Spécificités de l'industrie minière
Spécificités de l'industrie minière
SPECIFICITES
LES SPECIFICITES DE L'INDUSTRIE MINIERE.
Considérons une activité industrielle quelconque, par exemple une entreprise qui
fabrique des cannettes métalliques pour des boissons. Cette entreprise achète une matière
première, en l'occurrence de l'aluminium ou de l'acier, transforme mécaniquement cette
matière première, et revend des cannettes De la même manière, une fonderie achète des
concentrés, réalise la fusion, et vend du métal pur ou assez pur pour être considéré comme tel.
Revenons à notre industrie qui fabrique des cannettes. S'il s'avère que les cannettes de
forme hexagonale ont une valeur ajoutée supérieure à celles de forme cylindrique, rien
n'empêche de fabriquer des cannettes hexagonales, et de les vendre à un autre prix à d'autres
clients. Une entreprise minière, au contraire, ne peut , le plus souvent, fabriquer qu'un
seul produit (son concentré), et le vendre à un seul prix, celui fixé par le marché mondial
des matières premières.
Finalement, nous verrons que l'industrie minière est une industrie à haute intensité
capitalistique, et qu'elle intéresse souvent plus particulièrement l'Etat.
0-1
1. Le gisement, une spécificité lourde de conséquences
Dans le cas d'une exploitation minière, nous sommes à l'opposé de cette situation.
Pour exploiter un gisement, il faut être sur place. On ne peut créer la mine proprement dite
qu'à l'endroit où se trouve le gisement. On pourrait encore envisager d'implanter l'usine de
traitement ailleurs, mais les coûts de transport du minerai seraient alors exorbitants.
L'ensemble mine + usine de traitement et donc forcément situé à l'endroit où se trouve le
gisement.
Malheureusement, la plupart des gisements se trouvent dans des zones isolées, loin
des infrastructures existantes (par exemple Bou Azzar, Bleïda). Il faut alors créer ces
infrastructures, c'est-à-dire:
- l'accès au site minier (pour les personnes, les matériels, les consommables,
pour l'expédition des concentrés, ...), ce qui suppose la construction de
routes, de voies de chemin de fer, de pistes d'atterrissage, ...;
- l'approvisionnement en énergie, qui suppose soit la réalisation de postes de
transformations et la construction de lignes pour se connecter au réseau
existant, soit la construction d'une centrale sur place;
L'exemple des mines de fer de Mauritanie est assez caricatural en ce qui concerne les
infrastructures. Le gisement est situé en plein désert, à l'Est du Sahara occidental. Sur place, il
a fallu:
Pour lier la mine au reste du Monde, une voie de chemin de fer de 600 kms a dû être
construite. Cette voie longe le Sahara Occidçntal pour aboutir sur la côte atlantique
mauritanienne. Là, il a fallu construire un port, et bien sûr, une seconde cité. Dans ce cas, les
infrastructures ont représenté plus de 50 % de 1'investissement initial.
0-2
En effet de leur effet sur l’investissement initial, les infrastructures vont également
peser sur les coûts opératoires: il faut bien maintenir l’ensemble de ces équipements.Nous
pouvons encore revenir à l’exemple des mines de fer de Mauritanie.Les 600kms de chemin de
fer posent en effet des problèmes.D’abord les dunes de sable se déplacent, et à moins que l’on
ne les empêchent, elles viennent recouvrir la voie de chemin de fer. Il faut donc plusieurs
équipes d'ouvriers chargées de maintenir la voie libre. Ensuite, le sable étant très abrasif, les
vents de sable abiment la surface de roulement des rails. La tolérance sur les rails étant faible,
il faut régulièrement faire passer un engin qui "rabote les rails, pour leur redonner leur
régularité.
Ces choix ont une importance cruciale sur les résultats de l'évaluation économique
(nous verrons plus tard que la recette générée par l'exploitation d'une tonne de minerai est
proportionnelle, en première approximation, à la teneur de cette tonne). Mais quoi qu'on
fasse, ces choix comprennent une certaine incertitude.
L'histoire minière donne de nombreux exemples très parlants en ce qui concerne cette
incertitude.
