrage universel direct et doté de pouvoirs propres. Certains auteurs soulignent que dans ce cas,
comme en France, le Président de la République est politiquement responsable devant le peuple par
le biais de la question de confiance qu’il lui pose à la suite de la dissolution du parlement. Cette
responsabilité politique peut être également mise en œuvre à travers la candidature du Président
sortant à sa propre succession pour le renouvellement du mandat ou encore par le biais du recours au
référendum-question de confiance246.

240 JAVAD TAGHIZADEH, « La nature de vote de confiance aux ministres en droit constitutionnel iranien », communication au Xè
Congrès de l’AFDC, 2017 disponible en ligne à l’adresse
https://docs.wixstatic.com/ugd/75bfc7_8fdb942a9abe4b4fbce7c84883c6178e.pdf consultée le 28 octobre 2017.
241 Le parlementarisme sud-africain fait exception à cette règle dans la mesure où le Président de la République est responsable

conjointement avec ses ministres devant le Parlement. Ce dernier peut adopter une motion de censure à son égard. Le régime
parlementaire weimarien (1918-1933) consacrait aussi la responsabilité était aussi
242
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 677.
243 Il exerce certains pouvoirs qui lui sont propres. C’est le cas de la nomination du Premier ministre, de la dissolution des Chambres

etc.
244 J. PADOVANI, “Cessations de fonctions ministérielles et stabilité gouvernementale sous la Vè République », Xè Congrès français

de droit constitutionnel, Lille, 22,23 et 24 juin 2017.


245
High Court of Swaziland. Law Society of Swaziland V. Simelane and Others (527/2014) (2014) SZHC 179 (01 August 2014). Les
requérants demandaient la justiciabilité des actes du roi, dans le cas d’espèce de son pouvoir de nomination au sein du pouvoir judiciaire.
Pour un commentaire et l’analyse critique dudit arrêt, A. DUBE, « The King can do no wrong: The Impact of the Law Society of
Swaziland v. Simelane no & Others on constitutionalism”, African Human Rights Law Journal, vol. 16, 2016, pp. 265-282.
246 Pour plus de détails, C. EMERI, « De l’irresponsabilité présidentielle », Pouvoirs, n°41, 1987, pp. 133-150.

47
Dans le cadre des monarchies, et curieusement toutes les monarchies occidentales ont adopté le
régime parlementaire, le rôle du roi ou de la reine consiste à exercer une magistrature d’influence.
Elle se décline classiquement, en Belgique, sous la forme de la triade de Bagehot (qui reçoit
curieusement chez certains auteurs belges la qualification de « prérogative royale ») : être consulté,
stimuler ou encourager, avertir. Ces missions sont exercées par le roi auprès de ses nombreux
interlocuteurs, politiques ou non »247. En plus de l’exercice des pouvoirs lui reconnus par la pratique
et les différents textes, le monarque britannique a un rôle non seulement symbolique, mais aussi un
rôle de conseiller car il dispose d’un pouvoir de persuasion et d’influence. Il a le droit d’être informé,
d’encourager et d’avertir248.

Les monarchies parlementaires illustrent mieux cet adage : « Le roi règne mais ne gouverne pas ». Il
est effacé et par conséquent il ne peut être responsable dès lors que la conduite de l’Etat est assurée
par le gouvernement ou le cabinet. L’idée d’irresponsabilité politique du Chef de l’Etat se conçoit
mieux dans les monarchies parlementaires.

C’est au regard de cet élément, par exemple que Maurice DUVERGER considère que le régime
parlementaire se caractérise par la distinction du Chef de l’Etat et du chef du gouvernement, le
premier ne remplissant qu’un rôle honorifique, sans pouvoirs réels, le second assumant seul la
direction de l’exécutif, au sein d’un cabinet ministériel responsable avec lui devant le Parlement.
C’est en tenant compte de cet effacement qu’il soutient que la différence réelle entre les républiques
parlementaires et les monarchies parlementaires est très faible puisque, roi ou Président, le Chef de
l’Etat n’a pratiquement pas de pouvoir249. Cette caractéristique du régime parlementaire telle que
présentée par Maurice DUVERGER et concernant le rôle effacé ou peu de pouvoirs du Chef de l’Etat
doit être relativisée. C’est dans les monarchies parlementaires que le Chef de l’Etat est généralement
effacé ou exerce des fonctions honorifiques et non dans les républiques parlementaires dans lesquelles
le Chef de l’Etat tire souvent sa légitimité du suffrage universel direct.

Notons par ailleurs que le monarque, généralement effacé en période normale, devient, en cas
d’instabilité politique, la clé de voûte ou le rempart en vue de trouver des solutions idoines. Le
fonctionnement du système implique en effet la loyauté réciproque, spécialement dans les relations
entre le roi et le gouvernement, mais aussi en période de formation du gouvernement et, plus
largement, de crise politique (…). C’est à l’occasion des crises ministérielles que le roi est amené à
prendre des initiatives spécifiquement politiques. Lorsqu’un gouvernement est en fonction, il lui
incombe en principe de ne prendre de décision qu’après avoir consulté, du moins prévenu le roi. En
période de gouvernement démissionnaire, limité à la gestion des affaires courantes, c’est le roi qui
consulte et doit prendre des décisions qui ne bénéficient pas de la couverture d’un gouvernement
pleinement responsable250. Aux Pays-Bas, le roi joue un rôle qui a évolué au fil des années dans la
formation du gouvernement. En cas de crise ou après les élections, le roi nomme un formateur de
gouvernement qui va être chargé de proposer au gouvernement un programme de travail. Les
gouvernements de coalition sont systématiques aux Pays-Bas251. L’institution d’un (in)formateur
chargé d’identifier la majorité parlementaire à l’issue de l’organisation des élections législatives est
reprise en droit belge et la Constitution de la RDC du 18 février 2006 prévoit un « informateur »
chargé par le Président de la République d’identifier la majorité parlementaire.

247 Ph. LAUVAUX, « Le roi », Pouvoirs, n° 136, 2011, pp. 71-85, spéc. à la p. 77.
248 A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Forme de l’Etat. Forme du gouvernement. Organisation des pouvoirs publics. Système
partisan, Paris, Gualino Lextenso, 2021, p. 5.
249
M. DUVERGER, Introduction à la science politique, Paris, Gallimard, 1964, pp. 162-163.
250 Ph. LAUVAUX, art.cit., p. 77.
251 A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 683.
48
La situation n’est pas guère différente dans certains Etats républicains. En Inde par exemple le
Président n’a pas de pouvoir propre si ce n’est celui de demander l’avis de la Cour suprême sur
l’inconstitutionnalité d’une loi. Il est lié dans l’exercice de ses fonctions par l’avis du Conseil des
ministres. Son influence tient à sa personnalité, à l’estime dont il jouit au sein de l’opposition, à son
influence propre sur les chefs de gouvernement des Etats et aux réactions que suscitent dans l’opinion
tous les actes déviants du gouvernement 252 . En Italie, le Président de la République exerce une
fonction clé en cas de crise gouvernementale253. En France son pouvoir est exorbitant en dehors de
l’hypothèse de la cohabitation. Dans les faits, comme la responsabilité suit le pouvoir et que le chef
de l'Etat est irresponsable, tous ses pouvoirs constitutionnels seront alors politiquement assumés par
le gouvernement qui en endosse la responsabilité devant le Parlement.

Cette irresponsabilité du Chef de l’Etat est relative dans certains régimes parlementaires
contemporains. C’est le cas du Chef d’Etat sud-africain qui peut faire l’objet de motion de censure
conjointement avec son gouvernement. Cette éventualité est virtuelle quant à son aboutissement
positif, à moins d’un désaveu par le parti ou la coalition majoritaire au Parlement, dans la mesure où
le Chef d’Etat émane du Parlement et dispose de la majorité parlementaire. Le droit constitutionnel
sud-africain distingue les deux procédures de responsabilité du Chef de l’Etat. La responsabilité
pénale (impeachment) n’est prévue que pour le chef de l’Etat alors que la responsabilité politique se
traduisant par la mise en œuvre de la motion de censure concerne non seulement le Chef d’Etat, mais
aussi le Vice-Président, les ministres et vice-ministres. La Cour constitutionnelle sud-africaine a
souligné l’importance de la motion de censure dans certains de ses arrêts. Le Président de
l’Assemblée nationale dispose de la prérogative constitutionnelle de décider s’il convient de
soumettre l’adoption de la motion de censure au vote secret ou public254.

La figure du Chef d’Etat classique chargé « d’inaugurer les chrysanthèmes »255 dont l’expression est
attribuée au Général Charles de Gaules, est révolue dans le régime parlementaire consacrant
l’élection du Président de la République au suffrage universel direct et par l’exercice des pouvoirs
propres qui lui sont reconnus par la Constitution. Alors que le Chef de l’Etat d’une monarchie
conserve les stigmates de cette fonction purement honorifique et protocolaire, dans les Etats
républicains le Chef de l’Etat exerce un rôle très actif et parfois prépondérant sur la scène politique.
L’élection du Chef de l’Etat au suffrage universel direct lui confère une légitimité semblable à celle
des députés. Alors que l’élection directe du Chef de l’Etat constituait un fait étranger au régime
parlementaire, de nos jours ce mode d’élection s’adapte à tous les régimes, y compris dans les
régimes parlementaires 256 . Dans certains Etats, et sous l’influence américaine, l’élection
présidentielle est précédée par l’organisation des primaires au sein de différents partis politiques ou
coalitions en vue de dégager le candidat à être officiellement investi pour concourir à l’élection
présidentielle257.

252 Ch. HURTIG, « Le système parlementaire », Pouvoirs, n° 90, 1999, pp. 111-123, spéc. à la p. 118.
253F. LAFFAILLE, « Mythologie constitutionnelle : le Chef de l’Etat, neutre gardien de la stabilité du régime parlementaire italien »,
RFDC, décembre 2016, n° 108, pp. 865-902 ; C. FUSARO, « Ruolo del Presidente della Repubblica e la forma di governo in Italia.
Lipotesi semi-presidenziale », Civitas Europa, 2013/1, n,30, pp.7-30.
254 Constitutional Court of South Africa. In the matter between: United Democratic Movement and Speaker of the National Assembly,
President Jacob Zuma and Others. Case CCT 89/17. Arrêt du 22 Juin 2017.
255 Être placé à un poste honorifique ou prestigieux, sans toutefois disposer d’un pouvoir réel pour modifier le cours des choses.

S’emploie plus particulièrement dans le domaine politique, notamment pour désigner un chef d’Etat dont le rôle est essentiellement
protocolaire ou de représentation, tandis que la réalité du pouvoir est assurée par une personne officiellement subordonnée, comme un
Premier ministre ou un président du Conseil des ministres. Tiré de fr.m.wiktionary.org consulté le 18 février 2019.
256 Pour plus de détails, MIROSLAV NOVAK, « Election directe du chef de l’Etat : tour d’horizon sur une question d’actualité »,

Revue Est Europa, 2013, pp. 177-195.


257 Voy. l’introduction récente en France des primaires de la droite et centre et de la gauche pour la désignation des candidats Présidents.

Pour une analyse des primaires en France, J. BENETTI, « Les primaires et notre monarchie », RFDC, 2015, n° 154, pp. 5-13 ; A.
49
B. Le gouvernement

Le gouvernement est une institution solidaire et collégiale composée de ministres placés sous
l'autorité d'un chef de gouvernement qui prend la dénomination de Président du Conseil, de Premier
Ministre ou de Chancelier. Il est formellement nommé par le Chef de l’Etat selon qu’il exerce ce
pouvoir de manière discrétionnaire soit en tenant compte de la majorité parlementaire. Les ministres
sont aussi nommés par le Chef de l’Etat généralement sur proposition du Premier ministre.

En RDC, sous l’empire de la Constitution du 18 février 2006, chaque fois qu’un gouvernement est
constitué, une ordonnance délibérée en conseil des ministres doit être prise par le Chef de l’Etat
déterminant les modalités pratiques de collaboration entre le Président et les membres du
gouvernement et entre ces derniers. Cette ordonnance est accompagnée par une autre fixant les
attributions des ministères258. A titre illustratif le Président de la République est pleinement informé
de l’activité gouvernementale. Il se concerte avec le Premier ministre au moins une fois par mois sur
toutes les matières relevant spécialement des domaines de collaboration. Il convient de noter aussi
que le Président de la République convoque et préside le conseil des ministres.

Au Canada, le gouvernement est classiquement nommé par le Gouverneur général (représentant le


monarque) qui choisit, suivant la convention, le leader du parti majoritaire de la Chambre des
communes. Au Canada, si le parti qui remporte les suffrages ne parvient pas à constituer une majorité
absolue, il compose un gouvernement minoritaire. La tradition au Canada n’est pas celle des
coalitions259. Contrairement au régime britannique, l’ensemble des ministres compose le cabinet qui
est responsable devant le Parlement260.

Certains Etats prévoient l’investiture du gouvernement par les Chambres ou l’une d’elles après sa
formation et un délai variable est prévu entre la nomination et l’entrée en fonction. La RDC prévoit
l’investiture du gouvernement par l’Assemblée nationale. En droit comparé, l’investiture est prévue
notamment en Italie, en Lituanie, en Pologne, en République tchèque et en Slovaquie 261. Elle est
aussi prévue en Roumanie262. En Roumanie, les membres du gouvernement ainsi que le Premier
ministre ne peuvent normalement entrer en fonction qu’après avoir prêté serment devant le Président
de la République263. En France, la Constitution de 1958 n’a pas retenu la procédure d’investiture.

En Allemagne, le Premier Ministre (Chancelier) est élu à la majorité absolue sans débat par le
Bundestag sur proposition du Président fédéral. Le chancelier est le seul à recevoir un tel témoignage
de confiance, une investiture personnalisée porteuse d’une autorité certaine pour son bénéficiaire,
notamment à l’égard des ministres264. En Espagne, le Président du Conseil (Premier ministre) est élu
par le Congrès sur proposition du roi qui choisit traditionnellement le chef du parti ayant remporté

LEVADE, « La primaire de la droite et du centre », Revue du Droit public, 2017, n° 3, pp. 537 ; B. DOLEZ, « Sept enseignements de
la primaire socialiste (et de celle de la droite et du centre), RDP, 2017, n° 3, pp. 544.
258 A titre indicatif, l’Ordonnance n°22/002 du 7 janvier 2022 portant organisation et fonctionnement du gouvernement, modalités de
collaboration entre le Président de la République et le gouvernement ainsi qu’entre les membres du gouvernement. Voy. aussi
Ordonnance n°22/003 du 7 janvier 2022 fixant les attributions des ministères.
259
Pour plus de détails, A. BARBEAU, Le droit constitutionnel canadien, Independly Published, 2021.
260 A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 692.
261
G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 99.
262 En RDC, seule une chambre (l’Assemblée nationale investit le gouvernement alors qu’en Roumanie cette investiture procède de

deux chambres réunies. Pour un commentaire de cette investiture en droit constitutionnel roumain, OANA SARAMET, « Powers of
the President of Romania in Relationship with government », Agora International Journal of Juridical Sciences, 2016, n° 1, pp. 23-
28.
263 OANA SARAMET, « Powers of the President of Romania in Relationship with government », Agora International Journal of

Juridical Sciences, 2016, n° 1, pp. 23-28, spéc. à la p. 24.


264 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,

2015, p. 181.
50
le plus de sièges lors des élections législatives même si la loi lui permet de choisir un autre candidat.
Si le Congrès ne parvient pas à s’accorder sur le choix d’un Président du gouvernement dans les deux
mois qui suivent les élections, de nouvelles élections sont convoquées 265.

Les membres du gouvernement sont généralement nommés et révoqués par le Chef de l’Etat sur
proposition du Premier ministre. Les ministres sont généralement nommés en tenant compte des
équilibres politiques.

En Belgique et en Slovénie, les ministres sont nommés par le Parlement, du moins par la Chambre
basse. En Slovénie l’Assemblée nationale ne procède à la nomination que sur proposition du
Président du Gouvernement266. Au Botswana tout comme en Afrique du Sud, le Chef de l’Etat est
élu par le parlement et dirige un cabinet composé du vice ou des vice-présidents et des ministres.
L’institution primoministérielle n’y est pas prévue. Par ailleurs au Botswana le vice-président et les
ministres sont nommés par le Président parmi les parlementaires. Toutefois, il dispose de la faculté
de nommer le vice-président et jusqu’à quatre ministres ou vice-ministres en dehors de l’Assemblée
nationale parmi les personnes remplissant les conditions d’éligibilité à ladite Assemblée. Il leur est
fait obligation de briguer un siège dans les quatre mois de leur nomination. En cas de non élection à
l’Assemblée nationale ils sont tenus de cesser leurs fonctions au sein du cabinet.

En principe, dans un régime parlementaire la fonction de ministre n’est pas incompatible avec celle
de parlementaire, sauf dans certains Etats, à l’instar de la RDC où la fonction de ministre est
incompatible avec celle de membre des assemblées parlementaires. En Droit comparé cette
incompatibilité est prévue notamment en France, Chypre, Estonie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas,
Portugal, Slovaquie et Suède267. L’incompatibilité n’est pas non plus prévue en Italie. En Grande-
Bretagne, tous les ministres sont aussi membres du Parlement268.

La solidarité gouvernementale, spécificité des régimes parlementaires, constitue « une obligation


pour les différents ministres d’agir de concert après une prise de décision- normalement commune-
qui reste confidentielle (…). Cette obligation d’union est liée à la responsabilité collective du
gouvernement devant le Parlement »269. L’ordonnance régissant l’organisation et le fonctionnement
du gouvernement de la RDC dispose que ce dernier fonctionne de manière collégiale et solidaire.
Les décisions du Conseil des ministres lient solidairement tous les membres du gouvernement 270. La
règle de la solidarité et de la collégialité du gouvernement est à peu près affirmée dans tous les Etats.
La Finlande et la Norvège constituent des cas exceptionnels. Lorsque le gouvernement agit, il est
toujours tenu un procès-verbal des délibérations du Conseil des ministres. Or, si le ministre a exprimé
son désaccord quant à la politique menée, ou quant à un acte signé, il est en quelque sorte disculpé
de toute responsabilité271.

Le gouvernement est la pièce maîtresse du régime parlementaire. Il est l'institution privilégiée par
laquelle s'opère la collaboration des pouvoirs entre le Chef de l'Etat qui incarne la continuité et la
chambre élue du Parlement qui reflète la conjoncture politique. Le gouvernement procède du Chef
de l'Etat qui nomme formellement ses membres même si, dans la pratique, la nomination lui est
265
A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Un panorama des principaux régimes politiques étrangers, Paris, Gualino, L’extenso,
2021, p.8.
266
G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 100.
267
G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 101.
268
A. ANTOINE, Droit constitutionnel britannique. 2è éd., Paris, LGDJ, 2018, p. 53
269
Chr. De NANTOIS, « La solidarité gouvernementale sous la Vè République : se soumettre, se démettre ou disparaître », Jus
Politicum, 2009, n°2, p.3.
270 Art. 44 de l’Ordonnance n°22/002 du 7 janvier 2022 portant organisation et fonctionnement du gouvernement, modalités de

collaboration entre le Président de la République et le gouvernement ainsi qu’entre les membres du gouvernement.
271 G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 109.

51
imposée par les circonstances politiques. Toutefois, une fois nommé, le gouvernement ne dépend
plus, pour sa survie, du Chef de l'Etat, mais de l'Assemblée élue devant laquelle il est politiquement
responsable. 272 . Le gouvernement doit être l'émanation de l'Assemblée ou tout au moins doit
bénéficier de la confiance de cette dernière. En Allemagne seul le chancelier est investi de la
confiance parlementaire. Les procédures de mise en jeu de la responsabilité gouvernementale ne
concernent que le seul Chancelier. En outre le Bundestag ne peut exprimer sa défiance que contre
lui. Les ministres fédéraux sont ainsi subordonnés au Chancelier et non au Bundestag273.

L’appellation Premier Ministre ou Prime Minister est un produit de la pratique institutionnelle de la


Grande-Bretagne. Son utilisation officielle remonterait pour la première fois dans le traité de Berlin
de 1878, puis dans une loi de 1917. L’appellation a connu sa consécration légale en 1937dans le
Crown Ministers. Act274.

Le Premier ministre est élu par le Parlement en Suède, au Japon, en Espagne, en Estonie, en Finlande,
en Hongrie, en Slovénie, en Belgique, parfois sur proposition du Chef de l’Etat. Le Premier ministre
est ensuite formellement nommé par le chef de l’Etat ou l’empereur (Japon)275. L’empereur du Japon
est le symbole de l’Etat et de l’unité du peuple. Il doit ses fonctions à la volonté du peuple en qui
réside le pouvoir souverain.

Le Premier ministre constitue librement son gouvernement, sous la réserve que la majorité des
ministres doive être choisie au sein de la Diète et que tous doivent être des civils276. Dans d’autres
Etats le Chef de l’Etat nomme discrétionnairement le Premier ministre, généralement au sein de la
majorité parlementaire ou en tenant compte de résultats des élections législatives. Certaines
Constitutions imposent au Chef de l’Etat de choisir le Premier ministre, Chef du gouvernement au
sein du parti vainqueur des élections législatives277. La Constitution peut énoncer cette règle ou elle
peut résulter de la pratique ou des usages. Les ministres sont nommés par le Chef de l’Etat sur
proposition du Premier ministre. Dans certains Etats les ministres doivent majoritairement ou
exclusivement être issus du parlement. Au Japon la majorité des ministres doit provenir du parlement.
En outre, l’incompatibilité entre les fonctions des membres du gouvernement et celles des
parlementaires n’est pas uniformément prévue dans les Constitutions des Etats ayant levé l’option
en faveur du régime parlementaire.

Il est généralement reconnu au gouvernement la prérogative de déterminer et de conduire la politique


de la nation. Dans le système britannique, le cabinet, avec à sa tête le Premier ministre détient
l’effectivité du pouvoir. Trois éléments expliquent cette primauté du cabinet : c’est lui qui exerce
tous les pouvoirs de la Couronne ; il détient le leadership de la majorité et tire sa légitimité politique
de l’élection démocratique. Il n’a pourtant pas d’existence constitutionnelle278. C’est une convention
constitutionnelle qui s’est formée imposant au roi de désigner comme Premier ministre le leader du
parti majoritaire. Inversement, le roi a pu, dans un passé récent, retrouver une certaine autonomie
dans l’exercice de sa prérogative de nomination du Premier ministre, lorsqu’aucun parti ne détient la
majorité ou lorsque le parti majoritaire n’a pas de leader279.

272 Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, op.cit., p. 199.


273 Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015, p. 752.
274 A. ANTOINE, Droit constitutionnel britannique. 2 è éd., Paris, LGDJ, 2018, p. 164. Pour plus de détails sur les origines et

l’évolution du Premier ministre, C. ZILEMENOS, Naissance et évolution de la fonction de Premier ministre dans le régime
parlementaire, Paris, LGDJ, 1976.
275 G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 98.
276 St. PINON, op.cit., p. 663.
277
Voy. l’article 47 (al. 1er) de la Constitution marocaine du 29 juillet 2011. Le Roi nomme le Chef du gouvernement au sein du parti
politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants et au vu de leurs résultats. Sous l’empire de
l’ancienne Constitution, le roi était libre de nommer le Chef du gouvernement sans être lié.
278 Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, Puf, 2015 , p. 541.
279 Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, op.cit., p. 547.

52
En Grande-Bretagne, le cabinet n’a pas comme équivalent le gouvernement. Il convient de distinguer
le cabinet, organe décisionnel restreint, et le ministère, autrement le gouvernement au sens large du
terme qui comprend une centaine de membres280. Ensemble, le cabinet et le Premier ministre, dans
son rôle de leader, déterminent la politique intérieure et extérieure du pays281. Cet organe restreint
comprend plus d’une vingtaine de membres désignés par le Premier ministre. Il est politiquement et
collectivement responsable de sa politique devant la Chambre des communes. Il est surtout
responsable devant le Peuple lors des élections générales282.

En Suède, la logique moniste du parlementarisme est mise en évidence par la procédure de formation
du gouvernement, qui relève entièrement du Parlement sans aucune intervention du Chef de l’Etat.
En vertu du principe de la confiance présumée, le gouvernement n’a pas besoin d’obtenir un vote
positif de confiance : il suffit qu’une majorité de députés ne se prononce pas contre lui. Cependant,
depuis la révision constitutionnelle de 2010, le nouvel article VI-3 impose désormais que dans le
délai de deux semaines après sa première réunion suivant les élections générales, le Parlement
suédois (le Riksdag) détermine par la voie d’un vote si le Premier ministre dispose d’un soutien
suffisant283.

La responsabilité politique du gouvernement devant le parlement (ou tout au moins devant la


Chambre élue) constitue la condition sine qua non du régime parlementaire284. Ce critère présente à
la fois un aspect juridique du fait que sa mise en jeu est régie soit par des textes constitutionnels soit
par la coutume, et un aspect politique qu’il revêt par définition et qui rend cette responsabilité
susceptible d’être engagée en dehors même des procédures formelles. La composition du
gouvernement traduit le rapport des forces politiques résultant des élections législatives. Le
gouvernement parlementaire est une institution de conception. Il lui revient, en effet, le pouvoir de
déterminer et de conduire la politique de la Nation dont il endosse la responsabilité devant les
représentants élus de la nation. Il initie tous les actes formellement pris par le Chef de l’Etat et gère
les services essentiels à la bonne marche de la collectivité nationale. Dans les régimes parlementaires
africains la politique de la nation est conduite par le gouvernement en concertation avec le Chef de
l’Etat ou sous son autorité. En régime parlementaire le gouvernement peut être homogène, de
coalition, minoritaire ou de législature 285 . De manière synthétique, le rôle des gouvernements
consiste, entre autres, à endosser la responsabilité des décisions du Chef de l’Etat, la détermination
et la conduite de la politique nationale, l’exercice du pouvoir normatif286.

L’exécutif du régime parlementaire est dualiste ou bicéphale, mais le rôle du Chef de l’Etat et du
Premier ministre n’est pas le même. Ce dualisme peut conduire à une dyarchie, entendue comme
« partage du pouvoir entre deux titulaires »287. Selon Julien BOUDON, suivant en cela François
Jullien-Laferrière, l’unité ou la dualité de l’exécutif constitue le critère devant compléter ou
remplacer le degré de séparation des pouvoirs (souple ou rigide), car il remarque que la grande
différence entre les Etats-Unis et les régimes parlementaires européens ne tient pas à la rigidité de
la séparation des pouvoirs ou à sa souplesse, mais au monisme de l’exécutif d’un côté à son dualisme

280 Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, op.cit., p.543.


281 Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, op.cit., p. 549.
282
A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Forme de l’Etat. Forme du gouvernement. Organisation des pouvoirs publics. Système
partisan, Paris, Gualino Lextenso, 2021, p. 5
283 Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, Puf, 2015 , p. 620.
284 M-A. COHENDET, « La classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel »,

L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314, p. 303 ; Ph. LAUVAUX et
A. LE DIVELLEC, op.cit., p. 199.
285 M. DE VILLIERS et A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 177.
286
G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, pp. 102-105.
287 M. De VILLIERS, A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 147.

53
de l’autre. Toutefois il concède en précisant que cela ne signifie pas que les régimes politiques qui
ne seraient pas parlementaires seraient condamnés au monisme sur le modèle américain. A titre
indicatif, en Suisse le régime politique n’est ni parlementaire ni présidentiel. L’exécutif n’est pas
plus bicéphale que monocéphale288. L’Exécutif dépend du Parlement.

3.2 Le Parlement

Le Parlement est une institution collégiale qui exerce la fonction législative. A travers ses
délibérations, le Parlement vote la loi qui est l'expression de la volonté générale, octroie des moyens
d'action au gouvernement à travers le vote du budget et contrôle l'action gouvernementale qu'il peut
sanctionner si elle s'écarte de la volonté du peuple exprimée par ses représentants. Dans un ouvrage
consacré à la politique comparée, les activités parlementaires ont été résumées de manière suivante :
légiférer, proposer, voter, scrutiner, débattre et questionner, s’opposer et se rassembler289. Le verbe
« scrutiner » a été préféré au contrôle parlementaire (mettant principalement en jeu la responsabilité
politique) pour indiquer différents moyens d’information, d’influence du parlement sur l’exécutif 290.
Généralement le parlement représente, légifère et contrôle. Certaines Constitutions précisent parfois
les fonctions des parlements : voter les lois, consentir l’impôt, contrôler l’action du gouvernement
et des services publics. A ces trois fonctions classiques (en considérant la représentation comme une
fonction découlant de l’attribut de tout parlement) s’est ajoutée une autre introduite dans la révision
constitutionnelle française de 2008291 et reprise par certaines Constitutions africaines, notamment
ivoirienne, sénégalaise, gabonaise, tchadienne, consistant dans l’évaluation des politiques publiques.

La souveraineté parlementaire en Grande-Bretagne constitue un dogme et c’est ce qui explique que


le recours à un référendum ne peut être que consultatif. Selon la formule célèbre de DE Lolme, le
parlement britannique peut tout faire sauf changer un homme en femme. Le pouvoir du Parlement
de renverser ou de provoquer la démission du gouvernement revêt de nos jours un caractère purement
théorique. La maîtrise du Parlement par un gouvernement majoritaire dilue toute velléité d’un
contrepoids parlementaire. Dominique Rousseau est du même avis lorsqu’il constate, au regard de
l’évolution contemporaine du régime parlementaire, que « nulle part le Parlement n’est aujourd’hui
un contrepoids au pouvoir présidentiel ou primo-ministériel »292. Au regard de l’évolution du fait
majoritaire l’équilibre des pouvoirs sous-tendant la séparation souple des pouvoirs dans le régime
parlementaire devient une utopie car le déséquilibre en faveur de l’Exécutif traduit dans certains Etats
comme la France le nouveau visage de cette séparation des pouvoirs 293.

Le Parlement peut être monocaméral lorsqu'il est composé d'une seule chambre qui est généralement
constituée de la chambre basse au sein de laquelle siègent les représentants élus de la nation. Il peut
être bicaméral lorsqu'il se compose de deux chambres distinctes et organiquement indépendantes:
une chambre haute dont la composition oligarchique traduit l'attachement d'un pays à ses traditions
(exemple la Chambre des Lords en Angleterre) ou à la structure fédérale ou décentralisée de l'Etat
(Sénat aux Etats-Unis, Bundestag en Allemagne ou en France et dans plusieurs Etats africains ) et
une chambre basse qui représente les élus de la nation (Chambre des Communes, Chambre des
Représentants ou Assemblée nationale). Le bicaméralisme ou bicamérisme peut être égalitaire
288 J. BOUDON, « Brèves réflexions sur la dyarchie de l’exécutif en France », Droits, Vol. 63, 2016, pp. 215-224.
289 Pour plus de détails sur cette question, O. ROZENBERG, « Comparer les parlements », in Y. DELOYE et J-M. DE WALE (dir.),
Politique comparée, Bruxelles, Bruylant, 2018, pp. 303-349.
290 O. ROZENBERG, art.cit.
291 Article 24, al.1 er de la Constitution française du 4 octobre 1958 telle que révisée et complétée jusqu’à ce jour est libellé de cette

manière : « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques ». Notre soulignement.
292 D. ROUSSEAU, « Le droit constitutionnel continue : institutions, garantie des droits et utopie », Revue du droit public, 2014, n° 6,

2014, pp. 1517-1533, spéc. à la p. 1524.


293 Pour un commentaire sur l’évolution du principe de séparation des pouvoirs dans l’histoire constitutionnelle française, voy. D.

VERGELY, « L’équilibre des pouvoirs : une utopie constitutionnelle », RDP, 2009, n° 5, pp. 1451-
54
(Italie)294 ou inégalitaire lorsque la chambre élue peut passer outre l'opposition de la chambre haute
dans la procédure législative (le Sénat en France; la Chambre des Lords en Angleterre, l’Assemblée
nationale en RDC) ou encore lorsque le Sénat est privé de la prérogative d’adopter une motion de
censure à l’égard du gouvernement alors que cette prérogative est investie dans le chef de la Chambre
basse.

En RDC, le Parlement est bicaméral : l’Assemblée nationale et le Sénat. Les lois doivent être votées
dans des termes identiques par les deux chambres. En cas de discordance une Commission paritaire
est mise en place pour harmoniser les vues et dégager un seul texte. En cas de désaccord persistant
la version adoptée par l’Assemblée nationale prévaut. En outre nous pouvons considérer qu’à certains
égards le bicaméralisme congolais est inégalitaire. Le gouvernement est investi par l’Assemblée
nationale qui peut également provoquer la mise en jeu de la responsabilité politique du gouvernement
à travers la motion de censure. Le Sénat congolais est dépourvu d’une telle prérogative. En outre la
dissolution anticipée du Parlement ne concerne que l’assemblée nationale.

3.3 Les interférences entre les pouvoirs

Le régime parlementaire repose sur une séparation souple des pouvoirs exécutif et législatif qui
doivent toujours « aller de concert ». La collaboration des pouvoirs et l'existence de moyens d'action
réciproques entre les pouvoirs juridiquement différenciés sont les principaux traits marqueurs du
régime parlementaire.

A. La collaboration des pouvoirs

Le régime parlementaire est un régime à base de séparation souple des pouvoirs. Loin d'un
cloisonnement ou d'un isolement entre les pouvoirs exécutif et législatif, cette forme de régime met
les protagonistes du jeu politique dans l'impérieuse nécessité de collaborer pour exprimer la volonté
politique du pouvoir d'Etat. Cette collaboration qui ressort au demeurant de la théorie de la séparation
telle qu'elle a été formulée par Montesquieu permet à l'exécutif de participer à l'exercice de la
fonction législative et au législateur d'octroyer des moyens et de disposer d'un droit de regard sur
l'action de l'exécutif. Ces interférences sont fondamentales. Elles s'inscrivent dans la perspective d'un
équilibre des deux principales forces politiques qui doivent collaborer sur un pied d'égalité dans une
entente et non une subordination. La collaboration entre l’exécutif et le législatif réalise une fusion
organique qui se prolonge, dans une majorité de pays, par l’identité personnelle entre ministres et
parlementaires : soit qu’il soit obligatoire d’être parlementaire pour devenir ou rester ministre, soit
qu’il s’agisse d’une faculté permise par la Constitution et qui est très largement pratiquée car elle est
dans la logique même de ce système de gouvernement295. Dans la collaboration des pouvoirs entre
le législatif et l’Exécutif, nous pouvons évoquer la participation de l’Exécutif à l’exercice de la
fonction législative, la maîtrise gouvernementale du parlement.

B. La participation de l'exécutif à l'exercice de la fonction législative

Dans un régime parlementaire, l'exercice de la fonction législative n'est pas l'apanage exclusif du
Parlement. L'exécutif y est associé en ce sens qu'il dispose de l'initiative en matière législative à travers
le dépôt des projets de loi qui, adoptés par le Parlement, deviendront des lois au même titre que les
propositions de loi des parlementaires qui ont fait une sanction positive du législateur. Il a été démontré
que le taux des lois adoptées sous initiative gouvernementale est plus élevé que celui émanant des
parlementaires. Joël Mekhantar souligne cette évidence caractérisant « l’archaïsme » de la théorie de la
294
Un projet de loi de réforme constitutionnelle tend à abolir ce bicaméralisme parfait ou égalitaire.
295A. LE DIVELLEC, « L’articulation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires européennes : fusion et mitigation »,
Pouvoirs, 2012/4, n° 143, pp. 123-140, spéc. à la p. 133.
55
séparation des pouvoirs : « Au plan institutionnel, la fonction législative a été grandement absorbée par
l’Exécutif qui, non seulement, a l’initiative de la presque totalité des lois votées par le Parlement, mais
qui, de plus, bénéficie souvent de mécanismes lui permettant d’imposer son point de vue dans la
procédure législative »296. Mathieu Touzeil-Divina abonde dans la même optique qu’en Europe, c’est
désormais un lieu commun que d’affirmer au contraire que les gouvernements sont les principaux
législateurs au détriment des parlements nationaux. En France, comme ailleurs, le parlement vote
formellement la Loi qui, géographiquement, est bien adoptée dans les palais caméraux mais sur le fond,
l’initiative et le contrôle du processus législatif échoient à l’exécutif 297.

C. La maîtrise gouvernementale du parlement

La prégnance de l’Exécutif sur le parlement est l’une des caractéristiques du régime parlementaire
moderne. Cette prégnance a aussi été observée en France. En effet, nous pouvons lire sous la plume de
Pierre ALBERTINI qui souligne l’affaiblissement parlementaire en ces termes : « Les premiers indices
concernent l’élaboration de la loi, sous l’angle de son origine comme de son contenu. Si formellement, le
Parlement est toujours le seul à l’adopter et à lui conférer sa valeur, il n’est guère à l’initiative des textes
les plus importants. L’initiative, qu’il partage avec le Premier ministre, se heurte, dans les faits, à la
fixation de l’ordre du jour qui donne la priorité au Gouvernement et à l’information que ce dernier se
réserve largement »298. Il est rejoint par Hugues Portelli qui, étudiant les 60 ans de la Constitution française
et en se consacrant à la place du parlement français, évoque la subordination parlementaire tout au long
de ce parcours299.

D. L’exécutif dispose d'un droit d'entrée et de parole dans les assemblées.

Il a le pouvoir d'interrompre ou de clore les sessions parlementaires car il est étroitement associé à
l'élaboration de l'ordre du jour des travaux du parlement. L’exécutif intervient également dans la
procédure législative car il dispose d'un droit d'amendement qui lui permet de corriger ou de parfaire les
textes qui sont discutés dans les commissions ou en plénière. Il peut soulever l'exception d'irrecevabilité
visant à rejeter ou à écarter des discussions les amendements ou propositions de loi des parlementaires.
Une fois le texte adopté par le Parlement, l'exécutif peut retarder sa mise en vigueur en demandant une
seconde lecture ou bien s'opposer à son application en exerçant son droit de veto. Enfin le Chef de l'Etat
est chargé de la promulgation des lois votées par le Parlement.

E. Le contrôle de l'exécutif par le législatif

Le contrôle parlementaire revêt un contenu plus élastique qu’aucune définition ne peut l’épuiser.
Conscient de la difficulté de circonscrire la portée du contrôle parlementaire, Alain Delcamp le définit
comme « l’ensemble des moyens, juridiques ou non, mis en œuvre par les assemblées pour amener le
gouvernement à s’expliquer sur les choix qu’il propose, l’adéquation des moyens affectés aux fins qu’il
dit poursuivre, le mode d’emploi des fonds qui lui sont accordés par les assemblées, l’examen du
fonctionnement des services publics qu’il dirige, les anomalies ou les dysfonctionnements dont ils
peuvent être le théâtre et qui justifieraient des investigations particulières, les conditions dans lesquelles
il met en œuvre la législation »300. Pour sa part Rym Fassi-Fihri définit le contrôle au sens juridique

296 J. MEKHANTAR, Introduction au Droit public. Principes constitutionnels, Paris, Editions ESKA, 2019, p. 85. Notre soulignement.
Voy. aussi dans cette optique, O. ROZENBERG, « Comparer les parlements », in Y. DELOYE et J,-M. DE WAELE (dir.), Politique
comparée, Bruxelles, Bruylant, 2018, pp. 303-364.
297 M. TOUZEIL-DIVINA, Dictionnaire de Droit public interne, Paris, LexisNexis, 2017, p. 343.
298
P. ALBERTINI, « La place du parlement sous la Vè République », in L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel
TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 21-33, spéc. à la p. 26.
299 H. PORTELLI, « Soixante ans de subordination parlementaire », Pouvoirs, 2018, n° 166, pp. 69-80.
300 A. DELCAMP, « La perception du contrôle parlementaire. Comment le rendre plus attractif ? », Pouvoirs, 2010/3, n° 134, pp. 109-

122, spéc. à la p. 111.


56
comme « l’ensemble de missions visant à exercer une influence (lato sensu) sur l’action du
gouvernement »301. Dans un article consacré à la comparaison des parlements, Olivier ROZENBERG
distingue contrôler et scrutiner (du néologisme formé à partir de l’anglais scrutiny). Pour lui le terme
contrôle renvoie in fine à la mise en œuvre de la responsabilité gouvernementale alors que le scrutiny
exprime une volonté d’influence par l’information, le questionnement et le droit de suite. En d’autres
termes, le scrutiny désigne une action de contrôle approfondie par différents instruments et aux finalités
multiples302.

Le législatif surveille l’Exécutif de manière à ce qu'il ne s'écarte pas de sa volonté politique. Le contrôle
parlementaire a essentiellement trois objectifs : vérifier l’accomplissement de la Constitution et des lois
de la République, vérifier leur ajustement au programme de la majorité parlementaire, amener le
gouvernement à rectifier ses orientations si on constate une certaine déviation. Cependant, comme
l’observe Kayamba Tshitshi, la fonction de contrôle ne se limite pas seulement à ces trois aspects. Elle
implique une perspective d’influence sur l’activité gouvernementale, car il ne s’agit pas d’une simple
activité de vérification, mais de critique passible des sanctions politiques 303. Ce contrôle s’exerce par
différents moyens comme les questions orales et écrites ayant principalement le but pour le
gouvernement d’informer l’Assemblée nationale, de répondre aux différentes préoccupations des
députés, de fournir des réponses appropriées. Le défaut pour le membre du gouvernement de répondre à
l’invitation du parlement peut constituer l’infraction d’outrage au parlement. Généralement le parlement
représente, légifère et contrôle. Une autre modalité de contrôle parlementaire sur l’action du
gouvernement se manifeste à travers l’évaluation des politiques publiques. Pour RYM FASSI-FIHRI,
l’évaluation des politiques publiques constitue un contrôle certes, mais ne correspondant pas au critère
du contrôle-sanction304. Philippe HOUILLON considère l’évaluation des politiques publiques comme
relevant du « contrôle extraordinaire » du parlement305.

En bref, dans un régime parlementaire, les différents moyens d’information et de contrôle de l’action du
gouvernement sont énoncés par la Constitution ou résultent de la pratique. Ils sont déterminés ou précisés
dans les différents règlements intérieurs des assemblées parlementaires. Les moyens les plus communs
sont les suivants : l’interpellation, la question écrite, la question orale avec ou sans débat, les questions
d’actualité, la commission d’enquête, l’audition en commission, la motion de censure collective ou
individuelle. Dans certains Etats la motion de censure ne figure pas parmi les moyens de contrôle
parlementaire, mais les différents moyens d’information et de contrôle peuvent, le cas échéant, aboutir à
la motion de censure ou de défiance306 alors que d’autres citent, parmi les moyens d’information, de
contrôle et d’action du parlement sur le gouvernement, outre les questions orales ou orales avec ou sans
débat, l’interpellation, l’audition en commission, mais aussi la motion de censure307. A part la motion
de censure, les autres moyens de contrôle et d’information sont également en vigueur dans les Etats qui
se sont dotés du régime présidentiel.

301 RYM FASSI-FIHRI, « Pour une classification des missions de contrôle gouvernemental du parlement », RFDC, n° 117, 2019, n°
1, pp. 73-95, spéc. à la p. 75.
302 O. ROZENBERG, « Comparer les parlements » in Y. DELOYE et J-M. DE WAELE (dir.), Politique comparée, Bruxelles,

Bruylant, 2018, pp. 303-365, spéc. à la p. 340.


303 KAYAMBA TSHITSHI NDOUBA, Agonie et fin de la première République du Congo-Kinshasa, Paris, l’Harmattan, 2018, p. 101.
304 RYM FASSI-FIHRI, art.cit., p. 95.
305 Ph. HOUILLON, « Le contrôle extraordinaire du parlement », Pouvoirs, 2010/3, n° 134, pp. 59-69, spéc. à la p. 61.
306 Par exemple l’article 138 de la Constitution de la RDC du 18 février 2006: “ Sans préjudice des autres dispositions de la présente

Constitution, les moyens d’information et de contrôle de l’Assemblée nationale ou du Sénat, sur le Gouvernement, les entreprises
publiques, les établissements et services publics sont : 1. la question orale ou écrite avec ou sans débat non suivi de vote ; 2. la question
d’actualité ; 3. l’interpellation ; 4. la commission d’enquête ; 5. l’audition par les Commissions. Ces moyens de contrôle s’exercent dans
les conditions déterminées par le Règlement intérieur de chacune des Chambres et donnent lieu, le cas échéant, à la motion de défiance
ou de censure, conformément aux articles 146 et 147 de la présente Constitution ».
307 Art.89 de la Constitution centrafricaine du 30 mars 2016.

57
3.4 Les moyens d'action réciproques

La collaboration des pouvoirs est assortie de moyens permettant à chacun des pouvoirs de sanctionner
l'autre pouvoir. Ces moyens d'actions réciproques sont la responsabilité politique du gouvernement
devant le Parlement d'une part, et le droit de dissolution d'autre part.

A. La responsabilité politique du gouvernement devant le Parlement

Etre responsable, du latin respondere, répondre, signifie devoir répondre de ses actes 308 . La
responsabilité politique du gouvernement devant le Parlement ou, à tout le moins, devant la Chambre
élue au suffrage universel, est la règle d'or du régime parlementaire, à tel point que, pour certains
auteurs, elle est un « 'élément essentiel qui caractérise le régime parlementaire » 309 . Pour René
Capitant, la responsabilité politique des ministres est la condition du régime parlementaire. Elle
consiste dans l’obligation juridique pour les ministres de se démettre s’ils perdent la confiance de
l’assemblée. Elle a pour but de maintenir l’accord entre la politique ministérielle et la politique de la
majorité de l’Assemblée. Elle entre en jeu dès qu’un désaccord se manifeste. Le régime parlementaire
est donc le gouvernement d’un cabinet responsable devant l’assemblée310. Dans une de ses décisions,
la Cour constitutionnelle du Bénin avait relevé que le critère essentiel qui définit le régime
parlementaire est la responsabilité politique du gouvernement devant le Parlement »311.

Cet élément essentiel ou caractéristique du régime parlementaire, à savoir la responsabilité politique


du gouvernement, malgré son acceptation par la majorité de la doctrine constitutionnelle, n’est pas à
l’abri de la critique. En effet, certains auteurs observent que l’impeachment américain est une forme
de responsabilité, non seulement pénale, mais aussi politique du Président de la République devant le
Congrès. C’est au nom de cette responsabilité que Julien Boudon refuse de considérer que le régime
politique américain constitue un régime présidentiel 312 . Evangelista GEORGISTI se demande
« pourquoi l’impeachment américain n’est pas une forme de responsabilité politique, certes
exceptionnelle ou au moins comment établir une distinction nette entre responsabilité politique et
responsabilité pénale ? »313.

La responsabilité politique peut être engagée sur l'initiative du parlement par le biais de la motion de
censure ou bien de l'exécutif qui peut solliciter la confiance des élus de la nation (vote de confiance)
sur un programme, une question ou une déclaration générale. Il convient de noter que cette mise en
jeu de la responsabilité politique peut engager tout le gouvernement (motion de censure) ou viser tout
simplement individuellement un membre du gouvernement (vote de défiance). Le régime
parlementaire peut se définir, de ce point de vue comme un mode spécifique de légitimation de
l’exécutif à travers la confiance. Celle-ci apparaît comme une manière pour la Chambre de déterminer,

308M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4ème éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 138.
309 M. A. COHENDET CHASLOT, Le Président de la République, Paris, 2ème édition, Dalloz, 2001, pp. 4-5 ; M-A. COHENDET, « La
classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel », in L’architecture du droit.
Mélanges en l’honneur de Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314, spéc. p. 303 et s ; Voy. D. BARANGER et A. LE
DIVELLEC, « Régime parlementaire », M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit constitutionnel. Tome
2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 159-193, spéc. pp. 162-165, spéc. p. 172.
310 R. CAPITANT, « Régimes parlementaires », in Mélanges Carré de Malberg. Faculté de Droit et des Sciences politiques de Strasbourg,

133, réimpression, Paris, Edouard Duchemin, 1977 consulté sur gallica.bnf.fr le 28 février 2022, pp. 31-57.
311 Cour constitutionnelle du Bénin. DCC 96-020 du 26 avril 1996. Souligné par nous.
312 J. BOUDON, « La séparation des pouvoirs aux Etats-Unis », Pouvoirs, 2012/4, n° 143, pp. 113-122.
313 E. GEORGITSI, « La spécificité de la Vè République et les classifications : une opposition fausse », RFDC, 2010/3, n° 83, pp. 543-

564.
58
d’exercer une contrainte sur le choix des personnes314. La durée du gouvernement est appréciée en
fonction de la persistance de cette confiance.

La source de cette responsabilité serait la volonté électorale et non celle du parlement. Comme le
soutient Bruno Daugeron, le parlementarisme confirme la dimension nationale de la volonté électorale
exprimée au stade de l’élection des députés devant trouver un prolongement institutionnel au
Parlement. Ses membres, comme le Cabinet émanant d’eux en seront en quelque sorte les instruments,
tous chargés, dans une sorte de cascade de volontés, de faire respecter celle des électeurs plus que les
leurs propres315.

Il importe de distinguer les deux formes de responsabilité politique du gouvernement par lesquelles le
parlement peut mettre en jeu la responsabilité collective du gouvernement. Il s’agit d’une part de la
motion de censure et du vote (motion) de défiance d’autre part.

A.1 La motion de censure et motion de défiance

La motion de censure est une procédure parlementaire par laquelle les députés prennent l'initiative de
désavouer publiquement le gouvernement et de le sanctionner, en conséquence, en lui retirant leur
confiance. Si la motion est adoptée, le Chef du gouvernement devra remettre sa démission au Chef de
l'Etat. En raison de sa gravité, la motion de censure est enserrée dans un formalisme rigoureux rendant
difficile son adoption (signature par un nombre bien défini de députés, observation d'un délai de
réflexion, adoption à une majorité absolue des membres composant l'Assemblée). Selon la Constitution
italienne, la motion de censure est signée par un dixième au moins des membres de la chambre et elle
ne peut être discutée qu’après trois jours à compter de la date de son dépôt. La confiance est retirée au
moyen d’une motion motivée et votée par appel nominal. Elle constitue sans doute la conséquence
extrême de la responsabilité politique du gouvernement devant le Parlement ou l’une de ses deux
chambres. La motion de défiance vise à désavouer un membre du gouvernement en le contraignant à
la démission. Elle est également appelée motion de censure individuelle.

Au Botswana, bien que la Constitution ne prévoie que la mise en jeu de la responsabilité collective du
gouvernement, la pratique s’est développée de mettre en jeu la responsabilité individuelle des membres
du gouvernement jusqu’en 1997 date correspondant à l’adoption d’un projet soutenu par le
gouvernement d’interdire le recours aux motions de défiance. En Allemagne les motions de défiance
à l’égard des membres du gouvernement ne sont pas prévues. Elles ne concernent que le chancelier.

En Droit constitutionnel allemand, avait été introduite la notion de motion de censure constructive
faisant partie de la rationalisation de ce régime parlementaire. A travers ce mécanisme, la chambre
élue n’a le droit de renverser le gouvernement qu’à la condition de réunir une majorité positive capable
d’assumer la succession au pouvoir. Cette motion est dite constructive car le texte de la motion
mentionnant les griefs formulés à l’égard de la politique gouvernementale ne suffit pas, il devra être
accompagné d’un vote sur le nom du successeur à la chancellerie 316 . La motion de défiance

314 D. BARANGER et A. LE DIVELLEC, « Régime parlementaire », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité


international de droit constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 159-193, spéc. pp. 162-165, spéc. p.
172.
315 B. DAUGERON, « Les ambiguïtés du parlementarisme et de sa responsabilité politique : entre volonté parlementaire et volonté

électorale », in TANGUY PASQUIET-BRIAND (dir.), Spicilegium Juris Politici. Mélanges offerts à Philippe Lauvaux, Paris, Editions
Panthéon-Assas, 2020, pp. 355-374, spéc. à la p. 360.

St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,
316

2015, p. 184.
59
constructive est prévue à l’article 67 de la Loi fondamentale allemande 317. Elle a été considérée comme
l’un des facteurs ayant contribué à la stabilité politique en Allemagne à côté du système des partis
politiques318.

Cette motion de censure constructive a été reprise par la Constitution espagnole de 1978 en la
détaillant. La motion doit être proposée par un dixième des députés et inclure le nom d’un candidat à
la présidence du Gouvernement. Entre le dépôt et le vote de la motion court un délai de réflexion de
cinq jours. En outre le vote doit être obtenu à la majorité absolue.

La motion de censure constructive a été introduite aussi en Belgique (depuis la révision de 1993), en
Hongrie, en Pologne et en Slovénie319. Au Japon, si la Chambre des représentants adopte une motion
de censure ou rejette une question de confiance, le gouvernement doit démissionner en son entier, sauf
si dans les deux jours il décide de dissoudre la chambre. La motion de censure constructive est aussi
énoncée par l’article 97, al.2 de la Constitution tunisienne de 2014 qui prévoit toutefois un délai de
réflexion, c’est-à-dire entre le dépôt et la discussion de la motion de censure, de quinze jours320. Le
droit de dissolution est ainsi constitutionnellement conditionné par la mise en jeu de la responsabilité
du gouvernement321. A titre d’exemple, l’article 83 (5) de la Constitution du Lesotho de 1993 telle que
révisée jusqu’en 2019 prévoit cette motion de censure « constructive »322. En Italie, le gouvernement
doit avoir la confiance des deux Chambres. Chaque Chambre accorde ou révoque la confiance au
moyen d’une motion motivée et votée par appel nominal. La motion de censure doit être signée par un
dixième au moins des membres de la Chambre et elle ne peut être discutée que trois jours après son
dépôt323.

En Suède, le vote d’une motion de censure peut être neutralisé si le gouvernement contre lequel est
votée la motion propose l’organisation d’élections extraordinaires. Etant donné que la Diète, Chambre
unique du Parlement suédois est composée de 349 députés élus pour un mandat de quatre ans et que
ce délai est immuable, en cas de dissolution en cours de législature, les élections extraordinaires
conduiront à l’élection d’une assemblée qui exercera un mandat uniquement égal à la durée de mandat
qui restait à courir au moment de la dissolution324.

Il convient de noter que le recours à la motion de censure est devenu une tactique que l’opposition
parlementaire peut mobiliser, dans la plupart des cas sans succès au regard de son poids numérique
peu consistant, pour mettre en difficulté la majorité et son gouvernement. Certaines statistiques
concernant quatre Etats européens ayant adopté de jure ou de facto le régime parlementaire, nous
renseignent qu’en France, sous la Vè République (à partir de 1958) une seule motion de censure avait
été adoptée (1962), une seule en Grande-Bretagne depuis 1945 (1979) ; une en Allemagne fédérale
(1982) et une seule en Italie (1948) 325 . Ces dissolutions ne prennent pas en considération les

317
Art. 67 : Le Bundestag ne peut exprimer sa défiance envers le chancelier fédéral qu’en élisant un successeur à la majorité de ses
membres et en demandant au Président fédéral de révoquer le chancelier fédéral. Le président fédéral doit faire droit à la demande et
nommer l’élu. Quarante-huit heures doivent s’écouler entre le dépôt de la motion et l’élection.
318 A. KIMMEL, « Le système politique allemand : la stabilité menacée », Pouvoirs, 2008/3, pp. 143-155, spéc. à la p. 146.
319 St. PINON, op.cit., p. 434.
320 Cette motion constructive est rédigée en ces termes : « Le retrait de confiance au Gouvernement requiert l’approbation de la majorité

absolue des membres de l’Assemblée et la présentation d'un candidat en remplacement du Chef du Gouvernement dont la candidature
doit être approuvée lors du même vote et que le Président de la République charge de former un Gouvernement, conformément aux
dispositions de l’article 89 ».
321 Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, op.cit., p. 664.
322 Art.83 (5) : « (5) A resolution of no confidence in the Government of Lesotho shall not be effective for the purposes of subsection
(4)(b) unless it proposes the name of a member of the National Assembly for the King to appoint in the place of the Prime Minister”
323 A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 649.
324
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 678.
325 Ph. LAUVAUX, « Le contrôle, source du régime parlementaire, priorité du régime présidentiel », Pouvoirs, 2010, n° 134, pp. 23-

36, spéc. à la p. 32 et s.
60
dissolutions « automatiques » prévues dans certains Etats à l’expiration de la législature ou
préalablement à l’organisation de nouvelles élections législatives.

