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Les Femmes Et La Paix

Ce document décrit le rôle des femmes dans la pacification à la fin du Moyen Âge. Il aborde différents modèles d'action féminine comme la femme médiatrice ou la femme guerrière. Il analyse la perception de leur rôle pacificateur dans la société médiévale et les moyens qui leur étaient attribués pour atteindre leurs objectifs.

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Les Femmes Et La Paix

Ce document décrit le rôle des femmes dans la pacification à la fin du Moyen Âge. Il aborde différents modèles d'action féminine comme la femme médiatrice ou la femme guerrière. Il analyse la perception de leur rôle pacificateur dans la société médiévale et les moyens qui leur étaient attribués pour atteindre leurs objectifs.

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Nicolas OFFENSTADT

LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE :


GENRE, DISCOURS, RITES 1

L'étude du lien entre sexe féminin et pacification semble de prime abord


défier toute tentative chronologique. De la Grèce ancienne aux temps
contemporains, on ne cesse de prêter aux femmes des vertus pacificatrices.
Ces vertus, loin de demeurer de simples dispositions d'esprit, les conduisent,
dans les discours, à s'engager pour la paix : d'Aristophane et son Lysistrata
où l'assemblée des femmes grecques décide la grève de l'amour pour faire
cesser la guerre, jusqu'au premier conflit mondial où un pauvre poilu écrit :
« Si les femmes savaient ce qui se passe, elles s'entendraient toutes ensemble
pour faire finir la guerre » 2.
En même temps, à la fin du Moyen Âge, certaines femmes sont valorisées
pour leurs vertus guerrières et d'autres prennent en charge la vengeance d'un
mari perdu, comme Valentine Visconti 3. Le Fluxo biennali spacio, rap
portant le banquet du héron, donne à une femme un rôle belligène manif
este : par des allégories, la dame montre qu'il faut porter la guerre en
France 4. Christine de Pizan souligne, en défendant le genre féminin, les
qualités de pugnacité de diverses femmes de l'Antiquité, de la mythologie ou

1. Nous reprenons ici des analyses développées dans notre thèse, Discours et gestes de paix
pendant la guerre de Cent ans, Université de Paris 1, 2001.
2. Cit. dans D. Englander, « The French Soldier, 1914-1918 », French History, 1 (1987),
p. 64.
3. Chronique du religieux de Saint-Denys, contenant le règne de Charles VI de 1380 à 1422,
M.L. Bellaguet éd. et trad., précédée d'une introduction de M. de Barante, Paris, Imprimerie
de Crapelet, 6 vol., 1839-1855 ; reprint Paris, CIHS, 1994, t. 3, p. 748 et suiv. Sur la question
plus généralement cf. en dernier lieu, D. Gervais, S. Lusignan, « De Jeanne d'Arc à Madeleine
de Verchères : la femme guerrière dans la société d'Ancien Régime », Revue d'histoire de
l'Amérique française, 53/2, (1999), p. 171-205.
4. « Fluxo biennali spacio », dans « L'honneur de la couronne de France ». Quatre libelles
contre les Anglais (vers 1418-vers 1429), N. Pons éd., Paris, Klincksieck, 1990, p. 182.

Le règlement des conflits au Moyen Âge. Actes du XXXIe congrès de la SHMESP (Angers,
2000), Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, p. 317-333.
318 Nicolas OFFENSTADT

de la Bible. Le dominicain Jean Dupuy, dans sa chronique universelle,


s'émerveille des vertus guerrières de Jeanne d'Arc, qui égalent celles des mo
dèles bibliques et mythologiques 5. À la différence de la femme médiatrice,
la femme guerrière agit selon un processus qui s'apparente aux rituels d'i
nversion. La combattante transgresse l'ordre social en accomplissant une
fonction masculine et en « quittant l'aire domestique... pour agir dans la
sphère publique ». Jeanne périt de ne pas avoir réintégré son rôle féminin, à
la différence de Jeanne Hachette, après l'inversion, comme le réclamaient les
juges 6.
Il n'y a rien d'antinomique entre ces deux modèles, si l'on veut bien
considérer qu'il s'agit de modèles d'action et non de simples images. Que
certaines femmes - dans des circonstances souvent spécifiques - tiennent un
rôle guerrier reconnu et valorisé, n'invalide en rien l'importance de l'inte
rvention des princesses de paix dans l'interaction pacificatrice. Les rôles so
ciaux n'ont pas à être essentialisés par l'historien, d'autant moins que ces
rôles participent, au Moyen Âge au moins, de la définition du genre par les
hommes. Comme le dit Paul Strohm, un certain nombre de rôles féminins
sont le produit de ce que les hommes attendent : la mère, la médiatrice, la
sorcière et la putain ?. Jeanne de Navarre, duchesse de Bretagne puis reine
d'Angleterre - l'exemple choisi par l'auteur - a pu tenir celui de médiatrice
puis de sorcière. Mais peut-on vraiment, pour autant, suivre l'auteur lorsqu'il
considère que les deux rôles brisent les normes sociales ? Médiatrices et sor
cières, écrit Strohm, en nuançant quelque peu ses propres définitions, font
preuve d'excitations émotionnelles, d'interventions tumultueuses « border
line ».
Derrière l'apparente continuité dans la construction du genre féminin pa
cificateur, il convient de dégager les traits marquants des interventions f
éminines dans les conflits de la fin du Moyen Âge. Le statut même des
femmes au sein de la société politique, associé aux codes rituels qui ryt
hment leur activité forme un premier élément de distinction : « les boulever
sements des XIVe et XVe siècles précisent leur champ d'action. Le temps est
aux désordres extrêmes ; ils scandent la vie politique » 8. Et de fait, l'inte
rvention des femmes scande les tentatives de pacification tant de la rivalité
franco-anglaise que des dissensions internes au royaume de France. De l'i
ntervention de la comtesse de Hainaut, Jeanne de Valois, sœur de Philippe VI
et mère de la reine d'Angleterre, en 1337, à celle de la reine, médiatrice entre

5. P. Contamine, «Signe, miracle, merveille. Réactions contemporaines au phénomène


Jeanne d'Arc », dans Miracles, prodiges et merveilles au Moyen Âge, Paris, Publications de la
Sorbonne, 1995, p. 233-234.
6. D. Gervais, S. Lusignan, « De Jeanne d'Arc... », op. cit. n. 3, passim.
7. P. Strohm, « Joanne of Navarre : That Obscure Object of Desire », dans England's Empty
Throne. Usurpation and the Language of Legitimation, 1399-1422, New Haven-Londres,
Yale University Press, 1998, p. 153-172.
8. C. Gauvard, « De Grace especial ». Crime, Etat et société en France à la fin du Moyen
Age, Paris, Publications de la Sorbonne, 1991, p. 344.
LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE 319

Louis XI et son frère, en 1469, la dame apparaît comme une figure récur
rente des rites de paix : en 1337-1340 (la dite comtesse de Hainaut) en 1354-
1358 (Blanche de Navarre9, et Jeanne d'Evreux 10 dans les rapports entre
Charles de Navarre, le roi et le dauphin), en 1401-1402, Isabeau de Bavière
(dans la rivalité entre les princes du royaume) n, en 1414-1415 (la comtesse
de Hainaut entre le roi et le duc de Bourgogne), en 1419 (la dame de Giac
dans la guerre civile), en 1435 (Isabelle de Portugal lors des négociations qui
mènent à Arras), en 1439 (Isabelle à nouveau dans les pourparlers d'Oye), en
1445 (Marguerite d'Anjou dans l'affaire du Maine), en 1469 (Charlotte de
Savoie pour réconcilier Louis XI et son frère) 12 pour ne citer que les princi
palesinterventions.
On ne cherchera pas ici à décrire l'action de ces femmes dans les relations
diplomatiques, mais on tentera de saisir la perception de leur rôle pacifica
teur dans la société du temps et d'analyser les moyens qu'on leur prête pour
atteindre leurs objectifs.

