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Évaluation des processus sédimentaires à Génissiat

Cette thèse évalue les processus hydro-sédimentaires d'une retenue de forme allongée en se basant sur la retenue de Génissiat sur le Haut-Rhône. Une analyse hydro-morphologique a permis de découper la retenue en tronçons et de mettre en évidence la dynamique spatiale des sédiments. Les flux de transport ont été quantifiés et les contributions des processus de transport pour les différentes classes granulométriques ont été évaluées. Des modèles numériques ont ensuite été développés pour simuler le transport des sédiments fins et grossiers et tester différents protocoles de gestion.

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Évaluation des processus sédimentaires à Génissiat

Cette thèse évalue les processus hydro-sédimentaires d'une retenue de forme allongée en se basant sur la retenue de Génissiat sur le Haut-Rhône. Une analyse hydro-morphologique a permis de découper la retenue en tronçons et de mettre en évidence la dynamique spatiale des sédiments. Les flux de transport ont été quantifiés et les contributions des processus de transport pour les différentes classes granulométriques ont été évaluées. Des modèles numériques ont ensuite été développés pour simuler le transport des sédiments fins et grossiers et tester différents protocoles de gestion.

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Évaluation des processus hydro-sédimentaires d’une

retenue de forme allongée : application à la retenue de


Génissiat sur le Haut-Rhône
Lucie Guertault

To cite this version:


Lucie Guertault. Évaluation des processus hydro-sédimentaires d’une retenue de forme allongée :
application à la retenue de Génissiat sur le Haut-Rhône. Mécanique des fluides [[Link]-ph].
Université Claude Bernard - Lyon I, 2015. Français. �NNT : 2015LYO10143�. �tel-01273431�

HAL Id: tel-01273431


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Submitted on 12 Feb 2016

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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
No d’ordre : 143-2015 Année 2015

THÈSE DE L’UNIVERSITÉ DE LYON

délivrée par

L’UNIVERSITÉ CLAUDE BERNARD LYON 1

École doctorale Mécanique, Énergétique, Génie civil, Acoustique

Spécialité Mécanique des fluides

DIPLÔME DE DOCTORAT

(arrêté du 7 août 2006)

Évaluation des processus hydro-sédimentaires


d’une retenue de forme allongée :
application à la retenue de Génissiat sur le Haut-Rhône

Préparée dans l’Unité de Recherche Hydrologie-Hydraulique, Irstea Lyon par

Lucie Guertault

Soutenue publiquement le 9 octobre 2015 à Villeurbanne devant le Jury composé de :

M. Michel Estèves Directeur de Recherche, IRD LTHE Rapporteur


M. Anton Schleiss Professeur, EPFL Rapporteur
Mme Ivana Vinkovic Professeur des Universités, UCBL Examinateur
M. Giampaolo Di Silvio Professeur Émérite, Université de Padoue Examinateur
M. André Paquier Chercheur ICPEF, Irstea Lyon Villeurbanne Directeur de thèse
M. Benoît Camenen Chargé de Recherche HDR, Irstea Lyon Villeurbanne Encadrant
M. Christophe Peteuil Ingénieur Chercheur, CNR Encadrant
Remerciements

Toute petite déjà je collectionnais les cailloux, cela explique sûrement pourquoi j’ai fait une
thèse sur le transport de sédiments. En plus, ces trois ans m’ont permis de compléter ma collec-
tion, avec notamment des spécimens rares du Haut-Rhône !

Je tiens d’abord à remercier les membres du jury de thèse : Ivana Vinkovic qui a accepté de
présider le jury, Anton Schleiss et Michel Estèves pour la relecture de la thèse et leurs remarques
constructives sur ce travail et Giampaolo Di Silvio, qui a également suivi ma thèse avec intérêt
dès le début.

Je remercie mon directeur de thèse André Paquier pour son encadrement et ses conseils,
notamment pour la modélisation. Je remercie mes encadrants de thèse : Christophe Peteuil pour
son rôle important de relais entre le monde de la recherche et l’opérationnel, et Benoit Camenen,
pour sa disponibilité dans l’encadrement au quotidien, les réunions hebdomadaires, et pour les
multiples relectures de la thèse et des articles. Travailler sur une thèse à visée opérationnelle
n’a pas toujours été facile, et je vous remercie tous les trois de m’avoir orientée dans la bonne
direction. Merci de m’avoir permis de communiquer sur mes travaux à travers les nombreux
séminaires et conférences auxquels j’ai participé.

Je souhaite remercier sincèrement toutes les personnes qui ont suivi et contribué à ce travail,
– à Irstea : Jérôme Le Coz pour les conseils, Jean-Baptiste Faure pour le développement
des codes de calcul, la super équipe Métro : Guillaume Dramais, Fabien Thollet, Mickael
Lagouy et Chloé le Bescond pour les mesures, Marina Launay pour la partie sur les flux
sédimentaires, Violaine Dugué et Carla Walter pour leurs retours sur le modèle, et Luc
Duron pour son excellent stage sur la modélisation 2D-3D. Un grand merci à Hélène, Anne
puis Béatrice et Carole pour le suivi administratif.
– à la CNR : Françoise Ababie, Sylvain Reynaud et Didier Roult pour le suivi de la thèse,
Thierry Frétaud et Aurélie Jouve pour leurs retours sur les modèles (merci aussi Thierry
pour ta réactivité concernant mes demandes de données ou autre), les équipes de la DRB,
DI-CEN et CACOH pour les nombreuses mesures réalisées.
– Merci aussi à Thomas Geay pour son aide dans la mise en place et l’exploitation des
données de l’hydrophone.

J’ai beaucoup apprécié ces trois ans de thèse, et pas seulement à cause de l’eau et des
cailloux, la bonne ambiance qui règne à Irstea y est clairement pour quelquechose. Merci à mon
super collègue de bureau, Martin (alias Coboubou, Fouinito, Tiny-Tim, ...) pour son soutien,
son aide sur Arc-Gis. Merci aussi pour le chocolat, les Dstress booster, ces trajets du retour
vers la Croix-Rousse et tous les moments de craquage partagés. Merci à mes collègues de HH et
Poldif : Martin, le trio infernal Eric, Anne-Laure et Ben, les anciens : Marko, Momo, Germain,
Raph, Marina, Pierre-Henri, Thomas, Chloé, Nico, Jessica, ceux qui restent encore un moment :
Céline, Isabelle G., Christine B., François, Albert, Greg, Emeline, Victor, Laurie, Delphine, Cé-
cile, Laura et Ivan pour les pauses au coin café (avec et sans gâteaux), les repas en salle repas
ou à la cantine, les matchs d’ultimate et de volley, la course à pied et les soirées !

i
Je tiens à remercier mes parents de m’avoir permis d’accomplir toutes ces études de Paris à
Lyon en passant par Toulouse et Montréal. Merci à ma famille, mes parents, mon frère et mes
grand-mères pour leur soutien et leurs encouragements depuis le début de mon parcours.
Enfin, merci à toi Basile, pour ta patience, ton soutien, les innombrables aller-retour entre
Paris et Lyon, les vacances, et surtout merci d’avoir accepté de continuer l’aventure avec moi là
où il y a toujours de l’eau !

ii
Résumé

Cette thèse a pour objectif de caractériser les processus dominants dans l’évolution mor-
phologique d’une retenue de forme allongée. Ces retenues sont caractérisées par une dimension
longitudinale prédominante par rapport à la dimension transversale. La thèse s’est appuyé sur
le cas de la retenue de Génissiat, située au coeur d’une série d’aménagements hydro-électriques
sur le Haut-Rhône et soumise à des opérations régulières de chasses hydrauliques. Une analyse
hydro-morphologique basée sur l’interprétation des évolutions morphologiques et des conditions
d’écoulement a été réalisée. A partir de cette analyse, un découpage de la retenue en tronçons
a permis de mettre en évidence la dynamique spatiale des sédiments au sein de la retenue. Une
analyse de la dynamique spatio-temporelle du transport des sédiments a permis de quantifier
et de caractériser les flux de transportés et leurs incertitudes. La contribution des processus
associés au transport des différentes classes granulométriques (sables et sédiments fins) a alors
été évaluée.
Enfin, deux modèles numériques unidimensionnels ont été développés afin de simuler les pro-
cessus dominants pour le transport des sédiments fins et des sédiments grossiers. Les résultats de
modélisation ont montré la capacité des modèles à reproduire les évolutions morphologiques et
les flux transportés, avec des valeurs simulées comprises dans les plages d’incertitude de mesure.
La partie amont de la retenue apparaît ainsi nettement dominée par le transport de sable alors
que la partie aval est dominée par le transport de fines. Finalement, les modèles ont été appliqués
pour tester différents protocoles de gestion de la retenue dans le but d’établir des règles d’ex-
ploitation permettant de limiter le comblement de la retenue et les impacts environnementaux
à l’échelle d’événements de chasse et sur le long terme.

Mots clés :
Comblement des retenues, Retenues de forme allongée, Retenue de Génissiat, Chasses de
barrage, Modélisation numérique, Sédiments fins, Sables.

Laboratoire de rattachement :
Irstea - Centre de Lyon-Villeurbanne
Unité de recherches Hydrologie-Hydraulique
5 rue de la Doua
CS70077
69626 Villeurbanne Cedex

iii
Abstract

Evaluation of the hydro-sedimentary processes of an elongated dam reservoir :


Application to the Génissiat reservoir located on the Upper Rhône River

This PhD thesis aimed to characterize the main processes responsible for the morphological
evolution of an elongated reservoir, characterized by predominant longitudinal dimensions. It
was based on the case study of the Génissiat reservoir, located in a series of hydropower plants on
the French Upper Rhône River and regularly subjected to flushing operations. A fluvial geomor-
phological analysis based on morphological evolutions and hydraulic conditions was performed.
A longitudinal delineation of the reservoir allowed to highlight the spatial dynamics of the reser-
voir. Sediment fluxes in the reservoir and their uncertainties were quantified and qualified and
evidenced the contribution of transport processes associated to sand and fine sediments.
Two one-dimensional numerical models were developed to simulate the main processes for
fine sediment and coarse sediment transport, respectively. Numerical results showed that these
models were able to reproduce morphological evolutions and sediment fluxes, with differences
between simulated and measured values lower than the measurement uncertainties. It appeared
that the upstream part of the reservoir is dominated by sand transport while the downstream
part of the reservoir is dominant by silt and clay sediment transport. Finally, the models were
used to simulate predictive scenarios and to evaluate the impact of the operating rules on sedi-
ment dynamics. Some enhancements to current operating rules were proposed to limit reservoir
sedimentation and downstream ecological impacts related to flushing events and long-term ma-
nagement.

Keywords :
Reservoir sedimentation, Elongated reservoirs, Génissiat dam reservoir, Dam flushing, Nu-
merical modelling, Fine sediments, Sand.

v
Symboles

Lettres romaines
a paramètre d’une régression
aP D paramètre de calage du code Adis-TS
ABV Aire du bassin versant m2
A Section mouillée m2
As section solide
b paramètre d’une régression
c paramètre d’une régression
C concentration en matières en suspension dans l’eau g/l
CD coefficient de traînée
Ceq concentration en matières en suspension dans l’eau à l’équilibre g/l
C0 paramètre de calage du code Adis-TS g/l
Cm Concentration moyenne dans une section transversale g/l
Cza concentration à l’altitude za au dessus du fond g/l
CR concentration de référence pour le profil exponentiel g/l
d diamètre d’une particule m
d50 diamètre médian des sédiments m
dx diamètre pour lequel x % des sédiments en masse sont plus fins m
d∗ diamètre adimensionnel du sédiment
D Taux de dépôt simulé par le code Adis-TS kg/m2 s
Da Distance d’application d’une section en travers m
Dchar Distance de chargement m
Dchard50 Distance de chargement pour le diamètre médian m
Dcharσ Distance de chargement pour l’étendue granulométrique m
Df coefficient de diffusion m2 /s
Dx distance entre deux points
E Taux de reprise simulé par le code Adis-TS kg/m2 s
f fréquence Hz
FC paramètre de forme du profil de concentration
Fr nombre de Froude
Fs fréquence d’échantillonnage du signal acoustique
g constante d’accélération de la pesanteur m/s2
h tirant d’eau m
Ht profondeur d’immersion du densimètre m
J la perte de charge par frottement
Js la perte de charge singulière
k facteur d’élargissement pour le calcul de l’incertitude élargie
kP efficacité du préleveur de charriage
K coefficient de Strickler m1/3 /s
Kp coefficient de Strickler de peau m1/3 /s
L distance entre deux sections transversales m
LX pas d’espace pour le calcul de la sinuosité m
Lv longueur de la fenêtre d’échantillonage acoustique

vii
m exposant appliqué à la contrainte dans la formule de transport
M masse de sédiments kg
Mt masse apparente d’un dépôt sédimentaire kg
Ms masse solide d’un dépôt sédimentaire kg
Md masse solide sèche d’un dépôt sédimentaire kg
N nombre de points décrivant une section en travers
Nh nombre de points d’une ligne d’eau
NS critère de Nash Sutcliffe
NT nombre de transects
p porosité des sédiments en place
pd proportion de sédiments de diamètre inférieur à d
P puissance du signal acoustique μPa2 /Hz
P SD densité spectrale de puissance du signal acoustique μPa2 /Hz
q apports latéraux de débit m2 /s
qscap capacité solide unitaire m2 /s
Q débit liquide m3 /s
Qs débit solide m3 /s
Qcap
s capacité de transport m3 /s
R nombre de Rouse
R nombre de Rouse corrigé
R∗ nombre de Reynolds turbulent
ReP nombre de Reynolds particulaire
Rh rayon hydraulique m
s signal acoustique
S aire occupée par les sédiments dans une section m2
t temps
TF Taux de transfert d’une retenue
TP Taux de piégeage d’une retenue
T Turbidité de l’eau NTU
T∗ la contrainte réduite
u incertitude type
uP incertitude type liée à l’imprécision des mesures
uR incertitude type liée à la représentativité des mesures
u∗ vitesse de cisaillement m/s
U vitesse moyenne de l’écoulement m/s
UE incertitude élargie
UP Vitesse de propagation des sédiments en suspension m/s
v vitesse de décantation des particules m/s
V Volume de sédiments m3
Vann apport moyen annuel m3
Vret Capacité de la retenue m3
Vs Volume d’une suspension de sédiments m3
w fenêtre d’échantillonage du signal acoustique
we teneur en eau massique d’un échantillon de sédiments
ws vitesse de chute d’une particule m/s
W largeur au miroir m
Wa largeur active
Wd largeur déversante d’un ouvrage m
WP largeur du préleveur de charriage m
x abscisse longitudinale
X latitude

viii
y abscisse latérale
Y longitude m
Z altitude m

Lettres grecques
α paramètre pour le calcul de l’incertitude liée à la représentativité
αH paramètre de la loi de Han m
αERD paramètre de calage pour le modèle de l’évacuateur de surface
β coefficient de quantité de mouvement des équations de Saint Venant
γ paramètre de calage du modèle de Brown
δ densité réduite du sédiment
Δy pas d’interpolation d’une section en travers m
Δz variation de l’altitude d’un point d’une section en travers m
ΔS variation de l’aire occupée par les sédiments dans une section m
Δt temps de prélèvement des sédiments s
ΔT temps de propagation des sédiments en suspension s
v coefficient de diffusion verticale du sédiment m2 /s
ζ paramètre utilisé pour le dépôt dans rubarbe
θ paramètre de Shields
θc paramètre de Shields critique
κ constante de Von Kàrmàn
λ proportion d’une population de sédiments
μ coefficient de débit d’un ouvrage
μd espérance d’une distribution statistique
ν viscosité cinématique de l’eau m2 /s
ρ masse volumique de l’eau kg/m3
ρs masse volumique absolue du sédiment kg/m3
ρd masse volumique sèche du sédiment kg/m3
ρd masse volumique d’un mélange de sédiments estimé par calcul kg/m3
ρw masse volumique humide du sédiment kg/m3
ρt masse volumique d’une suspension de sédiments kg/m3
σ écart type d’une distribution statistique
σE nombre de Schmidt pour le profil exponentiel
σP nombre de Schmidt pour le profil puissance
τ contrainte de cisaillement hydrodynamique Pa
τef f contrainte de cisaillement hydrodynamique efficace Pa
τc contrainte critique de mise en mouvement Pa
φ angle de stabilité des sédiments
φR facteur de correction du paramètre de Rouse
Φ flux massique de sédiments kg/s

ix
Indices et exposants
am amont
ar argile
av aval
A Arve
bg berges
BDM Bout du Monde
CA couche active
eq équilibre
ERD évacuateur de surface
f fin
fd fond
g grossier
GE Génissiat
JON Jonction
li limon
m lit mineur
max maximal
mes mesuré
mod modélisé
M lit moyen
pyc pycnomètre
PO Pougny
PY Pyrimont
rd rive droite
rg rive gauche
sa sable
SE Seyssel
th théorique
tot total
us Usses
val Valserine
VF vanne de fond
V DF vanne de demi-fond

x
Acronymes

ADCP Acoustic Doppler Current Profiler


BD topo Base de Données topographiques
CEA Commissariat à l’Énergie Atomique
CNR Compagnie Nationale du Rhône
EDF Électricité de France
ERD Évacuateur Rive Droite
GPS Global Positioning System
GUM Guide to the expression of Uncertainty in Measurement
IGN Institut national de l’information géographique et forestière
(anciennement institut géographique national)
Irstea Institut national de Recherches en Sciences et Technologiques
pour l’Environnement et l’Agriculture
LNHE Laboratoire National d’Hydraulique et d’Environnement
MES Matières En Suspension
MNT Modèle Numérique de Terrain
NGF Nivellement Géographique Français
OFEV Office Fédéral de l’Environnement (Suisse)
OSR Observatoire des Sédiments du Rhône
PK Point Kilométrique
SFMPC Société des Forces motrices de Chancy-Pougny
SIG Services Industriels Genevois
VDF Vanne de demi-fond
VF Vanne de fond

xi
Table des matières

Résumé iv

Abstract vi

Liste des symboles xi

Liste des acronymes xii

1 Introduction 1
1.1 Le transport des sédiments en rivière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.1 Classification des sédiments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.2 Modes de transport des sédiments en rivière . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1.3 Morphologie des rivières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Le transport des sédiments dans les retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Les retenues de barrage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Les processus de transport dans les retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.3 Le comblement des retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.4 L’estimation du comblement des retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.3 Le contrôle de la sédimentation dans les retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3.1 Retour d’expérience sur quelques cas problématiques . . . . . . . . . . . . 10
1.3.2 Présentation des différentes techniques de contrôle de la sédimentation . . 11
1.4 La gestion des impacts environnementaux des barrages . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.4.1 Les impacts liés à la régulation des écoulements et du transport des sédiments 12
1.4.2 Les impacts liés aux chasses de barrage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.5 Modélisation des processus sédimentaires dans les retenues . . . . . . . . . . . . . 13
1.5.1 La modélisation physique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.5.2 Les modèles mathématiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.5.3 La modélisation numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.6 Problématiques scientifiques liées à la gestion sédimentaire des retenues de forme
allongée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.7 Démarche scientifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

2 Présentation du cas d’application 19


2.1 Présentation du Haut-Rhône . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.1.1 Aperçu géographique du Haut-Rhône . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.1.2 Conditions d’apport solide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.2 Historique et exploitation des aménagements hydro-électriques du Haut-Rhône . 20
2.2.1 Les aménagements hydro-électriques du Haut-Rhône . . . . . . . . . . . . 20
2.2.2 Description et fonctionnement des aménagements de Verbois et de Chancy-
Pougny . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.2.3 Description et fonctionnement des aménagements de Génissiat et de Seyssel 21
2.2.4 La sédimentation dans les retenues du Haut-Rhône . . . . . . . . . . . . . 22
2.3 L’aménagement de Génissiat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.3.1 La géologie du site . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23

xiii
TABLE DES MATIÈRES

2.3.2 Hydrologie du bief de Génissiat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24


2.3.3 Le barrage de Génissiat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.3.4 La retenue de Génissiat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.4 Les chasses du Haut-Rhône . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.4.1 Objectifs de l’opération . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.4.2 Impacts des opérations de chasse en amont de Génissiat . . . . . . . . . . 27
2.4.3 Enjeux actuels à préserver en aval de la retenue de Génissiat . . . . . . . 27
2.4.4 Description de l’évolution historique du protocole . . . . . . . . . . . . . . 27
2.5 Observations sur le comblement de la retenue de Génissiat . . . . . . . . . . . . . 31
2.5.1 Ampleur actuelle des dépôts dans la retenue de Génissiat . . . . . . . . . 31
2.5.2 Granulométrie des dépôts sédimentaires de la retenue de Génissiat . . . . 33
2.6 Besoins opérationnels de la CNR . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

3 Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat 35


3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.2 Données hydro-morphologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
3.2.1 Données bathymétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
3.2.2 Protocole de traitement des bathymétries . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
3.2.3 Photographies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.2.4 Données hydrauliques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.2.5 Données sédimentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.3 Description morphologique de la retenue de Génissiat . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.3.1 Sinuosité de la retenue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.3.2 Typologie des sections . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.3.3 Propriétés des sédiments en place . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.4 Évolutions morphologiques de la retenue de Génissiat . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.4.1 Évolution du profil en long . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.4.2 Évolution des sections en travers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.4.3 Évolution en plan de la zone de l’Étournel . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.5 Bilans bathymétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
3.5.1 Méthode de calcul du bilan bathymétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
3.5.2 Incertitudes sur le calcul des cubatures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
3.5.3 Analyse du bilan bathymétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
3.5.4 Dynamique sédimentaire spatiale de la retenue entre 1954 et 2012 . . . . 62
3.5.5 Premières conclusions sur la dynamique de la retenue . . . . . . . . . . . 64
3.6 Analyse des conditions d’écoulement dans la retenue . . . . . . . . . . . . . . . . 66
3.6.1 Objectifs de la modélisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
3.6.2 Présentation des codes de calculs hydrauliques . . . . . . . . . . . . . . . 66
3.6.3 Construction des modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
3.6.4 Calage des modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
3.6.5 Paramètres hydro-sédimentaires pour l’analyse des conditions d’écoulement 72
3.6.6 Analyse en conditions d’interchasse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
3.6.7 Analyse en conditions de chasse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.6.8 Conclusions sur les processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
3.7 Découpage hydro-morphologique de la retenue de Génissiat . . . . . . . . . . . . 83
3.7.1 Classification des cours d’eau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
3.7.2 Méthode de découpage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
3.7.3 Découpage visuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3.7.4 Découpage statistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.7.5 Choix du découpage final . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.7.6 Caractérisation hydro-morphologique des tronçons . . . . . . . . . . . . . 89
3.8 Conclusions sur l’analyse hydro-morphologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93

xiv
TABLE DES MATIÈRES

4 Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments 95


4.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
4.2 Présentation du réseau et des méthodes de mesure hydro-sédimentaires sur le Haut-
Rhône du Léman à Seyssel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
4.2.1 Débits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
4.2.2 Concentrations en Matières en Suspension (MES) . . . . . . . . . . . . . . 97
4.2.3 Calcul des flux de matières en suspension . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
4.2.4 Charriage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.2.5 Granulométrie des sédiments transportés . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.3 Dynamique du transport des matières en suspension en période d’interchasse . . 115
4.3.1 Concentrations en matières en suspension . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
4.3.2 Granulométrie des matières en suspension . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.3.3 Propagation des matières en suspension entre Pougny et Pyrimont en période
d’interchasse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.4 Dynamique du transport des matières en suspension en périodes de chasse . . . . 119
4.4.1 Transport par suspension lors de la phase de remobilisation . . . . . . . . 120
4.4.2 Transport par suspension durant la phase régulation des chasses suisses . 122
4.4.3 Transport par suspension dans la retenue de Seyssel . . . . . . . . . . . . 125
4.4.4 Processus hydro-sédimentaires près du barrage de Génissiat . . . . . . . . 126
4.5 Transport des sédiments grossiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
4.5.1 Transport par charriage en amont de la retenue en période d’interchasse . 131
4.5.2 Transport par charriage au Pont Carnot lors de la chasse de 2012 . . . . . 132
4.5.3 Transport par charriage à Bognes lors de la chasse de 2012 . . . . . . . . 133
4.6 Apport de la modélisation hydraulique 2D à la compréhension de la dynamique proche
du barrage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
4.6.1 Présentation du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
4.6.2 Caractéristiques hydrodynamiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
4.6.3 Dynamique locale au cours de la chasse de 2012 . . . . . . . . . . . . . . . 136
4.7 Masses de sédiments entrant et sortant de la retenue de Génissiat . . . . . . . . . 140
4.7.1 Masses de matières en suspension en période d’interchasse . . . . . . . . . 140
4.7.2 Reconstruction des concentrations en matières en suspension entrant et sor-
tant de la retenue en période d’interchasse . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
4.7.3 Masses de matières en suspension transportées en chasse . . . . . . . . . . 146
4.8 Comparaison des bilans sédimentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
4.8.1 Objectifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
4.8.2 Estimation de la masse volumique des sédiments en place dans la retenue 148
4.8.3 Application aux retenues de Verbois et Chancy-Pougny . . . . . . . . . . 150
4.8.4 Application à la retenue de Génissiat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
4.9 Conclusions sur la dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments . . . . 154

5 Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat 157


5.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
5.2 Présentation des codes de calcul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
5.2.1 Adis-TS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
5.2.2 RubarBE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
5.3 Modèle Adis-TS des retenues de Génissiat et Seyssel . . . . . . . . . . . . . . . . 164
5.3.1 Problématique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
5.3.2 Description du modèle numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
5.3.3 Module additionnel « barrage » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
5.4 Calage et validation du modèle Adis-TS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
5.4.1 Calage des paramètres aP D et C0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
5.4.2 Test du module « barrage » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175

xv
TABLE DES MATIÈRES

5.4.3 Validation des paramètres aP D et C0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178


5.4.4 Validation du modèle complet sur la chasse de 2003 . . . . . . . . . . . . 179
5.4.5 Validation du modèle en période d’exploitation normale . . . . . . . . . . 182
5.5 Modèle RubarBE de la retenue de Génissiat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
5.5.1 Problématique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
5.5.2 Description du modèle numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
5.5.3 Calage du modèle RubarBE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
5.6 Validation du modèle RubarBE de la retenue de Génissiat . . . . . . . . . . . . . 200
5.6.1 Simulation de la chasse de 1984 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
5.6.2 Simulation de la chasse de 2012 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
5.7 Discussion sur la modélisation des processus hydro-sédimentaires . . . . . . . . . 202
5.7.1 Comparaison des modèles Adis-TS et RubarBE : cas test d’une opération de
chasse simplifiée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
5.7.2 Modélisation du tri granulométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206
5.7.3 Modélisation de la propagation des sables . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
5.7.4 Modélisation de périodes d’interchasse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
5.8 Applications prédictives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209
5.8.1 Modélisation prédictive pour la chasse de 2016 . . . . . . . . . . . . . . . 209
5.8.2 Modélisation prédictive pour la gestion lors de crues . . . . . . . . . . . . 213
5.9 Conclusions sur la modélisation hydro-sédimentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . 215

6 Conclusion générale et perspectives 218

Bibliographie 224

Annexes 240
A Liste des sections en travers mesurées dans la retenue de Génissiat . . . . . . . . 241

xvi
Liste des tableaux

1.1 Nombre de Rouse et mode de transport associé d’après Van Rijn [2007]. . . . . . 4
1.2 Coefficients A, B et m pour les principaux types de particules. . . . . . . . . . . 5

2.1 Hydrologie du Haut-Rhône aux stations de Pougny et Bognes (T est la période de


retour de la crue). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24

3.1 Lignes d’eau de la retenue de Génissiat sélectionnées pour le calage. . . . . . . . 40


3.2 Lignes d’eau de la retenue de Seyssel sélectionnées pour le calage. . . . . . . . . . 40
3.3 Caractéristiques des prélèvements réalisés dans la retenue. . . . . . . . . . . . . . 41
3.4 Granulométrie des prélèvements verticaux dans les dépôts près du barrage. . . . 47
3.5 Granulométrie des prélèvements verticaux dans les dépôts sur les berges. . . . . . 47
3.6 Évolution temporelle de la pente moyenne par tronçon. . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.7 Évolution temporelle des variations d’altitude du fond. . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.8 Bilan volumique des périodes de chasse et d’interchasse entre 1954 et 1984. . . . 58
3.9 Bilan bathymétrique volumique des périodes de chasse et d’interchasse entre 1984 et
2012. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
3.10 Comparaison des bilans en périodes de chasse (le bilan de la retenue de Verbois est
issu de [Diouf, 2013]). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
3.11 Comparaison des bilans en périodes d’interchasse (le bilan de la retenue de Verbois
est issu de [Diouf, 2013]). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.12 Tendance des évolutions morphologiques observées pour différents tronçons de la
retenue de Génissiat. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
3.13 Tronçons définis pour le calage hydraulique de la retenue de Génissiat. . . . . . . 68
3.14 Jeux de paramètres de calage testés avec le modèle (les valeurs en gras sont celles qui
différent des valeurs du jeu de référence). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
3.15 Analyse de sensibilité du modèle au calage hydraulique sur la ligne d’eau de 2008 (les
cellules jaunes mettent en évidence les hauteurs d’eau correctement reproduites au
regard des incertitudes (±5 cm)). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
3.16 Tronçons définis pour le calage hydraulique de la retenue de Seyssel. . . . . . . . 71
3.17 Paramètres hydro-morphologiques sélectionnés pour le découpage (↔ signifie que les
paramètres sont identiques pour les deux méthodes, ≈ signifie que les paramètres
sont différents entre les méthodes mais considérés comme équivalents). . . . . . . 85
3.18 Discontinuités observées par la méthode visuelle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.19 Nombre de sections présentant des discontinuités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.20 Jeux de discontinuités obtenus par les méthodes visuelle et statistiques, jeu retenu. 89
3.22 Caractéristiques géométriques des tronçons issus du découpage (G : gauche, D :
droite). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
3.23 Représentativité de la dynamique moyenne par tronçon par rapport à la dynamique
locale (O signifie que la valeur moyenne est représentative, c’est à dire que l’écart
type est inférieur à la moitié de la moyenne, N signifie qu’elle ne l’est pas). . . . 92

4.1 Caractéristiques de débits mesurés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97


4.2 Caractéristiques des concentrations mesurées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100

xvii
LISTE DES TABLEAUX

4.3 Coefficients des relations C=f(Q) pondérées par la racine du flux obtenues pour la
Valserine et les Usses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
4.4 Caractéristiques des mesures de charriage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
4.5 Caractéristiques des granulométries réalisées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.6 Populations de sédiments permettant de décrire la distribution granulométrique. 115
4.7 Débits et concentrations moyens au barrage pendant le palier à cote basse. . . . . 131
4.8 Incertitudes associées au calcul des masses de MES transportées au niveau de diffé-
rentes stations et pour différentes chasses (Les valeurs données pour les sources sont
les valeurs de l’intervalle). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
4.9 Masses de MES mesurées aux stations de Bout du Monde, Pougny, et Pyrimont (en
Mt). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
4.10 Évaluation des méthodes de reconstruction de la concentration à Pougny. . . . . 143
4.11 Évaluation des méthodes de reconstruction de la concentration à Pyrimont. . . . 145
4.12 Incertitudes associées au calcul des masses de MES transportées au niveau de diffé-
rentes stations et pour différentes chasses (Les valeurs données pour les sources sont
les valeurs de l’intervalle). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
4.13 Masse de MES transportées mesurées aux stations de Pougny, Génissiat et Pyrimont
au cours des chasses (en Mt). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
4.14 Propriétés des sédiments en place dans les différentes zones d’échantillonnage. . . 149
4.15 Bilans sédimentaires de la retenue de Verbois en chasse (en Mt). . . . . . . . . . 151
4.16 Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat en chasse (en Mt). . . . . . . . . 152
4.17 Masses de matières en suspensions reconstituées à Pougny et Pyrimont pour diffé-
rentes périodes d’interchasse (en Mt). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
4.18 Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat en période d’interchasse (en Mt). 154

5.1 Propriétés physiques des classes de sédiment du modèle. . . . . . . . . . . . . . . 165


5.2 Caractéristiques sédimentaires des tronçons du modèle. . . . . . . . . . . . . . . . 166
5.3 Description du protocole de calage et validation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
5.4 Masses de sédiments transportés mesurées et calculées en fonction du calage des
paramètres aP D and C0 (Lorsqu’il n’y a qu’une seule valeur du paramètre, celle-ci
est utilisée pour toutes les classes. Lorsqu’il y a six valeurs, elles correspondent aux
valeurs attribuées par taille croissante, des argiles aux sables moyens, cf. tableau
[Link]). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
5.5 Masses de sédiments transportés mesurées et calculées en fonction du calage du pa-
ramètres aP D et de l’apport amont en sable (même présentation que tableau 5.4).
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
5.6 Analyse de sensibilité du modèle aux apports en sable : comparaison des bilans ba-
thymétriques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
5.7 Calage du paramètre C0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
5.8 Bilans de la retenue estimés en fonction de l’apport en sable pour la chasse de 2012
et comparaison avec la mesure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
5.9 Masses simulés et mesurés transportées dans les vannes du barrage de Génissiat
durant la chasse de 2012. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
5.10 Bilans de la retenue estimés en fonction de l’apport en sable pour la chasse de 2003
et comparaison avec la mesure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
5.11 Masses transportées simulées et mesurées dans les vannes du barrage de Génissiat et
dans la retenue de Seyssel durant la chasse de 2003. . . . . . . . . . . . . . . . . 181
5.12 Granulométrie des dépôts de sédiments dans les tronçons du modèle. . . . . . . . 184
5.13 Épaisseurs des couches de sédiments en place dans les tronçons du modèle Rubarbe
de la chasse de 2003. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186
5.14 Caractéristiques des simulations réalisées pour la chasse de 2003. . . . . . . . . . 186
5.15 Caractéristiques sédimentaires corrigées pour certains tronçons du modèle. . . . . 195

xviii
LISTE DES TABLEAUX

5.17 Bilan volumique pour les tronçons T1 à T14, global et par tronçon. Pour chaque test
et chaque tronçon, la cellule est colorée si l’écart entre les valeurs simulée et mesurée
est inférieur à l’incertitude de mesure (avec une tolérance de 1000 m3 ). . . . . . . 198
5.19 Performance du modèle par simulation pour les tronçons T1 à T14, globale et par
tronçon. Pour chaque tronçon, la cellule colorée correspond au meilleur indice de
performance obtenu parmi les différents tests. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199
5.20 Épaisseurs des couches de sédiments en place dans les tronçons du modèle Rubarbe
de la chasse de 1984. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
5.21 Caractéristiques des simulations réalisées pour le cas-test. . . . . . . . . . . . . . 203
5.22 Définition de la condition limite amont sédimentaire pour le modèle Adis-ts en
fonction des résultats du modèle des retenues de Verbois et Chancy-Pougny. . . . 210
5.23 Masses de sédiments transportées au barrage de Génissiat et à Seyssel estimées pour
les différents scénarios envisagés pour la chasse de 2016. . . . . . . . . . . . . . . 212
5.24 Estimation des masses évacuées par le barrage de Génissiat en fonction du mode de
gestion à partir du scénario de la crue de 2015. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215

xix
Table des figures

1.1 Schéma des processus de transport par charriage et par suspension dans un cours
d’eau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Diagramme de Shields pour la mise en mouvement d’après Vanoni [1977]. . . . . 3
1.3 Balance de Lane [1955]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.4 Types de dépôt observés dans une retenue, d’après Morris et Fan [1998]. . . . . . 6
1.5 Évolution du profil en long de la retenue de Tarbela, Pakistan, d’après Lowe et Fox
[1995]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.6 Classification des stratégies de gestion des sédiments pour le maintien de la capacité
des retenues d’après Kondolf et al. [2014]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10

2.1 Aperçu géographique du Haut-Rhône et de ses aménagements. . . . . . . . . . . 19


2.2 Confluence entre le Rhône (à droite) et l’Arve en crue (à gauche) (photo SIG). . 20
2.3 Courbes d’exploitation des retenues de : a) Génissiat et b) Seyssel. . . . . . . . . 22
2.4 Carte géologique d’ensemble de la région (d’après Gignoux et Mathian [1952]). . 23
2.5 Le barrage de Génissiat : a) Photographie du barrage au cours de la chasse de juin
2012 (photo CNR), b) Schéma du barrage et localisation des prises d’eau (schéma
CNR). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.6 Photographies de la retenue : a) plaine alluviale de l’Étournel en 2012 (la grande île
aval et le chenal secondaire sont visibles en bas, le pont Carnot est située en haut
à droite, photo CNR), b) la Perte du Rhône (Carte postale datée du 23 août 1945,
Eric Toiseux), c) Les gorges d’Arlod avant la mise en eau de la retenue (Carte postale
non datée, Eric Toiseux), d) partie aval de la retenue située dans des gorges en 2012
(on aperçoit le barrage en haut à droite, photo CNR), e) Lieu dit le Paradis (Carte
postale non datée, Eric Toiseux), f) Lieu dit le Paradis (novembre 2012). . . . . . 26
2.7 Historiques des protocoles de chasse à Génissiat (bleu) et Verbois (marron). . . . 28
2.8 Mesures de concentration dans les vannes de fond et de demi-fond au cours de la
chasse de 1984. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.9 Mesures de concentration dans la vanne de fond au cours de la chasse de 2003. . 31
2.10 Évolution du profil en long de la retenue de Génissiat. . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.11 Photographies du barrage de Génissiat : a) au cours du chantier (années 1940), b)
au cours de la chasse de 1978, c) au cours de la chasse de 2012. . . . . . . . . . . 32
2.12 Répartition longitudinale du diamètre médian des sédiments en surface au centre
du chenal de la retenue de Génissiat, d’après Bouchard et Dumond [2000]; Lerch et
Thizy [2013]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

3.1 Données bathymétriques corrigées pour le profil en travers au PK 179,07. . . . . 37


3.2 Méthodes de traitement pour les profils en travers au PK 162,57. . . . . . . . . . 38
3.3 Méthodes de traitement pour les profils en travers au PK 181,9. . . . . . . . . . . 39
3.4 Position des différents prélèvements réalisés dans la retenue (l’encadré en bas à droite
montre un zoom sur les prélèvements de 1999 et la localisation de dépôts sableux en
jaune). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.5 Sinuosité de la retenue de Génissiat. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42

xxi
TABLE DES FIGURES

3.6 Typologie des sections de la retenue de Génissiat : a) section trapézoïdale, b) chenal


principal en rive droite, c) chenal principal en rive gauche, d) chenaux multiples
avec bancs immergés, e) chenaux multiples avec île centrale émergée, f) canyon. Les
typologies a à e sont observées dans la zone alluviale, la typologie f correspond à la
zone rocheuse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
3.7 Photographies lors de la chasse de juin 2012 : a) Confluence Rhône-Valserine le Rhône
est en haut, la Valserine en bas, b) Canyon d’Arlod (photos CNR). . . . . . . . . 44
3.8 Répartition des typologies de section dans la retenue en 2011. . . . . . . . . . . . 44
3.9 Répartition longitudinale du diamètre médian des sédiments en surface : a) au centre
du chenal, b) sur les bords du chenal. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.10 Structure verticale des carottes : a) PK 162,5 b) PK 163,75 c) PK 165,1 d) PK 170,45,
d’après Bouchard et Dumond [2000]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.11 Profils en long et lignes d’eau du bief de Génissiat entre 1918 et 2012 (* Profil
incomplet en amont du PK 182,5, remplacé par le profil datant de septembre 1997). 48
3.12 Profil en long de la zone en amont du barrage (décembre 2011). . . . . . . . . . . 50
3.13 Évolution des profils en travers : a) PK 186,18, b) PK 183,94, c) PK 182,35, d) PK
173,55, e) PK 166,46, f) PK 164,27. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.14 Prises de vue aériennes de l’Étournel : a) 1934, b) 1952, c) 1967, d) 1971, e) 1984, f)
1992, g) 2004 (source : Géoportail). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
3.15 Paramètres calculés pour l’estimation du bilan bathymétrique. . . . . . . . . . . 53
3.16 Choix de la limite chenal-berge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
3.17 Bilan bathymétrique cumulé volumique de la retenue entre 1984 et 2012. . . . . . 59
3.18 Volumes nets cumulés le long de la retenue sur les périodes : a) 1954-1984, b) 1984-
2012 (les cercles localisent le point de la partie aval où l’intensité du dépôt varie). 63
3.19 Volumes nets cumulés issus des berges le long de la retenue sur les périodes : a)
1954-1984, b) 1984-2012. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
3.20 Comparaison des lignes d’eau de la retenue de Génissiat mesurées et simulées pour le
régime d’exploitation normale : a) 2008 Q=475 m3 /s, b) 2006 Q=577 m3 /s, c) 2007
Q=891 m3 /s. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
3.21 Débits reconstitué et modélisés entre le 08/06/2012 et le 09/06/2012. . . . . . . . 71
3.22 Comparaison des lignes d’eau de la retenue de Seyssel mesurées et simulées pour le
régime d’exploitation normale : a) 1992 Q=630 m3 /s, b) 1994 Q=420 m3 /s. . . . 72
3.23 Largeurs calculées pour différents scénarios d’interchasse. . . . . . . . . . . . . . 74
3.24 Rapports W/Rh calculés pour différents scénarios d’interchasse. . . . . . . . . . . 75
3.25 Contraintes efficaces calculées pour différents scénarios d’interchasse et contraintes
critiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
3.26 Contraintes efficaces calculées pour un scénario (Qam =600 m3 /s, Zav =330 m) par
deux modèles construits à partir de relevés bathymétriques datés de 1984 et 2011
respectivement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
3.27 Nombres de Rouse calculés pour différents scénarios d’exploitation normale et diffé-
rentes tailles de grains : a) 50 μm, b) 100 μm, c) 400 μm. . . . . . . . . . . . . . 78
3.28 Largeurs au miroir calculées pour différentes conditions en chasse. . . . . . . . . 79
3.29 Rapports W/Rh calculées pour différentes conditions en chasse. . . . . . . . . . . 80
3.30 Nombres de Froude calculés pour différentes conditions en chasse. . . . . . . . . . 80
3.31 Contraintes efficaces calculées pour différentes conditions en chasse et contraintes
critiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
3.32 Nombres de Rouse calculés pour différentes conditions en chasse et différentes tailles
de grains : a) 100 μm, b) 400 μm, c) 1 mm. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
3.33 Bilan bathymétrique moyen par tronçon sur la période 1984-2012 : a) chasse, b)
interchasse (Les intervalles représentent les bilans minimum et maximum du tronçon
observés respectivement en chasse ou en période d’interchasse entre 1984 et 2012). 91

xxii
TABLE DES FIGURES

4.1 Localisation et types de mesures hydro-sédimentaires réalisées du Léman à Seyssel. 96


4.2 Courbes d’étalonnage turbidité-concentration : a) Pougny, b) Pyrimont. . . . . . 101
4.3 Profil en travers schématique au pont de Pougny, localisation des points de prélève-
ments. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
4.4 Concentration en MES horaire en fonction du débit horaire à la station de Bout du
Monde de 1974 à 2013 et relations puissances, d’après Launay [2014]. . . . . . . . 104
4.5 Préleveurs de charriage utilisés sur le Rhône : a) Préleveur Helley-Smith, b) Préleveur
Ehrenberger (photos B. Camenen). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.6 Schéma du paysage acoustique des rivières, d’après Geay [2014]. . . . . . . . . . . 108
4.7 Spectrogramme du signal enregistré par la chaîne wildlife acoustics, l’échelle de cou-
leur correspondant à la densité spectrale de puissance, d’après Geay [2013]. . . . 110
4.8 Corrélation entre les bandes d’octaves, la couleur correspond au coefficient de corré-
lation d’après Geay [2013]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4.9 Chroniques mesurées entre le 28 août le 25 septembre 2013 : a) débit à Pougny, b)
puissance acoustique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4.10 Chroniques mesurées entre le 29 avril août le 8 mai 2015 : a) débit à Pougny, b)
puissance acoustique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.11 Distributions granulométriques obtenues par granulométrie laser et sédimentomé-
trie/tamisage, prélèvement du 27/09/2012 au centre de la section située au PK
164,27. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
4.12 Distribution granulométrique du prélèvement de sédiments en place du 27/09/2012 au
PK 170,45 obtenue par granulométrie laser et reconstituée à partir de 6 populations
sédimentaires identifiées sur le Haut-Rhône. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
4.13 Chroniques mesurées entre le 15 juillet et le 15 août 2014 : a) Concentrations à Bout
du Monde, Pougny et Pyrimont, b) Débit à Bout du Monde, Pougny et Pyrimont, c)
cote au barrage de Génissiat. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
4.14 Description granulométrique (densité de fréquence et démodulation) d’échantillons
de surface prélevés en période d’interchasse : a) Pougny, b) Seyssel. . . . . . . . . 117
4.15 Chroniques mesurées entre le 20 juillet et le 5 août 2014 : a) concentrations à Pougny
et Pyrimont, b) débits à Pougny et Pyrimont, c) cote au barrage de Génissiat. . 118
4.16 Temps de propagation des sédiments fins en suspension (en heures) simulé entre
Pougny et Pyrimont pour un régime permanent en fonction du débit entrant et de
la cote au barrage (isolignes), comparaison avec les mesures en période d’interchasse
(points). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
4.17 Concentrations mesurées et conditions hydrauliques modélisées au cours de la chasse
de 2000, aux stations de : a) Grésin (PK 173), b) Bellegarde (PK 169), c) Malpertuis
(PK 164,8). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
4.18 Description granulométrique (densité de fréquence et démodulation) d’échantillons
prélevés pendant la phase de régulation de la chasse de 2012 à Pougny : a) prélèvement
de surface, b) piège à sédiments. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
4.19 Matières en suspension mesurées le long de la retenue et cote au barrage : a) chasse
de 1954, b) chasse de 1984. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
4.20 Temps de propagation des sédiments fins en suspension (en heures) simulé entre
Pougny et Pyrimont pour un régime permanent en fonction du débit entrant et de la
cote au barrage (isolignes), comparaison avec les mesures en chasse (points). . . . 124
4.21 Concentrations mesurées en sortie du barrage de Génissiat, à Pyrimont et à Seyssel
au cours des chasses de : a) 2003, b) 2012. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
4.22 Concentration mesurée dans les vannes au cours de la chasse de 2012. . . . . . . 126
4.23 Granulométrie mesurée dans les vannes au cours de la chasse de 2012. . . . . . . 127

xxiii
TABLE DES FIGURES

4.24 Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la première phase de la


chasse de 2000 : a) vanne de fond, b) vanne de demi-fond (Les débits passant par les
différentes vannes ne sont pas disponibles pour la phase de régulation). . . . . . . 128
4.25 Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la chasse de 2003 : a) vanne
de fond, b) vanne de demi-fond. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
4.26 Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la chasse de 2012 : a) vanne
de fond, b) vanne de demi-fond. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
4.27 Mesures de charriage à la station des Ripes et courbe de tarage sédimentaire. . . 132
4.28 Modèle et mesures de charriage au Pont Carnot durant la chasse de 2012. . . . . 133
4.29 Modèle et mesures de charriage à Bognes durant la chasse de 2012. . . . . . . . . 133
4.30 Maillage et frontières du domaine, d’après [Duron, 2014]. . . . . . . . . . . . . . 134
4.31 Configuration hydrodynamique de la zone. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
4.32 a) Contraintes simulées par les modèles 1D et 2D de la chasse de 2012, b) Concen-
tration mesurée dans la vanne de fond, c) position des nœuds du modèle 2D. . . 136
4.33 a) Contraintes simulées par les modèles 1D et 2D de la chasse de 2012, b) Concen-
tration mesurée dans la vanne de fond, c) position des nœuds du modèle 2D. . . 137
4.34 a) Contraintes simulées par les modèles 1D et 2D de la chasse de 2012, b) Concen-
tration mesurée dans la vanne de demi-fond, c) position des nœuds du modèle 2D. 138
4.35 a) Contraintes simulées par les modèles 1D et 2D de la chasse de 2012, b) Concen-
tration mesurée dans l’évacuateur, c) position des nœuds du modèle 2D. . . . . . 139
4.36 Cumul des masses de matières en suspension transitant dans le Haut-Rhône du 15
juin 2014 au 30 septembre 2014. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
4.37 Temps de propagation (en heures) estimés à partir de régimes permanents : a) de
Bout du Monde à la Jonction en fonction du débit de l’Arve, b) de la Jonction à
Pougny en fonction du débit du Rhône (en m3 /s). . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
4.38 Concentrations à Pougny du 15 juillet au 15 août 2014 mesurée et reconstruites à
partir des différentes régressions, et d’un temps de propagation fixe. . . . . . . . 143
4.39 Concentrations à Pyrimont du 15 juillet au 15 août 2014 mesurée et reconstruites à
partir des différentes régressions, et d’un temps de propagation fixe. . . . . . . . 145
4.40 Masse de MES transportées mesurées à Pougny, Génissiat et Pyrimont : a) chasse de
1984, b) chasse de 2000, c) chasse de 2003, d) chasse de 2012. . . . . . . . . . . . 147
4.41 Zones d’échantillonnage des propriétés des sédiments dans les retenues de Verbois,
Chancy-Pougny et Génissiat. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
4.42 Bilans sédimentaires de la retenue de Verbois lors des chasses de 1984, 2000, 2003 et
2012. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
4.43 Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat lors des chasses de 1984, 2003 et
2012. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
4.44 Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat lors des périodes d’interchasse de 1984
à 1987, 2000 à 2003 et 2003 à 2011. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
4.45 Récapitulatif des processus hydro-sédimentaires de la retenue et des données sédi-
mentaires disponibles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155

5.1 Processus d’échanges entre compartiments, d’après Beraud [2012]. . . . . . . . . 161


5.2 Concentrations simulées et mesurées dans la retenue de Génissiat au cours de la phase
de remobilisation de la chasse de 2000 : a) Grésin (PK 173), b) Bellegarde (PK 169)
c)PK Malpertuis (PK 164,8). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
5.3 Concentrations simulées et mesurées à Bellegarde au cours de la chasse de 1984 en
fonction de la valeur du coefficient aP D , avec un apport amont de 30% : a) aP D =0,5,
b) aP D =1, c) aP D =2. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
5.4 Concentrations simulées et mesurées à : 1) Pont Carnot et 2) Bellegarde au cours de
la chasse de 1984 en fonction de la condition limite amont : a) apport nul, b) apport
60%. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172

xxiv
TABLE DES FIGURES

5.5 Bilans volumiques simulés et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la


chasse de 1984 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b)
apport nul, c) apport 60%. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
5.6 Bilan volumique simulé et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la chasse
de 2012 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b) apport
nul, c) apport 30%, d) apport 60%. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176
5.7 Comparaison entre les concentrations simulées et mesurées au barrage de Génissiat au
cours de la chasse de 2012 : a) Vanne de fond, b) Vanne de demi-fond, c) Évacuateur
de surface. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177
5.8 Concentrations simulées et mesurées dans la retenue de Seyssel au cours de la chasse
2000 : a) Sortie Génissiat (Condition amont), b) Pyrimont, c) Seyssel. . . . . . . 178
5.9 Bilan volumique simulé et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la chasse
de 2003 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b) apport
nul, c) apport 60%. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180
5.10 Concentrations simulées et mesurées au cours de la chasse de 2003 : a) Vanne de fond
Génissiat, b) Vanne de demi-fond Génissiat, c) Pyrimont, d) Seyssel. . . . . . . . 181
5.11 Concentrations simulée et mesurée à Pyrimont entre juillet et août 2014. . . . . . 182
5.12 Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 2003. . . . . 185
5.13 Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 2003 en fonction
de la formule de transport : a) mesure, b) loi d’Engelund et Hansen, c) loi de Van
Rijn. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188
5.14 Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 2003 en fonction
de la distance de chargement : a) mesure, b) Dchar =50 m, c) Dchar =500 m, d) loi de
Han αH =100, e) loi de Han αH =200. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
5.15 Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de la chasse
de 2003 en fonction de la distance de chargement : a) mesure, b) Dchar =50 m, c) loi
de Han αH =100. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190
5.16 Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 2003 en fonction
de la méthode de dépôt : a) mesure, b) dépôt fonction de τj , c) dépôt fonction de
(τc,j − ζτj )m , d) dépôt uniforme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192
5.17 Déformation des sections observées et simulées par le modèle : a) PK 181,2 (dépôt),
b) PK 176,9 (érosion). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
5.18 Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de la chasse
de 2003 en fonction des apports amonts : a) mesure, b) apport Qcap s , d50 =0,4 mm, c)
cap cap
apport nul, d) apport Qs , d50 =1 mm, e) apport Qs , d50 =0,2 mm. . . . . . . . 194
5.19 Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2003 en fonction des apports amonts : a) mesure, b) granulométrie cor-
rigée Qcap,V
s
R
×0,7, c) granulométrie corrigée Qcap,Vs
R
×0,7 c) granulométrie corrigée
cap,V R
Qs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196
5.20 Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 1984 : a) mesure,
b) simulation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
5.21 Transport par charriage au Pont-Carnot au cours de la chasse de 2012 : a) flux simulés
et mesurés, b) Diamètres médians simulés et mesurés. . . . . . . . . . . . . . . . 202
5.22 Description des conditions aux limites hydro-sédimentaires du cas-test. . . . . . . 203
5.23 Concentrations simulées par les modèles : a) Pont Carnot PK 180, b) Grésin PK
173,5, c) Amont du barrage PK 162,4. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
5.24 Bilans volumiques simulés par les modèles : a) Rubarbe total avec évolution, b)
Rubarbe total sans évolution, c) Rubarbe charriage avec évolution, d) Rubarbe
suspension avec évolution, e) Rubarbe suspension sans évolution, f) Adis-ts. . 205
5.25 Granulométrie des dépôts sédimentaires simulés pour différents événements (Les sym-
boles ponctuels correspondent aux mesures de surface). . . . . . . . . . . . . . . 206

xxv
TABLE DES FIGURES

5.26 Évolution longitudinale et temporelle de la masse de sable par maille de calcul :


a)Adis-ts, b)Rubarbe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
5.27 Concentrations à Pyrimont mesurée et simulée à partir de la concentration recons-
truite à Pougny entre juillet et août 2014. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
5.28 Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la période d’interchasse 2000-
2003 : a) mesure, b) simulation avec Adis-ts. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209
5.29 Description des conditions aux limites envisagées pour la retenue de Génissiat pen-
dant la chasse de 2016. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 210
5.30 Concentration simulées 1) en aval du barrage de Génissiat, 2) à Seyssel, en fonction
de l’abaissement de la retenue : a) cote 308 m, b) cote 312 m et de la répartition du
débit dans les vannes du barrage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
5.31 Évolutions morphologiques de la retenue de Génissiat simulées pour la chasse de
2016 avec une évacuation par la vanne de demi-fond : a) abaissement à 308 m, b)
abaissement à 312 m. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212
5.32 Description des conditions aux limites pour la retenue de Génissiat pendant la crue
de mai 2015 : a) cote au barrage, b) débit et concentration amont. . . . . . . . . 213
5.33 Concentration simulées au niveau des différents ouvrages du barrage et mesure en
aval en fonction de la cote de la retenue : a) cote maintenue à 331 m (protocole réel)
, b) cote maintenue à 328 m. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214

1 Localisation des sections en travers décrivant la retenue de Génissiat . . . . . . . 242

xxvi
1
Introduction

Les barrages sont construits en travers des cours d’eau pour permettre le stockage de l’eau
à des fins de contrôle des crues, d’irrigation, d’alimentation en eau potable ou de production
hydro-électrique. Ils forment ainsi des obstacles aux échanges longitudinaux dans les cours d’eau
[McCartney, 2009] et les retenues créées en amont sont des éléments du système fluvial à part
entière qui affectent sensiblement le transit sédimentaire [Annandale, 1987]. Avant même de
discuter les impacts des barrages sur le transport solide, il est important de comprendre ce
qu’est le transport solide en rivière.

1.1 Le transport des sédiments en rivière


1.1.1 Classification des sédiments
Une large gamme de tailles de sédiments est rencontrée en rivière. Des classes de matériaux
peuvent être définies à partir de leur taille, représentée par un diamètre équivalent. En effet,
les particules naturelles ne sont pas de forme sphérique, mais plutôt ellipsoïdale. Le diamètre
équivalent correspond au diamètre de la sphère qui se comporterait de la même manière que le
grain lors de l’analyse granulométrique. La classification de Wentworth [1922] distingue :
– les galets : 64 mm < d < 256 mm
– les cailloux : 4 mm < d < 64 mm
– les graviers : 2 mm < d < 4 mm
– les sables : 62 μm < d < 2 mm
– les limons : 4 μm < d < 62 μm
– les argiles : d <4 μm
Les sables et particules plus grossières sont des particules pour lesquelles les effets de gravité
sont dominants.
Les limons et argiles sont souvent appelés « sédiments fins ». Du fait de leur propriétés
cohésives, les particules fines ont la capacité de s’agréger en flocs [Migniot, 1968]. La limite
entre les sédiments cohésifs et non cohésifs n’est pas clairement définie, et varie en fonction des
matériaux. De nombreux auteurs associent cette limite à la limite entre les limons et les sables
(autour de 60 μm). Néanmoins, les propriétés cohésives d’un mélange d’argile et de limon sont
principalement liées à la présence d’argile et les limons grossiers sont plus proches des sables
que des argiles [Mehta et al., 1989]. Ce caractère cohésif des particules confère aux dépôts des
propriétés de consolidation. Les dépôts se compactent sous l’effet du poids de la matière. La
consolidation contrôle les variations de niveau du lit et le début de transport des sédiments
[Berlamont et al., 1993].

1
1. Introduction

1.1.2 Modes de transport des sédiments en rivière


Dans les cours d’eau on distingue trois modes de transport des sédiments, dépendant de la
taille des particules, des conditions hydrauliques et des apports provenant de l’amont (Figure
1.1).
– Le charriage est le mode de transport sur le fond des particules grossières du lit (cailloux,
graviers, sables). Les forces hydrodynamiques font bouger les particules par roulement, glis-
sement ou petits sauts. La capacité de transport de l’écoulement correspond à la quantité
de sédiments maximale qu’il peut transporter et dépend des conditions hydrodynamiques
locales [Van Rijn, 1984a]. Lorsque des sédiments sont disponibles au fond du lit, le taux
de transport par charriage est généralement égal à la capacité de transport,
– La suspension graduée concerne les particules du lit qui sont maintenues en suspension
dans la colonne d’eau sous l’effet des fluctuations turbulentes, sans contacts répétés avec
le lit. La distribution verticale de la concentration en sédiments en suspension montre gé-
néralement une concentration plus forte près du fond, qui décroit en se rapprochant de la
surface [Van Rijn, 2007]. Ce gradient vertical de concentration résulte de l’action contra-
dictoire des effets de gravité associés à la chute des particules et des effets de flottabilité
associés à la turbulence de l’écoulement,
– La suspension de lessivage (« washload ») correspond au transport dans la colonne d’eau
de particules fines n’appartenant pas au lit mais provenant de l’amont. Leur concentration
ne peut donc être estimée à partir des conditions hydrauliques locales. Leur répartition
peut être considérée homogène dans la colonne d’eau [Woo et al., 1986].
Le terme de charge de fond associe généralement charriage et suspension graduée. A contrario,
lorsque l’on parle de matières en suspension (MES), on devrait inclure la suspension de lessivage
et la suspension graduée même si cette dernière est souvent négligée.

 
   

 
   



Figure 1.1 – Schéma des processus de transport par charriage et par suspension dans un cours
d’eau.

[Link] Conditions d’observation des différents modes de transport


En milieu naturel, les modes de transport par charriage et par suspension coexistent généra-
lement du fait de la variabilité des conditions hydrauliques et des différentes classes de sédiments
transportés. Le phénomène prédominant pour une classe de sédiment donnée peut être déterminé
à partir des conditions hydrauliques et de la granulométrie.

Mise en mouvement des sédiments non cohésifs


Un aspect fondamental de l’étude du transport de sédiments réside dans la définition de
conditions critiques qui mènent à la mise en mouvement des sédiments. La mobilité des grains

2
1. Introduction

est gouvernée par l’écoulement et est le plus souvent caractérisée à partir de la contrainte hy-
draulique et de la granulométrie [Hunziker et Jaeggi, 2002]. La mise en mouvement des sédiments
a lieu lorsque la contrainte hydraulique τ exercée par l’écoulement sur le fond dépasse une va-
leur critique τc . La contrainte peut être décomposée en contraintes d’origines différentes : une
contrainte de peau liée à la taille des grains du fond, une contrainte liée à la présence de formes
de fond, une autre liée à la géométrie de la rivière. La contrainte efficace τef f est définie par
Meyer Peter et Müller [1948] comme la partie de la contrainte responsable de la mise en mouve-
ment des grains. Il s’agit de la contrainte liée à la rugosité du fond. Lorsque la contrainte efficace
est supérieure à la contrainte critique de mise en mouvement, les sédiments peuvent être érodés.
Néanmoins, pour les cas d’application, il est difficile d’estimer la contrainte liée aux formes de
fond, de sorte que seule la contrainte de peau est prise en compte, ce qui revient probablement
à sous-estimer la contrainte efficace en présence de formes de fond.
La contrainte de cisaillement au fond critique τc est souvent discutée sous sa forme adimen-
sionnée, correspondant au nombre de Shields [1936] :
τ
θ= (1.1)
(ρs − ρ)gd
où d est le diamètre du sédiment, g est l’accélération de la pesanteur, et ρ et ρs sont respective-
ment les masses volumiques de l’eau et du sédiment. Le nombre de Shields dépend principalement
de la taille et des propriétés cohésives du sédiment. Le diagramme de Shields (Figure 1.2) établit
 entre le nombre de Shields critique et le nombre de Reynolds turbulent R∗ = du∗ /ν,
une relation
où u∗ = τ /ρ est la vitesse de cisaillement et ν est la viscosité cinématique du fluide.

Figure 1.2 – Diagramme de Shields pour la mise en mouvement d’après Vanoni [1977].

Caractérisation des modes de transport


Le nombre de [Rouse, 1937] est un autre paramètre adimensionnel qui compare les effets de
gravité aux effets turbulents :
ws
R= (1.2)
κu∗

3
1. Introduction

où ws est la vitesse de chute du sédiment et κ=0,4 est la constante de Von Kármán.


Le nombre de Rouse permet de déterminer le mode de transport dominant des sédiments
(Tableau 1.1).

Tableau 1.1 – Nombre de Rouse et mode de transport associé d’après Van Rijn [2007].
Mode de transport Nombre de Rouse
Charriage R>5
Suspension proche du fond 2<R<5
Suspension graduée 0,1<R<2
Suspension homogène 0,1>R

Pour calculer 
le paramètre de Rouse, il est important de connaitre la contrainte qui s’exerce
sur le fond u∗ = τ /ρ mais aussi la vitesse de chute ws des particules. La vitesse de chute ws
d’une particule isolée dans un fluide au repos dépend principalement de sa taille mais aussi de
sa forme, de sa densité et du fluide [Dietrich, 1982]. Elle peut être estimée à partir de l’équilibre
entre la gravité et les forces de traînée. En supposant une particule sphérique, on obtient la
relation : 
4 1 ρs − ρ
ws = gd (1.3)
3 CD ρ
où CD est le coefficient de trainée, ρs et ρ sont les masses volumiques respectives du sédiment
et de l’eau, g est l’accélération de la pesanteur (m/s2 ) et d est le diamètre de la particule.
L’inconnue principale est la valeur du coefficient de traînée CD , dont l’expression analy-
tique varie en fonction du nombre de Reynolds particulaire ReP = ws d/ν, où ν est la viscosité
cinématique de l’eau. Deux comportements asymptotiques sont observés :
– le régime de Stokes (ReP < 1), pour lequel l’écoulement autour de la particule est la-
minaire et le coefficient de traînée est inversement proportionnel au nombre de Reynolds
particulaire CD = 24/ReP ,
– Pour ReP > 105 , le régime turbulent est parfaitement établi autour de la particule, et le
coefficient de traînée est constant CD ≈ 0, 9.
Pour les nombres de Reynolds intermédiaires, le coefficient de traînée dépend de la forme des
particules et s’exprime souvent à partir d’une loi associant ces deux comportement asymptotiques
[Soulsby, 1997; Cheng, 1997; Camenen, 2007].
La forme des particules affecte aussi ces valeurs [Dietrich, 1982; Camenen, 2007]. La formule
de Camenen [2007] valable quelque-soit le régime et qui permet de prendre en compte la nature
de la particule est utilisée dans la thèse :
⎡ ⎤
 2/3  1/m  1/m m
ν ⎣ 1 A 4 3 1 A ⎦
ws = + d − (1.4)
d∗ 4 B 3 ∗ 2 B

où d∗ = d50 (gδ/ν 2 )1/3 est le diamètre adimensionnel, δ = (ρs − ρ)/ρ est la densité réduite du
sédiment et les coefficients A, B et m dépendent des caractéristiques de la particule comme sa
forme ou sa rugosité (Tableau 1.2).

4
1. Introduction

Tableau 1.2 – Coefficients A, B et m pour les principaux types de particules.


Matériaux A B m
Particules sphériques 24,0 0,39 1,92
Galets lisses 24,5 0,62 1,71
Sable naturel 24,6 0,96 1,53
Sable concassé 24,7 1,36 1,36
Cylindres longs 36,0 1,51 1,40
Limon, particules cohésives 38,0 3,55 1,12
Flocs 26,8 2,11 1,19

1.1.3 Morphologie des rivières


Dans des conditions naturelles, le transport des sédiments et les processus de dépôt et d’éro-
sion permettent au cours d’eau d’ajuster sa morphologie par rapport aux variables de contrôle
comme le débit liquide Q et le débit solide Qs . La charge de fond est généralement responsable
de l’évolution morphologique du chenal alors que le transport par suspension de lessivage est
responsable de l’évolution du lit moyen et des zones moins dynamiques du cours d’eau.
L’équilibre entre la morphologie de la rivière et les débits liquides et solides peut être repré-
senté schématiquement par la balance de Lane [1955] (Figure 1.3). L’écoulement, via son débit
liquide et la pente du cours d’eau dispose d’une puissance permettant de transporter un certain
débit solide. Si le débit liquide augmente, l’équilibre sera retrouvé via une augmentation du débit
solide et/ou de la pente suite à de l’érosion. Inversement, si on réduit le débit solide, comme par
exemple à l’aval d’un barrage, la pente du fond est réduite.


   
   

 

 


         

Figure 1.3 – Balance de Lane [1955].

5
1. Introduction

1.2 Le transport des sédiments dans les retenues


1.2.1 Les retenues de barrage
Les retenues de barrage sont caractérisées par une augmentation artificielle de la profondeur
d’eau de l’amont vers l’aval. La présence du barrage permet de moduler le débit sortant et la
cote de la retenue, conduisant à une large gamme de conditions hydrauliques dans la retenue.
La forme d’une retenue est fonction de la topographie de la vallée et de la hauteur du barrage.
Borland et Miller [1960] distinguent trois types de retenues :
– Les retenues de type lac comme le Lac Waco au Texas qui sont caractérisées par un faible
relief et des eaux relativement peu profondes et qui ont nécessité la construction d’un
barrage large,
– Les retenues de type gorge sont situées dans des vallées étroites et profondes et qui ont
nécessité la construction d’un barrage haut. Elles présentent une forme allongée et sont
caractérisées par une dimension longitudinale prépondérante par rapport aux dimensions
transversales. De forts gradients longitudinaux sont observés au sein de ces retenues, liés
notamment à l’augmentation de la profondeur d’eau en direction du barrage. La retenue
de 600 km formée par le barrage des Trois Gorges situé sur le fleuve Yangzi Jiang en Chine
est une retenue de ce type,
– Les retenues de type intermédiaire, situées entre des collines ou avec le lit majeur en
collines.
La taille, la forme et la profondeur de la retenue jouent un rôle important sur l’hydraulique
et le transport de sédiments et notamment sur la répartition des dépôts [Kantoush, 2008]. Dans
les retenues de type lac, la majorité des dépôts de sédiments ont lieu dans la partie amont de
la retenue. Dans les retenues de type gorge, les dépôts sont situés dans la zone de la retenue la
plus profonde.
Un découpage longitudinal des retenues allongées en trois zones est proposé par Thornton
et al. [1981] (Figure 1.4) :
– le tronçon fluvial est situé à l’amont de la retenue. Le bief est étroit et peu profond. Les
vitesses sont importantes et permettent de transporter les sédiments fins sans interaction
avec le fond,
– la retenue amont est situé dans la zone influencée par la retenue la plus en amont. Les
hauteurs d’eau y sont plus importantes que dans le tronçon fluvial et les vitesses plus
faibles. C’est une zone de transition où un dépôt important peut avoir lieu,
– la retenue aval est le bief le plus proche du barrage. Les hauteurs d’eau sont généralement
importantes et favorisent le dépôt. Le fond est généralement composé de sédiments fins.





  
  

 




  
  

Figure 1.4 – Types de dépôt observés dans une retenue, d’après Morris et Fan [1998].

6
1. Introduction

1.2.2 Les processus de transport dans les retenues


En se rapprochant du barrage, l’augmentation des hauteurs d’eau et la diminution des vi-
tesses d’écoulement entraine des variations longitudinales des processus de transport des sé-
diments apportés par la rivière ou par les affluents. Une large gamme de tailles de sédiments
est généralement présente dans les retenues. Le transport des sédiments dans les retenues est
associé à la dynamique de différentes classes de sédiments et produit une distribution spatiale
caractéristique des dépôts et de la granulométrie. Les sédiments transportés par charriage sont
généralement bloqués en amont de la retenue, alors que le piégeage des sédiments en suspension
peut varier selon les sites mais se réalise souvent sur la partie aval de la retenue [Brune, 1953].
Comme discuté précédemment, les processus de transport sont principalement contrôlés par dif-
férents paramètres hydro-sédimentaires comme la hauteur d’eau, la vitesse de l’écoulement ou
encore la vitesse de chute des particules [Abraham et al., 1999]. Les conditions hydrauliques
peuvent ainsi produire un dépôt sélectif [Paola et al., 1992; Petts, 1984], aboutissant à un affi-
nement des dépôts d’amont en aval de la retenue.
Fan et Morris [1992a] distinguent trois processus principaux à l’origine de la sédimentation
dans les retenues :
– le dépôt d’un delta de sédiments grossiers au niveau de la retenue amont,
– le dépôt de sédiments fins à partir d’un écoulement non stratifié au niveau de la retenue
aval,
– le dépôt de sédiments fins par un courant de densité.
Les sédiments grossiers déposés à l’amont de la retenue forment des deltas qui peuvent se
propager vers l’amont et vers l’aval de la retenue (Figure 1.4). Le delta est composé de deux
entités principales : la plaine du delta, à l’amont, correspond aux sédiments plus grossiers. Sa
limite aval correspond à la limite du transport par charriage dans la retenue. Le front est la
partie du delta qui se propage dans la retenue, sa pente est généralement plus élevée et il est
composé de sédiments plus fins. La retenue de Tarbela au Pakistan est un exemple de retenue
affectée par un dépôt deltaïque de sédiments grossiers. Au fil du temps, le delta s’est propagée
vers le barrage et a aujourd’hui atteint le barrage (Figure 1.5).


 

 

!  
 


 





                



Figure 1.5 – Évolution du profil en long de la retenue de Tarbela, Pakistan, d’après Lowe et
Fox [1995].

Les sédiments les plus fins sont transportés par suspension et s’accumulent en aval du delta
[Kostic et Parker, 2003a]. Les sédiments fins sont généralement déposés dans la zone la plus pro-
fonde de la section, puis par couches horizontales. Un tri longitudinal des sédiments transportés
par suspension est observé en fonction des vitesses de chute. Les sédiments fins transportés
jusqu’au barrage et situés sous le niveau des prises d’eau sont systématiquement déposés. Des

7
1. Introduction

épaisseurs de dépôt importantes près du barrage sont caractéristiques des petites retenues pré-
sentant des apports importants de sédiments fins ou des retenues longues gérées à côte basse
pendant les périodes d’apport sédimentaire [Di Silvio, 2001].
Des phénomènes de stratification dus à des différences de densité (ayant pour origine des
différences de température, salinité ou turbidité) sont souvent observés en retenue où les effets
de mélange sont limités. Les courants de turbidité sont des courants de densité régis par la
différence de densité entre un écoulement chargé en sédiments et l’eau peu chargée de la retenue
[De Cesare, 1998]. L’écoulement chargé, plus lourd, plonge et se propage près du fond le long
de la retenue. Les courants de turbidité peuvent éroder ou déposer des sédiments. Lorsque
l’entrainement l’emporte sur la sédimentation, le courant de turbidité peut s’auto-accélérer,
sinon il est atténué. Des courants de turbidité sont généralement observés dans le Lac Mead, la
retenue formée par le barrage Hoover aux États-Unis. Gould [1951] a estimé que les courants de
turbidité étaient responsables de la moitié du comblement de la retenue observé au cours des 14
années suivant sa mise en service.
L’érosion des berges peut contribuer de manière importante sur le transport des sédiments
en retenue. L’érosion des berges peut être causée par de nombreux processus et influencée par
de nombreux facteurs [Gatto et Doe III, 1987]. L’érosion des berges formées dans des matériaux
meubles peut se manifester sous l’effet des vagues, du vent ou des eaux souterraines. L’érosion
peut aussi être causée par des glissements de terrain. Lorsque des dépôts de sédiments fins sont
présents sur les bords, l’abaissement du niveau des retenues peut compromettre leur stabilité
et entraîner l’effondrement de ces murs de vase. L’importance de ces différents processus varie
selon les sites.

