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Geneviève ROBERT-HUOT
Geneviève Robert-Huot est doctorante en administration à l’École des sciences de la gestion.
Elle s’intéresse au processus de transformation des pratiques RH dans les PME. Sa thèse
portera notamment sur les routines RH et leurs tensions.
École des sciences de la gestion
Département d’organisation et ressources humaines
Université du Québec à Montréal
C.P. 8888, Succursale Centre-ville
MONTRÉAL (Québec), H3C 3P8, Canada
[Link]@[Link]
Julie CLOUTIER
Julie Cloutier est professeure à l’École des sciences de la gestion. Ses travaux concernent la
rémunération et la justice organisationnelle. Elle s’intéresse particulièrement à l’effet de la
rémunération monétaire et non monétaire sur la motivation, le stress et la santé mentale.
École des sciences de la gestion
Département d’organisation et ressources humaines
Université du Québec à Montréal
C.P. 8888, Succursale Centre-ville
MONTRÉAL (Québec), H3C 3P8, Canada
[Link]@[Link]
Résumé
Alors que le capital humain demeure l’actif stratégique le plus important pour assurer la compétitivité
des entreprises et leur pérennité, que savons-nous de la gestion des ressources humaines dans les
PME ? Ce texte présente une revue de la littérature scientifique concernant la gestion des ressources
humaines (GRH) dans les PME. Les 167 articles empiriques répertoriés à partir des bases de données
bibliographiques ABI/Inform et Repère sont classés en fonction de la nature des connaissances produites.
Ces articles sont ainsi divisés en cinq catégories : (1) les pratiques RH utilisées dans les PME, (2) leurs
caractéristiques distinctives par rapport aux grandes entreprises ; (3) les déterminants de l’adoption des
pratiques RH ; (4) leurs conséquences sur la performance des PME ; (5) les processus à travers lesquels
les pratiques RH sont modifiées. Les résultats montrent que les études ont surtout consisté à vérifier si
le modèle de GRH des grandes entreprises s’applique aux PME. La formalisation des pratiques RH a
également beaucoup retenu l’attention. De façon générale, peu d’études ont été réalisées sur chacun des
divers aspects de la GRH et leurs résultats sont discordants. Des pistes de recherche sont proposées en vue
de favoriser le développement des connaissances.
Mots-clés
Gestion des ressources humaines (GRH), Pratiques RH, PME, Revue de la littérature,
Bilan des connaissances, Management
101
Human resource management in SMEs:
a systematic review
Abstract
While human capital remains the most important strategic asset for ensuring business competitiveness
and sustainability, what do we know about human resource management in SMEs? This paper presents a
literature review on human resource management (HRM) in SMEs. The 167 empirical articles found by
searching the ABI/Inform and Repère databases are classified according to the nature of the knowledge
they generated. These articles are then sorted into five categories according to whether they relate to
(1) HR practices used in SMEs, (2) their distinctive characteristics compared to large enterprises, (3) the
determinants of the adoption of HR practices, 4) their impact on the performance of SMEs, and (5) the
processes through which HR practices are modified. The results show that the main focus of the studies
was to verify whether large enterprises HRM model applies to SMEs. The formalization of HR practices
has also attracted attention. In general, few studies have been done on the various aspects of HRM and
their results are conflicting. Several research directions are proposed.
Keywords
Human resources management (HRM), HR practices, SMEs, Literature review, Man-
agement
Resumen
Aunque el capital humano se mantiene como el activo estratégico más inportante para asegurar la
competitividad y sostenibilidad de las empresas, qué sabemos realmente de la gestión de recursos
humanos en las PyME ? Este texto representa una revisión de la literatura científica relacionada con la
gestión de los recursos humanos (GRH) en la pequeña y mediana empresa (PyME). Los ciento sesenta
y siete artículos empíricos registrados a partir de las bases de datos bibliográficas ABI/Inform y Repère
se catalogan de acuerdo a cinco categorías, establecidas a partir de la naturaleza de los conocimientos
obtenidos. Los artículos se clasifican entonces en : (1) las prácticas RH utilizadas en la PyME, (2) las
características que las distinguen de las grandes empresas, (3) los factores determinantes de la aplicación
de dichas prácticas RH, (4) el impacto de las prácticas RH en el rendimiento de la PyME y (5) los
procedimiento mediante los cuales se pueden modificar las mismas. Los análisis aplicados demuestran
que los estudios se concentran principalmente en demostrar si los modelos de GRH de las grandes
empresas se pueden aplicar a la PyME y en la formalización de las prácticas RH. De manera general
pocos estudios se realizan sobre los diversos aspectos de la GRH y los resultados son discordantes. Los
estudios proponen algunas líneas de investigación en vistas de favorecer el desarrollo de conocimientos.
Palabras clave
Gestión de los recursos humanos, Prácticas RH, Pequeña y mediana empresa, Revisión
de la literatura, Gestión
INTRODUCTION
Au Canada, les PME représentent une source importante d’emplois et de développement éco-
nomique. En 2018, Innovation, Sciences et Développement économique Canada rapportait
que 97,9 % des entreprises canadiennes comptaient moins de 100 employés et que 1,9 % en
comptaient entre 100 et 499. Environ 13,8 millions de Canadiens seraient ainsi employés
par une PME, ce qui représente 86,5 % des travailleurs au Canada (Innovation, Sciences et
Développement économique Canada, 2019).
Les PME présentent un intérêt grandissant pour la communauté scientifique. Même si elles
se distinguent par le nombre plus limité de leurs employés, elles ne sont pas pour autant
de grandes entreprises en format réduit. Leur système de production et leur structure sont
moins complexes et formels que ceux des grandes entreprises et leur fonctionnement repose
largement sur les relations interpersonnelles (Burke, 2011 ; Julien, 1990 ; Torrès, 1997). Ce
contexte particulier influence inévitablement la façon, dont les employés sont gérés et rend
ainsi pertinente la recherche sur la GRH.
L’examen des écrits scientifiques révèle l’absence de bilan systématique des connaissances sur
la GRH dans les PME. Les rares revues de la littérature qui ont été publiées depuis les dix der-
nières années présentent des limites importantes. Par exemple, Cunningham et Rowley (2010)
ainsi qu’Abraham, Kaliannan, Mohan et Thomas (2015) se sont concentrés respectivement sur
les travaux de recherche réalisés dans les PME en Chine et en Malaisie. Pour leur part, Cardon
et Stevens (2004) se sont intéressés à un sous-groupe spécifique de PME, les entreprises en pé-
riode de démarrage. Au contraire, Hayton (2005) ainsi que Dabic, Ortiz-De-Urbina-Criado et
Romero-Martínez (2011) ont élargi leur recherche à l’ensemble des entreprises empruntant une
orientation stratégique entrepreneuriale, ce qui comprend à la fois des PME et des entreprises
de grande taille. Enfin, la recension des écrits qu’ont réalisée Jack, Hyman et Osborne (2006) se
limite à la culture et à la relation d’emploi dans les petites entreprises entrepreneuriales.
L’objectif de notre étude consiste à réaliser une revue systématique de la littérature portant
sur la GRH dans les PME. Cela nous permettra de mettre en lumière les connaissances
acquises jusqu’à présent, de les organiser de manière à favoriser la compréhension de ce
champ de connaissances, d’identifier les lacunes et de faire ressortir les voies pertinentes
de recherche pour le développement des connaissances. Dans les deux prochaines sections,
nous aborderons brièvement les notions de PME et de gestion des ressources humaines
(GRH) afin de conceptualiser et de situer notre objet de recherche. Nous exposerons ensuite
le cadre méthodologique qui a permis d’opérationnaliser notre recension des écrits scien-
tifiques. Nos résultats sont présentés en fonction d’axes d’analyse définis par la nature des
connaissances produites. Pour chacun des axes d’analyse, les résultats font l’objet d’une dis-
cussion visant à faire ressortir les principaux constats et les limites observées. Une discus-
sion générale conclura cet article et présentera des avenues de recherche pertinentes.
Deux approches peuvent être empruntées pour définir la notion de PME, à savoir l’approche
quantitative et l’approche qualitative (Julien, 1990). Suivant l’approche quantitative, les PME
103
sont définies le plus souvent en fonction du nombre d’employés ou du chiffre d’affaires et
les seuils établis dépendent du secteur d’activité économique et du pays (Julien, 1990). Par
exemple, selon la Commission européenne, les PME sont des entreprises comptant moins de
250 employés. Au Canada, la notion de PME inclut les entreprises de moins de 500 employés
(Innovation Sciences et Développement économique Canada, 2016).
