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Le Rôle de L'ingénieur Agronome Dans La Situation Politique de L'agriculture Vénézuélienne

Ce document décrit le rôle des ingénieurs agronomes dans la situation politique de l'agriculture au Venezuela entre 1936 et 1948. Il explique le contexte historique et économique de l'agriculture à cette époque, ainsi que la formation et la fonction des ingénieurs agronomes. C'était une période de transformations sociales et politiques majeures pour le pays.

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Le Rôle de L'ingénieur Agronome Dans La Situation Politique de L'agriculture Vénézuélienne

Ce document décrit le rôle des ingénieurs agronomes dans la situation politique de l'agriculture au Venezuela entre 1936 et 1948. Il explique le contexte historique et économique de l'agriculture à cette époque, ainsi que la formation et la fonction des ingénieurs agronomes. C'était une période de transformations sociales et politiques majeures pour le pays.

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Le rôle de l’ingénieur agronome


dans la situation politique
de l’agriculture vénézuélienne : 1936-1948

Rigas ARVANITIS* et Thierry BARDINI**

L’agronomie-qui naît en même temps que l’économie politique-


se pense et s’érige à partir d’une question centrale : comment
produire plus, comment rendre compatible le développement du
produit et celui de la société, comment nourrir les villes et assurer le
bien-être des populations rurales ? Ainsi, l’intervention de l’ingé-
nieur agronome ne se justifie que s’il y a tentative ou volonté
politique pour rationaliser la production. On dit bien agronomie, et
non pas agrologie, car cette discipline est née d’une réflexion sur la
rationalisation de la production agricole, non d’une interrogation
sur la nature.
La situation économique et sociale des pays qui donnèrent
naissance à cette conception utilitariste est toute différente de celle
du Venezuela du début de ce siècle, et même de celle de toute
l’Amérique latine. La différence la plus importante porte sur le rôle
de la propriété de la terre. Au Venezuela, au début de notre siècle,
la question centrale est celle de la possession des lieux. Il y a donc
un monde qui sépare le Venezuela de l’Europe de la fin du
XIX~ siècle : ici on s’occupe de la distribution des richesses, là-bas
encore de la répartition des terres. Dans ces conditions, la réforme
agraire sera le thème essentiel et la principale tâche de la
modernisation (1).
Nous tenterons d’apporter des réponses à deux questions :
comment forme-t-on les ingénieurs agronomes et quelle est leur
fonction? La définition de leur rôle s’est effectuée, sans débats ni
controverses, durant la période qui nous occupe, à savoir la période
de profondes transformations sociales et politiques de l’entre-deux

*Sociologue ORSJOM, Département Sud, 72, route d’Aulnay, 93743 Bondy cedex
**Agronome VSNA, en poste au Venezuela en 1989

Cah. SO. Hum. 26 (3) 1990 : 429-446


430 Rigas ARVANITISet Thierry BARCJINI

dictatures (1936-1948). En revanche les luttes et débats politiques


sur l’agriculture feront rage dans cette période agitée et féconde, et
contribueront à donner une tonalité particulière à cette nouvelle
profession.

CONTEXTE ET ANTÉCÉDENTS

Notre période d’étude commence à la fin du régime dictatorial de


Juan Vicente Gomez (2), à sa mort, en 1936. Malgré une apparente
continuité - son successeur n’est autre que son ex-ministre de la
Défense, le général Lapez Contreras (1935-1941) auquel succède
son propre ministre de la Défense, le général Medina Angarita
(1941- 1945) -, cette période marque une rupture politique profon-
de. On y voit s’organiser les forces démocratiques et le système des
partis. On y voit aussi se [Link] l’appareil de l’État bienfaiteur,
et non plus seulement de 1’Etat gendarme. Le premier gouverne-
ment elu, celui présidé par l’écrivain Romulo Gallegos et soutenu
par le parti AcciQn Democratica de Romulo Betancourt (3), sera
brutalement interrompu par l’établissement de la seconde dictature,
avec le régime de Pérez Jiménez.
La crise des années trente a provoqué une chute des exportations de
cacao et surtout de café dont l’agriculture vénézuélienne ne se
remettra jamais. Durant les premières années après la mort de
Gomez, les deux tiers de la valeur de la production agricole
proviennent du secteur végétal et le tiers restant est apporté par
l’élevage bovin. Les deux produits traditionnels de I’agro-exporta-
tion que sont le cacao et le café baisseront sans cesse face au reste
de la production agricole. En 1937, ceux-ci représentent 24 % de la
valeur de la production pour n’atteindre que 4 % en 1983.
L’ensemble de la production des « haciendas » (canne à sucre, café,
cacao, bananes) passera, quant à elle, de 37 % en 1937 à 26 % en
1950, puis à 19 % au début de l’actuelle ère démocratique (1958),
pour n’atteindre que 10 % en 1983. Il faudra attendre les années
soixante pour observer un revirement de tendance avec la
croissance de la production de riz, de sorgho et de maïs, le
développement spectaculaire de l’aviculture et la forte poussée de la
production laitière. Mais les années trente et quarante seront celles
de profondes crises de production agricole et de révoltes provo-
quées par la famine.
La période qui nous occupe est donc une période d’effervescence où
prendra forme un nouveau modèle de développement.
Bien de tel n’avait eu lieu durant le régime de Gomez : outre
le fait que les initiatives restaient relativement inexistantes en ce