Ces statistiques peuvent signifier que la « symphonie » existant entre la majorité et le gouvernement
qui en est l’incarnation est tellement forte que tout risque de sanction extrême est d’emblée écarté. En
outre le gouvernement qui ne bénéficie plus de la confiance du parlement peut initier la procédure à
travers la question de confiance ; remettre sa démission en dehors de toute procédure parlementaire ou
encore recourir à la dissolution. Dans certains Etats, l’adoption d’une motion de censure entraîne
automatiquement la dissolution ou l’auto-dissolution du Parlement, ce qui est de nature à en limiter
l’usage. Au Botswana, par exemple, l’adoption d’une motion de censure à la majorité de 2/3 des
membres de l’Assemblée nationale contre le gouvernement entraîne, dans les quatre jours suivant
l’adoption de ladite résolution, la dissolution de l’Assemblée nationale, à moins que le Président
démissionne auparavant ou qu’il procède à la dissolution de l’Assemblée nationale 326. L’adoption de
la motion de censure est aléatoire au Botswana, non seulement à cause de la domination du parlement
par le parti majoritaire au pouvoir depuis plusieurs années, mais aussi pour ses conséquences 327. En
effet l’adoption de cette motion contraint aussi le Président à la démission et à l’organisation des
élections générales dans les soixante jours. Cette démission s’explique par le fait que le Président de
la République est aussi de droit membre du parlement. Il est d’ailleurs élu par le parlement et la plupart
des ministres qu’il nomme sont aussi membres du parlement.

La Revue Pouvoirs avait édité, en 2000, un dossier consacré à la responsabilité politique des
gouvernants. Certains auteurs, notamment Christian BIDEGARAY, ont soutenu que la motion de
censure, l’un des instruments privilégiés de la mise en œuvre de la responsabilité politique du
gouvernement, était devenue illusoire quant à son aboutissement 328. En effet, assurés du soutien de
leur majorité, les ministres jouissent d’une irresponsabilité de fait329. Cette évidence est aussi constatée
en Afrique. Babacar GUEYE souligne qu’il est « très rare qu’une majorité parlementaire renverse le
gouvernement qu’elle est censée soutenir. (…) Mais la représentation est pervertie, le parlement
vassalisé lorsque l’unique ambition du parlementaire est de plaire à l’exécutif dans la perspective d’une
rétribution comme récompense. L’Assemblée parlementaire réduite en un appendice du
gouvernement, la justice sous contrôle, la séparation des pouvoirs chahutée, la voie est dégagée pour
le pouvoir personnel et le despotisme dans de nombreux pays africains »330.

Le pouvoir du Parlement de renverser ou de provoquer la démission du gouvernement revêt de nos


jours un caractère purement théorique. La maîtrise du Parlement par un gouvernement majoritaire dilue
toute velléité d’un contrepoids parlementaire. Dominique ROUSSEAU soutient qu’au regard de
l’évolution contemporaine du régime parlementaire, « nulle part le Parlement n’est aujourd’hui un
contrepoids au pouvoir présidentiel ou primo-ministériel »331.

326Art.92 de la Constitution du Botswana de 1966 telle que révisée en 2006 : « If the National Assembly at any time passes a resolution
supported by a majority of all the Members of the Assembly who are entitled to vote declaring that it has no confidence in the
Government of Botswana, Parliament shall stand dissolved on the fourth day following the day on which such resolution was passed,
unless the President earlier resigns his or her office or dissolves Parliament”
327 Pour plus de détails, Ch. MANGA FOMBAD, « The Separation of Powers and Constitutionalism in Africa: The Case of Botswana”,
Boston College Third World Law Journal, Vol. 25, n° 2, 2005, pp. 301-342.
328 Ch. BIDEGARAY, « Le principe de responsabilité fondement de la démocratie. Petite promenade dans les allées du jardin des

délices démocratiques », Pouvoirs, n° 92, 2000, pp. 5-16.


329 Ch. BIDEGARAY, art.cit., p. 8 et s.
330
B. GUEYE, « Le mandat unique : un mandat pour le Président de la République en Afrique », in Démocratie en questions. Mélanges
en l’honneur du Professeur Théodore HOLO, Toulouse, Presses de l’Université Toulouse 1 Capitole, 2017, pp. 211-227, spéc. à la p.
221 et s.
D. ROUSSEAU, « Le droit constitutionnel continue : institutions, garantie des droits et utopie », Revue du droit public, 2014, n° 6,
2014, pp. 1517-1533, spéc. à la p. 1524.
61
Selon Pierre Rosanvallon plusieurs facteurs expliquent le fait que la responsabilité politique ne
fonctionne plus aujourd’hui. Du nombre de ces facteurs figurent le renforcement de l’exécutif se
traduisant notamment par l’élection directe des gouvernants ; la présidentialisation des démocraties
valorisant la responsabilité électorale devant les électeurs au détriment de la responsabilité politique
devant le Parlement332. Il préconise à cet effet la refondation de la responsabilité politique, parce que
son principe ne s’inscrit pas dans une logique mécanique d’imputation, mais participe plutôt « d’une
fiction démocratique permettant de maintenir la confiance publique en brisant le sentiment
d’impunité ». Cette nouvelle forme de responsabilité favorise l’implication des citoyens dans la vie
publique. Il s’agit, en d’autres termes d’une responsabilité devant les gouvernés, devant l’opinion 333.

A.2 La question de confiance

Elle est une initiative du gouvernement qui sollicite la confiance du Parlement sur sa politique générale,
son programme, un texte d’une importance particulière. La confiance peut être demandée par l'exécutif
pour mieux ressouder sa majorité. Le rejet de la question de confiance entraîne la démission du
gouvernement. La question de confiance constitue dans ces conditions un moyen de pression
considérable du gouvernement sur le Parlement. Toutefois la démission du gouvernement en cas de
rejet de la question de confiance n’est pas automatique. Il existe différentes hypothèses. En Allemagne
par exemple le Chancelier peut démissionner suite au désaveu ; il peut continuer en demandant au
Président de la République de dissoudre le Bundestag (Chambre basse) dans les vingt-et-un jours ou
encore il peut décider de passer outre ce désaveu et de se maintenir en fonction. En Allemagne la
question de confiance est parfois posée par le Chancelier qui instruit sa majorité de ne pas lui accorder
sa confiance de manière à pouvoir demander au Chef de l’Etat la dissolution de la Bundestag. Helmut
Kohl avait utilisé cette tactique en 1982 et les élections législatives organisées en 1983 confortèrent sa
majorité et fut réélu334.

L’article 146 de la Constitution de la RDC du 18 février 2006 règlemente la procédure d’exercice de la


motion de censure ou défiance ainsi que de la question de confiance : L’Assemblée nationale met en
cause la responsabilité du Gouvernement ou d’un membre du Gouvernement par le vote d’une motion
de censure ou de défiance. La motion de censure contre le Gouvernement n’est recevable que si elle
est signée par un quart des membres de l’Assemblée nationale. La motion de défiance contre un
membre du Gouvernement n’est recevable que si elle est signée par un dixième des membres de
l’Assemblée nationale. Le débat et le vote ne peuvent avoir lieu que quarante-huit heures après le dépôt
de la motion. Seuls sont recensés les votes favorables à la motion de censure ou de défiance qui ne peut
être adoptée qu’à la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale. Si la motion de
censure ou de défiance est rejetée, ses signataires ne peuvent en proposer une nouvelle au cours de la
même session… »335.

Sans être formellement énoncée, la question de confiance se dégage de l’esprit de l’article 146 : « Le
Premier ministre peut, après délibération du Conseil des ministres, engager devant l’Assemblée
nationale la responsabilité du Gouvernement sur son programme, sur une déclaration de politique
générale ou sur le vote d’un texte »336. En cas de vote contraire, le gouvernement est tenu à en tirer les
conséquences juridiques, c’est-à-dire il doit démissionner du fait qu’il est ainsi privé de la confiance de
l’Assemblée nationale dont il est investi par ailleurs.

332 P. ROSANVALLON, Le bon gouvernement, Paris, Editions du Seuil, 2015, p. 264.


333 P. ROSANVALLON, Le bon gouvernement, Paris, Editions du Seuil, 2015, p. 268.
334
G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 114.
335 Souligné par nous.
336 Notre soulignement.

62
Saisie des requêtes en interprétation des articles 146 et 147 de la Constitution du 18 février 2006 telle
que révisée par la loi du 20 janvier 2011, la Cour constitutionnelle de la RDC juge que ces dispositions
sont claires et ne donnent pas lieu à interprétation337.

B. Le droit de dissolution

La dissolution est un acte de gouvernement par lequel le Chef de l'Etat, de sa propre initiative ou sur
demande du gouvernement, révoque prématurément le mandat des députés. Elle abrège la durée de
la législature. Le droit de dissolution est considéré comme une des pièces maîtresses du régime
parlementaire. Il s'analyse comme la contrepartie du droit de l'Assemblée de renverser les ministres
car, sans elle, le cabinet se trouve pratiquement désarmé en face d'un Parlement qui peut le renverser
à sa guise. La dissolution permet de sauvegarder l'indépendance de l'exécutif et, en conséquence,
l'équilibre des pouvoirs. Elle permet en dernière instance aux électeurs de trancher les conflits
opposant l'exécutif et le législatif.

Dans la plupart des Etats ayant adopté le bicaméralisme, la dissolution est prononcée à l’égard de la
chambre élue ou chambre basse. L’Italie fait exception à cause de son bicaméralisme égalitaire. Le
Sénat peut aussi faire l’objet de dissolution tout comme le gouvernement peut engager sa
responsabilité devant l’une de ces chambres. En Allemagne, le chancelier est le réel détenteur du
pouvoir de dissolution qu’il peut solliciter de la part du président de la République à la suite d’une
motion de défiance déclenchée à son encontre. En pratique le Chancelier peut choisir de se faire
destituer par les membres de sa majorité pour parvenir à dissoudre la Chambre 338.

Certains auteurs relativisent les vertus du droit de dissolution comme instrument de défense de
l’exécutif contre le Parlement. Ils soulignent que la dissolution n’est pas un élément en soi
indispensable au régime parlementaire car certains Etats pratiquant un gouvernement parlementaire,
comme la Norvège, ne la prévoient pas339. Pour Gilles Toulemonde, l’absence du droit de dissolution
n’est pas incompatible avec le régime parlementaire. Dans un Etat où le droit de dissolution serait
absent il peut y avoir encore cet équilibre politique, il peut y régner encore cet esprit d’équilibre avec
la présence du seul critère de la responsabilité gouvernementale340.

Marie-Anne Cohendet est du même avis en soutenant que le droit de dissolution n’est pas
indispensable à la définition d’un régime parlementaire, mais il est très important pour son
équilibre341. D’autres Etats ayant adopté le régime parlementaire comme la Corée du Sud privent
leur Président du droit de dissoudre l’Assemblée monocamérale.

La nature parlementaire du régime politique sud-coréen n’est pas partagée par la doctrine. A titre
illustratif, Anne-Charlène Bezzina et Michel Verpeaux l’étudient au sein des régimes présidentiels

337 Cour constitutionnelle. R.Const.186/193/2015. En cause : Requêtes de l’Assemblée nationale et du Président de l’Assemblée
nationale en interprétation des articles 146 et 147 de la Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 2006,
modifiée par la loi n° 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution. Arrêt du 14 janvier 2016. Les
requérants ont saisi la Cour constitutionnelle aux fins de savoir si l’Assemblée nationale peut, lors de l’examen et des débats sur la
motion de défiance contre un membre du gouvernement et/ou d’une motion de censure contre le gouvernement, faire usage des motions
incidentielle, préjudicielle, d’ordre, de procédure et d’information. Pour la Cour les articles 146 et 147 ne font aucune allusion à la
motion incidentielle.
338
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 656.
339 D. BARANGER et A. LE DIVELLEC, « Régime parlementaire », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité

international de droit constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 159-193, spéc. à la p. 170. Voy. aussi
Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p. 198 et
s. A titre indicatif en Norvège le droit de dissolution n’est pas prévu et les différentes propositions de l’introduire n’ont pas abouti.
Voy. HOLMOYVIK, E., « Deux siècles de séparation horizontale des pouvoirs en Norvège », RFDC, n° 106, 2016, pp. 323-333.
340 G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 62 et s.
341 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 162.

63
avec Premier ministre. Le Président est élu au suffrage universel direct pour cinq ans et pour un
mandat non renouvelable. Il est également chef du gouvernement et chef des armées. Ils ajoutent que
la Corée du Sud n’est pas un régime présidentiel classique à cause de l’existence d’un Premier
ministre partageant le pouvoir exécutif avec le Président. Nommé par le Président de la République,
il doit néanmoins obtenir l’approbation du Parlement ainsi que tous les membres du gouvernement.
Le Parlement contrôle l’action du gouvernement et du Président de la République. Ce dernier peut
faire l’objet d’une procédure d’impeachment qui échoit en dernier lieu à la Cour constitutionnelle. A
l’inverse, le Président de la République ne dispose pas de la prérogative de dissoudre le parlement342.
Cette présentation du régime présidentiel sud-coréen n’est pas convainquant dès lors que le critère
juridique essentiel de la responsabilité politique du gouvernement est réuni 343.

Cette idée est aussi partagée par Pierre Lalumière et André Demichel qui sont formels : « le droit de
dissolution ne fait pas partie des mécanismes juridiques fondamentaux du parlementarisme. (…). Le
droit de dissolution est destiné à garantir l’autorité du roi contre des parlements dont la situation
juridique reste encore subordonnée (…). Il va de soi qu’en tout état de cause le droit de dissolution
n’est plus une prérogative royale. Le roi se contente de signer l’acte de dissolution dont l’initiative a
été prise par le gouvernement. Selon la pratique parlementaire la plus récente, il ne lui est même pas
possible de refuser sa signature »344.

La dissolution du parlement ou d’une de ses deux chambres procède d’un processus historique visant
à protéger avant tout les prérogatives royales contre le parlement dont les pouvoirs émergeaient.
Plusieurs Etats ayant adopté le régime parlementaire, qu’ils soient monarchiques ou républicains ont
pris l’habitude de consacrer dans les textes ou dans la pratique le droit de dissolution que certains
considèrent, compte tenu de l’évolution des rapports des forces entre l’exécutif et le législatif, comme
une contrepartie de la responsabilité politique du gouvernement devant le parlement. Ce droit de
dissolution est conçu dans cette optique comme une arme à la disposition du gouvernement. Cette
construction, partiellement fondée, doit être nuancée.

En outre, la dissolution ne constitue pas toujours une arme de l’exécutif contre le Parlement
(Assemblée élue) à cause du pouvoir reconnu à ce dernier de voter sa propre dissolution ou mieux
l’autodissolution. La Fixed-term Parliaments Act 2011 britannique du 15 septembre 2011, non
seulement institutionnalise l’autodissolution de la Chambre des Communes dont la proposition doit
être votée par une majorité qualifiée, mais aussi rationalise le recours au pouvoir discrétionnaire de
dissolution dévolu à la Couronne, mais exercé en pratique par le Premier ministre. Ce pouvoir
s’exerce dans cette hypothèse : si la Chambre des Communes adopte une motion de censure expresse
contre le Gouvernement et n’accorde pas expressément sa confiance, dans un intervalle de quatorze
jours, au Gouvernement en place (quel qu’il soit), la dissolution doit être prononcée 345. Selon cette
loi, toute législature doit aller, en principe, à son terme de cinq ans. Cette durée était consacrée par
des textes antérieurs tels que le Parliament Act de 1911, le Triennal Act de 1694 et le Septiennal Act
de 1716 qui établissaient des durées maximales346.

342
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, pp. 610-611
343 Art.63 de la Constitution : « 1. L'Assemblée nationale peut adopter une motion pour censurer le premier ministre ou un membre du
gouvernement. 2. Une telle motion de censure peut être proposée par un tiers au moins des membres de l'Assemblée nationale et elle
est adoptée à la majorité de tous les membres de l'Assemblée nationale »

344
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, pp.312-313.
345
Pour une analyse critique de cette loi, A. LE DIVELLEC, « Un tournant de la culture constitutionnelle britannique : le Fixed-Term
Parliaments Act 2011 et l’amorce inédite de rationalisation du système parlementaire de gouvernement au Royaume-Uni », Jus
Politicum, n°7, 2012 disponible en ligne http://juspoliticum.com/Un-tournant-de-la-culture.html consulté le 21 août 2015 ; Ph.
LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015 , p.557.
346 A. ANTOINE, Droit constitutionnel britannique. 2 è éd., Paris, LGDJ, 2018, p. 133.

64
La logique politico-constitutionnelle de la Fixed –Term Parliaments Act 2011 est de limiter le recours
à la dissolution de la chambre des Communes à l’hypothèse d’une crise gouvernementale négative,
c’est-à-dire qui ne débouche pas, dans le délai de quatorze jours, sur la formation d’un gouvernement
bénéficiant du soutien explicite de la Chambre. L’autodissolution et la dissolution automatiques sont
désormais exclusives de toute autre. Jusqu’en 2011, la pratique de la dissolution permettant avant
tout l’organisation de nouvelles élections au meilleur moment choisi par le Premier ministre. Cette
dissolution représentait un moyen de résoudre une crise politique 347. Le Premier ministre perd ainsi
l’une de ses prérogatives les plus considérables depuis la fin du parlementarisme dualiste 348. Selon
la Fixed-Term Parliaments Act 2011 (FTPA), la dissolution ne peut être provoquée que dans trois
cas : l’échéance du mandat parlementaire ; le refus par la Chambre des communes d’accorder sa
confiance au gouvernement dans les 14 jours ou en cas du vote par la Chambre des communes de sa
dissolution (auto-dissolution) à la majorité des deux tiers. Cette loi est significative en encadrant les
prérogatives du Premier ministre de recourir à la dissolution de la Chambre des Communes.

Malgré l’adoption de cette loi sur les parlements à durée déterminée tendant à rationaliser le recours
à la dissolution de la Chambre des Communes par le Premier ministre pour des raisons d’opportunité
et de stratégie politiques et d’assurer à ladite Chambre un mandat déterminé, la pratique subséquente
démontre que cette loi ne constitue pas un obstacle pour le Premier ministre de dissoudre
anticipativement ladite Chambre pour des raisons d’opportunité politique. A titre indicatif, Theresa
May, Premier ministre britannique, avait provoqué l’auto-dissolution de la Chambre des Communes
le 19 avril 2017 deux ans après les élections législatives dans l’optique d’obtenir une majorité
consolidante capable de soutenir le processus de retrait de la Grande-Bretagne de l’Union
européenne. La Chambre des Communes avait voté à la majorité de 522 voix contre 13 une motion
gouvernementale proposant l’auto-dissolution 349 . Le but affiché était de renforcer la majorité
conservatrice du Premier ministre dans la perspective de négociations relatives au Brexit. Les
élections législatives organisées pour la circonstance n’avaient pas permis du Premier ministre de
renforcer sa majorité parlementaire350. Est-il que le recours à cette stratégie dictée par l’effet des
sondages favorables ne constitue pas moins un pari risqué. Selon VANESSA BARBE qui a analysé
les effets des élections législatives anticipées, le parti conservateur de Theresa May avait perdu 13
sièges ainsi que la majorité absolue devant ainsi former un gouvernement de coalition avec le parti
nord-irlandais DUP351.

En décembre 2019 des élections législatives anticipées avaient été organisées et qui avaient permis
de conforter la majorité parlementaire des conservateurs favorables au Brexit. Le vote par le
parlement britannique de la proposition du Premier ministre avait ouvert la voie à la dissolution dudit
parlement.

La Fixed-Term Parliaments Act 2011 (FTPA) a été critiquée. Elle a été abrogée en 2022 par le
Dissolution and Calling of Parliament Act 2022 promulguée le 24 mars 2022. Celle loi restaure le

347
V. BARBE, « Le Dissolution and Calling of Parliament Act 2022 : du renouveau du droit de dissolution aux
controverses sur les limites des pouvoirs constitutionnels du gouvernement au Royaume-Uni », Revue du Droit public,
N° 5, 2022, pp. 1413-1435, spéc. à la p. 1414.
348 Ph. LAUVAUX, et A. Le DIVELLEC, op.cit., p. 558.
349 Pour une analyse de cette dissolution, V. BARBE, « La dissolution de la Chambre des Communes et les élections anticipées du 8
Juin 2017 au Royaume-Uni », Constitutions, Juillet-Septembre 2017, p. 392-394.
350
A. ANTOINE, Droit constitutionnel britannique. 2è éd., Paris, LGDJ, 2018, p. 53.
351 Pour plus de détails, V. BARBE, « La dissolution de la Chambre des Communes et les élections anticipées du 8 Juin 2017 au

Royaume-Uni », Constitutions, Juillet-Septembre 2017, p. 392-394, spéc. à la p. 393.


65
pouvoir de dissoudre existant avant 2011 et exclut tout contrôle juridictionnel de ce pouvoir de
dissolution352.

Le recours au droit de dissolution obéit à plusieurs stratégies ou options électorales. Sa prospective


peut inciter les parlementaires réfractaires à se souder autour de l’exécutif ou encore le recours au
droit de dissolution peut être dicté par des sondages favorables à l’exécutif. La dissolution est de plus
en plus pratiquée, non pas seulement pour demander au peuple la solution d’une question précise,
mais pour l’amener à arbitrer entre les différentes formations politiques lorsqu’elles celles-ci se
trouvent dans un équilibre de forces rendant impossible la constitution d’un gouvernement stable 353.

En RDC, l’article 148 de la Constitution aménage les conditions pour la dissolution de l’Assemblée
nationale (et non du Sénat). Il faudrait qu’il s’agisse d’une situation de crise persistante entre le
Gouvernement et l’Assemblée nationale. Dans ce cas, le Président de la République peut, après
consultation du Premier ministre et des Présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, prononcer
la dissolution de l’Assemblée nationale. L’exercice de ce droit de dissolution doit obéir à des
conditions temporelles. En effet, aucune dissolution ne peut intervenir dans l’année qui suit les
élections, ni pendant les périodes de l’état d’urgence ou de siège ou de guerre, ni pendant que la
République est dirigée par un Président intérimaire.

A Madagascar, le pouvoir de dissolution constitue un droit propre du Chef de l’Etat qui juge seul de
l’opportunité de recourir à ce mécanisme. Il suffit que les motivations déterminantes soient prises
dans l’intérêt supérieur de la nation et soient compatibles avec la Constitution. Dans son Avis n° 0-
HCC/AV du 19 juillet 2007 sur la dissolution de l’Assemblée nationale, la Haute Cour
constitutionnelle de Madagascar affirme : « (…) Considérant , d’autre part, qu’aussi bien dans
l’esprit du constituant que dans la lettre de la Constitution, le Président de la République reste le
seul juge de l’opportunité de la mise en œuvre du droit de dissolution et apprécie les causes
déterminantes pour y procéder, indépendamment de toute idée de conflit ou de sanction mais, en tout
cas, pour des motifs relevant de l’intérêt supérieur de la Nation. Considérant que dans la conjoncture
actuelle, suite à l’adoption de la révision constitutionnelle, le fonctionnement régulier des pouvoirs
publics est conditionné par la conformité des Institutions aux nouvelles dispositions
constitutionnelles ;Que le Parlement doit nécessairement refléter la nouvelle organisation
territoriale de l’Etat ; Qu’ainsi, le renouvellement des membres de l’Assemblée Nationale semble
devoir s’imposer pour la mise en œuvre de la politique générale de l’Etat arrêtée en Conseil des
Ministres et que, par conséquent, les motifs invoqués relèvent bien de l’intérêt général et ne sont pas
contraires aux dispositions constitutionnelles…»354.

En revanche, au Maroc, la Constitution du 29 juillet 2011 accorde au Premier ministre, Chef du


gouvernement le droit de dissolution de la Chambre des Représentants355. En Namibie, aux termes
de l’article 57 de la Constitution du 12 mars 1990, lorsque le Président de la République dissout la
chambre des députés, son mandat prend automatiquement fin et de nouvelles élections sont
organisées dans un délai de 90 jours. En Espagne, la dissolution peut intervenir dans trois situations.

352
V. BARBE, « Le Dissolution and Calling of Parliament Act 2022 : du renouveau du droit de dissolution aux
controverses sur les limites des pouvoirs constitutionnels du gouvernement au Royaume-Uni », Revue du Droit public,
N° 5, 2022, pp. 1413-1435, spéc. à la p. 1426.
353 353
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p. 333.
354 Souligné par nous.
355
Art. 104 de cette Constitution : « Le Chef du gouvernement peut dissoudre la Chambre des Représentants, par décret pris en Conseil
des ministres, après avoir consulté le Roi, le Président de cette Chambre et le Président de la Cour constitutionnelle. Le Chef du
gouvernement présente, devant la chambre des Représentants, une déclaration portant notamment sur les motifs et les buts de la décision
de la dissolution ». Il en est de même en Ethiopie où le Premier ministre, en accord avec le Président de la chambre des Représentants
du peuple peut dissoudre celle-ci.
66
Elle est automatique en cas d’impossibilité d’investir le Président du gouvernement dans un délai de
deux mois après le premier vote d’investiture. Elle est obligatoire et concerne les deux chambres en
cas d’adoption du principe d’une révision constitutionnelle exceptionnelle. Elle est enfin facultative
dans le cadre de ce que prévoit l’article 115 de la Constitution espagnole356. La dissolution est aussi
de droit dans certains Etats comme l’Italie dès lors que la législature tend vers sa fin et l’organisation
de nouvelles élections législatives est précédée par la dissolution de deux chambres parlementaires.

L’autodissolution est prévue dans certaines Constitutions européennes (Autriche, Grèce, Hongrie,)
et africaines (article 50 de la Constitution sud-africaine de 1996 ; la Constitution égyptienne de 2014
prévoit également ce mécanisme même si cette Constitution n’a pas institué un régime proprement
parlementaire). En Israël l’auto-dissolution est aussi prévue. Le Parlement israélien composé d’une
chambre unique, Knesset, peut s’auto-dissoudre.

Il résulte de la pratique que le recours à la dissolution est dangereux à cause des incertitudes pesant
sur l’issue de nouvelles élections. Si d’une part la dissolution peut être utilisée en vue de renforcer
la majorité parlementaire au profit de l’exécutif, elle peut cependant aboutir à une nouvelle majorité
défavorable à son initiateur, notamment au Président de la République. Cette dernière situation s’est
produite au Niger en 1995 et en France en 1997. Alors qu’au Niger la situation avait conduit à un
coup d’Etat, en France, par contre le Président de la République était contraint à la cohabitation
pendant cinq ans (1997-2002) avec un Premier ministre expression de la majorité parlementaire
opposée au Président de la République.

De nos jours le recours à la dissolution est rare et procède d’un choix politiquement motivé et
risquant. Foyer note que la dissolution est dangereuse lorsqu’elle est combinée avec le scrutin
majoritaire. Elle perd en grande partie sa vertu d’intimidation avec le scrutin proportionnel 357. Joël
Mekhantar nous renseigne qu’en Grande Bretagne la dissolution a une signification autre que celle
de la contrepartie logique de la responsabilité gouvernementale. C’est un instrument politique entre
les mains du Premier ministre qui peut ainsi fixer la date des élections générales. Cet instrument est
en pratique employé dans quatre cas :- 1° Il peut s’agir de conforter ou d’assurer une majorité au
parti politique du Premier ministre. 2° La dissolution peut être l’occasion pour un Premier ministre
d’obtenir un mandat du pays sur un problème politique nouveau. 3° Elle est obligatoire à l’échéance
normale. 4° la dissolution peut permettre au Premier ministre de choisir le moment le plus propice
pour des élections compte tenu de la popularité du gouvernement358.

3.5 L'évolution du régime parlementaire

Le régime parlementaire n'est pas uniforme. Il est le produit d’un processus historique dont les
origines conventionnelles remontent à l’Angleterre et à la faveur de plusieurs facteurs a évolué, non
seulement en Angleterre mais aussi dans d’autres Etats qui s’en sont inspirés. Analysant l’évolution
du régime parlementaire en Europe, Pierre Lalumière et André Demichel distinguent trois phases :
monarchie limitée, parlementarisme orléaniste et le parlementarisme démocratique 359 . Le cadre
institutionnel de la monarchie limitée est constitué par des Constitutions appelées chartes. Le cadre
sociologique repose sur une aristocratie traditionnellement détentrice du pouvoir politique. Dans le

356 Art. 115.1 : « Le Président du Gouvernement, après délibération du Conseil des Ministres, et sous sa seule responsabilité, pourra
proposer la dissolution du Congrès, du Sénat ou des Cortes Generales qui sera décrétée par le Roi. (…). 2. La proposition de dissolution
ne pourra pas être présentée lorsqu’une motion de censure est en cours (3). On ne pourra pas procéder à une nouvelle dissolution avant
que ne se soit écoulé le délai d’une année à partir de la dissolution précédente (…) ». voy. aussi St. PINON, Les systèmes
constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier, 2015, pp. 389-390.
357 J. FOYER, « Les ministres entre eux : hiérarchie et collégialité », Pouvoirs, n° 36, 1986, pp. 103-116, spéc. à la p. 113.
358 J. MEKHANTAR, Introduction au Droit public. Principes constitutionnels, Paris, Editions ESKA, 2019, p. 215.
359
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens, 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p.48
67
parlementarisme orléaniste, l’affirmation de la bourgeoisie comme une force autonome en est la
caractéristique principale. Le cadre institutionnel contribue à la consolidation des mécanismes du
régime parlementaire. Le pouvoir royal y est effectif. Le parlementarisme démocratique se développe
à partir du XIX è et début du XX è siècle grâce à l’introduction du suffrage universel. Cette
introduction a eu pour conséquence de faire participer au jeu politique libéral de nouvelles catégories
sociales, en particulier les classes ouvrière et paysanne 360.

Le régime parlementaire se décline de différentes manières notamment en tenant compte des rapports
entre l’Exécutif et le législatif ou encore des rapports au sein de l’exécutif lui-même. A titre indicatif,
en tenant compte de la localisation du pouvoir de décision ou de la qualité des rapports entre l'exécutif
et le législatif, on peut distinguer, selon les situations, le régime parlementaire moniste, le régime
parlementaire dualiste, le régime parlementaire rationalisé, le régime parlementaire majoritaire et
minoritaire.

Il est rare qu’une Constitution puisse se prononcer explicitement sur le choix du régime
parlementaire. C’est à partir de l’analyse des dispositions constitutionnelles/ et ou de la pratique qu’il
y a lieu de dégager la nature parlementaire du régime. Quelques exceptions sont prévues à ce propos.
La Grèce inscrit dans sa Constitution la forme de gouvernement parlementaire. Il en est de même de
l’Ethiopie. A titre illustratif, l’article 45 de la Constitution éthiopienne du 8 décembre 1994 dispose
que le gouvernement est constitué sous la forme parlementaire. Cet énoncé est confirmé en
parcourant les différentes dispositions de cette Constitution, et en observant la pratique, nous
pouvons affirmer que le régime parlementaire éthiopien est moniste, rationalisé et majoritaire.
L’effacement du Chef de l’Etat éthiopien est perceptible dans la gestion de cet Etat. Le Maroc
constitue une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale »361.

Du point de vue de la localisation du pouvoir de décision ou de la qualité des rapports entre l’exécutif
et le législatif, nous pouvons distinguer d’une part les régimes parlementaires moniste et dualiste et
d’autre part les régimes parlementaires rationalisés, les régimes majoritaires et minoritaires. Ils
peuvent par conséquent être étudiés singulièrement. Ces régimes peuvent « dégénérer » en régime
d’assemblée se traduisant par une omnipotence du parlement sur la stabilité précaire du
gouvernement.

A. Les régimes parlementaires moniste et dualiste

Cette distinction se fonde sur la localisation du pouvoir de décision qui peut procéder d'une source
ou bien être réparti entre deux pôles de décision. Dans le cadre du régime parlementaire moniste, le
pouvoir procède d'une source unique qui est le parlement. Le Chef de l'Etat ne joue qu'un rôle effacé
puisque le cabinet ne peut compter que sur l'autorité que lui vaut la confiance du Parlement. Le Chef
de l’Etat n’y revendique plus le pouvoir d’orientation politique et ne conserve qu’un pouvoir neutre
d’arbitrage362. Ce régime est parfois appelé de primo-ministériel. Le Chef de l’Etat se limite à y
exercer une fonction de magistrature morale peu importe sa qualité (monarque ou Président élu au
suffrage universel direct ou par voie parlementaire).

Dans une étude consacrée aux Etats de l’Union européenne, Stéphane Pinon constate que sur les
quatorze Etats pratiquant l’élection du Chef de l’Etat au suffrage universel direct, six ont institué un
régime parlementaire moniste dans lequel le Chef de l’Etat se limite à exercer une simple
magistrature morale (Autriche, Irlande, Portugal) ou se cantonne à l’exercice des fonctions

360
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens, 2 è éd., Paris, PUF, 1978, pp.48-73.
361 Constitution marocaine du 29 juillet 2011, art. 1 er, al. 1er.
362 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p. 200.

68
honorifiques (Bulgarie, Finlande, République tchèque) tandis que le Chef du gouvernement dirige le
pouvoir exécutif363.

En Afrique, l’Ethiopie peut être rangée dans cette forme de régime parlementaire. La plupart des
Etats africains instituant le régime parlementaire adoptent en fait, un régime parlementaire dualiste,
même si les textes constitutionnels, à l’exception notamment de la Constitution sénégalaise, du 22
janvier 2001, établissent, de jure, un régime parlementaire moniste si nous nous limitons à la lecture
de l’organe constitutionnel envers lequel le gouvernement est responsable (uniquement le
parlement). Au Maroc, la Constitution du 29 juillet 2011 instaure un régime parlementaire moniste
du fait que le gouvernement n’est plus doublement responsable (devant le Roi et le Parlement), mais
uniquement devant la Chambre des représentants. En outre le Roi ne peut à sa guise nommer le
Premier ministre comme par le passé, mais ce dernier doit être nommé par le Roi au sein du parti qui
est arrivé en tête aux élections des membres de la Chambre des Représentants. Quoique traité avant
le régime dualiste, le régime parlementaire moniste a été précédé chronologiquement par le régime
parlementariste dualiste.

Le régime parlementaire est dit dualiste lorsque le pouvoir procède de deux sources qui sont d'une
part le Chef de l'Etat et, d'autre part, le parlement ou l’une de ses Chambres. Historiquement, le
régime parlementaire dualiste correspond au régime parlementaire classique qui avait réussi à
combiner les deux pouvoirs par l'entremise du cabinet qui en était le trait d'union. Le cabinet doit
bénéficier à la fois de la confiance des chambres et de l'appui du Chef de l'Etat qui jouit encore de
prérogatives importantes qui lui permettent d'intervenir effectivement dans le fonctionnement du
système. Il dispose plus spécialement d'un droit de révocation des ministres ainsi assujettis à une
double responsabilité devant les Chambres et devant le Chef de l'Etat et d'un droit de dissolution
discrétionnaire. En France, le régime parlementaire dualiste correspondait à ce qui était qualifié de
régime orléaniste. Dans le régime orléaniste, la définition du rôle du monarque est assez complexe.
Il conserve des pouvoirs importants mais ne peut les utiliser contre la volonté formelle des
assemblées. Dans la pratique, l’intervention du roi se réduit à l’utilisation de deux prérogatives
monarchiques traditionnelles : la révocation des ministres et la dissolution des assemblées364.

En résumé, l’élément le plus caractéristique du régime parlementaire dualiste ou orléaniste consiste


dans la double responsabilité du gouvernement à la fois devant le Chef de l’Etat et devant le
parlement, tout au moins devant la Chambre élue.

La Constitution sénégalaise dans sa version originale de 2001, jusqu’à la révision constitutionnelle


de 2019, instaurait également un régime parlementaire dualiste dans la mesure où le Premier Ministre
est responsable aussi bien devant le Président de la République que devant l’Assemblée nationale365.
Quoique la Constitution portugaise dispose que le gouvernement est responsable devant le Président
de la République et devant l’Assemblée de la République, la pratique qui s’est développée accrédite
un parlementarisme moniste du fait que la confiance de l’Assemblée de la République suffit.

Certains auteurs opèrent une différence entre le parlementarisme dualiste orléaniste (qui mettait aux
prises les deux légitimités monarchique et parlementaire) et le parlementarisme dualiste weimarien
instauré en Allemagne après la première guerre mondiale et mettant en face la responsabilité du

363 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,
2015, p. 433.
364
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens, 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p. 56 et s.
365 Voy. l’article 53 de la Constitution sénégalaise du 22 janvier 2001 telle qu’ajournée au 31 mars 2015 : « Le Gouvernement conduit

et coordonne la politique de la Nation sous la direction du Premier Ministre. Il est responsable devant le Président de la République et
devant l'Assemblée nationale dans les conditions prévues par les articles 85 et 86 de la Constitution ». La révision de la Constitution
intervenue en mars 2016 confirme cette orientation.
69
gouvernement devant la chambre élue d’une part et devant le chef d’Etat élu au suffrage universel
direct d’autre part et politiquement responsable 366 . Ce nouveau régime parlementaire est aussi
qualifié de dualisme renouvelé. Le trait commun du régime parlementaire dualiste renouvelé réside
dans la légitimité du Chef de l’Etat par son élection au suffrage universel ayant la même nature que
celle du Parlement élu367.

Dans certains Etats (Autriche et Irlande), quoique les Présidents soient élus au suffrage universel, ils
n’en demeurent pas moins effacés. De même au Portugal, malgré l’élection du Chef de l’Etat au
suffrage universel et l’étendue de ses prérogatives, la direction présidentielle du parlementarisme ne
fut jamais en mesure de s’imposer368. Cette situation illustre le fait que l’élection du Chef de l’Etat
au suffrage universel direct ne constitue pas en soi la cause de sa puissance ou de sa domination.
Pierre Brunet nous fait part d’une thèse désormais largement partagée selon laquelle la puissance du
Président français de la Vè République ne tiendrait pas à son élection mais à ses compétences propres
lesquelles justifieraient en retour son élection 369 . C’est avec la généralisation du régime
parlementaire moniste dans l’Europe de l’entre-deux-guerres que les auteurs contemporains
retiennent la responsabilité gouvernementale devant les chambres (notamment la Chambre élue)
comme le critère du parlementarisme370.

Certains auteurs proposent de refondre en deux catégories le régime parlementaire dualiste étant
donné l’influence relative du Chef de l’Etat dans le fonctionnement des institutions politiques de
l’Etat. La première catégorie est appelée « régime parlementaire à direction présidentielle » et la
deuxième de « régime parlementaire à immixtion présidentielle ».

Le cas français illustre la première catégorie dans la mesure où les rouages parlementaires y sont
orientés par le choix du Président, hormis l’hypothèse de cohabitation. La deuxième catégorie
englobe des Etats comme la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, la Roumanie, la Croatie,
l’Italie du fait que ces Etats tolèrent des interventions ponctuelles ou plus régulières du Président
dans la conduite de la politique du pays, l’amenant parfois à rivaliser avec le Chef du gouvernement
mais jamais à le subalterner371. C’est surtout en période de crise constitutionnelle que le Chef de
l’Etat se dépouille de son rôle généralement honorifique pour trouver une issue appropriée devenant
du coup un acteur majeur dans la résolution de la crise politique. Il ne se limite plus à exercer la
« moral persuasion », mais détermine les voies de la sortie de crise et de la normalisation. Les
Présidents italiens exercent souvent ces prérogatives en matière de crise politique due principalement
à l’instabilité gouvernementale dont l’Italie présente des lustres372.

B. Le régime parlementaire rationalisé

Le régime parlementaire ne repose pas toujours sur cet équilibre indispensable entre l'exécutif et le
législatif. C'est un régime fluctuant qui, s’il n’est pas encadré, peut se transformer en régime
d'assemblée suite à la mainmise du Parlement sur la gestion des affaires politiques. L'exécutif devient

366 Pour de plus amples détails sur ces précisions, A. FAYE, « La Constitution de 1958 met-elle en œuvre un modèle de régime
parlementaire ? », in S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), Les modèles constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 152-177.
367 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, PUF, 2015, p. 202.
368 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,

2015, p. 21.
369 P. BRUNET, « Des causes et des effets de l’élection présidentielle au suffrage universel direct », in P. BRUNET, K. HASEGAWA

et H. YAMAMOTO (dir.), Rencontre franco-japonaise autour des transferts de concepts juridiques, Paris, Mare et Martin, 2014, pp.
143-165, spéc. à la p. 147.
370
Ph. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, op.cit., p. 198.
371 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,

2015, p. 21.
372 Frank LAFAILLE a étudié la nature du Chef de l’Etat italien. Voy. F. LAFAILLE, « Mythologie constitutionnelle : le Chef de

l’Etat, neutre gardien de la stabilité du régime parlementaire italien », RFDC, décembre 2016, n° 108, pp. 865-902.
70
dans le cadre du régime d’assemblée un commis du législatif. Il en résulte inévitablement une
instabilité ministérielle chronique compromettant le fonctionnement harmonieux des institutions de
l’Etat. Pour restaurer l'autorité du pouvoir exécutif, les constituants de l'après deuxième guerre
mondiale, suivant en cela celui de Weimar (1919-1933), ont procédé à une rationalisation du régime
parlementaire. En outre, l'emprise de plus en plus croissante des partis politiques dans la dynamique
étatique va considérablement affecter le paysage institutionnel du régime parlementaire.

Le régime parlementaire rationalisé est un concept forgé par le Doyen Boris Mirkine Guetzevitch
entre les deux guerres mondiales par référence au régime allemand de Weimar (1919-1933). La
rationalisation est apparue comme une réponse institutionnelle à l'instabilité ministérielle qui avait
cours dans les régimes parlementaires européens jusqu'au lendemain de la deuxième guerre
mondiale. Elle vise à renforcer l'autorité de l'exécutif en codifiant, dans le dispositif constitutionnel,
des mécanismes, artifices rendant difficile le renversement du gouvernement par l'Assemblée ou
faisant prévaloir, en dernier ressort, la volonté du pouvoir exécutif sur celle du pouvoir législatif dans
le processus normatif.

Les techniques de rationalisation du régime parlementaire sont nombreuses et variées. Elles ont trait,
entre autres, à la rationalisation des conditions de mise en jeu de la responsabilité politique du
gouvernement devant l'Assemblée, à la fixation de l'ordre du jour, à la délimitation des domaines de
la loi et du règlement, à la délégation du pouvoir législatif au gouvernement à travers le régime des
ordonnances ou aux irrecevabilités que peut soulever l'exécutif dans la procédure législative. La
motion de défiance constructive introduite en Allemagne depuis 1946 constitue un mécanisme
spécifique de rationalisation dans la mise en jeu de la responsabilité et concourant à la stabilité
gouvernementale. A travers ce mécanisme le parlement ne peut obliger le gouvernement à
démissionner qu’en adoptant une motion exprimant simultanément sa défiance envers le chancelier
en place et désignant son remplaçant373. Dans la pratique allemande, la motion de censure n’avait été
votée qu’une fois en 1982 consentant à Helmut KOHL de remplacer Helmut SCHMIDT. Ce
mécanisme de motion de censure constructive a été repris par la Constitution espagnole du 27
décembre 1978 à l’article 113 en le détaillant davantage 374. Ce mécanisme de censure constructive
est aussi en vigueur au Lesotho en tant que convention de la Constitution375.

Il convient, toutefois, de relever que la rationalisation n'est pas une panacée car elle peut ne pas
conduire aux effets voulus, surtout dans l'hypothèse d'une absence de majorité parlementaire.
Comme l’a bien relevé B. Mirkine-Guetzevitch cité par Stéphane Pinon, « la stabilité
gouvernementale n’est pas un problème constitutionnel, mais un problème politique. Les grands
partis organisés peuvent et doivent donner cette stabilité au régime parlementaire »376. En outre la
rationalisation n’est pas nécessairement instituée par le constituant ou le législateur. D’autres organes
peuvent concourir à la rationalisation des rapports entre les institutions politiques. C’est le cas des
juridictions constitutionnelles intervenant dans la résolution des conflits entre l’Exécutif et le

373D. BARANGER et A. LE DIVELLEC, « Régime parlementaire », M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international
de droit constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 159-193, spéc. pp. 162-165, spéc. p. 188 ; St.
PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier, 2015, p.
184.
374 L’art. 113 dispose : « 1. Le Congrès des députés peut mettre en jeu la responsabilité politique du Gouvernement en adoptant à la

majorité absolue une motion de censure. 2. La motion de censure devra être proposée au moins par le dixième des députés et elle devra
inclure le nom d’un candidat à la Présidence du Gouvernement. 3. La motion de censure ne pourra être votée avant l’expiration d’un
délai de cinq jours à partir de la date de son dépôt. Des motions alternatives pourront être présentées pendant les deux premiers jours.
4. Si la motion de censure n’est pas adoptée par le Congrès, ses signataires ne pourront pas en présenter une autre pendant la même
session ».
375 HOOLO NYANE, « Formation of a Government in Lesotho in the case of a hung Parliament”, Law, Democracy & Development,

Vol. 20, 2016, pp. 174-191, spéc. à la p. 189.


376 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,

2015, p.389.
71
législatif ou au sein de l’exécutif ou même à l’intérieur du Législatif. A titre indicatif la Haute Cour
constitutionnelle malgache, à travers ses décisions, notamment sur le versant des rapports entre les
institutions politiques, constitue un acteur clé de la rationalisation du régime politique malgache
caractérisé principalement par des phases d’instabilité politique 377.

C. Le régime parlementaire majoritaire et le régime parlementaire minoritaire

Selon Denis Baranger, la Grande-Bretagne connaît un parlementarisme à l’état pur autrement qualifié
de modèle Westminster qui permet à un parti ou à une coalition, grâce au système électoral
majoritaire, de disposer de la majorité absolue des sièges pour gouverner. Le parlementarisme
majoritaire dilué se décline de différentes manières, notamment par l’inclusion d’une certaine dose
de la représentation proportionnelle une majorité se dégage ; ou encore par le biais de modèles dits
consociatifs en cours en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche dont le propre consiste à mettre l’accent
sur la diversité des groupes qui composent le corps politique, et de viser à leur reconnaître une
capacité aussi grande que possible de participation au pouvoir. Le parlementarisme majoritaire
surdéterminé est illustré par la Vè République française dans laquelle le gouvernement compte sur
le fait majoritaire, c’est-à-dire, une situation dans laquelle un parti ou une coalition obtiennent la
majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale et soutiennent le même gouvernement ou du
moins la même tendance pendant toute la durée de la législature.378.

Le parlementarisme majoritaire apparaît comme la version contemporaine du régime parlementaire.


Il se fonde sur la logique majoritaire qui permet à un parti ou une coalition de partis de détenir la
majorité des sièges à la chambre élue du parlement et de contrôler le pouvoir d'Etat pendant toute la
durée de la législature. Dans le cadre du parlementarisme majoritaire, le parlement se transforme en
chambre d'enregistrement et d'approbation des projets de loi. Néanmoins, il reste une tribune où
l'opposition peut librement se faire entendre et, où les grandes thèses nationales peuvent s'affronter.
Evoquant l’expérience française du régime parlementaire du point de vue de l’influence du Parlement
sur le gouvernement, certains auteurs qualifient le parlementarisme français de « négatif », « en ce
qu'il limite, sur le plan tant des normes du droit de la Constitution que des pratiques convergentes du
système de gouvernement, les assemblées délibératives à un rôle essentiellement réactif à l'égard
de l'Exécutif »379.

Au regard de l’évolution du régime parlementaire majoritaire, le critère de séparation des pouvoirs


devient de moins en moins prégnant au profit de la fusion entre la fonction législative et
gouvernementale ou mieux de la domination de l’organe législatif par l’une des composantes de
l’exécutif. La confrontation se déplace et met aux prises le couple majorité/opposition sous
l’arbitrage des juridictions constitutionnelles380. Les droits et privilèges de l’opposition y occupent
une place de choix. Il convient par ailleurs de noter que même en Afrique, les nouvelles Constitutions
reconnaissent le statut de l’opposition qui est constitutionnellement garanti et complété par des lois
particulières. Toutefois l’effectivité de nombreuses dispositions y contenues demeure une gageure 381.

377Pour une lecture de la contribution de la jurisprudence de la Haute Cour constitutionnelle malgache à la rationalisation du régime
politique, voy. E. NGANGO YOUMBI, « Le juge constitutionnel et la rationalisation du régime politique malgache sous la IVè
République », RDP, 2017, n°4, p. 999.
378 D. BARANGER, « Théorie et pratique du principe de majorité dans les droits constitutionnels européens », Jus Politicum, n° 15,
2016.
379 A. LE DIVELLEC, « Vers la fin du parlementarisme négatif à la française ? Une problématique introductive à l’étude de la réforme

constitutionnelle de 2008-2009 », Jus Politicum, n° 6, 2011.


380
Pour plus de commentaires sur ce point, J-P. FELDAM, « La séparation des pouvoirs et le constitutionnalisme. Mythes et réalités
d’une doctrine et de ses critiques », RFDC, 2010/3, n° 83, pp. 483-496.
381 L’article 8 de la Constitution du 18 février 2006 dispose: « L’opposition politique est reconnue en République Démocratique du

Congo. Les droits liés à son existence, à ses activités et à sa lutte pour la conquête démocratique du pouvoir sont sacrés. Ils ne peuvent
subir de limites que celles imposées à tous les partis et activités politiques par la présente Constitution et la loi.
72
Le régime parlementaire britannique, modèle par excellence du régime parlementaire majoritaire
favorisé par le scrutin électoral majoritaire à un tour, est aussi appelé régime de cabinet. L’essentiel
des fonctions de décision appartient au gouvernement, qui a pour devoir de les exercer dans le respect
des libertés constitutionnelles. Les pouvoirs parlementaires sont relativement amoindris. Le
parlement constitue plutôt la caisse de résonnance de l’opposition. L’exemple type est la Grande
Bretagne. Dans le régime politique britannique, le leader du parti vainqueur devient le Premier
ministre et forme le gouvernement. Il est responsable devant la Chambre des Communes.
L’opposition quant à elle forme le Shadow Cabinet (cabinet fantôme ou contre-cabinet) qui a pour
vocation de faire des contre-propositions à celles du gouvernement.

Pour Seiler, cinq traits caractérisent le régime de cabinet : 1° L’écrasante majorité des lois est l’œuvre
du gouvernement. Dans l’acception juridique du terme, l’essentiel du pouvoir législatif revient au
gouvernement. Dans ce contexte, le parlement devient le lieu d’explication et de ratification ; 2° Sauf
crise majeure, le Cabinet est assuré de la confiance du parlement pendant toute la durée de la
législature ; 3° Une très forte concentration du pouvoir s’opère entre les mains du Premier ministre ;
4° Le parlement est le lieu symbolique majeur où s’exprime librement l’opposition. Celle-ci est
respectée ; 5° le bipartisme permet aux citoyens de choisir non seulement leurs représentants mais
aussi leur gouvernement382. Dans le système politique britannique, le cabinet est un ensemble formé
par le Premier ministre et ses principaux ministres alors que le gouvernement désigne un ensemble
plus vaste383.

Le parlement britannique est composé de deux chambres. D’une part la chambre basse appelée
Chambre des communes et d’autre part la Chambre haute appelée Chambre des lords. L’expression
« Chambre des communes » désigne la chambre qui représente les territoires qui ont acquis leur
pouvoir en l’arrachant aux rois absolutistes par la signature de la Magna carta en 1215. Cette
Chambre est composée de 650 députés et est élue pour cinq ans. La Chambre des Lords représente
le reliquat de la noblesse anglaise. Les Lords ont longtemps représenté les membres héréditaires
nobles, les pairs à vie, membres du clergé anglican. Jusqu’à la réforme de 2005 conférant une
compétence judiciaire à la Cour suprême, c’est cette chambre qui l’exerçait, en plus des compétences
législatives qui se sont effritées au fil des réformes législatives. A titre indicatif, le veto de cette
Chambre en matière budgétaire peut être surmonté par la Chambre des Communes384.

Le parlementarisme majoritaire est également pratiqué en Australie 385 , en Nouvelle-Zélande où


l’influence des institutions britanniques demeure prégnante386. Ces deux fédérations constituent une
monarchie constitutionnelle dont le Chef d’Etat, la reine, est le souverain héréditaire. Cependant,
l’Australie est souvent décrite comme étant une « République couronnée », à cause de la façon dont
le pouvoir s’exerce en pratique. En 1999, un projet d’amendement constitutionnel, qui a reçu une
grande publicité, a proposé de transformer l’Australie en République, par un référendum national qui
a échoué387. A noter que la reine d’Angleterre est représentée au Canada, en Nouvelle-Zélande et en

Une loi organique détermine le statut de l’opposition politique ». Cet article est complété par la loi n°07/008 du 04 décembre 2007
portant statut de l’opposition politique.
382 P. DELWIT, Introduction à la science politique. Troisième édition revue et augmentée, Bruxelles, Editions de l’Université de

Bruxelles, 2018, pp. 142-142.


383 O. NAY (dir.), Lexique de science politique, 4è éd., Paris, Dalloz, 2017, p. 55.

384 A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p.635.
385P. CARROZZA, A. Di GIOVINE et G.F. FERRARI (dir.), Diritto costituzionale comparato, Roma-Bari, Laterza, 2009, pp. 104-
126, spéc. P. 107.
386 A. GEDDIS, « Parliamentary Government in New Zealand: Lines of Continuity and moments of Change”, International Journal of

Constitutional Law, vol. 14, n° 1, 2016, pp. 99-118.


387 S. MURRAY, « L’avenir de l’Australie et de ses relations avec le Royaume-Uni : de la monarchie à la République ? », Pouvoirs,

n° 141, 2012, pp. 91-101, spéc. à la p. 91.


73
Australie par un Gouverneur général. En Australie, le pouvoir exécutif réside d’abord en la personne
de la reine d’Angleterre, s’exerce ensuite au travers de son représentant, le gouverneur général, avant
d’être dévolu aux représentants politiques nationaux. De même à la lecture de la section n° 1 de la
Constitution fédérale, le pouvoir législatif de la fédération du Commonwealth réside dans un
Parlement fédéral composé de la reine, du Sénat et de la Chambre des représentants 388.

Les modes de scrutins électoraux ne sont pas indifférents dans l’expression du parlementarisme
majoritaire. De manière indicative les scrutins majoritaires produisent généralement les effets d’un
parlementarisme majoritaire même si, par le biais des coalitions stables et homogènes, les Etats
recourant aux scrutins proportionnels peuvent aboutir au même résultat. Stéphane PINON constate
que sur le territoire de l’Union européenne, dix-neuf Etats ont adopté un scrutin à la représentation
proportionnelle pour l’élection des députés. La stabilité gouvernementale et l’alternance règnent pour
les deux tiers d’entre eux389. Par exemple, l’Italie, passant pour un régime parlementaire classique,
dépend en réalité étroitement de la configuration des partis politiques390.

Le régime parlementaire minoritaire constitue une exception car un gouvernement a besoin d’une
majorité parlementaire pour réaliser son programme. Dans certains Etats nordiques comme la
Norvège, la Suède et surtout le Danemark, il est possible qu’un gouvernement minoritaire puisse
exercer le pouvoir pendant une longue période selon la formule du parlementarisme négatif
impliquant que « les abstentions sont comptabilisées comme des marques de soutien au
gouvernement, y compris lors d’un vote de confiance. (…). Le Danemark peut ainsi se targuer d’un
quasi-record mondial en matière de formations minoritaires et, en raison du système proportionnel
et même les partis très dominants comme le SAP suédois n’ont pas toujours été en mesure de former
des cabinets majoritaires seuls »391.

Etudiant le parlementarisme scandinave que certains considèrent de parlementarisme original ou


négatif, Pierre Lalumière et André Demichel renseignent que les gouvernements minoritaires sont
sans doute les plus fréquents dans les régimes scandinaves. Le paradoxe que constituent, en régime
parlementaire, les gouvernements de minorité a été expliqué par la théorie du parlementarisme
négatif. Selon cette théorie, développée par M. Fusilier, les régimes scandinaves présentent une
originalité essentielle permettant l’existence des gouvernements minoritaires : les ministères
accèdent au pouvoir sans être tenus de solliciter un vote d’investiture, et y demeurent sans être obligés
d’obtenir des votes de confiance. Un gouvernement sans majorité pourra donc conserver le pouvoir
pendant fort longtemps et tant que l’opposition n’aura pas pris l’initiative d’un vote d’un vote de
défiance. Le parlementarisme scandinave est négatif parce que fondé sur l’absence de confiance 392.

Le régime parlementaire minoritaire constitue une exception. La règle du régime parlementaire,


depuis l’apparition des partis politiques, postule l’existence d’une majorité parlementaire soutenant
l’action gouvernementale. Si nous faisons abstraction des Etats nordiques dans lesquels les
gouvernements minoritaires peuvent prospérer, la pratique la plus généralisée du parlementarisme
contemporain réside dans le fait majoritaire, c’est-à-dire, le fait pour le gouvernement de disposer
d’une majorité stable et fidèle, sur laquelle il peut s’appuyer tout au long de son mandat 393.

