Projet de thèse
: La Réponse humanitaire face aux violences sexuelles en situation de conflits
armés : cas de la République du Congo
La République du Congo, pays situé en Afrique centrale d’environ 4 millions d’habitants,
riche en ressources naturelles a connu des épisodes violents de conflits armés. Les hommes
dans leur quête de pouvoir et de maintien du pouvoir prennent des décisions conduisant à des
actes d’une grande violence pour des intérêts strictement personnels. La population civile en
particulier les femmes et les filles paient le plus lourd tribut dans ces affrontements armés qui
n’ont qu’un caractère politique.
En effet, la République du Congo a connu 3 principaux conflits à caractère non international.
Ce sont des conflits internes opposant l’armée d’un Etat à des groupes armés non
gouvernementaux ou uniquement entre des groupes armés organisés. Ces groupes armés sont
composés par des personnes partageant pour la plupart d’entre elles la même origine ethnique,
groupe organisé, ayant des aspirations communes dans les domaines politiques ou religieux.
Quelque soit la durée du conflit, quelque soit les intérêts des parties au conflit, les civils
principalement les personnes déplacées internes restent la cible principale des combattants. En
effet, elle est victime de cruelles atrocités et de pertes en vie considérables. La guerre civile
politico-ethnique de 1993 à 1994 au Congo a causé la perte en vie humaine de 2.000
personnes, un déplacement de 100.000 personnes et un nombre non identifié de violences
sexuelles. Dès cette guerre civile, le phénomène des violences sexuelles a pris une dimension
inquiétante, car la violence sexuelle ne s’effectuait pas uniquement sur les parcours des
déplacés pour trouver refuge mais la violence sexuelle avait lieu même au domicile des
personnes ayant une ethnie différente de celle des opposants au pouvoir qui s’affrontent.
Ainsi, les violences sexuelles se sont localisées dans les départements de Brazzaville, du
Pool, de la Bouenza, la Lékoumou et du Niari. Depuis ce conflit, la violence sur les femmes et
les filles résidant sur les territoires des ennemis est devenu systématique pour détruire,
terroriser et diminuer cette catégorie de la population sous forme d’épuration ethnique.
Du mois de juin au mois d’octobre 1997, Brazzaville fut encore le théâtre d’une guerre civile
sanglante 5000 à 10.000 morts et la violence sexuelle a sévi comme arme de destruction
contre les femmes et les jeunes filles. En décembre 1998 à mai 1999, un nouveau cycle de
violence s’ouvre dans ce pays, 200.000 à 300.000 personnes quittent leurs domiciles pour
trouver refuge dans les départements tels que le Pool, la Bouenza, le Niari et dans le Bas-
Congo en République Démocratique du Congo, de nombreux morts sont comptés parmi les
civils. Et, c’est à la sortie de ce conflit que l’on constate la face cachée de cette guerre
l’horreur de la violence sexuelle près de 60.000 femmes auraient subis des violences
sexuelles.
En temps de conflit armé, la population civile bénéficie d’une double protection d’une part
par les droits de l’homme et d’autre part par le droit international humanitaire. Mais, toutefois
des actes odieux, inhumains et dégradants sont commis sur des femmes et jeunes filles qui ne
participent pas au combat. Elles sont prises pour cible et le champ de bataille s’est délocalisé,
le corps des femmes est devenu l’objectif à atteindre.
Dans cette situation d’urgence, l’action humanitaire intervient pour sauver les vies, assister les
victimes et alléger les plus que possible les souffrances. Apporter une réponse humanitaire
dans des zones de crise où la guerre sévit devient un autre combat, une course contre la
montre. Car, l’objectif d’agir au plus vite pour ces femmes victimes des violences sexuelles se
heurte à l’intérêt et au silence de l’Etat. Le dispositif opérationnel humanitaire mis en place
pour sauver les vies en détresse peut devenir une source de souffrance. Au Congo, le couloir
humanitaire mis en place pour le retour des personnes déplacées est devenu un moyen de
commettre des actes de violence sexuel qui sont qualifiés de crimes de guerre, crimes contre
l’humanité et actes constitutifs de génocide.
L’objectif de cette recherche est d’analyser d’une part la réponse humanitaire mise en place
par la République du Congo dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles sur le
plan juridique, médical et social. Car, selon les études de Dara Kay COHEN, en temps de
conflit armé les violences sexuelles sont commises à 42% par des groupes armés d’Etat contre
24% des groupes rebelles et à 17 % par des milices gouvernementales. Force est de constater
que les zones où se sont concentrées les violences sont connues et les auteurs peuvent être
identifiés mais l’impunité règne. Et, face à la recrudescence de ce phénomène durant le conflit
post-électoral de 2016, l’application du droit pénal international demeure une interrogation
majeure. La répression des crimes sexuels pour faire justice aux victimes afin de mettre fin à
la violence en situation de conflit armé doit être une obligation des Etats mais une absence
systématique est constatée. D’autre part, la question de la réhabilitation des victimes se pose
pour la reconstruction d’un avenir post conflit.