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 1990 : 429-446


L’ingénieur agronome au Vénézuéla 431

qui concerne l’enseignement et la vulgarisation agricole, l’absence


d’une politique agricole claire en interdisait l’émergence. Pourtant
la modernisation est aussi le lemme central des positivistes qui
forment la partie pensante, mais soumise, du régime dictatorial.
La modernisation ?gricole a été un courant d’opinions puissant
du «gomecisme». A défaut d’une véritable politique (CIPRIANO
RODR~GUEZ, 1983), le régime de Gomez entreprendra la coloni-
sation agricole, le financement de l’agriculture - au moins des
plus riches propriétaires ainsi que des plus proches collaborateurs
du dictateur -, la création de la Banque Agraire, diverses mesures
économiques en faveur des exportations agricoles (mesures de pro-
tection, subventions) et la construction d’un réseau de routes assez
étendu pour l’époque (BALDERRAMA, 1990a).
L’enseignement agronomique, après de nombreux essais infruc-
tueux, tient beaucoup plus de la déclaration d’intention que de la
réalisation. Le Venezuela n’aurait eu à la mort de Gomez que trois
agronomes (4). En 1933, avec la création de la Escuela de Expertos
Agropecuarios à Maracay - expression la plus élevée des initiati-
ves du régime ~gomeciste » dans le champ de l’enseignement
agronomique - commence un véritable enseignement agricole. Le
régime cherche à mettre en place une formation technique de niveau
intermédiaire. Différentes autres mesures prouvent l’intérêt du
régime pour la chose technique : la création d’un laboratoire de
Sciences vétérinaires (1933) pour les diagnostics et les soins au
bétail, la création d’un. cours gratuit de soins vétérinaires (1934),
l’attribution de bourses d’études pour effectuer des études de
vétérinaire en Uruguay (1934) et de sciences agricoles à Porto Rico
(1934), la création de fermes et stations expérimentales. Cette
profusion de nouvelles institutions dans la modernisation du pays
est très probablement aussi le fruit du travail d’un groupe d’experts
internationaux, qui se trouve à l’époque au sein du ministère de
l’Agriculture, commissionné par l’Office de coopération agricole de
l’Union panaméricaine (5). Ainsi, 1’Ecole des « experts » agricoles
(en fait de techniciens agricoles) sera conçue et mise en place avec
l’aide de Carlos Chardon, expert agronome portoricain, et Henri
Pittier, agronome et botaniste d’origine suisse. Ce dernier s’installe-
ra au Venezuela et y fondera la recherche botanique (6).
Toutes ces initiatives, en ordre dispersé, ont comme limites la
composition sociale du monde rural et les conditions particulières
de la dictature gomeciste. L’agriculture est marquée par le sceau du
binôme « conuco-hacienda», jardin vivrier et grande ferme agro-
exportatrice, avec une très rare présence des propriétaires
moyens (7). C’est pourtant eux qui semblent avoir pu profiter de
ces institutions de formation technique. Or, ces agriculteurs
intermédiaires sont extrêmement localisés et peu nombreux (8).

Cah. Sci. Hum. 26 13) 7990 : 429-446


432 Rigas ARVANIJISet Thierry BARDINI

L’absence d’une politique économique clairement affichée,


l’absence d’initiatives privées, la faible diversification de la
production, les formes de cultures traditionnelles, l’augmentation
des prix des transports et des matières premières furent autant
de facteurs aggravants de la crise qui se manifeste durant
cette époque. Tout se passe comme si les gouvernants ne
semblaient pas vouloir prendre de mesures pour conjurer les effets
de la crise. Ainsi, le Venezuela est-il sorti de la longue période
de dictature de Gomez en observant passivement la variation
internationale des prix du cafe et du cacao, sans prendre aucune
mesure pour améliorer la production et moderniser les méthodes
de cultures (9).

LA FORMATION : UN INGÉNIEUR AGRONOME TROPICAL?

La période de l’après-dictature, ou plus exactement de


l’entredictatures, sera une grande accoucheuse d’institutions
modernes, qui encore aujourd’hui marquent la vie de ce pays.
L’agriculture ne fait pas exception. Les premiers établissements
d’enseignement supérieur verront le jour : 1’Ecole supérieure
d’agriculture (1937) et l’École supérieure de sciences vétérinaires
(193&), qui deviendront plus tard- des facultés de l’Université
centrale du Venezuela. De même, 1’Etat va fonder sa structure de
recherche avec la création de la Station expérimentale d’agriculture
et de zootechnie de El Valle (1936). R. BALDERRAMA (1987)
appelle cette période, qui commence en 1936 et finit avec la création
du Fonds national de la recherche agronomique (Fonaiap) en 196 1,
la période d’institutionnalisation de la recherche agricole. Ce sera
au début de cette période que se formeront les premiers ingénieurs
agronomes nationaux et où se profilera le modèle de développement
de la discipline.
Les lieux de la recherche agronomique s’établiront assez vite,
comme nous venons de le dire, autour, d’une part, de l’Université,
et, d’autre part, des stations expérimentales de l’État. En dehors de
ces deux pôles de recherche, universitaire et publique, il n’existera à
cette époque aucune institution privée (10). De plus, entre ces deux
pôles. qui dépendent respectivement du ministère de l’Éducation
nationale et du ministère de l’Agriculture, les relations ne seront pas
toujours simples ni dénuées de tensions (11). Enfin, la recherche
aura le plus grand mal à s’insérer au sein du ministère de
l’Agriculture ( 12).
Avec la fin de la dictature de Gomez s’opère une ouverture du pays.
On assiste alors à l’intensification d’échanges de connaissances
entre le Venezuela et le reste du monde. Un premier type de

Cah. §ci. Hum. 26 (3) 1990 : 429-4d6


L’ingénieur agronome au Vénézuéla 433

contacts avec l’extérieur est celui qu’apportent les experts interna-


tionaux, déjà mentionnés, qui travaillaient au sein du ministère de
l’Agriculture ou comme enseignants des Écoles supérieures d’agro-
nomie et de sciences vétérinaires. Nombreux furent ceux qui
restèrent au Venezuela (Bonnazzi, Pittier, Chardon, Ernst, Texera,
etc.). En 1946, 19 parmi les 30 professeurs de la faculté d’agrono-
mie étaient étrangers ou formés à l’étranger. Sur les 105 personnes
ayant eu un contrat avec le ministère de l’Agriculture entre 1948 et
1950,90 étaient d’origine étrangère (40 agronomes et 50 spécialistes
d’autres disciplines) (13).
L’envoi d’étudiants vénézuéliens dans les institutions d’enseigne-
ment étrangères constitue le deuxième type de contacts avec
I’extérieur (14).

