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Gargantua : Humour et Réflexion au Chapitre 38

Rabelais, "Gargantua", (séquence : la littérature d'idées) parcours "rire et savoir", séquence de première générale étude linéaire chapitre 38 (les pèlerins en salade)

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Gargantua : Humour et Réflexion au Chapitre 38

Rabelais, "Gargantua", (séquence : la littérature d'idées) parcours "rire et savoir", séquence de première générale étude linéaire chapitre 38 (les pèlerins en salade)

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Séquence roman

RABELAIS,
Gargantua
Rire et savoir
CHAPITRE 38 (Comment Gargantua
mangea en salade six pèlerins)
Introduction, situation du passage
• Gargantua = 58 chapitres, qui portent sur: l’éducation,
la vie en collectivité, la guerre bien-sûr, mais aussi la religion
(n’oublions pas que le dernier mot revient à Frère Jean !)
• RABELAIS moine défroqué, a suivi des études de théologie;
• Chap. 38 se situe à un moment de pause dans le combat, quand la
compagnie (Eudemon, Gymnaste, Frère Jean…) entre la bataille remportée
par Gymnaste sur le capitaine Tripet et l’assaut de Picrochole : moment de
détente par l’humour entre deux moments de danger mais aussi moment
où notre coalition rassemble ses forces => retour sur soi et provision de
sagesse.
• Double vocation donc de ce chapitre en forme d’intermède comique : faire
office de divertissement humoristique entre deux épisodes violents, mais
aussi prendre le temps de réfléchir entre deux moments d’action.
Mouvements de l’extrait
Depuis « Il se trouva que Gargantua était un peu
affamé » et « son urine, qui nous coupa le chemin » =
récit de la capture malencontreuse et de la fuite des
pèlerins.
• Merveilleux burlesque => rocambolesque =>
parodique (réf. au psaume) & satire des chrétiens.
Texte en forme de bascule, à grande échelle, puis
mouvement par mouvement.
❑Comique de situation, burlesque et invraisemblance =
jusqu’à « que le dîner fût prêt. »
❑Récit rocambolesque = échappée des pèlerins =
jusqu’à « douleur de Gargantua apaisée »
❑Satire des pèlerins & des croyants.
Premier mouvement: le comique burlesque qui
scelle la connivence avec le lecteur
• Partie la plus vivante de l’extrait, avec phases dialoguées entre Grandgousier et
Gargantua, dialogue patent, qui se signale tel (guillemets, tirets, incises « dit-il »)
• Partie qui comporte le plus de réf. au trivial quotidien (« laitues », « salade »,
« pruniers » …) , historiette à l’allure naïve et enfantine, comme un conte
merveilleux.
• Éléments comiques: « Gargantua un peu affamé » (paradoxe + comique de
situation quand on connaît le tempérament de l’ogre), jeu sur la disproportion le
pèlerin comparée à une limace
• Complicité plus fine, avec la réf. À la cuve de Cîteaux (Cîteaux = vignoble de
Bourgogne, qui montre que les pèlerins et Gargantua (proies et prédateur) sont
en vérité déjà liés par le vin.
• Petite pointe railleuse, quand on se souvient que l’ordre religieux monastique
créé au 12e s. prône la sobriété, ce qui dans le contexte « gargantuin » (ou
gargantuesque) (i.e. enclin à valoriser la profusion) fait sourire.
Second mouvement: zoom sur les pèlerins prisonniers : des victimes?
• La situation fait des Pèlerins des victimes qui peuvent susciter la compassion des lecteurs
=> biais pour leur faire prendre parti et les intégrer à un débat, une réflexion. Ici, l’enjeu est
de savoir si les victimes en sont vraiment, et s’il s’agit d’une faute ou d’une simple erreur
(une méprise, autrement dit, en termes plus dramaturgiques, un quiproquo)
• Tout ce passage sous le signe de l’exagération (procédé rhétorique à la fois comique et qui
pose la question de la distorsion et donc de l’erreur). Intensification des tailles et
proportions, tournures hyperboliques: « dévorés », « grande gorgée », « torrent »,
« gouffre », emploi d’allitérations en [g] (Gargantua, gorgées, grandes, gouffres) et en (r] =
mise en scène sonore angoissante.
• « Comme font les pèlerins du Mont St Michel » analogie explicite, dans une longue
proposition subordonnée conjonctive de comparaison (« comme font … ») qui dénonce à la
fois le simple mimétisme des chrétiens et leur docilité (quasiment des moutons de Panurge
avant l’heure) . NOTA BENE: St Michel lieu de pèlerinage important dans l’Occident
chrétien, le plus connu au Moyen-Age, route dangereuse (mer, ensablement, falaises). =>
amplification du danger
