Évaluation des processus sédimentaires à Génissiat
Évaluation des processus sédimentaires à Génissiat
délivrée par
DIPLÔME DE DOCTORAT
Lucie Guertault
Toute petite déjà je collectionnais les cailloux, cela explique sûrement pourquoi j’ai fait une
thèse sur le transport de sédiments. En plus, ces trois ans m’ont permis de compléter ma collec-
tion, avec notamment des spécimens rares du Haut-Rhône !
Je tiens d’abord à remercier les membres du jury de thèse : Ivana Vinkovic qui a accepté de
présider le jury, Anton Schleiss et Michel Estèves pour la relecture de la thèse et leurs remarques
constructives sur ce travail et Giampaolo Di Silvio, qui a également suivi ma thèse avec intérêt
dès le début.
Je remercie mon directeur de thèse André Paquier pour son encadrement et ses conseils,
notamment pour la modélisation. Je remercie mes encadrants de thèse : Christophe Peteuil pour
son rôle important de relais entre le monde de la recherche et l’opérationnel, et Benoit Camenen,
pour sa disponibilité dans l’encadrement au quotidien, les réunions hebdomadaires, et pour les
multiples relectures de la thèse et des articles. Travailler sur une thèse à visée opérationnelle
n’a pas toujours été facile, et je vous remercie tous les trois de m’avoir orientée dans la bonne
direction. Merci de m’avoir permis de communiquer sur mes travaux à travers les nombreux
séminaires et conférences auxquels j’ai participé.
Je souhaite remercier sincèrement toutes les personnes qui ont suivi et contribué à ce travail,
– à Irstea : Jérôme Le Coz pour les conseils, Jean-Baptiste Faure pour le développement
des codes de calcul, la super équipe Métro : Guillaume Dramais, Fabien Thollet, Mickael
Lagouy et Chloé le Bescond pour les mesures, Marina Launay pour la partie sur les flux
sédimentaires, Violaine Dugué et Carla Walter pour leurs retours sur le modèle, et Luc
Duron pour son excellent stage sur la modélisation 2D-3D. Un grand merci à Hélène, Anne
puis Béatrice et Carole pour le suivi administratif.
– à la CNR : Françoise Ababie, Sylvain Reynaud et Didier Roult pour le suivi de la thèse,
Thierry Frétaud et Aurélie Jouve pour leurs retours sur les modèles (merci aussi Thierry
pour ta réactivité concernant mes demandes de données ou autre), les équipes de la DRB,
DI-CEN et CACOH pour les nombreuses mesures réalisées.
– Merci aussi à Thomas Geay pour son aide dans la mise en place et l’exploitation des
données de l’hydrophone.
J’ai beaucoup apprécié ces trois ans de thèse, et pas seulement à cause de l’eau et des
cailloux, la bonne ambiance qui règne à Irstea y est clairement pour quelquechose. Merci à mon
super collègue de bureau, Martin (alias Coboubou, Fouinito, Tiny-Tim, ...) pour son soutien,
son aide sur Arc-Gis. Merci aussi pour le chocolat, les Dstress booster, ces trajets du retour
vers la Croix-Rousse et tous les moments de craquage partagés. Merci à mes collègues de HH et
Poldif : Martin, le trio infernal Eric, Anne-Laure et Ben, les anciens : Marko, Momo, Germain,
Raph, Marina, Pierre-Henri, Thomas, Chloé, Nico, Jessica, ceux qui restent encore un moment :
Céline, Isabelle G., Christine B., François, Albert, Greg, Emeline, Victor, Laurie, Delphine, Cé-
cile, Laura et Ivan pour les pauses au coin café (avec et sans gâteaux), les repas en salle repas
ou à la cantine, les matchs d’ultimate et de volley, la course à pied et les soirées !
i
Je tiens à remercier mes parents de m’avoir permis d’accomplir toutes ces études de Paris à
Lyon en passant par Toulouse et Montréal. Merci à ma famille, mes parents, mon frère et mes
grand-mères pour leur soutien et leurs encouragements depuis le début de mon parcours.
Enfin, merci à toi Basile, pour ta patience, ton soutien, les innombrables aller-retour entre
Paris et Lyon, les vacances, et surtout merci d’avoir accepté de continuer l’aventure avec moi là
où il y a toujours de l’eau !
ii
Résumé
Cette thèse a pour objectif de caractériser les processus dominants dans l’évolution mor-
phologique d’une retenue de forme allongée. Ces retenues sont caractérisées par une dimension
longitudinale prédominante par rapport à la dimension transversale. La thèse s’est appuyé sur
le cas de la retenue de Génissiat, située au coeur d’une série d’aménagements hydro-électriques
sur le Haut-Rhône et soumise à des opérations régulières de chasses hydrauliques. Une analyse
hydro-morphologique basée sur l’interprétation des évolutions morphologiques et des conditions
d’écoulement a été réalisée. A partir de cette analyse, un découpage de la retenue en tronçons
a permis de mettre en évidence la dynamique spatiale des sédiments au sein de la retenue. Une
analyse de la dynamique spatio-temporelle du transport des sédiments a permis de quantifier
et de caractériser les flux de transportés et leurs incertitudes. La contribution des processus
associés au transport des différentes classes granulométriques (sables et sédiments fins) a alors
été évaluée.
Enfin, deux modèles numériques unidimensionnels ont été développés afin de simuler les pro-
cessus dominants pour le transport des sédiments fins et des sédiments grossiers. Les résultats de
modélisation ont montré la capacité des modèles à reproduire les évolutions morphologiques et
les flux transportés, avec des valeurs simulées comprises dans les plages d’incertitude de mesure.
La partie amont de la retenue apparaît ainsi nettement dominée par le transport de sable alors
que la partie aval est dominée par le transport de fines. Finalement, les modèles ont été appliqués
pour tester différents protocoles de gestion de la retenue dans le but d’établir des règles d’ex-
ploitation permettant de limiter le comblement de la retenue et les impacts environnementaux
à l’échelle d’événements de chasse et sur le long terme.
Mots clés :
Comblement des retenues, Retenues de forme allongée, Retenue de Génissiat, Chasses de
barrage, Modélisation numérique, Sédiments fins, Sables.
Laboratoire de rattachement :
Irstea - Centre de Lyon-Villeurbanne
Unité de recherches Hydrologie-Hydraulique
5 rue de la Doua
CS70077
69626 Villeurbanne Cedex
iii
Abstract
This PhD thesis aimed to characterize the main processes responsible for the morphological
evolution of an elongated reservoir, characterized by predominant longitudinal dimensions. It
was based on the case study of the Génissiat reservoir, located in a series of hydropower plants on
the French Upper Rhône River and regularly subjected to flushing operations. A fluvial geomor-
phological analysis based on morphological evolutions and hydraulic conditions was performed.
A longitudinal delineation of the reservoir allowed to highlight the spatial dynamics of the reser-
voir. Sediment fluxes in the reservoir and their uncertainties were quantified and qualified and
evidenced the contribution of transport processes associated to sand and fine sediments.
Two one-dimensional numerical models were developed to simulate the main processes for
fine sediment and coarse sediment transport, respectively. Numerical results showed that these
models were able to reproduce morphological evolutions and sediment fluxes, with differences
between simulated and measured values lower than the measurement uncertainties. It appeared
that the upstream part of the reservoir is dominated by sand transport while the downstream
part of the reservoir is dominant by silt and clay sediment transport. Finally, the models were
used to simulate predictive scenarios and to evaluate the impact of the operating rules on sedi-
ment dynamics. Some enhancements to current operating rules were proposed to limit reservoir
sedimentation and downstream ecological impacts related to flushing events and long-term ma-
nagement.
Keywords :
Reservoir sedimentation, Elongated reservoirs, Génissiat dam reservoir, Dam flushing, Nu-
merical modelling, Fine sediments, Sand.
v
Symboles
Lettres romaines
a paramètre d’une régression
aP D paramètre de calage du code Adis-TS
ABV Aire du bassin versant m2
A Section mouillée m2
As section solide
b paramètre d’une régression
c paramètre d’une régression
C concentration en matières en suspension dans l’eau g/l
CD coefficient de traînée
Ceq concentration en matières en suspension dans l’eau à l’équilibre g/l
C0 paramètre de calage du code Adis-TS g/l
Cm Concentration moyenne dans une section transversale g/l
Cza concentration à l’altitude za au dessus du fond g/l
CR concentration de référence pour le profil exponentiel g/l
d diamètre d’une particule m
d50 diamètre médian des sédiments m
dx diamètre pour lequel x % des sédiments en masse sont plus fins m
d∗ diamètre adimensionnel du sédiment
D Taux de dépôt simulé par le code Adis-TS kg/m2 s
Da Distance d’application d’une section en travers m
Dchar Distance de chargement m
Dchard50 Distance de chargement pour le diamètre médian m
Dcharσ Distance de chargement pour l’étendue granulométrique m
Df coefficient de diffusion m2 /s
Dx distance entre deux points
E Taux de reprise simulé par le code Adis-TS kg/m2 s
f fréquence Hz
FC paramètre de forme du profil de concentration
Fr nombre de Froude
Fs fréquence d’échantillonnage du signal acoustique
g constante d’accélération de la pesanteur m/s2
h tirant d’eau m
Ht profondeur d’immersion du densimètre m
J la perte de charge par frottement
Js la perte de charge singulière
k facteur d’élargissement pour le calcul de l’incertitude élargie
kP efficacité du préleveur de charriage
K coefficient de Strickler m1/3 /s
Kp coefficient de Strickler de peau m1/3 /s
L distance entre deux sections transversales m
LX pas d’espace pour le calcul de la sinuosité m
Lv longueur de la fenêtre d’échantillonage acoustique
vii
m exposant appliqué à la contrainte dans la formule de transport
M masse de sédiments kg
Mt masse apparente d’un dépôt sédimentaire kg
Ms masse solide d’un dépôt sédimentaire kg
Md masse solide sèche d’un dépôt sédimentaire kg
N nombre de points décrivant une section en travers
Nh nombre de points d’une ligne d’eau
NS critère de Nash Sutcliffe
NT nombre de transects
p porosité des sédiments en place
pd proportion de sédiments de diamètre inférieur à d
P puissance du signal acoustique μPa2 /Hz
P SD densité spectrale de puissance du signal acoustique μPa2 /Hz
q apports latéraux de débit m2 /s
qscap capacité solide unitaire m2 /s
Q débit liquide m3 /s
Qs débit solide m3 /s
Qcap
s capacité de transport m3 /s
R nombre de Rouse
R nombre de Rouse corrigé
R∗ nombre de Reynolds turbulent
ReP nombre de Reynolds particulaire
Rh rayon hydraulique m
s signal acoustique
S aire occupée par les sédiments dans une section m2
t temps
TF Taux de transfert d’une retenue
TP Taux de piégeage d’une retenue
T Turbidité de l’eau NTU
T∗ la contrainte réduite
u incertitude type
uP incertitude type liée à l’imprécision des mesures
uR incertitude type liée à la représentativité des mesures
u∗ vitesse de cisaillement m/s
U vitesse moyenne de l’écoulement m/s
UE incertitude élargie
UP Vitesse de propagation des sédiments en suspension m/s
v vitesse de décantation des particules m/s
V Volume de sédiments m3
Vann apport moyen annuel m3
Vret Capacité de la retenue m3
Vs Volume d’une suspension de sédiments m3
w fenêtre d’échantillonage du signal acoustique
we teneur en eau massique d’un échantillon de sédiments
ws vitesse de chute d’une particule m/s
W largeur au miroir m
Wa largeur active
Wd largeur déversante d’un ouvrage m
WP largeur du préleveur de charriage m
x abscisse longitudinale
X latitude
viii
y abscisse latérale
Y longitude m
Z altitude m
Lettres grecques
α paramètre pour le calcul de l’incertitude liée à la représentativité
αH paramètre de la loi de Han m
αERD paramètre de calage pour le modèle de l’évacuateur de surface
β coefficient de quantité de mouvement des équations de Saint Venant
γ paramètre de calage du modèle de Brown
δ densité réduite du sédiment
Δy pas d’interpolation d’une section en travers m
Δz variation de l’altitude d’un point d’une section en travers m
ΔS variation de l’aire occupée par les sédiments dans une section m
Δt temps de prélèvement des sédiments s
ΔT temps de propagation des sédiments en suspension s
v coefficient de diffusion verticale du sédiment m2 /s
ζ paramètre utilisé pour le dépôt dans rubarbe
θ paramètre de Shields
θc paramètre de Shields critique
κ constante de Von Kàrmàn
λ proportion d’une population de sédiments
μ coefficient de débit d’un ouvrage
μd espérance d’une distribution statistique
ν viscosité cinématique de l’eau m2 /s
ρ masse volumique de l’eau kg/m3
ρs masse volumique absolue du sédiment kg/m3
ρd masse volumique sèche du sédiment kg/m3
ρd masse volumique d’un mélange de sédiments estimé par calcul kg/m3
ρw masse volumique humide du sédiment kg/m3
ρt masse volumique d’une suspension de sédiments kg/m3
σ écart type d’une distribution statistique
σE nombre de Schmidt pour le profil exponentiel
σP nombre de Schmidt pour le profil puissance
τ contrainte de cisaillement hydrodynamique Pa
τef f contrainte de cisaillement hydrodynamique efficace Pa
τc contrainte critique de mise en mouvement Pa
φ angle de stabilité des sédiments
φR facteur de correction du paramètre de Rouse
Φ flux massique de sédiments kg/s
ix
Indices et exposants
am amont
ar argile
av aval
A Arve
bg berges
BDM Bout du Monde
CA couche active
eq équilibre
ERD évacuateur de surface
f fin
fd fond
g grossier
GE Génissiat
JON Jonction
li limon
m lit mineur
max maximal
mes mesuré
mod modélisé
M lit moyen
pyc pycnomètre
PO Pougny
PY Pyrimont
rd rive droite
rg rive gauche
sa sable
SE Seyssel
th théorique
tot total
us Usses
val Valserine
VF vanne de fond
V DF vanne de demi-fond
x
Acronymes
xi
Table des matières
Résumé iv
Abstract vi
1 Introduction 1
1.1 Le transport des sédiments en rivière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.1 Classification des sédiments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.2 Modes de transport des sédiments en rivière . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1.3 Morphologie des rivières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Le transport des sédiments dans les retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Les retenues de barrage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Les processus de transport dans les retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.3 Le comblement des retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.4 L’estimation du comblement des retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.3 Le contrôle de la sédimentation dans les retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3.1 Retour d’expérience sur quelques cas problématiques . . . . . . . . . . . . 10
1.3.2 Présentation des différentes techniques de contrôle de la sédimentation . . 11
1.4 La gestion des impacts environnementaux des barrages . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.4.1 Les impacts liés à la régulation des écoulements et du transport des sédiments 12
1.4.2 Les impacts liés aux chasses de barrage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.5 Modélisation des processus sédimentaires dans les retenues . . . . . . . . . . . . . 13
1.5.1 La modélisation physique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.5.2 Les modèles mathématiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.5.3 La modélisation numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.6 Problématiques scientifiques liées à la gestion sédimentaire des retenues de forme
allongée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.7 Démarche scientifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
xiii
TABLE DES MATIÈRES
xiv
TABLE DES MATIÈRES
xv
TABLE DES MATIÈRES
Bibliographie 224
Annexes 240
A Liste des sections en travers mesurées dans la retenue de Génissiat . . . . . . . . 241
xvi
Liste des tableaux
1.1 Nombre de Rouse et mode de transport associé d’après Van Rijn [2007]. . . . . . 4
1.2 Coefficients A, B et m pour les principaux types de particules. . . . . . . . . . . 5
xvii
LISTE DES TABLEAUX
4.3 Coefficients des relations C=f(Q) pondérées par la racine du flux obtenues pour la
Valserine et les Usses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
4.4 Caractéristiques des mesures de charriage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
4.5 Caractéristiques des granulométries réalisées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.6 Populations de sédiments permettant de décrire la distribution granulométrique. 115
4.7 Débits et concentrations moyens au barrage pendant le palier à cote basse. . . . . 131
4.8 Incertitudes associées au calcul des masses de MES transportées au niveau de diffé-
rentes stations et pour différentes chasses (Les valeurs données pour les sources sont
les valeurs de l’intervalle). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
4.9 Masses de MES mesurées aux stations de Bout du Monde, Pougny, et Pyrimont (en
Mt). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
4.10 Évaluation des méthodes de reconstruction de la concentration à Pougny. . . . . 143
4.11 Évaluation des méthodes de reconstruction de la concentration à Pyrimont. . . . 145
4.12 Incertitudes associées au calcul des masses de MES transportées au niveau de diffé-
rentes stations et pour différentes chasses (Les valeurs données pour les sources sont
les valeurs de l’intervalle). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
4.13 Masse de MES transportées mesurées aux stations de Pougny, Génissiat et Pyrimont
au cours des chasses (en Mt). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
4.14 Propriétés des sédiments en place dans les différentes zones d’échantillonnage. . . 149
4.15 Bilans sédimentaires de la retenue de Verbois en chasse (en Mt). . . . . . . . . . 151
4.16 Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat en chasse (en Mt). . . . . . . . . 152
4.17 Masses de matières en suspensions reconstituées à Pougny et Pyrimont pour diffé-
rentes périodes d’interchasse (en Mt). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
4.18 Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat en période d’interchasse (en Mt). 154
xviii
LISTE DES TABLEAUX
5.17 Bilan volumique pour les tronçons T1 à T14, global et par tronçon. Pour chaque test
et chaque tronçon, la cellule est colorée si l’écart entre les valeurs simulée et mesurée
est inférieur à l’incertitude de mesure (avec une tolérance de 1000 m3 ). . . . . . . 198
5.19 Performance du modèle par simulation pour les tronçons T1 à T14, globale et par
tronçon. Pour chaque tronçon, la cellule colorée correspond au meilleur indice de
performance obtenu parmi les différents tests. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199
5.20 Épaisseurs des couches de sédiments en place dans les tronçons du modèle Rubarbe
de la chasse de 1984. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
5.21 Caractéristiques des simulations réalisées pour le cas-test. . . . . . . . . . . . . . 203
5.22 Définition de la condition limite amont sédimentaire pour le modèle Adis-ts en
fonction des résultats du modèle des retenues de Verbois et Chancy-Pougny. . . . 210
5.23 Masses de sédiments transportées au barrage de Génissiat et à Seyssel estimées pour
les différents scénarios envisagés pour la chasse de 2016. . . . . . . . . . . . . . . 212
5.24 Estimation des masses évacuées par le barrage de Génissiat en fonction du mode de
gestion à partir du scénario de la crue de 2015. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
xix
Table des figures
1.1 Schéma des processus de transport par charriage et par suspension dans un cours
d’eau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Diagramme de Shields pour la mise en mouvement d’après Vanoni [1977]. . . . . 3
1.3 Balance de Lane [1955]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.4 Types de dépôt observés dans une retenue, d’après Morris et Fan [1998]. . . . . . 6
1.5 Évolution du profil en long de la retenue de Tarbela, Pakistan, d’après Lowe et Fox
[1995]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.6 Classification des stratégies de gestion des sédiments pour le maintien de la capacité
des retenues d’après Kondolf et al. [2014]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
xxi
TABLE DES FIGURES
xxii
TABLE DES FIGURES
xxiii
TABLE DES FIGURES
xxiv
TABLE DES FIGURES
xxv
TABLE DES FIGURES
xxvi
1
Introduction
Les barrages sont construits en travers des cours d’eau pour permettre le stockage de l’eau
à des fins de contrôle des crues, d’irrigation, d’alimentation en eau potable ou de production
hydro-électrique. Ils forment ainsi des obstacles aux échanges longitudinaux dans les cours d’eau
[McCartney, 2009] et les retenues créées en amont sont des éléments du système fluvial à part
entière qui affectent sensiblement le transit sédimentaire [Annandale, 1987]. Avant même de
discuter les impacts des barrages sur le transport solide, il est important de comprendre ce
qu’est le transport solide en rivière.
