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Association Francaise de Génie Civil APEC ;PREFACE
En quelques décennies, la construction des ponts a considérablement progressé
non sculement grace & une utilisation intelligente et une mise en ceuvre maitri-
sée de matériaux nouveaux aux performances remarquables, mais aussi grace &
Ia mise au point de méthodes rationalisant la production, régularisant la qualité
et augmentant les cadences de fabrication tout en assurant une sécurité crois-
sante pour le personnel d'exécution.
Dans les années soixante, la technique du poussage a commencé & concurrencer
fortement celle de la construction en encorbellement pour construire de longs
viaducs en béton précontraint, pour lesquels I'adoption de grandes portées ne
présentait aucun intérét économique. Les avantages évidents d'une confection
des travées & poste fixe, dans des conditions permettant d'atteindre une qualité
d'exécution quasi industrielle, ont séduit beaucoup de maitres d'ouvrage et de
maitres d'oeuvre. L'engouement pour la précontrainte extérieure, permettant de
supprimer les cables dans les Ames et done, en réduisant substantiellement leur
épaisseur, de réduire le poids propre de la structure poussée, a permis de mettre
en évidence les avantages indéniables de ce procédé de construction.
Toute structure, une fois construite, vieillit et perd graduellement de sa « valeur
structurale ». Les premiers désordres sont la manifestation du dépassement de
certains états limites de service irréversibles. L'agressivité des sollicitations qui
se développent dans un tablier en cours de poussage, dues au poids propre de la
structure, aux actions d'origine naturelle ou aux imperfections géométriques,
peut engendrer des désordres irréversibles, amorgant le processus de dégrada-
tion, si ces solicitations ne sont pas évaluées avec précision et si la pré-
contrainte n'est pas étudiée et mise en ceuvre avec tout le soin nécessaire. Le
procédé de poussage n'est done simple qu'en apparence : il ne conduit & un ou-
vrage de qualité que s'il est parfaitement maitrisé, tant au niveau des études que
de l'exécution.
Aprés une expérience francaise de plus d'une trentaine d'années, un certain
nombre de spécialistes ont décidé de mettre en commun leurs connaissances et
produire un document de recommandations aux objectifs multiples : fixer les
fondements d'un savoir-faire de réputation internationale, établir un ensembleGUIDE DES PONTS POUSSES
de regles spécifiques complstant les régles générales fixées par les codes de
calcul nationaux ou européens, fournir un document de référence et de forma-
tion a Tusage des étudiants en génie civil et des jeunes ingénicurs. Les travaux
furent conduits, au départ, sous I’égide de I'Association francaise pour la cons-
truction (AFPC), association qui fusionna en 1997 avec I'Association frangaise
de recherches et d'essais sur les matériaux et les constructions (AFREM) pour
donner naissance & I'Association frangaise de génie civil (AFGC).
Le présent ouvrage doit son existence & de nombreuses contributions. Son
contenu a été élaboré avec le plus grand soin, et il mérite largement le statut de
«Guide AFGC ». Ses trois derniers chapitres abordent des questions de calcul,
de contréles en cours d’exécution et certains aspects spécifiques des marchés de
travaux. Ce ne sont pas des documents de I'administration directement contrac-
tualisables, mais des recommandations, fruit d’un large consensus, permettant
de rédiger les pices écrites techniques et administratives des marchés.
A plus ou moins bréve échéance, les Eurocodes remplaceront les régles natio-
nales équivalentes. Des adaptations seront nécessaires au niveau de la justifica
tion des ouvrages en cours de poussage, mais les présentes recommandations
resteront encore longtemps un document de référence au plan national ct une
contribution décisive 3 I'élaboration de codes internationaux
E. BOUCHON
Chef de la Division des grands ouvrages du SETRA,
J.-A. CALGARO
Vice-président du Comité scientifique et technique de !AFGCLa rédaction de ce guide a &é réalisée par les membres du groupe de travail « Ponts
poussés » de P AFGC :
Emmanuel BOUCHON — SETRA
Christian BOUSQUET = SNCF
Daniel LE FAUCHEUR — SETRA.
Daniel LECOINTRE SETRA
William PASCHETTA = DUMEZ-GTM
Michel PLACIDI. RAZEL
Pierre XERCAVINS PX Consultants
Les illustrations ont été réalisées par :
Louis RISTERUCCI SETRA
La rédaction de ce document a été enrichie des observations et avis de:
B. BOUVY (AIOA - A75), Ch, CEZARD (JEAN MULLER International),
J.-F. FONTAINE (CGPC), Ph. JACQUET (BOUYGUES), Th. KRETZ
(SETRA)', J.-J. LAGANE (SPIE-Batignolles), P. PAILLUSSEAU (DREIF)’,
A. PALACCL (DUMEZ-GTM), D. POINEAU (SETRA), J. RYCKAERT (SE-
‘TEC TP).
Ce document s'est appuyé sur les réflexions d'un précédent groupe de travail compre-
nant les membres suivants :
B, BOUCHON, Ph, JACQUET, A. LACROIX, D. LECOINTRE, M. PLACIDI,
C. SERVANT, M. VIRLOGEUX,
Les photos sont issues du SETRA (G. FORQUET ou D. LECOINTRE), sauf :
— photo de la couverture et page 48, SNCF (Ch. BOUSQUET) ;
photo de la quatriéme de couverture, M. PLACIDI (RAZEL).
‘Th, Kretz est maintenant au LCPC.
*p, Paillusseau est maintenant au CETE du Sud-Ouest,Préface
Introduction:
1, PRINCIPES GENERAUX DU POUSSAGE
1.1, Principe de la méthode
1.2. Les deux types de ponts poussés
1.3. Particularités de la méthode
1.4, Avantages ct limites du procédé
p
. SPECIFICITES DES PONTS POUSS!
2.1. Contraintes géométriques
2.2. Contraintes structurelles
y
CONCEPTION DU CABLAGE DE PRECONTRAINTE
3.1. Généralités
3.2. Précontrainte de poussage
3.3. Précontrainte de continuité
3.4, Précontrainte résultante
3.5. Mise en ceuvre de la précontrainte et recommandations diverses
3.6. Précontraintes additionnelle et complémentaire
. L’ AIRE DE PREFABRICATION
4.1, Généralités
4.2, Bétonnage en pleine section
4.3. Bétonnage en deux phases décalées
4.4, Aire de préfabrication des ponts poussés par les deux cétés
de type 1-2-1
4,5. Organisation générale dune aire de préfabrication
de pont poussé
4.6. Importance de la position de aire de préfabrication
-
St
58
59
62
68
69
7
72
wh)
76
81GUIDE DES PONTS POUSSES
DISPOSITIES DE GLISSEMENT ET DE GUID.
5.1, Systéme PTFE sur inox
5.2, Systéme de glissement sur longtines
5.3. Guidages latéraux
5.4. Equipement des tétes de piles
5.5. Un cas particulier exceptionnel : le poussage en escalier
des viadues d’acc’s au pont de Normandie
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LES PROCEDES DE POUSSAGE
6.1. Cables de traction
6.2. Systéme Eberspiicher™
6.3. Vérins pousseurs
6.4. Les dispositifs de freinage
ta
7.1. Nécessité d’une aide au poussage
7.2. Avant-bee
7.3. Palées provisoires
7.4. Mat de haubanage
ee
» ACTIONS:
8.1. Actions
8.2. Justifications a cffectuer
f REGLES DE CALCUL
~
CONTROLES SUR CHANTIER
9.1. Controles géométriques
9.2. Contréles des efforts en cours de poussage
9.3. Contréles des déplacements en cours de poussage
9.4, Essais et contréles du matériel
9.5. Conclusion
10. CLAUSES PARTICULIERES DES CONSULTATIONS
DES MARCHES
Regles techniques
10.1. Consistance des études
10.2. Programmes de calcul
10,3. Incidence des dispositions techniques adoptées
pour la construction sur les quantités mises en ceuvre:
Regles administratives
10.4. Modalités de appel d’ offres
10.5. Réglement des travaux.
83,
86
88
90
92
95
98.
