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ÉNERGIES

Ti302 - Réseaux électriques et applications

Généralités sur les réseaux


électriques

Réf. Internet : 42261

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III
Cet ouvrage fait par tie de
Réseaux électriques et applications
(Réf. Internet ti302)
composé de  :

Généralités sur les réseaux électriques Réf. Internet : 42261

Réseaux électriques de transport et de répartition Réf. Internet : 42263

Réseaux électriques de distribution publique Réf. Internet : 42264

Réseaux électriques industriels et tertiaires Réf. Internet : 42265

Problématiques communes des réseaux électriques : du Réf. Internet : 42266


fonctionnement au comptage

Problématiques communes des réseaux électriques : Réf. Internet : 42267


ingénierie

Applications électromécaniques Réf. Internet : 42268

Électrothermie industrielle Réf. Internet : 42270

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IV
Cet ouvrage fait par tie de
Réseaux électriques et applications
(Réf. Internet ti302)

dont les exper ts scientifiques sont  :

Alain DOULET
Directeur Prospective à la Direction Réseau et patrimoine d'ERDF, Ancien
Directeur réseau d'ERDF (EDF Réseau Distribution)

Jean-Paul HORSON
Ingénieur de l'Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs Electriciens de
Grenoble, Ancien Attaché auprès du Directeur technique Electricité d'EDF-
Distribution

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V
Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage sont :

Pierre BACHER
Pour les articles : D4003 – D4004

Jean BERGOUGNOUX
Pour l’article : D4007

Pierre BORNARD
Pour l’article : D4000

Alain DOULET
Pour l’article : D4000

André LALLEMAND
Pour l’article : D4002

Pierre LAVY
Pour les articles : D4008 – D4009

Jacques MAUNAND
Pour l’article : D4001

Éric MOUGIN
Pour l’article : D4920

Bernard MULTON
Pour les articles : D4005 – D4006

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VI
Généralités sur les réseaux électriques
(Réf. Internet 42261)

SOMMAIRE

1– Généralités sur l'économie des systèmes électriques Réf. Internet page

Réseaux électriques. Avant-propos D4000 11

Le secteur électrique  : du monopole à la concurrence D4007 13

Principes d'une tarification au coût de développement pour l'électricité D4920 15

2– Production d'électricité Réf. Internet page

Production d'électricité par turbine à gaz D4001 21

Production d'énergie électrique par centrales thermiques D4002 25

Production d'énergie électrique par centrales nucléaires D4003 29

Stratégies de développement des filières nucléaires D4004 33

Production d'énergie électrique par sources renouvelables D4005 37

Sources renouvelables d'électricité. Des chiffres pour comparer D4006 41

Production d'électricité par aménagements hydrauliques D4008 43

Production d'électricité par petites centrales hydroélectriques D4009 49

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VII
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Généralités sur les réseaux électriques
(Réf. Internet 42261)

1
1– Généralités sur l'économie des systèmes électriques Réf. Internet page

Réseaux électriques. Avant-propos D4000 11

Le secteur électrique  : du monopole à la concurrence D4007 13

Principes d'une tarification au coût de développement pour l'électricité D4920 15

2– Production d'électricité

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9
1

10
Référence Internet
D4000

Réseaux électriques
Avant-propos
1
par Alain DOULET
Ancien directeur réseau d’ERD (EDF Réseau distribution)
et Pierre BORNARD
Vice-président du directoire
Directeur général délégué de RTE (Réseau de transport d’électricité)

e réseau électrique peut se définir comme l’infrastructure permettant la


L mise en relation entre la production d’électricité et les usages finaux. En
réalisant cette interface, le réseau assure non seulement un lien physique
permettant la circulation des flux d’énergie mais aussi une mise à disposition
de services pour la collectivité qu’il irrigue :
– il permet de tirer pleinement parti du foisonnement des usages ;
– il permet des économies d’échelle et l’optimisation des outils de
production ;
– il accroît la sûreté d’alimentation grâce à la redondance et à la mutualisa-
tion des ressources.
Mettant en regard l’offre et la demande, il joue nécessairement un rôle majeur
dans la réalisation et le suivi de l’équilibre, en étant la structure clé des « systèmes
électriques », c’est-à-dire des ensembles interconnectés production – transport/dis-
tribution – consommation. Ceux-ci sont d’immenses machines distribuées,
couvrant parfois des zones à l’échelle de continents. Ils sont régis par des lois phy-
siques qui rendent leur gestion complexe et délicate, car leur bon fonctionnement
repose sur des équilibres de chaque instant qui ne sont jamais acquis et sur le
respect d’innombrables contraintes techniques évoluant au cours du temps.
Le concept très général de réseau électrique cache en fait plusieurs segmentations :
– le réseau est à la fois un système et un ensemble d’éléments physiques. Il
est en effet constitué de multiples matériels électrotechniques (lignes, câbles,
transformateurs, appareils de coupure, contrôle-commande) associés de
manière coordonnée et c’est cette association qui constitue le réseau. Il doit
également être analysé dans sa fonction système, qui consiste à assurer la
mise en regard intelligente d’une production ayant des caractéristiques
techniques précises (performances électriques, mécaniques, caractère
commandable ou « fatal »...), une localisation donnée et des usages qui ont
eux-même leurs caractéristiques (performance, période d’utilisation, exigence
de qualité d’alimentation) ;
– un autre regard est celui des grandes finalités du réseau : réseau de grand
transport, construit aujourd’hui à la maille européenne, réseau de répartition,
irrigant les régions, réseaux de distribution, constituant la boucle locale éner-
gétique, réseau intérieur desservant les différentes applications au sein d’une
même installation privée. Chacun de ces types de réseau a sa finalité, sa
logique économique, ses acteurs ;
– cela conduit à la segmentation entre réseau public, celui exploité par les
gestionnaires de réseaux, dans une logique de monopole géographique
« naturel », régulé, et réseau privé, celui appartenant aux clients et exploités
sous leur responsabilité, pour relier le point de livraison et les usages finaux,
point de livraison qui visualise la frontière entre réseaux public et privé.
Parution : mai 2013

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


est strictement interdite. – © Editions T.I. D 4 000v2 – 1

11
1

12
Référence Internet
D4007

Le secteur électrique :
du monopole à la concurrence
1
par Jean BERGOUGNOUX
Directeur Général honoraire d’Électricité de France

1. Organisation traditionnelle du secteur électrique ..................... D 4 007 - 3


2. Un secteur en pleine évolution ............................................................ − 5
3. Que sera l’Europe électrique de demain ? ........................................ − 7
4. De nouveaux défis pour les « électriciens » d’aujourd’hui
et de demain.............................................................................................. − 10

’organisation traditionnelle du secteur électrique fondée sur la juxtaposition


L de puissants opérateurs intégrés de production-transport, assurant en situa-
tion de monopole ou de quasi-monopole l’alimentation en énergie électrique de
vastes zones géographiques, est aujourd’hui remise en cause dans la plupart des
pays du monde.
Cette organisation avait, sans aucun doute, ses mérites : elle permettait, en
particulier, à ces grands opérateurs largement protégés de la concurrence, de
bénéficier au maximum des effets de « rendement croissants » si importants
dans l’économie des systèmes électriques grâce, notamment, à une intégration
poussée de leurs cycles décisionnels depuis la planification à long terme des
équipements de production jusqu’à la gestion en temps réel des aléas et inci-
dents survenant sur le réseau. Dans bien des cas, elle apparaissait également
étroitement liée aux « missions d’intérêt général » souvent confiées à ces opéra-
teurs historiques.
■ Il n’en demeure pas moins que, dès la fin des années 1970, dans un contexte
technique, énergétique et socio-économique en pleine évolution, se manifestè-
rent de manière sans cesse plus pressante de fortes interrogations sur la perti-
nence de ce type d’organisation dans un secteur que l’on pouvait à bon droit
considérer comme arrivé à maturité industrielle. L’idée que, dans ce secteur
comme dans d’autres, l’introduction de la concurrence pouvait être gage d’effi-
cacité économique accrue et de développement d’échanges bénéfiques sur des
marchés décloisonnés se répandit progressivement, prenant appui sur les dys-
fonctionnements visibles de certaines organisations monopolistiques en place.
Après les premières expériences « en vraie grandeur » d’introduction de
mécanismes de marché dans le secteur électrique réalisées en Europe (Grande-
Bretagne, pays scandinaves) et aux États-Unis, l’Union Européenne, après de
longues et difficiles tractations, adopta en 1997 une Directive jetant les bases
d’une ouverture progressive des marchés électriques des États-Membres, pre-
mière étape dans l’esprit de ses promoteurs de la construction d’un vaste mar-
ché électrique européen concurrentiel et intégré. Avant même que cette Directive
n’ait été transposée en droit national par tous les pays de l’Union et que les
Parution : novembre 2001

conditions d’accès des tiers aux réseaux des opérateurs historiques n’aient été
définis, s’engagea une intense concurrence entre les producteurs en place pour
conquérir ou fidéliser la clientèle des consommateurs « éligibles », c’est-à-dire

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique D 4 007 − 1

13
Référence Internet
D4007

LE SECTEUR ÉLECTRIQUE : DU MONOPOLE À LA CONCURRENCE _________________________________________________________________________________

pouvant choisir leur fournisseur d’énergie électrique. Dans un contexte assez


généralisé de suréquipement en moyens de production, cette concurrence, quel-
que peu désordonnée, entraîna une baisse assez spectaculaire des prix pour ces
grands consommateurs, la baisse des « prix de gros » bénéficiant en général
beaucoup moins aux « consommateurs captifs » ne pouvant pas faire jouer la
concurrence à leur profit.
Il est clair que la situation qui s’est créée au lendemain de la transposition de
1 la Directive ne saurait se prolonger durablement, car elle comporte trop d’imper-
fections dans les mécanismes concurrentiels eux-mêmes et trop de risques tech-
niques et économiques : au-delà de la volonté partagée de la Commission
européenne, des Régulateurs des différents pays et des Gestionnaires de
réseaux de mettre en place aussi rapidement que possible un marché électrique
réellement concurrentiel, transparent et techniquement maîtrisable, il existe une
convergence objective d’intérêt entre de nombreux acteurs pour une meilleure
structuration du marché et une clarification de ses conditions techniques et éco-
nomiques de fonctionnement.
■ Au moment où nous écrivons ces lignes (début 2001), le marché électrique
européen apparaît donc comme un vaste chantier et il serait présomptueux de
vouloir décrire ce que sera le point d’aboutissement des démarches en cours
dans les diverses instances de concertation qui s’efforcent aujourd’hui d’harmo-
niser les principes et les modalités d’une libéralisation lancée d’un pays à l’autre
sur des bases très hétérogènes.
■ On peut cependant aisément identifier les grandes questions auxquelles il
faudra apporter une réponse satisfaisante pour assurer l’ambitieux projet que
constitue la construction du marché électrique européen de demain : Comment
organiser les marchés ? Selon quels principes faut-il tarifer l’accès aux réseaux ?
Comment coordonner la gestion des réseaux et la gestion des marchés ? Les
« signaux » émis par le marché suffiront-ils à orienter convenablement les politi-
ques d’investissement ? Avec la généralisation de l’éligibilité, comment organi-
ser la distribution de l’électricité ? Les « missions de service public » pourront-
elles être pérennisées dans ce contexte concurrentiel ?
C’est à analyser les problématiques de ces questions fondamentales qu’est
consacré l’essentiel de cet article.

1. Organisation traditionnelle abondante et bon marché produite par les usines hydrauliques
qu’en s’implantant au plus près de ces ressources dans les vallées
du secteur électrique des massifs montagneux.

Fort heureusement, grâce à l’usage du courant alternatif et à l’élé-


vation des tensions qu’il permit, le transport de l’électricité fit de
1.1 Un secteur où la concurrence génère grands progrès techniques et économiques. Au-delà de la possibilité
d’utiliser des sources de production de plus en plus éloignées des
« naturellement » le monopole centres de consommation, les électriciens découvrirent les vertus
de l’interconnexion. En leur permettant de jouer sur la complé-
Dès le début de son histoire, l’industrie électrique a dû s’efforcer mentarité des équipements hydrauliques et thermiques, l’inter-
de répondre à de redoutables défis. À côté de qualités évidentes, connexion leur apportait des économies substantielles de
l’électricité présentait, en effet, le double défaut de n’être pas com- combustibles. Elle leur permettait, aussi, grâce au « foisonnement »
modément stockable et, obéissant aux lois complexes de l’électro- des aléas affectant aussi bien la demande que la production, d’amé-
technique, d’être difficile et coûteuse à transporter sur longue liorer la fiabilité de la desserte, de réduire les marges de sécurité
distance. Savoir fournir à une clientèle de plus en plus exigeante nécessaires et d’accroître sans risque la taille des unités de produc-
l’énergie électrique économique et sûre, qu’elle réclamait sans tion, ce qui procurait des économies importantes d’investissement
cesse en plus grande quantité, n’allait donc pas de soi. et de charges d’exploitation. Avec les bienfaits de l’interconnexion,
À vrai dire, les premières réponses apportées à ce défi furent loin les électriciens venaient également de découvrir ce que les écono-
d’être entièrement satisfaisantes : l’alimentation des aggloméra- mistes appellent les phénomènes de « rendements croissants »
tions était généralement assurée par des petites centrales à vapeur pour les systèmes électriques : plus un système était puissant et for-
produisant une électricité coûteuse et peu fiable. Les consomma- tement interconnecté, plus sa fiabilité et son économie s’affir-
teurs industriels, quant à eux, ne pouvaient bénéficier de l’électricité maient.

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D 4 007 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique

14
Référence Internet
D4920

Principes d’une tar cation au coût


de développement pour l’électricité
par Éric MOUGIN
1
EDF Direction financière France
Pôle Économie tarifaire

1. Tarifs réglementés de l' électricité en France................................... D 4 920 - 2


1.1 Panorama...................................................................................................... — 2
1.2 Cadre réglementaire, environnement institutionnel ................................. — 2
2
. Principes et contraintes ......................................................................... — 2
3
. Coûts à couvrir par les tarifs réglementés........................................ — 3
4. Coûts marginaux : concepts et calculs pratJ ues........................... — 3
4.1 Définitions générales en économie ............................................................ — 3
4.2 Cas de l'électricité ........................................................................................ — 4
4.3 Calcul des coûts marginaux pour la tarification ........................................ — 4
5. Passage des coûts marginaux aux structures tarifaires ............... — 9
5.1 Principes de passage des coûts marginaux aux tarifs .............................. — 9
5.2 Composantes d"ne structure tarifaire intégrée optimale........................ — 9
5.3 Tarifs ve#jaunes/bleus.............................................................................. — 10
6. Niveau des tarifs....................................................................................... — 12
6.1 Généralités.................................................................................................... — 12
6.2 Bouclage financier ....................................................................................... — 12
7
. Impact de la tarification au coût marginal ....................................... — 12
8. Conclusion.................................................................................................. — 13
8.1 Bilan de la tarification de l’électricité du point de vue du monopole ...... — 13
8.2 Modification de l'environnement ............................................................... — 13
8.3 Évolution des tarifs et situation actuelle .................................................... — 14
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 4 920

a tarification idéale de l’électricité répond à deux objectifs : d’une part


L fournir les recettes qui permettent de financer le fonctionnement du
système de production et d’acheminement et d’autre part envoyer des signaux
de prix permettant l’optimisation du système.
Or, l’électricité est caractérisée par la grande variabilité de la demande au
cours du temps et la quasi-impossibilité de son stockage. Toute la chaîne de
production, de transport et de distribution doit être conçue pour satisfaire en
temps réel une demande connaissant d’amples fluctuations. Par exemple, la
demande en France a évolué entre 32 et 89 GW en 2006. Il est aisément conce-
vable que le coût de la fourniture d’un kilowattheure soit alors très dépendant
de la période (pointe ou creux de la demande) pendant laquelle il est appelé.
Au niveau de la production, pour satisfaire la demande d’électricité, il existe
une grande variété de moyens de production dont les caractéristiques tech-
nico-économiques sont très variables, depuis les moyens de base, pour
lesquels les investissements sont élevés et les coûts proportionnels à l’énergie
produite très faibles, jusqu’aux moyens de pointe sensiblement plus légers en
capital, mais pour lesquels le combustible est un poste important du prix de
revient. La forme de la demande d’électricité, qui détermine la composition
optimale du parc de production, a donc une incidence majeure sur les coûts de
Parution : août 2008

production.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


est strictement interdite. – © Editions T.I. D 4 920 – 1

15
Référence Internet
D4920

PRINCIPES D’UNE TARIFICATION AU COÛT DE DÉVELOPPEMENT POUR L’ÉLECTRICITÉ ___________________________________________________________

Au niveau de la consommation, de nombreux clients sont sensibles aux


modulations de prix. Ainsi, l’offre de prix bas lorsque les coûts sont bas et des
prix élevés lorsque les coûts sont hauts, peuvent les inciter à modifier leurs
habitudes de consommation en adéquation avec les coûts engendrés par cette
consommation. La tarification n’a toutefois pas pour but d’agir a priori sur la
courbe de charge en distordant artificiellement les prix, mais de refléter le coût
des kilowattheures consommés.

1 Le présent article explique la méthode utilisée pour déterminer la structure,


théoriquement optimale, qui guide l’évolution des tarifs réglementés de vente
de l’électricité en France, c’est-à-dire des prix régulés par les pouvoirs publics
et proposés uniquement par les opérateurs historiques de l’électricité en
France et qui était appliquée du temps du quasi-monopole de vente d’EDF. À
ces tarifs réglementés de vente s’ajoutent maintenant des offres de prix libres
proposées par les opérateurs historiques et les nouveaux opérateurs du
marché aval de l’électricité.
Il est important de préciser que, du fait de l’évolution de l’environnement ins-
titutionnel, cet article ne présentera pas la détermination fine du tarif
d’acheminement (qui est du ressort de la Commission de régulation de
l’énergie) mais fera référence à ce tarif pour la détermination des tarifs intégrés
(donc y compris l’acheminement).