Le pouvoir du faible ?
La marginalisation des femmes au sein de l'espace public et politique du
bas Moyen Âge, avec toutes les nuances qu'impose la diversité de leur statut
selon les périodes, les cours et les personnes, se marque de nombreuses man
ières : que ce soit dans les confréries 13 ou au sein du conseil du roi 14. Elles
semblent également peu présentes dans les processus de serment 15. Philippe
Contamine soulignait encore récemment que « la méfiance était générale
envers l'exercice du pouvoir, notamment politique, par les femmes : trop peu

9. Fille de Philippe d'Evreux, sœur de Charles le Mauvais et veuve de Philippe VI.


10. Fille de Louis d'Evreux, épouse de Charles IV.
11. Cf. R. Gibbons, « Les conciliatrices au bas Moyen Âge : Isabeau de Bavière et la guerre
civile », dans La guerre, la violence et les gens au Moyen Age, 2, La violence et les gens,
Paris, eras, 1996, p. 23-33.
12. C. Gauvard, « De Grace especial... », op. cit. n. 8, p. 344.
13. C. Vincent, Les confréries médiévales dans le royaume de France, XIIIe -XVe siècle, Albin
Michel, 1994, p. 144.
14. Cf. P.R. Gaussin, « Les conseillers de Charles VII (1418-1461). Essai de politologie his
torique », Francia, 10 (1982), p. 67-130. Yolande de Bar, reine d'Aragon, prend part - exemp
le contraire - aux délibérations du Conseil de son mari Jean Ier [cf. C. Ponsich, « Violant de
Bar (1365-1431), liens de parenté et réseaux de relations », dans Reines et princesses au
MoyenÂge, colloque du CRISMA, Montpellier, 1999, à paraître].
15. D. Dubois, Recherches sur les serments prêtés au roi de France à la fin du Moyen Âge,
mémoire de DEA, Université de Paris rv-Sorbonne, 1990, p. 107 ; C. Gauvard, « De Grace
especial »..., op. cit. n. 8, p. 345. Les veuves de libraire prêtent cependant serment à l'Univers
ité [K. Fianu, « Le serment d'incorporation : l'entrée en métier des libraires parisiens au XIVe
siècle », Memini, travaux et documents, 1998, p. 40].
320 Nicolas OFFENSTADT

de raison, une faiblesse physique et mentale ressortissant à leur nature


même » 16.
Cependant les vicissitudes politiques les conduisent parfois à assumer
tout ou partie du pouvoir, qui dans un duché, qui dans le royaume 17. De
plus, quelle que soit leur position, les princesses, n'en ont pas moins une vo
cation particulière à faire ou faire faire la paix 18.
Ces activités de pacification des princesses s'inscrivent dans ce que l'on
peut appeler, en suivant à la fois le regard chrétien et l'analyse anthropolo
gique, « le pouvoir des faibles » 19. Le choix par Dieu de personnes déva
luées selon les valeurs terrestres pour accomplir des œuvres essentielles est
un thème classique du christianisme que mettent parfois en avant les hagio-
graphes de saintes femmes ou de dévotes 20. L'action des femmes dans le jeu
politique et diplomatique peut aussi se lire de ce point de vue 21. C'est ainsi
que certaines interventions féminines sont présentées dans les sources
comme de véritables miracles. La réalisation de la paix de Pouilly en 1419,
pendant la guerre civile, par la médiation de la dame de Giac, semble relever
d'une action directe du divin selon le récit de Michel Pintoin. Alors que les
négociations s'enlisent, la dame retourne la situation : bientôt l'accord est
conclu et les présents lèvent les mains au ciel en criant Noël puis se mettent
à fraterniser 22, L'intervention féminine, tel un miracle, permet le bascule
ment vers la paix. Le personnage littéraire de Griseldis 23, femme issue du
bas peuple et choisie pour épouse par le marquis de Saluées, apparaît à ses
sujets, grâce à ses talents d'apaiseuse, comme une envoyée de Dieu : ut

16. P. Contamine, « Présentation », dans Autour de Marguerite d'Ecosse. Reines, princesses


et dames du XVe siècle, P. et G. Contamine dir., Paris, Champion, 1999, p. 14. Christine de
Pizan dans La Cité des dames s'élève contre ceux qui considèrent que les femmes n'ont pas
de dispositions pour exercer le pouvoir. Elle cite l'exemple de reines justes et vertueuses à
l'appui de son propos. [E. Hicks, T. Moreau éd., Paris, Stock, 1996, p. 63 et suiv.].
17. Sur cette participation des femmes au pouvoir, voir en dernier lieu : Reines et princesses
au Moyen Age , op. cit. n. 14.
18. Pour le haut Moyen Age et le Moyen Age central on peut voir R. Folz, Les saintes Reines
du Moyen Âge en Occident (VI'-XUF siècles), Bruxelles, Société des Bollandistes, 1992
(Subsidia hagiographica, 76), p. 163-164 notamment. Les vertus pacificatrices des « Saintes
Reines » sont ici reçues telles que rapportées par l'hagiographie.
19. Cf. Power of the Weak. Studies on medieval Women, J. Carpenter, S.B. MacLean dir., Ur-
bana-Chicago, University of Illinois Press, 1995.
20. Exemples d'hagiographies féminines qui soulignent que Dieu agit à travers les faibles
dans C. Bynum, « Women's Stories, Women's Symbols : A critique of Victor Turner's Theory
of Liminality », dans Fragmentation and Redemption. Essays on Gender and the Human
Body in Medieval Religion, New York, Zone Books, 1992, p. 37.
21. J.L. Laynesmith, « Fertility Rite or Authority Ritual ? The Queen's Coronation in En
gland, 1445-1487 », dans Social Attitudes and Political Structures in the Fifteenth Century,
Stroud, Sutton Publisher, 2001, p. 52-68.
22. Chronique du religieux de Saint-Denys..., op. cit. n. 3, t. 6, p. 332.
23. Voir ci-dessous.
LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE 321

