RSE: Adaptation et Évolution
RSE: Adaptation et Évolution
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
LA
RESPONSABILITE
SOCIALE
DES
ENTREPRISES
UN
CONCEPT
QUI
S’ADAPTE
AUX
CONTEXTES
SOCIAUX,
ECONOMIQUES
ET
CULTURELS
Promotion
2008-‐2013
Sciences-‐Po
Toulouse
0
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
AVANT-‐PROPOS
Etudiante
à
l’IEP
de
Toulouse
depuis
2008,
j’ai
dès
la
troisième
année
orienté
mon
parcours
vers
l’international
en
passant
une
année
aux
Etats-‐Unis.
Ce
choix
a
été
renforcé
lors
de
mes
deux
années
de
master
avec
une
4ème
année
en
Relations
Internationales
et
une
5ème
année
en
Affaires
Internationales
et
Stratégie
d’Entreprise.
C’est
dans
ce
contexte
que
le
sujet
de
mon
mémoire
de
fin
d’études
a
pris
forme.
Mes
études
en
Relations
Internationales
m’ont
permis
d’étudier
notamment
la
mondialisation
avec
ses
conséquences
tant
positives
que
négatives
mais
aussi
les
grandes
organisations
internationales
et
leur
travail
d’universalisation
de
grands
principes.
En
décidant
de
poursuivre
en
Master
Affaires
Internationales
et
Stratégie
d’Entreprise,
je
souhaitais
donner
à
mon
parcours
un
accent
plus
concret
et
tourné
vers
le
monde
des
entreprises
et
du
management.
La
Responsabilité
Sociale
des
Entreprises
–
sujet
général
de
mon
mémoire
-‐
s’inscrit
dans
cette
association
des
deux
masters.
Elle
occupe
depuis
plusieurs
décennies
une
place
importante
au
sein
des
organisations
internationales.
Elle
est
également
inhérente
aux
stratégies
des
entreprises.
C’est
au
fur
et
à
mesure
de
mes
lectures
que
mon
intérêt
s’est
recentré
sur
l’étude
de
la
RSE
au
travers
des
périodes
pour
comprendre
comment
elle
a
été
influencée
par
les
différentes
époques
qu’elle
a
traversé
et
comment
elle
a
réussi
à
s’adapter
et
évoluer
en
fonction
des
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
pour
ressortir
toujours
plus
forte
et
indispensable.
1
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
REMERCIEMENTS
Je
tiens
sincèrement
à
remercier
Mme
Marie-‐Christine
Monnoyer,
ma
directrice
de
mémoire,
d’abord
pour
avoir
accepté
d’être
ma
responsable
malgré
ses
multiples
occupations
mais
aussi
et
surtout
pour
ses
précieux
conseils
et
ses
interventions
pour
m’aiguiller
sur
ce
sujet
passionnant.
Son
soutien,
ses
éclairages
et
ses
opinions
m’ont
été
d’une
très
grande
aide.
Je
remercie
également
toutes
les
personnes
qui
ont
répondu
à
mes
deux
questionnaires.
Mon
sujet
étant
très
large,
leurs
réponses
m’ont
permis
de
compléter
mes
connaissances
et
d’orienter
mon
sujet
sur
ce
qu’il
est
aujourd’hui.
J’ai
été
très
agréablement
surprise
de
leurs
disponibilités
et
de
leur
enthousiasme
face
à
mon
étude.
A
leur
demande,
Je
ne
manquerai
pas
de
leur
transmettre
la
version
définitive.
Je
remercie
aussi
très
chaleureusement
Mme
Evelyne
Pichenot,
qui
a
pris
une
attention
toute
particulière
pour
répondre
à
mes
questions
et
pour
les
références
et
documents
exceptionnels
fournis.
Je
remercie
enfin
ma
famille,
en
particulier
mes
parents,
et
mes
amis
pour
leur
soutien
de
tous
les
instants.
Enfin,
je
souhaite
remercier
toutes
les
personnes
qui,
de
près
ou
de
loin,
ont
pu
participer
à
ce
mémoire.
2
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
AVERTISSEMENT
L’IEP
de
Toulouse
n’entend
donner
aucune
approbation,
ni
improbation
dans
les
mémoires
de
fin
d’étude.
Ces
opinions
doivent
être
considérées
comme
propres
à
leur
auteur(e).
3
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
ABREVIATIONS
BIT
Bureau
International
du
Travail
CEN
Comité
Européen
de
Normalisation
CESE
Comité
Economique
et
Social
Européen
CNGA
China
National
Garment
Association
CNTAC
China
National
Textile
&
Apparel
Council
CO2
Dioxyde
de
Carbone
COFRAC
Comité
Français
d’Accréditation
CTIA
China
Textile
Industry
Association
DD
Développement
Durable
EFQM
European
Foundation
for
Quality
Management
ESG
Environnement,
Social,
Gouvernance
FTA
Foreign
Trade
Association
GRI
Global
Reporting
Initiative
ICA
Institut
de
Certification
des
Auditeurs
ISR
Investissement
Socialement
Responsable
MEP
Ministère
de
la
Protection
de
l’Environnement
(en
Chine)
MIIT
Ministère
des
Technologies
de
l'Industrie
et
de
l'Information
NTIC
Nouvelles
Technologies
de
l’Information
et
de
la
Communication
OCDE
Organisation
de
Coopération
et
de
Développement
Economiques
OIT
Organisation
Internationale
du
Travail
OMC
Organisation
Mondiale
du
Commerce
OMD
Objectifs
du
Millénaire
pour
le
Développement
ONG
Organisation
Non
Gouvernementale
ONU
Organisation
des
Nations
Unies
ORSE
Observatoire
sur
la
Responsabilité
Sociétale
des
Entreprises
OSC
Organisations
de
la
Société
Civile
PCC
Parti
Communiste
Chinois
PIB
Produit
Intérieur
Brut
PNUD
Programme
des
Nations
Unies
pour
le
Développement
PNUE
Programme
des
Nations
Unies
pour
l’Environnement
RSE
Responsabilité
Sociale
des
Entreprises
SAI
Social
Accountability
International
SSRO
Service,
Support,
Research
and
Others
UE
Union
Européenne
UICN
Union
Internationale
pour
la
Conservation
de
la
Nature
UITA
Union
Internationale
des
Travailleurs
de
l’Alimentaire
4
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
SOMMAIRE
AVANT-‐PROPOS ............................................................................................................................... 1
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................ 2
AVERTISSEMENT ............................................................................................................................. 3
ABREVIATIONS ................................................................................................................................. 4
SOMMAIRE ......................................................................................................................................... 5
INTRODUCTION
................................................................................................................................
7
I.
QUELQUES
EXPLICATIONS
SUR
LE
SUJET
.......................................................................................
7
1.
LES
TROIS
TERMES
DU
CONCEPT
DE
RSE
........................................................................................
7
2.
LES
DEFINITIONS
DE
LA
RSE
..............................................................................................................
8
3.
LES
EVOLUTIONS
DE
LA
RSE
..............................................................................................................
9
II.
L’ORIENTATION
DE
NOTRE
SUJET
................................................................................................
9
1.
LES
TENSIONS
DU
SUJET
......................................................................................................................
9
2.
LA
PROBLEMATIQUE
ET
NOTRE
HYPOTHESE
.................................................................................
10
3.
POURQUOI
L’EXEMPLE
DE
LA
CHINE
?
............................................................................................
10
CHAPITRE
I
:
LA
RSE,
DES
ORIGINES
A
NOS
JOURS,
UNE
PREDOMINANCE
DU
MONDE
OCCIDENTAL
..................................................................................................................
14
I.
LES
PREMISSES
DE
LA
RSE
AVANT
LE
20EME
SIECLE
...............................................................
14
1.
L’ÉGLISE
CATHOLIQUE,
LE
PAPE
ET
SES
CROYANTS
.....................................................................
14
2.
LE
PATERNALISME
OU
«
COMPORTEMENT
SOCIETALEMENT
RESPONSABLE
»
........................
15
3.
L’ETHIQUE
PERSONNELLE
DU
DIRIGEANT
AMERICAIN
................................................................
17
II.
LE
DEVELOPPEMENT
DU
CONCEPT
DE
LA
RSE
DANS
LE
CONTEXTE
ANGLO-‐SAXON
DU
20EME
SIECLE
.........................................................................................................................................
18
1.
LES
DEBUTS
THEORIQUES
AVANT
LA
SECONDE
GUERRE
MONDIALE
.......................................
18
2.
LES
ANNEES
1953-‐1963,
LA
DECENNIE
FONDATRICE
DU
CONCEPT
«
MODERNE
»
DE
RSE
...
...............................................................................................................................................................
19
3.
LA
RICHESSE
DU
DEBAT
A
TRAVERS
LES
PUBLICATIONS
DES
ANNEES
1970
..........................
21
III.
L’ENGAGEMENT
DES
INSTANCES
INTERNATIONALES
DANS
LE
DERNIER
TIERS
DU
20EME
SIECLE
..................................................................................................................................................
23
1.
LA
REPRISE
DU
CONCEPT
DE
RSE
...................................................................................................
23
2.
LE
DEVELOPPEMENT
DURABLE
OU
THEORISATION
D’UN
NOUVEAU
CONCEPT
.......................
27
5
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
CHAPITRE
II
:
LA
RSE,
AU
TEMPS
DE
LA
MONDIALISATION,
UNE
DIFFUSION
PLUS
LARGE
DU
CONCEPT
....................................................................................................................
32
I.
LE
TEMPS
DES
ENGAGEMENTS
MONDIAUX
–
LA
RSE,
UN
PROJET
MOBILISATEUR
.....................
32
1.
LA
REVOLUTION
DE
L’INFORMATIQUE
ET
DES
TELECOMMUNICATIONS
...................................
32
2.
LA
PRESSION
DE
LA
SOCIETE
CIVILE
................................................................................................
37
3.
L’IMPLICATION
DU
CONSOMMATEUR,
EN
TANT
QUE
PERSONNE
INDEPENDANTE
..................
43
II.
LE
TEMPS
DE
LA
NORMALISATION
MONDIALE
–
LA
RSE,
UN
CADRE
SANS
FRONTIERE
............
47
1.
UN
ENCADREMENT
INTERNATIONAL
DE
LA
RSE
DEVENU
NECESSAIRE
...................................
47
2.
LES
OUTILS
DE
LA
RSE
:
D’UNE
DECLARATION
FORMELLE
A
UN
CONTROLE
EXTERNE
.........
48
3.
LES
CONTROLES
:
GAGE
DE
CREDIBILITE
DES
CERTIFICATIONS
RSE
DES
ENTREPRISES
.......
56
III.
LE
TEMPS
DES
PROBLEMES
MONDIAUX
–
LA
RSE,
UNE
REPONSE
MONDIALE
–
DEMONSTRATION
AVEC
LA
CHINE
............................................................................................................................
61
1.
LA
QUESTION
ENVIRONNEMENTALE
–
UN
PREOCCUPATION
CROISSANTE
EN
CHINE
............
61
2.
LA
QUESTION
SOCIALE
-‐
DES
CONDITIONS
DE
TRAVAIL
INACCEPTABLES
EN
CHINE
..............
63
3.
L’OPINION
DE
LA
POPULATION
-‐
UNE
MONTEE
DES
REVENDICATIONS
CHINOISES
................
66
4.
UNE
PRISE
DE
CONSCIENCE
DES
ENJEUX
–
UN
NOUVEAU
REGARD
SUR
LA
RSE
.....................
71
CHAPITRE
III
:
LA
RSE,
AU
XXIEME
SIECLE,
UN
OUTIL
NECESSAIRE
ET
ADAPTABLE
AUX
CONTEXTES
...........................................................................................................................
75
I.
LES
ETAPES
DE
LA
RSE
:
DES
REGIONS
ENGAGEES
....................................................................
75
1.
L’UNION
EUROPEENNE
ET
LA
RSE
.................................................................................................
75
2.
LA
CHINE
ET
LA
RSE
.........................................................................................................................
78
II.
LES
ACTEURS
DE
LA
RSE
:
UNE
CONCEPTION
DES
ECHANGES
DIVERGENTE
............................
81
1.
LE
DIALOGUE
MULTI-‐ACTEURS
EN
UNION
EUROPEENNE
...........................................................
81
2.
UNE
HIERARCHIE
DES
ACTEURS
EN
CHINE
....................................................................................
86
III.
LES
CARACTERISTIQUES
DE
LA
RSE
:
DES
APPROCHES
DIFFERENTES
....................................
92
1.
UNE
POLITIQUE
GLOBALE
EN
UNION
EUROPEENNE
....................................................................
92
2.
UNE
POLITIQUE
PAR
ETAPES
EN
CHINE
.........................................................................................
95
6
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
INTRODUCTION
«
La
Responsabilité
Sociale
des
Entreprises
ne
trouve
tout
son
sens
que
dans
la
culture
qui
l’a
vu
naître
»1
1
Collectif,
sous
la
direction
de
Jacques
Igalens,
Tous
responsables,
2004,
pp
269-‐270.
7
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
entreprises,
et
cela
conduit
à
s'interroger
sur
la
responsabilité
des
autres
structures
(publiques,
associatives,
etc.).
8
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
développement
durable,
fondées
sur
un
comportement
éthique,
le
respect
de
la
loi
en
vigueur
et
des
instruments
gouvernementaux,
et
intégrées
aux
activités
habituelles
de
l'organisme
»7.
Ces
définitions
permettent
de
mettre
en
valeur
les
points
suivants
:
1-‐ La
RSE
couvre
autant
les
aspects
sociaux
qu’environnementaux.
2-‐ La
RSE
n’est
pas
distincte
de
la
stratégie
et
des
opérations
commerciales
–
elle
fait
partie
de
la
politique
managériale
entière
de
l’entreprise.
Il
s’agit
donc
d’intégrer
les
préoccupations
sociales
et
environnementales
dans
ces
stratégies
et
opérations.
3-‐ Un
aspect
important
de
la
RSE
est
la
manière
dont
les
entreprises
interagissent
avec
leurs
parties
prenantes
internes
(dirigeants,
salariés,
employés)
et
externes
(clients,
fournisseurs,
intermédiaires
de
financement,
compagnies
d’assurance,
organisations
non
gouvernementales
(ONG),
investisseurs
et
actionnaires,
représentation
de
l’Etat
à
différentes
échelles,
etc.).
Afin
de
rester
dans
le
cadre
de
mon
sujet,
je
n’aborderai
pas
ici
la
dimension
financière
(Profit)
de
la
RSE,
qui
est
également
un
volet
important.
9
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
droits
communs
à
tous
les
êtres
humains.
En
ce
sens,
l’universalité
implique
bien
un
partage
du
sens,
et
même
un
enrichissement
du
sens
par
l’échange
entre
les
cultures
»9
Dans
le
cadre
de
la
RSE,
sommes-‐nous
vraiment
dans
une
logique
d’échange
et
d’enrichissement
réciproque
?
N’y
a-‐t-‐il
pas
plutôt
une
prédominance
de
l’Occident,
ses
cultures,
ses
valeurs
?
Cette
question
nous
apparaît
être
cruciale
puisque,
si
ce
concept
est
bien
universel,
il
doit
alors
être
facilement
appliqué/applicable
à
travers
le
monde.
Quelle
en
est
la
réalité
à
ce
sujet
:
le
concept
de
RSE
se
diffuse
t-‐il
et
s’intègre
t-‐il
facilement
dans
le
monde
?
10
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
rapidement
ces
dernières
décennies
pour
faire
aujourd’hui
partie
des
acteurs
économiques
les
plus
importants
au
monde.
On
l’associe
même
parfois
à
la
première
puissance
du
monde
et
ce
statut
est
porteur
d’enjeux
mais
aussi
de
responsabilités.
C’est
d’ailleurs
d’abord
dans
ce
cadre
que
la
RSE
apparaît
comme
incontournable
:
de
par
son
importance,
tous
les
radars
se
sont
tournés
vers
elle
et
la
Chine
a
du
aussi
s’adapter
aux
standards
internationaux
pour
«
rester
dans
la
course
».
Mais
à
travers
nos
recherches
(livres,
études,
articles)
et
nos
entretiens
(avec
des
professionnels
de
la
RSE),
un
autre
constat
peut-‐être
défendu
:
alors
que
nous
pourrions
penser
que
la
RSE
en
Chine
n’est
que
le
fruit
de
pressions
et
d’obligations
venues
de
l’extérieur,
la
réalité
nous
démontrait
le
contraire.
En
effet,
depuis
une
petite
dizaine
d’années,
la
Chine
a
«
embrassé
»
la
RSE
et
tend
à
se
l’approprier.
Nombreux
en
Occident
décrient
ce
que
l’on
appellera
ici
la
«
RSE
chinoise
»
car
ils
n’y
trouvent
pas
une
copie
conforme
à
celle
pratiquée
en
Europe
ou
aux
Etats-‐Unis.
Pour
autant,
ce
phénomène
d’appropriation,
réel,
est
très
intéressant
:
il
nous
apprend
beaucoup
sur
la
RSE
et
est
aussi
porteur
d’espoir
pour
toutes
les
régions
qui
n’en
sont
qu’à
leur
début.
11
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
METHODE
Pour
cette
étude,
nous
nous
serons
servis
de
deux
formes
de
«
sources
»
:
11
Lien
vers
le
questionnaire
Chine
ici
+
en
Annexe
1.
Lien
vers
le
questionnaire
UE
ici
+
en
Annexe
2
12
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
13
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
14
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
comme
à
Fourmies
ou
encore
les
émeutes
de
Chicago
en
1886.
Cette
même
époque
donne
naissance
à
une
nouvelle
forme
de
pensée
qui
prendra
le
nom
de
socialisme
et
est
aussi
propice
au
développement
d’un
tout
jeune
syndicalisme.
C’est
dans
ce
contexte
que
l’Eglise
et
de
nombreux
chrétiens
vont
développer
leurs
propres
réflexions
et
se
pencher
sur
cette
question
sociale.
C’est
sur
la
base
de
ces
travaux,
que
l’encyclique
Rerum
Novarum
sera
rédigée.
Elle
condamne
principalement
«
la
misère
et
la
pauvreté
qui
pèsent
injustement
sur
la
majeure
partie
de
la
classe
ouvrière
»
dues
à
une
modification
des
rapports
entre
les
détenteurs
des
moyens
de
production
(ou
capitalistes)
patrons
et
ouvriers.
Le
socialisme
est
également
très
fortement
critiqué
car
entendu
comme
théorie
visant
à
l’abolition
de
la
propriété
privée
et
contribuant
au
développement
de
la
haine
contre
ceux
qui
possèdent.
Le
Pape
Léon
XIII
justifie
aussi
le
droit
de
l’Église
d’intervenir
dans
le
domaine
social,
parlant
alors
de
«
devoir
de
l’Église
».
Elle
dénonce
également
les
excès
du
capitalisme
:
les
patrons
doivent
respecter
la
dignité
de
chaque
homme/ouvrier
;
et
encourage
de
ce
fait
le
syndicalisme
chrétien
et
le
catholicisme
social.
Cette
encyclique
marque
essentiellement
le
coup
d’envoi
de
l’enseignement
doctrinal
de
l’Église
catholique
en
matière
sociale,
plus
qu’une
véritable
influence
dans
les
milieux
professionnels.
Les
pays
de
tradition
catholique
seront
plus
concernés
par
l’engagement
de
chrétiens
exhortant
les
hommes
politiques
à
une
intervention
plus
forte
de
l’État
dans
les
domaines
sociaux.
Certains
comme
Pierre
Letamendia14
voient
également
dans
cette
encyclique
le
début
de
la
constitution
de
la
démocratie
chrétienne,
un
courant
de
pensée
politique
et
religieuse
qui
s’exprime
en
Europe
à
partir
de
la
fin
du
XIXème
siècle.
14
Letamendia
Pierre,
La
démocratie
chrétienne,
collection
Que-‐sais-‐je,
1977
15
Doh
Jonathan
and
Guay
Terrence,
Corporate
Social
Responsibility,
Public
Policy,
and
NGO
Activism
in
Europe
and
the
United
States:
An
Institutional-‐Stakeholder
Perspective,
Journal
of
Management
Studies,
Special
Issue,
Corporate
Social
Responsibility:
Strategic
Implications,
2006
16
Frankenthal
P.,
Corporate
social
responsibility
—
A
PR
invention?
Corporate
Communications,
2001
15
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
travail
en
usine.
Le
paternalisme,
lui,
suppose
l’adhésion
des
travailleurs
comme
le
souligne
Michelle
Perrot.17
L’idée
prend
place
que
la
«
carotte
»
serait
plus
efficace
:
les
politiques
paternalistes
consistent
alors
à
privilégier
les
sanctions
positives
en
récompensant
les
conduites
valorisées
par
les
employeurs
plutôt
que
la
punition.
L’investissement
dans
les
politiques
paternalistes
permet
de
réaliser
des
économies
sur
les
coûts
de
recrutement,
de
diminuer
la
rotation
du
personnel
et
l’absentéisme
et
enfin
de
diminuer
le
nombre
de
conflits.
Il
répond
donc
aux
contraintes
économiques
du
moment
et
vise
aussi
à
intégrer
donc
à
protéger
l’homme
avant,
pendant
et
après,
à
l’échelle
de
la
journée,
de
la
semaine,
de
l’année,
de
la
vie.
Pour
le
patronat,
il
n’y
a
pas
de
contradiction
entre
une
politique
sociale
hardie
et
une
politique
industrielle
innovante.
18
Du
point
de
vue
de
l’ouvrier,
le
paternalisme
est
aussi
un
avantage
incontestable.
Pour
attirer
de
la
main-‐d’œuvre,
l’emploi
industriel
doit
être
désirable
et
l’entreprise
se
doit
donc
de
se
différencier
en
offrant
«
quelque
chose
en
plus
».
Les
entreprises
paternalistes
de
l’époque
pénétraient
tous
les
aspects
de
la
vie
privée
de
ses
ouvriers
:
logement,
consommation,
éducation,
protection
sociale,
loisir,
etc.
Elles
s’occupaient,
par
exemple,
de
prescriptions
d’hygiène
et
de
sécurité
envers
les
salariés
ou
de
l’application
de
la
notion
de
«
juste
salaire
».19
Il
faut
néanmoins
noter
que
cette
relation
est
inégalitaire
:
l’ouvrier,
même
s’il
obtient
de
nombreux
avantages,
devient
alors
totalement
dépendant
de
son
patron
et
de
son
travail.
Perdre
son
emploi
revient
à
perdre
tous
ses
avantages
dont
certains
vitaux
:
logement,
consommation,
etc.
Une
autre
approche,
qui
complète
la
première,
est
celle
culturaliste
qui
aide
à
comprendre
la
réussite
du
système.20
Il
y
a
chez
beaucoup
de
patrons
une
forte
motivation
personnelle
profondément
ancrée,
comme
l’idée
d’une
mission
à
accomplir.
On
dira
par
exemple
que
chez
Jean-‐Baptiste
Godin,
c’est
tout
simplement
l’amour
de
l’humanité
qui
le
pousse
à
ce
devoir.21
Plus
souvent
le
paternalisme
est
très
lié
au
patronat
chrétien.
Cette
attitude
religieuse
se
retrouve
tout
autant
chez
les
luthériens,
voulant
aider
l’ouvrier
à
s’émanciper
de
lui-‐même
que
chez
le
patronat
catholique,
dont
l’une
des
figures
emblématiques
est
sans
doute
Léon
Harmel,
le
dirigeant
de
la
firme
de
textile
du
Val
des
Bois
près
de
Reims
à
la
fin
du
XIXème
siècle.22
Ce
christianisme
aboutit
à
l’identification
de
l’entreprise
à
la
famille,
notamment
en
milieu
catholique.
Le
patron
est
le
père
;
les
ouvriers,
les
enfants.
17
Michelle
Perrot,
historienne
et
féministe
française,
elle
a
notamment
travaillé
sur
les
mouvements
ouvriers,
les
enquêtes
sociales,
la
délinquance
et
le
système
pénitentiaire.
18
Lévy-‐Leboyer
Maurice,
Le
patronat
de
la
seconde
industrialisation,
Cahiers
du
Mouvement
social,
1979
19
Acquier
A.,
Gond
J.P.,
Igalens
J.,
«
Des
fondements
religieux
de
la
responsabilité
sociale
de
l’entreprise
à
la
responsabilité
sociale
de
l’entreprise
comme
religion
»,
Centre
de
Recherche
en
Gestion,
Toulouse,
Cahier
de
recherche
N°
2005
–
166,
Mai
2005
20
Gueslin
André,
Le
paternalisme
revisité
en
Europe
occidentale
(seconde
moitié
du
XIXème,
début
XXème
siècle),
1992
21
Capron
Michel,
Jean-‐Baptiste
Godin,
entrepreneur
de
son
siècle
ou
bâtisseur
du
futur
?
22
Site
de
l’IPLH,
fiche
bibliographique
sur
Léon
Harmel,
lien
ici
16
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Ainsi,
on
pourrait
dire
que
le
paternalisme
repose
tant
sur
une
contrainte
économique
que
sur
des
bases
culturelles
et
religieuses
fortes
qui
ont
permis
sa
diffusion.
C’est
dire
aussi
que
cela
a
correspondu
à
un
certain
stade
du
développement
de
l’entreprise
et
à
un
certain
état
des
cultures
patronales
et
ouvrières.
23
Carnegie
Andrew,
The
gospel
of
Wealth,
1889
24
New
York
Times.
29/08/1919.
Archive
de
l’article
consultable
ici
17
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
II. Le
développement
du
concept
de
la
RSE
dans
le
contexte
anglo-‐
saxon
du
20ème
siècle
18
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
«
conscience
de
l’école
de
commerce
»
pour
proposer
des
discussions
en
dehors
des
cours
sur
différentes
problématiques
sociales,
politiques
et
économiques27.
Peter
Drucker
prétend
quant
à
lui
en
1942
que
les
entreprises
ont
autant
une
dimension
sociale
qu’un
but
économique
dans
son
second
livre
intitulé
«
The
future
of
Industrial
Man
»,
qui
s’intéresse
en
premier
lieu
à
la
responsabilité
et
la
préservation
de
la
liberté.28
La
première
moitié
du
XXème
siècle
est
néanmoins
fortement
marquée
par
la
crise
économique
et
sociale
de
1929
qui
ouvre
une
période
caractérisée
par
la
mise
«
en
berne
»
de
la
conceptualisation
de
la
responsabilité
sociale
de
l’entreprise.
Il
faudra
attendre
le
lendemain
de
la
Seconde
Guerre
Mondiale
pour
que
se
réaffirme
à
nouveau
la
doctrine
de
la
RSE
(années
1950)
qui
va
alors
s’étendre
du
monde
des
affaires
au
monde
académique.
19
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
responsabilités
sociales
des
entreprises
comme
des
«
décisions
et
mesures
prises,
au
moins
partiellement,
pour
des
raisons
qui
vont
au-‐delà
de
l’intérêt
économique
ou
technique
direct
de
l’entreprise…
qui
doivent
être
proportionnelles
à
la
puissance
sociale
de
l’entreprise.
»
Comme
le
démontre
l’ouvrage
d’Howard
Bowen,
la
RSE
puise
ses
fondements
dans
la
religion.
Ce
livre
fait
partie
d’une
série,
débutée
en
1949,
de
six
ouvrages
consacrés
à
l’application
de
la
doctrine
protestante
au
monde
des
affaires
et
aux
problèmes
économiques
contemporains.
Ce
chantier,
initié
par
le
Département
de
l’Église
et
de
la
Vie
Économique
(Department
of
the
Church
and
Economic
Life)32,
consistait
à
donner
aux
protestants
un
corps
de
doctrine
sociale
équivalent
à
celui
que
l’Église
catholique
avait
développé
dans
l’Encyclique
Rerum
Novarum.
L’approche
religieuse
protestante
considère
comme
une
nécessité
de
développer
des
contre-‐pouvoirs
économiques
afin
d’équilibrer
l’influence
des
dirigeants
d’entreprises.
D’un
point
de
vue
académique,
plusieurs
auteurs
présentent
la
religion
comme
un
élément
fondateur
et
une
des
spécificités
essentielles
des
champs
Business
and
Society
et
Business
Ethics,
s’intéressant
aux
relations
entre
l’entreprise
et
son
environnement
sociétal.
Aujourd’hui
encore,
les
discours
managériaux
tout
comme
les
travaux
nord-‐
américains
sur
la
RSE
sont
fortement
influencés
par
cette
conception
religieuse
des
affaires
et
de
l’entreprise.
Michaël
Porter
a
d’ailleurs
comparé
en
2003
la
RSE
à
une
«
religion
avec
trop
de
prêtres
».33
20
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
était
garantie
....
Dans
une
économie
de
«
grandes
entreprises
»
[...]
il
y
a
clairement
autant
besoin
d’un
audit
social
que
d’un
audit
financier
».35
35
Idem
que
35,
p.17
36
Capron
Michel
et
Quairel-‐Lanoizelée
Françoise,
La
Responsabilité
Sociale
d’Entreprise,
Edition
la
Découverte/Repères,
Fév.
2007,
p.
33
37
Sethi
S.
P.,
Dimensions
of
corporate
social
performance:
An
analytic
framework,
California
management
Review,
1975
21
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
b. Les
quatre
catégories
de
responsabilité
des
entreprises
par
Carroll
S’appuyant
sur
le
modèle
de
Sethi,
Carroll
(1979)38
propose
un
modèle
qui
contient
les
quatre
catégories
suivantes
de
responsabilité
des
entreprises
par
ordre
décroissant
d’importance
:
1-‐ Economique
:
être
rentable
2-‐ Juridique
:
obéir
à
la
loi
3-‐ Ethique
:
faire
ce
qui
est
juste
et
équitable
et
éviter
les
préjudices
4-‐ Discrétionnaire/philanthropique
:
être
un
bon
entrepreneur
citoyen
Le
modèle
a
été
validé
par
un
certain
nombre
d’études.
L’étude
d’Aupperle,
Hatfield
et
Carroll
(1983-‐1985)
dont
le
sondage
s’intéressera
à
plus
de
240
patrons
parmi
les
500
de
la
liste
Forbes.
L’analyse
statistique
des
171
déclarations
sur
la
RSE
confirme
qu’il
y
a
bien
4
dimensions
empiriquement
liées
mais
conceptuellement
indépendantes
de
la
RSE
et
qu’elles
ont
bien
des
priorités
différentes.
Pinkston
et
Carroll39
en
1994
effectuent
un
sondage
similaire
parmi
les
manageurs
des
591
meilleures
entreprises
multinationales
dans
le
secteur
de
la
chimie
et
dont
les
sièges
sociaux
sont
en
Allemagne,
Angleterre,
Etats-‐Unis,
France,
Japon,
Suède,
et
Suisse.
Les
résultats
confirment
de
nouveau
le
modèle
de
Carroll
avec
une
petite
exception
pour
l’Allemagne
et
la
Suède
dont
la
responsabilité
légale
est
la
priorité
numéro
un
suivie
ensuite
par
les
aspects
économiques,
éthiques
et
enfin
philanthropiques.
En
comparant
les
résultats
de
1985
avec
ceux
de
1994,
les
auteurs
de
l’étude
constatent
également
que
le
fossé
entre
les
dimensions
économiques
et
légales
diminue,
pendant
que
l’importance
de
la
responsabilité
éthique
augmente
et
que
celle
de
la
philanthropie
diminue.
38
Carroll
A.
B.,
A
three-‐dimensional
conceptual
model
of
corporate
social
performance.
Academy
of
Management
Review,
1979
39
Pinkston
T.
S.
&
Carroll
A.
B.,
A
Retrospective
Examination
of
CSR
Orientations:
Have
They
Changed?
Journal
of
Business
Ethics,
1996
40
Ansoff
H.
Igor,
The
Changing
Shape
of
the
Strategic
Problem,
Schendel
and
Hofer,
Strategic
Management,
1977
22
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
maintenant)
dans
les
années
1960,
et
développées
ensuite
à
travers
le
travail
d’Igor
Ansoff
notamment,
sont
aujourd’hui
au
cœur
des
approches
des
parties
prenantes
dans
le
management
stratégique.
Cette
question
des
parties
prenantes,
telle
qu’elle
est
communément
perçue
aujourd’hui,
sera
développée
et
illustrée
dans
la
troisième
et
dernière
partie
de
cette
étude.
Elle
illustre
une
autre
vision
de
l'entreprise
qui
considère
que
celle-‐ci
n'est
pas
seulement
responsable
devant
les
propriétaires
du
capital
mais
également
devant
un
ensemble
d’acteurs
variés.
Comme
l’écrit
Ansoff,
la
base
de
ce
concept
est
que
«
les
manageurs
ont
besoin
de
comprendre
les
préoccupations
des
actionnaires,
employés,
clients,
fournisseurs,
prêteurs
et
de
la
société,
afin
d’élaborer
des
objectifs
qui
seront
soutenus
par
le
plus
grand
nombre
d’acteurs.
Ce
soutien
est
nécessaire
pour
le
succès
à
long
terme.