1.2.3 Le comblement des retenues


Les barrages et leurs retenues modifient les écoulements et forment des obstacles au transit
des sédiments, aboutissant au comblement de la retenue. Le taux de piégeage TP d’une retenue
est le rapport entre la part du transport solide piégé et le transport solide entrant dans la retenue.
Il dépend de plusieurs paramètres [Graf, 1984; Verstraeten et Poesen, 2000] :
– Les caractéristiques du bassin versant (production de sédiments),
– Les apports liquides et solides dans la retenue, et les caractéristiques des sédiments en-
trants,
– Les caractéristiques de la retenue (dimension, forme, mode d’exploitation) et du barrage
(position et taille des vannes).
Les sédiments s’accumulent dans la retenue au fil du temps jusqu’à ce qu’elle ait atteint
un nouvel état d’équilibre. De fait, les barrages sont conçus avec des durées de vie finies, et le
comblement des retenues à plus ou moins long terme est inévitable [Morris et Fan, 1998]. La
durée de vie utile d’une retenue correspond au nombre d’années nécessaires à la sédimentation
du volume mort de la retenue (situé sous les prises d’eau). Après cette période, la sédimenta-
tion réduit le volume de la retenue utilisé pour le stockage. Sumi et Hirose [2009] estiment le
comblement des retenues à l’échelle mondiale à 567 km3 sur un volume total de 5976 km3 , soit
11,8 %, avec un comblement annuel de 30,9 km3 . D’après Oehy et Schleiss [2007], la perte de
stockage liée à la sédimentation dans les retenues est supérieure au gain de stockage fourni par
la construction de nouveaux barrages. Par conséquent, il devient de plus en plus important de
gérer la perte de capacité des retenues et de concevoir de nouveaux aménagements assurant le
plus possible la continuité sédimentaire sur le long terme [Podolak et Doyle, 2015].
Le comblement des retenues peut avoir de fortes répercussions dans les domaines environ-
nementaux, économiques et du point de vue de la sécurité. La réduction de la capacité de la
retenue due aux dépôts de sédiments entraine une diminution du volume de stockage, préjudi-
ciable lorsque l’eau est utilisée pour des usages agricoles [Haregeweyn et al., 2003]. Dans le cadre
de l’exploitation hydroélectrique du barrage, la diminution de la capacité de stockage entraîne
des pertes de production [Ledec et Quintero, 2003].

8
1. Introduction

Plusieurs enjeux de sûreté liés au comblement des retenues sont rencontrés et dépendent de la
localisation des dépôts de sédiments. Le dépôt des sédiments dans la partie amont de la retenue
peut entrainer un exhaussement des lignes d’eau et augmenter les risques d’inondation en cas de
crue [Annandale, 1987]. L’accumulation de dépôts de sédiments au pied du barrage, présentant
une densité supérieure à celle de l’eau, entraîne une augmentation de la pression exercée sur le
barrage et peut provoquer des problèmes de stabilité [Bougacha et Tassoulas, 1991]. Le dépôt
des sédiments près du barrage peut aussi entraîner le comblement des vannes situées près du
fond, et poser des problèmes d’évacuation lors de crues. Si les dépôts atteignent le seuil des prises
d’eau, le passage de sédiments grossiers peut provoquer une usure accrue des turbines [Morris
et Fan, 1998].

1.2.4 L’estimation du comblement des retenues


L’accumulation des sédiments dans une retenue peut être estimée à partir de mesures ba-
thymétriques répétées. La différence entre deux campagnes permet d’obtenir le volume déposé
[Vanoni, 1977; Morris et Fan, 1998] et de localiser les zones de dépôt. La bathymétrie peut être
décrite soit par des profils en travers, localisés le long de la retenue et plus ou moins espacés,
soit à partir de courbes de niveaux obtenues à partir de l’interpolation de mesures ponctuelles.
Il existe plusieurs méthodes de calcul des volumes à partir de profils en travers décrites par Hei-
nemann et Dvorak [1963]; Morris et Fan [1998] et Yang [2006]. Lorsque la densité des données
bathymétriques est suffisante, la création d’un modèle numérique de terrain permet le calcul nu-
mérique des différences bathymétriques et leur cartographie [Brasington et al., 2000; Wheaton
et al., 2010]. Cette méthode d’estimation du comblement des retenues est très répandue [Fuller
et al., 2003; Snyder et al., 2004], mais son application est difficile à mettre en oeuvre pour les
retenues de très grande taille car elle nécessite une importante quantité de données.
La quantité de sédiments piégée dans une retenue peut aussi être estimée à partir de la dif-
férence entre la masse de sédiments entrant dans la retenue et la masse sortant, sur des périodes
courtes ou longues. Cette méthode permet en outre d’estimer le taux de piégeage de la retenue
[Brune, 1953] et d’évaluer l’efficacité de différentes techniques de gestion [Morris et Fan, 1998].
Son application est aussi répandue [Hu et al., 2009; Lewis et al., 2013], mais des résultats fiables
sur le long terme sont difficiles à obtenir car elle nécessite une estimation en continu des masses
entrant et sortant et comprend de nombreuses incertitudes.

Des méthodes empiriques ont été développées à partir d’observations sur différentes retenues
pour estimer le taux de piégeage des retenues à partir des caractéristiques du bassin versant et
de la retenue. Brown [1944] a développé un modèle qui relie le taux de piégeage TP au rapport
entre la capacité de la retenue et la surface du bassin versant :
 
1
TP = 100 1 − (1.5)
1 + 0, 0021γVret /ABV

où Vret est la capacité de la retenue en m3 , ABV est l’aire du bassin versant en km2 et γ est un
paramètre compris entre 0,046 et 1.
Brune [1953] a proposé de relier le taux de piégeage au temps de résidence de l’eau :
 
Vret /Vann
TP = 100 1 − (1.6)
0, 012 + 1, 02

où Vann est l’apport moyen annuel en m3 .


Néanmoins, ces méthodes restent très incertaines car elles considèrent un taux de piégeage
invariable dans le temps et ne prennent pas en compte la production sédimentaire du bassin
versant, ni la présence de retenues en amont. Plus récemment, Minear et Kondolf [2009] ont
proposé une méthode basée sur les systèmes d’information géographiques, qui permet d’estimer

9
1. Introduction

les apports sédimentaires pour un bassin non jaugé par analogie avec d’autres bassins. Cette
méthode permet aussi d’inclure des paramètres supplémentaires comme le piégeage des sédi-
ments par des retenues en amont et la diminution du taux de piégeage avec l’augmentation du
comblement de la retenue.

1.3 Le contrôle de la sédimentation dans les retenues


Afin de limiter les risques associés au comblement des retenues et d’assurer leur longévité, il
est nécessaire de mettre en place des mesures de gestion des sédiments dans la retenue et à l’aval.

Plusieurs techniques peuvent être utilisées par les gestionnaires pour limiter le comblement
des retenues. Brown [1944]; Morris et Fan [1998] et Kondolf et al. [2014] ont proposé une des-
cription détaillée de ces techniques. Elles peuvent être réparties en plusieurs catégories selon
l’objectif recherché (Figure 1.6).

réduire les apports de limiter le dépôt des augmenter ou rétablir


sédiments dans la retenue sédiments dans la retenue la capacité de la retenue

réduire la production piéger les sédiments dévier le passage faire transiter les dragages chasses
de sédiments en amont des sédiments sédiments à travers
la retenue
controler l'érosion by pass
courants de
du sol
densité
contrôler l'érosion transit en
des berges crue

Figure 1.6 – Classification des stratégies de gestion des sédiments pour le maintien de la capacité
des retenues d’après Kondolf et al. [2014].

1.3.1 Retour d’expérience sur quelques cas problématiques


La retenue de Sanmenxia sur le Fleuve Jaune en Chine a été mise en opération en 1960. De
mauvaises estimations des apports sédimentaires, qui envisageaient notamment une réduction
de l’érosion du bassin versant par des mesures de conservation, et du transport dans la rete-
nue comme la possibilité de faire transiter 35% des apports sédimentaires par des courants de
turbidité ont été projetées au cours de la phase de construction du barrage. Par conséquent, la
retenue a perdu 17% de sa capacité maximale au cours des 18 mois suivant sa mise en opération
[Morris et Fan, 1998]. Pour limiter le comblement, une nouvelle procédure de gestion, consistant
à gérer la retenue à un niveau plus bas durant la saison des crues a été mise en place mais
s’est avérée inefficace [Wang et al., 2005]. La solution lourde et couteuse à ce problème a été la
modification du barrage et l’installation de vannes supplémentaires pour limiter le stockage des
eaux chargées lors des crues.
Chanson [1998] rapporte des cas de comblement extrêmes de retenues en Australie, plus de
20 retenues ayant été complètement comblées entre 1890 et 1960. Il attribue ces processus à
une mauvaise estimation des apports sédimentaires, notamment de la production de sédiments
par les bassins versants et aussi des processus de transport dans les retenues, aboutissant à un
sous-dimensionnement des vannes de fond empêchant une évacuation efficace des sédiments.
En France, le lac du Motty formé par le barrage du Pont du Loup sur le Drac, mis en eau
fin 1927 a été complètement comblé fin 1932 consécutivement à des apports importants en crue
[Walther, 1936].

10
1. Introduction

La plupart des échecs dans le contrôle du comblement des retenues rencontrés par les ges-
tionnaires sont liés à une connaissance insuffisante des processus d’apports sédimentaires et de
transport dans les retenues [Morris et Fan, 1998] et à un design inapproprié des ouvrages d’éva-
cuation des sédiments. En effet, la plupart des techniques de contrôle comme les chasses ou le
transfert des eaux chargées sont appliquées par les gestionnaires en se basant sur les retours
d’expérience plutôt que sur une connaissance des processus physiques [Sloff, 1991].

1.3.2 Présentation des différentes techniques de contrôle de la sédimentation


[Link] L’utilisation de tunnels « bypass »
Les tunnels « bypass » sont utilisés pour faire transiter les eaux chargées de l’amont de la
retenue à l’aval du barrage sans qu’elles n’aient à parcourir la retenue. La retenue de Asahi au
Japon a été mise en opération en 1978. Un comblement important a motivé la construction d’un
tunnel de déviation de 2350 m de long en 1998 [Sumi et al., 2004]. Le tunnel a permis de réduire
le taux de piégeage dans la retenue à 10-20%. Entre 1998 et 2006, le tunnel a permis d’éviter le
dépôt de 0,75 million de m3 de sédiments dans la retenue [Kondolf et al., 2014]. Cette méthode
est néanmoins très onéreuse et n’est pas adaptée à tous les sites.

[Link] La gestion en crue


L’objectif de cette technique est de limiter le dépôt des sédiments et de favoriser leur transfert
à l’aval lors des périodes d’apports, notamment lors des crues. Un abaissement de la retenue
est généralement réalisé pour produire des conditions hydrauliques favorables au transport des
sédiments dans la retenue [Fan et Morris, 1992b]. Pour obtenir un transfert efficace des sédiments,
Ackers et Thompson [1987] ajoutent que la capacité d’évacuation doit être supérieure à la crue
annuelle et doit s’accompagner d’un abaissement de la retenue. Si l’abaissement de la retenue
est suffisant, l’érosion des matériaux en place peut aussi avoir lieu. Cette technique est aussi
appliquée pour faire transiter à l’aval d’éventuels courants de densité et prévenir leur dépôt près
du barrage.

[Link] Les chasses de barrages


L’objectif des chasses est d’éroder une partie des sédiments déposés dans la retenue afin de
rétablir une plus grande capacité de stockage. Les chasses reposent sur l’ouverture des vannes du
barrage pour évacuer les sédiments à l’aval [Di Silvio, 1990]. Les chasses peuvent être réalisées
avec une cote relativement haute, c’est la pression créée par la colonne d’eau lors de l’ouverture de
la vanne qui permet l’érosion des sédiments autour de la vanne et le rejet des sédiments à l’aval.
Dans ce cas l’érosion est limitée aux alentours de la vanne [Di Silvio, 2001]. Afin d’augmenter
la quantité de sédiments évacuée à l’aval, le niveau de la retenue est abaissé pour établir des
conditions hydrauliques favorables à l’érosion plus en amont [Brandt, 1999]. Cette technique
permet de créer un chenal d’érosion dans les dépôts de sédiments au fond, mais n’a pas d’effet
sur les dépôts en lit majeur. D’un point de vue général, l’efficacité des chasses est améliorée
lorsque :
– la cote de la retenue est basse,
– le débit de chasse est fort,
– les dimensions des vannes sont importantes,
– les vannes sont situées près du fond,
– la retenue est rectiligne et étroite,
– les dépôts sont proches du barrage,
– les particules sont fines et non consolidées,
– la durée de la chasse est longue.

11
1. Introduction

Opérations de chasses réussies


De nombreux cas d’opérations de chasses réalisées avec succès sont rapportés par Atkinson
[1996]. La retenue de Gebidem est située sur la rivière Massa en Suisse dans un canyon étroit
présentant des berges pentues. Les sédiments piégés dans la retenue sont des sédiments non
cohésifs, allant des sables aux graviers. Sa capacité est de 9 millions de m3 , et elle piège en
moyenne 0,4 million de m3 chaque année, soit une durée de vie sans gestion d’environ 20 ans
[Morris et Fan, 1998]. Depuis qu’elles ont été mises en place, les chasses de la retenue de Gebidem
permettent d’évacuer annuellement une masse de sédiments supérieure à la masse déposée. Ce
bilan positif permettra de rétablir puis maintenir la capacité de stockage de la retenue.

Facteurs susceptibles de limiter l’efficacité des chasses


Des chasses de la retenue de Heisonglin en Chine sont régulièrement organisées. Néanmoins,
elles ne permettent pas de maintenir la capacité de la retenue. En effet, le chenal créé dans les
dépôts lors de la chasse est très étroit comparé à la largeur de la retenue. De fait, les chasses
permettent de rétablir l’altitude des fonds dans une zone très restreinte et ne permettent pas de
contrer le dépôt important ayant lieu sur la majorité de la section [Atkinson, 1996].

[Link] Les dragages


Les dragages consistent en une extraction mécanique des matériaux. Ils sont généralement
très couteux, ce qui ne permet leur utilisation que de façon très locale. De plus, en France, les
sédiments dragués en un point du cours d’eau doivent être restitués à la rivière, impliquant des
difficultés environnementales supplémentaires.

Les chasses et la gestion en crue sont les deux techniques les plus utilisées par les gestionnaires
car elles présentent le meilleur rapport efficacité/coût [Morris et Fan, 1998].

1.4 La gestion des impacts environnementaux des barrages


Une description des impacts des barrages sur le cours d’eau en aval est proposée par Brandt
[1999] et McCartney [2009].

1.4.1 Les impacts liés à la régulation des écoulements et du transport des


sédiments
La régulation des écoulements par les barrages induit une modification de la distribution
des débits liquides. Les barrages produisent généralement une réduction des débits et de la
distribution des crues [Petts, 1979]. Le mode d’exploitation par éclusées provoque de soudaines
augmentations et réductions des débits en aval des barrages qui peuvent impacter les écosystèmes
fluviaux.
La stagnation des eaux dans les retenues favorise la présence en grandes quantités d’élé-
ments nutritifs qui produisent généralement une eutrophisation des cours d’eau. Ces nutriments
permettent l’accroissement de la production d’algues et de macrophytes et la dégradation de
la qualité de l’eau [De Ceballos et al., 1998]. La qualité de l’eau (concentration en matières en
suspension, température, oxygène dissous) varie notamment en fonction de la profondeur et la
construction d’évacuateurs à différentes altitudes peut permettre le contrôle de la qualité de
l’eau rejetée [Morris et Fan, 1998].
A l’aval du barrage, des évolutions géomorphologiques liées à la rupture de la continuité
sédimentaire peuvent être observées. Les écoulements peu chargés en sédiments sont qualifiés
d’« hungry waters » [Kondolf, 1997]. Ils produisent une érosion du fond et des berges pouvant
aller jusqu’à l’incision du lit. Les matériaux au fond deviennent de plus en plus grossiers, avec

12
1. Introduction

généralement une couche armurée voire pavée en surface. En présence de grandes retenues modi-
fiant fortement l’hydrologie, le lit en aval du barrage peut aussi s’exhausser sous l’effet de dépôts
issus d’affluents car leur reprise par la rivière principale n’est plus possible faute de débits suf-
fisants. Ces modifications géomorphologiques impactent les populations piscicoles en dégradant
notamment leurs habitats. Plus en aval, la pénurie de sédiment peut entraîner le retrait de plages
ou de deltas.

1.4.2 Les impacts liés aux chasses de barrage


Durant les chasses, de grandes quantités de sédiments sont généralement rejetées à l’aval du
barrage, avec de fortes concentrations en sédiments en suspension. Scheuerlein [1995] estime que
les impacts à l’aval sont d’autant plus importants que la quantité de sédiments rejetés est grande.
Les sédiments en suspension piégés dans les retenues peuvent également être contaminés par des
métaux lourds et des contaminants organiques qui sont transportés en aval lors des chasses [Wal-
ling et Webb, 1985; Chung et al., 2008; Horowitz, 2008]. Les retenues ou tronçons du cours d’eau
situées en aval interceptent une part importante des sédiments rejetés. L’exhaussement du cours
d’eau en aval peut augmenter le risque d’inondation lors des crues. Les dépôts importants et les
fortes concentrations en sédiments issus des chasses peuvent affecter les habitats et la survie de
la faune et la flore benthique et des espèces piscicoles [Wood et Armitage, 1997; Owens et al.,
2005; Crosa et al., 2010]. Le rejet de quantités importantes de sédiments peut aussi impacter les
prélèvements d’eau dans la rivière pour l’alimentation en eau potable et le refroidissement de
centrales électriques.

La protection de l’environnement constitue un nouvel enjeu pour les gestionnaires de re-


tenues [McCartney, 2009]. De nouvelles législations, comme la directive européenne cadre sur
l’eau imposent des mesures de protection environnementale. Même si des aides financières pro-
venant d’institutions publique ou privées (Banque Mondiale, Union Européenne, USAID) sont
proposées pour incorporer des mesures de protection de l’environnement, l’élimination totale
des impacts environnementaux liés aux barrages est impossible. Cependant, des mesures d’atté-
nuation des impacts sont envisageables par exemple en modifiant la structure du barrage ou le
mode d’exploitation. Enfin, la commission internationale des grands barrages et d’autres agences
ont développé des guides fournissant des recommandations pour la projection et réalisation de
nouvelles installations.

1.5 Modélisation des processus sédimentaires dans les retenues


Il existe différentes techniques permettant de modéliser les processus hydro-sédimentaires
dans les retenues :
– la modélisation physique,
– la modélisation numérique du transport sédimentaire,
– le calcul à partir de modèles mathématiques simples.
Ils peuvent permettre de prédire les évolutions de la morphologie de la retenue et des flux de
sédiments rejetés par le barrage en fonction de la gestion de la retenue. Ces modèles peuvent
aussi être utilisés pour sélectionner un mode de gestion permettant de concilier au mieux les
enjeux liés à la présence du barrage et de sa retenue sur le cours d’eau.

1.5.1 La modélisation physique


Les modèles physiques sont des modèles réduits du système permettant de reproduire le
comportement de l’eau et des sédiments. Pour être représentatifs du système réel, les modèles
physiques doivent reproduire correctement les relations entre les différentes forces qui impactent
le transport de l’eau et des sédiments. En pratique, il est impossible de reproduire le système à

13
1. Introduction

l’identique en laboratoire, et seules les échelles des forces les plus importantes sont préservées
[Morris et Fan, 1998].
Ces modèles permettent d’analyser les problèmes caractérisés par des géométries complexes,
impliquant des processus multidimensionnels. Ils se révèlent utiles pour la conception des vannes
d’évacuation, ou l’observation de processus proches des barrages. Ils permettent une représen-
tation et une visualisation immédiate des processus. Néanmoins, les modèles physiques sont
très couteux et nécessitent des temps d’essai longs et le passage du modèle au prototype n’est
généralement pas trivial. Par ailleurs, il est difficile de conserver ces modèles sur de longues
périodes.

1.5.2 Les modèles mathématiques


Des modèles théoriques ont été développés pour estimer le taux de piégeage ou la durée de vie
d’une retenue [Verstraeten et Poesen, 2000]. Le modèle 1D de Di Silvio [2001] permet par exemple
d’estimer la durée nécessaire au comblement d’une retenue à partir de considérations théoriques.
Il est basé sur une linéarisation des équations de l’hydraulique à surface libre et permet de simuler
la propagation dans la retenue de deux vagues de sédiments de tailles différentes. Ces méthodes
sont assez simples à mettre en oeuvre mais ne permettent pas de donner des estimations très
précises.

1.5.3 La modélisation numérique


[Link] Modélisation hydrodynamique
La modélisation du transport de sédiments est le plus souvent basée sur la modélisation des
écoulements. Les modèles numériques permettent de simuler les écoulements dans une, deux ou
trois dimensions. Leur utilisation en hydraulique est répandue depuis les années 1980 [Papani-
colaou et al., 2008].
Les modèles unidimensionnels (1D) sont adaptés pour simuler des écoulements dans les cours
d’eau relativement étroits et reproduire des paramètres moyennés dans les sections comme la
vitesse moyenne, ou l’élévation de la surface libre. La quantité de données nécessaire pour mettre
en place un modèle 1D est relativement légère et les temps de calcul des modèles 1D sont courts,
ce qui permet de multiplier le nombre de simulations et favorise leur utilisation en ingénierie. De
fait, la plupart des modèles utilisés pour l’étude de long tronçons de rivière et de longues périodes
de simulation sont des modèles 1D. En pratique, de nombreux modèles 1D ont été développés
pour simuler les écoulements en rivière, comme Fluvial [Chang, 1984], GSTAR [Molinas et Yang,
1986], ou HEC-RAS [Brunner, 1995].
Plus récemment, les modèles bidimensionnels (2D) ont été largement utilisés pour simuler
des cas plus complexes où une vitesse moyenne sur le section mouillée n’est plus représentative de
l’écoulement réel. Il existe deux types de modèles bidimensionnels : les modèles 2D horizontaux,
et les modèles 2D verticaux. Les modèles 2DH comme Telemac 2D [Hervouet, 2000], Mike21
[Warren et Bach, 1992] ou CCHE2D [Wu, 2001] sont des modèles moyennés sur la profondeur,
qui permettent d’estimer la hauteur d’eau et la cote du fond localement, ainsi que les vitesses
moyennées sur la verticale dans les directions longitudinale et transverse . Ils ont été développés
pour simuler les écoulements présentant des variations longitudinales et latérales, comme les dé-
bordements en rivière, ou la dynamique des estuaires ou zones côtières. Les modèles 2DV comme
CE-QUAL-W2 [Cole et Wells, 2003] sont des modèles moyennés latéralement, qui prennent en
compte la dimension verticale. Ils ont été développés pour simuler les écoulements dans des cours
d’eau longs et étroits présentant uniquement des variations longitudinales et verticales ou les
milieux côtiers en négligeant les variations transversales.
Enfin, les modèles tridimensionnels (3D) permettent de prendre en compte les trois dimen-
sions. Les modèles 3D comme Telemac 3D [Villaret et al., 2013], Delft3D [Lesser et al., 2004]

14
1. Introduction

ou Fluent [Fluent, 2006] permettent de reproduire les processus pour des géométries complexes,
comme les écoulements secondaires ou les écoulements à proximité de structures hydrauliques.
Dès qu’il existe une forte variabilité des vitesses transversalement et/ou verticalement, les
modèles 2D et 3D deviennent nécessaires si l’on recherche une compréhension plus locale de la
dynamique de la rivière. Les modèles 2D et 3D nécessitent cependant une quantité importante
de données pour leur construction, calage et validation. Les temps de calcul sont relativement
longs, en particulier comparé aux modèles 1D [Molinas et Yang, 1986].

[Link] Modélisation du transport sédimentaire


Outre le choix du nombre de dimensions pour lesquelles l’écoulement est résolu, il existe
différentes stratégies de modélisation du transport sédimentaire. En effet, les formulations ma-
thématiques utilisées pour modéliser le transport des sédiments diffèrent selon les processus.
Le transport par suspension de lessivage des sédiments fins ne dépendant pas uniquement des
conditions hydrodynamiques locales, mais aussi des apports amont, il est généralement simulé
à l’aide d’une équation d’advection-dispersion qui intègre des termes sources pour le dépôt ou
l’érosion [Yang, 2006]. En fonction du nombre de dimensions, la concentration en sédiments si-
mulée correspond respectivement à la moyenne dans la section, la moyenne sur la verticale pour
chaque maille de calcul transversale, ou la moyenne locale.
Le transport de la charge de fond dépend quand à lui uniquement des conditions hydrody-
namiques locales. La formulation mathématique pour simuler ce transport est basée sur une loi
de conservation de la masse de sédiments, ou loi d’Exner qui permet de prendre en compte les
échanges sédimentaires entre la colonne d’eau et le lit. Ces échanges sont déterminés en fonction
de la capacité de transport de l’écoulement et du taux de transport. Ces modèles nécessitent de
connaitre la capacité de transport de l’écoulement, qui est généralement estimée à partir de lois
empiriques.
L’estimation de l’évolution de la géométrie d’une section due au transport solide dépend
du nombre de dimensions du modèle. Pour les modèles 2D et 3D, elle est calculée à l’échelle
d’une maille. Pour les modèles 1D, il faut généralement choisir une méthode de répartition des
évolutions dans la section par exemple une répartition homogène sur le périmètre mouillé ou un
dépôt localisé dans les zones les plus profondes.
Des avancées dans la compréhension et la formulation mathématique des processus de trans-
port ont permis d’améliorer les capacités de reproduction des modèles. Des modèles permettent
de simuler le transport non uniforme et non stationnaire lié à l’inertie du transport solide par
rapport à l’écoulement [Armanini et Di Silvio, 1988; Holly Jr et Rahuel, 1990; Wu et al., 2004]. La
prise en compte de plusieurs classes granulométriques et de leurs interactions est aussi possible
[Hirano, 1972; Profitt et Sutherland, 1983; Armanini, 1995]. Des modèles peuvent aussi simuler
le couplage entre l’hydraulique et le transport de sédiments. Les modèles semi-couplés simulent
la mise à jour régulière de la géométrie des fonds liée au transport des sédiments et son impact
sur l’hydrodynamique [Kassem et Chaudhry, 1998]. Les modèles entièrement couplés intègrent
en plus l’impact de la présence de sédiments en suspension sur la turbulence de l’écoulement
[Holly Jr et Rahuel, 1990; Lai, 1991]. Des formulations additionnelles permettant de simuler les
processus liés au caractère cohésif des sédiments fins comme la floculation, la consolidation ou
le tassement ont été développées. Des modèles et formulations adaptés aux processus observés
dans les retenues ont aussi vu le jour, notamment pour la modélisation des courants de turbidité
[Kostic et Parker, 2003a; Toniolo et Parker, 2003].

[Link] Application des modèles numériques aux retenues de barrage


Les modèles 1D ont souvent été utilisés pour la prédiction du comblement de retenues sur
le long terme [Okabe et al., 1993; Ziegler et Nisbet, 1995; Singh, 1999; Albayati, 2014; Gibson

15
1. Introduction

et Boyd, 2014]. Ils ont aussi été utilisés pour modéliser des opérations de gestion sédimentaire à
grande échelle, comme les chasses de barrage de l’Arc en Maurienne [Antoine et al., 2014].
Pour la modélisation des processus dans les retenues, l’utilisation des modèles 2DH est égale-
ment assez répandue [Bessenasse et al., 2004; Harb et al., 2012; Moussa, 2013]. Quelques études
ont aussi été réalisées à partir de modèles 2DV [Sullivan et al., 2007].
Les modèles 3D ont principalement été utilisés pour vérifier leur capacité à reproduire des
observations à de petites échelles spatiales et temporelles, comme les observations issues de mo-
dèles réduits de retenues [Olsen, 1999; Kostic et Parker, 2003b]. Ils commencent à être appliqués
à des géométries réelles de retenues, principalement pour des projets de grande ampleur, comme
le barrage des Trois Gorges [Fang et Rodi, 2003; Haun et al., 2012].

1.6 Problématiques scientifiques liées à la gestion sédimentaire


des retenues de forme allongée
Une meilleure gestion sédimentaire des retenues allongées repose sur la compréhension des
processus hydro-sédimentaires de ces retenues et la mise en place de protocoles d’exploitation
et d’opérations de gestion sédimentaire adaptés.
L’évaluation des processus hydro-sédimentaires des retenues de forme allongées nécessite de
connaitre la dynamique du transport des sédiments dans ces retenues. En particulier, il est
important de déterminer la dynamique spatiale des évolutions morphologiques en localisant les
zones sujettes au dépôt et à l’érosion de sédiments et de quantifier et qualifier les flux de sédiments
transportés, notamment les flux entrant et sortant. En outre, la présence de différentes classes de
sédiments dans les retenues nécessite de distinguer les processus associés au transport de chacune
des classes et leur importance dans la dynamique sédimentaire. L’existence d’interactions entre
les différentes classes de sédiments et leur importance vis à vis de la dynamique doit aussi être
déterminée. Enfin une interprétation réaliste des processus nécessite d’estimer la représentativité
de la dynamique mise en évidence par rapport à la qualité des observations.
La modélisation numérique permet d’améliorer la description des processus hydro-sédimen-
taires des retenues et fournit une meilleure compréhension de la dynamique. La configuration
des retenues de forme allongée justifie l’utilisation des modèles unidimensionnels sur leur quasi-
intégralité. L’utilisation de modèles permet d’identifier les processus sédimentaires que l’on peut
reproduire numériquement. La mise en place d’un modèle numérique nécessite donc de détermi-
ner les objectifs de la modélisation et de choisir de(s) modèle(s) mathématique(s). Les modèles
doivent permettre de mieux comprendre les processus dominants dans la retenue. C’est pourquoi
la représentativité des résultats doit être évaluée. Pour cela, il est primordial de déterminer les
limites du modèle développé, qui peuvent concerner la formulation utilisée ou la description des
données du modèle.
D’un point de vue opérationnel, il est nécessaire de déterminer dans quelle mesure une
meilleure compréhension de la dynamique sédimentaire des retenues de forme allongée et la
disponibilité d’outils de modélisation permettant de simuler les processus permet d’améliorer la
gestion de la retenue. Il est nécessaire de déterminer les conditions de gestion de la retenue lors
de périodes d’exploitation normale qui permettent de limiter le comblement et aussi de proposer
une amélioration des protocoles des opérations de gestion sédimentaire permettant d’assurer le
désenvasement de la retenue et de contrôler les impacts à l’aval.

16
1. Introduction

1.7 Démarche scientifique


L’objectif de la thèse est de faire progresser la connaissance scientifique sur les processus
hydro-sédimentaires des retenues de forme allongée. Le travail de thèse s’appuie sur le cas de
la retenue de Génissiat, située sur le Haut-Rhône. Cette retenue de forme allongée présente
un comblement assez prononcé, estimé à environ 25% de sa capacité initiale et est régulière-
ment soumise à des opérations de gestion sédimentaire. La retenue a fait l’objet de nombreuses
campagnes de reconnaissance bathymétriques et granulométriques depuis sa mise en opération.
Récemment, elle a été instrumentée afin de mesurer les flux de matières en suspension entrant
et sortant.
La démarche proposée pour l’évaluation des processus hydro-sédimentaires de la retenue
repose sur l’analyse et l’interprétation des observations de terrain, associée à la modélisation
numérique, et se décompose en quatre étapes :
1. une présentation de la retenue et des enjeux sédimentaires associés,
2. une analyse hydromorphologique de la retenue,
3. une analyse de la dynamique spatio-temporelle du transport des sédiments dans la retenue,
4. une modélisation numérique des processus hydro-sédimentaires de la retenue.
La connaissance des contextes géographiques, sociaux et politiques du site d’étude permet de
comprendre les problématiques et les enjeux particuliers associées au comblement de la retenue
servant de cas d’application.
L’analyse hydro-morphologique est utilisée afin de décrire la dynamique longitudinale du
transport sédimentaire. Les évolutions morphologiques de la retenue vont être déterminées à
partir des mesures, ce qui nécessite le développement de méthodes de traitement et d’analyse
des données, qui doivent être accompagnées d’une estimation des incertitudes afin d’apprécier
la significativité des résultats obtenus. Afin de comprendre l’impact de la gestion de la rete-
nue sur les évolutions morphologiques, la gamme d’écoulements pouvant être observés dans la
retenue va être simulée à partir d’un modèle hydraulique. Une méthode de découpage hydro-
morphologique, basée sur des paramètres morphologiques et hydrodynamiques va être proposée
afin de déterminer une échelle spatiale représentative permettant de rencontre compte de la
dynamique observée.
L’analyse du transport sédimentaire va permettre de compléter les connaissances acquises
sur la dynamique de la retenue, à travers la quantification et la caractérisation des flux trans-
portés le long de la retenue. L’estimation des incertitudes va permettre d’évaluer la qualité des
observations et la représentativité des valeurs. L’analyse étant limitée par la longueur des chro-
niques de concentrations en MES, une méthode de reconstruction des flux entrant et sortant de
la retenue va être proposée pour les périodes antérieures aux mesures.
Deux codes de calculs ont été sélectionnés pour reproduire respectivement le transport de
sédiments fins par suspension et le transport de sédiments grossiers. Le calage et la validation
sont réalisés à partir de la simulation d’événements passés. La comparaison des résultats du
modèle et des mesures permet d’évaluer la justesse des modèles et de mettre en évidence leurs
limites. Ces modèles devront permettre de mettre en évidence les processus clé dominants tout
au long d’une retenue allongée. Des solutions alternatives vont être proposées afin de solutionner
les limites principales des modèles et obtenir des résultats plus proches des mesures. Les modèles
vont ensuite être utilisés à des fins prédictives afin de tester différents protocoles de gestion de
la retenue pour des opérations de chasse ou des périodes d’interchasse.

17
Présentation du cas d’application
2
Le cas d’application sélectionné pour la thèse est la retenue de Génissiat, située en France
sur le Haut-Rhône. Elle est gérée par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) et est exploitée
depuis 1948.

2.1 Présentation du Haut-Rhône


2.1.1 Aperçu géographique du Haut-Rhône
Avec un débit moyen de 1700 m3 /s et un bassin versant de 95500 km2 , le Rhône est l’un des
principaux fleuves européens. Il prend sa source en Suisse, dans le massif du Saint Gothard, et
parcourt 810 km, dont 522 km en France avant de se jeter dans la mer Méditerranée [Bravard,
1987]. Le cours du Rhône est divisé en cinq entités hydrographiques : le Rhône Alpestre est le
tronçon de la source au Lac Léman ; le Haut-Rhône est situé de l’embouchure du Lac Léman au
confluent de la Saône à Lyon et en aval le Rhône moyen, aval et le Delta.





  
   



 
  
 




  
 
 







 
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Figure 2.1 – Aperçu géographique du Haut-Rhône et de ses aménagements.

Le Haut-Rhône traverse le Jura, les Préalpes et la plaine de l’Ain sur plus de 200 km et
couvre un bassin versant de 12 300 km2 . Dans sa partie suisse, 1,2 km après sa sortie du lac
Léman le Haut-Rhône reçoit les eaux de l’Arve en rive gauche sur le site de « la Jonction », puis
pénètre une vingtaine de kilomètres plus en aval, en France au niveau des communes de Chancy

19
2. Présentation du cas d’application

(Suisse) et Pougny (France) (Figure 2.1). De Collonges à Seyssel, le Rhône s’écoule dans une
vallée encaissée entre des falaises calcaires. Il gagne ensuite les plaines laissées par les glaciers
[Pardé, 1925].

2.1.2 Conditions d’apport solide


Le lac Léman fait office de décanteur pour le tronçon du Rhône Alpestre et à son exutoire le
Rhône est peu chargé en sédiments. L’Arve est le principal affluent du Haut-Rhône du Léman
à Seyssel. C’est une rivière alpine dont le régime est rythmé par l’accumulation et la fonte des
neiges [Pardé, 1925; Bravard, 1987]. La période de fonte s’étend de mars à août et présente un
débit moyen élevé (96 m3 /s) avec un maximum de débit mensuel en juin-juillet [Launay, 2014].
La période de septembre à février est caractérisée par un débit moyen plus faible (55 m3 /s) et est
marquée par des épisodes de crue associés à des fortes pluies ou des orages. L’Arve transporte
une quantité importante de fines particules détritiques, et le flux de matières en suspension
homogène de l’Arve est compris 0,2 et 1,4 106 t par an, avec une moyenne autour de 0,7.106 t
[Launay, 2014] (Figure 2.2). Des extractions intensives de matériaux ont longtemps eu lieu sur
l’Arve, provoquant une diminution importante des apports de sédiments grossiers. Le gravier
charrié par l’Arve est actuellement déposé en grande partie dans le cours d’eau en amont de
Genève, dans une zone en déficit sédimentaire [Loizeau et Wildi, 2007].

Figure 2.2 – Confluence entre le Rhône (à droite) et l’Arve en crue (à gauche) (photo SIG).

2.2 Historique et exploitation des aménagements hydro-électriques


du Haut-Rhône
2.2.1 Les aménagements hydro-électriques du Haut-Rhône
L’aménagement hydro-électrique du Haut-Rhône a débuté dès la fin du XIXe siècle avec la
mise en opération en 1871 du barrage de Bellegarde en France, puis du barrage de Chèvres, en
1896 [Grenier, 1897]. En 1921 la « Loi Rhône » approuve en France un programme d’aménage-
ment du fleuve, de la frontière suisse à la mer, selon trois axes : les forces motrices, la navigation
et les utilisations agricoles. En 1934, la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) reçoit de l’État
Français la concession du Rhône français pour l’aménager et l’exploiter.
Aujourd’hui, d’amont en aval, on dénombre (Figure 2.1) :
– le barrage du Seujet, mis en service en 1995 et situé à l’exutoire du Lac Léman. Il est géré
par les Services Industriels Genevois (SIG). Il permet de réguler le niveau du lac Léman
et de moduler le débit du Rhône,

20
2. Présentation du cas d’application

– le barrage-usine de Verbois, remplaçant le barrage de Chèvres, situé dans la partie suisse


du Haut-Rhône, mis en service en 1943, et géré par les SIG
– l’usine hydroélectrique franco-suisse de Chancy-Pougny, mise en service en 1925 suite à
une convention franco-suisse du 4 octobre 1913 et gérée par la Société des Forces Motrices
de Chancy-Pougny (SFMCP),
– le barrage-usine de Génissiat, géré par la CNR, seul grand barrage de haute chute de
l’ensemble de la chaîne des ouvrages français, mis en service en 1948,
– le barrage-usine de Seyssel, géré par la CNR, conçu pour amortir les fluctuations de débit
induites en aval par le barrage de Génissiat, mis en service en 1951,
– les aménagements au fil de l’eau de Chautagne, Belley, Brégnier-Cordon et Sault-Brénaz
gérés par la CNR. Ce sont des aménagements caractéristiques du Rhône, présentant un
barrage mobile (à hauteur ajustable) qui crée une retenue sur le cours naturel du fleuve.
Un canal de dérivation à faible pente sur lequel est installée une centrale hydroélectrique
est construit en parallèle du cours naturel du fleuve,
– le barrage de Jons et la centrale de Cusset, mis en service en 1899 et gérés par EDF.
L’objet de l’étude se limite à la partie du Haut-Rhône du Lac Léman à Seyssel.

2.2.2 Description et fonctionnement des aménagements de Verbois et de


Chancy-Pougny
Le barrage-usine de Verbois situé au PK 195,31 forme une retenue de 13 millions de m3
longue de 11 km. Le barrage présente quatre pertuis équipés chacun d’une vanne de fond et
d’une vanne supérieure, dont la cote minimale est de 364,65 m [Ginocchio et Viollet, 2012].
Le débit maximal turbinable est de 630 m3 /s. Au delà de ce débit, les vannes du barrage sont
ouvertes. L’usine fonctionne par éclusées énergétiques pour répondre aux besoins en électricité du
canton de Genève. L’exploitation présente un cycle journalier, avec une production importante
en journée et le remplissage la nuit et le week-end.
Le barrage-usine de Chancy Pougny situé au PK 188,16 ne forme pas de retenue et est exploité
au fil de l’eau. Le barrage est équipé de quatre vannes de fond. Le débit maximal turbinable
est de 625 m3 /s [Département Fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la
communication, 2003]. Au delà de ce débit, les vannes du barrage sont ouvertes. Les règlements
des barrages de Verbois et de Chancy-Pougny fixent des contraintes concernant leur exploitation.
Le débit réservé est de 60 m3 /s de mai à septembre et de 110 m3 /s d’octobre à avril [Conseil
d’État de la République et canton de Genéve, 1999].

2.2.3 Description et fonctionnement des aménagements de Génissiat et de


Seyssel
Le barrage de Génissiat est situé au PK 162,2 du Rhône. Il a été mis en opération en 1948.
C’est un barrage de type poids d’une hauteur de 104 m. Il s’agit d’un ouvrage de moyenne chute,
avec une chute maximale de 67 m. La centrale hydro-électrique est établie au pied du barrage et
est équipée de six groupes de production principaux et de deux groupes auxiliaires permettant
de turbiner un débit maximal de 750 m3 /s. Le débit du fleuve est amené aux turbines par
six conduites forcées. L’exploitation de la retenue présente un cycle hebdomadaire à journalier,
avec une production en journée et le remplissage de la retenue pendant la nuit. En régime
d’exploitation, la cote au barrage varie entre 325 et 330,70 m. Le volume utilisable de la retenue
est de 12 millions de m3 . Le débit réservé du barrage, historiquement de 5 m3 /s a été relevé à
18 m3 /s en 2013 [Préfectures de l’Ain et de la Haute Savoie, 2013]. Lors de crues, le niveau de
la retenue peut être remonté jusqu’à 331,7 m (Figure 2.3 a). Le protocole de gestion actuel du
barrage consiste à remonter le niveau de la retenue afin de favoriser la production électrique et
d’amortir la crue en aval.

21
2. Présentation du cas d’application

L’aménagement de Seyssel a été conçu pour compenser les éclusées du barrage de Génissiat.
Le barrage-usine de Seyssel situé au PK 157,6 a une hauteur de 19,3 m. La retenue formée
par le barrage est longue de 10 km et présente un volume de 7,6 millions de m3 . L’usine est
établie en rive gauche et est équipée de trois groupes permettant de turbiner un débit maximal
de 750 m3 /s. Le barrage, situé en rive droite présente deux passes équipées de hausses et une
passe plus étroite et plus profonde équipée de vannes superposées [Établissement Neyrpic et al.,
1951]. A ce titre, il supporte lui aussi des variations importantes de 2 à 3 m/jour [CNR, 2010].
Par contre, il permet de fortement réduire les fluctuations de niveau en aval, avec des variations
habituelles de 30 à 60 cm en aval immédiat de l’usine de Seyssel. En régime d’exploitation, la
cote au barrage varie entre 257 et 260,6 m (Figure 2.3 b). Le débit réservé du barrage est de
19 m3 /s [Préfectures de l’Ain et de la Haute Savoie, 2013]. Pour un débit supérieur au débit
maximum turbinable, le niveau de la retenue ne peut pas être inférieur à 260,4 m.




  

 


  


      








  



 


  

      





Figure 2.3 – Courbes d’exploitation des retenues de : a) Génissiat et b) Seyssel.

2.2.4 La sédimentation dans les retenues du Haut-Rhône


Suite à la construction du barrage de Chèvres puis du barrage de Verbois, de grandes quan-
tités de matériaux apportés par l’Arve ont été déposées dans le Rhône genevois [Diouf et al.,
2010]. Depuis les extractions de graviers dans l’Arve, la majorité des sédiments accumulés dans
la retenue de Verbois sont des particules fines déposées dans les méandres et autres zones de
faible vitesse lorsque la cote de la retenue est élevée. Le comblement moyen annuel de la re-
tenue de Verbois est estimé entre 0,35 et 0,4.106 m3 par les SIG [2003]. Le comblement de la
partie amont de la retenue de Verbois provoque un rehaussement du lit et augmente le risque
d’inondation dans les quartiers riverains du fleuve à Genève.
Une partie du flux apporté par l’Arve est transportée en aval du barrage de Verbois et
déposée dans les retenues de Chancy-Pougny et de Génissiat.

22
2. Présentation du cas d’application

2.3 L’aménagement de Génissiat


2.3.1 La géologie du site
Une étude géologique de la région comprise entre la frontière suisse et Seyssel a été réalisée
par Gignoux et Mathian [1952] dans le cadre du projet de construction du barrage de Génissiat
et décrit la disposition des différentes couches géologiques le long du Haut-Rhône (Figure 2.4).

Figure 2.4 – Carte géologique d’ensemble de la région (d’après Gignoux et Mathian [1952]).

De la confluence avec l’Arve jusqu’à la frontière française, le Rhône s’écoule au travers d’un
terrain composé d’alluvions et de moraines quaternaires. Les sols de l’Étournel sont constitués de
plusieurs couches : des moraines argileuses glaciaires et fluvio-glaciaires, recouvertes d’alluvions
anciennes (sables et graviers), et enfin d’alluvions récentes du Rhône [Parc Naturel Régional
du Haut-Jura, 2001]. En aval du Pont-Carnot, le défilé de l’Écluse est formé dans les calcaires
du chaînon jurassien du Reculet-Vuache. Dans les gorges de Léaz les couches supérieures sont
composées de terrains quaternaires particulièrement instables, comme en témoignent l’effondre-
ment de la ligne de chemin de fer Lyon-Genève en 1883, et le glissement de Léaz qui fait l’objet
d’une surveillance accrue par la CNR [Selmi et Fruchart, 1990]. Après le viaduc de Longeray,
les plateaux encadrant le fleuve sont de plus en plus élevés. Vers Arcine, le socle géologique

23
2. Présentation du cas d’application

est constitué de grès et marnes molassiques. Près de Bellegarde sur Valserine, le Rhône pénètre
dans des calcaires de l’Urgonien et se contracte. Le canyon d’Arlod est situé dans les calcaires
qui forment les berges et le lit, présentant des parois plus hautes et plus abruptes. A partir de
Pyrimont, le lit du fleuve est taillé dans la molasse et le défilé se termine.

2.3.2 Hydrologie du bief de Génissiat


A Pougny, la retenue de Génissiat reçoit les eaux d’un bassin versant de 10320 km2 . Le régime
du Haut-Rhône est nivo-pluvial. Il est caractérisé par deux périodes d’étiage, l’une estivale (août-
septembre) et l’autre hivernale (janvier-février). Le module inter-annuel est de de 355 m3 /s. Les
débits maxima sont observés de mai à juillet et correspondent à la fonte des neiges sur le versant
alpin [CNR, 2010] (Tableau 2.1). La Valserine est un affluent jurassien du Rhône, qui pénètre
dans la retenue de Génissiat au PK 169,3. Son régime est nivo-pluvial, avec des périodes de
hautes eaux au printemps et en automne, liées respectivement à la fonte des neiges et aux pluies
automnales. Son module est de 17 m3 /s. A l’aval de la retenue (Bognes), le bassin versant est
augmenté d’environ 600 km2 .

Station Surface BV Module Débit instantané (m3 /s)


(km2 ) (m3 /s) T =1 T =2 T =5 T =10 T =100
Pougny 10320 335 700 1000 1200 1300 1500
Bognes 10900 375 740 1100 1400 1500 1915

Tableau 2.1 – Hydrologie du Haut-Rhône aux stations de Pougny et Bognes (T est la période
de retour de la crue).

2.3.3 Le barrage de Génissiat


Le barrage de Génissiat comprend différents orifices placés dans une configuration tridimen-
sionnelle (Figure 2.5 b) :
– Une vanne de fond localisée en rive droite environ 200 m à l’amont du barrage. Son radier
est situé à la cote 262,6 m, qui constitue le point bas de la retenue. Sa surface d’entrée est
d’environ 90 m2 ,
– Une vanne de demi fond localisée en rive gauche environ 50 m en amont du barrage. Son
radier est situé à la cote 285,9 m. Sa surface d’entrée est d’environ 150 m2 . Comme la
vanne de fond, elle canalise les eaux dans une conduite souterraine vannée en son milieu,
et qui débouche dans le Rhône 100 m à l’aval du barrage,
– Un évacuateur de surface, localisé dans le parement du barrage en rive droite. Il peut
fonctionner soit en mode seuil, soit en mode vanne. Son radier est à la cote 316,80 m. Il
comporte un canal de 500 m de long débouchant sur un saut à ski.

24
2. Présentation du cas d’application

a) b)

Figure 2.5 – Le barrage de Génissiat : a) Photographie du barrage au cours de la chasse de


juin 2012 (photo CNR), b) Schéma du barrage et localisation des prises d’eau (schéma CNR).

L’ensemble des évacuateurs a été conçu pour débiter 3000 m3 /s sans que le plan d’eau ne se
situe plus d’un mètre au dessus de la cote maximale en exploitation [CNR, 1934]. Ainsi, la vanne
de fond a été mise en place dans le but d’abaisser au maximum le plan d’eau pour l’inspection des
ouvrages ou pour opérer des chasses de fond et favoriser le transit des sédiments. L’évacuateur
de surface déverse de l’eau moins chargée. Son utilisation permet la dilution des flux évacués
par la vanne de fond.

2.3.4 La retenue de Génissiat


La retenue formée par le barrage est longue de 23 km et présente un volume de 56 millions
de m3 . La retenue est composée de deux unités géographiques distinctes, séparées par le Pont
Carnot. A l’amont du Pont Carnot se situe la zone alluviale de l’Étournel (Figure 2.6 a). De
nombreuses îles et bancs, parfois immergés, sont formés. Une grande île est présente dans la
partie aval de l’Étournel, avec la présence d’un chenal secondaire. Cette zone est un ssite protégé
Natura 2000 qui abrite une faune et une flore particulières [Parc Naturel Régional du Haut-Jura,
2001]. Le Pont Carnot, situé au niveau d’un seuil rocheux et d’une courbe importante marque
l’entrée dans un canyon étroit découpé dans le calcaire. Les trois quarts de la retenue sont situés
dans ces gorges. Près de Bellegarde sur Valserine, la retenue est marquée par la confluence avec
la Valserine et une courbe assez prononcée. Avant la mise en eau de la retenue, le fleuve n’avait
que quelques mètres de largeur et une profondeur d’une dizaine de mètres près de Bellegarde
sur Valserine (Figure 2.6 b). Dans les gorges en aval, les parois sont plus hautes et plus abruptes
(Figure 2.6 c) et le tracé de la retenue est assez rectiligne avec une succession de deux courbes
situées environ 700 m en amont du barrage (Figure 2.6 d). La variation de la cote de la retenue
avant et après la mise en eau du barrage est mise en évidence par les photographies du lieu dit
le Paradis (Figures 2.6 d et 2.6 e)

25
2. Présentation du cas d’application

a) b)

c) d)

e) f)

Figure 2.6 – Photographies de la retenue : a) plaine alluviale de l’Étournel en 2012 (la grande
île aval et le chenal secondaire sont visibles en bas, le pont Carnot est située en haut à droite,
photo CNR), b) la Perte du Rhône (Carte postale datée du 23 août 1945, Eric Toiseux), c) Les
gorges d’Arlod avant la mise en eau de la retenue (Carte postale non datée, Eric Toiseux), d)
partie aval de la retenue située dans des gorges en 2012 (on aperçoit le barrage en haut à droite,
photo CNR), e) Lieu dit le Paradis (Carte postale non datée, Eric Toiseux), f) Lieu dit le Paradis
(novembre 2012).

26
2. Présentation du cas d’application

2.4 Les chasses du Haut-Rhône


2.4.1 Objectifs de l’opération
Des chasses régulières ont été organisées à l’initiative des exploitants suisses peu de temps
après la construction des premiers aménagements afin de remobiliser les sédiments déposés et
de rétablir des fonds permettant d’enrayer le risque d’inondation du quartier de la Jonction à
Genève.

2.4.2 Impacts des opérations de chasse en amont de Génissiat


2.4.3 Enjeux actuels à préserver en aval de la retenue de Génissiat
L’aménagement hydroélectrique du Haut-Rhône en aval des retenues suisses a nécessité la
mise en place de mesures d’accompagnement des opérations de chasses. La mise en opération des
barrages de Chautagne et Belley en 1981 a constitué un enjeu supplémentaire pour la Compagnie
Nationale du Rhône. Lors des chasses, tout le débit du Rhône doit être turbiné par ces ouvrages,
et ne doit pas excéder 700 m3 /s en aval du Fier pour ne pas déverser de l’eau chargée en MES
dans les tronçons court-circuités des Vieux Rhône.
En outre, le Rhône et sa nappe d’accompagnement font l’objet de nombreux prélèvements sur
le tronçon compris entre la frontière suisse et Lyon, que ce soit pour l’alimentation en eau potable,
le champ captant de Crépieux-Charmy fournit notamment de l’eau potable à plus d’un million
de personnes chaque jour, l’irrigation ou les besoins de l’industrie, comme le refroidissement de
la centrale nucléaire du Bugey [CNR, 2014].
Les opérations d’accompagnement reposent essentiellement sur la retenue de Génissiat, qui
est la seule retenue permettant la régulation du débit grâce à sa capacité de stockage importante
et permettant le contrôle de la qualité des eaux rejetés en aval grâce à la capacité de dilution des
flux par l’utilisation des différentes vannes. L’évolution des protocoles de gestion de la retenue
de Génissiat au cours de ces opérations d’accompagnement résulte d’essais de gestion basés sur
le retour d’expérience des gestionnaires [Peteuil, 2014].
Le protocole de chasse peut être résumé en deux phases principales :
– Une première phase, dite de remobilisation au cours de laquelle le barrage de Génissiat
n’est plus en phase d’exploitation alors que les barrages suisses sont gérés normalement.
Elle consiste en un abaissement de la retenue sous le niveau minimal d’exploitation, suivie
depuis 1997 d’une période de gestion à cote basse permettant de remobiliser une partie
des dépôts anciens,
– Une deuxième phase, dite de régulation qui commence avec l’abaissement de la retenue
de Verbois et qui marque le début des chasses suisses. Au cours de cette phase, il y a un
apport important de sédiments qui sont en partie déposés dans la retenue de Génissiat. La
gestion de la cote de la retenue de Génissiat est très variable selon les épisodes de chasse
et influe sur les processus de transport et de dépôt au sein de la retenue.

2.4.4 Description de l’évolution historique du protocole


Les chasses avant la mise en opération du barrage de Génissiat
De 1900 à 1943 des opérations de chasse de la retenue de Chèvres étaient déjà réalisées. A
partir de 1943, le barrage de Verbois a remplacé le barrage de Chèvres. La première chasse de
la retenue de Verbois a eu lieu en 1945 : la retenue de Verbois a été abaissée à une cote de
354 m et l’eau chargée a été évacuée par les vannes de fond uniquement, les vannes supérieures
étant situées au dessus de la surface. La chasse de 1945 a provoqué une importante pollution
mécanique et organique liée au rejet de matières en suspension et d’effluents stockés dans la
retenue de Verbois et ses effets ont été ressentis jusqu’à Lyon [CNR, 2014].

27
2. Présentation du cas d’application

Dix-neuf opérations de chasse ont été menées entre 1948 et 2012. Le protocole schématique
des chasses et de leurs accompagnements de 1949 à 2012 est décrit figure 2.7.

   

  

 
 

 
  

  

 
 



 

 

 




 


    


 

  


 

 
 


  


   
 

 

  


 

 

 

 
  

 
  


Figure 2.7 – Historiques des protocoles de chasse à Génissiat (bleu) et Verbois (marron).

Depuis la mise en service du barrage de Génissiat en 1948, dix-neuf opérations de chasse ont
été organisées à la demande des autorités suisses.

Les chasses de 1949 à 1956


La mise en service du barrage de Génissiat en 1948 a apporté à la CNR la problématique de
la gestion du flux de matières en suspension rejetées pendant les chasses de la retenue de Verbois.
Entre 1949 et 1956, les mesures d’accompagnement au niveau du barrage de Génissiat étaient
limitées. La retenue de Génissiat était abaissée à la cote 324 m avant l’arrivée des matériaux
rejetés par les barrages suisses et maintenue à cette cote pendant la chasse (Figure 2.7). Les
débits supports étaient compris entre 300 et 600 m3 /s et évacués par la vanne de demi-fond,
l’évacuateur de surface et l’usine. Au cours des opérations de 1954 et 1956, une ouverture brève
de la vanne de fond a été réalisée afin de tester son fonctionnement et d’éviter son colmatage.
Lors de l’ouverture de la vanne de fond, des pics de concentrations ont été observés à l’aval
liés à l’érosion des matériaux situés près de l’ouvrage [EDF, 1954]. Le taux de transfert des
sédiments à l’aval du barrage de Génissiat était inférieur à 10%. La rétention des matériaux
dans les retenues de Génissiat et Seyssel a limité la pollution aval.

Les chasses de 1960 à 1975


Les chasses de 1960 à 1975 ont fait l’objet des premiers accompagnements au niveau du
barrage de Génissiat avec un abaissement à la cote 315 m et l’utilisation de la vanne de fond,
notamment en 1965 [Vial et al., 1965] (Figure 2.7). Les débits supports étaient compris entre
400 et 600 m3 /s. Ces mesures ont permis une amélioration des taux de transferts, compris entre
50 et 80%. Cette période est aussi marquée par la négociation en 1967 d’accords franco-suisses
sur les chasses qui permettent d’améliorer la coopération entre les différents exploitants. Une

28
2. Présentation du cas d’application

partie du débit du Lac Léman était aussi réservée pour soutenir les besoins hydrauliques liés à
l’opération de chasse.

La vidange de 1978
En 1978, la chasse était accompagnée d’une visite décennale du barrage de Génissiat qui
permettait l’observation visuelle du parement du barrage. Cette opération nécessitait un abais-
sement inhabituellement bas du niveau de la retenue à la cote 285 m. Un scénario de gestion
combinée des retenues de Verbois, Chancy-Pougny et Génissiat a été mis en place, et nécessitait
une gestion précise des débits. Une rétention de débit au barrage de Chancy-Pougny a provoqué
un abaissement exagéré de la retenue de Génissiat à 278 m (Figure 2.7). L’effondrement des murs
de vase de la retenue de Génissiat a provoqué une forte hausse des concentrations en MES, qui
ont atteint 110 g/l pendant une heure à Seyssel. Le taux de transfert de cet épisode a été estimé
à environ 400%. La mortalité piscicole observée a été très forte jusqu’à Lyon, avec notamment
la disparition quasi-complète des salmonidés [Comité technique de l’eau, 1978].

La chasse de 1981
En 1981, un nouvel accord franco-suisse a été signé et a fixé à trois ans la fréquence usuelle
de ces opérations et a précisé la période d’organisation la plus favorable pour ces opérations
(de fin mai à début juin). Pour la chasse de 1981, des modalités de chasse très prudentes ont
été fixées en aval de Génissiat. La retenue a été abaissée seulement au niveau 320 m, et 90 %
des matériaux provenant des retenues suisses ont été stockés dans la retenue [Ricard et Bardet,
1986].

Les chasses de 1984 à 1993


L’envasement massif de la retenue de Génissiat en 1981, a conduit à la mise en place d’un
protocole de gestion des retenues permettant de limiter le dépôt dans la retenue de Génissiat, tout
en maintenant à l’aval des concentrations acceptables pour le milieu aquatique. Afin de garantir
le respect de ces enjeux, des consignes de concentration maximales, à respecter à Seyssel ont été
établies par le Comité Technique de l’Eau pour la chasse de 1984 et les suivantes :
– 5 g/l en moyenne sur la durée des opérations,
– 10 g/l plus de 6 heures consécutives,
– 15 g/l plus de 30 minutes consécutives.
Un abaissement préalable à une cote inférieure à 315 m a été préconisé afin de mobiliser
les sédiments avant l’arrivée des apports des retenues suisses (Figure 2.7). La retenue devait
être remontée à 315 m pendant les chasses suisses. Un nouvel abaissement de la retenue devait
être réalisé en fin de chasse pour favoriser la remise en mouvement des sédiments déposés ou en
cours de dépôt. Afin d’éviter une trop forte pollution à l’aval, les vannes de fond et de demi-fond
devaient être utilisées en variant leurs débits pour permettre l’évacuation des MES et la dilution
des eaux chargées.

Au cours de l’opération de 1984, la retenue a été abaissée à un niveau variant entre 312 et
316 m durant 4,5 jours. Néanmoins l’abaissement final a vraisemblablement eu lieu trop tard et
n’est pas apparu efficace. Le débit moyen à la frontière était de 480 m3 /s et la vanne de fond
a permis d’évacuer environ 70% du débit durant toute la période d’abaissement [CNR, 1984].
L’opération a permis de confirmer l’efficacité de la dilution des eaux chargées passant par la
vanne de fond par les eaux de la vanne de demi-fond (Figure 2.8).

29
2. Présentation du cas d’application

25
Vanne de fond
20 ● Vanne de demi−fond
Concentration (g/l)
15
10
5

● ●
●● ● ● ● ●
● ● ● ● ●● ● ●● ●● ●
0

12/05/1984 14/05/1984 16/05/1984 18/05/1984

Figure 2.8 – Mesures de concentration dans les vannes de fond et de demi-fond au cours de la
chasse de 1984.

La chasse de 1987 a été marquée par un abaissement bref à un niveau de 308 m et un débit
aux alentours de 700 m3 /s. L’occurrence de crues sur le Léman, l’Arve et le Fier concomitantes
avec l’arrivée au barrage des MES provenant des retenues suisses ont donné lieu à l’interruption
des chasses et à la remonté rapide du plan d’eau [CNR, 1987]. Au cours de la chasse de 1990,
des crues ont aussi touché les affluents lors de l’abaissement de la retenue de Génissiat. Le
stockage de l’eau dans la retenue a limité l’abaissement de la retenue à 312 m. La vanne de fond
a fonctionné environ deux jours pour un niveau de 320 m [CNR, 1990]. La chasse de 1993 a
été caractérisée par un abaissement à 313 m et un débit proche de 500 m3 /s. La vanne de fond
est restée ouverte toute la durée de la chasse, et l’évacuateur de surface a fonctionné dès que
le niveau de la retenue dépassait 316,8 m, permettant de diluer les eaux du Rhône à l’aval de
Génissiat [CNR, 1993].

Les chasses de 1997 à 2012


A partir de 1997, le protocole de chasse prévoyait un abaissement de la retenue de Génissiat
à un niveau de 305 m durant quelques jours préalablement aux chasses suisses afin d’éroder les
dépôts sédimentaires, dite phase de remobilisation, puis une remontée de la retenue à une cote
de 315 m lors du transit des matériaux provenant de Verbois, dite phase de régulation. En 1997,
le protocole a été respecté, avec une ouverture de la vanne de fond sur quasiment toute la chasse
[CNR, 1998], ce qui a permis de limiter l’envasement de la retenue. Pour les quatre opérations
réalisées selon ce nouveau protocole, des pics de concentration pouvant atteindre plus de 100 g/l
ont été mesurés dans la vanne de fond lors de la gestion à cote basse. Pendant la chasse de 2000,
la retenue a été très rapidement remontée à un niveau de 317 m suite à l’abaissement préalable
de deux jours à 305 m à cause des fortes concentrations mesurées en aval [CNR, 2000] et a
abouti à d’importants dépôts (Figure 2.9). En 2003, l’abaissement a pu être maintenu durant 4
jours à un niveau de 304 m à cause d’une bonne gestion des concentrations à l’aval et a permis
le désenvasement préalable de la retenue [CNR, 2003]. Ensuite, les apports amont provenant
des retenues suisses ont été parmi les plus faibles enregistrés. La retenue a enregistré un bilan
négatif pour cet épisode. En 2012, après une période de 9 ans sans chasses, l’abaissement de la
retenue de Verbois durant 10 jours (au lieu de 4 habituellement) pour permettre des travaux sur
le barrage a donné lieu à l’évacuation d’un volume très important [Diouf, 2013]. De plus, des
crues sur les affluents ont conduit à la remontée de la retenue de Génissiat à une cote de 320
puis 325 m lors du transit des sédiments provenant des chasses suisses, donnant lieu à un très
fort dépôt dans la retenue de Génissiat.

30
2. Présentation du cas d’application

150
Concentration (g/l)
100
50
0

17/05/2003 19/05/2003 21/05/2003 23/05/2003 25/05/2003 27/05/2003

Figure 2.9 – Mesures de concentration dans la vanne de fond au cours de la chasse de 2003.

2.5 Observations sur le comblement de la retenue de Génissiat


Le comblement de la retenue de Génissiat est lié aux apports sédimentaires entrant dans la
retenue mais aussi aux conditions hydrauliques dans la retenue associées au protocole de gestion,
notamment aux cours des chasses et des périodes d’interchasse.
Deux situations types sont identifiées :
– les périodes d’exploitation normale, au cours desquelles la retenue est gérée à cote haute.
Les apports sédimentaires sont réduits par la présence des barrages amont mais les sédi-
ments se déposent plus facilement et sur de longues périodes,
– les opérations de chasse de la retenue de Verbois, au cours desquelles les apports sédi-
mentaires sont importants et la gestion de la retenue de Génissiat est variable selon les
événements.

2.5.1 Ampleur actuelle des dépôts dans la retenue de Génissiat


L’évolution du profil en long entre 1954, soit 6 ans après la mise en opération de la retenue et
2012 permet de distinguer un tronçon amont, entre les PK 187 et 178 peu sujet à l’envasement,
un tronçon intermédiaire entre les PK 178 et 172 où des dépôts modérés sont observés et un
tronçon aval entre les PK 172 et 162, où d’importants dépôts sont localisés, dont l’épaisseur
augmente en se rapprochant du barrage, et pouvant atteindre près de 40 m d’épaisseur (Figure
2.10).
Les photographies historiques du chantier du barrage et de la vidange de 1978 montrent
le comblement de la retenue près du barrage (Figures 2.11 a, 2.11 b). En 1978, les sédiments
avaient atteint le seuil de la vanne située en rive gauche. En prévision des opérations de chasse,
la CNR a généralement recours à des dragages, permettant de dégager les vannes et de créer
une fosse. Les photographies mettent aussi en évidence la terrasse en amont de l’évacuateur en
rive droite, qui est le siège de dépôts de sédiments fins (Figure 2.11 c).

31
2. Présentation du cas d’application


2%* &" 1)%" "0- .%/ +,- +" )*

 % %'% &'(%


 % % &'(%

  

 2%"



.% 3%-"
 !" #$
 !" 


            

 

Figure 2.10 – Évolution du profil en long de la retenue de Génissiat.

a) b)

c)

Figure 2.11 – Photographies du barrage de Génissiat : a) au cours du chantier (années 1940),


b) au cours de la chasse de 1978, c) au cours de la chasse de 2012.

32
2. Présentation du cas d’application

2.5.2 Granulométrie des dépôts sédimentaires de la retenue de Génissiat


Un tri granulométrique avec un affinement des sédiments d’amont en aval est observé dans
la retenue (Figure 2.12). A l’amont du Pont de Pougny (PK 187), le lit est composé d’un
mélange de graviers et de galets qui forment un fond armuré voire pavé. La zone de l’Étournel
est principalement constituée de graviers. Entre les PK 178 et 172, le fond du lit est composé
de sables grossiers. Entre les PK 172,05 et 170,5, le diamètre médian diminue brutalement et
le fond est principalement composé de limons et de sables fins. Dans les retenues longues et
étroites, cette chute marquant la limite aval des dépôts de sédiments grossiers correspond à la
limite du delta [Morris et Fan, 1998]. Dans le kilomètre à l’amont du barrage, les sédiments sont
plus fins et le diamètre médian tend vers une valeur de 8 μm au pied du barrage.

a)
100

● ●
Barrage de Génissiat


Diamètre médian (mm)
10

gravier−galet
1

● sept. 1999

avril 2012
0.1

sable
nov. 2012
● fev. 2014
0.01

argile−limon ● nov. 2014

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 2.12 – Répartition longitudinale du diamètre médian des sédiments en surface au centre
du chenal de la retenue de Génissiat, d’après Bouchard et Dumond [2000]; Lerch et Thizy [2013].

2.6 Besoins opérationnels de la CNR


Afin que la Compagnie Nationale du Rhône qui exploite le barrage de Génissiat progresse
dans sa capacité à prédire les évolutions morphologiques de la retenue et les flux sédimentaires
rejetés, ainsi que dans sa capacité à obtenir en pratique les résultats souhaités, il est néces-
saire d’améliorer la compréhension des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
et de développer un modèle numérique opérationnel qui permette de simuler les processus sé-
dimentaires dominants de la retenue. Le modèle numérique doit permettre de déterminer des
modalités opérationnelles à mettre en oeuvre pour limiter le comblement de la retenue et les
dommages en aval lors des opérations de chasse et aussi pour améliorer la gestion sédimentaire
sur le long-terme.

33
3.1
Analyse hydro-morphologique de la

Introduction
retenue de Génissiat 3
L’objectif de ce chapitre est de déterminer la dynamique spatiale du transport de sédiments le
long de la retenue et les processus hydro-sédimentaires à l’origine de cette dynamique. L’analyse
des évolutions morphologiques a déjà fait l’objet de plusieurs études qui ont abouti à un premier
découpage de la retenue [Bouchard et al., 1999; Wolf, 2011; Boussafeur, 2012].
Afin de mettre en évidence les processus physiques impliqués dans les évolutions de la re-
tenue, l’approche choisie est basée sur une analyse hydro-morphologique adaptée aux retenues,
prenant en compte les évolutions morphologiques et les conditions hydrauliques caractéristiques
de l’exploitation la retenue.
Les évolutions morphologiques de la retenue vont être décrites qualitativement à travers
l’évolution du profil en long, des sections en travers et du tracé en plan [Goudie, 2003] (partie
3.3). La quantification des évolutions morphologiques sera réalisé à partir du calcul des bilans
bathymétriques de la retenue. Une estimation des incertitudes associées au bilan bathymétrique
sera proposée pour permettre d’apprécier la représentativité du bilan mesuré (partie 3.5).
Contrairement aux cours d’eau naturels, une variété de conditions hydrauliques sont obser-
vées dans les retenues. En particulier, la distinction entre les opérations de chasse et les périodes
d’interchasse est primordiale pour mettre en relation les conditions hydrauliques et la dynamique
spatiale de la retenue. La modélisation numérique va être utilisée pour décrire plus précisément
les conditions hydrauliques dans la retenue de Génissiat pour différents scénarios d’exploitation
(partie 3.6).
Une méthode de découpage hydro-morphologique adaptée aux retenues allongées va être pro-
posée. Elle est basée sur l’évolution spatiale des évolutions morphologiques et des paramètres
hydrodynamiques (partie 3.7.6). Le découpage va permettre de définir une échelle spatiale ap-
propriée pour mettre en évidence la dynamique hydro-sédimentaire de la retenue.

35
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.2 Données hydro-morphologiques


L’analyse hydro-morphologique de la retenue repose sur de nombreuses données et observa-
tions de terrain.

3.2.1 Données bathymétriques


La mesure bathymétrique permet la description de la géométrie et du relief du fond de la
retenue. Des campagnes bathymétriques de la retenue de Génissiat, et plus généralement des
retenues CNR sur le Haut-Rhône sont effectuées régulièrement depuis 1954. En particulier, des
relevés ont lieu dans la retenue de Génissiat avant et après les opérations d’accompagnement
des chasses suisses, qui ont généralement des forts impacts sur la bathymétrie de la retenue.
Des relevés complémentaires localisés sont aussi effectués pour le suivi des zones de dépôt ou
pour calculer le bilan volumique suite à des opérations de dragage. La retenue est décrite par
un nombre variable de sections en travers perpendiculaires à l’écoulement dont la géométrie est
mesurée à chaque campagne. Un regroupement de données issues de documents anciens et de
données répertoriées dans la base de données bathymétriques interne de la CNR, Bathy, a permis
d’obtenir une description bathymétrique de la retenue assez détaillée :
– 26 profils en long de la retenue de 1954 à 2012
– 7 bathymétries décrites par 32 sections en travers de 1954 à 1969
– 17 bathymétries décrites par une centaine de sections en travers de 1984 à 2012
La liste et la position des profils est présentée dans l’annexe A. Il faut néanmoins souligner la
grande disparité concernant la qualité des données bathymétriques. Au cours des décennies 1950
et 1960, le nombre de sections en travers mesurées est relativement faible et ce, principalement
dans la partie aval de la retenue qui est la plus sujette aux dépôts. Aucune donnée n’est disponible
dans les années 1970. L’évolution des conditions de mesure est enfin à souligner. Initialement,
la mesure bathymétrique était effectuée par sondage à main qui permettait de déterminer la
profondeur de l’eau à l’aide d’un plomb, et d’en déduire l’élévation du fond à partir de la cote
du plan d’eau. Cette méthode a été remplacée par une mesure avec un sondeur bathymétrique
électro-acoustique, qui permet de réaliser des mesures à haute fréquence. Les profils en travers
sont mesurés en bateau par les équipes de la CNR, en utilisant un écho-sondeur mono-faisceau
couplé à un GPS différentiel qui permet d’estimer la position géographique (latitude et longi-
tude) en coordonnées Lambert II et l’altitude du fond en NGF. Pour les zones hors d’eau où
pour lesquelles l’utilisation du sondeur est impossible, comme les berges ou les îles, des relevés
topographiques sont utilisés en complément. Plus récemment, une campagne aérienne de levés à
grande échelle a été réalisée entre 2007 et 2010 (BD TOPO Rhône) et a permis de mieux décrire
la topographie du lit moyen. En 2012 la retenue de Génissiat est décrite par environ 130 profils
en travers disposés le long de la retenue entre le seuil de Chancy-Pougny (PK Rhône 186,610)
et le barrage (PK Rhône 162,200). La distance entre les profils varie de 10 à 500 m avec une
densité de point par profil variable. Les mêmes protocoles sont employés par la CNR pour relever
les bathymétries des autres retenues présentes sur le Haut-Rhône. De plus, la densité de points
décrivant chaque profil en travers a considérablement augmenté depuis les années 1980, passant
d’une moyenne de 15 points par profil en 1984 à 40 en 2012.

3.2.2 Protocole de traitement des bathymétries


Les données des relevés bathymétriques sont classées par sections transversales. Il est ainsi
possible de visualiser les données dans le plan, ou projetées sur la section et de comparer la
géométrie du profil pour différentes dates. Cette étape permet de repérer des problèmes au
niveau des données brutes :
– des profils sont incomplets,
– les coordonnées de certaines sections transversales sont translatées entre deux relevés,

36
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

– en présence de chenaux multiples, les bathymétries relevées à une section donnée peuvent
être partielles et ne représentent pas toujours le même chenal. Par exemple au PK 183,77,
avant 2003 c’est la bathymétrie du chenal en rive droite qui est relevée, alors qu’après 2003
il s’agit de celle du chenal en rive gauche.

[Link] Mise en place de points invariants sur les rives et gestion des bathymétries
incomplètes
Pour pouvoir comparer les bathymétries, il est nécessaire d’identifier des points communs
entre les profils relevés au même PK à des dates différentes. Les profils relevés au même endroit
ont été complétés de façon à avoir leurs points extrêmes en rive gauche et en rive droite invariants
dans le temps. Ainsi, lors de l’étape de conversion des coordonnées XYZ en coordonnées Abscisse-
Cote, l’axe de projection sera invariant pour tous les profils relevés au même point kilométrique,
quelque soit la date du relevé. Plusieurs cas de figure peuvent se présenter :

Cas général
Lorsque tous les profils en travers relevés dans le temps sur la même section sont complets,
qu’ils présentent des berges immobiles, les points extrêmes invariants gauche et droit sont définis
à partir des données de la BD TOPO Rhône. Les points sont choisis de façon à ce que leur altitude
soit supérieure à la cote de l’eau (Figure 3.1).
330
cote (m)

325

04/1984
320

08/1987 Points invarants


07/1993 Rive Gauche
09/2003 Rive Droite
315

0 20 40 60

abscisse (m)

Figure 3.1 – Données bathymétriques corrigées pour le profil en travers au PK 179,07.