omnes ad salutem publicam demissam celo feminam predicarent 24 [« tous à


une vois prechoyent que pour le salut de la chose publique ceste dame du
ciel leur avoir esté envoyée »] 25. Ces femmes sont ainsi présentées, à l'instar
de Philippa de Hainaut lors de son intervention pour les bourgeois de Calais,
comme des « prophetic outsiders » qui, de la périphérie, s'imposent subit
ementau cœur de la scène 26.
Victor Turner a mis au cœur de ses travaux ce pouvoir du faible. Il ana
lyse, dans Le phénomène rituel, le moment de communitas pendant lequel
les hiérarchies traditionnelles s'effacent au profit de relations beaucoup plus
horizontales. Dans ces rites liminaires, certains personnages, de statut infé
rieur, comme les femmes, ont une fonction particulière, celle d'incarner les
valeurs morales du groupe : le « structuralement inférieur qui est morale
ment et rituellement supérieur » 27, Caroline Bynum a montré les limites du
modèle turnerien pour la période médiévale 28. À partir de la littérature ha
giographique, elle a souligné que la liminalité et le processus rituel décrits
par Turner convenaient en fait mieux aux hommes. L'historienne américaine
considère que c'est à partir du point de vue des hommes, du groupe domin
ant, que Turner s'exprime et que - même si les démonstrations de l'anthr
opologue sont pleines de force - elles ne se placent pas avec {stand with) les
femmes. En scrutant les hagiographies féminines, C. Bynum trouve peu de
situations de liminalité. Il nous semble cependant que le regard de l'anthr
opologue reste opératoire pour analyser les interventions des femmes proches
du pouvoir.
Le rituel de la paix donne ainsi, à la fin du Moyen Âge, une grande place
aux femmes. Sans parler de rituels d'inversion, d'usurpation temporaire - car
dans leurs actes elles restent femmes et utilisent leurs armes propres - il
convient néanmoins de remarquer que, comme chez les peuples africains
étudiés par Turner, « il appartient alors à ceux [à celles doit-on spécifier] qui
occupent des positions structurales inférieures [...] de remettre les choses
dans l'ordre » 29. Aux puissants, leurs maris, frères ou pères, responsables du
désordre, les femmes rappellent les valeurs fondamentales de la commun
auté, la paix et la concorde dont elles sont l'incarnation 30.

24. Texte de Pétrarque édité dans Giovanni Boccaccio, Francesco Petrarca, Griselda,
L.C. Rossi éd., Païenne, Sellerio, 1991, p. 41-43.
25. Dans E. Golenistcheff-Koutouzoff, L'histoire de Griseldis en France aux XIVe -XVe siècles,
Paris, E. Droz, 1933, p. 164.
XIV"1
26. P.c .Strohm,
Texts, Princeton,
« Queens asPrinceton
intercessors
University
», dans Press,
Hochon's
1992,
Arrow.
p. 101Theet du
Social
mêmeImagination
« Joanne of
Navarre... », op. cit n. 7, p. 162. Sur cette scène de la supplication de la reine cf. J.-
M. Moeglin, « Edouard III et les six bourgeois de Calais », RH, 592, oct.-déc. 1994, p. 229-
267.
27. V. Tumer, Le phénomène rituel, structure et contre-structure , Paris, PUF, 1990, p. 122.
28. C. Bynum, « Women's Stories... », op. cit. n. , p. 27-51.
29. V. Turner, Le phénomène rituel..., op. cit. n. 27, p. 177.
30. Sur la paix et l'ordre, cf. le chapitre K de notre thèse [op. cit, n. 1].
322 Nicolas OFFENSTADT

« Le meilleur moyen a pacifier Tomme qui soit »

II est banal de constater que les images et les allégories en général et


celles de la paix en particulier empruntent essentiellement le genre féminin ;
que l'on pense à l'iconographie 31, aux tableaux vivants lors des entrées 32 ou
aux textes littéraires. Hugo de Liège fait intervenir une reine pax pour faire
s'entendre Edouard III et Philippe VI 33 tandis que chez Georges Chastellain,
« Dame paix » exhorte Louis XI et Charles le Téméraire à s'accorder 34. Au
cours du procès de condamnation de Jeanne d'Arc on évoque un tableau re
présentant trois femmes : justice, paix, union 35.
Un poème d'Eustache Deschamps montre que, dans le domaine de la
paix, il est concevable que les femmes agissent sur un pied d'égalité avec les
hommes. Les neuf preux et les neuf preuses doivent s'efforcer d'établir la
paix avec l'Angleterre. L'envoi confirme cette égalité :
« Nobles princes, Roys, empereurs cremus,
Roines, dames, pour moy soiez ensemble ;
Je vueil raison, soiez donc mes escus :
Des or fust temps d'avoir paix, ce me semble » 36.

Plus encore, ce rôle de pacificatrice paraît accompagner naturellement les


dames et princesses. Indépendamment de leurs actes, par leur statut même,
elles sont porteuses de paix. Un poème contenu dans le livre d'Heures de la
sœur de Marguerite d'Ecosse, Isabelle, évoque les adieux de la dauphine
(morte en 1445) à ses proches : à son mari, le futur Louis XI, au père de ce
lui-ci, le roi, ou encore aux gens d'Église, mais c'est aux princesses qu'elle
lègue la tâche d'assurer la paix :
« Adieu ! noble duchesse de Bourgoigne,
Dame Ysabeau o cueur courtois.
Adieu ! Catherine de France,

31. Cf. la tapisserie Mariage de paix et amour (XVe -XVIe siècle) du Musée de Cleveland.
32. Cf. C. Gauvard, « De grace especial... », op. cit. n. 8, p. 343.
33. Hugo Von Luttich, Peregrinarius, F. Unterkircher, P.G. Schmidt éd.., Leyde, E.J. Brill,
1991.
34. Georges Chastellain, « Le Livre de Paix », dans Œuvres, t. 7, Kervyn de Lettenhove éd.,
Bruxelles, Heussner, 1865, p. 351 et suiv.
35. Interrogata utrum, in domo hospitis suis, in villa Aurelianensi, erat una tabula ubi depic-
tae erant très mulieres, et in ea descriptum, Justice, paix, union : respondit quod de hoc nihil
scit [« Interroguée d'un tablel chieux son hoste, où il avoit trois femmes painctes, et escript
« Justice, paix, union » : respond qu'elle n'en sçait rien »], P. Champion, Procès de condamn
ationde Jeanne d'Arc, I texte latin, Paris, Honoré Champion, 1920, p. 76 ; analysé dans P.
Contamine, « Charles VU, les Français et la paix, 1420-1445 », CRAIBL, 1993, p. 14.
36. Eustache Deschamps, Œuvres complètes..., A.H.E., Marquis de Queux de Saint-Hilaire,
G. Raynaud éd., Paris, Firmin Didot, 1878-1903, v. 1, 1878, n° 93, p. 199-201. Sur le thème
des neuf preuses cf. en dernier lieu, L. Ramello, « Le mythe revivant au Moyen Âge : l'hi
stoire des neuf preues de Sebastien Mamerot », dans Reines et princesses au Moyen Âge, op.
cit. n. 14.
LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE 323

La contesse de Charoloys.
Adieu duchesse de Bretaigne,
La mienne seur o cueur jolis ;
Si vous pouvez par nulle voye
Mettez paix en la fleur de lis ! » 37.