Selon l’approche qualitative, les PME sont définies en fonction d’un certain nombre de carac-
téristiques relatives à la structure de l’entreprise et à son fonctionnement (Julien, 1990). Les
PME présentent les caractéristiques suivantes : 1) un nombre restreint d’employés ; 2) une
prise de décision exercée par le propriétaire-dirigeant ; 3) une faible spécialisation du travail
jumelée à une faible standardisation des tâches ainsi qu’à une coordination reposant sur
l’ajustement mutuel et la supervision directe ; 4) une stratégie à court terme peu formalisée
et réactive ; 5) un système d’information interne et externe s’appuyant sur les relations inter-
personnelles et la communication verbale (Julien, 1990 ; Torrès, 1997). Les caractéristiques
des PME incarneraient la notion de proximité : la proximité hiérarchique, fonctionnelle,
spatiale, temporelle et la proximité de la coordination (Torrès, 2003). Dans le cadre de notre
étude, nous avons retenu tous les travaux de recherche qui portent explicitement sur les PME
(comptant moins de 500 employés). Compte tenu du manque d’information concernant les
caractéristiques des entreprises étudiées par les chercheurs, il ne nous a pas été possible
d’utiliser des critères qualitatifs pour sélectionner les articles à inclure dans notre analyse.
2. DÉFINITION DE LA GRH
Dans sa plus large acception, la gestion des ressources humaines (GRH) concerne l’ensemble
des pratiques relatives à la gestion des employés. Burke (2011) présente une synthèse des défini-
tions fréquemment utilisées par les chercheurs. Nous en retiendrons qu’il s’agit de l’ensemble
des pratiques permettant de fournir à l’organisation, en quantité suffisante, du personnel possé-
dant les qualités nécessaires pour contribuer à la réalisation des objectifs de l’organisation. On
regroupe les pratiques RH en « fonction RH », dont les plus généralement admises sont les sui-
vantes : l’organisation du travail, le recrutement, la sélection, la formation et le développement,
la gestion du rendement et la rémunération (Saba et Dolan, 2013). Par exemple, le recrutement
est une fonction RH qui vise à procurer aux candidats potentiels l’information pertinente au
sujet des postes à combler de manière à les inciter à poser leur candidature. Parmi les pratiques
RH de recrutement figurent, par exemple, les annonces dans les journaux, le recours à des
agences de placement, les références des employés actuels et bien d’autres (Saba et Dolan, 2013).
3. CADRE MÉTHODOLOGIQUE
Afin de dresser le bilan des connaissances acquises jusqu’au début de l’année 2015 en ce qui
concerne les pratiques RH dans les PME, seuls les articles empiriques ont été retenus. Nous
avons utilisé les bases de données ABI/Inform et Repère. Nous nous sommes concentrés sur
les articles empiriques publiés dans des revues académiques qui ont un comité de lecture.
Tous les résultats de recherche ayant été publiés uniquement sous la forme de volumes ou
de chapitres se trouvent donc exclus. Bien qu’il s’agisse là d’une limite, il est rare que de tels
travaux n’aient pas été diffusés également sous forme d’articles, ce qui réduit considérable-
ment cette limite.
Afin de repérer les articles pertinents, nous avons combiné des termes associés à la fois à
la GRH et aux PME. Pour ce faire, dans la base de données bibliographique ABI/Inform,
nous avons utilisé les termes human resource* management practice*, personnel manage-
ment, HRM, HR, work system et work practice* pour cibler l’aspect GRH, et les termes small
business, medium business, small enterprise*, medium enterprise*, small firm*, medium firm*,
SME, et enterpre* pour cibler les PME et l’entrepreneuriat. Dans la base de données Repère,
nous avons employé les termes ressources humaines, gestion du personnel, pratiques RH et
GRH, que nous avons jumelés aux mots-clés suivants : petite* entreprise*, moyenne* entre-
prise*, et PME.
Les mots-clés ont été recherchés dans tous les champs de recherche des bases de données
bibliographiques (titre, sujet, résumé) à l’exception de celui du texte intégral. Cette stratégie
pourrait représenter une limite dans la mesure où un article serait associé à des mots-clés
pointus qui concernent un aspect précis de la GRH, comme les régimes de participation aux
bénéfices, et qu’aucune des expressions qui réfèrent à la GRH n’aurait été utilisée.
La recherche des diverses combinaisons de mots-clés dans les deux bases de données bi-
bliographiques a généré un échantillon de 4 109 articles (1 941 articles dans ABI/Inform
et 2 168 articles dans Repère). Après l’élimination des doublons, nous sommes parvenus à
un total de 2 016 articles (1 584 articles dans ABI/Inform et 577 articles dans Repère). Une
lecture des résumés des articles et de leur cadre méthodologique a permis de réaliser une
sélection supplémentaire et de retenir les 167 articles pertinents. Ainsi, les textes qui présen-
taient les caractéristiques suivantes ont été exclus de notre analyse :
• les articles théoriques, les revues de littérature, les méta-analyses et les notes éditoriales ;
• les études portant exclusivement sur des entreprises publiques ou de grandes tailles (plus
de 500 employés) ;
• les articles portant sur les PME, dont la taille (en nombre d’employés) n’est pas précisée ;
• les études ne portant pas sur des pratiques RH (l’effet des attitudes des employés sur leurs
comportements) ;
• les articles publiés dans une autre langue que l’anglais ou le français.
4. RÉSULTATS
Dans un premier temps, les articles ont été analysés en fonction de leur année de parution et
de la revue dans laquelle ils ont été publiés. Le contenu des articles a ensuite fait l’objet d’une
analyse approfondie.
105
4.1. Les résultats : revues scientifiques et années de parution
Nous avons dénombré 167 articles portant sur la GRH dans les PME. Les articles retenus ont
été publiés entre les années 1987 et 2015. Le tableau 1 montre que, depuis les dix dernières
années, la GRH dans les PME a gagné en popularité. Environ 75 % des articles sélectionnés
ont été publiés depuis 2005, la moitié de ceux-ci depuis 2010.
Le tableau 2 présente les revues qui ont publié le plus grand nombre d’articles. Il est inté-
ressant de constater que plusieurs de ces revues ne se spécialisent pas dans les PME. Nos
résultats ont également révélé que seulement 14 articles ont été publiés en français.
Revue n Revue n
Asia Pacific Journal of Human Resources 4 Journal of European Industrial Training 3
Éducation et Training 5 Journal of Small Business and Enterprise
6
Employee Relations 8 Development
European Journal of Training and
3 Journal of Small Business Management 13
Development
Human Resource Management 9 Revue internationale PME 13
Human Resource Management Journal 7 Small Business Economics 3
International Journal of Manpower 3 International Journal of Human
12
International Small Business Journal 10 Resource Management
Nous avons classé les études répertoriées en fonction de la nature des connaissances qu’elles
ont produites, c’est-à-dire le « quoi », le « pourquoi », le « pour-quoi » et le « comment ». Les
deux premières sections portent sur la nature des pratiques RH (le « quoi ») dans les PME.
Elles présentent les résultats des études qui font ressortir les caractéristiques distinctives
des pratiques RH des PME soit en dressant un portait descriptif des pratiques RH en PME
(21 études), soit en comparant les pratiques des PME et des grandes entreprises (19 études).
Les deux sections qui suivent portent respectivement sur les travaux qui mettent en lumière
les déterminants de l’adoption des pratiques RH dans les PME (le « pourquoi ») (69 études) et
les conséquences de ces pratiques sur la performance des PME (le « pour-quoi ») (70 études).
La dernière section aborde la question de la modification et de la transformation des pra-
tiques RH dans la PME (le « comment » ça change) (8 études). Il s’agit des études qui ont fait
ressortir les processus à travers lesquels la GRH se développe1.
1 Le nombre d’études est supérieur à 167, car des études portent sur plus d’une catégorie de
connaissances.