37
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Cas de profils incomplets pour certaines dates de relevés


Dans ce cas, il faut d’abord compléter la partie manquante du profil en faisant l’hypothèse
que la berge manquante est immobile. Cette hypothèse peut être validée en s’appuyant sur la
nature de la berge. Par exemple, les profils mesurés au PK 162,57 sont incomplets en rive droite
à partir de mai 1990. Il manque même une partie du fond pour certains profils. On distingue
trois méthodes possibles de traitement des profils :
1. Seuls les points mesurés sont utilisés. Les deux profils étant incomplets en rive droite, la
source principale d’erreur de cette méthode est l’omission d’une partie de la section (Figure
3.2 a).
2. Les profils sont complétés (en rive droite pour ce cas particulier) par les points hauts du
profil complet datant d’avril 1984. Cette méthode crée une surface artificielle. Dans ce
cas, le dernier point mesuré du côté de la rive droite est proche pour les deux profils. La
surface artificielle est donc presque identique, l’erreur apportée par cette méthode est ici
faible. Dans le cas où les derniers points mesurés pour chaque profil sont éloignés, l’erreur
commise peut être beaucoup plus importante (Figure 3.2 b).
3. Les profils sont complétés (en rive droite pour ce cas particulier) par les points hauts du
profil complet datant d’avril 1984. On suppose que la berge est fixe et que le dépôt ou
l’érosion sont limités à la base de la berge. Les derniers points mesurés en rive droite
des profils incomplets sont projetés horizontalement sur la berge d’avril 1984 supposée
immobile (Figure 3.2 c).

a) b)
● ● ● ●


● avril 1984 ●
● ●
● ●

● septembre 2003 ●
320

320

● décembre 2011 ●
Altitude (m)

Altitude (m)

● ●
300

300

● ●

● ●

● ● ● ●
280

280

● ●

0 50 100 150 200 0 50 100 150 200


Abscisse (m) Abscisse (m)
c)
● ●
● ●
● ●

320


Altitude (m)


300

● ●
280

0 50 100 150 200


Abscisse (m)

Figure 3.2 – Méthodes de traitement pour les profils en travers au PK 162,57.

La troisième méthode est choisie pour le traitement des bathymétries car elle permet de
compléter le profil de façon a priori cohérente avec l’évolution du fond.

38
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Cas de berges n’ayant pas de point commun


Lorsque la berge est érodée sur toute la hauteur qui a été relevée, il est nécessaire de recons-
truire son tracé. Pour les profils relevés au PK 181,9, une érosion de la berge gauche a lieu entre
septembre 1997 et avril 2000. Aucun point appartenant à cette berge n’est commun aux relevés
de 1997 et 2000.
Les différentes méthodes permettant de compléter les profils mettent en jeu des points fictifs
et considèrent les cas d’érosion minimale et maximale de la berge :
1. On fait l’hypothèse que la partie de la section érodée se limite à celle qui a été mesurée. Un
point fictif est créé afin de prolonger verticalement le profil le plus bas jusqu’à l’altitude
du profil le plus haut et les deux profils sont rejoints horizontalement (Figure 3.3 a).
2. On relève sur la topographie un point commun à tous les profils plus haut sur la berge et
plus éloigné de la rive. Tous les profils sont complétés par ce point réel, cependant rien ne
garantit qu’il soit le point commun à tous les profils ayant l’altitude la plus faible (Figure
3.3 b).
3. On suppose que le point ajouté précédemment à partir de la topographie appartient aux
deux profils. On crée un point fictif permettant de prolonger verticalement le profil avant
érosion jusqu’à l’altitude du point de la topographie et l’autre profil est prolongé par ce
point. Ils sont ensuite rejoints horizontalement (Figure 3.3 c).

a) b)
● septembre 1997
328 332 336

328 332 336

avril 2000 ●
● ●
● ●
Altitude (m)

Altitude (m)

● ●
● ● ● ● ●

●● ●
● ●● ●

● ●● ● ● ●● ●
● ● ● ●
● ●●● ● ●●●
● ●
● ● ●

● ● ● ●
● ● ● ●
● ● ● ● ●● ● ● ●● ● ● ●● ●●● ● ● ● ● ●● ● ● ●● ● ● ●● ●●●
● ● ●● ● ● ●●
●●● ●●● ● ●●● ●●● ●
324

324

0 100 200 300 400 500 600 0 100 200 300 400 500 600
Abscisse (m) Abscisse (m)
c)
328 332 336

● ●


Altitude (m)


● ●

●● ●

● ●● ●
● ●
● ●●●
● ●

● ●
● ●
● ● ● ● ●● ● ● ●● ● ● ●● ●●●
● ● ●●
●●● ●●● ●
324

0 100 200 300 400 500 600


Abscisse (m)

Figure 3.3 – Méthodes de traitement pour les profils en travers au PK 181,9.

La deuxième méthode est celle qui met en jeu le moins d’hypothèses non vérifiées, elle est
donc choisie pour traiter ce cas particulier.

[Link] Conversion en coordonnées Abscisse-Cote


Les points relevés pour une section transversale n’étant pas toujours sur le même axe, et celui-
ci n’étant pas rigoureusement rectiligne, une projection sur un plan est nécessaire. Le logiciel

39
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

PAMHYR [Faure, 2012] est utilisé pour projeter les points de chaque profil sur le plan vertical
passant par l’axe invariant définit par les points extrêmes en rive gauche et en rive droite. On
obtient les coordonnées (y,Z) Abscisse-Cote correspondant à la projection sur le plan du point
de coordonnées (X,Y,Z).

[Link] Interpolation des coordonnées abscisse cote


Dans l’optique de calculer l’aire des sections, les coordonnées abscisse cote sont interpolées
avec un pas d’espace Δy inférieur au pas des coordonnées projetées Δy, afin de ne pas introduire
d’erreur supplémentaire lors du calcul de l’aire. Un pas Δy=1 m est choisi car cette valeur est
inférieure au pas des mesures, ce qui permet de ne pas ajouter de biais supplémentaire liée à
l’interpolation. On obtient alors de nouvelles coordonnées.

[Link] Observation en plan


La position des profils en travers présents sur le linéaire du Haut-Rhône est repérée par un
point kilométrique. Cependant, les valeurs des repères kilométriques ne sont pas suffisamment
exactes pour servir de base au calcul de la distance entre les sections. A l’aide d’un Système
d’Information Géographique, la position exacte des plans invariants définis pour chaque section
en travers est marquée. Il est alors possible de calculer la distance entre ces profils. La distance
entre deux sections transversales L est la longueur de l’arc curviligne joignant le milieu de chaque
section.

3.2.3 Photographies
Des prises de vue aériennes de la retenue prises à différentes dates entre 1934 et 2004 sont
disponibles via le site du géoportail 1 . Elles permettent notamment d’observer l’évolution de la
zone de l’Étournel.

3.2.4 Données hydrauliques


Des lignes d’eau de la retenue de Génissiat sont relevées par les services hydrométriques de
la CNR pour différents débits et différents niveaux au barrage. Parmi ces lignes d’eau, les plus
récentes et celles couvrant une gamme étendue de débits ont été sélectionnées afin de servir
de données pour le calage du modèle hydraulique, construit à partir de la bathymétrie de 2011
(Tableaux 3.1 et 3.2). Afin d’obtenir des lignes représentatives, il est préférable que la mesure des
points ait été réalisée en régime permanent. Pour la retenue de Seyssel, les lignes correspondant
à ce critère sont assez anciennes. Les mesures en exploitation normale sont réalisées à partir de
la lecture d’échelles limnimétriques, dont l’erreur est estimée à ±5cm.

Tableau 3.1 – Lignes d’eau de la retenue de Génissiat sélectionnées pour le calage.


18 Septembre 2006 régime permanent QPO =577 m3 /s ZGE =329,92 m Qval =12 m3 /s
05 Juillet 2007 régime permanent QPO =891 m3 /s ZGE =330,7 m Qval =97 m3 /s
16 Janvier 2008 régime permanent QPO =475 m3 /s ZGE =328,66 m Qval =23 m3 /s

Tableau 3.2 – Lignes d’eau de la retenue de Seyssel sélectionnées pour le calage.


12 Novembre 1992 régime permanent QGE =630 m3 /s ZSE =259,82 m Qus =0 m3 /s
21 Avril 1994 régime permanent QGE =420 m3 /s ZSE =257,64 m Qus =6 m3 /s

1. http ://[Link]/accueil

40
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.2.5 Données sédimentaires


Plusieurs campagnes granulométriques ont été menées afin d’estimer les propriétés des sé-
diments de la retenue de Génissiat [Giuliani, 1992; Tisot et Merketa, 1994a; Introïni, 2000;
Bouchard et Dumond, 2000; Lerch et Thizy, 2013], avec différents types de prélèvements. Les
prélèvements de surface sont réalisés à la benne à partir d’un bateau. Les carottages sont réalisés
à l’aide de carottiers à partir de barges (Tableau 3.3).

Tableau 3.3 – Caractéristiques des prélèvements réalisés dans la retenue.


Prélèvement Position longitudinale Position transversale Type de prélèvement
B. Merketa,1992 Fosse amont chenal carottes
EDF, septembre 1999 Retenue chenal surface, carottes
CNR, 2009 Retenue dépôts rive droite carottes
CNR, avril 2012 Retenue chenal, rives surface
CNR, septembre 2012 Retenue chenal, bords surface
CNR, février 2014 Proche barrage chenal, bords dragage
CNR, mars 2014 Pougny chenal, bords surface
CNR, novembre 2014 Retenue chenal, bords surface

La figure 3.4 présente la position des différents prélèvements de sédiments en place dans la
retenue.






 



 


    




 

 

 




 



   




         

 
  

Figure 3.4 – Position des différents prélèvements réalisés dans la retenue (l’encadré en bas à
droite montre un zoom sur les prélèvements de 1999 et la localisation de dépôts sableux en
jaune).

41
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Les analyses granulométriques ont été réalisées par tamisage pour la partie supérieure à 80
μm [NF P 94-056, 1996] et par sédimentométrie pour la partie inférieure à 80 μm [NF P 94-057,
1992], sauf pour les échantillons de février 2014 pour lesquelles l’analyse a été réalisée par un
granulomètre laser [ISO-13320, 2009]. Une description des différentes méthodes est présentée au
paragraphe [Link]. Des analyses mécaniques et physico-chimiques ont aussi été réalisées.

3.3 Description morphologique de la retenue de Génissiat


Les caractéristiques géométriques et granulométriques de la retenue de Génissiat sont pré-
sentées.

3.3.1 Sinuosité de la retenue


La sinuosité du cours d’eau est un paramètre morphologique important qui modifie les écou-
lements et impacte la géométrie du cours d’eau comme la pente locale, la typologie des sections.
La sinuosité de la retenue a été calculée en découpant la retenue en tronçons et en calculant le
rapport entre la longueur curviligne du tronçon de rivière et la distance entre les deux extrémités
du tronçon.
L’utilisation de différentes longueurs de tronçons permet de mettre en évidence la sinuosité
à des échelles spatiales différentes (Figure 3.5). Un pas d’espace LX =200 m permet de localiser
précisément les changements de direction brusques du cours d’eau, par exemple aux PK 184 et
165,5. Un pas d’espace LX =1000 m met en évidence les courbes du cours d’eau s’établissant sur
de plus grandes échelles, par exemple la succession de virages dans les gorges de Léaz et Grésin.
Un pas d’espace LX =500 m est une taille intermédiaire. Toutes les métriques permettent de
mettre en évidence la forte courbure au niveau de Bellegarde sur Valserine (PK 169).
2.0

200 m
500 m
1.8

1000 m
Sinuosité
1.6
1.4
1.2
1.0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.5 – Sinuosité de la retenue de Génissiat.

3.3.2 Typologie des sections


A partir des relevés bathymétriques réalisés en 2011, différentes géométries de sections ont
été mises en évidence dans la retenue de Génissiat (Figure 3.8). Deux types de substrat sont
rencontrés au niveau du lit : sur la partie amont, la rivière coule dans ses alluvions, alors qu’en
aval le lit est incisé dans un substratum rocheux. Les sections trapézoïdales sont observées dans
la partie amont de la retenue, sur des tronçons rectilignes (Figure 3.6.a). Dans la partie amont,
les convergences de flux et les courants secondaires dans les concavités des coudes provoquent
le développement d’une asymétrie de la section avec un chenal principal vers l’extrados et/ou
une mouille [Malavoi, 1989]. Les sections sont plus profondes à l’extérieur de la courbe (Figure

42
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.6.b pour une courbe à gauche et Figure 3.6.c pour une courbe à droite). Dans l’Étournel, deux
types de sections sont observées. Des bancs immergés ou émergés sont observés et séparent le
chenal en deux (Figure 3.6.d). Au niveau de la grande île, le chenal principal est situé en rive
gauche et l’ile est végétalisée. Un chenal secondaire est formé en rive droite (Figure 3.6.e). Dans
la zone de transition et de rétrécissement entre l’Étournel et le canyon du Rhône, entre les PK
181,7 et 180,2, la typologie des sections est liée à l’influence du barrage sur le niveau d’eau : un
chenal principal, plus profond est situé en rive droite à l’emplacement du lit mineur du Rhône
non aménagé et un radier est situé en rive droite et correspond à l’ancienne pleine d’inondation
(Figure 3.6.b). Enfin, dans le canyon, les sections sont trapézoïdales avec des berges rocheuses
à fortes pentes (Figure 3.6.f). Certaines sections présentent des terrasses planes qui dominent le
chenal, comme par exemple au niveau de la confluence entre le Rhône et la Valserine ou dans la
Canyon d’Arlod (Figures 3.7.a et 3.7.b).

a) b)

c) d)

e) f)

Figure 3.6 – Typologie des sections de la retenue de Génissiat : a) section trapézoïdale, b)


chenal principal en rive droite, c) chenal principal en rive gauche, d) chenaux multiples avec
bancs immergés, e) chenaux multiples avec île centrale émergée, f) canyon. Les typologies a à e
sont observées dans la zone alluviale, la typologie f correspond à la zone rocheuse.

43
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

a) b)

Figure 3.7 – Photographies lors de la chasse de juin 2012 : a) Confluence Rhône-Valserine le


Rhône est en haut, la Valserine en bas, b) Canyon d’Arlod (photos CNR).






  


 



 




 


   
 

     



Figure 3.8 – Répartition des typologies de section dans la retenue en 2011.

44
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.3.3 Propriétés des sédiments en place


[Link] Répartition longitudinale et transversale de la granulométrie
Les campagnes réalisées en 1999, 2012 (avant et après la chasse) et 2014 permettent une
description granulométrique des sédiments présents en surface. La figure 3.9 présente l’évolution
moyenne du diamètre médian de surface dans le chenal. La distinction entre les différentes classes
granulométriques est basée sur la classification de Wentworth [1922]. La position transversale
exacte des prélèvements n’est pas connue, mais on suppose que les prélèvements sur les bords
ont été effectués à la base des berges mais toujours au niveau du chenal.

a)
100

● ●
Barrage de Génissiat


Diamètre médian (mm)
10

gravier−galet
1

● sept. 1999

avril 2012
0.1

sable
nov. 2012
● fev. 2014
0.01

argile−limon ● nov. 2014

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
b)
100

Barrage de Génissiat
Diamètre médian (mm)
10

gravier−galet
1

avril 2012
0.1

sable ● nov. 2012


fev. 2014
0.01

argile−limon nov. 2014

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.9 – Répartition longitudinale du diamètre médian des sédiments en surface : a) au


centre du chenal, b) sur les bords du chenal.

Les plaquages formés par les dépôts sur les berges sont constitués de sédiments très fins avec
un diamètre médian d’environ 10 μm [Wolf, 2011] qui varie peu le long de la retenue. Des dépôts
sont observés dans la zone de l’Étournel, au niveau de la grande île aval. En amont du PK 173,
les sédiments fins se retrouvent seulement en plaquages sur les bords [Bouchard et Dumond,
2000].

45
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

[Link] Répartition verticale de la granulométrie


Plusieurs séries de carottages ont été réalisées dans la retenue afin de caractériser la réparti-
tion granulométrique sur la profondeur. On dispose de données issues de carottes de 1 à 6,45 m
de long, localisées près du barrage [Tisot et Merketa, 1994a], dans le chenal sur le tiers aval
de la retenue [Bouchard et Dumond, 2000], et dans des dépôts de sédiments fins [Wolf, 2011],
ainsi que de données issues des sédiments dragués près du barrage en février 2014. Néanmoins,
il s’agit plutôt d’une description qualitative de la structure verticale des sédiments.
La figure 3.10 représente la structure verticale des dépôts sédimentaires issus des carottes
prélevées dans le tiers aval de la retenue. Dans le tiers aval de la retenue, au niveau du chenal
les carottes présentent une structure assez hétérogène sur la verticale. Aux PK 170,45 ; 165,1 et
163,75 une couche supérieure d’une épaisseur de 30 cm à 1 m composée en majorité de sédiments
fins surplombe un substrat plus grossier présent sur toute la profondeur de la carotte (Figure 3.10
b, c, d). Ces relevés suggèrent que des dépôts de sédiments fins ont lieu en période d’interchasse
et recouvrent des couches de sédiments plus grossiers sans doute transportés lors d’événements
hydrologiques. Près du barrage, (Figure 3.10 a) les dépôts sont constitués de limons sur toute la
profondeur, avec quelques inclusions plus grossières. Les carottes plus profondes réalisées dans
la zone [Tisot et Merketa, 1994a] montrent que les sédiments ont des caractéristiques identiques
sur la profondeur.

Figure 3.10 – Structure verticale des carottes : a) PK 162,5 b) PK 163,75 c) PK 165,1 d) PK


170,45, d’après Bouchard et Dumond [2000].

Le tableau 3.4 montre l’évolution verticale de la granulométrie des sédiments dans les dépôts
près du barrage. Les dépôts au pied du barrage ont une granulométrie homogène sur la verticale
au centre du chenal. Sur les bords, les sédiments sont plus fins, avec des passages plus grossiers
en profondeur (-2 m à droite et -4 m à gauche).

46
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Tableau 3.4 – Granulométrie des prélèvements verticaux dans les dépôts près du barrage.
position
Profondeur diamètre μm
Bord gauche Centre Bord droit
d10 2 5 3
surface d50 10 39 14
d90 30 115 50
d10 2 6 5
-2 m d50 13 46 33
d90 42 122 94
d10 4 5 3
-4 m d50 22 39 13
d90 72 106 38

Le tableau 3.5 montre l’évolution verticale de la granulométrie des sédiments formant les
dépôts de fines le long des berges [Wolf, 2011]. Dans la zone de l’Étournel (PK 181,9), l’évolution
verticale de la granulométrie est typique d’une zone de dépôt de l’amont de la retenue avec un
échantillon très limoneux en surface et plus sableux en profondeur. Plus à l’aval, au garage à
bateaux d’Arlod (prélèvement réalisé au PK 167,5) une structure plus grossière en profondeur se
dégage. Les dépôts de fines prélevés sur le bord dans les biefs aval montrent une zone composée
essentiellement de limons et d’argiles. Leur granulométrie ne varie pas sur la profondeur.

Tableau 3.5 – Granulométrie des prélèvements verticaux dans les dépôts sur les berges.
PK
Profondeur diamètre μm
165,4 167,5 181,9
d16 1,7 1,9 2
[0 ;-0,5] m d50 8 7 10
d84 34 29 45
d16 1,4 2 1,8
[-0,5 ;-1] m d50 7 9 9
d84 34 35 39
d16 1,4 2,5 1,9
[-1 ;-3] m d50 8 19 7
d84 36 70 30

[Link] Propriétés mécaniques des sédiments


Les différents tests réalisés sur les sédiments prélevés au cours des campagnes permettent
d’estimer les propriétés des sédiments [Tisot et Merketa, 1994b; Bouchard et Dumond, 2000;
Lerch et Thizy, 2013].
L’angle de stabilité des sédiments fins a été estimé à partir de mesures de cohésion non
drainée. Il diminue en fonction de l’épaisseur de sédiments. Pour les talus immergés, l’angle de
stabilité est compris entre 46° pour une épaisseur de dépôt de 0,5 cm et 8° pour des épaisseurs
de 2 m. Ces valeurs suggèrent que les talus formés par une faible épaisseur de sédiments fins sont
plutôt stables. Pour les sables, les modèles de rupture sont différents de ceux des sédiments fins,
la pente limite de stabilité correspond à l’angle de frottement interne du sédiment, soit environ
35°.
La valeur au bleu est comprise entre 0,24 et 1,3, ce qui classe les matériaux parmi les li-
mons peu plastiques et silts alluvionnaires [NF P11 -300, 1992]. La proportion d’argile dans ces
échantillons est donc assez faible. Les phénomènes liés aux propriétés de cohésion sont limités.
La teneur en matière organique dans les sédiments fins varie entre 2,8 et 6,4%. Les dépôts
en place sont peu organiques.

47
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.4 Évolutions morphologiques de la retenue de Génissiat


Les données bathymétriques ainsi que les photographies aériennes relevées régulièrement de-
puis la mise en eau de la retenue permettent de mettre en évidence les évolutions morphologiques
de la retenue.

3.4.1 Évolution du profil en long


La comparaison des profils en long renseigne sur l’évolution du comblement de la retenue
(Figure 3.11). Le profil de 1918 correspond à une ligne d’eau relevée en avril/juin 1918 par le
Service du Nivellement Général de la France (futur IGN) pour le Service des Grandes Forces
Hydrauliques. Le débit n’est pas connu, mais les documents indiquent que la ligne d’eau a été
relevée à l’étiage. Pour comparaison, une ligne d’eau modélisée avec la géométrie de 2012 avec
un débit de 150 m3 /s et un niveau au barrage de 325 m est aussi tracée. Les profils en long
sont construits à partir du point le plus bas sections en travers, soit pour une trentaine de sec-
tions de 1954 à 1965 et une centaine de sections de 1984 à 2012. Les relevés bathymétriques
sont peu denses à l’aval de la retenue jusqu’en 1969. Ces observations posent la question de la
représentativité des profils en long construits à partir de données antérieures à 1984. Aussi, les
irrégularités de pente (mouilles et seuils) des profils en long depuis 1984 sont visibles, contraire-
ment aux profils antérieurs. En particulier, d’importantes mouilles sont observées aux PK 176,6,
173,02 et 167,43.

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Figure 3.11 – Profils en long et lignes d’eau du bief de Génissiat entre 1918 et 2012 (* Profil
incomplet en amont du PK 182,5, remplacé par le profil datant de septembre 1997).

Quatre tronçons ont été délimités afin d’évaluer l’évolution de l’envasement au cours du
temps : un premier tronçon du PK 187 au PK 178, correspondant à la partie amont de la
retenue, un second tronçon du PK 178 au PK 172, un troisième du PK 172 au PK 163 et un
dernier du PK 163 au barrage. Entre 1954 et 2012, la pente de la retenue a diminué dû au
comblement par les sédiments (Tableaux 3.6 et 3.7). Entre le PK 163 et le barrage, une fosse de

48
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

plus en plus profonde et pentue a été créée par des dragages près du barrage ou l’entrainement
des sédiments par la vanne de fond alors que les sédiments s’accumulaient dans la retenue (Figure
3.12).

Tableau 3.6 – Évolution temporelle de la pente moyenne par tronçon.


Pente moyenne par tronçon (m/km)
PK 187-178 PK 178-172 PK 172-163 PK 163-162,2
1918 1,89 2,18 4,14 1,38
1954 1,90 1,94 4,02
1984 2,3 1,82 2,38 9,62
2012 1,19 1,17 1,06 14,4

Tableau 3.7 – Évolution temporelle des variations d’altitude du fond.


Variation maximale d’altitude du fond par rapport à 1954 (m)
PK 187-178 PK 178-172 PK 172-163 PK 163-162,2
1984 -5 6 22 15
2012 2 10 43 25

En 1918, la ligne d’eau présentait localement de fortes pentes : environ 4,7 m/km dans le
défilé de l’Écluse, 12,7 m/km près du PK 165 et une chute de 12 m au niveau de l’usine de
Bellegarde au PK 171. A la suite de la mise en eau de la retenue, la ligne d’eau au niveau du
barrage a été relevée de près de 60 m.
Entre 1954 et 1969, les dépôts ont eu lieu en aval du PK 175, avec une hauteur atteignant
20 m près du barrage. Entre 1969 et 1984, une incision de près de 5 m a eu lieu dans l’Étournel,
liée à l’activité d’extraction de granulats pour laquelle la CNR a accordé une concession à des
entreprises locales en 1970. Entre 1970 et 1995, le volume extrait a été estimé à 500000 m3 .
L’agrandissement des sections d’écoulement a engendré une érosion régressive [Girel et Doche,
1983; Cohen et Briod, 1989] qui a atteint la station hydrométrique du Pont de Pougny au début
1977 [CNR, 1981]. Cette érosion explique la diminution de la pente entre les PK 187 et 180 entre
1954 et 1984. Une érosion des dépôts anciens est observée entre les PK 174 et 171 et les PK 170
et 167. Elle est attribuée à l’épisode de chasse de 1978, au cours de laquelle le niveau au barrage
a été abaissé à 278 m, créant un écoulement qui a permis d’éroder les dépôts anciens.
Entre 1984 et 1997, le profil en long s’est stabilisé en sortie de l’Étournel jusqu’au PK 174.
L’aval a été le siège de dépôts d’une épaisseur variable ne dépassant pas 10 m.
Entre 1997 et 2012 le profil en long est resté assez stable sur la majorité de la retenue. Cer-
taines mouilles (PK 169,05 et 167,03) ont été comblées. Les faibles évolutions morphologiques de
la retenue amont observées depuis 1997 et l’absence de variations au niveau de la granulométrie
de surface entre 1999 et 2012 (Figure 3.9) suggèrent que les dépôts de sédiments grossiers ne
se sont pas propagés de façon significative au cours de la dernière décennie. Les dépôts d’une
hauteur maximale de 5 m sont observés dans les 3 km aval. Des dépôts sont aussi localisés dans
les gorges de Léaz et Grésin (entre les PK 179 et 174) et sont dus à la chasse de 2012.

49
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat


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Figure 3.12 – Profil en long de la zone en amont du barrage (décembre 2011).

3.4.2 Évolution des sections en travers


Les évolutions de sections au niveau du tronçon entre Pougny et l’amont de l’Étournel sont
marquées par les extractions de matériaux. L’évolution dans le temps de deux profils en travers
est présentée : le PK 186,18 qui correspond au tronçon situé en amont de la zone d’extraction et
le PK 183,94 situé juste au niveau de la zone d’extraction. Avant les extractions dans les années
1970, les sections présentaient une géométrie stable. Les extractions de matériaux ont créé une
fosse et provoqué une incision des sections (Figure 3.13 b). En amont, une érosion régressive a
provoqué une érosion d’environ un mètre au niveau du chenal (Figure 3.13 a). Les extractions se
sont arrêtées en 1995 et la fosse a fait office de piège à sédiments. Depuis, du dépôt est observé
à l’issu des opérations de chasse et de l’érosion en période d’interchasse.
L’évolution de la zone de l’Étournel est présentée plus en détail à partir de photographies
historiques (cf paragraphe 3.4.3). Les profils au PK 182,35 mettent en évidence les étapes de la
formation de la grande île aval (Figure 3.13 c). Au cours du temps, il y a eu un exhaussement
de l’île et l’apparition de végétation qui a contribué à stabiliser sa géométrie, alors que la pente
latérale a augmenté sur chaque bord de l’île. Un chenal secondaire bien distinct s’est formé en
rive droite et s’est approfondi avec le temps.
Dans la zone de transition et de rétrécissement entre l’Étournel et le canyon du Rhône et
dans le défilé de l’Écluse, entre les PK 181,5 et 178,3, les sections évoluent peu.
Les profils au PK 173,55 permettent d’illustrer l’évolution de la morphologie dans les gorges
à dominante sableuse (Figure 3.13 d). En cas de dépôt, les sédiments sont déposés au niveau du
chenal, comme lors de la période d’interchasse 1984-1987. il n’y a pas de dépôt sur les berges
qui sont trop pentues. Lorsqu’il y a de l’érosion, comme au cours de la chasse de 2003, l’érosion
est aussi répartie sur toute la largeur du chenal.
Les profils aux PK 166,46 et 164,27 permettent d’illustrer l’évolution de la morphologie dans
les gorges à dominante limoneuse (Figures 3.13 e et 3.13 f). La section au PK 166,46 présente un
chenal et une terrasse plane en rive droite. Le dépôt a lieu principalement au niveau du chenal
et est effectué de façon horizontale, comme lors de la période d’interchasse 1984-1987 mais il est
aussi observé au niveau des terrasses. Lors des épisodes de chasse, les dépôts présents sur les
terrasses peuvent être remobilisés. La section au PK 164,27 présente des berges à fortes pentes.
En cas de dépôt, les sédiments sont déposés au niveau du chenal, de façon horizontale, comme
lors de la période d’interchasse 2003-2011. Il n’y a pas de dépôt sur les berges qui sont trop
pentues. Lorsqu’il y a de l’érosion, comme au cours de la chasse de 2003, le chenal créé occupe
toute la largeur de la section.

50
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

a) b)

334
336
Altitude (m NGFO)

Altitude (m NGFO)
330
332

326
09−1954
07−1969 09−1954
04−1984 07−1969 05−1990

322
05−1990 04−1984 04−2003
328

0 20 40 60 80 100 120 140 160 0 20 40 60 80 100 120 140 160


Distance à la rive gauche (m) Distance à la rive gauche (m)

c) d)
324 326 328 330 332

310 315 320 325 330


08−1984
Altitude (m NGFO)

Altitude (m NGFO)
04−1987
04−2003
09−2003

09−1954
07−1969
04−1984

0 50 150 250 350 450 550 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 110


Distance à la rive gauche (m) Distance à la rive gauche (m)

e) f)

08−1984 04−2003
Altitude (m NGFO)

Altitude (m NGFO)
325

04−1987 09−2003
325

08−1987 12−2011
315

315
305

305
295

0 10 30 50 70 90 110 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 110
Distance à la rive gauche (m) Distance à la rive gauche (m)

Figure 3.13 – Évolution des profils en travers : a) PK 186,18, b) PK 183,94, c) PK 182,35, d)


PK 173,55, e) PK 166,46, f) PK 164,27.

Des observations des berges au cours de la chasse de 2000 [Perrier, 2000] ont montré que les
dépôts compacts observés sur les berges entre les PK 174 et 170 n’ont pas évolué au cours de
l’abaissement de la retenue. En aval de Bellegarde sur Valserine, les dépôts sur les bords ont été
érodés par les venues d’eau au début de l’abaissement, puis les berges ont cessé d’évoluer quand
la roche a été révélée. Autour du PK 166, des ruptures brutales du pied de talus en contact avec
l’eau ont été observées. Près du barrage, peu de dépôts ont été observés du à la configuration
rocheuse des berges.

3.4.3 Évolution en plan de la zone de l’Étournel


La plaine alluviale de l’Étournel est le lieu de nombreux changements morphologiques au
cours du temps. Ces changements peuvent être observés à partir de photographies aériennes
(Figure 3.14). En 1934, avant la mise en eau du barrage, le chenal s’élargissait en entrant dans
la zone de l’Étournel, et des îles sont présentes. Un bras secondaire était présent en rive droite
au niveau du rétrécissement (Figure 3.14.a) et le cours du Rhône formait un « S ». Suite à la
mise en eau de la retenue de Génissiat en 1948, la partie aval a été noyée et le lit en eau s’est
élargi, provoquant la disparition du « S » et du canal en rive droite (Figure 3.14.b). Entre 1954
et 1971, les îles localisées dans la partie amont se sont végétalisées (Figure 3.14.c et 3.14.d) et
des dépôts ont commencé à former la grande île aval. Entre 1971 et 1984, les extractions de

51
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

granulats ont donné lieu à la création d’étangs (Figure 3.14.e) en rive droite, dont certains sont
alimentés par le Rhône [Parc Naturel Régional du Haut-Jura, 2001]. L’île aval s’est végétalisée
et sa géométrie se stabilise. Un chenal secondaire bien distinct s’est formé en rive droite. Entre
1984 et 1992, la petite île au centre en rive gauche a été progressivement rattachée au bord.
(Figure 3.14.f) Au cours du temps, la queue de l’île aval se comble et s’est agrandie jusque dans
le virage à gauche en sortie de l’Étournel (Figure 3.14.g).

a) b)
± ±
Le Rhône Le Rhône

0 125250 500 Mètres 0 125250 500 Mètres

c) d)
± ±
Le Rhône Le Rhône

0 125250 500 Mètres 0 125250 500 Mètres

e) f)
± ±
Le Rhône Le Rhône

0 125250 500 Mètres 0 125250 500 Mètres

g)
±
Le Rhône

0 125250 500 Mètres

Figure 3.14 – Prises de vue aériennes de l’Étournel : a) 1934, b) 1952, c) 1967, d) 1971, e) 1984,
f) 1992, g) 2004 (source : Géoportail).

52
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.5 Bilans bathymétriques


Les relevés réguliers de bathymétrie dans la retenue sont utilisés pour déterminer l’envase-
ment de la retenue et pour mettre en évidence les processus de sédimentation et leur localisation
dans la retenue en mesurant la différence entre deux campagnes [Morris et Fan, 1998; Vanoni,
1977].

3.5.1 Méthode de calcul du bilan bathymétrique


Le calcul du volume déposé ou érodé entre les dates t1 et t2 est basé sur la différences des
bathymétries relevées à ces deux dates. La figure 3.15 illustre les différents paramètres calculés.





 





  





 

  

 




  





 








  

Figure 3.15 – Paramètres calculés pour l’estimation du bilan bathymétrique.

[Link] Volume total


Le volume total sur la retenue est la somme des volumes associés aux NT sections transver-
sales relevés.

NT
Vtot = Vi = Da,i ΔSi (3.1)
i=1
– Da,i est la distance d’application de la section i
– ΔSi est la variation de l’aire occupée par les sédiments dans la section i entre t1 et t2
– NT est le nombre de sections transversales
Cette méthode d’estimation du volume associé à une section comme le produit de la variation
de l’aire occupée par les sédiments dans la section et de la distance d’application est la méthode
la plus simple de calcul du volume.

[Link] Distance d’application d’une section transversale


L’estimation de la distance d’application d’une section transversale dépend du cas de figure.

Cas général
Lorsque la variation de la largeur du cours d’eau entre deux sections consécutives est faible,
la distance d’application de chacune de ces sections sur le bief entre ces sections est assimilée à

53
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

la demi-longueur du bief. Ainsi, lorsque la largeur varie peu à l’amont et à l’aval de la section
considérée, la distance d’application est la somme des deux demi-distances curvilignes avec la
section amont et la section avale.
Lav + Lam
Da = (3.2)
2

Cas de fortes variations de largeur


Lorsque la variation de la largeur du cours d’eau entre deux sections consécutives est im-
portante, la longueur d’application de chacune des sections sur le bief est estimée en fonction
de l’évolution de la largeur. On considère que la limite d’application des sections transversales
formant le bief se situe à l’endroit où la variation est la plus forte. Dans le cas d’une variation
linéaire de la largeur, la distance d’application définie par la demi distance est utilisée (Équation
(3.2)).

Sections amont et aval


Le bilan de volume sur la retenue s’effectue du seuil de Chancy-Pougny jusqu’à l’amont du
barrage.

Pour la section aval, Da = Lav + Lam /2, où Lav est la distance entre la section et le barrage.
Pour la section amont, Da = Lam + Lav /2, où Lam est la distance entre la section et le seuil de
Chancy-Pougny.

[Link] Estimation de l’aire entre les profils à comparer


ΔSi est estimé à partir des aires occupées par les sédiments S(i,t1 ) et S(i,t2 ) à t1 et t2 .

ΔSi = Si,t2 − Si,t1 (3.3)

La méthode des trapèzes est utilisée pour calculer l’aire de la section transversale Si,t occupée
par les sédiments à la date t
N (t)−1

Zk,t + Zk+1,t
Si,t = Δy (3.4)
k=1
2


– Zk,t est l’altitude du lit au niveau du k ème point du profil interpolé au temps t
– Δy est le pas d’interpolation du profil
– N est le nombre de points décrivant le profil
Comme les processus mis en jeu peuvent être différents pour les berges et le fond, il est utile
de calculer séparément l’aire correspondant aux berges (b g) et celle correspondant au fond (f d)
Si = Si,bg + Si,f d . La limite fond-berge est définie aux endroits où les variations de la pente des
profil sont les plus importantes (Figure 3.16).

54
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

330 berge
berge gauche
droite
325
cote (m)

chenal
avril 1984
320

août 1987
juillet 1993
septembre 2003
315

0 10 20 30 40 50 60 70

abscisse (m)

Figure 3.16 – Choix de la limite chenal-berge.

Les surfaces de déblai et de remblai peuvent être obtenues en séparant la partie négative et
la partie positive de l’aire calculée.

3.5.2 Incertitudes sur le calcul des cubatures


L’estimation du bilan bathymétrique d’une retenue comprend des incertitudes liées à la me-
sure et à la méthode de calcul utilisée. Heinemann et Dvorak [1963] ont montré que les volumes
estimés à partir des profils en travers peuvent varier d’environ 10% dans des petites retenues,
en fonction de la méthode de calcul appliquée, et de la qualité des sections en travers (densité,
orientation...). De plus, des incertitudes peuvent apparaître si les évolutions des sections en tra-
vers choisies ne sont pas représentatives des évolutions à l’échelle du bief, comme mis en évidence
par Fuller et al. [2003]. Ainsi le calcul bathymétrique doit s’accompagner d’une estimation des
incertitudes associées afin d’éviter des erreurs d’interprétation du bilan.

[Link] Méthode d’estimation des incertitudes


Les incertitudes sont estimées en suivant le cadre du GUM (Guide to the expression of Un-
certainty in Measurement) [Joint Committee For Guides in Metrology, 1995]. La première étape
du processus est la détermination de la mesurande du calcul pour laquelle on doit donner une
expression quantitative. Cette étape était l’objet de la partie 3.5.1. Ensuite, les sources d’in-
certitude liées au calcul de la mesurande sont listées et analysées, en particulier, les sources
quantifiables à partir des données disponibles sont identifiées et une liste de données complé-
mentaires nécessaires à la quantification des autres sources est établie. Cette étape permet aussi
d’écarter les sources négligeables ou de regrouper plusieurs sources entre elles. Les composantes
individuelles de l’incertitude peuvent être quantifiées à partir de la formulation mathématique
établie, de données d’études préalables, d’une estimation expérimentale de l’incertitude, ou en-
core à partir de principes théoriques.
Toutes les contributions sont exprimées sous forme d’incertitudes types (écarts-types). Si
l’incertitude a été évaluée à partir de mesures répétées, l’incertitude type correspond à l’écart
type des mesures. Si l’incertitude est donnée sous la forme d’un intervalle avec un niveau de
confiance (± a à p%), l’écart type s’obtient en divisant a par la valeur du pourcentage de la
distribution normale selon le niveau de confiance. Si aucun niveau de confiance n’est donné, et
que les limites de (± a) sont probables, on suppose que la distribution est rectangulaire et l’écart

55
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat


type est a/ 3. Si les limites de (±√a) paraissent improbables, on suppose que la distribution est
triangulaire et l’écart type est a/ 6.
Pour composer les composantes de l’incertitude, il existe une relation entre l’incertitude type
composée et l’incertitude des paramètres dont elle dépend. Dans le cas de sommes et de produits,

on obtient des expressions assez simples : si y = q + p, alors uc y(q, p) = u(p)2 + u(q)2 et
 
si y = q × p, alors uc y(q, p) = y (u(p)/p)2 + (u(q)/q)2 . En pratique il faut décomposer
le modèle mathématique en sommes et produits et composer les incertitudes types selon les
formules précédentes. La dernière étape est l’estimation de l’incertitude élargie UE en multipliant
l’incertitude type composée par un facteur d’élargissement k, la valeur couramment utilisée est
k = 2 qui donne un intervalle de confiance à 95%..

[Link] Sources d’incertitudes


Deux contributions à l’incertitude sont listées : la précision des mesures uP et la représen-
tativité des données uR . La précision est liée aux mesures et à leur traitement, notamment à
l’incertitude des appareils de mesure et au protocole de traitement des données. La représen-
tativité est liée à la description discrète de la bathymétrie de la retenue à partir de sections
transversales. En effet, les évolutions d’une section ne sont pas toujours représentatives de l’évo-
lution du fond autour de cette section.

[Link] Propagation des incertitudes


On suppose que les incertitudes locales associées à chaque section sont indépendantes. L’in-
certitude sur la retenue entière est :

 NT


u(V ) =  u2 (Vi ) (3.5)


i=1

Pour reconstruite l’incertitude locale, on suppose que les deux sources d’incertitude (repré-
sentativité et précision) sont indépendantes. L’incertitude type composée pour chaque section
est alors : 
u(Vi ) = uP 2 (Vi ) + uR 2 (Vi ) (3.6)

[Link] Précision
L’incertitude uP (Vi ) sur le volume calculé pour la section i provient de l’imprécision sur
l’évolution de la surface uP (ΔSi ) et l’imprécision sur la distance d’application uP (Da,i ).
  2

 u (ΔSi ) 2 u (D
uP (Vi ) = Vi 
P P a,i
+ (3.7)
ΔSi Da,i

On estime la précision de la mesure de distances à partir d’un système√d’informations géo-


graphiques à ± 5 m, l’incertitude type individuelle est donc uP (Da,i ) = 5/ 3=2,9 m.
L’imprécision uP (ΔSi ) sur l’aire est liée aux imprécisions sur la mesure bathymétrique.
L’imprécision liée à la projection, l’interpolation des données et la méthode d’intégration est
négligée. L’imprécision uP (y) de l’abscisse dans la section est négligée par rapport à l’altitude
des points uP√ (Z). On estime l’imprécision du sondeur à ±10 cm, d’où une incertitude type
uP (Z) = 0, 1/ 3=0,06 m. De plus on fait l’hypothèse que l’erreur de mesure bathymétrique est
répartie sur toute la largeur de la section W .

uP (ΔSi ) = W 2uP (z) (3.8)

56
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

[Link] Représentativité
L’erreur de représentativité uR (Vi ) du volume associée à la section i est liée au caractère
discret des données, à deux échelles. D’une part, on retrouve cette incertitude à l’échelle de la
section, à travers la densité de points utilisée pour décrire la section. D’autre part, cette incer-
titude apparait à l’échelle d’un tronçon entre deux sections, à cause de l’absence d’informations
entre les sections. Lorsque les évolutions géométriques de deux sections consécutives sont très
différentes, l’hypothèse d’une évolution constante ΔSi sur la distance d’application peut être
remise en cause. De plus, les berges sont sujettes à des phénomènes locaux comme des érosions
ou des effondrements qui ne peuvent pas toujours être représentés par les sections en travers.
Une formule est proposée pour estimer cette incertitude :

uR (Vi , l) = αi,l [(|Si,l − Si−1,l |)Li−1 + (|Si+1,l − Si,l |)Li ] (3.9)

où α(i,l) est un coefficient dépendant de l’espace et l = [bg, f d], avec bg pour berge et f d pour
fond.
Pour le fond, on suppose que les variations de dynamique entre deux sections consécutives
sont d’autant plus importantes que les pentes au niveau des tronçons sont différentes. αf d est
défini comme l’écart entre les pentes des tronçons en amont et aval de la section. αf d varie de
0,001 à 0,25.
Pour les berges, le coefficient est assimilé à une probabilité d’érosion ou d’effondrement des
talus. Les essais géotechniques ont estimé l’angle de frottement des sédiments formant les dépôts
sur les bords de la retenue à φ=35° [Tisot et Merketa, 1994a]. Cette valeur illustre la possibilité
de trouver des talus de pente relativement forte dans la retenue. Pour estimer la probabilité
d’érosion, la formule suivante est proposée : αbg = tanφ = 0, 7.
On suppose que les sources de biais pour les berges et le fond sont indépendantes, le biais
pour la section entière est : 

uP (Vi ) = uP 2 (Vi,l ) (3.10)


l=[f d,bg]

3.5.3 Analyse du bilan bathymétrique


La méthodologie de calcul du bilan a été appliquée aux bathymétries disponibles et ex-
ploitables pour déterminer les volumes de déblai et de remblai pour les périodes de chasse et
d’interchasse entre 1954 et 1984 (Tableau 3.8) et 1984-2012.

[Link] Bilan bathymétrique de la retenue pour la période 1954-1984


Les données bathymétriques datant des années 1950-1960 ont pu être exploitées. Au contraire,
il n’a pas été possible de retrouver les données bathymétriques des années 1970 ayant servi dans
une étude réalisée par EDF [Bouchard et al., 1999]. Ainsi on dispose de deux bilans différents
pour la période. De plus, il est important de remarquer que les bathymétries de 1954 à 1969
utilisées pour le calcul comportent seulement quelques sections au niveau de la partie aval,
remettant en cause la représentativité du calcul dans cette zone. Une comparaison des volumes
calculés par les deux méthodes montre que le bilan réalisé pendant la thèse donne un envasement
de 10,2 millions de m3 entre 1954 et 1984, alors que le bilan réalisé par Bouchard et al. [1999]
donne un envasement de 9,4 millions de m3 (Tableau 3.8). L’écart de 8% obtenu entre les deux
bilans est faible.
Le début de l’exploitation de la retenue de Génissiat (1954-1969) est marqué par un fort
envasement présentant une moyenne annuelle (chasses et interchasses confondues) de 0,64 million
de m3 (Tableau 3.8). La période 1969-1984 montre un faible envasement, consécutif à la chasse
de 1978 qui a évacué de la retenue un volume de 2,8 millions de m3 , qui équivaut presque aux
apports en chasse et interchasse sur la période.

57
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Tableau 3.8 – Bilan volumique des périodes de chasse et d’interchasse entre 1954 et 1984.
Bilan (L. Guertault) Bilan Bouchard et al. [1999]
Période Période
(106 m3 ) (106 m3 )
a
1954-1961 4,8
1961-1965 0,1
Chasse 1965 0,01
1954-1975 b 10,5
1965-1969 3,1
Chasse 1969 1,6

1975-1979 -2,8
1969-1984 c 0,5 1979-1981 0.3
Chasse 1981 1d
1981-1984 0,4

a. Cette période contient deux chasses


b. Cette période contient six chasses
c. Cette période contient quatre chasses
d. Estimation d’après les flux sédimentaires

[Link] Bilan bathymétrique de la retenue pour la période 1984-2012


Le bilan bathymétrique de la retenue pour les périodes d’interchasse et les événements de
chasse depuis 1984, ainsi que les incertitudes associées ont été calculés (Tableau 3.9, Figure
3.17). Depuis 1984, les opérations de chasse contribuent à la moitié du bilan en volume de la
retenue de Génissiat. La variabilité des bilans sédimentaires liés aux chasses peut être attribuée
à la variabilité de gestion des retenues suisses et de la retenue de Génissiat. Généralement,
les chasses provoquent un remblai de la retenue de Génissiat, mais le volume déposé semble
diminuer dans le temps grâce à une optimisation des protocoles, notamment depuis 1997 avec
l’abaissement préalable de la retenue de Génissiat qui permet de remobiliser une partie des
sédiments préalablement déposés dans la retenue avant de réguler les sédiments provenant des
chasses des retenues suisses. Cette première phase a été particulièrement efficace en 2003 puisque
le bilan de la retenue pour cet épisode est négatif. Au cours de la chasse de 2012, alors qu’une
quantité importante de sédiments est évacuée des retenues de Verbois et Chancy-Pougny, une
gestion défavorable été appliqué dans la retenue de Génissiat, donnant lieu au dépôt de 1,5
million de m3 de sédiments. Durant les périodes d’interchasse, le bilan volumique de la retenue
est positif. Le volume des dépôts dépend des apports liquides et solides qui peuvent être assez
variables. Le bilan correspondant à la période d’interchasse de 1993-1997, ne commence qu’à
partir du PK 182,35 car la bathymétrie d’avril 1997 n’a été mesurée qu’en aval de ce point.
De plus, des opérations de dragage ont eu lieu près du barrage, pouvant expliquer en partie le
bilan négatif. Depuis 1993, le bilan volumique annuel de la retenue en période d’interchasse est
en nette diminution. Cela pourrait être expliqué par l’atteinte d’un profil d’équilibre pour les
sédiments fins du fait de l’exhaussement du fond induit par le comblement de la retenue.

58
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Tableau 3.9 – Bilan bathymétrique volumique des périodes de chasse et d’interchasse entre
1984 et 2012.
Bilan moyenne annuelle dragage
Période 6 3
(10 m ) interchasse (10 m ) (106 m3 )
6 3

Chasse 1984 0,86 ± 0,09


1984-1987 1,51 ± 0,09 0,5
Chasse 1987 0,67±0,07
1987-1990 0,29 ± 0,07 0,1
Chasse 1990 0,43 ± 0,06
1990-1993 0,74 ± 0,07 0,27 -0,4
Chasse 1993 0,8 ± 0,07
1993-1997 a -0,14 ± 0,06 -0,05 -0,008
Chasse 1997 b 0,37 ± 0,10
1997-2000 0,15 ± 0,14 0,02 -0,12
Chasse 2000 0,67± 0,11
2000-2003 0,006 ± 0,09 0,002
Chasse 2003 -0,36 ± 0,11
2003-2011 0,41 ± 0,12 0,06 -0,14
Chasse 2012 1,47 ± 0,12

a. le bilan n’est réalisé qu’en aval du PK 182,35


b. le bilan n’est réalisé qu’en aval du PK 182,35




 










           

Figure 3.17 – Bilan bathymétrique cumulé volumique de la retenue entre 1984 et 2012.

Discussion sur les incertitudes calculées


Les incertitudes obtenues sur le bilan bathymétrique de la retenue pour les événements de
chasse et périodes d’interchasse entre 1984 et 2012 sont situées aux alentours de 0,1×106 m3 .
Pour certains événements comme les périodes d’interchasse 1997-2000 et 2000-2003, le bilan de
la retenue n’est pas significatif au regard des incertitudes élargies estimées.
L’analyse des incertitudes sur le volume associée à chaque section en travers a montré que sur
la centaine de sections en travers utilisées pour représenter la retenue, environ 30 ont présenté
une incertitude type supérieure à la valeur du volume calculée pour au moins 20% des périodes.
En particulier, au niveau des sections aux PK 176,30, 172,8 et 171,25 l’incertitude est supérieure
au volume dans 30% des cas. Au niveau du PK 176,30, les sections sont écartées de 300 m et la
densité des sections est peut être trop faible. La section au PK 172,8 est située au niveau d’une

59
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

mouille profonde. De telles singularités sont importantes à prendre en compte pour comprendre
la dynamique locale de la retenue, mais les évolutions observées sur ces singularités ne sont
généralement pas très représentatives des évolutions à plus grande échelle. Enfin autour du PK
171,25, les sections sont écartées de 300 m environ et cette section est située dans une zone de
changement de dynamique, où l’on observe la brusque transition de granulométrie de surface
entre le sable et le limon (cf. Figure 3.9). Autour de ces trois sections en particulier, il serait
intéressant de densifier la mesure de profils en travers.

[Link] Discussion sur le bilan de la retenue en chasse


La position de la retenue de Génissiat à l’aval des retenues de Verbois et Chancy-Pougny
rend nécessaire la prise en compte de ces retenues pour l’interprétation du bilan sédimentaire.
En période de chasse, ces retenues fournissent un apport sédimentaire important, alors qu’en pé-
riode d’interchasse, elles contribuent à piéger une partie du flux sédimentaire apporté par l’Arve.

Les bilans des retenues de Verbois et de Génissiat sont comparés pour des épisodes de chasses
(Tableau 3.10). Le taux de transfert TF est estimé par :

TF = 1 − VGE /−VV E (3.11)

où VGE est le bilan volumique de la retenue de Génissiat et VV E est le bilan volumique de la


retenue de Verbois.
La comparaison des valeurs est délicate pour plusieurs raisons. Les résultats proviennent de
sources différentes et les méthodes permettant d’obtenir le bilan bathymétrique sont a priori
différentes sur les deux retenues. De plus, les dates des bathymétries avant/après chasse et par
conséquent la période sur laquelle le bilan est estimé peuvent être différentes pour les deux
retenues. Seuls les épisodes pour lesquels les bilans des deux retenues sont disponibles sont
rapportés. Les volumes évacués de la retenue de Verbois ne varient pas fortement d’une chasse
à une autre, sauf pour les chasses 1965 et 2012 pour lesquelles ils ont été plus importants.
A contrario, on a déjà souligné la variabilité importante du bilan volumique de la retenue de
Génissiat lors des chasses. Cette variabilité est donc à rapprocher des protocoles de chasse mis
en oeuvre à Génissiat.

Tableau 3.10 – Comparaison des bilans en périodes de chasse (le bilan de la retenue de Verbois
est issu de [Diouf, 2013]).
Bilan Verbois Bilan Génissiat taux de
Période
(106 m3 ) (106 m3 ) transfert
Chasse 1965 -2,14 0,01 >99%
Chasse 1969 -1,4 1,6 -14%
Chasse 1984 -1,24 0,86 ± 0,09 30%
Chasse 1987 -1,14 0,67±0,07 40%
Chasse 1990 -1,05 0,43 ± 0,06 60%
Chasse 1993 -1,4 0,8 ± 0,07 45%
Chasse 1997 -1,3 0,37 ± 0,10 70%
Chasse 2000 -1,14 0,67± 0,11 40%
Chasse 2003 -1,1 -0,36 ± 0,11 130%
Chasse 2012 -2,69 1,47 ± 0,12 45%

Pour les événements antérieurs à 1984, le taux de transfert des sédiments établi à partir des
bilans bathymétriques semble discutable, notamment si l’on considère l’incertitude du bilan de
la retenue de Génissiat due à la densité des profils en travers (voir 3.2.1).

60
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Pour la chasse de 1965, le bilan de la retenue de Génissiat suggère qu’il y a eu peu de dépôts
dans la retenue. Le protocole de chasse a été favorable au transfert avec une cote au barrage
aux environs de 315 m, un débit assez fort complété par l’ouverture de la vanne de fond en fin
d’événement [Vial et al., 1965].
Le bilan obtenu pour la chasse de 1969 met en évidence un envasement de la retenue de
Génissiat légèrement supérieur aux apports provenant de Verbois. Néanmoins, la différence entre
les deux bilans n’est pas significative.
Les chasses de 1984 à 1993 sont marquées par la mise en application d’un nouveau protocole
de gestion avec abaissement de la retenue de Génissiat en dessous de 315 m, et l’utilisation de
la vanne de fond. Les taux de transfert varient de 30% à 60% selon les événements.
Pour les chasses de 1997 à 2012, l’abaissement préalable de la retenue de Génissiat à un
niveau de 305 m permet la reprise des dépôts sédimentaires. Puis la retenue est remontée à une
cote de 315 m lors du transit des matériaux provenant de Verbois. En 1997, le protocole a permis
d’atteindre un taux de transfert de 70% d’après les bilans bathymétriques. Pendant la chasse
de 2000, la remontée anticipée de la retenue a provoqué des dépôts et a limité le transfert des
sédiments à 40%. En 2003, un scénario d’abaissement idéal couplé à un faible volume évacué de
la retenue de Verbois a permis un taux de transfert de 130%, le volume évacué de la retenue de
Génissiat au cours de la première phase n’ayant pas été complètement comblé par les apports
suisses au cours de la seconde phase. En 2012, les conditions hydrologiques défavorables obligeant
le remplissage de la retenue de Génissiat combinées à de forts apports sédimentaires provenant de
la retenue de Verbois ont provoqué un dépôt important dans la retenue de Génissiat. Malgré ces
conditions défavorables pour les chasses de 2000 et 2012, la première phase a permis d’évacuer
un volume préalable de sédiments, plaçant l’efficacité de ces chasses au niveau de la moyenne
des chasses réalisées avant 1997.

[Link] Discussion sur le bilan de la retenue en période d’interchasse


Le tableau 3.11 compare les bilans de la retenue de Verbois et de la retenue de Génissiat
en périodes d’interchasse. Les volumes dragués dans la retenue de Génissiat sont ajoutés au
bilan. Le nombre de jours moyen par an pour lequel le débit journalier dépasse le débit de crue
annuelle (QF ) est aussi rapporté. Ce débit est estimé à 700 m3 pour le Rhône à Pougny et à
300 m3 pour l’Arve. On remarque tout d’abord que le bilan d’envasement annuel de la retenue
de Verbois a des variations beaucoup plus faibles que le bilan de la retenue de Génissiat. On
remarque une corrélation significative entre le bilan d’envasement de la retenue de Verbois et le
nombre de jours pour lesquels le débit de l’Arve est supérieur au débit de crue annuelle. En effet,
il semblerait que le volume annuel déposé dans la retenue de Verbois varie linéairement avec le
nombre de jours de crue sur l’Arve (un coefficient de détermination R2 =0,73). Inversement, on
remarque que plus le nombre de jours pour lesquels le débit du Rhône est supérieur au débit de
crue annuelle, plus le bilan d’envasement annuel de la retenue de Génissiat est faible.

Tableau 3.11 – Comparaison des bilans en périodes d’interchasse (le bilan de la retenue de
Verbois est issu de [Diouf, 2013]).
Bilan moyen annuel (106 m3 ) Nombre moyen de jours par an Q>QF
Période
Verbois Génissiat Arve (Arthaz) Rhône (Pougny)
1984-1987 0,36 0,5 1,3 0
1987-1990 0,42 0,1 3,7 3,3
1990-1993 0,46 0,38 4 0,67
1993-1997 0,38 -0,03 1,25 1,25
1997-2000 0,37 0,09 1 1,6
2000-2003 0,3 0,002 1 2,67
2003-2012 0,36 0,06 0,78 1

61
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

La baisse des dépôts annuels dans la retenue en interchasse depuis 1993 peut aussi être expli-
quée par la modification des conditions d’écoulements dans la retenue consécutive à l’envasement
(Figure 3.11). En effet, l’envasement diminue la taille des sections d’écoulement dans la zone
influencée par le remous du barrage et donne lieu à de plus fortes vitesses qui limitent le dépôt
des sédiments.

3.5.4 Dynamique sédimentaire spatiale de la retenue entre 1954 et 2012


Les bilans bathymétriques pour chaque période peuvent être interprétés spatialement en
considérant l’évolution des volumes cumulés de l’amont vers l’aval de la retenue. Les bilans
bathymétriques permettent de mettre en évidence une division de la retenue en biefs présentant
des dynamiques homogènes.

[Link] Volumes nets cumulées


Le volume net cumulé permet de mettre en évidence la dynamique spatiale de la retenue à
l’échelle d’un événement de chasse ou une période d’interchasse (Figure 3.18).
Le bilan spatial fait apparaitre des tronçons présentant des tendances d’évolution assez mar-
quées pour les opérations de chasse et les périodes d’interchasse (Tableau 3.12). Globalement, la
dynamique des tronçons entre les PK 187 et 185 est faible avec du dépôt en chasse et de l’érosion
en période d’interchasse. Les évolutions entre les PK 185 et 180 sont marquées par du dépôt lors
des chasses. Depuis les extractions de matériaux dans les années 1970, de l’érosion est observée
en période d’interchasse. Le Défilé de l’Écluse situé entre les PK 180 et 178 ne connait prati-
quement pas d’évolutions morphologiques liées au transport solide, sauf pour les chasses 2000 et
2012 pour lesquelles, un dépôt se forme en sortie. Les gorges de Léaz et de Grésin (PK 178-170)
sont le siège d’un dépôt en période d’interchasse. Le comportement de cette zone diffère selon
les opérations de chasse : les périodes marquées par un bilan négatif de la zone sont la période
1969-1984, qui inclut la chasse 1978, et les chasses de 1984, 1990, 1997, 2003. Pour les chasses de
1965, 1987 et 1993, le bilan est quasiment nul sur le tronçon. Pour les chasses de 2000 et 2012, le
dépôt domine. En période d’interchasse, l’intensité des dépôts est généralement plus importante
à l’aval de Bellegarde sur Valserine que sur le reste de la retenue. Pour la période 1969-1984 des
dépôts importants de l’ordre de 2,5 millions de m3 sont observés dans le Canyon d’Arlod entre le
PK 168 et le barrage. Cette période inclut des périodes d’interchasse et la chasse de 1981, pour
lesquelles un bilan positif est calculé. La dynamique de cette zone diffère selon les opérations
de chasse. Pendant les chasses de 2012 et 2000, elle présente une faible évolution globale. Pour
les autres périodes de chasses, un dépôt important se forme à l’aval, à partir des points repérés
sur la figure 3.18 b). Pour les chasses, le dépôt correspondant à la phase de régulation, part
du barrage et s’étendant plus ou moins vers l’amont selon les apports des retenues suisses et la
gestion de la retenue de Génissiat.

Tableau 3.12 – Tendance des évolutions morphologiques observées pour différents tronçons de
la retenue de Génissiat.
Tendance des évolutions morphologiques observées
Période
PK 187-185 PK 185-180 PK 180-178 PK 178-169,5 PK 169,5-162,2
∅, Dépôt
chasse Dépôt Dépôt Variable Dépôt
2000, 2012
1954-1961 D́épôt
interchasse Érosion ∅ Dépôt Dépôt
1984-2012 Érosion

62
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

a)

5
Canyon d'Arlod Bellegarde Grésin Leaz Ecluse Et. av Etournel am Pougny

4
volume cumulé (106m3)

3
2
1

1954−1961
1961−1965
0

chasse 1965
1965−1969
−1

chasse 1969
1969−1984
−2

155 157 159 161 163 165 167 169 171 173 175 177 179 181 183 185 187
PK Rhône (km)
!
-# ,./&, +"&, )&* '( $ $%  $%&  "#
 

 



 
  




 






 

 

















                
 

Figure 3.18 – Volumes nets cumulés le long de la retenue sur les périodes : a) 1954-1984, b)
1984-2012 (les cercles localisent le point de la partie aval où l’intensité du dépôt varie).

[Link] Volumes nets cumulées issus du chenal


Le fond de la retenue présente des volumes cumulés avec une évolution qualitative très
proche des volumes nets cumulés. Quantitativement, les volumes mis en jeu au niveau du fond
représentent environ 80% des volumes totaux. Le fond est de loin le contributeur principal de
la retenue en terme de dynamique sédimentaire. Le lit du Rhône dans la retenue de Génissiat
est en effet principalement localisé dans un canyon étroit encadré par des berges à fortes pentes
(Figure 3.8). Du fait de cette configuration, les dépôts se produisent soit au fond du chenal, soit
sur les terrasses planes qui dominent parfois le thalweg (Figure 3.7.a).

[Link] Volumes nets cumulées issus des berges


On peut aussi distinguer la contribution des berges (Figure 3.19). A l’amont de la retenue,
l’apport des berges est négligeable, sauf localement, avec l’envasement et la végétalisation d’un
banc en rive gauche au PK 183,05 entre 1954 et 1961, ou bien l’érosion en rive gauche au PK

63
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

184,38 au cours de la période 1969-1984 et l’effondrement de la berge gauche au PK 181,9


pendant la période d’interchasse 1997-2000. En sortie des gorges de Léaz, au PK 173 environ, la
contribution des berges est plus importante. On observe un phénomène de compensation entre
les chasses et les périodes d’interchasse. Globalement, les chasses sont favorables à une érosion
des sédiments déposés le long des berges et les périodes d’interchasse sont favorables au dépôt.
Le phénomène contraire est observé pour les chasses de 2000 et 2012, avec du dépôt sur les
berges. De même, les berges sont plutôt érodées durant les périodes d’interchasse 1993-1997 et
2000-2003. Pour la période 2000-2003, la dynamique est proche de la dynamique des dépôts
observés au cours de la chasse 2000. Près du barrage, peu d’évolutions ont lieu à cause de la
configuration rocheuse et pentue des berges.

a)
Canyon d'Arlod Bellegarde Grésin Leaz Ecluse Et. av Etournel am Pougny
1.5
1.0
volume cumulé (106m3)

0.5
0.0

1954−1961
1961−1965
chasse 1965
−0.5

1965−1969
chasse 1969
1969−1984
−1.0

155 157 159 161 163 165 167 169 171 173 175 177 179 181 183 185 187
PK Rhône (km)
b)
Canyon d'Arlod Bellegarde Grésin Leaz Ecluse Et. av Etournel am Pougny
0.3

chasse 1984
1984−1987
0.2

chasse 1987
volume cumulé (106m3)

1987−1990
chasse 1990
0.1

1990−1993
chasse 1993
1993−1997
0.0

chasse 1997
1997−2000
chasse 2000
−0.1

2000−2003
chasse 2003
2003−2011
−0.2

chasse 2012

155 157 159 161 163 165 167 169 171 173 175 177 179 181 183 185 187
PK Rhône (km)

Figure 3.19 – Volumes nets cumulés issus des berges le long de la retenue sur les périodes : a)
1954-1984, b) 1984-2012.

3.5.5 Premières conclusions sur la dynamique de la retenue


L’analyse granulométrique a mis en évidence le fait qu’une large gamme de tailles de sédi-
ments est présente dans la retenue. Ce résultat suggère que les modes de transport de sédiments

64
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

dans la retenue sont variés, incluant une suspension des sédiments les plus fins et un charriage des
plus grossiers. A la lumière des caractéristiques morphologiques de la retenue, une interprétation
des bilans bathymétriques est proposée.

[Link] Périodes d’interchasse


La retenue de Génissiat faisant suite à une série de deux barrages sur le Rhône suisse, l’apport
de sédiment grossiers provenant de l’amont est limité en période d’interchasse. Les sédiments en
place dans le bief amont et l’Étournel sont grossiers et sont transportés plutôt par charriage.
La zone amont est généralement assez stable avec une légère tendance à l’érosion observée qui
suggère l’occurrence de conditions permettant la remobilisation des sédiments. La granulométrie
des sédiments du fond et leur organisation (armurage voire pavage) indiquent que le seuil de
mise en mouvement des sédiments du fond est relativement élevée et que le tronçon a atteint
un équilibre statique [Ramez et Paquier, 2004]. Dans ces conditions, seuls des débits élevés
permettent de mobiliser la structure du lit [Carling, 1988].
L’évolution du bilan sédimentaire dans l’Étournel ainsi que les photographies aériennes
montrent que la zone est plus dynamique, et qu’elle a été fortement influencée par la mise
en eau de la retenue ainsi que par les extractions de granulats. La zone de transition Étour-
nel/canyon ainsi que le défilé de l’Écluse ont une géométrie stable en interchasse et leur bilan
sédimentaire est nul. Les sédiments en place forment un armurage et sont trop grossiers pour
être érodés. Cet armurage semble résulter de l’érosion sélective des sédiments les plus fins par
un écoulement peu chargé [Parker et Sutherland, 1990].
A partir des gorges de Léaz, un exhaussement est observé en période d’interchasse au niveau
du chenal et les dépôts sur les berges deviennent importants en aval de Grésin. La zone de dépôt
s’étend jusqu’au barrage. Néanmoins, la granulométrie et l’évolution des sections en travers
suggèrent que des processus différents sont en jeu à l’amont et à l’aval. Ainsi, jusqu’au PK
170,2, les dépôts au fond contiennent une part importante de sable. L’évolution de la géométrie
n’est pas homogène sur toute la section, traduisant l’influence des structures d’écoulement sur
la morphodynamique. Dans cette zone, le transport des sables semble donc s’effectuer proche
du fond, par charriage ou suspension graduée.
Au contraire, en aval de Bellegarde, les sédiments sont déposés par couches horizontales et
sont des argiles et limons. Cette observation suggère que c’est la décantation de sédiments fins
qui est à l’origine des évolutions morphologiques et du bilan bathymétrique à l’aval.

[Link] Chasses
Le bilan sédimentaire issu des chasses traduit la dynamique résultante de la conjonction de la
phase d’abaissement de la retenue à un niveau plus ou moins bas, suivie depuis 1997 d’un palier
à cote basse, et de la phase de régulation des flux sédimentaires provenant des retenues suisses.
On observe un léger dépôt au niveau du tronçon amont, que l’on peut attribuer à la seconde
partie de la chasse qui correspond au transit des sédiments les plus grossiers issus des retenues
suisses. Le même phénomène est observé dans l’Étournel. Ainsi, la relative stabilité à long terme
des tronçons amont s’explique par la dynamique inverse observée entre les périodes de chasse et
les périodes d’interchasse. La zone de transition Étournel/canyon ainsi que le défilé de l’Écluse
ont un comportement similaire en chasse et en interchasse. Dans les gorges de Léaz et Grésin,
la dynamique est très variable selon les événements, avec du dépôt ou de l’érosion observés.
Le bilan final est dépendant de la gestion de la retenue au cours des deux étapes des chasses.
Dans le tronçon aval, le dépôt est prédominant, et correspond à la décantation de sédiments
fins. L’abaissement de la retenue diminue la stabilité des berges qui montrent une tendance à
l’érosion.

65
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.6 Analyse des conditions d’écoulement dans la retenue


3.6.1 Objectifs de la modélisation
Le modèle hydraulique 1D est utilisé dans un premier temps pour décrire les écoulements
dans la retenue de Génissiat et compléter l’analyse morphologique. Un modèle de la retenue de
Seyssel est aussi développé. Ces modèles s’inscrivent dans le modèle du Rhône du Léman à la
mer mis en place dans le cadre de l’OSR (Observatoire des sédiments du Rhône).

Une approche unidimensionnelle pour la modélisation a été retenue à cause de la configu-


ration de la retenue, des données disponibles et des objectifs de la modélisation. De plus, des
modèles 1D de la retenue ont déjà été développés [Bouchard et al., 1999; Dumond, 2001; Wolf,
2011; Boussafeur, 2012] et ont montré des résultats satisfaisants.

3.6.2 Présentation des codes de calculs hydrauliques


Deux codes de calculs hydrauliques développés a Irstea sont utilisés, les modèles Mage
[Faure, 2012] et Rubar3 [Paquier, 2013].

Mage et Rubar3 sont des codes de calcul mono-dimensionnels d’écoulements en rivière en


régime transitoire. Ils résolvent les équations de Barré de Saint-Venant [1871] en formulation
section-débit : Équation de conservation de la masse :
∂A ∂Q ∂AM
+ =q− (3.12)
∂t ∂x ∂t

Équation de conservation de la quantité de mouvement


 
∂Q ∂ Q2 ∂Z
+ β + gA = −gA(J + Js ) + kqU (3.13)
∂t ∂x A ∂x

où t est le temps (s), x est l’abscisse en long (m), A est la section mouillée (m2 ), Q est le débit
(m3 /s), Z (m) est la cote de la surface libre, U (m/s) la vitesse moyenne : U = Q/S, β est le
coefficient de quantité de mouvement, g est l’accélération de la pesanteur (m/s2 ), J est la perte
de charge par frottement, Js est la perte de charge singulière, q représente les pertes ou apports
latéraux (m2 /s) (ruissellement, pluie, déversements, échanges avec le lit majeur) et k = 1 si q <
0 , k = 0 sinon.
La géométrie de la rivière est définie par des profils en travers et le lit est divisé en un lit
mineur et un lit moyen, voire éventuellement un lit majeur (casier). La différence des vitesses
entre lit mineur et lit moyen est simulée à partir de la formule Debord [Nicollet et Uan, 1979]. Le
frottement est calculé à partir de la formule de Manning-Strickler. Les élargissements brusques
sont repérés par les codes sur des critères géométriques et sont simulés par une perte de charge
dite singulière.
La principale différence entre les deux codes de calcul réside dans le schéma numérique de
résolution des équations. Dans Mage, les équations de Barré de Saint-Venant sont discrétisées
selon un schéma aux différences finies semi-implicite (Preissman), qui ne permet de traiter que
les écoulements sous-critiques. Pour les écoulements localement supercritiques, le modèle d’onde
diffusive est utilisé. Dans Rubar3, les équations sont résolues par une méthode explicite. Cette
dernière utilise un schéma de type Godunov du second ordre. A chaque pas, le problème de
Riemann est résolu de façon approchée grâce à une linéarisation de Roe. Le code Rubar3 est
adapté pour calculer des écoulements incluant des passages en régime torrentiel ou des variations
brutales des conditions hydrauliques. De fait, l’utilisation du modèle Mage peut être éventuel-
lement remise en cause en cas de simulation d’événements de chasse hydraulique avec passage

66
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

local en régime torrentiel. La comparaison des résultats avec le modèle Rubar3 permet d’assu-
rer la validité du calcul.

Ces codes servent aussi de base aux modèles sédimentaires (Adis-TS, RubarBE) utilisés
dans la suite de la thèse.

3.6.3 Construction des modèles


Le modèle hydraulique de la retenue de Génissiat s’étend de l’aval du seuil de Pougny (PK
186,42) à l’amont du barrage de Génissiat (PK 162,2) et le modèle du tronçon Génissiat-Seyssel
s’étend du PK 161,9 au PK 151,74. Pour chaque événement simulé, la géométrie des modèles
a été établie à partir des relevés bathymétriques antérieurs les plus proches de l’événement,
corrigés d’après la méthode décrite au paragraphe [Link].
Pour le calage basé sur les lignes d’eau de 2006 à 2008 (Tableau 3.1), les profils relevés en
décembre 2011 ont été utilisés. Des profils supplémentaires mesurés au cours de la campagne
de septembre 2003 ont été ajoutés. Les modèles sont construits à partir d’environ 120 profils en
travers mesurés, répartis entre Pougny et le barrage de Génissiat et 45 profils en travers répartis
du barrage de Génissiat au barrage de Seyssel.
Le logiciel Fudaa Modeleur [Lacombe et Pasteur, 2008] est ensuite utilisé pour corriger les
sections en travers en ajoutant des points au dessus de l’eau, ou en interpolant les points mesurés
dans la section. Des lignes directrices sont aussi définies : une ligne reliant les thalwegs, et une
ligne reliant les limites berge/chenal de la rive gauche et une pour la rive droite (cf Figure
3.16). Des lignes supplémentaires ont aussi été définies localement afin de de conserver certaines
formes du lit, comme les îles ou les bancs avec des chenaux secondaires. Le maillage est obtenu
par l’interpolation des sections en travers avec un pas d’espace de 100 m. La géométrie des
sections est séparée en lit mineur et lit moyen.

3.6.4 Calage des modèles


Le calage du modèle se base sur le calage des coefficients de frottement des lits mineurs et
moyens et de perte de charge du modèle afin de reproduire des lignes d’eau mesurées. Les lignes
d’eau n’étant pas relevées simultanément sur les deux retenues, le calage hydraulique est réalisé
séparément sur les sous-modèles.