388 Pour une analyse du fonctionnement du régime parlementaire australien, voy. TAMARA LAJOINIE, « Identité constitutionnelle
et démocratie en Australie », Pouvoirs, n° 141, 2012, pp. 17-28, spéc. à la p. 19.
389 St. PINON, op.cit., p. 12.
390 A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 646.
391 Y. AUCANTE, Les démocraties scandinaves. Des systèmes politiques exceptionnels ?, Paris, Armand Colin, 2013, pp. 112-113.
392
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, pp. 386-391.
393 J-F. KERLEO, “ Le fait majoritaire, chronique d’une mort annoncée ? », Jus Politicum, n° 18, Juillet 2017, pp. 337-354, spéc. à la

p. 338.
74
Pour terminer, le régime parlementaire, tel qu'il a été historiquement sécrété en Angleterre, ne
correspond plus à la réalité contemporaine. Les typologies classiques ne rendent plus compte de la
situation actuelle. Le régime parlementaire fonctionne de manière différente dans plusieurs Etats à
telle enseigne que son unité conceptuelle ne constitue qu’une pétition de principe. L’appellation
plurielle « régimes parlementaires » serait plus appropriée au regard du critère essentiel et de
principales caractéristiques réunissant les Etats qui se sont inspirés du régime parlementaire
britannique et qui l’ont adapté à leurs cultures et spécificités, indépendamment que ces Etats
constituent des monarchies parlementaires ou des républiques parlementaires. Dans cette dynamique
certains mécanismes qui étaient plus utilisés au cours de l’évolution du régime parlementaire tels que
les motions de censure, les questions de confiance, les dissolutions revêtent de nos jours une
importance secondaire ou sont consacrés dans les textes constitutionnels et dans la pratique sans
effectivité.

Notons par ailleurs qu’au regard de la domination du parlement par le gouvernement dans la plupart
des Etats se réclamant du régime parlementaire (presque tous les Etats membres de l’Union
européenne ont adopté ce régime) et du caractère émoussé des prérogatives du Parlement sur le
gouvernement, le temps n’est-il pas témoin pour concevoir autrement cette appellation du régime
parlementaire ? Dans une étude consacrée aux Etats européens, M-L. Basilien-Gainche estime que
la démocratie représentative telle qu’elle fonctionne actuellement en Europe, à cause de l’emprise
que le gouvernement exerce sur le parlement, peut-elle être qualifiée de gouvernementale 394. La
subordination, de facto, du parlement au gouvernement constitue l’un des dénominateurs communs
du régime parlementaire contemporain. A titre indicatif, étudiant les 60 ans de la Constitution
française et en se consacrant à la place du parlement français, Hugues Portelli évoque la
subordination parlementaire tout au long de ce parcours 395. Cette évidence est soulignée aussi en
Grande-Bretagne où, nonobstant la prégnance du principe de la souveraineté parlementaire, le
parlement est dominé par le Premier ministre qui est également l’autorité de la majorité
parlementaire.

Dans certains régimes parlementaires, le Premier ministre n’était pas l’émanation du Parlement mais
tenait sa légitimité de l’élection directe populaire concomitamment avec celle des membres du
parlement. Cette élection directe du Premier ministre était en vigueur en Israël entre 1992 et 2001.
Le rapport de confiance entre le gouvernement guidé par le Premier ministre et le parlement (la
Knesset) permettait, nonobstant cette double légitimité populaire, d’ancrer le régime israélien dans
le parlementarisme, par ailleurs fortement proportionnel. Dans d’autres Etats pratiquant le régime
parlementaire le Premier ministre n’y figure pas et c’est le Chef de l’Etat qui est en même temps
Chef du gouvernement. L’Afrique du Sud en constitue une illustration.

René Capitant distinguait dès le début du XXè siècle et suivant l’évolution, trois types de régimes
parlementaires partant de prérogatives du monarque ou du président. Il s’agit.
1°) du parlementarisme orléaniste dans lequel le Chef d’Etat jouit encore de prérogatives puissantes
lui permettant d’intervenir efficacement dans la vie politique ;
2°) Le parlementarisme occidental dans lequel le Chef d’Etat a complètement cessé d’être le Chef
de l’Exécutif bien qu’il en garde le titre. Son rôle peut encore être utile, mais son influence n’est plus
guère que morale. Ce parlementarisme fonctionne en Angleterre.

394 M-L. BASILIEN-GAINCHE, « Le modèle européen de démocratie parlementaire serait-il gouvernemental ? », RDP. 2009, n° 3,
pp. 877 et s.
395 H. PORTELLI, « Soixante ans de subordination parlementaire », Pouvoirs, 2018, n° 166, pp. 69-80.

75
3°) Le parlementarisme prussien est celui dans lequel le Chef d’Etat a disparu ; deux organes se
trouvent seulement en présence, le Parlement et le cabinet responsable. Ce parlementarisme a été
organisé dans divers pays allemands par les Constitutions d’Après-guerre396.

Le régime parlementaire fonctionne de manière différente selon les Etats et subit l’influence de
plusieurs variables telles que le système de partis, l’alternance, la culture politique à telle enseigne
qu’il serait approprié d’évoquer l’existence des régimes parlementaires. Pierre Lalumière et André
Demichel soulignent cette évidence : « Entre les différents régimes qualifiés de parlementaires, les
différences de fonctionnement sont telles que l’unité conceptuelle de cette qualification paraît ne plus
avoir aucun fondement tangible397.

La Russie est traditionnellement classée dans la catégorie d’Etats ayant adopté la séparation souple
des pouvoirs en raison des pouvoirs croisés de dissolution et de mise en jeu de la responsabilité, le
rôle de l’administration présidentielle insère un élément de rigidité dans la séparation des pouvoirs.
Toutefois le système constitutionnel russe ne prévoit pas expressément la place du Président dans la
division tripartite des pouvoirs. Formellement il n’appartient pas au pouvoir exécutif dévolu au
gouvernement qui en est l’organe supérieur. Le Président entretient des rapports étroits avec
l’Exécutif soit directement, soit par l’intermédiaire de l’administration présidentielle. Il oriente, dirige
et contrôle l’exercice du pouvoir exécutif. Il existe ainsi une dyarchie dans l’exercice du pouvoir
exécutif même si le cadre constitutionnel ne précise pas les rôles respectifs398. Antoine Gazano classe
le régime russe au sein des régimes présidentiels. Cette classification est contestable, car non
seulement le Président peut dissoudre le Parlement s’il rejette par trois votes successifs les candidats
au poste de Premier ministre, mais aussi parce que le gouvernement est politiquement responsable
devant la Douma qui peut le censurer. Ce n’est pas le fait pour le gouvernement et son chef le Premier
ministre d’être entièrement subordonnés à la volonté du Président qui peut changer la nature du
régime politique comme peut l’insinuer Antoine Gazano399.

Le nombre de partis politiques influe aussi sur le fonctionnement des régimes parlementaires. Pierre
Lalumière et André Demichel proposent de classer les régimes parlementaires moins d’après les
dispositions de leurs constitutions que d’après le système de partis auxquels ils se rattachent. Dans
les régimes parlementaires européens, on peut constater l’existence de plusieurs systèmes de partis :
multipartisme, bipartisme ou parti dominant. En raison de ces différences partisanes, il existe non pas
un parlementarisme comme dans les régimes censitaires, mais des parlementarismes. La nature du
régime parlementaire subsiste au milieu de ces diversités.

Ils distinguent à ce sujet le parlementarisme à la française d’une part et le parlementarisme à


l’anglaise. Le parlementarisme à la française se définit essentiellement par le multipartisme
(l’existence de plus de deux partis et, en pratique, de six à dix partis). Aucun de ces partis n’a la
vocation majoritaire. Le parlementarisme à l’anglaise repose essentiellement sur un système de partis
spécifique. La grande caractéristique de ce régime est l’existence soit d’un bipartisme, soit d’un parti
dominant à vocation majoritaire400.

396R. CAPITANT, « Régimes parlementaires », in Mélanges Carré de Malberg. Faculté de Droit et des Sciences politiques de
Strasbourg, 133, réimpression, Paris, Edouard Duchemin, 1977 consulté sur gallica.bnf.fr le 28 février 2022, pp. 31-57.

397
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p. 16.
398
K. BECHET-GOLOVKO, « La dyarchie de l’Exécutif en Russie », Revue du droit Public, 2013, n° 2, p. 329 et s.
399
A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Forme de l’Etat. Forme du gouvernement. Organisation des pouvoirs publics. Système
partisan, Paris, Gualino Lextenso, 2021, p.34 et s.
400
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, pp. 62-73.
76
La consistance des partis politiques et leur influence déterminante dans la gestion du pouvoir peuvent
donner lieu à la partitocratie. L’Italie en offre l’illustration bien qu’elle demeure un Etat ayant adopté
le régime parlementaire. Partitocratie vient de l’italien Partitocrazia. Dans un système
partitocratique, l’essentiel du pouvoir politique appartient aux directions de partis. Plusieurs éléments
caractérisent la partitocratie. L’essentiel du pouvoir appartient au gouvernement. Mais celui-ci
l’exerce sur la base d’accords conclus entre les partis qui sont membres de la majorité, en particulier
l’accord du gouvernement, conclu en début de législature. Les gouvernements partitocratiques ont,
ou plus exactement avaient, une tendance à l’instabilité mais ils ne tombent pas sur un vote de
défiance de l’assemblée. La discipline des groupes parlementaires est en général très forte. Il y a une
forte concentration des pouvoirs au profit des appareils de partis. Ce sont les partis qui ont
véritablement droit de vie ou de mort sur les gouvernements. Les régimes les plus souvent évoqués
comme partitocratiques sont la Belgique et l’Italie401.

Pour Pierre Lalumière et André Demichel, le régime parlementaire n’est concevable que dans
certaines nations privilégiées car il trouve son terrain d’élection dans des pays hautement développés
sur les plans économique et intellectuel. La compréhension de ses mécanismes exige un niveau de
formation politique déjà élevé ; son fonctionnement dépend de règles subtiles telles que la
représentation, la loi de la majorité, le respect de l’opposition. Chaque fois que son extension a été
réalisée de façon arbitraire dans des pays moins développés et sans tradition libérale (Europe
orientale entre les deux guerres, tiers Monde après la seconde guerre mondiale), il n’a presque jamais
réussi à prendre racine402.

Ces considérations sont discutables, non seulement parce que le régime parlementaire est susceptible
d’exportation et d’adaptation, mais aussi il ne saurait se limiter à l’expérience des Etats européens
ayant des institutions comparables, des idéologies et des fondements sociologiques proches. Tout est
question des critères retenus pour l’identification du régime parlementaire. Les composantes
sociologiques ne constituent que des éléments permettant de mieux comprendre l’évolution du
régime parlementaire dans les Etats européens et ne sont pas indispensables à son identification.

La pratique du parlementarisme offre un tableau sur lequel peuvent être dessinés différents modèles
de régime parlementaire : le modèle de Westminster. C’est le système parlementaire classique,
composé d’un monarque, d’une Chambre basse, d’un droit de dissolution, marqué par la primauté de
règles coutumières. Le modèle allemand ou de Bonn se distingue traditionnellement par sa
rationalisation habile, et notamment sa motion de défiance constructive. Le modèle scandinave est
caractérisé par la confiance présumée que détiendrait le gouvernement. Un gouvernement soutenu
par une minorité peut fonctionner tant qu’il ne réunit pas une majorité de parlementaires contre lui 403.
Y. AUCANTE ajoute à propos de monarchies nordiques que « les gouvernements des pays nordiques
obéissent généralement à la forme parlementaire, au sens où ils sont issus de l’assemblée et tolérés
par celle-ci selon une doctrine tacite de parlementarisme négatif : ceci implique que les abstentions
sont comptabilisées comme des marques de soutien au gouvernement, y compris lors d’un vote de
confiance »404.

Nous pouvons y ajouter deux autres modèles : le modèle français caractérisé notamment par l’élection
du Chef de l’Etat au suffrage universel direct et doté de pouvoirs d’orientation 405 et le modèle de

401 P. DELWIT, op.cit., p. 144.


402
P. LALUMIERE et A. DEMICHEL, Les régimes parlementaires européens. 2 è éd., Paris, PUF, 1978, p.93.
403 Ces trois modèles sont puisés dans A. FAYE, « La Constitution de 1958 met-elle en œuvre un modèle de régime parlementaire ? »,

in S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), Les modèles constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 153-177, spéc. à la p. 157 et
s.
404 Y. AUCANTE, Les démocraties scandinaves. Des systèmes politiques exceptionnels ?, Paris, Armand Colin, 2013, p. 112.
405 La France, plusieurs Etats de l’Afrique francophone et certains Etats de l’Europe de l’Est. Ce modèle relève de ce qui est autrement

qualifié de « régime semi-présidentiel ».


77
l’Afrique australe dont le trait essentiel résulte de l’absence du Premier ministre et de l’élection du
Chef de l’Etat au suffrage universel direct406. L’Exécutif dans ce dernier modèle ressemble à celui
américain. Le régime parlementaire sud-africain a été qualifié d’original fondé sur la recherche de
l’équilibre en empruntant à la fois à la tradition de Westminster et à la rationalisation des pouvoirs
notamment en utilisant le pilier des provinces et des contre-pouvoirs forts à l’instar des autorités
administratives indépendantes et même d’un défenseur de droits, le Public Protector407. C’est à tort,
que certains auteurs considèrent que l’Afrique du Sud a adopté le régime présidentiel408.

La Constitution namibienne du 12 mars 1990 dessine un parlementarisme sui generis dans lequel le
Président de la République est Chef d’Etat et chef du gouvernement. Il est partie intégrante du
gouvernement. Le Premier ministre qu’il nomme défend ou conduit les affaires du gouvernement au
sein du Parlement. Le Premier ministre coordonne les activités du cabinet, conseille et assiste le
Président dans l’exécution des fonctions gouvernementales. Il est, avec les autres ministres,
responsable aussi bien devant le Parlement que le Président de la République. Pour certains auteurs,
la Constitution de Namibie précitée instaure un vrai régime semi-présidentiel409.

Jean-Louis Quermonne distingue trois régimes de type parlementaire : le modèle de Westminster, le


parlementarisme rationalisé et la variante du régime semi-présidentiel. Le modèle de Westminster
fait figure du parlementarisme à l’état pur. Ce parlementarisme a évolué. L’essence du
parlementarisme se manifeste aujourd’hui au Royaume-Uni, à travers le dialogue permanent
qu’entretient l’activité parlementaire entre la majorité et l’opposition. Or, un tel contrôle se traduit
beaucoup moins par la censure du gouvernement. Il se matérialise davantage à travers les questions
écrites et orales des députés, l’investigation des commissions de contrôle et les débats imposés par
l’opposition, et parfois même par sa majorité au gouvernement.

Le parlementarisme rationnalisé. L’expression rationalisation s’applique aux régimes parlementaires


issus de Constitutions dont les auteurs ont cherché à pallier les insuffisances du système de partis à
l’aide des mécanismes institutionnels. Le parlementarisme rationalisé se présente sous plusieurs
versions. L’effort de rationalisation peut s’appliquer au processus législatif. C’est le cas de l’Italie
avec l’élaboration et l’adoption des lois au sein des commissions parlementaires ou de l’Espagne par
le biais des décrets-lois. Cet effort peut aussi consister dans l’encadrement de la mise en œuvre de
la responsabilité politique du gouvernement. C’est le cas de l’Allemagne.

Le régime semi-présidentiel qui tend à se muer en système semi-parlementaire. L’on vise ici le
fonctionnement des institutions autrichiennes, irlandaises et islandaises malgré l’élection du
Président de la République au suffrage universel. Le Portugal et la Finlande sont aussi concernés 410.

C’est au regard de l’évolution du régime parlementaire que Dominique Chagnollaud estime qu’il n’y
a pas, en clair, un régime parlementaire, mais des régimes parlementaires dont la forme a évolué avec
le temps 411 . Comme l’ont souligné Anne-Charlène Bezzina et Michel Verpeaux, les régimes
parlementaires sont loin de recouvrir une réalité uniforme. Ils sont traditionnellement définis par
référence à la Grande-Bretagne comme des régimes de séparation souple des pouvoirs. En bref, le
régime parlementaire se définit par un élément de régime immuable qui consiste à découvrir dans le
texte constitutionnel des moyens de renversement mutuels des pouvoirs relativement asymétriques.
La Chambre basse peut renverser le gouvernement mais celui-ci ne dispose pas directement du
406 Afrique du Sud, Namibie, Botswana, Ile Maurice.
407
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 676.
408
J. OWONA, Droits constitutionnels et institutions politiques du monde contemporain. Etude comparative. Paris, L’Harmattan,
2010, p. 699. Pour lui, les organes constitutionnels présentent un triptyque traditionnel du régime présidentiel.
409 B. CHANTEBOUT, « La Constitution namibienne du 9 février 1990, enfin un vrai régime semi-présidentiel ! », RFDC, n° 3, 1990.
410 J.-L. QUERMONNE, Les régimes politiques occidentaux. 5 è éd. mise à jour, Paris, Editions du Seuil, 2006, pp. 156-159.
411 D. CHAGNOLLAUD, Le Droit constitutionnel contemporain, 7 è éd., Paris, Dalloz, 2013, p. 137.

78
pouvoir de dissoudre la chambre : il doit pour cela requérir l’assentiment du Président ou du
monarque412. Le régime parlementaire peut se transformer ou dégénérer en régime d’assemblée ou
régime conventionnel.

3.6 Le régime d’assemblée et/ou de confusion des pouvoirs

Par régime d’assemblée, il faudrait entendre celui dans lequel l’exercice du pouvoir d’Etat est
concentré par un seul organe constitué. Dans ce régime il n’existe pas de séparation des pouvoirs ni
d’indépendance d’un organe sur un autre. La confusion peut se réaliser en faveur de l’exécutif ou du
législatif. Dans le premier cas, elle conduit au présidentialisme et dans le second au régime
d’assemblée413. Nous allons nous limiter à évoquer sous ce paragraphe le régime d’assemblée dans
la mesure où le présidentialisme sera traité à la suite du régime présidentiel. Le régime d’assemblée
est celui au sein duquel le parlement assure une double prépondérance, organique et fonctionnelle,
sur le gouvernement qui est, régulièrement, soumis aux caprices des assemblées sans avoir la
moindre possibilité de démissionner ni de les déstabiliser. Dans un tel régime, le gouvernement
apparaît comme un simple organe d’exécution de la volonté parlementaire. Ce régime conduit à
l’instabilité du gouvernement414. Toutefois la qualification de régime d’assemblée peut se référer,
non pas à la forme de gouvernement, mais plutôt à un régime dans lequel le gouvernement ne réussit
pas à gérer l’activité législative du Parlement de manière à obtenir l’approbation des mesures
nécessaires à la réalisation de son programme malgré l’existence du rapport de confiance entre les
deux organes415. L’on oppose parfois le régime d’assemblée au régime parlementaire rationnalisé.

Ce régime ne fait pas l’unanimité dans la doctrine et les cas topiques pour son application à travers
l’histoire sont peu nombreux. L’utilité scientifique du régime d’assemblée est aussi questionnée.
Certains le rattachent aux régimes de séparation des pouvoirs alors que d’autres à ceux de confusion
des pouvoirs. Les critères sont subjectifs et la doctrine n’est pas concordante. Les auteurs s’accordent
sur un dénominateur commun : la domination de l’exécutif par le Parlement. Cependant la substance
de cette domination est aussi subjective selon les auteurs : l’absence de Chef de l’Etat irresponsable,
la nomination directe des ministres par le Parlement ; le pouvoir de révocation du gouvernement ;
l’absence de droit de dissolution ; l’impossibilité pour le gouvernement de poser la question de
confiance. Au fait cette notion de régime d’assemblée, rarement utilisée aujourd’hui comporte un
aspect péjoratif416. Le régime d’assemblée constituerait une variante ou une corruption du régime
parlementaire. Partant de discussions académiques et politiques françaises, le régime parlementaire
serait différent du régime d’assemblée du fait que dans le premier le gouvernement peut lui-même
poser la question de confiance et s’en servir ainsi comme moyen de pression sur les députés. Dans
le régime d’assemblée, par contre, c’est le Parlement seul qui peut prendre l’initiative d’un vote de
défiance417.

Gilles Toulemonde range le régime d’assemblée parmi les régimes de confusion des pouvoirs.
L’assemblée y est plus puissante. Il ne saurait exister deux assemblées législatives ; il n’ y en a au
contraire qu’une seule (parlement monocaméral). Cette Assemblée ne pourra absolument pas être

412
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p.633.
413 J.-L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, Louvain-la-Neuve, Academia L’Harmattan, 2013, p. 237.
414 J.-L. ESAMBO KANGASHE, op.cit., p. 237.
415 A. PIZZORUSSO, « Parlementarisme et régime d’assemblée en France et en Italie », in Mélanges Philippe Ardant. Droit et politique

à la croisée des cultures, Paris, LGDJ, 1999, pp. 21-26, spéc. à la p. 23. Pour l’auteur, les expériences de régime parlementaire (celle
de la France jusqu’en 1958 et celle de l’Italie durant l’hégémonie démocrate-chrétienne) justifient la qualification de régime
d’assemblée.
416 Pour des commentaires sur l’inutilité scientifique du régime d’assemblée, ses origines ainsi que ses controverses, voy. A le

PILLOUER, « La notion de régime d’assemblée et les organes de la classification des régimes politiques », RFDC, 2004/2, n° 58, pp.
305-333.
417 M. DUVERGER, La VI è République et le régime présidentiel, Paris, Fayard, 1961, p. 43.

79
dissoute. Le pouvoir exécutif est dépourvu de toute autonomie car il est sous la coupe de l’Assemblée
et dépend très étroitement d’elle. L’Exécutif procède de l’Assemblée traduit l’idée selon laquelle
c’est l’Assemblée qui fait naître et qui peut le changer à n’importe quel moment, selon son bon
vouloir418.

En bref, dans le régime d’assemblée, le gouvernement est étroitement contrôlé par les représentants
des groupes politiques de la majorité. Il est réduit au rôle de commission exécutive de la chambre. Il
demeure politiquement responsable et conserve la liberté de se retirer en posant la question de
confiance419.

Cependant, la confusion des pouvoirs peut se réaliser dans d’autres Etats sans nécessairement
invoquer le régime d’assemblée. C’est plus le régime de confusion des pouvoirs qui conviendrait le
mieux pour caractériser ce régime. La Loi fondamentale de l’Etat de la Cité du Vatican, telle qu’en
vigueur depuis le 22 février 2001, ne correspond ni au présidentialisme et encore moins au régime
d’assemblée. Elle consacre un régime politique de confusion ou concentration à travers la plénitude
du pouvoir reconnu au Pape (Souverain Pontife) 420 . Dans certaines monarchies du Golfe, la
confusion des pouvoirs est réunie dans le chef des monarques. A titre d’exemple, en Arabie saoudite,
le roi est chef de l’Etat, Chef du gouvernement. Il nomme ses ministres qui sont en grande partie
membres de la famille royale. Il existe une assemblée consultative composée de 150 membres
nommés par le monarque pour un mandat de quatre ans. Les partis politiques n’y fonctionnent pas.
Pour un commentateur, il s’agit d’une confusion totale des pouvoirs421.

418 G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 60.
419
Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p. 201.
420 L’article 1er, al.1 de la loi fondamentale dispose: « . Le Souverain Pontife, souverain de l'État de la Cité du Vatican, a la plénitude

des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire». Pour un approfondissement sur le régime politique de l’Etat de la Cité du Vatican, voy.
E. POULAT, « la monarchie pontificale et le pouvoir du pape », Pouvoirs, n° 17, 1981, pp. 37-50.
421 E. MINNEGHEER, « Justice et libertés dans les émirats et monarchies du Golfe », Pouvoirs, n° 152, 2015, pp. 99-106.

80
CHAPITRE QUATRIEME : LE REGIME PRESIDENTIEL

1. Contexte et émergence du régime présidentiel

Contrairement au régime parlementaire qui est le résultat d'une évolution historique, empirique, le
régime présidentiel est une construction des pères-fondateurs de la Constitution des Etats-Unis
d'Amérique adoptée par la Convention de Philadelphie du 17 septembre 1787 et entrée en vigueur
en 1789. L’expression « régime présidentiel » serait entrée dans la littérature juridique à partir de
1949 dans le Manuel de Droit constitutionnel du Doyen Georges VEDEL pour qualifier le régime
inventé et pratiqué aux Etats-Unis.

Certains auteurs (Walter BAGEHOT, Léon DUGUIT, Maurice HAURIOU) utilisaient l’expression
« gouvernement présidentiel » aux fins de rendre compte de la même réalité. Aujourd’hui,
principalement dans la littérature juridique francophone, l’expression « régime présidentiel »
emporte les suffrages. Francis HAMON et Michel TROPER notent à ce propos : « Pour rendre
compte du système constitutionnel américain, la doctrine a inventé une catégorie nouvelle, le régime
présidentiel. A vrai dire, le système américain est le seul membre de cette classe, de sorte que
lorsqu’on veut analyser le système présidentiel, c’est le système constitutionnel des Etats-Unis que
l’on décrit » 422 . La doctrine européenne, notamment française, estime généralement que la
Constitution américaine réalise une séparation rigide des pouvoirs, puisque le Président ne peut
dissoudre les Chambres et que les ministres ne sont pas politiquement responsables. Cette conception
est nuancée ou relativisée par Francis HAMON et Michel TROPER. Pour ces derniers, cette
séparation ne signifie ni que les organes soient spécialisés, ni qu’ils soient dépourvus de moyens
d’influence réciproques. Les auteurs américains considèrent que la séparation des pouvoirs n’est
nullement rigide et ils caractérisent leur Constitution comme un système de collaboration des
pouvoirs et d’équilibres multiples (Checks and balances)423.

Le régime présidentiel s'est établi aux Etats-Unis pour des motifs empiriques. La qualification de
régime présidentiel se réfère à la forme de l’exécutif et non à une conception de primauté
présidentielle sur les organes parlementaires424. Une autre qualification de ce régime est possible.
Tenant compte de pouvoirs importants dont dispose le congrès américain, notamment la possibilité
de destituer le Président à l’issue du processus d’impeachment, certains auteurs préfèrent qualifier le
régime américain de régime « congressionnel »425.

L'aversion du modèle colonial britannique, la préservation des libertés fondamentales et la


sauvegarde de la structure fédérale avaient amené le constituant de Philadelphie à instaurer une autre
forme de séparation des pouvoirs mettant l'exécutif et le législatif sur le même pied. Les légitimités
étant égales et les niveaux de responsabilités les mêmes, il est dès lors tout à fait logique que le
Président de la République incarne le pouvoir exécutif. Il n'est pas seulement Chef de l'exécutif mais
il est l'exécutif à lui tout seul. Le Président de la République ne partage pas l'exécutif.

Le gouvernement, en tant qu'institution collégiale et solidaire n'existe pas dans un régime


présidentiel. S'il s'appuie sur un cabinet composé de ministres, ces derniers ne sont que ses assistants
qu'il choisit et révoque discrétionnairement. Il nomme aux hauts emplois civils ou militaires, signe

422 F. HAMON et M. TROPER, Droit constitutionnel, 40 è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 271.
423 F. HAMON et M. TROPER, Droit constitutionnel, 40 é éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 272.
424 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p.207.
425
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, 575.
81
les décrets, négocie et signe les traités internationaux. Il détermine la politique de la nation qu'il met
en œuvre avec le soutien de son cabinet. Il est politiquement irresponsable devant le Congrès sauf en
cas d'impeachment qui est un mécanisme d'engagement de la responsabilité pénale du Président de
la République.

2. Les traits caractéristiques du régime présidentiel

Le régime présidentiel est caractérisé par une séparation rigide des pouvoirs exécutif et législatif. En
d’autres termes, le régime présidentiel est défini par la stricte séparation des pouvoirs. Il se reconnaît
à leur irrévocabilité mutuelle426. Ces deux pouvoirs distingués procèdent tous d'une même légitimité
populaire et démocratique: le suffrage universel. Ce dernier peut être direct ou indirect 427. La marque
essentielle de ce régime est l’irrévocabilité réciproque des organes qui se traduit par l’absence de la
responsabilité politique du gouvernement et l’inexistence du droit de dissolution. Cette séparation
rigide des pouvoirs ne postule pas l’indifférence entre l’Exécutif et le Législatif qui sont appelés à
collaborer. Cette collaboration peut être inscrite dans la Constitution ou elle peut résulter de la
pratique 428 . Le Président américain incarne le pouvoir exécutif alors que le Congrès incarne le
pouvoir législatif. Le président américain est élu selon une procédure particulière.

A. L’élection et les modalités d’élection du Président américain

L’élection du Président au suffrage universel a été progressivement considérée comme le critère essentiel
du régime présidentiel. Aux Etats-Unis, le Président est élu indirectement par un collège constitué de
538 grands électeurs selon une procédure complexe dont les traits saillants sont résumés par Philippe
LAUVAUX et Armel LE DIVELLEC. Il est élu sur un « ticket » présidentiel avec son Vice. Le collège
comprend 538 électeurs correspondant aux 435 représentants, aux 100 sénateurs et aux trois électeurs
du district de Columbia. Conformément à la loi fédérale, les électeurs sont eux-mêmes élus le mardi qui
suit le premier lundi de novembre. Ils ne peuvent être membres du Congrès ni fonctionnaires fédéraux.
Ils sont élus dans la quasi-totalité des Etats au scrutin majoritaire de liste à un seul tour. C’est la règle
dite Unit rule, ou encore Winner-take-all : la liste qui obtient la majorité, même relative est élue en son
entier. Dès qu’une majorité de 538 électeurs, soit au moins 270 a été élue en faveur d’un candidat, le
nom du futur président est connu et il est partout considéré comme élu. En droit, son élection n’est
cependant acquise qu’après que les électeurs présidentiels aient voté, ce qu’ils font lorsqu’ils se
réunissent, le lundi suivant le deuxième mercredi de décembre, dans la capitale de leur Etat 429. Dans
l’hypothèse où aucun candidat n’obtiendrait la majorité absolue des grands électeurs, le Président est
choisi par la Chambre des représentants parmi les trois meilleurs candidats ayant obtenu plus de voix.
Tel fut le cas pour Thomas Jefferson en 1800 et pour John Quincy Adams en 1824 430.

Le Président est élu sous un ticket avec le Vice-Président. Ils sont ensuite investis le 20 janvier suivant
au capitole. Pour se présenter à l’élection présidentielle le candidat doit être âgé de 35 ans et être citoyen
américain de naissance et résider sur le territoire des Etats-Unis depuis quatorze ans. L’élection est
préparée par les deux grands partis politiques (les Républicains et les Démocrates) à travers des
conventions aux cours desquelles sont désignés les candidats de deux grands partis politiques précités.
Ces conventions sont l’aboutissement d’un processus des primaires organisées par chacun de ces deux
grands partis politiques pour choisir parmi les différents candidats internes aux partis celui dont la

426O. DUHAMEL, Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Le Seuil, 2009, p. 227.
427 En Afrique, le Bénin, le Congo-Brazzaville et le Nigeria ont adopté le suffrage universel direct pour l’élection du Président de la
République. La nouvelle Constitution du Congo adoptée par voie référendaire le 25 octobre 2015 renonce au régime présidentiel en
instaurant un régime parlementaire rationalisé.
428 G. GONDOUIN, “ Propos sur la France et le régime présidentiel”, Revue du Droit public, n° 2, 1998, pp. 373-407, spéc. à la p. 374.
429 PH. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème éd., Paris, PUF, 2015, pp. 315-320.
430 J. MEKHANTAR, op.cit., p. 247 et s.

82
candidature s’imposera sur les autres. Les primaires peuvent être ouvertes ou fermées. Elles sont
ouvertes lorsque n’importe quel citoyen peut voter. Elles sont fermées lorsque ne sont autorisés à y
participer que les seuls électeurs affiliés au Parti concerné. Des modalités particulières des primaires
peuvent aussi être organisées. Il s’agit des primaires semi-ouvertes également appelées « primaires
modifiées ». Dans cette hypothèse tout le monde peut s’exprimer, mais chaque votant ne peut voter qu’à
une seule primaire soit la démocrate soit la républicaine étant donné l’impossibilité de participer aux
deux scrutins431.

Le choix de confier l’élection du Président américain aux grands électeurs procédait d’une option
délibérée. En effet le projet d’une élection directe par les citoyens avait été refusé tout comme l’idée de
nomination par le congrès432. Pierre ROSANVALLON constate par ailleurs que le système des grands
électeurs conduit progressivement à des effets quasi équivalents à ceux d’une élection directe au suffrage
universel433. Cette nuance est de taille dans la mesure où une distorsion est possible entre la majorité
fédérale (le nombre des grands électeurs) et la majorité populaire ou démocratique. En d’autres termes,
un Président légitimement désigné par le vote du collège électoral peut être minoritaire en termes des
suffrages exprimés par les électeurs. Dans l’histoire américaine, quatre Présidents ont été désignés alors
que du point de vue de l’ensemble des voix exprimées par l’électorat ils étaient minoritaires 434. Donald
TRUMP, fort du collège électoral composé de 306 grands électeurs républicains contre 232 des
démocrates pour Hillary CLINTON, a été devancé par cette dernière de 2.868.691 voix exprimées435.
Une autre distorsion a été observée lors du vote du 19 décembre 2016 du Président des Etats-Unis par
les grands électeurs, car c’est ce vote qui constitue juridiquement l’expression ou la manifestation de la
désignation du Président même si ce vote est symboliquement acquis dès la désignation des grands
électeurs proposés par les partis politiques et élus dans les 48 Etats selon la règle de Winner-Takes-All.
En principe les grands électeurs sont tenus de confirmer le choix du candidat pour lequel ils ont été élus.

Etant donné qu’il appartient aux Etats d’adopter la législation électorale relative aux grands électeurs,
Arnaud COUTANT nous renseigne que sur les 50 Etats américains, 30 ont adopté une législation
obligeant le grand électeur à voter pour le candidat issu de son parti. Certains d’entre eux prévoient des
sanctions lorsque le grand électeur décide de ne pas voter pour la personne prévue. Ces sanctions peuvent
consister en l’annulation du vote, en remplacement du grand électeur concerné, en des poursuites pénales
ou en des sanctions pécuniaires. Le 19 décembre 2016, sur les 306 grands électeurs désignés pour Donald
TRUMP, seulement 304 ont voté en faveur alors que pour Hillary CLINTON, créditée de 232 grands
électeurs, s’est contentée de 227 grands électeurs du fait que 5 ont refusé de voter en sa faveur. La règle
« The Winner takes all » pour l’élection de grands électeurs adoptée dans 48 Etats sur les 50 est souvent
la cible des critiques Ce système des grands électeurs a été critiqué. Certains projets de révision prônant
le recours au mode proportionnel pour la désignation des grands électeurs ont été promus sans succès 436.
Le Président exerce un mandat dont le nombre initialement indéterminé a été précisé par une coutume
constitutionnelle jusqu’à l’intégration de celle-ci dans la Constitution par le bais des amendements
constitutionnels.

431 J. MEKHANTAR, op.cit., p. 282.


432 P. ROSANVALLON, Le bon gouvernement, Paris, Editions du Seuil, 2015, p. 140.
433 P. ROSANVALLON, op.cit., p. 141. Il arrive de fois que le Président élu avec ce système de grands électeurs ne soit pas majoritaire

en nombre de voix. Ce fut notamment le cas de Georges W.BUSH en 2000 et Donald TRUMP en 2016. Pour une lecture sur le processus
de désignation des candidats à l’élection présidentielle aux Etats-Unis, F. DURPAIRE et H. HARTER, « La désignation des candidats
à la présidence des Etats-Unis : un processus complexe », Pouvoirs, n° 126, 2008, pp. 157-164.
434
C’était el cas en 1876, 1888, 2000 et 2016.
435 Pour une analyse de l’élection présidentielle américaine du 8 novembre 2016, A. COUTANT, « Fédération ou démocratie aux Etats-

Unis : Trump un nouveau Président minoritaire », RFDC, 2017/3, n° 111, pp. 601-620.
436 Pour plus de détails sur cette question, A. COUTANT, « Fédération ou démocratie aux Etats-Unis : Trump un nouveau Président

minoritaire », RFDC, 2017/3, n° 111, pp. 601-620.


83
B. Mandat du Président américain

Le Président exerce un mandat de quatre ans. Il n’est rééligible qu’une fois. Le 22 è amendement entré
en vigueur en 1951 cristallise une coutume constitutionnelle instituée par le Premier Président des Etats-
Unis Georges Washington, une coutume observée par tous ses successeurs qui se sont abstenus de
briguer un troisième mandat jusqu’à la violation de cette coutume par Franklin Roosevelt qui fut réélu
quatre fois entre 1932 et 1945. En vertu de l’amendement XX du 2 mars 1932 et entré en vigueur le 6
février 1933 ( Presidential Transition Act) les mandats du Président et du Vice-président prennent fin à
midi, le vingtième jour de janvier correspondant aussi à l’entrée en fonction du nouveau Président et du
vice-président (Inauguration day). Entre l’élection (novembre) et l’entrée en fonction (20 janvier) se
caractérisant par la prestation de serment, une période de transition de quelques semaines précède la
passation des pouvoirs présidentiels, période au cours de laquelle le nouveau Président élu peut procéder
à la nomination des membres de son cabinet, s’enquérir de différents dossiers, etc437.

Le mandat du Président prend fin en cas de vacance par décès, démission ou destitution à l’issue de la
procédure d’impeachment. Son mandat peut aussi être interrompu en cas d’incapacité constatée à
l’initiative du Président qui peut adresser aux Présidents des Chambres un courrier y relatif ou encore à
l’initiative du vice-président et de la majorité des ministres qui décident d’informer les Présidents des
Chambres de l’incapacité du Président. Le Vice-président assure dans ce cas les fonctions par intérim
jusqu’à ce que le Président informe qu’il est apte à exercer ses fonctions par une nouvelle lettre adressée
aux présidents des Chambres. Bien que le terme gouvernement soit aussi utilisé dans le cadre du régime
présidentiel, il convient de faire remarquer que cet exécutif est tout entier confié au Président et qu’il
n’y a ni collégialité ni solidarité438.

C. Le pouvoir de l’exécutif américain

L'exécutif du régime présidentiel procède du seul Président de la République qui est un représentant élu
du peuple au même titre que les parlementaires. Il est Chef d’Etat et détenteur du pouvoir exécutif. Il
exerce un pouvoir réglementaire autonome à travers l’adoption des « Executive orders » et dont le
nombre varie d’un Président à un autre. Le Président nomme et révoque les ministres (secrétaires d’Etat)
qui ne répondent que devant lui. Il dirige l’administration, nomme les fonctionnaires fédéraux. Il est
commandant en chef de l’armée. Il contrôle également dans une certaine mesure d’importantes agences
fédérales comme la CIA et la NASA.

Un autre pouvoir important du Président est celui de nommer, entre autres, les juges de la Cour suprême
des Etats-Unis pour un mandat à vie. Au regard de l’importance du pouvoir judiciaire dans le système
constitutionnel américain, la nomination desdits juges est soumise à l’approbation du Sénat sans laquelle
le candidat désigné, à la suite d’un processus complexe, comprenant notamment des auditions devant
une commission spécifique du sénat, ne peut entrer en fonction. Cette nomination est en quelque sorte
« négociée » entre le Président et le Sénat. Un bras de fer politique est susceptible de s’engager entre le
Président et le Sénat 439 . La personnalité du candidat, son passé, ses publications, ses orientations
idéologiques constituent autant d’éléments entrant en compte dans ce processus de nomination. En outre
une solennité entoure la nomination et l’approbation du candidat440. En cas de procédure d’impeachment

437 Pour plus de détails sur les péripéties de cette période de transition, St. GRUET, « La passation des pouvoirs présidentiels aux Etats-
Unis : le Presidential Transition Act », Pouvoirs, 2009/3, n° 130, pp. 151-161.
438 M. DE VILLIERS et A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 177.
439
Pour plus de détails, L. PIETRO VANONI, « La nomina dei giudici supremi tra scontro politico e diritto costituzionale: il caso
americano”, Diritto pubblico comparato ed europeo, n° 3, 2017.
440 Pour plus de détails sur les enjeux, la procédure de la nomination des juges à la Cour suprême des Etats-Unis, F.-H. BRIARD, « La

nomination des membres de la Cour suprême des Etats-Unis », Les Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 58, 2018, pp. 60-
67.
84
concernant le Président américain, le Sénat est érigé en juridiction pénale et présidé par le Chief Justice
ou mieux le Président de la Cour suprême.

D. Le législatif (Congrès américain)

Le parlement indépendant de l'exécutif détient la plénitude du pouvoir législatif qu'il exerce en l'absence
de toute ingérence de l'exécutif. Le Congrès américain (parlement) est composé de la chambre des
représentants et du Sénat. Chaque Etat est représenté par deux sénateurs élus au scrutin majoritaire à un
tour pour un mandat de 6 ans renouvelable par tiers tous les deux ans. Seule la Louisiane organise le
scrutin majoritaire à deux tours. Par contre la Chambre des représentants tient compte du poids
démographique de chaque Etat et il compte 435 membres élus pour un mandat de 2 ans 441. La Chambre
des représentants et le Sénat exercent seuls le pouvoir législatif, y compris l’initiative des lois. L’exécutif
ne dispose pas de l'initiative législative, il ne peut interférer dans le travail législatif 442. Au demeurant,
dans ce type de régime, l'incompatibilité entre le mandat parlementaire et la fonction ministérielle est de
rigueur. Le parlement est le législatif et tout le législatif. Il vote seul la loi et accorde à l'exécutif des
moyens d'action grâce au vote du budget. Le régime présidentiel ne consacre aucune prééminence du
Président de la République sur les autres institutions de la République. Au contraire, il repose sur un
équilibre entre les pouvoirs qui sont indépendants les uns des autres. A noter que c’est le Vice-Président
qui préside le Sénat, mais surtout pour les séances les plus solennelles du Sénat. Le Sénat choisit un
Président « pro tempore » à chaque renouvellement partiel parmi la majorité. Il n’a droit de prendre part
aux votes qu’en cas de partage des voix.

Bien que considéré comme un régime de séparation rigide des pouvoirs, beaucoup de mécanismes
permettent d’assurer une collaboration entre le congrès ou l’une de ses chambres avec l’Exécutif
américain.

E. Les relations entre l’exécutif et le législatif dans le régime présidentiel

L’indépendance mutuelle du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif constitue qualitativement la


différence entre un régime présidentiel et un régime parlementaire. Toutefois, l'indépendance n'est pas
absolue car des rapports sont souvent constitutionnellement organisés pour permettre aux pouvoirs de
mieux s'équilibrer. Les considérations ci-dessous se réfèrent principalement au régime présidentiel
américain.

1) Interférences réciproques entre l’Exécutif et le législatif

La relation entre le parlement et l’Exécutif n’est pas toujours harmonieuse car, bénéficiant de son
indépendance, le Congrès peut contester et bloquer les mesures de l’exécutif sans mettre en jeu son
mandat ou celui du Président443. De son côté, le Président bénéficie du « privilège de l’exécutif ». Il
l’autorise ainsi que ceux qui l’assistent à se retrancher derrière le secret d’Etat et éviter ainsi d’avoir à
répondre aux demandes du Congrès et du pouvoir judiciaire. Ce privilège, parfois contesté par le
Congrès, n’est pas garanti par la Constitution. Cependant la Cour suprême fédérale a reconnu son
existence même s’il ne peut être invoqué pour dissimuler les preuves nécessitées par l’instruction d’un

441 Le nombre de 435 des membres de la Chambre des représentants a été fixé depuis 1912. Voy. HAROLD M.WALLER et J.-F.
GODBOUT, « La présidence », in FORTMANN, M., et P. MARTIN (dir.), Le système politique américain. Cinquième édition revue
et augmentée, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2013, pp. 183-112, spéc. à la p. 88.
442 Au Bénin le Président de la République bénéficie aussi de l’initiative des lois. De même au Congo Brazzaville sous l’empire de la

Constitution du 20 janvier 2002. La Constitution de la Côte d’ivoire du 1 er août 2000 s’inscrit dans cette même perspective.
443 Ph. NORTON, « La nature du contrôle parlementaire », Pouvoirs, 2010, n° 134, pp. 5-21, spéc. à la p. 13.

85
procès criminel444. De même le Président américain peut recourir à la procédure d’ « Impoundment ».
Celle-ci constitue une pratique du Président des Etats-Unis qui décide de ne pas ordonnancer des
dépenses votées par le Congrès. L’impoundment est une arme du Président pour affirmer, dans un régime
de checks and balances, l’indépendance du pouvoir exécutif devant des dépenses votées par les
assemblées et qu’il considère comme démagogiques. La dissolution du Congrès ou la censure de
l’Exécutif ne figurent pas dans le régime présidentiel.

2) Le droit de veto du Président américain

Bien que chaque organe soit fonctionnellement spécialisé, il participe également dans une mesure
accessoire aux autres fonctions445. C'est ainsi que le Président de la République peut s'opposer ou retarder
l'adoption d'une loi à travers son droit de veto (qui peut être un veto exprès ou un veto de poche). Le
Président dispose de 10 jours pour opposer son veto exprès aux lois adoptées par le Congrès. Le veto, à
moins que le Congrès ne décide de s’incliner à la volonté du Président, ne peut être levé que par un vote
à la majorité de deux tiers au Sénat et à la Chambre des représentants. Dans un arrêt de 1919 la Cour
suprême des Etats-Unis avait précisé qu’il s’agit des deux tiers des membres présents446. Il a été observé
que dans la pratique du veto, il est très rare que le Congrès passe outre à un veto présidentiel 447. Le veto
de poche constitue un instrument à la disposition du Président auquel il peut recourir lorsque la session
parlementaire tend à sa fin. Il permet au Président de retarder la promulgation de la loi et d’empêcher le
Congrès de lever le veto vu que la session parlementaire tend à sa fin. Ce veto ne peut être utilisé que
moins de dix jours avant l’ajournement du Congrès car le silence du Président au-delà vaut approbation
tacite. Entre 1933 et 2012, il a été recensé 1430 vetos dont à peine 105 avaient été renversés par le
Congrès448.

Par contre, en cas de silence après la transmission de la loi au Président par le Congrès moins de dix
jours avant la fin de session, en l’absence de promulgation expresse, la loi ne sera pas considérée comme
définitive et ne pourra entrer en vigueur 449. Il convient de préciser que le veto présidentiel n’est pas
divisible car le Président approuve ou rejette la loi en bloc. Il n’existe pas de veto partiel ou item veto
prévu au profit des gouverneurs dans certains Etats fédérés américains. A travers le droit de veto, Marie-
Anne COHENDET y perçoit la participation du Président américain à la fonction législative. Dans la
pratique, observe-t-elle, le législatif et l’exécutif doivent négocier sans cesse pour que les lois soient
adoptées et appliquées450.

3) Le droit de message du Président américain

Le Président intervient aussi dans le domaine législatif à travers le droit de message. Joël MEKHANTAR
nous informe que le Président américain adresse au minimum trois messages annuels au Congrès :
message traditionnel de janvier sur l’état de l’Union, le message sur le budget et celui sur la situation
économique et sociale. Il peut en adresser autant qu’il estime nécessaire. Il communique par message
soit par écrit soit en se rendant directement au capitole devant les Chambres réunies. En cas de message
oral aucun débat ne peut avoir lieu. L’existence de ce droit de message procure au Président américain

444 PH. LAUVAUX et A. LE DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, PUF, 2015, p. 341.
445 Ph. LAUVAUX, « Le contrôle, source du régime parlementaire, priorité du régime présidentiel », Pouvoirs, 2010, n° 134, pp. 23-
36, spéc. à la p. 25.
446 Cour suprême, Missouri Pacific Railway Company v. Kansas, 248 US 276, 1919, cité par J. MEKHANTAR, op.cit., p. 264.
447 Pour les statistiques d’utilisation du veto présidentiel, voy. J. MEKHANTAR, op.cit., pp. 264-
448
G.ANTOINE LAFLEUR et F. GRENIER, « La présidence », in FORTMANN, M., et P. MARTIN (dir.), Le système politique
américain. Cinquième édition revue et augmentée, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2013, pp. 113-138, spéc. à la p.
130.
449 J. MEKHANTAR, op.cit., p. 264.
450 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 163.

86
une prérogative presqu’équivalente à celle de l’initiative des lois dont il est constitutionnellement
dépourvu. A titre illustratif, ces messages, spécialement celui portant sur l’état de l’Union, contiennent
des suggestions au Congrès de voter tel ou tel texte. Ces véritables projets sont entièrement rédigés. Il a
été constaté que depuis la seconde guerre mondiale deux recommandations présidentielles sur trois se
sont traduites par des lois bien que le Congrès ne soit pas lié par lesdites recommandations. C’est ainsi
que tout en étant dépourvu du droit d’initiative législative, le Président américain peut faire soutenir sa
politique au Congrès en incitant les parlementaires qui lui sont favorables à déposer des propositions
reprenant les recommandations contenues dans lesdits messages 451.

4) Le pouvoir sénatorial d’approbation ou ratification

De son côté, le Sénat est souvent investi d'un pouvoir de ratification des nominations présidentielles et
de donner son consentement à la ratification des traités internationaux négociés et signés par le Chef de
l'exécutif (avec le consentement du Sénat). Bien que le président dispose du pouvoir discrétionnaire de
nommer les Secrétaires d’Etat, le Sénat est tenu d’approuver lesdites nominations. Cependant cette
approbation ne constitue qu’une simple formalité. Le Sénat est présidé par le vice-Président. Marie-
Anne COHENDET renseigne que le Sénat participe à la composition de l’exécutif et du judiciaire dans
la mesure où il doit approuver les nominations des secrétaires d’Etats et d’environ 70.000 agents
publics452.

5) La mise en accusation du Président américain : l’impeachment

Le Sénat est juge de l'impeachment du Président de la République qui est mis en accusation par la
Chambre des Représentants au moyen du vote à la majorité simple d’un texte énumérant les motifs de
l’incrimination. L’impeachment est une procédure judiciaire intentée par un organe législatif qui s’érige
en tribunal, contre un responsable politique accusé de fautes graves commises dans l’exercice de ses
fonctions453. La mise en accusation implique la transmission du dossier au Sénat pour jugement. La
procédure d’impeachment ne concerne pas uniquement le Président ou le vice-président, mais aussi les
hauts fonctionnaires fédéraux, notamment pour haute trahison, corruption, détournement des fonds. Si
l’accusé est le Président américain, le Sénat est présidé par le Chief Justice (Président de la Cour
suprême). L’impeachment aux Etats-Unis constitue une procédure parlementaire de destitution du
président, du vice-président et des fonctionnaires fédéraux pour trahison, corruption, crime contre la
chose publique454. Dans ce cas, la Chambre des représentants décide de l’inculpation et le Sénat s’érige
en Haute Cour présidée par le Chief Justice de la Cour suprême fédérale455.

La culpabilité ne peut être prononcée qu’à la majorité des deux tiers des présents. La condamnation ne
peut excéder la destitution et l’interdiction d’occuper un emploi public. La personne condamnée
redevient un simple citoyen indigne d’occuper tout emploi public. Comme justiciable ordinaire, cette
personne peut être jugée et condamnée456 .

451 J. MEKHANTAR, Introduction au Droit public. Principes constitutionnels, Paris, Editions ESKA, 2019, pp. 261-262.
452 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 162.
453 Fr. CARPENTIER, « Destitution de Dilma ROUSSEFF : farce juridique, coup d’Etat constitutionnel ou naissance d’une nouvelle

Convention de la Constitution ? », RFDC, 2017, Vol.109/1, pp. 5-22, spéc. à la p. 6.


454 Art. II, section 4 de la Constitution des Etats-Unis de 1787 : « Le président, le vice-président et tous les fonctionnaires civils des

États-Unis seront destitués de leurs charges sur mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits
majeurs ».
455 A. MAKENGO NKUTU, L’essentiel de droit public. Le cas de la République démocratique du Congo, Paris, L’Harmattan, 2014,

p. 74.
456 J. MEKHANTAR, op.cit., p. 274.

87
Dans l’histoire récente des Etats-Unis, le Président américain fut mis en accusation par la Chambre des
représentants dans l’affaire LEWINSKY pour deux chefs d’imputation : parjure devant un Grand jury
et obstruction à la justice. La résolution de mise en accusation fut adoptée le 19 décembre 1998 aux
termes du mandat de ladite Chambre. Le 12 février 1999 le Président Clinton fut finalement acquitté
sans même que le Sénat accepte de discuter d’une réprimande 457. Le Président NIXON fut contraint de
démissionner le 8 août 1974 avant sa mise en accusation dans l’affaire du Watergate (espionnage au
détriment du parti démocrate). Le Président américain Donald TRUMP a fait face à la procédure
d’impeachment à la fin du mois de janvier 2020 pour abus de pouvoir et entrave au congrès. Il a été
acquitté par le Sénat. Il a aussi été acquitté aux termes d’une même procédure en début 2021 pour, entre
autres, le soutien présumé aux assaillants de l’enceinte du Congrès lors d’une manifestation contre la
ratification de l’élection de Joe BIDEN.

La procédure d’impeachment est aussi prévue dans d’autres Etats latino-américains, à l’instar du Brésil.
Au Brésil le crime de responsabilité serait le pendant de l’impeachment américain. Le crime de
responsabilité est défini comme la mise en œuvre d’une responsabilité politico-administrative permettant
de se prémunir principalement contre les gouvernants qui cherchent à outrepasser les limites des
fonctions qui leur sont conférées par les normes constitutionnelles. Franck CARPENTIER nous
renseigne que selon la doctrine la plus autorisée, les crimes de responsabilité sont définis comme des
infractions politico-administratives entraînant la perte de la charge ainsi que l’incapacité à exercer des
fonctions publiques pendant une période de huit ans458.

Cette procédure est effective en droit brésilien. A titre indicatif, la Présidente DILMA ROUSSEFF a été
destituée par les sénateurs brésiliens le 31 août 2016, notamment pour corruption en tant que crime de
responsabilité. Les crimes de responsabilité sont prévus à l’article 85 de la Constitution de 1988. Ils sont
au nombre de sept. La corruption n’y figure pas ; ce qui a fait dire à Franck CARPENTIER que dans le
cadre de Dilma ROUSSEFF, qu’il s’est agi d’une Convention de la Constitution 459. La procédure de
destitution est précédée par la suspension du mandat présidentiel décidée par la Chambre des
représentants mettant en accusation le Président de la République. Cependant la destitution requiert la
décision en ce sens du tribunal fédéral suprême et du Sénat fédéral460. Pour un autre auteur, le pouvoir
judiciaire ne peut scruter l’évaluation de l’existence concrète ou non des crimes de responsabilité. La
décision politique de cette appréciation constitue un acte souverain relevant de la compétence du seul
parlement brésilien461.

La frontière est poreuse aux fins de savoir si le crime de responsabilité ou l’impeachment relève
principalement de la mise en œuvre de la responsabilité pénale et/ou politique. Cette dichotomie est non
sans pertinence au regard du rattachement du régime politique car si cette procédure, nonobstant ses
contours judiciaires, est principalement politique dans ses motivations, l’une des certitudes ou
prétendues telles de cette responsabilité du Président américain ou brésilien bouleverse la nature du
régime politique.
457J. MEKHANTAR, op.cit., p. 279.
458 Fr. CARPENTIER, « Destitution de Dilma ROUSSEFF : farce juridique, coup d’Etat constitutionnel ou naissance d’une nouvelle
Convention de la Constitution ? », RFDC, 2017, Vol.109/1, pp. 5-22
459 Fr. CARPENTIER, « Destitution de Dilma ROUSSEFF : farce juridique, coup d’Etat constitutionnel ou naissance d’une nouvelle

Convention de la Constitution ? », RFDC, 2017, Vol.109/1, pp. 5-22. Art. 85 : « Sont des crimes de responsabilité les actes du Président
de la République qui portent atteinte à la Constitution fédérale et en particulier à: I - l'existence de l'Union; II - le libre exercice du
Pouvoir législatif, du Pouvoir judiciaire, du Ministère public et des pouvoirs constitutionnels des unités de la Fédération; III - l'exercice
des droits politiques, individuels et sociaux; IV - la sûreté interne du pays; V - l'honnêteté dans l'administration; VI - la loi budgétaire;
VII - l'exécution des lois et des décisions de justice (…) ».
460 J. BARRIENTOS-PARRA et Lizandra DE FATIMA DONATO, « Les rapports Exécutif-Législatif et le renforcement du pouvoir

judiciaire dans le présidentialisme brésilien », in A. MARTIN (dir.), Expériences démocratiques et Droit constitutionnel en Amérique
latine. L’exemple du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 131-165, spéc. à la p. 134.
461M. FIGUEIREDO, « Judiciarisation du processus de destitution de la Présidente (Brésil) devant la Cour suprême fédérale. Retour
sur les pédalages fiscaux et scandales de corruption au Brésil», Constitutions, 2016, pp. 252-259.
88
6) Contrôle par les Commissions parlementaires

Le contrôle du Congrès sur l’Exécutif n’est pas méconnu. Il peut s’effectuer par le truchement des
commissions parlementaires pour qu’il soit mieux informé de l’action de l’exécutif ou même les deux
chambres peuvent initier des commissions d’enquête sans que ces dernières ne débouchent sur la mise
en cause de la responsabilité de l’Exécutif. C’est le contrôle sans sanction même si la démission peut être
considérée dans certains cas comme la conséquence logique des conclusions de certaines commissions
d’enquête. Dans une contribution au titre évocateur, Philippe LAUVAUX considère que le contrôle est
prévu aussi bien dans le régime présidentiel que dans le régime parlementaire. Il distingue à ce propos le
contrôle ordinaire qui est commun aux deux régimes d’une part (il est de type informatif) et le contrôle
extraordinaire institué uniquement dans le cadre du régime parlementaire (il revêt le caractère de
sanction)462. La nature essentielle du contrôle parlementaire repose dans la possibilité de contester les
objectifs et l’action de l’exécutif463.