Prenons la mine de St Salvy, par exemple Cette mine, aujourd'hui fermée pour des
raisons économiques, était situce dans le sud de la France. Elle exploitait du zinc. Elle avait
été mise en exploitation par Penarroya après une campagne de sondages réalisés depuis la
surface, et après la réalisation d'un puit et d'une galerie de niveau située en gros à 250 m de
profondeur. Cette galerie, d'une longueur de 1500 m, était minéralisée sur 80 % de sa
longueur, soit sur 1200 m. Les données de sondage ne contredisant pas cette hypothèse, on a
admis que l'on avait 1200 m minéralisés, sur 450 m de hauteur et une puissance moyenne de
3m. Ceci conduisait à environ 5Mt de réserves, à une teneur moyenne de 9 %. L'exploitation a
commencé en tranches montantes à partir de la galerie de prospection. Dès la première
tranche, il s'est avéré que la longueur minéralisée était beaucoup plus faible que prévue, en
fait un peu moins de la moitié de ce qui avait été prévu. Ce point a été confrmé par la suite,
puisque sur le gisement de St Salvy proprement dit, seuls 2 Mt ont été exploités ! Par
bonheur, une partie des réserves était beaucoup plus riche que prévu, et la teneur moyenne
finalement exploitée est de 13 %.
L'usine de traitement a donc été construite sur cette base, et du fait de la topographie
locale (I'exploitation se situait dans les Pyrénces), il a fallu la construire en souterrain, dans
les montagnes, dans un espace confiné. Très rapidement après le démarrage de l'exploitation,
il est apparu que le minerai était beaucoup plus fin que prévu, et qu'en fait il faudrait en traiter
80 % par flottation, et seul 20 % pourraient être traités par gravimétrie. En conséquence, il a
fallu modifier, et surtout agrandir, une usine souterraine !
Arrêtons-là le panorama des ratés miniers (on pourrait continuer longtemps !). Il est
important de retenir que l'industrie minière présente des risques importants. Nous avons vu ici
le risque réserves et le risque technique. Nous verrons plus tard un troisième risque,
indépendant du gisement : le risque recettes.
Ces risques ont toutefois des conséquences non négligeables sur l'industrie minière.
En effet, on comprend bien que s'il y a un risque élevé sur le projet, un industriel ne
s'engagera que si le projet présente vraiment une bonne rentabilité. Par ailleurs, pour diminuer
le risque, I'industriel sera amené à multiplier les études (recherches géologiques
complémentaires, essais d'exploitation dans des tailles pilotes, essais de traitement, ...), ce qui
aura pour conséquence d'augmenter encore plus un investissement initial déjà lourd (comme
nous le verrons dans la partie 3 de ce chapitre).
Mais tous les gisements ne se présentent pas de la même manière, et certains sont en
fait beaucoup plus facile à exploiter que d'autres. La comparaison entre une exploitation d'or à
3000 m de profondeur en Afrique du Sud et une exploitation d'or à ciel ouvert en France
illustre très clairement ce point. Dans un cas, il faut réaliser des infrastructures minières pour
descendre à 3000 m remonter le minerai sur 3000 m, aérer et surtout climatiser la mine, ...
Dans l'autre, il suffit de ramasser le minerai ! Il est évident que ces deux cas engendrent des
coûts opératoires très différents. Nous avons pris ici un exemple, particulièrement parlant, en
jouant sur la profondeur de la minéralisation. Toutefois, le pendage de la minéralisation, sa
puissance, les caractéristiques mécaniques du minerai ou des roches encaissantes, ... sont
autant de facteurs qui vont jouer sur le coût opératoire d'exploitation. De la même manière, la
maille de libération, la présence d'éléments polluants (I'arsenic, par exemple) et d'une façon
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plus générale, la chimie du minerai vont influencer lecoût du traitement .Finalement la
localisation, comme nous l’avons déjà vu, va jouer sur les autres coûts(transport, eau,
énergie,…).
En conclusion, on pourrait dire que le coût opératoire est presque “inscrit” dans le
gisement, tout comme l’investissement initial d’ailleurs (pour les mêmes raisons).Or ces deux
élements sont capitaux dans la valeur économique du projet.