[Link] Calage du modèle de la retenue de Génissiat


Stratégie de calage
La retenue est d’abord découpée en tronçons présentant des caractéristiques homogènes :
morphologie, largeur, substrat sédimentaire.
La valeur du coefficient de Strickler de peau, qui correspond à la part du frottement causée
par la rugosité du fond peut être estimée par la formule de Meyer Peter et Müller [1948] :

Kp = 26/d90 1/6 (3.14)

Le coefficient de Strickler de peau donne une indication sur la valeur du coefficient total. Arce-
ment et Schneider [1989] ont aussi proposé une méthode permettant d’estimer le coefficient de
Strickler total en prenant en compte la nature du fond, la géométrie du cours d’eau ou encore
la présence de végétation. Un premier jeu de paramètres est créé à partir de ces valeurs.
Les valeurs des coefficients sont affinées à partir de la ligne d’eau relevée en exploitation
normale en janvier 2008 (Tableau 3.1). Parmi les lignes d’eau sélectionnées, cette ligne d’eau
présente la cote au barrage la plus faible, c’est la moins sensible au coefficient frottement du
lit moyen. Le calage est ensuite affiné, en particulier pour les valeurs de frottement dans le lit

67
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

moyen avec le scénario de juillet 2007, qui est caractérisé par une cote plus élevée. Le calage est
ensuite validé sur le scénario de septembre 2006.
Les lignes d’eau en régime permanent sont décrites par de nombreux points entre Pougny et
l’Étournel sur cette zone et permettent un calage précis. A l’aval, l’écoulement est influencé par
le remous et ne permet pas un calage précis des coefficients.

Calage du modèle
Le calage retenu est présenté tableau 3.13. Globalement, les valeurs des coefficients de frot-
tement appliquées dans de modèle au niveau du lit mineur Km,mod sont proches des valeurs
prédites par la théorie Km,th , sauf dans la zone de transition entre la plaine alluviale et le
canyon et l’amont des gorges entre les PK 181,95 et 174,05. Une perte de charge locale est ob-
servée au niveau de l’entrée de Bellegarde sur Valserine, et qui peut être attribuée à la géométrie
particulière de la confluence, ou encore à la présence de vestiges d’aménagements anciens, no-
tamment l’usine de Bellegarde. Elle est codée dans le modèle avec une perte de charge linéaire
de 5 m1/3 /s en lit mineur et moyen. Dans le lit moyen, une valeur plus élevée KM,mod =30 m1/3 /s
est appliquée dans la zone où la rivière s’écoule dans ses alluvions que dans la partie rocheuse
KM,mod =20 m1/3 /s.

Tableau 3.13 – Tronçons définis pour le calage hydraulique de la retenue de Génissiat.


Tronçon Géométrie Granulométrie Type de Km,th Km,mod KM,mod
du lit mineur lit moyen (m1/3 /s) (m1/3 /s) (m1/3 /s)
186,42-185,6 tronçon étroit graviers lit alluvial 29-36 30 30
courbé
185,6-183,94 tronçon étroit graviers lit alluvial 29-36 33 30
rectiligne
183,94-181,95 îles, bancs graviers lit alluvial 29-36 35 30
chenaux sec. sables
181,95-178,05 transition graviers transition 28-38 20 20
canyon canyon
178,05-174,05 canyon sables roche 31-50 25 20
174,05-169,45 canyon sables, limons roche 31-50 40 20
169,45-169,25 Confluence limons, sables roche 31-50 5 5
169,25-162,2 canyon limons roche 31-50 40 20

Les lignes d’eau simulées sont généralement proches des lignes d’eau mesurées. Il n’y a pas de
différence significative entre les résultats des modèles Mage et Rubar3. Pour les trois scénarios,
on observe cependant des différences entre la simulation et la mesure au niveau des PK 183,35
et 182,98. Ces sections sont situées dans la zone de l’Étournel, qui présente une géométrie assez
complexe et très variable dans l’espace, avec la présence de bancs et de chenaux secondaires (cf
paragraphe 3.4.3). En particulier, la géométrie de ces sections n’a pas été relevée et ces sections
ne sont pas représentées dans le modèle. La valeur simulée correspond à l’interpolation entre les
deux sections de calcul entourant ce point.

68
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

a)

334 Mage
Rubar3
Altitude NGFO (m)

Mesures
330 332
328

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
b)
329 330 331 332 333 334

Mage
Rubar3
Altitude NGFO (m)

Mesures

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
c)
330 331 332 333 334 335

Mage
Rubar3
Altitude NGFO (m)

Mesures

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.20 – Comparaison des lignes d’eau de la retenue de Génissiat mesurées et simulées
pour le régime d’exploitation normale : a) 2008 Q=475 m3 /s, b) 2006 Q=577 m3 /s, c) 2007
Q=891 m3 /s.

Sensibilité du modèle au calage


Une analyse de sensibilité du modèle au calage hydraulique a été réalisée à partir du modèle
Mage pour la ligne d’eau de janvier 2008. Différents jeux de paramètres de calage sont testés,
de façon à mettre en évidence l’impact du calage des coefficients dans les lits mineurs et moyens
sur les lignes d’eau (Tableau 3.14). En particulier, le test de référence correspondant au calage
présenté tableau 3.13 (test 2008-1) est comparé au test correspondant au calage basé sur des
considérations théoriques (test 2008-2), aux tests avec des calages correspondant au calage de
référence ± 10% sur toute la retenue (tests 2008-3 et 2008-4), à des tests correspondant à un
calage présentant des variations locales des coefficients du lit moyen (tests 2008-5 et 2008-6) et
du lit mineur dans la partie aval (tests 2008-7 et 2008-8) et de la perte de charge en amont de
Bellegarde (test 2008-9).
Les résultats des tests sont évalués en comparant la hauteur d’eau modélisée à la hauteur
d’eau mesurée. L’erreur quadratique moyenne RM SE représente l’écart type entre le modèle et

69
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

la mesure, elle est évaluée par :



Nh
i=1 (hi,mod − hi,mes )2
RM SE = (3.15)
Nh
où hi,mod et hi,mes sont les hauteurs d’eau modélisée et mesurée au point i, Nh est le nombre de
mesures.

Tableau 3.14 – Jeux de paramètres de calage testés avec le modèle (les valeurs en gras sont
celles qui différent des valeurs du jeu de référence).
Tronçon Km -KM (m1/3 /s)
2008-1 2008-2 2008-3 2008-4 2008-5 2008-6 2008-7 2008-8 2008-9
186,42-185,6 30-30 33-33 27-30 33-30 30-20 30-30 30-30 30-30 30-30
185,6-183,94 33-30 33-33 30-30 36-30 33-20 33-30 33-30 33-30 33-30
183,94-181,95 35-30 33-33 31-30 39-30 35-20 35-30 35-30 35-30 35-30
181,95-178,05 20-20 33-33 18-20 22-20 20-20 20-30 20-20 20-20 20-20
178,05-174,05 25-20 40-40 22-20 28-20 25-20 25-30 25-20 25-20 25-20
174,05-169,45 40-20 40-40 44-20 36-20 40-20 40-30 30-20 70-20 40-20
169,45-169,25 5-5 40-40 4-4 6-6 5-5 5-5 5-5 5-5 10-10
169,25-162,2 40-20 40-40 44-20 36-20 40-20 40-30 30-20 70-20 40-20

Le test de référence 2008-1 et le test 2008-7 (Km =30 m1/3 /s dans la partie aval) présentent
les meilleurs résultats, avec le plus faible RM SE, et le plus grand nombre de hauteur d’eau
reproduites (Tableau 3.15). Ces deux calages diffèrent peu. En particulier, le coefficient de Stri-
ckler du lit mineur dans la partie aval n’a pas beaucoup d’influence sur les lignes d’eau. Aucun
des calages testés ne permet de reproduire correctement les hauteurs d’eau aux PK 183,35 et
182,98.

Tableau 3.15 – Analyse de sensibilité du modèle au calage hydraulique sur la ligne d’eau de
2008 (les cellules jaunes mettent en évidence les hauteurs d’eau correctement reproduites au
regard des incertitudes (±5 cm)).
Section Hauteur d’eau (m)
mesure 2008-1 2008-2 2008-3 2008-4 2008-5 2008-6 2008-7 2008-8 2008-9
186,15 4,58 4,69 4,57 4,58 4,83 4,93 4,69 4,69 4,69 4,69
185,75 4,58 4,52 4,45 4,42 4,64 4,74 4,52 4,52 4,52 4,52
185,54 3,51 3,51 3,46 3,36 3,67 3,71 3,51 3,51 3,51 3,51
185,31 5,69 5,56 5,52 5,45 5,7 5,73 5,55 5,56 5,56 5,56
184,99 4,43 4,33 4,29 4,24 4,44 4,49 4,32 4,33 4,33 4,33
184,71 3,5 3,45 3,41 3,39 3,54 3,62 3,45 3,45 3,45 3,45
183,93 3,3 3,34 3,28 3,26 3,49 3,46 3,31 3,34 3,34 3,33
183,35 4,07 3,77 3,51 3,68 3,9 3,85 3,68 3,78 3,76 3,74
182,98 4,52 4,72 4,38 4,63 4,83 4,78 4,6 4,73 4,71 4,69
181,29 5,98 6 5,55 5,93 6,1 6 5,86 6,02 5,99 5,96
180,43 8,09 8,15 7,76 8,08 8,23 8,15 8,02 8,17 8,13 8,1
180,1 8,91 8,92 8,57 8,86 9 8,92 8,81 8,94 8,91 8,87
179,59 12,05 12,05 11,76 12 12,11 12,05 11,95 12,06 12,03 11,99
178,56 11,98 11,92 11,7 11,88 11,97 11,92 11,86 11,94 11,9 11,86
177,86 12,59 12,57 12,39 12,54 12,61 12,57 12,52 12,59 12,55 12,51
169,45 24,08 24,01 23,93 23,99 24,04 24,01 24,01 24,02 24 23,96
162,57 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01
RMSE 0,106 0,248 0,143 0,132 0,145 0,127 0,106 0,108 0,115

70
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

L’impact des coefficients en lit moyen a aussi été évalué pour le scénario de juillet 2007,
présentant un débit et une cote plus élevés. Le calage de référence donne un RM SE de 0,07.
L’utilisation d’un coefficient de Strickler pour le lit moyen KM =30 m1/3 /s partout dégrade
les résultats (RM SE=0,12) et sous-estime les hauteurs d’eau dans la partie aval. Inversement,
l’utilisation d’un coefficient de Strickler pour le lit moyen KM =20 m1/3 /s partout dégrade les
résultats (RM SE=0,194) et sur-estime les hauteurs d’eau dans la partie amont.
L’impact du calage du coefficient de Strickler pour la partie aval n’ayant pas d’influence sur
les lignes d’eau en régime permanent, son impact est analysé pour un régime non permanent,
à partir de la propagation d’un pic de débit lors d’un épisode de chasse. Le débit modélisé au
niveau du barrage est comparé au débit reconstitué à partir des ouvertures des vannes (Figure
3.21). La propagation est bien reproduite par les différents calages. Néanmoins, le calage utilisant
un coefficient Km =70 m1/3 /s produit des instabilités dans la chronique de débit sortant.
500

Débit reconstitué
Km aval=30 m1 3
s
450

1 3
Km aval=40 m s
Débit (m3/s)

Km aval=70 m1 3
s
400
350
300

08/06/2012 00:00 08/06/2012 06:00 08/06/2012 12:00 08/06/2012 18:00 09/06/2012 00:00

Figure 3.21 – Débits reconstitué et modélisés entre le 08/06/2012 et le 09/06/2012.

[Link] Calage du modèle de la retenue de Seyssel


Le découpage en tronçons a été réalisé en fonction de la géométrie de la retenue. Un seuil
naturel est observé au PK 158,295, il est modélisé dans le modèle par un ouvrage de type
« seuil » :
√ 2
Q = μWd 2gh3/2am en régime dénoyé, soit hav < ham (3.16)
3

3 3 √  2
Q=μ Wd 2gWd hav ham − hav en régime noyé, soit hav ≥ ham (3.17)
2 3
où Q est le débit, μ=0,4 est le coefficient de débit, Wd =177 m est la largeur déversante, g est
l’accélération de la pesanteur, ham est la hauteur d’eau amont et hav est la hauteur d’eau aval.
La cote de déversement a été fixée à 259,8 m.
Les valeurs calées des coefficients de Strickler par tronçon sont présentées tableau 3.16.

Tableau 3.16 – Tronçons définis pour le calage hydraulique de la retenue de Seyssel.


PK Rhône Granulométrie Géométrie Km KM
(m /s) (m1/3 /s)
1/3

162-161,51 graviers fosse aval barrage 15 10


161,51-159,3 graviers tronçon étroit, rectiligne 30 20
159,3-151,7 graviers et sables tronçon plus large 30 20

71
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Le calage de la retenue de Seyssel est basé sur des lignes d’eau assez anciennes mesurées en
régime permanent alors que la géométrie utilisée est récente. Un bon accord est obtenu entre le
modèle Mage et les mesures (Figure 3.22). Pour la ligne datant de 1992, la ligne d’eau modélisée
dans la partie amont est en dessous de la mesure, mais il s’agit du tronçon situé au niveau de
la fosse en aval du barrage de Génissiat. Les données disponibles pour la géométrie de cette
fosse datent de 2003, et la géométrie du modèle est peut-être assez éloignée de la géométrie
correspondant à la ligne d’eau, pouvant expliquer cette différence.

a)
265

Mage
Altitude NGFO (m)

Mesures
263
261
259

151.0 152.0 153.0 154.0 155.0 156.0 157.0 158.0 159.0 160.0 161.0 162.0
PK Rhône (km)
b)
258 260 262 264

Mage
Altitude NGFO (m)

Mesures

151.0 152.0 153.0 154.0 155.0 156.0 157.0 158.0 159.0 160.0 161.0 162.0
PK Rhône (km)

Figure 3.22 – Comparaison des lignes d’eau de la retenue de Seyssel mesurées et simulées pour
le régime d’exploitation normale : a) 1992 Q=630 m3 /s, b) 1994 Q=420 m3 /s.

3.6.5 Paramètres hydro-sédimentaires pour l’analyse des conditions d’écou-


lement
L’analyse des conditions d’écoulement permet d’identifier les processus sédimentaires sus-
ceptibles d’être observés dans la retenue. Le modèle hydraulique 1D fournit des paramètres qui
servent à l’interprétation de ces processus.

[Link] Largeur au miroir et rapport de forme


La largeur au miroir W est la largeur du cours d’eau au niveau de la surface libre. Le rapport
de forme W/Rh , où Rh est le rayon hydraulique donne une idée de la capacité d’expansion latérale
de l’écoulement. En augmentant progressivement la hauteur d’eau, si le paramètre diminue, c’est
que la largeur ne varie pas de façon significative par rapport à la hauteur, et alors les berges
sont plutôt verticales et l’écoulement confiné. Si le paramètre augmente, c’est que la largeur a
évolué de manière significative. Les berges alors sont peu pentues ou l’écoulement passe d’un lit
mineur à un lit moyen.

72
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

[Link] Nombre de Froude



Le nombre de Froude Fr = U/ gRh , où U est la vitesse moyenne de l’écoulement, g est
l’accélération de la pesanteur et Rh est le rayon hydraulique compare la vitesse moyenne de
l’écoulement à la célérité
 des ondes de surface dans l’eau. Dans un écoulement, l’onde est propagée
aux vitesses U ± gRh .  
Lorsque Fr <1, l’écoulement est fluvial. U + gRh >0 et U − gRh <0, l’onde est donc
propagée vers l’amont et vers l’aval. La masse  d’eau aval influence l’écoulement en amont.
Lorsque Fr >1, l’écoulement est torrentiel. U ± gRh >0 et aucune information ne peut remonter
le courant. En particulier, la cote de la ligne d’eau en aval d’un passage en écoulement torrentiel
est sans effet sur l’écoulement situé en amont du passage.
Dans le cas de la retenue de Génissiat, lorsqu’une partie de l’écoulement est en régime
torrentiel, l’hydrodynamique en amont n’est donc plus influencé par la cote au barrage, mais
seulement par le débit venant de l’amont.

[Link] Contrainte de cisaillement


Le modèle hydraulique calcule la contrainte de cisaillement moyenne dans la section par la
relation :
τ = ρgRh J (3.18)
où ρ est la masse volumique de l’eau, Rh est le rayon hydraulique et J est la perte de charge par
frottement. La formule utilisée pour déduire la contrainte efficace est la formule de Meyer Peter
et Müller [1948] :
 3/2
K
τef f = τ (3.19)
Kp
où K est le coefficient de Strickler appliqué dans le modèle hydraulique et Kp est le coefficient
de Strickler de peau, estimé par la formule de Meyer Peter et Müller [1948] (Équation 3.14).
Le calcul de la contrainte efficace repose sur de nombreuses approximations, puisque le
coefficient de Strickler de peau utilisé ne prend en compte que la granulométrie du fond. La
qualité de la description de la granulométrie peut être critiquée. De plus, le modèle hydraulique
1D ne fournit qu’une vision moyennée dans la section des paramètres calculés. Selon la forme
de la section, les contraintes locales peuvent être assez différentes de la contrainte moyenne
[Khodashenas et Paquier, 1999].

[Link] Contrainte critique de mise en mouvement


La contrainte critique τc est estimée à partir de la formule de Soulsby [1997] pour le paramètre
de Shields critique :
0, 24
τc = (ρs − ρ)gd + 0, 055(1 − exp(−0, 02d∗ )) (3.20)
d∗

où d∗ = d(gΔ/ν 2 )1/3 est le diamètre adimensionnel du sédiment.


Pour les sédiments de diamètre inférieur à 100 μm, cette formule donne une valeur quasiment
constante pour la contrainte critique τc =0,15 Pa.

[Link] Nombre de Rouse


Dans le but de déterminer le mode de transport des sédiments, le paramètre de Rouse est
calculé à partir de la formule de Camenen [2007] pour la vitessede chute des grains et de la
contrainte de cisaillement moyenne en utilisant la relation u∗ = τ /ρ. Dans le cas du nombre
de Rouse, c’est la contrainte totale qui est représentative car il caractérise le transport à l’échelle
de toute la colonne d’eau et pas seulement du fond.

73
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.6.6 Analyse en conditions d’interchasse


En condition d’exploitation normale, le niveau au barrage de Génissiat peut varier de 325 m
à 330,7 m. Les débits entrants à Pougny peuvent varier d’environ 100 à 600 m3 /s. En sortie
du barrage de Génissiat, les débits peuvent varier de 18 m3 /s pour le débit réservé à 750 m3 /s
pour le débit maximal turbinable. Ainsi un scénario avec un débit de 100 m3 /s et un niveau
aval de 330 m a été choisi pour reproduire un scénario d’interchasse correspondant à une faible
production hydroélectrique. Ensuite, parmi la gamme de débits turbinés par le barrage, des
débits de 300 et 600 m3 /s ont été choisis et sont simulés avec des niveaux au barrage de 325 et
330 m. Un scénario de crue, avec un débit de 1200 m3 /s, correspondant à une période de retour
de 5 ans et un niveau au barrage correspondant à la consigne en crue est aussi modélisé. Les
conditions hydrauliques sont calculées à partir du modèle basé sur la géométrie de décembre
2011. Un calcul supplémentaire a été réalisé à partir du modèle basé sur la géométrie d’avril
1984 pour analyser l’impact de l’envasement de la retenue. Dans le méandre de Bellegarde sur
Valserine autour du PK 169,2, le faible coefficient de Strickler utilisé localement pour représenter
une perte de charge singulière induit des valeurs non physiques de la contrainte et du nombre
de Rouse calculés (Figures 3.25 et 3.27).

[Link] Largeur au miroir en conditions d’interchasse


Jusqu’au PK 184, la cote au barrage a peu d’influence sur l’écoulement et la largeur augmente
avec le débit (Figure 3.23). Dans l’Étournel (PK 184 à 180), la largeur varie fortement en fonction
du débit et aussi de la cote au barrage. L’écoulement est plus large pour des débits entrant et
des cotes au barrage élevés (Qam =1200 m3 /s et Zav =331,7 m), à cause de l’inondation des
îles et bancs. A partir du PK 180, la largeur est seulement impactée par le niveau au barrage.
Dans le canyon, les élargissements correspondent à la présence de petites vallées formées par
des affluents. Au niveau du méandre de Bellegarde sur Valserine (PK 169), l’augmentation de la
largeur avec la hauteur d’eau est peu notable, l’écoulement est confiné entre des parois presque
verticales.
700

Q=100m3/s−Zaval=330m
Q=300m3/s−Zaval=325m
600

Q=300m3/s−Zaval=330m
Q=600m3/s−Zaval=325m
500

Q=600m3/s−Zaval=330m
Q=1200m3/s−Zaval=331.7m
Largeur (m)
400
300
200
100
0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.23 – Largeurs calculées pour différents scénarios d’interchasse.

74
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

[Link] W/Rh en conditions d’interchasse


Dans la zone de l’Étournel (PK 184 à 180), les évolutions du rapport W/Rh en fonction du
le niveau au barrage ou du débit entrant sont très variables spatialement et mettent en évidence
la complexité de la géométrie de la rivière (Figure 3.24). A partir du PK 180, le paramètre varie
peu en fonction des conditions hydrauliques.
300

Q=100m3/sZaval=330m
Q=300m3/sZaval=325m
250

Q=300m3/sZaval=330m
Q=600m3/sZaval=325m
Q=600m3/sZaval=330m
200

Q=1200m3/sZaval=331.7m
L/Rh
150
100
50
0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.24 – Rapports W/Rh calculés pour différents scénarios d’interchasse.

[Link] Contrainte efficace en conditions d’interchasse


Parmi les gammes de débits et les niveaux au barrage correspondants à une exploitation
normale du barrage, les scénarios (Qam =600 m3 /s, Zav =325 m) et (Qam =100 m3 /s, Zav =330 m)
représentent respectivement le scénario le plus favorable et le moins favorable en termes de
contraintes (Figure 3.25). Certains scénarios donnent lieu à des contraintes équivalentes sur des
tronçons de la retenue influencés par le débit entrant et la cote au barrage, comme les scénarios
(Qam =600 m3 /s, Zav =330 m) et (Qam =300 m3 /s, Zav =325 m) entre les PK 179 et 175 et
les scénarios (Qam =600 m3 /s, Zav =325 m) et (Qam =1200 m3 /s, Zav =331,7 m) du PK 169 au
barrage. En aval du PK 174, les contraintes correspondant à la gestion actuelle en crue ne sont
pas très différentes de celles observées pour le scénario le plus favorable. A l’amont, le tronçon
entre les PK 186 et 184 n’est pas sous influence du remous et la contrainte ne dépend que du
débit. Entre les PK 184 et 181, dans la zone de l’Étournel les scénarios avec des niveaux au
barrage de 325 m présentent des contraintes équivalentes.
Dans le bief amont jusqu’au PK 184, tous les scénarios testés sauf le scénario à faible débit
(Qam =100 m3 /s, Zav =330 m) permettraient de mobiliser des graviers de diamètre inférieur au
centimètre. Seul le scénario le plus favorable permettrait ce transport en aval du PK 184. Au PK
181,9, on observe une chute des contraintes qui coïncide avec le dépôt observé dans la section. Au
niveau du défilé de l’Écluse, entre les PK 180 et 178, la mise en mouvement des sables moyens
(d=400 μm) serait possible sauf dans le scénario à faible débit. Des sables grossiers (d=2 mm)
pourraient même être mobilisés dans le cas le plus favorable. Dans cette zone, l’alternance
de périodes à bas débits et à hauts débits semble fournir des conditions permettant d’éventuels
dépôts puis reprises des sédiments, qui pourraient expliquer en partie la stabilité du bief. D’après
les calculs, aucun sédiment ne pourrait être remobilisé en aval du PK 177, ce qui en fait une
zone de dépôt privilégiée en cas d’apports sédimentaires.

75
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

10 τc d=1cm

τc d=2mm
contrainte efficace (Pa)

τc d=400 μm
0.1

τc d< 100 μm

Q=100m3/s−Zaval=330m
0.001

Q=300m3/s−Zaval=325m
Q=300m3/s−Zaval=330m
Q=600m3/s−Zaval=325m
Q=600m3/s−Zaval=330m
Q=1200m3/s−Zaval=331.7m
1x10−5

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.25 – Contraintes efficaces calculées pour différents scénarios d’interchasse et


contraintes critiques.

L’impact de l’envasement de la retenue sur les conditions hydrauliques a été analysé en modé-
lisant le scénario (Qam =600 m3 /s, Zav =330 m) avec des modèles numériques dont la géométrie
correspond à deux dates différentes : avril 1984 et décembre 2011 (Figure 3.26). Dans la par-
tie amont, jusqu’au PK 184 la contrainte simulée est plus forte pour la géométrie de 1984. La
présence de la fosse d’extraction en 1984 entre les PK 184 et 183 est notable avec une diminu-
tion des contraintes causée par l’augmentation du tirant d’eau. Les deux modèles donnent des
résultats équivalents jusqu’au PK 174. En aval, la contrainte est systématiquement plus faible
avec la géométrie de 1984, pour laquelle les sections d’écoulement sont plus grandes. Le rapport
des contraintes peut atteindre un facteur 5. Ce résultat qui se traduit par une augmentation de
la capacité d’arrachement et de transport avec le comblement de la retenue, peut expliquer la
diminution du volume annuel déposé en période d’interchasse entre 1984 et 2011 (cf paragraphe
[Link]). En outre, de plus fortes contraintes permettent le transport de sédiments plus grossiers
dans la partie aval qui se traduit sur le long terme par une augmentation de la granulométrie
des dépôts.

76
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

10
Contrainte efficace (Pa)
1
0.1
0.01
0.001

1984
2011
1x10−4

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.26 – Contraintes efficaces calculées pour un scénario (Qam =600 m3 /s, Zav =330 m) par
deux modèles construits à partir de relevés bathymétriques datés de 1984 et 2011 respectivement.

[Link] Paramètre de Rouse en conditions d’interchasse


En période d’exploitation normale, le transport des sédiments de taille inférieure à 50 μm
s’effectuerait par suspension homogène dans la partie amont de la retenue, jusqu’au PK 171
pour le cas le plus favorable mais seulement jusqu’au PK 184 (entrée de l’Étournel) dans le cas
le plus défavorable (Figure 3.27).
A l’aval, les sédiments seraient transportés par suspension plus ou moins graduée, avec un
risque de dépôt près du barrage. Néanmoins, si on se réfère à la figure 3.25, les contraintes effi-
caces montrent que la mise en mouvement n’est pas possible en aval du PK 183 dans le scénario
à faible débit et aux environs du PK 177 pour les autres protocoles de gestion. Dans le scénario
à faible débit, la transition vers des modes de transport proches du fond associé aux contraintes
bien inférieures aux contraintes critiques suggèrent que les sédiments transportés seraient pro-
gressivement déposés vers l’aval. Pour un diamètre de 100 μm, un débit de 600 m3 /s permettrait
le transport par suspension homogène jusqu’au PK 181, et un transport par suspension jusqu’à
la vanne de fond. Pour un débit de 300 m3 /s, le transport s’effectuerait par suspension graduée
jusqu’au PK 164, puis par charriage. Dans le scénario à faible débit, les sédiments pourraient
être transportés par suspension jusqu’en sortie de l’Étournel puis seraient progressivement dé-
posés vers l’aval. Les sédiments de 400 μm seraient plutôt transportés par suspension jusqu’au
PK 174 dans les cas les plus favorables, puis par charriage. A la lumière de la valeur assez faible
des contraintes et de la taille de la zone concernée par le transport près du fond, on peut penser
que les sédiments de 400 μm ont peu de chances d’atteindre le barrage lors d’une exploitation
normale, mais qu’il peuvent être transportés jusque dans les gorges de Léaz au PK 176 environ,
ce qui est cohérent avec la composition du lit observée (Figure 3.9).

77
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

a) d=50μm

5
charriage

suspension graduée
1
Nombre de Rouse
0.1

suspension homogène
0.01

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
b) d=100μm
10

charriage
Nombre de Rouse
1

suspension graduée
0.1

suspension homogène

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
c) d=400μm
100

Q=100m3/s−Zaval=330m Q=600m3/s−Zaval=325m
Q=300m3/s−Zaval=325m Q=600m3/s−Zaval=330m
Q=300m3/s−Zaval=330m Q=1200m3/s−Zaval=331.7m
Nombre de Rouse
10

charriage
1

suspension graduée
0.1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.27 – Nombres de Rouse calculés pour différents scénarios d’exploitation normale et
différentes tailles de grains : a) 50 μm, b) 100 μm, c) 400 μm.

78
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.6.7 Analyse en conditions de chasse


Les débits en chasse sont généralement compris entre 300 et 600 m3 /s et le niveau du barrage
peut varier de 305 m à 320 m. Les conditions hydrauliques sont calculées à partir du modèle
basé sur la géométrie de décembre 2011.

[Link] Largeur au miroir en conditions de chasse


Pour des cotes au barrage inférieures à 320 m, l’écoulement n’est pas influencé et la largeur
ne dépend que du débit en amont du PK 177 (Figure 3.28). En aval, la largeur augmente avec
le niveau d’exploitation. Pour un faible niveau d’eau (Zav =305 m), l’écoulement est chenalisé.
Lorsque le niveau augmente, la largeur peut augmenter localement, à cause de terrasses au
niveau des berges ou d’affluents (Figure 3.7). A l’aval, la largeur augmente fortement. De faibles
variations de la largeur sont observées autour des PK 173 et 169, l’écoulement est confiné entre
des parois presque verticales.

Q=300m3/s−Zaval=305m
400

Q=300m3/s−Zaval=315m
Q=300m3/s−Zaval=320m
Q=600m3/s−Zaval=305m
Q=600m3/s−Zaval=315m
300

Q=600m3/s−Zaval=320m
Largeur (m)
200
100
0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.28 – Largeurs au miroir calculées pour différentes conditions en chasse.

[Link] W/Rh en conditions de chasse


Les zones où le rapport W/Rh diminue significativement avec l’augmentation de hauteur
d’eau sont les zones où les berges sont hautes et quasiment verticales et empêchent l’expansion
latérale (Figure 3.29). Le rapport W/Rh met en évidence les zones très étroites comme les gorges
de Grésin, le méandre de Bellegarde et le canyon d’Arlod.

79
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

250
Q=300m3/sZaval=305m
Q=300m3/sZaval=315m
Q=300m3/sZaval=320m
200

Q=600m3/sZaval=305m
Q=600m3/sZaval=315m
Q=600m3/sZaval=320m
150
L/Rh
100
50
0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.29 – Rapports W/Rh calculées pour différentes conditions en chasse.

[Link] Nombre de Froude en conditions de chasse


Pour un niveau au barrage supérieur à 315 m, le régime d’écoulement est fluvial sur l’ensemble
de la retenue (Figure 3.30). Pour un niveau à 305 m, le nombre de Froude augmente fortement.
L’écoulement devient localement torrentiel autour du PK 163,5. Des valeurs assez élevées sont
aussi observées au niveau des PK 170,5, 166 et 165,5.
1.2

Q=300m3/s−Zaval=305m
Q=300m3/s−Zaval=315m
1.0

Q=300m3/s−Zaval=320m
Q=600m3/s−Zaval=305m
Q=600m3/s−Zaval=315m
0.8

Q=600m3/s−Zaval=320m
Froude
0.6
0.4
0.2
0.0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.30 – Nombres de Froude calculés pour différentes conditions en chasse.

[Link] Contrainte efficace en conditions de chasse


Pour des cotes au barrage inférieures à 320 m, la zone amont et l’Étournel se situent en dehors
de l’influence du remous (Figure 3.31). La mise en mouvement de graviers serait possible. On

80
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

observe une chute importante de la contrainte au niveau du PK 181,9 où se situe la fin de la


grande île aval de l’Étournel. En cas d’apport solide amont, cette diminution des contraintes
peut expliquer le dépôt mis en évidence par l’analyse bathymétrique (cf Figure 3.18). La zone
en écoulement libre se prolonge jusqu’au PK 177 et la mise en mouvement des graviers serait
toujours possible. En sortie du défilé de l’Écluse (PK 178), les sables d’une taille inférieure à 2 mm
pourraient être mis en mouvement, sauf dans le cas d’un scénario à cote haute (Qam =300 m3 /s
et Zav =320 m). Une cote de retenue à 310 m permettrait la mise en mouvement des limons
et sables fins jusqu’à l’entrée du méandre de Bellegarde. Si l’on fait exception des contraintes
calculées à Bellegarde, une cote de retenue à 305 m permettrait la mise en mouvement des limons
et sables fins jusqu’à la fosse en amont du barrage, ce qui est cohérent avec les observations près
du barrage (cf paragraphe [Link]).

τc d=1 cm
10

τc d=2 mm
contrainte efficace (Pa)
1

τc d=400 μm

τc d< 100 μm
0.1

Q=300m3/s−Zaval=305m
0.01

Q=300m3/s−Zaval=315m
Q=300m3/s−Zaval=320m
Q=600m3/s−Zaval=305m
0.001

Q=600m3/s−Zaval=315m
Q=600m3/s−Zaval=320m

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.31 – Contraintes efficaces calculées pour différentes conditions en chasse et contraintes
critiques.

[Link] Paramètre de Rouse en conditions de chasse


La figure 3.32 met en évidence la grande variabilité des modes de transport et de la gra-
nulométrie transportés au cours d’une chasse. Pour des niveaux inférieurs à 320 m, les grains
de taille inférieure à 100 μm sont transportés par suspension presque homogène jusqu’au PK
174, puis par suspension plus ou moins graduée localement et selon le scénario sur le reste de la
retenue. Dans la fosse à l’amont immédiat du barrage où se situe la vanne de fond, les contraintes
diminuent fortement et le transport se fait plutôt par suspension graduée, voire charriage.
Les grains de 400 μm ne sont pas transportés par suspension homogène. Pour un abaissement
à 305 m, le transport s’effectuerait par suspension graduée sur toute la retenue sauf près du
barrage. Pour des niveaux plus élevés, les sédiments seraient transportés par charriage à l’aval
du PK 168. Néanmoins, an aval du PK 174, les contraintes calculées pour le cas d’un débit de
300 m3 /s et un niveau de 320 m sont inférieures à la contrainte critique, suggérant que cette
zone serait sujette au dépôt de sables transitant de l’amont pour des débits inférieurs à 300 m3 /s
et un niveau de 320 m.
Le paramètre de Rouse indique que les sédiments de 1 mm seraient transportés par suspension
graduée jusqu’au PK 174, puis par charriage ensuite. Dans la zone située à l’aval du PK 170, la
mise en mouvement de sédiments de taille supérieure à 1 mm ne serait pas possible, cette zone

81
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

constitue donc une zone de dépôt potentielle pour les sédiments de taille supérieure à 1 mm. A
priori, peu de sédiments de 1 mm pourraient atteindre le barrage pour les conditions actuelles
de chasse.

a) d=100μm
5

charriage
Nombre de Rouse
0.5 1

suspension graduée
0.1

suspension homogène

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
b) d=400μm
50 5 10
Nombre de Rouse

charriage
0.5 1

suspension graduée
0.1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
c) d=1mm

Q=300m3/s−Zaval=305m
Q=300m3/s−Zaval=315m
Q=300m3/s−Zaval=320m
50

Q=600m3/s−Zaval=305m
Nombre de Rouse

Q=600m3/s−Zaval=315m
Q=600m3/s−Zaval=320m
5 10

charriage
1

suspension graduée
0.5

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 3.32 – Nombres de Rouse calculés pour différentes conditions en chasse et différentes
tailles de grains : a) 100 μm, b) 400 μm, c) 1 mm.

82
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

3.6.8 Conclusions sur les processus


Les conditions d’écoulement et les évolutions morphologiques permettent de localiser les
trois entités hydromorphologiques qui composent les retenues de forme allongée et de mettre en
évidence les processus de ces entités [Thornton et al., 1981] :
– le tronçon fluvial est situé de l’amont jusqu’au Pont Carnot. Le tronçon fluvial est carac-
térisé par une granulométrie du fond grossière. Jusqu’au PK 184, n’est pas très influencé
par le remous du barrage et les processus sont principalement gouvernés par le débit. Les
contraintes permettent de transporter des graviers par charriage et des sédiments plus fins
par suspension. En période d’interchasse, les apports sont limités et de faibles évolutions
bathymétriques sont observées depuis l’arrêt des extractions de granulats, ce qui suggère
qu’un tri sélectif a lieu et forme un armurage, voire un pavage ;
– la retenue amont est située entre les PK 180 et 172. Les sédiments en place sont des
sables moyens. A cote haute, les hauteurs d’eau y sont plus importantes que dans le tronçon
fluvial et les vitesses plus faibles. Les contraintes diminuent et le transport des sables
par suspension est limité. Lors de l’abaissement de la retenue, les contraintes deviennent
suffisantes pour éroder et transporter les sédiments en place ;
– la retenue aval est située entre les PK 172 et le barrage. Le fond est composé de sédiments
fins et de sables fins. A cote haute, les hauteurs d’eau sont importantes La remobilisation
des fonds ne semble pas possible et les faibles vitesses et fortes hauteurs d’eau donnent lieu
à une décantation d’une partie des sédiments arrivant de l’amont. Lorsque la retenue est
abaissée, les contraintes permettent de mobiliser les sédiments en place et de transporter
des sables fins et moyens issus de l’érosion des biefs amont.

3.7 Découpage hydro-morphologique de la retenue de Génissiat


3.7.1 Classification des cours d’eau
La classification consiste à découper un cours d’eau en entités sur la base de similarités [Bai-
ley, 1994] et est généralement utilisée pour l’établissement de diagnostics géomorphologiques afin
d’évaluer la qualité des milieux aquatiques ou dans le cadre de projets de restauration de cours
d’eau. La classification permet en effet de mettre en évidence les fonctionnements physiques des
entités. La définition d’entités homogènes s’effectue par détection de discontinuités longitudi-
nales locales de variables hydro-morphologiques caractéristiques. Les rivières étant organisées de
façon hiérarchique, les discontinuités sont observables à différentes échelles spatiales, du tronçon
(échelle de la dizaine de kilomètres) au micro-habitat (échelle du décimètre) [Malavoi, 1989].
On trouve dans la littérature de nombreuses méthodes permettant la classification des cours
d’eau non anthropisés. Une description des principales classifications est proposée par Malavoi
et Bravard [2010] ou Latapie [2011].

3.7.2 Méthode de découpage


[Link] Principe de la méthode développée
La retenue de Génissiat étant caractérisée par une dimension longitudinale prédominante,
un découpage longitudinal permet de définir une sectorisation représentative des variations spa-
tiales de la retenue. L’application des méthodes de découpage traditionnelles à la retenue de
Génissiat est néanmoins peu satisfaisante. En effet, un découpage basé sur le style fluvial uni-
quement, comme proposé par Melton [1936] ne permet pas de comprendre la morphodynamique
car des formes fluviales identiques peuvent être causées par des processus différents. De même
les classifications faisant appel à la notion de débit de plein bord ou débit morphogène [Rosgen,
1994; Schmitt et al., 2004] n’ont pas de signification particulière pour une retenue où les écou-
lements sont influencés par le niveau au barrage et dont la morphologie est façonnée à la fois

83
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

par des épisodes de chasse et des périodes d’interchasse qui sont caractérisés par des conditions
hydrauliques très différentes. Afin d’obtenir un découpage de la retenue qui permette de mettre
en évidence l’importance et l’activité des processus, la méthode proposée s’appuie sur plusieurs
familles de paramètres :
– le style fluvial, correspondant à un découpage classique,
– des paramètres hydrodynamiques, estimés pour des scénarios hydrauliques représentatifs
des écoulements dans la retenue en chasse (niveau bas) et en période d’interchasse (niveau
haut),
– les évolutions morphologiques consécutives aux épisodes de chasse et d’interchasse.

[Link] Détection des discontinuités


Deux méthodes de détection des discontinuités sont proposées. La méthode visuelle est cou-
ramment utilisée par les géomorphologues. Néanmoins, elle peut sembler subjective puisqu’elle
est basée sur l’appréciation humaine. Une solution plus objective est l’utilisation d’algorithmes
statistiques pour repérer les discontinuités et définir les tronçons homogènes d’un cours d’eau
[Leviandier et al., 2012]. Alors que la méthode visuelle permet de repérer des discontinuités pour
une variable décrite à partir de différents supports (photographies, graphiques), la méthode sta-
tistique nécessite que la variable soit quantifiée et décrite de façon quasi-continue le long de la
retenue.

[Link] Sélection des paramètres hydro-morphologiques


Sept types de paramètres hydro-morphologiques sont sélectionnés pour réaliser le découpage
(Tableau 3.17). Les profils en long, la sinuosité et les bilans sédimentaires ont été estimés à partir
des données bathymétriques (cf paragraphes 3.4.1, 3.3.1, 3.5). La largeur W , le rapport W/Rh et
la contrainte τ sont calculées à partir du modèle hydraulique basé sur la géométrie de décembre
2011 pour un scénario jugé représentatif d’une période d’exploitation normale (Qam =600 m3 /s
et Zav =330 m) et pour un scénario d’abaissement de la retenue (Qam =300 m3 /s et Zav =305 m)
(cf paragraphes 3.6.6 et 3.6.7). Les deux méthodes ont en commun cinq paramètres, alors que
la typologie des sections utilisée dans la méthode visuelle est remplacée par le rapport W/Rh
dans la méthode statistique et que le tracé en plan utilisé dans la méthode visuelle est remplacé
par la sinuosité dans la méthode statistique (Tableau 3.17).

84
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Tableau 3.17 – Paramètres hydro-morphologiques sélectionnés pour le découpage (↔ signifie


que les paramètres sont identiques pour les deux méthodes, ≈ signifie que les paramètres sont
différents entre les méthodes mais considérés comme équivalents).
méthode visuelle méthode statistique Illustration
P1 Tracé en plan ≈ Sinuosité Figures
(formes fluviales, sinuosité) 3.14, 3.8, 3.5
P2 Profils en long 1984 et 2012 ↔ Profils en long 1984 et 2012 Figure 3.11
P3 Largeur ↔ Largeur Figures 3.28, 3.23
(Qam =300 m3 /s, Zav =305 m) (Qam =300 m3 /s, Zav =305 m)
3
(Qam =600 m /s, Zav =330 m) (Qam =600 m3 /s, Zav =330 m)
P4 Typologie des sections ≈ Rapport W/Rh Figures
(Qam =300 m3 /s, Zav =305 m) 3.8, 3.29,
(Qam =600 m3 /s, Zav =330 m) 3.24
P5 8 Bilans sédimentaires ↔ 8 Bilans sédimentaires Figure 3.18 b
chasses 1984-2012 chasses 1984-2012
P6 7 Bilans sédimentaires ↔ 7 Bilans sédimentaires Figure 3.18 b
interchasses 1984-2012 ↔ interchasses 1984-2012
P7 Contraintes ↔ Contraintes Figures
(Qam =300 m3 /s, Zav =305 m) (Qam =300 m3 /s, Zav =305 m) 3.31
3 3
(Qam =600 m /s, Zav =330 m) (Qam =600 m /s, Zav =330 m) 3.25

Alors que les paramètres issus des calculs bathymétriques sont exprimés au droit des sec-
tions en travers du Rhône, les paramètres issus du modèle numérique sont calculés aux points
du maillage numérique. Afin que tous les paramètres soient exprimés sur la même base spatiale,
les discontinuités observées sur les paramètres du modèle numérique sont attribuées à la section
en travers du Rhône la plus proche. Lorsqu’un paramètre hydro-morphologique est décliné en
plusieurs variables correspondant aux différents scénarios hydrauliques ou aux différentes pé-
riodes, on attribue aux sections représentant des discontinuités une pondération en fonction du
nombre de variables qui ont révélé cette discontinuité. Ainsi chaque paramètre (P1,...,P7) a le
même poids dans le découpage.

3.7.3 Découpage visuel


Les discontinuités ont été relevées visuellement sur les 7 paramètres choisis. Le bilan est
présenté tableau 3.18. Étant donné que la bathymétrie d’avril 1997 ne prend pas en compte
l’amont de la retenue, les discontinuités dans cette zone ne sont comptées que parmi 7 et 6
bilans bathymétriques, respectivement en chasse (P5) et en interchasse (P6). Au total 30 sections
présentent des discontinuités. Certaines discontinuités sont mises en évidence par de nombreux
paramètres, comme le PK 184,16 qui correspond à l’entrée dans la zone de l’Étournel, le PK
182,15 qui marque la transition entre la grande île aval et le chenal unique, le PK 180,2 proche
duquel est situé le Pont Carnot et l’entrée dans le canyon du Rhône, ou encore le PK 169,5 qui
correspond à la confluence avec la Valserine. D’autres discontinuités sont moins marquées et ne
sont observables que sur le bilan bathymétrique ou le profil en long. Parmi les sections mises
en évidence, il y a des sections qui se succèdent. Il s’agit de zones de transition sur lesquelles
les discontinuités sont réparties sur plusieurs sections. Les sections successives sont regroupées
au niveau de la section qui présente le plus grand nombre de discontinuités. Finalement, 17
discontinuités sont conservées et permettent de définir un découpage en 18 tronçons.

85
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Tableau 3.18 – Discontinuités observées par la méthode visuelle.


Nombre de discontinuités
PK Sections retenues
P1 P2 P3 P4 P5 P6 P7 total
185,76 1 4/7 2/6 1,9 185,76
184,56 1/2 0,5 184,56
184,16 1 6/7 5/6 1 3,7
184,16
183,94 1 1/2 1,5
183,57 1/2 0,5
183,22 1 1/2 1,5 183,22
182,85 1 1
182,35 1/2 0,5
182,15 1 7/7 6/7 1 3,9 182,15
181,9 1 1 1
180,45 1 1
180,2
180,2 1 1 1 7/8 7/7 1 5,9
179,35 1 1
179,35
179,07 2/8 0,25
178,07 1/8 6/7 1 178,07
177,2 1 1/8 5/7 1 1,8 177,2
174,35 1 4/8 4/7 2,1 174,35
172,05 1/2 0,5
171,75 1/2 3/7 0,9 171,5
171,5 1/2 4/8 1
169,85 1/2 0,5
169,5
169,5 1 1/2 1 5/8 5/7 1/2 4,4
167,75 1 1/2 3/8 2/7 1/2 2,2 167,75
166,46 1 1
165,93
165,93 6/8 5/7 1/2 1,5
165,1 1/8 0,13 165,1
164 3/7 0,4 164
162,97 1/2 1/2 1 2 162,97

3.7.4 Découpage statistique


[Link] Détection des discontinuités
L’objectif est le développement d’une méthode la plus objective possible, basée sur la re-
cherche des discontinuités par des méthodes statistiques. D’après Alber et Piégay [2011] et
Latapie et al. [2014], le test paramétrique de Pettitt [1979] permet de détecter des discontinuités
d’une série de façon cohérente avec les méthodes classiques. Une série résultante dépendant des
signes des différences entre les valeurs de la série est élaborée. Au maximum observé sur la série
résultant correspond vraisemblablement la discontinuité. La discontinuité est jugée significative
si la probabilité de dépassement de ce maximum est inférieure au seuil de signification αP . La
valeur αP =0,05 (5%), couramment utilisée est choisie pour ce test et sera discutée. Plus le seuil
de signification est faible, plus il y a de chances que la probabilité ne soit pas significative.
Dans sa version originelle, le test ne permet de repérer qu’une seule discontinuité dans une sé-
rie. Il a donc été programmé afin de fonctionner de manière itérative : une première discontinuité
est repérée, puis à chaque étape le test est lancé sur les tronçons définis par les discontinuités
détectées auparavant.
Un premier obstacle réside dans le choix du nombre d’itérations sur lesquelles le test doit
être lancé. En effet, si le test est lancé sur trop peu d’itérations, il y a un risque de ne pas

86
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

repérer des discontinuités importantes. Inversement, pour un grand nombre d’itérations lancées,
les dernières discontinuités mises en évidence peuvent sembler peu significatives comparées aux
premières. Afin d’analyser l’effet du nombre d’itérations et de la méthode (et donc du nombre
de discontinuités relevées) sur le découpage, plusieurs méthodes sont testées :
– M1 : 3 itérations du test sont lancées, ce qui donne un nombre maximum de discontinuités
par paramètre égal à 7. On suppose qu’il n’y a pas de hiérarchisation parmi ces disconti-
nuités, elles ont toutes le même poids dans le découpage. 7 points sont donc attribués par
paramètre,
– M2 : 4 itérations du test sont lancées, ce qui donne un nombre maximum de discontinuités
par paramètre égal à 15. On suppose qu’il n’y a pas de hiérarchisation parmi ces disconti-
nuités, elles ont toutes le même poids dans le découpage. Afin que 7 points soient toujours
attribués par paramètre, le poids de chaque discontinuité est ramené à 7/15,
– M3 : 4 itérations du test sont lancées. Mais on suppose à présent qu’il existe une hiérar-
chisation parmi ces discontinuités, en fonction de l’itération du test à laquelle elles ont été
identifiées. On propose la formule suivante pour le poids d’une discontinuité, en fonction
du rang i de l’itération : p(i) = 7/4i, ce qui permet de garder un poids total par paramètre
4

identique aux cas précédents ( p(i) = 7).


i=1
Pour chaque paramètre, le nombre de discontinuités trouvées est toujours égal au nombre maxi-
mum permis par le nombre d’itérations du test, respectivement 7 ou 15. Cela signifie que toutes
ces discontinuités sont significatives au seuil αP =0,05.
Une analyse de sensibilité à la valeur du seuil de signification αP a été menée. Un seuil plus
faible, correspondant à αP =0,01 a aussi été testé et a donné des résultats identiques à ceux
obtenus avec αP =0,05. Par conséquent, le facteur limitant le nombre de discontinuités repérées
n’est pas la valeur du seuil de signification mais bien le nombre d’itérations du test.

[Link] Sélection des sections


Parmi les sections présentant des discontinuités, il est nécessaire de sélectionner les sections
les plus représentatives. Une valeur minimale du nombre de discontinuités détectées par section
doit être fixée afin d’écarter les sections les moins significatives. Plusieurs valeurs sont testées
pour apprécier l’effet de ce paramètre sur le découpage.
– V1 : seules les sections avec un nombre de discontinuités strictement supérieur à 1 sont
conservées,
– V2 : seules les sections avec un nombre de discontinuités strictement supérieur à 0,75 sont
conservées,
– V3 : seules les sections avec un nombre de discontinuités strictement supérieur à 0,5 sont
conservées.
Neufs jeux de sections sont obtenus. Une analyse est réalisée concernant la valeur du seuil.
Le nombre de sections obtenues dans les différents cas est présenté tableau 3.19.

Tableau 3.19 – Nombre de sections présentant des discontinuités.


seuil M1 M2 M3
1 11 9 10
0,75 13 12 15
0,5 14 22 19

Un seuil égal à 1 peut être écarté car il fournit un nombre de sections trop faible par rapport
au nombre de sections obtenues par la méthode visuelle. La différence entre les deux autres seuils
est analysée plus précisément. Pour la méthode M1, la modification du seuil de 0,5 à 0,75 donne
notamment lieu à l’élimination de la section correspondant à l’élargissement au niveau de Grésin

87
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

(PK 171,75), dans une zone où un brusque changement de granulométrie est observé. Pour la
méthode M2, cette même section est éliminée, ainsi que la section correspondant à l’extrémité
de la grande île aval de l’Étournel. Pour la méthode M3, ce sont les sections marquant la fin du
défilé de l’Écluse et la confluence avec la Valserine qui sont éliminées. L’augmentation du seuil
de 0,5 à 0,75 conduit à l’élimination de sections qui semblent jouer un rôle hydro-morphologique
important. Un seuil de 0,5 est donc conservé.

3.7.5 Choix du découpage final


Les discontinuités définies par la méthode visuelle et les méthodes statistiques sont quel-
quefois décalées d’une section en travers, par exemple, la méthode visuelle met en évidence le
PK 182,15, alors que la méthode statistique place les discontinuités au PK 182,35. Ce décalage
s’explique facilement par la faible précision de la méthode visuelle. Afin de comparer les deux
méthodes de découpage, ces sections ont été identifiées et le PK de la méthode visuelle a été
corrigé. Le tableau 3.20 compare les jeux de tronçons obtenus par les différentes méthodes. Il y
a 13 sections qui sont repérées par toutes les méthodes. Les sections mises en évidence par la
méthode visuelle sont toujours repérées par la méthode M2. Il existe 2 sections aux PK 180,9
et 166,78 pour lesquelles tous les tests statistiques mettent en évidence des discontinuités, alors
qu’elles n’apparaissent pas dans les sections retenues par la méthode visuelle. Finalement, les
sections sélectionnées sont :
– les sections mises en évidence par la méthode visuelle et au moins une méthode statistique
sont conservées ;
– les sections non mises en évidence par la méthode visuelle mais repérées par toutes les
méthodes statistiques.
Cette comparaison et les résultats qui en découlent sur le choix du découpage final soulignent
l’utilité de la méthode statistique dans l’étape de repérage des discontinuités. Elle permet de
localiser la position des changements de dynamique plus précisément qu’avec la méthode visuelle.
Elle fait aussi ressortir des discontinuités plus difficiles à observer mais significatives en termes
hydro-morphologiques.

88
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

Tableau 3.20 – Jeux de discontinuités obtenus par les méthodes visuelle et statistiques, jeu
retenu.
PK Visuel M1 M2 M3 Final
185,76 X X X X
184,71 X X X X X
184,16 X X X X X
183,22 X X X X X
182,35 X X X X X
180,9 X X X X
180,2 X X X X X
179,58 X X X X X
178,07 X X X X X
177,35 X X X
175,55 X X
175,07 X X
174,05 X X X X
171,75 X X X X X
169,25 X X X X X
168,6 X X
167,75 X X X X X
166,78 X X X X
165,93 X X X X X
165,4 X X X
164,27 X
163,75 X X X X X
162,97 X X X X X

3.7.6 Caractérisation hydro-morphologique des tronçons


Le découpage a permis la division de la retenue en tronçons présentant des caractéristiques
hydro-morphologiques homogènes. Cette partie résume les caractéristiques principales de chaque
tronçon. Les paramètres obtenus par section sont moyennés pour obtenir une valeur représenta-
tive sur le tronçon.

[Link] Caractéristiques géométriques


Le tableau 3.22 résume les caractéristiques géométriques des tronçons définis. La largeur
correspond à la largeur calculée pour le scénario (Qam =600 m3 /s, Zav =330 m). Le découpage
semble bien adapté à la géométrie de la retenue. En effet, deux tronçons successifs montrent
des différences au niveau du profil en long, du tracé en plan, de la typologie des sections, de la
largeur ou de la pente.

89
PK longueur profil tracé en typologie largeur pente d50 (mm)
en long plan section fond (m/km) surface
T1 186,42-185,76 720 m seuil,mouille courbe D chenal D 80 m 0,96 70
T2 185,76-184,71 1030 m seuil, mouille rectiligne trapèze 90 m 0,78
T3 184,71-184,16 560 m régulier rectiligne trapèze 140 m 1,53
T4 184,16-183,22 920 m seuil, mouille îles bancs 150 m 1,23
T5 183,22-182,35 870 m régulier grande île 2 chenaux 300 m 1,23 38
T6 182,35-180,9 1470 m régulier rectiligne radier G 400 m 1,1
T7 180,9-180,2 720 m régulier rectiligne radier G 220 m 1,68 100
T8 180,2-179,58 330 m rupture rectiligne canyon 110 m 3,0
T9 179,58-178,07 1780 m régulier rectiligne canyon 80 m 0,67
T10 178,07-177,35 720 m seuils, mouilles courbe G canyon 110 m 1,94
T11 177,35-174,05 3300 m seuils, mouilles courbe D canyon 100 m 1,38 0,43
T12 174,05-171,75 2310 m forte mouille rectiligne canyon 90 m 0,21 0,38
T13 171,75-169,25 2490 m seuil rectiligne canyon 140 m 1,37 0,03
T14 169,25-167,75 1500 m rupture courbes canyon 70 m 1,08
T15 167,75-166,78 970 m mouille rectiligne canyon 180 m 0,08
T16 166,78-165,93 850 m régulier rectiligne canyon 150 m 0,37
T17 165,93-165,4 530 m régulier courbes D-G canyon 120 m 1,11 0,04
T18 165,4-163,75 1640 m régulier rectiligne canyon 140 m 1,38 0,02
T19 163,75-162,97 780 m régulier courbe G canyon 150 m 3,48
T20 162,97-162,41 520 m fosse courbe D canyon 170 m 1,13 0,04

Tableau 3.22 – Caractéristiques géométriques des tronçons issus du découpage (G : gauche, D : droite).
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

[Link] Tendance des évolutions morphologiques


L’évolution de chaque tronçon a été calculée en moyenne pour les périodes de chasse ou d’in-
terchasse depuis 1984 (Figure 3.33). Cette évolution est définie comme une épaisseur « moyenne »
de dépôt ou d’érosion répartie sur le tronçon, calculée à partir du volume des évolutions sur le
tronçon, divisé par la largeur moyenne du tronçon et la longueur du tronçon.

a)
(4.5)
2
Variation d'altitude (m)
1
0
−1

T20T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

b)
2
Variation d'altitude (m)
1
0
−1

T20T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône

Figure 3.33 – Bilan bathymétrique moyen par tronçon sur la période 1984-2012 : a) chasse, b)
interchasse (Les intervalles représentent les bilans minimum et maximum du tronçon observés
respectivement en chasse ou en période d’interchasse entre 1984 et 2012).

La sectorisation met en évidence des tronçons qui présentent des dynamiques différentes entre
eux, en chasse et en période d’interchasse. Dans les tronçons amont (T1-T5), où l’influence du
remous est faible, les évolutions moyennes sont peu significatives, avec des variations d’altitude
de l’ordre du centimètre, sauf dans le T1 en interchasse. La variabilité en période d’interchasse
est attribuée à l’évolution de la zone avec une période dans les années 70 et 80, marquée par
les extractions de granulats, et une période moins dynamique suite à l’arrêt des extractions. En
chasse, la variabilité dépend de l’apport en sédiments. Dans le tronçon T6 la dynamique est
plus marquée, avec des évolutions de l’ordre du décimètre et en moyenne du dépôt en chasse et
de l’érosion en période d’interchasse. Au niveau tronçons T7 à T9, le bilan est quasiment nul
pour les deux périodes. Entre les tronçons T10 et T13, peu d’évolutions ont lieu en moyenne en
chasses et des dépôts de l’ordre de plusieurs décimètres sont observés en moyenne en période
d’interchasse. La dynamique est plus marquée dans les deux cas au tronçon T10. En chasse,
la variabilité entre épisodes est importante puisque la zone peut être en dépôt ou en érosion
selon l’épisode. Au niveau de Bellegarde (T14-T15), on observe en moyenne du dépôt en chasse,

91
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

et en période d’interchasse, le bilan est quasiment nul, mais avec une forte variabilité spatiale
et temporelle. Dans les tronçons aval (T16-T20), la dynamique moyenne est le dépôt avec une
évolution moyenne peu variable entre tronçons. En chasse, l’épaisseur des dépôts est presque de
l’ordre du mètre mais il y a une forte variabilité entre événements.

[Link] Discussion sur la représentativité de l’analyse par tronçons


Les tronçons ont été définis sur la base de caractéristiques hydro-morphologiques homogènes.
L’interprétation de la dynamique à l’échelle des tronçons nécessite de savoir si la valeur moyenne
d’un paramètre hydro-morphologique sur le tronçon est représentative de la dynamique du tron-
çon. Pour cela, des statistiques par tronçon ont été réalisées sur plusieurs paramètres, à savoir
la largeur au miroir W pour un scénario QP O = 600 m3 /s-ZGE = 330 m, la contrainte τ pour
un scénario à cote basse QP O = 300 m3 /s-ZGE = 305 m et pour un scénario à cote haute
QP O = 600 m3 /s-ZGE = 330 m. Pour chaque paramètre, la valeur moyenne et l’écart type ont
été calculés par tronçon. On considère que la dynamique du tronçon est homogène et que la
valeur moyenne est représentative de cette dynamique si l’écart type est inférieur à la moitié de
la moyenne. Pour le calcul à partir des contraintes, les valeurs obtenues sur le tronçon entre les
PK 169,5 et 169,25, où la perte de charge locale a été appliquée (cf paragraphe [Link]) ont été
écartées.
La représentativité du découpage est aussi analysée pour les évolutions morphologiques. La
proportion de sections par tronçon qui une dynamique (dépôt ou érosion) identique au bilan
moyen est calculée pour chaque événement de chasse et chaque période d’interchasse entre 1984
et 2012. Ces valeurs sont moyennées pour les événements de chasse et les périodes d’interchasse.

W τ τ % sections % sections
cote basse cote haute chasse interchasse
T1 O O O 71 78
T2 O O O 71 74
T3 O O O 86 78
T4 O N N 89 64
T5 O O O 73 79
T6 O O O 82 89
T7 O O O 86 89
T8 O O O 79 75
T9 O O O 80 78
T10 O O O 89 83
T11 O O O 79 82
T12 O O O 72 77
T13 O N N 62 85
T14 O N O 78 74
T15 O O O 86 78
T16 O N O 81 100
T17 O N O 93 100
T18 O O O 88 81
T19 O O O 83 81
T20 O N N 88 86

Tableau 3.23 – Représentativité de la dynamique moyenne par tronçon par rapport à la dyna-
mique locale (O signifie que la valeur moyenne est représentative, c’est à dire que l’écart type
est inférieur à la moitié de la moyenne, N signifie qu’elle ne l’est pas).

Tous les tronçons sont homogènes en terme de largeur d’écoulement.

92
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

La contrainte hydraulique moyenne n’est pas représentative pour plusieurs tronçons, no-
tamment à cote basse. Le tronçon T4 inclut la mouille importante localisée au PK 184,16 qui
provoque localement une forte diminution de la contrainte. Au niveau du tronçon T13, on ob-
serve une diminution des contraintes de l’amont vers l’aval du tronçon et c’est plutôt la variation
spatiale de la contrainte qui est homogène. Il en est de même pour le tronçon T17 et le tronçon
T20 où la présence de la fosse entraîne une forte diminution des contraintes. Inversement, pour
les tronçons T14 et T16, la contrainte diminue le long du tronçon.
Une majorité de sections par tronçon montre une dynamique identique à la dynamique
moyenne du tronçon. Les scores les plus faibles, inférieures à 75% sont plutôt localisés au niveau
des tronçons amont, où des alternances de dépôt/érosion causées par le transport par charriage
sont généralement observées. Les scores les plus faibles sont aussi observés dans les tronçons
T12 et T13 lors des chasses, où la dynamique est respectivement impactée par la présence de la
mouille au PK 172,8 et la géométrie de la confluence avec la Valserine. Le score faible obtenu au
tronçon T14 lors des périodes d’interchasse peut être lié à l’alternance de virages au niveau du
tracé en plan, qui peut impacter les écoulements et le transport des sédiments en suspension.

3.8 Conclusions sur l’analyse hydro-morphologique


Dans ce chapitre, l’analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat qui a été proposée
reprend et adapte les principales étapes de l’analyse hydro-morphologique des cours d’eau.
L’analyse qualitative des évolutions morphologiques de la retenue en lien avec la granulomé-
trie des sédiments en place a permis de mettre en évidence les processus sédimentaires dominants
qui impactent la morphologie de la retenue. En particulier, le comblement de la retenue se ma-
nifeste principalement au niveau de la retenue aval et peut être attribué principalement aux
sédiments fins. Le calcul des bilans bathymétriques historiques permet la quantification de ces
évolutions. Une évolution du rythme de comblement de la retenue a été observée depuis sa mise
en eau. Entre 1954 et 1996, le volume moyen déposé annuellement dans la retenue est estimé à
environ 350000 m3 . Entre 1997 et 2012, ce volume annuel s’est réduit à 130000 m3 . Cette évolu-
tion est attribuée d’une part à l’atteinte d’un profil d’équilibre qui permet d’améliorer le transfert
des sédiments en aval de la retenue. D’autre part, l’amélioration des protocoles de chasse a per-
mis de diminuer les dépôts occasionnés dans la retenue au cours de ces opérations. Les bilans
montrent que les opérations de chasse sont responsables d’environ la moitié de l’envasement de
la retenue.
L’analyse de la capacité de remobilisation des sédiments au fond et du mode de transport
dominant de différentes classes de sédiments pour différents scénarios obtenus à partir de si-
mulations numériques a permis une interprétation des évolutions observées lors de différents
événements en lien avec les conditions hydro-sédimentaires le long la retenue. Ainsi, au niveau
du tronçon fluvial, la capacité de remobilisation des sédiments en place parait très limitée du
fait de la granulométrie très grossière rencontrée. Dans les retenues amont et aval, les conditions
d’interchasse sont propices au dépôt des sédiments et un abaissement à 305 m, comme au cours
des chasses de 2000 à 2012 permet de remobiliser les sédiments en place quasiment partout.
L’obtention d’un découpage hydro-morphologique de la retenue de Génissiat objectif et re-
présentatif a nécessité la mise en place d’une méthode spécifique. La prise en compte de plusieurs
variables pour représenter un paramètre, comme pour le bilan bathymétrique a nécessité la pon-
dération des discontinuités obtenues par le nombre de variables. En outre, l’utilisation du test
statistique de [Pettitt, 1979] pour le repérage des discontinuités a permis une localisation précise
des discontinuités. L’utilisation de ce test de manière itérative a nécessité d’analyser l’impact
du nombre d’itérations du test sur la représentativité du découpage obtenu. Le découpage de
la retenue de Génissiat en tronçons a permis une analyse des évolutions morphologiques à une
échelle spatiale représentative de la dynamique globale de la retenue. En particulier, quatre biefs
principaux caractérisés par leur dynamique sédimentaire ont été mis en évidence :

93
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat

– l’amont (T1-T6) est un bief qui n’est pas ou peu influencé par le niveau au barrage. Les
sédiments en place sont grossiers et les contraintes hydrauliques sont élevées. Les évolutions
des sections sont liées aux apports de sédiments grossiers. La dynamique de la zone a été
affectée par des extractions de matériaux entre 1970 et 1995 et a donné lieu à une érosion
régressive importante. Les sédiments transportés par suspension homogène ne participent
pas à l’évolution du fond. Le principal facteur expliquant la variation de la dynamique
sédimentaire est la géométrie (distinction chenal unique/chenaux multiples, courbure).
– le Défilé de l’Écluse (T7-T8) est une zone de transition entre l’Étournel et le canyon,
caractérisé par de fortes pentes et un fond grossier où peu d’évolutions sont observées,
– la retenue amont (T9-T12) est influencée par le remous du barrage. Les sédiments en
place sont des sables moyens. A cote haute, des conditions de dépôt sélectif sont observées,
et produisent un tri granulométrique. A cote basse, les sédiments du fond peuvent être
mobilisés et transportés. La variation de la dynamique sédimentaire à l’intérieur de ce bief
est liée à des variations géométriques (mouilles, seuils, variations de largeur et de pente),
et hydrauliques (augmentation de la hauteur d’eau vers l’aval, diminution des contraintes
en interchasse) qui impactent le transport des sédiments,
– la retenue aval (T13-T20) est largement influencée par le remous. C’est le bief qui
a connu le comblement le plus important depuis la mise en opération du barrage, avec
d’importantes épaisseurs de dépôt. Le fond est composé de sédiments fins (argiles et li-
mons). A cote haute, une partie des sédiments transportées par suspension homogène sont
déposés. A cote basse, l’érosion des sédiments en place est possible et une partie des sables
venant de l’amont est déposée, formant une alternance de strates sédimentaires plus ou
moins grossières. La variation de la dynamique sédimentaire est liée aux variations de la
géométrie (variations de largeur et de pente).
Dans la perspective d’une modélisation hydro-sédimentaire de la retenue de Génissiat, le
découpage en tronçons homogènes s’avérera utile pour la construction des modèles, en servant
de base à la description des sédiments contenus dans la retenue (taille, épaisseurs de sédiments).
L’échelle du tronçon est aussi représentative pour la comparaison des évolutions morphologiques
mesurées et simulées par le modèle. L’estimation des incertitudes sur les bilans bathymétriques
à l’échelle des tronçons fournit un cadre quantitatif permettant de juger les capacités du modèle.

94
4.1
Dynamique spatio-temporelle du

Introduction
transport de sédiments 4
L’analyse hydro-morphologique a permis une meilleure compréhension de la dynamique spa-
tiale du transport de sédiments dans la retenue. Cette compréhension reste cependant limitée
par le caractère intégrateur du bilan bathymétrique à l’échelle d’une période entière de chasse ou
d’interchasse. En effet, le bilan bathymétrique ne permet pas de relier précisément les conditions
hydrauliques et le transport de sédiments observées au cours d’une période avec les évolutions
morphologiques. Une description spatio-temporelle des conditions hydrauliques et du transport
de sédiments dans la retenue est proposée pour mettre en évidence les processus à l’origine des
évolutions morphologiques de la retenue observées au cours des épisodes de chasse ou périodes
d’interchasse à partir de l’étude d’événements passés.
Un réseau de mesures hydro-sédimentaires est déployé le long du Haut-Rhône depuis plu-
sieurs décennies. De précédentes études ont porté sur l’analyse des événements de chasse passés
[EDF, 1954; Dumond, 2001; CNR, 2010; Peteuil, 2014]. On y trouve des estimations des flux
transportés en amont et en aval de la retenue. Ces études mettent en évidence la complexité de
l’interprétation du bilan sédimentaire de la retenue et des temps de propagation des flux dans la
retenue et la nécessité de la mesure hydro-sédimentaire sur le terrain. En particulier, l’analyse
des périodes d’interchasse était limitée par l’absence de mesures de flux sédimentaires.
Un premier aspect de l’étude repose sur l’intégration de nouvelles mesures hydro-sédimentaires
permettant d’améliorer la résolution spatio-temporelle du réseau et de tenir compte de la varia-
bilité des modes de transport le long du Haut-Rhône (cf. partie 4.2).
Les processus de transport des sédiments dans la retenue au cours d’épisodes de chasses et
d’interchasse vont être mis en évidence à partir des mesures du transport sédimentaire et des
résultats de modélisation hydraulique afin de compléter l’analyse présentée au chapitre précédent
(cf. parties 4.3, 4.4).
L’estimation des flux entrant et sortant de la retenue pour différentes classes de sédiments et
l’estimation des incertitudes associées est proposée pour quantifier l’impact de la gestion de la
retenue sur les flux sédimentaires évacués. La chronique de données recueillies en périodes d’in-
terchasse étant très courte et récente, une reconstruction des flux historiques est aussi proposée
(cf. partie 4.7).
Enfin, la contribution des sédiments fins et des sédiments plus grossiers au bilan sédimen-
taire de la retenue est évaluée en comparant le bilan des flux entrants et sortants et le bilan
bathymétrique pour différents épisodes de chasse et périodes d’interchasse (cf. partie 4.8.1).

95
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.2 Présentation du réseau et des méthodes de mesure hydro-


sédimentaires sur le Haut-Rhône du Léman à Seyssel
Un réseau de mesure relativement dense est déployé entre le lac Léman et le barrage de Seyssel
et permet de mesurer localement les composantes du flux sédimentaire, de manière ponctuelle
ou continue (Figure 4.1).

  


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Figure 4.1 – Localisation et types de mesures hydro-sédimentaires réalisées du Léman à Seyssel.

4.2.1 Débits
[Link] Méthodes de mesure du débit en continu
Courbe de tarage
La méthode de la courbe de tarage consiste à mesurer une hauteur d’eau en continu, mesure
plus aisée, et de la convertir en débit à partir d’une relation hauteur/débit ou courbe de tarage.
Sous l’hypothèse d’un régime d’écoulement non uniforme, permanent (graduellement varié) et
d’un fond stable, la relation hauteur/débit est univoque, c’est-à-dire qu’à une hauteur d’eau
donnée correspond toujours le même débit. Le niveau est mesuré à partir d’une lecture sur une
échelle limnimétrique, ou à partir de sondes de niveau. Le débit est généralement estimé à partir
de la mesure du champ de vitesse, intégré sur la section mouillée. Le champ de vitesse peut
être estimé à l’aide de courantomètres mécaniques, électro-magnétiques ou acoustiques (aDcp)
[Le Coz et al., 2011]. Des mesures in situ simultanées de la hauteur et du débit sont réalisées,
les couples hauteur/débits mesurés pour différents débits permettent de construire une courbe
de tarage. Au niveau d’une station, la mesure en continu du niveau d’eau par une sonde permet
après conversion, d’obtenir une mesure en continu du débit. Les sources principales d’erreur dans

96
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

ce type de mesure du débit sont les variations des dimensions de la section, pouvant être causées
par des évolutions morphologiques du fond ou des berges, ou le développement de végétation
par exemple. Pour les débits calculés à partir des hauteurs d’eau sur fond fixe, une incertitude
relative u(Q)/Q = ±10% est préconisée [ISO EN 748, 1997; Harmel et al., 2006],

Mesure au niveau d’un ouvrage


Au niveau du barrage de Génissiat, un système d’ultrasons à temps de transit est installé
dans les conduites de l’usine et permet d’estimer le débit dans chaque groupe. De plus, lors
des épisodes de chasse, le débit passant dans les différents ouvrages d’évacuation du barrage de
Génissiat peut être reconstitué à partir de lois d’ouvrages. Les orifices fonctionnant comme des
vannes en régime dénoyé, le débit peut être calculé à partir des caractéristiques de la vanne et
de la hauteur d’eau amont. En supposant que le fond à l’amont est plan et horizontal, on a :
  
Q = μ 2gWd h3/2
am − (ham − w)
3/2
(4.1)

où μ est le coefficient de débit (en théorie μ = 0, 4), Wd est la largeur de la vanne vanne, w est
la hauteur de l’ouverture de la vanne, ham est la hauteur d’eau à l’amont de la vanne mesurée
à partir du radier de la vanne.
A partir des hauteurs d’eau mesurées au point de réglage de la retenue de Génissiat (PK
162,57), le débit dans chaque vanne peut être reconstitué. Lorsque les usines ne fonctionnent pas,
les coefficients de débit sont calés afin que le débit total calculé en sortie de Génissiat soit égal
au débit mesuré à la station de Bognes. Lorsqu’un seul des ouvrages est ouvert, il est possible
de caler finement les coefficients pour cet ouvrage. Les débits obtenus à partir de lois d’ouvrages
(vannes) ont une incertitude relative estimée à u(Q)/Q = ±20% [Le Coz et al., 2011].

[Link] La mesure du débit du Léman à Seyssel


Un réseau dense de stations hydrométriques permet de mesurer le débit du Rhône et de ses
principaux affluents. Du Léman à Seyssel, on dispose de mesures du débit en six positions le
long du Rhône et sur les principaux affluents : l’Arve, la Valserine et les Usses (Figure 4.1). Les
caractéristiques des débits mesurés sont présentées dans le tableau 4.1.