Cette construction du régime américain comme faisant partie du régime présidentiel est contestée par
Julien BOUDON qui considère d’ailleurs en passant que la séparation souple (régime parlementaire) et
séparation rigide (régime présidentiel) constituent « des vieilles lunes aux prémisses fragiles »464. Pour ce
dernier, la séparation des pouvoirs aux États-Unis n’est en rien rigide ou tranchée parce que
l’interdépendance et la collaboration règnent en maîtres. L’irrévocabilité réciproque n’est pas vérifiée.
L’impeachment ne traduit pas uniquement une responsabilité pénale, mais aussi politique, le sénat étant
constitué juge pénal en l’occurrence. Seuls les membres du Congrès seraient immunisés contre toute
intrusion du Président ou des cours fédérales. En revanche le Président, le vice-président et les juges
fédéraux dépendent largement du Congrès, tant pour leur désignation que pour leur destitution
éventuelle. Même la séparation fonctionnelle n’est pas garantie à cause du partage de la fonction
législative et même exécutive entre le Président et le Congrès.

Julien BOUDON conclut son analyse en ces termes, sans doute iconoclastes, au regard des
enseignements reçus sur le régime politique américain identifié dans la quasi-totalité des manuels de
droit constitutionnel (francophones) au régime présidentiel : « La séparation des pouvoirs aux États-Unis
n’est en rien « rigide » ou « tranchée ». Une telle présentation, remontant à la fin du XIXè siècle, est
périmée ; elle doit être enfin abandonnée. Le régime américain, qui ne mérite pas plus l’adjectif «
présidentiel », repose sur une collaboration incessante entre les organes constitutionnels – d’où les
risques de paralysie (…) du gouvernement fédéral »465. . Cette idée de Julien BOUDON est partagée par
Marie-Anne COHENDET qui procède à la synthèse du régime politique américain en ces termes : « Au
total, la séparation des pouvoirs est loin d’être clairement rigide ou stricte sur tous les plans. Les
Américains estiment même qu’ils pratiquent une séparation souple des pouvoirs »466.

Les considérations précitées démontrent que la séparation des pouvoirs aux Etats-Unis n’est pas stricte
et que malgré la répartition des fonctions entre l’exécutif et le Congrès américain, chaque organe
participe de manière variable à l’exercice par l’autre de ses fonctions. Ainsi, le Congrès partage, d’une
certaine manière, la fonction législative avec le Président. Celui-ci, de son côté, peut proposer des bills

462 Ph. LAUVAUX, « Le contrôle, source du régime parlementaire, priorité du régime présidentiel », Pouvoirs, 2010, n° 134, pp. 23-
36.
463 Ph. LAUVAUX, art. cit., p. 26. Pour plus de détails sur le fonctionnement du système politique américain, M. FORTMANN et P.

MARTIN (dir.), Le système politique américain. Cinquième édition revue et augmentée, Montréal, Les Presses de l’Université de
Montréal, 2013.
464 J. BOUDON, « La séparation des pouvoirs aux États-Unis », Pouvoirs, 2012/4, n° 143, pp. 113-122., spéc. à la p. 114.
465 J. BOUDON, « La séparation des pouvoirs aux États-Unis », Pouvoirs, 2012, 2012/4, n° 143, pp. 113-122., spéc. à la p. 122.
466 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 163.

89
par le biais des congressmen et peut également influencer le processus législatif par le recours au droit
de veto467.

En outre, si nous prenons en considération le XXVè amendement à la Constitution américaine ratifié le


10 février 1967 et relatif à l’incapacité et à la succession du Président, une étroite collaboration entre le
Congrès et le Président ou le vice-président est instaurée et rompt avec cette conception de séparation
rigide des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif 468 . Cet amendement ne s’intègre pas dans les
mécanismes de poids et contrepoids, mais plutôt de collaboration institutionnelle.

Le régime présidentiel, tel qu’enseigné dans la plupart des manuels de droit constitutionnel, avait été
pris de mire par de nombreux Etats latino-américains qui en avaient fait, à l’instar de certains Etats
africains, un régime présidentialiste comme déformation du régime présidentiel. Bien que les années
1990 aient fait souffler un nouveau vent démocratique sur de nombreux Etats latino-américains qui ont
essayé d’aménager des contre-pouvoirs pour assurer un certain rééquilibrage des institutions politiques,
l’hypertrophie présidentielle continue de constituer la loi d’airain de ces régimes. Comme le dit si bien
Victor AUDUBERT, « Ce qui distingue le constitutionnalisme latino-américain, et en particulier le
constitutionnalisme bolivien, c’est la fragilité et la vulnérabilité des pouvoirs législatifs et judiciaires
face au pouvoir exécutif et surtout face à la fonction présidentielle »469.

3. L’influence du régime présidentiel dans d’autres Etats

A. L’influence du régime présidentiel américain dans les Etats africains

Quoique le régime présidentiel n’ait pas connu meilleure fortune en dehors de son cadre natal,
certaines Constitutions africaines issues du renouveau démocratique des années 1990 et post
instaurent le régime présidentiel ou de type présidentiel avec une séparation « rigide » des pouvoirs
entre l’exécutif et le parlement, lequel peut être mono ou bicaméral. Le régime présidentiel est partagé
par de nombreux Etats anglophones consacrant le Président de la République comme chef du
gouvernement (Nigeria, Ghana, Sierra Léone, Tanzanie, Zambie, Liberia, Gambie, Kenya, etc.). Il a
également séduit certains Etats africains francophones. C’est notamment le cas des Constitutions

467 A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 575.
468 Le texte du XXVè amendement est libellé en ces termes : « 1. En cas de destitution, de décès ou de démission du Président, le vice-
président deviendra président. 2. Lorsqu’une vacance se produira dans la fonction de vice-président, le président devra présenter un
vice-président qui entrera en fonction après confirmation par un vote majoritaire des deux chambres du congrès.3. Lorsque le président
transmettra au président pro tempore du Sénat et au speaker de la Chambre des Représentants une déclaration écrite selon laquelle il
n’est plus capable d’assumer les pouvoirs et devoirs de sa fonction, et jusqu’à ce qu’il leur transmette une déclaration écrite en sens
contraire, ses pouvoirs et devoirs seront assumés par le vice-président en qualité de président par intérim. 4. Lorsque le vice-président
et une majorité des principaux agents du département exécutif ou d’un autre corps que le congrès peut prévoir par la loi transmettront
au président pro tempore du Sénat et au speaker de la Chambre des Représentants une déclaration écrite selon laquelle le président est
incapable d’assumer les pouvoirs et les devoirs de sa charge, le vice-président devra immédiatement assumer les pouvoirs et devoirs
de cette fonction en tant que président par intérim. Par la suite, quand le président transmettra au président pro tempore du Sénat et au
speaker de la Chambre des Représentants une déclaration écrite selon laquelle aucune incapacité n’existe, il devra retrouver les pouvoirs
et les devoirs de sa fonction à moins que le vice-président et une majorité des principaux agents du département exécutif ou d’un autre
corps que le congrès peut prévoir par la loi ne transmettent dans les quatre jours au président pro tempore du Sénat et au speaker de la
Chambre des Représentants une déclaration écrite selon laquelle le président est incapable d’assumer les pouvoirs et les devoirs de sa
charge. Le congrès devra prendre à ce sujet une décision, en se réunissant dans les 48 heures s’il n’est pas en session. Si le congrès,
dans les 21 jours après réception de la dernière déclaration écrite, ou, s’il n’est pas en session, dans les 21 jours après avoir été
convoqué, décide par un vote aux deux tiers dans les deux chambres que le président est incapable d’assumer les pouvoirs et les devoirs
de sa fonction, le vice-président devra continuer d’assumer cette charge en tant que président par intérim ; dans le cas contraire, le
président reprendra les pouvoirs et les devoirs de sa fonction. ». Notre soulignement. Pour un commentaire de ce XXVè amendement,
voy., A. COUTANT, « Le XXVè amendement : comment remplacer un Président américain ? », RFDC, n° 114, 2018, pp. 301-316.

469
V. AUDUBERT, « Le continuisme de mandats présidentiels, une dérive caudilliste du pouvoir exécutif ? Réflexions à partir de la
Constitution bolivienne de 2009 », RFDC, 2016/4, n° 108, pp. 751-768, spéc. à la p. 766.
90
béninoise de 1990, ivoirienne de 2000 (et même celle adoptée par voie référendaire en octobre 2016)
et congolaise de 2002 (Brazzaville). La Constitution de la Guinée du 7 mai 2010, élaborée avec le
concours d’experts notamment béninois, s’inspirait du régime présidentiel « sui generis ». Elle a
remplacée par la Constitution du 6 avril 2020 qui ne dura que l’espace d’un matin. Au moment où
nous rédigeons et dispensons cette partie de l’enseignement, la Guinée est régie par une Charte de
transition du 27 septembre 2021 sur fond d’un décor de crise ne présentant pas les caractéristiques
d’un régime présidentiel. Le régime présidentiel béninois fait partie des options fondamentales telles
que dégagées par les forces vives ayant participé à la conférence nationale tenue du 19 au 28 février
1990.
La Cour constitutionnelle béninoise, dans sa Décision DCC 96-20 du 26 avril 1996 avait défini les
éléments essentiels du régime présidentiel instauré par la Constitution du 11 décembre 1990. Ce
régime se caractérise par « l’élection du Président de la République au suffrage universel direct et
par le fait que, détenteur du pouvoir exécutif, le Président de la République est le Chef du
gouvernement et n’est pas responsable devant l’Assemblée nationale (…). Considérant que l’article
54 de la Constitution dispose : « Le Président de la République est le détenteur du pouvoir exécutif.
Il est le Chef du Gouvernement et, à ce titre, il détermine et conduit la politique de la Nation. Il exerce
le pouvoir réglementaire (…). Il nomme, après avis consultatif du Bureau de l’Assemblée nationale,
les membres du Gouvernement ; il fixe leurs attributions et met fin à leurs fonctions. Les membres
du gouvernement sont responsables devant lui (…) qu'il en résulte que la Constitution n'impose au
président de la République, chef du Gouvernement, ni la structure du Gouvernement, ni la
dénomination et les attributions de ses membres ; que la seule limite apportée à ses prérogatives est
contenue dans l'article 70 de la Constitution, selon lequel il peut déléguer certains de ses pouvoirs
aux ministres, à l'exception de ceux prévus aux articles 54 alinéa 3 , 60, 61, 101, 115, 133 et 144 »470.
Ce régime n’est pas incompatible avec l’institution d’un Premier ministre. C’est dans ce cadre que
s’était prononcée la même Cour à propos de la création d’un poste de Premier ministre dans un régime
de type présidentiel par le décret du Président de la République n°96-128 du 9 avril 1996. Pour la
Cour, cette création n’est pas incompatible avec le régime politique béninois dès lors que les
attributions confiées au Premier ministre par le Président de la République, Chef de l’Etat et Chef du
gouvernement, à savoir « la coordination de l’action gouvernementale et les relations avec les
institutions ne font de lui que le premier des ministres ; que la création, dans ces conditions, d'un
poste de Premier ministre ne porte pas atteinte au régime présidentiel choisi par le peuple béninois ;
que, dès lors, le Décret n° 96-128 du 9 avril 1996 portant composition du Gouvernement n'est pas
contraire à la Constitution ». A fortiori le régime présidentiel béninois ne peut faire l’objet d’aucune
révision ou même de questions pouvant être soumises au référendum 471 . Ce régime conforte la
séparation et l’autonomie des pouvoirs même si l’Exécutif et l’Assemblée nationale sont appelés à
collaborer sur certaines matières. Certains auteurs qualifient le régime béninois de régime présidentiel
« original » puisqu’il est marqué par le multipartisme472.
Le caractère « présidentiel » du régime politique béninois ne fait pas l’unanimité en doctrine du fait
de ses particularités. En effet ce régime s’écarte et du régime présidentiel américain et du régime
parlementaire britannique et des régimes parlementaires rationalisés et des régimes semi-
présidentiels. Tirant la somme de ses spécificités, F.J. AIVO conclut que le régime politique béninois
peut être considéré comme « le régime présidentiel béninois singularisé par ses paramètres propres
et ses spécificités »473. D’autres le considèrent comme « un régime présidentiel mâtiné d’éléments

470 Cour constitutionnelle du Bénin. DCC 96-020 du 26 avril 1996. Gbetin Dezeyn et consorts. Souligné par nous.
471 Voy. notamment la Décision DCC 11-067 du 20 octobre 2011. Le caractère présidentiel du régime politique béninois par la
jurisprudence de cette Cour. DCC 14-199 du 20 novembre 2014 ; DCC 14-156 du 19 août 2014.
472
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 604.
473 F. J. AIVO « La fracture constitutionnelle », in F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour

l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 33-46, spéc. à la p. 46.
91
de parlementarisme » 474 . Ce régime constituerait « le fruit d’un compromis entre les tenants du
régime présidentiel, considéré comme la traduction institutionnelle d’un Etat fort, et les partisans
d’une prééminence de la représentation parlementaire, gage du respect de la volonté populaire »475.

Les auteurs mettant en doute la filiation du modèle béninois au modèle présidentiel américain
évoquent notamment l’absence de vice-président, l’initiative de la loi reconnue au Chef de l’Etat,
l’absence de contrainte sur le pouvoir présidentiel de nomination aux emplois supérieurs, l’existence
d’un Gouvernement, la réticence vis-à-vis du système bicaméral, l’influence du Président sur le jeu
des institutions etc476. Ces critiques ne sont pas pertinentes car certaines institutions américaines ne
se rattachent pas directement aux éléments d’identification du régime présidentiel. Tel est le cas du
poste du Vice-Président ou encore du bicamérisme. La loi n° 2019-40 du 07 novembre 2019 portant
révision de la loi n° 90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin
confirme la nature présidentielle du régime béninois. L’une des particularités de cette révision
consiste dans l’institution d’un poste de Vice-Président chargé d’assurer la vacance de la présidence
de la République. La Constitution nigériane du 5 mai 1999 s’inscrit dans la même optique du régime
présidentiel477.

Au Congo-Brazzaville, la Constitution du 20 janvier 2002 instaurait également un régime de type


présidentiel478. Ce choix n’est pas du hasard dans la mesure où la Constitution de la République du
Congo du 20 janvier 2002 avait été rédigée avec le concours d’experts béninois. Toutefois le régime
présidentiel béninois diffère nettement du régime instauré par la Constitution précitée de la
République du Congo. Stéphane BOLLE soutient que la différence se situe d’abord dans son esprit.
Il écrit à ce propos : « Le régime présidentiel a été choisi pour restaurer l’autorité de l’Etat et de son
chef, mise à mal pendant les guerres civiles entre 1992 et 1997, tandis qu’au Bénin, dans la foulée
de la consensuelle conférence nationale, il s’agissait de créer une démocratie stable dans et par le
partage équilibré du Pouvoir. Dans sa lettre ensuite : la puissance présidentielle connaît peu de
limites ; le parlement bicaméral congolais- formé de l’Assemblée nationale élue au suffrage universel
direct et du Sénat élu au suffrage indirect- n’est pas doté de moyens de contrôle conséquents sur le
Chef de l’Etat, élu pour un mandat de sept ans, renouvelable une fois »479.

Selon certains commentateurs, la Constitution malawite de 1995 institue un régime présidentiel basé
sur la suprématie de la Constitution480. Le Président est le Chef de l’Etat et Chef du gouvernement.

474 K. AHADZI-NONOU, « Constitution, démocratie et pouvoir en Afrique », in F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11
décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 63-
73, spéc. à la p. 66. A titre d’exemple l’avis du bureau de l’Assemblée nationale est requis avant la nomination de tout ministre.
L’Assemblée nationale peut interpeller aussi bien le Président de la République que les ministres, le partage de l’initiative des lois entre
le Président de la république et les membres de l’assemblée nationale.
475 K. AHADZI-NONOU, « Constitution, démocratie et pouvoir en Afrique », in F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11

décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 63-
73, spéc. à la p. 66.
476 I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en Afrique : insuccès et succès », in F. J. AIVO (dir.), La Constitution

béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan,
2014, pp. 127-179, spéc. à la p. 141.
477 Voy. notamment l’article 30 (2) qui fait du Président de la République le Chef de l’Etat, le Chef du gouvernement et le commandant

en chef des armées. D’autre part le Président est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 4 ans. Du point de vue de l’exécutif
et de la composition des Chambres parlementaires, le régime nigérian se rapproche du régime présidentiel américain.
478 Art. 56, al. 2 : « Le Président de la République est le Chef de l'exécutif. Il est le chef du Gouvernement. Il détermine et conduit la

politique de la Nation. Il dispose du pouvoir réglementaire et assure l'exécution des lois ». L’article 114 renforce le caractère de
séparation entre le Président et l’Assemblée nationale : « Le Président de la République ne peut dissoudre l'Assemblée Nationale.
L’Assemblée Nationale ne peut démettre le Président de la République ».
479 St. BOLLE, « La Constitution GLELE en Afrique : Modèle ou contre-modèle ? », F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du

11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp.
251-272, spéc. à la p. 267. Voy. aussi du même auteur « la Constitution du 20 janvier 2002 du Congo-Brazzaville : un cache-sexe du
présidentialisme », www.la-constitution-en-afrique.org
480 T. P. CHIMIMBA, « The Search for Identity and Legitimacy : The Evolution of Malawi’s Constitution », Malawi Law Journal,

Vol. 6, 2012, pp. 19-62, spéc. à la p. 53.


92
Les ministres sont responsables devant lui. Il peut faire l’objet d’impeachment. Toutefois le
parlement malawite est affaibli par rapport à la fonction présidentielle 481.

En Afrique, les régimes présidentiels ou mieux de type présidentiel se démarquent du régime


présidentiel américain notamment par la participation effective de l’Exécutif à la fonction législative
à travers le droit d’initiative et la législation déléguée (Bénin, Côte d’ivoire, Sénégal) et parfois par
l’instauration d’un bicéphalisme de l’Exécutif sous contrôle du Président de la République. La
Constitution djiboutienne du 4 septembre 1992 arrime le Djibouti dans le régime présidentiel
nonobstant l’institution d’un Premier ministre et des ministres responsables devant le Président de la
République482. La Constitution ivoirienne du 8 novembre 2016 confirme la nature présidentielle du
régime.

La révision constitutionnelle au Sénégal du 14 mai 2019 instaure un régime présidentiel483. C’est à


tort, selon nous, que certains auteurs ont considéré que le régime sénégalais tel qu’organisé par la
Constitution du 22 janvier 2001 dans sa version antérieure jusqu’en 2007 instituait un régime
présidentiel dans lequel le Président, Chef de l’Etat, partage le pouvoir exécutif avec le Premier
ministre qui a la charge de Chef de gouvernement 484 . En réalité, cette Constitution instituait un
régime parlementaire dualiste du fait que le gouvernement conduit par le Premier ministre était à la
fois politiquement responsable devant le Président de la République et devant l’Assemblée nationale.

Aux termes de la loi constitutionnelle n° 2019-10 du 14 mai 2019 portant révision de la Constitution,
le poste de Premier ministre a été supprimé et des nouveaux rapports au sein de l’Exécutif ont été
aménagés en faveur d’un régime présidentiel. Le gouvernement, composé des ministres et des
secrétaires d’Etat conduit et coordonne la politique de la Nation sous la direction du Président de la
République. Les membres du gouvernement sont responsables devant le Président de la République.
Ils ne peuvent pas faire l’objet d’une motion de censure.

La Constitution du Tchad du 4 mai 2018 rentrait aussi dans le cadre du régime présidentiel. La brève
durée de cette constitution, substituée par la Charte de transition adoptée en 2021, ne permet pas
d’esquisser un bilan du fonctionnement dudit régime.

Certains Etats africains qui se dotent d’un régime présidentiel aménagent aussi le poste de Premier
ministre. En effet l’institution des Premiers ministres dans les régimes africains de type présidentiel
comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée (sous la Constitution du 7 mai 2010), n’affecte pas la
nature du régime dès lors que le premier ministre et le gouvernement sont pleinement responsables
devant le Président qui les nomme et les révoque à sa guise et qu’il demeure le détenteur du pouvoir
exécutif485.

La situation est différente dans ces trois Etats dans la mesure où l’institution du Premier ministre est
consacrée dans la Constitution ivoirienne du 1er août 2000 et reprise dans celle du 8 novembre 2016.

481 Pour une analyse critique de la prépondérance présidentielle au Malawi, MODECHAI MSISHA, « The Nature of the Malawian
Presidency », Malawi Law Journal, Vol. 6, 2012, pp. 63-73.
482 Le Président du Djibouti est élu au suffrage universel direct. Il est chef de l’Etat et Chef du gouvernement. Il nomme le Premier

ministre et sur proposition de ce dernier les autres membres du gouvernement. Ces derniers sont chargés d’assister et de conseiller le
Chef de l’Etat. Quoique pouvant être interpellés par l’Assemblée nationale, ils sont responsables uniquement devant le Président de la
République. Ce dernier dispose de l’initiative des lois au même titre que les députés. Toutefois la Constitution précise que seul le
pouvoir législatif adopte la loi.
483 Loi constitutionnelle n° 2019-10 portant révision de la Constitution. Le Gouvernement conduit et coordonne la politique de la Nation

sous la direction du Président de la République. Ce dernier est détenteur du pouvoir réglementaire et dispose de l’administration.
484 A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 619.
485 A propos de l’introduction de la figure du Premier ministre dans l’ordre juridique ivoirien ayant institué dès la première Constitution

post-indépendance du 3 novembre 1960 un régime politique de type présidentiel, voy. A. PRIVAT MEL « La réalité du bicéphalisme
du pouvoir exécutif ivoirien », RFDC, 2008/3, n° 75, pp. 513-549.
93
Le Premier ministre est responsable devant le Président de la République qui le nomme et le révoque
à sa guise. Le régime présidentiel ivoirien est accrédité même par le Conseil constitutionnel
ivoirien486. Le véritable détenteur du pouvoir exécutif et Chef du gouvernement demeure le Président
de la République. Son pouvoir s’était considérablement effrité à la suite des accords conclus au
lendemain de la tentative du coup d’Etat de septembre 2002 et les différentes résolutions adoptées
par le Conseil de sécurité, notamment la Résolution 1721, ont conféré d’importantes prérogatives au
Premier ministre et changeant du coup la nature de type présidentiel du régime politique ivoirien 487.
La Constitution de la Côte d’Ivoire du 8 novembre 2016 confirme cette option présidentielle pour le
régime politique ivoirien avec certaines innovations dont la création du poste de Vice-président et
du Sénat488.

En Guinée, la Constitution du 7 mai 2010 instituait le poste de Premier ministre responsable devant
le Président de la République. Il était chargé de « diriger, de contrôler, de coordonner et d'impulser
l'action du Gouvernement ». Au Bénin le poste du Premier ministre n’est consacré nulle part dans la
Constitution, mais résulte de la pratique instaurée en 1996. Pour la Cour constitutionnelle du Bénin,
la création de ce poste par décret présidentiel n’est pas incompatible avec la Constitution tant que le
Président de la République demeure le détenteur exclusif du pouvoir exécutif et Chef du
gouvernement. La nature présidentielle du régime politique béninois a été confirmée à plusieurs
reprises par la Cour constitutionnelle du Bénin489.

Yédoth Sébastien LATH constate que certains Etats africains, notamment le Ghana, le Nigeria et
l’Afrique du Sud, se rapprochent au plus près du modèle du régime présidentiel dans l’organisation
statutaire de l’exécutif. Ce dernier est monocéphale avec un cabinet présidentiel comprenant le
Président, le vice-président et les ministres490. Le Botswana se rapproche aussi du point de vue de la
morphologie de l’exécutif du modèle présidentiel avec un Président, un vice-président et des
ministres. Cependant, comme l’Afrique du Sud, le Botswana a opté pour un régime parlementaire
sans Premier ministre avec un cabinet (gouvernement) dirigé par le Président de la République et
responsable devant l’Assemblée nationale. Le Président de la République, élu par les députés
nationaux, peut dissoudre l’Assemblée nationale. De son côté l’Assemblée nationale peut, à travers
le vote d’une résolution, adopter une motion de censure contre le gouvernement. L’adoption de cette
résolution entraîne l’auto-dissolution de ladite Assemblée le quatrième jour suivant le vote. Le
Malawi se rapproche, à plusieurs points de vue, du présidentialisme américain dans sa Constitution
ajournée jusqu’en 2010 aussi bien sous l’angle de la composition du Cabinet que des pouvoirs
conférés à l’Assemblée nationale et au Président de la République491.

Par contre, la Constitution gambienne du 16 janvier 1997, modifiée en 2001, instaure un régime qui,
du point de vue de la morphologie de l’Exécutif, se rapproche du régime présidentiel américain (Un
Président, un Vice-président qui est cependant nommé par le Président, et les Secrétaires d’Etat). Du
point de vue du fonctionnement du régime tel que conçu par la Constitution précitée, certains
mécanismes du parlementarisme ont été mis en place : la responsabilité politique collective du Vice-

486 Conseil constitutionnel. Décision n° 019/CC/SG du 06 décembre 2006.


487 A. PRIVAT MEL « La réalité du bicéphalisme du pouvoir exécutif ivoirien », RFDC, 2008/3, n° 75, pp. 513-549.
488 Le Président de la République demeure le détenteur exclusif du pouvoir exécutif. Il détermine et conduit la politique de la Nation.

Il nomme le Premier ministre, Chef du gouvernement et met fin à ses fonctions. Le gouvernement est chargé de la mise en œuvre de la
politique de la Nation telle que définie par le Président de la République. Le Premier ministre anime et coordonne l’action
gouvernementale. Le Premier ministre et les ministres sont solidairement responsables devant le Président de la République.
489 DCC 11-048 du 26 juillet 2011 ; DCC 11-067 du 20 octobre 2011 et DCC 14-156 du 19 août 2014.
490
Y.S. LATH, « La pérennisation du présidentialisme dans les Etats d’Afrique : les repères d’un modèle africain de régime
politique », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de
Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp.285-310, spéc. à la p. 296.
491 Relevons que le cabinet comprend , à la place d’un vice-président deux vices dont le deuxième est nommé par le Président alors

que le premier est colistier du Président dans le cadre du ticket présidentiel.


94
président et des Secrétaires d’Etat devant aussi bien l’Assemblée nationale que le Président de la
République. Ce dernier peut faire l’objet d’une motion de censure devant l’Assemblée nationale
promue par au moins 1/3 des membres. En cas d’une issue positive (adoption par les 2/3 des députés),
le Président de l’Assemblée nationale est tenu de saisir la Commission électorale indépendante, dans
les trente jours suivant l’adoption de cette motion, pour organiser un référendum d’homologation ou
de rejet de cette décision de censure492.

La Constitution de la RDC du 1er août 1964 avait institué un régime considéré par la doctrine
dominante comme un régime présidentiel. La courte durée n’avait pas permis d’en tester
l’application. Pour d’autres auteurs, cette constitution n’établissait pas un régime présidentiel, mais
l’amorce d’un régime présidentialiste ou mieux l’amorce de la mise en place d’un régime
présidentialiste de type africain dont le régime de Mobutu sous la deuxième République serait la
perfection493. Le régime présidentiel a été en outre suggéré par Vincent de Paul LUNDA BULULU
pour la troisième République de la RDC494. La Constitution de la Tanzanie telle qu’ajournée en 2005
se rapproche du point de vue de l’exécutif, du régime présidentiel (Président de la République Chef
de l’Etat et Chef du gouvernement. Il nomme et révoque ses ministres). Toutefois certains
mécanismes du parlementarisme y sont prévus avec l’existence du gouvernement et du Premier
ministre. Ce dernier ainsi que les ministres peuvent faire l’objet d’une motion de censure.

B. L’influence du régime présidentiel américain dans les Etats latino-américains

Nous évoquons l’application du régime présidentiel dans certains Etats latino-américains dans une
optique de généralisation étant donné l’adoption des institutions politiques comparables dans ces
Etats. La Constitution du Brésil de 1988 décrit un régime présidentiel dans lequel le Président dispose
du pouvoir exécutif et le Parlement est composé de deux Chambres. Le Sénat composé de 81 élus et
la Chambre des députés (513 députés). Pour présider, l’Exécutif doit chercher un consensus avec les
groupes parlementaires afin de se constituer une majorité parlementaire et ce, au regard du
multipartisme495.

Le Brésil développe un « présidentialisme de coalition » qui est caractérisé par la combinaison du


fédéralisme, de la représentation proportionnelle, du multipartisme, du présidentialisme et de
l’exercice du pouvoir par des coalitions partisanes. En d’autres termes le régime politique brésilien
se caractérise par une forte présidentialisation, l’autorité du Chef de l’Etat est limitée par l’existence
de contre-pouvoirs garantissant la stabilité du régime démocratique. Cette combinaison du
présidentialisme et des mécanismes de freins et contrepoids assure l’efficacité des institutions. 496. Le
présidentialisme ici n’est pas conçu en termes de déformation du régime présidentiel. Illustrant les
trois principales caractéristiques juridiques du présidentialisme brésilien, Jorge BARRIENTOS-
PARRA et Lizandra DE FATIMA DONATO, les situent premièrement dans le régime de séparation
des pouvoirs ; deuxièmement dans l’octroi de la direction supérieure de l’Etat et du gouvernement à

492 Voy. art.63, dans ses différentes déclinaisons, de la Constitution gambienne du 16 janvier 1997 telle que révisée en 2001. Ce
mécanisme de révocation du Président de la République semble avoir inspiré le constituant égyptien de 2014 qui reprend pour son
compte ce mécanisme.
493 La thèse d’un régime présidentialiste a été soutenue notamment par NGOY-NDOUBA KAMATANDA et KAYAMBA TSHITSHI

NDOUBA, Le constitutionnalisme historique de la R.D.Congo, Paris, L’harmattan, 2021, p.116.


494 V.P. LUNDA BULULU, Conduire la première transition au Congo-Zaïre, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 268. Pour l’auteur, « un

régime présidentiel conviendra mieux parce qu’il pourra assurer la stabilité des institutions en évitant des crises de majorité
parlementaire et, partant, des crises gouvernementales ».
495 A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 588.
496 A. MARTIN, « Introduction », in A. MARTIN, Expériences démocratiques et droit constitutionnel en Amérique latine. L’exemple

du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 9-21, spéc. aux pp. 18-19.
95
un organe monocratique : la présidence de la République parce qu’un seul individu l’exerce ; et enfin
l’indépendance stricte entre le législatif et l’exécutif497.

Jorge BARRIENTOS-PARRA et Lizandra DE FATIMA DONATO ont identifié les caractéristiques


politiques du présidentialisme brésilien considéré comme « la forme de gouvernement la plus
compatible avec les caractéristiques du peuple brésilien qui, compte tenu de son conformisme et de
son optimisme naturel, attend toujours un chef qui viendra résoudre de manière messianique les
problèmes du pays. Il s’agit fréquemment d’un leader charismatique jouissant d’une large acceptation
dans l’opinion publique498. Le présidentialisme brésilien est autrement qualifié de « présidentialisme
de coalition » est un mode de gouvernement bien adapté aux caractères du peuple brésilien. Il repose
sur des majorités parlementaires stables.

Le régime politique colombien est influencé par le modèle présidentiel américain dont il se détache
par certaines caractéristiques. Il s’inspire, concernant le rôle du Président, du régime américain.
Cependant, le constituant colombien n’a pas renforcé le Congrès à la manière du régime américain.
Il s’est au contraire inspiré des caractéristiques du régime parlementaire classique et a institué des
mécanismes de rationalisation. En conclusion, Anne-Charlène BEZZINA et Michel VERPEAUX
soutiennent que le régime politique colombien constitue un régime politique tout à fait à part499.

Dans une étude consacrée au présidentialisme colombien, Catherine FAIVRE observe une
« parlementarisation » du régime présidentiel étendu au Pérou, à l’Argentine, en plus de la Colombie,
objet d’étude500. L’auteur y note, entre autres, le recul du monocéphalisme avec la reconnaissance du
gouvernement, le droit d’initiative reconnu aussi au gouvernement, la responsabilité politique
individuelle du ministre pouvant aboutir à l’adoption d’une motion de défiance (censure). La
conclusion résumant son étude est saisissante et nous y souscrivons, dans une large mesure : « Si l’on
présente le régime présidentiel comme un régime de séparation stricte des pouvoirs, il convient de
constater que tel n’est pas le cas en Colombie. Le Président demeure une pièce maîtresse du système
institutionnel, mais les contre-pouvoirs sont réels. Force est de constater que comme il existe
plusieurs types de régimes parlementaires, il n’existe pas un seul régime présidentiel »501.

Les diversités observées dans la pratique du régime présidentiel en Amérique latine et parfois au sein
du même Etat à des époques différentes ont pu conduire Franck MODERNE à évoquer les « avatars
du présidentialisme » 502 . Andrés BORDALI SALAMANCA et Felipe PAREDES PAREDES
résument les traits caractéristiques du régime présidentiel des Etats latino-américains selon la doctrine
la plus autorisée: l’asymétrie de l’autorité entre un Président très puissant et un Congrès
particulièrement faible, subordonné aux décisions du premier, lequel dispose d’un large éventail de

497 J. BARRIENTOS-PARRA et Lizandra DE FATIMA DONATO, « Les rapports Exécutif-Législatif et le renforcement du pouvoir
judiciaire dans le présidentialisme brésilien », A. MARTIN (dir.), Expériences démocratiques et Droit constitutionnel en Amérique
latine. L’exemple du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 131-165, spéc. à la p. 133.
498 J. BARRIENTOS-PARRA et Lizandra DE FATIMA DONATO, « Les rapports Exécutif-Législatif et le renforcement du pouvoir

judiciaire dans le présidentialisme brésilien », A. MARTIN (dir.), Expériences démocratiques et Droit constitutionnel en Amérique
latine. L’exemple du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 131-165, spéc. à la p. 138.
499
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p.599.
500 C. FAIVRE, « La Colombie un régime présidentiel en trompe-l’œil- de la tentation du régime parlementaire », RIDC, 2006, pp.

861-883, spéc. à la p. 882.


501 Souligné par nous. Le présidentialisme latino-américain a été pris de mire par la doctrine. Voy. F. MODERNE, « Les avatars du

présidentialisme dans les États latino-américains », Pouvoirs, 2001, n° 98, pp.73-74.


502 F. MODERNE, « Les avatars du présidentialisme dans les Etats latino-américains », Pouvoirs, 2001, n° 3, pp. 63-87 ; C. FAIVRE,

« La Colombie un régime présidentiel en trompe-l’œil- de la tentation du régime parlementaire », RIDC, 2006, pp. 861-883 ; S.
ZAMORA and J.R. COSSIO, « Mexican Constitutionalism after presidencialismo », International Journal of Constitutional Law, vol.
4, n° 2, April 2006, pp. 411-437 ; V. AUDUBERT, « Le continuisme de mandats présidentiels, une dérive caudilliste du pouvoir
exécutif ? Réflexions à partir de la Constitution bolivienne de 2009 », RFDC, 2016/4, n° 108, pp. 751-768 ; C.M. HERRERA (dir.),
Le constitutionnalisme latino-américain aujourd’hui ; entre renouveau juridique et essor démocratique, Paris, Kimé, 2015, 180 p ; C.
BERNAL PULIDO, Du néo constitutionnalisme en Amérique latine, Paris, L’Harmattan, 2015.
96
moyens institutionnels pour maintenir sa suprématie. Parmi ces moyens figurent l’initiative exclusive
dans de nombreuses matières législatives, la possibilité de prendre des décrets sur certains thèmes
législatifs (Argentine et Brésil), la détermination de l’ordre du jour des assemblées par l’initiative
exclusive, la possibilité d’accélérer le rythme du travail législatif en déclarant l’urgence ou de freiner
le Congrès en usant d’un droit de veto sans limites503.

Dans son introduction à un ouvrage sur les expériences démocratiques et le droit constitutionnel en
Amérique latine, Arnaud MARTIN nous fait part de la recherche au sein de cet espace géographique
des régimes politiques qui soient plus adaptés aux réalités de chaque Etat en s’inspirant de modèles
classiques des régimes politiques tout en les dépassant : « L’étude des pratiques constitutionnelles de
l’Amérique latine confirme ainsi que les modèles constitutionnels classiques-la séparation des
pouvoirs, les critères d’appréciation de l’efficacité des régimes politiques, etc. sont difficilement
transposables et que les décalages entre la théorie et la pratique rendent, non seulement vaine toute
démarche tendant à s’inspirer des expériences de pays étrangers, mais arbitraire toute tentative de
prévision des chances de réussite des institutions politiques mises en place dans les nouvelles
démocraties »504.

Ces propos résument mieux les mutations des régimes politiques en Amérique latine : « Dès l’origine,
les régimes latino-américains résultent d’un mélange entre les modèles constitutionnels nord-
américain et européens. L’implantation du régime présidentiel, inspiré des États-Unis, s’est
accompagnée d’une interprétation présidentialiste, due notamment à la tradition coloniale, rompant
avec l’équilibre des pouvoirs. Mais des mécanismes particuliers sont venus contrebalancer le système.
La non réélection du Président a ainsi été une règle généralisée. De plus les règles de l’empêchement,
de l’autorisation de sortie du territoire et même de responsabilité du Président dans de nombreuses
Constitutions traduisent certaines limites, parfois théoriques, parfois réelles au pouvoir présidentiel.

L’hybridation a parfois conduit à l’émergence de règles inspirées du parlementarisme au sein du


régime présidentiel. L’expérience chilienne est la plus souvent citée mais on peut aussi se référer à la
Constitution du Pérou de 1933 qui permet au Congrès d’interpeller les ministres. Aujourd’hui, de
nombreux pays, dans les Constitutions récentes, ont introduit des règles de ce type, allant jusqu’au
vote de défiance vis-à-vis d’un ministre. De plus, les règles de la responsabilité pénale du Chef de
l’État ont été interprétées dans un sens de plus en plus extensif (…) ou encore renvoi pour « incapacité
mentale » du Président BUCARAM en Équateur…La consolidation constitutionnelle se traduit, sur
le plan de l’équilibre des pouvoirs, par une renaissance des prérogatives parlementaires, qui doit
autant à l’introduction d’éléments du parlementarisme qu’au retour à l’esprit du régime présidentiel,
comme au Mexique maintenant où le président ne peut compter sur une majorité automatique. Cela
est complété par un renforcement très net du pouvoir judiciaire et des pouvoirs de contrôle… »505.
Nous pouvons également faire allusion à la généralisation des modes d’expression de la souveraineté
du peuple ou souveraineté participative à travers l’institution des diverses modalités de référendum.
Tels les référendums abrogatoires et les révocations populaires. Celles-ci consistent à mettre
prématurément fin aux mandats électifs. Les révocations populaires sont connues sous l’expression
anglaise du « Recall ».

503 A. BORDALI SALAMANCA et F. PAREDES PAREDES, “ Le régime présidentiel chilien et les relations entre les pouvoirs de
l’Etat dans la Constitution chilienne », in A. MARTIN (dir.), Expériences démocratiques et Droit constitutionnel en Amérique latine.
L’exemple du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 63-91, spéc. à la p. 67 et s.
504 A. MARTIN, « Introduction », in A. MARTIN, Expériences démocratiques et droit constitutionnel en Amérique latine. L’exemple

du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 9-21, spéc. à la p. 11.


505 J-M. BLANQUER, « Consolidation démocratique ? Pour une approche constitutionnelle », Pouvoirs, n° 98, 2001, pp. 37-47. Voy.

aussi la possibilité de destitution des Présidents latino-américains. Le Brésil offre un cas illustratif. M. FIGUEIREDO, « Judiciarisation
du processus de destitution de la Présidente de la République devant la Cour suprême fédérale. Retour sur les pédalages fiscaux et
scandales de corruption au Brésil », Constitutions, 2016, pp. 252-259.
97
Un nouveau type de séparation des pouvoirs serait en vigueur en Amérique latine. Pour Andreas
LUCAS GARIN, le présidentialisme (mieux le régime présidentiel) constitue une variante de la
séparation des pouvoirs qui, avec un gouvernement démocratique et représentatif, donne la
prééminence au Président élu dans le cadre d’élections au suffrage universel, assisté dans ses tâches
par des ministres qu’il nomme et révoque, qui agit en tant que Chef de l’Etat et de chef du
gouvernement tout en étant politiquement responsable devant un législatif populaire, et qui est séparé
du pouvoir judiciaire 506 . Cette affirmation rejoint assez largement l’état du régime politique
vénézuélien, d’inspiration présidentielle, mais qui se rapproche plus de l’idée d’un certain
présidentialisme au sens péjoratif et mâtiné de quelques éléments du parlementarisme.

En effet, aux termes de la Constitution vénézuélienne du 30 décembre 1999, adoptée par l’Assemblée
nationale constituante et approuvée par le référendum populaire, le Président de la République dirige
l’action du gouvernement, nomme et démet de leurs fonctions le Vice-président et les ministres qui
sont ses collaborateurs non concurrents dans la mesure où l’article 229 de la Constitution interdit à
ces derniers de se porter candidats à l’élection présidentielle. Limité initialement à 6 ans une fois
renouvelable, le mandat du Président de la République est illimité depuis la révision constitutionnelle
approuvée par référendum le 15 février 2009 dans l’optique, entre autres, de permettre au Président
HUGO CHAVEZ de se porter candidat. Les mécanismes du parlementarisme de la Constitution du
Venezuela résultent du fait que le vice-président et les ministres peuvent faire l’objet de motions de
censure par l’Assemblée nationale à la majorité des 3/5 des membres la composant. Le Président de
la République dispose du droit de dissoudre l’Assemblée nationale, notamment lorsque le
changement du Vice-président et des ministres à trois reprises dans une même période
constitutionnelle est la conséquence de l’approbation de motions de censure.

Il ressort de ce qui précède un mouvement constitutionnel de convergence du présidentialisme


américain vers des formes édulcorées du parlementarisme ou mieux l’immixtion de certains
mécanismes du parlementarisme dans les régimes présidentiels américains. Cette tendance témoigne
de cette évolution de la recherche d’une forme de régime politique qui soit adaptée aux réalités de
l’Etat concerné et ce, indépendamment de ce que professe l’orthodoxie des régimes politiques. A titre
d’exemple, la révision de la Constitution de l’Argentine du 24 août 1994, d’essence présidentielle,
introduit certains mécanismes du parlementarisme, notamment avec l’institution du Chef du
gouvernement, lequel est politiquement responsable devant le parlement. Les ministres sont
personnellement et collégialement responsables devant le Parlement. Ils peuvent faire l’objet d’une
motion de censure. Les rapports entre le Président et le gouvernement sont aussi teintés de certains
mécanismes du régime parlementaire. C’est le cas de l’irresponsabilité politique du Président du fait
que ses actes sont ratifiés et contresignés par le Chef du gouvernement et les autres ministres
secrétaires, faute de quoi lesdits actes ne sont pas valables (Art. 100). Dans cette optique, c’est pure
convention, injustifiée, que l’Argentine soit rangée dans les Etats ayant adopté le régime présidentiel
alors que la révision constitutionnelle précitée ancre l’Argentine dans le régime parlementaire.

Nous pouvons identifier de nombreux rapprochements entre les expériences du régime présidentiel
en Amérique latine et dans les Etats africains : la prééminence du Président de la République
corrélativement à l’affaiblissement d’autres institutions qui lui sont politiquement subordonnées ; son
élection au suffrage universel direct pour un mandat à durée déterminée et dont le nombre est limité
nonobstant les tentatives avortées ou réussies d’élaguer ce verrou ; l’existence d’un gouvernement
placé parfois sous la responsabilité d’un Premier ministre responsable, dans une moindre mesure
devant l’Assemblée parlementaire élective. Le Président de la République demeure le détenteur

506 A. LUCAS GARIN, « Les particularités du principe de séparation des pouvoirs dans le système constitutionnel chilien et son
influence sur le présidentialisme », in A. MARTIN (dir.), Expériences démocratiques et Droit constitutionnel en Amérique latine.
L’exemple du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 93-130, spéc. à la p. 118.
98
exclusif du pouvoir exécutif ; il participe à l’exercice du pouvoir législatif par le biais du droit
d’initiative ; l’existence de la procédure d’empêchement définitif par sa mise en accusation.

Les considérations précitées démontrent que le régime présidentiel peut se manifester de différentes
manières. Au sein des régimes présidentiels, plusieurs nuances méritent d’être distinguées selon que
le Président dispose ou non d’un Premier ministre et d’une équipe gouvernementale, mais également
en fonction de la pratique politique du régime présidentiel qui peut se muer en régime
présidentialiste507.

Il résulte de ce qui précède que le régime présidentiel est avant tout une construction intellectuelle,
en d’autres termes un idéal-type sur la base de certains critères permettant de rendre intelligible le
régime politique américain. Or ce régime constitue une référence et par conséquent sa duplication
est impossible. Les régimes politiques s’inspirant de ce modèle, à l’instar du Bénin, de la Côte
d’ivoire, répondent au critère essentiel de l’irrévocabilité mutuelle entre le Président de la République
et le Parlement même si l’indépendance fonctionnelle n’est pas assurée. Par ailleurs, au sein de
l’Union européenne, Chypre est considéré comme l’Etat ayant adopté le régime présidentiel. Ce
dernier y fonctionne de manière proche au régime présidentiel en Afrique. On y retrouve un Conseil
des ministres, l'institution de l’initiative de loi au profit de l’Exécutif. Une autre particularité de
Chypre est l’existence d’un droit d’auto-dissolution508.

Les critères retenus pour l’identification du régime présidentiel participent de constructions


intellectuelles avec leur part de subjectivité. Dès lors la qualification de certains régimes politiques
comme de « type présidentiel » et non présidentiels constitue une distinction permettant de situer la
« spécificité du régime politique américain » et non le régime présidentiel considéré comme modèle.
Ceci est d’autant plus éloquent à propos du régime parlementaire dont le critère fondamental demeure
la responsabilité politique du gouvernement devant le parlement. Cependant, en dépit de son
adoption quasi unanime au sein des Etats de l’Europe, sa manifestation est loin d’être homogène et
laisse apparaître des spécificités, des exceptions liées à l’histoire, à l’identité constitutionnelle ou
encore aux contingences étatiques. Bref, le régime parlementaire ne s’exerce pas de la même manière
dans tous les Etats européens et ces différences ne constituent pas un obstacle pour considérer
certains Etats comme ayant adopté un régime politique de « type parlementaire ». Nous partageons
cette considération de Mathieu CARPENTIER : « (…). L’appartenance à un modèle est susceptible
de degrés, ou d’approximations à partir d’un cas paradigmatique (…). Un modèle est donc
susceptible de degrés ; il peut aussi connaître des variantes : cela implique que l’on n’ait pas
nécessairement un ensemble clos de critères tous nécessaires et suffisants, mais un ensemble variable
de critères, qui n’ont pas nécessairement tous vocation à s’appliquer en même temps ni dans tous les
cas »509.

Notons par ailleurs que plusieurs Etats africains et latino-américains s’étaient inspirés, entre les
années 1960-1990, du régime présidentiel américain en le dépouillant de ses éléments d’équilibre :
l’indépendance organique et l’irrévocabilité mutuelle. C’est pourquoi la doctrine a noté cette
« déformation » du régime présidentiel en le qualifiant de régime présidentialiste.

4. Le régime présidentialiste comme déformation du régime présidentiel

507
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 529.
508 G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 57.
509 M. CARPENTIER, « Pour de nouveaux modèles de justice constitutionnelle », RIDC, n° 1, 2016, pp. 180-219, spéc. à la p. 185.

99
Dans le langage courant, par présidentialisme il convient d’entendre « les régimes qui se sont inspirés
du système des Etats-Unis mais qui n’ont pas respecté ce qui en fait le mérite essentiel, le partage
équilibré des pouvoirs et ont laissé le Chef de l’Etat accaparer toute l’influence politique »510. Le
régime présidentialiste est généralement considéré comme une dénaturation du régime présidentiel
ou mieux une application déformée du régime présidentiel. Et pourtant pour certains auteurs le
présidentialisme constitue le régime approprié pour une certaine tradition culturelle (voy. la partie
consacrée aux régimes politiques en Afrique). Dans le langage courant, par présidentialisme il
convient d’entendre « les régimes qui se sont inspirés du système des Etats-Unis mais qui n’ont pas
respecté ce qui en fait le mérite essentiel, le partage équilibré des pouvoirs et ont laissé le Chef de
l’Etat accaparer toute l’influence politique »511. Il convient de noter que ni l’équilibre des pouvoirs
et encore moins l’influence politique du Chef de l’Etat ne servent de critères essentiels pour
caractériser le régime politique africain.

Le présidentialisme trouve sa source dans la conjonction de facteurs institutionnels et politiques. En


effet, il se traduit par une hypertrophie du pouvoir du Président de la République qui s'identifie à
l'exécutif et dispose de ressources juridiques et politiques lui permettant d'intervenir et de prendre
une part active au travail législatif qu'il peut ainsi orienter grâce à des moyens constitutionnels par
lesquels il peut agir sur l'ordre du jour, bloquer certaines initiatives du législateur, imposer ses projets
et, s'il y a lieu, « punir » l'Assemblée en prononçant sa dissolution, alors qu'il n'est pas responsable
devant elle. Le facteur politique de la prééminence présidentielle est le fait partisan car dans le
présidentialisme le Chef de l'Etat est en même temps le Chef du parti qui contrôle le fonctionnement
de l'Assemblée parlementaire qui devient ainsi une institution non pas d'équilibre mais de
concrétisation des idéaux du Président de la République. En un mot, le présidentialisme est un
système d'organisation des idéaux du Président de la République. Il constitue un système
d'organisation politique reposant sur l'omnipotence d'un Président de la République contrôlant
directement l'Exécutif qui procède de lui et dominant l'Assemblée nationale par le biais du parti
majoritaire ou unique dont il est le Chef. En d’autres termes le présidentialisme suppose un fort
déséquilibre entre les pouvoirs, avec une prédominance marquée du Président sur les pouvoirs
législatif et judiciaire512.

La dénaturation du régime présidentiel procède de difficultés objectives d’importation de cette


recette juridico-politique en dehors de son berceau. Ont été considérés comme des régimes
présidentialistes ceux qui ont été adoptés en Amérique latine et en Afrique au cours des décennies
1960-1990. En effet, les Etats latino-américains et africains s’étaient inspirés du modèle américain
avant que la vague du renouveau constitutionnel des années 1990 n’assenât un coup au
présidentialisme et ce, sans toutefois que ses vestiges ne puissent disparaître de la pensée de certains
dirigeants africains en « régression démocratique » par rapport aux aspirations et attentes du nouveau
constitutionnalisme.

Le présidentialisme africain a été dicté, selon Jean-Louis ESAMBO, par la nécessité d’établir, à la
faveur des fréquentes révisions constitutionnelles, un gouvernement suffisamment fort capable de
surmonter les divisions ethniques, consolider l’unité nationale et imposer, au besoin, les sacrifices
qu’exige l’accélération du développement économique. Dans ce régime, les textes constitutionnels
510 B. JEANNOT, Droit constitutionnel et institutions politiques, cité par A. KPODAR, « Bilan sur un demi-siècle de
constitutionnalisme en Afrique noire francophone », in F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle
pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 89-126, spéc. à la p. 91.
511 B. JEANNOT, Droit constitutionnel et institutions politiques, cité par A. KPODAR, « Bilan sur un demi-siècle de

constitutionnalisme en Afrique noire francophone », in F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle
pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 89-126, spéc. à la p. 91.
512 A. BORDALI SALAMANCA et F. PAREDES PAREDES, “ Le régime présidentiel chilien et les relations entre les pouvoirs de

l’Etat dans la Constitution chilienne », in A. MARTIN (dir.), Expériences démocratiques et Droit constitutionnel en Amérique latine.
L’exemple du Brésil et du Chili, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 63-91.
100
attribuent au Chef de l’Etat des prérogatives exorbitantes qu’il ne saurait exercer en régime
présidentiel classique, telles que l’initiative législative, le droit de dissolution, la fixation de l’ordre
du jour des assemblées parlementaires. A cette omnipotence du Président de la république s’était
ajouté le culte de la personnalité du Chef véhiculé par le parti unique à travers des slogans, des
chansons, des affiches, des émissions radiodiffusées et télévisées autour du Président de la
République magnifié par les uns de Guide, Président-Fondateur, par d’autres du Flambeau de la
révolution, du Père de la nation, du Guide éclairé, etc513.
Selon Adrien MULUMBATI NGASHA, le régime présidentialiste a connu, en Afrique, plusieurs
formes, dont les principales sont le présidentialisme rationalisé, le présidentialisme bureaucratique,
le présidentialisme parlementaire et le présidentialisme partisan. Le présidentialisme rationalisé se
serait développé dans certains Etats, notamment le Ghana et la Tanzanie en 1960. Leurs Constitutions
disposaient que le chef du parti vainqueur devenait automatiquement le Président de la République.
Le Président de la République était le Chef de l’Exécutif et n’était responsable que devant le peuple.
Il avait le droit de veto sur les textes législatifs que lui présentait le Parlement qu’il pouvait dissoudre.
Le présidentialisme bureaucratique était caractérisé par une multiplicité des structures
gouvernementales et administratives étroitement imbriquées.
Le présidentialisme parlementaire est à mi-chemin entre le présidentialisme absolu et le
présidentialisme classique. Le Parlement y dispose de mécanismes pour contrôler et éventuellement
limiter l’action du gouvernement sous l’œil vigilant du Président de la République. A titre illustratif
le Parlement peut interpeller les membres du gouvernement pris isolément ou toute l’équipe
gouvernementale. Il ne peut pas par un vote de défiance ou par une motion de censure renverser ni
les ministres du gouvernement pris isolément ni l’équipe gouvernementale. Les interpellations du
Parlement contre le gouvernement servent uniquement d’indicateur au Président de la République
devant lequel le gouvernement est responsable et qui peut seul le révoquer. Le Président y détient
aussi l’initiative des lois, peut convoquer le Parlement en session ordinaire.
L’auteur constate aussi qu’il y a dans le présidentialisme parlementaire le dualisme de l’exécutif par
la présence, à côté du Président de la République, de la figure du Premier ministre. En dépit de cette
présence, le Président de la République continue à jouer le rôle de premier plan. Quant au
présidentialisme partisan, il constitue la synthèse des techniques de parti unique et celles de
suprématie présidentielle. Les structures du parti et celles de l’Etat se confondent514. Un autre régime
de prédilection pour les Etats africains serait constitué par le régime semi-présidentiel qui fait l’objet
de traitement dans le cinquième chapitre. Certains régimes politiques arabes présentent aussi
certaines affinités avec les régimes présidentialistes du point de vue d’une fusion ou confusion du
pouvoir au profit de l’Exécutif.

