III.
Les difficultés des cours de justice communautaire : CEMAC et CEEAC
Lors de leur création, les cours de justices communautaires de la CEEAC et de la
CEMAC avaient des objectifs bien précis. Les actes constitutifs qui les ont été mis
en place ont spécifié leurs domaines de compétence, leurs organisations et
fonctionnement. Nonobstant cela, elles sont confrontées à des difficultés, qui
perturbent ainsi leur fonctionnement.
A. Les difficultés de la cour de justice communautaire de la CEMAC
1. Le non-respect des droits processuels
A la lecture des dispositions prises en la matière, les droits des justiciable sont
pris en compte. Toutefois, cette prise en compte est sujette à discussion, au regard
des divers manquements qu’on peut y desseller. Ces difficultés sont liées entre
autre à l’instruction et aux procédures incidentes, ainsi qu’à celles relatives aux
voies de recours.
a) Les difficultés liées à l’instruction et aux procédures incidentes
Dans la phase d’instruction, les procédés d’investigation prévus par la législation
communautaire de la CEMAC amène à regretter le fait que les frais qui incombent
souvent aux parties peuvent constituer un facteur d’inégalité des citoyens
communautaire, vu les conditions socioéconomique qui prévalent dans la sous-
région Afrique centrale en particulier, et le continent en général. En outre,
relativement aux procédures incidentes, l’on doit craindre le risque d’abus d’usage
de ces procédures, qui constitue « des affaires dans l’affaire » dont le bien-fondé est
parfois douteux. Celle-ci, sont de nature à entraver le déroulement de l’instance au
fond et retarde d’autant l’aboutissement du procès, qu’elles mettent en mal le
principe des délais raisonnable.
Des difficultés peuvent aussi découler de l’exercice des voies de recours
b) Difficultés relatives aux voies de recours
Les voies de recours sont également des indices du respect de ces règles, mais
l’un des reprocherait à la juridiction communautaire est l’absence du double degré
de juridiction considéré comme un principe de droit en vigueur dont le droit
moderne. En effet, la cour statue en dernier sur les recours en responsabilité ou en
indemnisation, les litiges opposant la commission bancaire de l’Afrique Central aux
établissements de crédit assujetti, et en premier et dernier ressort sur les litiges
opposant la communauté et ses agents, ainsi que les recours en annulation et des
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exception d’illégalité ; et dans cette perspective, la loi a limité les voies de recours
contre les décisions ainsi rendues à l’opposition, la révision, l’interprétation, la
rectification. L’absence de l’appel parmi ces voies de recours peut constituer un
danger pour la justice puisque, la formation judicaire peut se tromper
involontairement ou non. Pourtant, il aurait été judicieux de créer dans les
chambres une première instance avec la possibilité, d’appel au sein d’une autre
instance qu’on pourrait qualifier d’assemblée plénière ou alors que les différentes
chambre de la cour statue en première instance en rendant des décisions susceptible
d’appel devant l’organe plénière. Ce qui rendrait cette juridiction plus objective et
renforcerait l’autorité de celle-ci à l’image de celle de la cour de justice de la
communauté européenne, qui jadis c’étant vu déborder le législateur procéda à la
création d’un tribunal de première instance en son sein en 1988, cette dernière elle
aussi exigée en 2004 un tribunal de la fonction publique communautaire. L’on peut
pour le moment tolérer cette structure tel que adopté par le législateur de la
CEMAC au regard du volume réduit des affaires. Mais en tout état de cause, cette
structure va mal avec l’idée d’une bonne admiration de la justice, de la protection
des droits de la défense, puisque, l’existence d’un second degré de juridiction
permet au justiciable insatisfait de la décision de la chambre judiciaire ou des
comptes d’interjeter appel. En plus, la peur du juge du premier ressort de voir sa
décision cassée en appel l’obligera à travailler véritablement avec équité et justice.
2. Un souci affirmé de respecter les délais raisonnable et l’exigence de
publicité
Le respect des délais raisonnable est une exigence constante (a), au même titre que
la publicité des audiences (b) devant les deux chambres en dépit du fait que comme
devant toutes les juridictions statuant en matière des comptes, la publicité n’est pas
respecté.