Tableau 4.1 – Caractéristiques de débits mesurés.


Début des
Cours d’eau Station Gestionnaire Type de mesure
chroniques
Rhône Halle de l’île OFEV courbe de tarage 1997
Rhône Ripes OFEV courbe de tarage 1974
Rhône Pougny CNR courbe de tarage 1985
Rhône Génissiat CNR capteurs usines 2010
loi de vannes 2012
Rhône Bognes CNR courbe de tarage 1969
Rhône Seyssel Corbonod CNR courbe de tarage 1984
Arve Bout du Monde OFEV courbe de tarage 1974
Valserine Lancrans CNR courbe de tarage 1961
Usses Pont Rouge CNR courbe de tarage 1993

4.2.2 Concentrations en Matières en Suspension (MES)


[Link] Méthodes de mesure de la concentration
La mesure des concentrations en MES est assimilée à la mesure de la suspension homogène,
sauf indication contraire. La mesure des concentrations est en général réalisée dans une section

97
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

à proximité d’une station de mesure du débit [Morris et Fan, 1998]. On distingue notamment les
mesures par prélèvement direct d’échantillons des autres techniques (acoustique, laser, optique).
Les méthodes de mesure diffèrent aussi par leur résolution temporelle (ponctuelle ou quasi-
continue).

Prélèvements
Les prélèvements manuels sont réalisés soit par pompage environ un mètre sous la surface à
l’aide de préleveurs, soit à partir de méthodes manuelles par un système lesté en bout de corde
ou de câble qui prélève en surface à une cote non définie [Perrier, 2000]. A partir du prélève-
ment réalisé, l’estimation de la concentration en matières en suspension peut être effectuée par
différentes méthodes.

La méthode de filtration-pesée définit les matières en suspension comme étant les résidus
retenus sur une membrane filtrante. L’échantillon d’eau chargée est filtré en laboratoire sur un
filtre en fibres de verre, puis séché à l’étuve selon la norme NF EN 872 [2005]. La concentration
massique en MES est déterminée par l’équation :
M 1 − M0
C= (4.2)
V
où M0 est la masse initiale du filtre, M1 est la masse du filtre après filtration et séchage et V
est le volume d’échantillon filtré. Cette méthode est longue à mettre en oeuvre et n’est donc pas
utilisée pour obtenir un suivi en temps réel des concentrations en MES. Lorsque du sable est
présent dans les échantillons prélevés, il est nécessaire de s’assurer que l’échantillon est correcte-
ment mélangé avant d’être filtré, dans le cas où il n’est pas filtré dans sa totalité. L’incertitude
de mesure sur cette méthode est estimée de 1 à 2% et peut atteindre 10% si des sables sont
présents dans les échantillons [Launay, 2014].

La méthode de la crêpe, mise au point par le Cemagref (Irstea) est une adaptation de la
méthode par filtration-pesée qui permet de réaliser quasiment en temps réel des mesures sur le
terrain [Niel et al., 1985]. L’échantillon prélevé est filtré sur site, séché sur une plaque chauffante
et pesé sur le terrain, le tout en une quinzaine de minutes. Cette méthode nécessite du matériel
et l’installation d’un local fermé et alimenté en électricité à proximité des prélèvements [Wolf,
2011]. L’incertitude est estimée à environ 10% mais la méthode n’est pas applicable pour des
concentrations supérieures à 15 g/L.

La méthode du pycnomètre a été développée par la CNR pour obtenir rapidement et précisé-
ment des mesures de concentration en MES pendant les opérations de chasse [Niel et al., 1985].
Elle s’inspire d’une méthode proposée par le Cemagref en 1981. Le pycnomètre est un récipient
en verre de faible dilatation, d’une contenance d’un litre. Il est d’abord rempli d’eau claire et
pesé, puis ce même récipient est rempli d’un échantillon d’eau chargée dont la concentration est
à déterminer et pesé de nouveau. La concentration peut alors être déduite de la différence de
masse, par la formule :
ρs Mtot − Mpyc − ρVpyc
C= (4.3)
Vpyc ρs − ρ
où ρs ≈ 2650 km/m3 , ρ ≈ 1000 km/m3 sont respectivement les masses volumiques des sédiments
et de l’eau, Vpyc est le volume du pycnomètre et Mpyc , Mtot sont respectivement les masses du
pycnomètre et de l’ensemble pycnomètre+eau+sédiments. La masse volumique est estimée à
partir de mesures de laboratoires issues de quelques échantillons représentatifs.
La mesure par cette méthode est instantanée ; il faut environ 30 secondes pour la réaliser.
Les limites de cette méthode résident dans la précision liée aux appareils utilisés et la manipu-
lation en laboratoire ou sur le terrain. La méthode est estimée suffisamment précise pour des

98
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

concentrations supérieures à 0,4 g/L avec une erreur relative moyenne de 2,4% [Niel et al., 1985].

La méthode de mesure par prélèvement nécessite un déploiement relativement important de


personnel et de matériel et est assez couteuse en temps. Ainsi, le suivi quasi-continu des flux à
partir de cette méthode est lourd à mettre en oeuvre. Au cours des événements de chasse, un
important dispositif logistique est mis en place afin de suivre l’évolution des concentrations le
long du Rhône à très haute fréquence à partir de cette méthode.

Turbidimétrie
La mesure de la turbidité de l’eau est une technique permettant une mesure indirecte et
continue de la concentration en matières fines en suspension (argiles et limons). Le turbidimètre
est un appareil muni de capteurs optiques qui émettent un rayonnement d’intensité connue dans
l’eau et mesurent l’intensité du rayonnement transmis ou diffusé. La mesure est basée sur le
principe que l’atténuation ou à la diffusion d’un rayonnement incident est proportionnelle à
la masse de sédiments présente dans un volume d’eau [Gippel, 1995]. Les turbidimètres sont
calibrés en laboratoire à partir de matériaux standards. Néanmoins, en rivière, la relation entre
la turbidité et la concentration est influencée par les variations de taille et de composition
des particules et de couleur de l’eau [Gippel, 1995]. En particulier, la réponse du capteur est
proportionnelle à la surface de réflexion des particules soit au diamètre au carré. L’utilisation
du turbidimètre en rivière nécessite la mise en place d’une courbe d’étalonnage adaptée reliant
la turbidité à la concentration, qui prend généralement la forme d’une relation linéaire :

C = aT + b (4.4)

où T est la turbidité, C est la concentration (g/l) et a et b sont des paramètres caractéristiques


du capteur et des sédiments. En conditions naturelles, notamment lorsque l’eau non chargée
n’est pas colorée, b=0.
La relation turbidité/concentration est obtenue à partir de mesures simultanées de turbi-
dité et de concentration réalisées à l’aide de prélèvements sur le site [Minella et al., 2008]. Afin
d’obtenir un calage robuste des coefficients, il est nécessaire d’échantillonner une large gamme
de concentrations [Morris et Fan, 1998]. En général, le turbidimètre est associé à un préleveur
automatique, et il est possible d’asservir le déclenchement du préleveur à une consigne de dé-
passement de seuil de turbidité, ou même de débit s’il est raccordé à une station hydrométrique
permettant d’échantillonner les événements présentant de fortes turbidités. Les prélèvements
recueillis pendant les événements qui contribuent de façon importante aux flux sédimentaires
permettent d’obtenir des données de concentration plus fiables pour le calcul des flux [Lewis,
1996]. La sensibilité du capteur étant dépendante de la granulométrie des échantillons, il est
possible de créer plusieurs courbes d’étalonnage en fonction de la taille des sédiments ou plus
particulièrement selon les événments [Thollet et al., 2013].
L’incertitude sur la mesure de la concentration par turbidimétrie peut provenir de diffé-
rentes sources, plus particulièrement, des erreurs liées au capteur, des erreurs systématiques in-
troduites par l’utilisation de la relation turbidité/concentration et des erreurs méthodologiques
liées à la mesure indirecte (influence de la taille et de la minéralogie des particules) [Minella
et al., 2008]. D’après Teixeira et Caliari [2005], les erreurs associées à l’utilisation d’une relation
turbidité/concentration sont de l’ordre de 10% pour une gamme de concentration adaptée.

Pièges à sédiments
Les pièges à sédiments sont des collecteurs placés dans le cours d’eau et qui capturent les
sédiments en suspension en continu par décantation. Le design du piège permet de favoriser
la décantation des particules contenues dans l’eau et de les retenir. Les pièges permettent de
collecter une grande quantité de sédiments en suspension, et la collecte est intégratrice de la

99
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

période pendant laquelle le piège est installé dans le cours d’eau. L’efficacité de piégeage n’est
pas précisément connue, c’est pourquoi les données obtenues à partir de ces pièges sont plutôt
qualitatives.

[Link] La mesure des concentrations en MES du Léman à Seyssel


Plusieurs méthodes sont utilisées pour mesurer les concentrations en matières en suspension
le long du Haut-Rhône. Les caractéristiques des concentrations mesurées sont présentées dans le
tableau 4.2. Historiquement, les mesures de concentration en MES étaient réalisées uniquement
au cours des épisodes de chasse, par prélèvements au niveau du pont de Pougny et de la traversée
de Seyssel. D’autres stations de mesures ont ensuite été mises en place au niveau du barrage
de Génissiat et du pont de Pyrimont pour le suivi des chasses. Au barrage de Génissiat, les
prélèvements sont réalisées en sortie de chacun des évacuateurs (vanne de fond, vanne de demi-
fond, évacuateur de surface) mais pas au niveau de l’usine. Lorsque les usines ne fonctionnent
pas, les mesures réalisées permettent de mesurer le transport total à travers le barrage. Plus
récemment, des mesures indirectes de concentrations sont réalisées en continu sur l’Arve à la
station Bout du Monde depuis 2012, et à Pougny et Pyrimont depuis 2014 (Figure 4.1). Elles
sont réalisées à partir de mesures de turbidité de l’eau converties en concentration à partir d’une
courbe de calibration.

Tableau 4.2 – Caractéristiques des concentrations mesurées.


Cours d’eau Station Gestionnaire Type de mesure Position Période
Rhône Pougny CNR prélèvement surf. rive droite chasse
turbidimétrie rive droite depuis 2014
Rhône Génissiat CNR prélèvement vannes chasse
Rhône Pyrimont CNR prélèvement surf. rive droite chasse
turbidimétrie rive droite depuis 2014
Rhône Seyssel CNR prélèvement surf. rive droite chasse
Arve Bout du Monde SIG, Irstea turbidimétrie rive droite depuis 2012

D’autres mesures de concentration occasionnelles, comme par exemple des mesures en surface
à des stations éphémères intermédiaires dans la retenue de Génissiat au cours de la chasse de
2000 [Perrier, 2000] sont aussi disponibles, ou des mesures de turbidité dans la colonne d’eau
réalisées à l’amont du barrage de Génissiat en mars 2014. Des mesures au niveau des vannes de
fond et de demi fond et de Pyrimont ont aussi été réalisées par le CEA à partir d’une sonde
gamma-densimétrique pour les chasses de 2000 à 2012.

Application de la méthode par turbidimétrie aux stations du Haut-Rhône


Une relation d’étalonnage a été établie pour les stations de Pougny et Pyrimont à partir des
mesures simultanées de concentration et de turbidité réalisées pendant respectivement 7 et 5 mois
(Figure 4.2). Les chroniques de données sont relativement courtes et incluent peu d’événements
à fortes et faibles concentrations. Par exemple, toutes les concentrations supérieures à 1 g/l
mesurées à Pougny datent du même événement (crue de l’Arve du 27/08/2014). La mesure de
chroniques plus longues de couples turbidité/concentration, incluant à la fois des fortes et faibles
concentrations permettra d’améliorer la robustesse des courbes d’étalonnage.

100
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

a) b)

2.5

2.5
C=0.478T R²= 0.979
2.0 R²= 0.99 C=0.514T

2.0
Concentration (g/l)

Concentration (g/l)
1.5

1.5
1.0

1.0
0.5

0.5
0.0

0.0
0 1 2 3 4 0 1 2 3 4
Turbidité (NTU) Turbidité (NTU)

Figure 4.2 – Courbes d’étalonnage turbidité-concentration : a) Pougny, b) Pyrimont.

[Link] Représentativité spatiale de la mesure


Les mesures de concentration, qu’elles soient issues d’un prélèvement ou d’une mesure de tur-
bidité sont effectués en un point au sein d’une section de rivière. Néanmoins, les concentrations
en MES et les caractéristiques des particules, notamment leur granulométrie, sont susceptibles
de varier de façon importante au sein de la section. De nombreux auteurs se sont interrogés sur
la représentativité de la mesure ponctuelle par rapport à la moyenne dans la section. Martin
et al. [1992] ont comparé les valeurs de concentration issues de prélèvements de surface avec
des valeurs issues de prélèvements répartis dans la section réalisés sur cinq sites de la rivière
Kentucky. Pour les sédiments de diamètre inférieur à 63 μm (argiles et limons), la mesure de la
concentration en surface impliquait une sous-estimation de la concentration moyenne de 17%.
Pour les sédiments de diamètre supérieur à 63 μm (sables), du fait des concentrations nettement
plus faibles observées en surface, la sous-estimation montait à 51%. Horowitz [2008] a travaillé
sur des données issues de plusieurs rivières américaines. Il montre que dans le cas d’un mélange
de limons et de sables, les concentrations de surface sont plus fortes au centre de l’écoulement
où les vitesses sont plus fortes du notamment à un transport de sable plus important [Vanoni,
1977]. Pour des MES composées uniquement de particules inférieures à 63 μm, des variations de
concentration en MES au sein de la section ont été constatées, mais dans une moindre mesure
et pas de façon systématique. Mano [2008] a analysé les variations horizontales en surface sur
l’Isère et a mis en évidence des écarts moyens de l’ordre de 8%. Sur une verticale, il obtient des
écarts moyens de l’ordre de 7%.

Dans le cas des mesures réalisées sur le Haut-Rhône, on propose une analyse qualitative de
la représentativité des échantillons.

Pougny
Les mesures de concentration à la station de Pougny sont réalisées en rive droite du pont de
Pougny (Ponton). Au cours de la chasse de 1997, des prélèvements ont été réalisés à plusieurs
endroits de la section (Figure 4.3). Les mesures montrent que les concentrations mesurées en
surface (Ponton, 1, 2, 4, 5) sont proches, avec un écart inférieur à 10%. Les granulométries
réalisées sur les échantillons prélevés en surface au cours de la chasse de 2012, montrent que
le diamètre maximal observé en surface est proche de 50 μm. Ces mesures de surface semblent
représentatives des flux de sédiments fins. Cependant, les concentrations mesurées au fond (point
de prélèvement 3) sont systématiquement plus élevées. Les écarts mesurés avec la surface varient
de 17 à 45%. Des pièges à sédiments ont aussi été disposés sur les marches des quais ou des

101
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

stations limnimétriques pour les maintenir à une vingtaine de centimètres sous la surface de
l’eau pour le suivi des contaminants contenus dans les particules fines [Launay, 2014]. Au cours
de la chasse, le diamètre maximal des particules capturées dans les pièges est de l’ordre de
100 μm (cf. paragraphe [Link]). Ces mesures ont confirmé que des sédiments plus grossiers que
ceux mesurés en surface sont transportés dans la section du Pont de Pougny.


 
   

Figure 4.3 – Profil en travers schématique au pont de Pougny, localisation des points de pré-
lèvements.

Barrage de Génissiat
On suppose qu’il n’y a pas d’hétérogénéité spatiale pour les mesures réalisées au barrage
de Génissiat car les prélèvements sont réalisés en sortie des vannes et que la turbulence y est
suffisante pour mélanger correctement les sédiments.

Pyrimont
Aucune mesure comparative n’est disponible à Pyrimont.

Seyssel
A Seyssel, plusieurs campagnes de prélèvements distribués dans la section ont été réalisés au
cours des chasses (1993, 1997, 2000, 2003). 3 à 4 verticales de prélèvement ont été réalisées avec
un point en surface et un vers le fond en plus de la mesure au point de référence. L’écart mesuré
entre les mesures au niveau du point de référence et la moyenne des mesures dans la section
indiquent que les mesures au niveau du point de référence sont représentatives de la section,
avec un écart maximal observé de 12%.

4.2.3 Calcul des flux de matières en suspension


La masse de sédiments M (ti , tj ) transportée en travers de la section de mesure entre les
temps ti et tj s’obtient à partir du flux massique Φ(t) à travers la section :
 tj
M (ti , tj ) = Φ(t)dt (4.5)
ti

où Φ(t) est le flux passant à travers la section d’écoulement S Φ(t) =  (x, t)dS,U
CU  (x, t) est
S
le vecteur vitesse de l’écoulement qui transporte les sédiments.
Si on fait l’hypothèse que la concentration mesurée est représentative de la concentration
moyenne dans la section de mesure, c’est à dire que C(t) est égale à la concentration moyenne
C(t) dans la section : 
Φ(t) = C(t)  (x, t).ndS = C(t)Q(t)
U (4.6)
S
où Q est le débit s’écoulant à travers la section.

102
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Pour une mesure discrète des débits et des concentrations à un pas de temps Δt, l’équation
4.5 devient : n

M (ti , tj ) = ΔtCk Qk (4.7)


k=1

où tj − ti = nΔt

Méthodes d’interpolation et de régression


Les mesures du débit et de la concentration disponibles pour le calcul des flux sont générale-
ment inégales. La mesure du débit obtenue à partir d’une relation hauteur débit est en général
continue et est disponible sous la forme de valeurs instantanées ou moyennées sur une heure. Les
données de concentration sont en général de nature discrète, avec un pas de temps supérieur à
la mesure du débit [Launay, 2014]. De plus, les mesures de débit sont souvent disponibles sur de
plus longues périodes que la concentration. On distingue deux types des méthodes couramment
utilisées pour estimer le flux sédimentaire à partir des mesures [Quilbe et al., 2006] :
– les méthodes d’interpolation
– les méthodes de régression
Une description des méthodes est proposée par Quilbe et al. [2006] et Launay [2014]. Les mé-
thodes d’interpolation permettent d’estimer les flux à partir des mesures discrètes de concentra-
tion en MES, en moyennant ou interpolant les débits et les concentrations sur une période Δt.
Ces méthodes nécessitent une fréquence d’échantillonnage du débit et de la concentration assez
élevée qui permette de représenter les évolutions significatives du débit et de la concentration.
En fonction de ce pas de temps et de la résolution temporelle des mesures de concentration,
il est nécessaire soit d’interpoler les mesures dans le cas d’une résolution inférieure au pas de
temps d’intégration, soit de moyenner les mesures dans le cas contraire. Plusieurs méthodes
peuvent être utilisées pour le calcul de la moyenne sur la période choisie (utilisation des dé-
bits mesurés simultanément aux prélèvements seulement, utilisation de tous les débits) et sont
décrites par Walling et Webb [1985]. Lang [1995] propose d’interpoler linéairement les concen-
trations aux mêmes pas de temps que les débits afin de prendre en compte la variabilité du débit.

Les méthodes de régression sont basées sur la reconstitution d’une chronique de concentration
en MES au pas de temps de la chronique de débit. La reconstitution s’appuie sur une relation
de régression entre le débit et la concentration, ou courbe de tarage sédimentaire. La relation
de régression est estimée à partir de couples débit/concentration mesurés simultanément. La
loi utilisée est généralement une loi puissance, qui peut s’écrire sous la forme d’une régression
linéaire entre les logarithmes du débit et de la concentration :

log(C) = a + b log(Q) (4.8)

où a et b sont des paramètres de calage. Asselman [2000] décrit le paramètre a comme un


paramètre traduisant l’intensité de l’érosion sur le bassin versant. Mano [2008] interprète le
paramètre b comme la capacité de remobilisation des sédiments dans la rivière.
Des facteurs autres que le débit peuvent influer sur la valeur de la concentration, notamment
la disponibilité en sédiment ou des variations saisonnières des apports [Asselman, 2000]. C’est
pourquoi il existe en général une forte dispersion des valeurs autour de la relation de régression.
Cette méthode permet une estimation correcte des flux sur de longues périodes mais n’est pas
recommandée pour reproduire les concentrations instantanées. La qualité de la régression dépend
du nombre de couples utilisés et de sa capacité à reproduire les différentes gammes de débit et
de concentration observées dans le cours d’eau [Horowitz, 2003]. Quilbe et al. [2006] préconisent
d’utiliser la régression seulement pour de l’interpolation de données sur la gamme de mesures
disponibles. En cas d’extrapolation en dehors de la gamme de données, Harmel et al. [2006]
proposent une erreur de 20%.

103
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

En pratique, la méthode choisie pour le calcul des flux de MES dépend de la disponibilité ou
non de la mesure de concentration en MES. Lorsque cette donnée n’est pas disponible sur une
période, la méthode de régression est appliquée pour reconstituer une chronique de concentration
en MES au pas de temps de la chronique de débit.

Application de la régression à la station Bout du Monde


A partir des mesures historiques réalisées depuis 1974 et des mesures turbidimétriques entre
mars 2012 et mars 2013, Launay [2014] a proposé une reconstruction des flux en MES de l’Arve et
une ré-évaluation des flux anciens apportés au Rhône par l’Arve. Plusieurs types de régressions
reliant le débit Q à la concentration C ont été testées. En particulier, différents poids ont été
donnés à chaque couple Q, C pour l’établissement de la régression :
– régression simple : tous les couples Q, C ont le même poids,
– régression pondérée par le flux : les couples Q, C sont pondérés par le flux Q × C, ce
qui permet de mieux reproduire les fortes valeurs de concentration,
– régression pondéréepar la racine du flux : les couples Q, C sont pondérés par la
racine carrée du flux Q × C, ce qui permet de mieux reproduire les fortes valeurs de
concentration, mais de façon plus modérée qu’avec la méthode précédente.
La méthode de régression basée sur une pondération par la racine carrée du flux horaire a
permis d’obtenir un flux estimé proche (94%) du flux calculé réellement sur la période mars
2012 - mars 2013. Néanmoins, les concentrations obtenues par cette méthode sont surestimées
en régime de base et sous-estimées en crue.


   
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     %%%
     
 

 




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Figure 4.4 – Concentration en MES horaire en fonction du débit horaire à la station de Bout
du Monde de 1974 à 2013 et relations puissances, d’après Launay [2014].

104
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Autres affluents
Seules des mesures ponctuelles de la concentration en MES dans la Valserine à Lancrans et
dans les Usses à Pont-Rouge sont disponibles. A partir de ces mesures, Launay [2014] a proposé
une reconstruction d’une chronique de concentration horaire à partir d’une relation puissance
établie avec le débit, pondérée par la racine carrée du flux horaire pour ces stations (Tableau
4.3).

Tableau 4.3 – Coefficients des relations C=f(Q) pondérées par la racine du flux obtenues pour
la Valserine et les Usses.
Cours d’eau Station a b
Valserine Lancrans 7,18 10−3 0,65
Usses Pont-Rouge 4,63 10−2 0,80

Estimation des incertitudes


De nombreux auteurs se sont intéressés à l’estimation des incertitudes associées au calcul des
flux de MES [Horowitz, 2003; Harmel et al., 2006; Navratil et al., 2011; Antoine et al., 2013].
Les incertitudes sur le débit ont été présentées dans le paragraphe 4.2.1. L’incertitude liée à la
concentration peut être divisée en trois sources [Antoine et al., 2013] : la méthode de mesure
utilisée (prélèvement et type d’analyse ou turbidimètre) présentée au paragraphe 4.2.2, l’hété-
rogénéité spatiale de la concentration dans la section, présentée au paragraphe [Link] et du
caractère discret des mesures dans le temps. Pour le caractère discret des mesures, l’incertitude
dépend du rythme de variation du débit et de la concentration. King et Harmel [2003] ont pro-
posée une approche statistique pour estimer cette incertitude. L’approche est basée sur l’analyse
de 300 hydrogrammes de crue relevés aux États Unis, et suppose que les concentrations pré-
sentent les mêmes variations temporelles que le débit. Ils estiment que l’erreur est nulle pour des
fréquences d’échantillonnage supérieures à 15 minutes, et proposent une incertitude de 2% pour
une fréquence de 30 minutes, et une incertitude de 15% pour une fréquence d’échantillonnage
de 2 heures.
L’estimation des incertitudes est menée en suivant le cadre du GUM [Joint Committee For
Guides in Metrology, 1995]. Les incertitudes sont d’abord présentées sous la forme d’incertitudes
types individuelles. On fait l’hypothèse que les incertitudes relatives u(Q)/Q et u(C)/C restent
constantes dans le temps, et l’on peut assimiler l’incertitude relative du flux instantané u(Φ)/Φ
à l’incertitude relative sur la masse u(M )/M . L’estimation de l’incertitude type composée pour
la concentration s’effectue par propagation des sources d’incertitudes types individuelles dont
les valeurs ont été présentées précédemment :

2 2
u(M ) u(C) u(Q)
= + (4.9)
M C Q

L’incertitude élargie est ensuite obtenue à partir d’un facteur d’élargissement k = 2.

105
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.2.4 Charriage
La mesure du charriage dans un cours d’eau permet la détection des conditions hydrau-
liques favorables à la mise en mouvement, la caractérisation de la granulométrie des sédiments
transportées, la quantification des flux transportés et la caractérisation des fluctuations spatio-
temporelles du transport par charriage. Elle permet aussi de calculer des bilans sédimentaires
sur le cours d’eau et est nécessaire pour le calage et la validation de modèles numériques de
transport.

[Link] Mesure du charriage par prélèvement


Le flux de charriage peut être mesuré en prélevant directement les sédiments transportés au
fond. Le débit solide (m2/s) s’exprime :
M
qs = kP (4.10)
ρs WP Δt
où kP est l’efficacité du préleveur, M est la masse de sédiments prélevée (kg), ρs est la masse
volumique du sédiment (kg/m3 ), WP est la largeur du préleveur (m) et Δt est le temps de
prélèvement (s).
Les préleveurs sont des appareils présentant une ouverture, placée face au courant et un sac
ou panier permettant de récupérer les échantillons. Ils peuvent présenter ou non un divergent
afin d’atténuer les pertes de charge [Camenen, 2012]. Ils permettent de mesurer à la fois le taux
de transport et la granulométrie des sédiments. L’efficacité du préleveur est définie comme le
ratio entre la masse collectée et la masse réelle transportée [Morris et Fan, 1998]. Elle peut être
déterminée expérimentalement dans un canal hydraulique. Le préleveur Helley-Smith [Helley et
Smith, 1971] développé par l’USGS est un préleveur à différence de pression (Figure 4.5 a). Il est
composé d’une buse d’entrée en forme de divergent et d’un sac ou panier qui sont reliés à une
structure métallique. Il existe deux modèles avec des tailles d’ouverture différentes (76 mm et
152 mm). Selon Emmett [1980], le préleveur Helley-Smith collecte 100% des particules entre 0,5
et 16 mm (kP =1). Pour des particules plus fines (entre 0,25 et 0,5 mm), l’efficacité est de 175%
correspondant à une sous-estimation du prélèvement, soit kP =0,5, alors que pour des particules
plus grossières (entre 16 et 32 mm), l’efficacité est de 70%, soit kP =1,5, correspondant à une
sur-estimation du prélèvement.
Le préleveur Ehrenberger [Ehrenberger, 1931] est un préleveur avec une ouverture de 70 cm
et sans divergent (Figure 4.5 b). La taille des mailles du panier est souvent grossière. Cet échan-
tillonneur est peu stable dans les écoulements très turbulents, mais a donné des résultats satis-
faisants sur le Danube [Camenen et al., 2011].

a) b)

Figure 4.5 – Préleveurs de charriage utilisés sur le Rhône : a) Préleveur Helley-Smith, b)


Préleveur Ehrenberger (photos B. Camenen).

Un des obstacles liés à la mesure ponctuelle du charriage réside dans la forte variabilité
spatiale et temporelle des mouvements au fond. D’après Hubbell [1987], les taux de transport

106
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

mesurés à partir de prélèvements rapprochés dans le temps et l’espace varient de 0 à 4 fois la va-
leur moyenne. Des expérimentations menées par De Vries [1973] ont montré que sous l’hypothèse
d’un échantillonnage idéal, il faut répéter au moins 20 prélèvements par verticale pour obtenir
une incertitude de 20% sur la mesure du charriage. En pratique on réalise 3 à 5 prélèvements
par verticale et les incertitudes peuvent dépasser 50%.

Le charriage a été mesuré par prélèvement en trois stations au niveau du Haut-Rhône, aux
Ripes, Pont Carnot et Bognes (Figure 4.1). Les caractéristiques de ces mesures sont présentées
tableau 4.4. La station des Ripes est située environ 500 m en amont du Pont de Pougny, au niveau
d’un tronçon rectiligne. Elle est équipée d’une traille mécanique qui permet de faire aisément
des mesures. Les prélèvements ont aussi été réalisés à partir d’un bateau. Au niveau du Pont
Carnot, la mesure a été plus délicate. Elle a été réalisée à partir du Pont, et a nécessité d’utiliser
une grue et de bloquer une voie de la route départementale 1206. A Bognes, l’utilisation de la
traille manuelle a rendu la mesure très physique.

Tableau 4.4 – Caractéristiques des mesures de charriage.


Cours d’eau Station Type de mesure période
Rhône Ripes Helley-Smith 26/03/2014
24/06/2015
Rhône Pont Carnot Helley-Smith, Ehrenberger chasse 2012
Rhône Bognes Helley-Smith chasse 2012

[Link] Mesure acoustique


La mesure par acoustique passive consiste à écouter les bruits produits dans la rivière. Le
paysage acoustique d’une rivière est composé par les bruits produits par processus hydrodyna-
miques, : la turbulence et l’agitation de surface et par le transport de sédiments par charriage
(Figure 4.6) [Tonolla et al., 2011; Vračar et Mijić, 2011]. Les sédiments transportés par charriage
s’entrechoquent ou impactent le fond, générant du bruit dans des fréquences variant de quelques
kHz à quelques centaines de kHz. Le signal reçu par l’hydrophone est composé des différents
bruits produits dans la rivière, qui peuvent être caractérisés par des fréquences proches. Néan-
moins, pour les grandes rivières à faibles pentes, pour lesquelles le rapport rugosité du fond
hauteur d’eau est petit, l’agitation de surface est considérée comme négligeable. Des études en
laboratoire et en rivière ont montré que les caractéristiques du signal acoustique produit par
les particules transportées par charriage dépendaient du flux et de la granulométrie des grains
transportés [Johnson et Muir, 1969; Barton et al., 2010]. Notamment, la fréquence du signal pro-
duit par le charriage diminue quand le diamètre augmente, et la puissance acoustique produite
augmente lorsque le débit solide augmente.

107
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Figure 4.6 – Schéma du paysage acoustique des rivières, d’après Geay [2014].

L’hydrophone est un microphone positionné dans l’eau qui permet de capter les ondes acous-
tiques produites dans la rivière. La chaine d’acquisition est composée d’un capteur et d’un enre-
gistreur numérique. Le signal est modifié par la chaîne d’acquisition (sensibilité de l’hydrophone,
gain appliqué au signal lors de l’enregistrement). Pour revenir aux caractéristiques réelles du si-
gnal, il est nécessaire de le corriger. Les puissances obtenues peuvent être exprimés en unités
de pression (μPa2 ). Le traitement et l’analyse du signal sont réalisés à partir de programmes
développés par Geay [2014] avec le logiciel Octave.
Le signal s est d’abord découpé en plusieurs segments sk à l’aide d’une fenêtre d’échantillon-
nage w de longueur Ls . Les fenêtres utilisées sont de type gaussien. Les segments doivent se
recouper pour ne pas perdre d’information du au fenêtrage. Le taux de recouvrement R est le
ratio entre la longueur de la partie commune à deux fenêtres successives et la longueur totale de
la fenêtre. Pour chaque segment de signal sk , la transformée de Fourier Sk est calculée :
 
1
Ls
−2iπkjn
Sk (n) = sk (j)w(j) exp , 1 < n < Ls (4.11)
Ls j=1 Ls

La densité spectrale de puissance P SDk (en μPa2 /Hz) de chaque segment sk est :

Ls 1 n
P SDk (fn ) = 2
|Sk (fn )|2 , fn = Ls , 1 < n < Ls (4.12)
Fs Ls Us /


1
Ls
Us = |w(j)|2 (4.13)
Ls j=1

Fs est la fréquence d’échantillonnage du signal.

108
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

La puissance Pk (en μPa2 ) de chaque segment est :


Ls /2
Fs

Pk = 2 P SDk (fn ) (4.14)


Ls n=1

La densité spectrale de puissance et la puissance du signal entier sont les moyennes des den-
sités et des puissances sur tous les segments. En acoustique, les puissances sont plutôt exprimées
en dB re 1μPa2 :  
P
PdB = 10 log10 (4.15)
Pref
où Pref = 1 μPa2 est une puissance de référence.
Les densités spectrales de puissance sont exprimées par en dB re 1μPa/Hz0.5 :
 
P SD
P SDdB = 10 log10 (4.16)
P SDref

Pour analyser les enregistrements sur le long-terme, une analyse en bandes d’octaves peut être
réalisée. Elle permet de regrouper les fréquences et de simplifier le signal. Les bandes d’octave
ont été définies à partir de la fréquence 11 Hz, la limite supérieure étant le double de la limite
inférieure.
L’interprétation du signal en termes de transport par charriage reste difficile. En effet le signal
reçu par l’hydrophone résulte de la propagation d’ondes acoustiques générées dans la rivière qui
ont pu être réfléchies sur le fond et à la surface, diffractées, atténuées. Les caractéristiques du
signal reçu dépendent aussi de la position du capteur, de la hauteur d’eau et de la granulométrie
du fond. La mesure acoustique est intégratrice sur le plan spatial d’une zone de la rivière.
Pour être correctement interprétée, la mesure acoustique doit être confrontée à des mesures
complémentaires de l’environnement (hauteur d’eau, géométrie de la rivière, granulométrie des
sédiments). L’estimation du flux de charriage à partir de la mesure acoustique nécessite d’établir
une calibration avec des mesures réalisées in situ (par exemple des prélèvements Helley-Smith).

[Link] Application de la mesure acoustique à Pougny


A Pougny, un hydrophone a été installé en rive droite. Le capteur utilisé est un micro HTI-
99HF installé au bout d’une perche métallique et descendu le long de la berge. Il est relié
à une station de mesure autonome Wildlife Acoustics 1 SM2BAT+. La station a d’abord été
alimentée par une batterie puis a été reliée au secteur. La sensibilité de l’hydrophone est de -164,3
dB re 1V/μPa. Des tests et analyses du signal préliminaires réalisés au cours de l’installation
(le 27/08/2013) ont permis les observations suivantes (Figure 4.7) :
1. Il existe un bruit à 50 Hz, avec des harmoniques jusqu’à 200 Hz environ, qui est un bruit
électronique du à l’alimentation,
2. Des impulsions sont mesurées entre 700 Hz et 10 kHz, et peuvent correspondre à du
charriage grossier,
3. Un bruit « blanc » (c’est à dire dont la puissance est constante) haute fréquence est mesuré
entre 2 kHz et 30 kHz, correspondant à du charriage de petites particules (diamètre proche
du millimètre)
4. Une fréquence porteuse à 47,5 kHz et des harmoniques au dessus est observée. Il s’agit d’un
bruit électronique correspondant sans doute à une fréquence utilisée par d’autres systèmes
de mesure installés dans la station,
5. Des impulsions large bandes (coupures liées à l’électronique) sont mesurées.
1. http ://[Link]/

109
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Figure 4.7 – Spectrogramme du signal enregistré par la chaîne wildlife acoustics, l’échelle de
couleur correspondant à la densité spectrale de puissance, d’après Geay [2013].

Compte-tenu de ces observations, les paramètres des mesures acoustiques ont été fixées avec
le paramétrage suivant :
– Fréquence d’échantillonage Fs =96 kHz
– Utilisation d’un filtre passe-haut analogique coupant à 180 Hz, qui permet d’atténuer le
bruit électronique à 50 Hz et les harmoniques
Depuis l’installation, des enregistrements de une minute sont réalisés toutes les heures.
Afin de sélectionner la gamme de fréquences représentative du charriage et non polluée par
une autre source de bruit, une analyse par bandes d’octaves a été réalisée sur les données mesurées
du 27/08/2013 au 24/09/2013. Pour chaque enregistrement, l’énergie acoustique contenue dans
chaque bande d’octave a été calculée. Une corrélation de Pearson est appliquée pour corréler
entre elles les 12 bandes et permet de construire une carte de corrélation (Figure 4.8). La carte
met en évidence quatre familles de bandes d’octaves :
– Les bandes 1 à 7 (11<f <1400 Hz) sont corrélées entre elles. Ce sont les bandes influencées
par le bruit électronique à 50 Hz,
– Les bandes 10 et 11 (5600<f <22627) correspondent au bruit coloré haute fréquence, as-
similable a priori au charriage
– Les bandes 8 et 9 (1400<f <5600 Hz) sont influencées par les deux phénomènes précédents,
– La bande 12 (22627<f <45255 Hz) semble influencée par le mode d’alimentation de la
station (batterie ou secteur). Par précaution elle est écartée de l’analyse pour le charriage.

110
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Figure 4.8 – Corrélation entre les bandes d’octaves, la couleur correspond au coefficient de
corrélation d’après Geay [2013].

L’analyse acoustique a permis de mettre en évidence une corrélation entre le débit à Pougny
et la puissance acoustique des bandes d’octave 10 et 11 (Figure 4.9). Pour des débits supérieurs
à 700 m3 /s, le débit et la puissance acoustique sont moins corrélés. La puissance de la bande
d’octaves 10 reste proche de 120 dB, alors que des variations sont observées pour la bande 11
(Figure 4.10).

a)
600
400
Débit (m3/s)

200
0

28/08/2013 01/09/2013 05/09/2013 09/09/2013 13/09/2013 17/09/2013 21/09/2013

b)
Puissance acoustique (dB)
120
100
80

Bande 10 Bande 11

28/08/2013 01/09/2013 05/09/2013 09/09/2013 13/09/2013 17/09/2013 21/09/2013

Figure 4.9 – Chroniques mesurées entre le 28 août le 25 septembre 2013 : a) débit à Pougny,
b) puissance acoustique.

111
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

a)

1000
Débit (m3/s) Q=700 m3/s
500
0

29/04/2015 01/05/2015 03/05/2015 05/05/2015 07/05/2015

b)
130
Puissance acoustique (dB)
120
110

Bande 10 Bande 11
100

29/04/2015 01/05/2015 03/05/2015 05/05/2015 07/05/2015

Figure 4.10 – Chroniques mesurées entre le 29 avril août le 8 mai 2015 : a) débit à Pougny, b)
puissance acoustique.

4.2.5 Granulométrie des sédiments transportés


[Link] Méthodes de mesure de la granulométrie
Pour la fraction grossière (80 μm<d<80 mm), la méthode de mesure par tamisage est gé-
néralement utilisée [NF P 94-056, 1996]. L’analyse consiste à fractionner l’échantillon au moyen
d’une série de tamis et à peser le refus pour chaque tamis. La masse est rapportée à la masse
totale de l’échantillon. Sur la gamme de diamètres considérée, la distribution est discrétisée en
19 diamètres.
La sédimentométrie est une méthode utilisée pour la fraction fine (d< 80 μm) [NF P 94-057,
1992]. Cette méthode est basée sur le principe de la décantation et permet d’estimer le diamètre
équivalent des particules à partir de la mesure de la vitesse de chute. Les sédiments sont contenus
dans une suspension homogène défloculée et mise à décanter dans une colonne. Un densimètre
plongé dans la suspension permet de lire l’évolution au cours du temps de la masse volumique
de la suspension. La profondeur d’immersion Ht de l’appareil est aussi mesurée. Le diamètre
équivalent d des plus grosses particules non sédimentées à l’instant t est calculé à partir de la
mesure de la vitesse de décantation v(t) = Ht /t et de la loi de Stokes :
0.5
1 18ν Ht
d= (4.17)
g δ t

où g ≈ 9, 81m/s2 est l’accélération de la pesanteur, δ est la densité réduite du sédiment, masse


volumique du sédiment, ν est la viscosité cinématique de l’eau.
La proportion d’éléments de diamètre inférieur ou égal à d contenus dans la suspension au
temps t est :
V s ρs ρ t
p= −1 (4.18)
M δ ρ

112
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

où Vs est le volume de la suspension, M est la masse initiale de sédiment et ρt est la masse


volumique de la suspension. La méthode permet de mesurer 10 diamètres équivalents dans la
gamme [1 μm, 63 μm]. Elle fait intervenir de nombreuses mesures et corrections intermédiaires.
Les résultats sont particulièrement dépendants des conditions de mesure ainsi que de la nature,
la forme et la densité des sédiments. De plus l’hypothèse de sphéricité utilisée pour l’application
de la loi de Stokes donne une tendance à la minoration du diamètre.
Pour les échantillons présentant une large distribution de diamètres, les méthodes de tamisage
et de sédimentométrie sont successivement appliquées. La proportion de sédiments ayant un
diamètre compris entre 63 μm et 80 μm n’est pas mesurée, elle est déduite de la masse totale de
l’échantillon et des masses mesurées attribuées à chaque gamme.
La mesure par granulométrie laser est une mesure alternative pour des diamètres compris
entre 0,02 μm et 2 mm [Syvitski, 2007]. Le granulomètre laser utilisé à Irstea pour les analyses
est un CILAS 1190. Pendant la mesure, il est possible ou non d’utiliser des ultrasons qui per-
mettent d’éviter la floculation des particules. L’utilisation des ultrasons donne une mesure plus
représentative des particules élémentaires. Cette technique s’appuie sur la diffraction de la lu-
mière. L’échantillon étudiée circule dans une cellule de mesure, et un rayon laser est envoyé. Les
particules en suspension diffractent et atténuent le faisceau incident. Des capteurs reçoivent le
rayonnement diffracté permettant la mesure de la distribution angulaire de l’intensité lumineuse
diffractée. Un modèle théorique est utilisé pour convertir le spectre de répartition en distribution
de fréquence de taille des particules. D’après la norme ISO-13320 [2009], la théorie de Fraunhofer
est utilisée pour des particules ayant un diamètre au moins 40 fois supérieur à la longueur d’onde
incidente, la théorie de Mie est appliquée pour des particules de taille inférieure à 100 μm. La
mesure par granulométrie laser est une mesure surfacique, et la conversion en volume s’effectue
en supposant des particules sphériques.

[Link] La mesure de la granulométrie des sédiments transportés du Léman à Seys-


sel
Des analyses granulométriques des sédiments transportés sont réalisées de façon ponctuelle le
long du Haut-Rhône (Figure 4.1). La diversité de taille des sédiments transportés dans la retenue
implique une diversité des modes de transport et des modes de prélèvements des échantillons,
et aussi une diversité dans les protocoles d’analyse granulométrique (Tableau 4.5).

Tableau 4.5 – Caractéristiques des granulométries réalisées.


Cours Station Position Transport Période Analyse
d’eau
Rhône Ripes fond charriage 26/03/2014 tamisage
fond charriage 24/06/2015 tamisage
Rhône Pougny surface RD suspension chasse 2012 granulomètre laser
surface RD suspension juin 2012 granulomètre laser
profondeur RD trappe juin 2012 granulomètre laser
surface RD suspension mai 2014 granulomètre laser
Le Rhône Pont Carnot fond charriage chasse 2012 tamisage
Le Rhône Génissiat vannes total chasse 2012 tamisage
sédimentométrie
colonne d’eau suspension mars 2014 granulomètre laser
Le Rhône Bognes fond charriage chasse 2012 tamisage
Le Rhône Seyssel surface RD suspension chasse 2012 granulomètre laser
L’Arve Bout du Monde surface RD suspension déc. 2012 granulomètre laser

113
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Au cours de la chasse de 2012, les protocoles d’analyses granulométriques des sédiments


transportés ont montré une forte hétérogénéité. Alors que les granulométries des sédiments
transportés à Pougny et Seyssel sont réalisées au granulomètre laser, l’analyse a été réalisée par
tamisage et sédimentométrie pour les sédiments prélevés au niveau des vannes. Nous disposons
actuellement d’un jeu de 7 échantillons prélevés dans la retenue de Génissiat dont la granulomé-
trie a été déterminé à la fois par granulométrie laser et par sédimentométrie/tamisage. Pour la
granulométrie laser, un essai a été réalisé en utilisant des ultrasons, et un autre sans. Une diffé-
rence entre les méthodes est observée sur les 7 échantillons (Figure 4.11). Il existe des différences
entre la méthode de granulométrie laser avec ou sans ultrasons. La mesure avec ultrasons produit
toujours des diamètres plus faibles que sans ultrasons. L’écart entre la mesure par granulométrie
et la mesure par sédimentométrie/tamisage semble d’autant plus important que l’échantillon est
grossier. Le diamètre médian obtenu par granulométrie laser avec ultrasons est toujours inférieur
à celui obtenu par sédimentométrie/tamisage. De manière générale, les diamètres obtenus avec
le laser sans ultrason sont plus proches de ceux obtenus par sédimentométrie/tamisage. Ce point
souligne la question de l’efficacité du défloculant utilisé dans la méthode par sédimentométrie.
1.0

Granulomètre laser US
Granulomètre laser sans US
0.8

Sédimentométrie/tamisage
fréquence cumulée
0.6
0.4
0.2
0.0

0.1 1 10 100 1000


diamètre (μm)

Figure 4.11 – Distributions granulométriques obtenues par granulométrie laser et sédimento-


métrie/tamisage, prélèvement du 27/09/2012 au centre de la section située au PK 164,27.

[Link] Description de la distribution granulométrique d’échantillons multimodaux


Les représentations classiques des distributions granulométriques, exprimées en pourcentage
de volume ou de masse inférieur à un diamètre (typiquement d10 , d50 , d90 ) ne permettent pas
de mettre en évidence le caractère multimodal des distributions granulométriques. De nombreux
auteurs ont proposé des outils afin de décomposer un échantillon multimodal en plusieurs sous-
populations [Mäkelä et al., 2000; Lee et al., 2012; Launay, 2014]. L’hypothèse de base est de
considérer que les sous populations ont une distribution granulométrique décrite par une loi
log-normale :
1 −(log10 d − μd )2
f (d) = √ exp( ) (4.19)
d ln 10σ 2π 2σ 2
où μd est l’espérance et σ est l’écart type. Le diamètre médian est d50 = 10μd . Un programme
basé sur le package Mixtools de R et développé par Launay [2014] permet, après que l’utilisateur
ait indiqué le nombre de populations à identifier, de caractériser les différentes sous-populations
dans la distribution en renseignant μd , σ et un paramètre λ qui est la proportion de la sous-
population dans la distribution. Cette décomposition statistique nécessite une représentation
quasi-continue de la distribution granulométrique afin de déceler les inflexions dans la distri-
bution. Des tests ont montré que l’outil n’est pas applicable aux distributions obtenues par

114
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

sédimentométrie/tamisage du fait du nombre de points réduit servant à décrire la granulométrie


qui produit des discontinuités dans la distribution.

A partir des résultats des tests appliqués aux échantillons analysés par granulométrie laser
disponibles, 6 sous-populations granulométriques ont été identifiées (Tableau 4.6). Ces popula-
tions permettent de décrire les distributions granulométriques pour des diamètres allant jusqu’à
400 μm (Figure 4.12). Dans l’exemple, seules les quatre premières classes sont présentes.

Tableau 4.6 – Populations de sédiments permettant de décrire la distribution granulométrique.


nom d50 (μm) σ
argile 4 0,32
limon fin 15 0,24
limon gros 45 0,17
sable très fin 90 0,17
sable fin 200 0,2
sable moyen 400 0,2

 
"     $$
 #  %    

   

  
 ! 
 ! !


  
  



    




Figure 4.12 – Distribution granulométrique du prélèvement de sédiments en place du


27/09/2012 au PK 170,45 obtenue par granulométrie laser et reconstituée à partir de 6 po-
pulations sédimentaires identifiées sur le Haut-Rhône.

4.3 Dynamique du transport des matières en suspension en pé-


riode d’interchasse
4.3.1 Concentrations en matières en suspension
Grâce au réseau de turbidimètres installé, il est possible de suivre l’évolution des concen-
trations le long du Rhône (Figure 4.13). Entre le 20/07/2014 et le 05/08/2014, les retenues de
Verbois, Chancy-Pougny et Génissiat n’ont pas été exploitées selon un mode journalier, à cause
d’apports importants du Lac Léman, et le débit est resté proche de 600 m3 /s.
En amont, la concentration de l’Arve à Bout du Monde est fortement corrélée au débit. Les
concentrations sont assez élevées et dépassent régulièrement 1 g/l.
A Pougny, la concentration est corrélée à celle de l’Arve, avec une dynamique similaire. Les
concentrations sont plus faibles, dues à la dilution du flux de l’Arve par les eaux du Rhône. Une
partie du flux est aussi déposée dans les retenues de Verbois et Chancy-Pougny. La concentration
à Pougny est influencée par le débit à Pougny, avec une atténuation de la concentration entre

115
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Bout du Monde et Pougny variable selon le débit du Rhône (par exemple les pics du 20 au 24
juillet sont moins atténués que ceux du 08 au 11 août). Pour des apports normaux de l’Arve,
la concentration à Pougny montre des créneaux simultanés aux créneaux de débit, les débits
faibles du Rhône ayant une plus forte tendance à favoriser le dépôt dans les retenues de Verbois
et Chancy-Pougny.
A Pyrimont, la concentration est très proche de la concentration à Pougny en régime normal,
ce qui laisse supposer que peu de dépôt a lieu dans la retenue de Génissiat dans ce cas. En période
d’interchasse, la capacité de remobilisation des sédiments dans la retenue de Génissiat étant
faible (cf. figure 3.25), la propagation dans la retenue de Génissiat des sédiments en suspension
à Pougny semble être le processus principal expliquant la présence de matières en suspension à
Pyrimont, avec peu d’échanges des matières en suspension avec le fond. Pour des concentrations
plus fortes, les pics sont atténués entre Pougny et Pyrimont. Ainsi, il semblerait qu’il existe,
en fonction des contraintes hydrauliques dans la retenue, une concentration en matières en
suspension limite au delà de laquelle du dépôt a lieu.
Ainsi, les matières en suspension transitent le long de la retenue de Génissiat et leur dyna-
mique varie très peu d’un site à l’autre, suggérant qu’il existe très peu d’échanges avec le fond,
hormis le dépôt dans les retenues.

a)
0.05 0.20 1.00
Concentration (g/l)

Bout du Monde Pougny Pyrimont


0.01

15/07/2014 19/07/2014 23/07/2014 27/07/2014 31/07/2014 04/08/2014 08/08/2014 12/08/2014

b)
200 400 600800
Débit (m3/s)
0

15/07/2014 19/07/2014 23/07/2014 27/07/2014 31/07/2014 04/08/2014 08/08/2014 12/08/2014

c)
331
Altitude (m)
327 329
325

15/07/2014 19/07/2014 23/07/2014 27/07/2014 31/07/2014 04/08/2014 08/08/2014 12/08/2014

Figure 4.13 – Chroniques mesurées entre le 15 juillet et le 15 août 2014 : a) Concentrations à


Bout du Monde, Pougny et Pyrimont, b) Débit à Bout du Monde, Pougny et Pyrimont, c) cote
au barrage de Génissiat.

116
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.3.2 Granulométrie des matières en suspension


La démodulation de la distribution granulométrique des prélèvements réalisés en surface à
Pougny et Pyrimont en période d’interchasse a été réalisée à partir des populations présentées
dans le tableau 4.6. Les sédiments présents en surface sont des argiles et des limons fins et la
composition des échantillons diffère peu entre les deux sites malgré leur éloignement, ce qui
confirme que les échanges avec le fond sont limités (Figure 4.14).

a) b)
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2

0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2


argile 35% argile 30%
limon fin 65 % limon fin 70 %
Pourcentage de fréquence

0.1 1 10 100 0.1 1 10 100


Diamètre (μm) Diamètre (μm)

Figure 4.14 – Description granulométrique (densité de fréquence et démodulation) d’échan-


tillons de surface prélevés en période d’interchasse : a) Pougny, b) Seyssel.

4.3.3 Propagation des matières en suspension entre Pougny et Pyrimont en


période d’interchasse
Les matières en suspension mesurés à Pyrimont sont issues de la propagation dans la retenue
de Génissiat des matières en suspension à Pougny. Des conditions d’exploitation de la retenue
de Génissiat variées sont observées en période d’interchasse, avec des règles d’exploitation per-
mettant d’associer des débits entre 0 et 750 m3 /s à des cotes entre 325 et 330,7 m NGFO. Des
vitesses d’écoulement très variées peuvent être observées dans la retenue. Le temps de propaga-
tion entre Pougny et Pyrimont a été estimé à partir des mesures pour différents épisodes entre
juillet 2014 et avril 2015, en se référant aux pics de concentration. Le temps de propagation des
matières en suspension entre Pougny et Pyrimont varie en fonction des conditions hydrauliques
(Figure 4.15). Globalement, le temps de propagation est d’autant plus court que le débit entrant
est fort et que le niveau au barrage est bas.

117
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments



   


  #$ % & !' &' 

#$ 
%

#$ % #$ %


  
           


  




  
           




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Figure 4.15 – Chroniques mesurées entre le 20 juillet et le 5 août 2014 : a) concentrations à


Pougny et Pyrimont, b) débits à Pougny et Pyrimont, c) cote au barrage de Génissiat.

Dans le but d’établir une relation entre ces paramètres, le modèle hydraulique de la retenue
de Génissiat a été utilisé. Plusieurs régimes permanents représentatifs d’une période interchasse
ont été simulés et ont permis d’établir une relation :

ΔT = aQbP O HGE
c
(4.20)

avec T en heures, a = 3, 94 × 10−7 , b = −0, 93 et c = 5, 56 , où HGE = ZGE − 262, 6 est la


hauteur d’eau maximale au barrage, définie à partir de la cote mesurée et de l’altitude du seuil
de la vanne de fond. Un coefficient de détermination R2 =0,998 est obtenu. Un abaque reliant la
temps de propagation au débit et à la cote est obtenu à partir de cette relation (Figure 4.16). Les
temps de propagation obtenus à partir des mesures sont reportés sur le graphe (cf. paragraphe
4.3.3). Il existe globalement un bon accord entre les résultats du modèle et les mesures. Dans le
cas des mesures, la propagation du pic ne s’effectue pas toujours en régime permanent, avec des
variations temporelles du débit amont et de la cote aval qui rendent difficile le choix d’un débit
et d’une cote représentatifs et aussi une éventuelle influence de la cote aval.

118
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

96
84
72
15h

60

48
330 16.33h

36

30

15.5h

24
329 ●
18h

21
Cote (m)

18
328

15

12.16h

13
12
327 ●

11
25.16h ●
11.67h

10

12h

9
326

8
200 400 600 800

Débit (m3/s)

Figure 4.16 – Temps de propagation des sédiments fins en suspension (en heures) simulé entre
Pougny et Pyrimont pour un régime permanent en fonction du débit entrant et de la cote au
barrage (isolignes), comparaison avec les mesures en période d’interchasse (points).

4.4 Dynamique du transport des matières en suspension en pé-


riodes de chasse
L’analyse de la dynamique du transport de sédiments en chasse est réalisée à partir des
mesures historiques, combinées à la modélisation hydraulique des événements. Cinq événements
de chasse présentant un vaste jeu de données hydro-sédimentaires mesurées été sélectionnés : les
chasses de 1954, 1984, 2000, 2003 et 2012.

Concentrations en entrée
Durant la phase de remobilisation, les retenues suisses fonctionnent en exploitation normale.
Les apports en matières en suspension dans la retenue de Génissiat correspondent à des apports
de période interchasse et dépendent des débits du Rhône et de l’Arve et de la concentration en
MES apportée par l’Arve (cf. paragraphe 4.7.2). Durant la phase de transport des sédiments
issus des chasses suisses, les concentrations en MES entrant dans la retenue sont mesurées à
partir de prélèvements de surface au niveau du Pont de Pougny (cf. paragraphe 4.2.2) et sont
considérées représentatives du transport des sédiments fins de diamètre inférieur à 63 μm. On
ne dispose pas de données concernant le transport de sédiments plus grossiers.

Concentrations en sortie
Au cours de la première phase, les sédiments observés en aval du barrage proviennent de
la remobilisation de sédiments au sein de la retenue. Pour la phase de régulation, il s’agit de
sédiments érodés dans les retenues suisses et ayant transité dans la retenue de Génissiat. Au
niveau du barrage, la mesure est réalisée en sortie des conduites des vannes, où la turbulence

119
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

permet de mettre en suspension quasi homogène toutes les classes de sédiments ayant transité
par la vanne. Ainsi, les prélèvements issus de la vanne de fond intègrent à la fois le charriage et
la suspension. En aval, des prélèvements de surface sont aussi réalisés à Pyrimont et à Seyssel.

4.4.1 Transport par suspension lors de la phase de remobilisation


L’analyse de la dynamique du transport par suspension lors de la phase de remobilisation
s’appuie sur les mesures de concentrations en matières en suspension et de granulométrie réalisées
au cours de la chasse de 2000 ainsi que sur la modélisation hydraulique de cet événement (Figure
4.17).

a)
340

0.5
Cote au barrage

30
Concentration

0.4
330

Contrainte efficace (Pa)


Contrainte

Concentration (g/l)
Altitude (m)

0.3
320

20
0.2
310

10
0.1
300

0
20/05/2000 21/05/2000 22/05/2000 23/05/2000 24/05/2000 25/05/2000 26/05/2000

b)
340

30
0.8
330

Contrainte efficace (Pa)

Concentration (g/l)
Altitude (m)

0.6
320

20
0.4
310

10
0.2
300

20/05/2000 21/05/2000 22/05/2000 23/05/2000 24/05/2000 25/05/2000 26/05/2000

c)
340

0.2

30
330

Contrainte efficace (Pa)


0.15

Concentration (g/l)
Altitude (m)
320

20
0.1
310

10
0.05
300

20/05/2000 21/05/2000 22/05/2000 23/05/2000 24/05/2000 25/05/2000 26/05/2000

Figure 4.17 – Concentrations mesurées et conditions hydrauliques modélisées au cours de la


chasse de 2000, aux stations de : a) Grésin (PK 173), b) Bellegarde (PK 169), c) Malpertuis
(PK 164,8).

120
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

[Link] Mobilisation des matériaux entre Pont Carnot (PK 180) et Grésin (PK
173)
L’abaissement du niveau de la retenue en dessous de 325 m produit une augmentation de
la concentration en matières en suspension à Grésin (Figure 4.17 a). Le modèle montre une
augmentation conjointe des contraintes dans la section. Au début de l’abaissement un mélange
de sédiments fins et de sables (53% de fins et 47% de sables, d50 =60 μm) est observé en surface
à Grésin. Les sédiments en place sont donc mobilisés entre les deux stations, ce qui est en
accord avec les contraintes efficaces modélisées dans ce tronçon qui montrent que les sédiments
de 400 μm peuvent être érodés dès que le niveau de la retenue est inférieur à 320 m (cf. figure
3.31). Pour une cote au barrage inférieure à 312,5 m, l’écoulement est libre et la contrainte
simulée ne dépend plus que du débit entrant. Les sédiments transportés présents en surface
sont uniquement des sables (d50 =250 μm), ce qui suggère que la couche supérieure constituée
de dépôts récents de sédiments fins a été érodée. Des pics de concentration sont mesurés en
surface, mais leur interprétation est difficile puisqu’une seule mesure a servi à les déterminer.
De plus, le diamètre des prélèvements correspondant à ces pics est proche du diamètre du fond
(d50 =400 μm), pouvant laisser croire à une erreur de manipulation ou à une forte érosion locale
de sédiments.

[Link] Mobilisation et dépôt sélectif des matériaux entre Grésin (PK 173) et
Bellegarde (PK 169)
A Bellegarde, l’abaissement du niveau de la retenue en dessous de 321 m produit une aug-
mentation de la concentration en matières en suspension (Figure 4.17 b). Le modèle montre une
augmentation conjointe des contraintes dans la section. Au début de la chasse, les concentrations
mesurées sont plus fortes à Bellegarde et la granulométrie des sédiments transportées est iden-
tique à celle des dépôts locaux (d50 =80 μm), ce qui est en accord avec les contraintes efficaces
modélisées qui montrent que les sédiments autour de 100 μm pour des niveaux inférieurs à 315 m
(cf. figure 3.31). Les sédiments en place sont donc remobilisés entre les deux stations (Figures
4.17 a,b). Pour une cote au barrage inférieure à 310 m, l’écoulement est libre. A cote basse,
alors que la concentration en MES ne varie pas, on observe une décroissance du diamètre entre
les deux stations (100% de sable et d50 =250 μm à Grésin, 35% de fins et 65% de sables avec
d50 =150 μm à Bellegarde). Un dépôt ou un changement de mode de transport des sédiments les
plus grossiers a donc lieu entre Grésin et Bellegarde conjointement à une érosion des sédiments
en place, donnant lieu à un tri granulométrique. L’évolution longitudinale des contraintes mo-
délisée pour des conditions de chasse soutient cette théorie puisqu’elle montre une diminution
des contraintes entre les PK 171 et 170 (cf. figure 3.31).

[Link] Mobilisation et dépôt sélectif des matériaux entre Bellegarde (PK 169) et
Malpertuis (PK 164,8)
A Malpertuis, la chronique de concentration mesurée est corrélée à la chronique de contrainte
calculée. Du transport est observé à Malpertuis au début de l’abaissement, avant même l’ouver-
ture des vannes (Figure 4.17 c). Le diamètre transporté diminue entre Bellegarde et Malpertuis.
Il semble donc exister un dépôt ou un changement de mode de transport des sédiments les plus
grossiers à l’aval de Bellegarde. Une érosion des sédiments en place a aussi lieu car la concentra-
tion en MES varie peu entre les deux stations (Figures 4.17 b, c). Lorsque le niveau est inférieur
à 309 m, l’écoulement est libre, les contraintes simulées augmentent, ainsi que la concentration et
la granulométrie transportée. Lorsque l’abaissement est suffisant, une plus forte remobilisation
a lieu dans le bief, qui pourrait être localisée entre les PK 166 et 165, où une augmentation des
contraintes est observée pour une cote au barrage de 305 m (cf. figure 3.31). La concentration
et le diamètre médian mesurés à Malpertuis augmentent.

121
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.4.2 Transport par suspension durant la phase régulation des chasses suisses
[Link] Transit des sédiments issus des chasses suisses
Au cours de la phase de chasses suisses, les apports sédimentaires à Pougny sont importants.
Les sédiments présents en surface sont des argiles et des limons fins et grossiers (Figure 4.18). Les
chasses des barrages suisses font apparaitre une population plus grossière en surface que lors des
périodes interchasses (Figure 4.14). Les prélèvements obtenus à partir de trappes à sédiments
font apparaître un mode supplémentaire à 90 μm. Des sables sont donc aussi transportés, mais
par suspension graduée.


 
      

      



 
 
     
     

   

       



  
 

Figure 4.18 – Description granulométrique (densité de fréquence et démodulation) d’échan-


tillons prélevés pendant la phase de régulation de la chasse de 2012 à Pougny : a) prélèvement
de surface, b) piège à sédiments.

Différents protocoles de gestion du niveau de la retenue de Génissiat ont été mis en oeuvre
au cours des chasses. L’analyse du transit des sédiments au cours des chasses de 1954 et 1984
permet de mettre en évidence l’influence des conditions hydrauliques sur le transport (Figures
4.19 a, b). D’après l’analyse géomorphologique, la principale condition pour favoriser le transit
des sédiments le long de la retenue est le maintien de la retenue à cote basse. Pour une cote
donnée, le transit est aussi amélioré si le débit est plus fort (cf. Figures 3.27, 3.32). Pour des
conditions de débit similaires (Q=450-500 m3 /s), le transit est en effet plus efficace au cours de la
chasse de 1984, où la retenue est maintenue à une cote Z=317 m qu’en 1954 où la retenue est à la
cote Z=324 m. Néanmoins, ces deux événements sont séparés de 30 ans, avec un envasement de
la retenue estimé à environ 10 millions de m3 (Tableau 3.8) et un comblement pouvant atteindre
20 m (Figure 3.11). La modification importante de la géométrie incite donc à relativiser les
conclusions déduites de cette comparaison.

122
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

a)

335

10
Cote Génissiat
Débit solide Pont Carnot (PK 180)

8
330
Débit solide Grésin (PK 173)

Débit solide (T/s)


● Débit solide Arlod (PK 167)
Altitude (m)

6
325

4
320

2

●● ● ●●● ●
●●
●● ● ●
315

● ● ●
●● ● ● ●

0
26/06/1954 27/06/1954 28/06/1954 29/06/1954 30/06/1954

b)
305 310 315 320 325 330 335

20
Cote Génissiat
Concentration Pougny (PK 187)

15
Concentration Pont Carnot (PK 180)

débit solide (T/s)


● Concentration Bellegarde (PK 169)
Altitude (m)

10
● ●

5


● ● ●
● ● ●
● ● ●

0
12/05/1984 14/05/1984 16/05/1984 18/05/1984

Figure 4.19 – Matières en suspension mesurées le long de la retenue et cote au barrage : a)


chasse de 1954, b) chasse de 1984.

Au cours des différentes campagnes de mesures, aucun courant de densité n’a été mesuré
dans la retenue.

[Link] Temps de propagation des sédiments entre Pougny et le barrage


A partir des mesures de concentration réalisées à la station du Pont de Pougny et au barrage,
il est possible d’évaluer le temps de propagation des sédiments au cours de la phase de régulation.
En fonction de la cote de la retenue, du débit, ainsi que des manœuvres de vannes et de la
granulométrie des sédiments, le signal entre Pougny et le barrage est plus ou moins atténué et
déformé. L’analyse des événements passés met en évidence des temps de propagation entre le
Pont de Pougny et le barrage compris entre 7 heures et 13 heures.
Comme au 4.3.3, le modèle hydraulique de la retenue de Génissiat a été utilisé pour simuler
plusieurs régimes permanents représentatifs de la phase de régulation avec des couples débit/cote
au barrage. La relation obtenue est :

ΔT = aQbP O HGE
c
(4.21)

avec T en heures, a = 2, 32 × 10−5 , b = −0, 89 et c = 4, 52 , où HGE = ZGE − 262, 6 est la


hauteur d’eau maximale au barrage, définie à partir de la cote mesurée et de l’altitude du seuil
de la vanne de fond.
Un coefficient de détermination R2=0,994 est obtenu. Un abaque reliant le temps de propa-
gation au débit et à la cote est obtenu à partir de cette relation (Figure 4.20). Les temps de

123
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

propagation obtenus à partir des mesures en chasse sont reportés sur le graphe. Contrairement
aux périodes d’interchasse, les temps de propagation obtenus à partir de régimes permanents
sont assez différents des mesures obtenues pendant les chasses. Lors de chasses, les variations de
l’hydrodynamique sont plus rapides et l’hypothèse d’un régime permanent n’est plus valide. Les
calculs en régime permanent donnent généralement une propagation plus rapide qu’en réalité.
En effet, pendant la phase de régulation, la retenue est plutôt en cours de remplissage, ce qui
produit un ralentissement de l’écoulement dans la retenue non représenté en régime permanent.
De plus, les temps de propagation simulés sont obtenus à partir du modèle numérique construit
avec la géométrie de décembre 2011, alors que les temps de propagation mesurés en chasse re-
montent à 1987. L’utilisation de ce modèle pour des chasses anciennes correspondant à un état
d’envasement moins avancé de la retenue, devrait aboutir à une sur-estimation du temps de
propagation, en accord avec les observations. Pour estimer les temps de propagation des sé-
diments en suspension au cours d’une chasse, l’utilisation d’un modèle hydraulique en régime
non-stationnaire et bâti sur une géométrie représentative semble nécessaire.
21

18
15 9h
1 ●2
3
1
11
10
320 9 ●
8 8h
Cote (m)

7 ●
● 6 7h ●
10h 8h
5
315 ●
8h 4


5.3h 3

300 400 500 600 700

Débit (m3/s)

Figure 4.20 – Temps de propagation des sédiments fins en suspension (en heures) simulé entre
Pougny et Pyrimont pour un régime permanent en fonction du débit entrant et de la cote au
barrage (isolignes), comparaison avec les mesures en chasse (points).

124
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.4.3 Transport par suspension dans la retenue de Seyssel


Le transport dans la retenue de Seyssel est illustré à partir des données des chasses de 2003
et 2012. Au cours des deux phases de la chasse, les matériaux sortant de la retenue de Génissiat
transitent dans la retenue de Seyssel. Les matériaux prélevés en surface à Seyssel sont des argiles
et limons.

a)
70

Sortie Génissiat
60

Pyrimont
Seyssel
Concentration (g/l)
50
40
30
20
10
0

17/05/2003 19/05/2003 21/05/2003 23/05/2003 25/05/2003 27/05/2003 29/05/2003

b)
50
40
Concentration (g/l)
30
20
10
0

3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012 15/06/2012 17/06/2012

Figure 4.21 – Concentrations mesurées en sortie du barrage de Génissiat, à Pyrimont et à


Seyssel au cours des chasses de : a) 2003, b) 2012.

La concentration mesurée en sortie du barrage de Génissiat est obtenue à partir des concen-
trations mesurées en sortie des vannes pondérées par le débit des vannes. Les mesures à Pyrimont
et Seyssel sont des mesures de surface (Figure 4.21). La chute de la concentration entre la sortie
du barrage de Génissiat et Pyrimont peut être attribuée soit à un dépôt soit au fait que les
sédiments les plus grossiers sont transportés vers le fond, soit par charriage, soit par suspension
graduée. Entre Pyrimont et Seyssel, la concentration en surface varie peu, ce qui suggère que les
sédiments en suspension sont transportés entre les deux stations sans interagir avec le fond.

125
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.4.4 Processus hydro-sédimentaires près du barrage de Génissiat


Les mesures de concentration et de granulométrie dans les vannes du barrage réalisées au
cours des chasses de 2000, 2003 et 2012, associées aux conditions hydrauliques à proximité (débit
dans les vannes, niveau de la retenue), mettent en évidence des processus hydro-sédimentaires
liés à la présence du barrage de Génissiat.

[Link] Gradient vertical


Concentration dans les vannes
Il existe un gradient vertical de concentration dans les vannes du barrage. La concentration
dans la vanne de fond est plus forte que dans la vanne de demi-fond et des pics de concentration
sont observés pendant la première phase (Figure 4.22). Au cours de la phase de remobilisation, les
concentrations mesurées dans la vanne de fond et dans la vanne de demi-fond ont des dynamiques
similaires. Lors de la phase de régulation, les signaux semblent moins corrélés.
350

100 120
Concentration vanne de fond
Concentration vanne de demi−fond
340

Concentration évacuateur

Concentration (g/l)
80
Cote Génissiat
Altitude (m)
330

60
320

40
310

20
300

0
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012

Figure 4.22 – Concentration mesurée dans les vannes au cours de la chasse de 2012.

Granulométrie dans les vannes


Les prélèvements granulométriques réalisés au cours de la chasse de 2012 montrent que les
sédiments sont plus grossiers dans la vanne de fond [Lerch et Thizy, 2013] (Figure 4.23). Il ne
semble pas exister de corrélation entre la concentration et le diamètre dans les vannes. Au cours
de la phase de remobilisation, les diamètres maximaux mesurés dans la vanne de fond sont assez
importants (dmax =8 mm), et traduisent la possibilité de reprise de sables grossiers et graviers
près de la vanne de fond. Les analyses granulométriques révèlent une quantité importante de
sables (d>62 μm) dans la vanne de fond (entre 45 et 65%), alors que les sables sont moins
présents dans la vanne de demi-fond (entre 5 et 15 %). Au cours de la phase de régulation, les
premiers échantillons prélevés dans la vanne de fond (jusqu’au 11/06/2012 à 4:30), sont plus
grossiers que le reste des échantillons issus de cette phase. Les premiers sédiments arrivant au
barrage sont a priori les sédiments issus de la retenue de Chancy-Pougny, qui sont plus grossiers
que les sédiments de la retenue de Verbois [Wildi et Loizeau, 2009; Loizeau, 2014]. Cette forte
proportion d’éléments grossiers peut expliquer la différence entre les concentrations observées
dans la vanne de fond et dans la vanne de demi-fond (Figure 4.22). Par la suite, les sédiments
prélevés dans la vanne de fond et dans la vanne de demi-fond ont les mêmes caractéristiques,
avec une part de sables d’environ 10%.

126
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

10
● d50 Vanne de fond
dmax Vanne de fond
● d50 Vanne de demi−fond
diamètre (mm)

dmax Vanne de demi−fond


1

● ●
0.1




● ●● ●
●●● ●
0.01

● ●●

3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012

Figure 4.23 – Granulométrie mesurée dans les vannes au cours de la chasse de 2012.

[Link] Variations du gradient de contrainte


Accélération de l’écoulement
Lorsque la cote est basse, les pics de concentration observés en vanne de demi-fond et en
vanne de fond sont généralement corrélés à des augmentations brusques du débit sortant qui
provoque en réaction une diminution brusque de la cote de la retenue. Lorsque la cote est basse
et que la vitesse d’abaissement dépasse 25 cm/h, on observe presque systématiquement des pics
dans la vanne de fond (Figures 4.24 a-b, 4.25 a-b, 4.25 a-b), [Peteuil, 2014].
Au cours de la chasse de 2000, des pics de concentrations ont aussi été observés le 23/05/2000
à 21:40 et le 24/05/2000 à 4:00 en sortie de la vanne de demi-fond, et faisaient suite à une brusque
augmentation du débit sortant et à une diminution de la cote. Des pics similaires observés au
niveau de la station installée au PK 164,81 (Figure 4.17 c) permettent de déduire que les pics de
concentrations observés au barrage sont au moins partiellement issus de sédiments remobilisés
en amont du PK 164,81.
Il semblerait que ces pics brutaux et intenses liés à la manipulation rapide des vannes soient
produits par un processus d’érosion par dépassement d’un seuil de gradient de contrainte, lié à
une accélération de l’écoulement.

Décélération de l’écoulement
Dès la remontée du plan d’eau à l’issue de la phase d’érosion, on observe une diminution
rapide des concentrations mesurées dans les vannes (Figures 4.24, 4.25, 4.26). La décélération
de l’écoulement semble donc impacter le transport des sédiments. En particulier, lors de l’abais-
sement de la retenue, des conditions hydrauliques similaires entraînent des concentrations plus
élevées.