TABLEAU 1
Lieu de formation à l’étranger. Agronomie et sciences agricoles 1935-1947

Date 1935 1936 1938 1939 1940-194s 1947 Total

Porto Rico 4 9 1 14

Mexique 1 1

Costa Rica 1 1 2

Uruguay 1 8 a 4 21

Argentine 2 15 2 1 2 22

Chili 12 3 15

Brésil 2 2 4

Colombie 5 2 2 9

Etats-Unis 2 2 4 20 28

France 1 1 2

Italie 1 1 2

TOTAL 5 26 44 14 5 26 120

Source : base de données créée par H. Rufz CALDER~N sur les formations à l’étranger.
Traitements effectuées par nous-même. Liste complète dans ARVANITIS (1990). annexes.

Les données révèlent deux phases : avant et après la Seconde


Guerre mondiale. Avant 1940, 82 parmi les 89 boursiers du
gouvernement vont dans des pays latino-américains. Après la
guerre, les Etats-Unis domineront avec 20 boursiers parmi les 26.
Cependant, dans tous les cas, les pays du Cône Sud - l’Argentine,

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 7990 : 429-446


434 Rigas ARMNUIS et Thierry BARDINI

le Chili et l’Uruguay -, de climat tempéré, s’imposent largement


au sein des destinations latino-américaines : ils représentent en effet
58 des 88 cas considérés. Une bibliographie des sciences agronomi-
ques, publiée par l’un des premiers agronomes vénézu$liens
(Gaston VIVAS BERTHIER) à avoir effectué ses études aux Etats-
Unis, ne contient pratiquement aucune référence latino-américaine,
et seules quelques rares références en français et en allemand.
Ainsi, la spéczjîcité tropicale de l’enseignement que reçoivent les
ingénieurs agronomes vénézuéliens formés à l’étranger est plus que
discutable. Il apparaît en effet que les références techniques
essentielles provenant de ces enseignements négligent le caractère
tropical de l’agriculture vénézuélienne : l’agronome vénézuélien se
forme donc à cette époque sur la base de modèles techniques
importés (15) qu’il s’agira ensuite d’adapter à la réalité agricole
nationale.
Il semble qu’il y ait eu à cette époque un débat larvé sur la nature
des études d’agronomie au Venezuela qui portait sur les places
respectives de la théorie et de la pratique. Une forte distinction
théorie/pratique apparaît dès la création des études d’agronomie.
Tout d’abord avec la création d’un enseignement à deux niveaux :
un niveau technique avec 1’Ecole d’experts agricoles (1933) qui se
transforme en 1936 en École pratique d’agriculture ; et un niveau
supérieur avec l’École supérieure. Ces dernières qui deviendront
plus tard des facultés universitaires, l’emploi d’experts internatio-
naux dans le corps professoral et le retour d’étudiants agronomes
formés à l’étranger, vont caractériser cet enseignement qui sera de
haut niveau mais décalé par rapport à la réalité «tropicale et
attardée» de l’agriculture nationale à cette époque.
Du point de vue de l’agriculteur ce seront plutôt les enseignements
de l’École pratique qui seront les plus utiles. Un de ses premiers
élèves rappelle : «À cette époque [...] on nous mettait une bêche en
main et on apprenait à faire en faisant. [...] Les ingénieurs
agronomes, eux, ne restent pas aux champs ; ils sont bons pour tirer
des plans, pas pour piloter un tracteur » (16). Un autre agriculteur,
célèbre dans le pays car homme politique et d’affaires actif,
Conception « Concho » QUIJADA, confirme ce constat : «J’ai étudié
l’agronomie sans savoir ce que j’allais faire comme études. Il y avait
des bourses pour ces études [...] Moi je croyais que l’agronomie
c’était de l’astronomie. Je suis allé à Maracay, où se trouvait
l’École. La faculté &Agronomie n’existait pas à cette époque, et
cette École était unique. Je fus étonné quand on me donna une
machette, une bêche, un râteau, et qu’on me donna une parcelle à
cultiver [...] On nous enseignait l’agriculture en la faisant, pas en la
disant. mais aujourd’hui ceux qui l’enseignent ne la font pas » (17).
Au sein des écoles supérieures on retrouve un effort important

Cah. Sci. Hum. 26 13) 7990 : 429-446


L’incrénieur aizronome au Vénézuéla 435

pour donner aux étudiants les bases d’un savoir- théorique en fonc-
tion des disciplines scientifiques. Le projet de 1’Ecole supérieure est
fondé sur une série de rapports à propos de l’état de l’enseignement
agricole dans différents pays (Porto Rico, Brésil, Equateur, Etats-
Unis et Argentine) (PACHECO TROCONIS, 1988). Il est également
étroitement lié au modèle américain des land-grant colleges, à la
suite des injonctions d’une mission américaine, guidée par un
phytopathologue de l’université de Cornell, WHETZEL (BALDERRA-
MA, 1987).
On veut donc créer une école aussi pratique que possible, qui
intègre les travaux de recherche et d’enseignement. La Station
expérimentale, comme l’Ecole, est divisée en disciplines. Si cela
semble normal pour une école, c’est probablement plus étonnant
pour ce qui sera plus tard le centre de recherches agronomiques
national. Par ailleurs, les souvenirs des premiers ingénieurs
agronomes de 1’Ecole semblent indiquer que la quantité de cours
théoriques était très importante. Ainsi, en 1940, les cours sont
réorganisés. Cette réorganisation interne viendra alléger la tâche
des étudiants qui se sont plaints à maintes reprises de la charge de
travail. Mais il s’agit aussi de rapprocher l’Ecole du monde
agricole, sur la base «de modèles pédagogiques étrangers qui ont
fait leurs preuves» (PACHECO TROCONIS, 1988). C’est d’ailleurs à
la suite de cette réorganisation que commencera réellement la
recherche au sein de l’Ecole (18).
L’issue de cette histoire aurait dû être la création d’une structure de
recherche inté rant les différents éléments institutionnels : l’École,
la Station, 1’lt cale pratique. Bien de tel n’a pourtant eu lieu.
L’histoire de la recherche agronomique de 1936 à 1950, date de la
totale autonomie universitaire de la future faculté d’agronomie, est
en réalité l’histoire d’une lutte larvée entre l’enseignement et le
secteur public de services et de recherche. Cette lutte semble
s’amplifier au fur et à mesure qu’augmente le nombre de
fonctionnaires au sein du ministère de l’Agriculture (19).
La solution adoptée fut, finalement, celle d’un cloisonnement entre
la recherche agronomique publique, qui sera prise en charge par le
ministère de l’Agriculture, et l’autonomie universitaire, où la
carrière d’ingénieur agronome se rapprochera de plus en plus de
celle des ingénieurs issus de la puissante faculté des sciences de
l’ingénieur. L’Université aura pour fonction de produire des
professionnels de statut similaire, du moins en titres, avec celui des
diplômés universitaires qui exercent une activité libérale (20).