• Retournement de la situation: la dévoration des pèlerins (accident malheureux) a pour
effet vertueux (issue heureuse) d’alerter Gargantua sur ses problèmes dentaires.
=Réunion des 4 Rabelais ici (le médecin, le théologien, le conteur, le viniphile).
Troisième mouvement : du rire au savoir
• Comique scatologique: l’urine (complément du torchecul, chap. 11 = écho de chapitre à chapitre, et
dans le texte lui-même, au torrent de vin bu supra)
• Clin d’œil discret à Clément Marot, le poète rhétoriqueur facétieux que Rabelais a édité, lui-même
traducteur du Psaume de David = connivence discrète avec le lecteur lettré.
• Moment de Lasdaller et du Psaume de David, mal récupéré et appliqué à la va-vite, sans recul, dans une
situation quotidienne. Psaume qui porte sur l’épreuve, la persécution et le salut des humbles:
discordance entre la gravité des cas visés par cette imploration religieuse et la situation triviale vécue
par les pèlerins qui s’y réfèrent.
• Dénonciation de la récupération opportuniste des textes sacrés et de leur détournement à des fins
utilitaires (comme si chaque prière pouvait être ramenée à une situation concrète et personnelle) =
dévaluation du sacré ici dénoncée par Rabelais, avec cette mécanique de la traduction approximative
des portions du psaume artificiellement accolées (et approximativement traduite) à chaque portion
d’expérience vécue. = dénonciation de la méthode d’utilisation des textes, les Chrétiens triturant et
scindant (d’une certaine façon, mâchant) ce qui demande au contraire une vision d’ensemble. = écho
entre la mastication de Rabelais et la façon dont le texte sacré est déchiqueté pour devenir un prêt-à-
prier.
• Textes sacrés employés (comme les horoscopes) pour vérifier une réalité a fortiori: triple effet pervers
• alourdit le propos (insertions trop longues de texte en latin –Rabelais a voulu écrire en roman-)
• et qui crispe (en fixant des vérités pérennes) une situation déjà épineuse
=> la religion, pas consolatrice du tout, finalement.
• Dénoncé enfin l’automatisme de la récitation qui dispense de réfléchir au cas par cas.
Troisième mouvement (suite)
• Plus intéressant encore, ce psaume intervient avant des considérations sur la justice; or ici, il
n’est fait justice ni à Gargantua, ni à la religion (mal comprise, mal employée, mal traitée par ses
propres fidèles) ni aux textes (un texte a-t-il vocation à être récité ou aiguise-t-il l’esprit critique?)
• Car ici les Pèlerins se sont trompés dans l’analyse (Gargantua ne peut pas être tenu pour coupable
et considéré comme le méchant de l’histoire, dès lorsqu’il ignorait qu’il y avait des pèlerins) ; de
même les pèlerins qui font mal à la dent de Gargantua ne font pas exprès: simples accidents.
• En prenant leurs jambes à leur cou, les pèlerins démontrent qu’ils n’ont aucun sens de la
miséricorde & du pardon (contrairement aux principes chrétiens appris), mais aussi qu’ils ne savent
pas raisonner (à quoi donc leur a servi leur catéchisme?) sur la distinction entre le mal, le malheur
/ la coïncidence, la contingence.
• Cela questionne l’intérêt-même du pèlerinage: pourquoi pratiquer un acte de dévotion au nom
d’une religion dont on n’a pas intégré les principes?
• Renversement de la situation : les méchants de l’histoire ne sont pas ceux qu’on croit. Ici, les
victimes apparentes (les pèlerins) sont aussi coupables d’un mauvais usage du savoir religieux.
• A quelque chose malheur est bon: cette mésaventure aura alerté Gargantua sur son état médical
(infection dentaire) = morale pratique plutôt optimiste (au sens littéral, qui tire parti de chaque
situation)
Conclusion
• conjonction ici de la saveur (dégustation des pèlerins) et du savoir
(principes religieux, usage des textes, aptitude à la sagesse).
• Mélange qu’on retrouvera au chapitre 45, quand à l’issue du repas,
Grandgousier s’adressera aux pèlerins (cette fois en route vers St
Jacques de Compostelle) pour les dissuader de se perdre en lointains
pèlerinages au mépris de leurs devoirs domestiques et de la sécurité
de leurs foyers.
« Allez-vous-en, pauvres gens, au nom de Dieu le créateur, lequel vous soit en
guide perpétuelle. Et dorénavant ne soyez faciles à ces ineptes et inutiles
voyages. Entretenez vos familles, travaillez chacun en sa vocation, instruisez vos
enfants, et vivez comme vous enseigne le bon apôtre saint Paul. Ce faisant,
vous aurez la garde de Dieu, des anges et des saints avec vous, et n'y aura peste
ni mal qui vous porte nuisance »

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