1. Tarifs réglementés 1.2 Cadre réglementaire, environnement


institutionnel
de l'électricité en France
Le terme « tarifs réglementés de vente d’électricité » est défini
dans la loi 2006-1537 du 7 décembre 2006 modifiant la loi 2000-108
du 10 février 2000.
1.1 Panorama
Ces tarifs sont fixés par les pouvoirs publics qui décident de
leurs évolutions, après avis de la CRE.
En 2007, la consommation totale brute sur le syst/ électrique
français était de 478 TWh, pour plus de 30 millions de sites raccor- Ce sont des prix « intégrés » qui financent notamment l’achemi-
dés, la consommation hors pertes étant de 448 TWh. La production nement et la production, le tarif d’acheminement (tarif d’utilisation
totale française s’élevait à 545 TWh. des réseaux publics de transport et de distribution d’électricité ou
TURPE) étant déterminé par la CRE et promulgué par les pouvoirs
Depuis 2000, le march éaval de l’électricité s’ouvre progressi- publics.
vement à la concurrence (les étapes de cette ouverture peuvent
par exemple être trouvées sur le site Internet de la Commission de
régulation de l’énergie, CRE). Par consé
coexistent en matière de prix de détail :
quent, deux logiques
2. Principes et contraintes
– les tarifs réglementés de vente fixés par les pouvoirs publics ■ Contraintes légales
en fonction des coûts de l’électricité (production, commercialisa-
tion et acheminement) délivrée par le fournisseur historique EDF Les principes guidant la construction tarifaire telle qu’elle s’est
pour ce segment de clients ; progressivement constituée après la nationalisation du secteur de
l’électricité de 1946 ont été repris en grande partie par le législa-
– les prix de la fourniture au marché, fixés à partir des prix de teur (depuis la loi 2000-108 du 10 février 2000) :
gros de l’électricité qui eux-mêmes dépendent de l’équilibre entre
production et consommation sur la plaque européenne, auxquels – reflet des coûts engagés par les comportements de consom-
s’ajoutent les coûts de commercialisation et d’acheminement. mation des clients ;
– absence de subventions croisées ;
Les tarifs réglementés sont proposés uniquement par les four- – efficacité économique et énergétique, à court et long terme ;
nisseurs dits historiques (EDF et distributeurs non nationalisés), – égalité de traitement des consommateurs ;
alors que les prix « de marché » le sont par les fournisseurs histo- – péréquation géographique.
riques et les fournisseurs alternatifs.
■ Principes liés à la praticabilité
Sept ans après le début de cette ouverture des marchés de À l’ensemble des contraintes précédentes, s’ajoutent deux prin-
l’électricité à la concurrence, la clientèle restée aux tarifs réglemen- cipes permettant la mise en pratique des tarifs :
tés est encore prépondérante. En effet, au 1er avril 2007, sur les
4,7 millions de sites éligibles, donc pouvant quitter les tarifs régle- – les tarifs doivent représenter un ensemble viable technique-
mentés, seuls 16,5 % l’ont fait. ment et économiquement, c’est-à-dire être compatibles avec les
possibilités technico-économiques de la chaîne de comptage, des
Depuis le 1er juillet 2007, tous les consommateurs français systèmes d’informations, de la facturation, etc. ;
peuvent choisir de quitter les tarifs réglementés, mais le niveau – les tarifs doivent être suffisamment simples et stables dans le
des prix sur le marché de gros et l’incertitude concernant l’évolu- temps pour que les signaux de prix adressés aux consommateurs
tion des prix « libres » de détail font que peu de clients nouvel- soient compréhensibles et fiables afin de leur fournir une bonne
lement éligibles ont exercé ce droit. incitation à consommer au mieux.

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D 4 920 – 2 est strictement interdite. – © Editions T.I.

16
Référence Internet
D4920

____________________________________________________________ PRINCIPES D’UNE TARIFICATION AU COÛT DE DÉVELOPPEMENT POUR L’ÉLECTRICITÉ

tion que les pouvoirs publics ont choisi de soutenir, tels que la
3. Coûts à couvrir cogénération ou les énergies renouvelables ;
par les tarifs réglementés – le coût des dispositions sociales.
Concernant les surcoûts de production, certains acteurs du sys-
tème électrique français (EDF ou les distributeurs non nationalisés)
■ Décomposition des tarifs achètent aux producteurs concernés par le dispositif leurs produc-
Les tarifs forment les recettes qui sont censées couvrir des coûts tions à un prix fixé par les pouvoirs publics. En parallèle, la CSPE
générés par : est collectée par les fournisseurs ou les gestionnaires de réseau
– l’acheminement (transport et distribution) : c’est-à-dire les
coûts afférents au transport (réseau de RTE, de tension généra-
lement supérieure à 63 kV) et à la distribution (réseau de tension
auprès des clients finaux en France et reversée à la Caisse des
dépôts et consignations, qui ensuite reverse trimestriellement aux
acheteurs ci-dessus la part représentant le surcoût à couvrir.
1
inférieure à 63 kV) de l’électricité, plus un certain nombre d’inter- Chaque année, la CRE propose un montant unitaire pour la
ventions, comme par exemple la relève ; CSPE qui est payé par tous les consommateurs finaux en fonction
– la « contribution tarifaire sur l’acheminement » (CTA) ; des estimations de prix de marché.
– la commercialisation et la gestion de la clientèle ; c’est-à-dire
les coûts générés par l’information au public et la gestion du
contrat, par la promotion de l’efficacité énergétique ou les certifi-
cats d’économie d’énergie, etc. ;
– les coûts de production : coûts de combustible, de fonction-
4. Coûts marginaux : concepts
nement et d’investissement-démantèlement des centrales de pro- et calculs pratues
duction d’électricité.
Pour un profil de consommation donné, les coûts de production
peuvent être aussi décomposés principalement en : 4.1 Définitions générales en économie
– ruban : coût d’une fourniture constante toute l’année, il est
indépendant du profil ; Dans le cas le plus simple (produit unique et homogène), le co:
– facteur de forme : coût de la forme spécifique moyenne du marginal est égal au coût à engager pour produire une unité sup-
profil de consommation sous-jacent, il peut être positif si la majo- plémentaire d’un bien.
rité de la consommation du profil se place pendant les heures les Dans le cadre de l’analyse marginaliste, en concurrence pure et
plus chères (hiver, heures pleines) ou négatif si la majorité de la parfaite et avec un comportement de maximisation des acteurs, la
consommation du profil se place pendant les heures les moins vente au coût marginal permet de maximiser le surplus global.
chères (été, heures creuses) ; Le schéma de la figure 1 illustre intuitivement ce propos.
– aléa climatique : ceci mesure la corrélation entre la déforma-
tion du profil de consommation et celle des coûts du fait des aléas La courbe de demande (respectivement d’offre) correspond à la
de température. quantité demandée (offerte) par ordre décroissant (croissant) d’uti-
lité (de coût, donc avec des rendements décroissants). Le surplus
Ces différentes composantes s’additionnent. global est égal à la somme des deux aires bleue et grise sur le
La « contribution au service public de l’électricité » (CSPE, qui schéma.
sera détaillée ci-dessous), les taxes locales sur l’électricité et la Le coût de la dernière unité à produire est égal au coût marginal.
taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sont payées en sus par le consom-
mateur d’électricité. D’après ce schéma, il est possible de voir que le prix déterminé
par le croisement entre la courbe de demande et la courbe d’offre
■ Part réseau maximise le surplus global. En effet, si le prix est supérieur, la
Historiquement, la structure des coûts de la part acheminement perte d’utilité du consommateur liée à la restriction de sa consom-
dépendait des coûts d’investissement et des pertes liés à la mation n’est pas compensée par le gain du producteur lié à sa
consommation d’un kilow att supplémentaire en tenant compte de marge supplémentaire. Inversement, si le prix est inférieur, le pro-
l’effet d’échelle croissant caractérisant les réseaux électriques. ducteur vend à perte une partie de sa production (surplus négatif),
cette perte n’étant pas compensée par le gain d’utilité du consom-
Elle était donc horo-saisonnalisée au gré des pointes de mateur.
consommation.
Le schéma de la figure 1 est défini dans un cadre statique et ne
Désormais, la structure de coût retenue pour la part réseau est permet cependant pas une analyse des marges des producteurs.
déterminée par le « tarif d’utilisation des réseaux publics
En prenant en compte le système de production, il est possible
d’électricité » (TURPE) qui est proposé par la CRE, agréé par les
de faire une analyse en dynamique de l’équilibre offre-demande,
pouvoirs publics et publié au Journal officiel du 6 octobre 2005.
toujours dans le cadre d’une concurrence pure et parfaite.
Le TURPE, appliqué depuis 2006, est décrit dans l’annexe de la
« décision du ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie
du 23 septembre 2005 » approuvant les tarifs d’utilisation des
réseaux publics de transport et de distribution d’électricité. Coût/prix
Dans la suite, la structure de coût de l’acheminement sera une
Offre
donnée (définie par le TURPE en vigueur). De ce fait, l’attention
sera portée sur les coûts de production, puis le passage des struc-
tures de coûts aux grilles tarifaires sera expliqué.
Prix
■ Contribution au service public de l’électricité, CSPE
d’équilibre
La CSPE participe au financement de la politique de service
public de la France, en couvrant : Demande
– les surcoûts de production dans les zones non interconnectées
par rapport aux recettes réglementées ; Quantité
– les surcoûts par rapport à des prix de gros sur les marchés
organisés en France de certaines catégories de moyens de produc- Figure 1 – Éq
uilibre partiel

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est strictement interdite. – © Editions T.I. D 4 920 – 3

17
Référence Internet
D4920

PRINCIPES D’UNE TARIFICATION AU COÛT DE DÉVELOPPEMENT POUR L’ÉLECTRICITÉ ___________________________________________________________

– par contre, comme le système de production considéré est un


Coût/prix système centralisé, il n’y a qu’un seul parc de production pour
Coût fournir cette courbe de charge et donc tous les éléments de
marginal
celle-ci, les liant entre eux.
De plus, le coût marginal est défini par le coût engendré par une
Coût demande supplémentaire mais, dans le cas de l’électricité, cette
Prix moyen demande supplémentaire peut prendre de multiples formes, allant
de la demande supplémentaire pour une heure donnée à une

1
Surprofit
Demande
demande supplémentaire constante sur toute l’année (ruban
annuel), en passant par toutes les décompositions possibles.
Quantité
Ainsi, le calcul des coûts marginaux pour un système électrique
nécessite l’utilisation de notions, méthodes et modèles dérivés du
Figure 2 – Équilibre à court terme sans modification du système
cas général mais adaptés à un cas très spécifique.
de production Notamment, la théorie de la vente au coût marginal doit être
généralisée au cas d’une entreprise produisant plusieurs biens, ce
qui correspond, dans le cas de l’électricité, à la consommation à
différents moments de l’année.
Coût/prix
De même, il est possible de la généraliser au cas où les condi-
Coût
marginal tions de production et de demande sont soumises à des aléas.
L’optimum serait alors obtenu pour une tarification qui permette
de stipuler par contrat avec les clients la quantité fournie et le prix
Coût de vente (égal au coût marginal correspondant) pour chacune des
moyen
Prix réalisations possibles des aléas d’offre et de demande. De tels
contrats supposent :
Demande – qu’il soit possible d’envisager de façon exhaustive l’ensemble
des éventualités concernant les aléas d’offre et de demande ;
Quantité – qu’il n’y ait pas de discordance entre offreur et demandeur ;
– qu’il soit possible de connaître, pour chaque réalisation des
Figure 3 – Équilibre à long terme avec modification du système aléas, la demande des clients en fonction du prix.
de production Ces généralisations de la théorie de l’optimum économique
trouvent, dans la pratique, leurs limites pour l’analyse de la régula-
tion d’un système offre-demande d’électricité, en raison du carac-
À court terme, sans optimisation du système de production, tère non applicable des hypothèses sur lesquelles elles reposent.
l’équilibre offre-demande est schématisé sur la figure 2, le coût Ainsi, il est impossible de donner au kilowattheure un prix diffé-
marginal ne dépend alors que des coûts proportionnels des rent pour chaque heure de l’année et pour chaque réalisation des
moyens de production. aléas d’offre et de demande, compte tenu des coûts prohibitifs
Dans ce cas, les producteurs font un surprofit, c’est-à-dire qu’ils d’information et des problèmes de faisabilité en terme de
ont une rémunération dépassant un seuil jugé « normal » étant comptage qu’un tel système de prix impliquerait.
donné le risque du secteur d’activité. La tâche de la tarification est alors, au-delà de la problématique
Cette situation incite de nouveaux producteurs à rentrer sur le des ressources financières nécessaires pour assurer l’exploitation
marché avec les dernières technologies (a priori les plus efficaces), à long terme, de porter un signal de prix qui reste simple tout en
ce qui modifie la courbe d’offre. À long terme (c’est-à-dire avec agissant au mieux pour l’efficacité de la régulation du système
modification du système de production), le système trouve un offre-demande.
nouvel équilibre schématisé par la figure 3. De plus, le coût margi-
nal intègre l’ensemble des coûts engagés pour satisfaire une
demande supplémentaire d’une unité. 4.3 Calcul des coûts marginaux
Ainsi, en considérant la modification du système de production, pour la tarification
le surprofit devient nul. Le système est alors dans un état d’opti-
mum global, avec un coût minimal étant donné les caractéristiques 4.3.1 Coûts marginaux, éléments
de la demande. de l'optimisation du système
Attention, cela ne signifie pas que les profits sont nuls, car les L’électricité étant un bien pratiquement impossible à stocker en
profits normaux sont inclus dans le coût moyen. grande quantité, toute la chaîne production – transport – distribu-
Cela montre l’intérêt de la vente au coût marginal de long terme tion doit permettre une adaptation permanente entre l’offre et la
dans un cas simple. demande.
Sans entrer dans le détail de la définition et du calcul des coûts
marginaux (qui seront définis dans le paragraphe 4.3.2), il est pos-
4.2 Cas de l'électricité sible d’indiquer dès à présent que, pour obtenir le même coût mar-
ginal à toute heure, il faudrait que la même centrale « marginale »
Les explications ci-dessus s’appliquent pour un système produc- (schématiquement la centrale de coût proportionnel le plus impor-
tif simple constitué d’un seul produit (une demande et une offre) et tant) soit appelée à toute heure. Or, étant donné les caractéristiques :
un système de production dédié. – des centrales : répartition entre coûts fixes et coûts variables
Dans le cas de l’électricité, la problématique est plus complexe car : différenciant nettement les moyens de production en fonction de
– la demande se présente sous la forme d’une courbe de charge la durée de fonctionnement entre base et pointe ;
et peut donc être décomposée en une multitude de demandes – de la consommation : très fluctuante dans le temps,
différentes. Par exemple, 8 760 points pour une décomposition il n’est optimal ni de faire fonctionner uniquement des moyens de
horaire de la courbe de charge, chaque heure de l’année étant base pour approvisionner une demande fluctuante (sans parler des
considérée comme différente ; problèmes techniques que cela poserait) ni de faire fonctionner un

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D 4 920 – 4 est strictement interdite. – © Editions T.I.

18
Généralités sur les réseaux électriques
(Réf. Internet 42261)

1– Généralités sur l'économie des systèmes électriques 2


2– Production d'électricité Réf. Internet page

Production d'électricité par turbine à gaz D4001 21

Production d'énergie électrique par centrales thermiques D4002 25

Production d'énergie électrique par centrales nucléaires D4003 29

Stratégies de développement des filières nucléaires D4004 33

Production d'énergie électrique par sources renouvelables D4005 37

Sources renouvelables d'électricité. Des chiffres pour comparer D4006 41

Production d'électricité par aménagements hydrauliques D4008 43

Production d'électricité par petites centrales hydroélectriques D4009 49

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19
2

20
Référence Internet
D4001

Production d’électricité
par turbine à gaz

par Jacques MAUNAND


Expert Turbine à Gaz chez EDF R&D 2
1. Cycle thermodynamique d’une turbine à gaz .................................. D 4 001 - 2
1.1 Composants d’une turbine à gaz................................................................ — 3
1.2 Équilibre thermodynamique d’une turbine à gaz ..................................... — 5
1.3 Influence des conditions d’entrée et de sortie turbine à gaz ................... — 5
2. Rendement des composants et leurs évolutions technologiques — 6
2.1 Filtration ....................................................................................................... — 6
2.2 Compresseur................................................................................................ — 7
2.3 Chambre de combustion............................................................................. — 8
2.4 Turbine de détente....................................................................................... — 10
2.5 Échappement ............................................................................................... — 12
3. Environnement et sa maîtrise............................................................... — 12
3.1 Émissions polluantes .................................................................................. — 12
3.2 Bruit .............................................................................................................. — 13
3.3 Autres éléments de sécurité ....................................................................... — 13
4. Autour de la turbine à gaz..................................................................... — 13
5. Régulation (instrumentation, démarrage,
sûreté de fonctionnement) .................................................................... — 14
6. Maintenance et compteurs d’endommagement ............................. — 15
7. Couplage au réseau ................................................................................. — 16
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 4 001

D ’un point de vue terminologique, la dénomination officielle des turbines à


gaz est en français « turbines à combustion » dont l’abréviation est TAC.
La dénomination scientifiquement exacte est « turbine à gaz de combustion »
puisque ce sont les gaz issus d’une combustion qui fournissent l’énergie à la
turbine. Il est donc compréhensible qu’une turbine à gaz puisse être alimentée
avec des combustibles liquides. Dans cet article sont employées la dénomi-
nation d’usage courant « turbine à gaz » et l’abréviation « TAC » pour désigner
cette technologie.
Parution : août 2005

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© Techniques de l’Ingénieur D 4 001 − 1

21
Référence Internet
D4001

PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ PAR TURBINE À GAZ ____________________________________________________________________________________________

Notations et symboles 1. Cycle thermodynamique


Symbole Unités SI Nomenclature
d’une turbine à gaz
L’approche privilégiée dans cet article vise à permettre de
a 30 proportion du débit d’air qui part
dans les fuites reconstituer le cycle d’une turbine à gaz à partir des mesures de
pressions et de températures. Les calculs des incertitudes de
Cp J/(kg · K) capacité thermique massique à mesure, la représentativité de la moyenne calculée ou les métho-
pression constante des de mesure de débit sont supposés connus. L’influence des
e 25 proportion de l’énergie de conditions amont sera abordée dans le paragraphe 1.3.
compression contenue dans le débit
de fuite Le coût du combustible pour un cycle combiné fonctionnant en
base (8 000 h par an) représente jusqu’à 75 % du coût global de

2 FAR

H J/kg
rapport de mélange (débit
carburant/débit d’air)
enthalpie
l’électricité produite : le rendement de l’installation et donc celui de
la turbine à gaz est primordial. Il est calculé par :
η turb = Pshaft /mgaz PCI (1)
HR kJ/kWh heat rate ou rendement énergétique
(ISO 11086) Sa connaissance nécessite donc la mesure du PCI du
l m longueur combustible par prélèvement ou indirectement par la composition
du combustible mesurée par chromatographie. Souvent, plutôt
L luminosité
que le rendement, le heat rate, HR, est employé. Il se définit par la
m kg/s débit quantité d’énergie apportée par le gaz pour produire un kWh (unité
M kg/mol masse molaire kJ/kWh) soit :
N tr/min vitesse de rotation HR = mgaz PCI /3 600 Pshaft (2)
p Pa pression
P W puissance Classification et modes d’utilisation des turbines à gaz
PCI J/kg pouvoir calorifique inférieur d’un Les turbines à gaz se sont développées en parallèle des turbo-
combustible réacteurs d’avion qui ont une technologie fort semblable :
T K température même date de naissance puisque 1942 a vu le premier cycle
combiné et 1944 les premiers avions à réaction et les mêmes
V m3 volume
évolutions vers l’accroissement des températures et pressions
η rendement internes. Un turboréacteur est même facilement adapté à la pro-
ε émissivité duction d’électricité et une famille de ces machines s’appelle les
« aérodérivatives » : leur poids est plutôt faible, leur main-
Φ W/m2 flux de chaleur
tenance modulaire et leur rendement excellent avec une faible
σ 5,67 10–8 W/ constante de Stefan-Boltzman température des gaz à l’échappement. Les aérodérivatives sont
(m2 · K4) bien adaptées pour la cogénération d’électricité et de vapeur,
γ rapport des chaleurs massiques à mais restent fragiles. Leur puissance maximale est de 50 MWe
volume et pression constantes (figure 1).
[CO2] kg/kg fumées concentration en dioxyde de À l’opposé se situent les « Heavy Duty » turbines mono-arbre
carbone aux carters épais, robustes, de rendement plus faible, mais
mieux adaptées à la production électrique en cycle combiné.
Leur gamme de puissance va d’environ 30 MWe à près de
300 MWe. Au-dessous en puissance, se situent les turbines
Liste des indices industrielles dont la gamme de puissance va de 1 à 50 MWe.
Les modes d’installation et d’exploitation des turbines à gaz
pour la production d’électricité vont dépendre des besoins
0 entrée turbine à gaz
auxquels les installations devront répondre :
air air alimentant la turbine à gaz
comp compresseur — pour une production de base à puissance constante ou en
cool échangeur diminuant la température de l’air de suivi de charge (2 pointes journalières à pleine puissance et mi-
refroidissement puissance entre les deux), le cycle combiné s’impose (figure 2).
E entrée d’un composant (ex : Ecomp entrée Pour les plus fortes puissances, le rendement d’un cycle
compresseur) combiné dépasse 58 % et s’améliore toujours ;
eau eau injectée au niveau de la chambre de — pour une production en effacement de pointe, soit quelques
combustion heures de fonctionnement par démarrage, une turbine à gaz en
échap échappement cycle simple suffit. Le rendement de l’installation est plus faible
fl flamme (3 définitions possibles (§ 2.1)) (environ 30 à 36 % en proportion de la puissance). Le cycle à récu-
gaz combustible pération est un moyen pour de faibles puissances d’augmenter
is isentropique d’environ 10 points le rendement par recueil des calories à
P paroi l’échappement et chauffage de l’air sortie compresseur (figure 3) ;
pertshaft pertes sur arbre — les sites industriels importants ont besoin de différentes
pol polytropique formes d’énergie, très fréquemment vapeur et électricité. Pour
ref refroidissement (débit prélevé sur le satisfaire ce besoin, les cogénérations ont été développées.
compresseur pour refroidir les parties chaudes) L’énergie résiduelle à forte température en sortie de la turbine
S sortie d’un composant (ex : Scomp sortie à gaz est récupérée dans une chaudière, comme pour un cycle
compresseur) ; combiné, et la vapeur est ensuite délivrée au site industriel soit
shaft arbre directement, soit après détente dans une turbine à contre
turb turbine pression pour fournir un supplément d’électricité.