Par
conséquent,
la
direction
devrait
explorer
activement
ses
relations
avec
toutes
les
parties
prenantes
afin
d’élaborer
des
stratégies
».41
Vue
d'ensemble
des
perspectives
théoriques
Ainsi,
les
courants
principaux
représentent
la
RSE
comme
mettant
l'accent
sur
les
questions
d'éthique,
l'audit
social
et
l'approche
des
parties
prenantes,
dimension
sociale
du
management
stratégique.
Il
convient
de
noter
que
le
développement
durable
ne
figurait
pas
encore
dans
les
questions
relatives
aux
responsabilités
des
entreprises.
Ces
questions
étaient
plus
liées
à
l'économie
de
l'environnement
mise
en
place
pour
répondre
à
une
situation
où
les
ressources
se
font
rares
et
pour
veiller
à
ce
que
les
coûts
et
les
avantages
des
mesures
environnementales
soient
bien
équilibrés.
41
Source
identique
23
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
dégradation
insidieuse
de
l’environnement.
»42
Dans
cet
esprit,
l’OCDE
lance,
en
1976,
les
Principes
directeurs
de
l’OCDE
pour
les
entreprises
multinationales43,
et
dont
la
dernière
révision
a
eu
lieu
en
mai
2011.
Ces
principes
«
visent
à
faire
en
sorte
que
les
activités
des
entreprises
multinationales
s’exercent
en
harmonie
avec
les
politiques
des
gouvernements,
à
renforcer
la
confiance
mutuelle
entre
les
entreprises
et
les
sociétés
dans
lesquelles
elles
exercent
leurs
activités,
à
améliorer
l’environnement
pour
l’investissement
étranger
et
à
accroître
la
contribution
des
entreprises
multinationales
au
développement
durable.
»
Les
multinationales
sont
donc
exhortées
d’agir
en
conformité
avec
les
politiques
gouvernementales
et
les
attentes
de
la
société.
Concrètement,
ces
principes
directeurs
sont
des
recommandations
concernant
une
conduite
responsable
des
affaires
adressées
par
les
gouvernements
aux
entreprises
multinationales
opérant
dans
ou
depuis
les
33
pays
qui
ont
souscrit
à
ces
principes.
Si
de
nombreuses
entreprises
ont
développé
leur
propre
code
de
conduite
au
cours
de
ces
dernières
années,
les
principes
directeurs
de
l’OCDE
constituent
le
seul
code
complet
et
approuvé
au
niveau
multilatéral
que
les
gouvernements
s’engagent
à
promouvoir.
Les
principes
directeurs
de
l’OCDE
présentent
deux
aspects
positifs
:
1-‐ ils
couvrent
un
éventail
assez
large
de
questions
et
donnent
ainsi
une
vision
plus
globale
des
réalités
de
l’entreprise.
L’OCDE
s’intéresse
aux
normes
environnementales
et
de
travail,
mais
aussi
à
la
lutte
contre
la
corruption
et
aux
intérêts
des
consommateurs.
Les
différents
thèmes
couverts
par
ces
principes
sont
:
• la
publication
d’informations,
• l’emploi
et
les
relations
professionnelles,
• l’environnement,
• la
lutte
contre
la
corruption,
• les
intérêts
des
consommateurs,
• les
sciences
et
les
technologies,
• la
concurrence,
• la
fiscalité.
2-‐ Ils
s’accompagnent
d’un
processus
de
contrôle
et
de
procédures
de
sanctions
prévoyant
qu’une
des
parties
prenantes
puisse
saisir
l’OCDE
si
elle
estime
qu’il
y
a
non-‐respect
des
principes
signés.
L’OCDE
jouera
le
rôle
d’arbitre
et
si
aucune
solution
ne
se
dégage
pour
régler
le
désaccord,
le
litige
sera
rendu
public.
Cette
possible
pression
ou
sanction
médiatique
joue
un
rôle
incitatif.
Ces
travaux44
font
de
l’OCDE
un
acteur
très
important
sur
la
scène
internationale
notamment
en
termes
de
gestion
sociale
et
environnementale
de
l’entreprise.
42
Site
de
l’OCDE
en
français
:
[Link]
43
Site
de
l’OCDE,
page
sur
les
principes
directeurs
sur
ce
lien.
44
Il
en
existe
bien
d’autres
comme
la
promotion
de
la
coopération
dans
le
domaine
de
l’investissement
international
ou
la
rédaction
d’un
code
de
conduite
sur
le
gouvernement
d’entreprise.
24
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Ces
lignes
directrices
sont
suivies
l’année
suivante
par
la
déclaration
tripartite
de
l’OIT
sur
les
entreprises
multinationales
et
leur
politique
sociale
qui
ont
permis
de
lancer
le
concept
de
la
RSE.
b. Les
principes
de
la
RSE
et
l’Organisation
Internationale
du
Travail45
L’OIT
a
été
créée
en
1919
par
le
traité
de
Versailles
pour
promouvoir
la
justice
sociale
par
l’amélioration
des
conditions
de
vie
et
de
travail
dans
le
monde.
Devenue
institution
spécialisée
de
l’ONU
en
1946,
elle
élabore,
développe
et
promeut
de
manière
globale,
un
système
de
normes
internationales
du
travail.
En
1944,
la
Conférence
Internationale
du
Travail
adopte
la
Déclaration
de
Philadelphie
qui
redéfinit
les
buts
et
objectifs
de
l’organisation
en
se
basant
sur
les
principes
suivant
:
• Le
travail
n’est
pas
une
marchandise
• La
liberté
d’expression
et
d’association
est
une
condition
indispensable
d’un
progrès
soutenu
• La
pauvreté,
où
qu’elle
existe,
constitue
un
danger
pour
la
prospérité
de
tous
• Tous
les
êtres
humains,
quels
que
soient
leur
race,
leur
croyance
ou
leur
sexe,
ont
le
droit
de
poursuivre
leur
progrès
matériel
et
leur
développement
spirituel
dans
la
liberté
et
la
dignité,
dans
la
sécurité
économique
et
avec
des
chances
égales.
Afin
d’obtenir
des
résultats
concrets,
l’Organisation
rassemble
les
employeurs,
les
salariés,
et
les
gouvernements
autour
d’objectifs
communs.
Elle
encourage
aussi
les
réunions
tripartites
et
accorde
une
importance
particulière
au
dialogue
et
à
la
concertation
sociale.
Dans
cet
esprit
et
afin
de
concrétiser
les
avancées
obtenues
grâce
au
tripartisme,
l’OIT
a
établi
une
série
de
normes
internationales
du
travail
sous
forme
de
conventions
ou
de
recommandation,
destinées
à
guider
l’action
nationale
des
pays
membres
et
à
promouvoir
une
meilleure
qualité
de
vie
au
travail
à
un
niveau
internationale.
C’est
donc
en
1977
que
l’OIT
adopte
la
Déclaration
Tripartite
sur
les
entreprises
multinationales
et
la
politique
sociale.
Cette
déclaration,
rééditée
deux
fois
et
traduite
en
de
nombreuses
langues,
offre
des
lignes
de
conduite
pour
les
multinationales,
les
gouvernements,
les
employeurs
et
les
salariés
dans
des
domaines
tels
que
l’emploi,
la
formation,
les
conditions
de
travail
et
de
vie
et
les
relations
professionnelles.
46
Il
faut
noter
que
cette
question
de
la
responsabilité
sociétale
des
entreprises
a
été
fortement
débattue
au
sein
de
l’organisation.
En
effet,
ce
concept
fait
entrer
un
45
Site
en
français
de
l’OIT
:
[Link]
46 ème
4
édition
du
texte
en
français
de
l’OIT
25
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
nouvel
interlocuteur
dans
les
discussions
:
les
ONG.
Ceci
introduit
un
changement
non
négligeable
dans
le
modèle
tripartite
habituel
(employeurs,
salariés
et
gouvernements).
En
2012,
l’OIT
rassemblait
185
États
membres47.
Le
secrétariat
permanent
de
l’organisation,
le
Bureau
international
du
Travail
(BIT)
suit
les
évolutions
en
matière
de
RSE
et
effectue
les
différentes
recherches
sur
ce
thème.
Il
a
également
mis
en
place
une
coopération
avec
les
Nations
Unies
pour
l’élaboration
du
Pacte
Mondial
des
Entreprises,
le
Global
Compact.
26
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Trois
principes
relatifs
à
l’environnement51
v Principe
7:
Les
entreprises
sont
invitées
à
appliquer
l'approche
de
précaution
aux
problèmes
touchant
à
l'environnement
v Principe
8:
Les
entreprises
sont
invitées
à
prendre
des
initiatives
tendant
à
promouvoir
une
plus
grande
responsabilité
en
matière
d'environnement
v Principe
9:
Les
entreprises
sont
invitées
à
favoriser
la
mise
au
point
et
la
diffusion
de
technologies
respectueuses
de
l'environnement
Un
principe
relatif
à
la
lutte
contre
la
corruption52
v Principe
10:
Les
entreprises
sont
invitées
à
agir
contre
la
corruption
sous
toutes
ses
formes,
y
compris
l'extorsion
de
fonds
et
les
pots-‐de-‐vin
Ces
principes
représentant
le
modèle
qui
oriente
de
nombreuses
entreprises
occidentales
dans
l’adoption
des
principes
et
des
valeurs
d’une
démarche
RSE.
Ils
sont
entrés
en
application
officiellement
le
26
juillet
2000.
En
mai
2013,
le
site
du
Pacte
Mondial
dénombrait
plus
de
10
000
participants
dont
7000
entreprises
adhérentes
dans
145
pays.53
27
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Aujourd’hui
le
développement
durable
est
considéré
comme
comportant
trois
dimensions55
:
1-‐ un
pilier
économique
(efficacité
économique)
:
optimiser
des
variables
de
la
croissance
(investissements,
échanges,
compétitivité,
etc.)
en
évitant
de
transmettre
une
charge
d’endettement
aux
générations
futures.
Le
rapport
Brundtland
recommande
une
poursuite
de
la
croissance
qui
prend
en
considération
les
dimensions
sociales
et
environnementales
du
développement
(cf.
la
mise
en
place
quelques
années
plus
tard
de
la
RSE)
c’est-‐à-‐dire
la
recherche
d’une
croissance
plus
qualitative
que
quantitative
(réduire
le
gaspillage,
les
déchets,
etc.).
Le
développement
durable
amène
donc
inévitablement
à
repenser
les
modes
de
production
et
de
consommation
afin
d’améliorer
les
conditions
de
vie
matérielles.
2-‐ un
pilier
social
(justice
sociale
ou
bien-‐être
social)
:
satisfaire
les
besoins
en
santé,
éducation,
habitat,
emploi,
prévention
de
l’exclusion,
équité
intergénérationnelle,
lutter
contre
la
pauvreté.
Le
rapport
Brundtland
recommande
une
croissance
socialement
plus
équitable
et
prenant
en
compte
l’intérêt
commun
pour
une
meilleure
cohésion
sociale
et
la
réalisation
d’un
réel
progrès
à
l’échelle
de
la
société
(équité
intra-‐
générationnelle).
Le
développement
durable
prône
une
économie
redistributive
où
tous
les
individus
bénéficient
de
la
plus-‐value
des
activités
productives.
3-‐ Un
pilier
environnemental
(préservation
de
l’environnement)
:
préserver
l’environnement,
la
diversité
des
espèces
et
les
ressources
naturelles
et
énergétiques
pour
les
générations
futures.
Le
rapport
de
Brundtland
met
l’accent
sur
la
lutte
contre
la
pollution
(air,
terre,
eau)
et
sur
la
préservation
des
ressources
non
renouvelables
(équité
intergénérationnelle).
C’est
ce
que
l’on
appelle
aussi
le
«
triple
bottom
line
».
L’expression
«
people,
planet,
profit
»
ou
«
les
trois
P
»
est
souvent
employée
pour
traduire
cette
triple
performance
de
l’entreprise.
b. Le
Sommet
de
la
Terre
de
Rio
et
ses
27
principes
Les
principes
définis
au
Sommet
de
la
Terre
de
Rio
de
Janeiro
en
1992
(Conférence
des
Nations
Unies
sur
l’environnement
et
le
développement)
reprennent
les
idées
du
rapport
Brundtland
qui
définit
le
développement
durable
comme
«
un
développement
qui
répond
aux
besoins
du
présent
sans
compromettre
la
capacité
des
générations
futures
de
répondre
aux
leurs
».
55
[Link]
28
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
La
convention
de
Rio
de
199256
a
formulé
27
principes
en
matière
de
développement
durable
dans
neuf
peuvent
être
repris
dans
le
cadre
de
la
RSE
:
• Principe
1
:
les
êtres
humains
sont
au
centre
des
préoccupations
relatives
au
développement
durable.
Ils
ont
le
droit
à
une
vie
saine
et
productive
en
harmonie
avec
la
nature.
• Principe
3
:
le
droit
au
développement
doit
être
réalisé
de
façon
à
satisfaire
équitablement
les
besoins
relatifs
au
développement
et
à
l’environnement
des
générations
présentes
et
futures.
• Principe
5
:
Tous
les
États
et
tous
les
peuples
doivent
coopérer
à
la
tâche
essentielle
de
l’élimination
de
la
pauvreté,
qui
constitue
une
condition
indispensable
du
développement
durable,
afin
de
réduire
les
différences
de
niveaux
de
vie
et
de
mieux
répondre
aux
besoins
de
la
majorité
des
peuples
du
monde.
• Principe
8
:
afin
de
parvenir
à
un
développement
durable
et
à
une
meilleure
qualité
de
vie
pour
tous
les
peuples,
les
États
devraient
réduire
et
éliminer
les
modes
de
production
et
de
consommation
non
viables
et
promouvoir
des
politiques
démographiques
appropriées.
• Principe
9
:
les
États
devraient
coopérer
ou
intensifier
le
renforcement
des
capacités
endogènes
en
matière
de
développement
durable
en
améliorant
la
compréhension
scientifique
par
des
échanges
de
connaissances
scientifiques
et
techniques
et
en
facilitant
la
mise
au
point,
l’adaptation,
la
diffusion
et
le
transfert
de
techniques,
y
compris
de
techniques
nouvelles
et
novatrices.
• Principe
10
:
la
meilleure
façon
de
traiter
les
questions
d’environnement
est
d’assurer
la
participation
de
tous
les
citoyens
concernés,
au
niveau
qui
convient.
Au
niveau
national,
chaque
individu
doit
avoir
dûment
accès
aux
informations
relatives
à
l’environnement
que
détiennent
les
autorités
publiques,
y
compris
aux
informations
relatives
aux
substances
et
activités
dangereuses
dans
leurs
collectivités,
et
avoir
la
possibilité
de
participer
aux
processus
de
prise
de
décision.
• Principe
20
:
les
États
doivent
prévenir
suffisamment
à
l’avance
les
États
susceptibles
d’être
affectés
et
leur
communiquer
toutes
informations
pertinentes
sur
les
activités
qui
peuvent
avoir
des
effets
transfrontières
sérieusement
nocifs
sur
l’environnement
et
mener
des
consultations
avec
ces
États
rapidement
et
de
bonne
foi.
• Principe
21
:
les
femmes
ont
un
rôle
vital
dans
la
gestion
de
l’environnement
et
le
développement.
Leur
pleine
participation
est
donc
essentielle
à
la
réalisation
d’un
développement
durable.
• Principe
22
:
il
faut
mobiliser
la
créativité,
les
idéaux
et
le
courage
des
jeunes
du
monde
entier
afin
de
forger
un
partenariat
mondial,
de
manière
à
assurer
un
développement
durable
et
à
garantir
à
chacun
un
avenir
meilleur.
La
notion
de
développement
durable
amène
donc
à
repenser
le
développement
économique
traditionnel
(production
et
consommation
intensives)
dans
une
nouvelle
perspective
d’économie
et
de
croissance
(création
de
richesse)
qui
invite
à
56
Assemblée
Générale
des
Nations
Unies,
Déclaration
de
rio
sur
l'environnement
et
le
développement,
A/CONF.151/26
(Vol.
I),
12/08/1992,
lien
ici.
29
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
tenir
compte
de
préoccupations
éthiques,
sociales
(humaines)
et
environnementales.
La
RSE
apparaît
alors
comme
une
déclinaison
logique
du
développement
durable
à
l’échelle
de
l’entreprise.
Elle
a
été
un
des
enjeux
du
Sommet
de
la
Terre
de
Johannesburg
en
2002,
auquel
ont
participé
de
grandes
entreprises
des
secteurs
de
l’environnement
et
de
l’énergie.
c. Le
Sommet
de
la
Terre
de
Johannesburg,
un
sommet
en
demi-‐teinte
Tenu
du
26
août
au
4
septembre
2002,
le
Sommet
de
la
Terre
de
Johannesburg
a
réuni
plus
de
cent
chefs
d'État
et
environ
60
000
personnes,
parmi
lesquelles
des
délégués,
des
représentants
d'ONG,
des
journalistes
et
des
entreprises.
Cette
quatrième
édition
visait
à
faire
le
bilan
du
précédent
Sommet
de
la
Terre,
tenu
à
Rio
de
Janeiro
en
1992.
Centré
sur
le
développement
durable,
sa
finalité
résidait
dans
l'adoption
d'un
plan
d'action
en
153
articles
décomposés
sur
de
nombreux
sujets
:
• L’accès
à
l’eau
et
le
stress
hydrique
• Le
dossier
des
énergies,
notamment
renouvelables
• L’effondrement
de
la
biodiversité
• La
globalisation
• La
pauvreté
et
paupérisation
• La
production
agricole
et
sa
gestion
• La
santé
Ce
sommet
fut
secoué
par
plusieurs
polémiques
parmi
lesquelles
l’inertie
de
certaines
puissances
comme
les
Etats-‐Unis,
ne
souhaitant
pas
participer
au
Sommet
ou
la
fermeté
de
l’Union
européenne
ne
voulant
pas
renégocier
les
accords
conclus
à
Monterrey
et
Doha.57
De
plus,
de
nombreuses
ONG
dénoncèrent
l’attitude
des
Etats-‐
Unis
et
de
l’Union
Européenne
qui
défendaient,
selon
elles,
les
intérêts
des
multinationales.
Enfin,
le
Sommet
de
Johannesburg
coûta
33
millions
d'euros
à
l'Afrique
du
Sud,
et
47
millions
d'euros
à
l'Organisation
des
Nations
unies,
soit
80
millions
d'euros
au
total
:
un
prix
exorbitant.
…
Transition…
Ce
premier
chapitre
qui
débute
au
XVIIIème
siècle
pour
s’achever
au
tournant
du
XXIème
siècle
illustre
bien
le
caractère
occidental
du
concept.
La
RSE,
de
ses
origines
et
jusqu’à
très
récemment,
est
en
effet
très
empreinte
de
cette
«
patte
»
occidentale
:
émergence
dans
un
contexte
occidental
(Europe
et
Etats-‐Unis),
forte
de
valeurs
occidentales
(chrétienté,
libéralisme,
capitalisme),
utilisée
par
des
pays
occidentaux
(Europe
et
Etats-‐Unis
de
nouveau),
dictée
par
des
acteurs
occidentaux
(au
sein
même
des
organisations
internationales).
57
Ces
accords
portaient
notamment
sur
les
montants
d’aides
publiques
au
développement
et
sur
la
libéralisation
du
commerce
international.
30
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Terminer
sur
le
Sommet
de
la
Terre
de
Johannesburg,
c’est
aussi
conclure
une
époque
et
se
diriger
vers
le
XXIème
siècle,
tournant
dans
les
relations
internationales.
Concernant
notre
sujet,
le
XXIème
siècle
marque
une
plus
forte
volonté
de
normalisation
de
la
RSE.
Cela
avait
déjà
commencé
avec
la
réflexion
environnementale
(les
Sommets
de
la
Terre
et
le
Global
Compact)
ou
encore
à
travers
la
construction
européenne
(assimilation
des
pays
de
l'Europe
de
l'est
à
bas
salaires).
Néanmoins
cet
élan
de
normalisation
se
voit
dans
un
premier
temps
freiné
par
la
financiarisation
de
l'économie
qui
dynamise
le
capitalisme
financier
au
détriment
d'un
capitalisme
social.
Il
faut
attendre
la
montée
en
puissance
des
pays
émergents,
mais
aussi
les
conséquences
du
chômage
de
l'Europe
du
sud
qui
met
en
évidence
une
nette
fragilité
menaçant
les
équilibres
des
économies
occidentales
ou
du
moins
européennes,
pour
que
tous
les
regards
se
tournent
de
nouveau
vers
la
RSE.
Ce
tournant
on
le
doit
aussi
à
la
mondialisation
qui
bénéficie
des
atouts
du
XXIème
siècle
:
progrès
et
révolution
de
la
technologie
qui
renforce
l’intégration
physique,
internationalisation
et
expansion
des
mouvements
financiers,
position
du
capitalisme,
vu
comme
le
principal
voire
par
certains
comme
le
seul
système
économique
et
centre
de
l’économie
mondiale.
Sans
rentrer
au
cœur
de
la
notion
de
«
mondialisation
»,
on
peut
résumer
son
approche
à
travers
deux
conceptions
:
unitaire
d’un
côté
et
«
conflictuelle
»
ou
pluraliste
de
l’autre.
La
première
conception
dite
unitaire
est
soutenue
notamment
par
les
organisations
et
institutions
internationales
telles
que
l’ONU,
l’OMC,
etc.
A
travers
cette
conception
de
mondialisation
comme
unification
du
monde,
il
est
question
de
l’interpénétration
des
cultures,
des
technologies
et
des
économies
(intégration
dans
l’économie
mondiale).
De
ce
fait,
les
expressions
comme
«
culture
mondiale
»,
«
civilisation
mondiale
»,
«
gouvernance
mondiale
»,
«
économie
mondiale
»,
voire
«
citoyen
mondial
»
sont
de
plus
en
plus
utilisées.
La
RSE
n’échappe
pas
à
ce
phénomène
et
tend
à
devenir
également
mondiale
si
ce
n’est
universelle.
Dans
ce
deuxième
chapitre,
nous
étudierons
donc
comment
la
mondialisation
a
fait
de
la
RSE
un
concept
non
plus
occidental
mais
international.
Ce
changement
peut
d’abord
s’expliquer
par
une
mobilisation
très
forte
de
la
part
d’acteurs
aux
profils
très
hétéroclites
(société
civile,
«
Netizen
»
ou
«
Usernet
»
ou
utilisateurs
d’internet,
consommateurs)
et
dont
les
entreprises
ne
peuvent
plus
ignorer
les
revendications.
Cette
mobilisation
a
aussi
été
marquée
par
un
encadrement
normatif
impulsé
par
les
mouvements
internationaux
qui
souhaitent
faire
de
la
RSE
un
concept
universel
mais
aussi
encouragé
par
des
entreprises
à
la
recherche
de
plus
de
légitimité.
Enfin,
nous
ferons
un
arrêt
sur
la
situation
de
la
Chine
et
montrerons
comment
ce
pays,
pourtant
si
différent
des
pays
occidentaux
par
certains
aspects,
connait
des
problématiques
similaires.
31
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
32
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
a. Les
NTIC,
un
accès
illimité
et
sans
frontière
à
l’information
L'avènement
de
l'Internet
et
principalement
du
Web
2.0
comme
média
de
masse
et
le
succès
des
blogs,
des
wikis
ou
des
technologies
Peer
to
Peer
confèrent
aux
Nouvelles
Technologies
de
l’Information
et
de
la
Communication
(NTIC)
une
dimension
sociétale.
Ces
NTIC
vont
modifier
nos
manières
de
nous
informer,
de
communiquer
et
de
nous
rassembler.
En
cela,
Gérard
Ayache,
spécialiste
de
l’étude
de
l’information,
parle
dans
La
Grande
confusion58
d'«
hyper-‐information
»
pour
souligner
l'impact
anthropologique
des
nouvelles
technologies.
L’échelle
devient
celle
de
la
planète
(on
peut
autant
savoir
sur
le
local
que
l’international).
L’espace-‐
temps
est
celui
de
l’immédiateté.
L’impact
du
web
est
immense
:
une
information
–
qu’elle
soit
positive
ou
négative
–
postée
sur
Internet
peut
en
très
peu
de
temps
être
reprise
et
diffusée
partout.
Cela
est
d’autant
plus
facilité
que
l’accès
à
Internet
est
instantané
(ordinateur,
Smartphone,
tablette,
etc.).
Avec
le
développement
d'Internet
et
du
WEB
2.0,
de
plus
en
plus
de
citoyens
utilisent
donc
ces
outils
pour
accéder
à
l'information
mais
aussi
ajouter
de
l'information
à
l'Internet.
Alors
que
la
communication
se
fait
de
manière
verticale
(one-‐to-‐many)
dans
le
cadre
des
médias
dits
traditionnels,
la
communication
devient
horizontale
(many-‐to-‐many)
dans
le
cadre
des
nouvelles
technologies.
Internet
est
donc
vu
comme
une
plateforme
médiatique
importante
:
n’importe
qui
peut
commencer
une
discussion
;
n’importe
qui
peut
y
participer.
Cela
ouvre
les
possibilités
de
participation
de
tous
les
«
Netizen
»
ou
«
citoyens
du
net
»
qu’ils
soient
engagés
dans
un
parti
politique,
un
syndicat
ou
une
ONG
ou
qu’ils
soient
de
simples
citoyens
indépendants.
Dans
ce
sens,
les
réseaux
sociaux,
dont
le
développement
ces
dernières
années
a
été
impressionnant,
sont
un
levier
énorme
pour
communiquer.
De
plus,
les
frontières
sont
abolies.
Le
potentiel
pour
rassembler
des
personnes
du
monde
entier
sur
des
intérêts
communs
est
alors
démultiplié.
Frédéric
Montagnon,
co-‐fondateur
et
directeur
de
la
Stratégie
de
Ebuzzing59,
ancien
président
d'OverBlog
(1ère
plateforme
de
blogs
en
France
et
portail
d'infos),
explique
ce
que
représente
Internet
et
le
«
web
2.0
».60
Pour
lui,
il
s’agit
de
garder
en
tête
qu’
«
internet
est
le
point
de
rencontre
de
l’informatique,
des
télécoms
et
des
médias.
Avant,
chacun
vivait
dans
son
coin.
Le
Web
2.0,
c’est
le
moment
où
tout
le
monde
a
commencé
à
travailler
ensemble.
On
a
progressivement
assisté
à
l’émergence
de
services,
supports
et
outils
de
communication
plus
simples
pour
permettre
aux
utilisateurs
de
mettre
de
l’information
en
ligne
».
Avant
2003,
il
fallait
des
connaissances
assez
poussées
pour
mettre
de
l’information
en
ligne.
La
révolution
du
web
2.0
est
de
pouvoir
interagir
en
ligne
de
façon
simple
et
avec
d’autres
internautes.
Les
créateurs
d’informations
ne
sont
plus
que
les
professionnels
de
l’informatique.
Cette
évolution
dans
la
manière
de
s’informer
et
de
communiquer
a
été
un
moteur
dans
la
publicisation
de
la
RSE.
Que
ce
soit
la
société
civile,
les
consommateurs
ou
les
58
Ayache
Gérard,
La
grande
confusion.
France
Europe
Editions,
2006
59
Ebuzzing
est
une
plateforme
mondiale
de
média
sociaux
et
publicitaires.
60
La
Mêlée,
association
fédératrice
des
acteurs
de
l’économie
numérique.
29/04/2009.
Entretien
33
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
entreprises,
tous
ont
compris
qu’Internet
allait
devenir
un
outil
indispensable
pour
communiquer
sur
le
sujet.
b. Les
NTIC,
un
outil
fédérateur
autour
des
questions
de
RSE
Quel
meilleur
outil
qu’Internet
pour
s’informer
sur
une
entreprise,
connaître
sa
politique
RSE
ou
découvrir
des
informations
défavorables
et
critiques
à
son
encontre
?
Les
nouvelles
technologies
d’information
fournissent
ainsi
à
tout
citoyen
dont
les
consommateurs
de
nouveaux
moyens
efficaces
pour
produire
et
diffuser
de
l’information,
mais
aussi
pour
commenter,
contester
ou
critiquer
les
pratiques
ou
les
stratégies
d’entreprises.
Les
réseaux
sociaux
en
particulier,
mais
aussi
les
sites
participatifs,
les
forums,
les
sites
de
notation,
permettent
aux
consommateurs
de
telle
ou
telle
entreprise
de
donner
leur
avis
sur
ses
produits
et
ses
pratiques,
avec
un
écho
public
jamais
atteint
jusqu'alors.
Grâce
à
l’utilisation
des
NTIC,
ces
sites
ont
démultiplié
et
internationalisé
leurs
actions.
A
l’échelle
de
la
France,
divers
sites
donnent
la
parole
aux
consommateurs,
à
l’image
de
«
60
millions
de
consommateurs
»61
ou
encore
«
UFC
que
Choisir
»62
qui
se
positionne
comme
un
organisme
de
défense
des
consommateurs.
Les
consommateurs
donnent
leur
avis
sur
telle
marque,
telle
entreprise
ou
tel
supermarché.
Satisfaction,
«
bons
plans
»,
déceptions,
mécontentements
voire
informations
choquantes
:
tout
est
bon
à
partager.
Les
ONG
ont,
elles
aussi,
vite
compris
les
avantages
que
pouvait
offrir
un
tel
outil
en
comparaison
des
médias
traditionnels
tant
au
niveau
de
la
communication
que
du
rassemblement.
Une
majorité
des
groupes
de
contestations
distribuaient
auparavant
leurs
informations
aux
citoyens
par
la
poste
ou
lors
d'événements.
Grâce
aux
nouvelles
technologies,
la
diffusion
des
informations
évolue
et
devient
quasi
instantanée.
Les
frontières
nationales
sont
dépassées,
les
périmètres
d’actions
sont
étendus
et
les
mobilisations
autour
d’un
même
thème
sont
facilitées.
De
plus,
les
NTIC
avec
le
Web
2.0
en
premier
plan
font
évoluer
les
sentiments
d’appartenance
et
les
modes
de
rassemblement.
Pour
faire
partie
d’un
même
groupe,
association
ou
organisation
non-‐gouvernementale,
la
proximité
géographique
n’est
plus
nécessaire.
Un
français,
un
américain
et
un
chinois
peuvent
se
retrouver
au
sein
d’une
même
organisation
de
protection
de
l’environnement
sans
ne
s’être
jamais
rencontrés.
Il
en
va
de
même
dans
l’organisation
des
protestations
ou
campagnes
de
mobilisation.
Grâce
aux
nouvelles
technologies,
un
même
mouvement
peut
s’organiser
dans
différents
pays
et
villes,
démultipliant
l’impact
et
la
visibilité
de
celui-‐ci.
Récemment,
de
nombreuses
organisations
appelaient
sur
Internet
à
manifester
contre
Monsanto
pour
dénoncer
l’utilisation
des
organismes
génétiquement
modifiés.
En
l'espace
de
deux
mois,
ces
initiateurs
de
la
marche
ont
lancé
un
mot
d'ordre
sur
la
toile
et
ses
réseaux
sociaux
:
«
unissons-‐nous
contre
Monsanto
ce
25
mai
!
»
Ce
jour-‐là,
plus
de
61
Lien
vers
le
site
:
ici.
62
Lien
vers
le
site
:
ici.
34
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
2
millions
de
personnes
se
retrouvaient
dans
près
de
436
villes
de
52
pays.63
Les
nouvelles
technologies
ont
ainsi
ouvert
le
champ
des
possibles
en
matière
de
mobilisation
et
rassemblement.
Les
outils
d'information
et
de
communication
modernes
permettent
donc
à
toute
personne
de
s'informer
sur
les
activités
d'une
organisation,
de
dénoncer
les
pratiques
contestables
des
entreprises
et
même
de
participer
plus
ou
moins
directement
soit
à
la
production,
soit
à
la
révision
périodique
de
ses
stratégies.
Les
entreprises
sont
bel
et
bien
devenues
responsables
aux
yeux
du
public
et
elles
se
doivent
de
rendre
des
comptes.
c. Les
NTIC,
un
outil
des
entreprises
dans
leur
démarche
RSE
Promotion
de
leur
politique
RSE,
recherche
de
crédibilité,
réponse
aux
attaques
des
internautes
(société
civile,
consommateurs,
citoyens),
les
entreprises
ont
compris
qu’elles
devaient
elles
aussi
être
présentes
sur
Internet.
Les
entreprises
disposent
depuis
longtemps
de
nombreux
outils
pour
communiquer
parmi
lesquels
la
publicité,
qui
concentre
l’un
des
budgets
les
plus
importants,
et
qui
va
avoir
recours
à
l’utilisation
de
médias
de
masse
tels
que
la
télévision,
la
radio,
le
cinéma,
la
presse
(quotidienne,
magazines,
etc.)
et
l’affichage.
La
communication
d’une
entreprise
passe
aussi
par
:
• les
promotions
qui
font
également
appel
aux
médias
de
masse,
• le
marketing
direct
qui
favorise
le
contact
individuel
et
personnalisé
avec
une
cible
identifiée,
• les
relations
publiques
et
les
relations
presses,
• le
sponsoring
et
mécénat,
• la
communication
financière,
• la
communication
interne
devenue
un
outil
indispensable
du
management
d’une
entreprise.