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 1990 : 429-446


436 Ri&!ds ARLMNITIS et Thierry BARDINI

LA FONCTION DE L’AGRONOME : UN RÔLE POLITIQUE

Comme nous l’avons vu. la définition d’un modèle technique


caractérisant l’agronomie vénézuélienne dépend directement de la
formulation d’une politique agricole globale dont la «modernisa-
tion » est un aspect essentiel. La première politique agricole globale
est très certainement celle définie par le fameux «programme de
février» du gouvernement de Lapez Contreras, en 1939. Le
programme de février comporte de nombreuses mesures qui visent
à assurer une plus grande pénétration de la technique dans
l’agriculture. On peut ainsi mentionner la réorganisation du
ministère de l’Agriculture, la création des Écoles supérieures
d’agriculture et de sciences vétérinaires, de «chaires ambulantes ».
de stations expérimentales et de fermes de démonstration.
Le résultat de ces initiatives sera très certainement l’accroissement
du nombre d’ingénieurs agronomes. À partir de 1942, date de la
première promotion #ingénieur agronomes, jusqu’en 1951, l’École
supérieure d’agriculture et plus tard la faculté de l’Université
centrale du Venezuela formeront 133 ingénieurs agronomes (soit
14,7 ingénieurs par promotion) (21). Il y aura en 1960 un total de
302 ingénieurs agronomes de l’enseignement supérieur et 632 tech-
niciens issus de l’École pratique (22). Bien que le nombre total soit
assez important, il faut garder à l’esprit que, comparé au nombre
d’inscriptions, il indique le caractère sélectif des études agronomi-
ques.
Tout concourt donc à la formation d’un corps de professionnels de
haut niveau, sévèrement sélectionnés, munis d’une solide base
théorique. En bref, une élite. Bien de plus éloigné pourtant que le
projet proposé par Whetzel sur le modèle des land-grant colleges.
Ainsi? le Venezuela nous offre le paradoxe d’une organisation
formelle proche de celle des Etats-Unis, mais beaucoup plus proche
quant à son fonctionnement social du modèle des grandes écoles
françaises (23). Il devient évident que ces ingénieurs, mieux formés
pour travailler sur le papier et en ville, seront déphasés par rapport
aux exigences d’une agriculture qui se transforme rapidement et se
remet avec difficulté d’une profonde crise agro-exportatrice.
Ainsi, l’École supérieure d’agronomie, plus tard devenue faculté de
l’Université centrale, va produire une nouvelle élite d’État, au lieu
de former des techniciens de l’agriculture, comme le voulait
BONNAZZI, son premier directeur. Selon le meilleur spécialiste du
Venezuela en la matière, cette dérive est due à l’absence de

Oh. Sci. Hum. 26 (3) 7990 : 429-446


L’ingénieur agronome au Vénézuéla 437

définition des tâches nécessaires de l’ingénieur agronome (BALDER-


RAMA, 1987), résultat d’un cloisonnement des études par rapport à
la recherche, d’une division disciplinaire trop rigide, d’une forma-
tion théorique trop importante et d’une pratique trop peu valorisée.
En effet, la recherche de légitimité sociale pousse naturellement les
nouveaux diplômés à s’éloigner des fonctions proprement techni-
ques, ou plus exactement à chercher des positions socialement plus
valorisantes que celle de «technicien de l’agriculture » (24). En ce
sens, le témoignage de Eduardo MENDOZA GOITICOA, qui fut le
premier ingénieur agronome à obtenir le portefeuille de ministre de
l’Agriculture, est particulièrement intéressant : il rappelle avoir été
entouré de collègues ingénieurs agronomes qui revenaient au pays
après avoir complété leur formation à l’étranger (25).
Le fait important est que les hommes politiques reconnaissent à
partir de 1945 le rôle que pourrait jouer cette nouvelle profession.
Ainsi, pour justifier sa politique durant sa première présidence
(1945-1947), Romulo BETANCOURT juge-t-il bon de souligner :
« En 1945, quand nous arrivâmes au pouvoir, le nom-bre d’étudiants
en sciences agronomiques n’était que de 1244 et l’Etat investissait
dans cette branche de l’enseignement à peine un million de bolivars.
La première année du Gouvernement A. D. (Action Democratica),
cet investissement fut multiplié par trois, et ces trois millions de
bolivars permirent d’augmenter le nombre d’inscrits de la faculté
d’Agronomie à 3 165 étudiants. En 1948, il y avait 5 733 étudiants
qui étudiaient l’agronomie ou les sciences vétérinaires, réserve
technique importante pour le futur d’experts qui allaient donner un
sens d’efficacité au processus en marche de redistribution de la
propriété de la terre. » (BETANCOURT, 1956, p. 429).
Mais justement, il nous semble que la question agraire a projeté les
ingénieurs agronomes dans des tâches plus politiques que techni-
ques. Aussi important que le problème de la création d’une
démocratie constitutionnelle et que la question pétrolière, le
problème agraire a été l’objet de très nombreux débats. Durant la
période qui nous intéresse, il y eut deux lois de réforme agraire,
soutenues par deux gouvernements différents. Par ailleurs, les
questions agricoles eurent souvent une brûlante actualité, à cause
de la grave crise de la production agricole, de l’augmentation
massive d’importations durant cette période et des innombrables
querelles et luttes autour de la distribution des terres. Examinons
brièvement l’importance accordée à ces thèmes.
Tout d’abord, pour le nouveau mouvement démocratique vénézué-
lien la réforme agraire sera un thème fondamental, non seulement
d’un point de vue agricole mais aussi, et surtout, d’un point de vue
strictement politique. En témoigne la «Thèse agraire» du Parti
démocratique vénézuélien (PDN) (26), reconstitué en 1937 par