102
103
AVANT-BEC, PALEES PROVISOIRES ET MAT DE HAUBANAGE
105
107
120
122,
128
136
143
ISL
153
154
159
162
165
167
171
172Sommaire
Annexe A
Prédimensionnement des ponts poussés
Dénivellation des appuis
Efforts dans les travées de rive (en service)
Annexe B
Monographies
Annexe C
Liste des ponts poussés
177
205
209
225INTRODUCTION
HISTORIQUE DES PONTS POUSSES
Sie principe général consistant & réaliser ou a assembler les différents éléments
d'une structure & c6té de la bréche A franchir puis 4 les mettre en place par dé-
placement remonte au miliew du XIX sidcle (cette opération ne s'appliquait
alors qu'a des ouvrages métalliques et s'appelait « langage » ; les premiers via-
ducs ainsi lancés l'ont été en 1860), il faut attendre un siecle, c'est-a-dire aux
environs des années 1960, pour voir cette technique appliquée aux structures en.
béton,
Il n'est pas étonnant que ces premires applications l'aient été sur des structures
métalliques, dans 1a mesure ot, d'une part, ces tabliers sont beaucoup plus 1é-
gers et, d'autre part, l'acier résistant indistinctement aux sollicitations de traction
et de compression, il s‘adaptait beaucoup mieux que le béton aux efforts engen-
drés par ce procédé constructif. Et si, & partir des années 1960, ces applications
aux structures en béton ont pu voir le jour, c'est grace a la conjonction de plu-
sicurs éléments, dont principalement deux d'entre eux : d'une part, le prodigicux
développement de la précontrainte qui a permis a la fois lallégement des struc-
tures, l'amélioration de leur ductilité et l'adaptation de leur fonctionnement 4 des
phases provisoires et d'assemblage et, d'autre part, la découverte d'un matériau &
irs faible coefficient de frottement, le PTFE (ou encore T ‘éflon®).
Le tout premier exemple d'un pont construit & un endroit et déplacé vers sa po-
sition définitive est le pont de Vaux-sur-Seine’ réalisé par lentreprise Coignet
Liouvrage a trois travées de 56m de longueur totale fut construit sur chaque
rive, puis poussé sur un cintre général. Une fois clavé, une précontrainte fut
mise en place et tendue par écartement des cables. Le poussage de chaque
demi-poutre s'effectua & l'aide d'un mat de haubanage en bois, Cait 2 la fois
" La Technique moderne, septembre 1951
1GUIDE DES PONTS POUSSES
une premigre du point de vue mode de construction et également la premiere
précontrainte extérieure !
A son tour, V'ingénieur allemand Fritz, Leonhardt proposa en 1959, avec l'entre-
prise Auteried, de réaliser le pont sur l'Ager, en Autriche, par poussage. Il s'agit
d'un ouvrage A quatre travées, de longueur totale 280 m, dont les éléments suc-
cessifs de 9,50 m de longueur furent préfabriqués, assemblés les uns aux autres
et poussés sur un chemin de glissement en bois dur installé sur le cintre général.
Un an plus tard, devant construire au Venezuela, sur le Rio Caroni, un pont de
480 m de longueur, Fritz Leonhardt décida de procéder de la méme fagon, mais
en supprimant purement et simplement le cintre précédent et en n'appuyant le
tablier, lors de son poussage, que sur les piles et sur quelques palées provisoi-
res. I plaga en outte un gros cable de précontrainte de chaque cdté du caisson,
ces cables étant, une fois le tablier en place, enfermés dans des tubes métalli-
ques qu'il fit injecter au coulis de ciment afin d'assurer 2 la fois une liaison par
adhérence et une protection contre la corrosion. Le premier véritable pont pous-
sé était né, C'était en 1961.
utilisation de cette technique en France eut lieu, cing ans plus tard, en 1966,
avec la construction, par Yentreprise Citra, de l'aqueduc sur le Vallon de
!'Abéou', & Saint-Paul-lés- Durance, pour la Société du canal de Provence. C'est
la que fut introduit pour la premiére fois le glissement PTFE sur inox. TI s'agit
d'un pont-canal de 143 m de longueur, comportant quatre travées symétriques
de 30 et 33m et deux consoles de 8,50 m, destiné a franchir le vallon de
TAbéou et la route de Rians a Saint-Paul-lés-Durance. La structure de l'aqueduc
est un tube de 5,00 m de diamétre inscrit dans un carré de 5,85 m de cété. La
méthode de construction traditionnelle initialement prévue, consistant & couler
Je tablier en place sur un étaiement général, s'avérant tes coiiteuse, du fait du
poids propre trés important de la structure (31 t au métre ), l'entreprise Citra
proposa une variante consistant & préfabriquer le tablier en trongons de 10 m de
longueur et & Je pousser en le faisant glisser par lintermédiaire de plaques de
PTFE mobiles se déplagant sur des feuilles en acier inoxydable fixées sur les
tétes de piles ainsi que sur 'aire de préfabrication. Le poussage était effectué a
Vaide de vérins hydrauliques de 1,00 m de course. Le poussage des 4 400 t du
tablier s'effectua en cing mois, de mai 4 septembre 1968.
Un an plus tard, en 1969, 'entreprise Citra reprenait cette méme idée pour pro-
poser une variante méthodes pour la réalisation du viaduc de franchissement de
Ta vallée de Ja Boivre’, dans le cadre de la déviation de Poitiers, par la future
" Annales de !'IEBTP, mai 1970.
° Travaux, mars 1985,
12Inivoduetion
autoroute A10. Long de 285m, louvrage, initialement prévu coulé en place
travée par travée sur cintre autolanceur, comporte cing travées de 43 m de por-
tée et deux travées de rive de 35 m de portée. Tl est constitué de deux caissons
de 13 m de largeur et de 2,50 m de hauteur constante, reposant sur des piles en
H, de hauteur variant entre 18 et 34m Le poussage a été réalisé avec un mat
métallique et des haubans supportant la console avant équipée, en outre, d'un
tes petit avant-bec métallique de 2,50 m de longueur servant essentiellement de
dispositif d'accostage.
Le véritable lancement de cette technique était ainsi effectué. Son développe-
ment rapide, comme Je monire le tableau indiquant les principaux ouvrages
ainsi réalisés (cf. annexe C), atteste de son succ’s et des avantages qu'elle pré
sente
Les premiéres applications de cette méthode aux ouvrages ferroviaires datent de
1977, avec la réalisation par la SNCF de Ja ligne nouvelle du TGV Sud-Est,
Paris/Lyon. Sur cette ligne & grande vitesse, les cing principaux viadues, le pont
sur la Sa6ne, 4 Macon, le viaduc de la Roche, le viaduc de la Digoine, le viaduc
sur le Serein et le viaduc de Saulieu, sont des ouvrages en béton précontraint
construits par poussage’.
IMPORTANC
DU PARC DES PON’
Apres ces premiers balbutiements et ces ouvrages faisant un peu figure de pro-
totypes, cette méthode de construction, de par les multiples avantages qu'elle
offre, s'est fortement développée au sein de la plupart des entreprises de cons-
truction de ponts, tant en France qu'a I'étranger. On a vu trés rapidement, et
aujourd'hui encore, un trés grand nombre d'ouvrages se réaliser suivant ce pro-
cédé, dans le domaine aussi bien routier que ferroviaire.
Pour un total actuel de 2.500 ponts en béton précontraint, construits par cette
technique de poussage, c'est en fait une surface de tablier de plus de
3.000 000 m? qu'ils représentent.