L’arrivée
des
NTIC
change
la
donne
et
fournit
aux
entreprises
de
nouveaux
moyens
sophistiqués
pour
communiquer
avec
toutes
les
parties-‐prenantes
(employés,
consommateurs,
syndicats,
ONG,
etc.)
et
élargir
les
possibilités
de
consommation.
Marc
Vandercammen,
enseignant
le
marketing
dans
plusieurs
grandes
écoles,
qualifie
cette
nouvelle
forme
de
«
communication
interactive
»
de
par
son
degré
d’interaction
avec
le
public
visé.64
Cette
forme
de
communication
fait
alors
appel
à
l’Internet
et
l’Intranet
(avec
le
site
web
qui
fait
l’objet
d’un
soin
tout
particulier)
mais
aussi
à
des
outils
liés
au
marketing
direct
(e-‐commerce,
e-‐mails,
catalogues
en
ligne,
etc.),
aux
relations
publiques
(sites,
forums,
etc.),
à
la
publicité
(e-‐publicité,
bannières,
CD,
DVD),
ou
bien
encore
à
la
communication
interne
(webcams,
vidéoconférence,
etc.).
Ces
outils
non
seulement
accélèrent
mais
aussi
modifient
la
circulation
de
63
[Link].
27/05/2013.
Article
ici.
+
Médiapart.
27/05/2013.
Article
ici.
64
Vandercammen
M.
et
al.,
Marketing.
L’essentiel
pour
comprendre,
décider,
agir,
2007,
p.
468
35
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
l'information,
obligeant
le
dirigeant
à
être
plus
à
l'écoute
de
ses
collaborateurs
mais
aussi
des
consommateurs
citoyens.65
Les
premiers
peuvent
ainsi,
via
les
réseaux
sociaux
d'entreprise,
s'exprimer
sur
leur
métier,
les
projets,
les
décisions
les
concernant,
entraînant,
en
interne,
l'émergence
d'une
«
démocratie
participative
».
Les
seconds
revendiquent
également
un
droit
de
regard
sur
la
société,
devenant
des
contributeurs
critiques
et
mêmes
très
engagés.
Le
public
en
général
-‐
les
consommateurs,
les
investisseurs
et
les
ONG
-‐
est
mieux
informé
des
pratiques
des
entreprises
dans
le
monde
entier,
et
de
leurs
impacts
négatifs
ou
positifs.
Non
seulement
cette
conscience
facilite
les
efforts
des
groupes
de
la
société
civile
dans
la
contestation
des
pratiques
commerciales
comme
nous
l’avons
déjà
vu,
mais
cela
peut
également
avoir
une
incidence
sur
l’image
de
marque
et
devenir
alors
un
passif
financier
pour
les
entreprises.66
Comme
Jim
Bendell,
dans
«
Beyond
Self-‐
regulation
»,
en
discute
;
le
revers
de
la
médaille
est
donc
qu’une
information
défavorable
peut
nuire
très
fortement
à
une
entreprise
vu
la
rapidité
à
laquelle
elle
peut
se
diffuser
maintenant.
Le
dirigeant
se
retrouve
ainsi
face
à
une
variété
d'acteurs
(ONG,
associations,
médias,
citoyens...)
rendant
plus
poreuses
les
frontières
entre
l'entreprise
et
l'extérieur
et
l’obligeant
à
tenir
compte
de
tous
ces
acteurs
dans
sa
stratégie
de
communication.
Cette
réalité
a
nettement
favorisé
les
entreprises
à
publier
leurs
efforts
en
termes
de
RSE
sur
leur
site
web.
Programme
RSE,
code
de
conduite,
labels
et
normes,
rapports,
etc.
;
les
rubriques
«
développement
durable
»,
«
responsabilité
sociale
»,
«
éthique
de
l’entreprise
»
fleurissent
sur
les
sites
des
entreprises.
La
communication
autour
de
ce
sujet
est
devenue
indispensable
:
elle
permet
de
répondre
aux
attentes
de
la
société
civile,
des
organisations
internationales
et
des
gouvernements
mais
aussi
de
rassurer
et
fidéliser
les
consommateurs.67
Ainsi,
les
nouvelles
technologies
ont
révolutionné
les
manières
de
communiquer
et
cela
a
très
nettement
bénéficié
aux
différents
acteurs
de
la
RSE.
Parmi
eux,
la
société
civile
a
particulièrement
bien
su
s’emparer
de
ces
nouveaux
outils.
Nous
allons
à
présent
détailler
son
évolution
et
son
rôle
autour
de
la
RSE
des
deux
dernières
décennies.
65
Novel
Sophie
et
Riot
Stéphane,
Vive
la
corévolution
!
Editions
Alternatives,
2012
66
Adams
C.
A.
et
Frost
G.
R.,
The
internet
and
change
in
corporate
stakeholder
engagement
and
communication
on
social
and
environmental
performance.
Journal
of
Accounting
&
Organizational
Change,
2006,
pp.
281-‐303.
67
Internet
a
ouvert
les
possibilités
de
communication
à
l’échelle
mondiale
;
néanmoins,
il
ne
faut
pas
perdre
de
vue
ses
limites.
Les
informations
postées
ne
sont
peu
voire
pas
contrôlées.
D’autre
part,
les
filtres
et
blocages
sur
la
toile
existent
également,
limitant
parfois
l’accès
des
utilisateurs
aux
sources
(nous
pensons
par
exemple
aux
pays
dont
la
liberté
d’expression
est
limitée).
Le
revers
est
donc
que
les
risques
de
manipulation
et
d’omission
de
l’information
sont
grands
et
exigent
donc
une
attention
et
un
esprit
critique
accru
de
tout
lecteur.
36
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
37
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
mouvement
est
aujourd’hui
inévitable.
b. La
société
civile,
une
puissance
montante
dans
les
débats
sur
la
RSE
Selon
l'Annuaire
des
organisations
internationales,
le
nombre
d'ONG
internationales
est
passé
de
6
000
en
1990
à
plus
de
110
000
fin
2008.69
Les
organisations
de
la
société
civile
(OSC)
jouent
en
outre
désormais
un
rôle
de
premier
plan
dans
l'aide
internationale
au
développement
:
d'après
les
chiffres
de
la
Banque
Mondiale,
elles
acheminent
chaque
année
quelque
20
milliards
de
dollars
d’aide
financière
vers
les
pays
en
développement.
On
estime
aussi
que
les
dépenses
annuelles
du
secteur
des
organisations
à
but
non
lucratif
s’élèvent
à
1
300
milliards
de
dollars
et
qu’il
emploie
plus
de
40
millions
de
personnes.
On
observe
aussi
depuis
ces
deux
dernières
décennies
une
influence
croissante
des
OSC
dans
la
définition
des
politiques
publiques
internationales.
Les
ONG
et
les
syndicats
ont
réalisé
qu'ils
avaient
un
rôle
important
à
jouer
dans
le
débat
sur
la
RSE.
Pendant
des
années,
les
moments
de
contact
entre
la
plupart
des
ONG
et
les
entreprises
étaient
limités
à
des
litiges
sur
des
questions
sociales
ou
environnementales
et
aux
partenariats
à
petite
échelle
comme
les
organismes
de
bienfaisance
ou
les
projets
philanthropiques.
En
revanche
les
syndicats
mettaient
tous
leurs
efforts
dans
la
négociation
collective
et
la
sécurisation
des
droits
des
travailleurs.
La
RSE
devenant
un
sujet
de
premier
plan
sur
la
scène
internationale
comme
les
nombreux
sommets,
congrès
ou
conférences
en
attestent
;
les
ONG
et
les
syndicats
ne
pouvaient
plus
rester
en
dehors
des
débats.
Ainsi
mobilisée,
la
société
civile
mondiale
a
fini
par
devenir
un
acteur
indispensable
dans
les
évènements
internationaux
et
diverses
négociations
autour
de
la
RSE.
Temporellement,
on
peut
dire
que
depuis
le
premier
Sommet
de
la
Terre
tenu
à
Rio
de
Janeiro
en
1992,
l’influence
de
la
société
civile
n’a
fait
que
progresser.
C’est
à
Rio
que
les
ONG
ont
cessé
de
rester
à
l’écart
pour
prendre
position
au
sein
des
délégations
gouvernementales
et
qu’elles
ont
joué
un
rôle
clé
dans
le
déroulement
des
négociations
concernant
Action
21,
le
plan
d’action
mondial
sur
l’environnement
et
le
développement
adopté
par
les
gouvernements.
Depuis,
à
chacune
de
ces
réunions
internationales
organisées
par
l’ONU,
les
différents
acteurs
de
la
société
civile
présents
contribuent
largement
aux
discussions
et,
en
définitive,
à
la
signature
des
accords.
Le
Global
Compact
illustre
également
bien
cette
tendance.70
Une
trentaine
d’ONG
et
d’organisations
sociales
diverses
s’étaient
ralliées
au
projet
la
première
année
parmi
69
[Link]
est
un
répertoire
mondial
communautaire
des
acteurs
du
développement
durable,
du
domaine
social
et
de
l'environnement,
dont
l'objectif
est
de
recenser
et
mettre
en
réseau
ces
acteurs
dans
le
monde
entier.
Une
plate-‐forme
en
ligne
cartographie
et
connecte
les
ONG,
les
entreprises,
les
administrations,
et
les
individus
agissant
au
niveau
des
questions
globales
comme
le
changement
climatique,
la
pauvreté,
l'environnement
et
la
protection
de
la
nature,
la
paix
et
la
justice
sociale,
les
ressources
en
eau
et
alimentaires,
les
droits
de
l'homme,
etc.
70
Pour
plus
de
détails,
se
reporter
à
la
partie
3
du
chapitre
I
38
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
lesquelles
Amnesty
International,
Human
Rights
Watch,
le
World
WildLife
Fund,
ou
encore
l’Union
internationale
pour
la
conservation
de
la
nature.
Aujourd’hui,
3940
parties-‐prenantes
autres
que
les
entreprises
sont
répertoriés
sur
le
site
du
Global
Compact
parmi
lesquelles
2170
organisations
(ONG
globales,
ONG
locales,
fondations)71
et
plus
de
50
syndicats.72
Plus
récemment,
nous
pouvons
citer
les
Réunions
de
printemps
2013
du
Fonds
monétaire
international
et
de
la
Banque
mondiale
qui
se
sont
déroulées
du
19
au
21
avril
à
Washington.
Avec
700
représentants
en
provenance
d’une
centaine
de
pays,
cette
édition
a
connu
une
participation
sans
précédent
des
OSC.
Si
l’on
a
assisté
à
une
hausse
du
nombre
de
participants
et
de
sessions,
l’aspect
le
plus
important
de
la
présence
de
la
société
civile
à
ces
Réunions
a
résidé
dans
le
degré
d’interaction
des
échanges.
Mesures
de
sauvegarde,
l’après
2015
concernant
les
Objectifs
du
Millénaire
pour
le
Développement
(OMD),
reprise
des
interventions
au
Myanmar,
changement
climatique
:
le
Forum
de
politique
générale
de
la
société
civile
a
traité
une
grande
variété
de
sujets
et
donné
lieu
au
chiffre
record
de
60
sessions
de
discussion.
Il
est
important
de
noter
que
la
participation
de
la
société
civile
à
ces
grands
évènements
ne
se
fait
pas
toujours
main
dans
la
main.
De
Seattle
en
1999,
Davos
en
2000,
Québec
en
2001,
Washington,
Philadelphie,
Los
Angeles,
et
Gleneagles
en
2005,
à
plus
récemment
Londres
en
2009
et
Toronto
en
2010,
les
acteurs
de
la
société
civile
ont
su
secouer
cette
dernière
décennie
le
monde
des
affaires
et
les
organisations
internationales
qui
coopèrent
avec
eux
par
leurs
manifestations.
Ces
campagnes
–
réputées
pour
souvent
déborder
–
embarrassent
particulièrement
l’image
et
la
réputation
des
entreprises
visées.
Ces
divers
acteurs
–
certains
plus
radicaux
que
d’autres
dans
leurs
méthodes
–
incluent
Greenpeace,
le
Sierra
Club,
les
Amis
de
la
Terre,
Amnesty,
ChristianAid,
Global
Witness,
Human
Rights
Watch,
OilWatch
et
CorpWatch.
Afin
de
rester
dans
le
sujet,
nous
ne
détaillerons
pas
davantage
les
contre
sommets
ou
manifestations
anti-‐mondialisations
dont
la
société
civile
peut
être
à
l’initiative.
L’accent
a
été
mis
dans
cette
partie
sur
les
exemples
de
participation
de
la
société
civile
à
des
évènements
internationaux
sur
la
RSE.
39
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
litiges,
les
audiences
publiques,
l'exposition,
les
blocus,
les
barricades,
etc.
Ces
campagnes,
touchant
de
nombreux
sujets
éthiques
tels
que
l'environnement,
la
santé,
la
sécurité,
la
corruption,
le
changement
climatique
ou
encore
les
atteintes
aux
droits
humains,
ont
permis
de
mettre
en
avant
de
nombreuses
pratiques
dérogeant
aux
normes
et
standards
internationaux
(conditions
de
travail,
protection
de
l’environnement,
etc.).
Des
initiatives
similaires
avaient
existé
auparavant
comme
le
boycott
des
oranges
d’Outspan
en
Afrique
du
Sud
pour
dénoncer
l’Apartheid.73
Seulement
les
deux
dernières
décennies
font
force
d’exemple
en
la
matière.
Le
monde
a
alors
assisté
à
de
nombreux
scandales
révélés
par
les
acteurs
de
la
société
civile
contre
les
entreprises
telles
que
Coca-‐Cola,
ExxonMobil,
Monsanto,
McDonalds,
Nike,
Rio
Tinto,
Shell,
The
Gap,
Toyota.
L’une
des
campagnes
emblématiques
est
celle
contre
Nike74.
Suite
à
la
découverte
d'une
photo
montrant
un
enfant
pakistanais
confectionnant
des
ballons
Nike
en
1997,
c'est
la
planète
entière
qui
est
sous
le
choc.
La
marque
est
alors
montrée
du
doigt
et
accusée
de
sous-‐traitance
abusive
par
de
multiples
associations
et
d'ONG.
Nike,
précurseur
dans
la
délocalisation,
n'a
jamais
eu
d'usine
aux
Etats-‐Unis.
Elle
faisait
fabriquer
ses
chaussures
à
moindre
coût
au
Japon.
Jusqu'à
ce
qu'elle
trouve
en
les
pays
du
tiers-‐monde
(Asie,
Amérique
du
sud
et
Europe
de
l’Est)
une
population
résignée
à
travailler
dans
de
plus
dures
conditions
pour
un
revenu
encore
plus
bas.
Les
ONG
enquêtant
dénombreront
des
cadences
intenables
et
physiquement
douloureuses
(entraînant
parfois
des
séquelles),
des
salaires
dérisoires,
et
des
cas
de
maltraitances.
Ainsi,
les
journées
de
travail
atteignent
bien
souvent
12h
consécutives
et
ce
sept
jours
par
semaine
soit
plus
de
80h
par
semaine.
L’exemple
de
l’Indonésie
illustre
bien
les
salaires
misérables
touchés
par
les
ouvriers
:
une
moyenne
de
40$
par
mois
pour
réaliser
350
paires
de
chaussures
de
la
marque,
à
raison
de
60
heures
par
semaine
avec
des
pointes
pouvant
atteindre
les
97
heures.
Les
cas
de
maltraitance
sont
nombreux
:
d’après
une
enquête
auprès
des
sous-‐traitants
de
Nike,
2,5%
des
employés
ont
déclaré
avoir
été
victimes
d’attouchements
sexuels,
8%
de
remarques
inappropriées,
et
4%
ont
été
victimes
d’abus
physiques
de
la
part
de
leurs
supérieurs.
L’environnement
de
travail
n’est
pas
mieux
:
des
militaires
surveillent
les
usines,
et
intimident
les
employés
lors
des
négociations
sur
les
salaires.
Au
Salvador
les
salariés
sont
menacés
de
licenciement
s'ils
s'octroient
quelques
jours
de
congé
ou
encore
s'ils
offrent
leur
témoignage
aux
journalistes.
Dans
ces
pays
du
«
sud
»,
le
travail
infantile
est
une
réalité.
Quant
aux
conditions
de
travail,
elles
sont
des
plus
insalubres
:
usines
non-‐aérées,
machines
73
Ce
boycott
avait
commencé
en
Hollande
dans
les
années
1970,
s’étendant
rapidement
à
de
nombreux
autres
pays
occidentaux
ensuite.
Cette
campagne,
si
elle
n’a
pas
trop
durement
pénalisé
l’agriculture
sud-‐africaine,
a
eu
le
mérite
d’éveiller
un
large
public
à
la
question
de
l’apartheid.
74
Nous
avons
décidé
d’utiliser
cet
exemple
car
il
fait
figure
de
référence
et
de
précurseur
en
la
matière.
Il
n’est
certes
pas
récent
mais
il
illustre
bien
comment
ce
scandale,
par
effet
boule
de
neige,
a
eu
de
nombreuses
répercutions,
a
permis
de
faire
bouger
les
choses
et
a
ouvert
les
portes
à
d’autres
campagnes
similaires.
40
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
dangereuses,
non-‐accès
à
l'eau
potable.
Ces
révélations
ont
entrainé
une
vague
de
protestations
dans
le
monde
entier.
La
société
civile
s’est
fortement
mobilisée.
Elle
organise
par
exemple
le
«
Nike
International
Mobilization
Day
»
(journée
de
mobilisation
mondiale
contre
Nike),
pour
dénoncer
les
pratiques
et
conditions
de
travail
des
employés
de
Nike
dans
les
pays
du
tiers-‐monde.
Ces
mobilisations
sont
fortement
médiatisées
et
relayées
par
des
personnes
influentes
telles
que
le
réalisateur
M.
Moore
qui
dénonce
la
politique
de
Nike
dans
son
reportage
The
Big
One.
L’impact
de
ce
mouvement
contestataire
ne
va
pas
laisser
d’autre
choix
à
Nike
que
d’affronter
la
réalité
et
s’occuper
de
ce
problème.
Nike
n’est
ici
qu’un
exemple
mais
il
illustre
bien
comment
une
mobilisation
mondiale
d’une
telle
ampleur
peut
fortement
impacter
la
politique
d’une
entreprise
ou
d’un
pays.
Aujourd’hui
encore
ces
campagnes
sont
utilisées
pour
dénoncer
l’irresponsabilité
d’entreprises
ou
les
conditions
de
travail
dans
certains
pays.
Le
24
avril
dernier,
les
usines
du
Bangladesh
faisaient
ainsi
de
nouveau
la
une
des
journaux.75
Le
bilan
de
l’effondrement
du
Rana
Plaza,
un
immeuble
de
neuf
étages
à
Savar
dans
la
banlieue
de
Dacca
au
Bangladesh,
s’élevait
à
1129
morts.
C’est
la
pire
tragédie
industrielle
du
pays,
le
deuxième
exportateur
au
monde
de
vêtements.
De
nouveau,
la
société
civile
s’est
mobilisée
:
pétition
pour
demander
le
respect
des
normes
de
travail,76
campagnes
publicitaires
contre
les
grandes
marques
de
vêtements
pour
dénoncer
les
conditions
de
travail
chez
leurs
sous-‐traitants,77
forte
médiatisation
du
sujet.
Des
accords
ont
été
pris
les
semaines
suivantes
dont
un
sur
la
sécurité
des
usines
textiles.
L’avenir
nous
confirmera
ou
non
le
succès
de
ces
nouvelles
réformes.
Il
est
bon
de
noter
qu'à
ce
stade,
de
nombreux
acteurs
de
la
société
civile
considèrent
plus
ces
multinationales
comme
des
"ennemis"78
et,
pour
des
raisons
éthiques,
ont
du
mal
à
s’associer
avec
elles.
41
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
L’entreprise
a
le
potentiel,
le
capital
et
l'efficacité
d'influer
sur
les
diverses
parties
prenantes
dans
un
esprit
positif.
Mais
en
dépit
de
cette
capacité,
il
est
à
craindre
que
les
entreprises
ne
soient
pas
toujours
en
phase
avec
les
principes
de
la
responsabilité
sociale
des
entreprises.
Quant
aux
entreprises
désirant
être
plus
responsables,
elles
n’ont
pas
nécessairement
les
connaissances,
la
formation,
ou
les
personnes
clés
pour
mener
à
bien
le
développement
de
programmes
RSE.
Les
ONG,
d'autre
part,
ont
acquis
un
rôle
déterminant
dans
le
travail
de
développement
international,
mais
n'ont
pas
toujours
les
moyens
et
les
ressources
pour
mener
à
bien
leurs
projets
de
façon
durable.
C'est
pourquoi
les
échanges
et
partenariats
entre
les
entreprises,
le
public
et
le
secteur
à
but
non
lucratif
augmentent
à
l’échelle
mondiale,
permettant
notamment
de
trouver
plus
efficacement
des
solutions
communes
aux
problèmes.
L'ONU
a
exprimé
le
désir
de
«
renforcer
la
contribution
des
organisations
non
gouvernementales,
de
la
société
civile,
du
secteur
privé
et
des
autres
parties
prenantes
dans
les
efforts
de
développement
national
grâce
à
des
partenariats
mondiaux
».
En
décembre
2005,
l'Assemblée
générale
des
Nations
Unies
a
adopté
à
l'unanimité
une
résolution
«Vers
des
partenariats
mondiaux
».80La
résolution
encourage
les
partenariats
public-‐privé
dans
les
domaines
suivants
:
nouveaux
investissements
et
emploi,
financement
du
développement,
santé,
agriculture,
conservation
et
utilisation
durable
des
ressources
naturelles
et
gestion
de
l'environnement,
et
impact
du
changement
climatique.
Le
développement
de
partenariats
tripartites,
encouragé
par
les
organismes
et
institutions
des
Nations
Unies
a
contribué
à
rapprocher
les
ONG
et
les
entreprises
afin
de
promouvoir
le
développement.
Par
exemple,
la
Banque
mondiale
a
lancé
un
programme
intitulé
«
Business
Partners
for
Development
»
pour
rassembler
les
entreprises,
les
ONG
et
les
gouvernements
sur
des
projets
particuliers.
Les
entreprises
s’accordent
également
sur
l’intérêt
de
tel
partenariat.
La
société
civile
a
su
démontrer
son
implication
sur
le
terrain,
elle
a
un
accès
privilégié
à
la
communauté
touchée
et
est
donc
mieux
à
même
de
connaître
les
besoins
et
les
attentes
de
ces
habitants.
Les
solutions
aux
problèmes
(sociaux,
environnementaux)
sont
dès
lors
plus
adaptées.
C’est
pertinemment
vrai
concernant
les
questions
environnementales.
Les
ONG
jouissent
aussi
souvent
d’un
plus
grand
capital
de
confiance
de
la
part
du
public
qui
les
voit
plus
à
même
d’améliorer
les
problèmes
d’ordre
environnemental
ou
de
responsabilité
sociale
que
les
entreprises.
Une
entreprise
s’associant
sur
ces
thèmes
avec
une
ONG
a
alors
de
plus
fortes
chances
de
gagner
en
crédibilité,
d’améliorer
son
image
mais
aussi
et
surtout
sa
politique
RSE.81
La
société
civile
peut
représenter
dans
de
nombreux
cas
le
lien
entre
la
communauté
concernée
par
les
activités
et
l’entreprise.
Le
secteur
pétrolier
est
très
illustrant
en
la
matière.
A
titre
d’exemple,
on
peut
notamment
citer
le
partenariat
entre
British
Petroleum
et
les
organisations
Oxfam,
80
UN
Resolution
Toward
Global
Partnerships:
lien
81
Tout
en
étant
conscient
de
ce
phénomène,
nous
n’aborderons
pas
dans
ce
mémoire
l’aspect
«
marketing-‐intéressé
»
de
la
RSE
au
sens
«
je
fais
de
la
RSE
uniquement
parce
que
cela
est
tendance
».
42
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Save
the
Children
Fund
UK,
Christian
Aid,
Cafod,
et
Catholic
Institute
for
International
Relations.
La
campagne
portait
sur
la
situation
des
droits
de
l’homme
en
Colombie.
A
partir
des
années
1996,
British
Petroleum
a
essuyé
de
nombreuses
critiques
de
la
part
de
la
société
civile
en
matière
des
droits
de
l’homme
et
de
la
manière
dont
elle
gérait
la
sécurité
de
ses
sites
en
Colombie.
En
s’associant
avec
ces
quatre
ONG,
British
Petroleum
a
reconnu
l’importance
du
partenariat
entreprise-‐
société
civile
pour
résoudre
ce
conflit.
Autre
réflexion
:
C’est
là
que
l’on
voit
la
nécessité
de
normes
et
un
contrôle
indépendant
:
une
ONG
qui
dénonce
une
entreprise
peut
baisser
pavillon
si
elle
devint
foncièrement
dépendante
de
cette
entreprise
par
les
dons,
aides
de
cette
dernière
…
Transition…
La
société
civile
mondiale
est
ainsi
devenue
un
acteur
de
premier
plan
sur
le
thème
de
la
RSE
et
ce,
autant
pour
son
caractère
critique
et
dénonciateur
lorsque
les
pratiques
des
entreprises
vont
à
l’encontre
des
standards
que
pour
ses
solutions
et
son
aide
dans
la
résolution
des
conflits
et
des
problèmes
environnementaux
et
sociaux.
La
société
civile
n’est
pas
la
seule
à
s’engager
en
faveur
de
la
RSE.
La
mondialisation
a
aussi
permis
l’émergence
d’un
nouvel
«
acteur
»
sur
la
scène
internationale
:
le
consommateur.
43
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
conscience
de
la
situation
d’urgence
et
crée
une
présence
active
sur
Facebook
et
Twitter
début
décembre
[Link]
le
but
de
rassurer
et
informer
le
grand
public
sur
la
fabrication
du
Nutella
et
pour
restaurer
sa
réputation,
la
marque
déploie
des
moyens
de
communication
considérables
pour
démontrer
qu’elle
prend
en
compte
les
avis
des
internautes
pour
améliorer
sa
stratégie
RSE.
Pour
officialiser
cette
prise
en
compte
des
avis
internautes,
le
11
mars
2013,
l’industriel
assure
que
toute
sa
chaîne
d’approvisionnement
en
huile
de
palme
française
est
certifiée
durable
par
RSPO
avec
le
critère
le
plus
exigeant
en
termes
de
traçabilité.
En
2014,
cette
initiative
doit
s’appliquer
au
niveau
mondial.
82
Le
développement
des
NTIC
permet
alors
au
consommateur
de
devenir
actif
et
de
ne
plus
être
ignorant
ou
naïf.
Internet
a
aussi
permis
aux
consommateurs
de
s’organiser
et
devenir
ainsi
un
groupe
à
part
entière
à
écouter
et
à
prendre
en
compte.
Dans
cette
démarche,
le
consommateur,
où
qu’il
soit,
peut
autant
devenir
un
partenaire
de
l’entreprise
que
son
«
ennemi
».
Les
consommateurs
ont
ainsi
pris
conscience
du
rôle
qu’ils
pouvaient
jouer.
Les
entreprises
l’ont
aussi
compris
et
ne
peuvent
plus
les
ignorer.
82
NouvelObs.
27
mars
2013.
Article
disponible
ici
83
Le
label
Fairtrade/Max
Havelaar
garantit
que
le
produit
a
été
cultivé
et
commercialisé
dans
le
respect
de
critères
sociaux,
économiques
et
environnementaux.
Plus
d’informations
sur
ce
lien.
84
Données
issues
de
:
ekitinfo.
+
Rapport
2011-‐12
de
Fairtrade
International
à
ce
lien.
85
Données
issus
de
:
Planetoscope
44
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
menée
par
Echo
Research
en
201386
dans
10
pays
sur
les
perceptions
des
consommateurs
au
niveau
de
la
Responsabilité
Sociale
des
Entreprises.87
Les
résultats
sont
très
illustrant
et
confirment
que
les
consommateurs
sont
intéressés
par
la
RSE.
45
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
• 93%
achèteraient
un
produit
ou
service
associé
à
une
cause
(ex
:
TOMS
Shoes
et
son
concept
de
Buy
One,
Give
One90)
• 93%
des
sondés
boycotteraient
une
entreprise
si
elle
paraissait
irresponsable
à
leurs
yeux
ou
décevante
au
niveau
de
ses
pratiques
d’affaires
(ex:
Nestlé
et
le
Bad
Buzz
autour
de
l’usage
d’huile
de
palme,
ou
dans
le
sens
inverse,
les
initiatives
de
Buycott
lancées
par
Carrotmob91)
• 78%
s’engageraient
pour
une
cause
qu’une
entreprise
en
qui
ils
ont
confiance
soutient
(ex
:
Orange
et
ses
concerts
Orange
Rock
Corps92)
Un
changement
de
mentalités
des
consommateurs
est
observé.
Ils
sont
plus
conscients
des
abus
et
dérives
des
entreprises
(à
l’instar
de
la
catastrophe
au
Bangladesh
fin
avril
2013)
car
davantage
connectés.
Ils
sont
également
plus
conscients
du
pouvoir
qu’ils
ont
sur
les
marques.
Enfin,
ils
cherchent
de
plus
en
plus
à
trouver
un
équilibre
entre
le
désir
d’acheter
et
leur
conscience
environnementale
et
sociale.
Dans
ce
sens,
une
entreprise
responsable
sera,
quand
le
consommateur
le
peut,
privilégiée.
…Transition…
Le
développement
mondial
de
la
RSE
doit
beaucoup
aux
facteurs
et
acteurs
de
la
mondialisation
:
• La
révolution
des
technologies
et
le
développement
du
web
2.0
ont
donné
de
la
voix
à
la
RSE.
• La
société
civile
est
montée
en
puissance
sur
la
scène
internationale
et
s’est
toujours
plus
mobilisée
sur
le
terrain
de
la
RSE.
• Les
consommateurs
du
monde
entier
ont
réalisé
qu’ils
avaient
également
un
rôle
à
jouer
et
pouvaient
soutenir
les
démarches
de
RSE.
Chacun
des
trois
points
développés
a
eu
des
conséquences
sur
les
entreprises
et
leurs
stratégies
RSE
:
• Utilisation
des
NTIC
pour
communiquer
sur
la
RSE,
• Partenariat
avec
les
ONG
pour
avancer
des
solutions
RSE,
• Écoute
des
consommateurs
attentifs
aux
politiques
RSE.
Dans
cette
optique,
la
RSE
peut-‐être
une
démarche
gagnant-‐gagnant,
mais
encore
faut-‐il
que
tous
les
acteurs
s’accordent
sur
ses
principes
et
ses
modalités
90
Le
principe
de
Buy
One,
Give
One
est
simple
:
en
achetant
une
paire
de
chaussures,
dans
le
cas
de
TOMS
Shoes,
une
autre
paire
est
offerte
à
un
enfant
d’un
pays
pauvre.
Plus
d’information
sur
la
politique
de
TOMS
Shoes
sur
son
site
web.
91
Plutôt
que
de
donner
des
coups
de
bâtons
en
boycottant
des
marques
et
commerçants
pour
leurs
actions
néfastes
sur
le
plan
environnemental,
le
fondateur
de
Carrotmob,
Brent
Schulkin,
imagine
l’inverse
:
il
promet
un
maximum
d’achats
(la
carotte)
chez
un
commerçant,
en
un
minimum
de
temps
(flashmob).
Contre
quoi,
le
commerçant
doit
s’engager
à
reverser
une
partie
de
son
chiffre
d’affaires
pour
des
travaux
d’aménagement.
On
ne
parle
plus
de
«
boycott
»
mais
«
buycott
».
Lien
ici.
92
En
partenariat
avec
la
radio
NRJ,
Orange
a
imaginé
une
manière
originale
de
mobiliser
les
gens
en
faveur
d’une
cause.
Le
principe
consiste
a
donné
bénévolement
4h
de
son
temps
à
une
des
associations
partenaires
d’un
de
leurs
projets
en
échange
d’une
place
de
concert.
Depuis
son
lancement
en
France
en
2009,
déjà
près
de
30
000
volontaires
ont
ainsi
donné
l’équivalent
de
plus
de
100
000
heures
de
bénévolat
à
des
centaines
d’associations.
Plus
d’informations
sur
ce
lien.
46
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
d’application.
La
mondialisation,
dans
son
mouvement
de
normalisation,
va
alors
faciliter
l’encadrement
de
la
RSE.
II. Le
temps
de
la
normalisation
mondiale
–
La
RSE,
un
cadre
sans
frontière
47
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
cas
de
Nike,
qui
après
les
scandales,
dut
revoir
toute
sa
politique
(en
particulier
concernant
les
conditions
de
travail
dans
les
pays
émergents).
Elle
mit
alors
en
place
un
code
de
conduite
appelé
«
SHAPE
»96
et
dépensa
pour
son
application
plus
de
dix
millions
de
dollars
à
l’année.
Lors
d’une
enquête
dans
une
usine
de
fabrique
au
Vietnam
l’année
suivante,
il
fut
constaté
que
Nike
avait
avancé
sur
certains
points
notamment
en
réduisant
son
utilisation
de
produits
chimiques
dangereux,
en
installant
des
conduits
de
ventilation,
et
en
formant
des
personnes
sur
les
questions
de
santé
et
de
sécurité.97
Enfin,
l’ONG
Fair
Labor
Association,
désignée
comme
«
chien
de
garde
»
du
respect
des
conditions
de
travail,
fut
autorisée
à
enquêter
de
manière
informelle
dans
les
usines
de
fabrique.
