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Peter, Rozsa - Jeux Avec L'infini

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Rozsa Péter Jeux avec Linfini voyage a travers les mathématiques Traduit du hongrois par Georges Kassai Editions du Seuil A la mémoire de mon frére le Dr. Nicolas Politzer ‘mort & Colditz (Saxe) en 1945, saw 2.02.004568.0 Tire orignal : Jétek a végtelennel (© 1957, Rozsa Péter © 1977, Editions du Seuit, pour la traduction francaise Sirlagonsuneionne pa ies"aticis 255 svt Code pes Préface Ce livre s'adresse a des non-spécialistes (professeurs de lettres, artistes, écrivains, etc.) & qui je désire rendre ce petit service en échange de tous les bienfaits dont ils m'ont comblée. Aucun ‘Fossé ne sépare, en effet, I esprit de finesse » et 1" esprit de ‘géométrie » et, pour ma part, la beauié intrinséque des mathé- ‘matiques me séduit plus que leurs applications pratiques. Refit de esprit ludique de Vhomme, les mathématiques tui ouvrent ‘en méme temps les perspectives de Vinfini — tout en restant, par leur caractére inachevé, « humaines, trop humaines ». ‘Ouvragede vulgarisation,leprésent livre n'est cependant ni pri« aire », ni « superfciel ». La clarté de exposé ayant été mon principal souci, je crois que certaines méthodes de présentation utilisées dans ce livre ne sont pas dépouryues d'intérét pour le spécialiste et, @ plus forte raison, pour le professeur de mathé- ‘matigues. Vous ne trouverez dans ce livre ni syntheses fastidieuses, ni d&fnitions d'évidences, ni mimutieuses études de détail. I! n'est Pas question ici d’enseigner les techniques des mathématiques; notre but est d'offrir a des esprits curieux une ue d'ensemble de notre discipline. Ce livre, je le voulais au départ beaucoup lus modeste, mais, au fur et & mesure que j'avancais dans ta rédaction, j'ai compris qu'il m’était impossible d'éviter certains déreloppements. I me semble toutefois que ceux-ci, une fois replacés dans le cadre de U ouvrage, perdent leur aspect rébarbatif. Le livre paraitra peut-étre quelquefois naif : tant micux. Regarder les choses d'un ail neuf, c'est se donner la joie de la découverte. Je rends compte, dans I'Introduction, de la genése de cet ouvrage. L'éerivain auguel il est fait allusion est Marcell Benedek:; & son intention j'avais commence a rédiger des lettres sur le calcul différentiel et c'est lui qui me suggéra de les réunir pour former un livre. Je windique aucune source, aucune bibliographie, Jai beau- coup appris des autres, certes, mais je serais incapable de dire ce que je dois a tel ou tel auteur. Certaines des comparaisons utilisées sont empruntées & excellent manuel de Rademacher 10 Jews avee Vinfint et Toeplitz, Von Zahlen und Figuren, ou d a non moins excel- lente introduction au calcul différentiel et intégral de Mand Beke; fallait-il, pour paraitre plus originale, que je les modifie? Mes dettes sont particulidrement lourdes a U'égard de Laszlé ‘Kalmér, mon camarade de promotion et mon matire en mathé= ‘matiques, dont les idées imprdgnent l'ensemble de cet ouvrage. Mest notamment Vauteur de lexemple des tablettes de chocolat dont je me sers d propos des séries infnies, et c'est é: lui également que j'ai emprunté la présentation des tables de logarithmes. Je désigne par leurs prénoms mes éléves et collaborateurs inyolontaires; je pense qu'ils se reconnattront eux-mémes. Mon élave Catherine, qui vient de terminer sa classe de quatriéme, a bien voulu relire le manuscrit; gréce @ ses remarques, j'ai pu exponer mon set de fogon & me faire comprenie dn yeéen Les remarques des non-spécialistes m’ont été particuligrement précieuses. Mon ami le metteur en scéne Béla Lay, qui était resté longtemps persuadé de ne pas avoir la « bosse des maths », lu tous les chapitres au fur et & mesure que jen achevais la rédaction. Aucine phrase, aucune démonstration n'a é1é consi- dérée comme définitive avant d'avoir regu son approbation : sans lui, sans doute cet owvrage n’aurait-il jamais vu le jour M. Pal Csillag a bien voulu revoir fe manuscrit di point de wue du mathématicien et, @ la dernidre minute, Laszlé. Kalmar 4 pu trouver le temps de le parcourir rapidement; munie de leur bénédiction, je erois powoir liver ce livre au public sans trop d'inguiétude.. Budapest, automne 1943 Préface a la nouvelle édition Quatorze années — lourdes d’événements — se sont écoulées depuis 1943. Mon ami le mathématicien Pél Csillag et mon éleve Catherine (Katé Fuchs) ont été tués par les fascistes. Le pore de mon éléve Anna, condamné & Vépoque 4 dix-sept ‘années de prison pour son engagement dans le mouvement ourier, «a été libéré. Le livre, qui était prét a éire publié, n'a pu paratire pendant occupation allemande, une borbe ayant détruit une partie des exemplaires en stock: les exemplaires restés intacts ‘ont pu cependant étre présentés lors de la Journée du lire en 1945. La traduction allemande, parue l'année dernidre, a presque aussitét été épuisée et une nouvelle édition vient den éire faite. ‘STattire Vattention du lecteur sur le fait que te livre refléte toujours ma pensée de 1943; peu de modifications y ont é1é apportées. Seule la fin a subi un changement notable : avec Lészl6 Kalmar, nous avons prousé que l'existence de problémes absolument indécidables découlait du théoréme de Gédel sur les problemes relativement indécidables; cependant, en aucun cas tune conséquence ne peut avoir une portée supérieure au théoréme dont elle découle. Budapest, 1961 Introduction Une ancienne conversation me revient & esprit: un de mes amis écrivains se plaignait du sentiment d'insatisfaction que Jui donnait son ignorance dans le domaine des mathématiques. Précisément