5. Les régimes politiques arabes et la confusion des pouvoirs

Les régimes politiques arabes trouvent difficilement place dans les manuels de droit constitutionnel.
Ce constat est appuyé par Thierry RAMBAUD qui considère que du fait de nombreuses différences
entre les régimes politiques occidentaux et les Etats de droit musulman, les principes du droit public
musulman sont occultés dans l’renseignement du droit constitutionnel en général et en particulier
dans les écrits du droit constitutionnel comparé 515 même si certains ouvrages généraux peuvent

513 A. MULUMBATI NGASHA, Le peuple et la démocratie en Afrique, Louvain-La-Neuve, Academia L’Harmattan, 2019, p. 162.
514 A. MULUMBATI NGASHA, op.cit., pp. 162-164.
515 T. RAMBAUD, « Eléments de réflexion sur la place des principes du droit public musulman (A’AMFIAL ISLAM) » dans

l’enseignement du droit constitutionnel », Revue internationale de droit comparé, 2012, n° 4, pp. 853-865.
101
consacrer des pans entiers à l’illustration des régimes et des systèmes politiques de certains Etats
arabes516.

Nous englobons la majorité des Etats arabes dans lesquels prédomine la conception divine du pouvoir
comme étant des Etats entretenant une confusion des pouvoirs. Le poids de l’islam sur la conception
et même l’exercice du pouvoir est déterminant. LAHOUARI ADDI observe que les pays arabes
semblent réfractaires à la vague de transition démocratique. Il y prédomine une culture politique
considérant que la gestion de l’Etat relève des prérogatives des dirigeants détenant à vie le pouvoir
sans avoir à rendre compte de son exercice aux administrés. Elle n’exclut pas les révoltes sporadiques
quand des catégories de la population estiment qu’elles sont lésées dans la distribution des biens 517.

En Arabie saoudite, considérée comme une monarchie absolue, les pouvoirs du roi sont limités par
la Charia et la tradition. Les chefs de famille royale doivent avoir le soutien des Oulémas, les chefs
religieux. Les partis politiques ou syndicats ne sont pas autorisés, mais des élections sont organisées
depuis 2005 pour élire les conseillers municipaux. Depuis le printemps arabe de 2011, le roi a accordé
le droit de vote aux femmes 518 . Le monarque saoudien est à la fois chef de l’Etat, chef du
gouvernement et chef de l’armée. Il détient tous les pouvoirs : idéologique et politique ; législatif,
exécutif et judiciaire. La concentration du pouvoir entre les mains du Chef de l’Etat constitue la clef
de voûte du régime constitutionnel saoudien. Il dirige l’Arabie et le gouvernement suivant le Coran
et la charia. La répartition tripartite des pouvoirs opérée par la Loi fondamentale est purement
formelle dans la mesure où elle précise que le roi demeure la source unique de tous les pouvoirs, y
compris le pouvoir judiciaire censé être indépendant519.

Les huit monarchies arabes sont divisées en deux catégories : le premier groupe comprend le Maroc
et la Jordanie où les souverains règnent seuls, sans la présence de leur famille, mais en accord avec
des élites cooptées ou issues de processus électoraux législatifs. Le Maroc a adopté le régime
parlementaire. Le second est constitué des monarchies dynastiques du Golfe : L’Arabie saoudite,
Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Koweït et le Qatar, où les familles royales/régnantes détiennent
le quasi-monopole du pouvoir politique. Le sultanat d’Oman fait figure d’exception dans la mesure
où le sultan monopolise l’ensemble des portefeuilles régaliens. De ce fait, Oman représente la seule
monarchie absolue du monde arabe520. Le régime politique du royaume du Qatar est celui d’une
monarchie absolue. L’émir est désigné de manière héréditaire et est le Chef de l’Etat et du
gouvernement. L'existence d’un Conseil consultatif donne l’apparence d’un pouvoir parlementaire.
Il est composé de 35 membres nommés pour quatre ans par le Premier ministre. Ce Conseil n’exerce
aucun pouvoir décisionnel mais émet de simples avis. Aucun parti politique n’est autorisé au Qatar
et seules des élections communales ouvertes à tous les citoyens sont organisées à partir de 1999. La
Charia est source de droit et la Constitution s’y réfère521.

Les différents Etats arabes, dans leur diversité, ont connu ces dernières années, à des degrés divers,
d’importantes réformes constitutionnelles tendant vers une certaine ouverture démocratique, quoique
timide dans beaucoup de ces Etats. C’est dans cette optique que certains régimes politiques arabes522,
quoique se prononçant ouvertement en faveur de la religion islamique en tant que religion officielle

516 A titre illustratif, A. BOZZO, P.-J. LUIZARD (dir.), Vers un nouveau Moyen-Orient ? Etats arabes en crise entre logiques de
division et sociétés civiles, Rome, Roma Tre-Press, 2016.
517 LAHOUARI ADDI, « Pluralisme politique et islam dans le monde arabe », Pouvoirs, n° 104, 2003, pp. 85-95.
518
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 548.
519
A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Forme de l’Etat. Forme du gouvernement. Organisation des pouvoirs publics. Système
partisan, Paris, Gualino Lextenso, 2021, p.44.
520 FATIHA DAZI-HENI, « La résilience des monarchies du Golfe dans un monde arabe en plein tumulte », Pouvoirs, n° 152, 2015,

pp. 25-42.
521
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 685 et s.
522 M.FLORY et alii, Les régimes politiques arabes, Paris, PUF, 1991.

102
de l’Etat, assurent une certaine séparation des pouvoirs et se cristallisent dans des régimes
développant la séparation des pouvoirs qu’elle soit de type souple ou rigide. A titre illustratif le
Maroc, la Tunisie, l’Algérie s’inscrivent dans le régime parlementaire « pur » (Maroc) alors que la
Tunisie et l’Algérie développent le parlementarisme de type semi-présidentiel. La Syrie et l’Egypte
se rapprochent de ces deux Etats. La Turquie oscille entre un régime parlementaire à direction
présidentielle, mais qui a abouti vers un régime présidentiel à partir de la réforme constitutionnelle
amorcée en 2007. Selon Anne-Charlène BEZZINA et Michel VERPEAUX, l’amendement
constitutionnel adopté par le parlement turc en 2017 et approuvé par référendum en 2018 a fait passer
la Turquie d’un régime parlementaire à un régime présidentiel au vu des pouvoirs que récupère le
Président qui est en même temps chef du gouvernement et de la majorité parlementaire523.

Ces variations prouvent à quel point il est difficile de rattacher tous les Etats arabes à des régimes
politiques clairement identifiés. Ils sont nombreux et diversifiés dans leurs textes et pratiques
constitutionnels. C’est par un effort de synthèse que nous nous sommes efforcé à rendre compte,
partiellement, de régimes politiques organisés dans quelques Etats arabes. La plupart des Etats arabes
n’opèrent pas une distinction nette entre le religieux et le temporel. Le pouvoir est confondu avec la
religion à telle enseigne que l’Etat s’identifie politiquement à la religion. Cette situation est de nature
à créer une confusion des pouvoirs.

L’influence de la religion sur l’exercice du pouvoir est tellement prégnante qu’il est inconcevable
que la source du pouvoir soit logée dans la nature humaine. En effet comme le soutient Ahmad
BEYDOUN, « dès qu’on se rallie à une Loi de facture divine, il devient laborieux d’admettre la
légitimité d’une quelconque concurrence humaine aux prescriptions de cette Loi et a fortiori l’idée
de souveraineté populaire. La connaissance et l’obédience dont la Loi sacrée peut être l’objet de la
part de l’ensemble des citoyens ou de leur majorité étant, par nature, incontrôlables, ce n’est qu’à
contre cœur que les Gardiens attitrés de cette Loi acceptent l’exercice, en lieu et place de Celle de
Dieu, de la volonté du peuple »524.

Après avoir présenté les régimes parlementaires et présidentiels dans leurs différentes déclinaisons,
il importe de relever que ces régimes ont exercé une forte influence sur certains Etats ayant donné
lieu à des régimes politiques mixtes.

CHAPITRE CINQUIEME: LES REGIMES POLITIQUES MIXTES

Un régime politique n'est pas un article d'exportation mais une réponse institutionnelle à des exigences,
aspirations et attentes d'un environnement. En d'autres termes, il faut des solutions nationales à la
problématique du régime. Le régime parlementaire et le régime présidentiel qui sont les deux
catégories classiques d'organisation des régimes politiques n’ont pas été intégralement repris dans leur
organisation et fonctionnement dans les Etats qui s’en sont inspirés comme modèles. Alors que le
régime parlementaire a vocation à se répandre et à s’adapter aux différents contextes étatiques avec
moins d’obstacles, l’observation renseigne que le régime présidentiel (américain) peine à faire l’objet
d’une réappropriation dans quelques Etats. Il a produit dans certains des formes de déviation ou de
déformation que la doctrine courante qualifiait de régime présidentialiste.

Etant une réponse institutionnelle à un mode d’organisation du pouvoir et des rapports entre les
institutions politiques, un régime politique étranger ne peut faire l’objet d’une duplication dans un
autre Etat, car la culture politique, l’identité nationale constituent aussi des facteurs entrant en jeu dans
la définition d’un régime politique. Dès lors un régime politique étranger considéré comme modèle ne
523
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 552.
524 A. BEYDOUN, « Chiisme et démocratie », Pouvoirs, 2003/1, n° 104, pp. 33-43, spéc. p. 33.
103
peut constituer qu’une source d’inspiration à degré variable dans le choix d’un autre régime politique.
Les emprunts dont il peut faire l’objet conjugués à un effort de domestication conduisent à des formes
intermédiaires des régimes politiques considérés comme mixtes du fait qu’ils s’inspirent de deux
régimes politiques classiques en retenant certains de leurs éléments jugés en harmonie avec les
aspirations et attentes de l’Etat en question. Ces régimes mixtes ont été diversement appelés semi-
présidentiels ou semi-parlementaires, même si au regard du critère fondamental de la responsabilité
politique du gouvernement, ils devraient être considérés comme des variantes ou de sous-catégories
du régime parlementaire. Un autre régime politique mixte est constitué par celui institué en Suisse. La
Suisse présente un régime politique sui generis appelé tantôt de régime directorial tantôt de régime
collégial. Nous allons d’une part étudier les régimes semi-présidentiels avec un crochet sur le régime
semi-parlementaire et le régime directorial ou suisse d’autre part.

1 Le régime semi-présidentiel

A. Orientations générales

Le régime semi-présidentiel est défini par le Lexique de science politique comme un « régime associant
des caractéristiques du régime parlementaire, auquel il emprunte l’existence d’un gouvernement et d’un
Premier ministre responsables devant le parlement, et du régime présidentiel, auquel il emprunte
l’élection du Président au suffrage universel »525. L’encadrement du régime semi-présidentiel dans les
régimes politiques mixtes obéit à une présentation plus pédagogique que pour des considérations de
conviction personnelle de l’auteur de ce cours. Michel Troper nous développe quelques considérations
permettant d’exclure le régime semi-présidentiel du régime politique mixte : « Il faut d’abord souligner
que, d’un point de vue logique, ce régime n’a rien de mixte. Une classe mixte en effet comprend tous
les objets qui présentent à la fois tous les caractères des classes simples. C’est ainsi que si les animaux
sont divisés en aquatiques et non aquatiques, la classe mixte est composée d’animaux qui sont à la fois
aquatiques et non aquatiques. Un régime mixte devrait donc être à la fois parlementaire et présidentiel,
mais, comme le régime parlementaire se définit par la responsabilité et le présidentiel par l’absence de
responsabilité, il faudrait pour être mixte, que le régime comporte à la fois la responsabilité et l’absence
de responsabilité, ce qui est évidemment absurde »526.

Maurice DUVERGER est considéré comme le « géniteur » ou celui qui a « découvert » le régime semi-
présidentiel inauguré dans la onzième édition de son ouvrage 527. Dans une contribution à un ouvrage
collectif consacré aux régimes semi-présidentiels, Maurice DUVERGER en fournit la définition et les
éléments caractéristiques. Par régime semi-présidentiel il entend les institutions d’une démocratie
d’Occident qui réunissent les deux éléments suivants : 1° Un Président de la République élu au suffrage
universel et doté de notables pouvoirs propres ; 2° Un Premier ministre et un gouvernement
responsables devant les députés. Les institutions ainsi définies sont en partie présidentielles, en partie
parlementaires. Il recense à l’époque l’existence de sept (7) Etats correspondant ou ont correspondu à
ces critères : la République de Weimar (1919-1933) ; la Finlande depuis 1919, l’Autriche depuis 1929,
l’Irlande depuis 1937, l’Islande depuis1945, la France depuis 1962, et depuis 1976 le Portugal 528.

Les deux traits caractéristiques de ce régime peuvent être résumés : l’existence d’un Président élu au
suffrage universel (direct) et disposant de pouvoirs propres d’une part et l’existence d’un Premier
525 O. NAY (dir.), Lexique de science politique, 4è éd., Paris, Dalloz, 2017, p. 523.
526 M.TROPER, « Vices et vertus du système semi-présidentiel à la française. Quelques réflexions après les élections de 2017 et
quelques mois d’exercice du pouvoir », Teoria Politica, Annali VIII, 2018, pp. 203-217. [En ligne], 8 | 2018, mis en ligne le 01
novembre 2018, consulté le 26 mai 2020. URL : http:// journals.openedition.org/tp/335, p.. 207
527 M. DUVERGER, Institutions politiques et droit constitutionnel, Paris, Puf, 1970, p. 277. L’auteur va consacrer sur ce régime

d’autres contributions.
528 M. DUVERGER, « Le concept de régime semi-présidentiel », in M. DUVERGER (dir.), Les régimes semi-présidentiels, Paris,

PUF, 1986, pp. 7-17, spéc. à la p. 7.


104
ministre, Chef du gouvernement soumis à la responsabilité du Parlement d’autre part. Pour Maurice
DUVERGER, la France avait opéré une mutation en 1962 entre le régime parlementaire (ancien) et le
régime semi-présidentiel (nouveau). Il soutient que la réforme constitutionnelle du 6 novembre 1962 a
décidé que le Président de la République serait désormais élu au suffrage universel. Elle a profondément
modifié la Constitution de 1958. Ainsi a pris fin la République parlementaire établie depuis 1875. Pour
lui, cette élection du Président de la République au suffrage universel transforme le régime
parlementaire en un régime nouveau, à caractère mixte qu’il qualifie de régime semi-présidentiel529.

Olivier DUHAMEL propose une autre clé de lecture pour dégager le régime politique français en le
distinguant du système politique. Pour lui le régime politique français peut être qualifié de régime semi-
présidentiel (présence d’un Président élu au suffrage universel direct et doté de pouvoirs propres,
présence d’un Premier ministre et d’un gouvernement qui exercent le pouvoir exécutif avec le Président
et sont responsables devant l’Assemblée). Par contre le système politique français peut être considéré
à dominante présidentialiste (hors cohabitation)530.
Pour Luc SINDJOUN, le régime semi-présidentiel de type bicéphale équivaut au régime semi-
parlementaire 531 . Le régime semi-présidentiel nigérien défini à partir de l’arrêt de la Chambre
constitutionnelle précitée est celui dans lequel « les élections législatives décident de l’alternance ou de
la pérennité au pouvoir » 532 . La Constitution tunisienne du 27 janvier 2014 consacre un « régime
parlementaire à correctif présidentiel ou semi-présidentiel » selon l’expression utilisée par Jamil
Sayah533.

B. Les traits caractéristiques du régime semi-présidentiel

Le régime semi-présidentiel se caractérise par l’existence d’un Président élu au suffrage universel et
disposant de larges pouvoirs, d’un gouvernement responsable devant l’Assemblée représentative, la
faculté pour le Président de la dissoudre. Ce dispositif constitutionnel a inspiré beaucoup de constituants
de l’Afrique francophone et de certains Etats de l’Europe orientale et centrale (RDC, Mali, Sénégal,
Niger, Cameroun, Togo, Tchad, Burkina Faso, Bulgarie, Pologne, Roumanie, Croatie, Slovénie, la
Russie dans une certaine mesure).

La Constitution du Niger du 26 décembre 1992 avait consacré un régime politique mixte qualifié par la
chambre constitutionnelle de la Cour suprême du Niger de régime politique « de type semi-présidentiel
avec un exécutif bicéphale » 534 . Sans constituer l’un des traits caractéristiques du régime semi-
présidentiel, la cohabitation en est une hypothèse concrète se traduisant par l’existence d’une majorité
parlementaire et d’un gouvernement qui en constitue l’émanation et l’existence d’un Président de la
République investi par un vote populaire au suffrage universel, mais dont le contrôle de l’exécutif lui
échappe car dominé par le Premier ministre et son gouvernement.

C. La cohabitation

La cohabitation constitue donc « une situation résultant d’un antagonisme politique fondamental entre
le titulaire de la présidence de la République et la majorité à l’Assemblée nationale à la suite de l’élection
de l’un ou de l’autre »535. Elle opère une inversion de la dyarchie inégalitaire entre le Président de la
529 M. DUVERGER, Le système politique français. Droit constitutionnel et systèmes politiques, 19 è éd., Paris, PUF, 1986, p. 178.
530 O. DUHAMEL, Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Seuil, 2009, p. 444 et s. En d’autres termes un régime semi-
présidentiel et un système présidentialiste.
531
L. SINDJOUN, op.cit., p. 576 et s.
532 L. SINDJOUN, op.cit., p. 577.
533 J. SAYAH, L’acte II de la Révolution tunisienne : La Constitution, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 228.
534 Chambre constitutionnelle de la Cour suprême de Niger. Arrêt n° 95-05/CH.CONS du 5 septembre 1995.
535 M. DE VILLIERS et A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 48.

105
République et le Premier ministre. Comme le soulignent Philippe ARDANT et Olivier DUHAMEL,
cette inversion résulte du fait qu’« A la suprématie présidentielle des temps ordinaires se substitue la
suprématie primo-ministérielle » 536 . La France a connu trois périodes de cohabitation (1986-1988 ;
1993-1995 et 19997-2002).
La cohabitation intéresse de plus en plus la doctrine537. En plus de cas français de cohabitation qui sont
généralement connus, certains auteurs constatent que la cohabitation, l’une des manifestations du
régime semi-présidentiel est aussi expérimentée dans d’autres Etats comme la Mongolie, la Pologne et
le Portugal538.

D. Classification des régimes semi-présidentiels

Le régime semi-présidentiel ne se manifeste pas de la même manière dans tous les Etats étudiés par
Maurice DUVERGER et qui sont en Occident. Certains existent, d’autres ont connu des
changements539. Dans les pays à Constitutions semi-présidentielles, on trouve des régimes à présidents
forts comme en France et en Finlande, des régimes à présidents effacés comme en Autriche, en Irlande
et en Islande, et des régimes dyarchiques comme au Portugal ou en République de Weimar.

D.1 Modèle d’analyse fondé sur les prérogatives du Président de la République

Tenant compte des pratiques du système semi-présidentiel dans les différents Etats, Maurice
DUVERGER centre son analyse sur les pouvoirs du Président de la République qui font l’originalité
des régimes semi-présidentiels. Il se sert d’une part de l’importance des prérogatives constitutionnelles
du Chef de l’Etat et d’autre part de l’importance de ses pouvoirs effectivement pratiqués. Il établit à cet
effet deux échelles : l’une des prérogatives constitutionnelles du Président et l’autre des pouvoirs
effectifs du Président.

D.1.1 L’échelle des prérogatives constitutionnelles du Président

Trois blocs de pays sont à distinguer

- Les régimes à faibles prérogatives présidentielles : Irlande et France. En Irlande, les


prérogatives du Président sont si faibles qu’on hésite à qualifier le régime de semi-
présidentiel. Le Chef de l’Etat ne peut décider seul, sans l’accord du Premier ministre que
pour demander à la Cour suprême de vérifier la constitutionnalité d’une loi votée par le
Parlement. Il possède également un pouvoir de blocage pour refuser la dissolution qui lui
réclame un Premier ministre. En France, les prérogatives présidentielles sont beaucoup plus
importantes. A titre illustratif, le Prèsident peut dissoudre l’Assemblée nationale sans
l’accord du gouvernement, qu’il peut recourir au referendum avec l’accord du Parlement,
qu’il peut bloquer la volonté du gouvernement sur la politique extérieure etc.

- Régimes à prérogatives présidentielles moyennes : Autriche, Portugal, République de


Weimar. Dans ces trois Etats le Président peut révoquer le Premier ministre en dehors de tout

536 Ph. ARDANT et O. DUHAMEL, « La dyarchie », Pouvoirs, n° 99, 1999, pp. 5-24, spéc. à la p. 8.
537 OLEH PROTSYK, “ Intra-Executive Competition Between President and Prime Minister: Patterns of Institutional Conflict and
Cooperation Under Semi-presidentialism”, Political Studies, Vol. 54, 2006, pp. 219-244; R. ELGIE & Iain MC MENAMIN,
« Explaining the Onset of Cohabitation Under semi-Presidentialism”, Working Papers in International Studies, Dublin City University,
n° 12, 2010;
538 R. ELGIE & Iain MC MENAMIN, « Explaining the Onset of Cohabitation Under semi-Presidentialism”, Working Papers in

International Studies, Dublin City University, n° 12, 2010.


539 Les sept Etats analyses par Maurice DUVERGER sont la France, la Finlande, l’Islande, le Portugal, l’Autriche, l’Irlande et

l’ancienne République de Weimar.


106
vote de défiance ou de censure, et naturellement de toute démission volontaire. La
Constitution de l’Autriche ne comporte pas d’autre prérogative importante pour le Président.
Celle du Portugal lui reconnaît de plus un droit de veto sur certaines lois. Sur la plupart, il
possède seulement un droit de renvoi en seconde lecture. En république de Weimar, le
Président pouvait soumettre à referendum tout projet de loi voté par le Parlement.

- Régimes à prérogatives présidentielles fortes : Islande et Finlande. En Islande, le Président


de la République dispose du même droit de veto que dans la République de Weimar : c’est-
à-dire qu’il peut soumettre à référendum toute loi votée par le Parlement. Il peut aussi édicter
des lois provisoires dans l’intervalle des sessions parlementaires. Toutes les décisions
législatives et gouvernementales doivent être signées par le Président, ses propres décisions
devant elles-mêmes porter le contreseing d’un ministre. la Constitution de Finlande associe
moins étroitement le Président et le gouvernement. chacun d’eux a son domaine propre où il
peut agir sans dépendre de l’autre. A titre illustratif, le Chef de l’Etat peut contrôler
l’Administration, faire procéder à des inspections, demander des explications aux chefs de
service sans que les ministres aient rien à y voir.

D.1.2 L’échelle des pouvoirs effectifs du Président de la République

Cette échelle est différente de la première car elle analyse concrètement ou dans les faits l’étendue et
l’exercice des prérogatives présidentielles et ce, au-delà de leur simple consécration dans les
constitutions des Etats étudiés. Maurice DUVERGER distingue à ce propos trois régimes semi-
présidentiels : régimes semi-présidentiels en apparence, régimes semi-présidentiels à dyarchie variable
et enfin un régime à présidence hégémonique

- Régimes semi-présidentiels en apparence : Islande, Irlande et Autriche. En Islande où les


prérogatives du président sont considérables, elles ne sont jamais exercées en fait. En Irlande,
où elles sont très faibles, elles sont très rarement exercées. En Autriche, les présidents se sont
opposés à la formation de majorité de droite dans l’après-guerre mais n’ont pratiquement pas
exercé leurs pouvoirs ensuite. Il conclut que ces trois Etats ont des Constitutions semi-
présidentielles mais pratiquent effectivement des régimes parlementaires.

- Régimes à dyarchie variable : République de Weimar, Portugal, Finlande. Dans l’Allemagne


de Weimar, le régime semi-présidentiel a fonctionné avec une alternance de pouvoir
présidentiel fort et de pouvoir présidentiel effacé. En période de crise, le Chef de l’Etat a
recouru à des gouvernements sans majorité parlementaire. Le reste du temps, le régime
fonctionnait comme un système parlementaire. Au Portugal, le Président a usé de ses
prérogatives constitutionnelles en 1976-1979, mais s’est trouvé gêné pour le faire en 1980-
1983 par l’existence d’une majorité parlementaire qui lui était opposée. En Finlande, seul
pays pratiquant le régime semi-présidentiel depuis plus d’un demi-siècle, avait connu avant
la guerre une alternance de présidents forts et de présidents faibles. Depuis 1945, le pouvoir
présidentiel s’est nettement renforcé et le Président a même dépassé ses prérogatives
juridiques puisqu’il a exercé le pouvoir de révoquer le Premier ministre sans en avoir le droit
d’après la Constitution.

- Un régime à présidence hégémonique : la France. Depuis 1962, la France pratique un régime


à présidence hégémonique, où le Chef de l’Etat est en pratique le véritable chef du

107
gouvernement et de la majorité. Sa position est l’inverse de celle de l’Islande si l’on compare
l’échelle des prérogatives juridiques et celle des pouvoirs effectifs 540.

Ce premier modèle d’analyse des régimes semi-présidentiels fondé sur les prérogatives
constitutionnelles et effectives du Président de la République ayant permis d’illustrer les deux
échelles précédentes, est complété par un deuxième modèle d’analyse fondé sur le pouvoir
majoritaire

D.2 Modèle d’analyse fondé sur le pouvoir majoritaire

Maurice DUVERGER désigne par pouvoir majoritaire, l’autorité que détient le Chef d’une majorité
parlementaire quand celle-ci est stable et disciplinée. Le développement du pouvoir majoritaire est
engendré dans les régimes occidentaux par la combinaison de deux facteurs : d’une part, un système
de partis reposant sur une bipolarisation ou sur une domination ; d’autre part, une forte discipline
intérieure des formations soutenant le gouvernement. Il propose, partant de ce pouvoir majoritaire,
une typologie des régimes semi-présidentiels répartie en 2 catégories : les régimes semi-présidentiels
sans pouvoir majoritaire ; les régimes semi-présidentiels avec pouvoir majoritaire. Ces deux
typologies tiennent aussi compte de la position du Président de la République par rapport au pouvoir
majoritaire s’il existe.

Les régimes semi-présidentiels sans pouvoir majoritaire. La Finlande et la République de Weimar


illustrent ces cas dans lesquels le Parlement n’avait pas réuni de majorité. L’institution présidentielle,
dans ce cas, peut constituer des gouvernements de crise en leur accordant les moyens nécessaires
pour gouverner. En même temps, l’impossibilité de constituer des majorités a affaibli les prérogatives
du président, et notamment le droit de dissolution.

Les régimes semi-présidentiels avec pouvoir majoritaire. Le pouvoir majoritaire introduit un nouvel
élément de puissance se combinant avec les prérogatives constitutionnelles du Président de la
République et avec celles du Premier ministre. Plusieurs figures s’y présentent en tenant compte de
la position du Président de la République. Si ce dernier se trouve du même côté que la majorité et si
celle-ci le reconnaît pour son chef, il devient titulaire du pouvoir majoritaire. Aux prérogatives que
la Constitution lui reconnaît, il adjoint celles que lui confère son autorité sur la majorité. Cette
autorité fait de lui le véritable chef du gouvernement. Le Premier ministre et les autres ministres sont
à la merci du Président qui les choisit, les révoque en les obligeant à démissionner, leur donne des
directives dont il contrôle l’exécution.

Par contre si le Président est opposé à la majorité, il se trouve obligé de désigner son leader comme
Premier ministre. Ce dernier prend un peu l’allure d’un chef de gouvernement de type britannique
puisqu’il est investi comme lui du pouvoir majoritaire qui assure l’obéissance des ministres et des
députés de la majorité. Concluant sur le système français, Maurice DUVERGER soutient que depuis
1962, un seul des régimes permettant au système semi-présidentiel français de s’appliquer a été qualifié
de « monisme majoritaire à hégémonie présidentielle ». En droit, le système demeure dualiste puisqu’il
y a deux organes investis directement par le suffrage universel : le Président de la République et
l’Assemblée nationale. En pratique, la seconde est subordonnée au premier par la volonté des citoyens
eux-mêmes, puisqu’ils choisissent la majorité parlementaire de façon à donner au Chef de l’Etat les
moyens de diriger effectivement la nation541.

540 M. DUVERGER, Le système politique français. Droit constitutionnel et systèmes politiques, 19 è éd., Paris, PUF, 1986, pp. 516-
521.
541 M. DUVERGER, Le système politique français. Droit constitutionnel et systèmes politiques, 19 è éd., Paris, PUF, 1986, pp.526-

5553.
108
E. L’application du régime semi-présidentiel

L’appellation régime « semi-présidentiel » est aussi accréditée par la jurisprudence. La Constitution du


Niger du 26 décembre 1992 avait consacré un régime politique mixte qualifié par la chambre
constitutionnelle de la Cour suprême du Niger de régime politique « de type semi-présidentiel avec un
exécutif bicéphale »542.

La Chambre constitutionnelle de la Cour suprême du Niger a eu l’occasion de définir le régime semi-


présidentiel au regard de la cohabitation : « (…). Considérant que pour la Cour, la notion de cohabitation
signifie l’existence de deux légitimités non convergentes sur leurs programmes politiques : le Président
de la République, élu au suffrage universel et le Premier ministre, issu d’une majorité parlementaire ;
que cela résulte de l’esprit même de la Constitution du 26 décembre 1992 qui a institué un régime
politique de type semi-présidentiel avec un exécutif bicéphale ; Considérant donc que lorsqu’à la suite
des élections législatives, la majorité présidentielle ne coïncide pas avec la majorité parlementaire, on
est en présence d’une alternance politique ; qu’il ne s’agit nullement d’une cogestion ou d’une
coresponsabilité ; Considérant que par conséquent lorsqu’un gouvernement, en vertu de cette
alternance, arrive au pouvoir sur la base d’un programme politique, il doit pouvoir mettre son
programme à exécution, ce d’autant plus qu’il est seul responsable, politiquement, devant l’Assemblée
nationale qui peut au besoin le sanctionner… »543.

Dans sa décision n°24-HCC/D3 du 12 juin 2015 relative à la résolution de mise en accusation du


Président de la République Hery RAJAONARIMAMPIANINA, la Haute Cour constitutionnelle de
Madagascar a dégagé la nature du régime semi-présidentiel malgache au § 7 de sa décision
susmentionnée : « Considérant que la Constitution de la quatrième République instaure un régime semi-
présidentiel, un régime de séparation souple des pouvoirs et de collaboration des pouvoirs ; que
l’autonomie des organes n’est pas la conséquence de l’isolement des organes mais, au contraire, celle
de leur rapprochement et des actions qu’ils peuvent exercer à l’égard des autres organes ; que dans la
pratique de ce type de régime, le Président de la République peut rencontrer aussi bien les députés de
sa majorité que ceux de l’opposition (…) »544. 545. Il en est de même du régime politique nigérien, repris
par la Constitution du 25 novembre 2010, considéré par un auteur comme ayant consacré le régime
semi-présidentiel qu’il oppose tour à tour au régime parlementaire et au régime présidentiel sans que
cette différence ne soit pas étanche dans le cadre de la comparaison avec le régime parlementaire 546.

Il résulte de ces deux arrêts que le régime semi-présidentiel s’inscrit mieux dans le régime parlementaire
du fait de l’existence du lien de confiance entre le gouvernement et le parlement d’une part et de la
séparation souple des pouvoirs d’autre part.

La doctrine ayant analysé le régime politique malgache le qualifie aussi de régime semi-présidentiel,
mais dans une optique différente du régime parlementaire.

Il nous semble que cette doctrine ainsi que cette jurisprudence africaine encensant le régime semi-
présidentiel soient plus proches de Maurice DUVERGER que d’autres auteurs considérant le régime
semi-présidentiel comme une variante, une sous-catégorie du régime parlementaire. Nous nous rallions

542 Voy. Chambre constitutionnelle de la Cour suprême de Niger. Arrêt n° 95-05/CH.CONS du 5 septembre 1995.
543 Arrêt n°95-05/CH.CONS du 5 septembre 1995 cité par L. SINDJOUN, op.cit., pp. 569-578, spéc. à la p. 576. Notre soulignement.
544
Décision disponible en ligne et consultée le 6 août 2015 : http://cdcbenin.org/decision-n24-hccd3-du-12-juin-2015-relative-a-la-
mise-en-accusation-du-president-malgache/
545 E. NGANGO YOUMBI, « Le juge constitutionnel et la rationalisation du régime politique malgache sous la IVè République »,

RDP, 2017, n°4, p. 999.


546 MOUSSA ZAKI, « Régime semi-présidentiel et séparation des pouvoirs », Afrilex 2017.

109
à cette thèse considérant le régime semi-présidentiel comme une variante ou une sous-catégorie du
régime parlementaire.

Est-il que « le régime semi-présidentiel » ou du moins le régime dont les caractéristiques correspondent
aux composantes du régime qualifié par les uns de « semi-présidentiel » aurait concurrencé les deux
régimes politiques classiques (le présidentialisme et le parlementarisme) à telle enseigne que certains
auteurs considèrent ce régime comme un nouveau type de séparation des pouvoirs ayant inspiré les
réformes de nombreux Etats au lendemain de la chute du mur de Berlin. Plus de cinquante Etats au
monde auraient opté pour ce régime. Ainsi la plupart des Etats africains, la Croatie, la Biélorussie,
l’Ukraine, la Roumanie, la Pologne et la Russie ont adopté ce nouveau type 547. La Roumanie et le
Portugal classés parmi les Etats ayant adopté le régime semi-présidentiel sont considérés comme des
régimes parlementaires avec président élu ou monarque fort548.

La Namibie, Etat anglophone, de tradition mixte, s’est dotée d’une Constitution le 9 février 1990 dans
la perspective de son indépendance de l’Afrique du Sud s’inspirant du dispositif constitutionnel (régime
semi-présidentiel)549.

Certains Etats scandinaves (Finlande et Islande) se sont inspirés de ce modèle. Par exemple en Finlande,
le Président était initialement élu par un Conseil de grands électeurs, puis au suffrage universel direct
depuis 1994. Le Président a paradoxalement vu son pouvoir se réduire en dépit de cette légitimité
populaire. Depuis 1991, le mandat n’est renouvelable qu’une seule fois et il est de six ans. Il ne dispose
plus de la faculté de dissoudre l’Assemblée. Cette évolution a été confirmée par la réforme de 2000,
qui déplace le pouvoir de nomination du Premier ministre et d’initiative de projets de loi de la
présidence vers le parlement. La position institutionnelle du Premier ministre se renforce
corrélativement à l’affaiblissement de la fonction présidentielle depuis deux ou trois décennies 550 .
L’Islande a également un Président, depuis 1944, élu au suffrage universel direct. C’est le premier Etat
au monde à avoir élu, en 1980, une femme à la fonction présidentielle551.

Pour le Professeur Adrien MULUMBATI NGASHA 552, le régime semi-présidentiel constituerait le


régime politique de droit commun en Afrique. En effet, dans une analyse synoptique de 54 Etats
africains, l’auteur recense 42 Etats qui se sont dotés du régime semi-présidentiel. Il retient
principalement deux critères pour dégager ledit régime : l’élection du Chef de l’Etat au suffrage
universel direct et le système des partis politiques (multipartisme avec parti dominant ou ultra-
dominant). Or ces deux critères ne sont pas pertinents aux fins de l’identification du régime politique
en général et du régime semi-présidentiel en particulier. Si ces deux critères qu’il utilise étaient
généralisés, la logique serait de nature à souligner qu’à l’exception des Etats où le Chef de l’Etat n’est
pas élu au suffrage universel direct, tous les autres Etats du monde se doteraient d’un régime semi-
présidentiel. Une telle conclusion est absurde. C’est pour cette raison que nous ne partageons pas cette
classification qu’il opère des régimes politiques en Afrique dans l’ouvrage précité.

La classification des régimes semi-présidentiels telle que proposée par Maurice DUVERGER n’établit
pas des frontières étanches avec le régime parlementaire dont s’inspirent ces régimes. Il en est de même
des critères retenus par le professeur Adrien MULUMBATI NGASHA pour rendre compte de régimes

547 C. SKACH, « The Newest separation of Powers : Semipresidentialism », International Journal of Constitutional Law, January

2007, vol. 5, pp. 93-121.


548
A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, pp. 661-675.
549 Pour un commentaire de ladite Constitution, B. CHANTEBOUT, « La Constitution namibienne du 9 février 1990, enfin un vrai

régime semi-présidentiel ! », RFDC, 1990, n° 3, p. 539.


550 Y. AUCANTE, Les démocraties scandinaves. Des systèmes politiques exceptionnels ?, Paris, Armand Colin, 2013, p.113 et s.
551 Y. AUCANTE, Les démocraties scandinaves. Des systèmes politiques exceptionnels ?, Paris, Armand Colin, 2013, p.113
552 A. MULUMBATI NGASHA, Le Peuple et la démocratie en Afrique, Louvain-La-Neuve, Academia L’Harmattan, 2019, pp. 21-

61.
110
semi-présidentiels en Afrique (l’élection du Chef de l’Etat et le système des partis politiques). En
d’autres termes, ces régimes semi-présidentiels ne constituent que des variétés des régimes
parlementaires. L’étendue des prérogatives présidentielles ou encore les modalités de désignation du
Chef de l’Etat ne constituent pas, dans l’état actuel des connaissances, des critères consolidés dans la
classification des régimes politiques. C’est pour ces différentes raisons que beaucoup d’auteurs ne sont
pas unanimes quant à l’identité ou l’autonomie du régime semi-présidentiel.

F. L’identité incertaine et critiques du régime semi-présidentiel

L’expression « régime semi-présidentiel », pourtant accréditée par certains auteurs tant français
qu’étrangers comme régime politique553, ne fait pas l’unanimité au sein de la doctrine française554. Pour
Richard MOULIN, le régime semi-présidentiel, combinaison d’élection présidentielle au suffrage
universel et de responsabilité politique du gouvernement s’avère difficile à cerner555. Les opposants à
cette expression soutiennent que les innovations introduites à partir de la révision constitutionnelle de
1962 n’ont pas ébranlé les fondements du parlementarisme rationalisé du fait du maintien du principe
de la responsabilité politique du gouvernement devant le Parlement, le critère essentiel de ce régime.

G. GARCASSONNE qualifie ce régime de parlementarisme à très forte domination présidentielle 556 ou


encore de « régime parlementaire à direction présidentielle »557. Par ailleurs Guy CARCASSONNE est
formel sur la nature du régime politique français : « (…). Ni présidentielle, ni même semi-
présidentielle, elle est tout bonnement parlementaire. Elle l’est juridiquement, puisqu’un régime est
qualifié parlementaire dès l’instant où l’exécutif y est responsable devant le législatif (…). Elle l’est
surtout politiquement, puisque, si une victoire à l’élection présidentielle donne des possibilités, seules
les élections législatives attribuent réellement le pouvoir »558.

Marie-Anne COHENDET ne retient pas l’expression « régime semi-présidentiel » satisfaisante dans la


mesure où on ne peut pas à la fois affirmer que les régimes parlementaires se définissent par la
responsabilité du gouvernement devant le parlement et prétendre, en même temps, que ces régimes ne
font pas partie de cette catégorie alors qu’ils ont cette caractéristique. Pour elle, le régime semi-
présidentiel constitue une sous-catégorie des régimes parlementaires et non une catégorie intermédiaire
entre le régime parlementaire et le régime présidentiel559. Cette idée est reprise par Anne-Charlène et
Michel VERPEAUX qui soutiennent que la catégorie des régimes semi-présidentiels pourrait se
retrouver dans les régimes parlementaires en écho à leur nature à la fois présidentielle et parlementaire.
Il est plutôt question ici des régimes parlementaires avec un Président de la République élu au suffrage
universel. Il existe dans ces régimes de multiples différences qui rendent impropre de les qualifier de
semi-présidentiels. Il peut arriver que le Président, bien qu’élu, n’ait en réalité aucun pouvoir réel 560.

553
C. SKACH, « The Newest Separation of Powers : Semipresidentialism », International Journal of Constitutional Law, January 2007,
vol. 5, pp. 93-121.
554 Cette thèse est en retrait et elle a été critiquée. Voy. notamment E. GROSSO, « La Francia », P. CARROZZA, A. DI GIOVINE. et

G.F. FERRARI (dir), Diritto costituzionale comparato, Bologne, Laterza, 2009, pp.158-195, spéc. aux pp.158-159.Certains y
perçoivent une « structure mixte parlementaire-présidentielle ». G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », M. TROPER et D.
CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 114-
157, p. 148.
555 R. MOULIN, « Election présidentielle et classification des régimes », Pouvoirs, n° 14, 1980, pp. 29-40, spéc. à la p. 39.
556 G. GARCASSONNE, La Constitution , dixième édition, Paris. Editions du Seuil, 2011, p.34.
557 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,

2015, p. 11.
558 G. GARCASSONNE, La Constitution , dixième édition, Paris. Editions du Seuil, 2011, p. 59. Notre soulignement.
559
M. A. COHENDET CHASLOT, Le Président de la République, Paris, 2ème édition, Dalloz, 2001, pp. 4-5 ; M-A. COHENDET,
« La classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel », L’architecture du droit.
Mélanges en l’honneur de Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314, spéc. p. 303 et s. Voy. aussi Ph. LAUVAUX et
Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p.215.
560 A.C. BEZZINA et M.VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 633 et s.

111
En effet, considérer par exemple que la France est un régime semi-présidentiel alors qu’elle est un
régime parlementaire dès lors que le gouvernement y est responsable devant le Parlement n’est pas
cohérent. Soit un régime fait partie d’un ensemble soit il n’en fait pas partie. Mais il ne peut pas à la
fois faire partie d’une catégorie et en être exclu561.

Mathieu TOUZEIL-DIVINA critique aussi l’expression du régime semi-présidentiel. Selon lui il n’y a
d’abord effectivement pas nécessairement de concordance entre une prépondérance du Président au
sein d’un régime parlementaire et son élection au suffrage universel direct. L’Autriche nous en fournit
le cas. Ensuite le Président dont il s’agit ne dispose pas, en principe, des prérogatives qui sont celles du
Président américain. Le Président français dispose du droit de dissolution, mais pas de droit de veto.
Enfin cette notion met en avant une analyse politique selon laquelle le président de la République serait
le véritable siège et centre du pouvoir, ce à quoi précisément ne font pas référence les notions de régime
parlementaire et présidentiel. Aussi est-il préférable, conclut-il, pour paraphraser LE DIVELLEC de
parler d’un régime parlementaire à captation présidentielle562.

Cette évidence est également soulignée par Nicolas ROUSSELIER. Selon cet auteur, « l’identification
de la cinquième République à une forte domination présidentielle ne correspond pas en effet à la
définition du régime envisagé d’un strict point de vue juridique. Si l’on prend en compte la lettre de la
Constitution, le régime demeure de nature parlementaire »563.

Tout en retenant la pertinence du régime semi-présidentiel, Olivier DUHAMEL suggère de séparer le


régime semi-présidentiel du système semi-présidentiel. C’est cette identité ou confusion entretenue par
Maurice DUVERGER entre régime politique et système politique qui participe de critiques formulées
par les détracteurs à la consolidation de la notion du régime semi-présidentiel. Pour Olivier
DUHAMEL, la notion de régime semi-présidentiel vient compléter la classification traditionnelle des
structures constitutionnelles, introduisant un troisième type entre le régime parlementaire implicitement
redéfini par la responsabilité du gouvernement et l’élection au suffrage universel du seul Parlement, le
régime présidentiel, défini par l’irrévocabilité des pouvoirs et l’élection directe du Président. Il s’agit
bien d’une classification juridique pour laquelle le terme régime convient puisque, dans un sens
spécialisé, il désigne l’ensemble des dispositions juridiques qui organisent les institutions. Telle est, à
son avis, la condition de validité de la notion de régime semi-présidentiel564.

Cette présentation du régime parlementaire et du régime présidentiel est moins satisfaisante car dans le
régime parlementaire certains Etats admettent, à côté de l’élection du Parlement ou de l’une des
chambres au suffrage universel, celle du Président ; ce qui contredit la perception du régime
parlementaire telle que rapportée par Maurice DUVERGER et Olivier DUHAMEL. Il en est de même
de l’élection du Président au suffrage universel direct qui serait l’une des caractéristiques du régime
présidentiel. Bien que les grands électeurs élisent directement le Président américain, il est douteux de
considérer que le Président des Etats-Unis est élu au suffrage universel direct.

Aux critiques précédemment formulées à l’égard du régime semi-présidentiel, nous pouvons ajouter
une autre relative au régime parlementaire dans la conception de Maurice DUVERGER. Le Chef de
l’Etat serait détenteur de peu de pouvoirs ou des pouvoirs honorifiques. Le Chef de l’Etat ne détient pas
son pouvoir du suffrage universel. C’est dans cette optique qu’il considère que le régime parlementaire
repose sur l’existence d’une seule expression de la volonté populaire par le suffrage universel ; celle

561 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 165.
562
M. TOUZEIL-DIVINA, Dictionnaire de Droit public interne, Paris, LexisNexis, 2017, p. 422 et s.
563 N. ROUSSELLIER, « Un pouvoir présidentiel encombré de sa force », in O. DUHAMEL, M. FOUCAULT, M. FULLA, M.

LAZAR (dir.), La Vè République démystifiée, Paris, Les Presses de SciencesPo, 2019, pp. 11-26, spéc. à la p. 11.
564 O. DUHAMEL, « Remarques sur la notion de régime semi-présidentiel » in Droit, institutions et systèmes politiques. Mélanges en

hommage à Maurice Duverger, Paris, PUF, 1988, pp. 581-590, spéc. aux pp. 586-587.
112
qui résulte des élections législatives565. Cette affirmation doit être relativisée et circonscrite uniquement
aux Etats ayant adopté le régime parlementaire avec un monarque héréditaire.

Anne-Charlène BEZZINA et Michel VERPEAUX relèvent à ce propos qu’il existe des régimes
parlementaires classiques où le Président dispose de pouvoirs solides et d’autres où il est élu au suffrage
universel mais où il ne dispose pas de pouvoirs forts. Enfin, cette catégorie pourrait tout autant
regrouper les régimes présidentiels avec Premier ministre que les régimes parlementaires avec un
président fort. Ils concluent par conséquent que cette catégorie de régimes « semi-présidentiels » se
trouve remise en cause car elle regroupe trop d’Etats n’ayant pas de caractéristiques communes 566.

Le régime parlementaire est compatible aussi bien avec une monarchie qu’une république. Ce n’est pas
l’étendue des pouvoirs du Chef de l’Etat ou la modalité de désignation du Chef de l’Etat qui en
constituent les traits caractéristiques. C’est plutôt cette responsabilité politique du gouvernement devant
la Chambre ou les chambres qui constitue le trait essentiel du régime parlementaire. Ce critère essentiel
est bien réuni dans ce que Maurice DUVERGER qualifie de « régime semi-présidentiel ».

En analysant les sept Etats ayant rempli les critères du régime semi-présidentiel, il observe que
l’Autriche, l’Irlande et l’Islande développent des régimes d’apparence semi-présidentielle, leur pratique
étant plus proche de celle des régimes parlementaires du fait que le Chef de l’Etat est élu au suffrage
universel et doté de pouvoirs propres, mais il ne les exerce pas en général. Il conclut que ces Etats sont
« semi-présidentiels en droit, parlementaires en fait, l’élu du peuple n’y ayant guère plus d’importance
que la reine d’Angleterre » 567 . Ces explications ne permettent pas de faire ressortir clairement la
différence entre régime semi-présidentiel et régime parlementaire.

Jacques CADART préfère recourir à l’expression « monarchie parlementaire républicaine » en lieu et


place du régime semi-présidentiel ou semi-parlementaire. Le régime de monarchie parlementaire
républicaine est caractérisé par trois éléments : 1) l’élection du Président de la République au suffrage
universel direct et ou parfois indirect mais populaire ; 2) l’existence d’un régime parlementaire véritable
et enfin l’existence d’un mode de scrutin majoritaire ou proportionnel pour l’élection des députés ou
des deux chambres568.

Il résulte de considérations développées que le régime semi-présidentiel n’est autre qu’une variante du
régime parlementaire et appartient à cette classe. En effet, il a été soutenu que la valeur logique d’une
classification se mesure à sa conformité aux principes élémentaires de la logique 569. EISENMANN, cité
par Véronique CHAMPEIL-DESPLATS, en retient trois : la clarté des définitions afin de reconnaître
sans équivoque dans quelle classe rentre chaque objet, le principe de cohérence, l’unité du critère de
distinction570. Partant de ces principes, il serait illogique et incohérent d’opposer le régime parlementaire
au régime semi-présidentiel alors que le critère essentiel d’identification du régime parlementaire est
aussi retenu dans le régime semi-présidentiel, à savoir la responsabilité politique du gouvernement
devant le parlement ou l’une de ses chambres. L’élection du Président de la République au suffrage
universel et la détention par ce dernier de certaines prérogatives propres ne constituent pas des éléments
essentiels dans la détermination ou la classification des régimes politiques.

565 M. DUVERGER, « Le concept de régime semi-présidentiel », in M. DUVERGER (dir.), Les régimes semi-présidentiels, Paris,
PUF, 1986, pp. 7-17, spéc. à la p. 8.
566 A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 528.
567 M. DUVERGER, « Le concept de régime semi-présidentiel », in M. DUVERGER (dir.), Les régimes semi-présidentiels, Paris,

PUF, 1986, pp. 7-17, spéc. à la p. 8.


568 J. CADART, « La monarchie parlementaire républicaine et la représentation proportionnelle. Les régimes à élection populaire du

Président et la RP », Pouvoirs, n° 32, 1982, pp. 119-134, spéc. à la p. 119.


569 V. CHAMPEIL-DESPLATS, Méthodologies du Droit et des sciences du Droit, Paris, Dalloz, 2016, p. 336.
570 V. CHAMPEIL-DESPLATS, op.cit., p. 336.

113
Maurice DUVERGER reconnaîtra par ailleurs dans un article publié en 1996 que les régimes semi-
présidentiel et semi-parlementaire ne constituent que des modalités du parlementarisme 571. Dans son
ouvrage portant sur la VI è République et le régime présidentiel, il rappelait que la responsabilité du
gouvernement devant la Chambre, élément essentiel du régime parlementaire, se retrouve aussi bien
dans le régime d’assemblée que dans le régime parlementaire572.

Certains auteurs utilisent aussi l’expression « régime semi-parlementaire ». Cette appellation est
rarement usitée en doctrine. Ni le Lexique de science politique, ni le dictionnaire du Droit
constitutionnel et encore moins le Lexique de Droit constitutionnel n’y consacrent une entrée 573. Pour
L’apport de Pascal DELWIT dans l’identification des régimes semi-parlementaires est trop limité. Pour
cet auteur, les régimes semi-parlementaires sont des régimes où le Président de la République est élu au
suffrage universel ou par l’assemblée mais avec des pouvoirs très limités. L’auteur souligne une
légitimité accrue ces dernières années pour cette fonction et une intervention dans la vie politique du
Président plus importante qu’auparavant. Dans les faits, le poste de Président de la République,
auparavant honorifique pour l’essentiel, gagne en importance et suscite donc plus de convoitise. La
compétition électorale se polarise sur l’attribution du mandat. Pour l’auteur c’est le cas en Autriche, en
Irlande, en Islande, au Portugal et en Finlande574.

Selon Maurice DUVERGER, en 1996, l’État d’Israël était entré dans un régime semi-parlementaire en
appliquant au Premier ministre l’élection directe au suffrage universel. Cette innovation incarne le projet
décrit en 1956 pour transposer le « monarque élu » qui représente en Grande-Bretagne l’évolution
moderne du régime parlementaire. Ce dernier s’est ainsi adjoint deux types de « monarchies
républicaines» dont le régime présidentiel des États-Unis est le troisième575.

La plupart des traits caractéristiques du régime semi-parlementaire sont présents dans le régime semi-
présidentiel. Maurice DUVERGER écrit à ce sujet : « Régime semi-présidentiel et régime semi-
parlementaire ne sont que des modalités du parlementarisme, puisque l’un et l’autre reposent
essentiellement sur la responsabilité du gouvernement devant le Parlement, et sur la dissolution qui les
renvoie ensemble devant les électeurs. Elles ont été imaginées pour permettre au système politique
répandu dans toute l’Europe occidentale et dans la plupart des autres démocraties de surmonter des
défauts inhérents à sa propre structure, qui sont apparus quand il a été substitué aux monarchies
héréditaires ou établi en leur absence »576.

La liaison entre le Premier ministre élu au suffrage universel et sa majorité pendant toute la législature
les oblige à revenir ensemble devant le suffrage universel s’ils ne sont plus d’accord pour gouverner 577.
Est-il que les caractéristiques du régime semi-parlementaire ne font pas l’objet d’unanimité en doctrine.
Pour Luc SINDJOUN, le régime semi-présidentiel de type bicéphale équivaut au régime semi-
parlementaire578. Dans l’analyse de la typologie des régimes politiques proposée par Pascal DELWIT
(les régimes autoritaires, les régimes totalitaires et les régimes démocratiques), le régime semi-
parlementaire serait caractérisé par le fait que les Présidents de la République sont élus au suffrage
universel ou par l’Assemblée, et leurs pouvoirs sont très limités579.

571 M. DUVERGER, « Les monarchies républicaines », Pouvoirs, n° 78, 1996, pp. 107-120, spéc. à la p.108 et s.
572
M. DUVERGER, La VI è République et le régime présidentiel, Paris, Fayard, 1961, p. 44.
573 O. NAY (dir.), Le Lexique de science politique, 4è éd., Paris, Dalloz, 2017 ; M. DE VILLIERS et A. LE DIVELLEC, Dictionnaire

du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015 ; P. AVRIL et J. GICQUEL, Lexique de Droit constitutionnel, 4 è éd., Paris,
PUF, Que sais-je, 2013.
574 P. DELWIT, op.cit., p. 144.
575 M. DUVERGER, « Les monarchies républicaines », Pouvoirs, n° 78, 1996, pp. 107-120, spéc. à la p. 120.
576
M. DUVERGER, op.cit., pp. 108 et s.
577 M. DUVERGER, op.cit., pp. 108 et s.
578 L. SINDJOUN, op.cit., p. 576 et s.
579 P. DE LWIT, Introduction à la science politique, Syllabus-ULB, Bruxelles, 2004, cité par A. MULUMBATI NGASHA,

Introduction à la science politique, 4ème édition, Lubumbashi, Editions Africa, 2014, p.420.
114
L’utilisation rarissime de l’expression « régime semi-parlementaire » dans la doctrine témoigne de peu
d’empressement pour être retenu comme régime politique à part entière ou tout au moins ne bénéficie
pas de la même faveur accordée à son homologue régime semi-présidentiel. Le régime politique suisse
présente un intérêt certain en tant que régime politique mixte.

2. Le régime directorial

A. Orientations générales

Le régime directorial constitue un régime dans lequel l’Exécutif, collégial, n’est pas responsable
politiquement devant les assemblées, mais est tenu en dernière instance d’opérer dans le plan de celles-
ci. En Amérique du sud les premières Constitutions s’étaient inspirées du modèle collégial de l’Exécutif
sous forme de triumvirat 580. La Suisse illustre mieux la forme collégiale du régime politique. Les
origines du régime directorial suisse sont à situer dans l’histoire politico-constitutionnelle française. Ce
régime a été conçu en France à l’époque du directoire. Napoléon 1er l’avait exporté de force en Suisse,
mais les helvètes l’ont trouvé à leur goût en l’adoptant dans la Constitution de 1848 et l’ont conservé
jusqu’à ce jour581.

En effet, le régime directorial suisse se distingue aussi bien du régime parlementaire majoritaire que du
régime présidentiel. Toutefois il emprunte certaines caractéristiques aux deux régimes politiques
précités. L’un des traits saillants du régime réside dans la collégialité de l’exécutif incarné par le Conseil
fédéral. L’autorité directoriale et exécutive supérieure de la Confédération est exercée par un Conseil
fédéral de sept membres. Chaque membre du Conseil fédéral est élu indépendamment
(individuellement) pour quatre ans et indéfiniment rééligible, trait présidentiel, mais par le parlement,
trait parlementaire.

Le Conseil fédéral exerce en tant que collège, la fonction de Chef d’Etat, celle de cabinet, de Premier
ministre et de Conseil d’Etat en tant que dernière instance jugeant les recours administratifs 582 .
L’exécutif directorial dans la quasi-totalité des cantons suisses est élu au suffrage universel direct.

Les pouvoirs du Chef de l’Etat et du gouvernement sont confiés audit Conseil. Chacun des sept membres
du Conseil fédéral dirige un département ministériel583. En tant que conseil de ministres, le Conseil
fédéral est très proche, à cet égard, d’un cabinet de type parlementaire quoique dépourvu de chef 584. Les
décisions sont en principe adoptées par consensus. La règle majoritaire n’y est pas méconnue (4/7).
L’Assemblée fédérale qui bénéficie de la suprématie sur le Conseil fédéral, désigne annuellement parmi
les sept membres du Conseil un président du Conseil fédéral qui est aussi le Président en titre de la
Confédération, le primus inter pares. Il n’est ni un Chef de gouvernement ni un Chef d’Etat, mais c’est
le collège tout entier qui se prévaut de ce titre585.