Ainsi,
il
n’est
pas
exigé
seulement
d’avoir
une
politique
RSE,
mais
également
de
l’appliquer
et
de
prouver
ses
engagements,
la
seule
transparence
ne
suffisant
pas.
Enfin,
le
XXIème
siècle
nous
a
fait
entrer
dans
d’autres
logiques
:
la
mondialisation
des
échanges
et
des
questions
de
développement
durable
et
de
responsabilité
sociale
dépassent
le
cadre
d’un
seul
État
et
encourage
la
poursuite
de
l’encadrement
de
la
RSE.
Ainsi,
par
effet
domino,
normes
et
régulations
se
sont
mises
en
place
et
la
demande
pour
les
contrôles
externes
et
indépendants
n’a
cessé
de
croitre.
Les
outils
étant
très
nombreux,
nous
avons
décidé
d’en
analyser
quatre
qui
sont
fréquemment
utilisés
aujourd’hui
par
les
entreprises
responsables
:
les
codes
de
conduite,
les
normes,
les
labels,
et
le
reporting.98
2. Les
outils
de
la
RSE
:
d’une
déclaration
formelle
à
un
contrôle
externe
48
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Les
codes
de
conduite
sont
notamment
définis
par
l'Union
européenne
comme
«
un
accord
ou
un
ensemble
de
règles
qui
ne
sont
pas
imposées
par
les
dispositions
législatives,
réglementaires
ou
administratives
d'un
Etat
membre
et
qui
définissent
le
comportement
des
professionnels
qui
s'engagent
à
être
liés
par
lui
en
ce
qui
concerne
une
ou
plusieurs
pratiques
commerciales
ou
un
ou
plusieurs
secteurs
d'activité
».100
Le
contenu
des
codes
de
conduite
varie
fortement
d’une
entreprise
à
l’autre
allant
d’une
déclaration
très
élaborée
à
une
déclaration
très
succincte.
Mais
généralement,
et
surtout
pour
les
entreprises
multinationales,
on
considère
que
le
code
doit
se
baser
au
minimum
sur
les
directives
de
l’OCDE
et
sur
les
normes
des
Nations
unies
concernant
les
entreprises.
Pour
les
ONG
et
les
syndicats,
les
huit
normes
fondamentales
de
l’Organisation
Internationale
du
Travail
sont
encore
plus
importantes.101
On
peut
distinguer
les
codes
de
conduite
en
trois
catégories
:
• les
codes
internes
aux
entreprises,
aux
associations
patronales,
ceux
qui
sont
mis
en
œuvre
sans
l’intervention
de
tiers
;
• les
codes
qui
sont
rédigés
par
les
entreprises
avec
la
participation
des
syndicats,
ONG
;
• les
codes
élaborés
par
des
ONG
ou
par
des
organismes
indépendants.
Ces
codes
sont
généralement
accompagnés
de
mesures
d’évaluation,
destinées
à
renforcer
la
crédibilité
de
l’engagement
et
portant
sur
l’adéquation
entre
les
déclarations
d’intention
et
leur
application.
Parmi
la
grande
diversité
des
méthodes
de
contrôle
des
codes
de
conduite,
les
entreprises
recourent
le
plus
souvent
à
des
audits,
effectués
soit
par
une
équipe
interne,
soit
par
un
cabinet
d’audit
spécialisé.
L’audit
externe
est
à
privilégier
car
il
bénéficie
d’une
plus
grande
garantie
d’impartialité
contrairement
au
contrôle
interne,
très
souvent
critiqué
pour
son
manque
d’objectivité
et
de
transparence.102
Aujourd’hui,
il
n’existe
aucune
règle
en
matière
d’audit
des
entreprises
multinationales
ayant
ou
non
adopté
des
codes
de
conduite
au
niveau
social.
Rien
n’a
été
codifié
à
ce
sujet.
Chaque
entreprise,
ONG
ou
organisme
procède
selon
les
critères
de
référence
qu’ils
ont
établis.
La
valeur
de
ceux-‐ci
varie
énormément.103
100
Idem
que
99
101
Brugvin
Thierry,
L’action
des
codes
de
conduites
et
des
labels
sociaux
sur
la
régulation
du
travail
dans
les
PED,
2002,
p.2
102
Capron
Michel,
Pourquoi
et
comment
évaluer
le
comportement
des
entreprises
en
matière
de
développement
durable
?
Ed.
Karthala,
Coll.
économie
et
développement,
Paris,
2003,
p.118.
103
Pour
en
savoir
plus
sur
le
sujet,
lire
La
responsabilité
sociale
des
entreprises
et
les
codes
de
conduite.
Nouveaux
enjeux
ou
vieux
débat
?
Bruxelles,
La
Confédération
mondiale
du
Travail
(CMT),
avril
2004.
49
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
i. L’exemple
de
Danone104
Danone
explique
en
préambule
de
son
code
de
conduite
qu’il
entend
appliquer
de
manière
uniforme
ses
«
Principes
de
conduite
des
affaires
»
dans
l’ensemble
de
ses
sociétés
qu’il
contrôle
et
dans
tous
les
pays
dans
lesquels
le
Groupe
est
implanté.
Il
justifie
cette
position
en
rappelant
qu’il
«
entend
toujours
agir
avec
rigueur
et
transparence,
dans
le
respect
des
conventions
internationales,
et
des
lois
et
règlements
nationaux,
et
en
prenant
en
compte
les
contextes
culturels
locaux.
»
Les
Principes
du
code
des
affaires
de
Danone
s’inscrivent
dans
le
respect
de
la
Déclaration
Universelle
des
Droits
de
l'Homme,
des
conventions
internationales
de
l’Organisation
Internationale
du
Travail
(OIT),
des
Principes
directeurs
de
l’OCDE
à
l’intention
des
entreprises
multinationales,
et
des
engagements
auxquels
le
Groupe
a
souscrit
dans
le
cadre
du
Global
Compact.
Dans
ce
code
de
conduite,
Danone
s’engage
:
-‐ Envers
ses
salariés
:
o Respect
de
l’ensemble
des
conventions
conclues
avec
l’UITA
o Respect
des
Principes
Sociaux
Fondamentaux
issus
des
conventions
de
l’OIT
concernant
notamment
:
§ le
travail
des
enfants
§ le
travail
forcé
§ la
non-‐discrimination
§ la
liberté
d’association
et
le
droit
de
négociation
collective
§ la
santé
et
la
sécurité
au
travail
§ le
temps
de
travail
§ la
rémunération
-‐ A
l’égard
de
l’environnement
:
o Conformité
avec
les
réglementations
environnementales
des
pays
o Respect
de
la
Charte
de
l’Environnement
o Démarche
de
développement
durable
-‐ Vis-‐à-‐vis
des
consommateurs
:
o Soin
particulier
sur
la
qualité
des
produits
o Attention
aux
attentes
et
besoins
des
consommateurs
-‐ A
l’égard
de
ses
fournisseurs
et
clients
:
o Respect
des
règles
applicables
en
matière
de
concurrence
o Paiements
et
avantages
occultes
prohibés
o Système
d’alerte
éthique
confidentiel
disponible
pour
tous
-‐ Vis-‐à-‐vis
de
ses
concurrents
:
o Respect
des
règles
applicables
en
matière
de
concurrence
o Entente
déloyale
avec
des
concurrents
interdite
-‐ Envers
ses
actionnaires
:
o Respect
de
l’égalité
de
ses
actionnaires,
de
la
réglementation
boursière,
et
des
règles
de
gouvernement
d’entreprise
applicables
o Transparence
sur
la
situation
financière
-‐ A
l’égard
des
pays
où
il
opère
:
104
Principes
de
conduite
des
affaires
de
Danone.
Mai
2009.
Version
4.1
50
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
o Prise
en
compte
des
différences
culturelles
et
des
contextes
locaux
o Rejet
de
toute
forme
de
corruption
o Neutralité
politique
et
religieuse
Danone
demande
également
à
ses
salariés
de
s’engager
et
de
respecter
ce
code
de
conduite.
Ce
code
de
conduite
fait
figure
d’exemple
:
il
intègre
bien
toutes
les
parties
prenantes
directes
et
indirectes
gravitant
autour
du
groupe
Danone
et
ce
dans
le
respect
des
grands
textes
internationaux
en
matière
sociale
et
environnementale.
b. Les
normes
L’application
des
normes
de
management
est
un
autre
instrument
important
en
matière
de
RSE.
«
Il
s’agit
d’un
ensemble
de
procédures,
de
pratiques
et
de
dispositions
détaillées
appliquées
par
des
entreprises
en
vue
de
gérer
de
manière
efficace
et
efficiente
différents
aspects
de
l’activité
entrepreneuriale
».105
Ces
normes
sont
produites
par
des
organisations
internationales
ou
régionales
telles
que
l’Organisation
internationale
de
normalisation
(ISO),
le
Social
Accountability
International
(SAI),
le
Comité
Européen
de
Normalisation
(CEN)
ou
la
European
Foundation
for
Quality
Management
(EFQM).
L’ISO
(Organisation
internationale
de
normalisation)
est
le
premier
producteur
de
Normes
internationales
d'application
volontaire
dans
le
monde.
Ces
normes
«
établissent
des
spécifications
de
pointe
applicables
aux
produits,
aux
services
et
aux
bonnes
pratiques,
pour
accroître
l’efficacité
de
tous
les
secteurs
de
l'économie
».106
Elles
répondent
à
un
besoin
du
marché,
exprimé
par
une
industrie
ou
toute
autre
partie-‐prenante.
Elles
sont
fondées
sur
l’expertise
mondiale.
Elles
sont
le
fruit
d’un
processus
multipartite
:
les
comités
techniques
sont
constitués
des
experts
des
industries
concernées,
mais
aussi
des
représentants
d’associations
de
consommateurs,
des
milieux
universitaires,
des
ONG
et
des
gouvernements.
Enfin
les
normes
ISO
se
fondent
sur
une
démarche
consensuelle
prenant
en
compte
les
avis
et
observations
des
parties-‐prenantes.
Ces
normes
sont
applicables
à
tout
organisme,
petit
ou
grand,
quel
que
soit
le
produit
ou
le
service
fourni,
dans
tout
secteur
d’activité.
Dans
le
champ
de
la
RSE,
la
norme
ISO
26000
est
particulièrement
importante.
105
Groupe
ONE.
2003.
Guide
de
l'entreprise
responsable
:
Tome
1
-‐
12
fiches
didactiques
pour
appliquer
le
développement
durable
en
entreprise,
p.18
106
Site
de
l’ISO
–
Page
«
À
propos
»
:
[Link]
51
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
i. L’exemple
de
la
norme
ISO
26000
Portée
dès
2001
par
des
groupes
de
consommateurs
inquiets,
la
norme
ISO
26000107
a
connu
un
très
long
processus
de
gestation.
Plus
de
500
experts
de
90
pays
ont
participé
à
sa
rédaction
dans
un
processus
multipartite.
Six
catégories
de
parties
prenantes
y
ont
participé
:
industries,
consommateurs,
gouvernements,
syndicats,
ONG
et
SSRO
(Service,
Support,
Research
and
Others).
Finalement
adoptée
le
13
septembre
2010,
par
73
%
des
pays
membres
participants,
elle
définit
la
responsabilité
sociétale
d’une
organisation
comme
la
maîtrise
par
celle-‐ci
«
des
impacts
de
ses
décisions
et
activités
sur
la
société
et
sur
l’environnement,
se
traduisant
par
un
comportement
éthique
et
transparent
qui
contribue
au
développement
durable,
y
compris
à
la
santé
et
au
bien-‐être
de
la
société
;
prend
en
compte
les
attentes
des
parties
prenantes
;
respecte
les
lois
en
vigueur
tout
en
étant
en
cohérence
avec
les
normes
internationales
de
comportement108
;
et
qui
est
intégré
dans
l’ensemble
de
l’organisation
et
mis
en
œuvre
dans
ses
relations.
»
Cette
norme
impacte
sept
domaines
d’actions
:
• Gouvernance
de
l'organisation
:
respect
de
la
loi,
transparence,
responsabilité,
dialogue
avec
les
parties
prenantes
• Droits
de
l'homme
• Conditions
et
relations
de
travail
• Environnement
• Bonnes
pratiques
des
affaires
• Questions
relatives
aux
consommateurs
• Engagement
sociétal.
Cette
norme,
dont
la
dénomination
technique
ne
doit
pas
masquer
l'enjeu
politique
et
social,
est
l'unique
norme
internationale
qui
vise
à
fournir
aux
organisations
les
lignes
directrices
pour
élaborer
des
stratégies
de
responsabilité
sociale.
Ce
document,
établi
par
consensus,
décrit
les
principes
et
thèmes
que
recouvre
la
responsabilité
sociale
et
propose
une
méthode
d'appropriation
et
de
mise
en
œuvre
dans
une
organisation
(entreprises,
collectivités,
ONG,
syndicats...),
quelle
que
soit
sa
taille
ou
ses
domaines
d'actions.
La
norme
ISO
26000
respecte
les
grands
textes
fondateurs
internationaux
comme
la
Déclaration
Universelle
des
Droits
de
l'Homme,
les
conventions
de
l'Organisation
Internationale
du
Travail.
Elle
prône
la
publication
d'informations
extra-‐financières
mais
également
la
consultation
pour
avis
des
parties
prenantes
de
l'entreprise.
Reconnue
par
les
trois
quarts
des
pays
impliqués,
la
norme
ISO
26000
est
désormais
le
référentiel
mondial
de
la
RSE.
Cette
norme
ne
peut
faire
l’objet
de
certification,
contrairement
à
d'autres
normes
internationales
comme
l'ISO
9001
(management
de
la
qualité)
ou
l'ISO
14001
(management
environnemental).
Pour
Bertrand
Desmier,
directeur
conseil
RSE
de
107
Information
générale
sur
la
norme
ISO
au
lien
suivant
:
AFNOR
108
L’expression
«
normes
internationales
de
comportement
»
choisie
par
ISO
26000
signifie
«
traités
largement
ratifiés
par
la
communauté
internationale
»
52
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
l’Agence
Tennaxia109
«
c’est
évidemment
regrettable,
notamment
pour
la
valorisation
et
la
reconnaissance
des
entreprises
qui
font,
elles,
de
réels
efforts
en
matière
de
RSE
et
de
développement
durable
».
Sa
vocation
est
donc
avant
tout
de
définir
un
référentiel
de
thèmes
à
traiter,
mais
pas
de
fixer
des
niveaux
de
performance
qui
peuvent
varier
énormément,
notamment
d'un
pays
à
l'autre.
C'est
la
raison
pour
laquelle
des
labels
–
souvent
nationaux
–
sont
nécessaires
pour
apporter
la
preuve
d'un
niveau
d'engagement
réel
et
sérieux.
c. Les
labels
Les
labels
et
étiquettes
sont
des
signes
qui
permettent
aux
consommateurs
d’identifier
des
caractéristiques
qualitatives
et
d’obtenir
des
informations
sur
les
conditions
sociales
et
environnementales
qui
entourent
la
fabrication
des
biens
ou
la
prestation
des
services.
Ils
renseignent
également
sur
le
comportement
des
entreprises
qui
en
sont
dotées.
Ces
labels
sont
proposés
par
des
ONG,
des
syndicats
ou
des
pouvoirs
publics.
Ils
peuvent
notamment
aider
les
consommateurs
désireux
de
connaître
la
fabrication
ou
l’impact
social
et
environnemental
de
leur
produit.
En
ce
sens,
ces
labels
constituent
une
réponse
aux
attentes
du
consommateur
en
ce
qui
concerne
le
produit,
définies
par
des
études
de
consommation.
Cette
dernière
décennie
s’est
illustrée
par
le
nombre
toujours
plus
grand
de
labels
existants.
Face
à
cette
prolifération
et
face
à
l’absence
de
contrôle
externe
pour
certains
labels,
les
risques
de
confusion
et
de
perte
de
confiance
des
consommateurs
sont
importants.
C’est
la
raison
pour
laquelle
un
contrôle
externe
est
nécessaire
afin
de
redonner
une
crédibilité
et
une
qualité
aux
labels
utilisés
par
les
entreprises.
53
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Ce
label
permet
d’évaluer,
de
développer
et
de
valoriser
les
actions
et
engagements
RSE
des
organisations
et
entreprises.
Deux
leaders
de
l’évaluation
RSE
en
Europe
–
à
savoir
Vigeo
et
AFNOR
Certification111
-‐
ont
été
choisis
pour
labelliser
les
entreprises
intéressées
par
ce
label.
Les
comités
de
labellisation
et
suivi,
indépendants
et
bénévoles,
sont
constitué
d’experts
en
RSE
et
de
représentants
d’associations
d’entreprises
dédiées
à
ce
sujet.
Une
évaluation
de
suivi
a
lieu
au
bout
de
18
mois
pour
mesurer
les
progrès
réalisés
et
les
résultats
obtenus
et
contrôler
le
respect
des
engagements.
La
labellisation
doit
être
renouvelée
tous
les
3
ans,
afin
d'assurer
la
continuité
des
progrès
RSE
de
l'entreprise
labellisée.
Créé
en
2007,
seulement
8
entreprises
avaient
obtenu
le
label
LUCIE
en
2009.
Aujourd’hui,
36
entreprises
sont
labellisées
et
une
trentaine
d’autres
sont
en
cours
de
labellisation,
faisant
de
LUCIE
une
référence
RSE
en
la
matière.112
d. Le
reporting
Pour
être
efficace,
la
RSE
implique
une
trilogie
:
pression,
implication,
contrôle.
La
pression
(de
la
société
civile,
des
consommateurs,
des
pouvoirs
publics,
etc.)
a
été
démontrée
auparavant
;
quant
à
l’implication
elle
concerne
essentiellement
les
entreprises
elles-‐mêmes.
Cela
s’illustre
par
des
engagements
clairs
et
une
planification
à
long
terme
et
peut
se
traduire
à
travers
leur
code
de
conduite
ou
leurs
labels.
Il
reste
donc
le
contrôle.
Certes,
cette
approche
comptable
fondée
sur
des
objectifs
et
des
indicateurs
ne
permet
pas
de
mesurer
certaines
dimensions
plus
qualitatives
comme
l'intérêt
du
travail,
la
motivation
des
salariés
ou
le
bien-‐être.
Cependant,
cette
politique
de
pression,
d'évaluation
et
de
reporting
est
un
préalable
pour
inciter
les
entreprises
et
leurs
dirigeants
à
intégrer
la
dimension
sociale
et
environnementale
dans
le
cœur
même
de
leur
stratégie
économique,
et
non
pas
seulement
une
figure
imposée
de
l'extérieur.
Le
reporting
devient
dès
lors
un
trait
signalétique
de
l’adoption
de
telles
démarches.
Cette
activité
–
située
à
la
lisière
du
droit
contraignant
et
du
droit
mou
(soft
law),
consiste
à
divulguer
les
données
relatives
aux
activités
sociales
et
environnementales
effectuées
par
l’entreprise.
La
publication
de
ces
données
permet
de
rendre
plus
vérifiable
et,
par
conséquent,
plus
crédible
l’engagement
de
l’entreprise
sur
la
voie
de
la
responsabilité
sociale.
Les
rapports
et
bilans
sont
de
qualités
diverses
et
ne
se
déclinent
pas
toujours
de
la
même
manière.
Pour
remédier
à
ce
problème
et
pour
permettre
une
bonne
comparaison
intra
et
intersectorielle,
certaines
ONG
ont
proposé
des
modèles
harmonisés.
Le
plus
connu
d’entre
eux
est
la
«
Global
Reporting
Initiative
».
111
Ces
deux
évaluateurs
seront
développés
dans
la
partie
3
de
ce
chapitre
II.
112
Les
membres
et
les
candidats
à
la
labellisation
:
lien
ici.
54
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
i. L’exemple
de
la
Global
Reporting
Initiative
(GRI)
La
Global
Reporting
Initiative
(GRI),
organisation
privée
bénéficiant
du
soutien
du
Programme
des
Nations
Unies
pour
l’Environnement
(PNUE),
s’est
imposée
comme
l’organisation
définissant
les
indicateurs
de
performance
les
plus
pertinents
dans
le
domaine
de
la
RSE.
Elle
regroupe,
depuis
1997,
des
sociétés,
des
ONG,
des
organismes
de
comptabilité
et
d'autres
parties
prenantes
du
monde
entier.
Elle
est
donc
une
des
références
en
matière
de
RSE.
L'objectif
est
de
s'inspirer
des
règles
et
principes
du
reporting
financier
de
façon
à
ce
que
le
reporting
extra-‐financier
soit
aussi
fiable
et
permette
des
comparaisons
entre
entreprises.
Cet
outil
implique
que
les
entreprises
rendent
compte
de
toutes
leurs
actions,
les
positives
comme
les
négatives.
Ce
projet
améliore
la
transparence
des
entreprises
en
matière
sociale
et
environnementale
pour
toutes
les
entreprises
de
plus
de
500
salariés
réalisant
un
chiffre
d’affaires
de
40
millions
d’euros.
Ce
type
de
reporting
extra-‐financier
a
ainsi
explosé
ces
dernières
années.
A
titre
d'exemple,
en
2008,
80%
des
250
plus
grandes
entreprises
mondiales
ont
publié
un
rapport
consacré
au
développement
durable
(contre
30%
en
2005).
La
GRI
élabore
un
cadre
de
référence
commun
pour
l’établissement
des
rapports
sur
les
trois
aspects
suivants
:
• Les
indicateurs
économiques
incorporant
les
salaires,
le
bénéfice,
les
frais
de
recherche,
les
formations
ou
encore
les
informations
financières
de
l’entreprise
;
• Les
indicateurs
environnementaux
d’application
générale
ou
spécifiques
à
une
société
ou
à
un
secteur
;
• Les
indicateurs
sociaux
montrant
le
respect
des
droits
de
l’homme
et
du
droit
du
travail
dans
l’entreprise
et
chez
les
fournisseurs.
Les
lignes
directrices
de
la
GRI
sont
structurées
autour
de
10
principes
et
ont
pour
vocation113
:
-‐ de
présenter
des
principes
à
suivre
ainsi
que
des
conseils
spécifiques
guidant
le
reporting
du
développement
durable
par
les
organisations
;
-‐ d’aider
les
organisations
à
fournir
une
présentation
équilibrée
et
raisonnable
de
leur
performance
économique,
environnementale
et
sociale
;
-‐ de
promouvoir
la
comparabilité
des
rapports
de
développement
durable,
tout
en
tenant
compte
des
considérations
pratiques
liées
à
la
publication
d’informations
par
des
organisations
très
diverses,
dont
un
grand
nombre
possèdent
des
activités
diverses
et
dispersées
géographiquement
;
-‐ de
favoriser
la
comparaison
et
l’évaluation
de
la
performance
en
matière
de
développement
durable
selon
des
codes,
standards
de
performance
ou
initiatives
volontaires
;
-‐ de
servir
d’instrument
pour
faciliter
l’engagement
des
parties
prenantes.
La
version
4
ou
G4
du
GRI
a
été
lancée
en
mai
2013
lors
de
sa
conférence
annuelle
à
Amsterdam.
Plus
de
1500
spécialistes
issus
de
plus
de
100
pays
assistaient
à
la
113
Les
10
principes
sont
détaillés
sur
la
page
Novethic
ici
55
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
présentation
de
cette
nouvelle
version
très
centrée
sur
la
performance
globale
des
entreprises
et
marquée
par
une
plus
forte
professionnalisation.114
Le
contexte
international
était
marqué
par
la
montée
en
puissance
de
nouvelles
exigences
en
matière
de
reporting
extra-‐financier,
à
l’instar
des
publications
récentes
de
10
places
de
marché
majeures
(Sydney,
Sao
Paulo,
Bombay,
Kuala
Lumpur,
Paris,
Hong
Kong,
Johannesburg,
Londres,
Shanghai
et
Taipei).
Cette
nouvelle
version
GRI
met
l’accent
sur
la
matérialité
du
reporting
(définition
des
thèmes
les
plus
importants
à
intégrer)
mais
également
sur
la
prise
en
compte
de
la
chaine
d’approvisionnement
et
des
sous-‐traitants,
besoin
particulièrement
illustré
par
la
catastrophe
au
Bangladesh.
Enfin,
les
entreprises
sont
invitées
à
faire
vérifier
leur
reporting
par
une
entreprise
tierce
indépendante.
Outre
la
Global
Reporting
Initiative,
de
nombreuses
autres
normes
d’audit
sont
également
utilisées
:
les
normes
ISO
14000
(environnement),
SA
8000
(droits
sociaux),
ISO
9000
(qualité),
EFQM
et
ISO
CR
MSS
(normes
de
gestion
de
qualité),
ILO-‐OSH
2001
(santé/sécurité
au
travail),
OHSAS
18001
(risques/accidents).
Cette
liste
d’outils
n’est
évidemment
pas
exhaustive
mais
elle
donne
une
bonne
idée
du
genre
d’initiatives
qui
peuvent
être
utilisées
en
matière
de
responsabilité
sociale
des
entreprises.115
114
JOL
Press.
7
juin
2013.
Article
à
ce
lien.
115
Nous
avons
fait
le
choix
de
ne
pas
aborder
ici
la
question
de
l’Investissement
Socialement
Responsable
(ISR)
qui
correspond
à
notre
sens
plus
à
une
«
déclinaison
financière
et
spéculative
du
développement
durable
»
plutôt
qu’à
un
outil
à
proprement
parlé
de
la
RSE.
Source
:
la
documentation
française,
p.50
56
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Pour
délivrer
une
certification,
l’organisme
certificateur
doit
être
accrédité,
autrement
dit
avoir
reçu
une
«
attestation
»
confirmant
la
compétence
de
celui-‐ci
pour
exercer
son
métier.
L’accréditation
est
plus
précisément
une
«
procédure
par
laquelle
une
instance
habilitée
reconnaît
à
la
fois
la
compétence
technique
et
l'impartialité
d'un
organisme
pour
mener
des
tâches
particulières
»116.
Des
organismes
et
autorités
spécifiques,
comme
la
COFRAC
(Comité
Français
d’Accréditation)
en
France117,
sont
en
charge
de
l’accréditation
et
contrôlent
également
les
organismes
de
certifications
par
des
évaluations
régulières.
La
certification
est
considérée
comme
un
outil
de
management
et
de
progrès
:
une
entreprise
pour
gagner
des
certifications
et
les
garder
doit
sans
cesse
maintenir
son
niveau
voire
s’améliorer.
Cette
amélioration
est
en
plus
un
moyen
pour
l’entreprise
de
gagner
de
nouveaux
marchés
et
de
se
différencier
de
ses
concurrents.
La
certification
est
également
un
gage
de
qualité
et
de
crédibilité
pour
les
produits,
services
et
politiques
de
management
d’une
entreprise.
Dans
le
cadre
de
la
RSE,
elle
est
très
importante
car
elle
repose
sur
un
contrôle
et
une
évaluation
qui
assurent
que
l’entreprise
ayant
reçu
la
certification
respecte
le
cahier
des
charges
du
label
ou
les
exigences
de
la
norme.
57
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
comme
la
marque
NF
validation
qui
certifie
les
kits
commerciaux
d’analyse
microbiologique
• Certification
de
services122
:
reconnaissance
de
savoir-‐faire,
exemple
de
la
certification
NF
service
ou
la
certification
Engagement
de
service
qui
s’appuie
sur
des
référentiels
sur-‐mesure,
réalisés
par
des
professionnels
et
leurs
parties-‐prenantes
• Certification
de
personnes123
:
validation
des
compétences
des
auditeurs
de
système
de
management
en
qualité,
sécurité,
environnement
et
agroalimentaire,
exemple
d’ICA
(Institut
de
Certification
des
Auditeurs)
ou
de
la
Certification
de
personnes.
• Obtention
de
labels
:
respect
de
chaque
point
d’un
cahier
des
charges
précis
et
soumission
à
l’avis
d’une
commission
externe
multipartite
composée
d’experts
et
de
toutes
les
parties
prenantes.
AFNOR
propose
aujourd’hui
7
labels
parmi
lesquels
le
label
responsabilité
sociale.124
La
gamme
d’évaluation
est
également
engagée
au
niveau
de
la
RSE.
Elle
propose
ainsi
l’AFAQ
26000
–
Evaluation
Responsabilité
Sociétale125
ou
l’AFAQ
26000
Collectivités
–
Evaluation
Développement
Durable
à
destination
des
collectivités126.
Très
exigeantes,
ces
méthodes
déterminent
le
degré
d’intégration
des
principes
de
responsabilité
sociétale
au
sein
de
l’organisation
et
son
niveau
de
maturité.
58
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
spécifique
d’ordre
social
ou
environnemental.
Cette
notation
permet
entre
autre
à
l’entreprise
de
mesurer
son
degré
d’avancement
dans
ce
domaine.
Ici,
c’est
l’entreprise
elle-‐même
qui
est
le
client
et
l’évaluation
ne
peut
avoir
lieu
sans
son
consentement.
Enfin,
une
dernière
catégorie,
les
indices
de
responsabilité
sociale,
permet
de
faire
apparaître
les
entreprises
les
mieux
notées
dans
la
notation
déclarative
dans
des
indices
boursiers.
A
titre
d’exemple,
nous
pouvons
citer
le
Dow
Jones
Sustainability
Index
pour
l’indice
boursier
Dow
Jones
ou
le
FTSE4Good
Index
pour
le
Financial
Times
Stock
Exchange.
Ces
deux
indices
boursiers
permettent
aujourd’hui
de
prendre
en
compte
les
comportements
économiques
mais
aussi
sociaux
et
environnements
des
entreprises
et
de
les
classer.
Pour
évaluer
un
organisme,
l’agence
de
notation
extra
financière
s’appuie
sur
des
entretiens
avec
les
parties
prenantes
et
sur
un
certain
nombre
de
documents
issus
de
sources
diverses128,
puis
cote
sa
performance
sociétale
au
regard
de
critères
établis
pour
la
branche
professionnelle.
Cette
méthode
est
d’un
grand
intérêt
en
termes
de
benchmarking
et
de
positionnement
concurrentiel.
De
plus,
la
notation
extra-‐financière,
quand
elle
est
transparente
et
efficace,
constitue
un
excellent
levier
car
elle
rend
visible
aux
yeux
de
tous
(société
civile,
consommateurs,
investisseurs)
Il
existe
plusieurs
agences
de
notation
extra
financière.
A
titre
d’exemple,
nous
pouvons
citer
Vigeo,
principal
acteur
en
France.
128
Les
documents
des
entreprises
elles-‐mêmes
(documents
publics,
questionnaires
spécifiques,
rencontres),
les
parties
prenantes
(ONG,
syndicats,
organisations
gouvernementales,
etc.)
et
les
médias.
129
Site
officiel
de
Vigeo
:
[Link]
130
Pour
plus
d’informations,
consulter
la
page
suivante
:
services
Vigeo
59
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
gouvernance
d’entreprise
et
l’engagement
sociétal.
La
performance
des
entreprises
est
alors
notée
sur
38
enjeux
ESG
regroupés
dans
ces
domaines
d’analyse.
De
plus,
Vigeo
est
propriétaire
de
trois
indices
à
savoir
:
• l’indice
ASPI
Eurozone
• l’Ethibel
Pioneer
Index
• l’Ethibel
Excellence
Index
Ses
services
de
recherche
sont
utilisés
par
une
centaine
d’investisseurs
institutionnels,
de
fonds
de
pension
et
de
gérants
d’actifs
dans
le
monde.
A
côté
des
organismes
de
notation
extra-‐financière,
plusieurs
cabinets
d’audit
ont
également
développé
des
modèles
d’évaluation
permettant
de
mesurer
les
progrès
et
les
performances
d’une
entreprise
en
matière
de
RSE.
La
normalisation
et
le
contrôle
de
la
RSE
ont
un
rôle
fondamental
puisqu’ils
donnent
un
cadre
à
la
RSE
et
participent
à
son
universalisation.
Le
travail
des
entreprises
en
la
matière
est
facilité,
surveillé,
évalué
et
donc
légitimé.
…Transition…
Le
caractère
occidental
de
la
RSE,
démontré
dans
le
premier
chapitre,
a
pu
être
accentué
au
départ
avec
le
phénomène
de
mondialisation.
Il
est
vrai
que
l’essor
des
nouvelles
technologies
s’est
particulièrement
développé
dans
les
pays
occidentaux,
tout
comme
l’a
été
la
mobilisation
de
la
société
civile
et
l’implication
des
consommateurs.
Le
mouvement
de
normalisation
de
la
RSE
a
également
été
plus
fortement
traduit
dans
les
pays
occidentaux
comme
en
attestent
le
nombre
important
de
créations
de
labels,
de
normes
ou
d’agences
de
notation.
Cela
n’est
pas
surprenant
puisque
ce
besoin
d’encadrement
était
demandé
par
les
différents
acteurs
de
la
RSE
(organisations
internationales,
société
civile
mais
aussi
entreprises
en
recherche
de
légitimité),
dont
l’appartenance
occidentale
était
encore
une
fois
marquée.