La théorie voudrait bien sûr que l’on envisage plusieurs possibilités pour l’exploitation
d’un gisement, que l’on évalue chacune d’entre elles, et que l’on retienne finalement la
meilleure.C’est bien ce que l’on fait en pratique, mais la marge de manœuvre du mineur est
très faible .Dans certains cas de Guemassa, par exemple, on a testé une combinaison de
tranches montantes remblayées dans les chambres primaires et de sous-niveaux abattus dans
les chambres secondaires d’une part, et une exploitation faisant uniquement appel aux sous-
niveaux abattus d’autres part.
Il est clair qu’il n’y a qu’une faible différence technique entre les deux scénarios, et il
en découle bien sûr une différence tout aussi faible sur les résultats économiques.Toujours
dans le cas de Guemassa, la marge de manœuvre sur le traitement est encore plus faible .On a
un minerai sulfuré, avec une minéralisation assez fine.La seule et unique méthode de
traitement qui s’impose est la flottation.
Nous pouvons terminer le tour d’horizon des principaux paramètres d’un projet minier
en examinant la teneur de coupure d’une part,et le rythme de production d’autre part.Le
premier paramètre sera très largement développé par la suite.Laissons-le de côté pour
l’instant.Il nous reste donc a prori un degré de liberté : le rythme de production.
Après quelques hypothèses tout à fait réalistes sur l’influence du rythme de production
sur l’investissement initial et les coûts opératoires, on démontre que le rythme de production
optimal correspond toujours à une durée de vie très courte (au maximum 7 ans, même pour de
très gros gisements).Mais là encore, la marge de manœuvre du mineur est faible.Très peu
d’entreprises minières choisissent effectivement d’exploiter sur des durées aussi courtes.Il y à
cela plusieurs raisons :
- les cours des matières premières ( qui définissent les recettes de la mine) fluctent
dans le temps.Dans le passé, on a pu mettre en évidence des cycles de fluctation
(une certaine période de cours bas, suivie d’une certaine période de courts
hauts,…).Exploiter sur une courte durée reviendrait donc à prendre le risque
d’éxploiter tout le gisement dans une période de faibles valeurs de cours. Les
entreprises minières préfèrent généralement minimiser le risque , en exploitant
sur une durée supérieure ou égale à celle du cycle, pour pouvoir au moins une
fois bénéficier de cours élevés;
- le gisement étant toujours au moins partiellement inconnu, les entreprises
minières aiment bien prendre du temps, ne serait-ce que pour laisser aux
géologues le temps de comprendre la géologie locale et l’origine du gisement.
En effet , une fois cette origine comprise, les chances de trouver les éventuelles
extensions du gisement sont beaucoup plus grandes.On peut raisonnablement penser qu’il
sera finalement plus rentable d’exploiter à un rythme inférieur à celui qui correspondrait à
l’optimum économique sur les réserves connues au départ.Depuis 1989 par exemple, la mine
de Ble ïda annonce à peu près la même durée de vie chaque année, parce que les découvertes
nouvelles permettent en gros de combler les réserves exploitées dans l’année.Ce point est
0-5
d’autant plus important que les investissements miniers ne sont récupérables qu’à un très
faible pourcentage.On ne peut pas revendre un puits, ou des galeries de mine .
On ne peut pas revendre des bâtiments, ou une cité, perdus à plusieurs dizaines de
kilomètres de la ville la plus proche ! Finalement l’entreprise minière peut aussi s’intéresser
à son développement à long terme.Elle préfère alors prendre son temps ,dans l’espoir que
lorsque la mine qu’elle envisage de mettre en exploitation va fermer, elle aura trouvé un autre
gisement, ou un autre projet industriel pour assurer la continuité de l’entreprise.
En d’autres termes, l’idéal, d’un point de vue économique, est d’exploiter rapidement ;
mais la raison veut que l’on ne descende pas en dessous d’un certain seuil.Comme les seuils
pour les critères économiques, celui-ci est subjectif, et ne dépend finalement que de l’équipe
de direction. C’est exactement ce type de raisonnement qui a été appliqué à Guemassa, et qui
a conduit à choisir une durée de vie de 12 ans, soit une exploitation à 2000t/j.Toutefois, pour
tirer profit d’un rythme de production supérieur,l’ONA s’est donnée, dès le départ, les
moyens de passer à 3000t/j. Ce passage à 3000t/j est uniquement conditionné à la découverte
de réserves complémentaires, qui permettraient de durer au moins 12 ans.