127
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

a)

340

800
75
●●

Débit total

Vitesse d'abaissement (cm/h)


Cote barrage ●

● ● ●
Vitesse abaissement >25 cm/h
330

600


50
● ●

Débit (m3/s)
Altitude (m)


● ●
● ●●

● ●●
●●
● ●
● ●●
320

400


● ● ● ●


●●




● ●
●● ● ●

●●
●● ●● ● ●
● ●
● ●●
●●● ●

● ●

25

● ●

●●

310

200
300

0
20/05/2000 22/05/2000 24/05/2000 26/05/2000 28/05/2000 30/05/2000

b)
600

50
Débit vanne fond
Concentration vanne fond

40
Concentration (g/l)
400
Débit (m3/s)

20 30
200

10
0

0
20/05/2000 22/05/2000 24/05/2000 26/05/2000 28/05/2000 30/05/2000

c)
600

30
Débit vanne demi−fond
Concentration vanne demi−fond

Concentration (g/l)
400

20
Débit (m3/s)
200

10
0

20/05/2000 22/05/2000 24/05/2000 26/05/2000 28/05/2000 30/05/2000

Figure 4.24 – Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la première phase de la
chasse de 2000 : a) vanne de fond, b) vanne de demi-fond (Les débits passant par les différentes
vannes ne sont pas disponibles pour la phase de régulation).

128
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

a)

340

800
75
Débit total

Vitesse d'abaissement (cm/h)


Cote barrage
Vitesse abaissement >25 cm/h
330

600

50

Débit (m3/s)
Altitude (m)


● ● ●



● ● ●
320

400
● ●
● ● ● ● ● ●
●● ● ● ● ● ●
● ● ● ● ●
● ● ●
●●
● ● ●
● ● ● ●● ● ● ●
● ● ●
● ●

●●●
●●
● ● ● ●● ● ● ●


25
● ●● ●

●●●

●●
● ● ●● ● ●●
● ● ●
●● ● ● ●●

310

200
300

0
17/05/2003 19/05/2003 21/05/2003 23/05/2003 25/05/2003 27/05/2003

b)
600

100
Débit vanne fond
Concentration vanne fond

75
Concentration (g/l)
400
Débit (m3/s)

50
200

25
0

0
17/05/2003 19/05/2003 21/05/2003 23/05/2003 25/05/2003 27/05/2003

c)
600

30
Débit vanne demi−fond
Concentration vanne demi−fond

Concentration (g/l)
400

20
Débit (m3/s)
200

10
0

17/05/2003 19/05/2003 21/05/2003 23/05/2003 25/05/2003 27/05/2003

Figure 4.25 – Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la chasse de 2003 : a)
vanne de fond, b) vanne de demi-fond.

129
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

a)

340

800
75
Débit total

Vitesse d'abaissement (cm/h)


Cote barrage
Vitesse abaissement >25 cm/h
330

600


50

Débit (m3/s)

Altitude (m)

● ●
● ●

● ● ●
320

400
● ● ●
● ●

● ●
● ●
● ●●
●● ●

● ● ● ●
● ●●●● ● ● ● ●● ● ● ●●
●● ●● ●
●●● ● ●
● ● ●●●
● ●●● ● ●

25
●● ●● ● ●
● ● ● ● ●

310

200
300

0
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012

b)
600

100
Débit vanne fond
Concentration vanne fond

75
Concentration (g/l)
400
Débit (m3/s)

50
200

25
0

0
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012

c)
600

30
Débit vanne demi−fond
Concentration vanne demi−fond

Concentration (g/l)
400

20
Débit (m3/s)
200

10
0

3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012

Figure 4.26 – Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la chasse de 2012 : a)
vanne de fond, b) vanne de demi-fond.

[Link] La gestion de l’ouverture des vannes


Première ouverture de la vanne de fond
A la première ouverture de la vanne de fond, on observe une brève augmentation de la
concentration dans la vanne. De même lorsque la vanne est fermée puis réouverte au cours de
l’opération, comme le 26/05/2000 à 3:40, les premières concentrations ont été mesurées à des
valeurs comprises entre 180 et 300 g/l [CNR, 2000]. Ce phénomène peut être attribué à l’érosion
autour de l’entrée de la vanne, plus efficace au cours de la chasse car les conditions hydrauliques
sont plus favorables et les dépôts frais sont plus facilement mobilisables.

130
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Rôle de la vanne de fond durant l’abaissement


Il apparait que la concentration sortant de la vanne de fond est d’autant plus importante
que le débit dans la vanne est élevé au cours de l’abaissement du plan d’eau. En outre, lorsque
le débit passe complètement par la vanne de fond, il n’y a plus de capacité de dilution par la
vanne de demi-fond. En effet, en 2000, jusqu’à l’abaissement à une cote de 309 m tout le débit a
été évacué par la vanne de fond, et la concentration a atteint 24 g/l dans la vanne [CNR, 2000],
obligeant les exploitants à fermer cette vanne et utiliser la vanne de demi-fond (Figure 4.24 a
b). Pour les chasses de 2003 et 2012, le débit est réparti plus tôt entre les deux vannes, avec des
concentrations résultantes plus faibles.

Répartition des débits pendant le palier à cote basse


Les chasses de 2003 et 2012 présentent des conditions hydrauliques assez similaires en terme
de débit total et de cote au barrage au cours de la phase de remobilisation, avec une répartition
des débits différente entre les vannes. La comparaison des deux événements est discutable mais
semble montrer que pour un même débit total au barrage, plus le débit évacué par un ouvrage
est important, plus les concentrations passant dans l’ouvrage sont importantes (Tableau 4.7).

Tableau 4.7 – Débits et concentrations moyens au barrage pendant le palier à cote basse.
QV F (m3 /s) CV F (g/l) QV DF (m3 /s) CV DF (g/l) Qtot (m3 /s) Ctot (g/l)
chasse 2003 225 33,5 113 8,55 338 25,16
chasse 2012 157 25,59 171 11,7 328 18,34

Répartition des débits pendant la phase de régulation


Au cours de la phase de chasses suisses, la quantité de sédiments transférée à l’aval dépend
de la quantité entrant mais aussi de la cote et de la gestion de l’ouverture des vannes. En 2003,
tout le débit a été évacué par les vannes (principalement par la vanne de fond) pendant la phase
de régulation, environ 50% du flux mesuré à Pougny a été transféré à l’aval. A contrario, en
2012, le débit a été principalement évacué par l’évacuateur de surface et les usines afin de rester
scrupuleusement en dessous des valeurs maximum autorisées, et on estime que moins de 20%
des sédiments ont transité par le barrage.

4.5 Transport des sédiments grossiers


4.5.1 Transport par charriage en amont de la retenue en période d’interchasse
Deux campagnes de mesure de charriage avec le préleveur Helley-Smith ont été réalisées au
niveau de la station des Ripes en mars 2014 et juin 2015. Pour ces deux campagnes, les barrages
amont étaient fermés et les débits étaient inférieurs au débit de crue. Les prélèvements ont été
réalisés sur 3 verticales, avec trois prélèvements par verticale. La mesure est assez incertaine.
Les prélèvements réalisés au cours des deux campagnes ont montré que le transport par
charriage dans la section était faible, avec des débits solides compris entre 10−6 et 10−4 m3 /s
pour des débits liquides entre 300 et 500 m3 /s (Figure 4.27). Le diamètre médian des sédiments
transportés est compris entre 2 et 5 mm, cette valeur étant sensiblement différente du diamètre
au fond (d50 =70 mm, cf. Figure 3.9). Ces éléments suggèrent que le transport par charriage à
l’amont de la retenue en période d’exploitation normale est un transport résiduel.

A partir de ces mesures, une courbe de tarage sédimentaire Qs =f(Q) a été établie pour la
station des Ripes. Elle est basée sur le calcul de la capacité de transport pour un diamètre de
2 mm à partir de la formule de charriage de Camenen et Larson [2007], estimée avec la contrainte

131
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

moyenne dans la section et multipliée par un coefficient 1,5.10−4 afin que la courbe de tarage
passe par les points de mesure.
La masse moyenne transitant annuellement à la station des Ripes a été estimée à partir de
cette courbe de tarage et de la courbe des débits classés basée sur le débit horaire de 1974 à
2012. L’apport moyen annuel de sables dans la retenue en conditions d’interchasse est estimé à
2700 t.





 

 






 












  
 

 

Figure 4.27 – Mesures de charriage à la station des Ripes et courbe de tarage sédimentaire.

En conditions d’exploitation normale, le transport de sédiments grossiers à l’amont de la


retenue est très faible. La contribution des sédiments grossiers aux évolutions morphologiques
de la retenue est donc limitée.

4.5.2 Transport par charriage au Pont Carnot lors de la chasse de 2012


La présence de transport par charriage au Pont Carnot indique une mobilisation de maté-
riaux dans les biefs amonts. Au cours de la chasse de 2012, le charriage de matériaux grossiers
(d50 =28 mm en moyenne le 08/06/2012 et d50 =18 mm le 11/06/2012) a été mesuré (Figure
4.28). Le diamètre médian et le taux de transport ont respectivement varié d’un facteur 2 et 9
au cours des mesures réalisées le 08/06/2012. A partir du modèle hydraulique, la capacité de
transport a été calculée par la formule de Meyer Peter et Müller [1948], pour un d50 =28 mm.
Les valeurs obtenues sont du même ordre de grandeur que les taux les plus faibles mesurés. Le
pont Carnot est situé dans la zone d’influence du remous du barrage pour des cotes assez hautes,
la contrainte et donc le taux de transport dépendent à la fois du débit et de la cote au barrage.
Sur la période de la chasse de 2012, soit du 03/06/2012 au 15/06/2012, le flux de sédiments
transportés par charriage au Pont Carnot est estimé à 40000 T, soit environ 1,4 % du flux de
matières en suspension mesuré à Pougny (cf. Tableau 4.13). Le transport des sédiments grossiers
à l’amont semble donc avoir une faible contribution au bilan sédimentaire de la retenue au cours
d’une chasse.

132
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

600
1000
Flux de charriage (kg/s)


100


●●●

400
●● ●

Débit (m3/s)




10

200
Capacité de transport d50=28 mm
1

Débit
● Mesures
0.1

0
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012 15/06/2012

Figure 4.28 – Modèle et mesures de charriage au Pont Carnot durant la chasse de 2012.

4.5.3 Transport par charriage à Bognes lors de la chasse de 2012


Un transport par charriage a été mesuré à la station hydrométrique de Bognes au cours
de la chasse de 2012, avec un diamètre transporté significativement différent du diamètre du
fond (30 mm) mesuré dans la partie amont de la retenue de Seyssel. Entre le 08/06/2012 et le
11/06/2012, les sédiments charriés sont des sables fins et moyens (d50 =400 μm). Le 13/06/2012,
alors que la vanne de fond est fermée les sédiments charriés sont plus grossiers (d50 =3 mm),
avec la présence de coquillages et le flux de charriage est plus faible (Figure 4.29). Cela suggère
que les sédiments transportés proviennent de l’ouverture des vannes de la retenue de Génissiat.
La capacité de transport estimée à partir du modèle hydraulique de la retenue de Seyssel (cf.
paragraphe [Link]) et de la formule de Meyer Peter et Müller [1948] est très supérieure au flux
mesuré (Figure 4.29). Le transport de sédiments par charriage est donc un transport résiduel
contrôlé par les apports amont sortant du barrage de Génissiat.
1000

600
Flux de charriage (kg/s)
100


Débit (m3/s)


400



10

●●● ●
●●
200

Capacité de transport d50=1 mm ● ● ●



1

Débit ● ●
● Mesures
0.1

3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012 15/06/2012

Figure 4.29 – Modèle et mesures de charriage à Bognes durant la chasse de 2012.

133
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.6 Apport de la modélisation hydraulique 2D à la compréhen-


sion de la dynamique proche du barrage
4.6.1 Présentation du modèle
La configuration des ouvrages de vidange et les profondeurs élevées près du barrage donnent
lieu à des processus hydro-sédimentaires particuliers. Dans cette zone, la modélisation 1D n’est
pas adéquate pour représenter correctement l’hydrodynamique à proximité des vannes. Un mo-
dèle 2D du tronçon proche du barrage a été développé à l’aide du logiciel Telemac 2 au cours
d’un stage réalisé à Irstea [Duron, 2014], visant à améliorer la connaissance des processus hydro-
sédimentaires près du barrage. Le modèle s’étend du PK 162,97 jusqu’au parement du barrage
au PK 162,2. Il englobe le ruisseau de Cally, affluent en rive gauche vers le PK 162,51 mais
sa contribution au débit est négligée. Le modèle 2D a été construit à partir d’un assemblage
de profils issus de profils datant de décembre 2011 et de janvier et mars 2014. Localement, au
niveau des vannes de fond, demi-fond et de l’évacuateur de crue, les altitudes ont été corrigées
pour les ramener aux cotes des radiers des ouvrages. Un maillage 2D a été généré à l’aide du
logiciel BlueKenue 3 à partir de ces données. Des mailles d’environ 10 m ont été choisies pour la
retenue, et le maillage est raffiné au niveau de tous les évacuateurs et des singularités. Le modèle
est composé de 10 frontières qui intègrent la section amont, l’évacuateur de fond, l’évacuateur
de demi-fond, l’évacuateur de surface, ainsi que les six prises d’eau des usines (Figure 4.30).

Figure 4.30 – Maillage et frontières du domaine, d’après [Duron, 2014].


2. http ://[Link]/
3. http ://[Link]/fra/solutions/consultatifs/blue_kenue_index.html

134
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Le modèle a été calé à partir des mesures réalisées lors d’une campagne de mesures hydro-
sédimentaires réalisée en mars 2014. Les principaux paramètres hydrauliques et numériques
sélectionnés sont [Duron, 2014] :
– version non hydrostatique
– profil transversal de vitesse amont proportionnel à la racine carrée de la profondeur d’eau
– loi de frottement de Strickler, coefficient égal à 60 m1/3 /s sur l’ensemble du domaine
– modèle de turbulence de Smagorinski sur l’horizontale
A partir du modèle, la chasse de 2012 a été simulée dans sa totalité en 2D [Duron, 2014;
Artelia, 2014].

4.6.2 Caractéristiques hydrodynamiques


L’analyse des contraintes obtenues pour des simulations à différentes cotes avec plusieurs
répartitions de débits entre la vanne de fond et la vanne de demi-fond fait apparaitre des motifs
particuliers dans la zone (Figure 4.31) [Duron, 2014]. On observe toujours un chenal d’écoulement
principal au niveau du thalweg, concentré en rive droite à l’amont de la zone, puis suivant la
courbe. Il se dirige ensuite vers la vanne de fond, et à l’aval de celle-ci prend un virage à gauche
en direction de la vanne de demi-fond. Plus le niveau de la retenue est bas, plus le chenal est
étroit avec des contraintes fortes. Pour un niveau de 306 m, on observe un chenal secondaire
tracé directement entre la courbe amont et la vanne de fond. Il disparait pour des niveaux
plus élevés et est remplacé par une zone moins dynamique. On observe aussi deux zones moins
dynamiques à gauche et à droite du chenal allant vers la vanne de demi-fond, particulièrement
présentes lorsque le débit transitant dans cette vanne est faible.



  



 
!


   


"!   

  

   


   

Figure 4.31 – Configuration hydrodynamique de la zone.

135
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.6.3 Dynamique locale au cours de la chasse de 2012


Les contraintes locales sont calculées à partir des résultats du modèle 2D de la chasse de 2012
et fournissent des informations complémentaires pour l’interprétation des mesures de concentra-
tion réalisées en sortie des ouvrages.

[Link] Tronçon à l’amont du barrage


Dans le tronçon à l’amont du barrage, l’altitude du fond décroît rapidement à l’approche de
la vanne de fond (environ 40 m en 400 m). Les contraintes diminuent fortement de l’amont à
l’aval de la zone. La diminution atteint deux ordres de grandeur lorsque le niveau de la retenue
est à 305 m (entre le 07/06/2012 et le 09/06/2012). A l’amont du tronçon, les faibles hauteurs
d’eau provoquent de fortes vitesses, alors que dans la fosse, la hauteur d’eau est importante et
les vitesses sont faibles (Figure 4.32). Les contraintes simulées dans le chenal (courbes rouge,
bleue, verte) et par le modèle 1D (courbe grise) ont une dynamique proche de celle de la concen-
tration mesurée dans la vanne de fond. Des pics de contrainte simultanés aux pics observés au
niveau de la concentration dans la vanne de fond sont simulés par les modèles. Il existe des dif-
férences importantes entre le modèle 1D et le modèle 2D. Lorsque la cote au barrage est haute,
la contrainte moyenne 1D intègre la part de l’écoulement situé à l’extérieur du chenal et les
contraintes moyennes sur la section simulées par le modèle 1D sont inférieures aux contraintes
locales dans le chenal. De fait, pour une cote haute, une contrainte moyennée dans la section ne
permet pas de reproduire d’éventuels processus locaux de remobilisation et de transport dans le
chenal.

a)

Modèle 1D
10
Contrainte (Pa)

Modèle 2D
1
0.1

c)
123600
0.001


3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012
123400
Y lambert II (m)

b) ● ●
100

123200
y


Concentration (g/l)
50

123000
0

3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 868900 869100


X lambert II (m)

Figure 4.32 – a) Contraintes simulées par les modèles 1D et 2D de la chasse de 2012, b)


Concentration mesurée dans la vanne de fond, c) position des nœuds du modèle 2D.

136
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

[Link] Vanne de fond


La vanne de fond est située en rive droite de la retenue, à l’aval d’une fosse (Figure 3.12). A
l’approche de la vanne de fond, le modèle 2D simule des contraintes locales très différentes selon
la position (Figure 4.33). Les contraintes à l’entrée de la vanne (courbes rouge et bleue) sont
fortement corrélées au débit passant par l’ouvrage et à la hauteur d’eau en amont. La contrainte
au centre du PK 162,41 (courbe rose), est corrélée au débit des ouvrages en aval de la vanne de
fond. La contrainte dans le chenal en amont de la vanne (courbe verte) et la contrainte moyenne
dans la section ont une dynamique assez similaire mais des valeurs différentes. La concentration
dans la vanne de fond a une dynamique similaire à la contrainte dans le chenal en amont et à la
contrainte 1D dans la section, en particulier pour la phase de remobilisation.

a)
0.20

Modèle 1D
Contrainte (Pa)

Modèle 2D
0.10

c)

123600
0.00

3/06/12 5/06/12 7/06/12 9/06/12 11/06/12 13/06/12

123400
b) Y lambert II (m)
100

123200
y
Concentration (g/l)


●●


50

123000
0

3/06/12 5/06/12 7/06/12 9/06/12 11/06/12 13/06/12 868900 869100


X lambert II (m)

Figure 4.33 – a) Contraintes simulées par les modèles 1D et 2D de la chasse de 2012, b)


Concentration mesurée dans la vanne de fond, c) position des nœuds du modèle 2D.

137
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

[Link] Vanne de demi-fond


A l’approche de la vanne demi-fond, les contraintes simulées par les modèles 1D et 2D ont
une dynamique assez similaire, mais des valeurs plus élevées sont simulées à proximité de la
vanne. Les concentrations mesurées au cours de la phase de remobilisation sont corrélées à la
contrainte. Au cours de la phase de régulation, le pic de concentration est simultané à un pic de
contrainte, du à une augmentation du débit.

a)
0.4

Modèle 1D
Contrainte (Pa)
0.3

Modèle 2D
0.2
0.1

c)

123600
0.0

3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012

123400
Y lambert II (m)
b)
30

123200
y
Concentration (g/l)
20

123000
10

● ●●
0

3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 868900 869100


X lambert II (m)

Figure 4.34 – a) Contraintes simulées par les modèles 1D et 2D de la chasse de 2012, b)


Concentration mesurée dans la vanne de demi-fond, c) position des nœuds du modèle 2D.

138
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

[Link] Évacuateur de surface


L’évacuateur est situé en rive droite du barrage, au niveau d’un talus rocheux (Figure 2.11).
Dans le modèle 1D, l’évacuateur est situé dans la même maille que la vanne de demi-fond.
En s’éloignant de l’évacuateur, on observe une forte diminution des contraintes simulées par
le modèle 2D, que l’on peut attribuer aux variations de géométrie, puisque les points les plus
éloignés ne se situent plus au niveau du talus rocheux et les hauteurs d’eau sont plus fortes. Les
contraintes locales simulées par le modèle 2D proche de l’évacuateur sont fortement corrélées à
la concentration mesurée dans l’ouvrage. La concentration observée semble donc être influencée
par des processus locaux qui ne peuvent pas être reproduits par le modèle 1D.

a)
20

Modèle 1D
Contrainte (Pa)

Modèle 2D
15
10

c)
5

123600
0

10/06/2012 12/06/2012 14/06/2012

123400
Y lambert II (m)
b)
6

123200
y
Concentration (g/l)
4

123000
2


●●


0

10/06/2012 12/06/2012 14/06/2012 868900 869100


X lambert II (m)

Figure 4.35 – a) Contraintes simulées par les modèles 1D et 2D de la chasse de 2012, b)


Concentration mesurée dans l’évacuateur, c) position des nœuds du modèle 2D.

Un modèle 3D de la zone a aussi été développé. Le maillage 2D a été discrétisé sur la


verticale à l’aide d’une vingtaine de plans répartis de manière homogène sur la verticale [Duron,
2014]. Le modèle a été validé pour un régime d’exploitation normale à partir de mesures aDcp
réalisées sur la verticale. Les paramètres de calage du modèle 2D ont été conservés, et un modèle
de turbulence de longueur de mélange a été ajouté pour la verticale. Le modèle a permis la
simulation hydraulique de régimes permanents, décrits par différentes combinaisons de couples
débit dans les ouvrages, cote au barrage. Il a permis de décrire la forme des profils verticaux
de vitesse près des ouvrages. Néanmoins, le modèle hydraulique n’a pas fonctionné pour la
simulation de la chasse de 2012. Quelques tests sédimentaires en régime permanent ont été
réalisés pour décrire la forme des profils verticaux de concentration mais des problèmes de
stabilité numérique liés à l’introduction de sédiments ont limité la gamme des scénarios simulés
[Duron, 2014].
Le modèle a aussi été repris par Artelia [2014] pour la réalisation d’une étude courantologique
de la zone proche du barrage afin d’étudier l’effet des dragages préventifs sur la concentration
transitant par la vanne de fond.

139
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

4.7 Masses de sédiments entrant et sortant de la retenue de


Génissiat
4.7.1 Masses de matières en suspension en période d’interchasse
La mise en place de mesures continues de turbidité à Pougny et Pyrimont depuis mars 2014
et juin 2014 respectivement, permet une estimation des masses entrant et sortant de la retenue
de Génissiat. Les masses sont calculées pour la période du 15 juin 2014 au 30 septembre 2014, qui
inclut une crue de l’Arve le 27/08/2014. Elles ont été calculées en interpolant les débits aux temps
des concentrations. Pour chaque station et chaque source d’incertitude, l’intervalle d’incertitude
est choisie d’après les caractéristiques de la mesure (voir paragraphe 4.2.1 pour le débit et
paragraphe 4.2.2 pour la concentration), puis transformé en incertitude type. Les incertitudes
sont composées puis l’incertitude est élargie. Pour chaque station l’incertitude élargie estimée
est identique pour les stations de Bout du Monde, Pougny et Pyrimont (Tableau 4.8).

Tableau 4.8 – Incertitudes associées au calcul des masses de MES transportées au niveau de
différentes stations et pour différentes chasses (Les valeurs données pour les sources sont les
valeurs de l’intervalle).
Hétérogénéité Hétérogénéité
Q Mesure C Incertitude élargie
spatiale C temporelle C
10% 10% 10% 2% 22%

La différence entre la masse en entrée et en sortie de la retenue est le résultat des processus
de transport à l’échelle de la retenue. Les masses transitant à Pougny et Pyrimont sont forte-
ment corrélés à la masse de l’Arve à Bout du Monde (Figure 4.36). Entre le 15/06/2014 et le
30/09/2014, la masse mesurée à Pyrimont correspond à 82% de la masse mesurée à Pougny,
ce qui traduit un envasement dans la retenue de Génissiat (Tableau ). Seulement 23% de la
masse mesurée à Bout du Monde est mesurée à Pougny. Le bilan associé à la crue de l’Arve du
27/08/2014 (calculé entre le 25/08/2014 et le 29/08/2014) montre que la gestion des retenues
suisses et de la retenue de Génissiat lors de la crue a favorisé l’envasement par rapport à un
débit normal. Pour cet événement le taux de transfert chute à 10% entre Bout du Monde et
Pougny et à 71% entre Pougny et Pyrimont.

  
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Figure 4.36 – Cumul des masses de matières en suspension transitant dans le Haut-Rhône du
15 juin 2014 au 30 septembre 2014.

140
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Tableau 4.9 – Masses de MES mesurées aux stations de Bout du Monde, Pougny, et Pyrimont
(en Mt).
Station 15/06/2014-30/09/2014 flux 25/08/2014-29/08/2014
Bout du Monde 1,289±0,284 0,522±0,115
Pougny 0,291±0,064 0,051±0,011
Pyrimont 0,240±0,053 0,036±0,008

4.7.2 Reconstruction des concentrations en matières en suspension entrant


et sortant de la retenue en période d’interchasse
Pour les périodes antérieures à la mise en place des mesures de turbidité à Bout du Monde,
Pougny et Pyrimont, l’estimation des flux historiques repose sur la reconstruction des chroniques
de concentration.
Les stations de Pougny et Pyrimont sont situées à l’aval d’une série de barrages qui affectent
le régime hydraulique et sédimentaire du Rhône. Les matières en suspension transportés sont
principalement issues des flux apportés par l’Arve et diluées par les eaux claires sortant du Lé-
man et des processus de dépôt et d’érosion dans les retenues. Alors qu’une régression C=f(Q) est
satisfaisante à la station de Bout du Monde [Launay, 2014], elle ne parait pas adaptée pour les
stations de Pougny ou Pyrimont où la concentration n’est pas seulement influencée par les condi-
tions hydrauliques locales mais aussi par les apports en amont. La reconstruction des chroniques
de concentration à Pougny et Pyrimont repose sur la prise en compte des conditions hydrau-
liques et sédimentaires en amont. L’objectif est donc de construire une relation de régression
faisant intervenir des paramètres supplémentaires caractérisant les conditions d’apport.

[Link] Reconstruction des concentrations de matières en suspension à Pougny


La concentration en matières en suspension observée à Pougny provient de la propagation
et de la dilution du flux de l’Arve dans le Rhône et du dépôt dans les retenues de Verbois et
Chancy-Pougny. On propose de construire une relation CP O = f (QP O , QA ) permettant d’obtenir
la concentration à Pougny CP O à partir des données de débit QA et QP O à Bout du Monde
et Pougny. Ainsi, QP O permet de prendre en compte les conditions hydrauliques locales, et QA
permet de prendre en compte les apports hydrauliques et sédimentaires de l’Arve.

Estimation du temps de propagation du signal entre Bout du Monde et Pougny


Le temps de propagation entre Bout du Monde et Pougny résulte de la propagation le long
de l’Arve de Bout du Monde à la Jonction et de la propagation le long du Rhône de la Jonction
à Pougny : ΔTBDM →P O = ΔTBDM →JON + ΔTJON →P O . Deux méthodes d’estimation du temps
de propagation sont testées :
– temps de propagation constant : la valeur du temps de propagation est choisie de façon
à être représentative des conditions hydrauliques responsables des apports de flux, c’est à
dire les forts débits de l’Arve. D’après les données (Figure 4.13), le temps de propagation
ΔTBDM →P O est estimé à 8,5 heures.
– temps de propagation variable : un temps de propagation variable dans le temps
est utilisé. Il est exprimé en fonction des débits du Rhône et de l’Arve. Le temps de
propagation entre deux stations peut s’écrire : ΔT = Dx UP−1 , où Dx est la distance entre
les deux stations et UP est une vitesse de propagation moyenne, dépendant des conditions
hydrauliques. Pour l’Arve, on suppose que les variations de niveau sont liées uniquement
aux variations de débit, ce qui permet de relier directement la vitesse de propagation au
débit. Pour les retenues suisses en régime d’exploitation normale, on suppose que cette
hypothèse est valable et que les variations du niveau d’exploitation influent peu sur la
vitesse de propagation. Finalement, on cherche à établir une relation entre le temps de

141
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

propagation (en heures) et le débit dans les deux tronçons de type ΔT = aQ−1 + b.
Moyennant l’hypothèse que la propagation des matières en suspension suit la propagation
hydraulique, le modèle hydraulique du Rhône développé à Irstea [Andries et al., 2012;
Dugué et al., 2015] est utilisé pour calculer les temps de propagation de Bout du Monde
à la Jonction et de la Jonction à Pougny. Ils sont calculés à partir du modèle pour des
régimes permanents avec différents débits du Rhône et de l’Arve et permettent d’établir
la relation ΔT = aQ−1 + b (Figure 4.37).

a)
4

T = 7.01x101Q−1+0.54
Temps de propagation (heures)

R²=0.996
3
2
1
0

0 50 100 150 200 250 300


Débit de l'Arve à Bout du Monde (m3/s)

b)
35

T = 4.16x103Q−1+0.54
Temps de propagation (heures)
30

R²=1
25
20
15
10
5
0

0 200 400 600 800


Débit du Rhône à Pougny (m3/s)

Figure 4.37 – Temps de propagation (en heures) estimés à partir de régimes permanents : a)
de Bout du Monde à la Jonction en fonction du débit de l’Arve, b) de la Jonction à Pougny en
fonction du débit du Rhône (en m3 /s).

Les chroniques de débit et de concentration mesurées à Bout du Monde sont ensuite décalées
de ce temps de propagation pour établir la relation CP O = f (QP O , QA ).

Relation CP O = f (QP O , QA )
Plusieurs formes de régression sont testées, avec C en g/l, Q en m3 /s :
– méthode 1 CP O = aQbA QcP O ,
– méthode 2 CP O = aQbA QcP O , régression pondérée par la racine du flux à Pougny
– méthode 3 CP O = aQbA QcP O , régression pondérée par le flux à Pougny
– méthode 4 CP O = a(QP O )c .
Pour les méthodes 1 à 3 qui font intervenir le débit de l’Arve, les deux méthodes d’estimation
du temps de propagation (constant ou variable) sont testées.

142
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Évaluation des méthodes


Chaque méthode est évaluée en comparant la masse transportée reconstituée à la masse
mesurée sur la période de mars 2014 à février 2015, ainsi que sur la plus forte crue de la période
(25-29 août 2014), et à partir du coefficient de Nash-Sutcliffe basé sur les concentrations :

NS = 1 − (Cmes − Cmod )/ (Co − Cmes ) (4.22)


où Cmes est la concentration mesurée, Cmes est la moyenne de la chronique et Cmod est la
concentration reconstruite (Table 4.10). La méthode choisie pour le temps de propagation a peu
d’influence sur les résultats. Les exposants obtenus pour chaque terme sont assez variables selon
la pondération choisie. Plus l’exposant du flux pour la pondération est grand, plus l’exposant
appliqué au débit de l’Arve augmente. La masse sur la période complète est bien estimée par
la régression pondérée par la racine du flux (méthode 2), elle est sous-estimée par la régression
sans pondération (méthode 1) et surestimée par la régression pondérée par le flux (méthode
3). Toutes les méthodes sous-estiment les fortes concentrations, comme au cours de la crue
du 25 au 29 août 2014 (Table 4.10 et Figure 4.38), ce qui fait chuter le coefficient de Nash.
La pondération par la racine du flux et le flux permettent d’améliorer légèrement l’estimation
des fortes concentrations. La méthode de régression classique (méthode 4) a un coefficient de
détermination faible et n’est pas fiable. Les valeurs et variations de la concentration sont très
mal reproduites par cette méthode, ce qui est traduit par un coefficient de Nash très faible.

Tableau 4.10 – Évaluation des méthodes de reconstruction de la concentration à Pougny.


Exposant 03/2014-02/2015 25-29 08/2014
Méthode Coefficient R2
a b c écart masse NS écart masse NS
−5
1 ΔT fixe 7,84×10 1,09 0,22 0,509 -20,5% 0,23 -79,5% -0,06
1 ΔT var. 7,19×10−5 1,08 0,25 0,501 -20,7% 0,23 -80,6% -0,05
−4
2 ΔT fixe 1,69 ×10 1,17 0,07 0,546 -2,8% 0,28 -73,8% 0,02
2 ΔT var. 1,53 ×10−4 1,13 0,12 0,532 -2,9% 0,28 -75,6% 0,02
−4
3 ΔT fixe 5,31 ×10 1,57 -0,39 0,627 26,4% 0,30 -57,9% 0,27
3 ΔT var. 4,38 ×10−4 1,48 -0,28 0,597 26,7% 0,32 -62,3% 0,26
−4
4 2,82×10 0 0,78 0,223 -34,4% 0,02 -89,0% -0,25
0.7

Mesures
Méthode 1
0.6

Méthode 2
Méthode 3
0.5
Concentration (g/l)

Méthode 4
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0

15/07/2014 20/07/2014 25/07/2014 30/07/2014 05/08/2014 10/08/2014 15/08/2014

Figure 4.38 – Concentrations à Pougny du 15 juillet au 15 août 2014 mesurée et reconstruites


à partir des différentes régressions, et d’un temps de propagation fixe.

143
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Pour reconstruire la concentration à Pougny, le choix d’un temps de propagation constant


parait satisfaisant. Pour la régression, la régression pondérée par la racine du flux (méthode 2)
est préférée car elle permet d’estimer correctement la masse transportée à l’échelle de la période
mars 2014-février 2015, même si elle sous-estime la concentration lors des crues et surestime la
concentration en régime de base.

[Link] Reconstruction du flux de matières en suspension à Pyrimont


Le concentration en matières en suspension observée à Pyrimont provient principalement de
la propagation de la concentration observée à Pougny. On propose de construire une relation
CP Y = f (QA , QP O , QP Y ) permettant d’obtenir la concentration à Pyrimont CP Y à partir des
données de débit QA , QP O et QP Y à Bout du Monde, Pougny et Pyrimont.

Estimation du temps de propagation du signal entre Pougny et Pyrimont


Deux méthodes d’estimation du temps de propagation sont testées :
– temps de propagation constant : un temps de propagation constant est utilisé. La
valeur est choisie de façon à être représentative des conditions hydrauliques responsables
des apports de flux, c’est à dire pour un débit du Rhône à Pougny autour de 600 m3 /s et
une cote assez élevée. D’après les données, pour ces conditions, le temps de propagation
ΔTP O→P Y est estimé à 15 heures (Figure 4.15) et le temps de transfert ΔTBDM →P O est
estimé à 8,5 heures.
– temps de propagation variable : un temps de propagation variable dans le temps est
utilisé pour le tronçon Pougny-Pyrimont. Il est estimé à partir du modèle de propagation
proposé au paragraphe 4.3.3.

Relation CP Y = f (QA , QP O , QP Y )
Plusieurs formes de régression sont testées, avec C en g/l, Q en m3 /s :
– méthode 1 CP Y = aQbA QcP O QdP Y ,
– méthode 2 CP Y = aQbA QcP O QdP Y régression pondérée par la racine du flux à Pyrimont,
– méthode 3 CP Y = aQbA QcP O QdP Y régression pondérée par le flux à Pyrimont,
– méthode 4 CP Y = a(QP Y )b .
Pour les méthodes 1 à 3 qui font intervenir le débit à Pougny et Bout du Monde, les deux
méthodes d’estimation du temps de propagation (constant ou variable) sont testées.

Évaluation des méthodes


Les méthodes sont à nouveau évaluées en comparant la masse transportée reconstitué à la
masse mesurée sur la période de juin 2014 à février 2015 et sur la crue du 25 au 29 août 2014,
et à partir du coefficient de Nash-Sutcliffe basé sur les concentrations (Table 4.11). La méthode
choisie pour le temps de propagation a peu d’influence sur les résultats. On observe la même
variation de l’exposant appliqué au débit de l’Arve que pour la reconstruction à Pougny. Les
différentes méthodes aboutissent aux mêmes observations que pour la station de Pougny.

144
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Tableau 4.11 – Évaluation des méthodes de reconstruction de la concentration à Pyrimont.


Exposant 06/2014-02/2015 25-29 08/2014
Méthode Coefficient a R2
b c d écart masse NS écart masse NS
1 ΔT fixe 5,34 ×10−4 0,65 0,07 0,19 0,549 -13,9% 0,21 -72,4% -0,12
1 ΔT var. 6,24 ×10−4 0,66 0,01 0,21 0,526 -14,4% 0,21 -72,2% -0,12
2 ΔT fixe 6,64 ×10−4 0,77 0,02 0,14 0,523 -1,4% 0,26 -66,6% -0,04
−4
2 ΔT var. 9,48 ×10 0,81 -0,11 0,17 0,510 -1,7% 0,27 -65,6% -0,03
3 ΔT fixe 3,29 ×10−3 1,07 -0,17 -0,13 0,506 20,1% 0,29 -53,8% 0,18
−3
3 ΔT var. 7,53 ×10 1,13 -0,39 -0,09 0,513 19,6% 0,31 -50,0% 0,20
4 2,58 ×10−3 0 0 0,43 0,234 -24,2% 0,03 -81,0% -0,28
0.4

Mesures
Méthode 1
Méthode 2
0.3

Méthode 3
Concentration (g/l)

Méthode 4
0.2
0.1
0.0

15/07/2014 20/07/2014 25/07/2014 30/07/2014 05/08/2014 10/08/2014 15/08/2014

Figure 4.39 – Concentrations à Pyrimont du 15 juillet au 15 août 2014 mesurée et reconstruites


à partir des différentes régressions, et d’un temps de propagation fixe.

Pour la reconstruction du flux à la station de Pyrimont, le choix d’un temps de propagation


constant parait plus adapté que le modèle de propagation. Pour la régression, la régression
pondérée par la racine du flux (méthode 2) est préférée car elle permet d’estimer correctement le
flux à l’échelle de la période de juin 2014 à février 2015, même si elle sous-estime la concentration
lors des crues et la surestime en régime de base. La variabilité temporelle de la concentration
n’est pas toujours bien reproduite par ce modèle. Une piste permettant d’améliorer cette relation
serait la prise en compte du niveau de la retenue de Génissiat. Néanmoins, cette donnée n’est
pas disponible pour des périodes aussi longues que le débit, ce qui limite les possibilités de
reconstruction.

[Link] Discussion sur les méthodes de reconstruction


A la station de Bout du Monde, le flux estimé par la courbe de tarage est comparé au flux
calculé sur la période février 2014-février 2015. La méthode de reconstruction est bien adaptée
sur cette période et le flux estimé par la courbe de tarage équivaut à 102% du flux mesuré.
La longueur limitée des chroniques de concentrations en matières en suspension mesurées en
continu à Pougny et Pyrimont ne permet pas la validation des courbes de tarage sédimentaires
proposées par comparaison avec des mesures à l’heure actuelle. La qualité de la reconstruction
peut néanmoins être estimée en comparant la différence entre les flux reconstitués à Pougny

145
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

et à Pyrimont et le bilan bathymétrique de la retenue de Génissiat à l’échelle d’une période


d’interchasse (cf. paragraphe [Link]).

4.7.3 Masses de matières en suspension transportées en chasse


Les masses de matières en suspension transportées sont calculées pour les chasses de 1984,
2000, 2003 et 2012, et plus précisément sur les périodes suivantes :
– du 12/06/1984 au 19/06/1984
– du 21/05/2000 au 30/05/2000
– du 18/05/2003 au 27/05/2003
– du 04/06/2012 au 18/06/2012
Les mesures de concentration étant disponibles en période de chasse, les masses ont été cal-
culées en interpolant la chronique permettant la fréquence de mesure la plus faible aux temps de
la mesure ayant la fréquence la plus élevée. Pour chaque station et chaque source d’incertitude,
la valeur de l’incertitude relative est choisie d’après les caractéristiques de la mesure (voir para-
graphe 4.2.1 pour le débit et paragraphe 4.2.2 pour la concentration) (Tableau 4.12)). Pour la
concentration, les mesures par pycnomètre ont été utilisées. Au niveau du barrage de Génissiat,
la concentration n’est pas mesurée en sortie de l’usine lorsque celle-ci fonctionne. Pour le calcul,
on suppose que la concentration en sortie de l’usine est similaire à la concentration mesurée à
Pyrimont.

Tableau 4.12 – Incertitudes associées au calcul des masses de MES transportées au niveau
de différentes stations et pour différentes chasses (Les valeurs données pour les sources sont les
valeurs de l’intervalle).
Hétérogénéité Hétérogénéité
Chasse Station Q Mesure C Incertitude élargie
spatiale C temporelle C
Pougny 10% 2,4% 10% 15% 24%
1984 Génissiat 20% 2,4% 0% 15% 29%
Pyrimont 10% 2,4% 10% 15% 24%
Pougny 10% 2,4% 10% 2% 17%
2000
Pyrimont 10% 2,4% 10% 2% 17%
2003 Pougny 10% 2,4% 10% 2% 17%
et Génissiat 20% 2,4% 0% 2% 23%
2012 Pyrimont 10% 2,4% 10% 2% 17%

Il existe une forte variabilité au niveau des masses entrant et sortant de la retenue de Génis-
siat pendant les chasses (Tableau 4.13 et Figure 4.40). Les masses calculées à Pougny et Pyrimont
correspondent aux masses de matières en suspension obtenues à partir de prélèvements de sur-
face, et concernent les argiles et limons. Les masses au barrage de Génissiat incluent toutes les
tailles de sédiments. La mesure à Pyrimont correspond a priori aux sédiments fins sortant du
barrage, qui interagissent peu avec le fond entre le barrage et la station.
La phase de remobilisation, mise en place depuis 1997, assure un désenvasement préalable
de la retenue avant le début des chasses suisses. En 1984, cette phase correspondait juste à la
période d’abaissement de la retenue de Génissiat à 313 m, sans palier à cote basse. Au cours de
la phase de remobilisation, les apports en matières en suspension dans la retenue sont faibles, et
les apports grossiers sont négligeables (cf. paragraphe 4.5.1). La masse évacuée par le barrage au
cours de cette phase est estimée à 2,89 106 t en 2003 et à 1,53 106 t en 2012. La masse transitant
à Pyrimont, correspondant aux sédiments fins est bien inférieure à la masse transitant par le
barrage. Un changement de mode de transport ou un dépôt des sédiments les plus grossiers doit
avoir eu lieu entre le barrage et la station de Pyrimont comme suggéré au paragraphe 4.4.3.
Lors des chasses de 2003 et 2012, les conditions hydrauliques au cours de cette phase ont été

146
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

assez semblables, et les masses de sédiments fins mesurées à Pyrimont étaient proches. En 2003
la contribution de la vanne de fond a été plus importante et a donné lieu à l’évacuation d’une
plus grosse quantité de sédiments grossiers.
La phase de régulation entraîne un dépôt dans la retenue. Les apports des barrages suisses
en sédiments fins sont importants en 1984, 2000 et 2003, avec une masse autour de 1 106 t et
considérables en 2012, avec une masse de 2,8 106 t. Les masses sortant de la retenue sont bien
inférieures aux masses entrant, avec des taux de transferts autour de 20%. En 2003 et 2012,
les masses transitant au barrage et à Pyrimont sont très proches, les sédiments rejetés étant
principalement des sédiments fins (Figure 4.23) car les conditions dans la retenue ne permettent
pas le transport de grandes quantités de sable jusqu’au barrage. En 1984, la retenue a été gérée à
une cote d’environ 313 m durant cette phase, qui permettrait le transport de sédiments grossiers
jusqu’au barrage et la masse mesurée au barrage était plus élevée que celle mesurée à Pyrimont.

a) b)
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5

0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5


Pougny
Génissiat
Pyrimont
Masse cumulée (MT)

Masse cumulée (MT)

12/06/1984 15/06/1984 18/06/1984 21/05/2000 24/05/2000 27/05/2000 30/05/2000

c) d)
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5

0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5


Masse cumulée (MT)

Masse cumulée (MT)

18/05/2003 21/05/2003 24/05/2003 27/05/2003 04/06/2012 09/06/2012 14/06/2012 19/06/2012

Figure 4.40 – Masse de MES transportées mesurées à Pougny, Génissiat et Pyrimont : a) chasse
de 1984, b) chasse de 2000, c) chasse de 2003, d) chasse de 2012.

147
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Tableau 4.13 – Masse de MES transportées mesurées aux stations de Pougny, Génissiat et
Pyrimont au cours des chasses (en Mt).
Chasse Station flux phase masse phase masse totale
remobilisation régulation
Pougny 0,007 0,787±0,189 0,794±0,191
1984 Génissiat 0,132±0,038 0,747±0,217 0,879±0,255
Pyrimont 0,121±0,029 0,590±0,142 0,711±0,171
Pougny 0,009 1,031±0,175 1,040±0,177
2000
Pyrimont 0,388±0,066 0,450±0,077 0,839±0,143
Pougny 0,011 0,879±0,149 0,890±0,151
2003 Génissiat 2,889±0,578 0,220±0,051 3,109±0,715
Pyrimont 0,751±0,128 0,233±0,040 0,983±0,167
Pougny 0,013 2,777±0,472 2,790±0,474
2012 Génissiat 1,533±0,353 0,565±0,130 2,098±0,483
Pyrimont 0,717±0,122 0,554±0,094 1,270±0,216

4.8 Comparaison des bilans sédimentaires


4.8.1 Objectifs
Le bilan bathymétrique de la retenue est intégrateur à l’échelle d’une période des évolutions
de la retenue associées à toutes les classes de sédiments. La différence entre les masses de sédi-
ments entrant et sortant de la retenue sur la même période doit permettre de confirmer ce bilan.
En particulier, la distinction entre les sédiments fins et les sédiments grossiers permet de mettre
en évidence la contribution des différentes classes au bilan de la retenue.

4.8.2 Estimation de la masse volumique des sédiments en place dans la rete-


nue
Les bilans bathymétriques et le bilan des entrées/sorties ne sont pas exprimés dans la même
grandeur (respectivement volume et masse). La comparaison de ces deux types de bilan nécessite
la conversion de l’un des paramètres. Dans le cas du Haut-Rhône, la description des propriétés
physiques des sédiments en place dans les retenues est plus précise que pour les sédiments
transportés. C’est pourquoi il apparait plus judicieux de transformer le volume obtenu par bilan
bathymétrique en masse. Cette conversion nécessite de connaître la masse volumique sèche des
dépôts en place.
Des carottages ont été réalisés dans les retenues de Verbois, Chancy-Pougny et Génissiat et
ont permis d’identifier les propriétés des sédiments en place [Wildi et Loizeau, 2009; Bouchard
et al., 1999]. La masse volumique humide des sédiments en place ρw est obtenue en divisant la
masse de la carotte par son volume. La teneur en eau massique de l’échantillon we est le rapport
de la masse de l’échantillon sec et de l’échantillon humide. La masse volumique sèche ρd est
estimée par :
ρw
ρd = (4.23)
1 − we
Les propriétés des sédiments en place ont finalement été décrites par zones (Figure 4.41,
Tableau 4.14). La masse volumique sèche est plus grande dans les zones à dominante sableuse.
Ces valeurs peuvent être rapprochées des valeurs obtenues avec la méthode proposée par Lara
et Pemberton [1963] :
ρd = ρd,sa λsa + ρd,li λli + ρd,ar λar (4.24)
où ρd est la masse volumique sèche de l’échantillon exprimée en fonction de sa composition
granulométrique, avec λsa , λli , λar les proportions respectives de sable, limon et argile et

148
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

ρd,sa =1550 kg/m3 , ρd,li =1170 kg/m3 et ρd,ar =960 kg/m3 les masses volumiques sèches respec-
tives du sable, limon et argile. La méthode proposée par Lara et Pemberton [1963] ne prend pas
en compte l’interaction entre les différentes classes granulométriques et notamment l’arrange-
ment des particules qui permet d’obtenir des masses volumiques plus élevées qu’en considérant
les classes de façon indépendante. Morris et Fan [1998] soulignent aussi que la masse volumique
sèche des sédiments fins peut augmenter au cours du temps par compaction en fonction de
l’épaisseur des dépôts. Dans la retenue de Génissiat en amont du PK 174, où les dépôts sont
constitués de sables et graviers, Bouchard et Dumond [2000] recommande d’utiliser une masse
volumique ρd,sa =1600 kg/m3 .



 





  






    


Figure 4.41 – Zones d’échantillonnage des propriétés des sédiments dans les retenues de Verbois,
Chancy-Pougny et Génissiat.

Tableau 4.14 – Propriétés des sédiments en place dans les différentes zones d’échantillonnage.
Retenue Zone λar % λli % λsa % ρw (kg/m3 ) wE ρd (kg/m3 ) ρd (kg/m3 )
A 8 92 1870 25 1500 1520
B 4 44 52 1820 28 1420 1360
Verbois C 7 59 34 1850 26 1470 1280
D 9 75 16 1750 31 1340 1210
E 1 13 86 1930 23 1570 1490
a b
F 100 1600 1550
Génissiat G 6c 94 1920 34 1380 1530 d
H 16 84 1740 49 1140 1480
I 70 30 1600 64 975 1280

a. sables ou graviers
b. d’après Bouchard et al. [1999]
c. La distinction des sédiments fins entre argiles et limons n’a pas été faite pour ces échantillons.
d. La masse volumique a été estimée en appliquant la masse volumique du limon aux sédiments fins.

149
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Les mesures de masse volumique disponibles sont limitées dans l’espace et correspondent à
une date de mesure particulière. Leur représentativité est discutable car les caractéristiques et
notamment la granulométrie des sédiments en place peut varier dans le temps.

4.8.3 Application aux retenues de Verbois et Chancy-Pougny


[Link] Conversion du bilan bathymétrique
Le bilan bathymétrique de la retenue de Verbois a été estimé par Diouf [2013] (Tableau 3.10).
Le bilan de la retenue de Chancy-Pougny est en général négligeable sauf au cours de la chasse
de 2012 pour laquelle son envasement est estimé à 0,2 Mm3 .
On dispose seulement du bilan bathymétrique global de la retenue, et aucune incertitude
n’est associée à ce bilan. Pour la conversion, la moyenne sur les différentes zones des masses
volumiques sèches ρd =1450 kg/m3 a été utilisée et est supposée représentative à l’échelle de la
retenue. Les incertitudes sur la conversion sont estimées en considérant la valeur la plus faible
et les valeurs minimale et maximale des masses volumiques sèches mesurées dans la retenue.

[Link] Bilan des chasses de 1984, 2000, 2003 et 2012


A l’échelle d’une opération de chasse, les apports de l’Arve sont supposés négligeables par
rapport à la masse évacuée de la retenue, seul la masse des matières en suspension mesurée à
Pougny a été pris en compte dans le bilan des flux (Tableau 4.13).
La masse de matières en suspension mesurée à Pougny est toujours déficitaire (en valeur
absolue) par rapport au bilan bathymétrique des retenues de Verbois et Chancy-Pougny (Figure
4.42, Tableau 4.15). Une explication raisonnable est qu’une partie de la masse évacuée n’a pas
été prise en compte dans le bilan. La différence entre les deux bilans correspond à la masse
de sédiments transportés par charriage ou suspension graduée à Pougny et non pris en compte
dans la masse estimée à partir des mesures de surface. D’après les conditions hydrauliques à
la station de Pougny et le contenu des pièges à sédiment, il s’agirait de sables (cf. paragraphe
3.6.7 et figure 4.18). En fonction des incertitudes, les valeurs extrêmes de cette différence sont
calculées et donnent une estimation de la masse de sables transportée. L’ordre de grandeur des
extrema estimés diffère peu selon les événements de chasse. Pour les chasses de 1984, 2000 et
2003, la part de sables entrant serait comprise entre 30% et 150% de la masse de matières en
suspension. Pour la chasse de 2012, la part de sables serait comprise entre 5% et 50% de la masse
de matières en suspension car la masse de matières en suspension mesurée en 2012 correspond
au double, voire au triple de la valeur mesurée pour les autres événements.
1
0
−1
masse (106t)

−2
−3
−4

bilan bathymétrique
masse de MES à Pougny
−5

1984 2000 2003 2012

Figure 4.42 – Bilans sédimentaires de la retenue de Verbois lors des chasses de 1984, 2000, 2003
et 2012.

150
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Tableau 4.15 – Bilans sédimentaires de la retenue de Verbois en chasse (en Mt).


Chasse Bilan bathymétrique Bilan flux MES Diff. min Diff. max
1984 -1,66±0,13 -0,79±0,19 0,55 1,19
2000 -1,66±0,13 -1,03±0,18 0,32 0,94
2003 -1,56±0,12 -0,89±0,17 0,37 0,96
2012 -3,62±0,27 -2,78±0,47 0,09 1,59

4.8.4 Application à la retenue de Génissiat


[Link] Conversion du bilan bathymétrique
Le bilan bathymétrique de la retenue de Génissiat et les incertitudes associées a été calculé
dans l’analyse hydro-géomorphologique (cf. paragraphe 3.5).
Comme on dispose du bilan bathymétrique spatial de la retenue, il est possible d’utiliser
une masse volumique sèche variable dans l’espace pour la conversion des volumes en masse. La
conversion est réalisée à l’échelle des tronçons définis par le découpage (cf. paragraphe 3.7.6).
Chaque tronçon est caractérisé par des évolutions morphologiques et des conditions hydrauliques
homogènes, et il parait raisonnable d’utiliser une masse volumique sèche homogène par tronçon
pour la conversion du bilan bathymétrique :
– Pour les tronçons T1 à T12 (PK 186,42 à 171,75), correspondant à la zone F ρd =1600 ±
250 (kg/m3 ),
– Pour les tronçons T13 et T14 (PK 171,75 à 167,75), correspondant à la zone G ρd =1380±
250 (kg/m3 ),
– Pour les tronçons T15 à T18 (PK 167,75 à 163,75), correspondant à la zone H ρd =1140±
250 (kg/m3 ),
– Pour les tronçons T19 et T20 (PK 163,75 à 162), correspondant à la zone I ρd =975± 250
(kg/m3 ).
La masse volumique est estimée à ± 250 (kg/m3 ), cette valeur permettant d’inclure les
masses volumiques sèches des tronçons en amont et en aval du tronçon. L’incertitude type est
u(ρd ) = 147 kg/m3
Pour chaque tronçon, on a M = ρd V . L’incertitude est :

u(ρd ) 2 u(V ) 2
u(M ) = M + (4.25)
ρd V

L’incertitude élargie UE est obtenue avec un facteur de recouvrement k = 2.

[Link] Bilan des chasses de 1984, 2003 et 2012


Plusieurs bilans ont été déterminés à partir des masses de sédiments entrant et sortant de la
retenue :
– Un bilan « Masse Pougny-Génissiat », obtenu par la différence entre la masse entrant
mesurée à Pougny et la masse sortant mesurée à Génissiat. La masse au niveau du barrage
de Génissiat correspond à la masse de toutes les classes de sédiments, alors qu’à Pougny,
seules les matières en suspension sont calculées,
– Un bilan « Masse Pougny-Pyrimont », obtenu par la différence entre la masse entrant
mesurée à Pougny et la masse sortant mesurée à Pyrimont. Ce bilan correspond au bilan
des matières en suspension,
– Un bilan « Masse Verbois-Génissiat », obtenue par la différence entre la masse correspon-
dant au bilan bathymétrique de la retenue de Verbois et la masse sortant à Génissiat.
L’utilisation du bilan de la retenue de Verbois permet de prendre en compte toutes les
classes granulométriques.

151
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Les incertitudes sur le bilan des entrées/sorties sont très élevés, et parfois supérieures au bilan
estimé, car il s’agit d’une différence de masses.

Le bilan Pougny-Génissiat est toujours inférieur au bilan bathymétrique (Figure 4.43, Ta-
bleau 4.16), c’est à dire qu’il sous-estime le dépôt. Le bilan Verbois-Génissiat donne des valeurs
plus proches du bilan bathymétrique de la retenue de Génissiat. Le bilan Pougny-Pyrimont
est toujours plus faible en valeur absolue que le bilan bathymétrique. Ce bilan montre que la
contribution des sables au bilan sédimentaire de la retenue en chasse n’est pas négligeable.
La différence entre le bilan bathymétrique de la retenue de Génissiat et le bilan Pougny-
Génissiat correspond au flux de sédiments transportés par charriage ou suspension graduée à
Pougny et non pris en compte dans le flux de matières en suspension mesuré (Tableau 4.16).
A partir des incertitudes, les valeurs extrêmes de cette différence sont calculées et donnent une
estimation de la masse de sables transportée. L’ordre de grandeur des extrema estimés diffère
peu selon les événements de chasse. La gamme estimée pour la masse de sables à Pougny est
généralement plus large que celle estimée à partir du bilan des retenues suisses. Une explication
réside dans les incertitudes plus fortes estimées pour la retenue de Génissiat à cause du calcul
d’une différence de flux, à la prise en compte de paramètres supplémentaires comme l’incertitude
sur le volume et à des valeurs plus élevés de l’incertitude type choisies pour la masse volumique
sèche.
3
2
masse (106t)

1
0
−1

bilan bathymétrique
Masse Pougny−Génissiat
−2

Masse Verbois−Génissiat
Masse Pougny−Pyrimont
−3

1984 2003 2012

Figure 4.43 – Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat lors des chasses de 1984, 2003 et
2012.

Tableau 4.16 – Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat en chasse (en Mt).


Bilan Bilan Pougny Bilan Verbois Bilan Pougny Diff. min Diff. max
Chasse
bathy. Génissiat Génissiat Pyrimont
1984 0,92±0,20 -0,09±0,584 0,78±0,28 0,09±0,3 0,22 1,62
2003 -0,63±0,13 2,21±0,94 -1,55±0,73 -0,09±0,26 0,51 2,26
2012 2,19±0,20 0,69±0,97 1,52±0,55 1,62±0,61 0,327 2,67

[Link] Bilan en périodes d’interchasse, discussion sur la méthode de reconstruc-


tion
Les masses de matières en suspension transportées ont été estimées aux stations de Pougny
et Pyrimont à partir de la méthode de reconstruction des concentrations décrite au paragraphe
4.7.2 pour plusieurs périodes d’interchasse anciennes et récentes. Pour chaque événement, la
méthode de reconstruction donne une masse de matières en suspension à Pyrimont toujours

152
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

supérieure à la masse à Pougny, ce qui n’est pas en accord avec le comblement de la retenue de
Génissiat en périodes d’interchasse (Tableau 4.17).

Tableau 4.17 – Masses de matières en suspensions reconstituées à Pougny et Pyrimont pour


différentes périodes d’interchasse (en Mt).
Période masse Pougny Pyrimont
1984-1987 1,60 1,68
2000-2003 1,59 1,76
2003-2011 3,49 3,96

Le bilan bathymétrique de la retenue de Génissiat est en désaccord avec le bilan des masses
reconstitués pour deux des trois périodes d’interchasse étudiées (Figure 4.44 et tableau 4.18).
Plusieurs raisons peuvent expliquer ces différences. D’une part, les méthodes de reconstruc-
tion n’ont pas pu être validées car on ne dispose pas de suffisamment de données. En outre, les
chroniques de concentration et de débit utilisées pour la reconstruction des flux (de mars 2014
à février 2015 pour la station de Pougny et de juillet 2014 à février 2015 pour la station de
Pyrimont) ne sont peut être pas représentatives du fonctionnement moyen de la retenue lors de
périodes d’interchasse plus longues.
Une des limites de la reconstruction de la concentration à Pougny et Pyrimont peut aussi
résider dans le fait que les méthodes sont bâties à partir de données récentes. La régression
pour la station de Pougny est sensée rendre compte des processus de transfert et de dépôt ou
remobilisation dans les retenues de Verbois et Chancy-Pougny, et la régression pour la station de
Pyrimont inclut en plus la retenue de Génissiat. La modélisation des processus à partir de ces ré-
gressions correspond à la géométrie actuelle des retenues. Or l’analyse hydro-géomorphologique
de la retenue de Génissiat a montré que les conditions hydrauliques correspondant à des géomé-
tries plus anciennes de la retenue de Génissiat étaient plus favorables au dépôt (cf. paragraphes
[Link] et 3.6.6, Figure 3.26). La validité de la méthode de reconstruction de la concentration
à Pyrimont s’en trouve remise en cause pour des périodes anciennes. L’impact de l’envasement
des retenues de Verbois et Chancy-Pougny est plus difficile à prévoir car les variations du com-
blement entre le début et la fin d’une même période d’interchasse sont généralement plus fortes
que les variations de l’envasement sur le long terme qui sont limitées par la remobilisation des
sédiments pendant les opérations de chasses.
2.5

bilan bathymétrique
2.0

Masse (Pougny−Pyrimont)
1.5
masse (106t)

1.0
0.5
−0.5

1984−1987 2000−2003 2003−2010

Figure 4.44 – Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat lors des périodes d’interchasse de
1984 à 1987, 2000 à 2003 et 2003 à 2011.

153
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

Tableau 4.18 – Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat en période d’interchasse (en


Mt).
Chasse Bilan bathymétrique Bilan Pougny-Pyrimont
1984-1987 1,84±0,21 -0,08
2000-2003 -0,03±0,13 -0,17
2003-2011 0,51±0,18 -0,47

4.9 Conclusions sur la dynamique spatio-temporelle du trans-


port de sédiments
Cette analyse confirme l’importance de la mesure de terrain pour l’amélioration de la com-
préhension des processus de transport sédimentaires dans les retenues. Une meilleure description
des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat est obtenue.
La description multimodale des distributions granulométriques permet de mettre évidence
l’existence de différentes populations de sédiments dans la retenue présentant des dynamiques
différentes. Trois populations de sédiments fins ont été obtenues, avec des diamètres médians
respectifs de 4 μm, 15 μm et 45 μm. En particulier, la population à 45 μm n’est pas présente dans
les prélèvements d’eau à la surface lors de périodes d’exploitation normale, mais est observée lors
des chasses des retenues. Trois populations de sables ont aussi été distinguées, avec des diamètres
médians respectifs de 90 μm, 200 μm et 400 μm. En particulier, des sables de 90 μm sont observés
dans les dépôts près du barrage, alors que les sables plus grossiers sont principalement localisés
au niveau du tronçon amont.
Les mesures de turbidité en continu en amont et en aval de la retenue ont permis d’améliorer
la compréhension des processus de propagation des matières en suspension issues de l’Arve en
période d’interchasse, avec une estimation des temps de transfert dans les différentes retenues,
et l’impact des conditions hydrodynamiques sur le dépôt dans les retenues. Elle ont permis de
proposer une reconstruction de la concentration en matières en suspension à l’amont et à l’aval
de la retenue pour palier l’absence de données passées. La reconstruction proposée à ce jour est
cependant discutable car le manque de données n’a pas permis sa validation. L’application des
méthodes de reconstruction à des périodes d’interchasse n’a pas donné de résultats satisfaisants.
La quantification des différents flux transportés a montré l’importance de disposer d’une
mesure fiable ou accompagnée d’une estimation de l’incertitude pour l’interprétation. Les prélè-
vements de graviers transportés par charriage ont montré qu’ils ont une contribution négligeable
au bilan global de la retenue. Les mesures de matières en suspension ont montré la contribution
importante des sédiments fins pour les épisodes de chasse et les périodes d’interchasse a été mise
en évidence. Les prélèvements de sables transportés par charriage à l’amont de la retenue ont
montré que les apports étaient négligeables en période d’interchasse. En l’absence de mesures,
l’évaluation de la contribution du sable lors de chasses reste limitée et semble assez variable selon
les épisodes de chasse considérés. En particulier, les fortes incertitudes associées à la mesure des
flux de sédiments fins et le manque d’information concernant la masse volumique des sédiments
ont limité l’interprétation de la comparaison du bilan bathymétrique et des bilans basés sur les
masses de sédiments entrant et sortant.
La dynamique sédimentaire de la retenue est récapitulée figure 4.45. Les graviers semblent
jouer un rôle mineur dans les évolutions de la retenue. Les sédiments fins arrivant de l’amont
ou remobilisés lors d’un abaissement de la retenue sont transportés en aval du barrage, et une
partie de ces sédiments se dépose où les vitesses d’écoulement sont faibles. L’abaissement de
la retenue permet la remobilisation les sables en place qui sont transportés par suspension
graduée. L’augmentation des profondeurs d’eau limite leur transit et aboutit à un dépôt sélectif
des sédiments qui est à l’origine de l’affinement des sédiments en place d’amont en aval.

154
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

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Figure 4.45 – Récapitulatif des processus hydro-sédimentaires de la retenue et des données


sédimentaires disponibles.

155
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments

156
Modélisation des processus
hydro-sédimentaires de la retenue de
Génissiat
5
5.1 Introduction
L’analyse des processus hydro-sédimentaires de la retenue a montré une dynamique de trans-
port distincte pour les graviers, sables et sédiments fins, dont les contributions au bilan sédi-
mentaire de la retenue sont plus ou moins significatives en fonction des conditions hydrauliques
et selon la position dans la retenue.
L’objectif de la modélisation hydro-sédimentaire est de simuler les processus hydro-sédimentaires
dominants mis en évidence afin de reproduire les évolutions morphologiques de la retenue et les
flux sédimentaires rejetés par le barrage, au cours d’épisodes de chasse et de périodes d’inter-
chasse. Le modèle numérique doit permettre de simuler la propagation des sédiments fins en
suspension le long de la retenue et en aval, ainsi que le dépôt des sédiments fins dans les zones
de faibles vitesses et la remise en suspension des dépôts en cas de conditions hydrauliques fa-
vorables. D’autre part, il doit permettre de simuler la dynamique des sédiments plus grossiers
comme les sables et leur transport par charriage ou suspension graduée ainsi que les échanges
avec le fond.
Afin de répondre à ces objectifs de modélisation, deux codes monodimensionnels vont être
utilisés. Le code adis-ts sera utilisé pour simuler la propagation des sédiments fins par l’écoule-
ment à l’aide d’une équation d’advection-dispersion (cf. partie 5.2.1). Des termes sources basés
sur la contrainte hydraulique permettront de prendre en compte la reprise ou le dépôt. Le code
Rubarbe sera utilisé pour simuler le transport des sédiments plus grossiers (cf. partie 5.2.2). Il
est basé sur l’équation d’Exner et le calcul d’une capacité de transport.
Deux modèles numériques de la retenue vont être construits ainsi à partir de ces codes de
calcul. Les modèles vont d’abord être calés afin de reproduire la dynamique sédimentaire des sé-
diments fins ou grossiers observée sur des événements passés (cf. parties 5.4 et 5.5). Leur capacité
à reproduire la dynamique sera vérifiée sur d’autres événements. La modélisation sédimentaire
permettra aussi d’obtenir une meilleure compréhension des processus clés de la retenue. Enfin,
les modèles seront utilisés dans un but prédictif afin d’analyser différents scénarios de gestion
sédimentaire futurs (cf. partie 5.8).

157
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.2 Présentation des codes de calcul


5.2.1 Adis-TS
Adis-ts est un code de calcul mono-dimensionnel permettant de simuler le transport de
sédiments par suspension. Adis-ts est faiblement couplé avec le code de calcul hydraulique
Mage. Plus particulièrement, le modèle Adis-ts s’appuie sur les résultats d’un calcul Mage
qui lui fournit la géométrie et l’évolution spatio-temporelle des paramètres hydrauliques dont il
a besoin. Le lit est supposé fixe. Le code est basé sur la résolution d’une équation d’advection
dispersion avec termes sources permettant de modéliser la reprise ou le dépôt de sédiments
[Faure, 2013; Camenen et al., 2013] :
 
∂AC ∂QC ∂ ∂C
+ − Df A = (E − D)W (5.1)
∂t ∂x ∂x ∂x
où C est la concentration moyenne dans la section mouillée A, Q est le débit, Df est le coefficient
de diffusion, E et D sont les taux de reprise ou de dépôt, W est la largeur de la rivière. L’esti-
mation du coefficient de diffusion est basée sur le choix d’une formule parmi celles implémentés
dans le modèle : constante, ou formules de Elder [1959], Fisher et al. [1979] ou Iwasa et Aya
[1991]. Des mesures réalisées sur le Rhône ont montré que la formule d’Iwasa et Aya [1991] était
celle qui permettait de reproduire le mieux la dispersion longitudinale [Launay et al., 2015].
Cette formule sera donc utilisée dans le modèle de la retenue de Génissiat.
Via la résolution en parallèle de plusieurs équations d’advection-dispersion et de leurs termes
sources, le transport de plusieurs tailles de grains peut être simulé par le modèle.
Le terme source combine les formules de Partheniades [1965] pour le taux d’érosion et de
Krone [1962] pour le taux de dépôt :

(E − D) = aP D ws (Ceq − C) (5.2)
où Ceq est la concentration d’équilibre, ws est la vitesse de chute du sédiment estimée à partir
de la formule de Camenen [2007], aP D est un paramètre de calage qui contrôle l’intensité des
taux de dépôt et d’érosion. Armanini et Di Silvio [1988] le présentent comme un paramètre
d’adaptation à l’équilibre. Dans le cas limite d’une concentration Ceq =0, le flux de dépôt est
D = aP D ws C, et l’utilisation d’une valeur aP D =1 permet de retrouver le flux de chute observé
par Krone [1962]. Cette formulation des termes source s’appuie sur la théorie de Sanford et Halka
[1993] selon laquelle le dépôt et l’érosion des sédiments fins peuvent avoir lieu simultanément.
Les taux d’érosion et de dépôt sont estimés pour le lit mineur (m) et le lit moyen (M), en
supposant une concentration homogène dans la section et à partir de la répartition de débit
estimée par la formule Debord [Nicollet et Uan, 1979] :

(E − D)W = aP D ws (Ceq,m − C)Wm + aP D ws (Ceq,M − C)WM (5.3)

où Wm/M est la largeur du lit mineur/moyen. L’érosion d’une population est possible tant que
ce sédiment est disponible dans la maille.
La concentration à l’équilibre est calculée pour le lit mineur et le lit moyen (Équation 5.4) :
⎧  
⎪ τef f,m/M τef f,m/M
⎨ C0 −1 si >1
Ceq,m/M = τc τc (5.4)
⎪ τeff,m/M
⎩ 0 si ≤1
τc
où τef f,m/M est la contrainte efficace de cisaillement sur le fond, respectivement dans le lit
mineur et le lit moyen, τc est la contrainte critique de mise en mouvement. C0 est un paramètre
de calage qui contrôle la capacité de resuspension des sédiments. Si τef f,m/M ≤ /τc , il n’y a pas
d’érosion et seul le paramètre aP D a de l’influence. Si τef f,m/M > /τc , le taux d’érosion dépend
du produit aP D C0 .

158
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

La valeur par défaut de la contrainte critique est estimée à partir de la formule de Soulsby
[1997] pour la contrainte critique adimensionnelle correspondant à la courbe de Shields (cf.
Équation 3.20), mais le modèle permet de choisir une autre valeur pour prendre en compte par
exemple des effets de consolidation.
La contrainte efficace est basée sur la rugosité du fond :
2
ρgUm/M
τef f,m/M = 1/3
(5.5)
2
Kp,m/M RH,m/M

où Um/M , Kp,m/M , RH,m/M sont les vitesses moyennes dans la section, coefficients de Strickler
et rayons hydrauliques dans le lit mineur et le lit moyen respectivement. Cette formulation de
la contrainte efficace peut s’écrire τef f = τ (K/Kp )2 , et diffère légèrement de la formulation
proposée par Meyer Peter et Müller [1948] qui s’écrit τef f = τ (K/Kp )3/2 .
Le coefficient de Strickler de peau est estimé à partir de la formule :
26
Kp,m/M = 1/6
(5.6)
dmax
où dmax est la taille du plus gros sédiment déposé au fond dans le modèle.
Le code Adis-ts permet de décrire les dépôts initiaux au fond avec une seule couche homo-
gène sur la verticale mais dont l’épaisseur et la composition peuvent varier longitudinalement
et aussi entre lits mineur/moyen. L’utilisateur définit des tronçons sur lesquels il renseigne une
épaisseur de dépôt pour chaque population de sédiments en lit mineur et lit moyen. L’épaisseur
est convertie en masse disponible par maille de calcul par le code à partir d’une masse volumique
solide et d’une porosité, données par l’utilisateur. Il n’y a pas d’interaction entre classes au fond.
Le bilan de masse du modèle s’écrit pour chaque population de sédiments :

ΔM = ΔMeau, f ond + Msortant − Mentrant (5.7)

où ΔMeau, f ond est la variation du stock au fond et dans l’eau, Msortant est la masse sortant du
modèle, Mentrant est la masse entrant dans le modèle.
Un bilan de masse non nul traduit un défaut du modèle en terme de conservation de la
masse. Lorsque le bilan est positif, la simulation crée de la matière dans la maille. A l’inverse,
si le bilan est négatif, il y a perte de matière.

5.2.2 RubarBE
[Link] Formulation du transport solide
rubarbe est une version du code rubar3 qui permet de simuler le transport de sédiments
et la déformation du lit [Paquier, 2013; El Kadi Abderrezzak et Paquier, 2009].
L’équation d’Exner est une équation de conservation de la masse qui traduit l’évolution du
fond liée au transport solide :
dQs ∂As
+ (1 − p) =0 (5.8)
dx ∂t
où Qs est le débit solide, p est la porosité des sédiments en place, As est la section solide.
Le débit solide Qs est estimé à partir de la capacité de transport Qcap
s via une loi de charge-
ment qui permet de simuler le transport sédimentaire en dehors de l’équilibre :
dQs Qcap − Qs
= s (5.9)
dx Dchar
où Dchar est la distance de chargement.
La distance de chargement est un paramètre qui traduit l’inertie spatiale du débit solide
par rapport à l’écoulement. En effet, en cas de modification des conditions hydrodynamiques, le

159
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

débit solide n’atteint pas instantanément la nouvelle capacité de transport [Armanini et Di Silvio,
1988]. De plus, les lois permettant de calculer la capacité de transport ont été établies pour des
écoulements permanents et uniformes. En dehors de ces hypothèses, le débit solide peut s’écarter
de la capacité de transport. Pour le charriage, la distance de chargement est théoriquement
très faible devant la taille de la maille du modèle. Cependant, elle est souvent utilisée comme
paramètre de calage, intégrant un terme de diffusion lié à la description discrète du fond. Dans
le cas d’une suspension prédominante, elle peut être calculée par la formule de Han [1980] :
u∗
Dchar = αH (5.10)
ws
où αH est un paramètre de calage, u∗ est la vitesse de cisaillement et ws est la vitesse de chute
des sédiments.