1
1. Introduction
Figure 1.1 – Schéma des processus de transport par charriage et par suspension dans un cours
d’eau.
2
1. Introduction
est gouvernée par l’écoulement et est le plus souvent caractérisée à partir de la contrainte hy-
draulique et de la granulométrie [Hunziker et Jaeggi, 2002]. La mise en mouvement des sédiments
a lieu lorsque la contrainte hydraulique τ exercée par l’écoulement sur le fond dépasse une va-
leur critique τc . La contrainte peut être décomposée en contraintes d’origines différentes : une
contrainte de peau liée à la taille des grains du fond, une contrainte liée à la présence de formes
de fond, une autre liée à la géométrie de la rivière. La contrainte efficace τef f est définie par
Meyer Peter et Müller [1948] comme la partie de la contrainte responsable de la mise en mouve-
ment des grains. Il s’agit de la contrainte liée à la rugosité du fond. Lorsque la contrainte efficace
est supérieure à la contrainte critique de mise en mouvement, les sédiments peuvent être érodés.
Néanmoins, pour les cas d’application, il est difficile d’estimer la contrainte liée aux formes de
fond, de sorte que seule la contrainte de peau est prise en compte, ce qui revient probablement
à sous-estimer la contrainte efficace en présence de formes de fond.
La contrainte de cisaillement au fond critique τc est souvent discutée sous sa forme adimen-
sionnée, correspondant au nombre de Shields [1936] :
τ
θ= (1.1)
(ρs − ρ)gd
où d est le diamètre du sédiment, g est l’accélération de la pesanteur, et ρ et ρs sont respective-
ment les masses volumiques de l’eau et du sédiment. Le nombre de Shields dépend principalement
de la taille et des propriétés cohésives du sédiment. Le diagramme de Shields (Figure 1.2) établit
entre le nombre de Shields critique et le nombre de Reynolds turbulent R∗ = du∗ /ν,
une relation
où u∗ = τ /ρ est la vitesse de cisaillement et ν est la viscosité cinématique du fluide.
Figure 1.2 – Diagramme de Shields pour la mise en mouvement d’après Vanoni [1977].
3
1. Introduction
Tableau 1.1 – Nombre de Rouse et mode de transport associé d’après Van Rijn [2007].
Mode de transport Nombre de Rouse
Charriage R>5
Suspension proche du fond 2<R<5
Suspension graduée 0,1<R<2
Suspension homogène 0,1>R
Pour calculer
le paramètre de Rouse, il est important de connaitre la contrainte qui s’exerce
sur le fond u∗ = τ /ρ mais aussi la vitesse de chute ws des particules. La vitesse de chute ws
d’une particule isolée dans un fluide au repos dépend principalement de sa taille mais aussi de
sa forme, de sa densité et du fluide [Dietrich, 1982]. Elle peut être estimée à partir de l’équilibre
entre la gravité et les forces de traînée. En supposant une particule sphérique, on obtient la
relation :
4 1 ρs − ρ
ws = gd (1.3)
3 CD ρ
où CD est le coefficient de trainée, ρs et ρ sont les masses volumiques respectives du sédiment
et de l’eau, g est l’accélération de la pesanteur (m/s2 ) et d est le diamètre de la particule.
L’inconnue principale est la valeur du coefficient de traînée CD , dont l’expression analy-
tique varie en fonction du nombre de Reynolds particulaire ReP = ws d/ν, où ν est la viscosité
cinématique de l’eau. Deux comportements asymptotiques sont observés :
– le régime de Stokes (ReP < 1), pour lequel l’écoulement autour de la particule est la-
minaire et le coefficient de traînée est inversement proportionnel au nombre de Reynolds
particulaire CD = 24/ReP ,
– Pour ReP > 105 , le régime turbulent est parfaitement établi autour de la particule, et le
coefficient de traînée est constant CD ≈ 0, 9.
Pour les nombres de Reynolds intermédiaires, le coefficient de traînée dépend de la forme des
particules et s’exprime souvent à partir d’une loi associant ces deux comportement asymptotiques
[Soulsby, 1997; Cheng, 1997; Camenen, 2007].
La forme des particules affecte aussi ces valeurs [Dietrich, 1982; Camenen, 2007]. La formule
de Camenen [2007] valable quelque-soit le régime et qui permet de prendre en compte la nature
de la particule est utilisée dans la thèse :
⎡ ⎤
2/3 1/m 1/m m
ν ⎣ 1 A 4 3 1 A ⎦
ws = + d − (1.4)
d∗ 4 B 3 ∗ 2 B
où d∗ = d50 (gδ/ν 2 )1/3 est le diamètre adimensionnel, δ = (ρs − ρ)/ρ est la densité réduite du
sédiment et les coefficients A, B et m dépendent des caractéristiques de la particule comme sa
forme ou sa rugosité (Tableau 1.2).
4
1. Introduction
5
1. Introduction
Figure 1.4 – Types de dépôt observés dans une retenue, d’après Morris et Fan [1998].
6
1. Introduction
!
Figure 1.5 – Évolution du profil en long de la retenue de Tarbela, Pakistan, d’après Lowe et
Fox [1995].
Les sédiments les plus fins sont transportés par suspension et s’accumulent en aval du delta
[Kostic et Parker, 2003a]. Les sédiments fins sont généralement déposés dans la zone la plus pro-
fonde de la section, puis par couches horizontales. Un tri longitudinal des sédiments transportés
par suspension est observé en fonction des vitesses de chute. Les sédiments fins transportés
jusqu’au barrage et situés sous le niveau des prises d’eau sont systématiquement déposés. Des
7
1. Introduction
épaisseurs de dépôt importantes près du barrage sont caractéristiques des petites retenues pré-
sentant des apports importants de sédiments fins ou des retenues longues gérées à côte basse
pendant les périodes d’apport sédimentaire [Di Silvio, 2001].
Des phénomènes de stratification dus à des différences de densité (ayant pour origine des
différences de température, salinité ou turbidité) sont souvent observés en retenue où les effets
de mélange sont limités. Les courants de turbidité sont des courants de densité régis par la
différence de densité entre un écoulement chargé en sédiments et l’eau peu chargée de la retenue
[De Cesare, 1998]. L’écoulement chargé, plus lourd, plonge et se propage près du fond le long
de la retenue. Les courants de turbidité peuvent éroder ou déposer des sédiments. Lorsque
l’entrainement l’emporte sur la sédimentation, le courant de turbidité peut s’auto-accélérer,
sinon il est atténué. Des courants de turbidité sont généralement observés dans le Lac Mead, la
retenue formée par le barrage Hoover aux États-Unis. Gould [1951] a estimé que les courants de
turbidité étaient responsables de la moitié du comblement de la retenue observé au cours des 14
années suivant sa mise en service.
L’érosion des berges peut contribuer de manière importante sur le transport des sédiments
en retenue. L’érosion des berges peut être causée par de nombreux processus et influencée par
de nombreux facteurs [Gatto et Doe III, 1987]. L’érosion des berges formées dans des matériaux
meubles peut se manifester sous l’effet des vagues, du vent ou des eaux souterraines. L’érosion
peut aussi être causée par des glissements de terrain. Lorsque des dépôts de sédiments fins sont
présents sur les bords, l’abaissement du niveau des retenues peut compromettre leur stabilité
et entraîner l’effondrement de ces murs de vase. L’importance de ces différents processus varie
selon les sites.
8
1. Introduction
Plusieurs enjeux de sûreté liés au comblement des retenues sont rencontrés et dépendent de la
localisation des dépôts de sédiments. Le dépôt des sédiments dans la partie amont de la retenue
peut entrainer un exhaussement des lignes d’eau et augmenter les risques d’inondation en cas de
crue [Annandale, 1987]. L’accumulation de dépôts de sédiments au pied du barrage, présentant
une densité supérieure à celle de l’eau, entraîne une augmentation de la pression exercée sur le
barrage et peut provoquer des problèmes de stabilité [Bougacha et Tassoulas, 1991]. Le dépôt
des sédiments près du barrage peut aussi entraîner le comblement des vannes situées près du
fond, et poser des problèmes d’évacuation lors de crues. Si les dépôts atteignent le seuil des prises
d’eau, le passage de sédiments grossiers peut provoquer une usure accrue des turbines [Morris
et Fan, 1998].
Des méthodes empiriques ont été développées à partir d’observations sur différentes retenues
pour estimer le taux de piégeage des retenues à partir des caractéristiques du bassin versant et
de la retenue. Brown [1944] a développé un modèle qui relie le taux de piégeage TP au rapport
entre la capacité de la retenue et la surface du bassin versant :
1
TP = 100 1 − (1.5)
1 + 0, 0021γVret /ABV
où Vret est la capacité de la retenue en m3 , ABV est l’aire du bassin versant en km2 et γ est un
paramètre compris entre 0,046 et 1.
Brune [1953] a proposé de relier le taux de piégeage au temps de résidence de l’eau :
Vret /Vann
TP = 100 1 − (1.6)
0, 012 + 1, 02
9
1. Introduction
les apports sédimentaires pour un bassin non jaugé par analogie avec d’autres bassins. Cette
méthode permet aussi d’inclure des paramètres supplémentaires comme le piégeage des sédi-
ments par des retenues en amont et la diminution du taux de piégeage avec l’augmentation du
comblement de la retenue.
Plusieurs techniques peuvent être utilisées par les gestionnaires pour limiter le comblement
des retenues. Brown [1944]; Morris et Fan [1998] et Kondolf et al. [2014] ont proposé une des-
cription détaillée de ces techniques. Elles peuvent être réparties en plusieurs catégories selon
l’objectif recherché (Figure 1.6).
réduire la production piéger les sédiments dévier le passage faire transiter les dragages chasses
de sédiments en amont des sédiments sédiments à travers
la retenue
controler l'érosion by pass
courants de
du sol
densité
contrôler l'érosion transit en
des berges crue
Figure 1.6 – Classification des stratégies de gestion des sédiments pour le maintien de la capacité
des retenues d’après Kondolf et al. [2014].
10
1. Introduction
La plupart des échecs dans le contrôle du comblement des retenues rencontrés par les ges-
tionnaires sont liés à une connaissance insuffisante des processus d’apports sédimentaires et de
transport dans les retenues [Morris et Fan, 1998] et à un design inapproprié des ouvrages d’éva-
cuation des sédiments. En effet, la plupart des techniques de contrôle comme les chasses ou le
transfert des eaux chargées sont appliquées par les gestionnaires en se basant sur les retours
d’expérience plutôt que sur une connaissance des processus physiques [Sloff, 1991].
11
1. Introduction
Les chasses et la gestion en crue sont les deux techniques les plus utilisées par les gestionnaires
car elles présentent le meilleur rapport efficacité/coût [Morris et Fan, 1998].
12
1. Introduction
généralement une couche armurée voire pavée en surface. En présence de grandes retenues modi-
fiant fortement l’hydrologie, le lit en aval du barrage peut aussi s’exhausser sous l’effet de dépôts
issus d’affluents car leur reprise par la rivière principale n’est plus possible faute de débits suf-
fisants. Ces modifications géomorphologiques impactent les populations piscicoles en dégradant
notamment leurs habitats. Plus en aval, la pénurie de sédiment peut entraîner le retrait de plages
ou de deltas.
13
1. Introduction
l’identique en laboratoire, et seules les échelles des forces les plus importantes sont préservées
[Morris et Fan, 1998].
Ces modèles permettent d’analyser les problèmes caractérisés par des géométries complexes,
impliquant des processus multidimensionnels. Ils se révèlent utiles pour la conception des vannes
d’évacuation, ou l’observation de processus proches des barrages. Ils permettent une représen-
tation et une visualisation immédiate des processus. Néanmoins, les modèles physiques sont
très couteux et nécessitent des temps d’essai longs et le passage du modèle au prototype n’est
généralement pas trivial. Par ailleurs, il est difficile de conserver ces modèles sur de longues
périodes.
14
1. Introduction
ou Fluent [Fluent, 2006] permettent de reproduire les processus pour des géométries complexes,
comme les écoulements secondaires ou les écoulements à proximité de structures hydrauliques.
Dès qu’il existe une forte variabilité des vitesses transversalement et/ou verticalement, les
modèles 2D et 3D deviennent nécessaires si l’on recherche une compréhension plus locale de la
dynamique de la rivière. Les modèles 2D et 3D nécessitent cependant une quantité importante
de données pour leur construction, calage et validation. Les temps de calcul sont relativement
longs, en particulier comparé aux modèles 1D [Molinas et Yang, 1986].