dans son travail d'écrivain, il lui arrivait de se souvenir du systéme des coordonnées, ‘par exemple, qui Iu avait inspiré des images et des comparaisons littéraires. II était persuadé que les mathématiques recelaient pour Iui des Géments exploitables dont il tait obligé de se priver, mais i it-que son cas était sans espoir. Il fallait faire quelque chose. De mon cété, j'avais toujours ceuun rapport tres affectf aux mathématiques. Etudiante encore, assistant & la lecture collective d'une piéce de Shaw, je fus frappée par la scéne oi le héros demande a I'héroine le secret de sa réussite auprés des personnes les plus difficiles A mancev- rer : « Peut-étre este parce que je me tiens toujours & une certaine distance des gens », déclare I'héroine, pensive. A cet instant, la personne qui faisait la lecture s'écria : « Mais c'est exactement le probléme que nous avons traité aujourd'hui én cours de mathématiques. » La question était la suivante : d'un point extérieur, est possible de s'approcher d'un en- semble de points de tlle fagon que l'on s'approche simultané- ment de chacun de ses points? La réponse est oui, 4 condition de choisir un point sufisamment éloigé. ei ce nest pas possible, A.une dete sutisante, car on ne peut serapprocher ——‘oarpossiie. emcee ow 4 Jeux avec Pinfini Cet écrivain prétendait que les mathématiques lui étaient tout simplement inaccessibles; par exemple, il ne comprendrait jamais, me disait-il, la notion de dérivée. Refusant de le eroire, Yressayai de lui indiquer toutes les tapes lémentaires par lesquelles on introduit cette notion. Le résultat fut surprenant. Le mathématicien ne peut pas imaginer & quel point la moindre formule présente des diffcultés pour le profane — de méme que instituteur comprend diffcilement comment l'enfant peut Anonner vingt fois de suite pa-pa sans comprendre qu'il s'agit de papa. Cette ‘expérience me fit réfiéchir. J'étais jusque-ld persuadée qu'une des raisons de I'ignorance du grand public en matiére de mathématiques était le manque de bons livres de vulgari- sation sur le calcul différentiel, par exemple. En fait, Vintérét du public est indéniable, et il achéte tout ce qui s'édite dans ce domaine. Malheureusement, aucun des ouvrages publiés jusqu’a ce jour n'a été rédigé par de véritables mathématiciens, Crest-A-dire par des spécialistes qui sachent exactement jus- qu’od on peut aller dans Ia simplification sans fausser le sens de ce que l'on expose; il ne s'agit pas d’enrober de sucre une pilule amére, mais de clarifier Jes problémes pour rendre leur Solution évidente, en faisant partager & ses lecteurs la joie de sa propre découverte. C'est justement le propre du mathématicien que d’accepter la difficult. « TI n'y a pas de voie royale qui méne aux mathé- matiques », aurait dit Euclide & un souverain qui s'y inté- ressait; car, méme pour les rois, le chemin est ardu. Les mathé- matiques ne peuvent se lire de fagon superfcielle; l'abstrac- tion nécessaire exige de chacun un effort pénible, et le mathé- maticien est celui qui, justement, a le godt de cet effort. Le ‘meilleur des livres de vulgarisation ne sera accessible qu’é ceux ui sont préts a consentir certains sacrifices. Mais ce n'est pas & ceux-la que je m’adresse maintenant. En prenant le parti de me passer de formules mathématiques, je cherche & remonter aux sources affectives qui sont communes & 'écrivain et au mathématicien, Je ne sais si mon entreprise réussira car, en évitant les formules, je renonce évidemment A T'un des traits fondamentaux des mathématiques. Et I’éeri- vain, comme fe mathématicien, sait que la forme est lige au fond. Allez donc expliquer la beauté d'un sonnet sans dire un mot de sa forme! Introduction 1s Je ne peux cependant pas promettre de tout rendre facile. Le lecteur ne pourra se permettre de sauter un chapitre, d’en remettre la lecture & plus tard ou de le parcourir d'une fagon superficielle. Les mathématiques ne se construisent que pierre par pierre; tous les mots sont utiles, chaque détail découle du précédent, méme si cela peut paraitre moins évident dans ce livre que dans d'autres, plus systématiques. I! m’arrive d’inviter le lecteur & observer telle figure, & essayer de faire quelques dessins ou quelques calculs; je pense qu'il ne le regrettera pas, ‘que méme peut-étre cela le’ distraira. Je n'utilise aucune méthode scolaire. Je commence par Je calcul élémentaire et, peu & peu, je m’éléve jusqu’a la branche la plus moderne : la logique mathématique. 1. L’apprenti sorcier 1. Jeux de mains... ‘Commencons par le commencement. Je n'ai nullement 1' tention d°écrire une histoire des mathématiques; je ne pourrals, @'ailleurs fe faire qu’en recourant A des témoignages écrits : or, c'est une distance énorme qui sépare le premier temoignage crit et les origines des mathématiques! Représentons-nous plutot "homme primitif, vivant dans un milieu sauvage, et qui ‘commence & compter. Pour rendre cette représentation plus facile, commengons par observer ce petit étre primitif appelé a devenir un étre civilisé: le bébé, qui, en se fami le monde et avec son propre corps, joue avec ses dix doigts est possible que, pour lu, « un », « deux »,« trois » et « qua tre » ne soient que des abréviations de la comptine : « Celui-a va au marché, celuild achéte un cochon, celui-la fait ouire le cochon, celui le mange, le dernier... che la poéle, ltche Ia pote... » Jenne plaisante pas : un médecin m’a dit que certains malades soulffrant de lésions oérébrales et qui ne savent plus distinguer leurs doigts les uns des autres perdent Ia faculté de compter; la relation entre les doigt et le calcu, bien que non consciente, reste sans doute trés étroite