580 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p. 217.
Pour une analyse appropriée, voy. H. GOURDON, « Révolution nord-américaine et révolution française : leur réception par le
constitutionnalisme des indépendances des Amériques méridionales », S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), Les modèles
constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 215-261, spéc. à la p. 221.
581 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 354.
582 T. FLEINER-GERSTER, « Le Conseil fédéral : directoire de la Confédération », Pouvoirs, n° 43, 1987, pp. 49-63.
583
O. DUHAMEL, Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Le Seuil, 2009, pp. 247-248.
584 Ph. LAUVAUX et Armel Le Divellec, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015, p. 19.
585 Ph. LAUVAUX et C-M. PIMENTEL, « Régimes non parlementaires », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité

international de droit constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 195-220, spéc. à la p. 208 ; F.
COUCHEPIN, « Coordination des actes d’un gouvernement collégial », Pouvoirs, n° 43, 1987, pp. 65-72.
115
Le parlement suisse est composé de deux Chambres (le Conseil national représentant le peuple et
comprenant 200 députés d’une part et d’autre part le Conseil des Etats composé de quarante-six
membres, soit deux par canton et un par demi-canton. Il y a 20 cantons et six demi-cantons). Ce
bicamérisme suisse est égalitaire, les deux chambres exerçant les mêmes pouvoirs. C’est l’ensemble de
ces deux chambres qui élit l’exécutif586. Le principe de la séparation des pouvoirs n’est pas adapté au
régime directorial suisse qui ne distingue qu’un seul pouvoir ou fonction. C’est le pouvoir
gouvernemental au sens large.

Le Conseil fédéral n’est pas responsable devant le parlement, mais il est tenu d’appliquer la politique
voulue par le parlement en se conformant aux directives dudit Parlement. Il est des auteurs qui font
toutefois noter l’existence d’une responsabilité politique limitée du fait qu’elle ne peut jamais aboutir à
la censure d’un membre dudit Conseil 587 . La question de confiance n’existe pas dans le droit
constitutionnel suisse.

B. Rapprochements du régime politique suisse avec le régime présidentiel

Le régime directorial suisse, tout comme le régime présidentiel américain se caractérisent par
l’irrévocabilité mutuelle entre l’exécutif et le législatif, ce qui traduit l’idée d’une séparation assez stricte
entre ces deux organes qui entretiennent toutefois une certaine collaboration. L’absence de la
responsabilité politique du Conseil fédéral devant le parlement suisse et l’impossibilité de dissolution
de ce dernier constituent les deux principaux traits caractéristiques unissant les deux régimes588.

Les deux exécutifs sont monocéphaux, le Conseil fédéral étant collégial. Tous les deux ne sont pas
politiquement responsables devant le parlement même si le conseil fédéral, élu par l’Assemblée
fédérale, est tenu de rendre compte de sa gestion devant elle. Tous les deux parlements sont bicaméraux
et les deux Etats ont adopté la forme fédérale. Philippe LAUVAUX et Armel Le DIVELLEC qualifient
les deux régimes américain et suisse des régimes non parlementaires de compromis 589 ne connaissant
pas la logique radicale du principe majoritaire. Olivier DUHAMEL qualifie le régime directorial suisse
de régime de concordance590. La Suisse développe une démocratie de consensus, à savoir la conception
selon laquelle la bonne décision va résulter non pas de la dictature de la majorité mais d’une discussion
entre les points de vue opposés. L’habitude a été prise d’établir des gouvernements de concordance au
moyen de la composition du Conseil fédéral. Ce Conseil assure la représentation équitable de toutes les
principales tendances politiques, sociales et religieuses de la société 591.

En Suisse, le Conseil fédéral est composé de manière à refléter la représentation de principaux partis
politiques selon une certaine clé de répartition garantissant une majorité parlementaire pouvant atteindre
90 pourcents, gage de stabilité. Cette stabilité résulte de ce que les Suisses qualifient de « formule
magique » adoptée depuis 1959 consistant à faire participer au Conseil fédéral les membres des quatre
plus grands partis politiques. Le Conseil fédéral doit refléter la représentativité des cantons ou des
minorités. T. FLEINER-GERSTER note que la tradition veut que la minorité latine (française et
italienne) ait toujours au moins deux représentants parmi les sept Conseillers fédéraux et que les grands
cantons soient représentés au sein du Conseil fédéral592.

586
M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4 è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 354 et s.
587Ph. LAUVAUX et C-M. PIMENTEL, art.cit., p. 211.
588
J.-L. QUERMONNE, Les régimes politiques occidentaux. 5 è éd. mise à jour, Paris, Editions du Seuil, 2006, p. 164.
589 Ph. LAUVAUX et Armel LE DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition mise à jour, Paris, Puf, 2015.
590 O. DUHAMEL, Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Le Seuil, 2009, pp. 247-248.
591 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4 è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 357.
592 T. FLEINER-GERSTER, « Le Conseil fédéral : directoire de la Confédération », Pouvoirs, n° 43, 1987, pp. 49-63.

116
A la différence du Président américain ne disposant pas du droit d’initiative législative ni de participer
aux délibérations du Congrès, le Conseil fédéral suisse dispose de l’initiative législative, du droit de
participer aux délibérations de l’Assemblée fédérale ou à ses commissions avec voix consultative.
Néanmoins le Conseil fédéral ne dispose pas du droit de veto législatif et le Conseil des Etats, équivalent
du Sénat américain n’est pas habilité à ratifier certaines nominations présidentielles, ni à approuver
certains traités internationaux. C’est au regard de ces rapprochements avec le régime présidentiel
américain qu’Arthur BRAUN conclut que « le régime politique suisse réalise en fait une séparation des
pouvoirs assez stricte, ressemblant à celle du régime présidentiel américain, mais organise aussi leur
collaboration comme aux Etats-Unis. (…). Le régime directorial suisse réalise un équilibre des pouvoirs
très semblable à celui du régime présidentiel américain »593.

C. Rapprochements entre le régime politique suisse et le régime parlementaire

Comme dans les régimes parlementaires, l’exécutif suisse est collégial avec cette différence qu’il est ici
égalitaire, qu’il n’y a pas de chef de l’exécutif. Les membres du Conseil sont rigoureusement égaux. Le
président assure une présidence formelle. Il est le Primus Inter Pares puisqu’il est mis en avant mais il
reste l’égal des autres. Il n’a pas plus de pouvoirs que les autres membres de l’exécutif et il n’a pas
d’autorité sur eux. Cette présidence est tournante et pour une brève période (une année). La collégialité
signifie que la politique nationale est adoptée par un groupe d’hommes et de femmes qui discutent des
solutions envisageables avant de les adopter dans un processus de délibération qui se termine en principe
par un vote594.

Bien que l’exécutif parlementaire ne soit pas nécessairement élu par le parlement, en Suisse le Conseil
fédéral est élu par l’Assemblée fédérale et rend compte de sa gestion devant elle tout en étant autonome
dans la définition et la conduite de la politique de la nation.

L’Assemblée fédérale peut recourir aux différents moyens de contrôle sur l’action du Conseil fédéral
sans aboutir à mettre en cause sa responsabilité politique. L’Assemblée fédérale et le Conseil fédéral
disposent de l’initiative législative. Le Conseil fédéral peut être invité à présenter des projets des lois, il
peut participer aux délibérations de l’Assemblée fédérale avec voix consultative. Le Conseil fédéral
bénéficie de la confiance de l’Assemblée fédérale et peut compter sur une forte majorité parlementaire
pour assurer la stabilité. C’est au regard de cette autorité de l’Assemblée fédérale sur le Conseil fédéral
que la doctrine dominante française qualifie le régime directorial suisse de régime d’assemblée, thèse
contestée, notamment par Arthur BRAUN595. Du point de vue juridictionnel, le tribunal fédéral suisse,
fonctionnant comme une Cour suprême, est composé de trente (30) juges qui sont élus par l’Assemblée
fédérale596.

Il est évident que la classification du régime politique suisse constitue une gageure. Le critère le plus
utilisé pour le caractériser résulte de la morphologie de l’Exécutif, alors que ce critère n’est pas utilisé
ni pour rendre compte du régime parlementaire ni du régime présidentiel. Si le critère généralement
utilisé, en faisant abstraction du principe ambigu de la séparation souple ou rigide réside dans la
responsabilité politique ou l’irrévocabilité mutuelle entre l’Exécutif et le Législatif, nous pouvons
affirmer pour notre part que le régime directorial suisse est non parlementaire et s’inscrit dans l’optique

593 A. BRAUN, « La Suisse et la classification des régimes politiques dans la doctrine publiciste française », communication présentée
au Xè congrès de l’AFDC, 2017, disponible en ligne à l’adresse
https://docs.wixstatic.com/ugd/75bfc7_4338131d23174852a3b2c24b4fc43a3b.pdf consultée le 28 octobre 2017.
594
M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4 è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 355.
595 Pour plus d’informations sur cette doctrine, voy. A. BRAUN, « La Suisse et la classification des régimes politiques dans la doctrine

publiciste française », communication présentée au Xè congrès de l’AFDC, 2017, disponible en ligne à l’adresse
https://docs.wixstatic.com/ugd/75bfc7_4338131d23174852a3b2c24b4fc43a3b.pdf consultée le 28 octobre 2017.
596 M.-A. COHENDET, op.cit., p. 355.

117
du régime présidentiel qui ne se résume pas ou ne se confond pas avec le régime américain (des Etats-
Unis).

La séparation rigide des pouvoirs est devenue un dogme dénué de sens au regard des passerelles
s’établissant dans la collaboration et dans l’interférence entre le Président des Etats-Unis et le
Congrès, particulièrement le Sénat. En Suisse ces passerelles et ces interférences interviennent entre
l’Assemblée fédérale et le Conseil fédéral selon une organisation différente tenant compte
notamment du lieu de la légitimité du Conseil fédéral et de sa nature spécifique liée entre autres à la
réunion entre ses mains du titre à la fois du Chef d’Etat collégial et du gouvernement. La nomination
et la révocation par le Président américain de Secrétaires d’Etat tout comme le droit de veto législatif
constituent des particularités ou spécificités du régime américain et ne sont pas indispensables à la
définition du régime politique présidentiel. L’assimilation entre régime américain et régime
présidentiel constitue une aberration car le régime américain est l’une des manifestations du régime
présidentiel et n’exclut pas d’autres épiphanies des régimes pouvant se prévaloir de la classe du
« régime présidentiel », comme le régime directorial suisse.

Cette proximité entre le régime présidentiel américain et le régime politique suisse est promue par
certains auteurs. A titre d’exemple, Philippe LAUVAUX et Armel Le DIVELLEC classent les
démocraties américaine et suisse parmi les démocraties de compromis et ce, contrairement aux
démocraties de compétition qui sont des régimes parlementaires597. Il en est de même de Marie-Anne
COHENDET qui classe le régime politique américain et le régime politique suisse parmi les régimes
non parlementaires598.

La qualification directoriale du régime suisse ne fait pas l’unanimité dans la doctrine. Certains
auteurs classent ce régime dans la catégorie de régimes d’assemblée 599. C’est le cas, à titre illustratif,
de Bernard Chantebout qui considère que le régime politique suisse est un régime d’assemblée du
fait de la prépondérance du parlement600. Antoine Gazano qualifie aussi le régime politique suisse
de régime d’assemblée en mettant en exergue la prédominance du Parlement et la réduction, à son
avis, de l’Exécutif suisse ou conseil fédéral au rang de commis 601 . Pour René CAPITANT, la
différence entre le régime parlementaire et le gouvernement d’assemblée suisse réside dans ce sens
que les membres du Conseil fédéral sont subordonnés au Parlement sans être politiquement
responsables602.

Cette présentation est difficile à partager surtout sur le deuxième élément. Bien que le Conseil fédéral
soit élu par le Parlement et soit tenu d’opérer selon les orientations du Parlement, ce dernier est
dépourvu de toute prérogative de renverser le conseil fédéral, le recours à la motion de censure faisant
défaut dans le droit helvétique. La stabilité gouvernementale en Suisse s’inscrit aux antipodes de
l’instabilité gouvernementale chronique de l’Exécutif qui constitue l’un des marqueurs du régime
d’assemblée. Gilles Toulemonde conteste cette prépondérance du parlement suisse et par conséquent
la qualification de régime d’assemblée et ce, pour différentes raisons qu’il explique : les élus du
peuple, membres de l’Assemblée fédérale ne sont pas liés au peuple par un mandat impératif ;
l’Assemblée fédérale est composée de deux Chambres ; ce qui contredit l’idée d’un

597 Ph. LAUVAUX, Ph. et Armel Le DIVELLEC, Les grandes démocraties contemporaines, 4ème édition, Paris, Puf, 2015.
598 M.-A. COHENDET, « La classification des régimes, un outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel »,
in L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314.
599 G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 60.
600 B. CHANTEBOUT, Droit constitutionnel et science politique, 13 è éd., Paris, Armand Colin, 1996, p. 228.
601 A. GAZANO, Régimes politiques étrangers. Forme de l’Etat. Forme du gouvernement. Organisation des pouvoirs publics. Système

partisan, Paris, Gualino Lextenso, 2021, p.39.


602 R. CAPITANT, « Régimes parlementaires », in Mélanges Carré de Malberg. Faculté de Droit et des Sciences politiques de

Strasbourg, 133, réimpression, Paris, Edouard Duchemin, 1977 consulté sur gallica.bnf.fr le 28 février 2022, pp. 31-57.

118
monocaméralisme propre à assurer la domination parlementaire et, le bicaméralisme étant égalitaire,
cela constitue un élément heurtant de front l’idée d’un régime d’assemblée ; le Conseil fédéral
(Exécutif) dont les sept membres sont élus pour un mandat de quatre ans par l’Assemblée fédérale
ne peut faire l’objet d’une motion de censure603.

Analysant les éléments de rapprochement du régime d’assemblée et du régime politique suisse, Gilles
TOULEMONDE reconnaît d’emblée que le régime suisse est difficile à classer. Au regard de la
typologie traditionnelle, c’est vers le régime d’assemblée qu’il faut l’orienter, mais dès lors que l’on
conteste la classification traditionnelle on pourrait plus précisément classer le régime suisse qui, sur
certains points s’apparente au régime d’assemblée et qui sur d’autres s’apparente à un régime du type
du directoire604.

Marie-Anne COHENDET concilie les deux points de vue entre ceux qui classent le régime suisse
parmi les régimes d’assemblée et ceux qui le classent dans le régime directorial. Pour elle, tout est
question de définitions. Si l’on entend le régime au sens large pour désigner ce que l’on appelle le
système, à savoir non pas le droit mais le fait, et si l’on veut dire par là que le système politique de
la Suisse est marqué par la prééminence de l’Assemblée, cette vision peut se concevoir, encore
qu’elle soit très discutable car cette prééminence n’est pas évidente en réalité. Si l’on entend par là
le fait que la Constitution organiserait la confusion des pouvoirs aux mains de l’Assemblée, alors
c’est absolument faux, car la Suisse connaît une distinction des fonctions entre le législatif, l’exécutif
et le juridictionnel605.

Cette particularité suisse du directoire collégial n’est pas reprise en droit comparé. La République de
Saint-Marin s’y rapproche à quelques égards. Selon une tradition en vigueur depuis 1243, le pouvoir
du Chef d’Etat est exercé collégialement par deux capitaines régents élus pour un mandat de six
mois. Toutefois la Déclaration des droits des citoyens et des principes fondamentaux de l’ordre
juridique de Saint-Marin du 8 juillet 1974, considérée comme la Constitution de la République de
Saint-Marin, institue, à la différence de la Suisse, un régime politique essentiellement parlementaire.
En effet la République de Saint-Marin est dirigée collégialement par deux capitaines-régents (la
Régence) élus par le Grand Conseil général (parlement) pour une durée de six mois. Ils sont les deux
Chefs d’Etat. Ils peuvent dissoudre le Grand Conseil général. Ils président le Congrès d’Etat qui a la
qualité d’organe gouvernemental et est composé de secrétaires d’Etat désignés par le Grand Conseil
général pour la durée de la législature qui est de cinq ans. Ils sont toutefois individuellement et
collégialement responsables devant ledit Conseil. Le Congrès d’Etat détermine la politique générale
du gouvernement et pour sa mise en œuvre l’orientation générale de l’action administrative.

Bien que se rapprochant du régime directorial suisse il s’en distingue, du point de vue de l’exécutif,
comme le souligne Edwin MATUTANO, par sa bi-présidence constituée par les capitaines-régents
et surtout par le gouvernement formé du Congrès d’Etat et dont les membres sont désignés par le
Grand Conseil général. La nature du régime parlementaire se dégage aisément de l’article 3, alinéa
10 de la Loi du 8 juillet 1974 telle que modifiée est rédigé en ces termes : « Au Congrès de l’Etat
appartient le pouvoir de gouverner selon les principes de collégialité et de responsabilité. Il est
politiquement responsable devant le Conseil auquel il rend compte, collégialement et
individuellement, conformément à la loi constitutionnelle »606. En dehors de la Suisse, le régime
directorial n’a été appliqué que par la Constitution uruguayenne de 1918, jusqu’en 1933 puis remis
en vigueur de 1951 à 1967.

603
G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 60.
604 G. TOULEMONDE, Institutions politiques comparées. 3è éd., Paris, Ellipses, 2018, p. 61.
605 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4 è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 354.
606 A propos de Saint-Marin, nous nous sommes principalement inspiré de l’article d’Edwin MATUTANO, « La Constitution de Saint-

Marin : actualité des institutions de la plus vieille République », RIDC, n° 3, 2018, pp. 633-654.
119
Après avoir énoncé et décrit les différents régimes politiques se fondant sur le critère de séparation
des pouvoirs, il convient, avant d’analyser les différents régimes politiques africains dont le critère
ne repose pas nécessairement sur celui considéré comme classique, dégager, de manière furtive,
comment les Etats africains se sont inspirés de régimes politiques précités. Le renouveau
constitutionnel africain issu de « la troisième vague » à partir des années 1990 réhabilite le principe
de séparation (souple) des pouvoirs mis à dure épreuve pendant plus ou moins deux décennies de
concentration et de plénitude des pouvoirs dans le chef du Président de la République. La tendance
du renouveau constitutionnel privilégie le régime parlementaire rationnalisé dans sa variante de
régime semi-présidentiel ou tout au moins reprend pour son compte beaucoup de techniques du
parlementarisme avec pour mire le régime politique français. Ce régime inspire la plupart des
constituants africains, principalement de l’espace francophone, qui lui apportent dans la phase de
« transplantation » des adaptations nécessaires607.

Le régime présidentiel ou de type présidentiel a été institué en général dans les pays anglophones et
dans certains Etats francophones comme le Bénin, le Congo, sous l’empire de la Constitution de
2002, la Guinée-Conakry et la Cote d’Ivoire608. Le Conseil constitutionnel ivoirien, dans sa décision
du 6 décembre 2006, accrédite la thèse du régime présidentiel ivoirien lorsqu’à l’occasion de
l’analyse de la conformité à la Constitution de la Résolution 1721 du Conseil de sécurité adoptée le
1er novembre 2006 reconnaît que « l’application intégrale de la Résolution créerait, inéluctablement,
à la place du régime présidentiel ivoirien, un régime politique ne se rattachant à aucun modèle connu,
un véritable régime politique sui generis… »609.
Le régime s’inspirant du modèle présidentiel adopté par les États comme l’Ouganda, le Congo
Brazzaville (jusqu’à la fin de 2015), le Zimbabwe, le Rwanda, la Côte d’Ivoire etc. tend à se muer
dans la dégénérescence du régime présidentiel à cause du déséquilibre institutionnel fortement
prononcé en faveur du Président de la République au détriment du Parlement. L’Afrique lusophone
(Angola, Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique et Sao Tome-et-Principe)610 ou ibérique (Guinée
équatoriale) s’inspire de l’un ou l’autre modèle. Dans une étude consacrée aux systèmes politiques
de l’Afrique lusophone ou portugaise, J. BACELAR GOUVEIA observe une direction
présidentialisante en Angola, en Guinée-Bissau et au Mozambique, le Président étant le Chef du
gouvernement, encore que la figure du Premier ministre, avec une autonomie politique fort limitée ;
une direction semi-présidentielle à Sao tomé et Principe, bien que le Chef de l’Etat y détienne des
compétences exécutives en matière de défense et de relations extérieures 611 . Ce phénomène
« d’isomorphisme » qui semble caractériser l’évolution du droit constitutionnel africain étonne

607
A titre illustratif, la Constitution de la RDC du 18 février 2006 se rapproche, à bien d’égards, de la Constitution française, comme
le sont du reste la plupart des constitutions africaines d’expression francophone. D. POLLET PANOUSSIS, « La Constitution
congolaise de 2006 : petite sœur africaine de la Constitution française », Revue française de droit constitutionnel, 2008/3, n°75, pp.
451-498. Jean du Bois de GAUDUSSON, « Les nouvelles constitutions africaines et le mimétisme », D. DARBON et Jean du Bois de
GAUDUSSON (dir.), La création du droit en Afrique, Paris, Karthala, 1997, pp. 309-316. Sur l’influence de la démocratie libérale
dans certains Etats africains, voy. R. DEGNI-SEGUI, « L’influence de la démocratie libérale dans le monde : le cas de quelques Etats
de l’espace francophone », J-P. VETTOVAGLIA et alii (dir.), Démocratie et élections dans l’espace francophone, Bruxelles, Bruylant,
2010, pp. 31-50.
608 A titre d’exemple l’article 41 de la Constitution ivoirienne dispose : « Le Président de la République est détenteur exclusif du

pouvoir exécutif. Il nomme le Premier ministre, Chef du gouvernement, qui est responsable devant lui. Il met fin à ses fonctions ».
609 Décision n°019/CC/SG du 06 décembre 2006. Souligné par nous.
610 J. MIRANDA, « Les systèmes constitutionnels des pays africains de langue portugaise », RFDC, 2003/4, n° 56, pp. 861-864 observe

un renforcement du rôle du Parlement au Cap-Vert, des tendances présidentialistes au Mozambique, en Angola et en Guinée-Bissau ;
et la manifestation du régime semi-présidentiel à Sao Tome-et-Principe. Les Constitutions de ces Etats demeurent influencées d’une
manière directe ou indirecte par la Constitution portugaise de 1976.
611 J. BACELAR GOUVEIA, « Les systèmes politico-constitutionnels des Etats africains de langue portugaise », RFDC, n° 73, 2008,

pp. 185-197.
120
certains auteurs qui s’attendaient, non pas tant à un rapprochement, mais à l’accentuation de certaines
spécificités de jeunes nations africaines612.

CHAPITRE SIXIEME: LES REGIMES POLITIQUES AFRICAINS


1. L’Afrique et les régimes politiques

Les classifications des régimes politiques ne constituent pas des dogmes. Elles constituent des grilles
d’observation et d’analyse pour dégager certains éléments communs pouvant constituer un type ou
un modèle de référence. Le modèle est entendu ici dans le sens de ce qui est donné pour servir de
référence et non dans ce qui est choisi pour être reproduit. Dès lors, en Afrique, comme ailleurs,
l’étude des régimes politiques ne devrait pas se limiter à des clichés des régimes de référence dont
ils s’inspirent, mais à leur aménagement concret dans les Constitutions africaines et dans la pratique
institutionnelle. L’idée même de « modèle » n’est pas neutre. Elle implique un choix du parti pris ou
de l’exemplarité qui n’est pas sans susciter des suspicions au regard du relativisme juridique. En
outre un régime est rarement pris en bloc comme modèle613. Yves SCHEMEIL note que « l’irruption
de régimes non occidentaux avec la décolonisation, suivie d’une désoviétisation, puis la naissance
d’un régime européen ont en effet bouleversé les classifications établies »614.
Comparer les régimes politiques africains consiste à dégager les divergences et dissemblances entre
groupes d’Etats en vue d’en tirer les principales tendances vers l’uniformisation de ces régimes en
dépit de leurs spécificités résultant de différentes trajectoires nationales. Ces Etats partagent en
commun des cultures à peu près semblables, une certaine histoire, notamment la colonisation, les
vagues des indépendances, les cycles constitutionnels, l’adoption des régimes politiques s’inspirant
les uns des autres en puisant soit dans le patrimoine constitutionnel universel, soit dans le patrimoine
constitutionnel de certains Etats occidentaux, soit encore dans les emprunts institutionnels intra-
africains. Tous ces éléments expliquent parfois l’inadéquation de certains régimes politiques qui
seraient extravertis et manquant d’ancrage au sein du tréfonds des réalités africaines.
Dans un article rédigé une trentaine d’années consacré aux régimes politiques africains, Pierre-
François GONIDEC soulignait que « les catégories classiques s’adaptent mal ou pas du tout à
l’Afrique (…). Ainsi, il apparaît que le juriste est embarrassé pour situer les régimes politiques
africains par rapport aux typologies classiques »615. Cette affirmation conserve encore une bonne
partie de sa pertinence même si le contexte de l’analyse n’est pas resté identique et que le juriste n’a
plus de raisons d’être embarrassé dans l’étude des régimes politiques africains de la troisième vague.
Dans le dictionnaire du Droit constitutionnel, Michel De VILLIERS et Armel LE DIVELLEC
soutiennent à juste titre que les expressions de régime parlementaire ou de régime présidentiel ont
une signification plus théorique aux fins de classement des catégories ne correspondant pas à des
modèles indépassables. Il s’agit plutôt « d’hypothèses de travail »616. L’utilité même scientifique de
la classification des régimes politiques est contestée notamment par Michel TROPER qui soutient
que « même si la classification était utile, l’opération de classement présenterait des difficultés

612A. CABANIS et M. L. MARTIN, « Un espace d’isomorphisme constitutionnel. L’Afrique francophone », La Constitution et les
valeurs. Mélanges en l’honneur de Dimittri Georges LAVROFF, Paris, Dalloz, 2005, p. 357.
613 St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et Portugal, Bruxelles, Larcier,

2015, p. 13.
614 Y. SCHEMEIL, Introduction à la science politique. Objets, méthodes, résultats, objectifs, 3 ème édition, Paris, Presses sciences Po,

Dalloz, 2015, p. 485.


615 P-F. GONIDEC, « Esquisse d’une typologie des régimes politiques africains », Pouvoirs, n° 25, 1983, pp. 63-78.
616 M. DE VILLIERS et A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 318.

121
considérables, car pour un régime concret, c’est seulement par convention qu’il est possible
d’affirmer qu’il possède ou ne possède pas le caractère qui sert de critère d’affectation »617.
F.J. AIVO situe, dans la construction des régimes politiques africains, l’un des moments de la
« rupture du trafic d’importation de matériaux constitutionnels occidentaux » 618 . C. MILHAT
s’oriente dans la même direction lorsqu’il observe que « les modèles constitutionnels d’importation
même adaptés à la réalité politico-culturelle africaine ont rapidement montré leurs limites tant sur le
plan de l’efficience des normes (…) que sur celui du processus de démocratisation des Etats (…) 619.
M. AHANHAZO-GLELE soutenait, il y a plus de 30 ans que « si l’Afrique adopte, remet en cause,
suspend, abroge, puis renouvelle la Constitution, instituant ainsi une instabilité constitutionnelle,
c’est simplement parce qu’elle cherche sa voie »620.

2. Entre inspiration et adaptation

En abordant la question des régimes politiques en Afrique, ou régimes politiques africains621, nous
gardons en filigrane ce conseil précieux de Patrice GELARD invitant le constitutionnaliste du droit
constitutionnel comparé à faire preuve de « modestie dans la recherche (…). Il faut étudier sans a priori
et s’immerger dans le pourquoi et le comment des systèmes étrangers »622. En outre « quelles que soient
les ressemblances ou les importations volontaires, les régimes constitutionnels ne sont pas identiques
d’un pays à un autre. (…). Les impératifs d’une adaptation des régimes démocratiques africains à leur
société, à leur environnement, à leur passé précolonial (…) sont autant de facteurs de diversité (…) »623.
Cette évidence est rappelée par Anne-Charlène BEZZINA et Michel VERPEAUX : « Chaque régime
connaît en réalité plusieurs déclinaisons et s’adapte à des particularités, historiques, régionales et
politiques du pays dans lequel il est implanté. Aussi, le jeu constitutionnel qui consiste à ranger les
régimes politiques dans des classifications paraît difficile à enfermer dans une logique binaire.
L’existence de plusieurs types de gouvernance, la question de l’appréhension du pouvoir et du sens de
la démocratie créent, pour l’étude des régimes politiques, des nuances qui doivent être prises en
compte »624.
Loin de nous la prétention de traiter en profondeur ces régimes, notre objectif consiste à photographier
les régularités qui s’observent dans l’organisation et le fonctionnement des régimes politiques en
Afrique et qui sont plus ou moins communes à de nombreux Etats. Il suffit d’interroger les différentes
Constitutions africaines, notamment celles d’expression française pour se rendre compte de
rapprochements étroits existant entre le contenu desdites constitutions. L’Afrique non francophone n’est
pas en reste comme en témoigne la monographie consacrée à quelques Etats anglophones et lusophones
dans le cadre de la séparation des pouvoirs625.

617 M. TROPER, Pour une théorie juridique de l’Etat, Paris, PUF, 1994, p. 255. Notre soulignement.
618 F. J. AIVO « La fracture constitutionnelle », F.J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour
l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 33-46, spéc. à la p. 46.
619 C. MILHAT, « Le constitutionnalisme en Afrique francophone. Variations hétérodoxes sur un requiem », Politeia, n° 7, 2005, pp.

668-669.
620 M. AHANHAZO-GLELE, « La Constitution ou la Loi fondamentale », Encyclopédie juridique africaine, T.1, Dakar-Abidjan,

NEA, 1982, p. 33.


621 J-L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, Louvain-la-Neuve, Academia L’Harmattan, 2013, aux pp. 242-244, utilise

l’expression « régimes politiques africains ».


622 P. GELARD, « Quelques conseils au constitutionnaliste de droit comparé », Renouveau du droit constitutionnel. Mélanges en

l’honneur de Louis FAVOREU, Paris, Dalloz, 2007.


623 J.B. de GAUDUSSON, « Le mimétisme postcolonial, et après? », Pouvoirs, 2009/2, n°129, pp. 45-55, spéc. à la p. 51.
624
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p.527.
625 . M. FOMBAD (ed.), Separation of Powers in African Constitutionalism, OUP, 2016, 448 p.

122
Etudiant l’influence de la Constitution portugaise de 1976 sur les Etats lusophones africains (Angola,
Mozambique, Cap-Vert, Guinée-Bissau et São Tomé et Principe) et non africains (Brésil et Timor-
Oriental), Dimitri LOHRER conclut que le régime semi-présidentiel a été adopté à Sao Tome et Principe
et en Guinée-Bissau. Par contre l’Angola et le Mozambique se sont dotés d’un régime politique de type
présidentiel alors que le Cap-Vert s’est orienté en direction d’un régime parlementaire 626. Analysant le
régime politique institué par la Constitution égyptienne de 2014, Jean Philippe BRAS et Nathalie
BERNARD-MAUGIRON constatent que cette Constitution a conservé le système politique hybride,
mélange de régime présidentiel et parlementaire, mis en place par la Constitution de 1971, tout en
renforçant la concentration des pouvoirs aux mains du Chef de l’Etat627.

Ce rapprochement facilite le travail d’un comparatiste de Droit constitutionnel en Afrique ou d’un


politiste et ce, sans sacrifier les méandres de chaque Constitution qui est porteuse d’une histoire propre
à chaque Etat concerné. André CABANIS et Michel Louis MARTIN identifient dans l’Afrique
francophone « un espace d’isomorphisme constitutionnel » à cause des évolutions constitutionnelles
assez semblables628.

Les régimes politiques ont subi en Afrique une trajectoire à peu près similaire parcourant pour la grande
majorité des Etats, quatre étapes selon Ambroise KAMUKUNY MUKINAY : le régime parlementaire
hérité de la colonisation, le régime présidentiel vite transformé en présidentialisme, le présidentialisme
consacré appuyé par une monarchie justifiée par le parti unique et le régime semi-présidentiel, assis sur
le multipartisme intégral629. Nous préférons fondre la deuxième et la troisième vague en une seule pour
retenir uniquement trois vagues du constitutionnalisme africain.

Nous pouvons relever que lors de l’accession à l’indépendance de la plupart des Etats africains, le
régime parlementaire était « suggéré » voire « imposé » par l’Etat prédécesseur, le colonisateur. Ce
régime était et demeure le plus répandu dans les anciennes puissances coloniales. Toutefois, cette recette
n’avait pas trouvé un terrain fertile en Afrique à cause de l’instabilité gouvernementale face à une
majorité parlementaire instable ou tout au moins les difficultés initiales d’un régime politique auquel
les dirigeants africains n’étaient pas si familiers. En RDC, la Loi fondamentale relative aux structures
du Congo du 19 mai 1960, adoptée par le parlement belge et suivant les résolutions de la Table ronde
de Bruxelles de janvier-février 1960, avait institué un régime parlementaire qui avait aussitôt présenté
ses limites dès les premiers mois de son application.
L’attrait du régime présidentiel pouvait être considéré comme compatible avec la figure du Chef africain
incarnée par le Chef d’Etat moderne. Cependant les critères d’indépendance fonctionnelle et organique
entre le Président de la République et le parlement d’une part, et un rôle secondaire dévolu au pouvoir
judiciaire d’autre part dans les Etats africains faisant défaut, avaient paradoxalement constitué les
prémices pour une déformation du régime présidentiel vers le régime présidentialiste. Le renouveau
constitutionnel apparu dès les années 1990 renoue avec les caractéristiques du régime parlementaire
dans son versant du semi-présidentiel alors que quelques Etats africains, surtout de l’Afrique
anglophone et quelques Etats de l’Afrique francophone (Bénin, Côte d’Ivoire et Congo-Brazzaville
jusqu’à l’adoption de la nouvelle Constitution du 25 octobre 2015) s’inspirent assez largement du

626 DIMITRI LOHRER, « L’influence de la Constitution portugaise de 1976 sur les textes constitutionnels des pays lusophones.
Réflexions au sujet de l’existence d’un modèle constitutionnel lusitanien », RFDC, 2018/3, n° 115, pp. 549-578.
627
J.P. BRAS et N. BERNARD-MAUGIRON, « Les standards constitutionnels dans les printemps arabes », in M. DISANT, G.
LEWKOWICZ et P. TURK (dir.), Les standards constitutionnels mondiaux, Bruxelles, Bruylant, 2017, pp. 165-193, spéc. à la p. 191.
628 A. CABANIS et M. L. MARTIN, « Un espace d’isomorphisme constitutionnel. L’Afrique francophone », La Constitution et les

valeurs. Mélanges en l’honneur de Dimittri Georges LAVROFF, Paris, Dalloz, 2005.


629 A. KAMUKUNY MUKINAY, Contribution à l’étude de la fraude en Droit constitutionnel congolais, Louvain-la-Neuve, Academia

L’Harmattan, 2011, p. 32.


123
régime présidentiel américain630. Pour Gérard BALANDA Mikuin Leliel, à l’exception du Maroc et du
Swaziland, les autres Etats africains ont adopté le régime présidentiel ou semi-présidentiel631.
L’inspiration aux régimes politiques de référence n’a pas épuisé les ressources d’une certaine ingénierie
constitutionnelle en Afrique et des adaptations ont été jugées nécessaires. Par ailleurs, les régimes
présidentiel et parlementaire, comme le note si bien Mathieu CARPENTIER, n’ont pas pour fonction
d’épuiser l’ensemble des régimes existants632. Etant de constructions intellectuelles reposant sur certains
critères utilisés pour rendre intelligible la division horizontale des pouvoirs en Angleterre et aux Etats-
Unis, les modèles constitutionnels peuvent être multipliés à l’envi et selon d’autres critères. C’est dans
cette optique que les régimes présidentiels, parlementaires ou mixtes ne sont pas intégralement et
fidèlement reproduits en Afrique. Ils constituent des modèles ou exemples qui inspirent plutôt que des
modèles à reproduire. Pierre- François GONIDEC, dans son article de 1983, soulignait déjà que « les
catégories classiques s'adaptent mal ou pas du tout à l'Afrique »633.
Nous pouvons considérer que les multiples « adaptations » des régimes politiques dont s’inspirent les
constituants africains sont susceptibles de donner lieu à l’émergence de nouveaux régimes politiques
dont les critères traditionnels de classification ne sont plus déterminants ou ne sont pas repris dans leur
orthodoxie. Le modèle de référence évolue avec le temps et peut être concurrencé par de nouveaux
modèles. Marie-Claire PONTHOREAU écrit à ce propos : « La valeur d’un modèle évolue avec le
temps. Ainsi les modèles anglais, américain et français sont-ils désormais concurrencés par des
expériences constitutionnelles plus récentes qui savent répondre, au-delà de l’ingénierie
constitutionnelle de base, à des problèmes plus profondément enracinés : dépasser une expérience
autoritaire ou bien répondre aux défis du multiculturalisme634.
Rendant compte de cette réalité, le comparatiste Giuseppe de VERGOTTINI note qu’« il est rare que
le prototype, qui fait office de guide pour la définition des critères de classification, suffise à la
construction du système de classification lui-même et celui-ci devra être modifié et enrichi en tenant
compte des connaissances provenant de l’examen de multiples réalités historiques. Seul ce travail
d’enrichissement imposé par l’expérience permettra la création de classifications permettant de classer
les formes de gouvernement existantes mais sortant des schémas traditionnels désormais dépassés »635.
Cette observation est pertinente et rend compte du hiatus existant entre le modèle de régime politique
de référence et sa réception en Afrique. Cette réception peut donner lieu à de nouvelles classifications
intégrant d’autres critères considérés comme essentiels. Gilles J. GUGLIELMI ne dit pas autre chose
lorsqu’il retient des enseignements majeurs du droit public comparé que « les archétypes nés dans des
systèmes juridiques il y a moins de deux siècles n’existent plus à l’état pur depuis bien longtemps. Leur
évolution propre les a d’abord éloignés de la simplicité originelle des principes qui les avaient
distingués. Ensuite les effets de la colonisation puis de la globalisation ont mené, par des procédés
d’imitation, d’importation ou d’harmonisation conventionnelle, à une hybridation qui rapproche ces
systèmes en leur ôtant les manifestations typiques les moins compatibles avec l’évolution de la

630 Pour plus de précisions, I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en Afrique : insuccès et succès », », F. J. AIVO (dir.),
La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé,
Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 127-179.
631 G. BALANDA Mikuin Leliel, « Les Constitutions africaines: esquisse d’une étude comparative », Pour l’épanouissement de la

pensée juridique congolaise. Liber Amicorum Marcel Lihau, Bruxelles, Kinshasa, Bruylant, Presses universitaires de Kinshasa, 2006,
pp. 85-103, spéc. à la p. 91.
632 M. CARPENTIER, « Pour de nouveaux modèles de justice constitutionnelle », RIDC, n° 1, 2016, pp. 180-219, spéc. à la p. 184.

633 P. F. GONIDEC, « Esquisse d’une typologie des régimes politiques africains », Pouvoirs, n°25, 1983, pp. 63-78, spéc. à la p. 63.
634
M.-C. PONTHOREAU, Droit (s) constitutionnel (s) comparé (s), 2 è éd., Paris, Economica, 2021
635 G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », in M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit

constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 114-157, spéc. à la p. 129. Notre soulignement.
124
mondialisation des échanges »636. En outre le recours à l’ingénierie constitutionnelle comme mode de
gestion du pouvoir à la suite d’un conflit politique ou armé, à travers l’aménagement de certains
principes comme l’inclusivité, le consensus, le partage équilibré et équitable des responsabilités,
brouille les repères traditionnels de classification des régimes politiques en Afrique 637.
A eux seuls les critères de l’irrévocabilité mutuelle entre le Chef de l’Etat et le parlement dans le régime
présidentiel ou encore la responsabilité politique du gouvernement devant le parlement dans le régime
parlementaire ne sont plus suffisants pour rendre compte de la diversité de régimes qui se sont
développés à leur aune. Nous assistons, à titre illustratif, à des régimes parlementaires en Afrique
méconnaissant la figure du Premier ministre et fonctionnant sous les allures d’un exécutif présidentiel
(Afrique du Sud) ou encore des régimes présidentiels aménageant le bicéphalisme de l’Exécutif et
favorables à la participation de l’Exécutif dans le processus législatif (Bénin, Côte d’ivoire). Le juge
constitutionnel intervient, avec diverses fortunes, dans le jeu politique pour l’équilibrer ou le déterminer
devenant ainsi un acteur, selon les cas, protagoniste dans la construction des régimes politiques
africains. Les modèles ne fournissent d’ailleurs qu’un « canevas technique à cet agencement sans pour
autant remettre en cause l’innovation d’autres éléments »638.
La séparation, la collaboration et l’équilibre des pouvoirs deviennent des éléments clés qui inspirent le
constitutionnalisme africain et ce, sans qu’ils puissent constituer l’apanage d’un régime politique
déterminé. A ce propos Michel TROPER rappelle que dans leurs controverses, les constitutionnalistes
britanniques ne paraissent pas invoquer la nature parlementaire de leur Constitution, ni les
constitutionnalistes américains le caractère présidentiel de la leur639. La Constitution du Maroc du 29
juillet 2011 est à ce sujet illustrative. Bien que consacrant le régime parlementaire (rationnalisé), son
régime constitutionnel n’est pas moins fondé sur la séparation, l’équilibre et la collaboration des
pouvoirs640. Nous pouvons rapprocher à cet article 1er de la Constitution marocaine l’article 5 de la
Constitution de l’Egypte qui énonce les fondements du régime politique en ces termes : « Le régime
politique est fondé sur le pluralisme politique et le multipartisme, la transmission pacifique du pouvoir,
la séparation et l’équilibre des pouvoirs, le fait que toute autorité suppose une responsabilité, et le
respect des droits de l’homme et de ses libertés, conformément aux dispositions de cette
Constitution »641. De même les fondements du régime politique tunisien issu de la Constitution du 27
janvier 2014 sont fixés dans le préambule642.

636 Gilles J. GUGLIELMI, « Avant-propos », in Gilles J. GUGLIELMI et J. MARTIN (dir.), Le droit constitutionnel des collectivités
territoriales. Aspects de droit public comparé, Boulogne-Billancourt, Berger Levrault, 2015, pp. 9-12, spéc. à la p. 11. C’est nous qui
soulignons.
637 S. ANDZOKA ATSIMOU, L’ingénierie constitutionnelle, solution de sortie de crise en Afrique ? Les exemples de l’Afrique du

Sud, de la République Démocratique du Congo, du Burundi et du Congo Brazzaville, Paris, L’Harmattan, 2015 ; J. Du Bois de
GAUDUSSON, « Quel rôle pour l’ingénierie constitutionnelle et institutionnelle ? », in Déterminants des conflits et nouvelles formes
de prévention, Bruxelles, Bruylant, 2013, pp. 945-960.
638 S. AROMATARIO, « Les modèles constitutionnels à travers le monde », S. SEGALA et S. AROMATARIO (dir.), Les modèles

constitutionnels, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 139-152, spéc. à la p. 140.


639 M. TROPER, Pour une théorie juridique de l’Etat, Paris, PUF, 1994, p. 262.
640 Article 1er : « Le Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale. Le régime constitutionnel du

Royaume est fondé sur la séparation, l’équilibre et la collaboration des pouvoirs, ainsi que sur la démocratie citoyenne et participative,
et les principes de bonne gouvernance et de la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes ».
641 Art. 5 de la Constitution de l’Egypte adoptée lors du référendum du 14/15 janvier 2014. Traduction non officielle. Souligné par

nous.
642 « (…). Posant les fondements d’un régime républicain démocratique et participatif, dans le cadre d’un État civil où la souveraineté

du peuple s’exerce, à travers l’alternance pacifique au pouvoir, par des élections libres ; Un régime fondé sur le principe de la séparation
des pouvoirs et sur leur équilibre, où la liberté d’association, conformément aux principes de pluralisme, de neutralité de
l’administration et de bonne gouvernance, est la conditions de la compétition politique ; Où l’Etat garantit la suprématie de la loi, les
libertés et les droits de l’Homme, l’indépendance de la justice, l’égalité en droits et en devoirs entre les citoyens et les citoyennes, et
l’égalité entre les régions (…) ». Préambule de la constitution tunisienne du 27 janvier 2014. La traduction n’est pas officielle.
125
3. Quelques voies africaines des régimes politiques : régimes politiques
atypiques

Dans le cadre de ce titre nous envisageons de traiter quelques traits particuliers des régimes politiques
institués par certaines Constitutions africaines. Faute de mieux nous qualifions ces régimes
d’atypiques.
En analysant l’articulation des rapports entre le Président et le gouvernement, dirigé par un Premier
Ministre d’une part, et la Chambre des représentants d’autre part, le régime égyptien ne s’identifie à
aucun régime politique classique. Quoique le Président de la République tire sa légitimité du suffrage
universel direct au même titre que les membres de la chambre des représentants, chaque organe
dispose de mécanismes pour agir sur l’autre. Ainsi le Président de la République peut dissoudre la
Chambre des représentants par un décret motivé signé à la suite d’un référendum populaire. De même
la Chambre des représentants, outre la procédure de la mise en accusation du Président de la
République, peut lui retirer la confiance lorsque la proposition y relative est approuvée et soumise
au référendum populaire (art. 161).
Le Président est Chef de l’exécutif. Le gouvernement dirigé par un Premier ministre, constitue
l’organe exécutif et administratif suprême de l’Etat. Il est responsable devant la chambre des
représentants qui peut lui retirer la confiance à travers l’adoption d’une motion de censure. Le
Premier ministre n’émane pas nécessairement de la coalition ayant obtenu plusieurs sièges à la
Chambre des représentants. La Constitution attribue au Président de la République le pouvoir de
nommer le Premier ministre. Si celui-ci ne bénéficie pas de la confiance de la Chambre des
représentants, le Président de la République est obligé de désigner le Premier ministre au sein du
parti ou de la coalition disposant de plusieurs sièges à la Chambre des représentants (art.146). Dans
ce cas le Président nomme, après avoir consulté le Premier ministre, les ministres de la Défense, de
l’Intérieur, de la justice et des affaires étrangères. Il convient enfin de noter que la politique générale
de l’Etat est définie par le Président de la République en collaboration avec le gouvernement.
Comme nous pouvons le constater, ce régime ne peut se réclamer de la filiation ni du régime
présidentiel, et encore moins du régime parlementaire dans la mesure où, malgré le lien de confiance
existant entre le parlement et le gouvernement, ce dernier ne constitue qu’un « organe exécutif et
administratif suprême de l’Etat » dépourvu de la compétence de définir et de conduire la politique
de la nation. Le retrait de la confiance au Président de la République (sans confondre avec la
procédure de la mise en accusation) n’est institué ni dans le régime parlementaire, ni présidentiel et
encore moins semi-présidentiel643.
Le régime politique institué par la Constitution du Burundi du 18 mars 2005 est également atypique
par rapport aux classifications contemporaines des régimes politiques. L’essence du régime qui y est
sécrétée est manifestement de type présidentiel avec le Chef de l’Etat élu au suffrage universel direct
qui est en même temps chef de l’exécutif et Chef du gouvernement. Il est assisté de deux vice-
présidents. Les ministres sont responsables devant lui. Cependant, non seulement il partage
l’initiative des lois avec le parlement constitué de deux Chambres (le Sénat et l’Assemblée nationale),
cette dernière peut adopter une motion de censure contre le gouvernement, lequel est dirigé par le
Chef de l’Etat. De même le Chef de l’Etat peut dissoudre l’Assemblée nationale. Il résulte un

643
Pour une analyse sur les institutions politiques issues de la Constitution du 15 janvier 2014, voy. N. BERNARD-MAUGIRON, « La
Constitution égyptienne de 2014 : quelle réforme constitutionnelle pour l’Egypte », RFDC, n° 103, 2015, pp. 515-538.
126
syncrétisme des régimes présidentiel et parlementaire dont la qualification n’est pas aisée en droit
constitutionnel.
Il en est de même de la Constitution de l’Angola du 21 janvier 2010 qui, tout en empruntant les
éléments caractéristiques de l’Exécutif en régime présidentiel (Président, vice-président, ministres
qui sont responsables devant lui. Il est Chef de l’Etat et du gouvernement etc.) s’en distingue par un
rôle encombrant du Président de la République qui peut dissoudre le Parlement. La Constitution de
la Guinée équatoriale du 17 janvier 1995 comporte des dispositions propices pour une
présidentialisation du régime. Le Président de la République, élu pour un mandat de sept ans
renouvelable sans limite détermine la politique de la Nation, arbitre et modèle le fonctionnement
normal de toutes les institutions de l’Etat. Son autorité s’étend sur tout le territoire national. Il nomme
le Premier ministre qui est responsable devant lui et la Chambre des représentants. Il ratifie la
décision de la chambre des représentants du peuple au sujet des élections et de son Président et des
autres membres du bureau. Il dispose en outre du droit de dissoudre ladite Chambre. Il est enfin le
premier magistrat de la nation. Au regard de ce qui précède il apparaît illusoire de rattacher ce régime
politique équato-guinéen aux régimes connus. Il évoque au contraire, par le rôle encombrant du
Président de la République dans toutes les institutions de l’Etat, les vestiges du présidentialisme dans
son expression péjorative d’avant la vague de la démocratisation.
Malgré les apparences d’un régime présidentiel accrédité par une partie de la doctrine, le régime sud-
africain ne relève pas du régime présidentiel pur 644 . Il constituerait une version « originale » du
parlementarisme645. Selon Giuseppe De VERGOTTINI, « on trouve une variante originale de régime
parlementaire dans la Constitution de l’Afrique du Sud de 1996, où le Président de la République,
également Chef du gouvernement (…) est élu par le parlement et est doté de pouvoirs forts. Il dispose
du droit de dissolution, est responsable politiquement devant le parlement conjointement avec les
membres du gouvernement (…) ; la démission du Président est obligatoire en cas de motion de
censure (…) lorsque la collaboration avec le parlement devient impossible »646.
Ce parlementarisme, issu de la tradition britannique, se présente avec « une forme de rationalisation
verticale des pouvoirs entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif alliée à une forme de division
horizontale des pouvoirs cherchant à établir un équilibre entre le pouvoir central et les provinces »647.
Au demeurant l’identité du régime politique sud-africain apparaît incertaine. Pour rendre compte de
cet aspect, Luc SINDJOUN disserte en ce sens : « L’Afrique du Sud est un exemple de régime dans
lequel l’agencement des institutions et la pratique politique remettent en cause l’intangibilité des
frontières identitaires des régimes politiques »648. Analysant le régime constitutionnel sud-africain,
Xavier PHILIPPE constate que par le format de l’exécutif, le constituant sud-africain a repris le
modèle américain ; par la configuration du Parlement, c’est le système bicaméral propre au monde
anglo-saxon ; pour le modèle de justice constitutionnelle, la Constitution de 1996 s’est beaucoup
inspirée de la Cour constitutionnelle allemande ; les relations entre l’Etat central et les Provinces et
Municipalités sont proches des systèmes allemand et espagnol 649. Le « mixage » constitutionnel entre

644 Voy. sur ce point R. NGANDO SANDJE, « Le renouveau du droit constitutionnel et la question des classifications en Afrique :
quel sort pour le régime présidentialiste ? », RFDC, 2013/1, n°93, pp. e-1à e-26, spéc. p. e-6.
645 G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit

constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 114-157, spéc. à la p. 149. L’auteur poursuit en affirmant
que la Constitution de la Namibie de 1990 s’inscrit dans la même optique à la différence qu’ici le Président de l’Etat tire sa légitimité
de l’élection populaire.
646 G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit

constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 114-157, spéc. à la p. 149. L’auteur poursuit en affirmant
que la Constitution de la Namibie de 1990 s’inscrit dans la même optique à la différence qu’ici le Président de l’Etat tire sa légitimité
de l’élection populaire.
647. X. PHILIPPE, « La démocratie constitutionnelle sud-africaine : un modèle ? », Pouvoirs, 2009/2, n° 129, pp. 157-168, spéc. à la p.

160.
648 L. SINDJOUN, op.cit., p. 568.
649 X. PHILIPPE, « La Démocratie constitutionnelle sud-africaine : un modèle ? », Pouvoirs, n°129, 2009, pp. 157-168.

127
l’ « universel », le « comparé », le « national», voire le « local » produit des régimes politiques
inédits dont l’Afrique offrirait des terrains ou des laboratoires d’expérimentation pouvant contribuer
au vœu exprimé par Placide MOUDOUDOU de la construction par l’Afrique, en tenant compte des
données anthropologiques, de sa propre « doctrine Monroe constitutionnel »650.
Les régimes politiques esquissés par certains auteurs africains se ramèneraient à quatre même s’ils
peuvent être multipliés à l’envi. Il s’agit de la démocratie présidentielle, du présidentialisme
parlementaire, du présidentialisme démocratique (hyper présidentialisme) ou encore du
présidentialisme africain dont le fil conducteur est constitué par la prééminence du Chef de l’Etat
dans les régimes politiques africains. Babacar GUEYE écrit à ce propos : « La plupart des régimes
politiques africains prennent en effet la forme d’un « présidentialisme monocentré ou d’un pouvoir
hyper-présidentiel. L’hégémonie de l’exécutif, du Président de la République notamment, est une
donnée constante du constitutionnalisme africain quelle que soit l’inspiration-parlementaire ou
présidentielle du régime considéré »651.

C’est autour de la figure et du rôle du Chef de l’Etat dans le fonctionnement des institutions politiques
en Afrique que les différents régimes politiques ci-dessous ont été proposés. Les critères de
classification sont subjectifs et ne se recoupent pas nécessairement avec les critères classiques de
classification (séparation rigide et souple des pouvoirs).
C’est au regard de l’étendue des pouvoirs du Président africain que certains auteurs mettent en doute
l’option africaine, du moins dans la plupart des Etats francophones, en faveur du régime
parlementaire au profit du présidentialisme. Or un régime politique se définit non pas par l’étendue
des pouvoirs- à moins que l’on veuille introduire un nouveau critère de classification des régimes
politiques- mais par des critères ou un critère. La doctrine converge, par convention, à dégager la
nature du régime politique parlementaire par le critère de la responsabilité politique du gouvernement
devant le parlement ou l’une de ses chambres. Dès lors que ce critère est réuni il devient illusoire de
nier la qualification de ce régime à tous les Etats dont les Constitutions aménagent les pouvoirs dans
l’optique de consacrer la responsabilité du gouvernement devant le parlement. C’est dans ce cadre,
qu’analysant le régime politique consacré par la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996, Jean
Tobie HOND conclut en l’existence du régime politique parlementaire contrairement à la doctrine
dominante. Il observe que la plupart des auteurs se sont fondés sur des critères variables tels que
l’importance des prérogatives du Président de la République ou la portée de son influence politique.
Or un régime politique ne se définit pas au regard de ces critères 652. Il en résulte chez la plupart des
auteurs dont les idées sont exposées ci-dessous une confusion ou tout au moins l’absence d’une ligne
de démarcation entre régime politique et système politique en Afrique. En effet, le Droit
constitutionnel de la pratique se développe de manière juxtaposée au droit constitutionnel tel
qu’aménagé par les textes constitutionnels.
Cet avertissement de Michel TROPER demeure prégnant dans l’étude ci-dessous des régimes
politiques africains. En effet, il considère, de manière plus tranchante que « les classements ne nous
enseignent rien et ne peuvent d’ailleurs rien nous enseigner dès lors qu’on présuppose à tort un lien

650 Pl. MOUDOUDOU, « Flexible droit : vers une naissance d’un constitutionnalisme identitaire en Afrique noire ? », Revue juridique
et Politique, 2012, n° 2, pp. 135-173, spéc. à la p. 172 et s.
651
B. GUEYE, « Le mandat unique : un mandat pour le Président de la République en Afrique », in Démocratie en questions. Mélanges
en l’honneur du Professeur Théodore HOLO, Toulouse, Presses de l’Université Toulouse 1 Capitole, 2017, pp. 211-227, spéc. à la p.
221 et s. Dans une optique complémentaire, ALLOGNON MAHOUSSI GABRIEL, « L’expérimentation des régimes politiques en
Afrique », Revue béninoise de science Po, Vol.02, n° 1, Janvier 2018, pp. 100-156.
652 J.T. HOND, « De l’affirmation du caractère parlementaire du régime politique camerounais au regard de la Constitution du 18

janvier 1996 », in M. KAMTO, St. DOUMBE- BILLE, B. MIRANDA METOU (dir.), Regards sur le droit public en Afrique. Mélanges
en l’honneur du doyen Joseph-Marie BIPOUN WOUM, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 65-78, spéc. à la p. 67.
128
de causalité entre normes et comportements. En réalité des normes ne peuvent pas déterminer des
comportements (sic) »653.
Il importe de les étudier quoiqu’ils constituent, à l’heure actuelle, le fruit des cogitations de certains
constitutionnalistes et politistes africains. Ils ne se sont pas encore imposés dans la doctrine. Certains
seraient en pleine émergence et peuvent constituer un apport de la doctrine africaine au droit
constitutionnel à travers l’étude de « nouveaux » régimes politiques. Cette étude procède ainsi du
relativisme juridique. Nous avons consacré à ce sujet une réflexion654. Comme le souligne Stéphane
PINON, « D’autres modèles que le nôtre fonctionnent ; d’autres arguments, d’autres réponses
institutionnelles et jurisprudentielles sont apportées devant une même controverse. La connaissance
des régimes étrangers renforce la démarche scientifique, elle apprend à regarder la vérité, les valeurs
absolues, la recherche du meilleur des régimes avec suspicion. Elle permet d’enrichir le discours
juridique et de lutter contre les habitudes de pensée sclérosantes »655.