15
1. Introduction
et Boyd, 2014]. Ils ont aussi été utilisés pour modéliser des opérations de gestion sédimentaire à
grande échelle, comme les chasses de barrage de l’Arc en Maurienne [Antoine et al., 2014].
Pour la modélisation des processus dans les retenues, l’utilisation des modèles 2DH est égale-
ment assez répandue [Bessenasse et al., 2004; Harb et al., 2012; Moussa, 2013]. Quelques études
ont aussi été réalisées à partir de modèles 2DV [Sullivan et al., 2007].
Les modèles 3D ont principalement été utilisés pour vérifier leur capacité à reproduire des
observations à de petites échelles spatiales et temporelles, comme les observations issues de mo-
dèles réduits de retenues [Olsen, 1999; Kostic et Parker, 2003b]. Ils commencent à être appliqués
à des géométries réelles de retenues, principalement pour des projets de grande ampleur, comme
le barrage des Trois Gorges [Fang et Rodi, 2003; Haun et al., 2012].
16
1. Introduction
17
Présentation du cas d’application
2
Le cas d’application sélectionné pour la thèse est la retenue de Génissiat, située en France
sur le Haut-Rhône. Elle est gérée par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) et est exploitée
depuis 1948.
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Le Haut-Rhône traverse le Jura, les Préalpes et la plaine de l’Ain sur plus de 200 km et
couvre un bassin versant de 12 300 km2 . Dans sa partie suisse, 1,2 km après sa sortie du lac
Léman le Haut-Rhône reçoit les eaux de l’Arve en rive gauche sur le site de « la Jonction », puis
pénètre une vingtaine de kilomètres plus en aval, en France au niveau des communes de Chancy
19
2. Présentation du cas d’application
(Suisse) et Pougny (France) (Figure 2.1). De Collonges à Seyssel, le Rhône s’écoule dans une
vallée encaissée entre des falaises calcaires. Il gagne ensuite les plaines laissées par les glaciers
[Pardé, 1925].
Figure 2.2 – Confluence entre le Rhône (à droite) et l’Arve en crue (à gauche) (photo SIG).
20
2. Présentation du cas d’application
21
2. Présentation du cas d’application
L’aménagement de Seyssel a été conçu pour compenser les éclusées du barrage de Génissiat.
Le barrage-usine de Seyssel situé au PK 157,6 a une hauteur de 19,3 m. La retenue formée
par le barrage est longue de 10 km et présente un volume de 7,6 millions de m3 . L’usine est
établie en rive gauche et est équipée de trois groupes permettant de turbiner un débit maximal
de 750 m3 /s. Le barrage, situé en rive droite présente deux passes équipées de hausses et une
passe plus étroite et plus profonde équipée de vannes superposées [Établissement Neyrpic et al.,
1951]. A ce titre, il supporte lui aussi des variations importantes de 2 à 3 m/jour [CNR, 2010].
Par contre, il permet de fortement réduire les fluctuations de niveau en aval, avec des variations
habituelles de 30 à 60 cm en aval immédiat de l’usine de Seyssel. En régime d’exploitation, la
cote au barrage varie entre 257 et 260,6 m (Figure 2.3 b). Le débit réservé du barrage est de
19 m3 /s [Préfectures de l’Ain et de la Haute Savoie, 2013]. Pour un débit supérieur au débit
maximum turbinable, le niveau de la retenue ne peut pas être inférieur à 260,4 m.
22
2. Présentation du cas d’application
Figure 2.4 – Carte géologique d’ensemble de la région (d’après Gignoux et Mathian [1952]).
De la confluence avec l’Arve jusqu’à la frontière française, le Rhône s’écoule au travers d’un
terrain composé d’alluvions et de moraines quaternaires. Les sols de l’Étournel sont constitués de
plusieurs couches : des moraines argileuses glaciaires et fluvio-glaciaires, recouvertes d’alluvions
anciennes (sables et graviers), et enfin d’alluvions récentes du Rhône [Parc Naturel Régional
du Haut-Jura, 2001]. En aval du Pont-Carnot, le défilé de l’Écluse est formé dans les calcaires
du chaînon jurassien du Reculet-Vuache. Dans les gorges de Léaz les couches supérieures sont
composées de terrains quaternaires particulièrement instables, comme en témoignent l’effondre-
ment de la ligne de chemin de fer Lyon-Genève en 1883, et le glissement de Léaz qui fait l’objet
d’une surveillance accrue par la CNR [Selmi et Fruchart, 1990]. Après le viaduc de Longeray,
les plateaux encadrant le fleuve sont de plus en plus élevés. Vers Arcine, le socle géologique
23
2. Présentation du cas d’application
est constitué de grès et marnes molassiques. Près de Bellegarde sur Valserine, le Rhône pénètre
dans des calcaires de l’Urgonien et se contracte. Le canyon d’Arlod est situé dans les calcaires
qui forment les berges et le lit, présentant des parois plus hautes et plus abruptes. A partir de
Pyrimont, le lit du fleuve est taillé dans la molasse et le défilé se termine.
Tableau 2.1 – Hydrologie du Haut-Rhône aux stations de Pougny et Bognes (T est la période
de retour de la crue).
24
2. Présentation du cas d’application
a) b)
L’ensemble des évacuateurs a été conçu pour débiter 3000 m3 /s sans que le plan d’eau ne se
situe plus d’un mètre au dessus de la cote maximale en exploitation [CNR, 1934]. Ainsi, la vanne
de fond a été mise en place dans le but d’abaisser au maximum le plan d’eau pour l’inspection des
ouvrages ou pour opérer des chasses de fond et favoriser le transit des sédiments. L’évacuateur
de surface déverse de l’eau moins chargée. Son utilisation permet la dilution des flux évacués
par la vanne de fond.
25
2. Présentation du cas d’application
a) b)
c) d)
e) f)
Figure 2.6 – Photographies de la retenue : a) plaine alluviale de l’Étournel en 2012 (la grande
île aval et le chenal secondaire sont visibles en bas, le pont Carnot est située en haut à droite,
photo CNR), b) la Perte du Rhône (Carte postale datée du 23 août 1945, Eric Toiseux), c) Les
gorges d’Arlod avant la mise en eau de la retenue (Carte postale non datée, Eric Toiseux), d)
partie aval de la retenue située dans des gorges en 2012 (on aperçoit le barrage en haut à droite,
photo CNR), e) Lieu dit le Paradis (Carte postale non datée, Eric Toiseux), f) Lieu dit le Paradis
(novembre 2012).
26
2. Présentation du cas d’application
27
2. Présentation du cas d’application
Dix-neuf opérations de chasse ont été menées entre 1948 et 2012. Le protocole schématique
des chasses et de leurs accompagnements de 1949 à 2012 est décrit figure 2.7.
Figure 2.7 – Historiques des protocoles de chasse à Génissiat (bleu) et Verbois (marron).
Depuis la mise en service du barrage de Génissiat en 1948, dix-neuf opérations de chasse ont
été organisées à la demande des autorités suisses.
28
2. Présentation du cas d’application
partie du débit du Lac Léman était aussi réservée pour soutenir les besoins hydrauliques liés à
l’opération de chasse.
La vidange de 1978
En 1978, la chasse était accompagnée d’une visite décennale du barrage de Génissiat qui
permettait l’observation visuelle du parement du barrage. Cette opération nécessitait un abais-
sement inhabituellement bas du niveau de la retenue à la cote 285 m. Un scénario de gestion
combinée des retenues de Verbois, Chancy-Pougny et Génissiat a été mis en place, et nécessitait
une gestion précise des débits. Une rétention de débit au barrage de Chancy-Pougny a provoqué
un abaissement exagéré de la retenue de Génissiat à 278 m (Figure 2.7). L’effondrement des murs
de vase de la retenue de Génissiat a provoqué une forte hausse des concentrations en MES, qui
ont atteint 110 g/l pendant une heure à Seyssel. Le taux de transfert de cet épisode a été estimé
à environ 400%. La mortalité piscicole observée a été très forte jusqu’à Lyon, avec notamment
la disparition quasi-complète des salmonidés [Comité technique de l’eau, 1978].
La chasse de 1981
En 1981, un nouvel accord franco-suisse a été signé et a fixé à trois ans la fréquence usuelle
de ces opérations et a précisé la période d’organisation la plus favorable pour ces opérations
(de fin mai à début juin). Pour la chasse de 1981, des modalités de chasse très prudentes ont
été fixées en aval de Génissiat. La retenue a été abaissée seulement au niveau 320 m, et 90 %
des matériaux provenant des retenues suisses ont été stockés dans la retenue [Ricard et Bardet,
1986].
Au cours de l’opération de 1984, la retenue a été abaissée à un niveau variant entre 312 et
316 m durant 4,5 jours. Néanmoins l’abaissement final a vraisemblablement eu lieu trop tard et
n’est pas apparu efficace. Le débit moyen à la frontière était de 480 m3 /s et la vanne de fond
a permis d’évacuer environ 70% du débit durant toute la période d’abaissement [CNR, 1984].
L’opération a permis de confirmer l’efficacité de la dilution des eaux chargées passant par la
vanne de fond par les eaux de la vanne de demi-fond (Figure 2.8).
29
2. Présentation du cas d’application
25
Vanne de fond
20 ● Vanne de demi−fond
Concentration (g/l)
15
10
5
● ●
●● ● ● ● ●
● ● ● ● ●● ● ●● ●● ●
0
Figure 2.8 – Mesures de concentration dans les vannes de fond et de demi-fond au cours de la
chasse de 1984.
La chasse de 1987 a été marquée par un abaissement bref à un niveau de 308 m et un débit
aux alentours de 700 m3 /s. L’occurrence de crues sur le Léman, l’Arve et le Fier concomitantes
avec l’arrivée au barrage des MES provenant des retenues suisses ont donné lieu à l’interruption
des chasses et à la remonté rapide du plan d’eau [CNR, 1987]. Au cours de la chasse de 1990,
des crues ont aussi touché les affluents lors de l’abaissement de la retenue de Génissiat. Le
stockage de l’eau dans la retenue a limité l’abaissement de la retenue à 312 m. La vanne de fond
a fonctionné environ deux jours pour un niveau de 320 m [CNR, 1990]. La chasse de 1993 a
été caractérisée par un abaissement à 313 m et un débit proche de 500 m3 /s. La vanne de fond
est restée ouverte toute la durée de la chasse, et l’évacuateur de surface a fonctionné dès que
le niveau de la retenue dépassait 316,8 m, permettant de diluer les eaux du Rhône à l’aval de
Génissiat [CNR, 1993].
30
2. Présentation du cas d’application
150
Concentration (g/l)
100
50
0
Figure 2.9 – Mesures de concentration dans la vanne de fond au cours de la chasse de 2003.
31
2. Présentation du cas d’application
2%*&" 1)%" "0- .%/ +,- +" )*
2%"
.%3%-"
!"#$
!"
a) b)
c)
32
2. Présentation du cas d’application
a)
100
● ●
Barrage de Génissiat
●
Diamètre médian (mm)
10
gravier−galet
1
● sept. 1999
●
avril 2012
0.1
sable
nov. 2012
● fev. 2014
0.01
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Figure 2.12 – Répartition longitudinale du diamètre médian des sédiments en surface au centre
du chenal de la retenue de Génissiat, d’après Bouchard et Dumond [2000]; Lerch et Thizy [2013].
33
3.1
Analyse hydro-morphologique de la
Introduction
retenue de Génissiat 3
L’objectif de ce chapitre est de déterminer la dynamique spatiale du transport de sédiments le
long de la retenue et les processus hydro-sédimentaires à l’origine de cette dynamique. L’analyse
des évolutions morphologiques a déjà fait l’objet de plusieurs études qui ont abouti à un premier
découpage de la retenue [Bouchard et al., 1999; Wolf, 2011; Boussafeur, 2012].
Afin de mettre en évidence les processus physiques impliqués dans les évolutions de la re-
tenue, l’approche choisie est basée sur une analyse hydro-morphologique adaptée aux retenues,
prenant en compte les évolutions morphologiques et les conditions hydrauliques caractéristiques
de l’exploitation la retenue.
Les évolutions morphologiques de la retenue vont être décrites qualitativement à travers
l’évolution du profil en long, des sections en travers et du tracé en plan [Goudie, 2003] (partie
3.3). La quantification des évolutions morphologiques sera réalisé à partir du calcul des bilans
bathymétriques de la retenue. Une estimation des incertitudes associées au bilan bathymétrique
sera proposée pour permettre d’apprécier la représentativité du bilan mesuré (partie 3.5).
Contrairement aux cours d’eau naturels, une variété de conditions hydrauliques sont obser-
vées dans les retenues. En particulier, la distinction entre les opérations de chasse et les périodes
d’interchasse est primordiale pour mettre en relation les conditions hydrauliques et la dynamique
spatiale de la retenue. La modélisation numérique va être utilisée pour décrire plus précisément
les conditions hydrauliques dans la retenue de Génissiat pour différents scénarios d’exploitation
(partie 3.6).
Une méthode de découpage hydro-morphologique adaptée aux retenues allongées va être pro-
posée. Elle est basée sur l’évolution spatiale des évolutions morphologiques et des paramètres
hydrodynamiques (partie 3.7.6). Le découpage va permettre de définir une échelle spatiale ap-
propriée pour mettre en évidence la dynamique hydro-sédimentaire de la retenue.
35
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
36
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
– en présence de chenaux multiples, les bathymétries relevées à une section donnée peuvent
être partielles et ne représentent pas toujours le même chenal. Par exemple au PK 183,77,
avant 2003 c’est la bathymétrie du chenal en rive droite qui est relevée, alors qu’après 2003
il s’agit de celle du chenal en rive gauche.
[Link] Mise en place de points invariants sur les rives et gestion des bathymétries
incomplètes
Pour pouvoir comparer les bathymétries, il est nécessaire d’identifier des points communs
entre les profils relevés au même PK à des dates différentes. Les profils relevés au même endroit
ont été complétés de façon à avoir leurs points extrêmes en rive gauche et en rive droite invariants
dans le temps. Ainsi, lors de l’étape de conversion des coordonnées XYZ en coordonnées Abscisse-
Cote, l’axe de projection sera invariant pour tous les profils relevés au même point kilométrique,
quelque soit la date du relevé. Plusieurs cas de figure peuvent se présenter :
Cas général
Lorsque tous les profils en travers relevés dans le temps sur la même section sont complets,
qu’ils présentent des berges immobiles, les points extrêmes invariants gauche et droit sont définis
à partir des données de la BD TOPO Rhône. Les points sont choisis de façon à ce que leur altitude
soit supérieure à la cote de l’eau (Figure 3.1).
330
cote (m)
325
04/1984
320
0 20 40 60
abscisse (m)
37
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a) b)
● ● ● ●
●
●
● avril 1984 ●
● ●
● ●
●
● septembre 2003 ●
320
320
● décembre 2011 ●
Altitude (m)
Altitude (m)
● ●
300
300
● ●
● ●
● ● ● ●
280
280
● ●
●
Altitude (m)
●
300
● ●
280
La troisième méthode est choisie pour le traitement des bathymétries car elle permet de
compléter le profil de façon a priori cohérente avec l’évolution du fond.
38
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a) b)
● septembre 1997
328 332 336
avril 2000 ●
● ●
● ●
Altitude (m)
Altitude (m)
● ●
● ● ● ● ●
●● ●
● ●● ●
●
● ●● ● ● ●● ●
● ● ● ●
● ●●● ● ●●●
● ●
● ● ●
●
● ● ● ●
● ● ● ●
● ● ● ● ●● ● ● ●● ● ● ●● ●●● ● ● ● ● ●● ● ● ●● ● ● ●● ●●●
● ● ●● ● ● ●●
●●● ●●● ● ●●● ●●● ●
324
324
0 100 200 300 400 500 600 0 100 200 300 400 500 600
Abscisse (m) Abscisse (m)
c)
328 332 336
● ●
●
●
Altitude (m)
●
● ●
●● ●
●
● ●● ●
● ●
● ●●●
● ●
●
● ●
● ●
● ● ● ● ●● ● ● ●● ● ● ●● ●●●
● ● ●●
●●● ●●● ●
324
La deuxième méthode est celle qui met en jeu le moins d’hypothèses non vérifiées, elle est
donc choisie pour traiter ce cas particulier.