Mais
la
mondialisation,
c’est
aussi
l’entrée
de
nouveaux
pays
dits
émergents
sur
la
scène
internationale
et
dans
le
monde
des
affaires.
Il
est
intéressant
dès
lors
de
se
pencher
sur
l’avenir
de
la
RSE
à
l’aune
de
l’émergence
de
nouvelles
puissances
économiques
non
occidentales.
Alors
que
l’on
pourrait
penser
que
ces
«
nouveaux
»
pays
ne
s’intéresseraient
pas
à
la
RSE,
dont
l’empreinte
occidentale
est
très
marquée,
la
réalité
prouverait
le
contraire.
La
RSE
ne
va
ainsi
plus
être
seulement
du
ressort
des
pays
et
entreprises
occidentaux,
mais
bien
de
tous
les
pays
se
développant.
Afin
d’étayer
notre
propos,
nous
avons
décidé
de
prendre
l’exemple
de
la
Chine,
qui
est
à
nos
yeux,
très
révélateur
et
explique
bien
l’influence
de
la
mondialisation.
60
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
131
Nous
avons
décidé
de
nous
arrêter
au
début
de
la
décennie
2000
car
le
troisième
chapitre
sera
consacré
à
l’après
2004,
date
à
laquelle
la
Chine
s’engage
réellement
pour
la
RSE.
Auparavant,
les
signes
de
RSE
en
Chine
sont
essentiellement
le
fruit
d’actions
isolées.
132
Parmi
les
20
villes
au
monde
les
plus
polluées
et
les
plus
émettrices
de
gaz
à
effet
de
serre,
16
sont
en
Chine.
Article
du
journal
en
ligne
Foreign
Affairs,
Chocking
on
China,
8/04/2013,
lien
ici.
133
Près
de
la
moitié
du
réseau
hydrographique
est
considéré
comme
très
pollué.
61
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
importante
d’engrais
et
de
pesticides
dans
l’agriculture
sont
autant
de
facteurs
explicatifs
pour
ces
diverses
pollutions.
L’érosion
et
la
désertification
des
sols
ont
été
en
partie
accentuées
par
des
déforestations
passées
excessives,
tout
comme
le
déficit
hydrique
en
Chine
du
Nord,
ce
dernier
étant
renforcé
par
une
croissance
de
la
consommation
en
eau,
une
raréfaction
des
pluies
et
un
gaspillage
de
la
ressource.
Nous
pourrions
détailler
tous
ces
facteurs
;
nous
nous
arrêterons
seulement
sur
l’un
d’eux,
le
charbon,
première
ressource
énergétique
en
Chine
et
dont
l’impact
environnemental
est
immense134.
La
plupart
des
mines,
et
encore
plus
celles
à
ciel
ouvert,
affectent
directement
la
faune
et
la
flore
en
détruisant
leur
habitat
naturel.
La
combustion
du
charbon
est
également
une
activité
très
polluante
en
raison
de
la
quantité
de
produits
indésirables
que
cette
énergie
contient.
Lors
de
la
pyrolyse,
décomposition
du
charbon
par
la
chaleur,
une
quantité
importante
de
gaz
et
particules
volatiles
toxiques
et
polluantes
est
émise.
La
combustion
du
charbon
dégage
également,
en
plus
du
CO2135,
une
quantité
importante
de
souffre,
qui
contribue
au
phénomène
des
pluies
acides.
Dans
les
usines
électriques
et
autres
industries
lourdes,
elle
est
la
principale
source
de
pollution
en
Chine.
De
nombreux
foyers
utilisent
également
le
charbon
pour
se
chauffer
ou
faire
la
cuisine,
ce
qui
produit
une
forte
fumée
noire
nuisible
à
la
santé.
Cette
dégradation
de
l’environnement
en
Chine
a
de
très
fortes
incidences
économiques.
La
disparition
des
terres
cultivables
demeure
un
sérieux
handicap
pour
le
secteur
agricole
tandis
que
les
polluants
atmosphériques
provoquent
des
pluies
acides
coûteuses
pour
l’agriculture
et
la
construction.
62
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Ces
photos
prises
à
Pékin
illustrent
mieux
que
n’importe
quelle
explication
le
problème
de
pollution
en
Chine.
Il
en
existe
des
dizaines
de
milliers
et
ce
phénomène
est
loin
d’être
nouveau
puisque
des
années
1990
au
début
des
années
2000,
de
nombreux
journaux
en
font
référence
(BBC,
Express
India,
Kingman
Daily
Miner,
The
Telegraph,
The
NY
Times,
etc.).
Concernant
le
charbon,
tant
son
impact
sanitaire
qu’environnemental
est
néfaste.
Lors
de
son
extraction,
des
poussières
sont
produites
et
sont
susceptibles
de
causer
la
silicose137
quand
elles
sont
inhalées
pendant
une
trop
longue
période.
Dans
les
années
1990,
la
Chine
était
le
pays
le
plus
touché
avec
24
000
décès
annuels
et
plus
de
600
000
cas
répertoriés
durant
cette
période138.
Cette
inhalation
est
également
un
des
facteurs
de
risque
accru
du
cancer
du
poumon
et
du
larynx.
Une
étude
du
Massachussetts
Institute
Technology139,
publiée
récemment,
a
examiné
les
conséquences
de
vingt
ans
de
pollution
au
charbon
sur
la
santé
des
chinois
entre
1980
et
2000.
Leurs
résultats
montrent
qu’en
moyenne
les
chinois
du
nord
(plus
touchés
par
cette
pollution
que
ceux
du
sud
car
bénéficiant
de
la
politique
de
l’Etat
consistant
à
offrir
du
charbon
durant
l’hiver
à
cette
partie
du
pays)
auraient
perdu
5,5
ans
d’espérance
de
vie
à
cause
de
la
mauvaise
qualité
de
l’air.
La
pollution
en
Chine
ne
reposant
pas
que
sur
le
charbon,
il
est
donc
fort
probable
que
l’impact
sanitaire
total
de
la
pollution
atmosphérique
sur
la
population
chinoise
soit
nettement
supérieur.
Dans
cette
même
étude,
les
chercheurs
expliquent
que
«
l'aggravation
de
la
pollution
de
l'air
en
Chine
a
coûté
au
pays
112
milliards
de
dollars
en
2005
en
perte
de
productivité
économique
»,
soit
un
coût
multiplié
par
cinq
en
30
ans
(22
milliards
de
dollars
en
1975).
La
pollution
est
donc
un
enjeu
environnemental,
sanitaire
mais
aussi
économique.
2. La
question
sociale
-‐
des
conditions
de
travail
inacceptables
en
Chine
La
Chine
a
longtemps
été
vue
comme
«
l’atelier
du
monde
»,
un
pays
à
la
main
d’œuvre
abondante
et
pas
chère.
Le
modèle
économique
fondé
sur
des
salaires
très
137
La
silicose
est
une
maladie
pulmonaire
provoquée
par
l'inhalation
de
particules
de
poussières
de
silice
(silice
cristalline)
principalement
dans
les
mines,
les
carrières,
les
percements
de
tunnel
ou
les
chantiers
du
BTP.
Elle
est
une
cause
fréquente
de
mortalité
chez
les
mineurs.
138
Source
de
l’OMS,
lien
ici.
139
Résumé
de
l’étude
sur
le
lien
suivant.
63
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
bas
a
permis
l’exportation
massive
de
biens
à
des
prix
très
peu
élevés.
Les
acheteurs
internationaux
ont
adopté
ce
modèle
et
attendaient
que
ces
prix
continuent
de
baisser,
menaçant
de
déplacer
leurs
commandes
vers
des
pays
encore
plus
«
compétitifs
»
en
termes
de
prix.
Depuis
son
ouverture
économique,
la
Chine
apparaît
de
manière
caricaturale
comme
le
pays
où
le
marché
du
travail
est
très
flexible,
où
les
manageurs
imposent
unilatéralement
la
loi
et
où
les
droits
des
travailleurs
sont
très
peu
respectés.
64
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
aux
ouvriers
de
vivre
décemment.
Des
primes
de
travail
sont
souvent
mises
en
place.
Ces
dernières
n’ont
rien
d’illégales
mais
posent
problème
dans
la
mesure
où
l’ouvrier
en
est
dépendant
pour
subvenir
à
ses
besoins.
Enfin,
les
heures
supplémentaires
sont
très
largement
sous
payées
ou
comptabilisées
comme
des
heures
normales,
ce
qui
est
une
pratique
illégale.
Dans
certains
cas,
il
a
été
démontré
que
les
usines
économisaient
jusqu’à
20%
sur
la
masse
salariale
par
ces
irrégularités
comptables.
Concernant
la
liberté
d’association
et
de
négociation,
elle
n’est
pas
reconnue
par
la
loi
rendant
la
situation
à
ce
sujet
encore
plus
compliquée.
Comme
l’indique
l’enquête
des
deux
ONG,
«
pour
les
autorités,
seul
le
syndicat
officiel
(All-‐China
Federation
of
Trade
Unions),
lié
au
Parti
communiste
chinois,
est
autorisé
à
représenter
les
intérêts
des
travailleurs/euses
».
Or,
même
ce
syndicat
est
très
peu
représenté
au
sein
des
usines
privées.
Dans
un
tel
contexte,
les
dirigeants
des
usines
n’hésitent
pas
à
faire
appel
à
la
police
en
cas
de
grève,
contestation
ou
conflit
du
travail.
Les
ouvriers
prenant
part
à
ces
manifestations
sont
alors
souvent
arrêtés
et
parfois
emprisonnés
pendant
plusieurs
années
pour
«
trouble
de
l’ordre
public
».
Il
ressort
également
de
l’enquête
que
les
contrats
de
travail
sont
bien
souvent
inexistants.
Cette
pratique,
outre
qu’elle
soit
illégale,
place
les
ouvriers
dans
une
situation
de
grande
précarité
puisqu’elle
rend
possible
leur
licenciement
sans
préavis.
Les
deux
associations
expliquent
que
cette
politique
«
vise
à
assurer
la
flexibilité
de
la
main
d’œuvre,
mais
également
à
comprimer
les
coûts
salariaux
».
En
effet,
selon
la
législation
chinoise,
tout
travailleur
doit
bénéficier
de
cinq
types
d’assurances:
accident,
maladie,
maternité,
chômage
et
retraite.
L’accès
à
ces
assurances
repose
cependant
sur
la
reconnaissance
d’une
relation
officielle
de
travail.
Or,
sans
contrat,
pas
d’assurances…
Il
semble
bon
enfin
de
relever
que
les
conditions
de
travail
d’une
extrême
dureté
ne
se
trouvent
pas
seulement
dans
les
entreprises
étrangères,
loin
de
là.
Les
entreprises
de
la
paysannerie
(notamment
dans
les
fermes
collectives)
ou
le
travail
dans
les
mines
ont
fait
l’objet
de
véritables
scandales
concernant
les
conditions
de
travail
qui
pourraient
être
comparées
à
de
l’esclavagisme.
65
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
à
accepter
n’importe
quoi
du
fait
de
la
misère
dans
les
campagnes,
cette
situation
a
favorisé
l’exploitation
de
ces
migrants,
leur
soumission
et
la
dégradation
des
conditions
de
travail
en
Chine.
De
cette
migration
s’en
est
suivie
une
politique
de
discrimination
à
l’égard
des
migrants.
Elle
avait
à
l’origine
une
double
fonction,
à
savoir
mobiliser
une
main
d’œuvre
peu
exigeante
pour
les
multinationales
et
la
construction
mais
aussi
freiner
cet
afflux
rural
pas
toujours
désiré.
Face
à
un
nombre
toujours
croissant
de
migrants,
la
municipalité
de
Shanghai,
que
nous
prenons
en
exemple,
a
pris
des
mesures
de
protection
des
marchés
du
travail
pour
les
Shanghaiens
en
distinguant
les
emplois
réservés
à
la
main-‐d’œuvre
urbaine
et
les
autres
à
la
main-‐d’œuvre
provinciale.
En
1995,
une
liste,
publiée
par
le
Bureau
du
travail
et
de
la
protection
sociale,
distinguait
les
secteurs
d’activités
et
emplois
autorisés
ou
interdits
par
les
migrants.
En
2000,
82,9
%
des
migrants
travaillaient
alors
dans
les
secteurs
mal
considérés
par
les
Shanghaiens
:
chantiers
navals,
textile,
bâtiment
et
services.
Comme
on
le
voit,
le
passage
d’une
économie
planifiée
à
une
économie
de
marché
a
favorisé
le
processus
de
segmentation
des
marchés
du
travail
où
cohabitent
inégalités,
discriminations
et
évictions
des
Chinois
non
désirés.
3. L’opinion
de
la
population
-‐
Une
montée
des
revendications
chinoises
La
pression
de
la
population
chinoise
n’a
cessé
de
grandir
ces
dernières
années.
Ainsi,
les
chinois
pensent
que
leur
pays
fait
face
à
de
sérieux
challenges.
En
particuliers,
les
effets
de
la
rapide
croissance
économique
comme
le
fossé
entre
les
riches
et
les
pauvres,
l’augmentation
des
prix
et
du
coût
de
la
vie,
la
pollution,
la
perte
des
valeurs
et
de
la
culture
traditionnelle
sont
des
préoccupations
majeures.
Enfin,
la
corruption
en
politique
pose
de
sérieux
problèmes.
141
Devant
l’étendu
du
sujet,
nous
nous
concentrerons
sur
des
points
essentiels
sans
pour
autant
être
exhaustif.
142
Données
issues
des
sources
de
la
Banque
Mondiale.
Lien
ici.
143
Idem
que
141.
66
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Certains
politiques
chinois
ont
d’ailleurs
exprimé
leurs
inquiétudes.
C’est
le
cas
de
Ma
Kai,
responsable
de
la
planification
économique
de
la
Chine
en
2004,
qui
affirme
que
l’écart
de
richesse
entre
les
villes
côtières
et
l’arrière-‐pays
sont
«
de
nature
à
causer
des
troubles
sociaux
et
mettre
en
danger
l’autorité
du
gouvernement
sur
l’ensemble
du
territoire
»
si
rien
n’est
fait
pour
inverser
la
tendance.144
Au
début
des
années
2000,
les
20%
de
Chinois
les
plus
riches
du
pays
accaparaient
55%
des
richesses,
alors
que
les
20%
des
plus
pauvres
devaient
s’en
partager
que
4,7%.
Autrement
dit,
le
développement
économique
ne
bénéficiait
guère
qu'à
un
cinquième
des
habitants.145
La
Chine
se
caractérise
ainsi
par
de
fortes
inégalités
sociales
entre
les
plus
aisés
(comme
les
patrons
des
grandes
entreprises)
et
les
moins
fortunés
(ouvriers,
petits
agriculteurs,
etc.),
mais
cette
inégalité
est
aussi
très
marquée
entre
la
population
des
villes
et
celle
des
campagnes.
Ainsi,
d’après
l’Académie
chinoise
des
sciences
sociales,
en
2002,
93%
des
10%
les
plus
riches
résidaient
dans
les
villes
quand
seulement
1,3%
des
10%
les
plus
pauvres
y
étaient.
A
l’inverse,
seuls
7%
du
décile
le
plus
riche
vivaient
à
la
campagne
contre
98,7%
du
décile
le
plus
pauvre.
Cette
accélération
des
inégalités
a
été
particulièrement
marquée
au
début
des
années
1990,
lorsque
le
régime
a
décidé
d’approfondir
les
réformes
(c’est-‐à-‐dire
de
se
diriger
vers
une
économie
plus
capitaliste)
et
depuis
1997,
date
du
début
des
privatisations
des
entreprises
de
l’Etat.
Ces
dernières
fournissaient
bon
nombre
de
prestations
sociales
(logement,
accès
au
soin,
à
l’éducation,
etc.)
qui
disparurent
en
même
temps
que
ces
entreprises
étaient
privatisées.
De
plus,
la
décentralisation
fiscale
coupa
court
à
toute
politique
sociale
nationale
et
l’émergence
d’hommes
forts
régionaux
et
locaux,
corruptibles
et
corrupteurs,
ne
fit
qu’empirer
les
choses.146
144
Shirk
Susan
L.,
China:
fragile
superpower,
Oxford
University
Press.
2007,
p.
31
145
Bulard
Martine,
Progrès
et
inégalités
:
la
Chine
aux
deux
visages,
Le
Monde
diplomatique,
2006
146
Cheng
Eva,
Inégalités
en
Chine
:
De
l’alerte
orange
au
rouge
?
Article
publié
dans
Alternatives
International,
2006
147
Transparency
International.
Corruption
Perception
Index.
Site
officiel
et
données
ici.
67
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Année
Score
Rang
Nombre
de
pays
1980-‐85
5,13
NA
NA
1988-‐92
4,73
NA
NA
1995
2,16
40
41
1996
2,43
50
54
1998
3,50
52
85
2001
3,50
57
91
2004
3,40
71
145
Plus
le
score
est
proche
de
zéro,
plus
le
pays
est
corrompu.
Le
tableau
montre
une
nette
diminution
dans
les
scores
de
la
Chine
passant
de
5,13
en
1980
à
2,16
en
1995
qui
reflète
l'augmentation
de
la
corruption
dans
le
pays
pendant
cette
période.
La
légère
amélioration
depuis
1995
est
probablement
due
aux
efforts
anti-‐corruption
entamés
par
la
troisième
génération
de
dirigeants
politiques,
mais
ces
efforts
semblent
stagner
puisque
le
score
n’évolue
guère
entre
1998
et
2004.
La
corruption
reste
donc
élevée
et
les
chinois
sont
toujours
très
insatisfaits
de
la
situation
et
des
moyens
inadéquats
utilisés
pour
combattre
cette
corruption
généralisée.
La
corruption
peut
être
classées
sous
trois
catégories
différentes,
que
nous
allons
présenter
de
manière
synthétique.
Pour
ce
faire,
nous
nous
sommes
basés
sur
l’ouvrage
Cadres
and
Corruption
de
Xiaoba
Lü,
professeur
de
sciences
politiques
spécialiste
de
la
corruption
politique
et
de
la
politique
chinoise.148
La
corruption
en
tant
que
crime
économique149
a
fortement
augmenté
dans
les
années
1990.
Cette
augmentation
s’est
particulièrement
manifestée
dans
les
cas
dits
de
«
grande
échelle
»
qui
font
référence
à
de
larges
montants
d’argent
reçus
par
des
personnes
ayant
un
pouvoir
monopolistique.
Il
existe
de
nombreux
cas
d’officiels
du
secteur
public,
qui
par
l'octroi
d'une
licence
ou
d'un
monopole
à
leurs
clients,
obtiennent
des
sommes
d’argent
considérable
qui
peuvent
s’apparenter
à
des
rentes.
De
plus,
alors
qu’auparavant
les
cas
de
«
grande
échelle
»
concernaient
des
sommes
autour
de
10
000
Yuans,
ces
montants
sont
passés
à
plus
de
100
000
Yuans
voire
parfois
à
plus
d’un
million
de
Yuans
dans
les
années
1990,
soit
dix
à
cent
fois
plus.150
Selon
les
statistiques
officielles,
190
hauts
fonctionnaires
ou
au-‐dessus
du
niveau
du
comté
impliqués
dans
des
crimes
de
corruption
ont
été
condamnés
à
la
prison
en
1988.
Ce
chiffre
est
passé
à
504
en
1993,
soit
presque
trois
fois
plus.
Tirer
avantage
de
sa
position
de
pouvoir
pour
des
intérêts
privés151
est
aussi
une
forme
de
corruption,
très
répandue
au
niveau
politique.
Elle
a
fortement
augmenté
au
sein
du
parti
communiste
du
niveau
local
le
plus
bas
jusqu’au
niveau
national
ces
deux
dernières
décennies.
Cette
corruption
se
manifeste
sous
forme
d’abus
de
148
Lü
Xiaobo,
Cadres
and
corruption,
Université
de
Stanford,
2000
149 ère
1
catégorie
de
corruption
150
En
juillet
2013,
10
000
Yuans
équivalaient
à
1
239€.
Un
million
d’Yuans
valaient
donc
environ
123
880€.
151 ème
2
catégorie
de
corruption
68
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
confiance,
de
détournements
de
fonds
publics,
et
toutes
autres
activités
illégales.
Il
en
résulte
un
taux
de
confiance
très
faible
de
la
population
chez
les
fonctionnaires
et
hommes
politiques.
Xiaobo
Lü
montre
qu’au
début
de
la
décennie
2000,
un
chinois
sur
deux
pensait
qu’on
ne
faisait
pas
fortune
en
travaillant
dur
mais
en
étant
un
fonctionnaire
corrompu.
Enfin
la
corruption
s’est
de
plus
en
plus
développée
sous
forme
de
réseaux
politiques
et
économiques152.
Les
membres
de
ses
réseaux
sont
très
souvent
des
familles
entières
qui
s’accordent
entre
elles
des
privilèges
et
des
avantages
pour
accéder
au
pouvoir
politique
ou
à
la
fortune.
Les
nombreuses
révélations
autour
de
la
fortune
de
la
famille
de
l’ancien
premier
ministre
chinois
Wen
Jiabao
et
les
hautes
positions
occupées
tant
dans
les
entreprises
qu’au
sein
de
l’appareil
politique
par
ses
membres153,
n’est
qu’une
illustration
parmi
tant
d’autres.
Il
serait
compliqué
de
lister
toutes
les
causes
pouvant
justifier
l’état
de
la
corruption
en
Chine.
Nous
allons
néanmoins
tenter
d’avancer
plusieurs
explications
pour
donner
un
aperçu
de
la
situation.
Premièrement,
la
transition
d’un
système
économique
communiste
à
un
système
économique
de
marché
n’a
pas
été
immédiate,
faisait
coexister
deux
systèmes
antinomiques.
L’économie
de
marché
a
permis
à
trois
catégories
de
personnes
de
gagner
leur
indépendance
ou
du
moins
leur
indépendance
économique
et
donc
de
penser
à
leurs
intérêts
personnels.
Par
catégories,
nous
parlons
des
manageurs
et
membres
de
direction
des
entreprises
privées
(1),
des
manageurs
d’entreprises
d’Etat
(2),
et
des
gouvernements
locaux
(3)
qui
acquirent
plus
d’indépendance
avec
la
décentralisation.
Cette
indépendance,
nouvelle
en
Chine,
a
fourni
de
nombreuses
opportunités
de
pratiques
corrompues
entre
ces
nouveaux
«
leaders
»
et
leur
soif
de
pouvoir
et
d’argent.
Deuxièmement,
avant
1978,
les
différences
de
revenu
entre
les
différentes
classes
sociales
étaient
plutôt
ténues.
Avec
le
début
de
l’économie
de
marché,
ces
différences
s’accroissent,
particulièrement
entre
les
manageurs
et
les
officiels
publics
du
niveau
local
qui
recherchent
à
tous
les
prix
à
faire
le
plus
de
profit
possible.
Troisièmement,
on
peut
mettre
en
avant
la
faiblesse
du
respect
des
lois
ainsi
qu’un
manque
de
mesures
et
d’expériences
pour
prévenir
la
corruption.
Alors
que
les
réformes
tardaient
ou
étaient
par
trop
loin
incomplètes,
le
nombre
d’hommes
politiques
corrompus
n’a
fait
qu’augmenter,
propageant
le
problème.
L’absence
de
mécanisme
de
contrôle,
le
système
de
parti
unique
et
la
non-‐indépendance
des
agences
anti-‐corruption
ont
ajouté
à
la
difficulté
quant
à
l’endiguement
du
problème.
Au
fur
et
à
mesure
que
la
corruption
s’est
répandue,
le
coût
moral
de
celle-‐ci
a
décliné,
la
rendant,
aux
yeux
de
beaucoup,
presque
«
normale
».
Finalement,
la
corruption
est
intrinsèquement
liée
à
la
mondialisation.
On
peut
même
aller
jusqu’à
dire
que
la
mondialisation
a
aggravé
la
situation.
Cette
dernière
a
certes
favorisé
l’ouverture
de
la
Chine
au
reste
du
monde
;
mais
elle
a
aussi
conduit
à
des
pratiques
critiquables.
Nombreux
sont
les
chinois
à
avoir
été
attirés
par
le
mode
de
vie
à
«
l’occidental
»
qui
était
largement
assimilé
à
des
conditions
152 ème
3
catégorie
de
corruption
153
Article
détaillé
sur
la
fortune
de
la
famille
de
l’ancien
premier
ministre
chinois
Wen
Jiabao.
NY
Times.
2012.
Lien
ici
69
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
financières
largement
supérieures
à
celles
auxquelles
ils
étaient
habitués.
D’autre
part,
avec
la
présence
de
plus
en
plus
importante
d’occidentaux
et
de
multinationales
sur
le
territoire
chinois,
les
possibilités
de
corruption
se
sont
accrues.
Enfin,
la
mondialisation
a
aggravé
les
difficultés
de
détecter
et
punir
la
corruption
du
fait
du
grand
nombre
d’officiels
corrompus.154
La
corruption
sape
la
légitimité
du
Parti
Communiste
Chinois
(PCC),
accroit
les
inégalités
économiques,
porte
atteinte
à
l'environnement
et
provoque
des
troubles
sociaux.155
D’après
des
enquêtes
internationales
sur
le
blanchiment
d’argent,
près
de
dix
milliards
de
dollars
par
an
auraient
été
blanchis
durant
la
décennie
1990.156
La
corruption,
les
pots
de
vin,
le
vol
et
le
gaspillage
des
fonds
publics
représenteraient
chaque
année
au
minimum
l'équivalent
de
3
%
du
PIB.
154
He
Zengke,
Corruption
and
anti-‐corruption
in
reform
China.
China
Center
for
Comparative
Politics
and
Economics,
2000
155
Pei
Minxin,
Corruption
Threatens
China’s
Future,
Carnegie
Endowment,
2007,
Lien
ici.
156
Pour
plus
d’informations,
consulter
ce
lien.
70
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
ii. …
Source
d’agitations
sociales
de
plus
en
plus
visibles
Ces
préoccupations
se
traduisent
par
le
nombre
de
conflits
sociaux
qui
se
sont
multipliés
en
Chine
ces
deux
dernières
décennies.
Les
travailleurs
ne
disposant
d’aucun
canal
efficace
pour
exprimer
leurs
demandes
et
leurs
préoccupations,
la
mobilisation
reste
le
meilleur
moyen.
Ainsi,
entre
1993
et
2006,
le
nombre
de
manifestations
de
plus
de
cent
personnes
(ouvriers,
paysans,
etc.)
est
passé
de
8
700
à
plus
de
90
000
par
an.157
De
nombreux
facteurs,
que
nous
avons
déjà
évoqués,
expliquent
ce
phénomène.
Les
inégalités
sociales
sont
l’une
des
premières
causes
d’agitation.
Nous
avions
expliqué
auparavant
les
profondes
inégalités
de
revenu
qui
existait
dans
le
pays,
notamment
entre
les
villes
et
les
campagnes.
Cela
s’est
alors
traduit
par
une
très
forte
migration
de
la
population
des
campagnes
vers
les
villes
dont
le
moteur
était
donc
(et
est
toujours)
essentiellement
économique.
Or
ce
flux
migratoire
a
été
tel
que
tous
n’ont
pu
trouver
ce
qu’ils
recherchaient,
en
particulier
un
travail
décent
et
bien
rémunéré.
Les
déceptions,
l’entassement
des
populations
dans
des
bidonvilles,
l’accroissement
visible
des
inégalités
n’ont
fait
qu’augmenter
le
malaise
social
déjà
bien
présent
au
sein
de
la
population,
favorisant
alors
davantage
les
débordements.
Les
travailleurs
réclament
l’application
du
droit
chinois,
des
salaires
décents
et
des
avantages
sociaux,
et
demandent
à
être
payés
intégralement
dans
les
délais
légaux.
Ils
fondent
leurs
doléances
sur
la
législation
nationale.158
Ils
dénoncent
tout
autant
leur
environnement
de
travail
insalubre
et
dangereux
que
la
réalité
environnementale
du
pays.
Enfin,
les
accusations
de
corruption
de
la
part
des
chefs
d’entreprises
comme
des
hommes
politiques
locaux,
régionaux
et
nationaux
ont
bondi
au
début
du
XXIème
siècle.
Ses
grèves
et
manifestations,
qui
seraient
considérées
comme
«
normales
»
à
l’échelle
de
la
France,
réclament
une
attention
toute
particulière
en
Chine.
Par
le
passé,
ces
mobilisations
étaient
minoritaires,
fortement
réprimées
si
ce
n’est
tout
simplement
interdites.
Cette
évolution
d’attitude,
tant
de
la
part
de
la
population
qui
ose
se
mobiliser
que
de
la
part
du
gouvernement
qui
tolère
un
peu
plus
ces
mobilisations,
va
être
créatrice
de
changements.
Le
tableau
dressé
de
la
situation
en
Chine
est
loin
d’être
à
son
avantage
et
ne
va
pas
laisser
d’autre
choix
au
pays
que
de
réagir.
4. Une
prise
de
conscience
des
enjeux
–
Un
nouveau
regard
sur
la
RSE
Comment
réagir
?
En
devenant
l’un
des
pays
les
plus
puissants
au
monde,
notamment
en
termes
économiques,
la
Chine
a
été
encore
plus
observée
qu’auparavant.
Pour
tenir
son
157
Chung
Suki,
Reflections
on
the
recent
trends
in
China’s
labour
movement,
ONG
Labour
Action
China,
2012
158
Estlund
Cynthia,
Gurgel
Seth,
A
new
Deal
for
China’s
Workers?
Labor
Law
Reform
in
the
Wake
of
Rising
Labor
Unrest,
2012,
p.
30
71
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
rang,
ses
responsabilités
sont
devenues
beaucoup
plus
importantes.
De
plus,
le
contexte
singulier
de
la
Chine,
que
nous
venons
d’expliquer,
pose
de
sérieux
problèmes
au
pays
qui
se
doit
de
trouver
des
solutions.
Dans
ce
contexte,
nous
allons
montrer
de
manière
synthétique
comment
la
RSE
apparaît
comme
une
réponse
aux
différents
problèmes.
72
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
concessions
semble
par
exemple
une
réponse
adaptée
au
problème
plutôt
que
de
contraindre
les
grévistes
à
reprendre
le
travail.160
73
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Dans
ce
troisième
chapitre,
nous
souhaitons
recentrer
notre
étude
de
la
RSE
en
des
lieux
et
une
époque
plus
précis.
Alors
que
nous
pouvions
simplement
faire
un
bilan
de
la
RSE
en
Chine
au
XXIème
siècle,
nous
avons
voulu
aller
plus
loin
en
comparant
ce
qui
s’est
fait
et
se
fait
en
Chine
avec
une
des
régions
de
«
référence
»
:
l’Union
Européenne.
Nous
voulons
démontrer
par
ce
biais
que,
si
tout
le
monde
peut
être
concerné
par
le
concept
de
RSE,
chacun
peut
se
l’approprier
à
sa
manière
et
ce
en
fonction
du
contexte
social,
environnemental,
culturel,
politique,
etc.
du
pays.
Autrement
dit,
la
RSE
n’est
pas
un
patron
figé
à
reproduire
en
tout
point
du
globe
;
elle
est
au
contraire
un
outil
riche
qui,
pour
être
efficient,
doit
être
compris
et
adapté
aux
situations.
74
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
161
Les
opinions
ont
été
recueillies
à
travers
les
deux
questionnaires
créés
spécialement
pour
cela.
75
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Néanmoins,
on
situe
généralement
l’engagement
de
l’Union
Européenne
envers
la
«
Responsabilité
Sociale
des
Entreprises
»
au
XXIème
siècle,
date
à
laquelle
cette
notion
est
présente
dans
les
textes
des
institutions
européennes.
b. L’implication
de
la
Commission
Européenne
en
faveur
de
la
RSE
En
octobre
2002
est
lancé
par
la
Commission
le
premier
Forum
plurilatéral
européen
sur
la
RSE.
Il
est
composé
de
quatre
types
d’acteurs
au
niveau
européen
(patronats,
syndicats,
ONG
et
réseaux
d’entreprises)
et
vise
à
renforcer
le
dialogue
entre
divers
acteurs
intéressés
et
à
inciter
«
la
transparence
et
la
convergence
des
bonnes
pratiques
et
instruments
socialement
responsables
».
Depuis
2006,
une
«
alliance
européenne
pour
la
RSE
»
a
servi
de
cadre
général
pour
les
initiatives
en
matière
de
RSE
au
niveau
de
l’UE.
Cette
période
vit
l’émergence
claire
de
deux
visions
en
matière
de
RSE,
rendant
parfois
difficile
le
dialogue
entre
ONG
et
entreprises
:
-‐ une
approche
volontaire
défendue
par
les
entreprises
-‐ une
approche
juridiquement
contraignante
promue
par
les
syndicats
et
les
ONG.
Le
«
Rapport
sur
la
compétitivité
européenne
»
en
2008
mit
en
évidence
le
lien
entre
la
RSE
et
la
compétitivité,
confirmant
l’engagement
nécessaire
des
entreprises
et
de
toute
la
communauté
européenne.
162
Kok
Wim,
Relever
le
défi
-‐
La
stratégie
de
Lisbonne
pour
la
croissance
et
l'emploi
:
Rapport
Kok,
Bruxelles,
2004,
p.