La liste des ponts poussés (annexe C) et les monographies des principaux d’en-
tre eux (annexe B) attestent de l'importance de ce pare des ponts poussés et,
notamment, de tous ceux qui, aujourd'hui, constituent une part non négligeable
du patrimoine frangais des ouvrages d'art.
Travaux, juin 1980.
13GUIDE DES PONTS POUSSES
DOMAINE D’APPLICATION DES PONTS POUSSES
De par les spécificités tant géomeétriques que structureiles de cette technique,
définies au chapitre 2, le domaine privilégié des ponts poussés cn béton pré-
contraint est le domaine des ouvrages 4 géométrie constante (axe en plan et
profil en long droits ou circulaires), de hauteur constante, de portées comprises
entre 30 et 50 m, pouvant aller exceptionnellement jusqu’a 65 ou 70 m, pour les
ouvrages poussés par un seul cdté. Au-dela de ces portées, le poids de la struc-
ture devient trop important et il engendre, au poussage, des sollicitations trés
fortes qui rendent cette méthode beaucoup plus cofiteuse que des techniques
mieux adaptées aux plus grandes portées.Chapitre 1
PRINCIPES GENERAUX DU POUSSAGE
1.1, PRINCIPE DE LA METHODE
Le principe général de la méthode de construction par poussage est tres simple.
Tl consiste & préfabriquer le tablier & cété de la bréche & franchir, sur une plate-
forme située dans le prolongement de son axe longitudinal, en artiére de la
culée, puis & le « pousser », par un déplacement de translation suivant son axe,
on le faisant glisser sur sa culée et sur ses piles définitives (éventuellement sur
des appuis provisoires complémentaires), jusqu’a ce qu'il ait atteint sa position
définitive, au-dessus de la bréche qu'il doit enjamber.
Le tablier peut étre soit poussé en une seule fois, s'il a été préalablement préfa-
briqué entigrement, ou poussé en plusieurs fois, lorsqu'il est préfabriqué par
trongons successifs, chaque poussage s'effectuant alors aprés Ja préfabrication
du trongon correspondant.
1.2, LES DEUX TYPES DE PONTS POUSSES
Les ponts construits par poussage sont nécessairement des ouvrages & plusieurs
travées continues, Dans certains cas, la continuité peut n’@tre que provisoire
pendant Je poussage, sous forme dlattelage, lorsqu'il est nécessaire de créer des
joints on phase définitive (C'est le cas de certains ouvrages SNCF : Verberie,
Chalifert, ...).
On peut considérer deux types principaux de ponts poussés, selon que l'ouvrage
est mis on place par déplacement depuis un seul c6té (Fig. 1.1) ou depuis les
deux cétés de la bréche (Fig. 1.2)PONTS POUSSES
Dans le premier cas, celui des ouvrages & travées multiples, le poussage s'ef-
fectue par trongons successifs d'une longueur comprise généralement entre 10
15 m et 50 m, a partir d'une plate-forme située en arriére d'une culée, sur la-
quelle le tablier est préfabriqué. Chaque phase de bétonnage est suivie d'une
phase de poussage pendant laquelle on libére le coffrage pour permettre la ré
sation de l'élément suivant, En phase de construction, le syst8me statique est
celui d'une poutre continue dont te degré d'hyperstaticité augmente jusqu’a la
derniére opération de poussage.
=
Fig. 1.1 - Principe de pont poussé d'un seul cété.
Dans le cas des ponts poussés des deux c6tés, pénéralement des ouvrages de
dimensions modestes, Vouvrage caractéristique est un pont a trois travées dont
16Principes généraux du poussage
la travée centrale a une portée sensiblement égale au double des portées de cha-
que travée de rive, dot appellation couramment utilisée, pour désigner cette
catégoric de ponts, d’ouvrage de type 1-2-1. Les deux demi-tabliers sont cons-
truits sur chacune des deux rives sur des aires de préfabrication situées en ar-
rigre de chaque culée, puis poussés l'un vers l'autre jusqu’au clavage final dans
Yaxe de la travée centrale. Le poussage s'effectue apres réalisation intégrale des
deux fléaux. Chaque fléau, lors de son poussage, ne repose que sur deux ap-
puis:
© durant la premiere partie du poussage, sur I'appui central de Maire de préfabri-
cation et sur la culée ;
» durant la seconde partie du poussage, sur la culée et sur la pile.
Fig. 1.2 - Principe de pont poussé des deux cétés.
17GUIDE DES PONTS POUSSES
Ila donc, durant son poussage, un fonctionnement structurel isostatique. Apres
clavage central, la structure rendue continue a un comportement comparable &
celui d'un ouvrage & trois travées construit par encorbellements.
Une troisitme catégorie pourrait étre évoquée, celle des ouvrages de grande
longueur & travées multiples poussés depuis les deux cétés. Cette disposition
peut, dans certains cas particuliers, étre intéressante, notamment pour des ou-
vrages trés longs (supérieurs 4 1000 m, de fagon a limiter les efforts de pous-
sage & exercer), ou pour des ouvrages dont la géométrie n'est pas constante sur
toute leur longueur et comporte deux parties distinctes (par exemple un profil
en long droit d'un c6té et circulaire de l'autre) ou, enfin, pour des raisons de
délais d'exécution, les deux ateliers de poussage, sur chaque tive, travaillant
alors simultanément. Ce type d'ouvrage, malgré son apparente similitude d'ap-
pellation, se range dans la catégorie des ponts poussés d'un seul cété, a la fois
vis-a-vis des méthodes constructives et des dispositions technologiques, des
efforts et des sollicitations en phases provisoires de poussage, et de son fone
tionnement structurel tant provisoire que deéfinitif. C'est pourquoi nous ne fai-
sons que I'évoquer ici, considérant qu'il s'agit en fait de ponts poussés d'un seul
cété un peu particuliers,
Caisson poussé (pont poussé d'un seul cété).
Ces deux catégories de ponts poussés, malgré la ressemblance technologique de
Jour méthode de construction et quelques similitudes au niveau des détails
constructifs, correspondent en réalité 4 des fonctionnements de structure, 2
des efforts et sollicitations, notamment en phases provisoires de construction,
18Principes généraux du poussage
fondamentalement différents, et donc & des cablages eux aussi fondamentale-
ment différents.
L'importance numérique de ces deux catégories d’ouvrages n'est pas du tout 1a
méme. Les ponts poussés des deux cétés, de type 1-2-1, ne représentent que
quelques pour-cent du nombre total d'ouvrages réalisés suivant cette méthode
et, en surface de tablier, ce pourcentage est pratiquement négligeable.
1.3. PARTICULARITES DE LA METHODE
Le principe méme de la méthode de poussage fait que, sauf pour les ponts pous-
sés par les deux cétés, du type 1-2-1, ce sont des structures continues dont cha-
que section se trouve, au cours du poussage, successivement en po:
appui », done soumise & un moment de flexion négatif, et en position « miliew
de travée », donc soumise 4 un moment positif. Cette alternance de sollicita-
tions, non génante pour des structures en matériau homogene comme lacier,
Vest tout particuligrement pour des structures en béton et nécessite une concep-
tion et un dimensionnement patticuliers.
Pont-dalle poussé sur autoroute.GUIDE DES PONTS POUSSES
Cette alternance de solicitations en chaque section, du moins en phase de pou:
sage, conduit en général a des sections en caisson. Cette condition n'est toute-
fois pas indispensable sous deux conditions :
«avoir suffisamment de béton en fibre inférieure sur appui pour y faire passer
Jes compressions dues aux charges extérieures définitives, cumulées aux com-
pressions de la précontrainte inversée nécessaire au poussage, lorsque cette
section est en milieu de travée ;
* pouvoir loger tous les cables de précontrainte, ceux nécessaires au poussage
et coux nécessaires en phase définitive pour les sollicitations de service (géné-
ralement les cAblages mixtes, intérieurs et extérieurs, facilitent ces disposi-
tions).