a) Le respect des délais raisonnable
La Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples, de même que le Pacte
International relatif aux droit civiques et politiques ont aussi prévu aussi que la
justice doit être rendue dans un délais raisonnable. Cependant, l’étude des
dispositions communautaires relatives à la procédure devant les chambres de la
Cour de Justice de la C.E.M.A.C montre que le législateur n’a prescrit aucun délai
relatif à la durée du procès. Toutefois, cette défaillance du législateur africain
d’avec les engagements découlant des textes internationaux ci-dessus évoqués
semble être solutionnée par le juge communautaire car, l’analyse d’un bon nombre
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de décisions rendues par ce dernier, notamment, en droit du contentieux de la
fonction publique communautaire traduisent sa volonté de respecter le délai
raisonnable. Ainsi, les justiciables ne peuvent attendre plus de deux ans pour voir le
juge vider sa saisine. L’on peut penser aussi que c’est en raison du fait que le
contentieux n’est pas tout à fait abondant et que par conséquent rien ne pourrait
empêcher le juge de statuer dans des délais brefs. Mais cet argument semble limité
car, même dans les hypothèses ou le contentieux serait abondant le juge pourra user
de ses pouvoirs afin d’éviter tout retard dans la résolution des litiges puisque le
retard peut aussi découler de l’attitude des parties notamment défenderesses.
Quoiqu’il en soit, du temps dépendra une véritable appréciation au sujet de cette
exigence. A titre de droit comparé, on peut noter que, devant la Cour de Justice de
l’OHADA, les procès n’excèdent sensiblement pas trois (03) années, ce qui est
louable et l’on comprend que les juridictions communautaires d’Afrique tiennent
compte de cette règle et justifie même la diminution des sanctions prononcées par
le comité Onusien à l’encontre des procédures bloquées"
b) L’exigence de publicité
La publicité de la procédure devant la Cour de Justice de la C.E.M.A.C reçoit un
encadrement précis et express au niveau de la chambre judiciaire, mais est ignoré
devant la chambre des comptes. L’acte additionnel relatif à la procédure devant la
chambre judiciaire précise que la chambre statut par voie d’avis ou d’arrêts motivés
rendus en audiences publique au nom de la communauté, l’audience ne peut être
tenue à huit clos que s’il en est ordonné. En effet, au-delà de l’intérêt particulier des
parties, la publicité des débats vise à préserver la confiance des justiciables dans
l’intérêt judiciaire et participe pleinement par cette transparence, du droit au procès
équitable ; elle apparaît comme un remède contre une justice sécrète échappant au
contrôle du public et préserve la confiance des justiciables dans l’institution
judiciaire et par cette transparence participe du droit à un procès équitable. Mais
dans certaines circonstances cette exigence peut être absente pour des raisons
d’efficacité et des considérations d’ordre social ou tout simplement du respect de
l’ordre public. Au niveau de la chambre des comptes qui fait figure d’exception à
cette règle, le texte prévoit non seulement que la procédure d’instruction est secrète,
mais aussi que les audiences de cette chambre ne sont pas publiques. Cette
disposition souligne formellement qu’en aucune manière, la règle de la publicité ne
s’impose. D’ailleurs, le législateur communautaire le confirme en rappelant par la
même occasion que toute personne qui concourt à la procédure est tenue au secret
professionnel.
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Quid des difficultés auxquelles font face la cour de justice de la CEEAC
B. Les difficultés de la cour de justice communautaire de la CEEAC
La cour de justice de la CEEAC peine à être effective pour divers raisons. Ces
raisons peuvent s’expliquer par les difficultés auxquelles cette cour fait face,
notamment sur le plan financier (1), mais également par les origines découlant de
cesdites difficultés (2).
1. Les difficultés financières
a) La réticence des Etats membre dans le financement des activités de
l’institution
Les difficultés rencontrées par la cour de justice de la CEEAC trouvent
d'abord leurs origines dans la précarité des populations des États membres de la
communauté ainsi que la réticence des États membres face aux cotisations
nécessaires au bon fonctionnement de la cour de justice. En effet, les
populations de ces États vivant pour la majorité dans un état de précarité avancé
se trouvent dans l'impossibilité de régler les frais nécessaires à l'ouverture de
dossiers lors des recours engagés en cas de violations de leurs droits. Dans le
détail, la contribution communautaire d’intégration est prévue pour financer le
budget de la CEEAC, le budget du Conseil de paix et de sécurité (COPAX), les
dotations du Fonds de Compensation, de coopération et de Développement, les
dotations spéciales les budgets des organismes spécialisés et de toute autre
action décidée par la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement. Elle est
obtenue par le prélèvement de 0,4 % sur les importations des produits
originaires des pays tiers mis à la consommation.