58
76
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
c. La
stratégie
RSE
2011-‐14
de
l’Union
Européenne
En
novembre
2011,
la
Commission
européenne
a
présenté
une
nouvelle
stratégie
sur
la
responsabilité
sociale
des
entreprises,
intitulée
«
une
stratégie
européenne
rénovée
pour
2011-‐14
pour
la
responsabilité
sociale
des
entreprises
».163
Elle
soutient
que,
pour
s’acquitter
pleinement
de
leur
responsabilité
sociale,
les
entreprises
doivent
avoir
«
engagées,
en
collaboration
étroite
avec
leurs
parties
prenantes,
un
processus
destiné
à
intégrer
les
préoccupations
en
matière
sociale,
environnementale,
éthique,
de
droits
de
l’homme
et
de
consommateurs
dans
leurs
activités
commerciales
et
leur
stratégie
de
base
».
Les
raisons
évoquées
pour
ce
nouveau
programme
d’actions
sont
principalement
au
nombre
de
quatre
:
-‐ «
Avoir
une
politique
de
RSE
est
de
l’intérêt
des
entreprises
»
:
gestion
des
risques,
réduction
des
coûts,
relation
de
confiance
à
long
terme
avec
toutes
les
parties
prenantes,
capacité
d’innovation,
etc.
-‐ Restaurer
la
confiance
des
citoyens
européens
affectés
par
la
crise
économique,
point
essentiel
pour
que
les
marchés
fonctionnent
bien
-‐ Bâtir
une
approche
harmonisée
de
la
RSE
en
Europe,
pour
faciliter
son
application
quelque
soit
le
pays
de
l’UE
-‐ Contribuer
au
respect
des
normes
internationales
en
matière
de
droits
fondamentaux,
et
ainsi
rapprocher
les
conceptions
européennes
et
mondiales
de
la
RSE.
L’UE
rappelle
également
qu’elle
entend
soutenir
et
promouvoir
les
normes
internationales
ci-‐après
:
-‐ les
principes
directeurs
de
l’OCDE
à
l’intention
des
entreprises
multinationales
-‐ les
10
principes
du
Pacte
Mondial
des
entreprises
(Global
Compact)
des
Nations
unies
-‐ Les
principes
directeurs
des
Nations
Unies
relatifs
aux
entreprises
et
aux
droits
de
l’homme
-‐ La
déclaration
de
principes
tripartite
de
l’OIT
sur
les
principes
concernant
les
entreprises
multinationales
et
la
politique
sociale
-‐ La
norme
d’orientation
sur
la
responsabilité
sociale
ISO
26000.
La
Commission
propose
de
redéfinir
la
RSE
comme
étant
«
la
responsabilité
des
entreprises
vis-‐à-‐vis
des
effets
qu’elles
exercent
sur
la
société
».
Cette
définition
se
veut
être
alignée
sur
celle
d’ISO
26000.
Dans
cette
stratégie,
elle
renouvelle
la
méthode
de
2002
à
savoir
proposer
des
chantiers
pour
stimuler
des
dialogues
et
projets
constructifs
entre
entreprises,
syndicats
et
ONG.
163 ème
3
Communication
de
la
Commission
Européenne.
25
octobre
2011.
Une
stratégie
européenne
rénovée
pour
2011-‐14
pour
la
responsabilité
sociale
des
entreprises
77
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
2. La
Chine
et
la
RSE
Dès
le
début
de
la
décennie
2000,
on
observe
un
changement
d’attitude
de
la
Chine
à
l’égard
du
reste
du
monde,
notamment
des
pays
occidentaux.
En
2001,
la
Chine
réaffirme
sa
volonté
d’ouverture
en
entrant
à
l’OMC,
l’Organisation
Mondiale
du
Commerce.
Mais
jusqu’en
2004,
le
pays
ne
montre
aucun
signe
d’engagement
en
faveur
de
la
RSE,
privilégiant
une
attitude
de
«
wait
and
see
»164
.
La
RSE
est
alors
toujours
perçue
comme
un
concept
occidental
ayant
pour
objectif
de
pénaliser
de
manière
non-‐tarifaire
les
exportations
chinoises.
Beaucoup
pensent
également
que
la
RSE
est
une
forme
de
main
mise
ou
volonté
de
contrôle
de
la
part
des
pays
occidentaux
sur
les
pays
en
plein
développement
et
émergents.
La
RSE
est
donc
un
concept
relativement
nouveau
en
Chine.
Mais
très
vite,
elle
s'est
imposée
dans
le
paysage
économique
chinois.
164
Traduction
améliorée
:
«
attendons
et
observons
»
165
See
Geoffrey
(Kok
Heng),
Mapping
the
Harmonious
Society
and
CSR
Link,
2008
78
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
b. L’engagement
graduel
de
la
Chine
envers
la
RSE
Par
la
suite,
de
nombreuses
activités
de
RSE
ont
été
mises
en
place
comme
il
a
été
rappelé
en
2010
lors
du
Forum
Chine
Europe.
Ainsi,
depuis
2006,
les
Bourses
de
Shanghai
et
de
Shenzhen
ont
défini
des
«
principes
pour
les
entreprises
cotées
»
qui
incluent
des
obligations
de
présentation
de
rapports
sur
leurs
activités
sociales
et
environnementales.
Toutes
deux
sont
accompagnées
dans
cette
démarche
par
des
institutions
élaborant
des
index
notant
le
respect
de
ces
principes.
Il
est
intéressant
de
relever
que
la
puissance
financière
internationale
qu’est
devenue
la
Chine
assigne
également
à
ses
autorités
boursières
un
rôle
de
promotion
de
la
RSE.
Depuis
2008,
la
Commission
du
Conseil
d’État,
l’organe
législatif
suprême
chinois,
invite
fortement
les
entreprises
d’Etat
à
publier
leurs
performances
RSE.
Parallèlement,
un
renforcement
des
lois
sociales
et
environnementales
et
des
mesures
fortes
pour
leur
application
ont
vu
le
jour
:
loi
demandant
aux
gouvernements
locaux
de
publier
des
«
listes
noires
»
des
entreprises
ne
respectant
par
les
standards
environnementaux
(2008),
et
jugements
exemplaires
de
dirigeants
(exemple
des
deux
dirigeants
de
Sanlu,
condamnés
à
mort
dans
l’affaire
du
lait
contaminé
en
2008).
Ces
activités
sont
souvent
de
nature
contraignante
–
loi
ou
conditions
pour
les
financements
ou
les
introductions
en
bourse
–
et
ont
un
effet
incitatif
sur
les
entreprises
qui
comprennent
les
retombées
économiques
négatives
qu’un
non-‐respect
de
ces
mesures
pourrait
avoir.
La
mesure
de
la
performance
RSE
des
entreprises
est
aussi
essentielle
:
indices
RSE
des
bourses,
classements
locaux.
De
manière
très
récente,
depuis
2013,
des
«
contrats
collectifs
»
devront
être
négociés
au
sein
de
chaque
entreprise
en
Chine.
Le
respect
de
cette
mesure,
très
attendue,
notamment
par
les
syndicats,
sera
fortement
observé.
79
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
nombre
de
personnes
vivant
au
niveau
du
seuil
de
pauvreté
devrait
se
réduire
considérablement,
et
ce
afin
de
freiner
le
creusement
du
fossé
entre
riches
et
pauvres.
Davantage
d'efforts
seront
faits
pour
renforcer
la
construction
d’un
système
social
protecteur.
Un
système
de
service
qui
couvre
à
la
fois
les
résidents
urbains
et
ruraux
sera
perfectionné
et
l’accent
sera
mis
sur
le
niveau
d'instruction
du
peuple.
Enfin,
sous
l’impulsion
de
ce
12ème
plan
du
Parti
Communiste,
le
Développement
Durable
est
placé
comme
«
priorité
nationale
».
La
consommation
d'énergie
par
unité
de
produit
intérieur
brut
(PIB)
et
les
émissions
de
dioxyde
de
carbone
doivent
nettement
tomber
(réduction
de
40
à
45%
d’émissions
de
carbone
par
unité
de
PIB
d’ici
2020),
afin
d’améliorer
sensiblement
la
situation
écologique
et
créer
un
environnement
propice
à
une
croissance
plus
durable.
Une
taxe
carbone
est
à
l’étude
et
pourrait
voir
le
jour
dans
le
courant
de
l’année
2013.167
De
plus,
la
Chine
a
compris
l’importance
de
développer
les
énergies
renouvelables
et
souhaite
devenir
l’un
des
premiers
pays
producteurs
au
monde.168
Aujourd’hui,
78%
de
son
énergie
dépend
encore
du
charbon,
l’une
des
causes
les
plus
polluantes
en
Chine.
Afin
d’inverser
la
tendance,
le
gouvernement
s’est
engagé
dans
trois
domaines
principaux
:
le
biogaz
avec
le
financement
d’installations
pour
les
exploitations
agricoles
notamment
dans
l’ouest
de
la
Chine
;
l’énergie
éolienne
dont
les
capacités
augmentent
de
10%
par
an,
plaçant
la
Chine
au
deuxième
rang
mondial
dans
ce
domaine
juste
derrière
les
Etats-‐Unis;
et
le
solaire.
Les
investissements
vont
dans
le
sens
des
objectifs
:
quasi
30
milliards
de
dollars
ont
été
investis
dans
les
énergies
éoliennes
et
solaires
en
2012,
faisant
de
la
Chine
le
leader
en
la
matière.169
La
Chine
entend
ainsi
accroître
la
part
des
énergies
non
fossiles
dans
la
consommation
du
pays
à
environ
15%
d’ici
2020
(contre
8,3%
en
2009
à
environ
11%
en
2015).
La
RSE
est
donc
complètement
en
phase
avec
ces
objectifs.
Les
entreprises
l’ont
compris
:
la
RSE
peut
les
aider
à
rester
concurrentiel
à
l’international
et
à
répondre
aux
limites
des
ressources
de
leur
pays.
Sur
le
plan
international,
la
Chine
est
nettement
moins
engagée
que
l’Union
Européenne,
qui
met
en
avant
le
respect
des
instruments
internationaux
en
matière
de
RSE,
en
insistant
sur
l'importance
de
la
mondialisation.
La
Chine,
elle,
se
concentre
plutôt
sur
son
propre
contexte
national.
Ainsi,
elle
n’a
ratifié
aujourd’hui
que
quatre
des
huit
conventions
de
l’OIT
(deux
sur
l’élimination
des
discriminations
et
deux
sur
l’abolition
du
travail
des
enfants).
Sur
un
autre
plan,
la
Chine
n’est
toujours
pas
membre
de
l’OCDE
(malgré
des
relations
de
travail
avec
celle-‐ci)
contrairement
à
un
grand
nombre
de
pays
de
l’UE.
Moins
d’entreprises
sont
engagées
au
sein
du
Pacte
Mondial,
mais
cela
peut
s’expliquer
aussi
du
fait
de
l’engagement
plus
tardif
de
la
Chine
en
faveur
de
la
RSE.
167
Article
du
journal
en
ligne
business
green,
du
22
juillet
2013.
Lien
ici.
168
Du
Juan,
China
to
Invest
Trillions
to
Cope
with
Climate
Change,
China
Daily,
31/07/2013
169
The
Pew
Charitable
Trusts,
Who’s
winning
the
clean
energy
race?
Etude
de
2012
80
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
II. Les
acteurs
de
la
RSE
:
une
conception
des
échanges
divergente
Les
acteurs
sont
ceux
qui
bâtissent
la
RSE.
Les
étudier
permet
donc
de
mieux
comprendre
les
interactions
qui
existent
entre
eux
et
in
fine
de
mieux
analyser
les
politiques
mises
en
place.
Dans
le
cas
de
l’Union
Européenne,
les
échanges
sont
la
règle
tandis
qu’en
Chine,
la
domination
du
gouvernement
est
un
fait
reconnu
par
tous.
Après
avoir
démontré
ces
tendances
pour
chacune
des
régions,
nous
étudierons
la
place
de
la
société
civile
tant
en
Union
Européenne
qu’en
Chine
(avec
un
focus
plus
particulier
sur
les
ONG
du
côté
chinois).
Ce
choix
n’est
pas
anodin
:
à
travers
la
question
de
la
société
civile
et
plus
particulièrement
des
ONG,
on
met
le
doigt
sur
une
différence
majeure
entre
l’UE
et
la
Chine
sur
la
société
dans
son
ensemble.
81
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Schéma
expliquant
l’interdépendance
entre
les
différents
acteurs
Tous
les
acteurs
sont
positionnés
schématiquement
sur
une
trajectoire
en
forme
d'ellipse
et
«
tournent
»
autour
d'un
épicentre
-‐
l'entreprise.
Chacun
d'entre
eux
maintient
un
lien
direct
ou
indirect
avec
l'entreprise,
et
tout
le
système,
comme
un
modèle
planétaire,
peut
bien
fonctionner
sous
condition
que
chaque
acteur
comprenne
et
accepte
de
jouer
son
rôle
de
la
meilleure
façon
possible
–
tout
en
tenant
compte
de
son
intérêt
et
de
celui
des
autres.
Il
va
s'en
dire
que
ce
modèle,
conçu
de
cette
manière,
est
un
modèle
idéal.
Afin
de
nous
permettre
de
nous
orienter
plus
facilement
dans
cette
«
forêt
»
de
stakeholders
(nom
anglais
donné
à
l’ensemble
des
parties
prenantes),
les
théoriciens
les
ont
classifiés
selon
différents
critères.
La
classification
à
laquelle
on
a
le
plus
souvent
recours
est
la
suivante
:
(a) Les
parties
prenantes
directes,
qui
sont
en
relation
contractuelle
ou
quasi
contractuelle
avec
l’entreprise.
Freeman,
considéré
comme
l’un
des
pères
fondateurs
de
cette
approche,
a
retenu
les
«
big
five
»171,
soit
les
entreprises
(première
actrice
de
la
démarche),
les
propriétaires
(les
acteurs
à
convaincre),
les
fournisseurs
et
les
donneurs
d’ordres
(partenaires
de
la
démarche),
les
employés
(au
cœur
des
enjeux
et
d’un
dilemme)
et
les
clients
(instigateurs
d’une
demande
sociale).
(b)
Les
parties
prenantes
indirectes
secondaires,
dont
tous
les
autres
font
partie,
à
savoir
:
les
gouvernements
(instances
de
régulation
par
définition),
les
ONG
et
associations
(défenseurs
de
domaines
de
la
RSE),
les
syndicats
(la
voix
des
employés),
les
chercheurs,
consultants,
médias
(professionnels
de
la
RSE),
etc.
Dans
un
sens
plus
large,
il
s’agit
de
l’ensemble
des
individus,
institutions,
groupes
vivants
(y
compris
faune
et
flore),
espaces
biophysiques
susceptibles
d’affecter,
ou
d’être
affectés
par
l’activité
de
l’entreprise.
Certains
vont
jusqu’à
rajouter
les
bassins
d’emploi,
les
riverains,
l’environnement
(au
sens
écologique),
les
ressources
naturelles,
etc.
171
En
français,
les
«
cinq
grands
».
82
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Freeman
a
également
introduit
les
concurrents
sur
la
liste
des
parties
prenantes
d’une
société,
une
pratique
qui
était
jusqu'alors
ignorée.172
La
plupart
des
auteurs
constate
que
l’approche
de
la
RSE
par
les
théories
des
parties
prenantes
suppose
l’obtention
d’une
convergence
entre
les
nombreux
acteurs
ayant
des
intérêts
différents.
Dans
Mythes
et
réalités
de
l’entreprise
responsable,
Michel
Capon
et
Françoise
Quairel-‐Lanoizelée
présentent
de
manière
synthétique
les
attentes
des
parties
prenantes.
Ce
tableau
permet
en
plus
de
mettre
en
évidence
les
trois
piliers
de
la
RSE
validée
et
promue
par
l’UE,
à
savoir
les
piliers
économique,
environnemental
et
social.
Attentes
des
Economique
Environnemental
Social
parties
intéressées
par
rapport
aux
responsabilités
de
l’entreprise
Actionnaires
et
Résultats
financiers
Ethique,
maîtrise
Maîtrise
des
risques
«
propriétaires
»
des
risques.
liés
à
l’image,
Anticipations
et
anticipation
et
transparence
gestion
de
crise
Pouvoirs
publics
Contribution
à
la
Respect
des
Respect
des
richesse
nationale
et
réglementations
réglementations
en
locale
matière
de
droit
du
travail
Financiers/Banque
Pérennité
Maîtrise
des
risques
Anticipation
sur
les
économique,
besoin
environnementaux
besoins
de
en
fonds
de
et
de
leurs
impacts
reclassement
afin
roulement
financiers
d’en
limiter
les
coûts
Assureurs
Charges
de
Maîtrise
des
risques
Accidents
du
travail
réparation
y
compris
des
sous-‐
traitants
Employés
et
Equité
sociale,
Respect
de
Motivation,
syndicats
rémunération
l’environnement
consultation
interne,
local
formation,
développement,
employabilité
Clients
Garantie,
qualité
Consommation
de
Ethique,
commerce
ressources
équitable
Fournisseurs
Relations
de
Formalisation
des
Formalisation
des
partenariat,
long
spécifications
exigences
éthiques
terme
techniques
et
déontologiques
Sous-‐traitants
Rémunération
Définition
claire
des
Formalisation
des
équitable,
exigences
exigences
en
172
Freeman
Edward
R.,
Strategic
Management:
A
Stakeholder
Approach,
Massachusetts,
Pitman
Publishing,
1984
83
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
information
des
environnementales
matière
de
perspectives
de
sur
les
produits
et
conditions
de
développement
et
sur
les
processus
production
et
des
de
la
pérennité
de
la
modes
de
contrôle
collaboration
et
d’audit
Distributeurs
Maîtrise
des
marges,
Réduction
des
Développement
de
concurrence
déchets
produits
éthiques
d’emballage,
des
transports.
Prise
en
compte
des
aspects
environnementaux
Consommateurs
Juste
prix
Respect
de
Respect
du
droit
l’environnement
et
social
information
Concurrents
Benchmarks
Respect
des
règles
Respect
du
droit
de
(évaluations)
de
protection
la
concurrence,
éthique,
absence
de
dumping
social
Communautés
Pérennité
de
Information
et
Prise
en
compte
des
locales
et
l’entreprise
transparence.
attentes
locales,
territoriales
Réduction
des
participation
à
la
vie
nuisances
locale.
Acteur
du
bassin
de
l’emploi
ONG
Transparence
Engagement
dans
la
Respect
des
droits
protection
de
de
l’Homme
et
l’environnement
traités
internationaux
Tout
acteur
interne
ou
externe
à
une
entreprise
est
concerné
par
son
bon
fonctionnement
sur
le
plan
de
la
responsabilité
sociale.
L'entreprise
n'est
pas
le
simple
produit
d'un
pacte
d'actionnaires,
mais
implique
toute
une
série
d'acteurs
qu'elle
doit
prendre
en
compte
dans
ses
décisions
(salariés,
clients,
sous-‐traitants,
partenaires,
mais
aussi
les
membres
de
la
commune
où
ses
bureaux
ou
usines
pourraient
affecter
l’économie
locale
ou
l’environnement,
etc.).
Le
souci
est
ici
de
savoir
harmoniser
les
intérêts
de
chacun
pour
mettre
en
place
une
politique
acceptée
par
tous
ou
du
moins
le
plus
grand
nombre.
Pour
Bonnafous-‐Boucher
et
Pesqueux173,
il
est
alors
à
la
discrétion
des
entreprises
d’étendre
ou
restreindre
leur
champ
de
responsabilité
selon
qu’elles
prennent
en
considération
une
large
gamme
de
parties
prenantes
ou
non.
Néanmoins,
les
partisans
de
l’approche
des
parties
prenantes
s’accordent
sur
deux
points
essentiels
qui
orientent
leur
vision
de
la
RSE.
D’un
côté,
les
actionnaires
ne
constituent
pas
le
seul
groupe
pour
le
bénéfice
duquel
l’entreprise
œuvre,
la
maximisation
du
profit
ne
doit
pas
constituer
l’objectif
unique
de
l’entreprise.
De
l’autre,
les
parties
prenantes
devraient
être
traitées
en
fonction
d’un
ordre
de
priorités
selon
leur
pouvoir,
leur
légitimité
et
l’urgence
de
leurs
173
Bonnafous-‐Boucher
M.,
Pesqueux
Y.,
Décider
avec
les
parties
prenantes:
approches
d'une
nouvelle
théorie
de
la
société
civile,
La
Découverte,
Paris,
2006,
p.
268
84
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
demandes,
ce
qui
situe
l’approche
des
parties
prenantes
au
niveau
d’une
vision
stratégique.
Comme
l’Union
Européenne
le
précise
elle-‐même
:
«
Les
intérêts
et
les
objectifs
des
parties
prenantes
sont
à
tel
point
différents,
(…)
qu’il
est
évident
qu’une
réelle
concertation
est
nécessaire
entre
les
parties
intéressées
afin
de
mettre
en
œuvre
la
RSE
».
85
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
et
représentations
patronales)
au
niveau
des
institutions
européennes
et
ce
depuis
1957,
année
de
sa
création
par
le
Traité
de
Rome.
Le
CESE
est
donc
la
plateforme
institutionnelle,
consultative,
grâce
à
laquelle
les
représentants
des
milieux
socio-‐
économiques
européens
peuvent
et
doivent
exprimer
leurs
points
de
vue
de
manière
formelle
sur
les
politiques
communautaires.
En
étant
la
voix
de
la
société
civile,
il
lui
permet
de
conseiller
les
grandes
instances
que
sont
le
Conseil,
la
Commission
et
le
Parlement
européen
et
de
participer
pleinement
au
processus
décisionnel
de
l'Union
européenne.176
Dans
cette
dynamique,
la
société
civile
est
très
développée
et
impliquée
dans
les
problématiques
relatives
à
la
RSE.
Les
syndicats
et
les
organisations
de
la
société
civile
:
• recensent
les
problèmes,
• font
du
lobbying
auprès
des
autorités
publiques,
• font
campagnes
pour
plus
de
réglementations
en
matière
de
RSE,
• font
pression
auprès
des
entreprises
et
des
investisseurs
pour
élaborer
de
meilleures
pratiques
et
solutions
RSE
et
d’investissements
socialement
responsables.
La
société
civile
est
donc
bien
une
des
parties
prenantes
à
part
entière.
Cette
situation,
qui
pourrait
sembler
idéale,
n’est
pas
sans
critique.
La
société
civile
estime
que
toutes
les
parties
prenantes
ne
sont
pas
traitées
de
la
même
manière.
Ainsi,
elle
met
en
avant
l’inégalité
d’écoute
et
de
prise
en
compte
des
revendications
auprès
des
institutions
de
l’UE
;
la
priorité
étant
pour
elle
donnée
aux
entreprises
et
à
la
sphère
purement
financière.
Cette
opinion
ressort
très
nettement
des
travaux
de
2009
d’Isabelle
Daugareilh,
directrice
de
recherche
CNRS.177
Cette
observation
montre
combien
les
intérêts
et
attentes
des
différentes
parties
prenantes
peuvent
être
divergentes
et
combien
il
peut
être
compliqué
de
les
satisfaire
toutes.
L’Union
Européenne
doit
donc
veiller
à
respecter
les
règles
d’un
dialogue
ouvert
et
les
volontés
du
plus
grand
nombre
sans
quoi
le
concept
de
partie-‐prenante,
cœur
de
la
RSE
de
l’UE,
ne
survivra
pas.
86
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
notablement
absent
du
discours
officiel.
Rien
de
bien
surprenant
dans
un
pays
où
la
liberté
d´association
et
d´expression
des
parties
prenantes
de
l´entreprise,
au
premier
rang
desquelles
celle
des
ouvriers
et
des
paysans,
est
strictement
limitée.
Partant
de
ce
constat,
nous
aimerions
aller
plus
loin
dans
l’analyse
en
expliquant
la
hiérarchie
qui
existe
entre
les
différents
acteurs
et
comment
ces
derniers
interagissent.
87
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Pour
revenir
à
la
troisième
partie
qui
concerne
les
contenus
majeurs
de
la
RSE,
le
guide
propose
huit
thèmes
larges
:
-‐ se
conformer
à
la
loi
et
conduire
honnêtement
ses
affaires
-‐ accroître
les
profits
-‐ améliorer
la
qualité
des
produits
et
services
-‐ optimiser
l’utilisation
des
ressources
et
protéger
l’environnement
-‐ promouvoir
l’innovation
et
les
technologies
-‐ assurer
la
sécurité
de
la
chaîne
de
production
-‐ protéger
les
droits
légaux
des
employés
-‐ s’engager
activement
dans
la
charité
Afin
que
la
RSE
ne
reste
pas
un
concept
purement
théorique,
plusieurs
propositions
sont
faites
pour
inciter
les
entreprises
d’Etat
à
embrasser
la
RSE.
Ainsi,
elles
doivent
éduquer
leurs
employés
sur
la
RSE,
notamment
à
travers
des
rencontres
et
réunions
sur
le
sujet.
Elles
sont
fortement
encouragées
à
mettre
en
place
une
vraie
politique
RSE
intégrée
à
la
stratégie
globale
de
l’entreprise.
Elles
sont
invitées
à
développer
un
management
tourné
vers
la
RSE,
à
organiser
des
audits,
et
évaluer
ses
systèmes
régulièrement.
Les
entreprises
devront
publiées
annuellement
un
rapport
RSE,
comprenant
des
informations
sur
la
performance,
les
mesures
et
les
plans
de
sa
RSE.
Elles
sont
invitées
à
se
renseigner
sur
les
pratiques
RSE
des
entreprises
étrangères
comme
nationales
afin
de
tirer
le
meilleur
des
expériences
et
pratiques
déjà
réalisées.
Enfin,
les
organes
du
Parti
Communiste
Chinois
structurés
au
sein
des
entreprises
d’Etat
devraient
aussi
promouvoir
la
RSE
grâce
à
leurs
ressources
politiques.
Autrement
dit,
ce
guide
se
base
sur
des
définitions
internationales
de
la
RSE
mais
est
adapté
aux
caractéristiques
chinoises.
La
plupart
des
sujets
présents
dans
les
standards
RSE
internationaux
y
sont
présents
à
l’exception
peut-‐être
de
la
protection
des
droits
de
l’Homme.
Pourtant
un
des
cœurs
du
concept
de
la
RSE,
mais
ce
sujet
est
toujours
très
décrié
en
Chine.
Avec
ce
guide,
le
gouvernement
chinois
garde
la
maîtrise
totale
sur
les
politiques
des
entreprises
d’Etat
en
particuliers
celles
concernant
la
RSE.
Il
faut
donc
comprendre
que
(quasi)
toutes
les
politiques
RSE
mises
en
place
impliquent
l’accord
du
gouvernement
chinois.
Ce
fait
est
autant
politique
(Parti
Communiste)
que
culturel.
La
Chine,
comme
beaucoup
de
pays
d’Asie,
a
la
volonté
de
faire
jouer
à
l’Etat
un
rôle
de
leader
en
intervenant
directement
par
la
régulation,
comme
l’explique
Stephen
Rost,
qui
dirige
le
cabinet
CSR
Asia
(i.e.
RSE
Asie),
spécialisé
dans
la
RSE.
Or,
comme
nous
l’avions
relevé
auparavant,
l’année
2005
a
marqué
un
tournant
dans
l’opinion
du
gouvernement
chinois
qui
s’est
emparé
de
la
RSE
et
a
décidé
de
l’implémenter.
Avant
cet
engagement,
la
RSE
en
Chine
était
très
limitée.
Il
est
donc
fort
à
parier
que
les
avancées
de
la
RSE
en
Chine
n’auraient
pas
été
les
mêmes
sans
le
revirement
d’opinion
du
gouvernement
chinois.
De
plus,
il
est
bon
de
rappeler
que
la
RSE
est
vue
comme
une
issue
aux
problèmes
(mis
en
avant
dans
le
chapitre
2)
permettant
d’éviter
l’explosion
sociale
tant
redoutée.
Autrement
dit,
le
gouvernement
a
décidé
de
saisir
ce
levier
pour
répondre
aux
attentes
de
la
population
(montée
en
force
des
revendications
sociales
notamment
concernant
les
inégalités
salariales
ou
les
conditions
de
travail),
résoudre
les
problèmes
auxquels
le
pays
faisait
face
(mesures
de
protection
de
88
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
l’environnement
pour
stopper
sa
dégradation
continuelle)
sans
pour
autant
donner
trop
de
liberté
aux
entreprises.
Indirectement,
ces
mesures
répondent
également
aux
très
fortes
critiques
internationales
qui
secouent
la
Chine
tant
pour
sa
situation
sociale
et
environnementale
que
pour
ses
conditions
de
travail.
Les
entreprises
chinoises
et
étrangères
en
Chine
pâtissent
aujourd’hui
d’une
très
mauvaise
image
à
travers
le
monde
(corruption,
utilisation
de
polluant,
travail
ne
respectant
pas
les
droits
de
l’homme,
etc.).
Adopter
des
pratiques
économiques,
sociales
et
environnementales
responsables
faciliterait
la
tâche
d’entreprises
en
quête
de
respectabilité
sur
la
scène
internationale.
Or,
le
gouvernement
chinois,
soucieux
de
son
économie,
a
très
bien
compris
que
la
RSE
répondait
aussi
à
ces
exigences
de
transparence
et
de
bonne
gouvernance,
conditions
de
plus
en
plus
indispensables
pour
rester
compétitif
à
l’échelle
internationale.
De
nombreux
détracteurs
affirment
alors
que
la
RSE
est
instrumentalisée
par
le
gouvernement
chinois
afin
de
faire
taire
les
critiques
internes
comme
externes
;
ce
à
quoi
les
défenseurs
chinois
de
la
RSE
répondent
que
la
RSE
doit
être
au
contraire
vue
comme
un
outil
pouvant
satisfaire
les
attentes
chinoises
et
répondre
aux
critiques
étrangères.179
179
Nous
souhaitons
préciser
ici
que
cette
question
de
l’instrumentalisation
de
la
RSE
est
récurrente
quelques
soient
les
sociétés,
tant
en
occident
qu’en
orient.
180
Il
est
bon
de
rappeler
ici
que
la
notion
de
société
civile
est
très
occidentale
et
donc
très
culturelle
également.
181
GONGO
est
l’acronyme
pour
Government
Organized
Non-‐Governmental
Organization.
La
traduction
serait
«
Organisation
Non
Gouvernementale
Organisée
par
Gouvernement
»,
soit
ONGOG.
89
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
elle
n’est
pas
pour
autant
inexistante
et
ses
pressions
se
font
de
plus
en
plus
ressentir.
En
1999,
142
665
ONG
étaient
répertoriées.
En
2009,
ce
chiffre
atteignait
431
000
soit
trois
fois
plus.182
Les
sphères
d’engagement
sont
très
variées
allant
des
sciences
et
technologies,
à
l’éducation,
la
culture,
la
santé
publique,
le
travail,
les
affaires
civiles,
le
sport,
la
protection
de
l’environnement,
ou
encore
l’économie
rurale.
L’éducation
est
le
secteur
qui
rassemble
le
plus
d’ONG
avec
un
taux
de
25%.
Sans
faire
un
panorama
détaillé
des
ONG
en
Chine,
nous
aimerions
plus
particulièrement
insister
sur
le
rôle
de
plus
en
plus
important
qu’elles
occupent
au
sein
de
la
société.
Le
secteur
de
l'environnement
–
également
choisi
car
intrinsèquement
lié
à
la
RSE
-‐
implique
sans
doute
l’activisme
communautaire
le
plus
visible
et
le
plus
grand
nombre
d’ONG
au
niveau
local.
Il
a
aussi
la
plus
longue
histoire
de
promotion
des
politiques
publiques
dans
les
zones
à
problème
dans
le
pays.183
Aujourd’hui,
les
ONG
reconnues
dans
ce
domaine
ont
dépassé
les
2000.
Les
plus
influentes
en
Chine
sont
:
China
Environmental
Culture
Promotion
Association,
China
Biodiversity
Conservation
Fund,
China
Association
of
Environmental
Protection
Industry,
l’entité
locale
de
World
Wide
Fund
for
Nature,
Greenpeace
International
et
Friends
of
Nature.
L’année
2008
a
été
très
révélatrice
dans
l’engagement
de
ces
organisations
à
travers
deux
évènements
:
l’organisation
des
jeux
olympiques
mais
surtout
le
tremblement
de
terre
meurtrier184
du
Sichuan.
Volontariat
et
donations
ont
été
particulièrement
importants
grâce
à
la
mobilisation
sans
précédent
des
ONG
et
ont
mis
en
lumière
leur
savoir
faire
et
leurs
compétences
organisationnelles.
Des
études
post-‐
mobilisations
ont
analysé
cette
mobilisation
humanitaire
et
ont
conclu
que
celle-‐ci
avait
renforcé
la
société
civile
chinoise.
Plus
particulièrement,
Jessica
C.
Teets,
professeure
et
spécialiste
de
la
société
civile
dans
les
régimes
autoritaires,
montre
que
la
participation
des
ONG
chinoises
a
renforcé
leur
capacité,
leur
publicité
et
leur
interaction
avec
les
gouvernements
locaux.185
Ces
ONG
ont
su
démontrer
qu’elles
étaient
des
acteurs
à
part
entière
et
qu’elles
ne
souhaitaient
pas
être
assimilées
au
gouvernement.