François Villon témoigne encore de ce « rôle naturel » par la célébration


de la naissance de Marie d'Orléans en faisant de la princesse une faiseuse de
paix.
« O louée conception...
Qui nostre paix batist et brasse !
La paix : c'est assavoir des riches,
Des povres le substantement,
Le rebours des felons et chiches.
Très nécessaire enfantement,
Conceu, porté(e) honnestement
- Hors le pechié originel-,
Que dire je puis sainctement
Souv(e)rain bien de Dieu éternel ! [...]
Glorieuse ymage en tous fais,
Ou hault ciel créé(e) et pourtraicte
Pour esjouyr et donner paix ! » 38.

Si les princesses portent la paix de par leur naissance même, leur rôle de
médiatrices n'en est que plus naturel par la suite. Comme le disent les Lon
doniens à Anne de Bohème : il lui appartient de faire la médiation entre les
sujets et le roi 39. Ce discours de genre se déploie particulièrement autour du
thème du mariage. Lydgate, qui célèbre régulièrement la double monarc
hie 40, met en valeur celui de 1420 entre Catherine et Henri V car il est
porteur de paix, espérant que les « mortal werre ceesse shal and fyne, Bet-
wene thoo boothe, and pees ageyne renuwe... » 41. Lorsque Marguerite d'An-

37. P. Champion, La dauphine mélancolique, Paris, Marcelle Lesage, s.d., [1928], poème
p. 122-125, citation p. 124 ; cf. P. Contamine dans Autour de Marguerite d'Ecosse..., op. cit.
n. 16, p. 9.
38. François Villon, Poésies complètes, C. Thiry éd., Paris, LGF, 1991, p. 281. Sur ce poème,
cf. l'analyse particulièrement riche d'A. Burger, « L'épître de Villon à Marie d'Orléans », dans
Mélanges Istvan Frank, Annales Universitatis Saraviensis, 1957, p. 91-99.
39. P. Strohm, « Queens as intercessors », op. cit. n. 26, p. 105 et suiv.
40. Notamment pour masquer les enjeux internes, selon P. Strohm, « Advising the Lancast
rian Prince », dans England's Empty Throne..., op. cit. n. 7, p. 188, 194.
41. John Lydgate, « On Gloucester's Approaching Marriage », dans The Minor Poems of John
Lydgate, H.N. Mac Cracken éd., Londres, Early English Texts Society, 1934, t. 2, p. 603.
Voir aussi le poème traduit de Laurent Calot, « The Title and Pedigree of Henry VI », dans
ibid., p. 618 et le Troy Book cité dans V.J. Scattergood, Politics and Poetry in the Fifteenth
Century, Londres, Blandford Press, 1971, p. 100.
324 Nicolas OFFENSTADT

jou épouse Henri VI, l'image de la porteuse de paix se répand 42. Jean Moli-
net ne cesse de louer les vertus pacificatrices de Marguerite d'Autriche, qu'il
mêle parfois à son mariage avec le dauphin décidé par la paix d'Arras de
1482. Sa collaudation à Madame Marguerite file le thème de la princesse de
paix 43.
À propos de Marguerite d'Ecosse ou de Jeanne de Navarre, épouse du duc
de Bretagne, Martin Aurell note que :
« La raison d'être de ce goût pour la paix tient à la dualité des attachements
nationaux de ces princesses, aussi proches de leur pays et de leur dynastie
d'origine que de la maison de leur mari. Parce qu'elles souhaitent le bien et de
leur famille paternelle et de leur belle-famille, c'est de façon spontanée
qu'elles assument la cause même de leur mariage : garantir un traité de paix
ou, tout simplement, une trêve » 44.

Au-delà du « goût pour la paix », l'engagement des femmes pacificatrices


s'insère dans des modèles d'action politique qui dépassent leur statut ou les
enjeux du temps. Il y a là une geste « naturelle » et « attendue » qui définit le
genre féminin dans le regard des hommes et parfois des femmes.
Le point de vue de Christine de Pizan ne peut, à lui seul, illustrer celui de
son sexe, mais il se conforme pour une part aux canons de son temps 45.
Dans son Livre des trois vertus, au sein de la partie qui présente l'attitude des
princesses idéales, elle consacre un chapitre à « comment la sage et bonne
princesse se penera de mettre paix entre le prince et les barons s'il y a aucun
descort » 46. La vertu de concorde semble spécifiquement féminine :
« Et ad ce doivent aviser principaulment les dames, car les hommes sont par
nature plus courageux et plus chaulx, et le grant désir que ilz ont d'eulx ven-
gier ne leur laisse aviser les perilz ne les maulx qui avenir en peuent. Mais
nature de femme est plus paoureuse et aussi de plus doulce condicion, et pour
ce, se elle veult et elle est saige, estre puet le meilleur moyen a pacifier
Tomme, qui soit ».

42. J.L. Laynesmith, « Fertility Rite... », op. cit. n. 21 ; cf. aussi D. Dunn, « Margaret of
Anjou, Queen consort of Henry VI : a Reassessment of her Role, 1445-1453 », dans Crown,
Government and people in the Fifteenth Century, R. Archer dir., New York, St. Martin's
Press, 1995, p. 107-143.
43. Lesfaictz et dictz de Jean Molinet, vol. 1, N. Dupire éd., Paris, Société des Anciens textes
français, 1936, p. 265 et suiv., souligné par nous ; pour l'analyse du poème et des autres textes
de Molinet sur Marguerite, cf. J. Devaux, Jean Molinet, indiciaire bourguignon, Paris,
Champion, 1996, p. 152-153, p. 323 et suiv., 517 et suiv.
44. M. Aurell, « Conclusion », dans Autour de Marguerite d'Ecosse... „ op. cit. n. 16, p. 230.
45. Les auteurs de la traduction en français moderne de La Cité des Dames notent :
« Christine se rallie à toutes les grandes valeurs de son temps : la chevalerie et l'art de la
guerre, l'excellence de la virginité, le modèle aristocratique... », T. Moreau, E. Hicks éd., op.
cit.n. 16, p. 21.
46. Christine de Pizan, Le Livre des trois vertus, C.C. Willard, E. Hicks éd., Paris, Champion,
1989, p. 33-36.
LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE 325