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 1990 : 429-446


438 Rigas ARVANIJISet Thierry BARDINI

TABLEAU II
Bref rappel chronologique

Décembre 1935 Mort de Juan Vicente GOMEZ

1936-1941 Gouvernement de LAPEZCONTRERAS.


Programme de février.
Nombreuses mesures pour moderniser l’agriculture.
Pas de solution au problème de la propriété des terres.

1941-1945 Gouvernement de lsaias MEDINAANC~RITA.


Nombreuses mesures d’urgence en matière agricole.
Loi agraire.
Dkret interdisant l’expropriation des agriculteurs.

1945-1947 Junte r&olutionnaire (R6mulo BETANCOURT).


Nombreuses mesures protectionnistes pour l’agriculture.
Soutien important a la production.
Renforcement important de la formation des inghieurs agronomes et vétérinaires.
Ing6nieur agronome nommé ministre de l’Agriculture.

1947-1948 Gouvernement de Rbmulo GALLECOS(8 mois).


Loi de Réforme agraire.
Dhet de non-expulsion des agriculteurs installfs SUTles terres non attribuées.

1948-1958 Dictature de P~RE~~IMEP~EZ.


Poursuite de la modernisation de l’agriculture.
Nouvelle loi agraire, moins participative, plus pr&.identielle, mais inspirée des deux lois précédentes.

Romulo BETANCOURT dans la clandestinité d’abord, puis vite


reconnu comme la principale force d’opposition démocratique au
gouvernement Lapez Contreras. La «Thèse agraire» insiste sur le
fait que «le pouvoir politique a toujours été identifié au latifundi-
sme au Venezuela et que cette identification s’est encore accentuée à
l’époque de GOMEZ ». Cette justification politique, dans le cadre de
la lutte pour la démocratie, place les autres problèmes au second
plan. La réforme agraire s’impose comme la clé de voûte de la
modernisation agricole, envisagée alors dans le cadre dune
intervention de YEtat, comme en témoignent les conclusions de la
Thèse agraire du PDN : « 1) l’économie agraire est en ruine ; 2) les
causes fondamentales de cette ruine économique sont le lati-
fundisme et l’impérialisme étranger; 3) aucun des trois types de
propriétaires terriens (latifundistes, moyens et petits propriétaires)
n’est capable, techniquement et économiquement, d’améliorer en
quantité et en qualité une- production diversifiée; 4) seule une
intervention profonde de 1’Etat peut sauver notre économie de la
banqueroute » (« Tésis agraria del PDN ») (27).
Il faut alors «une réforme agraire moderne, orientee vers un
meilleur rendement économique de la terre, qui ne se conçoit pas

Cah. Pi. Hum. 26 13) 1990 : 429-446


L’ingénieur agronome au VénPzuéla 439

sans direction technique de la production et sans mécanisation du


travail» (28). Plus tard, le candidat présidentiel Romulo GALLE-
GOS dira : «Il est bien connu que le problème rural est double :
agraire et agricole. Le premier peut être synthétisé par cette phrase
d’un traité espagnol de droit public : terres sans hommes et
hommes sans terres. Le second est produit par la routine des
cultures, l’absence de crédits accessibles à l’agriculteur, et l’absence
de sécurité quant au placement de sa récolte à des conditions
réellement intéressantes, à l’abri de la spéculation, des accapara-
teurs et des intermédiaires. » (29).
Ainsi le PDN puis, après 1941, 1’Accion Democratica (AD) auront
une intense activité politique pour imposer une réforme agraire
équitable et modernisatrice. Cette volonté trouve sa racine dans
l’expérience mexicaine jugée comme un échec, car celle-ci n’avait eu
comme seul objectif que la distribution des terres, non la
modernisation de l’agriculture (30). Ce projet se concrétisera dans
la loi de réforme agraire de 1948, durant le premier gouvernement
de I’AD. Mais l’effort sera étouffé par le coup d’Etat de Pérez
Jiménez du 24 novembre 1948. Ce dernier imposera immédiatement
une nouvelle loi (28 juin 1949), le «Statut agraire», «curieuse
«combinaison» des deux lois antérieures (1945-1948), dans la
mesure où les énoncés de l’une et de l’autre alternent dans le texte
de la loi» (CASTILLO, 1985, p. 142).
Bien qu’ils reprennent l’argument de la modernisation, les conser-
vateurs insisteront pour leur part sur un autre ordre de priorité, qui
relègue la réforme agraire à un rang secondaire. Ils insistent sur le
retard technique de l’agriculture vénézuélienne et sur le nécessaire
«retour à la terre» (thèse soutenue par un petit parti, le Parti
agraire national, fondé par l’ancien ministre de l’Agrh&ure de
Lapez Contreras, Amenodoro RANGEL LAMUS, et qui, par sa
propagande écrite sous forme de vers, a fait le bonheur des
humoristes). Plus encore, ils réduiront la réforme agraire des
gouvernements progressistes à son contenu politique, comme en
témoigne cette réaction de A. RANGEL LAMUS : «Malheureuse-
ment, les déclarations de principes de la Loi [de 19451ne se trouvent
pas confirmées par les autres dispositions, puisqu’il apparaît
évident à leur lecture que l’unique préoccupation qui a guidé ses
rédacteurs est de fournir à l’État un instrument juridique qui lui
permette de diviser et de subdiviser à l’envi la propriété rurale. »
(RANGEL LAMUS et al., 1945, p. 128) (31). Mais la véritable
position «conservatrice » n’est pas débattue dans les salons
culturels (32); elle s’exprime par une volonté d’accaparation des
terres incultes ou non attribuées qui s’opère très vite durant les
années quarante. En témoignent les très abondants affrontements et
procès de cette époque au sujet des terres (33).