Ce
dernier
a
lui
compris
que
la
société
civile
dans
son
ensemble
avait
une
forte
capacité
et
rapidité
de
mobilisation
de
ressources
(financières
comme
physiques)
et
que
cette
dernière
pouvait
jouer
un
rôle
important
dans
la
politique
de
Société
Harmonieuse,
souhaitée
par
la
Chine.
De
plus
en
plus
aujourd’hui,
les
ONG
en
Chine
ne
se
mobilisent
pas
seulement
dans
les
cas
de
catastrophes,
mais
également
en
amont,
dans
la
protection
de
l’environnement.
Et
là
aussi,
elles
ont
un
rôle
à
jouer
auprès
des
entreprises.
Leurs
efforts
dans
l’éducation
de
la
population,
le
développement
de
«
communauté
verte
»,
la
biodiversité,
la
protection
des
rivières
et
la
sécurité
alimentaire,
ont
182
Statistical
Report
on
the
Development
of
Civil
Affairs,
1999-‐2009
183
Hildebrandt
T.,
The
political
economy
of
social
organization
registration
in
China,
The
China
Quarterly,
2011,
pp.
970–989.
184
87
149
victimes
ont
été
recensées.
185
Teets
Jessica
C.,
Post-‐Earthquake
Relief
and
Reconstruction
Efforts:
The
Emergence
of
Civil
Society
in
China?
2009
90
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
accéléré
l’attention
et
la
conscience
du
peuple
chinois.
En
décembre
2009,
la
société
civile
chinoise
participait
au
COP15
à
Copenhague186
et
révélait
alors
dans
un
document
sa
position
concernant
le
changement
climatique.
En
2010,
elle
publiait
un
document
sur
«
comment
les
ONG
chinoises
s’attaquent
au
désastre
climatique
».187
Gagnant
toujours
plus
de
visibilité
et
de
crédibilité,
de
plus
en
plus
de
citoyens
se
rapprochent
des
ONG
pour
avoir
l’avis
d’experts
et
faire
transmettre
leurs
préoccupations
environnementales
au
gouvernement.
Plus
encourageant
encore,
les
départements
gouvernementaux,
à
tous
niveaux,
apprennent
à
utiliser
les
ONG
pour
recueillir
les
opinions
du
public
lors
des
processus
de
prise
décision.
Enfin,
il
ne
faut
pas
sous
estimer
le
rôle
que
les
ONG
Internationales
(ONGI)
peuvent
également
avoir
en
Chine.
Même
s’il
n’existe
pas
de
statistique
officielle,
il
est
estimé
que
plus
de
1000
ONGI
ont
des
projets
de
long-‐terme
en
Chine.
Ce
chiffre
est
multiplié
par
4
dans
les
cas
de
projets
de
court-‐terme.
Ces
activités
génèrent
plus
de
200
millions
de
dollars
par
an
et
couvrent
plus
de
vingt
secteurs
différents
de
la
pauvreté,
à
la
question
de
l’handicap,
l’éducation
ou
encore
la
protection
de
l’environnement.188
Ces
dernières
années,
les
ONGI
ont
d’ailleurs
joué
une
influence
considérable
dans
les
secteurs
de
la
pauvreté
et
de
la
protection
de
l’environnement
de
part
leurs
expériences
et
expertises
dans
les
domaines.
Même
si
l’engagement
de
la
société
civile
en
faveur
de
la
RSE
est
encore
récent
et
limité,
il
est
le
symbole
de
changements
dans
un
pays
qui
était
encore
très
fermé
il
y
a
trois
décennies.
Les
ONG
se
sont
elles
aussi
appropriées
le
concept
de
RSE
et
l’utilisent
pour
être
plus
visibles
et
mieux
écoutées.
Avec
une
mobilisation
de
plus
en
plus
forte
de
cette
dernière,
on
peut
imaginer
que
les
revendications
et
attentes
des
chinois
seront
plus
écoutées
par
le
gouvernement
et
que
cela
favorisera
l’émergence
d’un
rôle
à
part
entière
des
syndicats
et
des
ONG.
Nous
avions
décidé
d’étudier
dans
les
deux
régions
une
seule
des
parties
prenantes
à
savoir
la
société
civile
et
plus
particulièrement,
le
cas
des
ONG
pour
la
Chine.
Il
est
important
de
noter
que
cette
pression
montante
de
la
société
civile
n’est
qu’une
illustration
d’une
tendance
plus
globale.
Nous
observons
depuis
quelques
années
une
montée
en
puissance
des
pressions
sur
des
sujets
faisant
référence
à
la
RSE
comme
la
protection
de
l’environnement,
le
respect
des
droits
du
travail
et
de
l’homme,
la
baisse
des
inégalités
salariales,
etc.
Les
acteurs
engagés
sont
de
plus
en
plus
nombreux
:
gouvernements
central
et
locaux,
employés,
mais
aussi
médias
et
opinion
publique
via
les
réseaux
sociaux,
ou
ONG.
186
Conférence
sur
le
changement
climatique
187
En
anglais,
le
titre
est
«
How
Chinese
NGOs
participate
in
tackling
climate
disasters
»
188
Jin
B.,
The
Influence
of
INGO’s
Activities
in
China,
Yunnan
Social
Science,
2008
91
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
III. Les
caractéristiques
de
la
RSE
:
des
approches
différentes
Premièrement,
les
différentes
sections
verticales
du
cylindre
présentent
les
huit
grands
domaines
de
la
RSE,
dont
les
notions
de
parties
prenantes
et
développement
durable,
chères
à
l’UE.
On
peut
très
bien
imaginer
que
le
nombre
de
domaines
soit
variable
et
en
ajouter
de
nouveaux
en
fonction
des
entreprises,
de
leurs
secteurs
et
de
l’évolution
de
la
RSE.
Ensuite,
la
coupe
horizontale
(beige
au-‐dessus,
couleur
brique
au-‐dessous)
traduit
les
types
d’actions
possibles
et
permet
de
distinguer
les
actions
internes
et
externes
à
l’entreprise
et
les
actions
directes
ou
indirectes
sur
un
domaine.
Les
actions
directes
sont
en
général
plus
faciles
à
identifier
(réduire
sa
consommation
d’énergie
ou
de
papier,
augmenter
les
salaires
de
ses
employés,
etc.).
Enfin,
les
différents
disques
de
la
cible
(à
droite)
caractérisent
les
degrés
d’implication
possibles
des
entreprises
dans
chaque
domaine.
Autrement
dit,
cette
troisième
dimension
concerne
les
quatre
stratégies
majeures.
Ainsi,
chaque
92
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
entreprise
est
libre
d’adopter
sa
stratégie
en
fonction
des
sujets
:
refuser
d’agir
ou
s’opposer,
respecter
le
minimum
légal,
suivre
les
bonnes
pratiques
supra-‐légales
ou
innover
en
proposant
de
nouvelles
pratiques
inédites.
Parmi
ces
trois
dimensions,
nous
aimerions
insister
sur
la
première
à
savoir
les
grands
domaines
de
la
RSE.
En
effet,
par
«
aspect
multidimensionnel
»,
il
est
commun
de
faire
référence
à
son
caractère
«
multi-‐domaine
».
C’est
d’ailleurs
ainsi
que
l’UE
présente
elle-‐même
sa
RSE
:
«
Selon
ses
principes
et
directives,
la
RSE
couvre
au
moins
les
droits
de
l'homme,
du
travail
et
des
pratiques
de
l'emploi
(comme
la
formation,
la
diversité,
l'égalité
des
sexes
et
la
santé
des
employés
et
leur
bien-‐être),
les
questions
environnementales
(telles
que
la
biodiversité,
le
changement
climatique,
l'efficacité
des
ressources,
l'évaluation
du
cycle
de
vie
et
la
prévention
de
la
pollution),
et
la
lutte
contre
la
corruption.
»189
On
est
donc
face
à
une
politique
transversale
globale
qui
intègre
de
nombreuses
responsabilités
parmi
lesquelles
:
Les
trois
dimensions
originelles
de
la
RSE
:
• La
responsabilité
économique
:
caractéristique
de
la
responsabilité
initiale
de
l’entreprise.
C’est
la
fonction
pour
laquelle
l’entreprise
a
été
créée.
• La
responsabilité
sociale
:
met
en
avant
l’implication
de
l’entreprise
pour
améliorer
la
qualité
des
conditions
de
travail
pour
les
salariés
(favoriser
la
formation
continue,
proposer
des
rémunérations
plus
élevées,
entendre
les
attentes
de
ses
employés
et
tenter
d’y
remédier)
mais
aussi
pour
intégrer
les
personnes
handicapées
ou
de
nationalités
étrangères
ou
encore
pour
respecter
les
droits
de
l’homme
et
du
travail.
• La
responsabilité
environnementale
:
l’une
des
plus
évidentes
actuellement.
Les
débats
récurrents
sur
le
réchauffement
climatique
et
les
divers
problèmes
de
pollution
placent
cette
problématique
au
centre
de
toutes
les
attentions.
L’existence
d’outils
précis
à
son
sujet
comme
la
norme
ISO
14
001
sur
le
management
environnemental
rend
cette
question
plus
lisible
pour
les
entreprises.
Des
dimensions
complémentaires,
comme
:
• La
responsabilité
financière
:
consiste
à
intégrer
une
dimension
éthique
à
la
finance
de
l’entreprise.
Cette
démarche
peut
consister
par
exemple
à
choisir
des
Investissements
Socialement
Responsables
(ISR).190
• La
responsabilité
éthique
:
est
une
prise
en
compte
de
facteurs
éthiques
dans
les
décisions
de
l’entreprise
et
dans
ses
partenariats.
Ainsi,
même
si
la
loi
l’autorise,
une
entreprise
peut
refuser
de
s’associer
avec
une
autre
faisant
travailler
les
enfants
ou
utilisant
des
produits
potentiellement
dangereux.
189
Commission
Européenne.
25/10/2011.
Communication
de
la
Commission
au
Parlement
Européen,
au
Conseil,
au
CESE
et
au
Comité
des
Régions.
Responsabilité
sociale
des
entreprises:
une
nouvelle
stratégie
de
l'UE
pour
la
période
2011-‐2014,
p.8.
Lien
ici.
190
Les
ISR
sont
des
fonds
communs
de
placement
qui
regroupent
des
entreprises
sélectionnées
à
partir
de
critères
classiques
de
performance
économique
mais
surtout
sur
une
évaluation
extra-‐
financière
basée
sur
des
critères
éthiques,
sociaux,
ou
environnementaux.
93
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
• La
responsabilité
face
aux
parties
prenantes
:
qui
exige
la
consultation
et
le
respect
des
différents
acteurs
touchés
par
les
actions
d’une
entreprise.
• La
responsabilité
face
au
développement
durable
:
qui
encourage
l’adoption
d’un
comportement
contribuant
au
développement
économique
tout
en
préservant
l’écosystème
et
en
respectant
l’environnement
social
(employés,
clients,
fournisseurs).
Cette
responsabilité
peut
regrouper
l’ensemble
des
autres
domaines.
En
observant
ces
différents
champs
de
la
RSE,
on
constate
qu’ils
peuvent
être
extrêmement
liés.
Aucune
hiérarchie
n’est
proposée
entre
les
domaines
puisque
chacun
a
son
importance.
Les
entreprises
peuvent
donner
priorité
à
certains
sujets
plutôt
que
d’autres
suivant
leurs
sensibilités
et
importances,
le
secteur
d’activité
de
l’entreprise,
le
contexte
général,
et
les
attentes
de
chacun.
Cela
ressort
nettement
du
questionnaire
sur
la
RSE
en
UE
où
chaque
répondant
représentant
une
entreprise
illustrait
sa
stratégie
RSE
en
fonction
de
son
secteur
et
de
ses
problématiques.
Parmi
eux,
une
personne
responsable
RSE191
expliquait
qu’elle
avait
du
revoir
tout
son
schéma
en
passant
d’une
entreprise
alimentaire
à
une
entreprise
informatique,
deux
secteurs
qui
n’ont
pas
les
mêmes
enjeux
principaux.
191
Pour
une
question
de
respect,
l’identité
de
cette
personne
est
gardée
anonyme.
94
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
«
combiner
caractères
volontaire
et
contraignant
».
La
Commission
parle
alors
de
«
smart
mix
»,
autrement
dit
une
combinaison
intelligente
entre
«
des
mesures
politiques
facultatives
et,
le
cas
échéant,
des
dispositions
réglementaires
complémentaires
».
Deux
domaines
seraient
particulièrement
concernés
par
ces
changements
:
celui
des
investissements
et
celui
des
marchés
publics.
En
matière
d’investissement,
la
Commission
examine
la
possibilité
d’imposer
à
tous
les
fonds
d’investissement
et
institutions
financières
l’obligation
«
d’informer
tous
leurs
clients
(citoyens,
entreprises,
pouvoirs
publics,
etc.)
du
respect
des
standards
sociaux
qu’ils
appliquent
en
matière
d’investissement
éthique
ou
responsable
».
Quant
aux
marchés
publics,
la
Commission
entend
donner
plus
d’importance
aux
examens
sociaux
et
écologiques
sans
générer
pour
autant
plus
de
frais
administratifs
pour
les
entreprises.
On
observe
donc
un
glissement
du
tout
volontaire
vers
plus
de
réglementations,
chose
réclamée
depuis
toujours
par
la
société
civile
et
dont
l’une
des
justifications
est
de
mettre
en
avant
le
besoin
d’harmonisation
des
politiques
RSE
en
UE.
95
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Cette
démarche
positive
nous
apparaît
plus
constructive
que
celle
de
lister
tous
les
domaines
et
aspects
de
la
RSE
qui
sont
encore
trop
peu
voire
pas
du
tout
pris
en
compte
en
Chine.
En
partant
d’une
industrie
mobilisée,
nous
mettrons
en
lumière
les
avancées
effectives
mais
également
les
efforts
qu’il
reste
à
poursuivre.
Cette
industrie
est
en
plus
intéressante
de
par
sa
place
au
sein
du
pays
et
au
niveau
mondial.
Fin
2005,
le
secteur
comptait
ainsi
pour
20%
de
l’emploi
industriel,
7%
du
PIB
chinois,
14%
de
la
valeur
ajoutée
manufacturière
et
15%
des
exportations
du
pays.192
La
Chine
fournissait
alors
25%
des
textiles
et
33%
des
vêtements
en
valeur
sur
le
marché
mondial.
Aujourd’hui
en
2013,
l’industrie
textile
chinoise
est
toujours
aussi
importante.
96
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
précisés,
rémunération
égalitaire
(OIT
100),
âge
minimum
du
travail
respecté
(OIT
138)195,
pas
de
discrimination
au
travail
(OIT
111),
liberté
d’association
(OIT
87),
etc.
• Aider
les
entreprises
à
améliorer
leurs
pratiques
de
gestion,
notamment
dans
les
domaines
de
la
gestion
de
la
RSE
concernant
les
conditions
de
travail
et
les
ressources
humaines
(système
de
contrôle
interne
du
management,
respect
des
lois
sociales
et
environnementales
locales);
• Faciliter
le
développement
durable
des
entreprises,
la
promotion
de
la
réputation
internationale
des
entreprises
de
textiles
chinoises
et
leur
permettre
de
mieux
s'intégrer
dans
la
chaîne
d'approvisionnement
internationale
;
• Mettre
en
place
des
mesures
et
actions
concrètes
pour
matérialiser
l'idéal
de
la
construction
d'une
société
harmonieuse
dans
le
secteur
du
textile
chinois
La
partie
sur
la
protection
des
droits
des
travailleurs
est
la
plus
détaillée
et
démontre
que
le
secteur
textile
a
de
nombreux
efforts
à
faire
pour
les
respecter.
La
Chine
a
trop
longtemps
été
considérée
comme
l’atelier
du
monde
où
droits
de
l’homme
et
droits
du
travail
n’avaient
pas
leur
place.
Or,
il
ne
fait
plus
de
doute
aujourd’hui
que
la
RSE
(dont
une
composante
concerne
le
respect
des
droits
de
l’homme
et
du
travail)
et
la
compétitivité
d’une
entreprise
vont
de
pair.196
Avec
ce
standard,
l’un
des
objectifs
est
aussi
de
permettre
à
la
production
du
secteur
une
montée
en
gamme
justifiant
des
prix
plus
élevés.
Le
raisonnement
tient
en
trois
axiomes
:
• Si
le
management
donne
plus
de
responsabilité
aux
employés,
leur
productivité
augmentera,
ils
seront
davantage
créatifs
et
capables
de
maîtriser
de
nouvelles
technologies,
par
exemple
de
nouveaux
textiles
biochimiques.
• En
garantissant
au
consommateur
que
désormais
les
mauvaises
pratiques
(tels
que
le
travail
des
enfants
ou
les
heures
supplémentaires
non
payées)
ont
disparu,
ce
dernier
considèrera
les
produits
chinois
sous
un
autre
angle
et
pourra
accepter
des
prix
plus
élevés.
• En
définissant
une
stratégie
de
montée
progressive
en
gamme
de
la
qualité
des
produits,
la
Chine
sera
capable
de
réaliser
ce
que
le
Japon
et
la
Corée
ont
fait
en
30
ans
:
créer
des
marques
reconnues
et
appréciées,
et
maîtriser
l’ensemble
de
la
chaîne,
de
la
production
à
la
vente
en
boutique.
Or
c’est
dans
les
segments
finaux
de
la
chaîne
de
valeur
que
la
marge
est
la
plus
importante.
195
L’âge
minimum
de
travail
posé
par
la
convention
138
de
l’OIT
ne
peut
être
inférieur
à
l’âge
auquel
cesse
la
scolarité
obligatoire
ni
ne
peut-‐être
inférieur
à
15
ans,
sauf
dans
le
cas
très
spécifique
où
le
niveau
financier
de
la
personne
ne
lui
permet
pas
de
vivre,
et
ce
après
consultation
avec
les
employeurs
et
travailleurs
concernés,
cet
âge
peut
être
ramené
à
14
ans.
196
Yan
Shen,
CSR
and
Competitiveness
in
China,
Foreign
Languages
Paper,
2008.
Reposant
sur
une
étude
dans
12
villes
et
plus
de
1200
entreprises
en
Chine,
ce
document
tend
à
démontrer
que
les
entreprises
ayant
une
politique
RSE
sont
plus
performantes
que
celles
d’une
même
branche
n’en
ayant
pas.
97
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Cette
stratégie
est
aujourd’hui
montrée
comme
exemple
en
Chine
et
elle
a
ses
effets.
En
2005,
la
proportion
du
salaire
de
la
main-‐d'œuvre
et
des
avantages
sociaux
représentait
23%
du
coût
total
des
entreprises
de
l’industrie
textile
et
des
vêtements.
Ce
nombre
est
passé
à
plus
de
35%
en
2011.
Selon
une
enquête
de
China
National
Garment
Association
(CNGA)197,
au
début
de
2012,
le
salaire
brut
moyen
des
travailleurs
du
textile
atteignait
plus
de
3000
RMB
(476,1
USD)
par
mois
dans
les
zones
côtières,
et
le
salaire
brut
dans
les
régions
en
terre
était
d’environ
2500
yuans
(396,75
USD)
par
personne
et
par
mois.
L'augmentation
annuelle
du
salaire
net
a
ainsi
été
de
plus
de
10%
ces
trois
dernières
années.
Cette
tendance
à
la
hausse
dans
l'industrie
textile
se
poursuit
en
2012.
Selon
l'enquête,
au
cours
du
premier
trimestre
de
2012,
dans
un
des
quartiers
majeurs
de
la
production
de
vêtements
en
Chine
–
Chashan
Areain
Dongwan
City,
province
du
Guangdong
–
le
taux
de
croissance
du
coût
de
la
main-‐d'œuvre
dans
plus
de
la
moitié
du
total
des
entreprises
de
l'habillement
atteignait
entre
10
et
20%
au
1er
trimestre
2012.
Seulement
12,9%
des
entreprises
du
textile
dans
cette
région
maintenaient
un
coût
du
travail
similaire
à
celui
de
2011.
Ces
importants
efforts
sont
à
noter
et
doivent
être
poursuivis.
La
politique
du
secteur
du
textile
est
de
plus
soutenue
de
l’intérieur,
notamment
financièrement.
Ainsi,
le
gouvernement
central
a
augmenté
le
taux
de
remboursement
des
taxes
à
l'exportation
de
14%
à
15%
et
des
gouvernements
locaux
ont
mis
en
place
des
fonds
d’aide
aux
entreprises
comme
c’est
le
cas
dans
la
région
du
Xinjiang
Uygur
Autonomous
(nord-‐ouest
de
la
Chine).
Dans
cette
région,
plus
de
20
millions
RMB
(soit
environ
3,174
millions
de
dollars)
seront
alloués
chaque
année
pour
soutenir
l’industrie
textile.
Le
gouvernement
central
encourage
également
les
institutions
financières
à
accorder
des
crédits
de
garantie
et
des
soutiens
financiers
aux
petites
et
moyennes
entreprises
textiles.
Des
accords
sont
également
signés
avec
des
grands
acteurs
internationaux.
Ainsi,
en
mai
2007,
le
CNTAC
et
l’Association
européenne
du
Commerce
Extérieure
(FTA)
signaient
à
Pékin
un
accord
de
coopération
portant
sur
la
construction
de
la
RSE.
Cette
coopération
sino-‐européenne
est
une
coopération
stratégique
entre
les
détaillants
européens
(premiers
clients
de
la
Chine
dans
l’industrie
textile)
et
les
fournisseurs
chinois.
Elle
ne
consiste
pas
seulement
à
promouvoir
le
développement
mutuel
de
la
responsabilité
sociale
des
entreprises
chinoises
et
européennes,
mais
aussi
à
jouer
un
rôle
stratégique
et
à
donner
l'exemple
dans
la
création
d’une
chaine
d’approvisionnement
responsable
à
l’échelle
mondiale.198
D’autres
branches
ont
amorcé
une
réflexion
similaire
visant
à
améliorer
les
conditions
de
travail
et
respecter
les
droits
des
travailleurs
pour
ensuite
déplacer
la
production
chinoise
vers
des
créneaux
plus
rémunérateurs,
ce
qui
permettrait
en
plus
de
ne
plus
subir
la
pression
des
nouveaux
compétiteurs
«
low
cost
»199
tels
que
le
Bangladesh,
le
Vietnam
ou
l’Inde
par
exemple.
Aujourd’hui,
la
norme
CSC
9000T,
197
L’association
nationale
des
vêtements
en
Chine
(CNGA)
a
été
créée
en
1991.
Dans
le
but
de
favoriser
une
industrie
du
vêtement
durable,
CNGA
s'efforce
de
fournir
divers
services
liés
à
l'industrie
du
vêtement
pour
le
gouvernement,
l'industrie
textile,
les
entreprises
et
la
société.
198
China
Textile
Leader,
Cooperative
Agreement
Signed
on
CSR
between
CNTAC
and
FTA,
24/05/2007
199
Low
cost
signifie
«
bas
prix
».
98
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
malgré
son
T
pour
Textile,
a
été
étendue
à
toutes
les
industries
offrant
ainsi
un
cadre
de
gestion
pour
les
autres
secteurs
qui
le
souhaitent.
99
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
l’étranger
et
qu’elle
contribue
à
hauteur
de
7%
du
PIB
chinois.
Face
aux
demandes
de
plus
en
plus
strictes
en
matière
environnementale
et
notamment
d’utilisation
de
produits
chimiques
de
la
part
de
ces
principaux
clients,
l’influence
extérieure
se
fait
largement
ressentir.
Il
est
difficile
de
comparer
de
manière
précise
les
standards
européens
et
chinois
par
exemple.
Néanmoins,
les
experts
s’accordent
tous
pour
confirmer
que
la
Chine
rattrape
son
retard.
Par
ailleurs,
dans
le
12ème
plan
quinquennal,
le
gouvernement
central
reprend
les
recommandations
issues
de
l’Association
de
l’Industrie
Textile
en
Chine
(China
Textile
Industry
Association
ou
CTIA)
sur
les
techniques
d’amélioration
possibles
de
l'industrie
textile.
Ces
objectifs
incluent
l’élimination
du
matériel
inefficace
et
vieux,
la
mise
en
place
de
normes
statuant
la
quantité
d'eau
douce
utilisée
pour
produire
chaque
tonne
de
tissu,
et
de
nouvelles
recommandations
pour
les
technologies
qui
permettront
de
réduire
l’utilisation
des
ressources.
Dans
ce
sens,
de
nouvelles
règles
pénalisantes
ont
été
édictées,
comme
celles
conditionnant
les
crédits
aux
performances
environnementales
des
entreprises.
A
cela,
le
Ministère
des
Technologies
de
l'Industrie
et
de
l'Information
(MIIT)
a
publié
en
2010
un
bulletin
intitulé
Exigences
d'entrée
pour
l’industrie
de
la
teinture
et
de
l'impression.
Ce
dernier
réaffirme
la
volonté
de
la
Chine
de
renforcer
ses
standards
en
matière
d’utilisation
de
l’eau
et
d’énergie
dans
l’industrie
textile.
Ce
bulletin
s’adresse
autant
aux
nouveaux
entrés
dans
le
secteur
qu’aux
entreprises
existantes
et
exige
un
plus
large
contrôle
des
usines,
condition
indispensable
pour
améliorer
la
capacité
du
MIIT
à
faire
respecter
ces
nouvelles
normes
d'efficacité.
Si
les
autorités
nationales
ont
fortement
réagi,
en
élaborant
des
réglementations
antipollution,
deux
autres
acteurs
jouent
également
un
rôle
majeur
dans
la
réponse
à
cette
angoisse
:
les
maires
des
grandes
villes
et
les
entreprises
étrangères
spécialistes
du
secteur
de
l’environnement.
Une
des
formes
empruntées
par
cette
autonomie,
accordée
par
le
gouvernement
central,
a
été
la
multiplication
des
partenariats
entre
autorités
locales
et
entreprises
étrangères
pour
développer
des
prototypes
d’un
développement
moins
polluant.
Tout
un
volet
de
la
politique
RSE
chinoise
s’est
ainsi
constitué
dans
ces
partenariats
au
niveau
des
autorités
locales.
Par
exemple,
certaines
autorités
ont
confié
à
des
consortiums
d’entreprises
privées
le
soin
de
concevoir
et
de
financer
la
création
de
zones
d’activité
intégrant
des
stations
d’épuration
gérées
sur
un
mode
semi-‐privé,
avec
des
codes
de
conduite
très
exigeants.
La
Chine
tente
donc
de
rattraper
son
retard
et
le
fait
par
étapes,
en
donnant
la
priorité
aux
enjeux
les
plus
importants
pour
son
pays,
son
économie,
sa
population
et
pour
répondre
aux
requêtes
internationales.
Les
règles
existent
aujourd’hui,
qu’en
est-‐il
de
leur
application
?
100
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
b. La
règlementation,
dimension
efficace
de
la
RSE
en
Chine
?
101
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
les
cas
de
violation
des
droits
de
l’homme
et
de
l'environnement
devant
les
tribunaux
rend
les
«
coûts
»,
pour
avoir
enfreint
la
loi,
faibles.
Cette
difficulté
est
multipliée
par
4
lorsqu’il
s’agit
de
régions
à
l’ouest
de
la
Chine,
là
où
de
nombreux
ateliers
se
sont
délocalisés.
Deuxièmement,
et
ce
malgré
les
normes
gouvernementales
de
plus
en
plus
strictes
pour
l'industrie
textile,
le
contrôle
de
leur
mise
en
application
par
les
bureaux
locaux
(dont
celui
de
protection
de
l’environnement)
reste
très
largement
insuffisant
de
sorte
que
beaucoup
d’usines
ne
respectent
pas
30%
des
lois.
Dans
le
cadre
du
gaspillage,
le
prix
extrêmement
bas
de
l'eau
agit
également
comme
un
élément
dissuasif
dans
la
prise
de
conscience
des
usines
pour
mieux
utiliser
les
ressources.
Les
règlements
bien
intentionnés
rencontrent
de
nombreuses
difficultés
pour
devenir
réalité
en
Chine,
laissant
alors
le
champ
libre
à
la
situation
pour
se
détériorer
encore
plus
:
les
rejets
d’eaux
usées
industrielles
de
la
part
de
l’industrie
textile
sont
ainsi
passés
de
1,979
milliards
de
tonnes
soit
9,6%
des
rejets
totaux
en
2006
à
2,455
milliards
de
tonnes
soit
11,6%
des
rejets
nationaux
en
2010.
De
plus,
il
est
ressorti
que
l’industrie
textile
chinoise
utilisait
trois
à
quatre
fois
plus
de
produits
polluants
que
les
industries
textiles
d’autres
pays,
ce
qui
pose
de
nouveau
la
question
du
contrôle
des
produits
utilisés.203
Un
dernier
chiffre
parle
de
lui-‐même
:
au
cours
des
deux
dernières
années,
le
nombre
de
dossiers
d’infractions
des
règlementations
environnementales,
dans
toutes
les
régions
de
la
Chine,
a
augmenté
de
plus
de
40
000
cas,
chacun
ayant
ses
propres
particularités
et
nécessitant
une
prompte
et
efficace
résolution.
Parmi
eux,
plus
de
6
000
concernent
des
violations
d’usines
textiles.
204
John
Pabon205
ironise
en
affirmant
que
si
toutes
les
lois
chinoises
étaient
respectées,
la
Chine
serait
«
un
des
pays
leaders
en
terme
de
responsabilité
sociale,
environnementale
et
économique
».
Bien
que
les
lois
existent
sur
le
papier,
et
soient
très
strictes
pour
les
entreprises
locales
et
multinationales
en
termes
d'impact
environnemental
et
social,
leur
mise
en
œuvre
est
une
toute
autre
histoire.
L'application
de
la
réglementation
fait
défaut
à
l'extrême.
Alors
que
les
standards
devraient
être
respectés
dès
le
départ,
on
observe
que
les
réactions
apparaissent
trop
souvent
après
que
quelque
chose
de
négatif
se
soit
produit.
Le
respect
des
lois
est,
à
raison,
l’une
des
priorités
de
la
Chine.
Ce
point
doit
impérativement
être
amélioré
sans
quoi
les
progrès
recherchés
par
la
Chine
resteront
lettre
morte.
…
Transition…
Ainsi
s’achève
ce
troisième
et
dernier
chapitre
mettant
en
avant
deux
pratiques
de
la
RSE.
Il
est
vrai
qu’aujourd’hui,
la
RSE
est
plus
largement
mise
en
œuvre
au
sein
des
entreprises
européennes
que
chinoises.
Cela
peut
s’expliquer
par
les
fortes
traditions
sociales
au
sein
des
pays
européens
ou
encore
par
la
reconnaissance
plus
ancienne
de
la
nécessité
de
protéger
l’environnement.
De
plus
la
RSE
est
encore
203
Rapport
de
2008
intitulé
«
2008
Key
Industries
Industrial
Pollution
Prevention
Report
»
204
Institute
of
Public
&
Environmental
Affairs
(IPE).
China
Pollution
Map
Database.
Cette
source
de
données
enregistre
les
performances
environnementales
ainsi
que
les
problèmes
de
pollution
et
leurs
sources.
Les
résultats
peuvent
être
consultés
sur
ce
lien.
205
John
Pabon
est
consultant
RSE
en
Chine
pour
les
entreprises
des
secteurs
privé
et
public.
Ses
propos
sont
tirés
des
réponses
au
questionnaire
sur
la
RSE
en
Chine.
102
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
récente
en
Chine
si
on
la
compare
à
l’Europe.
Il
semble
donc
logique
qu’il
y
ait
des
différences
ou
que
comparativement,
la
Chine
soit
«
en
retard
»
par
rapport
à
l’Europe.
Certaines
particularités
du
pays
comme
les
disparités
entre
la
côte
et
l’intérieur
du
pays
(beaucoup
moins
exposé
aux
«
radars
»
internationaux
et
moins
développé),
les
problèmes
de
corruption
et
d’achat
de
passe-‐droit
ou
encore
le
non-‐
respect
des
lois
et
des
réglementations
sont
autant
de
points
pouvant
éclairer
le
fait
que
la
RSE
se
déploie
de
manière
inégalitaire
(ou
«
par
étapes
»)
dans
le
pays.
Néanmoins,
nous
souhaitions
surtout
montrer
que
la
RSE
n’était
pas
un
concept
simplement
importé
ou
imposé.
La
RSE
n’est
pas
juste
reprise
et
utilisée
par
la
Chine,
elle
est
aussi
réappropriée.
Ce
n’est
donc
pas
une
copie
conforme
aux
exigences
occidentales
mais
une
forme
adaptée
au
contexte.
Il
est
aussi
bon
de
préciser
que
les
entreprises
chinoises
ont,
depuis
quelques
années,
fait
d’intenses
efforts
et
progrès
pour
rattraper
leur
retard.
Après
avoir
été
portée
par
quelques
secteurs
très
exposés
à
la
concurrence
internationale
et
les
grandes
entreprises
étrangères,
la
RSE
fait
donc
l’objet
d’une
internalisation
qui
s’appuie
sur
les
entreprises
et
administrations
publiques,
les
autorités
de
régulation
des
marchés
boursiers
et
de
nombreux
centres
de
recherche.