4. Le présidentialisme aux couleurs du renouveau africain

Comme énoncé précédemment, les adaptations en Afrique des régimes parlementaire et présidentiel
conduisent à la construction des régimes politiques inédits autour de la figure prééminente du Chef
d’Etat africain sur la scène politique dans le cadre du renouveau démocratique. Le présidentialisme
est étudié ici comme un régime politique à part entière et non comme une déformation du régime
présidentiel. I. Madior FALL constate opportunément que « la présidentialisation des régimes semble
être la loi d’airain de l’évolution des régimes politiques africains »656. Nous pouvons à juste titre
évoquer une sorte de « césarisme démocratique » dans la plupart des Etats africains657.
Bien que le principe de la séparation des pouvoirs n’y soit pas méconnu, il ne constitue pas le critère
déterminant dans l’identification du présidentialisme aux couleurs du renouveau démocratique qui se
décline de différentes manières selon les auteurs. L’on remarquera un manque d’homogénéité des
critères retenus. La différence entre régimes politiques et systèmes politiques africains n’est pas
perceptible dans la construction et la présentation de ces régimes. Cette assimilation malencontreuse
génère des confusions dans l’analyse des énoncés constitutionnels et dans le fonctionnement réel des
institutions politiques africaines. En effet, le droit constitutionnel de la pratique se développe de
manière juxtaposée au droit constitutionnel tel qu’aménagé par les textes constitutionnels.
Les quatre « régimes présidentialistes » africains qui sont brièvement illustrés concernent en principe
le statut de tout Président de la République africain élu au suffrage universel direct. Bien que n’étant
pas élus au suffrage universel direct, les Présidents sud-africain et angolais ne participent pas moins
à l’illustration de cette hégémonie présidentielle en Afrique. Les Présidents exerçant cette fonction
pendant la transition, quoiqu’ils puissent bénéficier de pouvoirs étendus de manière variable selon les

653 M. TROPER, Pour une théorie juridique de l’Etat, Paris, PUF, 1994, p 257 et s. Le sic a été inséré par nous sous forme de réserve.
654 J. KAZADI MPIANA, « Les régimes politiques africains et la nécessité de l’aggiornamento des critères de classification », Revue
internationale de droit comparé, 2018, n° 3, 2018.
655 St. PINON, op.cit., p. 11.
656 I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en Afrique : insuccès et succès », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise

du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014,
pp. 127-179, spéc. à la p. 145. Voy. aussi dans la même optique V. R. MANANGOU, « Le néo-présidentialisme africain : entre
paternalisme et superposition », RFDC, 2015/3, n° 103, pp. e 26 à e 53. Il écrit à ce propos : « Le présidentialisme demeure le modèle
de référence sur le continent noir « p. e27).
657 L’expression de « césarisme démocratique » Est parfois utilisée par les historiens du droit constitutionnel français pour qualifier le

régime politique bonapartiste : le peuple remet ses destinées à un César qu’il a plébiscité, alliance d’un pouvoir fort et du suffrage
universel ». M. DE VILLIERS et A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 34.
129
Etats et selon que cette transition est « constitutionnelle » ou en marge de la Constitution, peuvent
échapper aux éléments caractéristiques de ces différents régimes658.

4. 1 La démocratie présidentielle :

A. Exposé du régime

Elle constitue une formule de gouvernement authentiquement africaine qui conjugue prééminence de
l’institution présidentielle et contrôle démocratique de celle-ci659. Ce régime en gestation qui serait
inventé par les Africains et pour l’Afrique, emprunte à certains égards aux régimes présidentiel et
parlementaire, mais s’en éloigne d’autres. Les régimes qui se construisent sont considérés
« démocratiques » ou en démocratisation continue. Ils ont adopté la forme de gouvernement
s’articulant autour de la figure du Président de la République. La principale nouveauté par rapport au
passé résiderait au niveau de l’encadrement juridique de la dévolution du pouvoir et de l’exercice du
pouvoir présidentiel660.

B. Appréciation critique du régime

L’auteur part d’une analyse positiviste et même empirique des Constitutions africaines. Le succès de
cette démocratie suppose des préalables aussi bien au niveau de l’accès, de l’exercice que de la perte
du pouvoir. L’auteur semble tenir pour acquises l’efficacité et la transparence des opérations
électorales à l’issue desquelles le Chef d’Etat est élu. Cependant les lauriers dont se sont prévalues
certaines institutions indépendantes chargées d’organiser les élections contrastent avec le
désenchantement et les échecs qui leur sont attribués dans beaucoup d’Etats. Dans ces conditions, ce
préalable de la démocratie présidentielle n’est satisfait que dans quelques Etats qui se comptent au
bout des doigts. Du point de vue de l’exercice du pouvoir la prééminence du Chef de l’Etat en Afrique
constitue une donnée évidente. Le caractère démocratique d’accès peut se heurter au caractère
autoritaire de gestion du pouvoir et la préoccupation de la pérennisation des Chefs d’Etats à travers
des révisions constitutionnelles destinées à élaguer de la Constitution des dispositions gênantes (la
limitation du nombre de mandats présidentiels même à travers le recours à des référendums aux
couleurs plébiscitaires) est permanente.
Nous pouvons constater que du point de vue des textes constitutionnels la démocratie présidentielle
ne constituerait pas un apanage du continent africain. Les régimes instaurés par les Etats latino-
américains au lendemain des régimes autoritaires s’inscrivent dans la même perspective. Nous
convenons avec l’auteur que la « démocratie présidentielle » est en cours. L’activisme des citoyens,
le concours des juges constitutionnels, la transparence de certains processus électoraux sont
manifestes dans certains Etats, encore trop peu nombreux. Ces atouts devraient être capitalisés et
consolidés. La démocratie présidentielle est accolée aux différents régimes politiques en cours en
Afrique dans le cadre de la démocratisation des institutions et ce parcours est jonché aussi bien par
des résistances que des succès.
La démocratie présidentielle telle que proposée par l’auteur accorde une place prépondérante à
l’analyse des énoncés constitutionnels et il faudrait reconnaître que dans le cadre des transitions

658 Pour une étude du statut du chef d’Etat en Afrique exerçant sa fonction en qualité de Président transitoire, voy. I. D. SALAMI, « Le
Chef d’Etat de transition en Afrique », Revue béninoise de science politique, Vol. I, n° 1, 2017, pp. 1-47.
659A propos de ce régime, voy. I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en Afrique : insuccès et succès », F. J. AIVO

(dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-
Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 127-179, spéc. à la p. 179.
660 I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en Afrique : insuccès et succès », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise

du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014,
pp. 127-179, spéc. à la p. 157. Voy. aussi du même auteur « Le renforcement de l’encadrement du Président de la République dans les
régimes politiques africains », Revue du Conseil constitutionnel, 2014/4, pp. 257-288.
130
démocratiques une certaine convergence constitutionnelle est manifeste en Afrique. Cependant la
pratique démontre un écart parfois abyssal entre l’énoncé et la pratique. Un rapprochement entre les
deux est indispensable. La réception de la démocratie présidentielle ne prend pas en considération les
critères classiques de la classification des régimes politiques. Dans cette perspective la démocratie
présidentielle distribue l’exercice du pouvoir entre les différents organes de l’Etat, mais dans une
optique qui consacre le rôle clé et prééminent du Président de la République, bénéficiaire, dans la
plupart des Etats africains, de la légitimité populaire. C’est au regard de cette prééminence du Chef
de l’Etat africain que les trois autres régimes politiques que nous examinons sous peu ont été conçus
malgré quelques nuances.

4.2 Le présidentialisme parlementaire

A. Exposé du régime

Selon NGANDO SANDJE, le présidentialisme parlementaire serait une variété démocratique du


régime présidentialiste mettant fin au présidentialisme en Afrique comme une pathologie du régime
présidentiel661. Le présidentialisme parlementaire traduit pertinemment la logique de confusion des
pouvoirs, oriente la collaboration dans le sens d’un équilibre tout court, mais d’un équilibre avec
prédominance du pouvoir exécutif dans certains cas et, dans d’autres, du pouvoir législatif »662. C’est
au regard de la confusion des pouvoirs et de l’équilibre des pouvoirs au profit soit du Président de la
République ou des Chambres, selon les contingences politiques, que Rodrigue NGANDO SANDJE
cite le régime politique institué par le constituant congolais du 18 février 2006 comme un cas de
figure illustrant mieux le « présidentialisme parlementaire »663.

B. Appréciation critique du régime

Du point de vue de l’aménagement constitutionnel des pouvoirs, l’auteur constate que le parlement
congolais est généreusement nanti par rapport au Président de la République dans le cadre de la
cohabitation 664 . Toutefois cette « confusion » des pouvoirs au profit dudit parlement perd de sa
pertinence dans l’hypothèse de la concordance des majorités parlementaire et présidentielle. Dans
cette perspective la centralité du Président de la République ou mieux sa prééminence est restaurée.
L’auteur met un accent particulier, non pas sur le critère de la séparation des pouvoirs, mais sur
l’implication de chacun des principaux organes de l’Etat dans la fonction normative en y associant
également le juge constitutionnel. Cette construction ne serait pas une innovation africaine dans la
mesure où certains auteurs ont distingué des sous-types parmi les gouvernements semi-présidentiels
dans lesquels, en raison des mécanismes institutionnels ou du système des partis, c’est soit le
président, soit le gouvernement qui a le rôle le plus important665.

661 R. NGANDO SANDJE, « Le renouveau du droit constitutionnel et la question de classification en Afrique. Quel sort pour le régime
présidentialiste ? », Revue française de droit constitutionnel, 2013, 93, n°1, supplément électronique, pp. 1-26, spéc. p.e- 8.
662 R. NGANDO SANDJE, art.cit., p.e-16. Dans une optique critique sur les régimes politiques africains actuels, nous pouvons

notamment consulter l’étude réalisée par M-A PEROUSE DE MONTCLOS, Vers un nouveau régime politique en Afrique
subsaharienne ? Des transitions démocratiques dans l’impasse, Paris, Ifri, 2009.
663 R.NGANDO SANDJE, art.cit., aux pp. e-23 et s.
664
La cohabitation a été définie par la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême du Niger dans son arrêt n° 95-05/CH. CONS du
5 septembre 1995 comme l’existence de deux légitimités non convergentes sur leurs programmes politiques : Le Président de la
République, élu au suffrage universel et le Premier Ministre, issu d’une majorité parlementaire.
665 G. De VERGOTTINI, « Régimes politiques », M. TROPER et D. CHAGNOLLAUD (dir.), Traité international de droit

constitutionnel. Tome 2. Distribution des pouvoirs, Paris, Dalloz, 2012, pp. 114-157, spéc. à la p. 148.
131
4.3 Le présidentialisme démocratique ou l’hyper-présidentialisme

A. Exposé du régime

Ce régime politique émerge à partir des années quatre-vingt-dix. Selon Victor TOPANOU, le régime
présidentialiste démocratique est entendu comme « un régime intermédiaire entre le régime
présidentialiste d’où nous sortons et le régime présidentiel ou le régime parlementaire vers lequel
nous tendons avec un déséquilibre des pouvoirs largement favorable à l’exécutif et un affaiblissement
corrélatif, d’une part, du législatif et, d’autre part, du judiciaire sans parler de la quasi inféodation de
toutes les autres institutions constitutionnelles républicaines à l’exécutif »666. Sur le plan juridique,
la Constitution y organise formellement, d’une part, une démocratie pluraliste mais structurellement
en crise et, d’autre part, une séparation des pouvoirs même si dans la réalité, il existe un fort
déséquilibre en faveur de l’exécutif avec un affaiblissement corrélatif des autres pouvoirs
constitutionnels de la République » 667 . Ce régime est démocratique du fait de l’existence du
pluralisme politique et de la séparation des pouvoirs en dépit de leur déséquilibre 668.

Pour LOADA, cité par Jean-Nazaire TAMA, l’hyper-présidentialisme ou le présidentialisme


démocratique est marqué par les conséquences suivantes : les mécanismes de contrôle sont
instrumentalisés et dirigés contre ceux qui n’appartiennent pas aux réseaux du pouvoir. Ils sont
neutralisés pour assurer l’impunité aux membres des réseaux du pouvoir 669 . Prudent Victor
TOPANOU établit une corrélation entre le manque des ressources et l’hyper-présidentialisme en
estimant que ce dernier ou le présidentialisme démocratique constitue « l’apanage des pays pauvres
caractérisés entre autres par la rareté des ressources de qualité, qu’elles soient financières, matérielles
et humaines et un taux d’analphabétisme excessivement élevé» 670 . Pour ce dernier, le régime
politique instauré par la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 n’est pas présidentiel, mais
constitue un régime présidentialiste démocratique. Alain-Didier OLINGA s’interroge si la révision
constitutionnelle de 1991 au Cameroun ne concourait pas à l’institution d’un présidentialisme
démocratique671.

Le présidentialisme démocratique ou l’hyper-présidentialisme est à rapprocher avec le « néo-


présidentialisme africain » qui se fonde notamment sur la paternalisation des rapports institutionnels
et la superposition des structures étatiques, partisanes, ethniques, au profit du Président de la
République672. Sous un autre angle, loin de constituer une rupture avec le « présidentialisme négro-
africain », le nouveau présidentialisme africain est marqué par certaines de ses stigmates et présente
un visage contrasté que dépeint si bien Vivian Romain MANANGOU en ces termes :
« Concrètement, nous vivons, à bien des égards, le retour à un présidentialisme absolu, qui dépasse
le cadre du régime politique tyrannique : il implique une légitimité populaire et s’accompagne d’une
personnalisation outrancière du pouvoir suivie d’une manipulation médiatique. Finalement, ce

666 P. V. TOPANOU, « Quel régime pour quel modèle ? », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un
modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 311-319, spéc. à la p.
317 et s.
667 P. V. TOPANOU, art.cit., p. 318.
668J-N. TAMA, L’odyssée du constitutionnalisme en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 159.
669 LOADA cité par J-N. TAMA, L’odyssée du constitutionnalisme en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 159.
670 P. V. TOPANOU, « Quel régime pour quel modèle ? », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un

modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 311-319, spéc. à la p.
318. Voy. aussi J-N. TAMA, op.cit., p. 159.
671 A.D. OLINGA, « Cameroun : vers un présidentialisme démocratique. Réflexions sur la révision constitutionnelle du 23 avril 1991 »,

RJPIC, 1992, pp. 419-429.


672 V. R. MANANGOU, « Le néo-présidentialisme africain : entre paternalisme et superposition », RFDC, 2015/3, n° 103, pp. e26-

e53.
132
régime authentique s’installe dans le décor de la démocratie représentative, mais concentre en réalité
le pouvoir dans les mains du chef de l’État présenté comme l’homme de confiance du peuple »673.

B. Appréciation critique du régime

Le caractère transitoire de ce régime vers le parlementarisme ou le régime présidentiel nous paraît


une affirmation assez difficile à retenir. Nous éprouvons quelques difficultés à situer l’originalité ou
la valeur ajoutée de cette nouvelle forme de régime politique. Tel qu’esquissé, ce régime est
applicable dans beaucoup d’Etats et non seulement africains. L’identité même de ce régime pose
problème. Ici comme ailleurs (présidentialisme parlementaire, démocratie constitutionnelle), la
confusion est entretenue entre régime politique et système politique 674. Or pour bien appréhender le
fonctionnement du régime politique, il convient d’observer le fonctionnement de ses institutions
politiques. C’est l’étude du système politique qui nous aide à mieux comprendre comment la figure
du Président de la République est prépondérante sur la scène politique et focalise sur elle les avancées
ainsi que les limites du constitutionnalisme en Afrique.

Pour comprendre le clientélisme, la transhumance politiques qui concourent au renforcement de la


figure et du pouvoir du Chef de l’Etat ; au rôle de l’argent, au trafic d’influence pour vaincre les
velléités de résistance de certains opposants, tout comme le développement des réseaux qui se tissent
autour de la figure du Président de la République et de son entourage, le régime politique ne peut
nous procurer les outils nécessaires pour une meilleure compréhension. En d’autres termes, ce n’est
donc pas le régime politique qui est en cause dans la mesure où les Etats africains ont opéré le choix
dans l’articulation de leurs dispositions constitutionnelles en faveur du régime parlementaire (le
semi-présidentiel étant une variante du parlementarisme) ou présidentiel avec quelques adaptations.
Le fonctionnement de ce régime est tributaire de plusieurs facteurs contingents qui résultent des
rapports de forces entre les acteurs en présence. Au-delà de justifications parfois fondées et
présumées des élections truquées favorisant les candidats présidents à leur propre succession, le
poids, la cohésion et la cohérence des oppositions africaines devraient être objectivement étudiés.

En outre, le régime politique consacré dans ces Constitutions, surtout celles qui ont adopté le régime
parlementaire (dans son versant semi-présidentiel), n’institue guère et a priori un hyper-
présidentialisme .Ce sont les contingences politiques qui sont susceptibles d’aboutir soit à l’hyper-
présidentialisme soit à l’amorphisme ou l’hyperprésidentialisme émoussé. Dans cette deuxième
hypothèse nous pouvons nous référer à une discordance entre une légitimité présidentielle scellée par
le suffrage populaire et une majorité parlementaire toute acquise à l’opposition chargée d’imposer
au Président de la République le choix du Premier ministre, chef du gouvernement 675. Dans cette
perspective, et malgré l’existence des mécanismes de collaboration et d’influence réciproques, le
déséquilibre des pouvoirs s’opère au profit du gouvernement et de sa majorité parlementaire non
favorables au Président de la République. L’arme de la dissolution du parlement que le Président
peut brandir n’est pas tranchante dans la mesure où, dans certains Etats, l’initiative du Président de
la République doit être en amont avalisée par le gouvernement. Le Niger avait expérimenté au cours
de son histoire constitutionnelle la cohabitation, et malgré la dissolution de l’Assemblée nationale

673 V. R. MANANGOU, « Le néo-présidentialisme africain : entre paternalisme et superposition », RFDC, 2015/3, n° 103, pp. e26-
e53, spéc. à la p. e 31.
674 Le système politique désigne « le fonctionnement concret d’un régime politique. Le système politique est le produit de l’interaction

entre les règles constitutionnelles (juridiques et politiques, écrites ou non) et les comportements des acteurs (gouvernants, électeurs) ».
M. DE VILLIERS, A. LEDIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 358.
675
Cette hypothèse est celle de la cohabitation qui, en droit constitutionnel, résulte de l’élection à la présidence de la République et à
l’Assemblée nationale de majorités politiques opposées. Voy. G. NAHM-TCHOUGLI, « Le juge constitutionnel face aux conflits
politiques en Afrique noire francophone », Revue juridique et politique, 2012, n° 2, pp. 217-259, spéc. à la p. 241. Pour la Chambre
constitutionnelle de la Cour suprême du Niger (arrêt n°95-05/CH.CONS du 5 septembre 1995) la notion de cohabitation signifie
l’existence de deux légitimités dont les programmes ne convergent pas.
133
décidée par le Président de la République dépourvu d’une majorité parlementaire, les élections
législatives organisées par la suite avaient confirmé la discordance entre les deux majorités au point
de créer un blocage institutionnel propice à un coup d’Etat qui s’en suivit le 27 janvier 1996.

Or ce risque de cohabitation n’est pas ignoré dans toutes les Constitutions africaines qui s’inspirent
du régime parlementaire ou mieux, comme il est fréquent d’utiliser cette terminologie, du régime
semi-présidentiel. Est-il que la cohabitation redéfinit les équilibres au sein de l’exécutif et dans les
rapports entre le Président de la République et les deux autres institutions politiques (gouvernement
et parlement) en faveur de ces dernières, ce qui constitue une hérésie, car le Président, imbibé de
l’onction populaire qu’il tient des urnes et de la figure du chef qu’il incarne, ne peut réaliser son
projet qu’avec l’appui des institutions dont il ne constitue pas l’émanation. Il est évident que la
cohabitation contraste avec l’hyperprésidentialisme et si elle n’est pas gérée de manière adéquate,
elle est susceptible de provoquer des crises institutionnelles comme ce fut le cas au Niger.

C’est en vue de prévenir la crise politique ayant motivé le coup d’Etat au Niger en 1996 que la
Constitution du 25 novembre 2010, s’inscrivant dans le droit fil de sa devancière de 1999, prend soin
d’insérer dans le dispositif constitutionnel une section consacrée à la cohabitation. En effet, l’article
81 de cette Constitution est ainsi libellé : « Lorsque la majorité présidentielle et la majorité
parlementaire ne concordent pas, le Premier ministre est nommé par le Président de la République
sur une liste de trois personnalités proposée par la Majorité à l’Assemblée nationale. Le Président de
la République met fin aux fonctions du Premier ministre sur présentation par celui-ci de la démission
du gouvernement. Les ministres chargés de la défense nationale et des affaires étrangères sont
désignés de commun accord par le Président de la République et le Premier ministre ». Sans
formellement instituer la cohabitation, certaines Constitutions prennent soin de prévoir les
mécanismes pouvant faire face à la divergence de majorités parlementaire et présidentielle en créant
un cadre de consultation ou de concertation pour la nomination de certains ministres 676 ou en
décrétant des domaines de collaboration entre le gouvernement et le Président de la République 677.
Ces dispositions visent à préserver « le prestige de la fonction présidentielle » qui serait réduit à néant
si le Chef du gouvernement et le parlement monopolisent tout l’espace exécutif et législatif le
réduisant au rôle d’un monarque républicain dépouillé d’une grande partie de ses prérogatives
constitutionnelles. De même la concordance de majorités présidentielle et législatives, comme c’est
le cas le plus répandu en Afrique, constitue « une source d’omnipotence de ceux qui exercent le
pouvoir, troublant ainsi la répartition constitutionnelle des compétences »678.

676 L’art. 146 in fine de la Constitution égyptienne du 14-15 janvier 2014. Lorsque le Premier ministre est issu de la coalition disposant
de la majorité des sièges à la chambre des Représentants, le Président nomme, après avoir consulté le Premier ministre, les ministres
de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la justice. Aux termes de l’article 89 de la Constitution tunisienne du 27
janvier 2014, le Chef du gouvernement choisit en concertation avec le Président de la République les ministres des affaires étrangères
et de la défense. Sans parler de la cohabitation, l’article 89 de la Constitution tunisienne du 27 janvier 2014 énonce que les ministres
des affaires étrangères et de la défense sont choisis par le Chef du gouvernement en concertation avec le président de la République.
677 L’art. 91 de la Constitution de la RDC du 18 février 2006. La défense, la sécurité et les affaires étrangères sont des domaines de

collaboration entre le Président de la République et le Gouvernement. La Constitution tunisienne précitée confère au Président de la
République le pouvoir de déterminer les politiques générales dans les domaines de la défense, des relations étrangères et de la sécurité
nationale relative à la protection de l’Etat et du territoire nationale contre toutes menaces intérieures ou extérieures après la consultation
du Chef du gouvernement (art. 77, al. 1 er).
678G. NAHM-TCHOUGLI, « Le juge constitutionnel face aux conflits politiques en Afrique noire francophone », Revue juridique et

politique, 2012, n° 2, pp. 217-259, spéc. à la p. 243.


134
4.4 Le présidentialisme africain

A. Exposé du régime

Selon Y.S. LATH, la pérennisation du présidentialisme en Afrique depuis les indépendances semble
alors traduire l’expression de la volonté des constituants d’imprimer souverainement la marque d’une
spécificité africaine aux régimes politiques. Le présidentialisme n’est donc pas le produit du hasard
ou la résultante d’un accident dans la transposition du constitutionnalisme occidental en Afrique ; il
est plutôt un régime politique spécifique probablement plus adapté aux réalités africaines 679. L’auteur
distingue à ce propos le présidentialisme moniste et le présidentialisme dualiste ou présidentialisme
d’obédience parlementaire. Dans le premier l’Exécutif est monocéphale dans la mesure où tout le
pouvoir exécutif est détenu par le Président de la République. Dans le second est prévue
l’institutionnalisation d’un Premier ministre qui agit soit en tant que primus inter pares soit comme
investi de pouvoirs propres. Il soutient que « le présidentialisme africain est certainement un régime
politique ; mais il est aussi un mouvement constitutionnel qui tend à combiner les mécanismes du
régime présidentiel et ceux du régime parlementaire à l’effet de renforcer le statut du Président de la
République » 680 . Le régime présidentialiste africain admet aussi bien la séparation que la
collaboration des pouvoirs législatif et exécutif. L’auteur conclut que par « son caractère hybride, le
régime présidentialiste tend à mettre en œuvre aussi bien des procédés du régime présidentiel que
ceux du régime parlementaire pour garantir la suprématie ou la prépondérance présidentielle681.

B. Appréciation critique du présidentialisme africain

Nous pouvons constater que le présidentialisme parlementaire et le présidentialisme


africain concordent sur une réalité commune ; c’est-à-dire celle de considérer le présidentialisme
africain, avec ses avatars, comme un régime propice à la culture africaine faisant de la figure du Chef,
incarné par le Président moderne de la République, l’élément clé du pouvoir 682. C’est en tenant
compte de cette prééminence qu’une opinion isolée, il faut le reconnaître, mais non moins pertinente,
qualifie le régime politique béninois, célébré comme le régime présidentiel par la doctrine
concordante et la jurisprudence de la Cour constitutionnelle du Bénin 683, de régime présidentialiste
démocratique684. Cette piste est intéressante et compatible avec la conception du Chef en Afrique.
Ce nouveau présidentialisme diffère de celui d’avant les années quatre-vingt-dix qui constituait une
déformation du régime présidentiel en s’inscrivant dans une perspective démocratique et libérale.

679Y.S. LATH, « La pérennisation du présidentialisme dans les Etats d’Afrique : les repères d’un modèle africain de régime politique »,
in F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice
Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp.285-310, spéc. à la p. 290.
680 Y.S. LATH, « La pérennisation du présidentialisme dans les Etats d’Afrique : les repères d’un modèle africain de régime

politique », in F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur
de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp.285-310, spéc. à la p. 286.
681 Y.S. LATH, art.cit., pp. 296-309.
682 Sur le rapprochement entre le chef traditionnel africain et le nouveau chef d’Etat, voy. Mamadou BADJI, « Le Chef d’Etat dans les

régimes politiques africains : miroir des modes traditionnels d’exercice du pouvoir politique », Droit sénégalais, n° 9, 2010, pp. 33-
65.
683 A titre purement indicatif en se limitant à l’étude du statut du Président béninois Albert BOURGI y voit la manifestation du régime

présidentiel là où TOPANOU (infra) y voit autre chose que le régime présidentiel. Voy. A. BOURGI, « Le Président de la République
dans la Constitution béninoise », in F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ?
Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 321-325. Voy. Cour constitutionnelle du Bénin.
DCC 96-020 du 26 avril 1996 , la Décision DCC 11-067 du 20 octobre 2011.
684P. V. TOPANOU, « Quel régime pour quel modèle ? », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un

modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 311-319. « C’est un
régime intermédiaire entre le régime présidentialiste d’où nous sortons et le régime présidentiel ou le régime parlementaire vers lequel
nous tendons avec un déséquilibre des pouvoirs largement favorable à l’Exécutif et un affaiblissement corrélatif, d’une part, du législatif
et, d’autre part du judiciaire sans parler de la quasi inféodation de toutes les autres institutions constitutionnelles républicaines », p.
318.
135
Jean-Louis ESAMBO KANGASHE propose quelques grilles non exhaustives de présentation des
régimes politiques africains dans leur diversité mais qui se recoupent sur le rôle central du Chef de
l’Etat dans le fonctionnement des institutions685. Les 3 grilles qu’il propose tiennent compte, d’une
part, de l’aménagement constitutionnel des pouvoirs et, d’autre part, du fonctionnement réel de
l’autorité. En d’autres termes ces grilles rapprochent les régimes politiques des systèmes politiques
africains. Il retient à ce propos trois grilles (non exhaustives).
La première décline les pays qui organisent, au point de vue constitutionnel, la séparation des
pouvoirs doublée d’une certaine hyper présidentialisation du régime sans que l’on débouche
nécessairement au présidentialisme. Le régime béninois institué par la Constitution du 11 décembre
1990 en offre une illustration typique en faisant du Président de la République la clé de voûte 686.
La deuxième grille est illustrée par la Constitution sud-africaine organisant l’élection, par le
Parlement, du Président de la République, ce qui devait lui conférer des prérogatives très limitées.
Cependant Jean-Louis ESAMBO KANGASHE constate que « la mise en mouvement des
prérogatives présidentielles déborde le cadre strictement du régime parlementaire pour emprunter
une voie présidentielle, sans toutefois fléchir vers le présidentialisme »687.
La troisième grille est représentée par les Etats dont les textes constitutionnels aménagent une
collaboration particulière entre le Président de la République et le Parlement dans la désignation du
Premier ministre. Le Parlement est par ailleurs dépourvu du droit de démettre le gouvernement dont
la dépendance à l’égard du Président de la République n’établit pas un régime parlementaire de type
classique (Burkina Faso, Gabon, Mali, Niger…).
Par ailleurs Jean-Louis ESAMBO KANGASHE constate que dans la perspective du renforcement
des pouvoirs présidentiels issus des suffrages universels directs, quelques pays (Côte d’Ivoire,
Ghana, République du Congo, Ruanda, Ouganda, Sénégal ou Zimbabwe) instaurent, en dépit de la
séparation des pouvoirs, des formes variées de régime quasi présidentialiste 688. D’autres Etats comme
le Lesotho et la RDC instaurent, de l’avis de l’auteur, un régime parlementaire rationnalisé assurant
la collaboration des pouvoirs, d’une part, entre le Président de la République et le gouvernement
(dans la détermination de la politique de la Nation) et, d’autre part, entre lui et le Parlement,
notamment, dans la dissolution de l’Assemblée nationale689.

4.5 Appréciation du régime présidentialiste aux couleurs du renouveau démocratique

Le présidentialisme parlementaire et le présidentialisme démocratique devraient être considérés non


pas comme de nouvelles formes de régime politique, mais plutôt comme des systèmes politiques qui
permettent de saisir l’image du fonctionnement des institutions politiques dans leur dynamique
contingente. La concordance observée entre les majorités présidentielle et parlementaire dans de
nombreux Etats africains contribue à relayer cette identité de façade entre régime politique et système
politique. Il n’est pas permis de douter que la situation puisse changer à l’avenir en cas de défaut des
majorités homogènes690. Comme il a été démontré par Olivier DUHAMEL, un régime présidentiel
ou même parlementaire peut fonctionner comme un système présidentialiste.

685 J-L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, Louvain-la-Neuve, Academia L’Harmattan, 2013, pp. 242-244.
686 Il est détenteur du pouvoir exécutif, chef du gouvernement. Il détermine et conduit la politique de la nation, il exerce le pouvoir
règlementaire, nomme et révoque les ministres dont il détermine les attributions et ces derniers sont responsables devant lui.
687
J-L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, Louvain-la-Neuve, Academia L’Harmattan, 2013, p. 243. Le
présidentialisme est considéré dans cette optique comme une dégénérescence ou une déviation du régime principalement présidentiel.
688 J-L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, op.cit., p. 244.
689 J-L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, op.cit., p. 244.
690 Une telle situation s’était produite au Niger en 1996 et avait constitué un casus belli pour un coup d’Etat militaire.

136
Dans l’étude des régimes politiques africains, le critère est mis sur l’étendue des fonctions
présidentielles ou mieux sa prédominance sur la scène politique africaine. C’est principalement en
vertu de ce critère que certains auteurs ont dénommé ces régimes tantôt de démocratie présidentielle,
de présidentialisme parlementaire, de l’hyperprésidentialisme, du présidentialisme africain.
Le présidentialisme africain, comme régime politique distinct se développe à l’ombre des régimes
présidentiel et parlementaire avec leurs vertus et vices. André SALIFOU note à ce propos : « En
effet, s’il est vrai que la loi fondamentale définissant un régime présidentiel est, en tous cas à nos
yeux, la moins éloignée de la conception africaine du pouvoir et de son exercice, il n’en demeure pas
moins vrai qu’un régime parlementaire possède également des vertus toutes plus démocratiques les
unes que les autres, ce qui justement en rend difficile la mise en œuvre, surtout même par des
apprentis démocrates691.
Le présidentialisme africain, peu importe l’adjectif qui peut lui être collé, constitue une réalité et non
une déformation du régime présidentiel américain. Il traduit dès lors la volonté des peuples africains,
dans leur grande majorité, de conférer une certaine prééminence à l’institution Président de la
République, non pas tant dans une optique de partage de pouvoir, mais bien plus de collaboration et
de subordination. Bien que les textes constitutionnels proclament les principes de la séparation des
pouvoirs, ils prévoient des mécanismes permettant au Président de la République d’interférer dans
l’action du législatif, de l’Exécutif et même du judiciaire. Etant donné que le Chef de l’Etat est aussi
Chef du parti ou de la coalition majoritaire au Parlement, il en résulte une concentration des pouvoirs
(exécutif et législatif) en ses mains. Dans cette hypothèse, comme l’a bien noté Babacar GUEYE,
« L’exécutif et le législatif ne sont plus séparés, mais solidaires sous l’autorité du chef de l’Etat,
titulaire de la majorité. Dans ces conditions, le développement du phénomène majoritaire produit
comme conséquence la remise en cause du pilier fondamental de la séparation des pouvoirs : le
contrôle de l’action gouvernementale par l’Assemblée parlementaire »692.
Nous partageons ces considérations développées par Abdoulaye Wotem SOMPARE relatives à la
conception de la fonction du Président de la République en Guinée et qui est largement partagée en
Afrique, malgré les tentatives de limiter son pouvoir : « Cette tentative vaine de limitation du pouvoir
du Président s’inscrit d’ailleurs en porte-à-faux avec la représentation que se font les Guinéens de la
fonction présidentielle : les populations semblent s’attendre à un Président fort, dans un contexte de
grande personnalisation du pouvoir. L’idée est que seul le Président a des solutions pour régler les
problèmes ; d’où le mythe de l’homme providentiel, capable de sortir la Guinée du sous-
développement d’un coup de baguette magique »693.
En dépit de la prééminence, et de l’irresponsabilité politique du Chef d’Etat africain, il convient de
partager le constat selon lequel le pouvoir présidentiel est juridiquement encadré et limité. Le statut
du Président de la République a évolué dans le constitutionnalisme africain. Autrefois intouchable et
parfois au-dessus de la Constitution694, le Chef de l’Etat africain peut faire l’objet de la mise en
accusation et de la déchéance de sa fonction dans les conditions prévues par la Constitution et les
lois particulières. Sa responsabilité pénale est non moins engagée notamment en matière de haute
trahison695. Il peut être déchu de ses fonctions par le biais de la procédure de l’empêchement définitif

691 A. SALIFOU, « Déficit démocratique et conflits : L’Afrique peut-elle se démocratiser ? », Déterminants des conflits et nouvelles
formes de prévention, Bruxelles, Bruylant, 2013, pp. 67-91, spéc. à la p. 86.
692 B. GUEYE, « La démocratie en Afrique : succès et résistances», Pouvoirs, 2009, n° 129, pp. 5-25, spéc. à la p. 16.
693 A.W. SOMPARE, « Une longue et laborieuse transition démocratique en Guinée », Annuaire français des Relations internationales,

consulté le 14 août 2016 à l’adresse http://www.afri-ct.org/IMG/pdf/449_Sompare.pdf


694 En RDC, sous l’effet de diverses lois de révision de la Constitution du 24 juin 1967 certaines dispositions ne pouvaient pas

s’appliquer au Président-fondateur du Mouvement Populaire de la Révolution, parti-Etat, notamment la limite du nombre de mandats
présidentiels à deux.
695 Pour une étude de la question en droit béninois, M. NGUELE ABADA, « La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 et la

responsabilité pénale des gouvernants », in F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour
l’Afrique ?. Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 497-524.
137
à la suite de la violation de la Constitution. La Haute Cour constitutionnelle du Madagascar, dans sa
décision du 4 septembre 1996, avait prononcé l’empêchement définitif du Chef de l’Etat pour
violation de certaines dispositions de la Constitution696. En Afrique, l’exécutif présente certaines
spécificités et qui méritent d’être illustrées aussi bien dans le cadre du régime parlementaire (et dans
sa variante du régime semi-présidentiel). Etant donné que l’Exécutif en régime présidentiel africain
est parfois bicéphale avec le poste du Premier ministre de fait ou de droit qui agit en qualité de
coordonnateur de l’activité gouvernementale sous la responsabilité du Président de la République,
l’influence de ce Premier ministre est trop limitée. Dans d’autres Etats ayant adopté le régime
parlementaire à exécutif monocéphale comme en Afrique du Sud c’est le Chef de l’Etat qui est
également Chef du gouvernement. Nos considérations ci-dessous se limitent à mettre en exergue
l’exécutif dans le régime parlementaire africain dans toutes ses diverses manifestations.

5. L’Exécutif dans le régime parlementaire africain (et semi-présidentiel)


Le régime parlementaire, accrédité, du point de vue de l’exécutif, comme celui de collaboration et
partage du pouvoir exécutif entre le Président de la République et le Premier ministre, était considéré
comme une nécessité au lendemain des conférences nationales. La plupart des textes constitutionnels
transitoires adoptés dans ces assises se prononçaient en faveur d’un accroissement des responsabilités
et fonctions du Premier ministre au détriment de celles du Chef de l’Etat réduit parfois à une fonction
honorifique ou protocolaire.
Pour Ismaila Madior FALL, les exigences de partage de pouvoir inhérentes au processus de
démocratisation et des influences internationales ont favorisé le retour au parlementarisme ou mieux
à la réintroduction presque généralisée dans les Constitutions africaines des transitions
démocratiques, de certaines techniques du parlementarisme : « Ainsi, dans les pays théâtres de
conférence nationale souveraine, dès que cette dernière s’est proclamée souveraine c’est-à-dire un
Forum à décisions exécutoires, le Chef de l’Etat, considéré en général comme la source de tous les
maux de l’Etat, fut dépossédé de ses pouvoirs les plus importants (…), l’essentiel de ses pouvoirs fut
transféré à un Premier ministre à part entière désigné par la conférence nationale ou nommé par le
Chef de l’Etat et responsable devant l’organe législatif de transition ; le Chef de l’Etat n’exerçant que
des fonctions honorifiques ou protocolaires » 697 . Est-il qu’en dépit de ses mérites, l’instabilité
politique que peut provoquer un régime parlementaire proportionnel n’est pas adapté à une Afrique
où la culture politique séculaire peine à s’enraciner. C’est dans la perspective de prévenir et d’éviter
les crises de majorité parlementaire que l’ancien Premier ministre de la RDC (Lunda BULULU) avait
préconisé l’adoption du régime présidentiel pour la troisième République du fait qu’il garantit la
stabilité des institutions698.
Bien que la plupart des Constitutions africaines francophones s’inspirent du parlementarisme dans
les rapports entre le gouvernement et la chambre parlementaire élue d’une part, et entre le Président
et ladite chambre d’autre part, il est reconnu au Président de la République la prérogative de révoquer
le Premier ministre de manière discrétionnaire dans l’intérêt supérieur de la nation ou pour faute
lourde699. Dans d’autres Constitutions (RDC, Niger dans l’hypothèse de la cohabitation), le Président

696 Voir HCC Déc. N°17-HXX/D3 du 4 septembre 1996. Nous pouvons y lire ce passage : « Considérant que de tout ce qui précède,
la Haute Cour Constitutionnelle constate qu'il y a violation de la Constitution en ce que le Président de la République n'a pas
promulgué un certain nombre de lois dans les conditions de l'article 57 ; qu'en outre, le rattachement à la Présidence de la République
de l'Inspection Générale de l' Etat est pris en violation de l'article 63 ; Qu'il échet par conséquent de déclarer l'empêchement définitif
du Président de la république en application de l'article 50 de la constitution ; Considérant que dans ces conditions, le poste de
Président de la République se trouve vacant et que l'application de l'article 52 de la Constitution, qui ne saurait être dissocié des
articles 50 et 51, s'impose… ». Souligné par nous.
697I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en Afrique : insuccès et succès », », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise

du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014,
pp. 127-179, spéc. à la p. 152.
698 V. de Paul LUNDA-BULULU, Conduire la première transition au Congo-Zaïre, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 268.
699 Voy. les Constitutions malgache du 11 décembre 2010 et burkinabè du 11 juin 2012. Dans sa décision n°2015-026/CC sur la

demande du Président du Faso en interprétation des dispositions des articles 2 et 14 de la Charte de la Transition et aux prérogatives
138
de la République met fin aux fonctions du Premier ministre sur présentation par ce dernier de la
démission de son gouvernement.
Le régime parlementaire classique serait incompatible en Afrique avec la légitimité populaire du Chef
de l’Etat que lui confère le suffrage universel. Sa capacité d’impulsion et de régulation de la totalité
politique et institutionnelle font de lui une autorité suprême détentrice d’une forte légitimité
contrairement à la figure analogue dans les démocraties libérales (monarques ou Présidents). Ismaila
Madior FALL l’a pertinemment relevé: « Il est empiriquement constatable que le schéma
parlementaire avec un exécutif à primauté premier ministérielle fonctionne dans la plupart des
démocraties occidentales, mais c’est parce que les Premiers ministres n’ont pas au sein de l’Exécutif
de légitimité concurrente. Les Chefs d’Etat sont soit des monarques qui règnent mais ne gouvernent
pas soit des Présidents sans légitimité réelle puisque désignés par le Parlement ou par un collège
électoral ad hoc et n’exerçant qu’une magistrature d’influence. La logique parlementaire ne peut
prévaloir dans un contexte où le Chef de l’Etat est titulaire de la légitimité du suffrage universel sans
pareille » 700
En effet, si nous prenons uniquement en considération certains Etats européens instituant l’élection
du Président au suffrage universel direct (France, Portugal, Autriche, Finlande, Irlande, Islande…),
nous pouvons convenir avec Marie-Claire PONTHOREAU que dans les quatre derniers Etats le rôle
du Président est neutralisé par les partis politiques qui, par convention, choisissent de présenter des
personnalités de second plan. Au Portugal, les candidatures doivent être d’initiative citoyenne les
partis ne soutenant les candidats qu’a posteriori. C’est seulement en France où l’élection
présidentielle au suffrage universel direct sous l’influence des partis politiques, contribue à lui
conférer une prééminence sur les autres institutions, hors l’hypothèse de la cohabitation 701. Etudiant
les effets et non-effets de l’élection présidentielle au suffrage universel dans certains Etats européens,
Jean-Luc PARODI en dégage cinq principaux effets se déployant de manière variable avant de
constater que c’est en France, selon les circonstances politiques, où le Président de la République
exerce une certaine prééminence. Dans les autres Etats (Irlande, Autriche, Portugal, Islande, Finlande)
l’élection présidentielle au suffrage universel n’a pas produit les mêmes effets702.
Le Président Léopold Sedhar SENGHOR reconnaissait l’erreur commise en 1960 en instituant le
régime parlementaire au Sénégal. Il écrit à ce propos : « C’était d’autant plus une erreur
psychologique que chez les peuples fluctuants à effectivité volcanique et à réaction immédiate, il faut
un pouvoir, c’est-à-dire un exécutif fort et non partagé »703. Dans cette optique il devient illusoire de
lui opposer une majorité parlementaire et gouvernementale à laquelle il serait tout à fait étranger.
Prenant pour mire l’exécutif bicéphale de la constitution de la RDC du 18 février 2006, MWAYILA
TSHIYEMBE soutient que ce bicéphalisme doit être banni car il est fondé sur la fracture entre la
légitimité parlementaire (majorité parlementaire) et la légitimité présidentielle (majorité

du Président de la Transition, Président du Faso, en matière de démission du Premier ministre, le Conseil constitutionnel du Burkina
Faso reconnaît au Président du Faso le pouvoir de « mettre fin aux fonctions du Premier ministre, soit de son propre chef dans l’intérêt
supérieur de la Nation, soit sur présentation par celui-ci de sa démission ». Cette décision a été rendue le 10 juillet 2015.
700 I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en Afrique : insuccès et succès », », in F. J. AIVO (dir.), La Constitution

béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan,
2014, pp. 127-179, spéc. à la p. 155 et s.
701 M-C. PONTHOREAU, « La désignation par les partis politiques des candidats présidentiels en Europe occidentale », Pouvoirs, n°

138, 2011, pp. 97-105, spéc. à la p. 98.


702 J-L. PARODI, « Effets et non-effets de l’élection présidentielle au suffrage universel direct », Pouvoirs, n° 14, 1980, pp. 5-14. Les

cinq principaux effets qu’il cite sont les suivants : la nationalisation des enjeux, des clivages et des comportements, la personnalisation
de la compétition électorale, la bipolarisation des configurations politiques, l’accentuation du rythme électoral, la probabilité accentuée
de conflit avec les autres institutions (p. 6).
703 L.S. SENGHOR, La poésie de l’action, Paris, Stock, 1980, p. 168, cité par I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en

Afrique : insuccès et succès », F. J. AIVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges
en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 127-179, spéc. à la p. 151.
139
présidentielle)704. Etudiant le bicéphalisme ivoirien, Agnéro Privat MEL estime, non sans raison, que
c’est dans des contextes de crise que surgit la question du bicéphalisme en raison du rôle dévolu au
Premier ministre dans la période de transition. La présence du Premier ministre pouvait s’expliquer
par la volonté de limiter les pouvoirs du Président de la République705.
L’expérience africaine démontre que la brève période du succès du régime parlementaire (classique
et moniste) en Afrique avait coïncidé avec l’effacement ou l’affaiblissement du pouvoir du Chef de
l’Etat consécutif notamment à la période post-conférence ou dans le cadre des gouvernements de
transition. L’essentiel des prérogatives présidentielles avait été transféré à un Premier ministre
désigné ou élu par la Conférence nationale laissant au Chef de l’Etat l’exercice des compétences
honorifiques ou protocolaires. Dans son avis n°21/CC du 23 juillet 2015, la Cour constitutionnelle du
Niger relève que « la conférence nationale souveraine a fait l’option fondamentale d’un exécutif
bicéphale pour la période de transition. A travers cette option, la Conférence nationale souveraine a
institué, d’une part, un Président de la République, Chef de l’Etat confiné dans des fonctions
honorifiques et protocolaires et dans un rôle symbolique d’incarnation de l’unité nationale. D’autre
part, la Conférence a élu un Premier ministre, Chef du gouvernement, détenteur de certaines
prérogatives traditionnellement dévolues à un Chef d’Etat… »706. Au Togo, aux termes de l’Acte n°7
portant Loi constitutionnelle, le Chef de l’Etat devait jouer un rôle essentiellement honorifique
comme dans un régime parlementaire classique, un rôle tout au plus contemplatif, sinon décoratif
même si le Chef de l’Etat avait réussi à récupérer par la suite l’essentiel de son pouvoir
réglementaire707.
Les Constitutions « définitives » élaborées post-conférence ou dans sa suite reprennent certaines
techniques du parlementarisme comme la responsabilité politique du gouvernement devant la
Chambre élue du parlement tout en renforçant parallèlement les pouvoirs du Chef de l’Etat, élu au
suffrage universel, devenant ainsi la clé de voûte de ce nouveau parlementarisme. Il règne et gouverne
en étroite collaboration avec le gouvernement dirigé par un Premier ministre qu’il nomme soit au sein
de la majorité parlementaire (laquelle coïncide généralement avec la majorité présidentielle) soit de
sa propre initiative. Il convoque et préside le Conseil des ministres dans tous les Etats africains
(principalement francophones). Il détermine la politique de la nation (art.42 al.4 de la Constitution
sénégalaise du 22 janvier 2001.). Le gouvernement conduit et coordonne cette politique sous la
direction du Premier ministre. Ce dernier est responsable devant le Président de la République et
devant l’Assemblée nationale (Art.53 de la Constitution sénégalaise du 22 janvier 2001 ; dans la
Constitution du Rwanda du 4 juin 2003 telle que révisée en décembre 2015). Au Cameroun la
politique de la nation est aussi définie par le Président de la République (Art. 5, al. 3 de la loi n° 96-
06 du 18 janvier 1996). Il appartient au gouvernement d’assurer la mise en œuvre de cette politique
telle que définie par le Président de la République. Il est responsable devant l’Assemblée nationale
(Art. 11 de la même Constitution). Au Togo, l’article 77 de la Constitution énonce que « Sous
l’autorité du Président de la République, le gouvernement détermine et conduit la politique de la

704
MWAYILA TSHIYEMBE, « La République démocratique du Congo : quel Etat ? Quelle souveraineté ? Essai sur la théorie de
l’Etat multinational ou post-national », in I. MINGASHANG (dir.), La responsabilité du juriste face aux manifestations de la crise
dans la société contemporaine. Un regard croisé autour de la pratique du Droit par le Professeur Auguste Mampuya, Bruxelles,
Bruylant, 2018, pp. 151-175, spéc. à la p. 170.
705 A. PRIVAT MEL « La réalité du bicéphalisme du pouvoir exécutif ivoirien », RFDC, 2008/3, n° 75, pp. 513-549, spéc. aux pp.

531-532.
706
Procède de la même optique l’Acte adopté par la Conférence nationale souveraine de la RDC (alors Zaïre) portant dispositions
constitutionnelles relatives à la période de transition du 4 août 1992. Ce texte de nature constitutionnelle dépouille le Chef de l’Etat
d’une partie importante de ses prérogatives au profit du Premier ministre, chef du gouvernement élu par la conférence nationale
souveraine (CNS). C’est également au regard de cette fonction présidentielle sensiblement affectée que le Chef de l’Etat de l’époque
refusa de promulguer ce texte et qu’un autre considéré comme harmonisé ait été promulgué quelques mois après suite à l’initiative des
forces politiques acquises à l’époque au pouvoir politique en place. Voy. Loi n° 93-001 du 02 avril 1993 portant Acte constitutionnel
harmonisé relatif à la période de transition (Journal officiel de la République du Zaïre, 34ème année, n° spécial, avril 1993).
707
E. TIKONIMBE KOUPOKPA, « Quel régime politique pour les Etats africains : le cas du Togo », Afrika Focus, Vol. 27, n° 1,
2014, pp. 31-45, spéc. à la p. 35
140
Nation et dirige l’administration civile et militaire. Il dispose de l’administration, des forces armées
et des forces de sécurité. Il est responsable devant l’Assemblée nationale ».
Au contraire, dans d’autres Etats, c’est le gouvernement qui détermine et conduit la politique de la
Nation. Il est responsable devant l’Assemblée nationale (Art.76 de la Constitution du Niger du 25
novembre 2010). Le Premier ministre, chef du gouvernement dirige, anime et coordonne l’action
gouvernementale (art.73 de la même Constitution). Toutefois le Président de la République convoque
et préside le conseil des ministres. L’ordre du jour du Conseil est fixé de commun accord entre le
Président de la République et le Premier ministre (art. 57). Au Cap vert le gouvernement est l'organe
chargé de définir, de diriger et d'exécuter la politique générale intérieure et extérieure du pays. En
outre la présidence du Conseil des ministres, contrairement à beaucoup d’Etats africains, y est confiée
au Premier ministre. En Tunisie, la constitution du 27 janvier 2014 opère une répartition dans la
définition de la politique de la nation. Si la définition et la mise en œuvre de la politique incombe au
Chef du gouvernement (Art. 89), il revient au Président de la République de déterminer la politique
nationale dans les domaines de la défense, des relations étrangères et de la sécurité nationale relative
à la protection de l’État et du territoire national des menaces intérieures et extérieures, et ce, après
consultation du Chef du Gouvernement (Art. 77). De même la présidence du Conseil des ministres
est attribuée au Premier ministre sauf si les points à l’ordre du jour portent sur les matières dont la
définition de la politique est du ressort du Président de la République.
En RDC, le gouvernement définit, en concertation avec le Président de la République, la politique
de la nation et en assume la responsabilité. Il incombe au gouvernement d’assurer la conduite de la
politique ainsi définie. Il est responsable devant l’Assemblée nationale (Voy. notamment l’article 91
de la Constitution du 18 février 2006). La défense, la sécurité et les affaires étrangères constituent
des domaines de collaboration entre le Président de la République et le gouvernement 708. Le Président
de la République convoque et préside le Conseil des ministres. Il peut déléguer ce pouvoir au Premier
ministre en cas d’empêchement. Le Conseil des ministres est « l’instance de discussion, de
concertation et de décision du Gouvernement qui se tient jeudi à l’intervalle de 15 jours et chaque
fois que les circonstances l’exigent. Il a compétence pour délibérer sur toutes les questions relevant
de la compétence du gouvernement » 709 . L’Ethiopie constitue l’une des rares exceptions sur le
continent en prévoyant un régime parlementaire à « l’état pur » avec l’effacement du Chef de l’Etat
et le rôle central du gouvernement conduit par le Premier ministre dans la définition et la conduite
de la politique de la nation.
Certaines Constitutions confèrent au Premier ministre l’exercice du pouvoir règlementaire 710 ,
l’exécution des lois711 et le pouvoir de nomination aux emplois civils et militaires 712. Le règlement
des conflits de compétence entre le Président et le Premier ministre relèvent en Tunisie, depuis la
Constitution du 27 janvier 2014, des attributions de la Cour constitutionnelle. Le conseil des ministres
constitue l’instance la plus appropriée pour la discussion et l’adoption des initiatives des projets de
loi ou encore la signature par le Président de la République des ordonnances. En cas de cohabitation
des difficultés sont inévitables, à commencer par la fixation de l’ordre du jour du Conseil des

708 L’article 89 de la Constitution tunisienne du 27 janvier 2014 se rapproche de cette disposition. Toutefois il se limite à prescrire que
les ministres des affaires étrangères et de la défense sont choisis par le Chef du gouvernement en concertation avec le Président de la
République. Il va sans dire que cette disposition est susceptible de déployer ses effets en cas de discordance entre la majorité
présidentielle et parlementaire. Elle serait sans objet en cas de concordance des majorités au regard de la prééminence du Président de
la République.
709
Ordonnance n° 12 /007 du 11 juin 2012 portant organisation et fonctionnement du gouvernement.
710 Constitutions du Sénégal du 22 janvier 2001, du Gabon du 26 mars 1991, du Cameroun de 2008, du Mali de 1992, de la RDC du

18 février 2006, etc.