Dans le cas d'ouvrages de petites portées, d'une vingtaine de metres environ, de
type passage supérieur autoroutier, le tablier mis en place par poussage peut
avoir une section en dalle pleine.
1.4. AVANTAGES ET LIMITES DU PROCEDE
Les avantages de ce procédé de construction sont nombreux et variés. De fagon
non exhaustive et sans les classer par ordre d'importance, on peut citer :
ela tres grande sécurité a la fois pour le personnel du chantier et pour les usa-
gers extérieurs au chanticr, qui circulent ou se trouvent sous l'ouvrage, dans la
bréche a franchir, du fait qu'aucune activité n'intervient au-dessus de cette bré-
che. D’éventuelles dispositions particuliéres peuvent étre prises pour le passage
de l'avant-bec ;
«l'absence d’étaiement, de support de coffrage ou de charpente quelle qu'elle
soit, dans la bréche a franchir, ce qui permet d'assurer un total respect des gaba:
rits dans les zones survolées ;
« la préfabrication du tablier poste fixe, qui permet de garantir Jes meilleures
conditions possibles de travail et d'accés pour le personnel du chantier ;
© un matériel spécifique peu cofteux, facile & transporter, 2 monter et & démon-
ter, simple & utiliser et facilement adaptable pour étre réutilisé sur d'autres ou-
vrages 5
unc grande répétitivité des taches a accomplir, qui géndre des rendements de
main-d'ccuvre élevés et done des cofits de construction compétitifs ;
e une grande rapidité d'exécution qui permet d'obtenir des délais de réalisation
cour
eune assurance de bonne qualité de la réalisation et notamment la garantie
d'obtenir la géométrie requise.
20Principes généraux du poussage
Des limites existent aussi au procédé
« les contraintes et spécificités propres au procédé, qui sont définies au chapi-
tre 2, et qui ne rendent pas toujours possible le recours & cette méthode de
construction ;
‘une consommation de matigre plus importante que d'autres procédés cons-
tructifs, notamment en épaisseur de béton et en quantité de précontrainte +
« le respect des tolérances et le controle minutieux d'un certain nombre de taches.
21Chapitre 2
PECIFICITES DES PONTS POUSSES
2.1. CONTRAINTES GEOMETRIQUES
2.1.1. Critéres permettant le poussage
Pour envisager la construction dun tablier par la méthode de poussage, il est
nécessaire de s’assurer que les léments géométriques qui le définissent sont
compatibles avec cette méthode de construction.
En particulier, la ligne moyenne du tablier et la forme de Vintrados doivent
présenter des caractéristiques particuliéres qui font Pobjet de ce chapitre.
Des choix géométriques découlent un certain nombre de conséquences qu'il
convient d’examiner en detail
© sur Pavant-bec 5
le guidage du tablier ;
« Paire de préfabrication ;
féme moteur ;
ele sys
«implantation des appuis.
En pratique, le projeteur se trouve devant un tracé en plan, un profil en long et
une loi de variation de dévers dans la zone de Pouyrag
Pour définir la ou les surfaces sur lesquelles le tablier glissera dans un dépla-
cement selon son axe, ie critére fondamental est que ce déplacement doit se
faire sans créer de déformation théorique du tablier.
23GUIDE DES PONTS POUSSES
Ce critére va déterminer des conditions sur la forme de lintrados, celui-ci pou-
vant ne pas étre paralléle a l’extrados du tablier.
Les seules lignes qui restent superposables & elles-mémes au cours d’un dépla~
cement sont la droite (translation), le cercle (rotation) et hélice circulaire,
combinant rotation et translation, via le « pas » de I’hélice.
OTE a—Déplacement sur une droite.
Eee ere Eee b—Déplacement sur un cercle.
aaa eee
Fig. 2.1 - Tracés poussables de base.
Le tracé des ouvrages est défini par un profil en long, qui est une représentation
en élévation « développée », et non pas une ligne dans un plan, lorsque le tracé
en plan est curviligne. Et dans ce cas, le tracé est défini par sa projection hori-
zontale, qui n’est pas la courbe réelle s'il y a pente.
Fig. 2.2 - Tracé non poussable.
Cette distinction est fondamentale pour bien comprendre les difficultés géomé-
tiques du poussage et voir, en revanche, qu’il est possible de pousser des ou-
vrages dont les projections ne soient pas des droites ou des cercles, voire des
hélices, & condition que dans espace ils aient été concus comme tels
24Spécificités des ponts poussés
Une succession de lignes individuellement poussables ne I'est pas si le dépla-
cement de l'ensemble des lignes fait apparaitre des zones de non coincidence
plus ou moins étendues.
Si on pousse par les deux extrémités, on peut évidemment avoir des lignes
« poussables » différentes de chaque cdté.
2.1.2. Surface de Pintrados
Il ne suffit pas que la ligne moyenne d’intrados soit poussable pour que le ta-
blier le soit. En effet, la stabilité transversale des tabliers nécessite deux lignes
de poussage, il faut donc que ces lignes soient paralléles, voire concentriques
pour des cercles. Sinon, la rigidité de torsion du tablier empécherait celui-ci de
porter simultanément sur les deux lignes d'appui
A titre d’exemple simple de
forme non poussable : intrados
au tracé en plan circulaire, de
dévers variable et des ames de
hauteur constante sur les deux
lignes de poussage, et une pente
nulle du profil en long. Il y a
donc deux profils gauches
différents sur chaque rive
Ce qu’on sait faire en coulé en
place par un Kger gauchis-
sement du coffrage,
préfabrication de voussoirs par
réglage approptié des coffrages
en cellule, n’est plus possible
avec la technique du poussage.
Nous verrons plus Join
(§ 2.14.) que — exemple
précédent n’interdit toutefois
pas Ie poussage, parce qu’on
peut dissocier les courbes de
Fig, 2.3- Surfaces de poussage. Vextrados, imposées par la
voirie, de celles de l'intrados.
ou en
Les appuis ayant une certaine largeur, le poussage se fait non sur deux lignes,
mais sur deux surfaces, lesquelles dans le cas Ie plus simple sont dans un méme
plan, ou sur un cylindre ou, encore, sur un c6ne.
25GUIDE DES PONTS POUSSES
2.1.3. Principaux types de tracés poussables
En partant de la géométtie la plus simple, nous avons :
@ tracé en plan rectiligne et pente constante ;
@ tracé en plan rectiligne et profil en long circulaire ;
@ tracé en plan circulaire et pente nulle ;
@ tracé en plan circulaire et pente constante (hélice) ;
© tracé circulaire dans un plan quelconque.
Les cas ® et ® correspondent & des poussages circulaires, axe de poussage
étant horizontal dans un cas, et vertical dans Pautte.
Pour le cas ®, le tracé dans l’espace est la section droite circulaire, dans un plan
vertical, d’un cylindte & axe horizontal.
Pour le cas ®, c’est la section circulaire horizontale d’un cylindre d’axe verti-
cal.
Pour le cas @, le tracé dans espace est une hélice, courbe gauche, tracée sur un
cylindre d’axe vertical. Si I’axe est oblique, la projection plane du tracé devient
une ellipse
=
|
Fig. 2.4 - Poussage hélicoidal.
Pour le cas ®, la surface de poussage est sur un cone ts aplati dont la ligne de
poussage est une des sections droites (voir également § 2.1.5). L’inclinaison de
ce cOne conduit & remplacer, en projection, les cercles par des ellipses. Pour
une faible inclinaison, I’écart entre cercle et ellipse peut étre suffisamment fai-
26Spécificités des ponts poussés
ble pour qu'il soit possible d’ajuster des tracés non rigoureusement poussables
afin qu'ils le deviennent, ce qui est le cas le plus fréquent.
Si cet ajustement du tracé n’est pas
possible, on peut éventuellement
recourir aux solutions approchées en
jouant sur les écarts admissibles entre
‘axe de voirie et axe d’ouvrage (en
plan et en niveau).