[Link] Représentation du lit, étapes de calcul


Trois compartiments sédimentaires, caractérisés par une masse M, un diamètre d et une
étendue granulométrique σ existent au sein d’une maille (Figure 5.1) :
– la couche de transport, où les sédiments sont en mouvement et qui correspond aux sédi-
ments entrant ou sortant de la maille,
– la couche active est une couche intermédiaire qui permet de modéliser les échanges entre
la colonne d’eau et le lit,
– la couche correspondant au lit immobile. Elle peut être décrite par différentes sous couches
ayant une composition sédimentaire et une épaisseur différentes.
La capacité solide est calculée pour la granulométrie des sédiments de la couche active. La
masse de sédiments contenue dans la couche active représente la quantité de sédiments qui peut
être transportée à l’équilibre :
eq Δx
MCA = Qcap
s (5.11)
U
où Δx est la longueur du maillage et U est la vitesse d’écoulement moyenne dans la section en
travers. Les étapes du calcul du transport solide au cours d’un pas de temps Δt dans une maille
de taille Δx, situé entre une maille amont (am ) et une maille aval (av ) peuvent être décrites de
la façon suivante :
– Calcul du débit solide transitant par la maille en prenant en compte la loi de chargement,
– Calcul du débit solide déposé dans le lit actif,
– Calcul du débit solide érodé du lit actif, avec loi de chargement,
– Calcul du débit transitant en aval,
A la fin du pas de temps, la masse de la couche active est comparée avec la masse à l’équilibre
de cette couche. Elle est ajustée par les flux sédimentaires avec la couche de transport dans le
cas d’un dépôt, et le lit dans le cas d’une érosion. Les processus d’échange entre les différents
compartiments, ainsi que les mélanges granulométriques au cours du calcul sont schématisés
figure 5.1.

160
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

 

 
   

   

     



    

 

     

 
  


    

   

     

   

Figure 5.1 – Processus d’échanges entre compartiments, d’après Beraud [2012].

[Link] Calcul de la capacité de transport


La capacité de transport solide dans une section d’écoulement est le produit de la capacité
solide unitaire qscap par la largeur active Wa . La capacité de transport unitaire est calculée
à partir d’une loi empirique et est généralement liée à la contrainte de cisaillement au fond. Il
existe des lois à seuil, c’est à dire faisant intervenir une contrainte critique de mise en mouvement
en dessous de laquelle le transport est nul, et des lois sans seuil pour lesquels il y a toujours du
transport.
Une multitude de lois de capacité solide unitaire sont proposées dans la littérature, donc cer-
taines permettent d’estimer le charriage et d’autres le transport total (charriage et suspension).
De nombreuses formules sont implémentées dans Rubarbe. Les lois utilisées dans cette thèse
sont les suivantes :
– La formule de Meyer Peter et Müller [1948] est une loi à seuil qui permet de calculer la
capacité de transport par charriage, basée sur la contrainte efficace :
8 3/2
qscap = √ (τef f − τc ) (5.12)
g(ρs − ρ) ρ

où qscap est la capacité solide unitaire en m2 /s, τef f est la contrainte efficace, ρ et ρs sont
respectivement les masses volumiques de l’eau et du sédiment, g est l’accélération de la
pesanteur, d50 est le diamètre médian des grains, τc est la contrainte critique. Sa gamme
d’application s’étend sur des diamètres 0,4 mm<d<30 mm et une étendue granulométrique
σ < 1, 5,
– La formule d’Engelund et Hansen [1967] est une loi de transport total sans seuil, basée sur
la contrainte de forme assimilée à la contrainte totale :
3/2
0, 05U 2 Rh J 3/2
qscap = √ (5.13)
d50 δ 2 g

161
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

où U est la vitesse de l’écoulement, Rh est le rayon hydraulique, J est la pente de frottement


et δ = (ρs − ρ)/ρ est la densité réduite du sédiment. Sa gamme d’application s’étend sur
des diamètres 0,15 mm<d<5 mm,
– La formule de Bagnold [1966] est une loi de transport total sans seuil, avec un terme pour
le charriage et un terme pour la suspension, basée sur la contrainte totale :
5/3 2/3
qscap = Kρs Rh J 3/2 (0, 17 + 0, 01KRh J 1/2 ws ) (5.14)

où K est le coefficient de Strickler, ws est la vitesse de chute des sédiments. Sa gamme


d’application s’étend sur des diamètres 0,02 mm<d<300 mm,
– La formule de Van Rijn, (1984a; 1984b) est une loi de transport total à seuil, avec un
terme pour le charriage et un terme pour la suspension, basée sur la contrainte efficace :

T∗2,1
qscap = 0, 053 δgd350 + Cza FC hU (5.15)
d∗0,3

où T∗ = (τef f − τc )/τc est la contrainte réduite, d∗ = d50 (gδ/ν 2 )1/3 est le diamètre adi-
mensionnel, où ν est la viscosité cinématique de l’eau,
Cza est la concentration de référence :

T∗1,5
Cza = 0, 015 d50 (5.16)
za d0,5

où za = 2d50 est la hauteur de référence.


FC est le paramètre de forme du profil de concentration :

(za /h)R − (za /h)1,2
FC = (5.17)
(1 − za /h)R (1, 2 − R )

où R = R + φR est le facteur de suspension corrigé, avec R le paramètre de Rouse et


φR = 2, 5(ws /u∗)0,8 (Cza /0, 65)0,4 est le facteur de correction. Sa gamme d’application
s’étend sur des diamètres 0,1 mm<d<2 mm.

[Link] Calcul des contraintes locales et de la contrainte critique


La contrainte de cisaillement au fond τ peut être calculée à partir des variables hydrauliques
moyennées sur la section, c’est à dire issues directement de la résolution des équations mono-
dimensionnelles de Barré de Saint Venant. Cependant, la valeur moyenne n’est pas toujours
représentative de la distribution dans la section. Il est préférable d’utiliser une distribution des
contraintes τj dans la section pour calculer le transport solide localement [Camenen et al., 2011].
Dans le code Rubarbe, la Méthode des Perpendiculaires Confondues (MPC) est utilisée pour
répartir la contrainte hydrodynamique de cisaillement dans la section en fonction de sa forme
[Khodashenas et Paquier, 1999].
La contrainte critique de mise en mouvement τc peut être estimée à partir du diagramme
de Shields ou choisie par l’utilisateur. Pour le modèle de la retenue de Génissiat, la contrainte
critique est estimée à partir d’une contrainte critique adimensionnelle θc =0,047, correspondant
à la valeur utilisée dans la formule de Meyer Peter et Müller [1948]. Afin de prendre en compte
l’effet de la pente locale dans la section, le code calcule la répartition de la contrainte critique
dans la section τc,j en fonction de la pente transversale à partir de la formule d’Ikeda [1982].

162
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

[Link] Prise en compte de la granulométrie étendue


Afin de représenter les mélanges de sédiments, la distribution granulométrique est décrite
 deux paramètres, le diamètre médian d50 et le paramètre d’étendue granulométrique σ =
par
d84 /d16 . Cette description implique de faire l’hypothèse d’une distribution log-normale [Ba-
layn, 2001].
Lorsque deux couches échangent des sédiments, leur composition granulométrique est modi-
fiée. Une mise à jour de la granulométrie est réalisée par des opérations de mixage, extraction ou
démixage. Le mixage correspond au mélange de deux populations C1 et C2 , par exemple lorsque
le contenu d’une couche est intégré à une autre couche :
⎛ ⎞
⎛ ⎞ ⎛ ⎞ M = M1 + M2
M1 M2 ⎜ M1 M2 ⎟
⎜ ⎟ ⎜ ⎟ ⎜ M1 +M2 M1 +M2 ⎟
d ⊕
⎝ 50,1 ⎠ ⎝ 50,2 ⎠
d = ⎜ d 50 = d 50,1 d 50,2 ⎟ (5.18)
⎝ M1 M2 ⎠
σ1 σ2 M1 +M2 M1 +M2
σ = σ1 σ2 2

L’extraction divise la population en deux populations à la granulométrie identique.


Le démixage consiste à diviser une population en deux populations hétérogènes, en diffé-
rentiant les particules les plus fines des plus grossières. Cela permet de reproduire le transport
sélectif des sédiments les plus fins qui interagissent moins avec le fond, les plus grossiers étant
déposés. La masse située initialement dans la couche est M . Le calcul du transport solide permet
d’estimer la masse Mf de sédiments érodés, c’est à dire les sédiments les plus fins. La masse
restante, de sédiments plus grossiers est Mg = M − Mf . La formulation mathématique du dé-
mixage est basée sur la loi de décroissance exponentielle de la taille des particules en rivière due
au transport sélectif. La granulométrie de la population des sédiments fins/grossiers est :
⎛ ⎞
  Δx σ − 1 M − Mf /g
d50,f /g ⎜ d50 exp − D ×
σ
×
M ⎟
=⎜
⎝ chard50 ⎟
⎠ (5.19)
σf /g Δx σ − 1 M − Mf /g
σ exp − × ×
Dcharσ σ M
où Δx est la taille de la maille de calcul. La formulation mathématique du démixage fait inter-
venir deux distances de chargement : Dchard50 et Dcharσ . Ces paramètres reflètent l’effet du tri
granulométrique. Dans le code, ils sont considérés indépendants des conditions hydrauliques et
doivent être choisis par l’utilisateur [Beraud, 2012].

[Link] Déformation des sections en travers


Dans le cas d’une érosion, les points j d’une section en travers qui sont situés dans le lit
mouillé et à l’intérieur du lit actif et qui respectent l’inégalité τc,j < τj sont abaissés. La défor-
mation locale est estimée par :

(τj − τc,j )m
Δzj =  ΔS (5.20)
(τj − τc,j )m Δyj

où Δzj est l’abaissement de la cote du point j, Δyj est la largeur élémentaire du point j, ΔS est
la surface à éroder, estimée d’après le bilan sédimentaire. m correspond à l’exposant appliqué à
la contrainte dans la formule de transport.

Trois modes de dépôts ont été sélectionnés pour la déformation de la section et peuvent être
représentatifs d’un niveau de turbulence variable, notamment du paramètre de Rouse R :
– Dépôt uniforme sur le périmètre mouillé (option 2), qui semble valide si R«1,

163
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

– Dépôt fonction de (τc,j − ζτj )m , où ζ = est défini tel que le dépôt soit plus fort aux points
de la section où l’écart entre la contrainte et la contrainte critique est plus grand (option
4), valide si R<1 :
(τc,j − ζτj )m
Δzj =  ΔS (5.21)
(τc,j − ζτj )m Δyj
– Dépôt fonction de τjm (option 6), valide si R ≈1 :

(τj )m
Δzj =  ΔS (5.22)
(τj )m Δyj

Cette dernière méthode de dépôt fournit une déformation de la section quasi symétrique
à la méthode d’érosion. Latapie [2011] a montré que cette méthode donnait les évolutions
de section les plus réalistes sur la Loire Moyenne. Elle est donc choisie pour les premières
simulations à partir du modèle de la retenue de Génissiat.

5.3 Modèle Adis-TS des retenues de Génissiat et Seyssel


5.3.1 Problématique
Un modèle Adis-ts des retenues de Génissiat et Seyssel est construit afin de simuler les
processus liés au transport par suspension de sédiments fins incluant les sables. L’objectif de
ce modèle est de reproduire les masses de sédiments en suspension transitant par le barrage de
Génissiat et au niveau de Seyssel pendant des opérations de gestion sédimentaire mais aussi sur
des périodes à plus long terme. Le modèle doit aussi permettre de déterminer les zones d’échange
sédimentaire dans la retenue, caractérisées par du dépôt ou de l’érosion.
Le modèle s’étend de l’aval du seuil de Pougny (PK 186,42) jusqu’à l’amont du barrage
de Seyssel (PK 151,7). Une des limites du modèle réside dans la représentation du barrage de
Génissiat, d’une part car le modèle sédimentaire ne prend pas en compte la présence d’ouvrages
et d’autre part car la modélisation 1D n’est pas adaptée pour reproduire le gradient de concen-
tration observé au niveau des vannes. La solution proposée est de diviser le modèle en deux
sous-modèles : un pour la retenue de Génissiat et un pour la retenue de Seyssel et d’ajouter un
module additionnel permettant de prendre en compte le passage de l’eau et des sédiments dans
les vannes du barrage.

5.3.2 Description du modèle numérique


Géométrie de la retenue
La géométrie utilisée est la géométrie construite pour les calculs hydrauliques à l’aide du
modèle Mage (cf. paragraphe 3.6.3).

Sédiments utilisés dans le modèle


L’analyse granulométrique des échantillons de sédiments prélevés dans les dépôts de la rete-
nue et parmi les sédiments transportés a permis de définir 6 populations de sédiments fins et de
sables qui sont utilisées dans le modèle (cf. tableau 3.3.3).
Dans le code Adis-ts, la taille des sédiments est utilisée pour estimer la vitesse de chute,
la contrainte critique et la rugosité de fond (cf. équation 5.6). Étant donné que la vitesse de
chute est une fonction non linéaire du diamètre et que la distribution (supposée log-normale) de
chaque classe est asymétrique, l’utilisation du diamètre médian de la population pour le calcul
de la vitesse de chute du sédiment donne lieu à une sous-estimation de cette vitesse, surtout
pour les populations de sédiments fins avec un écart type important. Un diamètre caractéristique
(dm ) défini comme le diamètre correspondant à la vitesse de chute moyenne de la population

164
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

est calculé pour chaque population et cette valeur est utilisée dans le modèle. L’utilisation de
ce diamètre caractéristique au lieu du diamètre médian a un effet négligeable sur la valeur de la
contrainte critique calculée par le modèle.
Les propriétés physiques des sédiments utilisés dans le modèle sont présentés tableau [Link].
La vitesse de chute et la contrainte critique sont calculées par des formules implémentées dans
le code, respectivement la formule de Camenen [2007] (cf. équation 1.4) et la formule de Soulsby
[1997] (cf. équation 3.20). La densité et la porosité des sédiments ne sont utilisées dans le modèle
que pour convertir la condition initiale définie par une épaisseur de matériaux en place pour
chaque classe de sédiment en masse de sédiments disponible. Pour les sables, les valeurs utilisées
permettent d’obtenir une masse volumique des dépôts en place de l’ordre de 1600 kg/m3 , ce qui
est conforme aux valeurs proposées tableau 4.14. Pour les sédiments fins, une valeur légèrement
plus faible de la porosité est utilisée, ce qui donne une masse volumique des dépôts en place
de l’ordre de 1450 kg/m3 . Cette valeur est légèrement supérieure aux valeurs mesurées in situ
et agit dans le sens d’une surestimation de la masse de sédiments en place, qui a une influence
négligeable sur le calcul au regard de l’épaisseur importante de sédiments présents dans cette
partie de la retenue.

Sédiment dm (μm) ws (m/s) τc (Pa) porosité ρs (kg/m3 )


Argile 7 2,8 10−5 0,153 0,45 2650
Limon fin 20 2,3 10−4 0,154 0,45 2650
Limon grossier 50 1,4 10−3 0,155 0,45 2650
Sable très fin 100 7,5 10−3 0,158 0,4 2650
Sable fin 220 2,6 10−2 0,174 0,4 2650
Sable moyen 460 5,8 10−2 0,232 0,4 2650

Tableau 5.1 – Propriétés physiques des classes de sédiment du modèle.

Description des dépôts de sédiments en place


La description sédimentaire du fond est réalisée à l’échelle des tronçons définis par le décou-
page de la retenue de Génissiat (cf. tableau 3.22) et d’un découpage basé sur la granulométrie
pour la retenue de Seyssel. Dans le modèle, le stock de sédiments au fond ne peut être décrit
que par une seule couche de sédiments. Le mélange utilisé dans le modèle doit donc être repré-
sentatif du stock sur la verticale. Sur chaque tronçon, une épaisseur est renseignée pour chaque
classe de sédiment. Elle est déduite de l’épaisseur des dépôts observée avant l’événement et de
la distribution granulométrique des échantillons prélevés au fond (cf. paragraphe 3.3.3).
A l’amont du PK 178, les mesures montrent qu’il n’y a pas (ou presque) de sédiments fins,
aucun sédiment n’est donc disponible initialement dans le modèle (Tableau 5.2). Entre les PK
178 et 174, le fond est composé de sables moyens. Entre les PK 174 et 171,75, un mélange de
sables est utilisé dans le modèle. A partir du PK 171,75, les mesures montrent qu’il existe une
couche de sédiments fins en surface qui recouvre des couches sableuses. Les propriétés des argiles
et limons utilisées dans le modèle suggèrent qu’ils sont érodés plus facilement que les sables. De
fait, les sédiments fins du mélange sont théoriquement érodés en premier, ce qui doit permettre
de reproduire un processus équivalent à l’érosion d’une couche supérieure plus fine. Entre les PK
167,75 et le barrage, deux tronçons décrits par un mélange de sédiments fins et de sables très
fins sont définis. Dans la retenue de Seyssel, les mesures montrent qu’il n’y a pas de sables et
de sédiments fins disponibles dans le modèle en amont du PK 153, conformément aux mesures.
Pour les berges, des dépôts d’argile et de limon sont décrits dans le modèle entre les PK 174,05
et 162,41.
La description du fond pour la construction du modèle numérique est limitée par les données
disponibles. En réalité, l’épaisseur de la couche supérieure de dépôts de sédiments fins dans la

165
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

partie aval varie dans le temps, mais une description plus fine n’est pas possible par manque de
données.

tronçon argile limon limon Sable Sable Sable épaisseur


fin grossier très fin fin moyen totale
186,42-178,07 0m
178,07-174,05 100% 3m
174,05-171,75 20% 40% 40% 4m
171,75-167,75 2% 2% 2% 40% 30% 24% 5m
167,75-163,75 20% 30% 30% 20% 8m
163,75-162,2 30% 30% 30% 10% 10 m
162,2-152,95 0m
152,95-151,95 100% 1m
151,95-151,74 100% 3m

Tableau 5.2 – Caractéristiques sédimentaires des tronçons du modèle.

Description de la condition à la limite amont


La condition à la limite amont est une chronique de concentration pour chaque population
de sédiments. Les chroniques sont déduites de la mesure ou de l’estimation de la concentration
totale et de la mesure ou de l’estimation de la distribution granulométrique des sédiments trans-
portés. Les concentrations sont estimées soit à partir de prélèvements de surface lors des chasses
(cf. tableau 4.2), soit à partir de mesures de turbidité (cf. tableau 4.2) ou d’une méthode de
reconstruction de la concentration (cf. paragraphe 4.7.2).
Seules les analyses granulométriques des sédiments transportés près de la surface sont dis-
ponibles. Elles ont montré que la concentration mesurée proche de la surface correspondait à
la concentration des argiles et limons (cf. figure 4.18 a). Les mesures de la granulométrie des
apports amont n’étant pas disponibles pour tous les événements, deux distributions types des
argiles et limons ont été définies à partir des mesures : une pour les périodes où les vannes des
barrages amont sont fermés (cf. figure 4.14), soit 30% d’argile et 70% de limon fin, et une autre
lorsqu’ils sont ouverts (cf. figure 4.18 a), soit 20% d’argile, 50% de limon fin et 30% de limons
grossiers. La difficulté de la définition de la condition amont réside dans l’absence de mesures du
flux de sable entrant. Lorsque les vannes des barrages suisses sont fermées, l’apport de sable est
négligeable (cf. paragraphe 4.5.1). Néanmoins, lorsque les vannes sont ouvertes, l’apport de sable
n’est sans doute plus négligeable, comme le montrent les échantillons issus des trappes à sédi-
ments (cf. figure 4.18 b) et les bilans sédimentaires des retenues de Verbois et Chancy-Pougny
(cf. paragraphe [Link]).
L’hypothèse retenue pour définir la condition amont lorsque les barrages suisses sont ouverts
(phase de régulation des chasses) est de considérer que la chronique de concentration en sables
est proportionnelle à la concentration en sédiments fins. La part de sable peut être estimée
pour chaque événement en se basant sur le bilan sédimentaire des retenues amont de Verbois et
Chancy-Pougny. Cette hypothèse reste relativement incertaine. Une analyse de sensibilité des
résultats par rapport à la concentration amont en sable sera réalisée.

166
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.3.3 Module additionnel « barrage »


Le module « barrage » proposé a pour objectif de simuler la répartition des débits et des
concentrations dans les différentes vannes du barrage. Il prend en compte à la fois la position
longitudinale des vannes d’amont en aval à partir d’un bilan de masse réalisé entre les ouvrages,
et aussi leur position verticale, à travers l’estimation du profil vertical de concentration pour
chaque population de sédiments à l’approche de l’ouvrage.

[Link] Profil vertical de concentration


La distribution de la concentration sur la verticale est obtenue à partir de l’équation de
conservation de la masse, réduite sous l’hypothèse de stationnarité à une équation de diffusion
de la concentration [Rouse, 1937]. La solution de cette équation dépend de la distribution du
coefficient de diffusion verticale dans la colonne d’eau [Umeyama, 1992]. Ce coefficient dépend
de la rugosité du fond, de la contrainte de cisaillement, de l’agitation et de la vitesse de chute du
sédiment. Un profil exponentiel est obtenu lorsque le coefficient de diffusion verticale est supposé
constant sur la colonne d’eau :
ws
C(z) = CR exp − z (5.23)
v
où z est l’altitude au dessus du fond, CR est la concentration de référence, v = σE κu∗ h est le
coefficient de diffusion verticale du sédiment, κ = 0, 41 est la constante de Von Kàrmàn, u∗ est
la vitesse de cisaillement, h est la hauteur d’eau. R = ws /κu∗ est le nombre de Rouse. σE est le
nombre de Schmidt.
En prenant un coefficient de diffusion verticale variant linéairement avec la hauteur d’eau,
une loi puissance est obtenue. Pour cette loi [Rouse, 1937] a proposé un nombre de Schmidt
σP =1. En supposant que la moyenne sur la colonne d’eau du coefficient de diffusion verticale est
identique quelquesoit la forme choisie (constante ou linéaire), on déduit que la valeur par défaut
de σE =0,5.
En assimilant la concentration moyennée Cm dans la section à la moyenne du profil vertical,
la concentration de référence est estimée à partir des paramètres du modèle 1D :
Cm RσE
CR = (5.24)
1 − exp(−RσE )

[Link] Estimation de la concentration dans les ouvrages


Le module estime les concentrations dans les ouvrages de l’amont vers l’aval, en commençant
par la vanne de fond, puis pour la vanne de demi-fond et l’évacuateur de surface. Au niveau de
la vanne de fond, la concentration de référence est calculée à partir des paramètres hydrauliques
dans la section, puis le profil exponentiel est appliqué pour estimer la concentration à l’altitude
du seuil de la vanne. Un bilan de masse permet ensuite d’estimer la concentration moyenne dans
la section restant à l’aval de la vanne de fond.
Entre la vanne de fond et la vanne de demi-fond, on suppose qu’il n’y a pas de dépôt.
La concentration de référence est calculée dans la section de la vanne de demi-fond, puis la
concentration à l’altitude du seuil de la vanne est estimée à partir du profil exponentiel.
Étant donné que la vanne de demi-fond et l’évacuateur de surface sont situés sur des berges
opposés mais à une abscisse longitudinale proche, on suppose que la concentration moyenne
dans la section à l’approche de l’évacuateur est identique à celle à l’approche de la vanne de
demi-fond. Autrement dit on suppose que l’évacuation de sédiments par la vanne de demi-fond
n’impacte pas la concentration proche de l’évacuateur. Pour l’évacuateur de surface, situé au
niveau d’un talus rocheux, une forte corrélation a été mise en évidence entre les contraintes locales
et la concentration dans l’ouvrage (cf. paragraphe [Link]). Il apparait donc que les paramètres
moyens dans la section ne sont pas représentatifs de la dynamique à proximité de l’évacuateur.

167
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Ainsi, la concentration dans l’évacuateur dépend des conditions locales. La contrainte locale
peut être estimée en considérant le système talus/évacuateur comme un système indépendant.
Ensuite, une formule empirique est proposée pour estimer la concentration dans l’évacuateur :
 
τERD
CERD = αERD −1 (5.25)
τc
où τERD est la contrainte locale, τc est une contrainte critique fixée à 0,15 Pa, ce qui correspond
à la contrainte de mise en mouvement des argiles et limons calculée à partir de la formule de
Soulsby [1997] (cf. tableau ) et αERD est un paramètre de calage.
Pour représenter l’usine, la concentration moyenne dans la section est utilisée.

La différence entre le flux moyen et le flux rejeté par les différentes vannes du barrage est :
3

ΔΦ = Q̄C̄ − Qi Ci (5.26)
i=1

où Q̄ et C̄ sont le débit total et la concentration moyenne calculés par le modèle 1D à l’amont


des vannes du barrage, et i représente les vanne de fond, de demi-fond et l’évacuateur de surface.
Ce différentiel de flux est déposé ou érodé au niveau de la maille située en amont du barrage.
A l’aval du barrage de Génissiat, le flux total est la somme des flux transitant par les différents
ouvrages. Ce flux sert de condition amont pour la retenue de Seyssel.

5.4 Calage et validation du modèle Adis-TS


Le calage du modèle Adis-ts a été principalement basé sur la simulation d’événements de
chasse (tests C1, C2 et C3 du tableau 5.3), qui donnent lieu à des processus plus intenses et
pour lesquels on dispose de mesures hydro-sédimentaires permettant la construction du modèle
(renseignement des conditions initiales et aux limites) et la comparaison des résultats issus du
modèle à des mesures de terrain (concentrations, évolution du fond, granulométrie). Les tests de
validation (tests V1, V2 et V3 du tableau 5.3) ont été appliqués à des scénarios différents afin
de tester la robustesse du modèle.

Test Site Événement Paramètre Données


C1 GE chasse 2000 C0 Concentration Grésin,
phase d’érosion Bellegarde, Malpertuis
C2 GE chasse 1984 C0 ,aP D Concentration Pont Carnot,
phase de régulation Bellegarde
C3 GE chasse de 2012 module « barrage » concentration dans les vannes
V1 SE chasse de 2012 aP D ,C0 Concentration Pyrimont, Seyssel
V2 GE+SE chasse de 2003 modèle entier concentration dans les vannes
à Pyrimont et Seyssel
apport sable concentrations dans les vannes
évolutions morphologiques
V3 GE+SE Juin-Août 2014 modèle entier Concentration Pyrimont

Tableau 5.3 – Description du protocole de calage et validation.

168
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.4.1 Calage des paramètres aP D et C0


Le calage des coefficients aP D et C0 s’appuie sur la modélisation des chasses 1984 et 2000
au cours desquelles des mesures de concentration ont été réalisées à des stations intermédiaires
de la retenue (cf. paragraphe 4.4.1). En 2000, elles n’ont eu lieu qu’au cours de la phase de
remobilisation mais sont accompagnées d’analyses granulométriques.

[Link] Simulation de la chasse de 2000


Dans un premier temps, afin de s’affranchir de la description de la condition limite amont
pour le sable, le scénario de la phase d’érosion de la chasse de 2000 a été utilisé. Les différents
tests réalisés sont présentés dans le tableau 5.14. Les masses de sédiments transportées à Grésin
et Malpertuis correspondant à ces simulations sont présentées dans le tableau 5.4.

Masse Grésin Masse Malpertuis


test aP D C0
(106 t) (106 t)
mesure 0,22±0,05 0,415 ±0,1
2000-1 1 1 0,478 0,801
2000-2 1 0,1 0,121 0,136
2000-3 1 0,2 0,213 0,24
2000-4 1 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 0,213 0,422
2000-5 2 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 0,201 0,478
2000-6 0,5 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 0,223 0,362
2000-7 1 0,5 ;0,5 ;0,25 ;0,1 ;0,1 ;0,1 0,122 0,203
2000-8 1 2 ;2 ;1 ;0,4 ;0,4 ;0,4 0,325 0,673

Tableau 5.4 – Masses de sédiments transportés mesurées et calculées en fonction du calage des
paramètres aP D and C0 (Lorsqu’il n’y a qu’une seule valeur du paramètre, celle-ci est utilisée
pour toutes les classes. Lorsqu’il y a six valeurs, elles correspondent aux valeurs attribuées par
taille croissante, des argiles aux sables moyens, cf. tableau [Link]).

Une valeur aP D =1 correspondant aux expériences de Krone [1962] a d’abord été choisie
pour toutes les classes de sédiments. Deux valeurs de C0 identiques pour toutes les tailles ont été
testées C0 =1 et C0 =0,1 (tests 2000-1 et 2000-2). Un paramètre C0 =1 induit une surestimation les
flux à Grésin et Malpertuis alors que C0 =0,1 induit une sous-estimation (Tableau 5.4). L’étape
suivante a consisté à caler C0 afin de reproduire la concentration au niveau de la station de
Grésin où seuls des sables ont été mesurés (cf. paragraphe 4.4.1). Une valeur C0 =0,2 a permis
de reproduire la masse de sables à Grésin (test 2000-3). Néanmoins, la masse à Malpertuis était
sous-estimée.
Un coefficient C0 variable selon la taille du sédiment a donc été envisagé. C0 a été calé pour
les sédiments fins afin de reproduire les concentrations au niveau des stations de Bellegarde et
Malpertuis (test 2000-4). Pour l’argile et les limons fins, le coefficient C0 obtenu est égal à 1.
Puis il décroit pour les limons grossiers.

Une analyse de sensibilité à ces coefficients a été réalisée. Pour chaque test, un paramètre
aP D ou C0 a été fixé à sa valeur calée (correspondant au test 2000-4), et l’autre paramètre a été
doublé et divisé par 2. Pour la simulation de la chasse de 2000, doubler ou diminuer de moitié la
valeur du coefficient aP D a peu d’influence, l’écart entre la masse mesurée et simulée est inférieur
à l’incertitude de mesure (Tableau 5.4). Par contre, doubler ou diminuer de moitié la valeur du
coefficient C0 a plus d’impact puisque l’écart entre la masse mesurée et simulée est supérieur à
l’incertitude.
Le calage utilisé dans le test 2000-4 semble satisfaisant. Les concentrations simulées à partir
de ce calage sont représentées figure 5.2. Le modèle reproduit assez fidèlement la concentration

169
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

aux différentes stations. A Grésin, le modèle reproduit le signal de base mesuré pendant la phase
de remobilisation mais ne simule pas de pics de concentration, dont la légitimité a été discutée
au paragraphe 4.4.1. Le même type d’écart est observé à Bellegarde et à Malpertuis. L’évolution
le long de la retenue de la proportion simulée de sables et de fines en suspension est proche des
mesures. Néanmoins, les variations temporelles de la distribution granulométrique des sédiments
en suspension au sein d’une station de mesure entre le début et la fin de l’abaissement ne sont
pas bien reproduites par le modèle. Cela pourrait être attribué à une limitation du modèle dans
lequel le fond est décrit par une seule couche homogène qui ne permet pas de reproduire l’érosion
de strates présentant des caractéristiques différentes.

 





 


 












       





 








 

 












   

Figure 5.2 – Concentrations simulées et mesurées dans la retenue de Génissiat au cours de la


phase de remobilisation de la chasse de 2000 : a) Grésin (PK 173), b) Bellegarde (PK 169) c)PK
Malpertuis (PK 164,8).

[Link] Simulation de la chasse de 1984


Durant la chasse de 1984, un abaissement préalable de la retenue a eu lieu entre le 12 et le
14 juin, suivi de la phase de régulation. Pour la simulation de la chasse de 1984, trois types de
condition limite amont pour le sable ont été testées durant la phase de remobilisation :
– Apport de sable nul,
– Apport de sable équivalent à 30% des apports de fines, également reparti entre sables très
fins, sables fins et sables moyens,
– Apport de sable équivalent à 60% des apports de fines, également reparti entre sables très
fins, sables fins et sables moyens.
Suite aux conclusions du calage sur la chasse de 2000, C0 est fixé à [1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2] de
l’argile au sable moyen. La sensibilité au paramètre aP D est testée. Différentes valeurs aP D =0,5 ;
aP D =1 et aP D =2 ont été testées (Tableau 5.5). La masse transportée à Bellegarde a été estimée
pour chaque simulation et comparé à la valeur mesurée.

170
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

test aP D C0 Apport en sable Masse Bellegarde (106 t)


mesure 1,285±0,31
1984-1 1 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 0% 1,259
1984-2 1 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 30% 1,256
1984-3 1 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 60% 1,257
1984-4 2 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 0% 1,146
1984-5 2 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 30% 1,144
1984-6 2 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 60% 1,143
1984-7 0,5 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 0% 1,358
1984-8 0,5 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 30% 1,366
1984-9 0,5 1 ;1 ;0,5 ;0,2 ;0,2 ;0,2 60% 1,372

Tableau 5.5 – Masses de sédiments transportés mesurées et calculées en fonction du calage du


paramètres aP D et de l’apport amont en sable (même présentation que tableau 5.4).

Analyse de sensibilité au calage du coefficient aP D


Au cours de la chasse de 1984, la zone située près de Bellegarde présente des conditions de
dépôt. Plus le coefficient aP D est grand, plus le dépôt est important et concentration simulée est
faible. Néanmoins, pour les trois valeurs du paramètre aP D testées, l’écart entre le calcul et la
mesure est toujours inférieur aux incertitudes de mesure (Tableau 5.5). A Bellegarde, au cours
de la phase de remobilisation, la concentration moyenne simulée par le modèle est surestimée
par rapport aux mesures de surface (Figure 5.3). D’après les conditions hydrauliques au cours
de cette période, les sables moyens et fins sont plutôt transportés par suspension graduée au
niveau de cette station (Figure 3.32) et ne seraient donc pas représentés dans les mesures de
surface. La concentration moyenne simulée pour les argiles, limons et sables très fins est en effet,
plus proche des mesures de surface.

 







 


 














       






 





 
 


 










   

Figure 5.3 – Concentrations simulées et mesurées à Bellegarde au cours de la chasse de 1984 en


fonction de la valeur du coefficient aP D , avec un apport amont de 30% : a) aP D =0,5, b) aP D =1,
c) aP D =2.

171
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Analyse de sensibilité à l’apport en sable


La condition limite amont semble avoir peu d’influence sur la masse simulée à Bellegarde
(Tableau 5.5). En effet, lorsque la condition limite amont contient des sables, le modèle simule
une atténuation rapide de la concentration de sable en suspension, avec des concentrations
inférieures au g/l estimées au niveau du Pont Carnot (Figure 5.4 1 b). La présence de sable en
suspension à Bellegarde au cours de la phase de régulation (à partir du 14/06/1984) dans le cas
d’un apport nul montre que du sable est remobilisé entre le Pont Carnot et Bellegarde (Figure
5.4 a).

1) 2)
30

30
fines+sables (modèle)
fines (modèle)
25

25
sables (modèle)
Concentration (g/l)

Concentration (g/l)
mesures
20

20
15

15
10

10
5

5
0

12/06/1984 14/06/1984 16/06/1984 18/06/1984 12/06/1984 14/06/1984 16/06/1984 18/06/1984


30

30
25

25
Concentration (g/l)

Concentration (g/l)
20

20
15

15
10

10
5

5
0

12/06/1984 14/06/1984 16/06/1984 18/06/1984 12/06/1984 14/06/1984 16/06/1984 18/06/1984

Figure 5.4 – Concentrations simulées et mesurées à : 1) Pont Carnot et 2) Bellegarde au cours


de la chasse de 1984 en fonction de la condition limite amont : a) apport nul, b) apport 60%.

La sensibilité à l’apport amont est aussi analysée à partir du bilan bathymétrique simulé. Le
bilan bathymétrique a été estimé à partir des masses déposées ou érodées par tronçon simulées
par le modèle, converties en volume à partir de la masse volumique sèche des matériaux (cf.
tableau 4.14). La valeur du bilan augmente logiquement avec l’apport de sable. Le modèle sous-
estime les dépôts dans la retenue par rapport aux mesures, ce qui aboutit à un bilan simulé
inférieur au bilan calculé (Tableau 5.6). Le bilan de masse du modèle indique qu’un problème
de conservation de la matière a lieu pour chaque simulation, en particulier pour les sables fins
et moyens et correspond au total à environ 10% du bilan. Le bilan le plus réaliste est obtenu
pour un apport en sables équivalent à 60% de l’apport en sédiments fins, si on tient compte des
incertitudes et du bilan de masse du modèle.

172
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Bilan bathymétrique (106 m3 )


mesure 0,86 ± 0,09
0% sable 0,21 ± 0,24
30% sable 0,35 ± 0,24
60% sable 0,50 ± 0,25

Tableau 5.6 – Analyse de sensibilité du modèle aux apports en sable : comparaison des bilans
bathymétriques.

Afin de mieux comprendre les différences entre les bilans bathymétriques modélisés et simulés,
le bilan par tronçon a été calculé (Figure 5.5). Il a été obtenu en divisant le masse déposée ou
érodée par tronçon estimée par le modèle par la masse volumique des sédiments en place (cf.
paragraphe [Link]). L’incertitude sur la masse volumique est aussi prise en compte. Pour des
apports de sable non nuls, de plus forts dépôts sont observés dans la partie amont de la retenue,
au niveau de l’Étournel. Entre les PK 178 et 171,75, dans la zone dominée par le transport
de sables, la dynamique et les volumes sont bien reproduits, et on n’observe pas de différences
significatives entre les trois types d’apport amont simulés. C’est en accord avec l’estimation
correcte par le modèle de la masse de sédiments transportés à Bellegarde (PK 169).
C’est en aval du PK 169,25 que le modèle ne reproduit pas suffisamment de dépôt. Quelque-
soit l’apport amont en sable, le volume déposé dans les tronçons en aval du PK 169,25 est de 0,34
106 m3 alors que le volume issu des mesures bathymétriques correspond à 0,58 106 m3 . Ces dépôts
simulés par le modèle correspondent à des sédiments fins, avec le diamètre médian des dépôts qui
décroit de 170 μm au PK 169,25 à 15 μm au PK 162,41. Une partie de ces dépôts de sédiments
fins non reproduits par le modèle pourrait être attribuée aux dépôts réalisés au cours des deux
mois écoulés entre la mesure bathymétrique pré-chasse et le début de la chasse et des deux
mois écoulés entre la fin de la chasse et la mesure bathymétrique post-chasse. Cette hypothèse
n’est pas vérifiable car les données nécessaires à ce calcul, comme la cote de la retenue ou les
apports sédimentaires dans la retenue ne sont pas disponibles sur ces périodes. De plus, pour
cette simulation réalisée à partir du modèle monodimensionnel uniquement, la masse estimée
en sortie du modèle est estimée à partir de la concentration moyenne dans la section, et non
à partir de la concentration et du débit transitant par chaque vanne. Cela peut entrainer des
différences au niveau du bilan du dernier tronçon.

173
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat






 

                 





 

                 





 

                 




Figure 5.5 – Bilans volumiques simulés et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 1984 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b) apport nul, c)
apport 60%.

[Link] Conclusions sur le calage du modèle Adis-TS


D’après les analyses de sensibilité, le paramètre aP D a finalement été choisi constant pour
toutes les classes granulométriques et fixé à aP D =1, ce qui correspond à la valeur théorique. Le
paramètre C0 a finalement été choisi variable selon la taille du sédiment (Table 5.7).

Sédiment Argile Limon fin Limon grossier Sable très fin Sable fin Sable moyen
C0 1 1 0,5 0,2 0,2 0,2

Tableau 5.7 – Calage du paramètre C0 .

L’apport amont est à déterminer pour chaque scénario, c’est pourquoi une analyse de sensi-
bilité à ce paramètre sera effectuée pour chaque calcul.

174
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.4.2 Test du module « barrage »


Le modèle de transport précédemment calé et le module « barrage » ont été appliqués à la
chasse de 2012. Pour cette opération, on dispose uniquement des mesures de concentration dans
les vannes du barrage de Génissiat. De fait, les différences observées entre le modèle et la mesure
peuvent provenir à la fois de la simulation du transport des sédiments dans la retenue avec le
modèle Adis-ts et du module « barrage », ce qui peut rendre l’interprétation difficile.
Trois conditions d’apport sableux durant la phase de régulation ont été testées.
– Apport de sable nul,
– Apport de sable équivalent à 30% des apports de fines, également reparti entre sables très
fins, sables fins et sables moyens,
– Apport de sable équivalent à 60% des apports de fines, également reparti entre sables très
fins, sables fins et sables moyens.

Analyse de sensibilité à l’apport en sable


La masse totale simulée transitant par le barrage ne varie pas en fonction de l’apport en sable
car tous les sables entrant au cours de la phase de régulation sont déposés dans la retenue (Ta-
bleau 5.8). Pour un apport en sable correspondant à 60% des apports de sédiments fins, le bilan
bathymétrique global de la retenue est assez satisfaisant. Néanmoins, à l’échelle des tronçons,
les évolutions morphologiques associées à ce scénario ne sont pas conformes aux observations
(Figure 5.6). Trop de dépôt est simulé au niveau de l’Étournel dans les tronçons T2 et T5. Le
dépôt dans les tronçons T11 à T13 sont sous-estimés. Les évolutions morphologiques simulées
dans les tronçons T14 à T20 sont assez différentes des évolutions observées. Il est néanmoins
possible que les dépôts dans cette zone aient pu être remaniés au cours de la période de cinq mois
écoulée entre la fin de la chasse et la mesure bathymétrique post-chasse. Cette explication est
difficile à vérifier car on ne dispose pas des données permettant la simulation de cet événement.

Masse Barrage (106 t) Bilan bathymétrique (106 m3 )


mesure 2,1 ±0,48 1,47 ± 0,12
0% sable 2,01 0,15 ± 0,18
30% sable 2,01 0,62 ± 0,23
60% sable 2,01 1,09 ± 0,32

Tableau 5.8 – Bilans de la retenue estimés en fonction de l’apport en sable pour la chasse de
2012 et comparaison avec la mesure.

175
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

a)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0 0.4

T20 T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

b)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0 0.4

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

c)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0 0.4

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

d)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0 0.4

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône

Figure 5.6 – Bilan volumique simulé et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2012 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b) apport nul, c)
apport 30%, d) apport 60%.

Concentrations et masses simulées dans les vannes


La répartition de la concentration dans les différents ouvrages est assez bien reproduite par
le module (Figure 5.7). Au début de la phase de remobilisation, la concentration est cependant
sous-estimée pour la vanne de fond. De même, la concentration dans la vanne de demi-fond est
sous-estimée pendant toute la phase. Les pics observés au niveau des deux vannes ne sont pas
très bien reproduits. Ils sont corrélés à des variations de débit dues aux manoeuvres des vannes
et peuvent être causés par des érosion locales non prises en compte par le modèle 1D et le module
« barrage » (cf. paragraphe [Link]). A la fin de la phase de remobilisation, la remontée du niveau
de la retenue provoque une forte chute des concentrations sur le terrain, mais les concentrations

176
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

simulées chutent avec un décalage temporel par rapport aux mesures d’environ 4 heures. Cette
différence est plutôt attribuée au modèle Adis-ts qui ne prend pas en compte l’impact de la
décélération de l’écoulement sur le transport.
Au cours de la phase de régulation, le premier pic de concentration (le 11/06) est surestimé,
le modèle Adis-ts ne semble pas déposer suffisamment dans la retenue. Au cours de cette phase,
le modèle fait déposer tout les sables et les limons grossiers avant les vannes, et seuls les argiles
et limons fins atteignent le barrage. Par suite, le gradient vertical estimé par le module est faible.
En réalité, des sables ont été échantillonnés dans la vanne de fond au cours de la chasse (Figure
4.23). La présence de sable parmi les dépôts dans la partie aval de la retenue suggère que les
sables mesurés dans la vanne de fond pourraient provenir de la reprise locale de dépôts près
du barrage qui n’est pas prise en compte par le modèle. Le second pic observé dans la vanne
de demi-fond est assez bien reproduit par le modèle. Pour l’évacuateur de surface, un calage
a permis d’obtenir une valeur α=0.03 pour la loi empirique (cf. Équation 5.25). Un très bon
accord est obtenu entre le modèle et les mesures.
a) b)
50

25
Concentration (g/l)

Concentration (g/l)
40

20
30

15
20

10
10

5
0

3/06/2012 7/06/2012 11/06/2012 15/06/2012 3/06/2012 7/06/2012 11/06/2012 15/06/2012

c)
8

fines+sables (modèle)
7

fines (modèle)
Concentration (g/l)

sables (modèle)
6

mesures
5
4
3
2
1
0

3/06/2012 7/06/2012 11/06/2012 15/06/2012

Figure 5.7 – Comparaison entre les concentrations simulées et mesurées au barrage de Génissiat
au cours de la chasse de 2012 : a) Vanne de fond, b) Vanne de demi-fond, c) Évacuateur de surface.

Afin d’évaluer la contribution du module, les masses passant dans les vannes du barrage ont
été calculées en utilisant ou non le module « barrage ». Les deux phases de la chasse ont été
distinguées (Tableau 5.9). L’estimation des masses transportées est améliorée par l’utilisation du
module « barrage », en particulier pour la vanne de fond et l’évacuateur de surface. Pour la vanne
de demi-fond, les résultats sont moins probants car la concentration dans cette vanne est proche
de la concentration moyenne estimée par le modèle 1D. A l’échelle des phase de remobilisation et
de régulation, le module permet une bonne estimation des masses passant dans chaque vanne. La
valeur simulée par le module est proche de la valeur mesurée si on tient compte des incertitudes
associées à la mesure.

177
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Masse phase d’érosion (106 t) Masse phase de régulation (106 t)


Sans module Avec module Mesure Sans module Avec module Mesure
VF 0,46 0,89 0,87±0,25 0,15 0,17 0,28 ±0,08
VDF 0,49 0,34 0,51±0,15 0,08 0,07 0,05±0,01
ERD 0 0 0 0,62 0,12 0,13± 0,03

Tableau 5.9 – Masses simulés et mesurés transportées dans les vannes du barrage de Génissiat
durant la chasse de 2012.

5.4.3 Validation des paramètres aP D et C0


Le modèle calé a été appliqué pour simuler la chasse de 2012 dans la retenue de Seyssel
uniquement, en utilisant comme condition amont la moyenne des concentrations mesurées dans
les vannes du barrage de Génissiat pondérée par le débit des vannes. Il existe un excellent accord
entre les mesures et les résultats du modèle (Figure 5.8). Le modèle reproduit bien les dépôts
des sédiments les plus grossiers à l’aval du barrage de Génissiat. Entre Pyrimont et Seyssel, peu
d’échanges ont lieu avec le fond et le modèle reproduit bien la propagation.

a) b)
40

40
Concentration (g/l)

Concentration (g/l)
30

30
20

20
10

10
0

3/06/2012 7/06/2012 11/06/2012 15/06/2012 3/06/2012 7/06/2012 11/06/2012 15/06/201

c)
30

fines+sables (modèle)
25

fines (modèle)
Concentration (g/l)

sables (modèle)
20

mesures
15
10
5
0

3/06/2012 7/06/2012 11/06/2012 15/06/2012

Figure 5.8 – Concentrations simulées et mesurées dans la retenue de Seyssel au cours de la


chasse 2000 : a) Sortie Génissiat (Condition amont), b) Pyrimont, c) Seyssel.

178
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.4.4 Validation du modèle complet sur la chasse de 2003


La chasse de 2003 est simulée afin de valider le modèle pour les événements de chasse. Cet
événement présente une issue différente des tests précédents puisque le bilan sédimentaire est
négatif. Trois conditions d’apport sableux durant la phase de régulation ont été testées :
– Apport de sable nul,
– Apport de sable équivalent à 30% des apports de fines, également reparti entre sables très
fins, sables fins et sables moyens,
– Apport de sable équivalent à 60% des apports de fines, également reparti entre sables très
fins, sables fins et sables moyens.
Le modèle est évalué en se basant sur les chroniques de concentrations et les masses transportées
simulées aux différentes stations, ainsi que par sa capacité à reproduire la tendance des évolutions
morphologiques le long de la retenue.

Analyse de sensibilité à l’apport en sable


Pour chaque type d’apport, tous les sables entrant au cours de la phase de régulation sont
déposés dans la retenue. La masse totale transitant par le barrage ne varie pas (Tableau 5.10).
Pour un apport sableux correspondant à 60% des apports de fines, le bilan volumique global de
la retenue est assez satisfaisant.

Masse Barrage (106 t) Bilan bathymétrique (106 m3 )


mesure 3,11 ±0,715 -0,36 ± 0,11
0% sable 3,24 -1,02 ± 0,28
30% sable 3,24 -0,84 ± 0,27
60% sable 3,24 -0,66 ± 0,27

Tableau 5.10 – Bilans de la retenue estimés en fonction de l’apport en sable pour la chasse de
2003 et comparaison avec la mesure.

Néanmoins, à l’échelle des tronçons, les évolutions morphologiques associées à ce scénario ne


sont pas très bien reproduites (Figure 5.9). L’érosion simulée au niveau du tronçon T11 n’est
pas assez prononcée. Inversement, l’érosion simulée dans les tronçons T12 et T13 et en aval est
trop forte. Il peut s’agir de dépôts ayant eu lieu après la chasse ou alors d’une sous-estimation
des dépôts au cours de la phase de régulation. Les dépôts simulés correspondent à un diamètre
médian d’environ 250 μm jusqu’au PK 166,78, puis diminuent à l’aval.

179
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

mesure

0.2 0.4 0.6


Volume ( 106m3)

−0.2
−0.6

T20T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1

modèle
0.2 0.4 0.6
Volume ( 106m3)

−0.2
−0.6

Figure 5.9 – Bilan volumique simulé et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2003 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b) apport nul, c)
apport 60%.

Concentrations et masses simulées


La dynamique globale des flux de sédiments est bien reproduite par le modèle. De la même
manière que pour la chasse de 2012, il ne permet cependant pas de reproduire correctement la
diminution des concentrations à l’issue de la phase d’érosion et surestime la concentration à la
fin de la phase d’érosion et au début de la phase de régulation dans les vannes de fond et de demi-
fond. Cette surestimation par rapport aux mesures est estimée à 0,2×106 t et pourrait expliquer
en partie le dépôt trop faible simulé près du barrage. De même, les pics de concentration dans
les vannes ne sont pas reproduits. Les différences entre le modèle et la mesure à Seyssel sont très
liées aux résultats obtenus dans la retenue de Génissiat En effet, le pic de concentration mesuré
le 21/05 est mal reproduit par le modèle au niveau des vannes de fond et de demi-fond et n’est
par conséquent pas reproduit à Seyssel.

180
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

a) b)

50

25
Concentration (g/l)

Concentration (g/l)
40

20
30

15
20

10
10

5
0

0
17/05/2003 21/05/2003 25/05/2003 29/05/2003 17/05/2003 21/05/2003 25/05/2003 29/05/2003

c) d)
25

25
fines+sables (modèle)
fines (modèle)
Concentration (g/l)

Concentration (g/l)
20

20
sables (modèle)
mesures
15

15
10

10
5

5
0

17/05/2003 21/05/2003 25/05/2003 29/05/2003 17/05/2003 21/05/2003 25/05/2003 29/05/2003

Figure 5.10 – Concentrations simulées et mesurées au cours de la chasse de 2003 : a) Vanne de


fond Génissiat, b) Vanne de demi-fond Génissiat, c) Pyrimont, d) Seyssel.

L’utilisation du module « barrage » améliore l’estimation de la masse passant par les vannes
durant la première phase de la chasse de 2003 (Tableau 5.11). Au cours de la seconde phase,
la contribution du module « barrage » n’est pas vraiment significative pour les masses sortant
du barrage. Pour toute la chasse, l’utilisation du module « barrage » a peu d’influence sur les
résultats obtenus à Seyssel, puisque des masses similaires sont obtenues avec les deux modèles.
En effet, les sédiments en suspension à Seyssel sont principalement des argiles et des limons
(cf. paragraphe 4.4.3). Au cours de la chasse de 2003, le niveau relativement bas de la retenue
a permis un bon mélange des argiles et limons, dont la concentration était uniforme entre la
vanne de fond et la vanne de demi-fond. De fait, pour les argiles et limons, la concentration
moyenne dans la section était représentative des concentrations dans les vannes de fond et de
demi-fond. Néanmoins, dans le cas d’une ouverture de l’évacuateur de surface, où le gradient est
plus marqué (comme au cours de la chasse de 2012), l’utilisation du module permet de mieux
estimer la masse à Seyssel.

Masse phase d’érosion (106 t) Masse phase de régulation (106 t)


Sans Avec Mesure Sans Avec Mesure
module module module module
VF 1,08 2,15 2,23±0,62 0,50 0,6 0,41 ±0,11
VDF 0,48 0,34 0,30±0,08 0,16 0,14 0,03±0,01
Seyssel 0,73 0,71 0,69±0,12 0,89 1,04 0,54± 0,09

Tableau 5.11 – Masses transportées simulées et mesurées dans les vannes du barrage de Gé-
nissiat et dans la retenue de Seyssel durant la chasse de 2003.

181
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.4.5 Validation du modèle en période d’exploitation normale


Pour valider le modèle sur des périodes interchasses plus longues, une période d’interchasse
d’environ trois mois (de juillet à septembre 2014) a été simulée. Le modèle permet de repro-
duire correctement la propagation et l’atténuation de la concentration entrant dans la retenue
(Figure 5.11). Sur toute la période, 285.103 tonnes de sédiments sont entrées dans la retenue
et 238±47.103 tonnes ont été rejetées à l’aval. Le modèle a prédit 218.103 tonnes, ce qui est en
accord avec les mesures.

Concentration Pougny (CL amont)


0.6

Concentration Pyrimont modèle


Concentration Pyrimont mesures
Concentration (g/l)
0.4
0.2
0.0

20/07/2014 25/07/2014 30/07/2014 05/08/2014 10/08/2014

Figure 5.11 – Concentrations simulée et mesurée à Pyrimont entre juillet et août 2014.

5.5 Modèle RubarBE de la retenue de Génissiat


5.5.1 Problématique
L’estimation de la contribution des sédiments grossiers dans le bilan global de la retenue
semble limitée. Les bilans bathymétriques présentés dans l’analyse géomorphologique ne per-
mettent pas de distinguer clairement les différents types de sédiments car la granulométrie
n’est pas systématiquement décrite. Les fortes incertitudes associées à la comparaison du bi-
lan bathymétrique et des masses entrant et sortant, limitent aussi l’interprétation des résultats.
Cependant, si la dynamique de la partie aval de la retenue semble régie par les sédiments fins,
la partie amont est principalement constituée de sédiments grossiers et les évolutions morpho-
logiques indiquent des systèmes d’érosion/dépôt caractéristiques d’un transport par charge de
fond. Le modèle Rubarbe est utilisé pour simuler le transport des sédiments grossiers et les
évolutions morphologiques de la retenue liées au transport de sables et de graviers, en particulier
à l’échelle des tronçons homogènes.

5.5.2 Description du modèle numérique


Géométrie de la retenue
Le modèle s’étend de l’aval du seuil de Pougny, PK 186,42 à la vanne de fond du barrage
de Génissiat PK 162,41. La géométrie utilisée est identique à la géométrie construite pour les
calculs hydrauliques à l’aide des modèles Mage et Rubarbe (cf. paragraphe 3.6.3).

182
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Description des dépôts de sédiments en place


Les caractéristiques sédimentaires de chaque tronçon sont décrites par couches, caractérisées
par d50 , σ et une épaisseur de sédiments (Tableau 5.12). La description s’appuie sur les mesures
de terrain mais elle est limitée car il n’y a pas de mesures de granulométrie pour chaque tron-
çon, notamment dans la partie amont, et aucune donnée précise n’est disponible concernant la
répartition verticale de la granulométrie. De fait, une seule couche de sédiments est définie par
tronçon à partir des mesures. Le diamètre d50 du tronçon est déterminé à partir des mesures
lorsque celles-ci sont disponibles.
Pour les tronçons où les mesures sont absentes, comme c’est le cas pour les tronçons amont,
la taille des sédiments au fond est estimée à partir d’un calcul. A l’amont, l’équilibre relatif du
lit suggère que la granulométrie est assez grossière et que les sédiments ne sont mobilisés que
lors d’épisodes de crue morphogènes (cf. paragraphe [Link]). Pour ces tronçons, on suppose que
les sédiments au fond sont de la taille du diamètre maximal mobilisable par un débit de crue
morphogène. Le diamètre au fond est défini comme le diamètre pour lequel la valeur de contrainte
efficace adimensionnelle calculée pour ce débit atteint la valeur de la contrainte adimensionnelle
de mise en mouvement θc = 0, 047. En géomorphologie, le débit morphogène correspond au
débit pour lequel le débit solide transporté est maximal, et qui est à l’origine des remaniement
morphologiques du cours d’eau. Pour les rivières naturelles, il correspond à un débit de période
de retour de 1 à 3 ans. Les contraintes hydrauliques dans la retenue ont été calculées pour un
régime permanent correspondant à une crue quinquennale, avec un débit Q = 1200 m3 /s et une
cote au barrage Z = 330 m. Le choix d’une période de retour plus élevée que pour les rivières
naturelles réside dans la présence d’un fort pavage à l’amont de la retenue consécutif à l’incision
du lit à l’aval du barrage de Chancy-Pougny et aux extractions de graviers dans l’Étournel.
L’impact du choix de ce débit est analysée au paragraphe [Link].
Un fond inérodable est défini en aval du PK 167,75 (tronçons T15 à T20) car les mesures in-
diquent que le fond est principalement composé de limons et argiles, pour lesquels la formulation
mathématique utilisée dans le modèle n’est pas adaptée. L’écart type est choisi en fonction des
mesures et du calcul hydraulique. Jusqu’au PK 182,35 ; un écart type σ = 2 est choisi pour le
modèle. Cette valeur correspond aux valeurs mesurées. En aval, la variabilité entre les mesures
est plus forte et les écarts entre le diamètre mesuré et le diamètre critique estimé par le modèle
sont grands. Un écart-type σ = 4 est choisi. Pour chaque diamètre, la contrainte critique de mise
en mouvement est déduite à partir de la contrainte critique adimensionnelle θc = 0, 047.

183
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

tronçon PK d50 σ d50 d50 σ


mesuré mesuré critique modèle modèle
T1 186,42-185,76 70 mm a 2 60 mm 60 mm 2
T2 185,76-184,71 50 mm 50 mm 2
T3 184,71-184,16 35 mm 35 mm 2
184,16 15 mm 15 mm 2
T4 184,16-183,22 25 mm 25 mm 2
T5 183,22-182,35 34-38 mm 1,4-1,7 7 mm 30 mm 2
T6 182,35-180,9 12-100 mm 2,5 3 mm 10 mm 4
T7 180,9-180,2 100 mm 2,5 5 mm 100 mm 4
T8 180,2-179,58 15 mm 100 mm 4
T9 179,58-178,07 15 mm 15 mm 4
T10 178,07-177,35 0,5 mm 1,7 3 mm 0,5 mm 4
T11 177,35-174,05 0,3-0,6 mm 1,4-3 2 mm 0,5 mm 4
T12 174,05-171,75 0,3-0,6 mm 1,5-3 1 mm 0,5 mm 4
T13 171,75-169,25 0,35 mm b 0,9 mm 0,35 mm 4
T14 169,25-167,75 0,35 mm c 0,7 mm 0,35 mm 4
T15-T20 169,25-162,415

a. mesuré 500 m en amont


b. d’après Bouchard et Dumond [2000]
c. d’après Bouchard et Dumond [2000]

Tableau 5.12 – Granulométrie des dépôts de sédiments dans les tronçons du modèle.

Pour chaque épisode que l’on souhaite simuler, l’épaisseur de sédiments disponible doit être
déterminée.

Description de la condition à la limite amont


La description de la condition à la limite amont sédimentaire est délicate. Il existe peu de
mesures qui permettent une description qualitative et quantitative des flux sédimentaires de
sables et graviers à l’amont de la retenue (cf. paragraphe 4.5.1). Le choix proposé est de ren-
seigner un apport amont nul lorsque les vannes des barrages suisses sont fermées, en accord
avec les mesures. Lorsque les barrages sont ouverts, l’apport amont est supposé égal à la capa-
cité de transport dans la première section du modèle. La granulométrie des sédiments entrant
est supposée identique à la granulométrie des sédiments grossiers contenus dans la retenue de
Chancy-Pougny. D’après les analyses de Loizeau [2014], les caractéristiques granulométriques
choisies sont d50 =400 μm et σ=5, pour tenir compte de l’étendue granulométrique.

5.5.3 Calage du modèle RubarBE


[Link] Choix du scénario de calage
Le calage du modèle sédimentaire consiste à sélectionner des paramètres numériques du
modèle appropriés qui permettent de reproduire le transport des sédiments grossiers et les évo-
lutions morphologiques associées dans la retenue de Génissiat. En l’absence de mesures de flux
de transport de sédiments grossiers, l’évaluation du calage repose principalement sur la compa-
raison entre les évolutions morphologiques mesurées et simulées. Dans cette optique, le choix
du scénario utilisé pour le calage du modèle est primordial. En effet, il faut s’assurer que les
évolutions morphologiques observées dans la partie amont de la retenue sont liées aux sédiments
grossiers.

184
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Le scénario de la chasse de 2003 a été sélectionné pour réaliser le calage du modèle. On observe
de l’érosion dans les tronçons T1 à T5 où le fond est constitué de graviers, avec un dépôt dans
les tronçons T6 et T7, le volume déposé étant proche du volume érodé en amont. Ces évolutions
sont principalement localisées au niveau du chenal. Ce dépôt pourrait donc correspondre au
dépôt des sédiments érodés en amont. Néanmoins, aucune mesure ne permet de confirmer cette
hypothèse. En particulier, le modèle Adis-ts a montré que le tronçon T6 pouvait être affecté
par des dépôts de sables en cas d’apport amont (cf. paragraphe 5.4.4). Il semble donc difficile
d’expliquer la dynamique observée dans les tronçons amont. Dans les tronçons T11 à T15 de
l’érosion est observée et les sédiments en place sont des sables (Figure 5.12).



 

                 




Figure 5.12 – Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 2003.

Estimation de l’épaisseur des dépôts de sédiments en place


L’épaisseur des couches de sédiments dans le modèle est déterminée à partir de l’évolution
du profil longitudinal. L’épaisseur des dépôts observée depuis la mise en eau de la retenue n’est
pas toujours représentative du stock au fond, puisqu’elle ne prend pas en compte l’épaisseur de
sédiments présente initialement.
Dans la partie amont, la rivière s’écoule dans ses alluvions et peu d’évolutions du profil en
long ont été observées, sauf dans la zone où ont eu lieu les extractions de gravier. La fosse creusée
a atteint 5 m de profondeur, ce qui suggère qu’il y a une épaisseur importante de sédiments au
fond dans l’Étournel. Une épaisseur aux alentours de 5 m est donc appliquée dans les tronçons
T1 à T5 (Tableau 5.13). En aval, de faibles évolutions sont observées, en particulier, pour les
tronçons T7 et T8, la granulométrie grossière observée en surface limite fortement la mobilisation
des sédiments, et une épaisseur plus faible est appliquée. Dans les tronçons T1 à T8, les évolutions
observées sont faibles et on suppose que la description de l’épaisseur des dépôts de sédiments
varie peu selon les événements.
Dans les tronçons T9 à T12, correspondant à la partie sableuse, la pente initiale du fleuve était
très forte, suggérant que le fond était très grossier. On suppose donc que l’épaisseur des dépôts
dans le modèle correspond à l’épaisseur des dépôts observée à partir des profils en long entre 1954
et 2003. Pour les tronçons T13 et T14, les mesures de granulométrie en surface suggèrent que les
sables sont mélangés à des sédiments fins. Une épaisseur inférieure à l’épaisseur observée sur le
profil en long est appliquée dans le modèle. En aval, les sédiments en place sont majoritairement
des argiles et limons. La formulation mathématique utilisée dans le modèle ne permettant pas de
simuler le transport des sédiments très fins, aucun sédiment n’est présent initialement au niveau
des tronçons T15 à T20 dans le modèle et le fond initial est supposé inérodable.

185
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

tronçon PK épaisseur des dépôts épaisseur


observée (m) modèle (m)
T1 186,42-185,76 3m 4m
T2 185,76-184,71 1m 4m
T3 184,71-184,16 5m 5m
184,16 5m 5m
T4 184,16-183,22 5m 5m
T5 183,22-182,35 2m 4m
T6 182,35-180,9 2m 2m
T7 180,9-180,2 1m 2m
T8 180,2-179,58 2m 2m
T9 179,58-178,07 2m 2m
T10 178,07-177,35 3m 3m
T11 177,35-174,05 4m 4m
T12 174,05-171,75 4m 4m
T13 171,75-169,25 10 m 6m
T14 169,25-167,75 10 m 6m
T15-T20 169,25-162,41 0m

Tableau 5.13 – Épaisseurs des couches de sédiments en place dans les tronçons du modèle
Rubarbe de la chasse de 2003.

[Link] Stratégie de calage


Différentes simulations sont réalisées afin de sélectionner dans un premier temps la loi de
transport, puis la distance de chargement Dchar . Des tests de sensibilité à la méthode de distri-
bution des dépôts, à la condition limite amont sédimentaire et à la description des sédiments en
place sont aussi réalisés. L’ensemble des simulations réalisées est présenté tableau 5.14.

Test loi Dchar multipl. dépôt CL amont granulo


Qcap
s (cf. [Link]) Qs d50 (mm) du fond
cap
03-1 Meyer-Peter fixe 500 m 1 6 Qs 0,4 initiale
& Muller (Tab. 5.12)
03-2 Engelund fixe 500 m 1 6 Qcap
s 0,4 initiale
& Hansen
03-3 Bagnold fixe 500 m 1 6 Qcap
s , 0,4 initiale
03-10 Van Rijn fixe 500 m 1 6 Qcap
s 0,4 initiale
03-103 Van Rijn fixe 50 m 1 6 Qcap
s 0,4 initiale
03-101 Van Rijn Han,αH =100 1 6 Qcap
s 0,4 initiale
03-1014 Van Rijn Han,αH =200 1 6 Qcap
s 0,4 initiale
03-1010 Van Rijn Han,αH =100 0,7 6 Qcap
s 0,4 initiale
03-1015 Van Rijn Han,αH =100 0,7 4 Qcap
s 0,4 initiale
03-1017 Van Rijn Han,αH =100 0,7 2 Qcap
s 0,4 initiale
03-1016 Van Rijn Han,αH =100 0,7 6 nulle initiale
03-1018 Van Rijn Han,αH =100 0,7 6 Qcap
s 1 initiale
03-1019 Van Rijn Han,αH =100 0,7 6 Qcap
s 0,2 initiale
03-1010b Van Rijn Han,αH =100 0,7 6 Qcap
s 0,4 corrigée
(Tab. 5.15)
03-101b Van Rijn Han,αH =100 1 6 Qcap
s 0,4 corrigée

Tableau 5.14 – Caractéristiques des simulations réalisées pour la chasse de 2003.

186
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Évaluation des résultats du modèle


Les simulations sont évaluées en comparant les évolutions morphologiques simulées aux ob-
servations sur les tronçons T1 à T14 qui correspondent au tronçon fluvial et à la retenue amont,
dont la dynamique est principalement affectée par le transport de sédiments grossiers, à l’échelle
globale et individuelle. Deux indices de performance sont aussi proposés pour quantifier la ca-
pacité du modèle à reproduire les évolutions :
– un indice local par tronçon qui estime l’importance de l’erreur commise par le modèle sur
le volume déposé ou érodé dans le tronçon Vmod − Vmes par rapport au volume mobilisé
total :
Vmod − Vmes
T 14
T 1 |Vmes |
– un indice global qui est la somme sur l’ensemble des tronçons de la valeur absolue de
l’indice local : T 14
T 1 |Vmod − Vmes |
T 14
T 1 |Vmes |
Un indice local proche de 0 indique que l’écart entre le modèle et la mesure n’est pas significatif
par rapport aux évolutions morphologiques totales à l’échelle de la retenue. Une valeur supérieure
à 1 indique que le modèle est moins performant que s’il ne prédisait pas d’évolution. Plus l’indice
global est faible, plus la simulation reproduit correctement les évolutions par tronçon.
Les volumes et indices globaux et par tronçon sont présentés pour chaque test dans les
tableaux 5.17 et 5.19 pages 198 et 199.

[Link] Sélection de la formule de transport


Quatre formules de transport ont été testées (Tableau 5.14) :
– Meyer Peter et Müller [1948] (test 03-1)
– Engelund et Hansen [1967] (test 03-2)
– Bagnold [1966] (test 03-3)
– Van Rijn, (1984a; 1984b) (test 03-10)
Les simulations ont été réalisées en choisissant des distances de chargement Dchar , DcharD et
Dcharσ égales à 500 m. Une telle valeur est supérieure à la taille des mailles, et permet d’inclure
une diffusion longitudinale du transport sédimentaire dans le modèle.
Parmi les lois sélectionnées, seules les lois de transport total d’Engelund et Hansen [1967] et
de Van Rijn, (1984a; 1984b) produisent des évolutions des fonds significatives pour la chasse de
2003 (Figures 5.13 b et c). Elles simulent de l’érosion dans les tronçons centraux de la retenue,
où les sédiments en place sont des sables, en accord avec les mesures. La loi de transport par
charriage de Meyer Peter et Müller [1948] et celle de Bagnold [1966] simulent peu d’évolutions,
avec des bilans respectifs de 0,048 106 m3 et 0,023 106 m3 (Tableau 5.17). Il semblerait que la
suspension graduée soit le mode de transport dominant des sables dans le tronçon fluvial et
la retenue amont. En particulier, la formule de Van Rijn, (1984a; 1984b), qui a été développée
pour des sables et qui inclut un terme de suspension graduée semble adaptée pour simuler les
processus de transport dans la retenue amont et est celle qui reproduit le mieux la dynamique
spatiale des tronçons sableux. Elle est donc sélectionnée parmi les quatre formules proposées.
Les formules d’Engelund et Hansen [1967] et de Van Rijn, (1984a; 1984b) estiment une
condition limite à l’amont (basée sur la capacité de transport pour d50 =0,4 mm) non négligeable.
Le modèle simule le dépôt des sables entrant dans les biefs amont de la retenue (Figures 5.13 b
c). En réalité, les sédiments en place sont bien plus grossiers que les sables déposés par le modèle
et les tronçons sont peu impactés par le transport des sables. Il semblerait donc que la distance
de chargement choisie soit peu adaptée pour reproduire le transport des sables par suspension.

187
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat






 

                 





 

                 





 

                 




Figure 5.13 – Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 2003 en


fonction de la formule de transport : a) mesure, b) loi d’Engelund et Hansen, c) loi de Van Rijn.

[Link] Calage de la distance de chargement


Pour se convaincre de l’utilité de la distance de chargement, un premier test avec une distance
de chargement fixée à 50 m, c’est à dire inférieure à la taille des mailles a été réalisé (test 03-103,
Figure 5.14 b). Un dépôt important est simulé dans le bief amont, en particulier dans le premier
tronçon, comme observé avec une distance de chargement fixée à 500 m (test 03-10, Figure 5.14
c). Une distance de chargement importante semble nécessaire pour éviter ces dépôts à l’amont
et propager les sables en aval de l’Étournel. La distance de chargement fixée à 500 m semble
un peu trop élevée pour les biefs centraux car elle tend à sous-estimer l’érosion dans la partie
sableuse notamment entre les PK 178 et 172.
Pour tenir compte à la fois du transport par suspension des sables et du transport par
charriage de sédiments plus grossiers, une distance de chargement variable selon la taille des
sédiments semble préférable. Pour les sables en suspension, la distance de chargement calculée
avec la loi de Han et un coefficient αH =100 varie de 100 à 800 m environ, avec une moyenne
autour de 300 m. Une telle valeur (test 03-101 ,Figure 5.14 d) permet de reproduire assez
correctement la dynamique des tronçons centraux, avec cependant une surestimation des volumes
érodés entre les PK 178 et 167. Une distance de chargement calculée avec la loi de Han et un
coefficient αH =200 (test 03-1014 ,Figure 5.14 e) est moins satisfaisante et simule des dépôts
étalés dans les tronçons amont qui n’ont pas été observés.
Une distance de chargement basée sur la loi de Han avec un coefficient αH =100 est sélec-
tionnée.

188
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat



  

    


 
 
 
 
       



  

    


 
 
 
 
       



  

    


 
 
 
 
       



  

    


 
 
 
 
       



  

    


 
 
 
 
       


Figure 5.14 – Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 2003 en


fonction de la distance de chargement : a) mesure, b) Dchar =50 m, c) Dchar =500 m, d) loi de
Han αH =100, e) loi de Han αH =200.

189
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Dynamique des tronçons amont


Alors que la dynamique des tronçons centraux correspondant aux sables semble bien re-
produite par le modèle, aucun des scénarios testés jusqu’à présent n’a permis de reproduire la
dynamique des tronçons amont. En particulier, l’érosion des tronçons T1 à T5 n’est jamais re-
produite et une érosion trop forte du tronçon T9 est simulée. Des difficultés de modélisation de
cette zone avaient déjà été rencontrées au cours du calage du modèle hydraulique (cf. paragraphe
[Link]), notamment au niveau des tronçons T5 et T6 où les niveaux d’eau mesurés n’ont pas
été correctement reproduits.
Le test basé sur la formule de Van Rijn et une distance de chargement calculée avec la loi de
Han et un coefficient αH =100 simule le dépôt des sables entrant dans le tronçon T6 et est celui
qui reproduit le mieux la dynamique dans ce tronçon (Figure 5.15).



  
 

     
  

      


  



  
 

      


  



  
 

      


  


Figure 5.15 – Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2003 en fonction de la distance de chargement : a) mesure, b) Dchar =50 m, c) loi de
Han αH =100.

190
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

[Link] Application d’un coefficient multiplicateur de la capacité solide


Avec la loi de Van Rijn, (1984a; 1984b) et une distance de chargement estimée par la for-
mule de Han avec un coefficient αH =100, les évolutions morphologiques simulées restent trop
intenses. L’érosion est surestimée, avec un bilan global de -0,76×106 m3 comparé au bilan mesuré
-0,43±0, 06 × 106 m3 (test 03-101, Figure 5.14 c, Tableau 5.17). La multiplication de la capacité
de transport solide par 0,7 permet de réduire l’écart entre le modèle et les mesures, notamment
pour les tronçons T11 et T12. Le bilan obtenu pour cette simulation est de -0,47×106 m3 et
est proche du bilan mesuré (Tableau 5.17). Un coefficient multiplicateur de 0,7 appliqué à la
capacité solide est donc sélectionné.
Néanmoins, l’érosion du tronçon T9 est toujours surestimée par le modèle, ce qui pourrait
être dû à une description des sédiments en place non représentative. En outre, dans le tronçon
T13, l’érosion simulée est plus forte que l’érosion observée. Elle est due en partie à une forte
érosion entre les PK 169,5 et 169,25, où les contraintes calculées ne sont pas réalistes à cause
de l’utilisation d’un coefficient de Strickler très faible pour modéliser une perte de charge locale
(cf. paragraphes [Link] et 3.6.7). Un test présentant les résultats avec un fond inérodable entre
les PK 169,5 et 169,25 est présenté au paragraphe [Link].