Pour conclure sur ce sujet, il nous reste simplement à remarquer que la marge de
manœuvre de l’entreprise minière est aussi faible pendant l’exploitation, qu’au stade de
l’investissement initial.Si par malheur le cours du métal devait baisser, et la mine devenait
déficitaire, rien ne permet de baisser simplement le coût opératoire; et en ce qui concerne
l’investissement, il est trop tard, puisqu’il aura déjà été engagé.
Pour clore cette partie consacrée aux spécificités dues au gisement, il nous reste
simplement à remarquer qu’une exploitation minière a toujours une durée de vie limitée, du
fait que le gisement est toujours fini.
La plupart des gisements sont déjà limités par la géologie. Les gisements de Bou
Azzer, El Hamunam, Bleida et Guemassa ont des limites géologiques. Tôt ou tard,
l'exploitation aura atteint ces limites, et les mines s'arrêteront.
Il existe bien quelques gisements dans le monde, de fer par exemple, qui semblent
infinis d'un point de vue géologique. Mais on a alors une limitation économique, le plus
souvent due à l'approfondissement de la minéralisation. Cette caractéristique de finitude
distingue elle aussi l'exploitation minière des autres industries. On peut raisonnablement
penser que les hommes consommeront encore du coca-cola (ou d'autres boissons) dans des
cannettes métalliques dans cent ans, mais il serait déraisonnable d'imaginer que Guemassa
existera encore dans cent ans (du moins pour l'exploitation du zinc).
Nous verrons par la suite que la finitude du gisement joue un rôle très important dans
la sélectivité. On peut d'ores et déjà le sentir, en considérant que si les réserves étaient infnies,
il n'y aurait pas à s'interroger sur la teneur minimale à laquelle on exploite. Il n'y aurait qu'à
exploiter le plus riche !
0-6
2. Le marché des matières premières : cas des métaux de base
Nous nous sommes intéressés jusqu'à présent à la mine proprement dite. Intéressons
nous maintenant à son contexte, en examinant avant tout le marché des matières premières
minérales, celui sur lequel la mine vend son produit marchand, donc, le plus souvent, son
concentré.
De manière plus explicite, il existe pour chaque métal entre mineurs et fondeurs, des
formules de vente type, qui s'appliquent à tout le monde.
Donnons simplement trois exemples de formules de vente, pour les principaux métaux
de base:Ie zinc, lc plomb, et le cuivre. Mais avant, examinons comment se construit une
formule de vente.
Prenons une entreprise minière qui produit un concentré de zinc à 54 % (ce qui
correspond à un bon concentré de sphalérite). Lorsque cette entreprise vend une tonne de
concentré, elle vend en fait 540 kg de zinc. Ce qu'elle vend présente donc une valeur
intrinsèque qui est le produit de la masse de métal qu'elle vend par le prix de vente de ce
métal par unité de masse. Si le zinc cote à 1000 $/t sur le marché mondial des matières
premières (en fait le London Metal Exchange), notre tonne de concentré à 54 % de zinc
contient une valeur de 540 $.
Pour revenir à un cas plus général, une tonne de concentré d'une teneur tconc d'un métal
qui cote P $/t, a une valeur intrinsèque de tconc.p $. Mais, le fondeur ne peut pas se permettre
de payer ce prix. La raison en est simple: son rôle est d'acheter un concentré, et le traiter pour
produire un métal pur. Sa recette est donc donnée par la vente de métal pur, au prix de ce
métal sur le marché mondial. En conséquence, le produit tconc.p est un majorant de sa recette.
0-7
Mais nous ne sommes pas encore au bout de la construction de la formule de vente.
En effet, la fusion comprend des coûts opératoires, et la construction de la fonderie a nécessité
un investissement. Si le fondeur achetait le concentré à la valeur α.t.conc..P, il ne pourrait ni
payer ses dépenses opératoires, ni rembourser un investissement. En conclusion, le fondeur
payera une tonne de concentré acheminée à l’entrée de la fonderie sur la base suivante :
PVconc = α.tconc.P – F
où F désigne les frais de fusion (coût opératoire + coût du capital) et PVconc le prix de vente
du concentré pour le mineur.