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D 4 001 − 2 © Techniques de l’Ingénieur

22
Référence Internet
D4001

___________________________________________________________________________________________ PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ PAR TURBINE À GAZ

Les deux sont liés par :


η turb = 3 600/HR (en unités SI) (3)

Rendement
Nota : le monde anglo-saxon emploie l’unité Btu/kWh pour le heat rate avec une valeur 60 Cycle combiné
plus faible de 1,054 8 suffisamment proche pour être source de confusions.
Si la valeur du rendement est accessible sur une installation, son 50
interprétation est difficile, car dépendante des conditions de Aérodérivative
fonctionnement de l’installation (§ 1.3). Aussi faut-il d’abord mieux 40 Cycle à récupération
comprendre comment fonctionne une turbine à gaz avant
d’essayer d’interpréter les évolutions du rendement. Cycle simple
30

1.1 Composants d’une turbine à gaz


2
Refoidissement avancé
20
Aubes mobiles refroidies
Une turbine à gaz (figure 4) est constituée par : une entrée
Aubes fixes refroidies
conditionnant l’air (filtration et éventuellement refroidissement), un
Aubes non refroidies
compresseur, une chambre de combustion, une turbine de détente,
l’échappement vers une cheminée. Pour la production d’électricité, Compresseur axial
une majorité de turbines à gaz sont construites autour d’un seul Compresseur radial
10
arbre sur lequel sont disposés le compresseur, la turbine de
0,01 0,1 1 10 100
détente, l’alternateur et éventuellement certaines pompes ou un
Puissance (MW)
réducteur pour les machines de puissance inférieure à 100 MW.
L’entrée d’air comporte un système de filtration générant une
perte de charge qui varie de 0,3 % à 1,3 % (usuellement exprimée Figure 1 – Rendement et puissance des différents systèmes
en mm de colonne d’eau : de 30 à 130 mm CE) en fonction de son de production d’électricité à base de turbine à gaz
encrassement ; il est modélisé par un coefficient de perte de
charge, qui peut être calé sur une perte de charge de 0,6 % à pleine
puissance. L’éventuel refroidissement de l’air à l’entrée sans des-
cendre au-dessous d’une température de 5 à 7 oC pour éviter les pour estimer l’encrassement des filtres en la corrigeant des
problèmes de givrage, s’effectue par des systèmes réfrigérants à influences du débit d’air aspiré et des conditions atmosphériques.
évaporation (evaporative cooler ), à brumisation d’eau (fogger) ou
Le compresseur utilise plus de la moitié de la puissance produite
à fluide caloporteur froid (chiller). Le premier et le dernier de ces
par la turbine de détente, puissance qui s’exprime suivant la
systèmes induisent une perte de charge supplémentaire de l’ordre
formule (4) en prenant en compte les prélèvements d’air aux
de 0,25 %. Les deux premiers sont efficaces en cas d’air chaud et
étages intermédiaires pour refroidir les parties chaudes :
sec et utilisent l’enthalpie de vaporisation de l’eau pour refroidir
l’air en accroissant son humidité à respectivement 90 % et 95 %. La
mesure de la perte de charge dans l’entrée d’air est importante P comp = (mair – Σ mref) H Scomp + Σ mref H ref – mair H Ecomp (4)

Fumées

Chaudière
de récupération
Économiseur BP
Configuration du schéma

Cycle combiné CC 1-1-1 = 1 Évaporateur BP


turbine à gaz, 1 chaudière
de récupération, 1 turbine
à vapeur Économiseur HP
Cycle vapeur
Dual shaft = 2 lignes à deux pressions
d’arbre (par opposition Évaporateur HP
à single shaft,TAC etTAV
sur le même arbre)
Surchauffeur HP
eau liquide
eau vapeur
Combustible
Alternateur HP BP Condenseur
Ligne d'arbre
CC
TAV Turbine
Air ambiant à vapeur TAV
Compresseur Turbine Alternateur

Turbine à gaz Ligne d'arbre TAC


TAC

Figure 2 – Installation d’une turbine à gaz en cycle combiné à deux niveaux de pression de vapeur d’eau (cycle combiné)

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23
Référence Internet
D4001

PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ PAR TURBINE À GAZ ____________________________________________________________________________________________

Régénérateur
Gaz chauds
Combustible

CC
Air ambiant
Compresseur Turbine Alternateur

Figure 3 – Turbine à récupération (de la

2 chaleur des fumées dans l’échappement)

a30mair (e25 (HScomp – H0) + H0) Température entrée


roue de turbine TB
méchap Héchap Température sortie Température
chambre de combustion TA de flamme ISO TC
Pshaft
Compresseur Turbine

Combustion

Ppertes mgaz(PCI + Hgaz) meauHeau


TA > TB > TC
mairH0

Figure 4 – Application du premier principe de la thermodynamique Débit de refroidissement


à une turbine à gaz ré-introduit fictivement

Figure 5 – Définitions des températures de flamme


L’enthalpie H peut être estimée en gaz parfait à partir de la tem-
pérature, donc l’estimation de la puissance compresseur nécessite
la mesure des températures de l’air à son entrée et à sa sortie. Un
échappement s’effectuent sans perte de charge. C’est la valeur la
biais de mesure est qu’une hétérogénéité des températures sortie
plus basse ;
compresseur peut provenir des recirculations d’air en extrémité
— la température entrée roue de turbine qui est calculée en
d’aubes qui élèvent la température de l’air le long des parois
considérant que l’air sortie chambre de combustion est parfai-
d’environ 10 oC. Les débits d’air sont mesurés (diaphragme pour
tement mélangé avec l’air de refroidissement de la directrice
les prélèvements et tulipe d’admission équipée en pressions
d’entrée. C’est une valeur intermédiaire d’environ 80 oC plus éle-
statiques et totales) ou recalculés (§ 1.2).
vée que la précédente, ce qui signifie que le débit d’air de refroidis-
La chambre de combustion se traduit par une perte de charge de sement des aubes et cavités en aval est de l’ordre de 8 % du débit
l’ordre de 6 % et par un échauffement de l’air lié à la combustion total ;
du gaz avec un rendement proche de 100 %. Dans la chambre de — la température sortie chambre de combustion qui est calculée
combustion peut être injectée de l’eau ou de la vapeur pour soit avec le débit d’air qui traverse les tubes à flamme, soit environ
réduire les émissions d’oxydes d’azote, soit augmenter la puis- 80 % du débit d’air entrée compresseur. C’est la plus élevée avec
sance produite ; cette possibilité est introduite sous la forme d’un encore environ 80 à 100 oC d’écart avec la précédente. Le débit
débit d’eau m eau à une enthalpie H eau . L’enthalpie sortie chambre d’air qui traverse les tubes à flamme est accessible par la mesure
de combustion s’exprime par : de la courbe débit-réduit/perte de charge d’un tube à flamme au
banc partiel et de leur perte de charge sur machine.
((1 – a 30) mair – Σ mref + meau + mgaz) H fl = m gaz PCI
+ ((1 – a 30) mair – Σ mref) H Scomp + mgaz H gaz + meau H eau (5) La turbine de détente produit l’énergie pour entraîner le
compresseur et l’alternateur. Elle est modélisée par :
La température des gaz à la sortie de la chambre de combustion P turb = ((1 – a 30) m air – Σ m ref + m gaz + m eau) H fl + Σ m ref
n’est pas mesurable car trop hétérogène et élevée et n’est acces-
sible par cette formule que si le PCI du combustible est mesuré. (H ref – H cool) – ((1 – a 30) m air + m gaz + m eau) H échap (6)
Comme sa connaissance conditionne la durée de vie des parties L’hypothèse que l’air à travers la directrice d’entrée travaille dans
chaudes, la régulation peut la recalculer (§ 1.2) et la limiter sachant la turbine est généralement employée par les constructeurs et
que 3 températures de flamme ou « entrée turbine » (figure 5) sont donc les conditions chaudes amont sont prises à l’entrée roue de
définies : turbine. Cependant, le plus simple est de calculer en condition ISO
— la température entrée turbine ISO (telle que définie par la puisque alors les débits de refroidissement sont pris égaux à zéro.
norme ISO 2314) qui suppose que tout le débit d’air entrée turbine Certaines turbines à gaz ont leur air de refroidissement qui se
à gaz passe dans la chambre de combustion, qu’il n’y a pas de pré- refroidit à travers un échangeur qui prélève H cool en chauffant de
lèvement d’air sur le compresseur et que l’entrée d’air et son la vapeur ou le combustible.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
D 4 001 − 4 © Techniques de l’Ingénieur

24
Référence Internet
D4002

Production d’énergie électrique


par centrales thermiques

par André LALLEMAND


Ingénieur INSA, Docteur ès sciences physiques
Ancien professeur des universités
Ancien directeur du département de génie énergétique
2
Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon, Lyon, France

1. Thermodynamique des moteurs thermiques................................ D 4 002v2 - 2


1.1 Conservation de l’énergie ....................................................................... — 2
1.2 Création d’entropie. Irréversibilités ........................................................ — 2
1.3 Cycles thermodynamiques. Moteurs. Rendement................................ — 3
2. Installations motrices des centrales thermiques ........................ — 4
2.1 Turbines à gaz .......................................................................................... — 4
2.2 Installations motrices à vapeur............................................................... — 5
3. Centrales à cycles combinés............................................................. — 8
4. Évolution et perspectives .................................................................. — 11
Pour en savoir plus ....................................................................................... Doc. D 4 002v2

a production d’électricité à des niveaux de puissance importants, plusieurs


L centaines de mégawatts, est faite à partir de la transformation de l’énergie
chimique contenue dans un combustible (charbon, fioul ou gaz) ou de l’énergie
nucléaire, en chaleur, puis en énergie mécanique, puis en électricité. La conver-
sion mécanique-électrique est du ressort des alternateurs, la conversion
thermique-mécanique est l’œuvre des installations motrices à vapeur (IMV) ou
des turbines à gaz (TAG), dites encore turbines à combustion (TAC). La transfor-
mation de l’énergie chimique en énergie thermique a lieu dans le générateur de
vapeur (GV) des IMV ou dans le foyer de l’installation pour les TAC.
La compréhension basique du mode de fonctionnement de ces systèmes
nécessite de faire un retour sur les notions de thermodynamique appliquée qui
mettent en jeu les bilans énergétiques, les bilans entropiques et les cycles
d’évolution du fluide utilisé comme fluide thermodynamique ou de travail : eau
dans le cas des IMV, air, carburant et fumées dans le cas des TAC.
Ce sont ces divers rappels de base, complétés par la description et l’analyse
du fonctionnement des systèmes classiques, que nous proposons de faire
dans les deux premières parties de cet article. La troisième est réservée à un
couplage des deux systèmes, couplage qui permet d’atteindre les meilleurs
rendements.
Cet article n’ayant pas la prétention d’être exhaustif, on restera au niveau des
principes dans toutes les présentations. Le lecteur est renvoyé à des articles
spécialisés des Techniques de l’Ingénieur pour avoir des informations tech-
niques plus précises sur ces machines thermiques.
Parution : avril 2020

Copyright © – Techniques de l’Ingénieur – Tous droits réservés D 4 002v2 – 1

25
Référence Internet
D4002

PRODUCTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE PAR CENTRALES THERMIQUES ________________________________________________________________________

1. Thermodynamique ture T par exemple ont un caractère intensif ; le volume V, la


masse M, l’énergie interne U ont un caractère extensif
des moteurs thermiques [BE 8 007] [BE 8 008]. Ainsi :
– l’énergie mécanique, dans sa forme élémentaire, peut s’écrire :
La thermodynamique des moteurs thermiques, comme ceux qui (3)
convertissent l’énergie dans les centrales électrogènes, a pour
base les deux principes : celui de la conservation de l’énergie avec F force (variable intensive),
d’une part [BE 8 005], celui de l’évolution ou de la non-conserva-
tion de l’entropie d’autre part [BE 8 007] [BE 8 008]. déplacement (variable extensive) ;
– l’énergie électrique :

1.1 Conservation de l’énergie (4)

2 En se limitant aux énergies de types mécanique et thermique, le


principe de la conservation de l’énergie stipule que, au cours
avec Ee
E
énergie électrique,
potentiel électrique (variable intensive),
d’une transformation fermée, qui permet à un système
(figure 1) après une évolution (ou transformation) de retrouver son e charges électriques mises en jeu (variable extensive).
état initial, la somme des énergies mécanique et thermique échan-
Pour l’énergie thermique, on écrit :
gées avec le milieu extérieur est nulle [BE 8 005] :
(1) (5)

avec W énergie mécanique échangée entre le système Σ et avec T température (exprimée en kelvins, K),
son milieu extérieur ME (figure 1),
S entropie qui apparaît ainsi comme étant la variable
Q quantité de chaleur échangée exprimée dans les extensive liée à la chaleur. Comme toutes les
mêmes unités (joules ou J, dans le système variables extensives, elle ne dépend que de l’état
international). du système. En particulier, lorsqu’un système
On adopte la convention de signe suivante : évolue de manière cyclique (mêmes états final et
initial), sa variation d’entropie est nulle.
– les énergies sont comptées positivement si le système reçoit
de l’énergie ; Par ailleurs, des considérations expérimentales simples
– elles sont comptées négativement si le système fournit ces montrent que toute évolution d’un système nécessite d’avoir des
énergies. gradients des grandeurs intensives :
Lorsque la transformation est ouverte de 1 à 2 (état final 2 du – un transfert de chaleur ne peut avoir lieu que s’il y a une diffé-
système différent de son état initial 1) la somme des énergies rence de température (variable intensive) entre les deux corps ;
mises en jeu n’est plus nulle : elle est égale à la variation de l’éner- – un écoulement de fluide ne peut avoir lieu que s’il y a une dif-
gie interne U du système : férence de pression (variable intensive) entre deux sections de
l’écoulement, etc.
(2)
De plus, on constate que le transfert ne se fait naturellement que
L’énergie interne est une fonction d’état : elle ne dépend que dans un seul sens : de la zone à haute valeur intensive vers la zone
de l’état du système. à faible valeur intensive, jamais dans l’autre sens. Ce trans-
Dans les moteurs thermiques, la conversion d’énergie ther- fert, irréversible, nécessaire aux activités humaines, a comme
mique/mécanique est toujours réalisée par l’intermédiaire corollaire une création d’entropie. Un exemple très simple
d’un fluide [BE 8 020] : gaz, liquide ou vapeur qui traverse le illustre cela (figure 2). Un corps à température T1 donne une quan-
moteur ou une partie du moteur. Sur le plan thermodynamique, ce tité de chaleur δQ à un corps plus froid, à la température T2.
fluide constitue le « système thermodynamique » évoqué ci-des- L’application de l’équation (2) à chacun des deux corps donne :
sus.
(6)

1.2  Création d’entropie. Irréversibilités comme T2 < T1, on en déduit que :

Quel que soit le type d’énergie échangée, sa valeur est toujours


obtenue en faisant le produit de deux grandeurs dont l’une a un
caractère intensif (défini ponctuellement et ainsi qui ne dépend pas Le transfert irréversible de chaleur crée une quantité d’entropie
de la quantité du système considéré), l’autre un caractère extensif dS’ égale à la différence des flux entropiques reçu et cédé par cha-
qui dépend de la quantité de système. La pression P et la tempéra- cun des corps.

dS’ = entropie créée


Q
(Σ) dS2
dS1
Milieu extérieur T1 T2
W
dQ
Figure 1 – Définition d’un système thermodynamique (Σ) et
échanges d’énergies mécanique et thermique avec le milieu Figure 2 – Transfert de chaleur et d’entropie entre deux corps à
extérieur températures différentes

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Référence Internet
D4002

_________________________________________________________________________ PRODUCTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE PAR CENTRALES THERMIQUES

T T

a Qa > 0

1
Q12 Qb > 0

Qa > |Qb| fi W = – Q < 0

S1 S2 S S 2
Figure 3 – Quantité de chaleur échangée au cours d’une évolution 1-2, Figure 4 – Cycle quelconque d’évolution d’un fluide conduisant à un
puis au cours d’un cycle travail moteur

