J’ai choisi comme œuvre, Antigone de Jean Anouilh qui est une reprise du mythe
d’Antigone écrite en 1942 et qui appartient aux Pièces noires. Cette tragédie porte sur
le personnage d’Antigone qui est la fille d’Œdipe roi et fait partie de la lignée des
Labdacides. Antigone est un personnage tragique dont la mort qui a un aspect
sacrificiel nous touche dans notre humanité étant donné que cette dernière ne meurt
pas par fidélité à la loi divine comme c’est le cas dans la pièce de Sophocle mais par
devoir humanitaire. C’est en effet cette injustice faite à son frère Polynice qui la
pousse à se sacrifier.
Pourquoi Antigone?
En premier lieu, le style et le contexte moderne de l’histoire ne peuvent nous laisser
intact. En effet, cette réécriture simple m’a emportée dans un autre monde et je préfère
de loin cette pièce à la tragédie de Sophocle qui est beaucoup plus accessible sur le
plan stylistique. Notons que la tragédie de Sophocle est écrite en vers alors que celle
d’Anouilh est écrite en prose. Ajoutons aussi que ce dernier use de l’anachronisme
dans son prologue. Je cite: “les trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes.” On
remarque de plus que le registre employé est un registre moderne et familier.
En deuxième lieu, les personnages mis en relief dans cette pièce sont très réalistes et
témoignent en effet de valeurs et même de vices qui sont très répandus dans notre
monde actuel. On ne peut que s’identifier à chacun de ses personnages dans leur force
et leur faiblesse. Je trouve dans Créon par exemple l’image du politicien corrompu qui
est en effet victime d’un pouvoir qui n’est qu’illusion. Je cite: “je suis le maître avant
la loi. Plus après.”, “Ils disent que c’est une sale besogne, mais si on ne le fait pas, qui
le fera?” Créon admet le caractère vide, corrompu et sale de son travail mais ne
reconnaît pas sa faute et ne se repent point. Il reprend en effet ses responsabilités
attendant la mort. Créon incarne par excellence la soumission.
En dernier lieu, Antigone est une tragédie qui met en relief des thèmes qui sont
toujours d’actualité. Il s’agit en effet du pouvoir et de la révolte. Je trouve que cette
pièce me touche énormément en tant que jeune libanaise qui vit dans un monde
absurde et qui cherche à se révolter contre les injustices et la corruption. Je ne peux
que m’identifier à Antigone qui se distingue des autres. Je cite: “Pas belle comme
nous, mais autrement”. Elle avait son charme, cette rebelle qui a bravé la loi et a
refusé ce bonheur forgé qui lui a été accordé. Je cite: “Non, je ne me tairai pas! Je
veux savoir comment je m’y prendrai, moi aussi, pour être heureuse.” Cette tragédie
me pousse en fait à la révolte. Je cite: “Moi, je veux tout, tout de suite - et que ce soit
entier, ou alors je refuse!”. On ne doit pas accepter cette laideur et cette misère dans
lesquelles on vit. Je cite: “ Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre
politique, votre nécessité, vos pauvres histoires” On ne doit jamais renoncer à cette
révolte qui nous anime et qui nous sauve de notre état tragique. Je cite encore: “Moi,
je peux encore dire non encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seule juge.”
Ainsi, cette tragédie n’est qu’une représentation du sort tragique de l'humanité
confrontée à deux forces antagonistes: le pouvoir qui n’est que soumission représenté
par Créon et la révolte représentée par Antigone.