Pour clore ce paragraphe, indiquons encore deux éléments intéressants. Les mineurs
définissent la part du mineur, qui leur permet de voir comment se répartissent les profits
entre les mineurs et le fondeur. Cette part du mineur est simplement donnée par le ratio du
prix de vente du concentré sur la valeur intrinsèque du concentré
PVconc F
soit ; ou encore α-
tconc. p tconc.P
Pour des métaux de base, cette part du mineur se situe généralement entre 50 % et 70 %. On
constate qu'elle augmente avec la teneur du concentré, et, a priori, avec le prix de vente de
métal P (nous reviendrons sur ce point par la suite).
Par ailleurs, pour simplifier ses calculs économiques, le mineur préfère travailler avec
la Valeur Carreau Mine (VCM) du concentré, plutôt que le prix de vente. Cette Valeur
Carreau Mine correspond à la valeur d'une tonne de concentré à la sortie de l'usine de
traitement. Elle s'obtient simplement en soustrayant du prix de vente les frais de transport
entre la mine et la fonderie (que nous noterons T), et les taxes éventuellement appliquées à la
vente du concentré (taxe à l'exportation, par exemple). On a donc:
Cette valeur carreau mine nous sera d'une grande utilité par la suite.
La formule de vente d'un concentré de zinc a tout à fait la forrne décrite ci-dessus,
mais quelques finesses supplémentaires sont introduites:
PVconc = 0,85.tconc.P- F
0-8
- si la teneur du concentré est inférieure à 53 %, on a
Les éléments que nous venons de présenter ci-dessus ne sont pratiquement jamais
négociables. Tous les fondeurs retiennent ces chiffres.
Il nous reste à expliciter les frais de fusion F. Ceux-ci se négocient entre les mineurs
et les fondeurs. Une même entreprise minière peut ainsi avoir, pour la même année, plusieurs
contrats de vente, avec plusieurs fondeurs, et des conditions différentes en terme de frais de
fusion. Pour illustrer le propos, les frais de fusion de base ont varié durant les dernières
années entre 180 et 210 $/tconc .
Notre dernière phrase introduit implicitement une nouvelle notion: les frais de fusion
de base. Cette expression sous-entend que les frais de fusion sont divisés en deux parties: les
frais de base, et d'autres frais, que l'on appelle les frais d'escalator. Ces frais d'escalator
prennent la forme suivante:
Fesc = e.(P-Pref)
où e est le coeffcient d'escalator (négocié) et Pref un prix de référence pour la substance (lui
aussi négocié). Le coeffcient e étant toujours positif, ceci signifie que lorsque le prix du métal
est supérieur au prix que l'on avait anticipé (le prix de référence), les frais de fusion
augmentent (et réciproquement).
En plus clair, le mineur accepte de laisser au fondeur une partie des bénéfices supplémentaires
dus à une hausse du prix du métal, et le fondeur accepte de partager les pertes de bénéfices
dans le cas où le prix du métal baisse.
Pour les concentrés de zinc, e varie généralement entre 0,10 et 0,15 (il est parfois
même indexé sur le prix du métal), et ces dernières années, les prix de référence utilisés dans
les contrats se situaient entre 1000 et 1200 $/t.
Nous avons fait le tour de la formule de vente en ce qui concerne le zinc proprement
dit. Aux données que nous venons de détailler s'ajoutent des bonifications pour certains sous-
produits (or, argent, ...) et des pénalités pour d'autres (arsenic bien sûr, mais aussi plomb,
cuivre, fer, silice, ...). Les éléments bonifiants et pénalisants, ainsi que les valeurs des
bonifications ou pénalités, se négocient entre le mineur et le fondeur.
La formule de vente est tout à fait similaire à celle qui s'applique au zinc.
Les frais de fusion se présentent également comme pour le zinc. En 1993, les frais de
base étaient de l'ordre de 200 $/tonne, le coefficient d'escalator autour de 0,15 et le prix de
référence à 500 $/t.