chez l'homme cultivé, Je pense ailleurs que Pune des sources des mathématiques est l'esprit Iudique de "homme, de sorte que les mathématiques ne sont Pas uniquement une science, mais aussi un art. ‘Compter était sans doute a l’origine une activité utilitaire; fen comptant 1¢ nombre de peaux de bétes qu'il possédait, homme primitif voulait connaltre l'état de sa fortune. Mais il se peut également que le calcul ait eu une origine magiqu fon voit encore des personnes atteintes de névrose obsessionnelle sen servir pour bien délimiter des pensées qurelless'interdisent. Par exemple, elles se disent qu’avant de penser a telle chose elles doivent d’abord compter jusqu’A vingt. Quoi qu'il en soit, que le calcul porte sur des peaux de bétes ou sur un intervalle de temps, il consiste toujours & dépasser dune unité ce dont on dispose deja. Dépasser les dix doigts de la main donne lieu 20 Jeux avec Pinfint a Ia premiére oréation (admirable, en vérité!) de I"homme, & savoir la suite infinie des nombres 1,2, 3,4, 5, 6,7, 8,9, 10, 11... Cette suite est ininie, car on ne peut concevoir aucun nombre qui ne puisse étre augmenté d'une unité. Pour parvenir & la constitution de cette suite, une capacité d'abstraction peu com- mune était nécessaire. En effet, ces chiffres ne sont que des teflets dela réalité : 3 ne désigne pas ici trois doigts, trois pom- ‘mes ou trois pulsations artérielles, mais ce qui est commun a tout cela, & savoir la quantité abstraite de chacun de ces objets. Quant aux trés grands nombres, ce n'est méme pus a partir de la réalité que I'homme les a obtenus : personne n'a jamais compté un milliard de pommes, ni un milliard de pulsa- tions artérielles; on ne fait qu’imaginer ces nombres par analo- gie avec les petits nombres discernables dans la réalité. Mais Fimagination, précisément, ne connait pas de limites en ce domaine. Crest que homme ne se contente pas de compter ce qu'll voit; le plaisir que Iui procure la répétition Incite a aller plus Toin. Les podtes connaissent bien ce phénoméne : la joie de reproduire un méme rythme, une méme consonance. D'ailleurs, VVadulte blasé se lasse plus rapidement de ce jeu que l'enfant, toujours prét & lancer et & attraper une balle, Nous avons compté jusqu’a 4. Allons pius Join, ajoutons encore une unité. Puis encore une! une autre! Oi en sommes- ‘nous? & 7; nous aurions obtenu le méme résultat en ajoutant tout de suite 3. Nous venons ainsi de découvrir V'addition : 4t1+1+1=443=7, Continuons & jouer : ajoutons 3 & 3, puis encore 3, encore 3 ‘t encore 3! Nous avons additionné'3 quatre fois, ou, plus bridvement : 4 fois 3 égalent 12, c'est-A-dire 3434343—4x3 ce qui s‘appelle une multiplication Test dificile de nous arréter sur notre lanoée : en effet, on peut jouer avec la multiplication comme avec I'addition en multipliant 4 par 4 et le résultat par 4, nous obtenons : 4x 4x 4= 64, Cette multiplication répétée s'appelle élévation dune puis 2 Jeux de mains... 2 ance, ou encore exponentiation. On dit que le nombre 4, celui que l'on multiplic ainsi, est la base, tandis que le nombre de fois que l'on reproduit ce nombre en vue de la multiplication est indiqué par l'exposant, petit nombre que l'on met en haut A droite de la base : Bm4K 4X 4 6, On voit qu'on obtient des résultats de plus en plus élevés 4 x 3 fait plus que 4+ 3, et 4 dépasse de loin 4 x 3. Cette Joyeuse répétition nous introduit rapidement dans le domaine ddes grands nombres, surtout si nous élevons tin exposant & lune puissance. Soit 4 élevé & la puissance 4 de 4 Mam AX 4x 4X 4= 64x 4 = 256 Ma aR Ax AXA KA AX A Je n'ai pas la patience d’aligner 256 fois le chiffre 4 ni d’effectuer es multiplications nécessaires. Le résultat serait un nombre qui défie imagination. Mieux vaut recourir au bon sens et refuser d’admettre cette itération de Mexponentiation parmi les opérations mathématiques élémentaires. Le fait est que 'homme veut bien jouer & tous les jeux qui soffrent & son esprit; mais seuls sont assurés de survive les Jeux qui sont reconnus utiles par le bon sens. L'addition, la multiplication et I'exponentiation se sont avérées fort utiles ‘pour les activités courantes de I’homme; aussi ont-elles acquis droit de cité dans les mathématiques. Ces opérations sont facilitées par certaines lois inbérentes & leur nature : c'est ainsi que la multiplication 7 x 28 peut s‘effectuer non seulement en additionnant 28 fois 7, mais aussi bien en décomposant ce nombre en deux termes, 20 et 8, et en multipliant chacun deux par 7:7 x 20 et 7 x’8. Ces opérations sont plus simples et il n’est pas difficile d’additionner ensuite 140 et 56. Autre facilité : quand on a de longues colonnes de chifftes & addition- ner, il est utile de savoir que l'ordre dans lequel se présentent ces chiffres est indifferent. Par exemple, I'addition 8 + 7 + 2 peut étre effectuée en faisant d’abord 8+ 2 ensuite d'ajouter 7 & 10, et cette ruse permet d'év gréable addition 8 -+ 7. Il sufft de se rappeler qu'additionner signifie ajouter un nombre & un autre, pour se convaincre que la permutation de ces nombres ne peut rien changer au résul- tat, Il en est de méme en ce qui concerne la multiplication; 2 Jeux avee Pinfini exla parait déji moins facile & admettre, car 4 X 3 signifie 34+3+3-4 3, tandis que 3X 4 signifie 4+ 4+ 4; oF il ne semble pas évident d’emblée que 343434344444 ‘Mais un dessin suffira 4 nous en convaincre. Voici 12 points disposés en 3 colonnes : ‘Chacun comprendra aisément que grouper en colonnes 4 rangées de 3 points se trouvant sur la méme ligne horizontale revient au méme que d’aligner 3 colonnes composées chacune de 4 points Par conséquent, 4 x 3 = 3 x 4. C'est pourquoi Jes mathéma- ticiens ont donné le méme nom de facteur aussi bien au multi- plicateur (le nombre qui multiplie) qu’au multiplicande (le nombre & multiplier). Voici maintenant une des lois de l'exponentiation. Soit 4X 4K 4K 4X4 =H, Si je veux me reposer pendant cette opération, je peux m'intet rompre au bout de la troisi¢me multiplication, celle des troi premiers 4, qui donne 4; il me reste a effectuer Ia multipl- cation des deux 4 restants, qui donne 4%, Done = Px aH, L'exposant du résultat final est 5, c'estt-dire 3 + 2. Autre~ ment dit, pour multiplier deux puissances ayant la méme base, il suffit d'additionner leurs exposants. Par exemple Sx HX Pa SX SXSXSXSXSXSXSXS Et 9, c'est précisément 4+ 2+ 3. Jetons un regard sur le chemin parcouru : nous avons retrouvé s Jeux de mains. 