1.3 Cycles thermodynamiques. Moteurs. T


Rendement
Considérons l’évolution d’un fluide entre un état 1 et un état 2 et
la représentation schématique de cette évolution dans un
diagramme entropique T-S (figure 3) [BE 8 040]. Selon
l’équation (5), l’aire sous-tendue par la ligne 1-2 représente l’éner-
gie thermique Q12 échangée entre le fluide et son milieu extérieur
au cours de cette évolution. Dans l’exemple de la figure 3, elle est
Q
positive ; le fluide reçoit de la chaleur au cours de cette évolution.
Si le fluide revient à son état initial en empruntant un chemin ther-
modynamique différent, la quantité de chaleur mise en jeu au
cours du retour est encore mesurée par l’aire sous-tendue par 0K
l’évolution. Deux cas se présentent alors : 1 2 S
– soit le retour se fait par un chemin de type 2-a-1 (figure 3) qui
donne un échange thermique Q2a1 négatif et inférieur en valeur Figure 5 – Cycle particulier théorique conduisant à un rendement
absolue au retour par rapport à l’aller ; unité
– soit le retour se fait par 2-b-1 (figure 3) et la quantité de cha-
leur Q2b1, encore négative, est supérieure en module.
Il n’est pas inutile d’insister sur un point qui souvent apparaît
Dans le premier cas (1-2-a-1, l’échange thermique global Q sera comme choquant au profane. Il s’agit de la nécessité qu’il y a à
positif), le système (le fluide) a globalement reçu de la chaleur et refroidir le fluide (système thermodynamique) d’un moteur avant
l’équation (1) implique qu’il aura fourni du travail au milieu exté- de le réchauffer. Cela peut apparaître comme étant absurde. Mais
rieur (W < 0). Dans le cas 1-2-b-1, c’est le contraire. c’est une nécessité thermodynamique attachée aux évolutions
cycliques, donc au fait que l’entropie en particulier, fonction d’état,
On peut aussi conclure que, lorsqu’un cycle d’évolution est doit revenir à sa valeur initiale après évolution. Or, si tout apport
décrit, dans ce diagramme T-S, dans le sens des aiguilles d’une de chaleur augmente l’entropie du système, le seul moyen de la
montre, le travail est négatif, c’est le cas d’un moteur ther- diminuer consiste à céder de la chaleur au milieu extérieur. La
mique. Lorsque le cycle est décrit dans le sens trigonométrique, seule possibilité conduisant à une perte thermique nulle Q2 = 0 est
on a affaire à un générateur thermique comme une machine que la température du fluide reste nulle T = 0 durant toute la phase
frigorifique ou une pompe à chaleur : dans ce cas, le système de retour (figure 5). La relation (7) montre que, dans ce cas bien
consomme de l’énergie mécanique et au total fournit de la cha- évidemment, le rendement du moteur serait égal à l’unité. Prati-
leur. Ce type de représentation permet, de plus, d’avoir une illus- quement, cette possibilité est hors de portée technique car elle
tration de l’énergie mécanique mise en jeu puisque, toujours nécessiterait de disposer d’un puits de chaleur à 0 K qui n’existe
selon (1), celle-ci est représentée par l’aire du cycle : pas. Le puits à température la plus basse industriellement accep-
table est le milieu ambiant dont la température, variable selon le
lieu et la saison, est de l’ordre de 260 à 300 K environ.
Corrélativement, on peut noter que : un cycle, quel qu’il
On démontre, en thermodynamique (voir [BE 8 007]), que le
soit, pourvu que son aire soit non nulle et positive sur le
meilleur rendement est obtenu lorsque le cycle correspond à un
plan thermique, peut servir de base à la conception d’un
rectangle dans le diagramme de référence T-S. C’est le cycle de
moteur thermique (figure 4).
Carnot constitué de deux isothermes et de deux isentropes
(figure 6). Avec ce cycle :
Considérant que l’origine du fonctionnement d’un moteur est
l’énergie thermique qu’il reçoit et que l’on note par Q1 , son rende- (8)
ment est exprimé par le rapport suivant :
soit :
(7)
(9)
avec Q1 > 0 et Q2 < 0, et Q2 chaleur cédée par le moteur.

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2

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D4003

Production d’énergie électrique


par centrales nucléaires

par Pierre BACHER


Directeur du traité Génie Nucléaire (Techniques de l’Ingénieur)
Ancien Directeur délégué de l’Équipement EDF
2
1. Description sommaire d’une centrale pour production
d’électricité................................................................................................ D 4 003 - 2
1.1 Chaudière ..................................................................................................... — 2
1.2 Système caloporteur ................................................................................... — 3
1.3 Système de production d’électricité .......................................................... — 3
1.4 Interface avec le réseau............................................................................... — 3
2. Débuts de l’électronucléaire................................................................. — 3
3. Développement industriel et retour d’expérience : 1965-1995 .. — 4
3.1 Réacteurs à eau : REP, REB, CANDU .......................................................... — 4
3.1.1 Les REP ................................................................................................ — 4
3.1.2 Les REB................................................................................................ — 6
3.1.3 Les CANDU.......................................................................................... — 6
3.2 Les RBMK ..................................................................................................... — 8
3.3 Les RNR ........................................................................................................ — 9
3.4 Centrales de démonstration HTR ............................................................... — 10
3.5 Coûts des réacteurs industriels .................................................................. — 10
4. Durée de vie des centrales et renouvellement ................................ — 11
4.1 Durée de vie technique................................................................................ — 11
4.2 Durée de vie réglementaire ........................................................................ — 11
4.3 Durée de vie économique ........................................................................... — 11
4.4 Problématique du renouvellement ............................................................ — 12
5. Conclusion ................................................................................................. — 12

Références bibliographiques ......................................................................... — 12

’énergie nucléaire joue un rôle important dans la production électrique mon-


L diale (à égalité avec l’hydraulique), européenne (33 %) et française (plus de
75 %). Le traité Génie Nucléaire des Techniques de l’Ingénieur donne les fonde-
ments théoriques des réacteurs nucléaires, explique en détail les questions de
sûreté, de radioprotection et de gestion des déchets, décrit les multiples techno-
logies mises en œuvre, et présente les principales filières de réacteurs
développées au cours des cinquante dernières années ainsi que l’expérience
acquise au cours de cette période.
Le présent article [D 4 003] cherche à présenter de façon synthétique les princi-
pales filières nucléaires avec l’intérêt respectif de chacune en fonction des objec-
tifs poursuivis (production d’électricité, valorisation des ressources, gestion des
déchets). Il passe en revue l’acquis considérable de cinquante années de dévelop-
pement, grâce auquel l’industrie nucléaire est aujourd’hui une des industries les
plus sûres et les plus respectueuses de l’environnement, et permet de produire
une électricité de base parmi les moins chères. L’article suivant [D 4 004] présen-
tera l’état des réflexions sur le développement possible du nucléaire au
e
XXI siècle, et sur les conditions d’un développement durable de cette énergie.
Parution : août 2004

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© Techniques de l’Ingénieur D 4 003 − 1

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D4003

PRODUCTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE PAR CENTRALES NUCLÉAIRES ____________________________________________________________________________

— 235U, existant en faible proportion (0,7 %) dans l’uranium


1. Description sommaire naturel ;
d’une centrale pour — 239Pu, produit par capture d’un neutron dans 238U (99,3 % de
l’uranium naturel) ;
production d’électricité — 233U, produit par capture d’un neutron dans 232Th.
L’uranium 238 et le thorium 232 sont dits « fertiles ».
Une centrale nucléaire pour la production d’électricité est avant La fission (cassure en deux ou trois morceaux dits « produits de
tout une centrale thermique, constituée d’une chaudière, d’un sys- fission ») provoquée par un neutron s’accompagne d’un déga-
tème de transport de l’énergie produite dans la chaudière (qui peut gement important d’énergie et de l’émission de deux ou trois neu-
comporter un, deux ou trois circuits) et d’un système de production trons de haute énergie. L’un de ceux-ci va servir à entretenir la
d’électricité. Ce dernier a besoin d’une source froide et envoie l’élec- réaction (d’où le nom de réaction en chaîne). Les autres vont être
tricité sur le réseau (figure 1). capturés dans les différents matériaux (dont les matériaux

2 Les natures et les combinaisons possibles de ces différents élé-


ments sont multiples. Nous verrons (§ 2) le très grand nombre de
chaudières qui ont été envisagées dans les premières années du
« fertiles » et les produits de fission). Une des caractéristiques
importantes d’une chaudière nucléaire est que les produits de fis-
sion présents continuent à dégager de l’énergie même après arrêt
nucléaire et nous les classerons par type de fluide caloporteur. La de la réaction en chaîne, et que cette énergie doit être évacuée.
production d’électricité peut être assurée dans certains cas par des Les réactions de fission peuvent avoir lieu avec des neutrons de
turbines à vapeur, dans d’autres par des turbines à gaz, les unes ou différentes énergies. Lorsqu’elles ont lieu majoritairement à une
les autres entraînant un alternateur. La source froide peut être soit énergie proche de l’énergie d’émission des neutrons, on parle de
l’eau (rivière ou mer), soit l’air. réacteurs à neutrons rapides (RNR) ; lorsqu’elles ont lieu à basse
Les caractéristiques de la chaudière imposent des conditions de énergie, après ralentissement des neutrons, on parle de réacteurs à
températures et de pressions le plus souvent différentes de celles neutrons thermiques. Dans ce dernier cas, il faut disposer d’un
que l’on rencontre dans les centrales thermiques à flamme. Il en ralentisseur, appelé « modérateur », qui doit être un atome de faible
résulte que les technologies mises en œuvre dans les systèmes de masse atomique (pour bien ralentir les neutrons) et absorbant peu
production d’électricité sont fréquemment différentes de celles que les neutrons.
l’on utilise dans ces centrales à flamme, ce qui a parfois réservé Au cœur de la chaudière nucléaire, le combustible joue un rôle
quelques surprises désagréables aux concepteurs qui avaient trop capital. C’est lui qui contient les matières fissiles et fertiles, ainsi que
vite baptisé ces systèmes de « classiques ». les produits de fission. Il doit donc supporter les fortes températures
provoquées par les fissions, conserver une géométrie permettant
son refroidissement, et assurer le confinement des produits de fis-
sion. Une exception : les réacteurs à combustible liquide, générale-
1.1 Chaudière ment du sel fondu d’uranium (§ 2).
La chaudière nucléaire comporte tout un ensemble d’auxiliaires
L’énergie produite dans une chaudière nucléaire provient de la fis- destinés à assurer à tout moment le maintien rigoureux de la réac-
sion de matériaux « fissiles », existant à l’état naturel ou fabriqués tion en chaîne, le refroidissement de la chaudière et le confinement
artificiellement : des produits radioactifs.

Circuit Circuit
Cycle direct primaire secondaire

Générateur
Réacteur Turboalternateur Réacteur Turboalternateur
de vapeur
Source Source
froide froide

a schéma avec cycle direct b schéma avec générateur de vapeur

Circuit Circuit Circuit


primaire intermédiaire secondaire

Échangeur Générateur Groupe


Réacteur
intermédiaire de vapeur turboalternateur
Source
froide

c schéma avec circuit intermédiaire

Figure 1 – Schéma de principe d’une centrale de production d’électricité

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D4003

____________________________________________________________________________ PRODUCTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE PAR CENTRALES NUCLÉAIRES

La chaudière, enfin, est contenue dans une enceinte résistant aux retour à la puissance nominale est par contre soumis à certaines
pressions et aux températures normales ou accidentelles. Cette conditions, liées au comportement du combustible qui subit l’essen-
enceinte est généralement en acier pour les réacteurs à eau ou à tiel des contraintes dues à ces variations de charge. Globalement, le
métal liquide, mais peut être en béton précontraint pour les chau- parc nucléaire français s’est parfaitement adapté aux contraintes
dières de grandes dimensions utilisant un caloporteur gaz. imposées par le réseau, et vice versa.

1.2 Système caloporteur 2. Débuts


La densité de puissance des chaudières nucléaires est sensible-
de l’électronucléaire
ment plus élevée que dans les chaudières à flamme (réacteurs à
gaz : 5 kW/L ; réacteurs à eau : 50 à 100 kW/L ; réacteurs rapides au
sodium : 300 kW/L). On cherche donc un fluide caloporteur ayant de
bonnes caractéristiques thermodynamiques, mais absorbant peu de
Les débuts de l’électronucléaire ont vu fleurir un très grand nom-
bre de projets, combinant les différents matériaux possibles :
— matériaux fissiles : uranium (235U) et plutonium (235Pu) ;
2
neutrons : gaz sous forte pression, eau ou métal liquide.
— modérateurs : eau ordinaire (H2O), eau lourde (D2O) et gra-
Le caloporteur peut, dans certains cas, entraîner directement le phite (C) ;
groupe turboalternateur, ce qui simplifie les circuits mais impose de
— matériaux fertiles : uranium (238U) et thorium (Th) ;
traiter le système de production d’électricité avec autant de précau-
— caloporteurs : eau ordinaire, eau lourde, liquides organiques,
tions que la chaudière. Dans de nombreux systèmes, le caloporteur
dioxyde de carbone (CO2), hélium (He), sodium (Na), plomb (Pb),
« primaire » cède son énergie à un fluide « secondaire » – générale-
mercure (Hg) ;
ment de l’eau – qui entraînera la turbine à vapeur. Le transfert
d’énergie a lieu dans un « générateur de vapeur », matériel soumis — matériaux de structure : béton précontraint, aciers au carbone,
à des conditions de travail assez particulières, à l’origine de nom- aciers inoxydables, notamment austénitiques et ferritiques, et allia-
breux incidents au cours des vingt premières années du nucléaire ges utilisés pour les gaines des combustibles, à base de Mg, de Zr
civil. Dans certains cas, notamment celui des RNR refroidis par ou d’aciers ;
métal liquide, on a jugé prudent d’intercaler entre le fluide primaire — matériaux absorbants : bore, cadmium, hafnium, gadolinium,
et le fluide secondaire un circuit « intermédiaire » qui évite le risque argent et indium.
de contact accidentel entre le métal liquide primaire et l’eau secon- Il en résulte théoriquement une centaine de familles de réacteurs,
daire. encore appelées filières, chaque filière étant caractérisée par une
combinaison de matériaux fissiles et fertiles, de modérateur (ou
d’absence de modérateur), et de caloporteur.

1.3 Système de production d’électricité Aux débuts de l’exploitation de l’énergie nucléaire, les choix
étaient dictés par les disponibilités des matières fissiles : dans les
années 1940 aux États-Unis et au Canada, et 1950 en France et en
Le système de production d’électricité est toujours un turboalter- Grande-Bretagne, seul l’uranium naturel étant disponible, les choix
nateur, la turbine étant entraînée soit par le fluide primaire (gaz ou de modérateurs se portèrent vers des matériaux légers peu
eau), soit par le fluide secondaire (eau). La source froide peut être absorbants :
soit l’air (dans le cas des turbines à gaz simples), soit, le plus sou- — le graphite (pile de Chicago en 1942, réacteurs de production
vent, l’eau (turbines à gaz avec cycle vapeur combiné, turbines à de plutonium, puis réacteurs électrogènes anglais et français) ;
vapeur). Lorsque les capacités de refroidissement de la source — l’eau lourde.
froide sont insuffisantes, on ajoute un réfrigérant atmosphérique. L’enrichissement de l’uranium naturel en 235U dans les usines de
séparation isotopique et la production de plutonium dans les pre-
miers réacteurs ont très largement ouvert les combinaisons possi-
bles, et les années 1950 virent une floraison d’idées dans un
1.4 Interface avec le réseau « monde nucléaire » comportant encore plus de chercheurs que
d’industriels. À côté de la poursuite du développement industriel
des réacteurs à graphite et à eau lourde, de nombreux réacteurs
Les centrales nucléaires de production d’électricité ont toujours, furent construits soit pour disposer de sources importantes de neu-
pour des raisons économiques, une puissance électrique élevée trons, notamment pour tester le comportement des matériaux sou-
(150 à 1 500 MW). Elles sont donc toujours raccordées au réseau mis à bombardement neutronique, soit en vue de rechercher les
haute tension. meilleures combinaisons de matériaux. Nous ne pouvons pas les
Lorsque l’énergie nucléaire contribue de façon modeste à la pro- citer tous ici, mais il est intéressant de noter quelques combinaisons
duction d’électricité, la ou les centrales nucléaires fonctionnent (encadré 1) a priori prometteuses, mais qui ont été abandonnées
généralement à plein régime, en régime continu. Seul les régula- soit pour des raisons techniques, soit en raison de leur complexité
tions de l’alternateur contribuent à la stabilité du réseau, sans relative limitant les perspectives économiques. Certains de ces
répercussions sur la puissance de la chaudière. C’est le cas dans de concepts sont en effet « revisités » aujourd’hui, comme nous le
nombreux pays européens et, en général, aux États-Unis et au verrons dans l’article [D 4 004].
Japon. Un aperçu des projets électrogènes (quelques mégawatts) réa-
En France, où l’énergie nucléaire fournit 80 % de l’électricité, la lisés au cours de cette première période, qui s’est pratiquement
décision a été prise de faire participer les centrales nucléaires à la achevée au cours des années 1960, est donné dans l’encadré 2. Il est
régulation de fréquence, de tension et de puissance totale. Outre les remarquable que, moins de 15 ans après la découverte de la fission,
régulations propres de l’alternateur, la puissance fournie par la les premières applications électrogènes aient vu le jour. Ce dévelop-
chaudière peut varier rapidement (quelques secondes) de ± 5 % pement extrêmement rapide a été ponctué en 1955 par l’appel du
autour de la puissance nominale (en contrepartie, cette dernière doit Président Eisenhower, « ATOMS FOR PEACE », qui appelait le
être fixée 5 % plus bas que la puissance maximale autorisée). La monde à utiliser pacifiquement cette forme d’énergie et, simultané-
chaudière peut également assurer le « suivi de charge » et, par ment, déclassait un très grand nombre de documents jusque là
exemple, réduire sa puissance de moitié en quelques minutes. Le secrets.