0-9
2.1.4. Fonnule de vente d'un concentré de cuivre
La décomposition des frais de fusion est toutefois un peu différente de celle vue pour
le zinc et le plomb. On a des frais de base (qui étaient de l'ordre de 100 $/tconc en 1993), et des
frais d'affinage, qui s'appliquent uniquement au cuivre payable (0,1075 $/livre en 1993).
Nous avons donc vu que la mine ne peut pas jouer sur le produit qu'elle vend (il lui est
pour ainsi dire imposé par le gisement), et qu'elle n'a qu'une marge de manoeuvre très faible
sur le prix auquel elle vend (la négociation sur les formules de vente est tout de même très
limitée).
Pour tout maitriser sur les recettes de l'entreprise minière, il ne nous reste plus qu'à
nous intéresser au prix des métaux sur le marché mondial.
0 - 10
2.2 Un prix de vente instable et incontrôlable
Les prix des matières premières minérales se fixent sur la base des échanges de ces
matières au niveau mondial dans le cadre de bourses spécialisées, la plus connue et la plus
importante étant le London Metal Exchange (LME). Dans le cadre de ces bourses, on retrouve
des vendeurs, et des acheteurs. Pour simplifier, on peut dire que les prix se fixent de telle
sorte que l'on équilibre l'offre et la demande. Si l'offre parait, au moins à court terme,
relativement stable (la production des exploitations minières étant a priori constante), il n'en
est pas de même de la demande, qui peut présenter de fortes fluctuations dues à l'évolution de
l'économie au niveau mondial. Prenons par exemple un métal tel que le plomb. La principale
consommation de ce métal se situe au niveau des batteries électriques. La consommation est
donc entre autres sensible à la santé (ou à la croissance) du marché de l'automobile. Une
fluctuation de la demande, par rapport à une offre à peu près constante, va donc engendrer
une fluctuation du cours. Ces fluctuations sont malheureusement fréquentes, et présentent
parfois de fortes amplitudes. Voir illustration
$2 500,00
$2 000,00
$1 500,00
$/t
$1 000,00
$500,00
$0,00
05/01/1998
05/03/1998
05/05/1998
05/07/1998
05/09/1998
05/11/1998
05/01/1999
05/03/1999
05/05/1999
05/07/1999
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05/11/1999
05/01/2000
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05/05/2000
05/07/2000
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05/05/2001
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05/11/2001
05/01/2002
05/03/2002
05/05/2002
temps
0 - 11
US/tonne Aluminium Cash US/tonne Copper Cash US/tonne Lead Cash US/tonne Zinc Cash
Evolution des prix
$12 000.00
$10 000.00
$8 000.00
$6 000.00
$/t
$4 000.00
$2 000.00
$0.00
05/01/98
05/03/98
05/05/98
05/07/98
05/09/98
05/11/98
05/01/99
05/03/99
05/05/99
05/07/99
05/09/99
05/11/99
05/01/00
05/03/00
05/05/00
05/07/00
05/09/00
05/11/00
05/01/01
05/03/01
05/05/01
05/07/01
05/09/01
05/11/01
05/01/02
05/03/02
05/05/02
temps
Nous venons de voir que le niveau de la demande de métal dicte en gros l'évolution
des prix. Dans certains cas toutefois, I'offre peut également jouer un rôle important. On a ainsi
vu flamber les cours du cobalt, au moment des événements du Zaire. En effet, le Zaire était le
principal producteur de cobalt (en tant que sous-produit du cuivre), et les événements ont
donné à penser que la production minière du Zaire allait très fortement chuter, donc l'offre du
cobalt allait fortement chuter (ce qui s'est d'ailleurs rapidement conflrmé). De la même
manière, on a vu les cours du plomb baisser très fortement en 1992 et 1993, la valeur
carreau mine du concentré de plomb devenant carrément négative pour un certain nombre de
mines. Immanquablement, des mines ont fermé (la mine de Djebel Aouam, par exemple).
L'offre a donc fortement baissé, et les cours ont repris en 1994.