2 toutes les opérations simplement en comptant. Mais, dra--on, et la soustraction? et la division? Elles ne sont que les opérations inverses de celles que nous avons étudiées jusqu'ei (de méme extraction de racines et le logarithme). Diviser 20 par 5, est supposer connu lerésultat d'une multiplication, a savoir 20, et chercher le nombre qui, multiplié par S, donne 20. Dans ost exemple précis, ce nombre existe, puisque 5x 4= 20; mais iI n'est pas toujours facile & trouver et, en fait, il n’exste pas toujours. Par exemple, 23 n’est pas un'multiple de 5, puisque 4x 5 = 20 est inféricur & 23 et 5 x 5 = 25 supérieur; je suis done obligé de prendre le plus petit des deux nombres et de dire : 23 contient 5 quatre fois et il reste 3. De toute fagon, les opérations de ce genre sont moins faciles que nos joyeuses itérations et elles donnent quelquefois beaucoup de fila retordre. ‘Aussi constituent-elles un terrain de prédilection pour le mathématicien qui, comme chacun sait, est heureux de ren- contrer des diffcultés. Je reviendrai plus loin sur ces opérations inverses. 2. La courbe de température des opérations Nous avons vu que nos itérations nous faisaient pénétrer dans le domaine des grands nombres. Il n'est pas inutile de se demander « jusqu’oi on peut aller trop loin ». Calculer le volume d'un cube, comme nous allons le voir, c'est calculer une puissance. Nous allons nous demander combien de fois un « grand » cube contiendra notre unité de ‘mesure, qui sera par exemple 1 centimétre cube, c’est-i-dire lun « petit » cube dont la longueur, la largeur et la hauteur mesurent également 1 centimétre = fom TEM En alignant 4 cubes de cette dimension, nous obtenons la figure suivante : Puis, juxtaposant 4 de ces alignements, nous obtenons une couche contenant 4 x 4 = 4* cubes. Enfin, en superposant l'une & autre 4 de ces couches, nous aurons un grand cube La courbe de température des opérations 25 composé de 4x 4 x 4 = 4 = 64 petits cubes. Inversement, en partant du « grand cube » dont la hauteur, la longueur et la largeur mesurent également 4 centimetres, ous voyons qu'il contient 4* centimétres cubes. D'une fagon générale, nous obtenons le volume d’un cube en élevant son ote Ta puissance, 3, puissance que l'on apple, pour ext raison, le « cube »1, Crest cette opération qui fait que des cubes de cOté relative- ‘ment petit ont des volumes considérables. 1 kilométre n’est pas une distance énorme, et on peut se la représenter aisément. Mais si I’'on construisait un cube de 1 kilométre de edté, on Pourrait y loger toute I’humanité. Supposons en effet, pour Ia ‘commodité du raisonnement, qu’aucun étre humain ne mesure plus de 2 metres. On pourrait alors disposer dans ce cube 500 planchers superposés (2 x 500 = 1 000 métres, c'est-a-dire | kilométre). Divisons-les en bandes larges de I matre et longues également de 1 métre, de la fagon suivante : Je connais I'objection des pédagogues : pour te tout & fait précise, ‘Vaurais 0 die : jobties la mesure du volume du cube en dlevant & la Duissance 3 la mesure de son cBté. Mais pourduoi rebuter le lecteur par de {elles subtités? 1 a d'allers une autre question, bien plus important, laquelle je n'ai pas eépondu : peut-on exprimer en centimetres les ares de nlimporte quel cube? J'y reviendrai. 26 Jewx avee Pinfini 4m tm tm... Nous obtenons, dans chaque bande tracée dans le sens de la Tongueur, 1000 carrés de 1 métre carré chacun, Comme le nombre de ces bandes est de 1000, nous aurons sur chaque « plancher » 1 000 x 1.000 = 1 000 000 de earrés. La longueur et la largeur de chacun de ces carrés étant de 1 métre, 4 personnes tiendraient strement dans chaque carré. Autrement dit, 4 fois 1.000 000, c’est-A-dire 4 millions de personnes pourraient tre facilement rassemblées & chaque étage de notre cube. Comme notre cube a $00 étages, il pourrait contenir 500 x 4 millions, c'estei-dire 2 milliards de personnes. A I’époque of ’on m’a pparlé de ce cube pour la premigre fois, la Terre ne comptait as encore 2 milliards dhabitants, Or, pour calculer le volume du cube, nous n'avons eu recours 4qu’a la puissance 3; si l'on augmente les exposants, on atteint Fapidement des nombres extraordinairement élevés, C’est ce qui explique la surprise de ce prince qui T'inventeur du jeu d'échees demanda, pour toute récompense, « quelques » grains de blé : 1 sur la premiere case de son échiquier, La courbe de température des opérations 2 2 fois autant, c'est-dite 2 sur la seconde, 2 fois autant, c'est- A-dire 2 x 2'= 28 = 4 sur Ia troisiéme, et ainsi de suite. A pre- mitre vue, une telle demande peut paraitre bien modeste mais, au fur et & mesure que nous avangons sur I’échiquicr, les expo sants de 2 augmentent et, & la fin, il apparait qu'il sagit du nombre THIFME BE ME. pe (prigre de compléter par la pensée les exposants manquants ue je rai pas eu la patience d’énumérer..). Si vous faites le calcul, vous