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D4004

Stratégies de développement
des filières nucléaires

par Pierre BACHER


Directeur du traité Génie Nucléaire (Techniques de l’Ingénieur)
Ancien Directeur délégué de l’Équipement EDF
2
1. Objectifs ..................................................................................................... D 4 004 – 2
2. Contraintes communes à toutes les filières..................................... — 2
2.1 Sûreté et risques terroristes ....................................................................... — 2
2.2 Déchets ......................................................................................................... — 4
2.3 Non-prolifération ......................................................................................... — 5
2.4 Économie...................................................................................................... — 6
3. Quelles filières nucléaires ? .................................................................. — 6
3.1 Généralités ................................................................................................... — 6
3.2 Technologies éprouvées : REP, REB, CANDU ............................................ — 7
3.3 Technologies non éprouvées mais disposant d’une expérience
importante................................................................................................... — 7
3.4 Technologies à l’état de concept ................................................................ — 8
4. Systèmes énergétiques et le « Forum Génération IV »................. — 10
4.1 Systèmes basés sur les réacteurs à neutrons thermiques et un faible
enrichissement............................................................................................. — 10
4.2 Systèmes cherchant à valoriser 238U ......................................................... — 11
4.3 Systèmes cherchant à brûler le Pu ............................................................. — 11
4.4 Systèmes permettant de détruire les actinides mineurs.......................... — 11
4.5 Systèmes basés sur le thorium .................................................................. — 12
4.6 Le Forum International Gen IV ................................................................... — 12
5. Conclusion ................................................................................................. — 12
Références bibliographiques ......................................................................... — 12

ans un premier article consacré aux filières nucléaires de production d’élec-


D tricité [D 4 003], nous avons décrit sommairement les différents types de
centrales, caractérisés avant tout par le fluide caloporteur qui extrait l’énergie
produite dans le réacteur nucléaire pour l’apporter au système de production
d’électricité ; nous avons expliqué comment et pourquoi ont survécu quelques
« filières » exploitant les technologies les plus simples et les plus économiques ;
nous avons dressé un bilan du retour d’expérience, 30 ans après le début de
l’énergie nucléaire commerciale, et donné un éclairage sur la durée de vie des
centrales actuellement en service.
Le développement de l’énergie nucléaire dans les décennies à venir dépendra
des objectifs poursuivis, des technologies disponibles et des stratégies mises en
œuvre dans le monde. Ces dernières dépendront fortement de considérations
non techniques, au premier chef de l’acceptation par les populations et donc de
la façon dont celles-ci en percevront les avantages comme les inconvénients.
Nous n’aborderons pas dans cet article ces aspects sociologiques du développe-
ment des différentes énergies, nous limitant aux aspects techniques. Nous abor-
derons successivement :
— les objectifs que l’on peut se fixer en fonction des stratégies de
développement ;
Parution : août 2004

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33
Référence Internet
D4004

STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DES FILIÈRES NUCLÉAIRES __________________________________________________________________________________

— les contraintes communes à l’ensemble des filières ;


— les différentes filières disponibles avec plus ou moins de développements ;
— les combinaisons de filières, baptisées « systèmes nucléaires », suscep-
tibles d’atteindre les objectifs précédents.

1. Objectifs poids accordé à chacun des trois objectifs A, B et C. Nous examine-


rons cinq systèmes (encadré 2) qui ont en commun de produire de
l’énergie (objectif A) :
Le développement de l’énergie nucléaire, pour être durable, doit — le premier (§ 4.1), qui met l’objectif A en priorité, néglige quel-

2 atteindre trois objectifs abordés dans cet article (encadré 1) et satis- que peu l’objectif C et surtout l’objectif B ;
faire aux contraintes évoquées dans l’article [D 4 003]. — le deuxième (§ 4.2) améliore fortement l’objectif B et, éventuel-
lement, l’objectif C ;
— le troisième (§ 4.3) et le quatrième (§ 4.4) permettraient de rat-
Encadré 1 – Les objectifs d’un développement durable traper les « oublis » du premier en ce qui concerne l’objectif C ;
de l’énergie nucléaire — le cinquième (§ 4.5) est l’équivalent du deuxième (§ 4.2), mais
avec un autre matériau fertile.
● Objectif A : produire de l’électricité (et éventuellement de la
chaleur) compétitive avec les autres énergies.
● Objectif B : en amont, utiliser au mieux les ressources. Encadré 2 – Systèmes nucléaires
● Objectif C : en aval, limiter les déchets et, notamment, les
déchets ultimes. 1. Systèmes basés sur les réacteurs à neutrons thermiques et
un faible enrichissement.
2. Systèmes cherchant à valoriser 238U.
À ce jour, seul le premier de ces objectifs a vraiment donné lieu à 3. Systèmes cherchant à brûler le plutonium.
un développement industriel, même si les deux autres ont été 4. Systèmes permettant de détruire les actinides mineurs.
explorés plus ou moins loin : 5. Systèmes basés sur le thorium.
— les filières à eau fournissent de l’énergie en consommant 235U
et en produisant du plutonium, lequel s’accumule (objectif A) ;
À l’initiative des États-Unis, un groupe d’experts d’une dizaine
— les réacteurs à neutrons rapides expérimentaux ont permis de de pays, regroupé au sein du « Forum Génération IV » ont engagé
confirmer la possibilité de produire de l’énergie en valorisant 238U, une réflexion sur ces questions. Les conclusions en seront présen-
sans accumuler de plutonium (objectifs A et B) ; tées au paragraphe (§ 4.6).
— les projets HTR (réacteurs à gaz à haute température) permet-
traient de produire de l’énergie en consommant du plutonium
(objectifs A et C) ;
— quelques expériences ont été réalisées (dans Phénix) pour brû-
ler des actinides mineurs, et des études sont conduites dans ce 2. Contraintes communes
même but sur les systèmes pilotés par accélérateur et les réacteurs
à sel fondu (objectif C). à toutes les filières
On conçoit que des politiques d’utilisation de l’énergie nucléaire
soucieuses d’atteindre tout ou partie des objectifs A, B et C ne pour-
Le développement de l’énergie nucléaire au cours de ce siècle, et
ront pas ne faire appel qu’à une filière, mais bien à une combinaison
notamment son acceptation par la société, ne pourra se faire que
de différentes filières :
dans la mesure où des garanties sérieuses auront été apportées
— si le seul but était de maîtriser les stocks de Pu produits par les dans un certain nombre de domaines. Cela implique la prise en
REP (réacteurs à eau pressurisée), on pourrait leur adjoindre des HTR ; compte d’un certain nombre de contraintes, quelle que soit la filière
— si le seul but était de valoriser les ressources naturelles, on envisagée. Seront abordées successivement les questions de
pourrait adjoindre aux REP des RNR, voire, au bout d’un certain sûreté, de déchets, de non-prolifération et d’économie.
temps, n’utiliser que des RNR (réacteurs à neutrons rapides) ;
— si le seul but était de détruire le plus efficacement possible les
actinides mineurs produits dans les REP, il faudrait probablement
développer les systèmes sous-critiques pilotés par accélérateur. 2.1 Sûreté et risques terroristes
On peut également imaginer des politiques évolutives, par
exemple :
— dans un premier temps, alors que les ressources en 235U sont ■ Les filières nucléaires ont pour vocation première la production
abondantes, combiner REP et HTR afin de limiter l’accumulation de d’énergie électrique, avec comme condition impérative de le faire
Pu ; de façon sûre. Cette condition a conduit dans le passé à écarter a
— plus tard, lorsque les ressources commenceront à se raréfier, priori certaines voies intéressantes sur le plan neutronique, mais
combiner REP et RNR ; intrinsèquement dangereuses, par exemple lorsqu’elles risquaient
— encore plus tard, combiner RNR et systèmes hybrides. de mettre en contact à l’intérieur même du réacteur des matériaux
susceptibles de provoquer une explosion (exemple : eau lourde, le
Enfin, une politique d’abandon du nucléaire, mais soucieuse de meilleur modérateur, et sodium, le meilleur caloporteur), ou lorsque
ne pas léguer aux générations lointaines des quantités importantes le réacteur était instable : condition qui a conduit dans les années
de Pu et d’actinides mineurs, devrait mettre en œuvre des moyens 1970 à l’abandon du concept de réacteur modéré à l’eau lourde et
de brûler le Pu (HTR) et éventuellement de détruire les actinides refroidi à l’eau ordinaire bouillante, et qui aurait dû, pour les mêmes
mineurs. raisons, écarter le RBMK (notamment Tchernobyl) tel qu’il a été
On doit donc s’intéresser, au-delà des différentes filières, aux conçu. Seules seront examinées ici des filières remplissant les
« systèmes nucléaires » combinant plusieurs filières en fonction du conditions de sûreté requises.

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D 4 004 − 2 © Techniques de l’Ingénieur

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D4004

__________________________________________________________________________________ STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DES FILIÈRES NUCLÉAIRES

L’évaluation de la sûreté et, encore plus, une démonstration États-Unis et de Tchernobyl en URSS, le concept de « culture de
compréhensible, même pour les non-spécialistes, sont des exerci- sûreté » a été développé et largement mis en œuvre dans l’ensem-
ces difficiles. L’une comme l’autre font appel, depuis une trentaine ble de l’industrie nucléaire. Les exploitants nucléaires, notamment,
d’années, à deux approches moins concurrentes que ont entrepris d’échanger leurs meilleures pratiques et de s’informer
complémentaires : sur tous les incidents significatifs, au sein de la World Association of
— une évaluation probabiliste quantitative des risques d’acci- Nuclear Operators (WANO). Les autorités de sûreté des différents
dents et de leurs conséquences ; pays ont, elles aussi, établi des relations étroites, qui faisaient
— une évaluation plus qualitative de la robustesse de l’installation. défaut entre l’Est et l’Ouest avant la catastrophe de Tchernobyl, et
l’AIEA a fait adopter, par l’ensemble des pays nucléaires, un ensem-
● La première approche, outil méthodologique puissant, est
ble de principes et de règles de sûreté communs.
considérée aujourd’hui comme indispensable tant pour le concep-
teur que pour l’analyste de sûreté, mais se heurte à deux difficultés : ■ Certaines filières sont-elles « plus sûres » que d’autres ? Il est dif-
— au niveau de l’analyse, aux difficultés d’évaluation de la proba- ficile, voire hasardeux, de répondre à une telle question dès lors

2
bilité d’événements extrêmement rares ou imprévisibles (tremble- qu’ont été écartées les filières « intrinsèquement non sûres », du fait
ments de terre plus violents que ceux jamais observés, actes de soit des matériaux qu’elles utiliseraient, soit de leur instabilité. Trois
terrorisme...) et de la prise en compte du facteur humain dans la rapports publiés par l’International Safety Assessment Group
conduite de l’installation ; (INSAG) peu après la catastrophe de Tchernobyl [3] [4] [5] proposent
— au niveau du citoyen, le manque de « culture probabiliste » à la communauté internationale des principes de sûreté déjà en
c’est-à-dire d’appréciation du risque. L’attitude la plus fréquente se usage ou recommandés dans les pays occidentaux :
caractérise à la fois par l’exigence d’un risque nul et la conviction — des objectifs probabilistes (moins d’une chance sur 100 000
que le risque nul n’existe pas. La mesure du risque en termes de d’accident affectant l’intégrité du cœur, moins d’une chance sur un
probabilités n’est pas encore largement répandue. million de rejets radioactifs importants) ;
À titre d’exemple, les études probabilistes conduites par l’autorité — une démarche de défense en profondeur ;
de sûreté américaine dans les années qui ont suivi l’accident de — et les bases de la « culture de sûreté ».
Three Mile Island [1] ont montré que les dispositions prises par les
exploitants avaient effectivement réduit de 1 à 2 ordres de grandeur Toutes les filières évoquées ici sont capables d’atteindre ces
la probabilité qu’il y ait un accident de fusion de cœur, et d’environ objectifs probabilistes et appliquent les principes de la défense en
un ordre de grandeur les quantités de produits radioactifs suscepti- profondeur. Les promoteurs de certaines filières nouvelles affirment
bles d’être relâchées à la suite d’un tel accident. Les objectifs impo- pouvoir faire beaucoup mieux, mais force est de constater que la
sés par les autorités de sûreté allemande et française pour le crédibilité de probabilités calculées, sensiblement inférieures à un
projet EPR se traduisent par une diminution supplémentaire d’un sur un million, reste à démontrer.
facteur 3 ou 4 de la probabilité d’accident grave et d’un ordre de Sur un plan plus qualitatif, on peut illustrer les difficultés rencon-
grandeur des conséquences d’un tel accident. Il s’agit, dans un cas trées par trois exemples, chacun se rapportant à une des trois fonc-
comme dans l’autre, d’améliorations très importantes de la sûreté. tions de sûreté.
● La deuxième approche est qualitative. Ayant défini les grands
● Les promoteurs des systèmes pilotés par accélérateur (§ 3.4)
objectifs de la sûreté qui découlent de la spécificité de l’énergie de
ont longtemps affirmé que ces systèmes étaient très sûrs vis-à-vis
fission, on applique une démarche dite de défense en profondeur.
de l’arrêt de la réaction en chaîne, puisqu’il suffit de couper le cou-
Les trois grandes fonctions de sûreté sont données dans
rant et l’accélérateur s’arrête ; mais c’est oublier que la principale
l’encadré 3.
difficulté réside précisément dans l’élaboration d’un ordre de cou-
pure de courant qui soit suffisamment fiable pour couper quand il le
Encadré 3 – Les trois fonctions de sûreté faut mais ne pas couper quand il ne le faut pas : la difficulté est
rigoureusement la même, quelle que soit la filière.
1. Le contrôle de la réaction en chaîne. ● Les promoteurs de la filière à sel fondu (§ 3.4) vantent les méri-
2. L’évacuation à tout moment de l’énergie produite dans le tes d’un système dont le circuit primaire est à basse pression, ce qui
cœur, production qui se poursuit à hauteur de quelques pour- facilite la conception de l’enveloppe du circuit primaire. Mais c’est
cent après l’arrêt de la réaction en chaîne (on parle alors de puis- oublier un peu vite que dans un tel système, le combustible n’a pas
sance résiduelle). de gaine(1) : il n’y a donc que deux barrières entre les produits
3. Le confinement de la radioactivité, l’essentiel de celle-ci radioactifs et l’environnement, et chacune d’entre elles doit donc
étant contenue dans les produits de fission formés dans le com- être plus « efficace » que dans les réacteurs actuels (on verra que
bustible. cela est loin d’être démontré vis-à-vis de la rétention du tritium).
Nota (1) : les combustibles solides sont en général contenus à l’intérieur d’une gaine,
qui constitue la première barrière de protection vis-à-vis des produits radioactifs. Cette
La défense en profondeur consiste à disposer de plusieurs gaine n’existe pas dans le cas de combustible fondu.
« lignes de défense » vis-à-vis des agressions pouvant affecter l’un
● Les projets modernes de HTR de faible puissance misent sur
ou l’autre des éléments permettant d’atteindre les objectifs de
sûreté. On disposera ainsi de plusieurs moyens d’arrêter la réaction l’évacuation passive de la puissance résiduelle, et tendent à lui attri-
en chaîne, de systèmes redondants et diversifiés d’évacuation de la buer une fiabilité absolue ; c’est oublier qu’un système passif a ses
puissance résiduelle, de plusieurs barrières entre les produits propres modes de défaillance qu’il importe d’analyser en détail.
radioactifs et l’environnement. On s’efforcera de rendre ces diffé-
rents moyens aussi indépendants que possible les uns des autres, et Deux idées essentielles sont à retenir de ce bref aperçu : les
de prévoir, pour chacun d’entre eux, une surveillance permanente différentes filières qui font aujourd’hui l’objet de réflexions plus
ou périodique destinée à garantir leur disponibilité. ou moins avancées ne doivent pas être écartées a priori pour
Étant par nature qualitative, cette deuxième approche est très des motifs liés à la sûreté, mais aucune ne peut « se vendre » en
utile, mais elle n’est pas suffisante pour une évaluation quantitative affirmant qu’elle est plus sûre que les autres. En pratique, cha-
de la sûreté. Elle semble, par contre, plus facile à comprendre par le que projet doit être amené à un stade de développement suffi-
public. sant pour permettre une analyse détaillée de sûreté. Celle-ci
Enfin, tout aussi important pour la sûreté, est le comportement devra démontrer que les principes de défense en profondeur
des hommes en charge de concevoir, construire, exploiter et contrô- sont respectés et que les objectifs probabilistes quantitatifs, rap-
ler les installations. À la suite des accidents de Three Mile Island aux pelés plus haut, sont atteints.

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2

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Référence Internet
D4005

Production d’énergie électrique


par sources renouvelables

par Bernard MULTON


Agrégé de Génie Électrique
Docteur de l’Université de Paris 6
2
Professeur des Universités de l’École Normale Supérieure de Cachan-Antenne de Bretagne

1. Hydraulique................................................................................................ D 4 005 - 2
2. Solaire thermodynamique ..................................................................... — 3
3. Solaire photovoltaïque ........................................................................... — 4
4. Aérogénération (éoliennes) ................................................................... — 6
5. Générateurs utilisant la houle.............................................................. — 8
6. Production marée-motrice et par les courants marins ................. — 8
7. Électricité géothermique ....................................................................... — 9
8. Génération et cogénération à partir de la biomasse
ou de déchets............................................................................................ — 10
9. Conclusion ................................................................................................. — 11
Références bibliographiques ......................................................................... — 11

’électricité, forme propre de l’énergie par excellence, est aujourd’hui


L produite, à près de 80 %, grâce à la combustion des carburants fossiles ou
de l’uranium 235 (fission nucléaire), ressources épuisables [D 3 900]. Elle
contribue ainsi abondamment à la production de déchets nuisibles pour l’envi-
ronnement. Les ressources énergétiques renouvelables sont pourtant considé-
rables et parfaitement capables, à long terme, de satisfaire la majeure partie de
nos besoins. Mais outre l’hydroélectricité, technologie parfaitement mature, les
solutions de conversion des ressources renouvelables, que sont le soleil, le
vent, la houle, la biomasse, etc., sont encore en phase de décollage industriel
et ne représentent qu’une faible part dans le bilan global.
Après de nombreux soubresauts, les contraintes environnementales, le rap-
prochement de l’échéance d’épuisement des ressources fossiles et fissiles ainsi
que les soucis d’indépendance énergétique conduisent depuis les années 1990
à un décollage significatif des filières de production d’électricité d’origine
renouvelable, qualifiées de nouvelles, c’est-à-dire hors « grande hydroélec-
tricité ».
Le présent article a pour objectif principal de faire prendre conscience, au
lecteur, des évolutions des « filières nouvelles » ainsi que de leur potentiel
énergétique et économique. Enfin, il est loin d’être exhaustif, notamment dans
les domaines les plus émergents dans lesquels la « nature économique » n’a
pas encore opéré de sélection.