Cette médiation doit concerner les différents types de conflits qui peuvent
parcourir un royaume, des mécontentements des sujets aux révoltes des ba
rons. Ainsi, la princesse, lorsque des sujets expriment leurs doléances, no
tamment fiscales, « que elle se charge de son pouoir d'en faire là paix ou
d'estre leur bonne amie en la peticion que ilz demandent et en toutes aultres
choses de son pouvoir » 47. Christine de Pizan, dans son épître à Isabeau, à
peu près contemporain du Livre des trois vertus, précise bien « et encores à
ce propos qu'il appartient a haute princesse et dame estre moyenneresse de
traictié de paix » 48. Mais ce rôle de femmes pacières n'est que le pendant de
vertus guerrières. Le Livre de la Cité des Dames (composé dans la même pé
riode, entre fin 1404 et avril 1405) dont le Livre des trois vertus forme une
suite, répond aux diverses accusations concernant les femmes, souligne leurs
vertus et met en valeur des modèles de femmes guerrières, farouches au
combat, telles Artémise (qui eut « tant de courage à la guerre, tant de maît
rise de l'art militaire, qu'elle rehaussa l'éclat de son nom... »), Zénobie de
Palmyre, ou encore Pallas : « déesse de la guerre et de la chevalerie ». En
regard de cette exaltation, les Sabines pacificatrices qui s'interposent entre
les Sabins et les Romains, apparaissent bien isolées, même si Christine
conclut de l'épisode « Et c'est ainsi que le bon sens et le courage de cette
reine et de ces femmes empêchèrent Romains et Sabins de s'entre-tuer » 49.
Bref, les textes de Christine de Pizan nuancent les louanges de ces paix f
éminines si fréquentes dans les poèmes du temps, masculins notamment. Au
trement dit, l'auteur articule deux modèles d'action, selon les enjeux, sans
voir en eux deux types opposés.
La légitimité du discours pacificateur des femmes est reconnue par les
hommes. Les prophéties de Brigitte de Suède (canonisée en 1391 par Boni-
face IX) sur la paix entre la France et l'Angleterre sont énoncées à plusieurs
reprises dans l'espace public, lors de négociations diplomatiques par
exemple 50. Elles le sont avant tout par les Anglais, il est vrai, car la sainte
est bien plus légitime en Angleterre que dans le royaume de France 51. Elle a
reconnu la justesse de la cause anglaise en certains de ses textes et défendu
ardemment la cause romaine. Ses prophéties sur la paix circulent dès 1347-

47. Ibid., p. 32.


48. A.J. Kennedy, « Christine de Pizan's Episîre à la reine (1405) », Revue des langues ro
manes, 2(1988), p. 256.
49. La Cité des Dames, op. cit. n. 16, p. 173-175. Même récit chez Alain Chartier, « Ad detes-
tacionem belli gallici et suasionem pacis », dans Les Œuvres latines d'Alain Chartier,
P. Bourgain-Hemeryck éd., Paris, éd. du CNRS., 1977, p. 236.
50. Sur le personnage, voir la synthèse d'E. Mornet, « Brigitte de Suède », dans Histoire des
saints et la sainteté chrétienne, t. 7, Une église éclatée, 1275-1545, A. Vauchez dir., Paris,
Hachette, 1987, p. 84-90.
51. A. Vauchez, « La faible diffusion des Révélations de sainte Brigitte de Suède dans l'e
space français : les causes d'un rejet », dans Saints, prophètes et visionnaires. Le pouvoir sur
naturel au Moyen Âge, Paris, Albin Michel, 1999, p. 162-174. Il est à noter que Brigitte elle-
même considérait que c'était à un être du sexe féminin de régénérer le monde car il avait été
perdu par une créature féminine, Eve, ibid., p. 128.
326 Nicolas OFFENSTADT

1348 52. Selon elles, le Christ, à plusieurs reprises, fait de Brigitte un messa
ger de paix. Elle doit ainsi prévenir Clément VI de pacifier la France et l'An
gleterre 53..-.
Un seul passage cependant sert de point d'appui régulier dans les discus
sions : le chapitre 105 de la révélation IV remanié par Alphonse Pécha. Le
Christ y invite les deux rois à se réconcilier par le mariage 54, Les souverains
sont avertis des malheurs qui les toucheraient, s'ils ne suivaient pas le
conseil 55.
L'ambassade anglaise, envoyée début 1415 auprès de Charles VI pour a
rranger un éventuel mariage entre le roi et Catherine, s'exprime longuement
sur le sujet en s'aidant de la dite prophétie (« Et fort s'arrestoit sur lesdites
revelacions de Saincte Brigide ») 56. Les Anglais, pour le congrès d'Arras, en
appellent encore à sainte Brigitte pour justifier leur position sur le mariage
du roi et la paix 57. Lors des pourparlers d'Oye de 1439, sainte Brigitte est
mise en avant, cette fois, surtout pour justifier la prétention d'Henri VI au
trône de France 58. La prophétie de sainte Brigitte sur la paix par le mariage
sert encore dans les miroirs des princes. Hoccleve cite le passage en question
pour soutenir la paix nécessaire par l'intermédiaire du mariage entre le futur
Henri V et Catherine : « Purchaseth pees by wey of mariage » 59. Le Tracta-
tus de regimine principum reprend le même extrait de la révélation pour
louer les vertus pacificatrices du mariage de 1420 ou peut-être d'Henri VI et

52. Ibid., p. 166, et J. Dickinson, The Congress of Arras, 1435. A Study in medieval Diplo
macy, Oxford, Clarendon Press, 1955, p. 146, n. 7.
53. Voir la révélation pour Clément VI, dans St. Bridget's Revelations to the Popes ; An edi
tion of the so-called Tractatus de summis pontificibus , A. Jônsson éd., Lund, Lund University
Press, 1997, p. 39 : Filius Dei loquitur ad sponsam dicens : « Scribe ex parte meapape Cle-
menti verba hec : Ego exaltaui te et ascendere te fed per omnes gradus honoris. Surge igitur
ad faciendum pacem inter reges Francie et Anglie, qui sunt periculose bestie, animarum
proditores ».
54. Sicut igitur isti duo reges Franciae et Angliae, si habere voluerint pacem, ego dabo eis
perpétuant pacem. Sed pax vera haberi non poterit, nisi veritas et iustitia diligantur. Ideo
quia alter regum habet iustitiam, placet tnihi, ut per matrimonium fiat pax, et sic regnum ad
legitimum haeredem peruenire poterit , cit. dans J. Dickinson, The Congress..., op. cit. n. 52,
p. 146-147.
55. A. Vauchez, « La faible diffusion... », op. cit. n. 51, p. 166-167.
56. Jean Juvénal des Ursins, Histoire de Charles VI..., Denis Godefroy éd., Paris, Imprimerie
royale, 1653, p. 285-286.
57. « Englisches Protokoll. 1 », dans F. Schneider, Der europaische Friedenskongress von
Arras (1435) und die Friedenspolitik Papst Eugens IV und des Basler Konzils, Greiz, Otto
Henning, 1919, p. 120 ; J. Dickinson, The Congress..., op. cit. n. 52, p. 146-147.
58. C. Allmand, « The Anglo-French Negotiations, 1439 », Bulletin of The Institute of Histo
rical Research, 40 (1967), p. 17 et l'édition de textes du même « Documents relating to the
Anglo-French Negotiations of 1439 », Camden Miscellany, 24 (1972), p. 1 16.
59. The Regement of Princes and Fourteen Minor Poems, F.J. Furnivall éd., Eets, 1897 ;
Millwood-New York, Kraus Reprint, 1975, p. 194-195. Sur ce passage voir le commentaire
de P. Strohm, « Advertising the Lancastrian Prince... », op. cit. n. 40, p. 191-192.
LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE 327

de Marguerite d'Anjou 60. La parole féminine de la prophétesse, messagère


du Christ, sert bien ici les tractations des hommes. La femme est légitime à
dire la paix à venir. C'est par le rite et la supplique qu'elle la réclame bien
souvent.

Un rituel féminin ?