39
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
PAMHYR [Faure, 2012] est utilisé pour projeter les points de chaque profil sur le plan vertical
passant par l’axe invariant définit par les points extrêmes en rive gauche et en rive droite. On
obtient les coordonnées (y,Z) Abscisse-Cote correspondant à la projection sur le plan du point
de coordonnées (X,Y,Z).
3.2.3 Photographies
Des prises de vue aériennes de la retenue prises à différentes dates entre 1934 et 2004 sont
disponibles via le site du géoportail 1 . Elles permettent notamment d’observer l’évolution de la
zone de l’Étournel.
1. http ://[Link]/accueil
40
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
La figure 3.4 présente la position des différents prélèvements de sédiments en place dans la
retenue.
Figure 3.4 – Position des différents prélèvements réalisés dans la retenue (l’encadré en bas à
droite montre un zoom sur les prélèvements de 1999 et la localisation de dépôts sableux en
jaune).
41
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Les analyses granulométriques ont été réalisées par tamisage pour la partie supérieure à 80
μm [NF P 94-056, 1996] et par sédimentométrie pour la partie inférieure à 80 μm [NF P 94-057,
1992], sauf pour les échantillons de février 2014 pour lesquelles l’analyse a été réalisée par un
granulomètre laser [ISO-13320, 2009]. Une description des différentes méthodes est présentée au
paragraphe [Link]. Des analyses mécaniques et physico-chimiques ont aussi été réalisées.
200 m
500 m
1.8
1000 m
Sinuosité
1.6
1.4
1.2
1.0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
42
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
3.6.b pour une courbe à gauche et Figure 3.6.c pour une courbe à droite). Dans l’Étournel, deux
types de sections sont observées. Des bancs immergés ou émergés sont observés et séparent le
chenal en deux (Figure 3.6.d). Au niveau de la grande île, le chenal principal est situé en rive
gauche et l’ile est végétalisée. Un chenal secondaire est formé en rive droite (Figure 3.6.e). Dans
la zone de transition et de rétrécissement entre l’Étournel et le canyon du Rhône, entre les PK
181,7 et 180,2, la typologie des sections est liée à l’influence du barrage sur le niveau d’eau : un
chenal principal, plus profond est situé en rive droite à l’emplacement du lit mineur du Rhône
non aménagé et un radier est situé en rive droite et correspond à l’ancienne pleine d’inondation
(Figure 3.6.b). Enfin, dans le canyon, les sections sont trapézoïdales avec des berges rocheuses
à fortes pentes (Figure 3.6.f). Certaines sections présentent des terrasses planes qui dominent le
chenal, comme par exemple au niveau de la confluence entre le Rhône et la Valserine ou dans la
Canyon d’Arlod (Figures 3.7.a et 3.7.b).
a) b)
c) d)
e) f)
43
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a) b)
44
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a)
100
● ●
Barrage de Génissiat
●
Diamètre médian (mm)
10
gravier−galet
1
● sept. 1999
●
avril 2012
0.1
sable
nov. 2012
● fev. 2014
0.01
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
b)
100
Barrage de Génissiat
Diamètre médian (mm)
10
gravier−galet
1
avril 2012
0.1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Les plaquages formés par les dépôts sur les berges sont constitués de sédiments très fins avec
un diamètre médian d’environ 10 μm [Wolf, 2011] qui varie peu le long de la retenue. Des dépôts
sont observés dans la zone de l’Étournel, au niveau de la grande île aval. En amont du PK 173,
les sédiments fins se retrouvent seulement en plaquages sur les bords [Bouchard et Dumond,
2000].
45
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Le tableau 3.4 montre l’évolution verticale de la granulométrie des sédiments dans les dépôts
près du barrage. Les dépôts au pied du barrage ont une granulométrie homogène sur la verticale
au centre du chenal. Sur les bords, les sédiments sont plus fins, avec des passages plus grossiers
en profondeur (-2 m à droite et -4 m à gauche).
46
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Tableau 3.4 – Granulométrie des prélèvements verticaux dans les dépôts près du barrage.
position
Profondeur diamètre μm
Bord gauche Centre Bord droit
d10 2 5 3
surface d50 10 39 14
d90 30 115 50
d10 2 6 5
-2 m d50 13 46 33
d90 42 122 94
d10 4 5 3
-4 m d50 22 39 13
d90 72 106 38
Le tableau 3.5 montre l’évolution verticale de la granulométrie des sédiments formant les
dépôts de fines le long des berges [Wolf, 2011]. Dans la zone de l’Étournel (PK 181,9), l’évolution
verticale de la granulométrie est typique d’une zone de dépôt de l’amont de la retenue avec un
échantillon très limoneux en surface et plus sableux en profondeur. Plus à l’aval, au garage à
bateaux d’Arlod (prélèvement réalisé au PK 167,5) une structure plus grossière en profondeur se
dégage. Les dépôts de fines prélevés sur le bord dans les biefs aval montrent une zone composée
essentiellement de limons et d’argiles. Leur granulométrie ne varie pas sur la profondeur.
Tableau 3.5 – Granulométrie des prélèvements verticaux dans les dépôts sur les berges.
PK
Profondeur diamètre μm
165,4 167,5 181,9
d16 1,7 1,9 2
[0 ;-0,5] m d50 8 7 10
d84 34 29 45
d16 1,4 2 1,8
[-0,5 ;-1] m d50 7 9 9
d84 34 35 39
d16 1,4 2,5 1,9
[-1 ;-3] m d50 8 19 7
d84 36 70 30
47
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
'
'!-
'
5#%'
Figure 3.11 – Profils en long et lignes d’eau du bief de Génissiat entre 1918 et 2012 (* Profil
incomplet en amont du PK 182,5, remplacé par le profil datant de septembre 1997).
Quatre tronçons ont été délimités afin d’évaluer l’évolution de l’envasement au cours du
temps : un premier tronçon du PK 187 au PK 178, correspondant à la partie amont de la
retenue, un second tronçon du PK 178 au PK 172, un troisième du PK 172 au PK 163 et un
dernier du PK 163 au barrage. Entre 1954 et 2012, la pente de la retenue a diminué dû au
comblement par les sédiments (Tableaux 3.6 et 3.7). Entre le PK 163 et le barrage, une fosse de
48
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
plus en plus profonde et pentue a été créée par des dragages près du barrage ou l’entrainement
des sédiments par la vanne de fond alors que les sédiments s’accumulaient dans la retenue (Figure
3.12).
En 1918, la ligne d’eau présentait localement de fortes pentes : environ 4,7 m/km dans le
défilé de l’Écluse, 12,7 m/km près du PK 165 et une chute de 12 m au niveau de l’usine de
Bellegarde au PK 171. A la suite de la mise en eau de la retenue, la ligne d’eau au niveau du
barrage a été relevée de près de 60 m.
Entre 1954 et 1969, les dépôts ont eu lieu en aval du PK 175, avec une hauteur atteignant
20 m près du barrage. Entre 1969 et 1984, une incision de près de 5 m a eu lieu dans l’Étournel,
liée à l’activité d’extraction de granulats pour laquelle la CNR a accordé une concession à des
entreprises locales en 1970. Entre 1970 et 1995, le volume extrait a été estimé à 500000 m3 .
L’agrandissement des sections d’écoulement a engendré une érosion régressive [Girel et Doche,
1983; Cohen et Briod, 1989] qui a atteint la station hydrométrique du Pont de Pougny au début
1977 [CNR, 1981]. Cette érosion explique la diminution de la pente entre les PK 187 et 180 entre
1954 et 1984. Une érosion des dépôts anciens est observée entre les PK 174 et 171 et les PK 170
et 167. Elle est attribuée à l’épisode de chasse de 1978, au cours de laquelle le niveau au barrage
a été abaissé à 278 m, créant un écoulement qui a permis d’éroder les dépôts anciens.
Entre 1984 et 1997, le profil en long s’est stabilisé en sortie de l’Étournel jusqu’au PK 174.
L’aval a été le siège de dépôts d’une épaisseur variable ne dépassant pas 10 m.
Entre 1997 et 2012 le profil en long est resté assez stable sur la majorité de la retenue. Cer-
taines mouilles (PK 169,05 et 167,03) ont été comblées. Les faibles évolutions morphologiques de
la retenue amont observées depuis 1997 et l’absence de variations au niveau de la granulométrie
de surface entre 1999 et 2012 (Figure 3.9) suggèrent que les dépôts de sédiments grossiers ne
se sont pas propagés de façon significative au cours de la dernière décennie. Les dépôts d’une
hauteur maximale de 5 m sont observés dans les 3 km aval. Des dépôts sont aussi localisés dans
les gorges de Léaz et Grésin (entre les PK 179 et 174) et sont dus à la chasse de 2012.
49
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
!
%#
&'(
"##$#
%#'(
50
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a) b)
334
336
Altitude (m NGFO)
Altitude (m NGFO)
330
332
326
09−1954
07−1969 09−1954
04−1984 07−1969 05−1990
322
05−1990 04−1984 04−2003
328
c) d)
324 326 328 330 332
Altitude (m NGFO)
04−1987
04−2003
09−2003
09−1954
07−1969
04−1984
e) f)
08−1984 04−2003
Altitude (m NGFO)
Altitude (m NGFO)
325
04−1987 09−2003
325
08−1987 12−2011
315
315
305
305
295
0 10 30 50 70 90 110 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 110
Distance à la rive gauche (m) Distance à la rive gauche (m)
Des observations des berges au cours de la chasse de 2000 [Perrier, 2000] ont montré que les
dépôts compacts observés sur les berges entre les PK 174 et 170 n’ont pas évolué au cours de
l’abaissement de la retenue. En aval de Bellegarde sur Valserine, les dépôts sur les bords ont été
érodés par les venues d’eau au début de l’abaissement, puis les berges ont cessé d’évoluer quand
la roche a été révélée. Autour du PK 166, des ruptures brutales du pied de talus en contact avec
l’eau ont été observées. Près du barrage, peu de dépôts ont été observés du à la configuration
rocheuse des berges.
51
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
granulats ont donné lieu à la création d’étangs (Figure 3.14.e) en rive droite, dont certains sont
alimentés par le Rhône [Parc Naturel Régional du Haut-Jura, 2001]. L’île aval s’est végétalisée
et sa géométrie se stabilise. Un chenal secondaire bien distinct s’est formé en rive droite. Entre
1984 et 1992, la petite île au centre en rive gauche a été progressivement rattachée au bord.
(Figure 3.14.f) Au cours du temps, la queue de l’île aval se comble et s’est agrandie jusque dans
le virage à gauche en sortie de l’Étournel (Figure 3.14.g).
a) b)
± ±
Le Rhône Le Rhône
c) d)
± ±
Le Rhône Le Rhône
e) f)
± ±
Le Rhône Le Rhône
g)
±
Le Rhône
Figure 3.14 – Prises de vue aériennes de l’Étournel : a) 1934, b) 1952, c) 1967, d) 1971, e) 1984,
f) 1992, g) 2004 (source : Géoportail).
52
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
NT
Vtot = Vi = Da,i ΔSi (3.1)
i=1
– Da,i est la distance d’application de la section i
– ΔSi est la variation de l’aire occupée par les sédiments dans la section i entre t1 et t2
– NT est le nombre de sections transversales
Cette méthode d’estimation du volume associé à une section comme le produit de la variation
de l’aire occupée par les sédiments dans la section et de la distance d’application est la méthode
la plus simple de calcul du volume.
Cas général
Lorsque la variation de la largeur du cours d’eau entre deux sections consécutives est faible,
la distance d’application de chacune de ces sections sur le bief entre ces sections est assimilée à
53
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
la demi-longueur du bief. Ainsi, lorsque la largeur varie peu à l’amont et à l’aval de la section
considérée, la distance d’application est la somme des deux demi-distances curvilignes avec la
section amont et la section avale.
Lav + Lam
Da = (3.2)
2
Pour la section aval, Da = Lav + Lam /2, où Lav est la distance entre la section et le barrage.
Pour la section amont, Da = Lam + Lav /2, où Lam est la distance entre la section et le seuil de
Chancy-Pougny.
La méthode des trapèzes est utilisée pour calculer l’aire de la section transversale Si,t occupée
par les sédiments à la date t
N (t)−1
Zk,t + Zk+1,t
Si,t = Δy (3.4)
k=1
2
où
– Zk,t est l’altitude du lit au niveau du k ème point du profil interpolé au temps t
– Δy est le pas d’interpolation du profil
– N est le nombre de points décrivant le profil
Comme les processus mis en jeu peuvent être différents pour les berges et le fond, il est utile
de calculer séparément l’aire correspondant aux berges (b g) et celle correspondant au fond (f d)
Si = Si,bg + Si,f d . La limite fond-berge est définie aux endroits où les variations de la pente des
profil sont les plus importantes (Figure 3.16).
54
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
330 berge
berge gauche
droite
325
cote (m)
chenal
avril 1984
320
août 1987
juillet 1993
septembre 2003
315
0 10 20 30 40 50 60 70
abscisse (m)
Les surfaces de déblai et de remblai peuvent être obtenues en séparant la partie négative et
la partie positive de l’aire calculée.
55
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
√
type est a/ 3. Si les limites de (±√a) paraissent improbables, on suppose que la distribution est
triangulaire et l’écart type est a/ 6.
Pour composer les composantes de l’incertitude, il existe une relation entre l’incertitude type
composée et l’incertitude des paramètres dont elle dépend. Dans le cas de sommes et de produits,
on obtient des expressions assez simples : si y = q + p, alors uc y(q, p) = u(p)2 + u(q)2 et
si y = q × p, alors uc y(q, p) = y (u(p)/p)2 + (u(q)/q)2 . En pratique il faut décomposer
le modèle mathématique en sommes et produits et composer les incertitudes types selon les
formules précédentes. La dernière étape est l’estimation de l’incertitude élargie UE en multipliant
l’incertitude type composée par un facteur d’élargissement k, la valeur couramment utilisée est
k = 2 qui donne un intervalle de confiance à 95%..
Pour reconstruite l’incertitude locale, on suppose que les deux sources d’incertitude (repré-
sentativité et précision) sont indépendantes. L’incertitude type composée pour chaque section
est alors :
u(Vi ) = uP 2 (Vi ) + uR 2 (Vi ) (3.6)
[Link] Précision
L’incertitude uP (Vi ) sur le volume calculé pour la section i provient de l’imprécision sur
l’évolution de la surface uP (ΔSi ) et l’imprécision sur la distance d’application uP (Da,i ).
2
u (ΔSi ) 2 u (D
uP (Vi ) = Vi
P P a,i
+ (3.7)
ΔSi Da,i
56
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
[Link] Représentativité
L’erreur de représentativité uR (Vi ) du volume associée à la section i est liée au caractère
discret des données, à deux échelles. D’une part, on retrouve cette incertitude à l’échelle de la
section, à travers la densité de points utilisée pour décrire la section. D’autre part, cette incer-
titude apparait à l’échelle d’un tronçon entre deux sections, à cause de l’absence d’informations
entre les sections. Lorsque les évolutions géométriques de deux sections consécutives sont très
différentes, l’hypothèse d’une évolution constante ΔSi sur la distance d’application peut être
remise en cause. De plus, les berges sont sujettes à des phénomènes locaux comme des érosions
ou des effondrements qui ne peuvent pas toujours être représentés par les sections en travers.
Une formule est proposée pour estimer cette incertitude :
où α(i,l) est un coefficient dépendant de l’espace et l = [bg, f d], avec bg pour berge et f d pour
fond.
Pour le fond, on suppose que les variations de dynamique entre deux sections consécutives
sont d’autant plus importantes que les pentes au niveau des tronçons sont différentes. αf d est
défini comme l’écart entre les pentes des tronçons en amont et aval de la section. αf d varie de
0,001 à 0,25.