On peut évidemment considérer les
quatre premiers cas comme des simpli-
fications du «cas général ® ». Mais
pour Ia bonne compréhension pra-
tique, nous avons préféré traiter les
problémes dans ordre de leur
complexité croissante.
Fig. 2.5 - Cas général :
céne de poussage.
Les problémes liés au dévers sont traités séparément, puisqu’ils peuvent etre
dissociés de celui du poussage.
Viaducs courbes de Drancy.
27GUIDE DES PONTS POUSSES
2.1.4. Section transversale et dévers
© Quand le profil transversal de la chaussée est symétrique, en toit, 'intrados
est engendré par une droite horizontale, perpendiculaire au plan longitudinal de
symétrie.
Si, de plus, il n’y a pas de pente longitu- oe /
dinale, c’est alors le cas le plus simple pour
les appuis, qu’ils soient provisoires ou
définitifs. Fig.2.6a - Profil en toit.
Toute pente d’ appui, transversale ou longitudinale, impose qu’ on puisse mobili-
ser un frottement suffisant sur les appuis, ou des efforts de butée latérale, pour
éviter tout glissement. La recherche de faibles coefficients de frottement pour le
poussage impose donc la mise en place de butées dés que les pentes sont signi-
ficatives, vis-a-vis du frottement ; celui-ci pouvant étre de l'ordre de 2 %, voire
moins, avec de bons états de surface sur couple PTFE-inox.
© Si le profil transversal est déversé, ce qui
est classique en profil autoroutier avec deux
tabliers paralléles, on peut alors
—ne rien modifier a la géoméirie du tablier,
mais en prévoyant les butées latérales
nécessaires et importantes (cf. § 5.3. et
[Link]). A noter que la dissymeétrie peut — Fig. 2.60 - Caisson symétrique.
éventuellement étre « valorisée » au niveau
des contréles au poussage, du fait de Ia tendance au glissement d’un coté préfé-
rentiel. Ce principe est, généralement, le seul utilisable dans Je cas des ponts:
dalles poussés pour des raisons esthétiques ;
- modifier la géoméitrie dintrados en créant ey
doux surfaces de glissement horizontales dé-
calées cn altitude, C'est la méthode prin-
cipale & adopter 5 ae!
faire une section dissymétrique, intrados Fig. 2.6¢ - Surfaces décalées.
horizontal, Ames de hauteurs différentes. Cette
solution est & déconseiller car plus complexe
A tout point de vue: absence de symétie ————~
trans-versale pour cablage et ferraillage,
contraintes différenciées sur les fibres extré-
mes... Tout ceci augmentant les risques
erreurs, en étude comme sur le site ;
Fig. 2.60 - Caisson dissymétrique.
286t
‘guyoul uBjd ans eBessnod - Lz ‘Bl
aSessnod ap axe, ap uosteurjour sed
“somvagig ua 19 ued uo sarefnoro sioq{qer ap eBessnod af eNoUEd qUEAe-19
suas ne « aaneupxordde » gypiqnedios aun sone & aad 1 (sangui ap stars
sonbjanb) spurs san tioned » queyg Buoy vo road wo a1nqunoo 9p suosea sar]
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suuojuaty - 09°2 “BL
sassnod siuod sap spuoyfioadsGUIDE DES PONTS POUS
L?inclinaison «. de V'axe donne alors lieu & une variation de dévers égale a cette
inclinaison sur un quart de tour, repéré par rapport au plan de syméttie vertical
du cylindre oblique. II faut alors tenir compte de cette « composante » de varia-
tion de dévers, et traiter les écarts vis-2-vis du dévers au niveau de la chaussée,
tel que défini au § 2.1.4
Dans le cas du cOne incling, les deux cercles de poussage correspondant aux
deux rives sont concentriques. Pour éviter un dévers transversal général des
surfaces de glissement, il faut d'abord décaler leurs niveaux, et construire deux
cOnes C, et C, de méme angle mais différent du cne de poussage C,. Comme le
dévers varie en tout point de louvrage, on choisira la valeur de C, pour répartir
le dévers du c6té extérieur de la courbure sur Ja moitié de louvrage et du c6té
intérieur sur autre moitié, Ia section « milieu » étant horizontale. Les méri-
dienes de ce céne représentent le hourdis inférieur déversé, que l'on remplace
par une ligne brisée (Fig. 2.8).
o\ Surfaces de glissement_\,
orizontales transversalement
Fig. 2.8 - Cone de poussage : coupe transversale.
2.1.6. Incid
nce des contraintes géométriques sur Pavant-bec
Le réle, la fonction et les caractéristiques de I'avant-bec sont donnés au
L’avant-bec participe au déplacement (ensemble du tablier ; sa géométrie de:
vtait done la prolonger afin de ne pas créer des problémes spécifiques. Toutefois,
ne serait-ce que pour des raisons de réemploi, les avant-bees sont a prior rectili-
gnes.
chapitre 7
Leur grande déformabilité, s’agissant de poutres en acier, donne une certaine
liberté, dont il sera traité plus en détail au chapitre «avant-bec », mais des la
conception générale, il faut tenir compte.Spécificités des ponts poussés
+En élévation, des variations de niveau d’appui dues & la courbure du profil en
long, s'il y a lieu. Pour R = 3.000 m et 1= 30m, la fl@che correspondante est
2
fet -=015m
2R
~eut éventuellement corriger cela, du moins partiellement, par une fixation
Pangle voulu en about du tablier. Mais toute « cassure » de ligne
orée des efforts dans le tablier au poussage, il faut apprécier selon la
= de l'avant-bec quel esi le meilleur réglage initial & lui donner.
“Cotte eee
cay
tee —r
tig, —Tengorto
< ~.
%, ON rao
poussege
Fig. 2.9 - Position de I'avant-bec sur une courbe en élévation.
On peut également prévoir un calage provisoire en place seulement pendant les
premiers métres suivant l’accostage de I’avant-bec, compensant sa flexibilité et
la courbure du profil en long
Les ordres de grandeur des fléches 4 compenser doivent étre estimés des le dé-
but des études.
+En plan, la courbure du tablier a des conséquences plus importantes, car
Vavant-bec « balaye » sa surface de glissement. I] faut donc la dimensionner en.
largeur afin de rester en appui. On peut arriver A minimiser la largeur de ba-
layage par une orientation convenable de l’avant-bec et un déport 8, de son axe
(Fig. 2.10). Ce déport se traduit par une torsion transmise au tablier en béton,
Position @ : Tangente
Fig. 2.10 - Réglage de lavant-bec sur une courbe en plan.
31GUIDE DES PONTS POUSSES
On peut éventuellement
polygoner — T'avant-bec,
méme on utilise des
éléments « standards », en
assemblant les trongons
avec des cales biaises et
en disposant un contre~
ventement donnant une
‘aideur en torsion suffi-
sante,
La trés faible raideur de
torsion des poutres métal-
liques non caissonnées,
tels que sont les avant-
becs courants, justifie en
effet gu’on essaie d’avoir
on bon centrage de
réaction.
En dépit de cela, l'ana-
lyse des tolérances d'exé-
cution montre qu'il peut
@tre indispensable de
calculer les avant-becs
avec une marge de
sécurité pouvant aller jusqu’a prendre Ia totalité de la réaction sur l'une des pou-
tres, puis vérificr la torsion correspondante en extrémité du tablier (cf. § 7.2.4),
Avant-bec courbe.
2.1.7. Incidence des contraintes géométriques sur aire
de préfabrication
La géométrie de I'aire de préfabrication conditionne celle du tablier. Générale-
ment située en dehors du pont lui-méme, son tracé en plan et son profil en long
doivent étre le strict prolongement du tablier. Sil y a changement de profil ou
de tracé 4 Porigine du tablier, la plate-forme doit étre d’abord réglée pour per-
mettre le poussage, elle doit donc étre modifiée 4 son achévement.