107
Fonctions RH Vérification des pratiques Découverte des pratiques
(démarche hypothético- (démarche inductive)
déductive)
Sélection Curriculum Vitaea,b, formulaires Curriculum Vitael,s,t,u, entrevue
(n=10) de candidaturea,b,e,i, entrevue individuellel,s,t, testl,t, vérification
individuelle (structurée et non des référencesl, période d’essail,s,t,
structurée) a,b,d,e,f,i, entrevue entrevue non structurée (intuition) s,
téléphoniquef, vérification des échantillon de tâchess,u
référencesa,b,d,e,i, tests de sélection/
échantillon de tâchesd,e,f,i
Accueil et intégration Visite de l’organisationb, Diversité d’activités planifiées
(n=3) information sur les avantages et interactions quotidiennes
sociauxb, explication du rôle et informelleso
guide de l’employéa,b
Formation et Évaluation informelle des besoins Évaluation des besoinsm,o,p,r,
développement de formationi, formation sur le tas auto-évaluation des besoinsk,m,r,
(n=15) (learning by doing) a,c,g,i, formation formation sur le tas (learning
par des collèguesc,e,i, formation by doing/informelle) k,o,p,q,r,s,t,
externec,g,h,i, établissements formation par des collèguesm,o,p,t,
d’enseignementg,h, mentoratg,i, auto- établissements d’enseignementk,m,o,
formationc,h, formation en lignec formation externe / agencesr,
programme formelq,s, mentoratk,
manuel d’instructionk,o, Interneto,
élargissement de tâchesk,o, pratiques
d’apprentissage (observation,
essai-erreur, interactions, partage
d’expertise) m,n,o,p,q
Organisation du Pratiques de flexibilité du temps Pratiques de flexibilité du temps
travail (horaire flexible, temps partiel) d, (horaire flexible, temps partiel,
(n=9) pratiques d’informationa, sondage horaire comprimé) n, télé-travailn,
auprès des employésg communication directep,r,t, boîte à
suggestionst, autonomiem,s,t
Évaluation du Évaluation du rendementa Évaluation du rendement
rendement Évaluation du rendement structuréem, évaluation continue
(n=8) non structuréeb,e,g,i, échelles (informelle) m,r,t
de notationb,e,i, direction par
objectifsb,e,i, évaluation continueg
Études hypothético-déductives : aBenoît et Rousseau (1990 ; n = 21) ; bFabi, Garand et Pettersen (1998 ; n = 12) ;
c
Hargis et Bradley (2011 ; n = 751) ; dHeneman et Berkley (1999 ; n = 117) ; eHornsby et Kuratko (2003 ; n = 262) ;
f
Lockyer et Scholarios, (2007 ; n = 54) ; gSingh et Vohra (2009 ; n = 143) ; hSummers, Pearson, Mills et Summers
(2005 ; n = 78) ; iWiesner et Innes (2010 ; n = 1230) ; sans précision au sujet des pratiques spécifiques jAït Razouk et
Bayad (2010 ; n = 388) ; Études inductives : k Birdthistle (2006 ; n = 121 ; n = 6) ; lCarroll, Marchington, Earnshaw et
Taylor (1999 ; n = 40) ; mCassell, Nadin, Gray et Clegg (2002 ; n = 100 ; n = 22) ; nGordon (2014 ; n = 17) ; oKitching
(2007 ; n = 1005 ; n = 50) ; pKitching (2008 ; n = 1005 ; n = 50) ; qMarlow et Patton (1993 ; n = 15) ; rMatlay (1999 ;
n = 540) ; sNeiswander et Bird (1990 ; n = 52) ; tSaini et Budhwar (2008 ; n = 2) ; uVirag et Albu (2014 ; n = 1).
Dans la colonne de droite figurent les études qui ont suivi une démarche inductive en vue
de découvrir ce que font les dirigeants de PME en matière de GRH. Elles mettent en lumière
la diversité des pratiques RH dans les PME en décrivant de façon détaillée les pratiques plus
informelles, en expliquant leur pertinence et en contextualisant leur utilisation.
Parmi les fonctions RH les plus étudiées figurent le recrutement (n = 14), la sélection (n = 10),
la formation (n = 15) ainsi que la rémunération (n = 14). Parmi ces études, trois ont porté
sur l’évolution des tendances en GRH dans les PME. Hornsby et Kuratko (2003) ainsi que
Wiesner et Innes (2010) ont analysé les pratiques RH sur une période de dix ans aux États-
Unis (1990-2000) et en Australie (1998-2008) respectivement. Les résultats ont montré que
quelques pratiques ont gagné en popularité (les tests psychométriques), alors que l’utilisa-
tion d’autres pratiques a régressé (détermination des objectifs de rendement). Aït Razouk
et Bayad (2010) ont suivi une démarche similaire auprès de PME françaises au cours de
la période 1998-2005. Leur étude a révélé une augmentation de la fréquence des pratiques
RH à haute performance (que nous verrons plus loin) ainsi qu’un recul des pratiques dites
administratives.
Les dix études hypothético-déductives utilisent des échantillons de PME comptant moins de
10 employés (n = 1h), moins de 100 employés (n = 2d,f ), moins de 250 employés (n = 6a,b,c,e,g,i),
ou moins de 500 employés (n = 1j) (les études apparaissent sous le tableau 3). Leurs résultats
109
sont généralement discordants. Par exemple, des études montrent que les descriptions
d’emploi seraient très largement utilisées dans les PME (d89,6 % ; i96,2 %), alors que d’autres
mettent en évidence le peu d’intérêt que suscite cette pratique (g21,7 % ; a42,9 %). La propor-
tion de PME qui utilisent les diverses pratiques de recrutement diffère également en fonction
de l’étude. C’est le cas, par exemple, du recrutement à l’aide du réseau de contacts person-
nels (bouche-à-oreille) (g54,6 % ; d83 %), du référencement d’employés (g26,6 % ; d86,8 %),
ou encore des candidatures spontanées (i52,7 % ; d82,6 %). Sur le plan de la sélection, les
résultats divergent, par exemple, en ce qui concerne l’entrevue individuelle (f50 % ; e92 %),
qu’elle soit structurée (d70 % ; i93,3 %) ou non structurée (i61,8 % ; d86,8 %). Le même constat
peut être dressé en ce qui concerne la formation. Les résultats montrent, par exemple, que la
formation sur le tas (learning by doing) est très rare dans les PME (c14,2 %), assez courantes
(g56,64 %) ou très répandues (i98,2 %). Dans la même veine, les résultats sont discordants en
ce qui concerne l’évaluation du rendement, la rémunération et les avantages sociaux.
Bref, en raison du nombre très limité d’études et de la divergence des résultats, il est dif-
ficile de dégager des tendances au sujet des pratiques RH utilisées dans les PME. Cela dit,
les résultats laissent penser que plusieurs pratiques d’une même fonction RH sont utilisées
simultanément et de façon complémentaire.
couteuses, plus flexibles et plus faciles à appliquer puisqu’elles n’exigeraient pas d’expertise
particulière (Birdthistle, 2006 ; Carroll et al., 1999 ; Kitching, 2007 ; Lockyer et Scholarios,
2007 ; Marlow et Patton, 1993). À cet égard, les études de cas qu’ont réalisées Carroll et al.
(1999) révèlent que les descriptions d’emploi sont peu utilisées dans les PME, car elles sont
trop rigides et inutiles puisque le contenu du travail est tenu pour « évident ». Cette concep-
tion partage des points communs avec la convention « arbitraire » (ou discrétionnaire) de
Pichault et Nizet (2013), laquelle est associée à un faible degré de formalisation et à une forte
spécificité des pratiques RH (p. 174).
Les études hypothético-déductives mettent en évidence la proportion de PME qui utilisent
un inventaire de pratiques RH prédéterminées. Ces études présentent cependant des résul-
tats discordants. Cela pourrait être attribuable à la diversité des échantillons, par exemple,
le pays dans lequel sont situées les PME ou leur taille (c’est-à-dire la proportion de petites et
moyennes entreprises dans l’échantillon). De plus, les données ont été collectées au cours de
périodes différentes. Par exemple, un certain nombre d’études s’appuient sur des données
collectées il y a plus de quinze ans (Benoît et Rousseau, 1990 ; Fabi, Garand et Pettersen,
1998 ; Heneman et Berkley, 1999 ; Hornsby et Kuratko, 2003 ; Lockyer et Scholarios, 2007).
D’ailleurs, une seule étude porte sur le recrutement en ligne ou l’usage des médias sociaux
(Wiesner et Innes, 2010).
La divergence des résultats pourrait être également liée aux limites méthodologiques que
présentent les études. D’une part, plusieurs chercheurs ont étudié de petits échantillons,
dont le degré de représentativité semble relativement faible, c’est le cas notamment de
Benoît et Rousseau (1990 ; n = 21), Fabi, Garand et Pettersen (1998 ; n = 12), et Lockyer et
Scholarios (2007 ; n = 54). D’autre part, les données ont été collectées à l’aide d’instruments
qui mesurent des réalités différentes selon l’étude : la présence, la fréquence d’utilisation
ou la primauté de la pratique. Par exemple, pour mesurer si une pratique était utilisée, les
participants devaient répondre par l’affirmative ou la négative (Heneman et Berkley, 1999 ;
Hornsby et Kuratko, 2003), indiquer à quelle fréquence l’activité était réalisée (Benoît et
Rousseau, 1990), ou encore choisir la pratique la plus souvent utilisée parmi une liste de
pratiques (Hargis et Bradley, 2011).