Le lecteur trouvera en [D 4 006] des éléments de comparaison de ces différents types de


source d’énergie.
Parution : mai 2003

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D4005

PRODUCTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE PAR SOURCES RENOUVELABLES ___________________________________________________________________________

1. Hydraulique
Géothermie éolienne
et autres 1 %
Hydraulique 22 %

Contexte de la production d’électricité


Thermique
« fossile » 65 %
La production d’énergie électrique s’est développée dès la fin Nucléaire 12 %
du XIXe siècle et s’est organisée rapidement en réseaux, l’objec-
tif étant de mettre à disposition du plus grand nombre cette res-
source produite à partir d’usines centralisées fonctionnant à
partir de l’énergie hydraulique et des combustibles fossiles. Le Puissance installée (3 400 GW)

2
transport en courant alternatif s’est, dans ce contexte et avec les
moyens technologiques de l’époque, rapidement imposé. Les Géothermie éolienne
puissances unitaires des usines de production ont réguliè- et autres 2 %
rement crû jusque, dans les années 1980, à des valeurs supé- Hydraulique 19 %
rieures au gigawatt.
À la fin du XXe siècle, on a assisté à deux évolutions
Thermique
importantes. D’une part, une production d’énergie électrique « fossile » 62 %
autonome ou en « site isolé » a été proposée aux consom- Nucléaire 17 %
mateurs qui ne disposaient pas du réseau (zones rurales des
pays en voie de développement) ou pour ceux qui en étaient
éloignés et pour lesquels le coût de raccordement était supé-
rieur à l’investissement dans un système de production auto- Énergie annuelle produite (15 · 1012 kWh)
nome. Les puissances unitaires de ces systèmes, à l’échelle de
l’habitat individuel ou de la collectivité locale, sont relativement
Figure 1 – Répartition par sources primaires de la production
faibles de la centaine de watts à quelques dizaines de kilowatts.
d’électricité (données 2000)
D’autre part, l’ouverture à la concurrence des marchés de l’élec-
tricité a permis à des investisseurs de produire de l’électricité à
partir de relativement petites unités généralement thermomé-
caniques (turbines à gaz).
Enfin, les prises de consciences environnementales ont
30 000
Production d'électricité
(109 kWh)

conduit à une croissance de l’exploitation des ressources renou- Autres renouvelables


velables (figure 1), ce qui a encore amplifié le phénomène de 25 000
Hydroélectricité
décentralisation (ou de distribution) de la production d’énergie 20 000 Nucléaire
électrique. 15 000 Gaz naturel

On rencontre ainsi deux situations fondamentales de produc- 10 000 Pétrole


tion d’électricité, celles en réseaux interconnectés et celles 5 000 Charbon
autonomes. Le réseau offre l’immense avantage de la mutuali- 0
sation des ressources et du lissage de la consommation et per- 1971 1980 1990 2000 2010 2020 Années
met ainsi de réduire la nécessité d’un stockage intermédiaire. Le
Prévisions
réseau est stabilisé en adaptant, en temps réel, la production à
la consommation. En site isolé, la stabilité de la fréquence et de
la tension est assurée par la régulation du système de produc- Figure 2 – Progression au niveau mondial de la production
tion s’il utilise du carburant comme source primaire et par la d’électricité des sources primaires (données Agence Internationale
présence d’un système de stockage s’il exploite des ressources de l’Énergie)
fluctuantes comme le soleil ou le vent. Notons que les réseaux
ont également recours à des systèmes de stockage hydrau-
lique : lors des périodes de basse consommation, certaines cen-
trales spécifiques pompent l’eau d’un bassin inférieur vers un C’est aujourd’hui, et de très loin, la première source d’électricité
bassin supérieur ; cette eau (énergie potentielle) est turbinée d’origine renouvelable. La puissance installée dans le monde
dans les périodes de pointe. Cela permet notamment de prolon- atteint 740 GW pour une production annuelle de 2,7 · 1012 kWh.
ger la durée de vie des centrales thermiques en réduisant la fati- C’est une solution extrêmement attractive qui est exploitée au voi-
gue occasionnée par les variations de puissance. sinage du maximum de son potentiel dans de nombreux pays
Des évolutions importantes se préparent dans le secteur de la industrialisés. En France, environ 90 % des ressources sont utili-
production d’électricité [2] [3]. On prévoit, jusqu’en 2020, que, sées. Certaines régions du monde sont plus favorisées que
malgré une forte croissance des solutions alternatives, les d’autres (Norvège, Québec, Amazonie, Chine...) mais une grande
sources traditionnelles resteront largement dominantes partie des zones habitées sont traversées par des cours d’eau dont
(figure 2). Ce n’est que vers 2050 [D 3 900], réf. [1] que l’on envi- le potentiel est souvent encore peu exploité (11 % en Asie, 7 %
sage une part considérable des sources d’énergie renouve- dans les pays de la CEI et 4 % seulement en Afrique).
lables, autres qu’hydraulique, dans la production d’électricité. Au niveau mondial, l’énergie hydraulique pourrait permettre de
Alors, pourquoi se préoccuper de ces changements aussitôt ? produire annuellement 40,5 · 1012 kWh. Sur l’ensemble des sites,
Parce que ces systèmes stratégiques nécessitent une longue 14,3 · 1012 kWh seraient techniquement exploitables soit plus que
maturation industrielle pour atteindre la fiabilité et la compéti- la consommation actuelle totale d’électricité [4]. La Chine arrive au
tivité nécessaires. C’est la raison pour laquelle de très nombreu- premier rang en terme de potentiel avec 370 GW constructibles et
ses nations subventionnent le rachat d’une électricité qui n’est 1 900 · 109 kWh annuels.
pas encore compétitive surtout lorsque l’on ne sait pas
considérer les coûts annexes, notamment environnementaux. La plus grande centrale (Itaipu) sur la frontière du Brésil et du
Paraguay a une puissance de 12,6 GW (début de la mise en service

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D4005

__________________________________________________________________________ PRODUCTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE PAR SOURCES RENOUVELABLES

en 1991, 90 · 109 kWh produits en 1999). La croissance du marché


s’effectue surtout dans les pays en voie de développement possé-
2. Solaire thermodynamique
dant les ressources.
Le potentiel de l’énergie solaire est énorme [D 3 900], réf. [1] et
Exemple : la construction en Chine d’une centrale de 18 GW (bar- les différences d’énergie reçue annuellement, entre les zones les
rage des Trois Gorges), soit 27 générateurs de 700 MW, dont la mise plus ensoleillées et celles qui le sont le moins, ne varient que dans
en service a commencé en 2002, mérite d’être mentionnée. Plus d’un un rapport 1 à 2. Mais l’irradiation solaire est fluctuante (alter-
million de personnes ont été déplacées, plusieurs sites archéologiques nances jour-nuit, rythmes saisonniers, nuages), elle nécessite un
majeurs ont été inondés et il y aura des conséquences sur l’environne- stockage en site isolé et peut se faire au « fil du soleil » lorsque l’on
ment. est connecté au réseau.
Lorsque le relief le permet, l’énergie hydraulique offre un inté- La puissance maximale rayonnée au niveau du sol vaut environ
ressant moyen de stockage d’énergie appelé « stockage hydrauli- 1 kW/m2 et peut atteindre 1,2 kW/m2 dans certaines situations de

2
que gravitaire ». réflexion nuageuse. Un carré de 100 m de côté dans le sud de la
France reçoit 14 · 106 kWh thermiques annuels, soit 1 400 kWh/m2
Exemple : en France, dans l’usine de Grand’Maison, 2 bassins
annuels, avec des pointes de puissance de 12 MW.
séparés de 935 m de dénivelée et d’une contenance de 170 Mm3,
permettent le stockage de 400 · 106 kWh. Douze groupes turbo- ■ Héritées des solutions des centrales thermiques à combustibles,
alternateurs de 150 MW peuvent fournir des pointes de puissance de les centrales solaires thermodynamiques permettent d’exploiter
1,8 GW et 8 sont réversibles pour le pompage en période creuse. directement la chaleur rayonnée par le soleil pour chauffer de l’eau
en vapeur via un fluide caloporteur. Un stockage intermédiaire de
Cette forme de stockage d’énergie est très utilisée dans le
chaleur permet de lisser la production. Même avec les faibles rende-
monde. En France ce sont 4,3 GW qui sont installés pour cette
ments thermodynamiques des turbines à vapeur (30 % environ), on
fonction avec une énergie annuelle rendue de 5,2 · 109 kWh, le ren-
peut envisager, dans un tel carré, une production annuelle électri-
dement énergétique (sur un cycle complet de stockage et déstoc-
que de 4 · 106 kWh avec une puissance électrique crête de 3 MW
kage) étant de l’ordre 60 à 70 %.
environ.
Les petites centrales hydrauliques (PCH) sont attractives pour
une production décentralisée et pour accroître encore l’exploitation Pour la production à grande échelle, on trouve principalement
de cette ressource. Il s’agit, par définition, des puissances infé- deux grandes familles de systèmes solaires thermodynamiques [6].
rieures à environ 10 MW (la fourchette va de 0,5 MW au Luxem- La première utilise des capteurs paraboliques, cylindro-parabo-
bourg à 50 MW au Brésil). Elles sont considérées comme faisant liques, également appelés « auges », au fond desquels se trouve
partie des nouvelles solutions de production d’électricité d’origine un tube parcouru par un fluide caloporteur. Leur axe de rotation
renouvelable et font l’objet d’incitations, notamment à travers une orienté Nord-Sud permet le suivi du soleil d’Est en Ouest. La
tarification de rachat du kWh avantageuse. On estime la production figure 3a montre le schéma d’une telle auge solaire. La figure 3b
annuelle mondiale des PCH à 100 · 109 kWh. En France, alors que est une photographie d’un détail de la plus grande centrale solaire
la grande hydroélectricité a quasiment atteint la saturation, il reste thermodynamique (80 MW). En Californie, de 1984 à 1991, neuf
encore un potentiel d’évolution des PCH, soit 3 500 unités pour une usines de 13,8 à 80 MW ont été construites et totalisent une puis-
puissance maximale de 1 700 MW et environ 7 · 109 kWh annuels. sance de 354 MW. Le facteur de concentration du rayonnement
Les hydrogénérateurs sont constitués d’une turbine hydraulique solaire est de 30 à 60 et permet d’échauffer le fluide caloporteur
associée à une génératrice électrique. Celle-ci est de type asyn- (huile) à 390 oC. Un échangeur de chaleur permet de produire de
chrone jusqu’à 2 MW environ et synchrone au-delà. Jusqu’à des la vapeur à 370 oC sous 10 bar. Le rendement complet du système
puissances de l’ordre de la dizaine de MW, la turbine lente entraîne a atteint, dans les meilleures conditions, une valeur de 22 %,
la machine électrique à travers un multiplicateur de vitesse. Les sachant que celui de la turbine est de 37 %.
rendements de conversion sont de l’ordre de 60 à 90 % selon les La seconde famille exploite une tour contenant une chaudière
turbines, les pertes de charge dans les conduites et les géné- vers laquelle est concentré le rayonnement capté par un champ
ratrices. d’héliostats (figure 4a ). En France, la centrale Thémis dans les
Des gains significatifs de productivité (de l’ordre de 10 à 15 %) Pyrénées a permis de tester ce principe durant les années 1980 [7].
pourraient être apportés grâce à la vitesse variable ainsi que grâce Un ensemble de 200 miroirs (rendement de 90 %) à orientation
à des générateurs à plus haut rendement, surtout en petites puis- pilotée dirigeait le rayonnement solaire vers une tour de 100 m,
sances (machines à aimants). Mais ces technologies, couramment dans une cavité de 56 m3. Une puissance thermique de 9 MW
employées dans le secteur éolien, n’ont pas encore pénétré ces conduisait à une puissance électrique de 1,8 MW mais le
marchés. rendement s’est malheureusement révélé plus faible quand le
rayonnement solaire était insuffisant. En outre, la nécessité de
Le tableau suivant [5] donne des exemples de coûts d’investisse- maintenir la température du fluide (sels fondus), en l’absence de
ment pour des petites centrales hydroélectriques. Ces coûts dépen- soleil, a conduit à un rendement net de l’ordre de 15 %. Le coût du
dent fortement de la part de génie civil pour la construction de kWh produit ne s’est pas révélé compétitif dans le contexte
barrages, de conduites éventuellement sur de grandes distances, politico-économique de l’époque, l’expérience n’a pas donné
très dépendante de la topographie. suite en France. Cependant, il y a eu d’autres expériences plus
(0)

concluantes à l’étranger notamment aux USA. La figure 4b montre


l’usine expérimentale Solar Two de 10 MW électriques en Califor-
Puissance Coût de l’usine complète (€ / W) Génératrices nie qui a été mise en service à la fin des années 1990. Cette instal-
lation comprend une tour de 100 m, 2 000 héliostats et des
70 kW 4,3 asynchrone réservoirs de stockage.
70 kW 3,9 asynchrone Les centrales solaires thermodynamiques peuvent être avan-
tageusement couplées avec un autre mode de chauffage, par
180 kW 3 asynchrone exemple au gaz. Le coût de production du kWh peut ainsi devenir
800 kW 1,4 asynchrone compétitif et de très nombreux projets sont en préparation dans le
monde. On peut considérer que la filière technologique à auges a
2,9 MW 0,9 synchrone atteint une bonne maturité industrielle, le coût de production du
kWh atteint 0,1 € et même 0,08 € lorsqu’elle est hybridée avec un
3,5 MW 0,6 à 1,3 synchrone chauffage au gaz.

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2

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Référence Internet
D4006

Sources renouvelables d’électricité


Des chiffres pour comparer
par Bernard MULTON
Agrégé de Génie Électrique

2
Docteur de l’Université de Paris 6
Professeur des Universités de l’École Normale Supérieure de Cachan-Antenne de Bretagne

1. Contexte du coût de production ......................................................... D 4 006 - 2


2. Bilan comparatif....................................................................................... — 2
2.1 Définitions .................................................................................................... — 2
2.2 Remarques ................................................................................................... — 2
Références bibliographiques ......................................................................... — 4

es sources d’électricité renouvelables que sont l’hydraulique, le solaire,


L l’aérogénération, etc., font l’objet de l’article précédent [D 4 005].
Dans cet article, nous nous contentons de récapituler les données de produc-
tion, de croissance et de coût afin de donner au lecteur des éléments de
comparaison des différents types de sources d’énergie.
Parution : mai 2003

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41
2

42
Référence Internet
D4008

Production d’électricité
par aménagements hydrauliques

par Pierre LAVY


Ingénieur de l’École nationale supérieure d’ingénieurs électriciens de Grenoble (IEG)
Ancien directeur technique de l’hydraulique d’EDF
2
1. Ressources naturelles............................................................................. D 4 008 – 3
1.1 Topographie et géologie ............................................................................. — 3
1.2 Hydrologie.................................................................................................... — 3
1.3 Étude des crues............................................................................................ — 4
1.4 Qualité de l’eau ............................................................................................ — 4
2. Impact environnemental ........................................................................ — 4
2.1 Effets des barrages ...................................................................................... — 4
2.2 Effets sur l’aval des barrages...................................................................... — 4
2.3 Impact économique local............................................................................ — 4
3. Aménagements......................................................................................... — 5
3.1 Caractéristiques d’une chute ...................................................................... — 5
3.2 Types de production .................................................................................... — 5
3.3 Valeur économique d’un aménagement ................................................... — 5
3.4 Types d’aménagements .............................................................................. — 5
4. Ouvrages..................................................................................................... — 7
4.1 Barrages ....................................................................................................... — 7
4.2 Ouvrages annexes ....................................................................................... — 9
4.3 Ouvrages de dérivation............................................................................... — 11
4.4 Centrales....................................................................................................... — 14
5. Matériels..................................................................................................... — 15
5.1 Matériels des prises..................................................................................... — 15
5.2 Vannes .......................................................................................................... — 15
5.3 Turbines ........................................................................................................ — 17
5.4 Paliers, butées et pivots .............................................................................. — 17
5.5 Matériels électriques ................................................................................... — 18
5.6 Services auxiliaires...................................................................................... — 18
6. Automatismes........................................................................................... — 19
6.1 Automates de groupe.................................................................................. — 19
6.2 Automate de centrale .................................................................................. — 19
6.3 Télésurveillance ........................................................................................... — 19
7. Exploitation ............................................................................................... — 20
7.1 Principes ....................................................................................................... — 20
7.2 Maintenance courante................................................................................. — 20
7.3 Maintenance programmée ......................................................................... — 20
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 4 008

’hydroélectricité a permis, avec l’électricité des centrales thermiques à com-


L bustibles puis nucléaires, de mettre à disposition de l’industrie et des parti-
culiers l’énergie nécessaire à leur développement. Dans les pays développés, la
quasi-totalité des ressources hydrauliques rentables est équipée et la demande
augmentant, l’hydroélectricité perd sa primauté, sauf dans les pays nordiques.
Parution : mai 2004

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PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ PAR AMÉNAGEMENTS HYDRAULIQUES ____________________________________________________________________________

En revanche, de grandes réserves sont en voie d’équipement dans les pays en


voie de développement et les pays asiatiques.
Les systèmes électriques des pays développés étaient très liés aux organisa-
tions nationales jusqu’à la fin du XXe siècle. Mais la libération de l’organisation
menant à l’ouverture des marchés de l’électricité conduira à modifier les critères
d’investissement dans l’hydraulique (voir l’article [D 4 007] « Le secteur
électrique : du monopole à la concurrence »).
Les qualités de l’hydroélectricité pour l’équilibre permanent entre la produc-
tion et la consommation sont un atout de pérennité :
— une énergie renouvelable et propre ;

2
— un coût combustible nul et une énergie nationale ;
— une excellente disponibilité sur l’année (~ 90 %) ;
— une fiabilité des réponses aux sollicitations (~ 99 %) ;
— des temps de réponse très courts (de l’arrêt à la pleine puissance en quel-
ques minutes).
L’augmentation de la consommation globale d’énergie des pays développés,
et ses conséquences sur la détérioration de l’environnement, a conduit à repen-
ser au développement des énergies renouvelables, l’hydroélectricité restant de
loin la plus importante en terme de production. Les grandes retenues d’eau
avaient principalement pour but de fournir une réserve d’électricité, elles ont de
plus en plus des buts multiples : irrigation, soutien d’étiage, écrêtement de
crues, alimentation en eau industrielle ou potable, tourisme, etc.
Les études doivent préciser les coûts d’investissement nécessaires, leur étale-
ment, les coûts d’exploitation et les actifs apportés par la production capitalisée.
Elles doivent déterminer le meilleur investissement pour utiliser le gisement
hydraulique et limiter les impacts sur l’environnement.
Un aménagement hydroélectrique comprend un barrage créant une retenue
d’eau plus ou moins importante, une prise d’eau dans cette retenue, des ouvra-
ges d’amenée, une usine de production, une restitution au cours d’eau, une
ligne d’évacuation d’énergie et des accès aux sites.
Le lecteur est invité à consulter les articles suivants :
— sur l’évaluation des risques naturels [C 3 295] ;
— sur les barrages [C 5 555] ;
— sur les aménagements hydroélectriques [B 4 405] ;
— sur les turbines hydrauliques [B 4 402] et [B 4 407] ;
— sur les alternateurs [D 3 550], [D 3 551], [D 3 552] et [D 3 775] ;
— sur les petites centrales hydrauliques [D 3 930].