32,‘ia,
Spéeificités des ponts poussés
2.2. CONTRA
TES STRUCTURELLES
2.2.1. Efforts longitudinaux sur les appuis
Le poussage se fait par glissement sur différentes surfaces d’appui, ayant cha-
cune son propre coefficient de frottement f.
On doit distinguer plus spécialement les surfaces suivantes
PHASES O'EXECUTION SUCCESSIVES
(Tablior sur a..appuis supposés & niveau):
————
* Gycesavancement dean apes,
——_—_ . Unneureau tengon 3 arr.
| {ta précontrainte addivonnetle
'
|
| !
I !
1
t 7
He
| zoneos “Zone oe roussnce
[Bironnnck™ ernonrace —")
| Caesars eee
| pote nets woe EL oe
| | owcontinus _—
seu unaion
Fig. 2.11 - Zones de poussage.
# I’aire de béionnage, comportant généralement elle-méme deux bandes fixes et
un coffrage escamotable entre celles-ci (ce cofftage complémentaire n’existe
pas pour une section transversale en U renversé ow pont d nervures) ;
ela zone voisine, formant transition avant d’atteindre les appuis définitifs du
tablier. Cette zone peut ne pas exister, ou elle peut avoir &é créée dans
Vemprise de la premiere travée sous forme de palées provisoires. Cette zone est
équipée d’appuis provisoires ponctuels, tandis que sur le banc de bétonnage, on
a besoin de surfaces continues ;
¢ les appuis provisoires sur piles et culées ;
# des butées latérales de guidage.
Les appuis ponciuels comportent une interface de glissement constituée d’une
tle inoxydable polie sur une plaque caoutchouc-PTFE.GUIDE DES PONTS POUSSES
La loi du frottement H < f N, avec f supposé constant n'est qu’une approxima-
tion, I] faut un effort pour amorcer le mouvement qui peut étre trés supérieur a
celui correspondant au frottement au cours du mouvement, en particulier sur
Vaire de bétonnage oit il peut y avoir localement des « collages » initiaux &
vainere.
Pour le couple inox-PTFE, f diminue sensiblement quand la contrainte aug-
mente, la loi de frottement n’est pas linéaire : il y a donc intérét avoir de peti-
tes surfaces de glissement, ce qui, outre la réduction des forces de frottement,
facilite l'inscription des patins de glissement sous les ames, en maintenant éga-
lement une distance suffisante par rapport aux arétes latérales, zones toujours
fragiles sous charges concentrées.
ification éventuelle,
Le frottement dépend également de I’état de surface : lubi
vieillissement, usure, maintien prolongé en position fixe (ce qui majore le frot-
tement, au moins au début du mouvement)
Sa nature assez. aléatoire fait qu’il faut prendre des valeurs majorantes des coef
ficients de frottement pour toutes les actions locales, tandis qu'on peut prendre
Jeurs valeurs moyennes lorsqu’on somme Jes composantes du frottement pour
obtenir les équilibres d’ensemble.
II faut toutefois disposer une marge
suffisante pour la définition des
moyens «moteurs » pour obtenir le
glissement, Pour cela, on considére en
général des coefficients de 5% pour le -
contact inox-PTFE, et de 15 % pour le
glissement entre t6les graissées sur les
longrines de bétonnage.
On peut également obtenir sur PTFE ct
avec tole nox —_graissée, des
coefficients f de Pordre de 1%, mais
cela dépend des graisses.
Pour les efforts de poussage, il faut
tenir compte en plus de la composante Fig. 2.12 Action du tablier sur la pile.
de. charge permanente due a la pente
du tablier (avec son signe)
Le poussage en descendant réduit effort moteur, mais impose de disposer de
moyens de retenue (cf, § 6.4).
34
val
|
|
i
|
|
|
|
|
|
|
i
4Spécificités des ponts poussés
2.2.2. Efforts transversaux
Les efforts de butée transversale dépendent de facteurs géométriques, comme le
dévers transversal sur appui (a frottement transversal nul, ce qui peut étre le cas
pendant le glissement, B = B R, f dévers, R réaction verticale sur la palée).
Si les ames ne sont pas dans un plan vertical, la butée transyersale, normale &
L’me, comporte alors une composante verticale venant en réduction de la réac-
tion d’appui
Ng: Effort de butéelatérate
Tg=@XNg
Transversalement
Fig. 2.13 - Efforts latéraux.
Mais ils dépendent également des différences aléatoires de frottement, C’est
pourquoi il faut toujours disposer des butées, meme sur un pont droit et en
Pabsence de dévers
Lorsqu’on pousse un pont courbe, ’effort moteur n’est pas aligné avec les frot-
tements en téte des piles (Fig. 2.14).
L’6quilibre statique nécessite au moins deux lignes d’appui avec butées latéra-
les pour guider le tablier. Les efforts de guidage sont d’autant plus faibles que
ces lignes sont plus espacées. Mais dbs le début du poussage, on a besoin éga
Jement de guidage.
La multiplication des lignes de guidage conduit & un systtme hyperstatique
faisant intervenir les raideurs (transversales) souvent mal connues des appuis et
des fondations, Cela est done a priori & déconseillerGUIDE DES PONTS POUSSES
Poussage =>
Fig. 2.14 - Principe de guidages latéraux.
Toutefois, dans certains cas, pour des tabliers ayant un faible rayon et une faible
inertic dans leur plan (tablier étroit), les efforts et les déplacements développés
par la flexion d’axe vertical peuvent nécessiter une troisitme ligne de guidage.
et pour le moins, une étude attentive de cette question en terme de contraintes et
de déformation.Spécificités des ponts poussés
2.2.3. Dimensionnement des piles
Les piles des ponis poussés doivent étre dessinées en tenant compte des impé-
ratifs technologiques de poussage, nécessitant une place suffisante en téte de
pile et une bonne accessibilité
Tant que la pente du tablier est faible, et dans Jes cas fréquents ot le poussage
est fait en prenant appui sur les culées, les efforts longitudinaux définis ci-
ayant, spécifiques du poussage, ne sont pas dimensionnants en comparaison des
efforts de service (efforts sur les appuis qui ne sont jamais parfaitement mobi-
les, freinage, vent pour des piles de grande hauteur). Les efforts transversaux de
guidage, ou liés au dévers de la surface de glissement, sont également souvent
du méme ordre de grandeur que Vaction du vent transversal de calcul
(2.000 N/m?).
Tl faut toutefois étre attentif aux déformations induites par ces efforis afin de
maitriser le déplacement et de tenit compte, s'il y a lieu, des effets du second
ordre qui peuvent étre importants pour des piles de grande hauteur. Les effets
combinés du frottement et de la pente, sans tre us forte, peuvent conduire &
des déformations de la pile qu’il faut calculer, ne serait-ce que de fagon som-
maire si leur faible importance le permet.
‘Un haubanage peut éventuellement étre disposé pour limiter les déplacements
(Fig. 2.16). L’efficacité du haubanage nécessite en général sa mise en tension,
et l’existence de haubans selon deux directions antagonistes.
Le poussage avec une forte pente peut nécessiter des dispositions particuliéres.
Cela a été le cas pour les viaducs d’accés au pont de Normandie, avec une
pente de 6 %. Le poussage s'est fait selon une technique particulitre dévelop-
pée en 5.5.2,
Au poussage la réaction n’est pas rigoureusement centrée, On considére, en
général, un excentrement de + 20 om par rapport & axe d’appui (Fig. 2.15).
Les efforts dus au poussage ayant un sens préférentiel (sauf retour en arritre du
tablier...), on peut avoir intérét 4 excentrer les patins de glissement pour réduire
les moments & la base des piles.GUIDE DES PONTS POUSSES
-e xRy
Fu
innate
' [e}
Ry | R M2 =—e xRy Mi=(Ri+Fu) xh
Fig. 2.15 - Décomposition des efforts sur les piles.
b= frottement !
p=pente
Poussage en montant Poussage en descendant :
haubanage arriére si D> Pp haubanage avant (1)
si b< Pp havbanago arire (2)
Fig. 2.16 - Haubanage des piles.