Afin d'obtenir la paix, les dames prient et supplient, pour reprendre les
termes qu'emploient fréquemment les sources.
En 1340, la sus-mentionnée comtesse de Hainaut s'adresse à son frère :
« maiz oncques n'y peut rien esploitier combien que souvent s'en jettast aux
piez du roy, son frère, moult fort esplourée... » 61. En 1354, Jean le Bon par
donne au roi de Navarre : « pour l'amour de mes dames les roynes qui ci
sont, qui moult affectueusement l'en ont prié ». Froissart décrit la scène
comme suit :
« Et adonc monseigneur Regnaut de Trie, dit Patroulart, se agenoulla devant
le roy et lui dist tèles paroles en substance : »Mon très redoubté seigneur,
veez cy mes dames la royne Jehanne, Blanche, qui ont entendu que monsei
gneurde Navarre est en vostre male grace, dont elles sont forment courrou-
ciées. Et pour ce sont venues par devers vous et vous supplient que vous lui
vueilliez pardonner vostre mautalent ; et, se Dieu plaist, il se portera si bien
envers vous que vous et tout le pueple de France vous en tenrés bien
contens » 62.

La duchesse de Bretagne, Jeanne de Navarre, intervient de la même man


ière dans le conflit qui oppose son mari à Olivier de Clisson (1391), pour
protéger les ambassadeurs du roi de France, adpedes ducisflexis genibus se
provolvens 63. En 1414, la comtesse de Hainaut, Marguerite, implore le roi
pour son frère le duc de Bourgogne : tandem régis pedibus provoluta, humi-
liter supplicavit ut ipsum recommendatum haberet 64. On a donc bien affaire
ici à une attitude traditionnelle de la femme médiatrice qui s'adresse à un

60. Tracîaîus de regimine principum ad regem henricum sextum, dans Four English Political
Tracts of the Middle Ages, J.-P. Genet éd., Londres, Offices of the Royal Historical Society,
1977 (Camden Fourth Series, 18), p. 82.
61. Jean Le Bel, cit. dans N. Chareyron, Jean le Bel, Le Maître de Froissart, Grand imagier
de la guerre de Cent ans, Bruxelles, De Boeck, 1996, p. 267. Froissart écrit : « Et par plui-
seurs fois la bonne dame en estoit cheue as pies le roy de France son frère », Chroniques,
S. Luce éd., Paris, SHF, 1869-1975, vol. 2, p. 80.
62. Froissart, op. cit. n. 61, IV, p. 405-406.
63. Chronique du religieux de Saint-Denys..., op. cit. n. 3, t. 1, p. 726 ; cf. M. Jones, « Entre
la France et l'Angleterre : Jeanne de Navarre, duchesse de Bretagne et reine d'Angleterre
(1368-1437) », dans Autour de Marguerite d'Ecosse... , op. cit. n. 16, p. 45-72, sp. p. 50-51 ;
et surtout P. Strohm, « Joanne of Navarre... », op.. cit. n. 7.
64. Chronique du religieux de Saint-Denys..., op. cit. n. 3, t. 5, p. 346.
328 Nicolas OFFENSTADT

homme dont elle est proche : qui le frère, qui le mari, qui le cousin...
L'abaissement semble tempéré par la proximité.
Cette médiation par la démonstration publique de soumission n'est-elle
qu'une pratique politique du genre féminin ? Certes non, car l'acte lui-même
sert tout autant, depuis le haut Moyen Âge, à régler les conflits entre les
hommes. La deditio se fonde sur une gestuelle de l'abaissement public 65.
À ces supplications, s'ajoute souvent l'effusion lacrymale. Selon la Chro-
nographia, la comtesse de Hainaut lacrimabiliter supplicavit 66 le roi de
France afin qu'il pardonne au fils de celle-ci et suspende les hostilités pour
discuter avec Edouard III. En 1419, la dame de Giac intervient dans les né
gociations entre les princes non sine effusione lacrimarum 67. Christine de
Pizan décrit encore Cassandre s'évertuant à convaincre les Troyens de pré
server la paix avec les Grecs : « elle criait, pleurait, harcelait sans cesse son
père et ses frères » 68. Il ne faut pas voir dans ces larmes, non plus, une
marque du genre féminin selon la littérature médiévale. Les larmes font par
tie du langage de la négociation et concernent tant les hommes que les
femmes :
« les larmes appartiennent à un ensemble réglementé de gestes utilisables sur
la scène publique ; véritable langage connu de tous, elles prennent un sens
précis, accompagnant voir supplantant la parole » ®.

Loin du désordre, elles participent du lien social. Ce langage des larmes,


considéré comme plus sincère que la parole 70, reste valorisé à la fin du
Moyen Âge comme en témoigne sa fréquence dans les sources. Alain Char-
tier enjoint les gens du royaume de France à la main tendue, aux larmes et
aux baisers, jungite dextras, lacrimas osculaque miscete 71. Bref, la paix mér
ite bien les larmes des princesses.
Leur attitude n'est donc pas spécifique du genre féminin tel qu'il est
construit à la fin du Moyen Age. Cela dit, l'articulation de l'ensemble et la
répétition montrent qu'il y a là un répertoire usuel pour les princesses 72.

65. G. Althoff, Spielregeln der Politik im Mittelalter. Kommunikation in Frieden undFehde,


Darmstadt, Primus Verlag, 1997, p. 99-125 et 229-257.
66. Chronographia regum franco rum (1270-1405), H. Moranvillé éd., Paris, SHF, 1891-1897,
vol. 2, p. 158.
67. Chronique du religieux de Saint-Denys..., op. cit. n. 3,. t. 6, p. 333.
68. Christine de Pizan, La Cité des Dames..., op. cit. n. 16, p. 135.
69. P. Nagy-Zombory, « Les larmes aussi ont une histoire », L'histoire, 218 (1998), p. 69.
70. Ibid.
71. Alain Chartier, « Ad detestacionem belli gallici ... », op. cit. n. 49, p. 233.
72. P. Strohm [« Joanne of Navarre.. », op. cit. n. 7, p. 162] relève notamment trois éléments
conventionnels dans la description de l'intervention de la médiatrice : l'apparition fortuite (1)
à un moment où tout espoir semble perdu (2) et l'accent mis sur « her fragile feminity and mat
ernai self-abnegation » (3).
LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE 329

Mais il serait réducteur, même compte tenu des stéréotypes des chro
niques, de limiter la pratique des femmes pacificatrices à une démonstration
d'abaissement temporaire où la seule parole prononcée serait une supplicat
ion. Les princesses savent user de mots et d'arguments. Christine de Pizan,
dans le modèle qu'elle propose aux dames insiste sur la médiation par la pa
role. Elle prête aux femmes une parole douce particulièrement porteuse d'ef
fets apaisants 73 :
« Et ad ce propos dist Salemon es Proverbes, [Link]. chapitre 74 : Doulceur
et humilité assouagist le prince et la langue mole (c'est à dire la doulce pa
role) flechist et brise sa durté, tout ainsi comme l'eaue par sa moisteur et froi
dure estraint la chaleur de feu ».
Deux textes parmi les plus diffusés à la fin du Moyen Âge, dans diffé
rentes versions, mettent en effet en scène deux dames qui apaisent les
conflits par les mots qu'elles prononcent : Dame Prudence, femme de Meli-
bee, et Griseldis, épouse du marquis de Saluces.
L'histoire de Melibee mérite d'être rappelée tant elle accorde une place
centrale à la femme pacière. Elle fut composée par Albertanus de Brescia
dans son Liber Consolationis et Consilii (1246) traduite et abrégée au XIVe
siècle par le dominicain Renaut de Louhans 75. Chaucer reprend et adapte
cette version dans ses Contes de Canterbury de même que l'auteur du Mes-
nagier de Paris 76. Alors que Melibee a subi des outrages de ses ennemis, sa
femme, Dame Prudence, tout au long du récit tente de le soustraire à l'idée
de vengeance en prônant la paix. Elle parvient à apaiser son mari, qui se ré
concilie avec ses adversaires. En ses différentes versions, les arguments de