Notations et symboles Notations et symboles


Symbole Unité Désignation Symbole Unité Désignation

Ce kWh/m3 Coefficient énergétique Qe m3/s Débit d’équipement


de l’équipement
Qj m3/s Débit moyen journalier
h m Hauteur brute de chute
qm L · s−1 · km−2 Débit spécifique
hn m Hauteur de chute nette (ou m/s)

Ip Indice de productibilité S m2 Surface

k Coefficient V m3 Volume

L m Longueur Waa kWh Production réelle annuelle


M m3/s Module, débit moyen Wap kWh Productible moyen annuel
interannuel
Wpm kWh Productibilité annuelle
P W Puissance installée
Wt W Puissance de turbine
Pg W Puissance garantie
νt Rendement de turbine
Q m3/s Débit de turbine
Qc m3/s Débit de pointe

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____________________________________________________________________________ PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ PAR AMÉNAGEMENTS HYDRAULIQUES

1. Ressources naturelles Les électriciens ont contribué à bien connaître l’hydrologie des
bassins qui est répertoriée dans des annuaires à disposition de tous
les utilisateurs de l’eau. Les valeurs des débits journaliers sont
connues de façon précise au niveau d’une centrale car le débit tur-
La puissance hydraulique utilisable est proportionnelle au débit
biné est déduit de la production journalière grâce aux caractéristi-
d’eau et à la hauteur de chute d’eau. L’utilisation des ressources ques de la turbine. En site vierge, les débits ont été établis par une
nécessite donc une connaissance de l’environnement du cours station de jaugeage, ou limnimétrique, au plus près des sites envisa-
d’eau. gés. En effet, les précipitations ne se transforment pas en totalité en
écoulement, une partie non négligeable retourne dans l’atmosphère
par évaporation et transpiration et une autre dans les nappes sou-
1.1 Topographie et géologie terraines par infiltration. En France, ces pertes représentent près des
deux tiers des précipitations. En montagne, le stock neigeux est utile
à connaître pour estimer l’équivalence en écoulement, les pertes

2
La topographie permet de connaître précisément la surface du pouvant être importantes par sublimation (15 à 20 %).
bassin versant qui alimente la rivière, son altitude, ce qui condi- Les chroniques de débits journaliers sur la plus grande période
tionne le régime des écoulements. Le profil en long de la rivière per- connue permettent de définir les valeurs qui permettront le dimen-
met de situer le barrage et les ouvrages de dérivation pour sionnement économique des ouvrages :
optimiser le ratio entre la longueur des ouvrages de dérivation et la
hauteur de chute (L/h) (voir l’article [C 5 555] sur les barrages). — le débit moyen journalier (Qj en m3/s), moyenne des débits de
chaque jour ;
La topologie des versants permet de situer les ouvrages impor- — le module ou débit moyen interannuel (M en m3/s), moyenne
tants. Un barrage se situe au verrou rocheux à la sortie d’une des 365 débits journaliers ;
cuvette, la centrale se situe dans une cuvette utilisant au mieux la — le débit de pointe de la plus grande crue connue Qc ;
chute avec des longueurs d’ouvrages d’amenée réduites. — le débit spécifique moyen annuel qm = M/S, S étant la surface
La géologie permet de préciser la faisabilité des ouvrages. La du bassin versant.
cuvette du barrage doit être étanche sans grands travaux d’étan- Le débit spécifique qm permet de comparer les bassins versants
chéité complémentaire. La géologie du verrou détermine la faisabi- et de calculer les débits moyens par interpolation entre stations de
lité du barrage et son type. Les propriétés mécaniques du verrou jaugeage. En Europe, leur valeur varie de 20 L · s−1 · km−2 en monta-
doivent permettre de reprendre les forces appliquées au barrage. gne à 6 L · s−1 · km−2 en plaine.
Les données sismologiques de la région permettent de déter- La courbe chronologique des débits moyens journaliers et, si les chro-
miner la tenue aux séismes du projet. Elles servent pour les calculs niques sont suffisantes, les courbes d’occurrence à différents pourcenta-
des structures. ges de Qj permettent de calculer les productions potentielles brutes.
Les glissements de terrain éventuels sont répertoriés et leurs évo- La courbe des débits Qj classés par ordre décroissant permet de
lutions prises en compte pour évaluer leur dangerosité par rapport définir le nombre de jours dépassant une valeur déterminée (figure 1).
à la retenue.
La courbe des débits cumulés sur une année tracée pour des années
moyennes et extrêmes permet de préciser le volume de la retenue.

1.2 Hydrologie 10
Q (m3/s)

Elle précise les apports d’eau, leur évolution selon les saisons, 9
leur régularité et les phénomènes extrêmes, mais aussi les trans-
ports solides du cours d’eau. On classe les régimes de débit de la
8
façon suivante :
— régime glaciaire avec des débits importants en été jusqu’en
août ; 7
— régime nival lors de la fonte de la neige au printemps ;
— régime pluvial océanique ou tropical selon les latitudes ; 6
— régime complexe pour les grands fleuves qui ont des bassins
versants très diversifiés ;
5
— régime particulier comme les régimes cévenols ou méditerra-
néens.
4
Rappel historique Débit moyen M : 3 m3/s
3
Depuis l’Antiquité, la force de l’eau a été utilisée pour des uti-
lisations mécaniques (moulins, forges, scieries...). Au 2
XIXe siècle, de grandes évolutions conduisent au concept des
centrales hydroélectriques d’aujourd’hui. Dès 1827, les turbines
font leur apparition, améliorant l’efficacité et la puissance cap- 1
tée par les roues à aubes. En 1869, la première conduite forcée
permet d’utiliser une chute de 200 m et 700 kW, portée à 500 m 0
et 1 800 kW en 1882. Parallèlement, la découverte des lois de J F M A M J J A S O N D
l’électromagnétisme permettant de transformer l’énergie méca-
nique en énergie électrique conduit à la mise au point de l’alter-
nateur. Enfin, les premières lignes de transport (1883) 0 100 200 300 365
Jours
permettent d’utiliser l’électricité loin des sites de production et
conduiront à la création des réseaux de transport et de distribu-
Figure 1 – Courbe des débits classés et répartition des débits
tion de l’électricité chez les consommateurs.
moyens mensuels

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PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ PAR AMÉNAGEMENTS HYDRAULIQUES ____________________________________________________________________________

1.3 Étude des crues sources et peut influer sur les glissements de terrain des versants. Et
enfin, la masse d’eau des retenues importantes peut provoquer des
microséismes locaux au premier remplissage.
L’aménagement ne doit en aucun cas aggraver les conséquences ■ Risques de rupture : un barrage stocke une énergie potentielle
des crues et si possible les atténuer. La connaissance des crues est énorme. Bien que l’amélioration des techniques de construction, la
nécessaire pour dimensionner les évacuateurs et la déviation provi- surveillance et l’auscultation des barrages, l’amélioration des
soire pendant la construction du barrage. connaissances hydrométéorologiques et géologiques, réduisent le
Dans les bassins versants de montagne, les crues sont produites risque de rupture, il ne peut être considéré comme nul. Les principa-
par la fonte rapide des neiges due en général à un vent chaud (le les causes de rupture sont l’insuffisance des évacuateurs de crues
fœhn) suivi de pluies chaudes. En plaine, elles sont surtout dues à (sur les barrages en terre ou en enrochements) et le mauvais com-
des épisodes pluvieux importants et longs. portement des fondations (en général au premier remplissage).
La connaissance des épisodes de crues enregistrés dans les chro-

2
■ Obstacle sur les transports solides : les corps flottants sont arrê-
niques et les connaissances des précipitations et du bassin permet- tés, ce qui peut constituer un moyen de nettoyer la rivière. Les trans-
tent de déterminer par des méthodes statistiques les probabilités ports solides sont stockés dans le réservoir. En se déposant dans la
d’ordre 10−n, n = 1 à 4, des crues extrêmes et leurs hydrogrammes. retenue, les limons en diminuent la capacité ; un amoncellement
Ces méthodes reconnues internationalement par la Commission trop important contre le barrage peut conduire à obstruer les vidan-
internationale des grands barrages (CIGB) sont le GRADEX (gra- ges de fond. Des chasses doivent être pratiquées lors des crues pour
dient de valeur extrême de précipitation) ou la PMP (pluie maximum diminuer cet impact.
probable). Bien que les bases de calcul soient enrichies avec chaque
épisode de crue importante, ces méthodes statistiques sont basées ■ Conséquences du stockage de l’eau : le stockage de l’eau conduit
sur des chroniques restreintes à quelques décennies. Des rensei- à une stratification thermique et chimique dans les retenues. En pro-
gnements complémentaires, administratifs ou témoignages oraux, fondeur, la température reste voisine de 4 ˚C et, en surface, l’eau
sur les phénomènes extrêmes sont à rechercher auprès des rive- subit les influences de l’air (température, vent). Le ralentissement
rains et des responsables locaux pour compléter la connaissance du du courant amène une évolution de la flore (plancton, algues). Si les
cours d’eau. sédiments sont chargés en nitrates ou phosphates, cette évolution
peut aller jusqu’à l’eutrophisation qui conduit à une réduction de
l’oxygène dissous et à la modification de la faune.
Les grandes retenues peuvent apporter des modifications locales
1.4 Qualité de l’eau de climat en augmentant l’évaporation de l’eau et en favorisant
l’apparition de brouillards. Dans les pays tropicaux, le développe-
ment des maladies parasitaires est favorisé.
L’eau des cours est toujours chargée des matières solides
d’érosion qu’elle engendre et l’aménagement modifie les dépôts
habituels de ceux-ci. En montagne, ce sont surtout des rochers, des
cailloux, des graviers ; en plaine plutôt des sables et limons. Les 2.2 Effets sur l’aval des barrages
conséquences sont :
— l’envasement des retenues qui en diminue la capacité et sur-
tout risque de gêner le fonctionnement des organes de vidange ; ■ Érosion : l’absence des limons stockés dans la retenue conduit, à
— l’envasement des canaux qui augmente les pertes de charge et l’aval, à une érosion du lit de la rivière. Il est parfois nécessaire de
diminue les gabarits sur les canaux navigables ; construire des seuils pour y remédier. Sur les grands fleuves qui irri-
— l’usure des matériels, principalement des turbines. guent des vallées alluvionnaires, le défaut de limons peut être
La grosseur des éléments solides et la vitesse de l’eau condi- néfaste à l’agriculture.
tionne le dépôt, le roulage sur le fond ou le maintien en suspension.
■ Conséquences des canalisations : les galeries d’amenée consti-
Les études théoriques confortées par des essais sur modèles dans tuent un drainage des massifs traversés si elles sont à écoulement
des laboratoires spécialisés permettent de préciser le dimensionne- libre ou, au contraire, font une mise en pression du massif si elles sont
ment des ouvrages de dégravement, des organes de chasse sur les en charge. L’hydrogéologie des versants doit donc être très étudiée
prises en rivière, et les fréquences de dragage dans les canaux. avant les travaux, en particulier les sources et glissements de terrain.
Nota : ces laboratoires spécialisés sont le Laboratoire national d’hydraulique (LNH) à
Chatou, la Société grenobloise d’études et d’applications hydrauliques (Sogreah), l’Institut ■ Suppression des crues moyennes : les grands barrages permet-
hydraulique de Grenoble, l’Institut hydraulique de Toulouse, le Laboratoire des machines tent en général d’encaisser les crues petites ou moyennes. Les
hydrauliques de l’École polytechnique fédérale de Lausanne.
conséquences peuvent être néfastes à la reproduction des poissons
Les qualités chimiques des eaux, en particulier le pH et la dureté, qui profitaient des crues pour rejoindre les frayères. L’absence de
sont à connaître pour déterminer les qualités des bétons à utiliser et crues favorise aussi l’envahissement des berges par la végétation,
les protections des matériels. réduisant ainsi le passage d’une crue exceptionnelle.
En revanche, les crues exceptionnelles ne sont pas néces-
sairement atténuées par les barrages (sauf s’ils sont construits pour
cela) et leurs dégâts sont toujours possibles.
L’endiguement des rivières de plaine peut accélérer les propaga-
2. Impact environnemental tions de crues. Les consignes de gestion des crues doivent en tenir
compte.

2.1 Effets des barrages


2.3 Impact économique local
■ Submersion des terrains : la construction d’un barrage et sa mise
en eau ont un impact foncier et social par l’inondation des terrains Outre l’intérêt économique de la production d’électricité, l’amé-
agricoles ou forestiers et l’éventuel déplacement de population. La nagement a des incidences sur le développement local avec la
retenue influe sur les niveaux des nappes phréatiques et sur les construction d’équipements, de voies d’accès et de communication

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(ponts, route sur le barrage). Les équipements hydroélectriques Exemple : centrales de Herdecke (1930) et Waldeck (1933) en Alle-
sont très capitalistiques et les incidences sur les taxes locales sont magne, du Lac-Noir (1939) dans les Vosges.
importantes. La création d’emplois directs d’exploitation n’est pas
très importante, mais elle se fait souvent dans des zones à faible On distingue :
densité de population. La présence de plan d’eau permet de créer un — le pompage journalier (temps de remplissage du bassin supé-
attrait touristique important (Serre-Ponçon, Vassivière). Certaines rieur < 8 h) ;
retenues ont des intérêts multiples outre la production d’électricité, — le pompage hebdomadaire (temps de remplissage < 50 h en
comme l’irrigation, la navigation, l’alimentation domestique, la fin de semaine) ;
régulation des débits (écrêtage des crues, soutien d’étiage). La navi- — le pompage saisonnier ou mixte : pompage et gravitaire.
gation est développée par l’adjonction d’écluses sur les ouvrages
(Rhin, Rhône).
Un cas particulier de pompage existe avec la centrale maré-
motrice de la Rance. Cette centrale équipée de 24 groupes bul-

2
bes réversibles peut turbiner en direct de la rivière vers la mer à
3. Aménagements marée basse, en inverse de la mer vers la rivière à marée haute,
et selon le coût de l’électricité pomper de la mer vers la rivière
pour produire plus à une heure de pointe.

3.1 Caractéristiques d’une chute


3.3 Valeur économique
Le débit d’équipement et la hauteur de chute sont les paramètres
principaux définissant le projet. La puissance installée P (exprimée d’un aménagement
en kilowatts) se calcule par la formule :
P = k · Qe · h Avant l’ouverture des marchés de l’électricité dans les réseaux
intégrés, l’actif d’un aménagement hydraulique se faisait par com-
avec k un coefficient dépendant du rendement global de paraison de son coût à celui d’une centrale à combustible produi-
l’installation et tenant compte des pertes de sant les mêmes services en production et en réglage. À l’avenir, les
charge le long du circuit hydraulique et des décisions dépendront de l’évolution des besoins en hydroélectricité
rendements globaux de la centrale (k ≈ 8), mais les valeurs à prendre en compte sont toujours les suivantes.
Qe le débit d’équipement (m3/s),
■ Coût de l’énergie hydroélectrique : il se décompose ainsi :
h la hauteur brute (m). — coût d’amortissement de l’équipement, important car les
La productibilité annuelle Wpm (kWh) d’un site est la production investissements sont lourds mais, les ouvrages étant robustes, la
qui serait faite à partir des débits moyens journaliers utilisables (Qj durée d’amortissement peut être très longue (50 ans) ;
diminués des débits réservés à la prise) dans des conditions idéales — charges financières selon le financement du projet ;
d’exploitation (pas de perte d’énergie, disponibilité totale). — charges d’exploitation comprenant la conduite, la mainte-
Le productible moyen d’une année Wap (kWh) correspond à la nance, les taxes (souvent lourdes) ;
production d’une année calculée avec les débits journaliers utilisa- — provisions pour renouvellement des composants dont la durée
bles. L’indice de productibilité Ip = Wap/Wpm dépend des apports de de vie est plus courte que celle du titre administratif, et pour le main-
l’année. tien du potentiel de production ;
— coûts du transport jusqu’au client.
La production réelle d’une année Waa (kWh) est l’énergie réelle-
ment produite compte tenu des éventuels déversements en crues ■ Valeur de la production
ou des pertes liées aux indisponibilités des équipements. ● La valeur de l’énergie produite est très différente dans le
La puissance garantie Pg (W) est la puissance disponible à coup temps :
sûr à une période déterminée. Elle a une valeur importante pour la — dans la journée, selon les heures : creuses de nuit, pleines de
conduite des réseaux. jour, de pointe (matin et soir) ;
Le coefficient énergétique de l’équipement Ce est la valeur en kilo- — dans la semaine (creux de samedi et dimanche) ;
wattheures d’un mètre cube turbiné. — selon les saisons : heures d’hiver, d’été, de demi-saison.
● La valeur des services rendus au réseau de transport
comprend :
3.2 Types de production — la puissance mobilisable rapidement : puissance garantie,
puissance de pointe ; à noter qu’un groupe hydraulique étant capa-
ble d’être rapidement couplé au réseau et à pleine puissance, il est
Selon la hauteur de chute, la capacité du réservoir et le débit uti- considéré comme « réserve tournante » quand il est disponible à
lisé, les aménagements sont dits : l’arrêt ;
— au fil de l’eau sur les basses chutes et gros débits ; — la régulation de fréquence et de tension rapide et
performante ;
— d’éclusée avec un réservoir permettant une modulation de la
production journalière ou hebdomadaire ; — la possibilité de renvoi de tension sur un réseau inerte, après
écroulement de tension (black-start), permettant de reconstruire le
— de lac avec un réservoir permettant un stockage saisonnier ou
réseau.
pluriannuel ;
— de transfert d’énergie entre deux retenues.
Le principe des aménagements de transfert d’énergie permet de 3.4 Types d’aménagements
remplir le réservoir supérieur par pompage pendant les heures de
faible coût d’énergie et de turbiner dans le réservoir inférieur pour
produire quand l’énergie est plus chère. Leur nécessité est apparue Ils se classent suivant les hauteurs de chute : basse chute
pour lisser les courbes de charge dès 1930 et actuellement en ( h  40 m ) , moyenne chute ( 40 m < h  200 m ) et haute chute
complément du parc nucléaire. (h > 200 m).

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© Techniques de l’Ingénieur D 4 008 − 5

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D4009

Production d’électricité par petites


centrales hydroélectriques
par Pierre LAVY
Ingénieur École Nationale Supérieure d’Ingénieurs en Électrotechnique de Grenoble

2
Ancien Directeur de filiale de petites centrales
Ancien Directeur Technique de l’Hydraulique d’EDF, Saint Denis, France
Note de l’éditeur
Cet article est la réédition actualisée de l’article D4009 intitulé « Production d’électricité par
petites centrales hydroélectriques » paru en 2004, rédigé par Pierre Lavy.