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 7990 : 429-446


440 R&as AW~NITIS et Thierry BARDINI

Pour cette raison, l’action des gouvernements successifs durant


cette période a été marquée, plus encore que par les lois de Réforme
agraire, par les décrets qui interdisaient l’expropriation des petits
exploitants. Le gouvernement de Medina Angarita (1941-1945) et
celui de 1’AD (19451948) ont promulgué de tels décrets (34).
Rétrospectivement on comprend qu’il s’agissait de la manière la
plus expéditive pour arrêter les désordres provoqués par la
redistribution «sauvage» des terres appartenant autrefois à de
grands propriétaires ou non attribuées (« tierras baldias D) et qui
prenaient une ampleur considérable. Ainsi, le décret de Medina
Angarita en 1945 a reçu l’appui des forces progressistes (partis
politiques mais surtout des syndicats patronaux modernistes
représentés par la Fedecamaras). L’importance de ces décrets réside
dans une particularité du développement agricole au Venezuela, qui
s’effectue par l’occupation des sols ou l’extension de la frontière
agricole plus que par la redistribution de la propriété des
terres (35).
Ces oppositions entre démocrates et conservateurs (de cette
époque) ont également joué dans le processus de définition des
caractéristiques internes de la discipline. En effet, il s’est trouvé
- par hasard historique probablement plus que par déterminisme
politique - que la défense de la « tropicalité », c’est-à-dire de la
reconnaissance de la spécificité tropicale du pays et de la nécessaire
orientation technique de la politique agricole (plus que politique),
sera le fait des conservateurs, non des démocrates (36). Cette
répétition, à petite échelle, de l’erreur positiviste vénézuélienne, sera
lourde de conséquence (37).
En effet, les modernisateurs seront résolument orientés vers
le modèle nord-américain, aussi bien politique qu’administratif
(LOMBARD~, 1985), alors que les conservateurs seront plus orientés
vers l’appui à un modèle nationaliste propre au pays. Le contenu
de l’agronomie s’en ressentira. L’agronomie vénézuélienne ne sera
pas spécifiquement tropicale, ni même ne saura réfléchir sur ce
que cette particularité signifie. Elle ne développera qu’une réflexion
tres approximative sur la modernisation agricole et s’alimentera
essentiellement des modèles américains de manière assez peu
critique. 11 faudra attendre la création d’une nouvelle génération
d’agronomes, celle qui a aujourd’hui entre 40 et 50 ans pour
qu’émerge une réflexion à la fois tropicaliste et démocrate. Les
origines de cette réflexion se trouvent dans le mouvement de
renaissance de la science agronomique dès l’après-dictature en 1958
et du mouvement plus récent dit de la Rénovation universitaire
(1968), plus que dans la dynamique interne de la discipline. Mais
ceci est déjà une autre histoire.
Nous avons signalé que le binone conuco-hacienda, où la première
produit pour le marché et le second pour l’autoconsommation,

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 7990 : 429-446


L’ingénieur agronome au Vénézuéla 441

forme la clé pour la compréhension de l’ordre agricole comme de


l’ordre social du pays de cette époque (CARVALLO et HERNANDEZ,
1984). C’est dans cette perspective que la Réforme agraire,
principale tâche des agronomes, a surtout été conçue comme un
outil pour casser cette structure bipolaire et la remplacer par une
agriculture marchande dans son ensemble. Ainsi, la modernisation
n’est-elle pas l’accompagnement d’un processus à la fois social et
technique, où l’agronome traduirait les intérêts en présence en
termes techniques; elle est la mise en place d’un fonctionnement
social et économique différent et opposé à celui existant (38).
L’agronome a donc été un des agents de ce développement contre la
société agraire, comme cela fut le cas pour pratiquement toute la
politique de modernisation mise en route durant la période que
nous avons examinée.
À cet égard, il est intéressant de constater que 1’AD a soutenu
avec vigueur la création de coopératives agricoles, dont le père
spirituel est le mexicain Ramon FERNANDE~ Y FERNANDE~ (39)
et qui furent codifiées dans la Loi agraire de 1948 sous l’appella-
tion des «Communautés agraires». Cette tentative est d’autant
plus intéressante qu’il n’existe au Venezuela aucune tradition
coopérative indigène, contrairement aux pays andins (40). Mais les
« communautés » semblent n’avoir eu qu’un trop bref succès. Si une
année après leur mise en place, on en comptait déjà 14 (41) en 1949
il n’en restait plus que 4 (42). Comme le fait remarquer VESSURI
(1983), les responsables du ministère de l’Agriculture avaient en tête
un agriculteur qui ressemblait plus aux colons du Middle West
américain qu’aux véritables habitants du monde rural vénézuélien.