De plus, comme le rapportent Cassell et al. (2002), les dirigeants de PME ne sont pas néces-
sairement familiers avec les vocables utilisés dans les sondages pour évoquer les diverses
pratiques RH, ce qui menacerait la qualité des données collectées. Dans la même veine,
Kitching (2007) souligne que les instruments de mesure relatifs à la formation sont « inca-
pables de détecter la quantité et la qualité des pratiques d’apprentissage et de formation »
(p. 54) parce que les dirigeants de PME ont tendance à interpréter la notion de « formation
offerte aux employés » comme de la formation formelle. Par conséquent, leurs réponses ne
refléteraient pas fidèlement ce qu’ils font pour développer les compétences de leurs employés.
Les études hypothético-déductives nous renseignent sur l’utilisation d’un certain nombre
de pratiques présélectionnées. Elles ne permettent toutefois pas de découvrir les pratiques
plus typiques des PME. À ce sujet, les études inductives mettent en lumière certaines pra-
tiques innovantes comme l’autoévaluation des besoins de formation, des pratiques de re-
connaissances non monétaires et des pratiques d’aménagement flexible du travail. Cela dit,
relativement peu d’études inductives ont été réalisées concernant les pratiques RH, excep-
tion faite de la formation.
111
4.2.3. Études comparatives : PME et grandes entreprises
Les études comparatives (n = 19) visent à faire ressortir le caractère distinctif des pratiques
RH dans les PME en les comparant aux pratiques des grandes entreprises (GE). La plupart
des études comparatives s’inscrivent dans une démarche hypothético-déductive (n = 16)
employant un devis corrélationnel à coupe transversale dans lequel les données quantita-
tives ont été collectées à l’aide d’un questionnaire (Annexe 1).
Comme le montre le tableau 4, chacune des pratiques RH a été peu étudiée. En effet, les
études ont produit dans l’ensemble 74 résultats qui concernent 40 pratiques RH. Parmi ces
pratiques, 19 ont fait l’objet d’une seule étude (48 %) et 11 ont été observées dans le cadre de
seulement 2 études (28 %). Les études reposent sur des échantillons de PME et de GE où les
PME sont des entreprises comptant moins de 100 employés (n = 4c,l,m,p), moins de 250 em-
ployés (n = 6a,e,h,n,q,s) ou moins de 500 employés (n = 9b,d,f,g,i,j,k,o,r) (les études apparaissent sous
le tableau 4).
Les résultats sont généralement cohérents pour les fonctions RH suivantes : l’accueil (n = 3),
la formation (n = 6), l’organisation du travail (n = 5), les relations de travail et la protection
des droits des travailleurs (n = 5). Ces résultats révèlent surtout des différences entre les PME
et les GE. Par exemple, comparativement aux GE, les PME sont moins nombreuses propor-
tionnellement à avoir une politique écrite de formation.
Les résultats sont moins cohérents en ce qui a trait aux pratiques de recrutement (n = 5), de
sélection (n = 6) et de rémunération (n = 6). Les incohérences ne semblent pas attribuables à
la taille des échantillons ou à la taille des entreprises qu’ils renferment. En effet, des résultats
contradictoires sont ressortis pour des échantillons de PME comparables. De plus, toutes les
études qui ont fait ressortir des similitudes entre les PME et les GE mettent également en
évidence des différences pour un certain nombre de pratiques RH. Ceci dit, il semble que
les PME utilisent davantage de pratiques informelles, notamment pour recruter (bouche-à-
oreille) et sélectionner leur personnel (usage plus restreint de tests de sélection).
Tableau 4. Les pratiques RH dans les PME et dans les grandes entreprises (GE)
113
Fonctions RH Pratiques RH +GE +PME Similitude
Évaluation Présence de pratiques formelles d’évaluation du c s
du rendement rendement
(n = 4) Présence d’un processus formel de gestion s
disciplinaire
Importance accordée à l’évaluation du i, k
rendement
Rémunération Importance accordée à la compétitivité du i, k
(n = 6) salaire et à la rémunération au rendement
Offre de bonus – individuels et collectifs c, m s
Régime de participation aux bénéfices, régime d, m s
d’actionnariat
Relations de Présence d’une procédure de griefs, présence c, m, s
travail et protec. d’un syndicat
des droits (n = 5) Présence d’une politique et d’un comité de c
santé et sécurité
Présence d’une politique contre la g, j
discrimination
Autres (n = 2) Degré de formalisation des pratiques n, o
Proportion supérieure de PME : (+PME) ; proportion supérieure de grandes entreprises (+GE) ; aucune différence
de proportions (n.s.). aBanks, Bures et Champion (1987 ; n = 76) ; bBarber, Wesson, Roberson et Taylor (1999 ;
n = 303) ; cBartram (2005 ; n = 966) ; dBrillet (2000 ; n = 89) ; eCastany (2010 ; n1 = 1515 ; n2 = 1505) ; f Darrag,
Mohamed et Aziz (2010 ; n = 55) ; gDay et Greene (2008 ; n = 1007) ; hDe Kok (2002 ; n = 173) ; iDeshpande et Golhar
(1994 ; n = 100 ) ; jFranklin, Gresham et Fontenot (1992 ; n = 137) ; kGolhar et Deshpande (1997 ; n = 143) ; lGray
et Mabey (2005 ; n = 392) ; mMacMahon (1996 ; n = 175) ; nMatlay (1999 ; n = 6000) ; oStorey, Saridakis, Sen-Gupta,
Edwards et Blackburn (2010 ; n = 24 451) ; pTanova (2003 ; n = 68) ; qTanova et Nadiri (2005 ; n = 258) ; rTansel et
Gazîoglu (2014 ; n = 28 240) ; sTsai (2010 ; n = 24).
Deuxièmement, la fréquence avec laquelle les pratiques RH sont appliquées ne traduit pas
fidèlement la notion d’utilisation lorsque les besoins sont sporadiques. Par exemple, dans la
mesure où le nombre de démissions parmi les employés est faible, il n’y aurait pas de pra-
tiques régulièrement utilisées pour embaucher de nouvelles recrues. Dans le même ordre
d’idées, une PME pourrait fréquemment utiliser une pratique pour une catégorie de person-
nel tandis qu’elle en userait plus rarement pour une autre, ce qui pourrait être globalement
considéré comme une utilisation occasionnelle (cet aspect a été considéré par les auteurs
suivants : Brillet, 2000 ; Castany, 2010 ; Darrag, Mohamed et Aziz, 2010 ; Tanova et Nadiri,
2005).
Rappelons par ailleurs que la plupart des études ont suivi une démarche hypothético-
déductive consistant à vérifier la présence de différences concernant un certain nombre de
pratiques présélectionnées, le plus souvent des pratiques en usage dans les GE. Jusqu’à pré-
sent, les chercheurs se sont peu penchés sur les pratiques plus typiques des PME.
En vue de faire progresser les connaissances au sujet du caractère distinctif de la GRH dans
les PME, il semble important de développer des instruments qui permettent de mesurer
correctement ce que font les dirigeants de PME en matière de GRH. À partir des résultats
d’études inductives, il serait pertinent de dégager des indicateurs de pratiques RH qui me-
surent les activités effectuées habituellement dans un contexte donné, et ce, pour une caté-
gorie de personnel en particulier. En posant par exemple la question suivante : « Lorsque
vous sélectionnez un candidat pour un poste de production, utilisez-vous habituellement
des tests d’habiletés ? »
115
le tableau 5). De plus, un grand nombre de chercheurs a utilisé un indice global des pratiques
RH (n = 25), représentant souvent l’addition des pratiques RH mises en œuvre.
Un grand nombre d’études a porté sur plus d’une fonction RH ou sur l’effet de plusieurs
déterminants. Ainsi, 133 types de relations « déterminant – fonction RH » ont été observés
(Tableau 5). Parmi ces types de relations, près des deux tiers ont fait l’objet d’une seule étude
(40 %) ou de seulement deux études (24 %). De plus, lorsqu’ils ont été plus largement étudiés,
ces types de relations « déterminant – fonction RH » ont porté sur diverses pratiques d’une
même fonction RH. Par exemple, les résultats concernant l’influence de la taille des PME sur
les pratiques de rémunération concernent l’adoption de diverses pratiques de détermination
des salaires, de divers régimes de rémunération variable et régimes d’avantages sociaux. Par
conséquent, les résultats sont souvent uniques en ce qui concerne l’effet d’un déterminant
sur une pratique RH spécifique. La diversité des pratiques étudiées explique notamment la
divergence des résultats obtenus (80 cellules présentent plus d’un résultat de recherche ; pour
54 d’entre elles, soit 68 %, les résultats sont contradictoires).
En ce qui concerne les déterminants, la taille des PME constitue la variable la plus étudiée
(n = 23). La stratégie poursuivie (n = 16), le secteur d’activité économique (n = 15) et le style
de gestion du dirigeant (n = 16) ont également fait l’objet de nombreuses études.