verrez que la quantité obtenue permettrat de cou- vrir toute la surface de Ia Terre d'une couche de blé de presque 1 centimetre d’épaisseur. Il n’est done pas surprenant de constater que l'tération de exponentiation aboutit rapidement des chiffres astrono- miques. Voici, & titre de curiosité, un exemple : pour écrire le résultat de 9* en utilisant des chiffes de 5 millimetres de large, con aurait besoin d'une bande de papier longue de 18 000 kilo métres, et une vie humaine ne suffirait pas & exécuter le calcul En me relisant, je suis frappée par le fait qu’on parle de nombres « élevés,« grands », alors que la suite des nombres 1,2,3,4, 5. forme une ligne horizontale. Ne ferait-on pas mieux de dire qu'on avance vers la droite, vers les grands nombres? Des termes, comme ceux-la expriment notre appréciation subjective, émo- tionnelle : quand on grandit en ge, on s'éléve en heuteur ailleurs, le mathématicien exprime souvent ce sentiment en utilisant des graphiques avec des lignes ascendantes, oi une augmentation particuligrement rapide est représentée par une ligne presque verticale. Les malades connaissent bien ces dessins : un coup d’eil sur leur feuille de température sufi se faire une idée de I'évo- lution de leur maladie. Supposons que, prise & intervalles régu- liers, la température d'un malade ait été successivement : 380 - 38,$9 - 390 - 390 389 - 38,50 - 370 - 36,59, Pour représenter graphiquement ces variations, on commence par tracer une ligne horizontale sur laquelle des intervalles de temps égaux sont représentés par des segments 6gaux re Jeux avec Vinfini is on décide de représenter chaque « degré » de température par un segment vertical d'une certaine hauteur et de tracer, & partir de chacun des points de la ligne horizontale, correspon- dant aux moments de la prise de température, des lignes verti- cales dont la longueur varie suivant la température atteinte par Je malade au moment considéré. I n'est d’ailleurs pas néces- saire de représenter tous les degrés de cette température : celle de notre malade n’étant jamais descendue au-dessous de 36°, nous pouvons décider, par convention, que la ligne horizontale correspond & 369, de sorte qu'll faudra seulement représenter les écarts, qui sont respectivement de : 2 - 2,50 - 30 - 30 - 20- 2,50 19 - 0,50, ‘Nous obtenons ainsi Ie tableau shivant oft | “| D’oi, si on re af of 2 ae les sommets ainsi obtenus : FF r 7 3 Une telle courbe de température nous donne tous les renseigne- ‘ments dont nous avons besoin : les lignes montantes représen- tent l'élévation, les lignes descendantes la chute de la tempéra~ ture; les lignes horizontales indiquent un état « stationnaire ». Aprés avoir augmenté réguligrement au début (les deux premiers segments forment une ligne droite) Ia température se stabilise ensuite; puis, & Fexception d'une petite rechute lors de la sixiéme prise de température, la guérison apparait assez rapide- rr La courbe de température des opérations 29 ‘ment : entre la sixitme et la septiéme prise, la ligne descend de fagon abrupte. Rien ne nous empéche de tracer de la méme fagon les « courbes de température » de nos opérations. On peut, pour ‘commencer, représenter les nombres eux-mémes sur une ligne droite, & partir d’un point arbitrairement choisi que nous appel- lerons 0, en portant sur Ia ligne des points équidistants dont chacun représente un nombre entier : SOTTO a Sion est trop paresseux pour Ie calcul mental, on peut effec- tuer certaines operations & l'aide de cette ligne horizontale pour faire l'addition 2 + 3, il suffit d’avancer, a partir du point 2, de 3 intervalles vers la droite, et de lire le résultat, qui est 5. Pour faire la soustraction 5—3 il suffi, & partir du point 5, de reculer de 3 intervalles vers la gauche, et ainsi de suite. C'est le principe des boulies de I'éeole émentaire. Quittons la ligne horizontale pour aller « vers le. haut ». Pre- rons un nombre quelconque, 3 par exemple, et cherchons & représenter son augmentation lorsqu’on lui ajoute 1, puis 2, puis 3, ec.; puis lorequ’on le multiple par I, par 2, par 5, etc. enfin lorsqu'on l'léve a In puissance I, puis 2, puis 3, etc (le terme « élever » indique d’alleurs dé cette progression « en hauteur »). Commencons par 'addition. Choisissons un nombre fixe, mettons 3, auquel nous ajoutons des nombres variables, allant de 1 a 4, que nous représenterons sur une ligne hori zontale; les résultats obtenus seront alors = 341 342 343 344 et la courbe de température de I’addition, si I'unité est repré- sentée par un segment de longueur }——4 sur la. ligne hhorizontale et un segment de fongueur [sur la ligne’ verti- ale, se présentera comme suit : 30: Jews avec Pinfini La ligne qui relie les points obtenus est une ligne droite : si, & un nombre donné, nous ajoutons des nombres qui augmen- tent réguligrement, nous obtenons des sommes qui, elles aussi augmentent réguliérement. En ce qui concerne la multiplication : 4 t+ Le résultat augmente toujours de facon réguliére, mais cette augmentation est bien plus rapide que dans le cas de l'addition : Ia ligne droite s’éléve plus abruptement. Enfin, dans le cas de ’exponentiation : x 3 3 xt tT La courbe de température des opérations 31 ligne brisée qui se rapproche de plus en plus de la verticale : il n'y a pas assez de place pour représenter 3¢ sur cette page. ‘Nous pouvons, de la méme fagon, tracer la courbe de tempé- rature des opérations inverses, par exemple celle de la sous- = : Les sommets forment maintenant une ligne descendante : en augmentant réguliérement le nombre & soustraire, nous obte- || nons une diminution régulidre des résultats. | “La division est une opération délicate : je reviendrai plus | lin sur sa « courbe de température ». ‘Ce que nous venons de faire ici, le mathématicien I'appelle représentation graphique des fonctions. En effet, la. somme obtenue est fonction du nombre variable que l'on ajoute au nombre fixe. De méme, le résultat de la multiplication est fonc- | tion du facteur variable, le résultat de l'exponentiation est fonction de l’exposant, et ainsi de suite. Ainsi d&s les premi¢res opérations, nous avons rencontré des fonctions : cette notion | extrémement importante constitue la charpente de tout I’édifice ‘mathématique. | Les sommets forment ici non. plus une ligne droite, mais une 3. Fragmentation de la suite infinie des nombres Nous sommes loin déja de nos jeux de doi ‘Nous avons presque oublié, en fait, que nous avions dix doigts. Mais, si je n'avais pas cherché a éviter au lecteur des calculs fastidieux, il aurait pu observer que dix symboles sulfisent & représenter.n'importe quel nombre, aussi grand soitil. C'est le systéme de mumération d base 10 ou systéme décima 0,1, 2, 3,4, 5, 6, 7,89 Comment donc y parvient-on, alors qu'il existe une infinité de nombres? Tout simplement en fragmentant leur suite infinie par regroupement de certains d’entre eux. Une fois comptées dix lunités successives, nous voyons qu'il est possible de les embras- ser d'un seul regard, de les considérer comme une sorte de bouquet auquel nous allons donner un nom : la dizaine. N’échangeons-nous pas, par exemple, un billet de 10, francs contre 10 pidces de I franc? Cette opération nous permet d’avan- cer ensuite rapidement : en comptant des dizaines, nous pou ‘ons assembler 10 d'entre elles et les lier en un faisceau a l'aide d’un ruban sur lequel nous écrirons : « 1 centaine ». En conti- nuant ainsi, nous pourrons assembler 10 centaines en un miller, 10 milliers en une dizaine de millers, 10 dizaines de nilliers en une centaine de millers, 10 centaines de milliers en un million, etc. C’est ainsi que nous parvenons & représenter tous les nombres a l'aide des dix symboles indiqués plus haut : és que nous dépassons 9, nous recommencons a écrire 1, mais lun I qui feta cette fois partie des dizaines, de sorte que le ‘nombre suivant, composé d'une dizaine et d'une unité, pourra s'erire avec deux symboles 1 : une dizaine et une Unité, Il faudrait cependant, en alignant ces chiffres, ajouter chaque fois, Jes mots « dix », « cent », etc. Or, une idée ingénieuse permet Wéviter cette corvée. Pensons au commergant qui range les pices de monnaie dans Fragmentation de la suite infinie des nombres 3 les différents compartiments de son tiroir-caisse : celui de Ia petite monnaie, dans lequel il a trés souvent & puiser, se trouve immédiatement & sa droite, les pies de 50 centimes sont ran- agées dans le compartiment suivant, les pices de 1 franc dans le ‘troisiéme, les pices de 5 francs dans le quatriéme. Habitué & ‘cette répartition, il n'a méme plus besoin de regarder pour trouver la pidce voulue. De méme, nous pouvons convenir de la place des unités, des dizaines, des centaines, etc, Les unités se trouveront & droite et, en avancant vers la gauche, nous trouvons les « grandes unités » successives : d'abord les dizaines, ensuite les centaines, etc. Ainsi, nous pouvons nous ispenser d’ajouter des mots comme « dix », « cent », etc,, la valeur des chiffres étant déterminée parla place qu’ils occupent : un chiffre comme 354 se compose de 4 unités, de 5 dizaines et de 3 centaines. C'est ce que l'on appelle I’écriture décimale. Rien ne nous empéche d’ailleurs de nous arréter avant ou. aprés 10. On m’a parlé de certains peuples primitifs pour qui Ia suite des nombres se compose de « un », de « deux » et de « beaucoup ». Il est parfaitement possible de construire un sys- tame de mumération & leur intention : il sufit pour cela de constituer des « bouquets » de deux objets et non pas de dix. Dans ce systéme dit systéme binaire, ow a base 2, le symbole «10> vaudra 2, e symbole « 100 » vaudra 4 (deux fois deux), le symbole « 1000 » vaudra 8 (deux fois quatre), etc., et les deux signes : 0, 1, suffiront & représenter n'importe quel nombre. ‘Supposons, en effet, que nous ayons des piéces de monnaie de OOO -© ire correspondant aux « grandes unités » du systéme ire. Quel est le procédé le plus simple permettant de consti- tuer la somme de 11 F & l'aide de ces pidces? Il est clair que les ~ O@© a 4 Jeux avec Vinfini font 11 F et qu’il est impossible d’utiliser moins de trois pigces pour constituer cette somme. De la méme fagon, “Oo font 9 F, et de méme encore OOO-O » font au total 15 F. Essayez d'exprimer ainsi n’importe quel nombre entier compris entre I et 15 avec les pidces suivantes = OOO et vous verrez qu'on les obtient tous en utilisant chacune de ces pices une seule fois au maximum (est-i-dire soit une fois, soit 2éro fois). Notons que nous ne pourrons pas obtenir 16 avec une seule pice de chaque sorte, ce qui n’a rien d’étonnant, car 2X 8= 16, et la« seizaine » est précisément, dans ce systéme, ia « grande unité » suivante, qui s'éerira done « 10.000 », tandis que 11, comme le montre le dessin (1), s’érira = «10l1 >, C'est-a-dire une piéce de 1, une de 2, 0 de 4 et 1 de 8. De méme, sur les dessins (2) et (3), nous voyons que 9 et 15 s'écri- ront respectivement «1001 » et «1111 », Deux signes suffisent, par conséquent, & exprimer tous les nombres. Tin’est pas inutile de s’exercer au procédé inverse, qui consiste A partir du systéme binaire pour le « traduire » en écriture déci- male : 11101 dans le systéme binaire = 1 fois 1, 1 fois 4, 1 fois 8, | fois 16, soit 1+ 4+ 8+ 16 = 29 en écriture décimale. ‘A quoi les systémes de numération peuvent-ils bien nous