CONCLUSION

Nous avons examiné l’émergence d’un personnage nouveau dans la


société vénézuélienne, l’ingénieur agronome, qui s’opère dans un
contexte politique mouvementé entre 1936 et 1948. La formation
des ingénieurs agronomes les destinait tout naturellement au rôle
d’agent de l’État. Cette fonction est tributaire des conflits qui
agitent les divers groupes en présence au sujet de la définition d’une
politique agricole. Comme nous l’avons vu, le thème de la réforme
agraire occupe le devant de la scène et cristallise ces conflits.
Dans ces conditions, l’émergence de l’agronomie nationale se
caractérise par une volonté politique de modernisation de l’agricul-
ture, mais relègue le changement technique au second plan des
préoccupations. Or, dès cette époque, la pratique de la subvention
directe à la production inaugure un mode de fonctionnement qui,

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442 Rigas ARVANIJIS
et Thierry BARDINI

lui non plus, ne va pas dans le sens d’une amélioration des


conditions de changement technique de l’agriculture nationale. Dés
les années trente, l’économie vénézuélienne se caractérise en effet
comme économie de rente : le principal objet de la politique
économique consiste alors à redistribuer la « manne
pétrolière» (43). Si l’importation de tracteurs a su faire brûler les
étapes au pays en matière de production, elle aura aussi eu des
conséquences néfastes sur la productivité comme le rappelle
BALDERRAMA (1990a) quand il parle de l’adoption d’un « modèle
agricole extra-latitudinal » grand consommateur d’inputs et d’éner-
gie qui, de plus, gardera son ancienne caractéristique d’agriculture
extensive. L’incitation à la reproduction de modèles techniques
importés, que nous avons déjà décelée pour la formation de
l’agronome, aura là les possibilités économiques de son plein
déploiement.

REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier Rafael Balderrama et Yolanda Texera, tous deux de l’Area
Ciencia y Tecnologia du Cendes (UCV) pour leur aide precieuse et leurs conseils
amicaux; Yajaira Freites de 1’Ivic pour son attentive lecture d’une précédente
version espagnole; Humberto Ruiz Calderon pour les données sur les bourses de
formation à l’étranger et Nelson Prato Barbosa pour nous avoir autorisé l’accès aux
archives du projet de son équipe sur l’agriculture vénézuélienne. Les auteurs sont
seuls responsables des erreurs qui pourraient subsister dans ces pages.

I\lotes

(1) La modernisation s’est aussi traduite par l’éclosion de nombreuses institutions


scientifiques et techniques durant cette époque, voir le recueil d’articles sous la
direction de Yajaira FRE~TESet Yolanda TEXERA (1990).
(2) Juan Vicente Gomez, dictateur de 1908 à 1935, personnage marquant de l’histoire du
Venezuela. Il est le dernier des (ccaudillosn. Sa mort sera suivie de la complète
réorganisation politique et sociale du pays. Voir E. PINO ITURRIETA et ul. (1988),
L. CIPRIANO RODRIGUE~ (1983) et Inés QUINTERO (1989).
(3) Romulo Betancourt (1901-1981) figure décisive de l’histoire contemporaine du
Venezuela, fut le fondateur et le principal leader du parti Action Démocratique
(1941 - qui fait suite au PDN), aujourd’hui encore au pouvoir. Combattant
acharné des dictatures de Juan Vicente Gomez et de Marcos Pérez Jiménez, il est
unanimement reconnu comme I’un des fondateurs de la Démocratie vénézuélienne.
Il fut Président de la République pour la première fois dans le cadre d’un
gouvernement provisoire entre 1945 et 1948, puis une seconde fois en 1959, à la suite
des premières élections libres organisées à la chute de la dictature (1958).
(4) Eduardo MENDOZA GOITICOA (1960).
(5) En 1934, le ministère de la Santé, de l’Agriculture et de l’levage héberge un impor-
tant groupe d’experts internationaux : Wilbur Clausen (Costa Rica). Adolphe Boers
(Pays-Bas), Walter Canino et Roberto Carmerati (Cuba). Bartolomé Schelotto

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 7990 : 429-446


L’ingénieur agronome au Vénézuéla 443

(Argentine), Clery Salazar, Eneudio Rivera, Diego Texera, Alfonso Suro Pico, Luis
Geigel Hernandez, Félix Arostegui (Porto Rico), Christian Greeves et Janerine
Singh, de nationalité britannique mais venant de Trinidad; des vétérinaires :
Vladimir Kubes (Tchécoslovaquie) et Carlos Otto (Chili). Le seul fonctionnaire
vénézuélien formé à l’étranger, au Pérou, est Roberto Alamo Ibarra. Voir
BALDERRAMA (199Oa), chap. 2, note 18.
(6) Voir Yolanda TEXERA (1990).
(7) CARVALLO et HERNANDEZ (1984).
(8) L’un des rares ensembles d’agriculteurs modernistes apparaît à Guanare, dans l’État
de Portuguesa, et à Perija, dans le Zulia. CASTILLO (1985), p. 40. La nouveauté
sociale que constituent ces agriculteurs «intermédiaires» est bien soulignée par la
perplexité des syndicalistes agricoles comme Ramon QUIJADA (1988) qui à cette
époque ne savent pas comment les qualifier.
(9) F. BRITO FIGUEIROA (1986).
(10) Il faudra attendre la Fondation Shell pour 1’Agriculteur (1952), devenue FUSAGRI
au moment de l’expropriation des majors, et quelques fondations privées, telles la
Fondation Mendoza et la Fondation Polar, pour observer une intervention
conséquente du secteur privé dans le domaine de la recherche.
(11) Voir à ce sujet PACHECO TROCONIS (1988), p. 170 et suiv.
(12) BALDERRAMA (1987) examine en détail les faiblesses de la recherche agronomique.
Pour une interprétation plus globale sur les problèmes de la recherche appliquée, cf.
R. ARVANITIS (1990). Sur l’organisation du ministère de l’Agriculture, fondé en
1936, on lira BALDERRAMA (1990b).
(13) Données élaborées par BALDERRAMA (1987) à partir des Archives du MAC
(Memorias y cuentas del MAC), 19481952 : 514-519.
(14) Voir R~IZ CALDER~N (1990).
(151 Sur cette notion de «modèle technique », voir BARDINI (1990) à partir de l’exemple
du système productif « ovin-lait » à Roquefort.
(16) Argenis VIVAs, agriculteur de la région de Portuguesa, entrevue de 1980 effectuée
par le groupe d’histoire du Cendes.
(17) Interview de Conception QUIJADA, 1980, meme source que précédemment
(note 16). La confusion entre agronomie et astronomie semble courante à cette
époque, comme en témoigne un ingénieur agronome célèbre dans le pays, Henao
JARAMILLO, cf. PACHECO TROCOMS (1988), p. 141.
(18) PACHECO TROCONIS (1988), p. 114 et suiv.
(19) Voir BALDERRAMA (1990b).
(20) À une certaine époque la faculté délivrera des diplômes de «Docteur en ingénierie
agronomique». Cf. PACHECO TROCONIS (1988).
(21) Données issues du travail de PACHECO TROCONIS (1988).
(22) BALDERRAMA (1987), p. 109.
(23) Non pas tant des grandes écoles traditionnelles (Polytechnique,* Mines) mais plutôt
de ce que SHINN appelle les nouvelles grandes écoles (SupElec, Ecole de Physique et
de Chimie). Cf. SHINN (1989).
(24) Dans un texte plus récent, BALDERRAMA (1990b) revient sur sa position première. Il
ajoute qu’à partir de la promulgation de la Loi cadre pour l’Éducation en 1940,
l’objectif assigné à l’Université est l’ascension sociale couronnée par un diplôme. La
loi passe en revue toutes les carrières et les assigne à une seule faculté. Ce modèle
«une faculté - une profession» aurait indirectement impliqué la coupure entre le
Ministère, débouché naturel des agronomes, et l’Université, renforçant ainsi le rôle