1. Études et définition de l’équipement........................................................ D 4 009v2 - 2


1.1 Études préliminaires ................................................................................... — 2
1.2 Études de faisabilité.................................................................................... — 3
1.3 Avant-projet détaillé ................................................................................... — 4
2. Déroulement du projet ............................................................................... — 4
2.1 Démarches administratives........................................................................ — 4
2.2 Avancement du projet ................................................................................ — 4
3. Génie civil et infrastructures...................................................................... — 5
3.1 Type d’aménagement................................................................................. — 5
3.2 Ouvrages de retenue .................................................................................. — 5
3.3 Ouvrages annexes ...................................................................................... — 6
3.4 Ouvrages de dérivation .............................................................................. — 6
3.5 Usine de production .................................................................................. — 8
3.6 Ligne de livraison d’énergie....................................................................... — 10
3.7 Accès aux sites ............................................................................................ — 10
4. Matériels hydrauliques............................................................................... — 10
4.1 Turbines ....................................................................................................... — 10
4.2 Vannes ......................................................................................................... — 12
4.3 Grilles et évacuation des corps flottants................................................... — 14
5. Matériels et services auxiliaires, matériels électriques........................... — 15
5.1 Matériels et services auxiliaires................................................................. — 15
5.2 Matériels électriques................................................................................... — 15
6. Automatismes et conduite. Exploitation.................................................. — 17
6.1 Régulation de vitesse (RV) ......................................................................... — 17
6.2 Régulation de tension (RU) ........................................................................ — 17
6.3 Automatismes de conduite et protection.................................................. — 17
6.4 Exploitation.................................................................................................. — 18
7. Conclusion ................................................................................................... — 18
8. Glossaire ...................................................................................................... — 18
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. D 4 009v2

’énergie hydroélectrique est une composante essentielle des énergies


L renouvelables et de la réduction de l’effet de serre.
En France comme en Europe, les aménagements importants ont été
construits dans les décennies passées. Leur exigence de forte capitalisation et
leur longue durée de vie font que la « grande » hydraulique n’a plus de déve-
Parution : mai 2017

Copyright © – Techniques de l’Ingénieur – Tous droits réservés


D 4 009v2 – 1

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D4009

PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ PAR PETITES CENTRALES HYDROÉLECTRIQUES ___________________________________________________________________

loppement important en Europe. Cependant, elle demeure un élément


fondamental pour la régulation et la stabilité des grands réseaux inter-
connectés, du fait de sa souplesse d’utilisation, de sa rapidité de réponse et de
sa disponibilité. Ces qualités sont de plus en plus indispensables pour com-
penser l’irrégularité des productions éolienne et solaire.
Les réglementations nationales et européennes, favorisant le développement
des énergies renouvelables, ont été mises en place pour diminuer les produc-
tions d’énergies polluantes ou accentuant l’effet de serre. La transition
énergétique voulue par la COP 21 a fixé des objectifs ambitieux. Des politiques
de prix ont été proposées aux industriels pour développer les énergies renou-
velables, et la petite hydraulique reste la meilleure réponse aux enjeux de

2 production écologique.
Dans les pays en développement, le rôle des petites centrales hydrauliques
est plus important, dans la mesure où les réseaux sont moins puissants et la
diversité des solutions hydrauliques permet des solutions locales et décentrali-
sées de production.
Le lecteur intéressé sur le sujet pourra trouver des informations complémen-
taires en particulier sur les machines dans [D 3930], [D 4008] et [B 4407].

La définition d’un équipement hydraulique se fait après une


Terminologie succession d’études visant à déterminer le meilleur investisse-
ment pour utiliser le gisement hydraulique. Le coût des études,
Les instances européennes appellent « petits aménagements s’il doit rester modeste (10 à 15 % du projet), doit conduire à mini-
hydroélectriques » ceux dont la puissance n’excède pas miser les risques économiques.
12 MW (loi de février 2002).
En France, ce parc représente plus de 1 800 centrales, totali-
sant une puissance de 2 000 MW et un productible de 1.1 Études préliminaires
8 500 GWh.
Ces petits aménagements hydroélectriques, dont la plupart Les études doivent prendre en compte l’ensemble des para-
sont au fil de l’eau, ne jouent aucun rôle dans la gestion d’un mètres physiques et administratifs de l’environnement du projet.
grand réseau et, de ce fait, peuvent admettre des simplifica- Trop de projets, dans le passé, ont manqué d’études approfondies
tions, tant au niveau de la conception (standardisation, simpli- et ont conduit à des résultats économiques décevants.
fication des circuits) que de l’exploitation, tout en assurant
Ces études ciblent deux objectifs :
une sécurité publique maximale par rapport aux personnes et
aux biens. – la sûreté pour être irréprochable relativement aux conditions
La conception des ouvrages et des matériels ne doit pas se environnementales et exemplaire pour le public ;
limiter à une simple réduction homothétique de ceux des – la rentabilité pour assurer l’économie du projet et le dévelop-
grosses centrales, mais doit répondre à des objectifs de : pement de l’hydraulique.
– simplicité ; Elles doivent débuter par la recherche de la meilleure utilisation
– grande fiabilité ; du gisement de la rivière, pour préserver l’avenir d’autres projets.
– durée de vie égale à celle du titre administratif, en général Pour cela, il faut rassembler les renseignements géographiques,
de 30 ans. géologiques, climatiques, hydrologiques, hydrogéologiques, et
La conception doit intégrer la nécessité d’une maintenance rechercher les divers documents sur la région. Les situations les
minimale et d’une périodicité rare. L’exploitation doit être plus propices seront recherchées pour la prise d’eau et la restitu-
simple et pouvoir être assurée par du personnel non spécia- tion.
lisé. Pour cela, la conduite et le fonctionnement sont entière-
Les études hydrologiques doivent être poussées pour optimiser
ment automatiques avec des équipements fiables et sûrs, et
le débit d’équipement et assurer la meilleure rentabilité du projet.
des réglages optimisant la production.
Le module (la moyenne interannuelle calculée sur le plus grand
nombre d’années possible), les valeurs moyennes mensuelles et
les valeurs extrêmes (figure 1), en crue et en étiage, doivent être
recherchés pour estimer les recettes en année normale, en année
1. Études et définition extrêmement sèche et aussi pour prévoir les équipements en
de l’équipement rivière qui permettront de passer les crues extrêmes, sans dom-
mage pour l’installation et l’environnement.
Beaucoup de données sur des chutes et débits des rivières fran-
Un aménagement hydroélectrique comprend : çaises sont recensées dans les annuaires hydrologiques des ser-
– une prise d’eau en rivière ou dans une retenue ; vices hydrologiques de l’administration, des agences de bassins
– des ouvrages d’amenée ; ou autres utilisateurs des rivières. Les renseignements oraux sur
– une usine de production ; les phénomènes extrêmes sont à rechercher auprès des riverains
– une restitution au cours d’eau ; et des responsables locaux pour compléter la connaissance de la
– une ligne d’évacuation d’énergie ; rivière. Les laisses de crues seront repérées pour corroborer les
– des accès aux sites. dires.

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1.2.2 Définition de l’équipement


Répartition des débits moyens mensuels
Courbe de débits classés Le débit d’équipement est le paramètre principal définissant le
projet. Plusieurs variantes sont étudiées pour comparer leurs
10 10 coûts et les recettes correspondantes.
9 9 Il s’agit d’abord d’établir le productible. Le productible moyen
Wpm correspond à la production d’une année calculée avec des
8 8
débits journaliers, qui sont la moyenne des débits de ce jour,
7 7 observés sur la plus grande période possible et en utilisant tous
Débits en m3/sec

Débits en m3/sec
6 6
les débits.
L’énergie produite dépendra du débit d’équipement. La puis-
5 5
sance installée P (kW) se calcule par la formule :
4
3
Débit moyen 3 m3/sec
4
3 2
2 2 avec k coefficient dépendant du rendement global de
l’installation, tenant compte des pertes de
1 1 charge le long du circuit hydraulique et des
0 0 rendements de chaque machine, turbine,
J F M A M J J A S O N D multiplicateur, alternateur, transformateur,
auxiliaire. Pour les machines importantes et en
0 100 200 300 365
première approximation, on peut prendre k = 8,
entre 6 et 8 pour les machines plus faibles,
Figure 1 – Courbe des débits classés (nombre de jours atteignant
cette valeur de débit) et débits moyens mensuels Qe débit d’équipement (m3/s),
h hauteur brute (m).

Sur certains cours d’eau, et en cas d’incertitude, il peut s’avérer Le productible théorique Wt se calcule à partir de cette puis-
nécessaire d’installer un limnigraphe près du site prévu de la prise sance et des données hydrologiques limitées au débit Qe d’équi-
d’eau. Ces appareils s’installent au plus tôt, dans un endroit pement. Pour cela on utilise la courbe des débits classés qui trace
calme, pour avoir le plus possible de mesures significatives. Il est le nombre de jours où le débit est supérieur à un débit donné
conseillé de faire installer et suivre les mesures par le cabinet qui (cf. § 1.3 de [D 4008]).
fera l’étude d’impact du projet. Ses hydrologues doivent être à La puissance des micro-ordinateurs actuels permet de calculer
même d’étalonner et d’assurer des données de qualité. la production sur la durée des chroniques de débit et de préciser
La qualité de l’eau (pH, dureté, pureté) est à mesurer à divers la production moyenne possible. Pour les installations avec réser-
moments de l’année et sera à fournir pour les consultations des voir, ces simulations de fonctionnement sont impératives.
entreprises. Les transports solides et les corps flottants seront sui- La recette annuelle théorique découlera des négociations sur les
vis dans les situations de crues et d’étiages pour estimer les tarifs avec l’acheteur sur les bases des productibles théoriques sur
risques de sédimentation et d’abrasion. les différentes périodes tarifaires.

1.2 Études de faisabilité 1.2.3 Dimensionnement des ouvrages


et des matériels
1.2.1 Définition du schéma d’aménagement Les ouvrages du circuit d’eau sont dimensionnés pour le débit
d’équipement retenu. Si l’équipement comporte un réservoir, les
À partir des éléments permettant de situer les ouvrages du pro- dimensions du barrage sont déterminées par le volume à stocker
jet, il est nécessaire de préciser les éléments du projet. Une carto- et les courbes de capacité déduites des levés topographiques. Il
graphie des lieux, au 1/50 000 ou 1/25 000, est utilisée pour
faut aussi prévoir la gestion des transports solides et les équipe-
déterminer les accès et le passage de lignes électriques, et les
ments nécessaires aux chasses, dégravages ou curages.
relevés cadastraux pour connaître les propriétaires des terrains
concernés. Les levés de terrain sont indispensables pour préciser Les ouvrages de prise et d’amenée sont dimensionnés pour
la dénivellation et, pour les centrales qui ne sont pas au fil de obtenir un compromis économique entre pertes de charges et
l’eau, le passage possible des ouvrages de dérivation. coût. En effet, les pertes de charge aux grilles de prise, dans le
Si une retenue est projetée, le calcul de sa capacité nécessite un canal ou la conduite d’amenée, diminuent quand leur section aug-
relevé topographique (1/1 000) au sol pour être précis. Pour les mente. Leur coût, calculé sur les bases du contrat espéré de vente
retenues importantes (ce qui est rare pour de petites centrales), de l’énergie, est à comparer au surcoût de l’augmentation de sec-
des relevés très précis des lignes d’eau seraient nécessaires pour tion de passage (cf. § 4.3.2 de [D 4008]).
vérifier les points singuliers (affluents, col…). Dans le cas de production en réseau séparé (village isolé), le
Une première esquisse des ouvrages de prise, de dérivation calcul se fait sur le coût comparé d’une production par d’autres
(canal, conduite…), de l’usine et de la restitution est tracée. moyens (thermique, éolien, solaire…).
Si la géologie locale est incertaine ou variée, il sera utile de Le nombre de groupes de production dépend de l’amplitude
demander l’avis d’un géologue sur le tracé des ouvrages. Des des variations de débit et des possibilités de fonctionnement à dif-
sondages doivent être faits, de toute façon, au niveau des férentes charges du type de groupe, si l’intérêt économique le jus-
ouvrages importants pour en préciser l’importance ou, au moins, tifie. Le type de turbine dépendant du débit turbiné et de la
faire des tranchées de reconnaissance. La situation des nappes hauteur de chute, le choix se fait à partir d’abaques qu’utilisent les
phréatiques et des sources environnantes devra être connue. constructeurs.

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– définition des procédés de montage et d’entretien définissant


les dispositifs de manutention, les charges à supporter, les plages
Dépenses annuelles c coût de construction de montage et stockage ;
e coût d’exploitation capitalisé – définition des services et appareils auxiliaires et de leur empla-
cement, des transformateurs du poste électrique et des auto-
mates ;
a=c+e – définition des conditions de raccordement au réseau d’électri-
cité et conditions du contrat de vente ;
– définition des asservissements et régulations de vitesse et ten-
c
sion, des principes de conduite, des automatismes de protection et
(c + e)min des télécommunications ;
– établissement du programme des travaux et des échéances
administratives et financières.

2 e

O De D (m)
2. Déroulement du projet
Figure 2 – Détermination de l’optimum économique
2.1 Démarches administratives
Elles sont liées à la réglementation du pays pour obtenir :
Le choix de la solution retenue correspondra à l’optimum entre – le titre administratif (autorisation préfectorale si la puissance
le coût de la construction et la valorisation de la quantité d’éner- est inférieure à 4 500 kW, ou concession au-delà) ;
gie produite (figure 2). – le cahier des charges ou règlement d’eau ;
Le coût du génie civil se fait à partir des « prix d’ordre » des tra- – les autorisations locales (permis de construire, de passage,
vaux majorés pour tenir compte des aléas techniques. Cette majo- contrat de vente…).
ration peut varier de 10 à 50 % par poste, en fonction des Un dossier d’impact est nécessaire pour déposer la demande de
incertitudes laissées par les études préliminaires. Le coût des titre. L’étude pour établir ce dossier pouvant demander une année
matériels se fait à partir des propositions estimatives faites par les d’observations, il faut la lancer auprès d’une société spécialisée
constructeurs. dès que la décision de réaliser est prise.
Les devis doivent tenir compte de tous les postes : La réalisation du projet peut s’effectuer selon les capacités du
– dossier d’impact et mesures compensatoires ; maître d’ouvrage, selon les modalités suivantes ou toute solution
intermédiaire :
– accès ;
– ouvrages de génie civil ; – un contrat unique est passé à un entrepreneur général, qui
prend la responsabilité de la coordination du chantier, entre sa
– matériels et équipements hydrauliques et électriques ;
propre intervention et ses sous-traitants fournisseurs de travaux
– évacuation de l’énergie ; ou matériels, qui ne sont pas de sa compétence ;
– ingénierie et intérêts intercalaires éventuels. – des contrats distincts sont confiés à des entreprises et fournis-
Le choix entre plusieurs variantes se fera par une étude écono- seurs spécialisés.
mique et financière pour déterminer la plus rentable. Dans tous les cas, les règles d’appel d’offres en vigueur sont à
respecter, et les responsabilités du maître d’ouvrage à bien cer-
ner. En général, pour les petites centrales, trois lots principaux
1.3 Avant-projet détaillé sont envisageables.
1. Le génie civil et les études d’exécution (par un bureau spé-
Il permet une mise au point du projet pour rédiger les pièces cialisé ou par l’entrepreneur) ;
définitives des appels d’offres aux différents corps de métiers.
Pour confirmer les données des études précédentes et pour éviter 2. L’électromécanique pour les groupes turbine-alternateur et
les contestations éventuelles des entreprises et fournisseurs, les les matériels du circuit hydraulique : grilles de prise, dégrilleur,
plans et les exigences techniques doivent être précisés : vannes et accessoires…
– dimensionnement des ouvrages de prise, canaux, galerie, che- 3. Équipements électriques : circuits de haute et basse tension,
minée d’équilibre, conduite forcée, canal de fuite ; transformateurs, armoires de poste, automatismes, télésurveil-
lance, services généraux.
– définition de l’agencement de la centrale avec le circuit
d’eau, l’emplacement des groupes et des matériels auxiliaires, Les spécifications des ouvrages ou matériels doivent porter
les facilités de maintenance, les circuits de ventilation, les dis- sur les fonctions principales attendues du projet et laisser le
positions d’hygiène et de sécurité du personnel. Le plan de prestataire libre de rechercher les solutions économiques et
masse précisera les charges statiques et dynamiques des fiables qui respectent les fonctions et garanties à attendre du
machines et permettra à l’architecte de proposer un projet de projet.
permis de construire ; Les garanties demandées doivent assurer l’économie du projet
– définition des groupes : type et puissance de la turbine, vitesse dans la durée du titre et la sûreté des ouvrages et de l’exploita-
nominale, type et puissance du générateur ; tion. Outre les contrôles réglementaires ou normalisés, les garan-
– implantation des groupes : axe (vertical, horizontal, oblique), ties exigées doivent pouvoir être contrôlées.
calage par rapport aux niveaux amont et aval, niveaux des plan-
chers ;
– caractéristiques des machines en marche normale et transi- 2.2 Avancement du projet
toire, inertie des parties tournantes et tenue à l’emballement,
conditions de survitesse et surpression, intensité de court-circuit et L’analyse des offres peut amener à des négociations sur des
conditions de surtension ; précisions de réalisation ou réserve du soumissionnaire, à l’exa-

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men de variantes ou programme des travaux, aux conditions de


paiements. Après accord, les contrats peuvent être signés et les
travaux peuvent démarrer.
Durant les travaux, sur le site comme dans l’usine, les
contrôles prévus sont exécutés et, à la fin de chaque lot, leur
réception sera faite conformément aux règles commerciales en
vigueur.
La mise en service se fait sous la responsabilité des presta-
taires, après vérification de fonctionnement des sous-
ensembles :
– mise sous tension des auxiliaires ;
– mise en eau des circuits hydrauliques ;
– rotation du groupe à vide puis couplage ;
– essais électriques ;
– essais en phases transitoires (déclenchements en charge, sur-
2
vitesse…).
Le transfert de propriété des fournitures se fait selon les
conditions des contrats et doit être associé à la fourniture des
dossiers de maintenance avec les comptes rendus de mise en
service.

3. Génie civil et
infrastructures
3.1 Type d’aménagement
Figure 4 – Chute avec dérivation
Un aménagement hydroélectrique est adapté au site et toutes
les fonctions hydrauliques citées au paragraphe 1 ne sont pas tou-
jours nécessaires. Le classement habituel se fait d’après la hauteur
de chute utilisée.
3.2 Ouvrages de retenue
Les basses chutes sont des chutes sur les seuils et barrages des
cours d’eau ou canaux, généralement sans longue dérivation
(figure 3). Un seuil est un barrage de faible hauteur dont la fonction est
Les chutes moyennes et hautes chutes peuvent être sans déri- de maintenir un plan d’eau pour dériver une partie du débit
vation si elles sont incluses dans un barrage, avec un ouvrage dans un canal ou dans l’admission d’une turbine.
d’amenée (galerie, canal ou conduite) et un ouvrage en charge Un barrage est un ouvrage créant une surélévation significa-
(conduite forcée), une cheminée d’équilibre peut alors s’avérer tive du plan d’eau et permettant un stockage plus ou moins
nécessaire entre ces deux derniers ouvrages (figure 4). important des débits.

Les technologies utilisées dépendent beaucoup de la géologie


locale pour définir l’étanchéité et fournir les matériaux de
construction.

3.2.1 Seuils et petits barrages


Les techniques anciennes rencontrées sont, selon le terrain, en
maçonnerie, en bois associé à des enrochements, à aiguilles de
bois sur des radiers en maçonnerie. Actuellement, on utilise les
gabions, les palplanches, les structures gonflables sur seuil en
béton (figure 5), plusieurs techniques pouvant être utilisées sur le
même site (figure 6a).
Les barrages gonflables sont constitués d’un boudin en caout-
chouc gonflé à l’eau. Ils permettent de modifier la cote de retenue
et peuvent ainsi réaliser aussi un évacuateur de crue (figure 6b).

3.2.2 Grands barrages


Les différentes technologies utilisées sont explicitées dans
[D 4008]. Elles dépendent des matériaux utilisables proches du
site. Il s’agit principalement des barrages en terre, en enroche-
ments, en béton poids ou voûte et des barrages mobiles consti-
Figure 3 – Basse chute au fil de l’eau avec groupe bulbe tués de vannes en rivière.

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