2.2.4. Appui supportant le dispositif moteur du poussage
Cet appui doit équilibrer la résultante des efforts de frottement, majorés sil y a liew
par la pente du tablier. Si P est le poids total du tablier en fin de poussage et p le
poids du demier trongon bétonné & « décoller » du fond de coffrage, effort hori-
38Spécificités des ponts poussés
zontal moteur H, & pente nulle, doit étre dimensionné pour H= 0,05 P + 0,10 p,
avec les coefficients de frottement précisés ci-avant en 2.2.1.
L’appui de poussage doit également équilibrer les moments et efforts transver~
saux concourant A l’équilibre général. Il est fondamental pour le respect de la
géomeétrie que la zone corespondante soit peu déformable, et que les inévita-
bles déformations soient essentiellement acquises dés la premiére phase
@exécution, dermier stade aprés lequel un réglage est encore éventuellement
possible parce que la partie réalisée est isostatique. Au-dela, le systéme est hy-
perstatique.
Si le systéme de poussage est trés en retrait par rapport a Pouvrage a construire,
ces sujétions ne concernent que la zone de préfabrication et les installations de
chantier pour le poussage. Le plus souvent, ces installations sont voisines dune
culée, dont le dimensionnement doit étre fait en conséquence
Lorsque le poussage est réalisé avec le systéme Eberspiicher, qui nécessite une
réaction verticale importante, le dispositif est généralement disposé sur pile
avec, s'il y a lieu, multiplication des dispositifs de poussage, (voir plus spécia-
iement le chapitre 6 pour ce systéme).
Les piles sont alors soumises & des
efforts &s supérieurs A ceux aux-
quels elles doivent résister_aprés
achévement du poussage. Des dispo-
sitions provisoires telles que le buton-
nage ou le haubanage des piles sont
indispensables, sauf piles massives de
faible hauteur.
Des qu'il y a haubanage, un contdle
de compatibilité des déformations est
indispensable, afin de vérifier Velfi-
cacité du haubanage avant défor-
mations excessives.
Haubanage de pile par profilés,
Mass.GUIDE DES PONTS POUSSES
2.2.5. Effort
de flexion longitudinale dans le tablier
Dans le cas des ponts poussés, les efforts de flexion générale ne proviennent pas
seulement des charges de poids propre comme pour un pont coulé sur cintre. II
convient de distinguer les points suivants
¢ les efforts dus au phasage ;
« l'incidence d'une géométrie non parfaite du tablier ;
« les pertes de précontrainte par déformations différées et le fluage.
On se reportera au chapitre 8 pour les regles de calcul qui découlent des prinei-
pes décrits ci-dessous.
[Link]. Efforts dus au phasage (géométrie supposée parfaite)
A Texception des ouvrages dont le bétonnage et le décintrement sont réalisés en
une seule phase, la mulliplicité des phases d’exécution aux schémas statiques
différents impose l'analyse séparée de ces phases, puis une sommation des sol
licitations correspondant & chacune d’entre elles pour connaftre I'état de réfé-
rence de Pouvrage acheve.
Les déformations différées du béton modifient cet état de référence, sauf si Vor
ganisation des phases de construction est telle qu’il n'y ait pas de différence
entre état de sollicitation SI, auquel on arrive par sommation des phases de
construction, et l'état S2, calculé comme si louvrage avait été construit sur
cintre en une seule phase (selon un principe analogue a celui des ponts en en-
corbellement. Cf. circulaire de 1975)
Dans un pont poussé, il y a théoriquement une infinité de phases d'exécution,
ramenée 2 un nombre fini si on désigne par phase chaque arrét du tablier pour la
construction (et le poussage) d'un nouveau trongon. Par exemple, quand on
pousse par travées completes, le nombre de phases est 6gal au nombre de ta
vées
Au cours du poussage, le lablier se déplagant par rapport aux appuis, cela re-
vient & déplacer les réactions d'appui par rapport & la poutre (Fig. 2-17)
40
aeSpécificités des ponts poussés
Fig. 2.17 - Equivalence entre 'avancement du tablier
et les déplacements d'appui.
Le calcul des ponts poussés est ainsi conduit
© Pour chaque poussage, on calcule le tablier avec un « pas » de déplacement
des appuis, ce qui permet d’ avoir une enveloppe des sollicitations au cours d'un
cycle de poussage, puis un état semi-permanent en fin de poussage. On consi-
dere que c’est cet état qui est soumis au fluage,
° Au cours de chaque cycle, il y a done une discontinuité du systéme étudié
lorsqu'on atteint un nouvel appui (ane pile, un appui provisoire s*il y a lieu),
avec changement du sysiéme statique. On suppose que le nouvel appui introduit
est strictement au méme niveau que les autres appuis, déja incorporés au sys
téme.
» La discontinuité éventuelle est partiellement « gommée » par la souplesse de
Vavant-bec. Elle peut méme I’étre totalement par la conception de la béquille
avant, faite pour s'accommoder des fléches, des tolérances, et du changement
de systéme porteur (cf. § 7.2.3).
* Chaque phase de poussage donne lieu 4 un nouveau calcul complet, apres
introduction, & Parrigre du tablier, de la partie nouvellement bétonnée ; ce qui
modifie le mod’le (Fig. 2.18).
© Toutes les charg
introduite
cer,
sur le nouveau modeéle avec son ensemble d’appuis, qui va se dépla-
(poids propre, précontrainte, gradient thermique...) sont
© Les appuis, supposés strictement alignés, permettent de calculer les sollicita-
tions dun pont poussé dont la géométrie serait parfaite
ell n’y a pas, comme avec les autres modes de construction (encorbellement),
superposition des sollicitations dues & la phase » & celles acquises en phase n ~/,
mais effacement de la phase a ~ I remplacée par la phase n. En effet, il n'y a pa
cumul de charges, mais remplacement.
41GUIDE DES PONTS POUSSES
© Dans Ia mesure ot I’on a un grand nombre de travées identiques et une méme
position relative du tablier en fin de poussage, on retrouve évidemment les mé-
mes solicitations dans Ie tablier, dans les mémes positions relatives, ds qu’on
s’éloigne suffisamment de la zone modifiée, de n — 1 4 n (la modification com-
portant, outre le nouveau trongon bétonné, la précontrainte mise en ceuvre pen-
dant cette période).
Phase i
Modéle i
Phase i+ 1
Modale i+ 1
Fig. 2.18 - Modification du modéle aprés ajout d'un nouveau trongon.
Les calculs faits pour la partie arriére du tablier, nouvellement bétonnée, sont en
général « conventionnels », & savoir
eles dispositions constructives sur l'aire de bétonnage et 4 son aval immédiat
(dans le sens du poussage) ont pour but de porter d’abord le béton frais, puis le
béton durci mais trés jeune, avec des déformations réduites, afin de respecter les
tolérances sur le profil en long, les arétes de coffrage vues, ete. ;
# on passe de cette zone a celle comportant les « vraies » travées définitives via
des appuis provisoires, plus ou moins « ponctuels » selon la nature du terrain au
voisinage de la culée et Porganisation du chantier (échafaudage, remblai, palées
auxiliaires).
Cette zone de transition peut éventuellement étre implantée entre la culée et la
premiére pile si rien ne s’y oppose (absence de gabarit 4 respecter sous la travée
de rive en phase chantier, par exemple).