73. Que l'on retrouve aussi chez les hommes dans les situations de pacification. Lors de l'en
tretien de 1469 entre Louis XI et son frère s'échangent de « belles et doulces paroles », rela
tion de l'entretien éditée in Philippe de Commynes, Mémoires, E. Dupont éd., Paris, SIIF, t. 3,
1847, p. 264.
74. Proverbes XXV, 15 : « Le prince se laisse fléchir par la patience, et la langue douce rompt
ce qu'il y a de plus dur ».
75. Outre l'introduction au texte cité ci-dessous, cf. M. Roques, « Traduction française des
traités moraux d' Albertanus de Brescia. Le livre de Melibee et Prudence par Renaut de
Louhans », Histoire littéraire de la France, 27 (1938), p. 488-506. Si le texte d' Albertanus de
Brescia doit son inspiration aux luttes des communes contre l'empereur ou à leurs conflits, ce
lui de Renaut de Louhans peut avoir été suscité par la guerre de Châlon qui se déroule dans le
Comté de Bourgogne au moment où il écrit, entre les barons comtois et le duc Eudes.
76. Albertanus da Brescia (brexiensis), Liber consolationis et consilii (1246), T. Sundby éd.,
Copenhague, Fred. Host, 1873. Version de Renaut de Louhans, dans Sources and Analogues
of Chaucer's Canterbury Tales, W.F. Bryan, G. Dempster éd., Chicago, The University of
Chicago Press, 1941, p. 568-614 ; pour Chaucer nous avons utilisé The Complete Works of
Geoffrey Chaucer, F.N. Robinson éd., Cambridge-Boston..., Houghton Mifflin Company-The
Riverside Press, p. 201-224 pour le Conte de Melibee, et Canterbury Tales, A.C. Cawley éd,
Londres, Dent, Rutland, Tuttle Co. (Everyman's Library), 1992, avec des éléments de traduct
ion,p. 391-430 ; Le Mesnagier de Paris, G. E. Brereton, J. M. Ferrier éd., K. Ueltschi trad.,
Paris, Le Livre de Poche, 1994, p. 327-398.
330 Nicolas OFFENSTADT

Dame Prudence demeurent identiques pour l'essentiel. Elle explique que la


femme peut être un bon conseiller et, à force de citations antiques et bi
bliques, démontre la nocivité de la guerre et de la vengeance. Il faut se gar
der d'une guerre toujours périlleuse alors que la paix et la concorde présen
tent tant d'avantages TJ.
Dame Prudence apparaît au terme du récit comme la parfaite médiatrice
de paix. Elle domine tout au long des discussions, tant Melibee que ses ad
versaires qu'elle convainc de se repentir. À la différence des princesses de
chair et d'os, c'est avant tout par la parole et la démonstration qu'elle ac
complit sa tâche. Mais l'interprétation de Dolores Palomo, qui va à rencontre
des études dominantes inviterait, si on l'acceptait, à la prudence dans l'ana
lyse proposée. Pour cet auteur, la rhétorique très ampoulée et moralisante
dans la traduction de Chaucer en ferait une parodie. Il faudrait donc lire le
conte de Melibee comme une parodie, « a mock moral ». Dolorès Palomo
argue aussi de l'abus des citations des autorités (22% du texte) 78 qui aurait
un but satirique ?9. Il nous semble cependant difficile de retenir cette vision
du texte dans le contexte des années 1380 et compte tenu de la proximité de
Chaucer avec la cour de Richard II. Chaucer a par ailleurs renforcé le dis
cours pour la paix dans le conte 80. Car le Melibee de Chaucer, si l'on suivait
Dolorès Palomo, se jouerait de deux règles du discours de paix : il sied part
iculièrement aux femmes de le tenir et la paix est toujours un état idéal. Par
ailleurs la présence du conte dans plusieurs recueils moraux pour les épouses
rend difficilement crédible une interprétation strictement parodique.
Chez Chaucer comme dans Le Mesnagier de Paris, une autre dame de
concorde paraît mise en valeur : Griseldis. Si l'on s'est beaucoup interrogé
sur le sens de cette histoire pour comprendre les rapports entre les sexes, on
a peu remarqué que Griseldis est aussi une princesse pacificatrice, toujours
associée au bien commun, du moins dans plusieurs versions du récit 81 :

77. Sur le récit de Melibee, cf. G. Stillwell, « The Political Meaning of Chaucer's Tale of Mel
ibee », Speculum, 19/4 (1944), p. 433-444 ; D. Palomo, « What Chaucer Really Did to Le
Livre de Mellibee », Philological Quaterly, 53/3 (1974), p. 304-320 ; G. Olson, « A reading
of the Thopas-Melibee link », The Chaucer Review, 2/10 (1975), p. 147-153 ; R. F. Green,
Poets and Princepleasers. Literature and the English Court in the Late Middle Ages , Toronto,
Toronto University Press, 1980, p. 142-143 ; V.J. Scattergood, «Chaucer and the French
War : Sir Thopas and Melibee», dans Court and Poet. Selected Proceedings of the third
Congress of the international courtly literature Society, G.S. Burgess éd., Liverpool, Francis
Cairne, 1981, p. 287-296 ; L.J. Johnson, « Inverse Counsel : Contexts for the "Melibee " »,
Studies in Philology, 87/2 (1990) p. 137-155.
78. D. Palomo, op. cit. n. 77, p. 307.
79. Ibid., p. 318.
80. B. Lowe, Imagining Peace. A History of Early English Pacifist Ideas, University Park
(Pen.), The Pennsylvania State University Press, 1997, p. 101.
81. L'histoire de Griseldis forme la dernière nouvelle du Décamêron de Boccace, traduit en
latin par Pétrarque. Chez Boccace, le passage sur Griseldis médiatrice n'apparaît pas nette
ment. Pétrarque le développe en revanche : sed ubi res posceret, publica etiam obibat officia,
viro absente, lites patriae, nobiliumque discordias dirimens, atque componens, tam gravibus
LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE 33 1

« Mais quant le cas li offroit des débas et discors des nobles, par ses doulces
paroles, par si bon jugement et si bonne équité les appaisoit, que tous à une
voix disoient que pour le salut de la chose publique ceste dame leur avoit esté
envoiée par provision célestielle » 82.

et Chaucer :
« But eek, whan that the cas required it, The commune profit koude she re
dresse. Ther nas discord, rancour, ne hevynesse In al that land, that she ne
koude apese, And wisely brynge hem allé in reste and ese » 83.