Les facteurs de l’environnement externe. Peu d’études ont porté sur les facteurs de l’envi-
ronnement externe, à l’exception du secteur d’activité économique. Les résultats obtenus
sont généralement contradictoires. Comme nous l’avons mentionné, cela s’explique notam-
ment par la diversité des pratiques qui ont été étudiées pour une même fonction RH. Par
exemple, en ce qui concerne la formation, le secteur d’activité est lié au type de formation
(Thassanabanjong, Miller et Marchant, 2008, n = 438, PME<100 ; Wu, Bacon et Hoque,
2014, n = 229, PME<50), mais non à l’indice global de formation (De Kok et Uhlaner, 2001,
n = 16, PME<50) ou aux dépenses de formation (Loan-Clarke, Boocock et Smith, 1999,
n = 551, PME<250).
Les caractéristiques des PME. La taille et la stratégie de croissance sont les deux caractéris-
tiques des PME qui ont reçu le plus d’attention. Les études sur le sujet reposent généralement
sur l’hypothèse qu’une augmentation de l’effectif – traduisant une complexité des proces-
sus – entraîne des problèmes de coordination et de contrôle. Sous cet angle, le choix de
pratiques RH particulières constituerait une réponse aux besoins d’adaptation structurelle.
En ce qui concerne la stratégie, les résultats des études montrent qu’elle est associée à l’adop-
tion de pratiques de rémunération, par exemple, l’attribution d’augmentations de salaire et
la mise en œuvre de régimes de rémunération variable (Barrett et Mayson, 2007, n = 600,
PME<50), ou de régimes d’avantages sociaux (Wagar, 1998, n = 991, PME<500).
Principales fonctions RH
étudiées (sauf SIGRH)
Déterminants ê
Planification des
RH (n = 5)
Description/
analyse de poste
(n = 7)
Expertise en RH
(n = 7)
Recrutement
(n = 7)
Sélection (n = 10)
Accueil et
intégration (n = 6)
Formation et
développement
(n = 27)
Organisation du
travail (n = 12)
Évaluation
du rendement
(n = 12)
Rémunération
(n = 14)
Rapports coll. et
protection des
trav. (n = 10)
Indice global de
GRH (n = 25)
117
Geneviève ROBERT-HUOT et Julie CLOUTIER
La gestion des ressources humaines dans les PME : une analyse systématique de la littérature
Principales fonctions RH
étudiées (sauf SIGRH)
Déterminants ê
Planification des
RH (n = 5)
Description/
analyse de poste
(n = 7)
Expertise en RH
(n = 7)
Recrutement
(n = 7)
Sélection (n = 10)
Accueil et
intégration (n = 6)
Formation et
développement
(n = 27)
Organisation du
travail (n = 12)
Évaluation
du rendement
(n = 12)
Rémunération
(n = 14)
Rapports coll. et
protection des
trav. (n = 10)
Indice global de
GRH (n = 25)
Structure, technologie,
R R R/n.s. n.s.2 IR3/n.s R/n.s.∆2 R/n.s. R2 /n.s. R/n.s. IR
innovation (n = 9)
R6∆2
Taille de la PME (n = 23) R R∆/n.s.2 R5/∆ R2 /n.s. R2 /∆n.s. R2 R9/∆ n.s. R6/∆ R5/n.s.2 R3/∆ IR7
/n.s.2
(R) relation statistiquement significative entre un déterminant et l’adoption d’une pratique RH ; (n.s.) relation non statistiquement significative ; (I) relation mise au jour
(étude inductive) ; (∆) résultats contradictoires rapportés pour plus d’une pratique RH dans une même étude ; l’exposant représente le nombre d’études lorsqu’il est supé-
rieur à 1.
La gestion des ressources humaines dans les PME : une analyse systématique de la littérature
En ce qui concerne l’effet de la taille des PME, les résultats des études sont contradictoires
pour la plupart des fonctions RH (à l’exception de la formation et de l’organisation du tra-
vail, lesquelles présentent des résultats plus cohérents).
Le niveau de qualification des employés et le nombre d’années de fonctionnement seraient
liés à l’usage que font les PME des diverses pratiques de rémunération. Ces variables influen-
ceraient également le choix des pratiques de sélection. Par exemple, Bacon et Hoque (2005)
ont montré que la proportion d’emplois hautement qualifiés au sein des PME était un facteur
déterminant de l’utilisation de tests de personnalité et de l’adoption de régimes de rémuné-
ration variable.
Globalement, les résultats font ressortir que plusieurs caractéristiques des PME sont asso-
ciées à l’adoption de pratiques de formation et de développement (niveau de qualification,
plan d’affaires, ressources financières, stratégie, taille, type d’entreprise). Selon certaines
études inductives, les dirigeants de PME seraient peu enclins à utiliser des pratiques for-
melles de formation en raison : 1) de leur coût important, 2) des pertes de temps qu’elles
entraînent, 3) de l’absence de personnes responsables pour les gérer et, 4) de l’impossibilité
de remplacer les employés en formation afin de poursuivre la production (Barrett, 2015 ;
Keogh, Mulvie et Cooper, 2005 ; Kitching 2007, 2008 ; Susomrith et Coetzer, 2015).
Les caractéristiques des dirigeants de PME. Les résultats sont plutôt concordants lorsqu’il
est question du style de gestion des dirigeants de PME. Les études révèlent ainsi que la philo-
sophie de gestion des dirigeants, et plus précisément leurs valeurs relatives à la participation
(Wagar, 1998) et leur style de leadership (Jung et Takeuchi, 2010), contribue à expliquer leur
motivation à utiliser certaines pratiques RH plutôt que d’autres.
Indice global de pratiques RH (n = 25). Plusieurs études ont porté sur les facteurs qui ex-
pliquent l’adoption de systèmes de pratiques RH, par exemple, les systèmes RH à haute per-
formance, les systèmes de gestion stratégique (Aït Razouk et Bayad, 2010), et les systèmes de
pratiques professionnelles (De Kok, Uhlaner et Thurik, 2006). De façon générale, les résul-
tats montrent que les diverses caractéristiques des PME et le style de gestion du dirigeant
influencent l’adoption de ces systèmes.
119
(pratiques formelles de recrutement, tests de sélection, programme formel d’orientation,
processus formel de communication, processus formel d’évaluation du rendement, pra-
tiques formelles de formation). Par conséquent, les résultats de la plupart des études mettent
en lumière les déterminants de la formalisation des pratiques, plutôt que de l’utilisation de
pratiques RH (qu’elles soient formelles ou informelles).
Finalement, considérant la démarche hypothético-déductive des études répertoriées, les
chercheurs ont sélectionné un certain nombre de facteurs explicatifs « objectifs » (la taille,
l’industrie, la stratégie) et vérifié leur relation avec les pratiques RH mises en œuvre. Peu de
chercheurs se sont attachés à explorer la pensée des dirigeants de PME de manière à décou-
vrir les logiques qui soutiennent leurs décisions sur le plan de la GRH.
pratiques (interne, externe, formelle, informelle). L’effet des pratiques de soutien à la for-
mation a également fait l’objet de quelques études (De Kok, 2002 ; Ubeda-García, Marco-
Lajara, Sabater-Sempere et García-Lillo, 2013 ; O’Regan, Stainer et Sims, 2010).
Sur le plan de la rémunération, les études répertoriées portent sur des types diversifiés de
rémunérations5 : le salaire (compétitivité, équité, gel) (n = 7), la rémunération variable (indi-
viduelle, collective) (n = 10), la rémunération non monétaire (n = 2), et les avantages sociaux
(congés, sécurité d’emploi, régimes de retraite, régimes d’assurance maladie) (n = 4). Par ail-
leurs, on a surtout étudié l’effet des pratiques formelles de recrutement et de sélection6 (à une
exception : Heneman et Berkley, 1999), ainsi que les conséquences associées à la présence ou
à l’étendue d’un processus formel d’évaluation du rendement7. Les études concernant l’orga-
nisation du travail8 ont porté sur l’aménagement des tâches (autonomie, enrichissement,
participation aux décisions). Une seule étude a été consacrée aux conséquences qu’entraîne
l’aménagement du temps et du lieu de travail.
n = 816) ; Curado et Teixeira (2014 ; n = 45 employés) ; de Grip et Sieben (2005 ; n = 549) ; De Kok
(2002 ; n = 46) ; Faems, Sels, De Winne et Maes (2005 ; n = 416) ; Huang (2001 ; n = 144) ; Jayawarna,
Macpherson et Wilson (2007 ; n = 198) ; King-Kauanui, Ngoc et Ashley-Colteur (2006 ; n = 200) ;
Lacoursière, Fabi, St-Pierre et Arcand (2005 ; n = 233) ; Nguyen et Bryant (2004 ; n = 89) ; O’Regan,
Stainer et Sims (2010 ; n = 134) ; Ojokuku, Sajuyigbe et Ogunwoye (2014 ; n = 71) ; Paradas (1998 ;
n = 180) ; Roman, Ruiz et Munuera (2002 ; n = 202) ; Rosli et Mahmood (2013 ; n = 284) ; Teck-Hong et
Yong-Kean (2012 ; n = 150 employés) ; Ubeda-García, Marco-Lajara, Sabater-Sempere et García-Lillo
(2013 ; n = 112) ; Wood (2006 ; n = 597).