0 - 12
Mais la variation du prix du métal n'est pas la seule cause de la forte variation des
recettes de l'entreprise minière, Les fluctuations de taux de change y interviennent
malheureusement aussi, En effet, les métaux sont cotés en $, et les formules de vente sont
totalement exprimées en $, Donc toute variation du $ implique une variation des recettes de
l'entreprise minière, dès lors que celle-ci ne se situe pas aux Etats-Unis, Malheureusement
pour les exploitations minières, le $ connaît lui aussi des périodes de forte instabilité, Il est
par exemple resté à environ 5 F entre 1960 et 1970, a baissé à en gros 4 F en 1980, puis est
monté à un record de 9,5 F en 1985 !
Si nous faisons un bilan à ce stade, nous avons mis en évidence les éléments suivants :
0 - 13
3. Une industrie à haute intensité capitalistique
i=N
Mi
VAN = -Io + ∑ i
i =1 (1 + a )
Si nous supposons maintenant la marge constante dans le temps, et si nous l'exprimons
sous la forme d'un pourcentage β du chiffre d'affaire, ou des recettes R, on aura :
B.R 1
VAN = -ic . R + .(1- N
)
a (1 + a)
Si pour une durée de vie donnée, on cherche à obtenir un taux de rentabilité minimum,
la valeur minimale de β est donnée par:
i
β= c . TR I
.
1
1− N
(1 + TR I )
Quelques valeurs numériques vont permettre de préciser les idées.
Pour un projet présentant une durée de vie de 10 ans, et une intensité capitalistique de
3, I'obtention d'un taux de rentabilité interne de 10 % nécessite que la marge représente 49 %
du chiffre d'affaire; pour obtenir un TRI de 15 %, il faut que la marge représente 60 % du
chiffre d'affaire.
0 - 14
Imaginons en effet une entreprise minière qui a terminé ses investissements, et
commencé à produire. Supposons alors que le cours baisse fortement, et que la rentabilité de
l'entreprise soit perdue. Que faire alors ?
Fermer la mine ? Cette décision est d'autant plus difficile à prendre que le capital
investi était important, et par conséquent, du moins pendant les premières années, le capital
restant investi (ou restant à récupérer) est grand.
Modifer les techniques d'exploitation ? Nous avons vu que dans leurs grandes lignes,
elles sont dictées par le gisement, et même si elles étaient modifiables, cela nécessiterait à
nouveau des investissements !
Nous avons fait un tour d'horizon d'un certain nombre de possibilités, que nous avons
éliminées très vite. Trop vite, sûrement. Dans certains cas, I'une des solutions proposées sera
fmalement la meilleure. Mais ce qu'il est important de retenir, c'est que cette liste ne
comprend aucune solution réellement satisfaisante, et que l'importance des investissements
liés à l'exploitation minière n'est pas étrangère à cet état de fait.
0 - 15
4. Une industrie qui intéresse l'Etat
L'industrie minière a une image d'industrie polluante. En fait, elle l'est probablement
beaucoup moins qu'un certain nombre d'autres entreprises, mais sa forme principale de
pollution se manifeste de façon très claire, visuelle en fait. Les carrières ou mines à ciel
ouvert, les digues à stériles abîment le paysage. Les affaissements de surface dus aux
exploitations souterraines sont directement ressenties par tout un chacun ... A l'opposé, une
industrie chimique sera nettement plus polluante, mais cela ne se voit que si l'on fait des
analyses d'air, d'eau, ...
Dans certains pays, I'Etat intervient toujours fortement sur les industries minières,
toujours à cause de cette notion de richesse nationale. On voit aussi certains pays d'Afrique
refuser des changements de méthode d'exploitation, parce que la nouvelle méthode conduit à
un taux de récupération du minerai plus faible que l'ancienne. On voit également un pays
comme la République Tchèque imposer une loi qui spécifie qu'on n'a le droit d'exploiter une
veine de charbon que si on l'exploite dans la totalité de sa puissance (cette loi a obligé
l'entreprise OKD à se faire fabriquer un équipement de longue taille "sur mesure", pour
exploiter une couche particulièrement puissante).
0 - 16
RESUME
SPECIFICITES
DE L’ENTREPRISE MINIERE
*****
GISEMENT . LOCALISE
. LIMITE
. MAL CONNU malgré un processus long
PROCESS . COMPLEXE
. A ADAPTER
. BEAUCOUP D'HOMMES
INVESTISSEMENT . LOURD
. LONG
. NECESSITE DES MARGES IMPORTANTES
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