Si l'on cherche un nouveau mode de financement, tout laisse à croire qu'elle
éprouve des difficultés dans son recouvrement. Par exemple en 2014 l'on avait
un taux de recouvrement de 30% et le stock d'arriérés augmentait à raison de 5
milliards de FCFA par an. En décembre 2016, il a atteint 34 milliards pour trois
ans de contribution.
b) la quasi-dépendance aux financements extérieurs
Le financement des activités de la cour de justice de la CEEAC reposent sur les
contributions des états membres mais aussi sur des modes de financement
extérieurs tels que les bailleurs de fonds. Les contributions des bailleurs
internationaux sont une aide au développement d’une institution communautaire au
même titre que la contribution communautaire d’intégration. Cependant, le constat
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fait courant année 2022 est que, les États membres de par leur hésitation à
contribuer pécuniairement, rendent difficile renflouement de la bourse de la
communauté ce qui fait obstacle à son bon fonctionnement car une organisation ne
peut fonctionner correctement sans fonds.
La majorité des pays membres de la CEEAC ont des difficultés à participer au
recouvrement des contributions statutaires, à l’exception du Gabon, seul état
membre à jour du point de vue de la participation pécuniaire. La participation des
bailleurs de fond représente donc environ 60% du budget de la CEEAC, ce qui
explique pourquoi les ressources propres de la CEEAC ne servent qu’au
fonctionnement de l’institution et non à l’investissement.
2. Le rapport entre CEEAC et CEMAC
a) Le chevauchement des objectifs de la CEEAC et la CEMAC
Il est important de rappeler le constat fait qui est celui du chevauchement des
objectifs de la CEEAC et la CEMAC car ceux-ci sont pour ainsi dire similaires en
supplément du fait qu'elles partagent les mêmes Etats à quelques exceptions près.
Comme objectifs similaires l'on peut citer par exemple celui la création d'un
véritable marché commun régional ou en encore l'harmonisation des politiques
dans la région pour ne citer que ceux-là.
Étant donné que les objectifs se chevauchent cela constitue un autre frein à
l'effectivité de la cour de justice de la CEEAC car la cour de justice de la CEMAC
malgré les problèmes semblables qu'elle rencontre arrive tout de même à être
opérationnelle et donc est plus facilement saisissable par les États membres ou les
citoyens pour faire constater une violation de ses droits, ce qui encourage la
négligence des autorités de la CEEAC face à la non effectivité de sa cour de justice.
Cet argument d'ailleurs conforte dans l'idée selon laquelle l'existence de la cour de
justice de la CEEAC n'est pas nécessaire.
Nb : Nous devons spécifier ici que ces deux cours de justice communautaires sont
complémentaires et non pas rivales.
b) Vers une unification des deux institutions
Les Ministres de l'Économie des Etats de la région de l’Afrique centrale ont
convenu le 10 août 2022 au Cameroun, de la fusion de la Communauté économique
des États de l'Afrique centrale (CEEAC) et la Communauté économique et
monétaire des États de l'Afrique centrale, d'ici la fin de 2023.
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Animés par l'ambition de favoriser l'intégration régionale, accélérer la
transformation économique et faciliter le développement, les ministres de
l'Économie de la région d'Afrique centrale, réunis au Cameroun le 10 août, ont
approuvé le projet de fusion-constitution de la CEEAC composé de 11 membres
avec la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC),
composée de six membres. Une cellule de pilotage dirigée par le ministère de
l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire du Cameroun,
Charles ASSAMBA ONGODO a été mis en place pour accélérer l'effectivité de ce
processus prescrit par les chefs d'État de la sous-région.
L'objectif est de parvenir à éliminer la rivalité qui a contribué à faire de l'Afrique
centrale la région la plus pauvre parmi les groupes économiques africains. «La
sous-région sera plus intégrée, plus compétitive, efficace et suffisamment forte pour
rivaliser avec les autres régions. Nous avons des pays plus forts en Afrique centrale
qui pourraient pousser les autres », a déclaré Charles ASSAMBA ONGODO. Les
différents acteurs impliqués dans le processus de fusion évoqué supra estiment qu'il
est nécessaire de réunir en une seule entité la Communauté économique et
monétaire des Etats de l'Afrique centrale (CEMAC), la Communauté économique
des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), et la Communauté des économies des
pays des Grands Lacs (CEPGL). Afin d'en faire « une Communauté économique
plus forte, mieux structurée ».
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Sources du travail
https://www.legavox.fr/blog/prof-edouard-gnimpieba/cour-justice-cemac-
regles-proces-15817.htm
https://ecomatin.net/afrique-centrale-la-ceeac-envisage-un-nouveau-mode-
de-financement/
http://Ecomatin.net
http://affaires-etrangeres.gouv.ga
AFRICAFE : Les défis de la réforme institutionnelle de la CEEAC