Pour les berges, le coefficient est assimilé à une probabilité d’érosion ou d’effondrement des
talus. Les essais géotechniques ont estimé l’angle de frottement des sédiments formant les dépôts
sur les bords de la retenue à φ=35° [Tisot et Merketa, 1994a]. Cette valeur illustre la possibilité
de trouver des talus de pente relativement forte dans la retenue. Pour estimer la probabilité
d’érosion, la formule suivante est proposée : αbg = tanφ = 0, 7.
On suppose que les sources de biais pour les berges et le fond sont indépendantes, le biais
pour la section entière est :
57
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Tableau 3.8 – Bilan volumique des périodes de chasse et d’interchasse entre 1954 et 1984.
Bilan (L. Guertault) Bilan Bouchard et al. [1999]
Période Période
(106 m3 ) (106 m3 )
a
1954-1961 4,8
1961-1965 0,1
Chasse 1965 0,01
1954-1975 b 10,5
1965-1969 3,1
Chasse 1969 1,6
1975-1979 -2,8
1969-1984 c 0,5 1979-1981 0.3
Chasse 1981 1d
1981-1984 0,4
58
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Tableau 3.9 – Bilan bathymétrique volumique des périodes de chasse et d’interchasse entre
1984 et 2012.
Bilan moyenne annuelle dragage
Période 6 3
(10 m ) interchasse (10 m ) (106 m3 )
6 3
Figure 3.17 – Bilan bathymétrique cumulé volumique de la retenue entre 1984 et 2012.
59
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
mouille profonde. De telles singularités sont importantes à prendre en compte pour comprendre
la dynamique locale de la retenue, mais les évolutions observées sur ces singularités ne sont
généralement pas très représentatives des évolutions à plus grande échelle. Enfin autour du PK
171,25, les sections sont écartées de 300 m environ et cette section est située dans une zone de
changement de dynamique, où l’on observe la brusque transition de granulométrie de surface
entre le sable et le limon (cf. Figure 3.9). Autour de ces trois sections en particulier, il serait
intéressant de densifier la mesure de profils en travers.
Les bilans des retenues de Verbois et de Génissiat sont comparés pour des épisodes de chasses
(Tableau 3.10). Le taux de transfert TF est estimé par :
Tableau 3.10 – Comparaison des bilans en périodes de chasse (le bilan de la retenue de Verbois
est issu de [Diouf, 2013]).
Bilan Verbois Bilan Génissiat taux de
Période
(106 m3 ) (106 m3 ) transfert
Chasse 1965 -2,14 0,01 >99%
Chasse 1969 -1,4 1,6 -14%
Chasse 1984 -1,24 0,86 ± 0,09 30%
Chasse 1987 -1,14 0,67±0,07 40%
Chasse 1990 -1,05 0,43 ± 0,06 60%
Chasse 1993 -1,4 0,8 ± 0,07 45%
Chasse 1997 -1,3 0,37 ± 0,10 70%
Chasse 2000 -1,14 0,67± 0,11 40%
Chasse 2003 -1,1 -0,36 ± 0,11 130%
Chasse 2012 -2,69 1,47 ± 0,12 45%
Pour les événements antérieurs à 1984, le taux de transfert des sédiments établi à partir des
bilans bathymétriques semble discutable, notamment si l’on considère l’incertitude du bilan de
la retenue de Génissiat due à la densité des profils en travers (voir 3.2.1).
60
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Pour la chasse de 1965, le bilan de la retenue de Génissiat suggère qu’il y a eu peu de dépôts
dans la retenue. Le protocole de chasse a été favorable au transfert avec une cote au barrage
aux environs de 315 m, un débit assez fort complété par l’ouverture de la vanne de fond en fin
d’événement [Vial et al., 1965].
Le bilan obtenu pour la chasse de 1969 met en évidence un envasement de la retenue de
Génissiat légèrement supérieur aux apports provenant de Verbois. Néanmoins, la différence entre
les deux bilans n’est pas significative.
Les chasses de 1984 à 1993 sont marquées par la mise en application d’un nouveau protocole
de gestion avec abaissement de la retenue de Génissiat en dessous de 315 m, et l’utilisation de
la vanne de fond. Les taux de transfert varient de 30% à 60% selon les événements.
Pour les chasses de 1997 à 2012, l’abaissement préalable de la retenue de Génissiat à un
niveau de 305 m permet la reprise des dépôts sédimentaires. Puis la retenue est remontée à une
cote de 315 m lors du transit des matériaux provenant de Verbois. En 1997, le protocole a permis
d’atteindre un taux de transfert de 70% d’après les bilans bathymétriques. Pendant la chasse
de 2000, la remontée anticipée de la retenue a provoqué des dépôts et a limité le transfert des
sédiments à 40%. En 2003, un scénario d’abaissement idéal couplé à un faible volume évacué de
la retenue de Verbois a permis un taux de transfert de 130%, le volume évacué de la retenue de
Génissiat au cours de la première phase n’ayant pas été complètement comblé par les apports
suisses au cours de la seconde phase. En 2012, les conditions hydrologiques défavorables obligeant
le remplissage de la retenue de Génissiat combinées à de forts apports sédimentaires provenant de
la retenue de Verbois ont provoqué un dépôt important dans la retenue de Génissiat. Malgré ces
conditions défavorables pour les chasses de 2000 et 2012, la première phase a permis d’évacuer
un volume préalable de sédiments, plaçant l’efficacité de ces chasses au niveau de la moyenne
des chasses réalisées avant 1997.
Tableau 3.11 – Comparaison des bilans en périodes d’interchasse (le bilan de la retenue de
Verbois est issu de [Diouf, 2013]).
Bilan moyen annuel (106 m3 ) Nombre moyen de jours par an Q>QF
Période
Verbois Génissiat Arve (Arthaz) Rhône (Pougny)
1984-1987 0,36 0,5 1,3 0
1987-1990 0,42 0,1 3,7 3,3
1990-1993 0,46 0,38 4 0,67
1993-1997 0,38 -0,03 1,25 1,25
1997-2000 0,37 0,09 1 1,6
2000-2003 0,3 0,002 1 2,67
2003-2012 0,36 0,06 0,78 1
61
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
La baisse des dépôts annuels dans la retenue en interchasse depuis 1993 peut aussi être expli-
quée par la modification des conditions d’écoulements dans la retenue consécutive à l’envasement
(Figure 3.11). En effet, l’envasement diminue la taille des sections d’écoulement dans la zone
influencée par le remous du barrage et donne lieu à de plus fortes vitesses qui limitent le dépôt
des sédiments.
Tableau 3.12 – Tendance des évolutions morphologiques observées pour différents tronçons de
la retenue de Génissiat.
Tendance des évolutions morphologiques observées
Période
PK 187-185 PK 185-180 PK 180-178 PK 178-169,5 PK 169,5-162,2
∅, Dépôt
chasse Dépôt Dépôt Variable Dépôt
2000, 2012
1954-1961 D́épôt
interchasse Érosion ∅ Dépôt Dépôt
1984-2012 Érosion
62
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a)
5
Canyon d'Arlod Bellegarde Grésin Leaz Ecluse Et. av Etournel am Pougny
4
volume cumulé (106m3)
3
2
1
1954−1961
1961−1965
0
chasse 1965
1965−1969
−1
chasse 1969
1969−1984
−2
155 157 159 161 163 165 167 169 171 173 175 177 179 181 183 185 187
PK Rhône (km)
!
-#
,./&, +"&, )&* '( $ $%
$%&
"#
Figure 3.18 – Volumes nets cumulés le long de la retenue sur les périodes : a) 1954-1984, b)
1984-2012 (les cercles localisent le point de la partie aval où l’intensité du dépôt varie).
63
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a)
Canyon d'Arlod Bellegarde Grésin Leaz Ecluse Et. av Etournel am Pougny
1.5
1.0
volume cumulé (106m3)
0.5
0.0
1954−1961
1961−1965
chasse 1965
−0.5
1965−1969
chasse 1969
1969−1984
−1.0
155 157 159 161 163 165 167 169 171 173 175 177 179 181 183 185 187
PK Rhône (km)
b)
Canyon d'Arlod Bellegarde Grésin Leaz Ecluse Et. av Etournel am Pougny
0.3
chasse 1984
1984−1987
0.2
chasse 1987
volume cumulé (106m3)
1987−1990
chasse 1990
0.1
1990−1993
chasse 1993
1993−1997
0.0
chasse 1997
1997−2000
chasse 2000
−0.1
2000−2003
chasse 2003
2003−2011
−0.2
chasse 2012
155 157 159 161 163 165 167 169 171 173 175 177 179 181 183 185 187
PK Rhône (km)
Figure 3.19 – Volumes nets cumulés issus des berges le long de la retenue sur les périodes : a)
1954-1984, b) 1984-2012.
64
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
dans la retenue sont variés, incluant une suspension des sédiments les plus fins et un charriage des
plus grossiers. A la lumière des caractéristiques morphologiques de la retenue, une interprétation
des bilans bathymétriques est proposée.
[Link] Chasses
Le bilan sédimentaire issu des chasses traduit la dynamique résultante de la conjonction de la
phase d’abaissement de la retenue à un niveau plus ou moins bas, suivie depuis 1997 d’un palier
à cote basse, et de la phase de régulation des flux sédimentaires provenant des retenues suisses.
On observe un léger dépôt au niveau du tronçon amont, que l’on peut attribuer à la seconde
partie de la chasse qui correspond au transit des sédiments les plus grossiers issus des retenues
suisses. Le même phénomène est observé dans l’Étournel. Ainsi, la relative stabilité à long terme
des tronçons amont s’explique par la dynamique inverse observée entre les périodes de chasse et
les périodes d’interchasse. La zone de transition Étournel/canyon ainsi que le défilé de l’Écluse
ont un comportement similaire en chasse et en interchasse. Dans les gorges de Léaz et Grésin,
la dynamique est très variable selon les événements, avec du dépôt ou de l’érosion observés.
Le bilan final est dépendant de la gestion de la retenue au cours des deux étapes des chasses.
Dans le tronçon aval, le dépôt est prédominant, et correspond à la décantation de sédiments
fins. L’abaissement de la retenue diminue la stabilité des berges qui montrent une tendance à
l’érosion.
65
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
où t est le temps (s), x est l’abscisse en long (m), A est la section mouillée (m2 ), Q est le débit
(m3 /s), Z (m) est la cote de la surface libre, U (m/s) la vitesse moyenne : U = Q/S, β est le
coefficient de quantité de mouvement, g est l’accélération de la pesanteur (m/s2 ), J est la perte
de charge par frottement, Js est la perte de charge singulière, q représente les pertes ou apports
latéraux (m2 /s) (ruissellement, pluie, déversements, échanges avec le lit majeur) et k = 1 si q <
0 , k = 0 sinon.
La géométrie de la rivière est définie par des profils en travers et le lit est divisé en un lit
mineur et un lit moyen, voire éventuellement un lit majeur (casier). La différence des vitesses
entre lit mineur et lit moyen est simulée à partir de la formule Debord [Nicollet et Uan, 1979]. Le
frottement est calculé à partir de la formule de Manning-Strickler. Les élargissements brusques
sont repérés par les codes sur des critères géométriques et sont simulés par une perte de charge
dite singulière.
La principale différence entre les deux codes de calcul réside dans le schéma numérique de
résolution des équations. Dans Mage, les équations de Barré de Saint-Venant sont discrétisées
selon un schéma aux différences finies semi-implicite (Preissman), qui ne permet de traiter que
les écoulements sous-critiques. Pour les écoulements localement supercritiques, le modèle d’onde
diffusive est utilisé. Dans Rubar3, les équations sont résolues par une méthode explicite. Cette
dernière utilise un schéma de type Godunov du second ordre. A chaque pas, le problème de
Riemann est résolu de façon approchée grâce à une linéarisation de Roe. Le code Rubar3 est
adapté pour calculer des écoulements incluant des passages en régime torrentiel ou des variations
brutales des conditions hydrauliques. De fait, l’utilisation du modèle Mage peut être éventuel-
lement remise en cause en cas de simulation d’événements de chasse hydraulique avec passage
66
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
local en régime torrentiel. La comparaison des résultats avec le modèle Rubar3 permet d’assu-
rer la validité du calcul.
Ces codes servent aussi de base aux modèles sédimentaires (Adis-TS, RubarBE) utilisés
dans la suite de la thèse.
Le coefficient de Strickler de peau donne une indication sur la valeur du coefficient total. Arce-
ment et Schneider [1989] ont aussi proposé une méthode permettant d’estimer le coefficient de
Strickler total en prenant en compte la nature du fond, la géométrie du cours d’eau ou encore
la présence de végétation. Un premier jeu de paramètres est créé à partir de ces valeurs.
Les valeurs des coefficients sont affinées à partir de la ligne d’eau relevée en exploitation
normale en janvier 2008 (Tableau 3.1). Parmi les lignes d’eau sélectionnées, cette ligne d’eau
présente la cote au barrage la plus faible, c’est la moins sensible au coefficient frottement du
lit moyen. Le calage est ensuite affiné, en particulier pour les valeurs de frottement dans le lit
67
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
moyen avec le scénario de juillet 2007, qui est caractérisé par une cote plus élevée. Le calage est
ensuite validé sur le scénario de septembre 2006.
Les lignes d’eau en régime permanent sont décrites par de nombreux points entre Pougny et
l’Étournel sur cette zone et permettent un calage précis. A l’aval, l’écoulement est influencé par
le remous et ne permet pas un calage précis des coefficients.
Calage du modèle
Le calage retenu est présenté tableau 3.13. Globalement, les valeurs des coefficients de frot-
tement appliquées dans de modèle au niveau du lit mineur Km,mod sont proches des valeurs
prédites par la théorie Km,th , sauf dans la zone de transition entre la plaine alluviale et le
canyon et l’amont des gorges entre les PK 181,95 et 174,05. Une perte de charge locale est ob-
servée au niveau de l’entrée de Bellegarde sur Valserine, et qui peut être attribuée à la géométrie
particulière de la confluence, ou encore à la présence de vestiges d’aménagements anciens, no-
tamment l’usine de Bellegarde. Elle est codée dans le modèle avec une perte de charge linéaire
de 5 m1/3 /s en lit mineur et moyen. Dans le lit moyen, une valeur plus élevée KM,mod =30 m1/3 /s
est appliquée dans la zone où la rivière s’écoule dans ses alluvions que dans la partie rocheuse
KM,mod =20 m1/3 /s.
Les lignes d’eau simulées sont généralement proches des lignes d’eau mesurées. Il n’y a pas de
différence significative entre les résultats des modèles Mage et Rubar3. Pour les trois scénarios,
on observe cependant des différences entre la simulation et la mesure au niveau des PK 183,35
et 182,98. Ces sections sont situées dans la zone de l’Étournel, qui présente une géométrie assez
complexe et très variable dans l’espace, avec la présence de bancs et de chenaux secondaires (cf
paragraphe 3.4.3). En particulier, la géométrie de ces sections n’a pas été relevée et ces sections
ne sont pas représentées dans le modèle. La valeur simulée correspond à l’interpolation entre les
deux sections de calcul entourant ce point.
68
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a)
334 Mage
Rubar3
Altitude NGFO (m)
Mesures
330 332
328
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
b)
329 330 331 332 333 334
Mage
Rubar3
Altitude NGFO (m)
Mesures
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
c)
330 331 332 333 334 335
Mage
Rubar3
Altitude NGFO (m)
Mesures
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Figure 3.20 – Comparaison des lignes d’eau de la retenue de Génissiat mesurées et simulées
pour le régime d’exploitation normale : a) 2008 Q=475 m3 /s, b) 2006 Q=577 m3 /s, c) 2007
Q=891 m3 /s.
69
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Tableau 3.14 – Jeux de paramètres de calage testés avec le modèle (les valeurs en gras sont
celles qui différent des valeurs du jeu de référence).