5 Altinay, Altinay et Gannon (2008 ; n = 196) ; Appelbaum et Kamal (2000 ; n = 33) ; Bamberger,
Bacharach et Dyer (1989 ; n = 35) ; Carlson, Upton et Seaman (2006 ; n = 168) ; Chelius et Smith (1990 ;
n = 4000) ; De Grip et Sieben (2005 ; n = 549) ; Faems et al. (2005 ; n = 416) ; Heneman et Berkley
(1999 ; n = 117) ; Kasturi, Orlov et Roufagalas (2006 ; n = 37) ; King-Kauanui, Ngoc et Ashley-Colteur
(2006 ; n = 200) ; Lacoursière et al. (2005 ; n = 233) ; Muse, Rutherford, Oswald et Raymond (2005 ;
n = n.d.) ; Ojokuku, Sajuyigbe et Ogunwoye (2014 ; n = 71) ; Rosli et Mahmood (2013 ; n = 284) ; Tan,
Smyrnios et Xiong (2014 ; n = 253) ; Ugheoke, Isa et Noor (2014 ; n = 112) ; Whyman et Petrescu (2015 ;
n = 135).
6 Altinay, Altinay et Gannon (2008 ; n = 196) ; Faems et al. (2005 ; n = 416) ; Heneman et Berkley
(1999 ; n = 117) ; Lacoursière et al. (2005 ; n = 233) ; Nguyen et Bryant (2004 ; n = 89) ; Ojokuku,
Sajuyigbe et Ogunwoye (2014 ; n = 71).
7 Carlson, Upton et Seaman (2006 ; n = 168) ; De Grip et Sieben (2005 ; n = 549) ; Faems et al.
(2005 ; n = 416) ; Jung et Takeuchi (2010 ; n = 225) ; King-Kauanui, Ngoc et Ashley-Colteur (2006 ;
n = 200) ; Lacoursière et al. (2005 ; n = 233) ; Nguyen et Bryant (2004 ; n = 89) ; Ojokuku, Sajuyigbe et
Ogunwoye (2014 ; n = 71).
8 Appelbaum et Kamal (2000 ; n = 33) ; Bamberger, Bacharach et Dyer (1989 ; n = 35) ; Barel, Dion
et Fremeaux (2010 ; n = 17 138 employés) ; Faems et al. (2005 ; n = 416) ; Kasturi, Orlov et Roufagalas
(2006 ; n = 37) ; Lacoursière et al. (2005 ; n = 233) ; Whyman et Petrescu (2015 ; n = 135).
121
Figure 1. La contribution des pratiques RH à la performance des entreprises
9 Allen, Ericksen et Collins (2013 ; n = 215) ; Chadwick, Way, Kerr et Thacker (2013 ; n = 96) ;
Fabi, Lacoursière, Raymond et St-Pierre (2010 ; n = 182) ; Hooi et Ngui (2014 ; n = 286) ; Katou (2012 ;
n = 197) ; Kaya (2006 ; n = 124) ; Klaas, Semadeni, Klimchak et Ward (2012 ; n = 294) ; Messersmith et
Wales (2013 ; n = 119) ; Patel, Messermisth et Lepak (2013 ; n = 215) ; Patel et Cardon (2010 ; n = 145) ;
Sels, de Winne, Maes, Delmotte, Faems et Forrier (2006 ; n = 416) ; Seong (2011 ; n = 162) ; Sheehan
(2014 ; n = 336) ; Teo, Le Clerc et Galang (2011 ; n = 104) ; Teo, Kristal Kira et Ly (2014 ; n = 165) ; Thach
123
Nous avons également identifié quatre études qui concernent des systèmes de pratiques RH
de différentes natures, par exemple des systèmes de développement des compétences (de
Grip et Sieben, 2009), des systèmes de participation (aux décisions, aux profits ; Hayton,
2003), ou encore des systèmes axés sur la satisfaction et le bien-être (Georgiadis et Pitelis,
2012 ; Zheng, Morrison et Neill, 2006). Trois études portent sur la relation entre la formali-
sation des systèmes de pratiques RH et la performance des PME (Dekker, Lybaert, Steijvers
et Depaire, 2015 ; Hayton, 2003 ; Saridakis, Muñoz Torres et Johnstone, 2013).
Les systèmes RH à haute performance (n = 22). Les systèmes de pratiques RH à haute
performance (high-performance work practices) consistent en un ensemble de pratiques qui
visent à optimiser, simultanément, la motivation des employés, leurs compétences, ainsi que
les occasions d’exercer leurs compétences en vue d’offrir un rendement supérieur (Wright
et Boswell, 2002 ; Huselid, 1995 ; Pfeffer, 1998). Il s’agit, par exemple, de recruter et de sé-
lectionner les meilleurs candidats, d’offrir une formation continue et de la rémunération
variable, de favoriser une relation d’emploi à long terme grâce à la sécurité d’emploi et à une
politique de promotions, d’élargir les occasions de contribuer à la performance de l’organi-
sation (communication, consultation, participation, etc.) (Bamberger et Meshoulam, 2000 ;
Huselid, 1995 ; Pfeffer, 1998). Parmi les études recensées, la performance opérationnelle
(n = 15) et la performance organisationnelle (n = 11) ont retenu davantage l’attention que
la performance financière (n = 6). Les études utilisent des échantillons de PME comptant
moins de 50 employés (n = 2), moins de 100 employés (n = 7), moins de 250 employés (n = 8)
et moins de 500 employés (n = 5).
Sur le plan de la performance opérationnelle, les études font ressortir les effets positifs que
produisent les systèmes de pratiques sur les attitudes et les comportements des employés,
par exemple, l’implication au travail (Allen, Ericksen et Collins, 2013). Les résultats di-
vergent toutefois en ce qui concerne le roulement de personnel (n = 6) (Allen, Ericksen et
Collins, 2013 ; Sels et al., 2006 ; Wu et al., 2015) et la productivité du travail (n = 6) (Patel,
Messermisth et Lepak, 2013 ; Sels et al., 2006 ; Teo, Le Clerc et Galang, 2011). Une explica-
tion possible réside dans le degré de cohérence externe des systèmes de pratiques RH (taille,
stratégie d’affaires, culture organisationnelle, et l’intensité du capital ; Chadwick et al., 2013 ;
Patel et Cardon, 2010 ; Wu et al., 2015). Les résultats divergent même pour des échantillons
constitués de PME de taille semblable.
En ce qui a trait à la performance organisationnelle, les résultats présentent généralement
des effets positifs, que ce soit pour les ventes et les revenus (n = 5) (Allen, Ericksen et Collins,
2013 ; Messersmith et Wales, 2013) ou pour l’innovation (n = 4) (Sheehan, 2014 ; Yu, 2010 ;
Zhang et Jia, 2010). Dans la même veine, les systèmes de pratiques sont généralement asso-
ciés positivement aux profits (n = 3) (Fabi et al., 2010 ; Sels et al., 2006 ; Seong, 2011), mais les
résultats sont contradictoires en ce qui concerne les autres mesures de performance finan-
cière (n = 5) (Sels et al., 2006 ; Way, 2002 ; Wu et al., 2015). La divergence des résultats ne
semble pas liée à la taille des PME étudiées, mais plutôt à la diversité des indicateurs de
performance utilisés.
et Kidwell (2009 ; n = 94) ; Wagar et Rondeau (2006 ; n = 323) ; Way (2002 ; n = 446) ; Wu, Hoque,
Bacon et Llusar (2015 ; n = 554) ; Yu (2010 ; n = 172) ; Zhang et Jia (2010 ; n = 139) ; Zhang, Wan et Jia
(2008 ; n = 139).
125
PME. Compte tenu de la variabilité de l’indice global, les effets positifs observés semblent
signifier qu’il suffit d’ajouter des pratiques RH pour obtenir une performance supérieure.
Cela remet en question la synergie que l’on attribue à la cohérence des pratiques.