Toutes
les
initiatives
récentes
en
termes
de
RSE,
particulièrement
au
niveau
local,
doivent
être
encouragées.
Il
reste
encore
un
long
travail
à
faire
en
Chine
et
c’est
pourquoi
l’attention
de
tous,
notamment
de
la
population
chinoise
de
plus
en
plus
exigeante,
est
nécessaire.
103
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
CONCLUSION
Très
présente
dans
la
vie
des
entreprises,
et
faisant
l'objet
de
nouveaux
outils
développés
par
les
sciences
de
la
gestion
et
du
management,
la
RSE
est
donc
un
concept
en
pleine
évolution.
Loin
de
renvoyer
à
un
cahier
des
charges
figé
et
identique
pour
toutes
les
entreprises,
la
RSE
tend
plutôt
à
inciter
les
entreprises
à
s'intéresser
davantage
à
l'impact
de
leurs
activités
et
à
développer
des
standards
communs.
Elle
contribue
alors
à
faire
des
entreprises
des
acteurs
sociaux
à
part
entière,
soutenus
par
les
parties
prenantes,
et
dont
la
responsabilité
et
le
rôle
actif
sont
reconnus
au-‐delà
de
la
seule
performance
économique.
Nous
retenons
aussi
que
la
RSE
est
un
outil
qui
sait
évoluer.
Elle
ne
doit
pas
être
vue
comme
un
concept
occidental
qui
doit
s’imposer
maintenant
à
tous
;
mais
plus
comme
un
outil
–
certes
créé
et
existant
depuis
longtemps
dans
le
monde
occidental
–
qui
peut
être
approprié
par
les
autres
pays/cultures.
La
RSE
a
donc
des
définitions
différentes
en
fonction
des
influences
culturelles
et
des
différentes
sociétés
dans
lesquelles
elle
se
forge.
Pour
autant,
son
développement
ouvre
la
voie
à
sa
généralisation
à
l’échelle
planétaire.206
Pour
la
Chine,
c’est
la
réflexion
sur
l’environnement
et
les
difficultés
sociales
ainsi
que
les
pressions
extérieures
qui
semblent
avoir
mené
à
la
RSE,
alors
que
chez
nous
c’est
le
paternalisme
qui
l’a
fait
émerger.
Le
socle
culturel
est
différent
mais
chacune
des
petites
avancées
joue
son
rôle
:
celui
de
faire
de
la
RSE
un
outil
indispensable
des
stratégies
des
entreprises.
En
Chine,
le
chemin
est
certes
encore
long,
et
les
efforts
semblent
nombreux.
Mais
il
est
important
de
mettre
les
choses
en
perspective
:
cela
fait
plus
d’un
siècle
que
l’Europe
a
une
réflexion
sur
le
sujet
et
c’est
très
loin
d’être
parfait
comme
les
derniers
rapports
le
montrent.
Donnons
donc
aussi
le
temps
à
la
Chine
d’évoluer
et
de
s’approprier
toutes
les
facettes
de
RSE.
Gardons
un
œil
attentif
sur
chaque
progrès
ou
régression
à
venir
et
soutenons
les
bonnes
initiatives.
L’UE
et
la
Chine
sont
deux
entités
à
bien
des
égards
différentes,
et
avec
leurs
propres
objectifs
d’ici
2020.
Les
méthodes
pour
les
atteindre
divergent
mais
elles
s’accordent
toutes
deux
sur
un
point
:
promouvoir
la
RSE,
comme
outil
stratégique
pour
parvenir
à
«
une
croissance
intelligente,
soutenable
et
inclusive
»
dans
le
cas
de
l’Union
Européenne
ou
à
«
une
société
harmonieuse
»
dans
le
cas
de
la
Chine.
Dans
ce
sens,
les
coopérations
et
échanges
autour
de
la
RSE
entre
l’UE
et
la
Chine
sont
très
intéressants
et
encourageants
et
il
est
de
l’intérêt
de
ces
deux
grands
acteurs
de
l’économie
mondiale
de
poursuivre
le
développement
de
leur
relation
mutuelle.
206
Coordonné
par
de
Bry
Françoise,
Igalens
Jacques
et
Peretti
Jean-‐Marie,
2010,
Ethique
et
responsabilité
sociale,
78
experts
témoignent,
Mélanges
en
l’honneur
de
Michel
Joras,
Chapitre
39
:
«
vers
une
réflexion
dans
les
entreprises
chinoises
»,
Questions
de
société,
357
pages
104
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
ANNEXES
105
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
26%
sont
chinois
95%
vivent
en
Chine
Question
2
:
38%
entreprises
étrangères
26%
d’ONG
étrangères
13%
d’entreprises
chinoises
13%
d’ONG
chinoises
10%
reste
Question
3
:
41%
très
important
54%
important
5%
peu
important
106
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
33%
responsabilité
économique
33%
responsabilité
sociale
8%
charité
26%
autre
:
les
4
responsabilités
Question
2
:
26%
gouvernance
d’entreprise
26%
développement
économique
de
la
communauté
18%
image
positive
de
l’entreprise
18%
prévention
de
la
corruption
12%
respect
des
lois
du
pays
Question
3
:
33%
non
utilisation
de
produits
chimiques
et
dangereux
33%
réduction
des
émissions
de
gaz
18%
pas
de
pollution
11%
respect
des
règlementations
du
pays
5%
certifications
(ISO,
labels,
etc.)
Question
4
:
26%
droits
du
travail
26%
utilisation
de
fournisseurs
locaux
18%
contribution
à
des
programmes
pour
la
communauté
18%
formation
des
locaux
12%
droits
de
l’homme
Question
5
:
38%
gouvernements
et
régulateurs
18%
employés
15%
actionnaires
13%
ONG
8%
partenaires
d’affaires
8%
clients
107
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
44%
oui
56%
non
Question
3
:
34%
environnement
et
enjeu
de
la
pollution
28%
inégalités
18%
PIB
et
croissance
12%
crime
et
système
judiciaire
8%
jeunesse
et
vieillesse
Question
5
:
77%
pensent
que
l’influence
de
la
culture
n’est
pas
(59%)
voire
pas
du
tout
importante
(18%)
A
l’inverse,
73%
pensent
que
l’influence
du
système
politique
est
importante
(57%)
voire
très
importante
(16%)
108
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
59%
pensent
que
l’engagement
du
gouvernement
national
est
de
niveau
4
(26%
niveau
3
et
15%
niveau
5)
46%
pensent
que
l’engagement
des
gouvernements
locaux
est
de
niveau
3
(28%
niveau
2
et
26%
niveau
4)
Question
2
:
56%
pensent
que
l’influence
du
gouvernement
national
est
de
niveau
4
(38%
de
niveau
3,
3%
de
niveaux
2
et
5)
51%
pensent
que
l’influence
des
gouvernements
locaux
est
de
niveau
3
(21%
de
niveau
2,
17%
de
niveau
4,
8%
de
niveau
1,
et
3%
de
niveau
1)
Question
3
:
79%
respect
des
lois
15%
faire
plus
que
les
lois
6%
faire
moins
que
les
lois
Question
4
:
85%
et
87%
pour
une
quantité
suffisante
de
standards
5%
et
3%
trop
de
standards
10%
sans
opinion
Question
5
:
74%
et
77%
oui
13%
et
8%
non
13%
et
15%
sans
opinion
Question
6
:
51%
en
fort
désaccord
26%
en
désaccord
23%
neutre
=>
Problème
de
respect
des
lois
très
fort
Question
7
:
38%
niveau
5
36%
niveau
3
(neutre)
26%
niveau
4
=>
Les
attentes
semblent
donc
plus
fortes
pour
les
entreprises
étrangères
109
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
La
Chine
a
accepté
la
RSE
(grande
tendance
des
réponses)
Question
2
:
(Attentes
et
meilleure
influence)
44%
et
46%
national
38%
et
26%
international
18%
et
28%
local
Question
3
:
1.
La
RSE
en
Chine
vient
du
haut
;
on
ne
retrouve
pas
cette
notion
de
partie-‐prenante
et
de
dialogue
ouvert
2.
Problème
de
respect
des
lois
en
Chine
alors
que
les
standards
existent
et
sont
bons.
Question
4
:
49%
niveau
3
(neutre)
38%
niveau
4
13%
niveau
2
Question
5
:
La
pression
des
pays
de
l’UE
sur
la
RSE
en
Chine
semble
donc
exister
;
elle
opère
notamment
sur
le
niveau
des
standards
chinois.
La
Chine,
pour
ne
pas
perdre
l’UE
comme
client,
fait
alors
évoluer
ses
normes.
110
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
111
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
88%
sont
européens
94%
vivent
au
sein
de
l’UE
Question
2
:
60%
entreprises
européennes
20%
ONG
européennes
10%
entreprises
étrangères
dans
l’UE
6%
eux-‐mêmes
2%
Institution
Européenne
2%
écoles
européennes
Question
3
:
90%
très
important
10%
important
ð Tous
les
répondants
ont
donc
une
opinion
positive
voire
très
positive
sur
la
RSE
112
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
40%
Responsabilité
sociale
30%
responsabilité
environnementale
22%
responsabilité
économiques
6%
autre
(toutes
les
responsabilités)
2%
charité
ð les
avis
sont
très
partagés
Question
2
:
34%
gouvernance
d’entreprise
34%
dialogue
avec
les
parties-‐
prenantes
12%
respect
des
lois
du
pays
10%
prévention
de
la
corruption
6%
transparence
2%
développement
économique
de
la
communauté
2%
image
positive
de
l’entreprise
Question
3
:
40%
développement
de
technologies
écologiques
30%
certifications
(ISO,
labels,
etc.)
10%
non-‐utilisation
de
produits
chimiques
et
dangereux
8%
santé
publique
6%
réduction
des
émissions
de
gaz
6%
respect
des
règlementations
du
pays
Question
4
:
30%
droits
de
l’homme
30%
droits
du
travail
20%
contribution
à
des
programmes
pour
la
communauté
12%
formations
des
locaux
8%
utilisation
de
fournisseurs
locaux
Question
5
:
14%
clients,
employés,
actionnaires
et
ONG
12%
partenaires
d’affaire
10%
gouvernements
et
régulateurs,
fournisseurs
et
syndicats
2%
administrateurs
113
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
78%
oui
10%
non
12%
sans
opinion
Question
2
:
Deux
tendances
opposées
s’observent
avec
la
crise
:
1. Certains
ont
largement
diminués
voire
coupés
leur
programmes
RSE
2. Quand
d’autres
ont,
au
contraire,
accentué
leur
politique
RSE
Question
3
:
26%
chômage
20%
environnement
et
pollution
16%
PIB
et
croissance
économique
14%
crime
et
système
judiciaire
10%
jeunesse
et
vieillesse
4%
éducation
et
santé
2%
inégalité,
intégration
des
minorités
ethniques
et
pauvreté
Question
4
:
Le
respect
de
la
RSE
dans
tous
les
pays
qui
touchent
de
près
ou
de
loin
l’entreprise,
en
particulier
en
termes
de
respect
des
droits
de
l’homme
et
du
travail
et
de
l’environnement
Question
5
:
Les
avis
sont
très
partagés
pour
la
culture
et
aucune
tendance
ne
se
démarque.
Quant
au
système
politique,
une
très
courte
majorité
estime
que
son
influence
est
importante.
Les
personnes
ont
souvent
répondu
la
même
chose
pour
les
deux
sous
questions.
Ainsi
certains
estiment
que
le
contexte
(culturel
et
politique)
influence
la
RSE
quand
d’autres
ne
le
pensent
pas
du
tout.
114
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
40%
pensent
que
l’engagement
des
institutions
européennes
est
de
niveau
4
(30%
niveau
3,
18%
niveau
2,
10%
niveau
5
et
2%
niveau
1)
40%
pensent
que
l’engagement
des
pays
européens
est
de
niveau
2
(34%
niveau
3,
20%
niveau
4
et
6%
niveau
5)
Question
2
:
La
majorité
(40%
et
42%)
estime
que
l’influence
réelle
des
institutions
et
pays
européens
est
neutre
Question
3
:
80%
faire
plus
que
les
lois
20%
respecter
les
lois
ð l’engagement
envers
la
RSE
dans
l’UE
est
considéré
comme
étant
au-‐delà
du
simple
respect
du
cadre
législatif
Question
4
:
56%
et
50%
pensent
que
le
nombre
de
standards
est
suffisant
Question
5
:
Les
standards
concernant
la
réglementation
du
travail
sont
considérés
plus
efficients
(52%)
que
ceux
environnementaux
(42%)
Question
6
:
La
majorité
estime
que
ces
règlementations
sont
plutôt
bien
respectées
(33%)
Question
7
:
Pour
54%,
il
est
attendu
le
même
niveau
d’engagement
pour
les
entreprises
européennes
qu’étrangères
115
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Question
1
:
1. Nouvelle
définition
de
la
RSE
2. La
RSE
est
plus
largement
acceptée
(quelque
soit
la
taille
de
l’entreprise)
3. Un
réel
budget
est
alloué
à
sa
mise
en
pratique
Question
2
:
Les
attentes
sont
réparties
de
manière
égalitaire
(entre
20
et
30%)
entre
les
différentes
échelles
avec
une
influence
plus
efficiente
de
la
part
du
niveau
national
(40%)
Question
3
:
Beaucoup
pense
que
la
Chine
n’a
pas
encore
de
politique
RSE.
Pour
ceux
qui
connaissent
mieux
la
Chine,
les
avis
généraux
sont
que
:
1. l’implication
du
gouvernement
chinois
est
très
fort
;
la
RSE
est
alors
approchée
de
manière
«
top-‐down
»
2. Retard
sur
le
respect
de
certains
droits,
considérés
comme
«
acquis
»
ou
«
normaux
»
au
sein
de
l’UE
(cf.
droits
de
l’homme)
Question
4
:
56%
ont
répondu
entre
1
et
2.
Question
5
:
Une
grande
majorité
estime
que
la
plus
grande
pression
vient
de
l’UE
elle-‐même
qui
souhaite
devenir
un
leader
mondial
dans
le
domaine
de
la
RSE
116
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
BIBLIOGRAPHIE
I. Ouvrages
Ansoff
H.
Igor,
The
Changing
Shape
of
the
Strategic
Problem,
Schendel
and
Hofer,
Strategic
Management,
1977
Ayache
Gérard,
La
grande
confusion.
France
Europe
Editions,
2006
Bowen
Howard,
Social
Responsibilities
of
the
Businessman,
New
York:
Harper
and
Row,
1953
Brugvin
Thierry,
L’action
des
codes
de
conduites
et
des
labels
sociaux
sur
la
régulation
du
travail
dans
les
PED,
2002,
p.2
Capron
Michel,
Pourquoi
et
comment
évaluer
le
comportement
des
entreprises
en
matière
de
développement
durable
?
Ed.
Karthala,
Coll.
économie
et
développement,
Paris,
2003,
p.118.
Capron
Michel
&
Quairel-‐Lanoizelée
Françoise,
La
Responsabilité
Sociale
d’Entreprise,
Edition
la
Découverte/Repères,
2007
Carnegie
Andrew,
The
gospel
of
Wealth,
1889
Carroll
A.
B.,
A
three-‐dimensional
conceptual
model
of
corporate
social
performance,
Academy
of
Management
Review,
1979
Collectif,
sous
la
direction
de
Jacques
Igalens,
Tous
responsables,
Editions
d’Organisation,
2004
De
Bry
Françoise,
Igalens
Jacques
et
Peretti
Jean-‐Marie,
Ethique
et
responsabilité
sociale,
78
experts
témoignent,
Mélanges
en
l’honneur
de
Michel
Joras,
Chapitre
39
:
«
vers
une
réflexion
dans
les
entreprises
chinoises
»,
Questions
de
société,
2010,
357
pages
Delmas-‐Marty
Mireille,
Trois
défis
pour
un
droit
mondial,
Edition
Seuil,
1998
Drucker
Peter
Ferdinand,
The
future
of
industrial
man,
1942
Estlund
Cynthia
&
Gurgel
Seth,
A
new
Deal
for
China’s
Workers?
Labor
Law
Reform
in
the
Wake
of
Rising
Labor
Unrest,
2012,
p.
30
Frankenthal
P.,
Corporate
social
responsibility
—
A
PR
invention?
Corporate
Communications,
2001
117
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Freeman
Edward
R.,
Strategic
Management:
A
Stakeholder
Approach,
Massachusetts,
Pitman
Publishing,
1984
Goyder
George,
The
responsible
company,
1961
Groupe
ONE,
Guide
de
l'entreprise
responsable
:
Tome
1
-‐
12
fiches
didactiques
pour
appliquer
le
développement
durable
en
entreprise,
2003,
p.18
Gueslin
André,
Le
paternalisme
revisité
en
Europe
occidentale
(seconde
moitié
du
XIXème,
début
XXème
siècle),
1992
Letamendia
Pierre,
La
démocratie
chrétienne,
Collection
Que-‐sais-‐je,
1977
Novel
Sophie
&
Riot
Stéphane,
Vive
la
corévolution
!
Editions
Alternatives,
2012
Sage
George
H.,
“Justice
Do
It!
The
Nike
Transnational
Advocacy
Network:
Organization,
Collective
Actions,
and
Outcomes".
Sociology
of
Sport
Journal,
1999
See
Geoffrey
(Kok
Heng),
Mapping
the
Harmonious
Society
and
CSR
Link,
2008
Sethi
S.
P.,
Dimensions
of
corporate
social
performance:
An
analytic
framework,
California
management
Review,
1975
Shirk
Susan
L.,
China:
fragile
superpower,
Oxford
University
Press.
2007,
p.
31
Vandercammen
M.
et
al.,
Marketing.
L’essentiel
pour
comprendre,
décider,
agir.
2007,
p.
468
Weber
Max,
L’éthique
protestante
et
l’esprit
du
capitalisme.
Edition
Plon,
1967
II. Etudes
ACCA,
Sustainability
Reporting,
The
Rise
of
the
Report
and
the
Regulator,
Mars
2010,
56
pages
Acquier
Aurélien,
Gond
Jean-‐Pascal,
Igalens
Jacques,
Des
fondements
religieux
de
la
responsabilité
sociale
de
l’entreprise
à
la
responsabilité
sociale
de
l’entreprise
comme
religion,
Centre
de
Recherche
en
Gestion,
Toulouse,
Cahier
de
recherche
N°
2005
–
166,
Mai.
Adams
C.
A.
et
Frost
G.
R.,
The
internet
and
change
in
corporate
stakeholder
engagement
and
communication
on
social
and
environmental
performance.
Journal
of
Accounting
&
Organizational
Change,
2006,
pp.
281-‐303.
118
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Allouche
J.,
Huault
I.,
Schmidt
G.,
La
responsabilité
sociale
des
entreprises
:
la
mesure
détournée
?
15ème
Congrès
annuel
de
l’Association
Francophone
de
GRH
(AGRH),
Montréal,
2004
APCO
Worldwide,
China’s
12th
Five-‐Year
Plan.
How
it
actually
works
and
what’s
in
store
for
the
next
five
years,
Déc.
2010
Baringhorst
Sigrid,
Political
empowerment
of
citizen
consumers
–
chances
and
problems
of
anticorporate
campaigning
on
the
net,
Nov.
2006
Ben
Yedder
Moez
et
Zaddem
Férid,
«
La
Responsabilité
Sociale
de
l’Entreprise
(RSE),
voie
de
conciliation
ou
terrain
d’affrontements?
»,
Erudit,
Déc.
2012
Boutaud
Aurélien,
La
Responsabilité
Sociétale
des
Entreprises
(RSE)
:
un
bref
état
des
lieux,
pour
le
compte
de
la
Communauté
urbaine
de
Lyon,
Millénaire,
Février
2010
Brohier
Meuter
Joëlle
et
d’Humières
Patrick,
L’état
des
politiques
publiques
de
RSE
dans
le
monde
:
panorama
et
tendances
de
l’incitation
publique
à
la
RSE,
Institut
RSE
Management,
Les
études
de
veille
de
l’IRSE,
N°2
sept.
2011
Bulard
Martine,
Progrès
et
inégalités
:
la
Chine
aux
deux
visages,
Le
Monde
diplomatique,
2006
Cai
Ye,
Pan
Carrie,
and
Statman
Meir,
The
Corporate
Social
Responsibility
of
Chinese
Corporations,
Leavey
School
of
Business,
Nov.
2012,
32
pages
Camprodon
Marta,
Sols
José
et
Florensa
Albert,
Analyse
critique
des
agences
de
notation
extra-‐financière,
Université
Ramon
Llull,
2008
Capron
Michel,
Jean-‐Baptiste
Godin,
entrepreneur
de
son
siècle
ou
bâtisseur
du
futur
?
Centre
d’analyse
stratégique,
Responsabilité
sociale
et
compétitivité
:
un
nouveau
modèle
pour
l’entreprise
?
Février
2012
Chena
Yuyu,
Ebensteinb
Avraham,
Greenstonec
Michael,
and
Lie
Hongbin,
Evidence
on
the
impact
of
sustained
exposure
to
air
pollution
on
life
expectancy
from
China’s
Huai
River
policy,
PNAS,
28/05/2013
Cheng
Eva,
Inégalités
en
Chine
:
De
l’alerte
orange
au
rouge
?
Alternatives
International,
2006
China
National
Textile
&
Apparel
Council,
China
Social
Compliance
9000
for
the
Textile
and
Apparel
Industry
(CSC
9000
T),
2005
China
Textile
Leader,
Cooperative
Agreement
Signed
on
CSR
between
CNTAC
and
FTA,
24/05/2007
119
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Chung
Suki,
Reflections
on
the
recent
trends
in
China’s
labour
movement,
2012
Coathrall
Geoffrey,
Manufacturing
dissent
in
China,
Dec.
2012
Connexions,
La
Responsabilité
Sociale
des
Entreprises
en
Chine,
dossier
N°51
juillet-‐
septembre
2009,
118
pages
Corporate
social
responsibility
in
different
political
cultures,
Greenleaf
Publishing,
2006,
19
pages
CSR
Asia,
CSR
Asia
Business
Barometer
2008,
2008,
5
pages
CSR
Asia,
The
real
picture,
LRQA,
35
pages
Damlamian
Corinne,
Corporate-‐NGO
Partnerships
for
Sustainable
Development,
Electronic
Journal,
Université
de
Pennsylvanie,
2006
Daugareilh
Isabelle,
La
Responsabilité
sociale
des
entreprises,
un
projet
européen
en
panne
;
Publié
dans
Sociologie
du
travail,
n°
spécial
L’Europe
sociale,
n°4,
vol.51,
2009
Doh
Jonathan
and
Guay
Terrence,
Corporate
Social
Responsibility,
Public
Policy,
and
NGO
Activism
in
Europe
and
the
United
States:
An
Institutional-‐Stakeholder
Perspective,
Journal
of
Management
Studies,
Special
Issue,
Corporate
Social
Responsibility:
Strategic
Implications,
2006
European
Chamber,
The
Social
and
Economic
Impact
of
Private
Equity
in
China,
2012,
26
pages
FIDH,
Les
travailleurs
chinois
à
la
conquête
de
leurs
droits,
quel
rôle
pour
les
marques
?
En
collaboration
avec
China
Labour
Bulletin,
21
pages
Graf
Nicco
F.
S.,
Rothlauf
Franz,
The
Why
and
How
of
Firm-‐NGO
Collaborations,
Johannes
Gutenberg
Universität,
Juillet
2011
Hakan
Seckinelgin,
Civil
society
as
a
metaphor
for
western
liberalism,
Janvier
2002,
26
pages
He
Zengke,
Corruption
and
anti-‐corruption
in
reform
China,
China
Center
for
Comparative
Politics
and
Economics,
2000
Heald
M.,
The
social
responsibilities
of
Business.
Company
and
Community,
1900-‐
1960,
Press
of
Case
Western
Reserve
University,
1970
Heap
S.,
NGOs
and
the
private
sector:
Potential
for
partnerships?
Occasional
Papers
Series
Number
27.
Oxford
:
INTRAC,
1998
120
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Hildebrandt
T.,
The
political
economy
of
social
organization
registration
in
China,
The
China
Quaterly,
2011,
pp.
970–989.
International
Trade
Center,
CSC9000T
Standard,
Nov.
2011
Jin
B.,
The
Influence
of
INGO’s
Activities
in
China,
Yunnan
Social
Science,
2008
Jungeng
Li,
Energy
and
Environment
in
China,
opportunity
and
challenge
analysis
during
China
12th
FYP,
China
renewable
energy
industry
association,
renewable
energy
and
energy
efficiency
partnership,
Mai
2011
Keith
Davis,
«
Can
Business
Afford
to
Ignore
Social
Responsibilities?
»
California
Management
Review,
1960
Knowledge
at
Wharton,
Corporate
Social
Responsibility
in
China:
One
Great
Leap
Forward,
Many
More
Still
Ahead,
29/04/2010
Kok
Wim,
Relever
le
défi
-‐
La
stratégie
de
Lisbonne
pour
la
croissance
et
l'emploi
:
Rapport
Kok,
Bruxelles,
2004,
p.
58
La
Confédération
mondiale
du
Travail,
La
responsabilité
sociale
des
entreprises
et
les
codes
de
conduite.
Nouveaux
enjeux
ou
vieux
débat
?
Bruxelles,
avril
2004
Le
Pape
Léon
XIII,
Rerum
Novarum,
Lettre
Encyclique
de
sa
sainteté
le
Pape
Léon
XIII,
Mai
1891
Lévy-‐Leboyer
Maurice,
Le
patronat
de
la
seconde
industrialisation,
Cahiers
du
Mouvement
social,
1979
Lü
Xiaobo,
Cadres
and
corruption,
Université
de
Stanford,
2000
Mansour
Fadoie
Mardam-‐Bey,
La
Responsabilité
sociale
de
l’entreprise
:
Définitions,
théories
et
concepts,
26
pages
Mininni
Claudia,
Is
corporate
social
responsibility
in
China…
a
red
herring?
Objective
Measurement
of
the
Information
and
10
years
Projection
through
the
Analysis
of
the
Measurement
of
the
Signal,
Globe
Expert,
2010
Okoye
A.,
Theorising
Corporate
Social
Responsibility
as
an
Essentially
Contested
Concept:
Is
a
definition
necessary?
Journal
of
Business
Ethics,
2009,
pp.
613–627
Pei
Minxin,
Corruption
Threatens
China’s
Future,
Carnegie
Endowment,
2007
Peyer
Chantal
&
Füri
Céline,
High
tech
–
no
rights?
Pour
des
ordinateurs
produits
dans
la
dignité,
Pain
pour
le
prochain
et
Action
de
Carême,
Collections
Repères,
2007
121
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Pinkston
T.
S.
&
Carroll
A.
B.,
A
Retrospective
Examination
of
CSR
Orientations:
Have
They
Changed?
Journal
of
Business
Ethics,
1996
Porter
Michael,
Citation
à
The
European
Academy
of
Business
in
Society’s
2nd
Colloquium
at
Copenhagen
Business
School,
Sept.
2003
Post
James,
Redefining
the
Corporation:
Stakeholder
Management
and
Organizational
Wealth,
Stanford
University
Press,
2002,
p.18.
Pour
la
Solidarité,
La
responsabilité
sociétale
:
origine
et
définition,
Collection
Working
Paper,
Mai
2010
Rodić
Ivana,
Responsabilité
sociale
des
entreprises
–
le
développement
d’un
cadre
européen,
Institut
Européen
de
l’Université
de
Genève,
Mémoire
présenté
pour
l’obtention
du
Diplôme
d’études
approfondies
en
études
européennes,
avril
2007
Teets
Jessica
C.,
Post-‐Earthquake
Relief
and
Reconstruction
Efforts:
The
Emergence
of
Civil
Society
in
China?
2009
The
Pew
Charitable
Trusts,
Who’s
winning
the
clean
energy
race?
Etude
de
2012
The
US-‐China
Business
Council,
Corporate
Social
Responsibility
in
China,
2006,
5
pages
Tiberghien
Frédéric,
Origines
et
perspectives
de
la
Responsabilité
Sociétale
des
Entreprises,
La
Revue
Parlementaire,
Oct.
2004
Tuodolo
Felix,
Corporate
Social
Responsibility:
between
civil
society
and
the
oil
industry
in
the
developing
world,
ACME,
2009
Wang
Jie,
Qin
Sheng,
Cui
Yanjuan,
Problems
and
Prospects
of
CSR
System
Development
in
China,
International
Journal
of
Business
and
Management,
Vol.
5,
No.
12;
December
2010
Wood
D.
J.,
Corporate
Social
Performance
Revisited,
The
Academy
of
Management
Review,
1991
Yan
Shen,
CSR
and
Competitiveness
in
China,
Foreign
Languages
Paper,
2008
122
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Avis
du
Comité
Economique
et
Social
Européen,
Le
rôle
et
la
contribution
de
la
société
civile
organisée
dans
la
construction
européenne,
Septembre
1999
China
Ministry
of
Environmental
Protection,
Effluent
standards
of
pollutants
for
dyeing
and
finishing
of
textile
industry
China
Textile
Industry
Development
Report
2006/2007,
publié
en
2008
Commission
Européenne,
Livre
vert
-‐
Promouvoir
un
cadre
européen
pour
la
responsabilité
sociale
des
entreprises,
COM
(2001)
366,
juillet
2001
Commission
Européenne,
Livre
vert
-‐
Le
cadre
de
la
gouvernance
d’entreprise
dans
l’UE,
COM
(2011)
164,
avril
2011
Commission
Européenne,
3ème
Communication,
Une
stratégie
européenne
rénovée
pour
2011-‐14
pour
la
responsabilité
sociale
des
entreprises,
25
octobre
2011
Commission
mondiale
sur
l’environnement
et
le
développement
de
l'Organisation
des
Nations
unies,
Rapport
Brundtland,
Oslo,
1987
Fondation
Europa-‐China
Forum,
CSR
Frameworks
in
China
and
Europe
Insights
for
CSR
Workshops,
juin
2010
OCDE,
Examen
environnemental
de
la
Chine,
conclusions
et
recommandations
(finales),
Groupe
de
travail
sur
les
performances
environnementales,
Nov.
2009
OCDE,
Les
principes
directeurs
de
l’OCDE
à
l’intention
des
entreprises
multinationales,
Edition
2011
Organisation
internationale
du
Travail,
Déclaration
de
principes
tripartite
sur
les
entreprises
multinationales
et
la
politique
sociale,
Genève,
2006
Parlement
Européen
et
Conseil,
Directive
européenne
2005/29/CE
relative
aux
pratiques
commerciales
déloyales
des
entreprises
vis-‐à-‐vis
des
consommateurs
dans
le
marché
intérieur,
11
mai
2005
United
Nations
Global
Compact,
Local
Network
Report
2012,
Avril
2013-‐08-‐25
123
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
Barboza
David,
Billions
in
Hidden
Riches
for
Family
of
Chinese
Leader,
New
York
Times,
25/10/2012
Carnegie’s
Estate,
at
time
of
death,
about
$30,000,000,
New
York
Times,
Archive,
29/08/1919
Chinese
minister
confirms
carbon
tax
is
on
its
way,
Business
Green,
22/07/2013
L.
T.,
Huile
de
palme
:
Nutella
tente
de
se
racheter
une
vertu,
Le
Nouvel
Observateur,
27/03/2013
La
GRI
lance
sa
version
de
reporting
extra-‐financier
G4,
JOL
Press,
7/06/2013
Marche
mondiale
contre
Monsanto,
Le
Devoir,
27/05/2013
Sourice
Benjamin,
Le
jour
où
le
monde
a
marché
contre
Monsanto,
Médiapart,
27/05/2013
V. Sites
Internet
60
millions
de
consommateurs
www.60millions-‐[Link]
Actu
Environnement
[Link]-‐[Link]
AFNOR
[Link]-‐[Link]
Banque
Mondiale
[Link]
Carrotmob
[Link]
Clean
Clothes
Campaign
[Link]
[Link]
[Link]
COFRAC
[Link]
Commission
Européenne
[Link]
Conecomm
[Link]
Danone
[Link]
Déclaration
de
Berne
[Link]
Eco
Label
Européen
[Link]
Ecover
[Link]
Ekitinfo
[Link]
Fairtrade
[Link]
IPE
[Link]/En
IPLH
[Link]
Fiche
biographique
Label
Lucie
[Link]
La
Documentation
Française
[Link]ç[Link]
Marque
NF
[Link]-‐[Link]
Max
Havelaar
[Link]
Normes
ISO
[Link]
Novethic
[Link]
OCDE
[Link]
OIT
[Link]
124
La
RSE,
un
concept
qui
s’adapte
aux
contextes
sociaux,
économiques
et
culturels
OMS
[Link]
Orange
Rock
Corps
[Link]
Pacte
Mondial
[Link]
Planetoscope
[Link]
RSE-‐Pro
[Link]-‐[Link]
Stanford
Business
School
[Link]
TOMS
Shoes
[Link]
Transparency
[Link]
UFC
Que
Choisir
[Link]
Un
Global
Compact
[Link]
Vigeo
[Link]
Wikipedia
[Link]
(anglais
et
français)
Wiser
[Link]
125