[Link] Sensibilité à la méthode de dépôt


Pour la déformation de la section due au dépôt de sédiments, trois options sont testées :
– Dépôt fonction de τjm (option 6) qui a été sélectionné pour les premiers tests (test 03-1010),
– Dépôt fonction de (τc,j − ζτj )m (option 4) (test 03-1015),
– Dépôt uniforme sur le périmètre mouillé (option 2) (test 03-1017).
L’effet des différents modes de déformation est observé à l’échelle des évolutions morpho-
logiques des tronçons (Figure 5.16) et aussi de la déformation des sections (Figure 5.17). La
méthode de dépôt en fonction de la contrainte reproduit le mieux les évolutions morphologiques
à l’échelle du tronçon, (Figure 5.16 b), mais aussi la déformation de la section dans une zone
de dépôt (Figure 5.17 a). Pour un dépôt fonction de l’écart entre la contrainte critique et la
contrainte, la dynamique du tronçon T12 est mal reproduite (Figure 5.16 c). L’évolution simu-
lée de la section au PK 181,2 est très éloignée de l’évolution réelle (Figure 5.17 a). Pour un dépôt
uniforme, les volumes érodés simulés sont trop élevés (Figure 5.16 d).
La méthode de dépôt proportionnelle à la contrainte, donnant des évolutions de sections
symétriques entre le dépôt et l’érosion (méthode 6) est sélectionnée.

191
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat




  

    


 
 
 
 
       



  

    


 
 
 
 
       



  

    


 
 
 
 
       



  

    


 
 
 
 
       



Figure 5.16 – Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 2003 en


fonction de la méthode de dépôt : a) mesure, b) dépôt fonction de τj , c) dépôt fonction de
(τc,j − ζτj )m , d) dépôt uniforme.

La validité de la méthode d’érosion en fonction de la contrainte a aussi été vérifiée dans le


cas d’une érosion de section et donne des évolutions proches des mesures au centre du lit et un
peu moins réalistes au niveau de la frontière entre les lits actifs et non actifs, avec une érosion
verticale du point à la frontière (Figure 5.17 b).

192
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat










  

   



   

   



   

    


 









  

   



  

     
 

Figure 5.17 – Déformation des sections observées et simulées par le modèle : a) PK 181,2
(dépôt), b) PK 176,9 (érosion).

[Link] Sensibilité à la condition limite amont sédimentaire


En l’absence de données renseignant sur les apports en sédiments grossiers au cours de la
chasse de 2003, des hypothèses ont été proposées pour l’estimation de la condition limite amont.
La sensibilité du modèle à ce paramètre est testée à partir de quatre types de conditions limite
amont :
– Apport correspondant à la capacité solide amont pour d50 =0,4 mm (test 03-1010) lors de
l’ouverture des vannes des barrages amont,
– Apport nul (test 03-1016),
– Apport correspondant à la capacité solide amont pour d50 =1 mm (test 03-1018) lors de
l’ouverture des vannes des barrages amont,
– Apport correspondant à la capacité solide amont pour d50 =0,2 mm (test 03-1019) lors de
l’ouverture des vannes des barrages amont.
Seuls les tronçons amont sont impactés par la condition amont pour la simulation de la chasse
de 2003 (Figure 5.18). Lorsque l’apport est nul, aucune évolution significative des tronçons est
observée en amont du PK 181. Lorsque l’apport est non nul, du dépôt est observé dans les
tronçons amont. Les évolutions obtenues sont plus réalistes avec des sédiments de 200 ou 400 μm.
Un apport correspondant à la capacité solide amont pour un diamètre médian de 400 μm est
sélectionné car ce diamètre est plus représentatif des sables piégés dans les retenues amont.

193
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat




  


     
  


      


  



  
 

      


  



  
 

      


  



  
 

      


  



  
 

      


  


Figure 5.18 – Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2003 en fonction des apports amonts : a) mesure, b) apport Qcap
s , d50 =0,4 mm, c)
apport nul, d) apport Qcap
s , d 50 =1 mm, e) apport Qcap
s , d 50 =0,2 mm.

194
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

[Link] Sensibilité à la description des sédiments en place


Les résultats obtenus pour les premiers tests suggèrent que certaines différences entre les
évolutions morphologiques mesurées et simulées pourraient provenir d’une description peu réa-
liste des sédiments au fond dans certains tronçons. La description des sédiments en place a donc
été corrigée.
En particulier, l’absence d’érosion dans les tronçons T1 à T5 pourrait être due à une gra-
nulométrie trop grossière des sédiments au fond, qui a été définie pour être mise en mouvement
dans des conditions de crue quinquennale (cf. paragraphe 5.5.2). Le diamètre médian dans ces
tronçons a été redéfini en se basant sur un débit de 700 m3 /s, soit un débit de crue annuel
(Tableau 5.15). Au niveau du tronçon T9 l’érosion simulée par le modèle était trop forte alors
que ce tronçon connait généralement peu d’évolutions. Le diamètre des sédiments au fond a été
augmenté à 30 mm, ce qui correspond au diamètre des sédiments charriés en amont de ce tron-
çon, mesuré au Pont Carnot lors de la chasse de 2012 (cf. paragraphe 4.5.2). Entre les PK 169,5
et 169,25, un fond inérodable est défini pour s’affranchir de l’impact des contraintes simulées
localement qui sont peu réalistes vis à vis du transport solide.

Tronçon T1 T2 T3 T4 T5 T9 PK 169,5-169,25
d50 initial 60 mm 50 mm 35 mm 25 mm 30 mm 15 mm inérodable
d50 corrigé 40 mm 30 mm 25 mm 10 mm 15 mm 30 mm inérodable

Tableau 5.15 – Caractéristiques sédimentaires corrigées pour certains tronçons du modèle.

A partir de cette nouvelle description des sédiments en place, deux tests sont réalisés :
– un test reprenant les paramètres de calage sélectionnés précédemment (test 03-1010b),
– un test reprenant les paramètres de calage sélectionnés précédemment mais en supprimant
le coefficient multiplicateur de la capacité solide (test 03-101b).
La correction de la granulométrie des sédiments en place ne permet pas d’améliorer les résul-
tats dans les biefs amont T1 à T5 (Figure 5.19 et tableau 5.17). En effet, l’érosion n’est toujours
pas reproduite. Ces résultats montrent certainement une limitation de la modélisation monodi-
mensionnelle dans la zone, qui présente une géométrie complexe avec des chenaux multiples. La
correction du diamètre dans le tronçon T9 permet de réduire l’érosion produite par rapport à
l’ancienne description, mais pas de façon suffisante. Les résultats obtenus pour les tronçon T11
et T12 sont dégradés par rapport à la description initiale si on conserve le calage initial. Le
bilan global de la retenue avec la nouvelle description est plus satisfaisant lorsque le paramètre
multiplicateur de la capacité solide est égal à 1.

195
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

a)

Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1

T20T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

b)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

c)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

d)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

e)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône

Figure 5.19 – Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de
la chasse de 2003 en fonction des apports amonts : a) mesure, b) granulométrie corrigée
Qcap,V
s
R
×0,7, c) granulométrie corrigée Qcap,V
s
R
×0,7 c) granulométrie corrigée Qcap,V
s
R
.

[Link] Calage final


Les paramètres finalement choisis pour le calage et la description du modèle sont :
– Description initiale des sédiments en place avec la correction pour le tronçon T9,

196
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

– Capacité de transport estimée par la loi de transport de Van Rijn, avec un coefficient
multiplicateur 0,7
– Distance de chargement obtenue par la loi de Han, avec un coefficient αH =100,
– Méthode de dépôt proportionnelle à la contrainte,
– Condition limite amont correspondant à la capacité de transport calculée pour un diamètre
d50 =0,4 mm lorsque les barrages amont sont ouverts, apport nul sinon.

197
Bilan volumique (106 m3 )
T1-T14 T1 T2 T3 T4 T5 T6 T7 T8 T9 T10 T11 T12 T13 T14
mesure -0,46 -0,002 -0,008 -0,014 -0,037 -0,035 0,063 0,027 -0,004 -0,005 -0,050 -0,195 -0,070 -0,094 -0,037
±0,061 ± 0,001 ± 0,002 ± 0,005 ± 0,006 ± 0,009 ± 0,009 ± 0,005 ± 0,002 ± 0,006 ± 0,006 ± 0,035 ± 0,018 ± 0,040 ± 0,014
03-1 0,048 0,009 0,014 0,001 0,002 0,004 0,006 0,007 0,001 0,001 -0,005 -0,002 0,009 -0,004 0,006
03-2 0,38 0,089 0,146 0,091 0,045 0,018 0,004 0,004 -0,001 -0,033 -0,037 -0,041 0,087 -0,064 0,072
03-3 0,023 -0,002 0,002 -0,007 -0,002 0,003 -0,003 0,001 0,002 0,009 -0,006 0,004 0,014 -0,028 0,037
03-10 0,081 0,101 0,081 0,074 0,064 0,043 0,012 0,020 -0,014 -0,046 -0,048 -0,164 0,065 -0,088 -0,020
03-103 -0,811 0,087 0,010 0,021 0,008 0,015 0,005 0,016 -0,016 -0,054 -0,045 -0,332 -0,151 -0,232 -0,144
03-101 -0,762 0,001 -0,001 0,005 0,029 0,026 0,051 0,012 -0,013 -0,070 -0,042 -0,318 -0,092 -0,218 -0,132
03-1014 -0,456 0,002 0,001 0,034 0,030 0,023 0,025 0,014 -0,013 -0,067 -0,042 -0,244 -0,007 -0,144 -0,068
03-1010 -0,481 0,001 0 0,008 0,016 0,023 0,037 0,010 -0,010 -0,052 -0,047 -0,193 -0,037 -0,172 -0,068
03-1015 -0,505 -0,001 -0,003 0,019 0,019 0,009 0,021 0,010 -0,012 -0,050 -0,048 -0,179 0,018 -0,216 -0,094
03-1017 -1,118 0 0,001 0,004 0,007 0,013 -0,007 -0,014 -0,028 -0,077 -0,044 -0,362 -0,148 -0,283 -0,179
03-1016 -0,582 0 0 0 0,001 -0,003 0 0,010 -0,010 -0,051 -0,047 -0,191 -0,053 -0,171 -0,068
03-1018 -0,522 0,002 0 0,015 0,018 0,014 0,008 0,010 -0,010 -0,051 -0,047 -0,192 -0,051 -0,172 -0,068
03-1019 -0,498 -0,003 -0,002 0,019 0,020 0,017 0,030 0,011 -0,010 -0,051 -0,047 -0,192 -0,050 -0,171 -0,069
03-1010b -0,262 0,001 -0,003 0,013 0,012 0,018 0,050 0,012 -0,009 -0,021 -0,052 -0,146 0,011 -0,025 -0,122
03-101b -0,452 0,000 -0,003 0,011 0,015 0,027 0,060 0,014 -0,010 -0,022 -0,050 -0,253 -0,001 -0,090 -0,147

Tableau 5.17 – Bilan volumique pour les tronçons T1 à T14, global et par tronçon. Pour chaque test et chaque tronçon, la cellule est colorée si
l’écart entre les valeurs simulée et mesurée est inférieur à l’incertitude de mesure (avec une tolérance de 1000 m3 ).
T1-T14 T1 T2 T3 T4 T5 T6 T7 T8 T9 T10 T11 T12 T13 T14
03-1 1,037 0,018 0,034 0,022 0,061 0,062 -0,090 -0,032 0,008 0,010 0,069 0,302 0,123 0,140 0,068
03-2 1,654 0,142 0,240 0,163 0,127 0,083 -0,092 -0,036 0,005 -0,043 0,020 0,240 0,246 0,047 0,171
03-3 1,043 -0,001 0,016 0,011 0,054 0,060 -0,103 -0,041 0,008 0,022 0,068 0,310 0,131 0,103 0,116
03-10 1,185 0,160 0,138 0,137 0,157 0,122 -0,080 -0,011 -0,016 -0,063 0,003 0,049 0,211 0,010 0,027
03-103 1,300 0,138 0,028 0,054 0,069 0,079 -0,091 -0,017 -0,019 -0,076 0,007 -0,213 -0,126 -0,216 -0,166
03-101 0,980 0,004 0,010 0,029 0,102 0,097 -0,020 -0,024 -0,015 -0,101 0,012 -0,191 -0,034 -0,194 -0,147
03-1014 0,793 0,005 0,014 0,074 0,104 0,091 -0,061 -0,020 -0,015 -0,096 0,012 -0,076 0,099 -0,078 -0,049
03-1010 0,604 0,005 0,012 0,034 0,083 0,090 -0,042 -0,026 -0,010 -0,072 0,005 0,004 0,053 -0,121 -0,048
03-1015 0,839 0,001 0,008 0,051 0,086 0,070 -0,066 -0,027 -0,013 -0,070 0,003 0,026 0,138 -0,191 -0,089
03-1017 1,422 0,002 0,014 0,027 0,069 0,076 -0,110 -0,063 -0,039 -0,112 0,010 -0,261 -0,122 -0,295 -0,221
03-1016 0,558 0,002 0,012 0,021 0,058 0,051 -0,099 -0,026 -0,010 -0,072 0,005 0,006 0,026 -0,120 -0,048
03-1018 0,631 0,006 0,013 0,045 0,086 0,077 -0,086 -0,026 -0,010 -0,072 0,005 0,005 0,031 -0,121 -0,048
03-1019 0,602 -0,002 0,010 0,051 0,088 0,082 -0,052 -0,025 -0,010 -0,072 0,005 0,005 0,031 -0,120 -0,049
03-1010b 0,737 0,004 0,008 0,042 0,076 0,083 -0,022 -0,023 -0,009 -0,024 -0,004 0,077 0,127 0,107 -0,132
03-101b 0,665 0,003 0,008 0,039 0,080 0,097 -0,005 -0,021 -0,011 -0,026 -0,001 -0,090 0,108 0,006 -0,172

Tableau 5.19 – Performance du modèle par simulation pour les tronçons T1 à T14, globale et par tronçon. Pour chaque tronçon, la cellule colorée
correspond au meilleur indice de performance obtenu parmi les différents tests.
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.6 Validation du modèle RubarBE de la retenue de Génissiat


5.6.1 Simulation de la chasse de 1984
Le scénario de la chasse de 1984 a été sélectionné pour la validation du modèle pour les
sédiments grossiers. Pour cet événement, les évolutions morphologiques observées de l’amont
jusqu’au PK 174 semblent associées aux sédiments grossiers. En particulier, on observe de l’éro-
sion dans les tronçons T7 à T11 où le fond est constitué de graviers ou de sables (cf. figure 3.18).
De plus, au cours de la phase de régulation, l’apport en sédiments fins issus des chasses suisses
a été plutôt faible, avec un taux de transfert élevé (environ 75% entre Pougny et Pyrimont) (cf.
tableau 4.13), ce qui suggère que l’impact des sédiments fins sur la morphologie des tronçons
amont de la retenue est modéré. Enfin, la simulation du transport des sédiments fins pour cet
épisode a montré que la dynamique des tronçons amont n’était pas affectée par les sédiments
fins (cf. paragraphe [Link]).

Estimation de l’épaisseur des dépôts de sédiments en place


Pour les tronçons T1 à T8, l’épaisseur déterminée au paragraphe [Link] est conservée. Dans
les tronçons T9 à T12, l’épaisseur des dépôts dans le modèle est déterminée à partir des profils
en long entre 1954 et 1984 (Tableau 5.20). Pour les tronçons T13 et T14, l’épaisseur déterminée
au paragraphe [Link] est aussi conservée.

tronçon PK épaisseur des dépôts épaisseur


observée (m) modèle (m)
T9 179,58-178,07 2m 2m
T10 178,07-177,35 2m 2m
T11 177,35-174,05 2m 2m
T12 174,05-171,75 4m 4m

Tableau 5.20 – Épaisseurs des couches de sédiments en place dans les tronçons du modèle
Rubarbe de la chasse de 1984.

Résultats du modèle
A l’amont, le modèle reproduit le dépôt dans les biefs T3 et T4 mais de façon surestimée
(Figure 5.20). La dynamique des tronçons T9 à T11 est bien reproduite par le modèle. En aval,
les évolutions morphologiques ne sont pas reproduites car elles sont plutôt associées au transport
des sédiments fins, comme l’a montré la simulation de cet événement avec le modèle Adis-ts
(cf. paragraphe [Link]).

200
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat











                  

                 











                 




Figure 5.20 – Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la chasse de 1984 : a)


mesure, b) simulation.

5.6.2 Simulation de la chasse de 2012


Au cours de la chasse de 2012, le flux de sédiments transportés par charriage a été mesuré au
Pont-Carnot (cf. paragraphe 4.5.2). Les tests précédents ont montré que les résultats du modèle
sur le tronçon fluvial de la retenue n’étaient pas très réalistes. Des épaisseurs de dépôt identiques
à celles de la chasse de 2003 sont utilisées (cf. paragraphe [Link]).
Le flux de transport à l’aval du tronçon fluvial est assez bien reproduit par le modèle pour
les mesures du 8 juin, si on tient compte de la forte variabilité des mesures (Figure 5.21 a). De
plus, les diamètres transportés simulés correspondent bien aux mesures (Figure 5.21 b). Pour
les mesures effectuées le 11 juin, le modèle surestime le flux et le diamètre transporté.

201
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

 

 







    


"





 





    

Figure 5.21 – Transport par charriage au Pont-Carnot au cours de la chasse de 2012 : a) flux
simulés et mesurés, b) Diamètres médians simulés et mesurés.

5.7 Discussion sur la modélisation des processus hydro-sédimen-


taires
Les étapes de calage et de validation des modèles hydro-sédimentaires de la retenue ont
permis de mettre en évidence les capacités des modèles à reproduire les évolutions du fond ou
les flux observés, et ont permis de détecter des limites des modèles. Des tests supplémentaires
sont réalisés pour améliorer la compréhension des processus hydro-sédimentaires de la retenue
et aussi afin de mieux cerner les limites des modèles.

5.7.1 Comparaison des modèles Adis-TS et RubarBE : cas test d’une opéra-
tion de chasse simplifiée
Un cas test correspondant à un protocole de chasse est utilisé pour comparer les deux modèles
Adis-ts et Rubarbe sur le transport des sables uniquement, dont la dynamique peut être
théoriquement simulée par les deux modèles.
Le scénario comprend une première phase d’abaissement de la retenue, avec un débit support
de 300 m3 /s et un palier à la cote 305 m et des apports amont nuls, puis une phase correspondant
à la remontée de la retenue à une cote 315 m, avec un débit support de 600 m3 /s et un apport de
1 g/l de sable de 400 μm (Figure 5.22). Les sédiments en place dans le modèle sont uniquement
des sables : une couche de sédiments de 400 μm de 8 m d’épaisseur entre les PK 178,07 et le
PK 171,75, et une couche de sédiments de 200 μm de 10 m d’épaisseur entre les PK 171,75 et
167,75. Sur le reste de la retenue, le fond est inérodable.

202
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

700
2.5
Cote au barrage
325
Débit amont

2
Concentration amont

Concentration (g/l)

500
320

Débit (m3/s)
1.5
Cote (m)
315

300
1
310

0.5

100
305

0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Temps (jours)

Figure 5.22 – Description des conditions aux limites hydro-sédimentaires du cas-test.

Le test de référence est le cas-test 1 réalisé avec Rubarbe et prenant en compte le transport
total et l’évolution des fonds. D’autres simulations sont réalisées avec le modèle Rubarbe et
permettent de tester individuellement l’impact de la prise en compte ou non de certains proces-
sus, comme l’évolution des fonds, ou en séparant le transport par charriage et le transport par
suspension dans la loi de Van Rijn (Équation 5.15).

Test Modèlee Loi Type de Évolution


numérique transport des fonds
cas-test-1 rubarbe loi de Van Rijn+loi de chargement Total oui
cas-test-2 rubarbe loi de Van Rijn+loi de chargement Total non
cas-test-3 rubarbe loi de Van Rijn+loi de chargement Charriage oui
cas-test-4 rubarbe loi de Van Rijn+loi de chargement Suspension oui
cas-test-5 rubarbe loi de Van Rijn+loi de chargement Suspension non
cas-test-6 Adis-ts Advection-dispersion+termes sources Suspension non

Tableau 5.21 – Caractéristiques des simulations réalisées pour le cas-test.

L’évolution temporelle des concentrations simulées par les différents modèles est présentée à
différentes localisations dans la retenue (Figure 5.23). A l’amont, il n’y a pas de sables dispo-
nibles dans le modèle, aucun flux n’est donc observé au Pont Carnot lors de la première phase
correspondant à des apports nuls (Figure 5.23 a). Durant la seconde phase l’apport amont est
non nul. Au Pont Carnot, la prise en compte de l’évolution des fonds dans Rubarbe (cas-test-1
et cas-test-4) reproduit une concentration qui augmente avec le temps, alors que la concentration
reste constante sans évolution des fonds (cas-test-2 et cas-test-5). L’évolution des fonds, qui per-
met de reproduire l’adaptation de la géométrie du modèle aux apports sédimentaires a donc un
impact sur les flux transportés. Avec la formule de charriage uniquement (cas-test-3), la capacité
de transport est faible et la concentration simulée au Pont-Carnot est faible. Les tests utilisant
seulement la formule de suspension donnent des concentrations plus élevées qu’avec le transport
total car la part de sédiments entrant transportée par charriage a été déposée dans l’Étournel.
La concentration simulée par le test Adis-ts est quasiment nulle et tous les sédiments ont été
déposés.
Entre les PK 178,07 et 173,5 (Grésin), du sable de 400 μm est disponible initialement dans
la retenue. Pour chacune des simulations Rubarbe, la concentration à Grésin au cours de la
seconde phase est supérieure à la concentration mesurée au Pont Carnot, ce qui montre que
de l’érosion a été simulée au cours entre le Pont Carnot et Grésin. La concentration diminue
cependant au cours de cette seconde phase. La capacité de transport totale est supérieure à

203
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

la capacité de transport par suspension seule, et les concentrations simulées sont donc plus
fortes. La concentration calculée par la simulation avec le transport par charriage seulement n’a
d’impact qu’au cours de la seconde phase et est assez différente des autres simulations. Avec le
test Adis-ts, dès l’abaissement effectué, la concentration simulée est presque constante sur tout
l’événement. Elle correspond à l’érosion des sédiments situés entre le Pont Carnot et Grésin. Au
cours de la période d’abaissement à 305 m puis à 315 m, les contraintes varient peu entre les
PK 178,07 et 173,5, ce qui explique que la concentration reste constante.
Au niveau du barrage, seul le test Adis-ts reproduit une concentration non nulle (Figure
5.23 c). En effet, contrairement à Rubarbe, il simule la propagation des sédiments à la même
vitesse que l’écoulement et ne prend pas en compte les interactions avec le fond.

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Figure 5.23 – Concentrations simulées par les modèles : a) Pont Carnot PK 180, b) Grésin PK
173,5, c) Amont du barrage PK 162,4.

Les évolutions morphologiques simulées par les différents tests sont comparées (Figure 5.24).
Par rapport au test de référence (Figure 5.24 a), l’utilisation d’un fond fixe impacte principa-
lement le tronçon T11 (Figure 5.24 b) en allant dans le sens d’une diminution du volume des
sédiments remobilisés. L’utilisation d’une formule de suspension seule modifie les évolutions sur
de nombreux tronçons (Figure 5.24 d), en particulier pour les tronçons T14 à T20. En parti-
culier, les érosions sont plus faibles et les dépôts plus intenses. Il semblerait donc que la prise
en compte du transport total limite la possibilité de dépôt par rapport à la suspension seule et
le charriage serait donc responsable de la propagation des sédiments dans les tronçons aval. La
capacité de transport par charriage est inférieure à la capacité de transport total et ne permet
pas de remobiliser les sédiments dans les tronçons T10 à T12. Son impact est seulement visible
à partir du tronçon T13 (Figure 5.24 c). Parmi tous les tests Rubarbe, le test à fond fixe et
avec la suspension uniquement est en théorie celui qui se rapproche le plus du test Adis-ts. Les
évolutions morphologiques simulées par les deux tests sont assez proches (Figures 5.24 e et 5.24
f).

204
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

a)

Volume ( 106m3)
T20T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1

−0.4 0.0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

b)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

c)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

d)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

e)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

f)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône

Figure 5.24 – Bilans volumiques simulés par les modèles : a) Rubarbe total avec évolution, b)
Rubarbe total sans évolution, c) Rubarbe charriage avec évolution, d) Rubarbe suspension
avec évolution, e) Rubarbe suspension sans évolution, f) Adis-ts.

205
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.7.2 Modélisation du tri granulométrique


Le diamètre médian des sédiments déposés simulés par le modèle Adis-ts pour différents
épisodes de chasse ou d’interchasse a été estimé. Lorsqu’aucun dépôt n’a eu lieu, la courbe n’est
pas tracée. Le diamètre peut être comparé au diamètre médian de surface qui a été mesuré
au cours des différentes campagnes (Figure 5.25). Dans le modèle, le sédiment le plus grossier
mesure 400 μm, les dépôts simulés ne peuvent donc pas être plus grossiers.
Pour la période d’interchasse, des dépôts de sédiments fins sont simulés entre les PK 182 et
178, où aucun sédiment n’est disponible initialement dans le modèle. Entre les PK 178 et 176,5,
les sables en place sont repris puis déposés entre les PK 176,5 et 172. Des dépôts de sédiments
plus fins sont observés au niveau de singularités géométriques, comme la mouille au PK 172,8.
La simulation reproduit la chute du diamètre observé en surface entre les PK 172 et 170,5. Des
dépôts plus grossiers sont simulés entre les PK 168 et 166. Néanmoins aucune mesure de terrain
n’est disponible à cet endroit pour comparaison. A partir du PK 166,5, les dépôts sont constitués
uniquement de sédiments fins et leur granulométrie est proche de la granulométrie mesurée en
surface.
Lors d’un épisode de chasse, la distribution longitudinale de la granulométrie des dépôts si-
mulée dans la retenue en amont du PK 172 est proche de celle obtenue en période d’interchasse.
En aval du PK 172, la granulométrie simulée des dépôts est plus grossière qu’en période d’in-
terchasse, en particulier pour les chasses de 2000 et 2012 au cours desquelles l’abaissement de
la retenue a permis le transport des sables loin dans la retenue et pour lesquelles le comblement
plus avancé de la retenue par rapport à 1984 favorise le transport des sédiments.

simulation chasse de 1984 simulation chasse de 2000 simulation chasse de 2012


1000

simulation interchasse juillet−septembre 2014


diamètre (μm)



100


10

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)

Figure 5.25 – Granulométrie des dépôts sédimentaires simulés pour différents événements (Les
symboles ponctuels correspondent aux mesures de surface).

Le tri granulométrique observé dans la retenue pourrait donc être lié à un dépôt sélectif des
sédiments en fonction des conditions hydrauliques, en particulier des faibles contraintes obser-
vées sur le tiers aval de la retenue. L’alternance temporelle d’épisodes de chasse et de périodes
d’interchasse permet d’expliquer l’alternance de couches de sédiments fins et de couches de sables
observées dans les dépôts près du barrage. Néanmoins, la comparaison des modèles Adis-ts et
Rubarbe pour le transport des sables a montré des différences importantes concernant la propa-
gation des sables (cf. paragraphe 5.7.1). Le modèle Adis-ts pourrait surestimer la propagation
des sables à l’aval.

206
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.7.3 Modélisation de la propagation des sables


Afin de simuler la propagation des sables avec les deux modèles, un scénario correspondant à
des conditions de chasse a été utilisé. La géométrie antérieure à la chasse de 1984 a été utilisée.
Les conditions hydrauliques sont celles d’un régime permanent avec un débit entrant de 300 m3 /s
et une cote au barrage de 308 m. Aucun sédiment fin n’a été utilisé dans le modèle Adis-ts.
Pour chacun des modèles, la description sédimentaire du fond correspond à celle utilisée pour la
modélisation de la chasse de 1984 correspondant aux sables (cf. paragraphes [Link] et 5.6.1.).
Aucun sédiment n’est présent initialement en aval du PK 167,75 et le fond est inérodable.
L’apport sédimentaire amont est nul donc les sédiments propagés sont les présents au niveau
des biefs centraux.
La propagation du sable simulée par les deux modèles dans ces conditions est présentée
figure 5.26. Pour Rubarbe, la masse représentée correspond à la masse de la couche active à
l’intérieur des mailles de calcul alors que pour Adis-ts, il s’agit de la masse déposée au fond des
mailles. On suppose que cette masse est significative si elle dépasse 100 kg par maille de calcul.
Les formulations du transport des sables différentes utilisées entre les deux tests entraînent des
vitesses de propagation très différentes. Adis-ts transporte les sédiments à la même vitesse que
l’écoulement. Il simule une avancée du front de sable de près de 1 km après 15 minutes, 3 km
après 30 minutes et 4 km après une heure. Ensuite, le front n’avance plus car il n’y a plus
de sédiment disponible dans les zones où l’écoulement est favorable à la remobilisation. Avec
Rubarbe, la propagation des sédiments est plus longue. Il faut une journée pour faire avancer
le front de sable de 3 km et l’avancée est ensuite très ralentie.

a)
106

0.25 h
0.5 h
105

1h
12 h
Masse (kg)
104
103
102
101

162 163 164 165 166 167 168


PK Rhône (km)
b)
106

1 jour
10 jours
105

120 jours
300 jours
Masse (kg)
104
103
102
101

162 163 164 165 166 167 168


PK Rhône (km)

Figure 5.26 – Évolution longitudinale et temporelle de la masse de sable par maille de calcul :
a)Adis-ts, b)Rubarbe.

207
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.7.4 Modélisation de périodes d’interchasse


La simulation du transport des matières en suspension au cours de périodes d’interchasse
à l’aide du modèle Adis-ts permet d’analyser l’impact du transport des sédiments fins sur la
dynamique de la retenue. De plus, cette modélisation permet de caractériser l’impact sur les
résultats simulés de l’utilisation de chroniques de concentration reconstruites pour la condition
limite sédimentaire amont.

[Link] Discussion sur l’utilisation de la méthode de reconstruction de la concen-


tration à Pougny
Le modèle de la période d’interchasse de juillet à septembre 2014, construit à partir de la
concentration mesurée à Pougny pour la condition limite amont a été repris (cf. paragraphe
5.4.5). Pour ce test, c’est la concentration reconstruite à Pougny qui a été utilisée en condi-
tion limite amont. La masse entrant dans la retenue au cours de la période estimée d’après la
reconstruction est de 305 ×103 t, soit 7% de plus que la masse mesurée, ce qui n’est pas signifi-
catif au regard des incertitudes. Néanmoins, la dynamique temporelle du signal de concentration
reconstitué est modifiée par rapport à la mesure. On observe une surestimation de la concen-
tration en régime de base et la plupart des pics de concentration sont mal reproduits (Figure
5.27). La masse transportée à Pyrimont simulée est de 240×103 t, et est très proche de la me-
sure. Néanmoins, les défauts observés au niveau de la condition limite amont sont conservés : la
concentration en régime de base est surestimée, et certains pics sont mal reproduits. Pour cette
période, la masse déposée et les évolutions morphologiques de la retenue sont identiques pour
les deux types de condition sédimentaire amont.

Concentration Pougny reconstruite (CL amont)


0.6

Concentration Pougny mesurée


Concentration Pyrimont modèle
Concentration (g/l)

Concentration Pyrimont mesures


0.4
0.2
0.0

20/07/2014 25/07/2014 30/07/2014 05/08/2014 10/08/2014

Figure 5.27 – Concentrations à Pyrimont mesurée et simulée à partir de la concentration


reconstruite à Pougny entre juillet et août 2014.

[Link] Simulation de la période d’interchasse 2000-2003


La période d’interchasse de novembre 2000 à avril 2003 a été sélectionnée, en particulier
pour des raisons de disponibilité des données hydrauliques pour la construction du modèle.
Cette période est marquée par une crue supérieure à la crue décennale et le bilan de la retenue
est quasiment nul. De plus, elle est antérieure aux mesures de concentration en amont et en
aval et permet l’application des méthodes de reconstruction des concentrations proposées au
paragraphe 4.7.2. La masse de sédiments fins en entrée a été estimée à 1,59×106 t d’après la
méthode de reconstruction proposée.
La dynamique de la retenue est assez bien reproduite par le modèle dans la partie aval de
la retenue, à partir du PK 178 (Figure 5.28). Le modèle a tendance à surestimer les volumes

208
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

déposés par tronçon, mais l’écart entre la mesure et la simulation est inférieure aux incertitudes,
sauf pour les tronçons T13 et T15.




 

   
         
     


    


 
 
 
 
       




  

    


 
 
 
 
       

Figure 5.28 – Bilan volumique de la retenue de Génissiat au cours de la période d’interchasse


2000-2003 : a) mesure, b) simulation avec Adis-ts.

Le bilan à l’échelle de la retenue n’est pas très satisfaisant. Le volume déposé est estimé
par le modèle à 0,36 ±0,12×106 m3 , alors que le volume mesuré par bathymétrie est de 0,006
±0,09×106 m3 . De même, la masse sortant simulée est de 1,24×106 t, alors que la reconstruction
à Pyrimont prévoyait une masse de 1,76×106 t.
Pour expliquer les mauvais résultats obtenus, on peut raisonnablement penser que la condi-
tion limite amont n’est pas valide. En effet, la méthode de reconstruction de la concentration à
Pougny n’a pas été validée par manque de données. De plus, les résultats de la simulation réalisée
sur la période utilisée pour le calage de la régression ont montré que les concentrations étaient
sous-estimées en crue et sur-estimées en régime de base (cf. paragraphe [Link]). Le régime de
base est assez favorable au dépôt et la surestimation de la concentration entrant dans la retenue
pendant le régime de base entraîne une surestimation du dépôt. De plus, les capacités de repro-
duction du modèle Adis-ts de la retenue semblent encore non validées sur les longues périodes
d’interchasse et sur les crues importantes comme celle rencontrée au cours de la période.

5.8 Applications prédictives


Dans cette partie, le modèle Adis-ts va être appliqué afin de mettre en évidence l’impact du
protocole de gestion de la retenue au cours d’événements de chasse ou de crue sur la dynamique
sédimentaire dans la retenue. Ces applications peuvent servir de base pour l’amélioration des
protocoles.

5.8.1 Modélisation prédictive pour la chasse de 2016


Une concertation entre les gestionnaires des barrages du Haut-Rhône a abouti à la mise en
place d’un protocole pour la chasse de 2016. Les retenues de Génissiat et de Seyssel vont d’abord
être abaissées à partir du 18/05/2016, puis lorsque les cotes cibles sont atteintes, environ deux

209
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

jours après le début de l’abaissement, les retenues de Verbois et Chancy-Pougny sont à leur tour
abaissées.
Les différents protocoles envisagés ont été simulés avec le modèle Adis-ts des retenues de
Génissiat et Seyssel. Les conditions aux limites relatives à la retenue de Génissiat sont présentées
figure 5.29). Deux cotes cibles sont envisagées, une cote à 308 m et une cote à 312 m. La retenue
de Seyssel sera abaissée à partir de sa cote d’exploitation de 260 m à 255 m.

10
330

700
Cote au barrage
Débit amont

8
325

Concentration amont

Concentration (g/l)

600
Débit (m3/s)
Cote (m)

6
320

500
315

400
310

300
305

0
16/05/2016 20/05/2016 24/05/2016 28/05/2016 1/06/2016
Temps (jours)

Figure 5.29 – Description des conditions aux limites envisagées pour la retenue de Génissiat
pendant la chasse de 2016.

La condition à la limite amont sédimentaire est décrite à partir des concentrations à Pougny
estimées par les SIG à partir d’une modélisation hydro-sédimentaire multiclasse de la chasse
dans des retenues de Verbois et Chancy-Pougny. La masse entrant dans la retenue au cours de
l’épisode a été estimée à 1,86×106 t. Néanmoins, les classes granulométriques utilisées pour le
modèle des retenues de Verbois et Chancy-Pougny étaient différentes des classes utilisées dans le
modèle Adis-ts. Les concentrations ont été réparties entre les différentes classes (Tableau 5.22).
Un seul diamètre de sédiments fins avait été utilisé pour les retenues de Verbois et Chancy-
Pougny. La concentration correspondant a été répartie parmi l’argile et les limons à partir de
la distribution observée en surface à Pougny lors de la phase de régulation de la chasse de 2012
(cf. Figure 4.18).

Diamètre SIG (μm) Répartition par population dans Adis-ts


20% argile
35 50% limon fin
30% limon grossier
100 100% sable très fin
200 100% sable fin
500 100% sable moyen
1700 non utilisé

Tableau 5.22 – Définition de la condition limite amont sédimentaire pour le modèle Adis-ts
en fonction des résultats du modèle des retenues de Verbois et Chancy-Pougny.

Pour chacune des cotes cibles envisagées pour la retenue de Génissiat, trois types de répar-
tition du débit dans les vannes sont testés :
– tout le débit transite par la vanne de demi-fond,
– le débit est également réparti entre la vanne de demi-fond et la vanne de fond,
– tout le débit transite par la vanne de fond.

210
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

La comparaison des différentes simulations va permettre d’analyser l’impact de la gestion de


la cote de la retenue et des débits transitant par les vannes sur les concentrations rejetées par
le barrage et au niveau de Seyssel. En particulier, un scénario est jugé acceptable s’il permet de
ne pas dépasser une concentration moyenne de 5 g/l à l’échelle de la chasse.

Pour chaque scénario, la masse transportée en aval du barrage de Génissiat est supérieure à
la masse entrant à Pougny. L’abaissement de la retenue permet à la fois le transit des sédiments
entrant et la remobilisation de sédiments en place (Tableau 5.23). Inversement, la masse à Seyssel
est inférieure à la masse en sortie du barrage de Génissiat ce qui indique un dépôt dans la retenue,
en particulier dans la fosse située à l’aval du barrage de Génissiat. Cette différence est d’autant
plus importante que la masse en sortie du barrage de Génissiat est élevée, et que la proportion
de sable est élevée.
L’abaissement à 308 m produit des fortes concentrations en aval du barrage de Génissiat et
la concentration à Seyssel est supérieure au seuil réglementaire (Figure 5.30 a). L’abaissement à
312 m permet de limiter la concentration au barrage, et d’assurer une concentration plus proche
de la limite réglementaire à Seyssel (Figure 5.30 b). A abaissement identique, les concentrations
à l’aval du barrage de Génissiat et à Seyssel sont d’autant plus fortes que le débit passe par la
vanne de fond.
Ainsi, un protocole de chasse impliquant une cote à 312 m semble acceptable du point de
vue des contraintes de gestion de la CNR car il permet de faire transiter les sédiments provenant
des retenues suisses et de remobiliser une partie des dépôts de la retenue de Génissiat, tout en
limitant le dépôt dans la retenue de Seyssel. Néanmoins, une attention particulière devra être
portée sur l’utilisation de la vanne de fond pour éviter de trop fortes concentrations en sédiments
à Seyssel et limiter le dépôt des sables dans la retenue de Seyssel.

 







 


 














         




 


 














         

Figure 5.30 – Concentration simulées 1) en aval du barrage de Génissiat, 2) à Seyssel, en


fonction de l’abaissement de la retenue : a) cote 308 m, b) cote 312 m et de la répartition du
débit dans les vannes du barrage.

211
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

Masse Génissiat (106 t) Masse Seyssel (106 t)


Cote cible Répartition de débit
argile, limon sable total argile, limon sable total
100% VDF 3,11 0,88 3,99 2,74 0,44 3,18
308 m 50%-50% 3,06 1,67 4,72 2,72 0,53 3,25
100% VF 3,46 3,34 6,81 2,85 0,56 3,4
100% VDF 1,83 0,28 2,11 1,75 0,25 1,99
312 m 50%-50% 1,77 0,57 2,34 1,70 0,38 2,07
100% VF 2,03 1,13 3,16 1,90 0,51 2,41

Tableau 5.23 – Masses de sédiments transportées au barrage de Génissiat et à Seyssel estimées


pour les différents scénarios envisagés pour la chasse de 2016.

Les évolutions morphologiques de la retenue permettent de mettre en évidence les zones


de remobilisation et de dépôt dans la retenue en fonction de l’abaissement (Figure 5.31). En
amont du PK 165,5, l’écoulement est libre pour les deux cotes et les deux scénarios donnent
des évolutions équivalentes avec de l’érosion des tronçons du milieu de la retenue à dominante
sableuse et du dépôt dans le tronçon en aval du PK 168. Dans le cas de l’abaissement le plus
fort, les sédiments sont remobilisés jusqu’au PK 163, puis déposés dans le tronçon en amont de
la vanne de fond où les profondeurs augmentent (Figure 5.31 a). Dans le cas de l’abaissement
plus modéré, le dépôt a lieu à partir du PK 165,5.

a)
0.6
Volume ( 106m3)

0.2
−0.2
−0.6

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186

b)
0.6
Volume ( 106m3)

0.2
−0.2

T20T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1


−0.6

162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône

Figure 5.31 – Évolutions morphologiques de la retenue de Génissiat simulées pour la chasse de


2016 avec une évacuation par la vanne de demi-fond : a) abaissement à 308 m, b) abaissement
à 312 m.

212
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

5.8.2 Modélisation prédictive pour la gestion lors de crues


Lors de la crue de l’Arve et du Rhône de mai 2015, le protocole habituel a été appliqué pour
la gestion de la retenue de Génissiat. La cote de la retenue a été remontée jusqu’à environ 331 m
et une partie du débit a été évacué par l’évacuateur de surface (Figure 5.32). Néanmoins, on
ne dispose pas des données concernant la répartition exacte des débits. On définit le débit non
turbiné, c’est à dire évacué par les vannes comme la différence entre le débit réel et le débit
maximal turbinable de 750 m3 /s. La concentration en matières en suspension entrant dans la
retenue est connue. La distribution granulométrique des matières en suspension est supposée
similaire à la concentration mesurée en périodes d’interchasse (cf. Figure 4.14).

a)
332

Protocole réel Protocole alternatif


330
Cote (m)
328
326
324

1/05/2015 3/05/2015 5/05/2015 7/05/2015 9/05/2015 11/05/2015

b)

4
Débit amont Concentration amont
1000

Concentration (g/l)
3
Débit (m3/s)

600

2
1
200
0

1/05/2015 3/05/2015 5/05/2015 7/05/2015 9/05/2015 11/05/2015

Figure 5.32 – Description des conditions aux limites pour la retenue de Génissiat pendant la
crue de mai 2015 : a) cote au barrage, b) débit et concentration amont.

Plusieurs scénarios alternatifs de gestion de la retenue lors de la crue sont testés et comparés :
– scénario 0 : la cote au barrage est remontée à 331 m (cote mesurée), mais le débit non
turbiné est évacué par l’évacuateur de surface. Ce scénario correspond a priori au cas réel,
– scénario 1 : la cote au barrage est remontée à 331 m , mais le débit non turbiné est évacué
par la vanne de demi-fond,
– scénario 2 : la cote au barrage est remontée à 331 m , mais le débit non turbiné est évacué
par la vanne de fond,
– scénario 3 : la cote au barrage est remontée à 328 m puis maintenue à cette altitude.
Cette cote correspond au niveau minimal d’exploitation associé au débit de pointe de la
crue mesuré à 1080 m3 /s. Le débit non turbiné est évacué par la vanne de demi-fond,
– scénario 4 :la cote au barrage est remontée à 328 m puis maintenue à cette altitude et le
débit non turbiné est évacué par la vanne de fond.

213
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

L’impact de ces différents types de gestion est caractérisé en comparant les concentrations
dans les vannes et les masses rejetées par le barrage estimées pour les différents tests et ceux
mesurés au cours de la crue.
L’application du module « barrage » (cf. paragraphe 5.3.3) donne une très faible concentra-
tion au niveau de l’évacuateur de surface. L’utilisation de l’évacuateur en crue permettrait a
priori de diluer les eaux transférées par l’usine. En particulier, les scénarios basés sur la cote
à 331 m montrent que la concentration dans l’usine et la vanne de demi-fond est supérieure à
celle mesurée à Pyrimont, ce qui est en accord avec la probable dilution des eaux rejetées par
l’usine par les eaux rejetées par l’évacuateur de surface (Figure 5.33 a). La concentration simulée
dans la vanne de fond est légèrement plus élevée que celle simulée dans la vanne de demi-fond
ou l’usine. Pour les scénarios 3 et 4 basés sur le maintien de la cote de la retenue à 328 m, les
concentrations évacuées sont plus élevées que pour le scénario à cote 331 m et se rapprochent
de la concentration en entrée (Figure 5.33 b).

a)
3.0

Concentration Pougny (CL amont)


2.5

Concentration simulée ERD


Concentration simulée usine/VDF
Concentration (g/l)
2.0

Concentration simulée VF
Concentration Pyrimont mesures
1.5
1.0
0.5
0.0

1/05/2015 3/05/2015 5/05/2015 7/05/2015 9/05/2015 11/05/2015

b)
3.0

Concentration Pougny (CL amont)


2.5

Concentration simulée usine/VDF


Concentration simulée VF
Concentration (g/l)
2.0

Concentration Pyrimont mesures


1.5
1.0
0.5
0.0

1/05/2015 3/05/2015 5/05/2015 7/05/2015 9/05/2015 11/05/2015

Figure 5.33 – Concentration simulées au niveau des différents ouvrages du barrage et mesure
en aval en fonction de la cote de la retenue : a) cote maintenue à 331 m (protocole réel) , b) cote
maintenue à 328 m.

Le scénario 0 sensé représenter le cas réel donne la masse évacuée par le barrage la plus
proche de celle mesurée à Pyrimont. Ce résultat montre que la somme des masses transportées
au niveau de l’évacuateur et de l’usine simulée est réaliste par rapport aux mesures.
En ce qui concerne les scénarios alternatifs de gestion, on peut voir que le maintien de la
retenue à la cote minimale d’exploitation associée au débit de pointe permet de faire transiter
plus de sédiments par rapport à l’exploitation à cote haute (Tableau 5.24). La masse évacuée

214
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

est assez proche de la masse entrant à Pougny. Pour une cote donnée, l’utilisation de la vanne
de fond ou la vanne de demi-fond ne permet pas d’augmenter de façon significative la masse
transitant par le barrage. Ainsi, la gestion de la retenue à une cote plus basse qu’habituellement,
tout en respectant la consigne d’exploitation permet de limiter la sédimentation dans la retenue
de Génissiat. En particulier, l’impact de la remontée de la retenue à une cote plus haute sur
l’amortissement du signal de crue en aval est limité.

Masse entrant Masse sortant (106 t)


(106 t) mesure scénario 0 scénario 1 scénario 2 scénario 3 scénario 4
0,38 0,27±0,06 0,282 0,308 0,311 0,364 0,368

Tableau 5.24 – Estimation des masses évacuées par le barrage de Génissiat en fonction du
mode de gestion à partir du scénario de la crue de 2015.

5.9 Conclusions sur la modélisation hydro-sédimentaire


Deux modèles numériques ont été construits, calés et validés à partir de mesures de terrain
pour simuler les processus hydro-sédimentaires de la retenue. Le code Adis-ts a été utilisé pour
modéliser la propagation des sédiments fins en suspension dans les retenues de Génissiat et de
Seyssel. Le code Rubarbe a été utilisé pour simuler le transport des sédiments grossiers dans
la retenue de Génissiat et les évolutions morphologiques associées. L’application des modèles à
de nombreux scénarios a permis de mettre en évidence les avantages et limites de la stratégie de
modélisation et des modèles utilisés pour la simulation des processus hydro-sédimentaires de la
retenue de Génissiat.

Ce chapitre sur la modélisation hydro-sédimentaire a montré l’importance des mesures de


terrain pour la modélisation de la dynamique sédimentaire des retenues [Peteuil et al., 2014].
D’une part, une description précise des conditions initiales et aux limites est importante. De
nombreuses difficultés ont été rencontrées pour la construction des modèles à cause du manque
de données hydro-sédimentaires, concernant par exemple les apports amont en sable ou la des-
cription de la granulométrie en place dans le tronçon fluvial. Ces lacunes ont nécessité la formu-
lation d’hypothèses pour le remplacement des données manquantes qui se sont avérées difficiles
à valider. De plus, la mesure détaillée des flux sédimentaires et des évolutions morphologiques
dans la retenue, comme les mesures de concentration réalisées au cours des chasses de 1984 et
2000, s’est révélée très utile pour le calage et la validation des modèles.

Le modèle Adis-ts des retenues de Génissiat et de Seyssel permet de reproduire correctement


les masses de sédiments fins et de sables transportées au cours d’épisodes de chasse ou de
périodes d’interchasse. L’application d’un modèle simplifié près du barrage basé sur un profil
vertical de concentration exponentiel estimé à partir des résultats du modèle 1D permet de
reproduire de façon réaliste la répartition des concentrations dans les différentes vannes du
barrage. La modélisation multiclasse du transport des sédiments fins et des sables s’est avérée
particulièrement adaptée pour reproduire la dynamique des différentes classes. En particulier,
la distinction entre le limon fin et le limon grossier a été très utile. D’une part, elle a permis de
mieux décrire la condition sédimentaire amont, car les limons grossiers n’ont été observés dans
les prélèvements de surface que lors de la phase de régulation des chasses. D’autre part, il existe
un facteur 10 environ entre les vitesses de chute de ces deux classes, ce qui affecte fortement leur
dynamique. Ainsi, au cours de la phase de régulation de la chasse de 2012, le modèle a simulé
le dépôt de tous les limons grossiers avant le barrage. La vitesse de chute impacte aussi le profil
vertical de concentration le gradient est plus marqué pour les limons grossiers et la concentration
en limon grossier estimée dans la vanne de fond est généralement supérieure à la concentration

215
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat

moyenne dans la section. La formulation multiclasse du modèle a permis de reproduire le dépôt


sélectif des sédiments dans la retenue et le tri granulométrique observé.
Néanmoins, le modèle ne reproduit pas toujours correctement l’évolution des fonds associée
au transport des sédiments fins et des sables, ce qui pourrait être liée au fait que la géométrie
des fonds n’est pas mise à jour dans le modèle. Des problèmes de conservation de la masse ont
été observées pour le modèle Adis-ts lorsque le transport des sables est important. La validité
pour les sables de la formulation mathématique utilisée dans le code Adis-ts peut être remise
en cause dans certains cas, d’une part parce qu’il surestime le dépôt des sables dans l’Étournel
en cas d’apport et d’autre part parce que la propagation des sables est simulée par le modèle à
la même vitesse que l’écoulement.

Le modèle Rubarbe de la retenue de Génissiat permet de reproduire de façon réaliste l’évo-


lution des fonds associée au transport de sables dans la retenue amont de la retenue. Le modèle a
confirmé que la suspension graduée était le mode de transport dominant des sables au cours des
chasses. En particulier, une distance de chargement variable en fonction de l’hydraulique et du
sédiment a du être utilisée. Les valeurs obtenues pour les sables en suspension sont assez élevées,
de l’ordre de plusieurs fois la taille de la maille. Des tests comparatifs ont montré l’importance
de la mise à jour de la géométrie des fonds ainsi que de la méthode de déformation des sections
dans la partie sableuse pour simuler des évolutions réalistes.
La modélisation numérique n’a pas permis de comprendre précisément la dynamique de pro-
pagation des sables. En outre, le modèle ne parvient pas à reproduire correctement l’évolution
des fonds au niveau du tronçon fluvial. L’hypothèse de la validité d’un modèle monodimensionnel
pour simuler le transport des sédiments et les évolutions morphologiques au niveau des chenaux
multiples de l’Étournel est remise en cause.

Enfin, le modèle Adis-ts montre des capacités intéressantes pour la simulation de scénarios
prédictifs. En particulier, l’utilisation du modèle pour simuler les protocoles envisagés pour les
chasses du Haut-Rhône prévues en 2016 a permis d’émettre des réserves quand au scénario
d’abaissement de la retenue à une cote de 308 qui produirait des concentrations trop élevées à
Seyssel. Le modèle a aussi permis d’étudier un protocole de gestion alternatif au cours d’une
crue. Le maintien de la retenue à la cote minimale autorisée par la courbe d’exploitation permet
de favoriser le transit des sédiments et de limiter le dépôt par rapport à un protocole avec une
remontée de la retenue. En revanche, l’utilisation de la vanne de fond pour l’évacuation du débit
de crue ne semble pas avoir un impact important.

216
Conclusion générale et perspectives
6
Comme discuté en introduction, les retenues de forme allongée sont caractérisées par une
dimension longitudinale prédominante. De forts gradients longitudinaux sont observés dans ces
retenues. Elles peuvent être décomposées en trois biefs principaux dont les caractéristiques sont
liées à la hauteur d’eau [Thornton et al., 1981] :
– le tronçon fluvial, situé à l’amont, où le niveau au barrage a peu d’influence sur l’écoulement
et les hauteurs d’eau sont faibles,
– la retenue amont, située en aval du tronçon fluvial est une zone de transition où les hauteurs
d’eau sont influencées par le niveau au barrage,
– la retenue aval, située près du barrage, où les hauteurs d’eau sont importantes.
Ce travail de thèse consiste à caractériser les processus hydro-sédimentaires dominants des
retenues de forme allongées. La retenue de Génissiat, située sur le Haut-Rhône et gérée par
la Compagnie Nationale du Rhône a été choisie comme site d’étude. L’analyse s’est portée
à la fois sur l’interprétation de données de terrain et sur la modélisation hydro-sédimentaire
unidimensionnelle.

Bilan sédimentaire
Le comblement des retenues est une problématique importante pour les gestionnaires. L’ac-
cumulation des sédiments dans les retenues évolue généralement au cours du temps, avec un
comblement important après la mise en opération et qui diminue au fil du temps. Le comble-
ment de la retenue de Génissiat est estimé actuellement à environ 25% de sa capacité initiale.
L’analyse du bilan de la retenue de Génissiat a montré que les événements de chasse étaient
responsables de la moitié de son comblement, l’autre moitié étant attribuée à la sédimentation
régulière au cours des périodes d’interchasse. Le comblement de la retenue a été fortement ralenti
depuis la fin des années, pouvant s’expliquer par l’atteinte d’un état d’équilibre et la mise en
place d’une phase préliminaire de remobilisation dans la retenue de Génissiat lors des opérations
de chasses réalisées depuis 1997.
Le travail sur la retenue de Génissiat a permis de développer et d’appliquer des méthodes
d’estimation du bilan sédimentaire des retenues de forme allongée. Ainsi, une méthode d’estima-
tion des incertitudes associées au bilan bathymétrique calculé à partir de profils en travers a été
proposée. La principale source d’incertitude dans l’estimation du bilan bathymétrique à partir
de profils en travers est liée à la densité des profils utilisés pour décrire la retenue. Dans le cas de
la retenue de Génissiat, la quantification des incertitudes liées au calcul du bilan bathymétrique
a permis d’apprécier la représentativité de la description de la retenue par des profils en travers
et du bilan calculé à partir de ces profils. En particulier, l’analyse a montré que les sections pré-
sentant souvent des incertitudes supérieures au volume calculé sont généralement assez éloignées
des sections amont et aval (environ 300 m) et sont localisées au niveau de changements dans
la dynamique sédimentaire. L’estimation des incertitudes a permis d’identifier des zones de la
retenue où il serait nécessaire de densifier les relevés bathymétriques.

217
6. Conclusion générale et perspectives

La mesure des flux de sédiments entrant et sortant des retenues est importante pour l’inter-
prétation du bilan sédimentaire de la retenue. Les particularités de chaque mode de transport
nécessitent le déploiement de méthodes de mesure différentes, qui permettent ainsi de distinguer
le transport de différentes classes de sédiments. Une difficulté de cette thèse résidait dans le
manque de données permettant d’interpréter quantitativement et qualitativement les flux sédi-
mentaires. Ainsi, l’estimation du transport de sédiments fins en suspension à partir de la mesure
de la turbidité de l’eau combinée à des mesures comparatives de concentration a été mise en
place en 2014. La mesure de la turbidité est particulièrement sensible à la granulométrie trans-
portée, qui varie notamment en fonction des conditions hydrologiques [Thollet et al., 2013]. Pour
les stations de Pougny et Pyrimont, des mesures simultanées de la granulométrie des sédiments
transportés sont à envisager pour améliorer la relation entre la turbidité et la concentration en
matières en suspension.
La mesure du transport par charriage nécessite à partir de prélèvements de fond est à l’heure
actuelle lourde à mettre en oeuvre et très incertaine. Pour la retenue de Génissiat, les mesures
actuelles sont très limitées et d’autres campagnes de mesure ponctuelles des flux de sable entrant
doivent être déployées pour compléter les mesures existantes pour des conditions hydrauliques
différentes, en particulier en crue ou en période de chasse quand les vannes du barrage de
Chancy-Pougny sont ouvertes. Des méthodes alternatives de mesure du charriage, comme les
mesures acoustiques sont actuellement en cours de développement. L’application des méthodes
acoustiques au terrain nécessite une bonne connaissance de la méthode de mesure, qui passe
par des études en laboratoire et aussi du site de mesure [Geay, 2013]. La mesure acoustique
par hydrophone mise en place en amont de la retenue de Génissiat offre à l’heure actuelle
des possibilités limitées. Une meilleure connaissance des processus de propagation des ondes
acoustiques en place ainsi que l’acquisition de mesures comparatives permettrait de mieux définir
les avantages et limites de cette méthode et aiderait à son amélioration.
Pour les périodes où la mesure n’est pas disponible, des méthodes de reconstruction des
apports peuvent être utilisées. La reconstruction des concentrations en matières en suspension a
été proposée pour plusieurs stations du Haut-Rhône. Pour les stations dont la dynamique sédi-
mentaire est influencée par des retenues de barrage, les relations doivent inclure des paramètres
supplémentaires pour prendre en compte les processus dans les retenues. La difficulté princi-
pale réside dans le choix de paramètres représentatifs. En particulier, l’évolution du comblement
des retenues affecte les processus hydro-sédimentaires et la relation de reconstruction pourrait
dépendre de leur état de comblement. Les résultats ont montré l’importance de disposer de
chroniques longues et variées pour obtenir des relations robustes en terme de flux sédimentaires.
De plus, la reconstruction s’est avérée peu satisfaisante pour reproduire les valeurs instantanées.

La comparaison entre le bilan bathymétrique et le bilan des masses entrant et sortant est
une solution pour déterminer a posteriori la contribution des différentes classes de sédiments aux
évolutions des retenues. Elle nécessite la conversion en masse du bilan bathymétrique exprimé
en volume. Une des difficultés du calcul réside dans l’utilisation d’une masse volumique réaliste.
En effet, les données concernant la masse volumique sont généralement limités dans le temps et
l’espace et sont très incertaines. Dans le cas de la retenue de Génissiat, l’analyse n’a pas été très
concluante à cause des fortes incertitudes de calcul. Ils ont tout de même montré que la contri-
bution des sables au bilan bathymétrique est loin d’être négligeable lors des [Link]
et Poesen [2000] suggèrent de réaliser régulièrement des mesures de la masse volumique des
dépôts en place dans toute la retenue afin de prendre en compte la variation des propriétés des
sédiments en place dans le temps et l’espace.

Dynamique sédimentaire
De part leur configuration, la dynamique des retenues de forme allongée est marquée par de
fortes variations longitudinales. En se basant sur cette similarité avec les cours d’eau, l’analyse

218
6. Conclusion générale et perspectives

hydro-morphologique d’une retenue de forme allongée peut être réalisée en reprenant et en


adaptant les principales étapes de l’analyse hydro-morphologique des cours d’eau.
Le découpage longitudinal en tronçons homogènes permet de mettre en évidence la dyna-
mique spatiale de la retenue. Les découpages existants utilisés pour les cours d’eau n’étant pas
très adaptés aux retenues, une méthode de découpage adaptée a été proposée. Cette méthode
prend en compte la géométrie de la retenue, la variabilité des conditions hydrauliques observées
et les évolutions morphologiques. L’utilisation de méthodes statistiques pour la détection de
ruptures dans la dynamique spatiale des paramètres hydro-morphologique a permis de localiser
plus précisément les changements de dynamique et d’obtenir une division en tronçons plus ob-
jective par rapport à l’analyse visuelle. Des découpages assez similaires ont été obtenus avec les
deux méthodes. La retenue de Génissiat a été découpée en vingt tronçons caractérisées par des
paramètres hydro-morphologiques qui varient peu ou de façon homogène le long du tronçon, ou
correspondant à des unités morphologiques particulières comme des alternances seuils/mouilles.

La dynamique sédimentaire d’une retenue allongée peut être décrite à l’échelle du tronçon
fluvial, de la retenue amont et de la retenue aval. Le tronçon fluvial est peu influencé par
le remous du barrage. Il est caractérisé par une granulométrie grossière et le transport par
charriage est le processus de transport dominant la dynamique sédimentaire. Pour la retenue de
Génissiat, le tronçon fluvial est caractérisé par des apports en sédiments grossiers limités par
la présence de barrages en amont. En conditions normales d’exploitation, le transport résiduel,
l’incision à l’aval du barrage de Chancy-Pougny et les extractions de matériaux dans l’Étournel
ont donné lieu à un armurage du fond. Une partie de ce tronçon se situe au niveau d’une zone
alluviale qui présente de nombreux chenaux secondaires avec la formation de bancs et d’îles. La
compréhension de la dynamique du tronçon fluvial de la retenue de Génissiat est limitée à l’heure
actuelle, notamment en ce qui concerne la formation de la couche armurée et les conséquences
des extractions de matériaux et des apports limités en sédiments grossiers.
La retenue amont est influencée par le remous du barrage. Le fond est composé de sables qui
forment généralement un delta. Dans la retenue de Génissiat, on observe une transition brusque
de la granulométrie de surface passant du sable au limon, et la présence de couches de sable en
profondeur en aval. Un abaissement du niveau de la retenue suffisant pour rétablir un écoule-
ment libre dans la retenue amont permet de remobiliser les sédiments en place. La modélisation
numérique a montré que les sables sont plutôt transportés par suspension graduée, mais que le
charriage peut jouer un rôle non négligeable lorsque les conditions hydrauliques sont moins favo-
rables. La diminution de contrainte observée à l’entrée du tronçon donne lieu à un dépôt sélectif
des sédiments en fonction de leur vitesse de chute et produit un affinement granulométrique par
rapport au tronçon fluvial. La compréhension des processus associés à la propagation des sables
dans la retenue et aux transitions gravier/sable et sable/limon est actuellement limitée. Smith
et Ferguson [1995] ont suggéré que le contrôle du barrage sur la hauteur d’eau dans la retenue
pouvait être à l’origine d’une transition de granulométrie graviers/sables. On peut penser que
ce contrôle pourrait aussi expliquer la transition sable/limon observée plus en aval. Wilcock
et Kenworthy [2002] estiment que le transport des différentes classes composant un mélange
gravier/sable est affectée par la composition du mélange, notamment la proportion des sables,
qui peut expliquer l’existence d’une transition granulométrique. De même genre les interactions
entre le transport des sables et des limons pourraient aussi expliquer la transition sable/limon
observée plus en aval.
La retenue aval est généralement impactée par le dépôt des sédiments fins, en particulier à
l’approche du barrage. Dans la retenue de Génissiat, de fines couches de sables alternées avec
des couches de sédiments plus fins ont été observées au niveau de la retenue aval. Néanmoins,
les données n’ont pas permis de juger de la représentativité de ces dépôts et la compréhension
de ce processus est actuellement limitée. Près des barrages, de fortes profondeurs d’eau sont
généralement atteintes et un gradient de concentration marqué peut être observé entre le fond

219
6. Conclusion générale et perspectives

et la surface, causé par le transport d’un courant de densité ou par l’établissement d’un profil
vertical de concentration en matières en suspension. Dans la retenue de Génissiat, aucun courant
de densité n’a été observé et les dépôts de sédiments fins dans la retenue amont sont attribués
au transport par suspension de lessivage. La construction d’évacuateurs à différentes altitudes
permet d’opérer une dilution des eaux rejetés par les évacuateurs de fond par les évacuateur
situés près de la surface et donc de contrôle la qualité de l’eau rejetée en aval. La conception
du barrage de Génissiat avec des évacuateurs situés à trois altitudes différentes : au fond, à mi
hauteur et en surface permet un contrôle aisé de la qualité des eaux rejetés et s’inscrit comme
un exemple à suivre pour la construction de nouveaux aménagements [Fruchart et Camenen,
2012; Peteuil et al., 2013].

Modélisation des processus-hydro-sédimentaire


La modélisation hydro-sédimentaire de la retenue de Génissiat a montré qu’une approche
unidimensionnelle était suffisante pour modéliser les processus dans la partie située dans les
gorges. L’utilisation d’un modèle simplifié basé sur un profil de concentration vertical théorique
permet de reproduire de façon réaliste le gradient de concentration dans les vannes du barrage.
Pour les tronçons présentant une géométrie complexe, des modèles peuvent être développés lo-
calement afin d’améliorer la compréhension des processus. La modélisation bi-dimensionelle près
du barrage de Génissiat a donné des premiers résultats intéressants [Duron, 2014] et le dévelop-
pement du modèle tri-dimensionnel mérite d’être poursuivi afin de mieux décrire les processus
près des vannes. Une modélisation bi-dimensionnelle de la zone de l’Étournel pourrait permettre
de mieux reproduire les évolutions morphologiques au niveau des chenaux multiples.

La stratégie choisie pour la modélisation hydro-sédimentaire de la retenue de Génissiat est


l’utilisation de deux modèles numériques pour les sédiments fins et les sédiments grossiers res-
pectivement, basées sur des formulations mathématiques du transport différentes.
Le code Adis-ts a été utilisé pour simuler la propagation de plusieurs classes de sédiments
fins et de sables en suspension dans les retenues de Génissiat et de Seyssel. Il a permis de repro-
duire le dépôt sélectif des sédiments lié à la diminution des contraintes. En outre, la simulation
de façon indépendante de la dynamique des différentes classes a donnée des résultats réalistes
en terme de flux. Mais ceci pourrait expliquer la difficulté du modèle à décrire les processus
à l’origine de la transition sable/limon. Un module additionnel « barrage » basé sur le profil
vertical exponentiel de concentration combiné au modèle Adis-ts utilisé à proximité du barrage
a permis de reproduire de façon réaliste le gradient de concentration et de granulométrie observé
dans les vannes du barrage de Génissiat et d’améliorer la prédiction des flux sortant.
Le code Rubarbe a été utilisé pour simuler le transport des sédiments grossiers dans la
retenue. Il est basé sur une loi de conservation de la masse et le calcul de la capacité de transport
des sédiments. Le modèle a permis de reproduire les évolutions des tronçons de la retenue amont
qui sont liées au transport de sables lors d’opérations de chasse. La prise en compte de l’évolution
des fonds semble importante lorsqu’il s’agit de simuler les évolutions morphologiques liées au
transport des sables dans la retenue amont lors d’opérations de chasse. Pour les sables, des
dynamiques très différentes sont simulées par les modèles. En particulier, le modèle Adis-ts
propage les sédiments à la vitesse de l’écoulement, ce qui n’est pas réaliste si on considère
le transport des sables par suspension graduée pour laquelle il existe de nombreux échanges
avec le fond limitant leur vitesse de propagation, ce qui aurait ainsi tendance à surestimer la
propagation des sables dans la partie aval. Dans le cas d’une modélisation moyennée sur la
verticale du transport par suspension graduée et pour obtenir une propagation des sédiments
plus réaliste, Huybrechts et al. [2010] ont proposé de corriger la vitesse de propagation par
rapport à la vitesse moyenne en fonction de la forme du profil vertical de concentration, en
particulier du paramètre de Rouse. Le modèle Rubarbe simule des temps de propagation des

220
6. Conclusion générale et perspectives

sables beaucoup plus longs, et pourrait avoir tendance à surestimer les échanges avec le fond.
Ces comparaisons soulèvent des questions concernant la simulation de la dynamique des sables.
Différents scénarios prédictifs ont été simulés à partir des modèles développés dans ce tra-
vail de thèse et permettent, en complément des connaissances expertes des gestionnaires, une
quantification des différents scénarios de gestion et une inter-comparaison plus aisée de leurs
impacts. Les modèles numériques développés au cours de la thèse vont être transférés à la CNR
et seront principalement utilisés pour réaliser d’autres simulations prédictives.
Afin d’obtenir une modélisation réaliste de la dynamique sédimentaire d’une retenue al-
longée, il est nécessaire de disposer de mesures de terrain pour la construction, le calage et
la validation des modèles [Peteuil et al., 2014]. En l’absence de mesures, la modélisation du
transport des sables dans la retenue de Génissiat a notamment nécessité de formuler des hypo-
thèses quant aux apports de sables dans la retenue qui n’ont pas pu être vérifiées. En outre, la
description de la granulométrie du fond parfois limitée comme au niveau du tronçon fluvial a
compliqué la construction du modèle et a nécessité une estimation de la granulométrie en place
à partir de considérations hydrodynamiques difficiles à vérifier. L’utilisation de chroniques de
concentrations en matières en suspension reconstruites peu réalistes en condition sédimentaire
amont impacte les résultats du modèle. Ainsi, il est important de poursuivre les campagnes de
reconnaissance granulométrique dans la retenue, notamment dans la zone de l’Étournel qui est
peu décrite actuellement et qui présente une dynamique complexe qui pourrait entraîner une
répartition spatiale de la granulométrie particulière. Plusieurs types de mesures mériteraient
d’être déployées au cours de la prochaine opération de chasse prévue en 2016. La mesure des
apports en sable est importante pour la définition des conditions aux limites des modèles. Des
mesures de concentration en MES à des stations intermédiaires seraient aussi particulièrement
utiles pour décrire la dynamique du transport et pourraient servir au calage des modèles hydro-
sédimentaires.

De nombreuses perspectives d’évolutions des modèles sont de plus envisagées.


A court terme, il s’agit d’implémenter le module « barrage » dans le code Adis-ts. Cette
amélioration nécessite de pouvoir prendre en compte les ouvrages dans le code ainsi que le
bilan sédimentaire résultant de l’évacuation par les vannes de concentrations différentes de la
concentration moyenne. L’intégration du modèle Adis-ts des retenues de Génissiat et Seyssel
dans le modèle hydro-sédimentaire du Haut-Rhône développé dans le cadre de l’OSR est aussi en
cours [Andries et al., 2012; Dugué et al., 2015]. Le travail de calage des paramètres sédimentaires
du modèle pourra servir de base pour le calage du reste du modèle.
La prise en compte de l’évolution des fonds dans le modèle Adis-ts permettrait aussi d’ob-
tenir des résultats plus réalistes pour des scénarios où les évolutions sont marquées comme les
opérations de chasse ou les simulations de longues périodes. Néanmoins, la rapidité de calcul
est un des avantages actuels du code Adis-ts et la mise à jour de la géométrie des fonds est
très coûteuse en temps de calculs. Afin de conserver cet avantage, une stratégie concernant la
mise à jour de la géométrie doit être définie. La mise à jour pourrait être réalisée à intervalles
de temps réguliers choisis par l’utilisateur comme c’est le cas pour le code Courlis développé
par le LNHE [Bertier, 2004], ou lorsque la variation de la masse dans la section dépasse une
valeur, considérée comme la limite à partir de laquelle la variation de géométrie a un effet si-
gnificatif sur l’hydrodynamique. En outre, il peut être envisagé de modifier la structure du code
de façon à représenter le stock sédimentaire à partir de plusieurs couches. L’intégration d’une
formule permettant de prendre en compte l’évolution de la composition de la couche active à
partir par exemple du modèle d’Hirano [1972] pourrait permettre de simuler l’augmentation de
la granulométrie des sédiments en place au cours du temps, plus réaliste sur le long terme.
Afin de modéliser l’envasement de la retenue sur le long terme, il serait aussi nécessaire de
définir des conditions aux limites simplifiées représentatives des conditions aux limites réelles.
En effet, pour la modélisation d’événements passés, les données ne sont pas toujours disponibles,

221
6. Conclusion générale et perspectives

et pour les modélisations prédictives, il est nécessaire de définir un scénario. Comme pour les
autres aménagements du Rhône, un modèle basé sur les règles d’exploitation et simulant de
manière automatique le fonctionnement du barrage de Génissiat est en cours de développement
[Dugué et al., 2015]. Pour la simulation de longues périodes ou de longs tronçons du Rhône, il
pourrait aussi être envisagé de simplifier la géométrie de la retenue comme ce qui a été proposé
par Latapie [2011] pour la modélisation de la Loire Moyenne.
Le développement d’un modèle unique permettant de simuler le transport des sédiments fins
et des sédiments grossiers est envisagé dans le cadre de l’OSR. Ce modèle serait basé sur un
système multiclasse construit par exemple à partir du modèle Adis-ts permettant de simuler
la dynamique de différentes populations, le transport des sédiments plus fins serait simulé par
l’advection-dispersion et le transport des sédiments plus grossiers serait simulé par la conserva-
tion de la masse de sédiments et une loi de capacité de transport. L’utilisation de deux formula-
tions différentes nécessite de définir un diamètre limite pour le passage d’une formulation à une
autre.

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237
Annexes

239
A Liste des sections en travers mesurées dans la retenue de
Génissiat
1954-1969 1984-2012
186,61 186,61 186,42
186,18 186,18 186,025
185,76 185,76 185,545
185,34 185,34
185,24 185,24 185,14
184,98 184,98
184,88 184,925
184,71 184,71 184,56
184,38 184,42
183,94 183,94 183,77
183,57 183,57
183,3 183,22
183,05 182,85
182,65 182,65
182,35 182,35 182,15
181,9 181,9 181,7
181,5 181,5 181,2
180,9 180,9 180,7
180,45 180,45 180,2 179,95
179,75 179,58 179,35
179,07 179,07 178,8
178,55 178,55 178,3 178,07
177,9 177,9 177,7 177,55 177,35
177,2 177,2 176,9 176,6 176,3 176,3 176,05
175,85 175,85 175,55 175,45 175,3
175,07 175,07 174,85 174,57
174,3 174,35 174,05 173,75 173,55
173,32 173,28 173,02 172,8 172,55 172,3 172,05
171,72 171,75 171,5 171,25 170,95 170,7 170,45
170 170,2 169,85 169,5 169,25 169,05 168,85
168,6 168,4 168,2 167,95
167,75 167,75 167,43 167,1 166,78 166,46 165,93
165,62 165,4 165,1 164,81
164,51 164,58 164,27 164 163,75 163,52 162,97
162,82 164
162,56 162,57 162,56 162,55 162,54 162,53 162,52
162,51 162,5 162,49 ,162,48 162,47 162,45
162,43 162,41 162,37 162,36 162,35 162,33
162,31 162,29 162,27 162,25 162,2253








 
 
 

 




 








 


 

 

 


 

 
   

 














     





Figure 1 – Localisation des sections en travers décrivant la retenue de Génissiat








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