Tronçon Km -KM (m1/3 /s)
2008-1 2008-2 2008-3 2008-4 2008-5 2008-6 2008-7 2008-8 2008-9
186,42-185,6 30-30 33-33 27-30 33-30 30-20 30-30 30-30 30-30 30-30
185,6-183,94 33-30 33-33 30-30 36-30 33-20 33-30 33-30 33-30 33-30
183,94-181,95 35-30 33-33 31-30 39-30 35-20 35-30 35-30 35-30 35-30
181,95-178,05 20-20 33-33 18-20 22-20 20-20 20-30 20-20 20-20 20-20
178,05-174,05 25-20 40-40 22-20 28-20 25-20 25-30 25-20 25-20 25-20
174,05-169,45 40-20 40-40 44-20 36-20 40-20 40-30 30-20 70-20 40-20
169,45-169,25 5-5 40-40 4-4 6-6 5-5 5-5 5-5 5-5 10-10
169,25-162,2 40-20 40-40 44-20 36-20 40-20 40-30 30-20 70-20 40-20
Le test de référence 2008-1 et le test 2008-7 (Km =30 m1/3 /s dans la partie aval) présentent
les meilleurs résultats, avec le plus faible RM SE, et le plus grand nombre de hauteur d’eau
reproduites (Tableau 3.15). Ces deux calages diffèrent peu. En particulier, le coefficient de Stri-
ckler du lit mineur dans la partie aval n’a pas beaucoup d’influence sur les lignes d’eau. Aucun
des calages testés ne permet de reproduire correctement les hauteurs d’eau aux PK 183,35 et
182,98.
Tableau 3.15 – Analyse de sensibilité du modèle au calage hydraulique sur la ligne d’eau de
2008 (les cellules jaunes mettent en évidence les hauteurs d’eau correctement reproduites au
regard des incertitudes (±5 cm)).
Section Hauteur d’eau (m)
mesure 2008-1 2008-2 2008-3 2008-4 2008-5 2008-6 2008-7 2008-8 2008-9
186,15 4,58 4,69 4,57 4,58 4,83 4,93 4,69 4,69 4,69 4,69
185,75 4,58 4,52 4,45 4,42 4,64 4,74 4,52 4,52 4,52 4,52
185,54 3,51 3,51 3,46 3,36 3,67 3,71 3,51 3,51 3,51 3,51
185,31 5,69 5,56 5,52 5,45 5,7 5,73 5,55 5,56 5,56 5,56
184,99 4,43 4,33 4,29 4,24 4,44 4,49 4,32 4,33 4,33 4,33
184,71 3,5 3,45 3,41 3,39 3,54 3,62 3,45 3,45 3,45 3,45
183,93 3,3 3,34 3,28 3,26 3,49 3,46 3,31 3,34 3,34 3,33
183,35 4,07 3,77 3,51 3,68 3,9 3,85 3,68 3,78 3,76 3,74
182,98 4,52 4,72 4,38 4,63 4,83 4,78 4,6 4,73 4,71 4,69
181,29 5,98 6 5,55 5,93 6,1 6 5,86 6,02 5,99 5,96
180,43 8,09 8,15 7,76 8,08 8,23 8,15 8,02 8,17 8,13 8,1
180,1 8,91 8,92 8,57 8,86 9 8,92 8,81 8,94 8,91 8,87
179,59 12,05 12,05 11,76 12 12,11 12,05 11,95 12,06 12,03 11,99
178,56 11,98 11,92 11,7 11,88 11,97 11,92 11,86 11,94 11,9 11,86
177,86 12,59 12,57 12,39 12,54 12,61 12,57 12,52 12,59 12,55 12,51
169,45 24,08 24,01 23,93 23,99 24,04 24,01 24,01 24,02 24 23,96
162,57 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01 38,01
RMSE 0,106 0,248 0,143 0,132 0,145 0,127 0,106 0,108 0,115
70
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
L’impact des coefficients en lit moyen a aussi été évalué pour le scénario de juillet 2007,
présentant un débit et une cote plus élevés. Le calage de référence donne un RM SE de 0,07.
L’utilisation d’un coefficient de Strickler pour le lit moyen KM =30 m1/3 /s partout dégrade
les résultats (RM SE=0,12) et sous-estime les hauteurs d’eau dans la partie aval. Inversement,
l’utilisation d’un coefficient de Strickler pour le lit moyen KM =20 m1/3 /s partout dégrade les
résultats (RM SE=0,194) et sur-estime les hauteurs d’eau dans la partie amont.
L’impact du calage du coefficient de Strickler pour la partie aval n’ayant pas d’influence sur
les lignes d’eau en régime permanent, son impact est analysé pour un régime non permanent,
à partir de la propagation d’un pic de débit lors d’un épisode de chasse. Le débit modélisé au
niveau du barrage est comparé au débit reconstitué à partir des ouvertures des vannes (Figure
3.21). La propagation est bien reproduite par les différents calages. Néanmoins, le calage utilisant
un coefficient Km =70 m1/3 /s produit des instabilités dans la chronique de débit sortant.
500
Débit reconstitué
Km aval=30 m1 3
s
450
1 3
Km aval=40 m s
Débit (m3/s)
Km aval=70 m1 3
s
400
350
300
08/06/2012 00:00 08/06/2012 06:00 08/06/2012 12:00 08/06/2012 18:00 09/06/2012 00:00
71
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Le calage de la retenue de Seyssel est basé sur des lignes d’eau assez anciennes mesurées en
régime permanent alors que la géométrie utilisée est récente. Un bon accord est obtenu entre le
modèle Mage et les mesures (Figure 3.22). Pour la ligne datant de 1992, la ligne d’eau modélisée
dans la partie amont est en dessous de la mesure, mais il s’agit du tronçon situé au niveau de
la fosse en aval du barrage de Génissiat. Les données disponibles pour la géométrie de cette
fosse datent de 2003, et la géométrie du modèle est peut-être assez éloignée de la géométrie
correspondant à la ligne d’eau, pouvant expliquer cette différence.
a)
265
Mage
Altitude NGFO (m)
Mesures
263
261
259
151.0 152.0 153.0 154.0 155.0 156.0 157.0 158.0 159.0 160.0 161.0 162.0
PK Rhône (km)
b)
258 260 262 264
Mage
Altitude NGFO (m)
Mesures
151.0 152.0 153.0 154.0 155.0 156.0 157.0 158.0 159.0 160.0 161.0 162.0
PK Rhône (km)
Figure 3.22 – Comparaison des lignes d’eau de la retenue de Seyssel mesurées et simulées pour
le régime d’exploitation normale : a) 1992 Q=630 m3 /s, b) 1994 Q=420 m3 /s.
72
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
73
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Q=100m3/s−Zaval=330m
Q=300m3/s−Zaval=325m
600
Q=300m3/s−Zaval=330m
Q=600m3/s−Zaval=325m
500
Q=600m3/s−Zaval=330m
Q=1200m3/s−Zaval=331.7m
Largeur (m)
400
300
200
100
0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
74
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Q=100m3/sZaval=330m
Q=300m3/sZaval=325m
250
Q=300m3/sZaval=330m
Q=600m3/sZaval=325m
Q=600m3/sZaval=330m
200
Q=1200m3/sZaval=331.7m
L/Rh
150
100
50
0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
75
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
10 τc d=1cm
τc d=2mm
contrainte efficace (Pa)
τc d=400 μm
0.1
τc d< 100 μm
Q=100m3/s−Zaval=330m
0.001
Q=300m3/s−Zaval=325m
Q=300m3/s−Zaval=330m
Q=600m3/s−Zaval=325m
Q=600m3/s−Zaval=330m
Q=1200m3/s−Zaval=331.7m
1x10−5
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
L’impact de l’envasement de la retenue sur les conditions hydrauliques a été analysé en modé-
lisant le scénario (Qam =600 m3 /s, Zav =330 m) avec des modèles numériques dont la géométrie
correspond à deux dates différentes : avril 1984 et décembre 2011 (Figure 3.26). Dans la par-
tie amont, jusqu’au PK 184 la contrainte simulée est plus forte pour la géométrie de 1984. La
présence de la fosse d’extraction en 1984 entre les PK 184 et 183 est notable avec une diminu-
tion des contraintes causée par l’augmentation du tirant d’eau. Les deux modèles donnent des
résultats équivalents jusqu’au PK 174. En aval, la contrainte est systématiquement plus faible
avec la géométrie de 1984, pour laquelle les sections d’écoulement sont plus grandes. Le rapport
des contraintes peut atteindre un facteur 5. Ce résultat qui se traduit par une augmentation de
la capacité d’arrachement et de transport avec le comblement de la retenue, peut expliquer la
diminution du volume annuel déposé en période d’interchasse entre 1984 et 2011 (cf paragraphe
[Link]). En outre, de plus fortes contraintes permettent le transport de sédiments plus grossiers
dans la partie aval qui se traduit sur le long terme par une augmentation de la granulométrie
des dépôts.
76
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
10
Contrainte efficace (Pa)
1
0.1
0.01
0.001
1984
2011
1x10−4
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Figure 3.26 – Contraintes efficaces calculées pour un scénario (Qam =600 m3 /s, Zav =330 m) par
deux modèles construits à partir de relevés bathymétriques datés de 1984 et 2011 respectivement.
77
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a) d=50μm
5
charriage
suspension graduée
1
Nombre de Rouse
0.1
suspension homogène
0.01
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
b) d=100μm
10
charriage
Nombre de Rouse
1
suspension graduée
0.1
suspension homogène
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
c) d=400μm
100
Q=100m3/s−Zaval=330m Q=600m3/s−Zaval=325m
Q=300m3/s−Zaval=325m Q=600m3/s−Zaval=330m
Q=300m3/s−Zaval=330m Q=1200m3/s−Zaval=331.7m
Nombre de Rouse
10
charriage
1
suspension graduée
0.1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Figure 3.27 – Nombres de Rouse calculés pour différents scénarios d’exploitation normale et
différentes tailles de grains : a) 50 μm, b) 100 μm, c) 400 μm.
78
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Q=300m3/s−Zaval=305m
400
Q=300m3/s−Zaval=315m
Q=300m3/s−Zaval=320m
Q=600m3/s−Zaval=305m
Q=600m3/s−Zaval=315m
300
Q=600m3/s−Zaval=320m
Largeur (m)
200
100
0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
79
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
250
Q=300m3/sZaval=305m
Q=300m3/sZaval=315m
Q=300m3/sZaval=320m
200
Q=600m3/sZaval=305m
Q=600m3/sZaval=315m
Q=600m3/sZaval=320m
150
L/Rh
100
50
0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Q=300m3/s−Zaval=305m
Q=300m3/s−Zaval=315m
1.0
Q=300m3/s−Zaval=320m
Q=600m3/s−Zaval=305m
Q=600m3/s−Zaval=315m
0.8
Q=600m3/s−Zaval=320m
Froude
0.6
0.4
0.2
0.0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
80
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
τc d=1 cm
10
τc d=2 mm
contrainte efficace (Pa)
1
τc d=400 μm
τc d< 100 μm
0.1
Q=300m3/s−Zaval=305m
0.01
Q=300m3/s−Zaval=315m
Q=300m3/s−Zaval=320m
Q=600m3/s−Zaval=305m
0.001
Q=600m3/s−Zaval=315m
Q=600m3/s−Zaval=320m
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Figure 3.31 – Contraintes efficaces calculées pour différentes conditions en chasse et contraintes
critiques.
81
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
constitue donc une zone de dépôt potentielle pour les sédiments de taille supérieure à 1 mm. A
priori, peu de sédiments de 1 mm pourraient atteindre le barrage pour les conditions actuelles
de chasse.
a) d=100μm
5
charriage
Nombre de Rouse
0.5 1
suspension graduée
0.1
suspension homogène
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
b) d=400μm
50 5 10
Nombre de Rouse
charriage
0.5 1
suspension graduée
0.1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
c) d=1mm
Q=300m3/s−Zaval=305m
Q=300m3/s−Zaval=315m
Q=300m3/s−Zaval=320m
50
Q=600m3/s−Zaval=305m
Nombre de Rouse
Q=600m3/s−Zaval=315m
Q=600m3/s−Zaval=320m
5 10
charriage
1
suspension graduée
0.5
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Figure 3.32 – Nombres de Rouse calculés pour différentes conditions en chasse et différentes
tailles de grains : a) 100 μm, b) 400 μm, c) 1 mm.
82
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
83
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
par des épisodes de chasse et des périodes d’interchasse qui sont caractérisés par des conditions
hydrauliques très différentes. Afin d’obtenir un découpage de la retenue qui permette de mettre
en évidence l’importance et l’activité des processus, la méthode proposée s’appuie sur plusieurs
familles de paramètres :
– le style fluvial, correspondant à un découpage classique,
– des paramètres hydrodynamiques, estimés pour des scénarios hydrauliques représentatifs
des écoulements dans la retenue en chasse (niveau bas) et en période d’interchasse (niveau
haut),
– les évolutions morphologiques consécutives aux épisodes de chasse et d’interchasse.
84
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Alors que les paramètres issus des calculs bathymétriques sont exprimés au droit des sec-
tions en travers du Rhône, les paramètres issus du modèle numérique sont calculés aux points
du maillage numérique. Afin que tous les paramètres soient exprimés sur la même base spatiale,
les discontinuités observées sur les paramètres du modèle numérique sont attribuées à la section
en travers du Rhône la plus proche. Lorsqu’un paramètre hydro-morphologique est décliné en
plusieurs variables correspondant aux différents scénarios hydrauliques ou aux différentes pé-
riodes, on attribue aux sections représentant des discontinuités une pondération en fonction du
nombre de variables qui ont révélé cette discontinuité. Ainsi chaque paramètre (P1,...,P7) a le
même poids dans le découpage.
85
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
86
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
repérer des discontinuités importantes. Inversement, pour un grand nombre d’itérations lancées,
les dernières discontinuités mises en évidence peuvent sembler peu significatives comparées aux
premières. Afin d’analyser l’effet du nombre d’itérations et de la méthode (et donc du nombre
de discontinuités relevées) sur le découpage, plusieurs méthodes sont testées :
– M1 : 3 itérations du test sont lancées, ce qui donne un nombre maximum de discontinuités
par paramètre égal à 7. On suppose qu’il n’y a pas de hiérarchisation parmi ces disconti-
nuités, elles ont toutes le même poids dans le découpage. 7 points sont donc attribués par
paramètre,
– M2 : 4 itérations du test sont lancées, ce qui donne un nombre maximum de discontinuités
par paramètre égal à 15. On suppose qu’il n’y a pas de hiérarchisation parmi ces disconti-
nuités, elles ont toutes le même poids dans le découpage. Afin que 7 points soient toujours
attribués par paramètre, le poids de chaque discontinuité est ramené à 7/15,
– M3 : 4 itérations du test sont lancées. Mais on suppose à présent qu’il existe une hiérar-
chisation parmi ces discontinuités, en fonction de l’itération du test à laquelle elles ont été
identifiées. On propose la formule suivante pour le poids d’une discontinuité, en fonction
du rang i de l’itération : p(i) = 7/4i, ce qui permet de garder un poids total par paramètre
4
Un seuil égal à 1 peut être écarté car il fournit un nombre de sections trop faible par rapport
au nombre de sections obtenues par la méthode visuelle. La différence entre les deux autres seuils
est analysée plus précisément. Pour la méthode M1, la modification du seuil de 0,5 à 0,75 donne
notamment lieu à l’élimination de la section correspondant à l’élargissement au niveau de Grésin
87
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
(PK 171,75), dans une zone où un brusque changement de granulométrie est observé. Pour la
méthode M2, cette même section est éliminée, ainsi que la section correspondant à l’extrémité
de la grande île aval de l’Étournel. Pour la méthode M3, ce sont les sections marquant la fin du
défilé de l’Écluse et la confluence avec la Valserine qui sont éliminées. L’augmentation du seuil
de 0,5 à 0,75 conduit à l’élimination de sections qui semblent jouer un rôle hydro-morphologique
important. Un seuil de 0,5 est donc conservé.
88
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
Tableau 3.20 – Jeux de discontinuités obtenus par les méthodes visuelle et statistiques, jeu
retenu.