ser- vir? D'abord, il est infiniment plus facile d’effectuer des opéra- tions en mettant un peu d’ordre dans les nombres. Pour effec- Fragmentation de la suite infinie des nombres 35 tuer une addition, il vaut mieux additionner part les unités, puis les dizaines, puis les centaines, et ainsi de suite. Le soir, en comptant la recette de la journée, notre commercant se gar- dera bien de mélanger ses’ pidces de monnaie et ses billets de banque; il comptera séparément les piéces accumulées dans chaque tiroir et additionnera ensuite les résultats ainsi ‘obtenus. Le principe de la commodité n’a pas peu contribué & l’évolu- tion des mathématiques. L’opération la plus « incommode » est sans aucun doute la division, et le mal que I'on avait & cffectuer certaines divisions n'a certainement pas été étranger & Ia fragmentation de la suite numérique. Rares sont, en effet, les divisions qui ne laissent pas de reste. Certes, il existe des nombres sympathiques qui en contiennent exactement certains autres. C'est le cas de 60, par exemple, pi 1x 60 2x 30 3x 20 4x 15 5x 12 6 x 10 c'ested-dire que 60 contient (sans reste) les nombres 1,2, 3.4, 5, 6 10, 12, 15, 20, 30 et 60. Si nous voulons diviser’un grand nombre par un de ces 12 nombres (encore que 1 « ne multiple pas et ne divise pas »), il convient de se rappéler que le dvidende, cest-dire le nombre qu'on veut diviser, est lui aussi formé unites, Isolons done un « paquet » de 60 unités, puis un autre aguet, et ainsi de suite. On verra que la division de ces mul- liples de 60 n’offre pas de grosses difficultés, Par ailleurs, le plus grand reste possible, dans ces divisions, sera de 59, qui n'est pas un nombre bien effrayant. Compte tenu de ces faclités, c'est par « soixantaines » qu’ conviendrait de fragmenter les grands nombres. Et, de fait, dans leurs calculs astronomiques (qui comportaient pas mal de divisions désagréables) les Anciens recouraient au systéme de numération & base 60’ pour mesurer les angles et le temps. Aujourd’hui encore, ce que nous appelons un degré dans la mesure des angles, c'est Ia 6 x 60 = 360° partie du cercle complet, et un degré se subdivise en 60 minutes, une minute en 60 secondes; de méme pour la mesure du temps, 36 Jeux avec Pinfini Malheureusement, 60 est un nombre relativement grand, qui nest pas toujours facile & manier. Parmi les nombres v sins de 10, c'est 12 qui admet le plus grand nombre de di 1x12 n= Bs 6 3x 4 1,2, 3,4, 6,12, soit six diviseurs, alors que 10 ne peut ére divisé sans reste que par quatre nombres (I, 2, 5 et 10), Certaines traces de I'usage du syst8me & base 12 subsistent encore de nos jours : l'année comporte 12 mois, et l'on dit couramment une ‘ douzaine » pour désigner 12 objets. Si pourtant le systéme décimal T'a emporté, c'est que I'homme a été plus influencé par ses jeux avec les doigts que par ces considérations de calcul. Les Frangais gardent méme le souvenir d'une époque od ce jew Sétendait aux ortells : appeler 80 « quatre-vingts », c’esi-i- dire quatre fois vingt, dénote sans doute l'existence d'un ancien systtme de numération & base 20. ; Mais examinons de plus prés le systeme décimal et, en parti- calier, les avantages qu'il comporte pour la division. Ce systéme est particuligrement « avantageux » si nous voulons effectuer tune division par un des diviseurs de 10, c'esta-dire 2, 5 ou 10 Iuieméme. 10 contient exactement ces diviseurs, et il en est de méme pour tous les multiples entiers de 10 : 3.x 10 = 20, 3x 10 = 3, .. 10 x 10= 100, et par conséquent 2 x 100 = 200, 3 x 100 = 300, .. 10 x 100 = 1 000, ete. Done 2, 5 et 10 sont contenus sans reste dans toutes les dizaines, dans toutes Jes centaines, dans tous les millers, et ainsi de suite; mais les unites, qui sont inférieures & 10, les contiennent-elles? 10 est supérieur & toutes es unités, qui ne peuvent donc étre divisibles ‘par lu: euls sont, par conséquent, dvisibles par 10 es nombres ont le demier chifre n'est pas une unité,c'est-d-dire est un 0. D’ob la régle bien connue, selon laquelle seus les nombres se terminant par un 0 sont divisibles par 10. Quant & 5, la seule tunité qu'il divise est lui-méme. Par conséquent, sont divisibles par 5 les nombres se terminant par 0 (puisqu'ils sont divisibles par 10) ou par 5. Enfin, ls unitésdivsibles par 2 sont: 2,4, 6,8; sont, par conséquent, divisibles par 2les nombres se terminant par 0,2, 4,6 0u 8, qu'on appelle les nombres pairs. ‘Mais '€numération des diviseurs de 10 n'épuise pas toutes les Fragmentation de la suite infinie des nombres 37 possibilités offertes par le systéme décimal. La « grande unité » suivante de ce systéme est 100. Aussi est-il facile de faire un sort aux diviseurs de 100. 4, par exemple, qui n'est pas exacte- ‘ment contenu dans 10, lest dans 100, puisque 4 x 25 — 100. 4 est donc exactement contenu dans 2 x 100 = 200 et dans toutes les centaines, dans 19 x 100 = 1 000 et dans tous les millers, etc. Mais est-il exactement contenu dans les dizaines et dans les unités inférieures 4 10? Non, mais dans certaines seulement. D’od la régle : pour savoir si un nombre quel- conque, aussi grand que l'on voudra, est divisible par 4, il suffit de considérer ses deux derniers chiffres. Par exemple 3.478 524 xt divisible par 4, puisque 24 rest — et 3.478 500 aussi. Un simple regard sur les deux derniers chiffres nous a suffi pour ‘rancher la question, comme si les cing autres chiffres n'avaient méme pas existé. De méme, un simple regard suffit pour savoir que 312.486 434 n'est pas divisible par 4, car 34 n’est pas un multiple de 4, Considérons maintenant ies diviseurs de 1 000. Par exemple, 8 n'est pas un diviseur de 100, car, si 80 contient 8 sans laisser