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 7990 : 429-446


444 Rigas ARb4~1715et Thierry BARDINI

de sanction professionnelle de cette dernière indépendamment de sa fonction


technique.
(25) MENDOZA GOITICOA (1960) : 157-179.
(26) La «Thèse agraire » ainsi que les textes des lois de réforme agraire sont contenus
dans Luis TROCONIS GUERRERO (1962).
(27) Cité par TROCONIS GLIERRERO (1962). p. 209.
(28) Romulo BETANCOURT (1956).
(29) Romulo GALLEGOS, discours à Valencia. mars 1941. cité par TROCONIS
GUERRERO (1962). p. 214.
(30) BETANCOURT (19560986). p. 423. note 4.
(31) Observaciones sobre el primer proyecto de Reforma Agraria del aiio 1945. par
A. RANGEL LAMUS, Manuel F~ENTES GILLY, Pablo DfAz GONZALEZ, Luis
AUGUSTO COLMENARES FOSSI et JESÛS M. DfAz GONZALEZ, in A. RANGEL
LAMUS (19609 : 127-137.
(32) RANGEL LAMUS avait donné une conférence célèbre en 1942 au Salon culturel de
Caracas qui avait déçu les conservateurs, car sa position en faveur de la
technification de l’agriculture et surtout de la création d’une culture rurale véritable
n’apportant pas d’arguments permettant une opposition très solide face au
gouvernement. Cf. TROCONIS GUERRERO, 1962. Cette conférence a été reprise dans
RANGEL LAMUS (1960) : 97-125.
(33) Voir TROCONIS GUERRERO (1962) : 223-225: Ramon QUIJADA (1988) et F. BRITO
FIGUEIROA (1986) : 470-505.
(34) Décret du 16 juin 1945 (voir texte in : TROCONIS GUERRERO (1962), p. 238 et
Décret de l’Assemblée Constituante du 6 mars 1947.
(35) 0. CASTILLO (1985). en particulier p. 36 et suiv., et 142-144 pour la période 1948-
1958. «Attaquer fie latifundio] ne représentait pas non plus une solution aux
problèmes fondamentaux de la structure agraire au Venezuela. étant donné la
signification et le poids qu’a eus historiquement l’occupation et le fait que, à
I’intérieur des grandes unités de production (comme les haciendas) l’occupation soit
en vigueur sans avoir à payer de loyer au propriétaire» p. 144. Luis TROCONIS
GUERRERO (1962) présente une position différente, celle du nécessaire démantèle-
ment des haciendas, qui fut celle de Accicn Democratica durant la période que nous
analysons.
(36) Le plus important représentant de cette position est Amenodoro RANGEL LAMUS,
ministre de l’Agriculture sous Lapez Contreras. Voir RANGEL LAMUS (1960) : 99-
125.
(37) Nous appelons «erreur positiviste » l’incarnation tropicale du positivisme à travers
les penseurs qui participèrent très activement au gouvernement de la dictature de
G~MEZ (Vallenilla Lanz, Gil Fortoul. etc.), qui consiste à soutenir l’éducation et la
modernisation par la force. Voir PINO ITURRIETA et al., (19889.
(38) Ce qui constitue somme toute un processus très similaire à celui que l’on peut
observer dans d’autres pays où le développement a été imposé par l’État
« patrimonialiste ». Voir à ce sujet I’exemple de la Turquie dans INSEL (1986).
(39) Comme en témoigne son livre. FERNANDE~ y FERNANDE~ (1947).
(40) «Contrairement à la Russie [...], la Bolivie ou la Yougoslavie [...] au Venezuela il ne
restait aucune trace des anciennes formes de travail agricole collectif, Le
«conuquero » (cultivateur de conuco) est l’expression typique et exacerbée d’un
système de production anti-économique et individualiste », BETANCOURT
(1956/1986), p. 422.
(41) BETANCOURT (1956/1986j, p. 427.

Cah. Sci. Hum. 26 (3) 1990 : 429-446


L’ingénieur agronome au Vénézuéla 445

(42) CASTILLO (1985), p. 37.


(43) Juan Pablo PÉREZ ALFONZO (1976) “a été un des principaux critiques du
développement par la ressource pétrolière. Pour une explication d’ensemble sur les
caractéristiques rentières de l’économie vénézuélienne, cf. MOMMER (1988) et
MOMMER (1989).

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