Comprendre l’effet des pratiques RH sur la performance des PME. Le processus par lequel
les pratiques RH influencent la performance des PME a peu retenu l’attention jusqu’à main-
tenant. Seulement deux études ont été consacrées à l’effet indirect des pratiques RH sur
la performance financière des PME à travers la performance opérationnelle (Faems et al.,
2005 ; Sels et al., 2006). Et leurs résultats sont contradictoires. Une attention particulière
devrait être portée aux logiques qui soutiennent les effets des pratiques RH en tenant compte
des caractéristiques spécifiques des PME, notamment sur le plan de l’organisation du travail
et des relations interpersonnelles. En effet, ces caractéristiques déterminent les pratiques
RH pertinentes qui permettent d’assurer la double compatibilité (fit) travailleur-employeur
(Figure 1). À ce jour, peu d’études inductives ont été réalisées sur le sujet et peu d’études
hypothético-déductives ont tenu compte du contexte en utilisant des variables modératrices.
Il semble également important de s’intéresser au coût des pratiques RH mises en œuvre dans
les PME et leurs effets sur performance financière.
à-oreille, après avoir expérimenté sans succès d’autres avenues, dans un secteur marqué par
une pénurie de main-d’œuvre.
Changements de l’environnement interne. Un certain nombre d’études portent sur la ma-
nière, dont la croissance des PME est liée à l’adoption de nouvelles pratiques RH. Celles-ci
seraient mises en place pour répondre au besoin de structuration qu’imposent les change-
ments apportés à l’organisation du travail à la suite de la croissance ou de l’hypercroissance
des PME (Defélix et Retour, 2003 ; Grimand, 2013 ; Marlow, Taylor et Thompson, 2010).
De façon plus précise, l’augmentation des effectifs et la volonté d’optimiser le système de
production entraîneraient une réorganisation qui se traduirait par une division accrue du
travail, une standardisation des procédures de travail et l’embauche de cadres de premier
niveau, ce qui concourrait alors à la redéfinition des pratiques RH et à leur formalisation
(Defélix et Retour, 2003 ; Grimand, 2013 ; Marlow, Taylor et Thompson, 2010). Des PME en
viennent, par exemple, à rédiger des descriptions d’emploi, à élaborer des profils de compé-
tences, à adopter des politiques formelles de formation, et à offrir des régimes de rémunéra-
tion collective (Defélix et Retour, 2003 ; Grimand, 2013).
Négociation et dynamiques sociales. Les dynamiques sociales en milieu de travail en-
traîneraient la modification des pratiques RH. Celles-ci s’inscriraient notamment dans la
« gestion des paradoxes », à savoir la conciliation des aspects contradictoires d’un processus
(Grimand, 2013). Le changement des pratiques permettrait de réduire les tensions liées à
la croissance des PME et à la nécessité de structurer le rôle des superviseurs, par exemple :
1) mieux faire ce que l’on fait déjà (exploitation/routine/stabilité) ou le faire autrement (ex-
ploration/créativité/changement) ; 2) exercer un contrôle ou satisfaire le besoin d’autono-
mie, 3) maximiser la performance à court terme ou optimiser la performance à long terme.
Comme le soulignent Defélix et Retour (2003) ainsi que Grimand (2013), le degré variable de
formalisation des pratiques RH reflèterait l’intensité des tensions (degré de divergence des
intérêts) et le pouvoir de négociation des acteurs suivant un processus d’apprentissage par
expérimentation.
Les résultats de l’étude de Grimand (2013) révèlent que le degré de formalisation des pra-
tiques RH varie également selon la fonction RH qu’elles concernent. Ces fonctions peuvent
ainsi être associées, à divers degrés, à une convention arbitraire (ou discrétionnaire) (absence
de règles formelles, décisions fondées sur le jugement), une convention objectivante (règles
et critères décisionnels standardisés) ou une convention individualisante (règles et critères
décisionnels adaptés à la catégorie de personnel) (Pichault et Nizet, 2013). De surcroît,
l’étude de Marlow, Taylor et Thompson (2010) a montré que le degré de formalisation variait
d’une pratique à l’autre, et ce, pour une même fonction RH. Par exemple, le recrutement peut
être effectué simultanément par des annonces dans les journaux et par le bouche-à-oreille.
127
processus d’apprentissage fondé sur l’expérimentation, le partage d’expertise et la négocia-
tion.
L’étude des pratiques RH comme objet du changement consiste généralement à analyser
leur degré de formalisation. En effet, la plupart des chercheurs ont étudié les pratiques RH
en se focalisant principalement sur la rédaction de documents officiels et la mise en œuvre
systématique des pratiques. Or, selon Harney et Dundon (2006), le degré de formalisation
des pratiques RH n’est pas révélateur de leur nature : de ce que font les dirigeants de PME
en matière de GRH.
La question de la perspective épistémologique mérite également d’être posée. Pour produire
des connaissances concernant le changement des pratiques RH, il semble pertinent d’adop-
ter une perspective interprétativiste qui permet d’explorer la pensée des dirigeants et de
comprendre de quelle manière ils interprètent les événements et prennent leurs décisions.
L’objectif de cette étude consistait à dresser un bilan des connaissances au sujet de la GRH
dans les PME. Les 167 études répertoriées ont été classées selon qu’elles portent sur : 1) les
pratiques RH utilisées dans les PME ; 2) les différences entre les pratiques RH des PME et
celles des GE ; 3) les déterminants de l’adoption des pratiques RH dans les PME ; 4) l’effet
des pratiques RH sur la performance des PME ; 5) les processus par lesquels les pratiques RH
sont modifiées. Bien que l’on retrace les premières études sur la GRH dans les PME au début
des années quatre-vingt-dix, force est de constater l’état embryonnaire des connaissances
produites, ce qui explique les difficultés à tirer des conclusions. De façon générale, peu
d’études portent sur les mêmes pratiques RH et les résultats sont discordants. De plus, les
études ont surtout porté sur les pratiques formelles communément utilisées dans les grandes
entreprises. Les pratiques plus typiques des PME ont moins retenu l’attention.
Quelles sont les pratiques RH utilisées dans les PME ? Il serait prématuré d’esquisser le por-
trait de ce que font les dirigeants de PME en matière de GRH. En effet, une même pratique
RH est tantôt utilisée dans une faible proportion des PME, tantôt répandue à grande échelle.
Dans la même veine, nous avons acquis peu de certitudes en ce qui concerne le caractère
distinctif des pratiques RH dans les PME. Les études ont surtout porté sur l’utilisation de
pratiques RH formelles. Or, le caractère formel des pratiques renseigne peu sur la manière,
dont la GRH est pratiquée. Par exemple, l’absence de politique officielle concernant les entre-
tiens d’embauche ne signifie pas que ces entretiens n’ont pas lieu.
Pourquoi les dirigeants de PME adoptent-ils certaines pratiques RH plutôt que d’autres ?
Les études réalisées jusqu’à maintenant ne permettent pas de répondre de manière probante
à cette question. À l’exception de la formation et de la rémunération, les diverses fonctions
RH ont été relativement peu étudiées. Les résultats laissent toutefois penser que des détermi-
nants différents influencent l’adoption des pratiques (formelles) d’une même fonction RH. Il
semble toutefois que le style de gestion des dirigeants soit associé au choix des pratiques RH.
Cela dit, les résultats obtenus concernent généralement l’adoption de pratiques RH formelles
et non l’utilisation proprement dite de pratiques RH. Par conséquent, les résultats, dont on
dispose, portent le plus souvent sur les déterminants de la formalisation des pratiques RH.
De plus, on s’est généralement penché sur les facteurs explicatifs « objectifs » (la taille,
l’industrie, la stratégie). Il semble intéressant de reprendre les hypothèses avancées par les
chercheurs (la complexité des processus, les problèmes de coordination et de contrôle, le
manque de ressources) et de les vérifier directement plutôt que d’utiliser des variables proxy
comme la taille ou l’âge des PME. De plus, des efforts de recherche devraient viser à décou-
vrir les représentations des dirigeants afin de mettre en lumière l’interprétation qu’ils font
de leur environnement et le processus de prise de décision qui guide leurs actions en matière
de GRH. Il pourrait être question, par exemple, de leurs objectifs sur le plan de la perfor-
mance financière et sociale, de leurs représentations des besoins et des préférences de leurs
employés, de leurs croyances au sujet des ressources et des contraintes, de ce qu’ils pensent
de l’efficacité des diverses pratiques RH et leur rapport coûts-bénéfices.
Quels sont les effets que produisent les pratiques RH sur la performance des PME ? On en
sait encore peu sur le sujet notamment en raison de la diversité des pratiques étudiées et de
la variabilité des indicateurs de performance retenus. Notons encore ici que l’on s’est surtout
attardé aux conséquences des pratiques RH formelles (pratiques formelles de recrutement et
sélection, processus formel d’évaluation du rendement). En ce qui a trait aux indicateurs de
performance, l’attraction et l’absentéisme mériteraient davantage d’attention. Par ailleurs,
le processus à travers lequel les pratiques RH agissent sur la performance des PME reste
un terrain de recherche à peine défriché. Une meilleure compréhension des logiques qui
expliquent les effets des pratiques RH permettrait de tenir compte des spécificités des PME
(notamment par l’introduction de variables modératrices) et de faire la lumière sur l’inco-
hérence des résultats obtenus jusqu’à présent.