PK Visuel M1 M2 M3 Final
185,76 X X X X
184,71 X X X X X
184,16 X X X X X
183,22 X X X X X
182,35 X X X X X
180,9 X X X X
180,2 X X X X X
179,58 X X X X X
178,07 X X X X X
177,35 X X X
175,55 X X
175,07 X X
174,05 X X X X
171,75 X X X X X
169,25 X X X X X
168,6 X X
167,75 X X X X X
166,78 X X X X
165,93 X X X X X
165,4 X X X
164,27 X
163,75 X X X X X
162,97 X X X X X
89
PK longueur profil tracé en typologie largeur pente d50 (mm)
en long plan section fond (m/km) surface
T1 186,42-185,76 720 m seuil,mouille courbe D chenal D 80 m 0,96 70
T2 185,76-184,71 1030 m seuil, mouille rectiligne trapèze 90 m 0,78
T3 184,71-184,16 560 m régulier rectiligne trapèze 140 m 1,53
T4 184,16-183,22 920 m seuil, mouille îles bancs 150 m 1,23
T5 183,22-182,35 870 m régulier grande île 2 chenaux 300 m 1,23 38
T6 182,35-180,9 1470 m régulier rectiligne radier G 400 m 1,1
T7 180,9-180,2 720 m régulier rectiligne radier G 220 m 1,68 100
T8 180,2-179,58 330 m rupture rectiligne canyon 110 m 3,0
T9 179,58-178,07 1780 m régulier rectiligne canyon 80 m 0,67
T10 178,07-177,35 720 m seuils, mouilles courbe G canyon 110 m 1,94
T11 177,35-174,05 3300 m seuils, mouilles courbe D canyon 100 m 1,38 0,43
T12 174,05-171,75 2310 m forte mouille rectiligne canyon 90 m 0,21 0,38
T13 171,75-169,25 2490 m seuil rectiligne canyon 140 m 1,37 0,03
T14 169,25-167,75 1500 m rupture courbes canyon 70 m 1,08
T15 167,75-166,78 970 m mouille rectiligne canyon 180 m 0,08
T16 166,78-165,93 850 m régulier rectiligne canyon 150 m 0,37
T17 165,93-165,4 530 m régulier courbes D-G canyon 120 m 1,11 0,04
T18 165,4-163,75 1640 m régulier rectiligne canyon 140 m 1,38 0,02
T19 163,75-162,97 780 m régulier courbe G canyon 150 m 3,48
T20 162,97-162,41 520 m fosse courbe D canyon 170 m 1,13 0,04
Tableau 3.22 – Caractéristiques géométriques des tronçons issus du découpage (G : gauche, D : droite).
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
a)
(4.5)
2
Variation d'altitude (m)
1
0
−1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
b)
2
Variation d'altitude (m)
1
0
−1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône
Figure 3.33 – Bilan bathymétrique moyen par tronçon sur la période 1984-2012 : a) chasse, b)
interchasse (Les intervalles représentent les bilans minimum et maximum du tronçon observés
respectivement en chasse ou en période d’interchasse entre 1984 et 2012).
La sectorisation met en évidence des tronçons qui présentent des dynamiques différentes entre
eux, en chasse et en période d’interchasse. Dans les tronçons amont (T1-T5), où l’influence du
remous est faible, les évolutions moyennes sont peu significatives, avec des variations d’altitude
de l’ordre du centimètre, sauf dans le T1 en interchasse. La variabilité en période d’interchasse
est attribuée à l’évolution de la zone avec une période dans les années 70 et 80, marquée par
les extractions de granulats, et une période moins dynamique suite à l’arrêt des extractions. En
chasse, la variabilité dépend de l’apport en sédiments. Dans le tronçon T6 la dynamique est
plus marquée, avec des évolutions de l’ordre du décimètre et en moyenne du dépôt en chasse et
de l’érosion en période d’interchasse. Au niveau tronçons T7 à T9, le bilan est quasiment nul
pour les deux périodes. Entre les tronçons T10 et T13, peu d’évolutions ont lieu en moyenne en
chasses et des dépôts de l’ordre de plusieurs décimètres sont observés en moyenne en période
d’interchasse. La dynamique est plus marquée dans les deux cas au tronçon T10. En chasse,
la variabilité entre épisodes est importante puisque la zone peut être en dépôt ou en érosion
selon l’épisode. Au niveau de Bellegarde (T14-T15), on observe en moyenne du dépôt en chasse,
91
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
et en période d’interchasse, le bilan est quasiment nul, mais avec une forte variabilité spatiale
et temporelle. Dans les tronçons aval (T16-T20), la dynamique moyenne est le dépôt avec une
évolution moyenne peu variable entre tronçons. En chasse, l’épaisseur des dépôts est presque de
l’ordre du mètre mais il y a une forte variabilité entre événements.
W τ τ % sections % sections
cote basse cote haute chasse interchasse
T1 O O O 71 78
T2 O O O 71 74
T3 O O O 86 78
T4 O N N 89 64
T5 O O O 73 79
T6 O O O 82 89
T7 O O O 86 89
T8 O O O 79 75
T9 O O O 80 78
T10 O O O 89 83
T11 O O O 79 82
T12 O O O 72 77
T13 O N N 62 85
T14 O N O 78 74
T15 O O O 86 78
T16 O N O 81 100
T17 O N O 93 100
T18 O O O 88 81
T19 O O O 83 81
T20 O N N 88 86
Tableau 3.23 – Représentativité de la dynamique moyenne par tronçon par rapport à la dyna-
mique locale (O signifie que la valeur moyenne est représentative, c’est à dire que l’écart type
est inférieur à la moitié de la moyenne, N signifie qu’elle ne l’est pas).
92
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
La contrainte hydraulique moyenne n’est pas représentative pour plusieurs tronçons, no-
tamment à cote basse. Le tronçon T4 inclut la mouille importante localisée au PK 184,16 qui
provoque localement une forte diminution de la contrainte. Au niveau du tronçon T13, on ob-
serve une diminution des contraintes de l’amont vers l’aval du tronçon et c’est plutôt la variation
spatiale de la contrainte qui est homogène. Il en est de même pour le tronçon T17 et le tronçon
T20 où la présence de la fosse entraîne une forte diminution des contraintes. Inversement, pour
les tronçons T14 et T16, la contrainte diminue le long du tronçon.
Une majorité de sections par tronçon montre une dynamique identique à la dynamique
moyenne du tronçon. Les scores les plus faibles, inférieures à 75% sont plutôt localisés au niveau
des tronçons amont, où des alternances de dépôt/érosion causées par le transport par charriage
sont généralement observées. Les scores les plus faibles sont aussi observés dans les tronçons
T12 et T13 lors des chasses, où la dynamique est respectivement impactée par la présence de la
mouille au PK 172,8 et la géométrie de la confluence avec la Valserine. Le score faible obtenu au
tronçon T14 lors des périodes d’interchasse peut être lié à l’alternance de virages au niveau du
tracé en plan, qui peut impacter les écoulements et le transport des sédiments en suspension.
93
3. Analyse hydro-morphologique de la retenue de Génissiat
– l’amont (T1-T6) est un bief qui n’est pas ou peu influencé par le niveau au barrage. Les
sédiments en place sont grossiers et les contraintes hydrauliques sont élevées. Les évolutions
des sections sont liées aux apports de sédiments grossiers. La dynamique de la zone a été
affectée par des extractions de matériaux entre 1970 et 1995 et a donné lieu à une érosion
régressive importante. Les sédiments transportés par suspension homogène ne participent
pas à l’évolution du fond. Le principal facteur expliquant la variation de la dynamique
sédimentaire est la géométrie (distinction chenal unique/chenaux multiples, courbure).
– le Défilé de l’Écluse (T7-T8) est une zone de transition entre l’Étournel et le canyon,
caractérisé par de fortes pentes et un fond grossier où peu d’évolutions sont observées,
– la retenue amont (T9-T12) est influencée par le remous du barrage. Les sédiments en
place sont des sables moyens. A cote haute, des conditions de dépôt sélectif sont observées,
et produisent un tri granulométrique. A cote basse, les sédiments du fond peuvent être
mobilisés et transportés. La variation de la dynamique sédimentaire à l’intérieur de ce bief
est liée à des variations géométriques (mouilles, seuils, variations de largeur et de pente),
et hydrauliques (augmentation de la hauteur d’eau vers l’aval, diminution des contraintes
en interchasse) qui impactent le transport des sédiments,
– la retenue aval (T13-T20) est largement influencée par le remous. C’est le bief qui
a connu le comblement le plus important depuis la mise en opération du barrage, avec
d’importantes épaisseurs de dépôt. Le fond est composé de sédiments fins (argiles et li-
mons). A cote haute, une partie des sédiments transportées par suspension homogène sont
déposés. A cote basse, l’érosion des sédiments en place est possible et une partie des sables
venant de l’amont est déposée, formant une alternance de strates sédimentaires plus ou
moins grossières. La variation de la dynamique sédimentaire est liée aux variations de la
géométrie (variations de largeur et de pente).
Dans la perspective d’une modélisation hydro-sédimentaire de la retenue de Génissiat, le
découpage en tronçons homogènes s’avérera utile pour la construction des modèles, en servant
de base à la description des sédiments contenus dans la retenue (taille, épaisseurs de sédiments).
L’échelle du tronçon est aussi représentative pour la comparaison des évolutions morphologiques
mesurées et simulées par le modèle. L’estimation des incertitudes sur les bilans bathymétriques
à l’échelle des tronçons fournit un cadre quantitatif permettant de juger les capacités du modèle.
94
4.1
Dynamique spatio-temporelle du
Introduction
transport de sédiments 4
L’analyse hydro-morphologique a permis une meilleure compréhension de la dynamique spa-
tiale du transport de sédiments dans la retenue. Cette compréhension reste cependant limitée
par le caractère intégrateur du bilan bathymétrique à l’échelle d’une période entière de chasse ou
d’interchasse. En effet, le bilan bathymétrique ne permet pas de relier précisément les conditions
hydrauliques et le transport de sédiments observées au cours d’une période avec les évolutions
morphologiques. Une description spatio-temporelle des conditions hydrauliques et du transport
de sédiments dans la retenue est proposée pour mettre en évidence les processus à l’origine des
évolutions morphologiques de la retenue observées au cours des épisodes de chasse ou périodes
d’interchasse à partir de l’étude d’événements passés.
Un réseau de mesures hydro-sédimentaires est déployé le long du Haut-Rhône depuis plu-
sieurs décennies. De précédentes études ont porté sur l’analyse des événements de chasse passés
[EDF, 1954; Dumond, 2001; CNR, 2010; Peteuil, 2014]. On y trouve des estimations des flux
transportés en amont et en aval de la retenue. Ces études mettent en évidence la complexité de
l’interprétation du bilan sédimentaire de la retenue et des temps de propagation des flux dans la
retenue et la nécessité de la mesure hydro-sédimentaire sur le terrain. En particulier, l’analyse
des périodes d’interchasse était limitée par l’absence de mesures de flux sédimentaires.
Un premier aspect de l’étude repose sur l’intégration de nouvelles mesures hydro-sédimentaires
permettant d’améliorer la résolution spatio-temporelle du réseau et de tenir compte de la varia-
bilité des modes de transport le long du Haut-Rhône (cf. partie 4.2).
Les processus de transport des sédiments dans la retenue au cours d’épisodes de chasses et
d’interchasse vont être mis en évidence à partir des mesures du transport sédimentaire et des
résultats de modélisation hydraulique afin de compléter l’analyse présentée au chapitre précédent
(cf. parties 4.3, 4.4).
L’estimation des flux entrant et sortant de la retenue pour différentes classes de sédiments et
l’estimation des incertitudes associées est proposée pour quantifier l’impact de la gestion de la
retenue sur les flux sédimentaires évacués. La chronique de données recueillies en périodes d’in-
terchasse étant très courte et récente, une reconstruction des flux historiques est aussi proposée
(cf. partie 4.7).
Enfin, la contribution des sédiments fins et des sédiments plus grossiers au bilan sédimen-
taire de la retenue est évaluée en comparant le bilan des flux entrants et sortants et le bilan
bathymétrique pour différents épisodes de chasse et périodes d’interchasse (cf. partie 4.8.1).
95
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
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4.2.1 Débits
[Link] Méthodes de mesure du débit en continu
Courbe de tarage
La méthode de la courbe de tarage consiste à mesurer une hauteur d’eau en continu, mesure
plus aisée, et de la convertir en débit à partir d’une relation hauteur/débit ou courbe de tarage.
Sous l’hypothèse d’un régime d’écoulement non uniforme, permanent (graduellement varié) et
d’un fond stable, la relation hauteur/débit est univoque, c’est-à-dire qu’à une hauteur d’eau
donnée correspond toujours le même débit. Le niveau est mesuré à partir d’une lecture sur une
échelle limnimétrique, ou à partir de sondes de niveau. Le débit est généralement estimé à partir
de la mesure du champ de vitesse, intégré sur la section mouillée. Le champ de vitesse peut
être estimé à l’aide de courantomètres mécaniques, électro-magnétiques ou acoustiques (aDcp)
[Le Coz et al., 2011]. Des mesures in situ simultanées de la hauteur et du débit sont réalisées,
les couples hauteur/débits mesurés pour différents débits permettent de construire une courbe
de tarage. Au niveau d’une station, la mesure en continu du niveau d’eau par une sonde permet
après conversion, d’obtenir une mesure en continu du débit. Les sources principales d’erreur dans
96
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
ce type de mesure du débit sont les variations des dimensions de la section, pouvant être causées
par des évolutions morphologiques du fond ou des berges, ou le développement de végétation
par exemple. Pour les débits calculés à partir des hauteurs d’eau sur fond fixe, une incertitude
relative u(Q)/Q = ±10% est préconisée [ISO EN 748, 1997; Harmel et al., 2006],
où μ est le coefficient de débit (en théorie μ = 0, 4), Wd est la largeur de la vanne vanne, w est
la hauteur de l’ouverture de la vanne, ham est la hauteur d’eau à l’amont de la vanne mesurée
à partir du radier de la vanne.
A partir des hauteurs d’eau mesurées au point de réglage de la retenue de Génissiat (PK
162,57), le débit dans chaque vanne peut être reconstitué. Lorsque les usines ne fonctionnent pas,
les coefficients de débit sont calés afin que le débit total calculé en sortie de Génissiat soit égal
au débit mesuré à la station de Bognes. Lorsqu’un seul des ouvrages est ouvert, il est possible
de caler finement les coefficients pour cet ouvrage. Les débits obtenus à partir de lois d’ouvrages
(vannes) ont une incertitude relative estimée à u(Q)/Q = ±20% [Le Coz et al., 2011].
97
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
à proximité d’une station de mesure du débit [Morris et Fan, 1998]. On distingue notamment les
mesures par prélèvement direct d’échantillons des autres techniques (acoustique, laser, optique).
Les méthodes de mesure diffèrent aussi par leur résolution temporelle (ponctuelle ou quasi-
continue).
Prélèvements
Les prélèvements manuels sont réalisés soit par pompage environ un mètre sous la surface à
l’aide de préleveurs, soit à partir de méthodes manuelles par un système lesté en bout de corde
ou de câble qui prélève en surface à une cote non définie [Perrier, 2000]. A partir du prélève-
ment réalisé, l’estimation de la concentration en matières en suspension peut être effectuée par
différentes méthodes.
La méthode de filtration-pesée définit les matières en suspension comme étant les résidus
retenus sur une membrane filtrante. L’échantillon d’eau chargée est filtré en laboratoire sur un
filtre en fibres de verre, puis séché à l’étuve selon la norme NF EN 872 [2005]. La concentration
massique en MES est déterminée par l’équation :
M 1 − M0
C= (4.2)
V
où M0 est la masse initiale du filtre, M1 est la masse du filtre après filtration et séchage et V
est le volume d’échantillon filtré. Cette méthode est longue à mettre en oeuvre et n’est donc pas
utilisée pour obtenir un suivi en temps réel des concentrations en MES. Lorsque du sable est
présent dans les échantillons prélevés, il est nécessaire de s’assurer que l’échantillon est correcte-
ment mélangé avant d’être filtré, dans le cas où il n’est pas filtré dans sa totalité. L’incertitude
de mesure sur cette méthode est estimée de 1 à 2% et peut atteindre 10% si des sables sont
présents dans les échantillons [Launay, 2014].