Cette présentation de la princesse de paix, aux mots si apaisants, sont


d'importance tant l'histoire est diffusée 84. Dans les manuscrits, elle peut voi
siner avec des textes historiques et politiques 85. Celle qui représente l'abné
gation suprême et la soumission à l'ordre du monde est aussi une faiseuse de
concorde.
Les dames, bien réelles celles-ci, usent de même de la parole pour apai
ser. L'abbesse de Fontenelles ne se contente pas d'une ritualité de la sup
plique. Elle agit par l'argument, le déploiement verbal : multis verbis per-
suasit 86. La dame de Giac, elle, comme Griseldis, use, outre la gestuelle, de
douces paroles (verbis mellifluis 87) pour apaiser les parties en lutte. Peu
après, en septembre 1419, après le meurtre de Montereau le dauphin prie sa
sœur Michelle qui a épousé Philippe le Bon (auquel il écrit également) de
servir de médiatrice notamment pour assurer la paix. C'est bien à la femme
de raison qu'il s'adresse en la requérant d'intervenir 88. C'est encore par la
parole qu'une précédente duchesse de Bourgogne (la femme de Philippe le
Hardi) entendait régler le différend avec la comtesse Yolande de Bar, « pour

responsis, îantaque maturitate, et iudicii aequitate, ut omnes ad salutem publicam demissam,


celo feminam predicarent [Boccace, Décaméron, [Link] dir. éd. et trad., Paris, LGF, 1994,
p.. 840-852. Le passage sur Griseldis médiatrice devrait prendre place ici p. 844. On trouve
îee deux textes dans C. Rossi éd., op. cit. n. 24, p. 41-43 pour la citation de Pétrarque].
82. Le Mesnagier..., op. cit. n. 76, p. 205. Cf. encore Le Livre de Griseldis (XVe siècle) cité
dans E. Golenistcheff-Koutouzoff, op. cit. n. 25, p. 201-202.
83. The Complete Works..., F.N. Robinson éd., op. cit. n. 76, p. 127, Canterbury Tales, p. 234.
84. Cf. l'introduction de E. Golenistcheff-Koutouzoff et « Griseldis », dans Dictionnaire des
lettres françaises. Le Moyen Âge, Paris, Fayard-La pochothèque, 1992, p. 581.
85. L'« Histoire de Griseldis » se trouve dans le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Gene
viève 1994 avec des chronologies et généalogies ainsi qu'avec les Débats et appointements.
D'après N. Pons, L'honneur..., op. cit. n. 4, p. 35. Dans le manuscrit du noble picard Gauvain
Quiéret la traduction de Philippe de Mézières voisine avec le Trialogue de l'auteur, [cf. M.R.
Jung, « Le Trialogue de Gauvain Quiéret. Ms Arsenal 4655 », Romanica vulgaria quaderni.
Studi provenzali efrancesi, 86-87 (1989), p. 209-213].
86. Chronographia..., op. cit. n. 66, p. 159.
87. Chronique du religieux de Saint-Denys..., op. cit. n. 3, t. 6, p. 333.
88. P. Bonenfant, Du meurtre de Montereau au Traité de Troyes, lère éd. Bruxelles, Académie
Royale de Belgique, 1958, p. 96 ; G. Du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VU, t. 1,
Paris, Alphonse Picard, 1881, p. 181.
332 Nicolas OFFENSTADT

quoy nous desirons moult parler a vous de et sur la dicte matière [...] que
vous vous vueilliez disposer pour vous traire devers nous... » 89.
La rituâlité de l'intercession pacificatrice décrite à loisir par les chroni
queurs ne s'oppose en rien à une action déterminée, en profondeur. L'enga
gement des femmes pour la paix se caractérise en effet par la persévérance et
le labeur, s'inscrivant par là dans une règle plus générale de l'intervention
diplomatique 90. La paix doit être le fruit de la peine des négociateurs. Dans
son Livre des trois vertus, à prétention normative, Christine de Pizan ex
plique que les princesses, pour éviter les guerres, doivent « traveillier et l
abourer saigement en appellant Dieu a son aide et par bon conseil, et tant fera,
se elle puet, que voye de paix y sera trouvée » 91. La persévérance est au
cœur du discours. En 1340, Jeanne de Valois « travilloit durement de l'une
host en l'autre », « tant ala et tant procura », tant et si bien que par son
« traveil » et le « pourcach » de la suspension des hostilités, elle obtint gain
de cause 92. Les Istore et croniques de Flandres soulignent aussi que la
comtesse de Hainaut « tant pourcacha » d'un roi à l'autre qu'une rencontre
entre les deux ennemis fut décidée 93 et la Chanson de Bertrand du Guesclin
confirme que « La dame de Henau tellement se pena. Que trêves furent
prises que chascuns s'acorda » 94. Ce zèle pacificateur, associé à un engage
ment personnel, n'est pas le propre de l'abbesse de Fontenelle. La mère de
Richard II, Jeanne du Kent, intervient dans la dispute entre le roi et son
oncle Jean de Gand : neglecta tamen corporis sui quietudine, laboriosum
iter, nunc adRegem, nunc ad Ducem, gratis assumpsit, nihil parcens expen-
sis, nihil humilibus precibus... jusqu'à ce que la concorde triomphe 95.
D'après Pierre de Fénin, c'est à nouveau une intervention féminine, cette fois
entre Charles VI et Jean sans Peur, qui mène à l'armistice accordé devant
Arras en 1414. La comtesse de Hainaut, « traita tant » qu'elle l'obtint 96.

Le rôle des femmes dans les processus de paix doit donc se lire à diffé
rents niveaux. Elles sont incontestablement des acteurs importants des né
gociations et des rites de paix à la fin du Moyen Âge. Mais cette réalité s'in-

89. ADN, Registre des lettres missives, n° 23.176, 25 juillet 1388.


90. Pour le pape et le roi nous renvoyons à notre thèse [op. cit. n. 1, chap. I et Vffl respective
ment].
91. Christine de Pizan, Le Livres des trois vertus..., op. cit. n. 46, p. 34.
92. Froissart, III, op. cit. n. 61, p. 80.
93. Istore et croniques de Flandres d'après les textes de divers manuscrits, Kervyn de
Lettenhove éd., t. 1, Bruxelles, Imprimerie de F. Hayez, 1879, p. 396-397.
94. Cité dans N. Chareyron, Jean le Bel..., op. cit. n. 61, p. 267.
95. Thomas Walsingham, Historia Anglicana, n, H.T. Riley éd., Londres, Longman, 1864,
p. 126 ; Ypodigma neustriae, H.T. Riley éd., Londres, Longman, 1876, p. 340-341.
96. Pierre de Fénin, Mémoires, E. Dupont éd., Paris, SHF, 1837, p. 49-50.
LES FEMMES ET LA PAIX À LA FIN DU MOYEN ÂGE 333

sère en permanence dans des modèles d'action, ayant partie liée à la narra
tiondes sources mais pas seulement, qui leur attribuent des modes d'inte
rvention toujours reproduits, par des gestes et des paroles bien spécifiés ;
modes façonnés par la propension de leur sexe - de leur genre - à faire la
paix mieux que les hommes. Actes, rites et discours s'entremêlent sans cesse
sans qu'il soit possible - ni qu'il faille - faire la part des choses.

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