711 Constitutions de la RDC, du Sénégal, du Niger, du Gabon, etc.
712 Gabon, Sénégal, RDC, etc.

141
ministres, la signature des ordonnances délibérées en Conseil des ministres, la promulgation des lois,
la nomination des ministres sur proposition du Premier ministre.
Il résulte de ces quelques exemples, que malgré le libellé des dispositions constitutionnelles conférant
d’importantes prérogatives au Premier ministre, l’ombre du Chef de l’Etat est omniprésente aussi
bien dans la formation du gouvernement que dans son action. Le Premier ministre et son
gouvernement sont ainsi soumis à une double responsabilité : l’une de jure devant l’Assemblée
nationale et l’autre de facto devant le Président de la République, exception faite des Etats instituant
de droit cette double responsabilité (Voy. l’article 53 de la Constitution du Sénégal). La légitimité
populaire dont bénéficie le Président de la République à travers les urnes lui confère une ascendance
de fait sur le Premier ministre qu’il peut nommer de sa propre initiative ou après présentation par la
majorité parlementaire. Cette asymétrie de pouvoir au sein de l’exécutif a été stigmatisée par André
CABANIS et Michel Louis MARTIN en ces termes : « Dans un contexte institutionnel d’hégémonie
du Chef de l’Etat, le Premier ministre, qui, en situation parlementaire classique, est censé jouer un
rôle central, n’occupe en Afrique francophone qu’une position de subordination telle qu’elle tend à
nier toute idée de dualisme de l’exécutif »713. En Afrique, le Cap vert, l’Ile Maurice et l’Ethiopie
seraient plus proches du régime parlementaire tel que pratiqué dans le parlementarisme républicain
occidental714.
Cette hégémonie présidentielle a été pointée du doigt par certains auteurs comme l’une des sources
de l’instabilité institutionnelle en Afrique715. A cause notamment des tensions constitutionnelles et
celles liées à la compétition électorale, d’autres auteurs expriment des réserves au sujet du maintien
de l’élection présidentielle au suffrage universel direct. A titre indicatif, Ismaila Madior FALL est
d’avis qu’une reconsidération de cette modalité de dévolution du pouvoir ne doit plus constituer un
tabou en Afrique716. Il est rejoint par Abdoulaye Wotem SOMPARE qui propose pour la Guinée, et
cette proposition pourrait intéresser d’autres Etats africains, d’explorer de nouvelles pistes de
réflexion pouvant aboutir à une sorte de démocratie parlementaire dans laquelle le Président de la
République serait élu par des grands électeurs et disposerait seulement de pouvoirs honorifiques et
de représentation semblable au Président italien717. La Constitution sud-africaine de 1996 institue
l’élection indirecte du Président de la République.
Le parlementarisme africain consacre un rôle prééminent au Président de la République. Dès lors le
régime parlementaire, quoique largement repris sous la bannière du régime semi-présidentiel, serait

713 CABANIS A et MARTIN, M.L., Le Constitutionnalisme de la troisième vague en Afrique francophone, Academia-Bruylant, PUR,
2010, p. 91.
714 En prenant en considération la Constitution de Maurice du 12 mars 1968 telle qu’ajournée en 2008, la lecture de quelques

dispositions permet de situer le rôle de cheville ouvrière du gouvernement conduit par le Premier ministre. En effet, le Président de la
République est élu par l’Assemblée nationale sur proposition du Premier ministre adoptée par la majorité des membres. Le Président
peut être révoqué, entre autres, pour violation de la Constitution ou tout acte de méconduite grave par l’Assemblée nationale sur
proposition du Premier ministre. Le Président, agissant sur avis conforme du Premier ministre, peut à tout moment proroger ou
dissoudre l’Assemblée nationale.
715 B. GUEYE et S. NDIAYE, « L’instabilité institutionnelle en Afrique », Revue Droit sénégalais, n° 10, 2011-2012, pp. 127-188.
716 I. M. FALL, « Quelques réserves sur l’élection du Président de la République au suffrage universel. Les tabous de la désignation

démocratique des gouvernants », Afrique contemporaine, 2012/2, n° 242, pp. 99-113. Jean du Bois de GAUDUSSON se demande s’il
ne convient pas de revenir sur l’élection au suffrage universel direct du Chef de l’Etat, source d’une dramatisation de la vie politique
ou encore quelles prérogatives lui attribuer dans un contexte marqué par le poids des origines ? J. Du BOIS DE GAUDUSSON, « Quel
rôle pour l’ingénierie constitutionnelle et institutionnelle ? », J-P. VETTOVAGLIA et alii (dir.), Déterminants des conflits et nouvelles
formes de prévention, Bruxelles, Bruylant, 2013, pp. 945-960, spéc. à la p. 955. Contra Fabrice F. HOURQUEBIE, « Quel statut
constitutionnel pour le Chef de l’Etat africain ? Entre principes théoriques et pratique du pouvoir », Afrique contemporaine, 2012/2, n°
242, pp. 73-86. Pour cet auteur la remise en cause de cette modalité de dévolution du pouvoir présidentiel serait, d’une part,
incompatible avec le statut de représentation sociale et sociétale du président et, d’autre part, avec l’impératif d’un président
politiquement fort (p. 82 et s.).
717 A. WOTEM SOMPARE, « Une longue et laborieuse transition démocratique en Guinée », AFRI, Vol. XIV, 2013, pp. 449-462. Il

formule sa proposition en ces termes : « (…) Ou encore, pour tempérer le pouvoir présidentiel et la forte identification des populations
au chef, faut-il aller vers une démocratie parlementaire, avec un Président désigné par l’élite intellectuelle réunie en Conseil des grands
électeurs, dont la fonction serait seulement représentative et honorifique, comme dans le modèle italien ?... », p. 462.
142
incompatible avec le profil du Président de la République qui s’accommode difficilement d’un
Premier ministre qui, dans les circonstances de la cohabitation, peut provoquer son effacement718.
Pour I. Madior FALL, « l’enracinement ou le triomphe du parlementarisme sera possible lorsque les
systèmes politiques franchiront le rubicond de réduire la base de légitimité du Président en le
soustrayant du suffrage universel direct »719. Sous d’autres cieux, malgré l’élection du Président au
suffrage universel direct dans un régime parlementaire comme celui institué au Portugal, le Chef de
l’Etat ne bénéficie pas de cette hégémonie institutionnelle comme en France, exception faite de
l’hypothèse de cohabitation, et dans la plupart des Etats africains francophones.
La Constitution du Portugal du 2 avril 1976 contient quelques mécanismes susceptibles d’étouffer la
dérive présidentialiste. Il s’agit notamment de la déconnection de l’élection présidentielle avec celle
des députés en créant un décalage dans la durée : 5 ans pour le Président et 4 ans pour les députés. En
outre ces deux élections ne peuvent pas coïncider. Par ailleurs les candidatures pour la présidentielle
sont présentées, non pas par les partis politiques, mais des électeurs (au moins 7.500 et au plus
15.000). Cela permet de désigner un Président soustrait de l’influence partisane et se présentant
comme arbitre impartial même s’il n’est pas interdit qu’un Président élu appartienne à un parti
politique. Malgré les dispositions de la Constitution énonçant que le gouvernement est responsable
aussi bien devant l’Assemblée (Parlement) que devant le Président, la pratique qui s’est développée
penche en faveur d’un régime parlementaire moniste ou primo-ministériel avec un gouvernement
responsable uniquement devant l’Assemblée. L’hypothèse d’une discordance présidentielle et
parlementaire est fréquente. Mais les Portugais préfèrent parler de la « convivence » entre le Président
de la République et le Premier ministre plutôt que de cohabitation car la pleine autonomie politique
du Premier ministre se maintient dans toutes les circonstances 720.
En plus du Portugal, treize autres Etats de l’Union européenne ont institué l’élection du Président de
la République au suffrage universel direct. Il s’agit de l’Autriche, de la Bulgarie, du Chypre (régime
présidentiel), de la Croatie, de la Finlande, de la France, de l’Irlande, de la Lituanie, de la Pologne,
de la République tchèque, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Slovénie721.
Une autre piste à explorer, si l’on tient à conserver le suffrage universel (direct) comme la meilleure
source de légitimité du Président africain, serait celle d’instaurer un mandat unique long entre 6 et 7
ans. Cette innovation sur l’espace politico-constitutionnel africain aurait l’avantage de réduire les
velléités de tripatouillage constitutionnel qui s’observent aux termes du second mandat contribuant
ainsi à juguler ce que quelqu’un qualifie « d’obsession de second mandat »722. Cette recette a été
expérimentée avec diverses fortunes en Amérique latine et pourrait être proposée en Afrique au regard
des enjeux entourant la question du nombre de mandats en Afrique. En Corée du Sud le mandat du
Président est de cinq ans et il est non renouvelable723.
Pour une partie de la doctrine, le mandat unique serait propice pour l’Afrique, car, comme le note
Babacar GUEYE, « la fréquence des présidences à vie, les dérives engendrées par la longévité au
pouvoir, la récurrence des violences électorales ont achevé de convaincre de la nécessité d’instaurer

718 Fabrice HOURQUEBIE écrit à ce propos : « Le consensus autour de l’autorité du président est un acquis. Tout comme est acquis,
en conséquence, que toute forme de parlementarisme qui reléguerait, à des degrés divers, le chef de l’État, est inopérant dans le contexte
africain dont on sait que l’institution présidentielle, si convoitée, doit demeurer centrale ». F. HOURQUEBIE, « Quel statut
constitutionnel pour le Chef de l’Etat africain ? Entre principes théoriques et pratique du pouvoir », Afrique contemporaine, 2012/2, n°
242, pp. 73-86, spéc. à la p. 82.
719 I. M. FALL, « La construction des régimes politiques en Afrique : insuccès et succès », in F. J. AIVO (dir.), La Constitution

béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L’Harmattan,
2014, pp. 127-179, spéc. à la p. 156.
720
Pour plus de détails, voy. St. PINON, Les systèmes constitutionnels dans l’Union européenne. Allemagne, Espagne, Italie et
Portugal, Bruxelles, Larcier, 2015, pp. 263-276.
721 . St. PINON, op.cit., p. 433.
722 J. I. SENOU, « Le nouvel avatar démocratique en Afrique : l’obsession du second mandat », RFDC, 2016, pp. 633-652.
723 Art.70 de la Constitution de la Corée du Sud du 25 février 1988 telle que révisée jusqu’en 2012.

143
un mandat unique pour le Président de la République en Afrique (…). On lui reprochera sans doute
d’attenter à la souveraineté du peuple, de limiter les choix de ce dernier, bref d’être contre la
démocratie (…). C’est au contraire, l’absence de clause limitative du nombre de mandats qui prend
en Afrique la figure d’une régression démocratique.(…). Une telle limitation, plus que toute autre,
servirait l’intérêt général et la collectivité nationale parce qu’elle est porteuse de virtualités favorables
à la consolidation des acquis démocratiques et à l’assainissement de la gouvernance »724.

6. Les régimes politiques de transition en Afrique

La transition évoque l’idée de mouvement, d’un passage, d’une évolution entre deux états. Guy-
Fabrice Holo étudie les régimes de transition comme des mutations intervenues entre les régimes de
dictature de parti unique ou à parti dominant vers des régimes qui se veulent démocratiques 725. C’est
cette conception de la transition qui s’est imposée. L’objectif de toute transition démocratique est
« l’instauration d’un nouvel ordre démocratique durable et d’apporter des améliorations substantielles
dans le domaine des libertés civiles et politiques, de promotion sociale et économique des membres
de la communauté nationale et du contrôle citoyen du pouvoir politique » 726 . La durée de cette
transition est variable selon les expériences des Etats. La phase de transition peut aboutir à une phase
de consolidation de la démocratie.

Dans le cadre de ce cours et spécialement des régimes politiques de transition, l’expression transition
est utilisée dans un autre sens. Il s’agit d’une période relativement brève où l’ordre constitutionnel
antérieur est remis en cause à l’issue d’un coup d’Etat ou au terme de la conclusion d’un accord
politique consécutif à un conflit ou crise politique. Au cours de cette période, l’ordre constitutionnel
nouveau est généralement transitoire et présente quelques caractéristiques intéressant les régimes
politiques. En d’autres termes, il s’agit d’étudier la nature des régimes politiques institués dans cette
brève période. La pratique récente présente plusieurs éléments de convergence. En effet, la période
de transition est régie par des textes de nature constitutionnelle du point de vue matériel diversement
appelés : Constitution de transition, Constitution intérimaire, Charte constitutionnelle de transition,
Charte de transition, Acte fondamental, déclaration. Ces expressions tentent de canaliser, selon les
propos de Saidou Nourou Tall, le vocabulaire instable de qualification des normes dans les périodes
de crise à la faveur desquelles l’on observe l’émergence d’un droit constitutionnel transitoire 727. P
Saidou Nourou Tall, le droit transitoire, lorsqu’il est accolé au droit constitutionnel revoie aussi bien
aux dispositions transitoires des Constitutions, qu’aux Actes constitutionnels provisoires, Chartes de
transition, petites Constitutions, qu’ils aient été adoptés par voie d’accords politiques ou imposés par
des situations de troubles intérieurs, de tensions internes (y compris les crises institutionnelles, les
coups d’Etat ou les révolutions), des conflits armés internes ou internationaux »728. C’est dans cette
deuxième optique que nous utilisons le régime de transition comme étant celui consacré par ces

724B. GUEYE, « Le mandat unique : un mandat pour le Président de la République en Afrique », in Démocratie en questions. Mélanges
en l’honneur du Professeur Théodore HOLO, Toulouse, Presses de l’Université Toulouse 1 Capitole, 2017, pp. 211-227,, spéc. à la p.
213.
725 G.-F., HOLO, Les régimes de transition en Afrique subsaharienne francophone. Volume I. Paris, L’Harmattan, 2022, p. 21.
726NGOY-NDOUBA KAMATANDA et KAYAMBA TSHITSHI NDOUBA, Constitutions et transition démocratique en R.D.Congo
(1990-2006), Paris, L’Harmattan, 2022, p. 11. C’est aussi dans ce sens qu’il faudrait situer cet ouvrage issu d’un colloque. G. CONAC
(dir.), L’Afrique en transition vers le pluralisme politique, Paris, Economica, 1993.
727SAIDOU NOUROU TALL, Droit constitutionnel et ordonnances dans les Etats d’Afrique noire francophone. Bénin, Burkina Faso,
Burundi, Cameroun, Comores, Congo, Côte d’ivoire, Djibouti, Gabon, Guinée, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République
centrafricaine, République démocratique du Congo, Ruanda, Sénégal, Tchad et Togo, Paris, L’Harmattan, 2021, p. 91.
728
SAIDOU NOUROU TALL, Droit constitutionnel et ordonnances dans les Etats d’Afrique noire francophone. Bénin, Burkina Faso,
Burundi, Cameroun, Comores, Congo, Côte d’ivoire, Djibouti, Gabon, Guinée, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République
centrafricaine, République démocratique du Congo, Ruanda, Sénégal, Tchad et Togo, Paris, L’Harmattan, 2021, p.93.
144
différentes Chartes de transition, des Actes fondamentaux, des Constitutions intérimaires ou de
transition. Il est difficile de proposer un régime politique applicable à tous les Etats ayant connu ces
périodes de crise, mais il est possible de dégager certaines tendances lourdes.

L’élaboration de ces textes exclut la participation du peuple au profit des acteurs politiques, des
représentants des forces vives, des forces armées, de la sécurité. Deux ou trois institutions politiques
sont généralement prévues (Le Chef de l’Etat et/ou le gouvernement conduit par le Premier ministre,
et le Conseil législatif qui fait office du parlement pendant la transition. La Constitution précédente
est soit non appliquée dans ses dispositions incompatibles avec celles de nouveaux textes
constitutionnels ou elle est abrogée. Plusieurs Etats africains ont été confrontés à ces expériences à
partir des années 2000 (RDC, République centrafricaine, Burkina Faso, Mali, Guinée, Tchad, etc.).

Dans ces situations de transition, la classification des régimes politiques en temps « normal » est
démystifiée au profit des formules hybrides alliant éléments du régime présidentiel et parlementaire
sans que l’identité du régime politique ne se dégage de la lecture du texte constitutionnel. Plusieurs
exemples peuvent être cités à l’étai de cette affirmation. A l’occasion des situations de crise politique
ou de conflit politique, il arrive des fois qu’un nouvel ordre politique provisoire ou de transition soit
mis en œuvre et comporte un nouveau régime politique doté de caractéristiques particulières en tant
que mécanisme procédant d’une gestion concertée ou inclusive du pouvoir devant régir la période de
transition.

A titre indicatif, la Constitution de transition en République démocratique du Congo du 4 avril 2003


ainsi que la Charte constitutionnelle de transition en République centrafricaine du 18 juillet 2013
procèdent de cette logique. Dans le cadre de l’exercice du contrôle parlementaire, le Parlement de
transition (RDC) et le Conseil national de transition (République centrafricaine) étaient dépouillés
de leur prérogative d’user de la motion de censure contre les gouvernements pourtant responsables
devant ces deux institutions. La question de la confiance perdait tout son intérêt du fait de l’institution
du gouvernement pour toute la durée de la transition.

Le régime politique institué par la Constitution congolaise précitée a été considéré comme « un cas
de figure inconnu des catégories constitutionnelles classiques dès lors qu’il ne tient compte des
canons théoriques ni du régime parlementaire ni du régime présidentiel. La logique de la répartition
des responsabilités au sein des institutions de la transition et à tous les niveaux de l’Etat (…) qui s’est
faite sur la base du principe de l’inclusivité et du partage équitable entre toutes les composantes et
entités du Dialogue inter-congolais, l’éloigne également des régimes mixtes, mi- présidentiels ou mi-
parlementaires, qui ont cours dans la grande majorité des systèmes constitutionnels
contemporains »729. En d’autres termes c’est un régime innommé730. Cette nature sui generis de ces
régimes politiques institués dans ces circonstances fait écho à une observation de Luc SINDJOUN
estimant que « le régime parlementaire n’est pas un type fréquent d’organisation du pouvoir dans les
périodes de transition ; le régime de l’exécutif collégial est la forme la plus répandue (…). Parce que
la tradition présidentielle ou présidentialiste structure la gestion institutionnelle du désordre, alors on
peut dire que la prépondérance du pouvoir exécutif dans les institutions de transition est une norme

729 El HADJ MBODJ, « La Constitution de transition et la résolution des conflits en Afrique. L’exemple de la République Démocratique
du Congo », Revue de Droit public, Paris, n°2, 2010, pp. 441-471, spéc. à la p. 456. L’une des innovations de cette Constitution de
transition réside dans l’aménagement de l’espace présidentiel avec la formule 1+4 indiquant l’existence d’un Président de la République
avec 4 vice-présidents, chacun coordonnant une commission. Les 4 vice-présidents étaient issus des composantes (ex gouvernement,
MLC, RCD et opposition politique). Les quatre Commissions retenues étaient les suivantes : 1. Commission politique, défense et
sécurité, présidée par la Composante RCD, 2. Commission économique et financière, présidée par la Composante MLC, 3. Commission
pour la reconstruction et le développement, présidée par la Composante Gouvernement, 4. Commission sociale et culturelle, présidée
par la Composante Opposition politique. Voy. l’article 86 de la Constitution de transition.
730 El HADJ MBODJ, « La Constitution de transition et la résolution des conflits en Afrique. L’exemple de la République Démocratique

du Congo », Revue de Droit public, Paris, n°2, 2010, pp. 441-471, spéc. à la p. 459.
145
d’organisation des régimes politiques africains. Ainsi le désordre né des conflits se traduit en ordre
constitutionnel »731.

Illustrant les caractéristiques du régime politique (innommé) institué par la Constitution de transition
du 4 avril 2003 en RDC, El HADJ MBODJ observe, du point de vue du gouvernement, l’inexistence
de sa responsabilité pleine à l’égard du Parlement de transition qui pouvait le contrôler sans toutefois
le sanctionner. Le gouvernement n’était pas placé sous le leadership d’un véritable Chef 732. Cette
règle de l’inexistence de la sanction du gouvernement de transition par l’organe législatif transitoire
avait également été adoptée par la Charte constitutionnelle de transition en République centrafricaine
du 18 juillet 2013. Le Conseil national de transition peut exercer son contrôle sur le gouvernement
au moyen des instruments parlementaires (interpellations, questions orales, commissions d’enquête).
En outre, aux termes de l’article 74, « Toute question de confiance, toute motion de défiance ou de
censure est irrecevable pendant la durée de la transition » 733 . En dépit de la formule 1+4
précédemment évoquée, l’exécutif de la RDC sous l’empire de la Constitution de transition était
monocéphale, car, bien que les vice-présidents coordonnaient les commissions gouvernementales,
seul le Chef de l’Etat était le Chef de l’exécutif734.

Le fonctionnement des gouvernements de transition dans la plupart des Etats africains à la sortie
d’une crise politique est réfractaire à l’orthodoxie de la classification des formes de gouvernements
en Afrique735. Luc SINDJOUN qui s’est intéressé à un essai de formulation d’une théorie politico-
constitutionnelle de l’Etat en crise ou en reconstruction, observe que « la dynamique des
gouvernements de transition en Afrique révèle la formation des coalitions gouvernementales par voie
de négociation plus ou moins diplomatique influencée par les rapports de forces militaires, par la
réputation de représentativité de certains groupes ou encore par l’imputation à certains individus des
qualités charismatiques, etc. »736. Cette recette du partage du pouvoir (Sharing Power) ou du gâteau
est très prisée sur le continent et se manifeste, soit dans une phase d’apaisement politique consécutive
à un conflit armé, soit à la sortie d’une crise politique du fait des contestations électorales ou encore
en vue d’assurer la transition politique.

Les gouvernements transitoires sont précédés, dans la plupart des cas, par l’élaboration des textes
constitutionnels de transition qui apparaissent comme « un véritable mode opératoire pour la
restauration et la gestion de la paix dans un premier temps et ensuite l’instauration d’un nouvel ordre
dans un second temps »737. Cette pratique a été utilisée dans plusieurs Etats africains à l’aube du
processus de démocratisation initié à partir des années 1990. Elle est mobilisée également en situation
de crise. La dénomination des textes constitutionnels est contingente. Il peut s’agir d’un Acte

731 L. SINDJOUN, « Le gouvernement de transition : éléments pour une théorie politico-constitutionnelle de l’État en crise ou en
reconstruction », J. du Bois de GAUDUSSON et alii (dir.), Mélanges en l’honneur de Slobodan Milacic, Bruxelles, Bruylant, 2007,
pp. 967-1011 , spéc. à la p. 1002.
732 El HADJ MBODJ, « La Constitution de transition et la résolution des conflits en Afrique. L’exemple de la République Démocratique

du Congo », Revue de Droit public, Paris, n°2, 2010, pp. 441-471, spéc. à la p. 459.
733 Souligné par nous.
734 A. KAMUKUNY MUKINAY, « La Constitution de la transition congolaise à l’épreuve du constitutionnalisme », in S. BULA

BULA (dir), Pour l’épanouissement de la pensée juridique congolaise. Liber Amicorum Antoine Marcel Lihau, PUK, Kinshasa,
Bruylant, Bruxelles, 2006, pp. 153-183, spéc. à la p. 176.
735 Pour une analyse politico-juridique des gouvernements de transition, voy. L. SINDJOUN, « Le gouvernement de transition :

éléments pour une théorie politico-constitutionnelle de l’État en crise ou en reconstruction », J. du Bois de GAUDUSSON et alii (dir.),
Mélanges en l’honneur de Slobodan Milacic, Bruxelles, Bruylant, 2007, pp. 967-1011 ; Y. P. MANDJEM, « Les gouvernements de
transition comme sites d’institutionnalisation de la politique dans les ordres politiques en voie de sortie de crise en Afrique », Revue
africaine des relations internationales, vol. 12, n°1 et 2, 2009, pp. 81-182.
736 L. SINDJOUN, « Le gouvernement de transition : éléments pour une théorie politico-constitutionnelle de l’État en crise ou en

reconstruction », J. du Bois de GAUDUSSON et alii (dir.), Mélanges en l’honneur de Slobodan Milacic, Bruxelles, Bruylant, 2007,
pp. 967-1011, spéc. à la p. 973.
737 El HADJ MBODJ, « La Constitution de transition et la résolution des conflits en Afrique. L’exemple de la République Démocratique

du Congo », Revue de Droit public, Paris, n°2, 2010, pp. 441-471, spéc. à la p. 445.

146
constitutionnel, d’une Charte de transition, d’une Charte constitutionnelle, d’une constitution
intérimaire, d’une Constitution de transition ou encore d’une Constitution provisoire. Leur caractère
éphémère dans l’ordre juridique, les circonstances de leur adoption, l’exclusion du peuple du
processus d’adoption de ces textes et la prépondérance de la part réservée aux protagonistes
(belligérants, acteurs politiques, rebelles, société civile, forces armées etc.) constituent des éléments
qui rapprochent ces différents actes constitutionnels.

Ces actes juridiques faisant partie d’un droit constitutionnel transitoire répondent à la définition de
« petites Constitutions ». Considérées comme « Constitutions de sortie de crise, les petites
Constitutions ont en effet pour fonction de servir de relais entre un ordre révolu et un ordre attendu
dans le cadre d’un processus réfléchi et concerté. Elles constituent à la fois un instrument, une
méthodologie et une technique. Leur pertinence s’analyse au double plan temporel et matériel : sur
le plan temporel, ce sont des constitutions adoptées pour une durée limitée, (…), nécessaire pour la
formalisation d’un consensus fondateur qui servira ensuite de socle à la Constitution définitive » 738

Certains leur dénient l’appellation même de Constitution dans la mesure où le peuple est écarté en
amont et en aval du processus constitutionnel. El Hadj MBODJ fait allusion aux nombreux débats
suscités par le choix de l’appellation du texte constitutionnel de transition (Loi fondamentale, Acte
fondamental, charte). Certains acteurs avaient retenu la qualification de constitution de transition
impropre du fait de l’exclusion du peuple de ce processus au profit des délégués des composantes et
entités au dialogue inter-congolais de 2002739. Ambroise KAMUKUNY évacue le débat sur la forme
en saisissant le contenu des dispositions prévues dans cette Constitution de transition. C’est la
définition matérielle de la Constitution qui prévaut dans ce cas dans la mesure où « Privilégiant une
perspective purement matérielle et non formelle, les rédacteurs du texte fondamental semblent s’être
résignés à reprendre les termes mêmes de l’Accord global et inclusif, occultant ainsi les débats
d’école sur la nature de l’acte »740.

A titre illustratif, la Constitution de la transition en RDC du 4 avril 2003 est inconnue de la catégorie
de Constitutions démocratiques compte tenu de la mise à l’écart du peuple lors de son processus. Est
emblématique l’exorde de son Préambule : « Nous, délégués des Composantes et Entités au Dialogue
inter-congolais ». Le peuple fut écarté en amont et en aval du processus constitutionnel741. De l’avis
de certains auteurs la Constitution de la transition en RDC ne satisfait pas aux critères du
constitutionnalisme742. De même la Charte de transition au Burkina Faso avait été approuvée et
signée le 16 novembre 2014 par les forces de défense et de sécurité, les partis politiques, les autorités
religieuses et la société civile743. Il en est de même de la Charte de transition au Mali du 12 septembre
2020 dont le préambule est plus explicite sur ses géniteurs744. Cette Charte de transition a été révisée
en février 2022. La Charte de transition du 27 septembre 2021 de la République de Guinée a été
approuvée par les membres des forces de défense et de sécurité de la République de Guinée regroupés

738 M. ZAKI, « Petites constitutions et droit transitoire en Afrique », Revue du droit public, 2012, n° 6, pp. 1667-1697, spéc. à la p.
1671.
739El HADJ MBODJ, « La Constitution de transition et la résolution des conflits en Afrique. L’exemple de la République Démocratique

du Congo », Revue de Droit public, Paris, n°2, 2010, pp. 441-471, spéc. à la p. 447.
740
A. KAMUKUNY MUKINAY, « La Constitution de la transition congolaise à l’épreuve du constitutionnalisme », in S. BULA
BULA (dir), Pour l’épanouissement de la pensée juridique congolaise. Liber Amicorum Antoine Marcel Lihau, PUK, Kinshasa,
Bruylant, Bruxelles, 2006, pp. 153-183, spéc. à la p. 171.
741 El HADJ MBODJ, « La Constitution de transition et la résolution des conflits en Afrique. L’exemple de la République Démocratique

du Congo », Revue de Droit public, Paris, n°2, 2010, pp. 441-471, spéc. à la p. 447.
742 A. KAMUKUNY MUKINAY, « La Constitution de la transition congolaise à l’épreuve du constitutionnalisme », in S. BULA

BULA (dir), Pour l’épanouissement de la pensée juridique congolaise. Liber Amicorum Antoine Marcel Lihau, PUK, Kinshasa,
Bruylant, Bruxelles, 2006, pp. 153-183.
743 La formule du Préambule reprend cette évidence : « Nous, représentants des partis politiques, des organisations de la société civile,

des forces de défense et de sécurité, des autorités religieuses et coutumières du Burkina Faso ».
744 Décret n° 2020-0072/PT-RM du 1er octobre 2020 portant promulgation de la Charte de la transition. Journal officiel de la République

du Mali. Soixante-et-unième année. Spécial n° 17.


147
au sein du Comité national du Rassemblement pour le Développement en concertation avec les forces
vives de la Nation Guinéenne. La plupart des changements anticonstitutionnels survenus dans les dix
dernières années ont concerné particulièrement l’Afrique occidentale suscitant des réactions, aux
résultats mitigés, de la CEDEAO qui s’est plus investie dans le contraste aux changements
anticonstitutionnels survenus dans certains Etats de la région745.

La Charte de transition au Tchad du 21 avril 2021 a été adoptée par les Membres du Conseil Militaire
de Transition, ayant pris le pouvoir au lendemain du décès du Président Idriss Déby. La Charte de la
transition au Burkina Faso adoptée par les Forces vives du 1er mars 2022, sans que ces dernières
n’aient reçu un mandat populaire, ne déroge pas à cette caractéristique des chartes de transition
excluant formellement le Peuple du processus de leur élaboration et adoption. En cas de contrariété
entre les dispositions constitutionnelles et celles de la Charte de transition, celles-ci priment. La
Charte de transition au Burkina Faso du 14 octobre 2022 ne déroge pas aux considérations
développées ci-dessus.

Ces chartes de transition comportent, du point de vue institutionnel, d’organes parfois spécifiques.
C’est le cas du Conseil d’orientation et de suivi de la Transition qui est l’organe de définition et
d’orientation des questions de paix, de stabilité et de sécurité nationale. Il est institué par la Charte
du Burkina Faso du 1er mars 2022. Il fixe les grandes orientations de la politique de l’Etat en la
matière. Il assure le suivi de la mise en œuvre des missions de la Transition. Notons, par ailleurs, que
cette Charte de transition abroge l’Acte fondamental du 29 janvier 2022. La Charte du Faso du 14
octobre 2022 institue trois organes, à savoir le Président de la transition, le Gouvernement de la
transition conduit par le Premier ministre et l’Assemblée législative de transition. Cette Charte
institue une période de transition de vingt-et-un mois à dater du 2 octobre 2022 et abroge l’Acte
fondamental du 5 octobre 2022.

La Charte de transition au Tchad de 2021 prévoit, outre le Conseil national de transition et le


gouvernement de transition, le Conseil militaire de transition. Il constitue l’organe de définition et
d’orientation des questions de paix, de stabilité et de sécurité nationale. Il fixe les grandes orientations
de la politique économique, sociale et culturelle. Il est dirigé par le Président, secondé du Vice-
président et comprend des membres.

La Charte de transition de la République de Guinée du 27 septembre 2021 comprend quatre organes :


Le Comité national du rassemblement pour le Développement (CNRD), le Président de la Transition,
le Gouvernement de la Transition et le Conseil national de la Transition. Le comité national du
rassemblement pour le développement est l’organe central de définition et d’orientation stratégique
de la politique économique, sociale, culturelle et de développement du pays. Il est garant de la
sécurité et de la cohésion nationales, de la stabilité et de la paix. Il est composé des éléments des
forces de défense et de sécurité de la République de Guinée (armée, gendarmerie, police, protection
civile, douane et conservateurs de la nature). Toutes ces Chartes confient la fonction du Premier
ministre à une personnalité civile. Le pouvoir législatif est exercé par un Conseil national de
transition et des organes spécifiques faisant la part plus belle aux militaires.

Les régimes politiques entretiennent des rapports avec les systèmes politiques. Les deux expressions
sont si proches qu’elles sont susceptibles de générer des confusions. Une bonne compréhension du
régime politique nécessite l’appréhension du système politique.

745 OUMAR BERTE, La CEDEAO face aux changements anticonstitutionnels de pouvoir en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2022.

148
CHAPITRE SEPTIEME : LES SYSTEMES POLITIQUES
1. Différence entre régime politique et système politique

Les réalités scientifiques couvertes par ces deux notions sont fort différentes. Le système relève de la
science politique alors que le régime est un concept relevant du Droit constitutionnel. Le système est un
ensemble cohérent composé d'éléments qui sont en interaction entre eux, si bien que tout changement
affectant un de ces éléments se répercute sur les autres et sur le tout. Pour Marie-Noëlle SARGET, le
système politique est « l’ensemble des processus de décisions qui concernent la totalité de la société
globale. C’est un système décisionnel qui agit dans des conditions d’incertitude importante et non un
système programmé. C’est aussi un système régulateur, celui qui coordonne les interactions entre les
autres systèmes sociaux »746.

Pour Léon ODIMULA, le système politique renvoie aux dispositifs et aux rôles différenciés
interdépendants, structurés par des normes de comportement dans le cadre de ces processus. Chacun des
principaux acteurs de ces processus, à savoir : les syndicats, les partis politiques, les associations et autres
groupes de pression, y compris le gouvernement, constitue pour les autres un environnement 747. Pour
Hanspeter KRIESI, le système politique peut être défini selon une approche très large et très étroite. Dans
la première approche le système politique est constitué par tous les acteurs et toutes les actions qui
participent à la prise de décisions politiques ainsi qu’à leur mise en œuvre (…). Dans la deuxième, le
système politique comprend exclusivement les organisations et les personnes spécialisées dans la
politique. En dehors de l’Etat nous pouvons faire allusion à deux types d’organisations spécialisées dans
la politique. Il s’agit de partis politiques et d’associations d’intérêts 748 . Le système politique exerce
principalement quatre fonctions : le maintien du modèle, la réalisation des buts, l’adaptation et
l’intégration749. Le système politique entretient des interactions avec le régime politique.

2. Interactions entre régimes politiques et systèmes politiques

Le régime politique est un ensemble ordonné d'institutions et d'organes organisés par un droit positif
sous-tendu par des valeurs officiellement consacrées organisant le cadre d'action d'un pouvoir
légitime. Le régime politique est voulu et organisé tel que par le droit alors que le système est subi,
imposé. Selon le dictionnaire du Droit constitutionnel, le système politique désigne « le
fonctionnement concret d’un régime politique. Le système politique est le produit de l’interaction
entre les règles constitutionnelles (juridiques et politiques, écrites ou non) et les comportements des
acteurs (gouvernants, électeurs)750. Pascal DELWIT abonde dans cette même optique. En effet, un
régime politique rend compte de la manière spécifique dont sont organisés les pouvoirs publics : leur
mode de désignation, leurs compétences respectives, les règles juridiques et politiques qui gouvernent
leurs rapports. Le système politique inclut le régime politique. Il élargit le champ de l’analyse en y
incluant l’étude des acteurs : partis politiques, groupes de pression, systèmes de partis, médias, libertés
publiques, mécanismes de socialisation politique, système électoral, perspective historique etc 751.

746 M-N. SARGET, « L’évolution des systèmes politiques : les effets de la mondialisation », disponible en ligne à l’adresse

https://www.afscet.asso.fr/Ande02/MNSande02.pdf consulté le 4 mars 2017.


747 L. ODIMULA LOFUNGUSO KOS’ONGENYI, Manuel de science politique, Paris, L’Harmattan, 2016, p. 37.
748
H. KRIESI, Les démocraties occidentales : une approche comparée, Paris, Economica, 1994, pp. 14-15.
749 T. BALZACQ, et alii, Fondements de science politique, Bruxelles, Deboeck, 2014, p. 142.
750 M. De VILLIERS, A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 358.
751 P. DELWIT, Introduction à la science politique. Troisième édition revue et augmentée, Bruxelles, Editions de l’Université de

Bruxelles, 2018, p. 79.


149
Pour Maurice DUVERGER, tout système démocratique est déterminé par la combinaison des deux
sous-systèmes : le système constitutionnel établi par les règles juridiques et le système de partis
engendré par le jeu des forces politiques752. Drik analyse les systèmes politiques du Tiers-monde, sans
au préalable définir les systèmes politiques. Il opère par la suite une classification en tenant compte
du système de partis, de la base de légitimité, du mode de recrutement à la tête de l’Exécutif, de la
structure actuelle du pouvoir, de l’étendue du contrôle politique, de l’orientation idéologique du
système et de la séparation verticale ou horizontale des pouvoirs 753 . Mulumbati Ngasha et ses
collaborateurs ont analysé le fonctionnement des systèmes politiques africains à l’ère de la domination
prétorienne et de la généralisation des partis uniques754.

D’autres auteurs utilisent l’expression de système politique comme synonyme de régime politique ou
forme de gouvernement. Ainsi, selon J. BEAUDOUIN, les systèmes politiques désignent les grandes
catégories d’organisation des pouvoirs publics, à savoir les régimes démocratiques, les régimes
autoritaires et les régimes totalitaires755.

Olivier DUHAMEL préfère réserver l’expression « régime politique » aux normes ou règles, le
système politique au fonctionnement réel des institutions politiques. Selon lui on appelle « régime »
l’ensemble des règles constitutionnelles. Les critères permettant de distinguer plusieurs types de
régimes se fondent sur les règles relatives à l’attribution et à la révocation des pouvoirs. Le régime
parlementaire est défini par la responsabilité du gouvernement devant le Parlement, le régime
présidentiel par l’irrévocabilité des pouvoirs issus d’une double élection, le régime semi-présidentiel
par la double élection et la révocabilité des pouvoirs 756. Pour cet auteur, on appelle système politique,
« l’exercice du pouvoir tel qu’il résulte de la pratique dominante par opposition au régime politique
qui renvoie aux règles relatives à l’attribution et à la révocation des pouvoirs »757. Cette définition du
système politique est retenue ici. Elle est également reprise par le dictionnaire du Droit
constitutionnel758 et par Marie-Anne COHENDET759. Cette dernière entend par régime au sens strict
comme étant l’ensemble des règles prévues par le texte constitutionnel, et que l’on parle de système
pour désigner la pratique, les faits, les actes d’application de la Constitution.

La classification des régimes se fait en fonction des dispositions constitutionnelles relatives en


particulier à la responsabilité du gouvernement et à l’élection du Président. En revanche, la
classification des systèmes se fait en fonction de l’organe qui joue en pratique le rôle majeur dans la
définition de la politique nationale. On admet qu’est présidentialiste un système marqué par la
prédominance du Président et est parlementariste un système marqué par la prééminence du
Parlement. Dans cette seconde famille, on observe des sous-catégories, en particulier celle de système
gouvernementaliste en cas de prééminence du gouvernement, et celle de système premier

752
M. DUVERGER, Le système politique français. Droit constitutionnel et systèmes politiques, 19 è éd., Paris, PUF, 1986, p. 515.
753
DIRK BENG SCHOSSER, « Les systèmes politiques du Tiers-monde », in D. COLAS et C. EMERI (dir.), Droit, institutions et
systèmes politiques. Mélanges en hommage à Maurice Duverger, Paris, PUF, 1988, pp. 515-531.
754 MULUMBATI NGASHA, MWAMBA SINONDA, MWANAKIBULU NGOY NKUSO, Les systèmes politiques africains,
Lubumbashi, Editions Africa, 1988.
755 J. BEAUDOUIN, Introduction à la science politique, Paris, Dalloz, 2000, p. 24, cité par L. ODIMULA LOFUNGUSO

KOS’ONGENYI, Manuel de science politique. Un outil au service de la gouvernance démocratique dans l’espace politique africain,
Paris, L’Harmattan RDC, 2016, p. 70.
756 O. DUHAMEL, Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, seuil, 2009, p. 368.
757O. DUHAMEL, op.cit., p. 368. Cette différence est également retenue par M-A. COHENDET, « La classification des régimes, un

outil pertinent dans une conception instrumentale du droit constitutionnel », in L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de
Michel TROPER, Paris, Economica, 2006, pp. 299-314, spéc. p. 302. Le régime politique renvoie à l’évocation des règles prévues par
la Constitution et elle entend par système politique la pratique institutionnelle.
758 M. DE VILLIERS et A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 358. Le système

politique désigne « le fonctionnement concret d’un régime politique. Le système politique est le produit de l’interaction entre les règles
constitutionnelles (juridiques et politiques, écrites ou non) et les comportements des acteurs (gouvernants, électeurs).
759 M.A. COHENDET, art.cit..

150
ministérialiste lorsque le Premier ministre joue le rôle majeur. A l’exception de Chypre, elle conclut
que tous les Etats de l’Union européenne fonctionnent désormais de manière stable dans un système
parlementariste, à l’exception de la France en dehors des périodes de cohabitation 760.

Analysant la cohabitation au regard de la vie politique et constitutionnelle française, Marie-Anne


COHENDET souligne que de tous les régimes parlementaires des Etats de l’Union européenne, la
France est le seul qui fonctionne régulièrement dans « un système présidentialiste, le seul dans lequel
les fluctuations dans l’interprétation de la Constitution au profit du Chef de l’État sont aussi grandes,
le seul dans lequel le président parvient hors cohabitation à s’arroger le pouvoir de révoquer le Premier
ministre alors qu’il n’en a pas le droit »761. Un régime peut être démocratique alors qu’il fonctionne
dans un système non démocratique. C’est le cas quand la Constitution établit toutes les règles pour
qu’existe une démocratie, mais ces règles ne sont pas respectées. De même la Constitution peut
disposer que le Président est un arbitre alors qu’il est le Chef de l’un des camps politiques. Le système
de partis politiques exerce aussi une influence majeure sur le système politique 762.

En d’autres termes, le système politique désigne l’ensemble des règles constitutionnelles et des
pratiques juridiques et extra juridiques à travers lesquelles fonctionnent les institutions politiques d’un
Etat, alors que le régime politique renvoie aux modes d’organisation et de fonctionnement des
institutions politiques de l’Etat, tels qu’inscrits dans sa Constitution763.

La notion de régime politique combine donc ces deux systèmes (juridiques et politiques) autour de
trois questions fondamentales : Comment est exercé le pouvoir politique (selon quelles règles et
quelles interactions) ?
Qui exerce le pouvoir politique ?
Dans quel but est exercé le pouvoir politique (quelles sont les orientations de l’exercice du pouvoir
politique)764 ?

Selon le dictionnaire du Droit constitutionnel, le système politique désigne « le fonctionnement


concret d’un régime politique. Le système politique est le produit de l’interaction entre les règles
constitutionnelles (juridiques et politiques, écrites ou non) et les comportements des acteurs
(gouvernants, électeurs)765. En d’autres termes, le système politique désigne l’ensemble des règles
constitutionnelles et des pratiques juridiques et extra juridiques à travers lesquelles fonctionnent les
institutions politiques d’un Etat, alors que le régime politique renvoie aux modes d’organisation et
de fonctionnement des institutions politiques de l’Etat, tels qu’inscrits dans sa Constitution766.

Pascal DELWIT abonde dans cette même optique. En effet, un régime politique rend compte de la
manière spécifique dont sont organisés les pouvoirs publics : leur mode de désignation, leurs
compétences respectives, les règles juridiques et politiques qui gouvernent leurs rapports. Le système
politique inclut le régime politique. Il élargit le champ de l’analyse en y incluant l’étude des acteurs :
partis politiques, groupes de pression, systèmes de partis, médias, libertés publiques, mécanismes de

760 M. A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4 è éd., Paris, LGDJ, 2019, pp. 175 ; 274.
761 M-A. COHENDET, « Cohabitation et Constitution », Pouvoirs, n° 90, 1999, pp. 33-57, spéc. à la p. 33.
762 M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4 è éd., Paris, LGDJ, 2019, p. 176.
763 J.T. HOND, “ De l’affirmation du caractère parlementaire du régime politique camerounais au regard de la Constitution du 18

janvier 1996 », M. KAMTO, St. DOUMBE-BILLE, B : MIRANDA METOU (dir.), Regards sur le droit public en Afrique. Mélanges
en l’honneur du doyen Joseph-Marie BIPOUN WOUM, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 65-78, spéc. à la p. 66.
764
X. CRETTIEZ, J. De MAILLARD et P. HASSENTEUFEL, Introduction à la science politique, Paris, Armand colin, 2018, p. 75.
765 M. De VILLIERS, A. LE DIVELLEC, Dictionnaire du Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Sirey, 2015, p. 358.
766 J.T. HOND, “ De l’affirmation du caractère parlementaire du régime politique camerounais au regard de la Constitution du 18

janvier 1996 », in M. KAMTO, St. DOUMBE-BILLE, B : MIRANDA METOU (dir.), Regards sur le droit public en Afrique. Mélanges
en l’honneur du doyen Joseph-Marie BIPOUN WOUM, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 65-78, spéc. à la p. 66.
151
socialisation politique, système électoral, perspective historique etc 767. D’autres auteurs utilisent
l’expression de système politique comme synonyme de régime politique ou forme de gouvernement.
Ainsi, selon J. BEAUDOUIN, les systèmes politiques désignent les grandes catégories
d’organisation des pouvoirs publics, à savoir les régimes démocratiques, les régimes autoritaires et
les régimes totalitaires768.

Dans la pratique, il n’est pas toujours aisé de différencier les régimes politiques des systèmes
politiques, certains utilisant les deux expressions de manière interchangeable ou comme des
synonymes. Cette identité aboutit parfois à des classifications des régimes politiques et des systèmes
politiques ne correspondant pas aux règles d’organisation et de fonctionnement des pouvoirs dans le
cadre de leur division horizontale. A titre illustratif, Anne-Charlène Bezzina et Michel Verpeaux
estiment que les régimes d’assemblée et les régimes présidentialistes correspondent à des éléments
qu’il est impossible de catégoriser comme résultant du régime politique, mais plutôt du système,
c’est-à-dire de la pratique politique faite du texte. C’est ainsi, ajoutent-ils, que les III è et IV è
Républiques françaises peuvent être qualifiées comme des régimes d’assemblée au regard de leur
pratique institutionnelle, mais pas au regard de leur régime qui, dans le texte, est un régime
parlementaire769. Ci-dessous nous reprenons une classification des systèmes politiques résultant de
la pratique institutionnelle et non telle qu’elle résulte des textes constitutionnels.

3. Classification des systèmes politiques

Olivier DUHAMEL propose ainsi une classification des systèmes politiques, Les systèmes politiques
interagissent avec les régimes politiques. Il distingue à ce propos l’existence de trois systèmes
politiques qui interagissent avec les régimes politiques. Il s’agit du système gouvernementaliste,
présidentialiste et parlementariste. Dans un système gouvernementaliste ou primo-ministérialiste,
une majorité stable gouverne sous l’égide de son chef, le Premier ministre ; dans un système
présidentialiste, le gouvernement stable s’effectue sous l’égide du Président élu du peuple ; dans un
système parlementariste, le gouvernement instable résulte d’une coalition non désignée par les
électeurs et non dotée d’un leader incontesté 770. Dans sa contribution aux mélanges en hommage à
Maurice DUVERGER, Olivier DUHAMEL souligna que le système politique français était, jusqu’à
nouvel ordre, un système présidentialiste doté d’un régime semi-présidentiel771. Cette affirmation est
partagée par Marie-Anne COHENDET qui lui apporte une nuance. Le système français est
généralement présidentialiste. Il devient par contre parlementariste en cas de cohabitation 772.

Le régime exerce une certaine contrainte sur la vie politique. En d’autres termes le régime fait le
système. Trois variables décisives ont été choisies et produisent des effets sur le système politique :
l’élection populaire du président, l’élection des députés au scrutin majoritaire et l’existence d’un
droit de dissolution. A titre d’exemple, l’élection directe du président et l’élection majoritaire des
députés provoquent une bipolarisation renforcée, une superpuissance du président majoritaire, une
personnalisation accrue du pouvoir et une nationalisation extrême des élections. L’élection
majoritaire des députés et la dissolution pure provoquent le maintien de la bipolarisation, le

767 P. DELWIT, Introduction à la science politique. Troisième édition revue et augmentée, Bruxelles, Editions de l’Université de
Bruxelles, 2018, p. 79.
768 J. BEAUDOUIN, Introduction à la science politique, Paris, Dalloz, 2000, p. 24, cité par L. ODIMULA LOFUNGUSO

KOS’ONGENYI, Manuel de science politique. Un outil au service de la gouvernance démocratique dans l’espace politique africain,
Paris, L’Harmattan RDC, 2016, p. 70.
769
A.-C. BEZZINA et M. VERPEAUX, Textes constitutionnels et politiques, Paris, PUF, 2018, p. 529.
770
O. DUHAMEL, Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Seuil, 2009, p. 368.
771
O. DUHAMEL, « Remarques sur la notion de régime semi-présidentiel » in Droit, institutions et systèmes politiques. Mélanges
en hommage à Maurice Duverger, Paris, PUF, 1988, pp. 581-590,
772
M.-A. COHENDET, Droit constitutionnel. 4 è éd., Paris, LGDJ, 2019, pp. 448-449.
152
renforcement de l’autorité du dissolvant ; l’élection directe du président et dissolution, mais sans
scrutin majoritaire conduisent à une limitation des effets précédemment repérés773.

Il convient par ailleurs de relever que, pour certains auteurs, l’expression « système politique » peut
se référer aux formes de gouvernement. Ainsi, selon J. BEAUDOUIN, les systèmes politiques
désignent les grandes catégories d’organisation des pouvoirs publics, à savoir les régimes
démocratiques, les régimes autoritaires et les régimes totalitaires 774. Pour Hanspeter KRIESI, le
système politique peut être défini selon une approche très large et très étroite. Dans la première
approche le système politique est constitué par tous les acteurs et toutes les actions qui participent à
la prise de décisions politiques ainsi qu’à leur mise en œuvre (…). Dans la deuxième, le système
politique comprend exclusivement les organisations et les personnes spécialisées dans la politique.
En dehors de l’Etat nous pouvons faire allusion à deux types d’organisations spécialisées dans la
politique. Il s’agit de partis politiques et d’associations d’intérêts 775.

773
Pour plus de détails, O. DUHAMEL, op.cit., pp. 367-376.
774 J. BEAUDOUIN, Introduction à la science politique, Paris, Dalloz, 2000, p. 24, cité par L. ODIMULA LOFUNGUSO
KOS’ONGENYI, Manuel de science politique. Un outil au service de la gouvernance démocratique dans l’espace politique africain,
Paris, L’Harmattan RDC, 2016, p. 70.
775 H. KRIESI, Les démocraties occidentales : une approche comparée, Paris, Economica, 1994, pp. 14-15.

153
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776Nous réduisons à l’essentiel cette bibliographie sélective. Nous avons omis de manière délibérée d’y faire figurer les textes
constitutionnels, législatifs et règlementaires cités. Il en est de même de la jurisprudence. Nous avons préféré ne pas indiquer les
références tirées de sources internet.
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169
170
Table des matières

QUELQUES ABREVIATIONS ET SIGLES ............................................................................................................... 2


DESCRIPTIF DU COURS DE REGIMES POLITIQUES COMPARES.......................................................................... 3
INTRODUCTION GENERALE .............................................................................................................................. 5
CHAPITRE PREMIER : ...................................................................................................................................... 16
LA THEORIE DE LA SEPARATION DES POUVOIRS ............................................................................................ 16
1. Notions préliminaires ......................................................................................................................... 16
2. L’organisation des pouvoirs ................................................................................................................ 17
3. L’expression du principe de la séparation des pouvoirs ..................................................................... 18
A. La règle de la spécialisation ................................................................................................................ 18
B. La règle de l’indépendance ................................................................................................................. 19
4. La relativisation de la théorie de la séparation des pouvoirs.............................................................. 19
5. L'évolution contemporaine de la séparation des pouvoirs ................................................................. 20
CHAPITRE DEUXIEME : LES REGIMES POLITIQUES .......................................................................................... 23
ORIENTATIONS GENERALES............................................................................................................................ 23
1. Définitions du régime politique .......................................................................................................... 23
A Définition institutionnaliste ou étroite des régimes politiques ........................................................... 23
B Définition large du régime politique.................................................................................................... 23
C Définition juridique et politique des régimes politiques ..................................................................... 24
2. Régimes politiques et formes de gouvernement ................................................................................ 25
3. Classification des régimes politiques .................................................................................................. 27
4. Critères de classification des régimes politiques ................................................................................ 29
4.1 Classification des régimes politiques fondée sur le critère de la séparation des pouvoirs ............... 33
A. Exposé du critère du degré de la séparation des pouvoirs ............................................................. 33
B. Limites ou faiblesses du critère du degré de la séparation des pouvoirs ........................................ 34
4.2 Classification des régimes politiques fondée sur des critères autres que la séparation des pouvoirs.
............................................................................................................................................................... 36
4.3 Les classifications des régimes politiques privilégiées en science politique ..................................... 38
CHAPITRE TROISIEME : LE REGIME PARLEMENTAIRE ..................................................................................... 41
1. Notions du régime parlementaire ...................................................................................................... 41
2. L’avènement du régime parlementaire .............................................................................................. 42
3. Critères du régime parlementaire ...................................................................................................... 44

171
A. La théorie de l’équilibre .................................................................................................................. 44
B. La théorie de la responsabilité politique ........................................................................................ 44
4. Les traits caractéristiques du régime parlementaire .......................................................................... 45
3.1 Le pouvoir exécutif ........................................................................................................................... 45
3.2 Le Parlement .................................................................................................................................... 54
CHAPITRE QUATRIEME : LE REGIME PRESIDENTIEL ........................................................................................ 81
1. Contexte et émergence du régime présidentiel ................................................................................. 81
2. Les traits caractéristiques du régime présidentiel .............................................................................. 82
A. L’élection et les modalités d’élection du Président américain ........................................................ 82
B. Mandat du Président américain ....................................................................................................... 84
C. Le pouvoir de l’exécutif américain ................................................................................................. 84
D. Le législatif (Congrès américain) .................................................................................................... 85
E. Les relations entre l’exécutif et le législatif dans le régime présidentiel ......................................... 85
1) Interférences réciproques entre l’Exécutif et le législatif ............................................................... 85
2) Le droit de veto du Président américain ......................................................................................... 86
3) Le droit de message du Président américain .................................................................................. 86
4) Le pouvoir sénatorial d’approbation ou ratification ....................................................................... 87
5) La mise en accusation du Président américain : l’impeachment .................................................... 87
6) Contrôle par les Commissions parlementaires ............................................................................... 89
3. L’influence du régime présidentiel dans d’autres Etats ...................................................................... 90
A. L’influence du régime présidentiel américain dans les Etats africains ............................................ 90
B. L’influence du régime présidentiel américain dans les Etats latino-américains.............................. 95
4. Le régime présidentialiste comme déformation du régime présidentiel ............................................ 99
5. Les régimes politiques arabes et la confusion des pouvoirs ............................................................. 101
CHAPITRE CINQUIEME: LES REGIMES POLITIQUES MIXTES .......................................................................... 103
1 Le régime semi-présidentiel .................................................................................................................. 104
A. Orientations générales ................................................................................................................. 104
B. Les traits caractéristiques du régime semi-présidentiel ............................................................... 105
C. La cohabitation ............................................................................................................................. 105
D. Classification des régimes semi-présidentiels............................................................................... 106
D.1 Modèle d’analyse fondé sur les prérogatives du Président de la République ................................ 106
D.1.1 L’échelle des prérogatives constitutionnelles du Président ........................................................ 106
D.1.2 L’échelle des pouvoirs effectifs du Président de la République .................................................. 107
D.2 Modèle d’analyse fondé sur le pouvoir majoritaire ....................................................................... 108
E. L’application du régime semi-présidentiel .................................................................................... 109
172
F. L’identité incertaine et critiques du régime semi-présidentiel ..................................................... 111
2. Le régime directorial ......................................................................................................................... 115
A. Orientations générales ................................................................................................................. 115
B. Rapprochements du régime politique suisse avec le régime présidentiel .................................... 116
C. Rapprochements entre le régime politique suisse et le régime parlementaire ............................ 117
CHAPITRE SIXIEME: LES REGIMES POLITIQUES AFRICAINS ........................................................................... 121
1. L’Afrique et les régimes politiques ................................................................................................... 121
2. Entre inspiration et adaptation ............................................................................................................ 122
3. Quelques voies africaines des régimes politiques : régimes politiques atypiques ................................ 126
4. Le présidentialisme aux couleurs du renouveau africain ...................................................................... 129
4. 1 La démocratie présidentielle : ....................................................................................................... 130
4.2 Le présidentialisme parlementaire ................................................................................................. 131
4.3 Le présidentialisme démocratique ou l’hyper-présidentialisme..................................................... 132
4.4 Le présidentialisme africain ............................................................................................................ 135
4.5 Appréciation du régime présidentialiste aux couleurs du renouveau démocratique ..................... 136
5. L’Exécutif dans le régime parlementaire africain (et semi-présidentiel).............................................. 138
6. Les régimes politiques de transition en Afrique ............................................................................... 144
CHAPITRE SEPTIEME : LES SYSTEMES POLITIQUES ....................................................................................... 149
1. Différence entre régime politique et système politique ................................................................... 149
2. Interactions entre régimes politiques et systèmes politiques .......................................................... 149
3. Classification des systèmes politiques .............................................................................................. 152
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE ........................................................................................................................... 154

173

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