de reste, ce n’est pas, en revanche, le cas de 20 (qu'il faut ajouter 4 80 pour obtenir 100). Mais 8 est bien un diviseur de 1 000, car 1000 peut s'écrire 800 + 160 + 40, et chacun de ces nombres contient exactement 8. En conséquence, 8 est contents sans reste dans tous les multiples entiers de 1 000, de 10.000, de 100 000, ete.; et pour savoir si un nombre, aussi grand que Von voudra, est divisible par 8, il suffit de considérer les trois, derniers chiffres. ‘Nous possédons donc un « truc » pour décider si un nombre quelconque est divisible par un autre nombre quelconque; il suffit d’examiner si ce dernier est un diviseur de 10, auquel cas, le chiffre des unités nous permet a lui seul de nous prononcer. Sinon, il faut aller plus loin et se demander si le nombre en question est un diviseur de 100, de 1 000, de 10.000, etc. Bien entendu, il existe des nombres qui ne divisent ni 10, ni 100, ni 11000, ni aucune des « grandes unités » du systéme décim: C'est méme le cas de la majorité des nombres. Mais des investi- gations comme celles qui précédent permettent aussi de découvrir En Jeux avec Piafint tun certain nombre de régularités dans les nombres qui ne divisent ni 10 ni aucune puissance de 10. Le cas le plus simple est celui de 9 : 10 = 9 + 1, 100 = 99 + 1, 1000 = 999 + 1, . Crest-a-dire que 9 ne divise ni 10, ni 100, ni 1 000, car Nopé- ration laisse toujours un reste de 1; mais ce seul fait, & savoir que le reste est toujours égal & 1, nous fait découvrir tune régle de divisibilité fort simple : si 10 divisé par 9 laisse un reste de 1, 20 divisé par 9 laissera un reste de 2, 30 un reste de 3, et, d’une fagon générale, le reste sera égal au chile par lequel nous avons ‘miultiplié 10 pour obtenir le dividende. De méme, si nous divi- sons 100 par 9, le reste sera de 1, si nous divisons 200 par le méme nombre, le reste sera de 2, et, d’une fagon générale, le reste sera égal au chiffre par lequel il a fallu multiplier 100 pour obtenir le dividende. Et ainsi de suite pour toutes les puissances de 10. Done, pour savoir si un nombre est divisible par 9, il suffit de décomposer ce nombre en unités, en dizaines, en cen- taines, etc. Par exemple : 234 = 2 centaines + 3 dizaines + 4 unités, En divisant les 2 centaines par 9, on aura un reste de 2; en effectuant la méme opération avec les 3 dizaines, le reste sera de 3; avec les 4 unités, le reste sera de 4. Le reste sera au total 24344 24344=9 : qui est évidemment divisible par 9. Le reste étant un nombre divisible par 9, 234 lest aussi. Voici donc la régle que nous cherchions : un nombre est divisible par 9 si, en additionnant les chiffres qui le composent, on obtient un nombre divisible par 9. Cette somme étant dans le cas des nombres composés de plusieurs chifftes bien inféricure au nombre lui-méme, un simple regard permet de décider si le nombre est divisible ou non par 9. Soit, par exemple, le nombre 2 304 576, La somme de ses chiffres est 2H3$44S4746=27 et il suffit de connaitre sa table de multiplication pour savoir que ce dernier nombre est divisible par 9. Si on a oublié sa table, Fragmentation de la suite infinie des nombres 39 on peut méme faire 2 + 7 = 9 et trouver ainsi le résutat... En revanche : 2308 577 n'est pas divisible par 9, parce que 2HB44+SHE 7+ I= BW nombre qui n'est pas divisible par 9. Toutes ces considérations visent & tourner les diffcultés que comporte la division. Mais ces « détours » eux-mémes permet- tent de découvrir des relations intéressantes. Nous examinerons bient6t de plus prés les divisions qui Iaissent des rests, et cela nous ouvrira des perspectives vers les conceptions mathéma- tiques les plus audacieuses. 4. L’apprenti sorcier La notion de divisibilité permet de découvtir bien des curio-| sités qu'l vaut la peine d'examiner de plus prés. Par exemple, il existe des nombres « amis ». On dit que deux nombres sont amis si la somme des diviseurs de l'un est égale a V'autre et réciproquement (le nombre lui-méme ne compte pas parmi les « vrais » diviseurs : ainsi, les diviseurs de 10 sont 1, 2 et 5). 220 et 284 sont des nombres « amis » parce que ie gpm opaaae 4x TL Hig La somme des diviseurs de 220 est 142444 5+ 104 1 + 20422444 + 55 + 110 = 284 ct celle des diviseurs de 284 est 142444 71+ 142 = 20. I existe méme des nombres « parfaits », égaux a la somme| de leurs diviseurs. Par exemple 6, dont les diviseurs sont| 12et3: 1+2+3=6 Les Anciens attribuaient certaines propriétés magiques & ces nombres; aussi des recherches furent-elles entreprises pour les découvrir tous. Citons parmi eux 28, dont la « perfection » est facile & verifier 1x 28 =)2x14 4x7 1+ 244474 14 = 28, 2 L’apprenti sorcier 4 Les autres nombres parfaits sont bien plus grands. I! s'agit toujours de nombres pairs. On a méme formule une « recette » permettant d’engendrer des nombres parfaits, mais nous ne savons toujours pas si elle nous fournit tous les nombres par- faits, ou si son application s’aréte & un certain niveau. On n'a pas encore trouvé de nombres impairs qui soient parfits; en existe-il? Ia question reste ouverte. De quoi s'agitil exactement? L’homme, pour sa. propre commodité, a créé la suite des nombres naturels, qui, permet de compter les objets et de faire un certain nombre d'opérations. Seulement, bien que ayant créée, "homme n’a pas la maitrse de cette suite : elle posséde désormais ses propres régles, que homme n’avait absolument pas prévues. Tel un apprenti sorcier, il contemple, les yeux éblouis, les djinns qu'il a libérés Le mathématicien erée, & partir de rien, un univers nouveau. Mais les régularités mystérieuses et inatiendues de cet univers <

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