[Link], Incidence d’une géométrie non parfaite
Toutes les sections du tablier sont tour & tour des sections dappui, et l'on doit
postuler — pour les calculs - que les n sections simultanément en appui sont
42Spécificités des ponts poussés
cnées » alignées sur le profil théorique, Pour comprendre ce fonctionement i
faut supprimer en théorie leffet du poids propre et considérer la poutre non
pesante dans une position quelconque. Pour ramener la poutre sur ses appuis, il
faut exercer une force F correspondant a la dénivelée d'appui Aw (Fig. 2.19)
Cotte force F se traduit par des efforts hyperstatiques qui assurent la compa-
Libilité géométrique de fabrication avec la position des appuis
Forme intrinséque_ F
du tablier construit
Idéal théorique
Fig. 2.19 - Incidence dune géométrie non partaite (Lablier non pesant).
De plus, cette hypothase conceme les deux lignes de glissement sur les deux
rives du tablier, La raideur des tabliers caissonnés réduit d’autant plus les tolé-
rances consiructives qu’il faudrait respecter pour éviter des décollements trans
versaux, sauf a prévoir des moyens correctifs lors du poussage.
Le calcu! des contraintes en phase de poussage doit done inclure T'action aléa
toire de dénivellations Pappu (of. § [Link] et [Link]). Lofft de celles-ci est &
calculer avec le module instantané du béton,
Lousage actuel est de quantifier ces dénivellations 8 | em pour un appui quel:
congue, dans le sens longitudinal, et & un écart transversal de 5 yam sur une
ligne dappui, pour la torsion (cf. § [Link]).
Les causes de « dénivellation » sont multiples
«sur Paire de bétonnage, si elle est mal régiée au départ. En niveau, cela peut
étre corrigé en faisant la compensation sur Jes autres appuis. Ce défaut n'est pas
cortigible si la pente initiale n’est pas bonne ;
epar suite de déformations ultérieures de Paire de bétonnage (tassement de
sol...). L’existence de fonds de moule réglables, en cas de portance du sol dou-
teuse, peut y remédier ;
+ par suite de la rotation de la partie arriére du tablier en bout de banc de pous
sage, partie contre laquelle on vient ensuite bétonner le nouveau troncon. Mé
caniquement, cetie rotation jou le méme réle qu’une brisure de ligne moyenne,
elle peut (et doit) etre limitée par une bonne distribution des appuis en ex
43GUIDE DES PONTS POUSSES
mité du banc de poussage. On peut se donner comme objectif de ne pas dépas-
ser une rotation de 2*10";
@ par le jeu da aux « empilages » de surfaces d’assise sur pile : patin de glisse-
ment, inox, ete.
Malgré la précision millimétrique qu’on peut rechercher sur chaque mesure,
Pexpérience semble montrer que les valeurs de calculs ci-avant reflétent assez
bien les possibilités des techniques actuelles, en restant réaliste.
Si on introduit dans le modéle de calcul une succession de travées courtes, et
qui plus est s°il y a répartition irrégulitre de celles-ci, le calcul classique fera
apparaitre des réactions positives ou négatives, strictement non significatives,
car tout début de décollement modifie la répartition des efforts.
Les incertitudes de nivellement ont des conséquences énormes sur des petites
portées. Il est inutile, et méme génant pour la compréhension des calculs, de
simuler un appui continu sur fond de moule par une succession de « travées »
dont I'élancement L/h soit inférieur & 4 environ. En effet, faute d'une rigidité
rigoureuse, les charges supportées réellement par de tels appuis peuvent alors
dépasser de beaucoup le poids d'une « travée », cette notion n'ayant plus de
signification du fait du risque de décollement de 'appui voisin.
L'aptitude du béton jeune a étre décoffié et poussé doit étre jugée en fonction
des contraintes locales (poussage, précontrainte). Les contraintes de flexion
dues au seul poids propre ne sont pas, en effet, significatives par rapport & la
résistance du béton jeune, méme en traction, sur les faibles portées qui peuvent
apparaitre juste au-del& du bane de poussage, dés qu'on a pu aménager correc-
tement la zone de transition.
[Link]. Pertes de précontrainte par déformations différées et fluage
Les calculs doivent tenir compte de ’évolution des pertes de précontrainte, par
un calcul de celles-ci aprés chaque phase de poussage, mais sans rechercher une
précision illusoire : le fluage n’intervenant, comme le retrait, que par une vatia-
tion de contrainte dans les cables de précontrainte, fonction d’un calendrier de
construction
Les déformations différées se produisent pendant que le tablier reste en position
fixe, aprés chaque poussage (généralement entre une et trois semaines, durée de
construction d'un trongon). Ces déformations, compatibles avec les appuis
existants en cette phase, ne Ie sont pas @ priori avec les appuis en position fi-
nale, II y aura done apparition d’efforts hyperstatiques pour assurer la compati
bilité dans !’état définitif (Fig. 2.20 a 2.23).
44
navn naiSprécificités des ponts poussés
® Position au temps tt
t5
iq ee
1
2
6
= Qo Seether : Détermaton elastin a constant
1 4
3
Fig. 2.20 - Phase i: si on cesse d'appliquer les efforts de poids propre,
la poutre redevient droite.
@ Position au temps t2
Détormation supplémentaie
08 4 vation de E
Fig. 2.21 - Phase i: sion cesse d'appliquer les efforts,
la poutre conserve cette déformation.
© Fin de poussage
Fig. 2.22 - Incompatibilité en position finale entre la forme intrinséque de la poutre a
cet instant et la position des appuis =» apparition de réaotions hyperstatiques.
Position au temps t3
Fig. 2.23 - Ouvrage en position finale.
Comme il a dé indiqué au paragraphe [Link], les phénoménes de fluage
ont été examinés dans la circulaire de 1975 sur les ponts en encorbellement, et
ils sont ici analogues. Une approche courante de I’état final, aprés fluage, est
dadmettre pour cet état 1a configuration 1/2(S1+$2), $1 correspondant aux
45GUIDE DES PONTS POUSSES
phases de construction et $2 a la construction sur cintre sans phasage. Le mode
de caleul des ponts poussés ne donne pas I’équivalent de $1 puisqu’a chaque
phase on « efface » I’équilibre antérieur. La dernigre phase du poussage, avant-
bee démonté, est I’équivalent strict de $2 : les appuis sont définitifs. A supposer
que toutes les actions ne soient pas encore appliquées (dépose de certains ca-
bles, précontrainte complémentaire...), ces actions appliquées au tablier fini ne
donnent pas lieu & redistribution ultétieure par fluage puisque l'on est « sut cin-
tre ».
Les efforts hyperstatiques potentiels, négligés par ces calculs, peuvent étre
@autant plus importants que la position du tablier dans les phases statiques
entre poussages est différente (en position relative) de celle occupée en phase
finale, et que cette situation est répétitive. C'est cette répétition de situations
similaires qui pourrait donner de l’importance & la redistribution par fluage.
longueur 0,6 £, puis une séquence de poussage par travée complate Jaissant
Pavant-bec en porte-d-faux ainsi qu'un trongon de tablier de longueur L/3. I
sen faut de L/15 pour que l’avant-bec porte sur Ia pile suivante. Avec les
hypotheses ci-avant et pour un poids au metre linéaire de Pavant-bec égal 2
10% de celui du tablier, A chaque arrét de poussage, le mome:
ten console
0,0935pL?. Pour une travée de rive de longueur égale a 0,8 L,
tion ~ en
ice ~ se retrouvera pratiquement en position de mo.
ment positif maximal, soit sous charges permanentes
M =0,073 p(0,8L)
Exemple
Supposons un pont & distribution régulitre de travées, avec un avant-bec de
= 0,047 pL?
:
Fig. 2.24 - Exemple d’ouvrage a positions d’arrét défavorables.
Les déformation « inglastiques » de la zone avant, « mémorisables » par le
biais du fluage, sont d’autant plus importantes que la situation de poussage
dure plus longtemps et done que le pont est long. Dans ce cas, le calcul, ne
tenant pas compte de la redistribution par fluage, introduit une erreur systé-
matique dans la zone avant.
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