Les études portant sur l’effet des systèmes de pratique RH doivent être interprétées avec pru-
dence, en raison des limites méthodologiques que présentent les instruments de mesure uti-
lisés (diversité des indices globaux de systèmes RH). Soulignons également que ces résultats
concernent surtout les pratiques formelles et les systèmes de pratiques RH communément
utilisés dans les grandes entreprises. Dans la poursuite des recherches, il serait judicieux de
vérifier l’effet des systèmes de pratiques RH en portant une attention spéciale à leur degré de
cohérence avec les spécificités des PME.
Comment les pratiques RH des PME sont-elles modifiées ou remplacées ? Cette question
a donné lieu à très peu de recherches jusqu’à présent, de sorte que nous disposons de peu
de connaissances sur le sujet. Les études que nous avons répertoriées ont surtout abordé le
changement des pratiques RH sous l’angle de leur formalisation, c’est-à-dire le processus par
lequel les dirigeants de PME formalisent leurs pratiques RH pour résoudre des problèmes
RH (attraction, rétention, contrôle/motivation). Ce bilan des connaissances met en évidence
la nécessité de poursuivre la recherche sur la modification et le développement des pratiques
RH dans les PME, en mobilisant davantage les théories du changement et en s’intéressant
particulièrement à la manière, dont se transforment les « façons de faire » selon un para-
digme processuel ou phénoménologique.
129
5.2. Résultats discordants et limites méthodologiques
Notre analyse a mis en évidence la divergence des résultats, que ce soit en ce qui concerne
les pratiques, dont font usage les PME, les déterminants de leur adoption ou leur contri-
bution à la performance des PME. Premièrement, ces incohérences semblent partiellement
attribuables à la diversité des pratiques et des aspects étudiés. Par exemple, les pratiques
de formation ont été analysées sous l’angle de l’offre de formation, du type, du nombre, de
l’investissement et de la durée de la formation. Compte tenu du nombre limité d’études, les
résultats concernant chacun des aspects sont souvent uniques et la synthèse des résultats est
susceptible de faire ressortir des résultats contradictoires.
Deuxièmement, en ce qui concerne plus spécifiquement les conséquences des pratiques RH,
la discordance des résultats pourrait s’expliquer par la variabilité des indicateurs de perfor-
mance et par des effets d’interaction qui traduisent l’influence du contexte.
Troisièmement, les incohérences soulevées semblent attribuables aux limites méthodolo-
giques que présentent les études. D’une part, la représentativité des échantillons utilisés est
discutable pour plusieurs études. Au-delà du fait que plusieurs échantillons sont de taille
modeste, la sélection des entreprises pourrait entraîner des biais. La plupart des échantillons
ont été constitués uniquement en fonction de la taille des entreprises, sans égard à leur struc-
ture et à leur fonctionnement, lesquels participent à la définition des PME (Julien, 1990). Il
est donc possible que ces échantillons ne renferment pas uniquement des PME selon les cri-
tères qualitatifs. L’approche qualitative devrait être privilégiée dans les recherches futures.
Notons que notre étude souffre également de cette limite. Nous avons sélectionné les études
qui sont tenues, selon leurs auteurs, pour porter sur des PME sur la base du critère quanti-
tatif.
D’autre part, les instruments utilisés ne mesurent pas systématiquement l’utilisation de pra-
tiques RH (présence de pratiques formelles, degré de formalisation, fréquence, etc.). La fiabi-
lité des instruments a également été remise en question en raison de leur vocabulaire parfois
équivoque. En vue de faire progresser les connaissances, il semble important de développer
et de valider des instruments qui mesurent correctement les pratiques RH, c’est-à-dire ce
que font les dirigeants de PME en matière de GRH.
La plupart des études dénombrées suivent une démarche hypothético-déductive qui consiste
à vérifier des hypothèses de recherche formulées à partir des connaissances acquises au sujet
de la GRH dans les grandes entreprises. Les connaissances produites se limitent ainsi large-
ment aux pratiques empruntées aux grandes entreprises. On s’est ainsi peu intéressé aux pra-
tiques plus typiques des PME. Qui plus est, notre recension des écrits a fait ressortir l’intérêt
marqué que suscite la formalisation des pratiques RH. En effet, les études ont surtout porté
sur l’utilisation de pratiques RH formelles, leurs déterminants et leurs conséquences ainsi
que sur le processus de formalisation de ces pratiques. La question de la formalisation des
pratiques RH mérite donc d’être approfondie. Pourquoi étudier les pratiques RH en fonction
131
Annexe 1. Démarches, devis de recherche et techniques de collecte de données
(n = 16710)
10 Le total des études comprises dans chacun des tableaux est supérieur à 167 puisque plusieurs
études portent sur plus d’un aspect à la fois, par exemple, les déterminants et les conséquences.
133
CONSÉQUENCES DES PRATIQUES DE GRH EN PME (n = 70)
Démarche Devis Articles par technique de collecte de données
Hypothético- Coupe Quest. (n = 56) : Allen, Ericksen et Collins (2013) ;
déductive transversale Appelbaum et Kamal (2000) ; Atan, Raghavan et
(n = 60) (n = 58) Mahmood (2015) ; Bamberger, Bacharach et Dyer (1989) ;
Barel, Dion et Fremeaux (2010) ; Carlson, Upton et Seaman
(2006) ; Chadwick et al. (2013) ; Chelius et Smith (1990) ;
Chi, Wu et Lin (2008) ; De Grip et Sieben (2005) ; De Grip
et Sieben (2009) ; De Kok (2002) ; Dekker et al. (2015) ;
Fabi et al. (2010) ; Faems et al. (2005) ; Georgiadis et Pitelis
(2012) ; Hayton (2003) ; Heneman et Berkley (1999) ; Hooi
et Ngui (2014) ; Huang (2001) ; Jayawarna, Macpherson et
Wilson (2007) ; Jung et Takeuchi (2010) ; Kasturi, Orlov
et Roufagalas (2006) ; Katou (2012) ; Kaya (2006) ; King-
Kauanui, Ngoc et Ashley-Colteur (2006) ; Klaas et al.
(2012) ; Lacoursière et al. (2005) ; Messersmith et Wales
(2013) ; Muse et al. (2005) ; Nguyen et Bryant (2004) ;
O’Regan, Stainer et Sims (2010) ; Ojokuku, Sajuyigbe
et Ogunwoye (2014) ; Paradas (1998) ; Patel et Cardon
(2010) ; Patel, Messersmith et Lepak (2013) ; Roman, Ruiz
et Munuera (2002) ; Rosli et Mahmood (2013) ; Saridakis
Muñoz Torres et Johnstone (2013) ; Sels et al. (2006) ; Seong
(2011) ; Tan, Smyrnios et Xiong (2014) ; Teck-hong et Yong-
Kean (2012) ; Teo, Kristal Kira et Ly (2014) ; Teo, Le Clerc
et Galang (2011) ; Thach et Kidwel (2009) ; Ubeda-García et
al. (2013) ; Ugheoke, Isa et Noor (2014) ; Wagar et Rondeau
(2006) ; Way (2002) ; Whyman et Petrescu (2015) ; Wood
(2006) ; Wu et al. (2015) ; Yu (2010) ; Zhang et Jia (2010) ;
Zhang, Wan et Jia (2008). Quest. et entrevue (n = 2) :
Altinay, Altinay et Gannon (2008) ; Zheng, Morrison et
Neill (2006)
Longi. (n = 2) Quest. (n = 2) : Bryan (2006) ; Sheehan (2014)
Inductive Explo. (n = 1) Entrevue (n = 1) : Panagiotakopoulos (2011)
(n = 10) Étude de cas Entrevue et archives (n = 2) : Barringer et Greening
(n = 8) (1998) ; Guadamillas, Donate et Sanchez de Pablo (2008).
Entrevue et observation (n = 2) : Davies et Crane (2010).
Entrevue, obs. et archives (n = 2) : Castrogiovanni, Urbano
et Loras (2011) ; Rowden (1995). Entrevue et Quest.
(n = 2) : Drummond et Stone (2007) ; Verreynne, Parker
et Wilson (2011). Quest. et archives (n = 1) : Curado et
Teixeira (2014)
Étude de cas Entrevue et archives (n = 2) : Sundbo (1999)
longi. (n = 1)
135
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