La méthode de la crêpe, mise au point par le Cemagref (Irstea) est une adaptation de la
méthode par filtration-pesée qui permet de réaliser quasiment en temps réel des mesures sur le
terrain [Niel et al., 1985]. L’échantillon prélevé est filtré sur site, séché sur une plaque chauffante
et pesé sur le terrain, le tout en une quinzaine de minutes. Cette méthode nécessite du matériel
et l’installation d’un local fermé et alimenté en électricité à proximité des prélèvements [Wolf,
2011]. L’incertitude est estimée à environ 10% mais la méthode n’est pas applicable pour des
concentrations supérieures à 15 g/L.
La méthode du pycnomètre a été développée par la CNR pour obtenir rapidement et précisé-
ment des mesures de concentration en MES pendant les opérations de chasse [Niel et al., 1985].
Elle s’inspire d’une méthode proposée par le Cemagref en 1981. Le pycnomètre est un récipient
en verre de faible dilatation, d’une contenance d’un litre. Il est d’abord rempli d’eau claire et
pesé, puis ce même récipient est rempli d’un échantillon d’eau chargée dont la concentration est
à déterminer et pesé de nouveau. La concentration peut alors être déduite de la différence de
masse, par la formule :
ρs Mtot − Mpyc − ρVpyc
C= (4.3)
Vpyc ρs − ρ
où ρs ≈ 2650 km/m3 , ρ ≈ 1000 km/m3 sont respectivement les masses volumiques des sédiments
et de l’eau, Vpyc est le volume du pycnomètre et Mpyc , Mtot sont respectivement les masses du
pycnomètre et de l’ensemble pycnomètre+eau+sédiments. La masse volumique est estimée à
partir de mesures de laboratoires issues de quelques échantillons représentatifs.
La mesure par cette méthode est instantanée ; il faut environ 30 secondes pour la réaliser.
Les limites de cette méthode résident dans la précision liée aux appareils utilisés et la manipu-
lation en laboratoire ou sur le terrain. La méthode est estimée suffisamment précise pour des
98
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
concentrations supérieures à 0,4 g/L avec une erreur relative moyenne de 2,4% [Niel et al., 1985].
Turbidimétrie
La mesure de la turbidité de l’eau est une technique permettant une mesure indirecte et
continue de la concentration en matières fines en suspension (argiles et limons). Le turbidimètre
est un appareil muni de capteurs optiques qui émettent un rayonnement d’intensité connue dans
l’eau et mesurent l’intensité du rayonnement transmis ou diffusé. La mesure est basée sur le
principe que l’atténuation ou à la diffusion d’un rayonnement incident est proportionnelle à
la masse de sédiments présente dans un volume d’eau [Gippel, 1995]. Les turbidimètres sont
calibrés en laboratoire à partir de matériaux standards. Néanmoins, en rivière, la relation entre
la turbidité et la concentration est influencée par les variations de taille et de composition
des particules et de couleur de l’eau [Gippel, 1995]. En particulier, la réponse du capteur est
proportionnelle à la surface de réflexion des particules soit au diamètre au carré. L’utilisation
du turbidimètre en rivière nécessite la mise en place d’une courbe d’étalonnage adaptée reliant
la turbidité à la concentration, qui prend généralement la forme d’une relation linéaire :
C = aT + b (4.4)
Pièges à sédiments
Les pièges à sédiments sont des collecteurs placés dans le cours d’eau et qui capturent les
sédiments en suspension en continu par décantation. Le design du piège permet de favoriser
la décantation des particules contenues dans l’eau et de les retenir. Les pièges permettent de
collecter une grande quantité de sédiments en suspension, et la collecte est intégratrice de la
99
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
période pendant laquelle le piège est installé dans le cours d’eau. L’efficacité de piégeage n’est
pas précisément connue, c’est pourquoi les données obtenues à partir de ces pièges sont plutôt
qualitatives.
D’autres mesures de concentration occasionnelles, comme par exemple des mesures en surface
à des stations éphémères intermédiaires dans la retenue de Génissiat au cours de la chasse de
2000 [Perrier, 2000] sont aussi disponibles, ou des mesures de turbidité dans la colonne d’eau
réalisées à l’amont du barrage de Génissiat en mars 2014. Des mesures au niveau des vannes de
fond et de demi fond et de Pyrimont ont aussi été réalisées par le CEA à partir d’une sonde
gamma-densimétrique pour les chasses de 2000 à 2012.
100
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a) b)
2.5
2.5
C=0.478T R²= 0.979
2.0 R²= 0.99 C=0.514T
2.0
Concentration (g/l)
Concentration (g/l)
1.5
1.5
1.0
1.0
0.5
0.5
0.0
0.0
0 1 2 3 4 0 1 2 3 4
Turbidité (NTU) Turbidité (NTU)
Dans le cas des mesures réalisées sur le Haut-Rhône, on propose une analyse qualitative de
la représentativité des échantillons.
Pougny
Les mesures de concentration à la station de Pougny sont réalisées en rive droite du pont de
Pougny (Ponton). Au cours de la chasse de 1997, des prélèvements ont été réalisés à plusieurs
endroits de la section (Figure 4.3). Les mesures montrent que les concentrations mesurées en
surface (Ponton, 1, 2, 4, 5) sont proches, avec un écart inférieur à 10%. Les granulométries
réalisées sur les échantillons prélevés en surface au cours de la chasse de 2012, montrent que
le diamètre maximal observé en surface est proche de 50 μm. Ces mesures de surface semblent
représentatives des flux de sédiments fins. Cependant, les concentrations mesurées au fond (point
de prélèvement 3) sont systématiquement plus élevées. Les écarts mesurés avec la surface varient
de 17 à 45%. Des pièges à sédiments ont aussi été disposés sur les marches des quais ou des
101
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
stations limnimétriques pour les maintenir à une vingtaine de centimètres sous la surface de
l’eau pour le suivi des contaminants contenus dans les particules fines [Launay, 2014]. Au cours
de la chasse, le diamètre maximal des particules capturées dans les pièges est de l’ordre de
100 μm (cf. paragraphe [Link]). Ces mesures ont confirmé que des sédiments plus grossiers que
ceux mesurés en surface sont transportés dans la section du Pont de Pougny.
Figure 4.3 – Profil en travers schématique au pont de Pougny, localisation des points de pré-
lèvements.
Barrage de Génissiat
On suppose qu’il n’y a pas d’hétérogénéité spatiale pour les mesures réalisées au barrage
de Génissiat car les prélèvements sont réalisés en sortie des vannes et que la turbulence y est
suffisante pour mélanger correctement les sédiments.
Pyrimont
Aucune mesure comparative n’est disponible à Pyrimont.
Seyssel
A Seyssel, plusieurs campagnes de prélèvements distribués dans la section ont été réalisés au
cours des chasses (1993, 1997, 2000, 2003). 3 à 4 verticales de prélèvement ont été réalisées avec
un point en surface et un vers le fond en plus de la mesure au point de référence. L’écart mesuré
entre les mesures au niveau du point de référence et la moyenne des mesures dans la section
indiquent que les mesures au niveau du point de référence sont représentatives de la section,
avec un écart maximal observé de 12%.
102
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Pour une mesure discrète des débits et des concentrations à un pas de temps Δt, l’équation
4.5 devient : n
où tj − ti = nΔt
Les méthodes de régression sont basées sur la reconstitution d’une chronique de concentration
en MES au pas de temps de la chronique de débit. La reconstitution s’appuie sur une relation
de régression entre le débit et la concentration, ou courbe de tarage sédimentaire. La relation
de régression est estimée à partir de couples débit/concentration mesurés simultanément. La
loi utilisée est généralement une loi puissance, qui peut s’écrire sous la forme d’une régression
linéaire entre les logarithmes du débit et de la concentration :
103
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
En pratique, la méthode choisie pour le calcul des flux de MES dépend de la disponibilité ou
non de la mesure de concentration en MES. Lorsque cette donnée n’est pas disponible sur une
période, la méthode de régression est appliquée pour reconstituer une chronique de concentration
en MES au pas de temps de la chronique de débit.
! "! #$
%%%
! "! !"& #$
%
Figure 4.4 – Concentration en MES horaire en fonction du débit horaire à la station de Bout
du Monde de 1974 à 2013 et relations puissances, d’après Launay [2014].
104
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Autres affluents
Seules des mesures ponctuelles de la concentration en MES dans la Valserine à Lancrans et
dans les Usses à Pont-Rouge sont disponibles. A partir de ces mesures, Launay [2014] a proposé
une reconstruction d’une chronique de concentration horaire à partir d’une relation puissance
établie avec le débit, pondérée par la racine carrée du flux horaire pour ces stations (Tableau
4.3).
Tableau 4.3 – Coefficients des relations C=f(Q) pondérées par la racine du flux obtenues pour
la Valserine et les Usses.
Cours d’eau Station a b
Valserine Lancrans 7,18 10−3 0,65
Usses Pont-Rouge 4,63 10−2 0,80
105
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
4.2.4 Charriage
La mesure du charriage dans un cours d’eau permet la détection des conditions hydrau-
liques favorables à la mise en mouvement, la caractérisation de la granulométrie des sédiments
transportées, la quantification des flux transportés et la caractérisation des fluctuations spatio-
temporelles du transport par charriage. Elle permet aussi de calculer des bilans sédimentaires
sur le cours d’eau et est nécessaire pour le calage et la validation de modèles numériques de
transport.
a) b)
Un des obstacles liés à la mesure ponctuelle du charriage réside dans la forte variabilité
spatiale et temporelle des mouvements au fond. D’après Hubbell [1987], les taux de transport
106
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
mesurés à partir de prélèvements rapprochés dans le temps et l’espace varient de 0 à 4 fois la va-
leur moyenne. Des expérimentations menées par De Vries [1973] ont montré que sous l’hypothèse
d’un échantillonnage idéal, il faut répéter au moins 20 prélèvements par verticale pour obtenir
une incertitude de 20% sur la mesure du charriage. En pratique on réalise 3 à 5 prélèvements
par verticale et les incertitudes peuvent dépasser 50%.
Le charriage a été mesuré par prélèvement en trois stations au niveau du Haut-Rhône, aux
Ripes, Pont Carnot et Bognes (Figure 4.1). Les caractéristiques de ces mesures sont présentées
tableau 4.4. La station des Ripes est située environ 500 m en amont du Pont de Pougny, au niveau
d’un tronçon rectiligne. Elle est équipée d’une traille mécanique qui permet de faire aisément
des mesures. Les prélèvements ont aussi été réalisés à partir d’un bateau. Au niveau du Pont
Carnot, la mesure a été plus délicate. Elle a été réalisée à partir du Pont, et a nécessité d’utiliser
une grue et de bloquer une voie de la route départementale 1206. A Bognes, l’utilisation de la
traille manuelle a rendu la mesure très physique.
107
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Figure 4.6 – Schéma du paysage acoustique des rivières, d’après Geay [2014].
L’hydrophone est un microphone positionné dans l’eau qui permet de capter les ondes acous-
tiques produites dans la rivière. La chaine d’acquisition est composée d’un capteur et d’un enre-
gistreur numérique. Le signal est modifié par la chaîne d’acquisition (sensibilité de l’hydrophone,
gain appliqué au signal lors de l’enregistrement). Pour revenir aux caractéristiques réelles du si-
gnal, il est nécessaire de le corriger. Les puissances obtenues peuvent être exprimés en unités
de pression (μPa2 ). Le traitement et l’analyse du signal sont réalisés à partir de programmes
développés par Geay [2014] avec le logiciel Octave.
Le signal s est d’abord découpé en plusieurs segments sk à l’aide d’une fenêtre d’échantillon-
nage w de longueur Ls . Les fenêtres utilisées sont de type gaussien. Les segments doivent se
recouper pour ne pas perdre d’information du au fenêtrage. Le taux de recouvrement R est le
ratio entre la longueur de la partie commune à deux fenêtres successives et la longueur totale de
la fenêtre. Pour chaque segment de signal sk , la transformée de Fourier Sk est calculée :
1
Ls
−2iπkjn
Sk (n) = sk (j)w(j) exp , 1 < n < Ls (4.11)
Ls j=1 Ls
La densité spectrale de puissance P SDk (en μPa2 /Hz) de chaque segment sk est :
Ls 1 n
P SDk (fn ) = 2
|Sk (fn )|2 , fn = Ls , 1 < n < Ls (4.12)
Fs Ls Us /
où
1
Ls
Us = |w(j)|2 (4.13)
Ls j=1
108
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
La densité spectrale de puissance et la puissance du signal entier sont les moyennes des den-
sités et des puissances sur tous les segments. En acoustique, les puissances sont plutôt exprimées
en dB re 1μPa2 :
P
PdB = 10 log10 (4.15)
Pref
où Pref = 1 μPa2 est une puissance de référence.
Les densités spectrales de puissance sont exprimées par en dB re 1μPa/Hz0.5 :
P SD
P SDdB = 10 log10 (4.16)
P SDref
Pour analyser les enregistrements sur le long-terme, une analyse en bandes d’octaves peut être
réalisée. Elle permet de regrouper les fréquences et de simplifier le signal. Les bandes d’octave
ont été définies à partir de la fréquence 11 Hz, la limite supérieure étant le double de la limite
inférieure.
L’interprétation du signal en termes de transport par charriage reste difficile. En effet le signal
reçu par l’hydrophone résulte de la propagation d’ondes acoustiques générées dans la rivière qui
ont pu être réfléchies sur le fond et à la surface, diffractées, atténuées. Les caractéristiques du
signal reçu dépendent aussi de la position du capteur, de la hauteur d’eau et de la granulométrie
du fond. La mesure acoustique est intégratrice sur le plan spatial d’une zone de la rivière.
Pour être correctement interprétée, la mesure acoustique doit être confrontée à des mesures
complémentaires de l’environnement (hauteur d’eau, géométrie de la rivière, granulométrie des
sédiments). L’estimation du flux de charriage à partir de la mesure acoustique nécessite d’établir
une calibration avec des mesures réalisées in situ (par exemple des prélèvements Helley-Smith).
109
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Figure 4.7 – Spectrogramme du signal enregistré par la chaîne wildlife acoustics, l’échelle de
couleur correspondant à la densité spectrale de puissance, d’après Geay [2013].
Compte-tenu de ces observations, les paramètres des mesures acoustiques ont été fixées avec
le paramétrage suivant :
– Fréquence d’échantillonage Fs =96 kHz
– Utilisation d’un filtre passe-haut analogique coupant à 180 Hz, qui permet d’atténuer le
bruit électronique à 50 Hz et les harmoniques
Depuis l’installation, des enregistrements de une minute sont réalisés toutes les heures.
Afin de sélectionner la gamme de fréquences représentative du charriage et non polluée par
une autre source de bruit, une analyse par bandes d’octaves a été réalisée sur les données mesurées
du 27/08/2013 au 24/09/2013. Pour chaque enregistrement, l’énergie acoustique contenue dans
chaque bande d’octave a été calculée. Une corrélation de Pearson est appliquée pour corréler
entre elles les 12 bandes et permet de construire une carte de corrélation (Figure 4.8). La carte
met en évidence quatre familles de bandes d’octaves :
– Les bandes 1 à 7 (11<f <1400 Hz) sont corrélées entre elles. Ce sont les bandes influencées
par le bruit électronique à 50 Hz,
– Les bandes 10 et 11 (5600<f <22627) correspondent au bruit coloré haute fréquence, as-
similable a priori au charriage
– Les bandes 8 et 9 (1400<f <5600 Hz) sont influencées par les deux phénomènes précédents,
– La bande 12 (22627<f <45255 Hz) semble influencée par le mode d’alimentation de la
station (batterie ou secteur). Par précaution elle est écartée de l’analyse pour le charriage.
110
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Figure 4.8 – Corrélation entre les bandes d’octaves, la couleur correspond au coefficient de
corrélation d’après Geay [2013].
L’analyse acoustique a permis de mettre en évidence une corrélation entre le débit à Pougny
et la puissance acoustique des bandes d’octave 10 et 11 (Figure 4.9). Pour des débits supérieurs
à 700 m3 /s, le débit et la puissance acoustique sont moins corrélés. La puissance de la bande
d’octaves 10 reste proche de 120 dB, alors que des variations sont observées pour la bande 11
(Figure 4.10).
a)
600
400
Débit (m3/s)
200
0
b)
Puissance acoustique (dB)
120
100
80
Bande 10 Bande 11
Figure 4.9 – Chroniques mesurées entre le 28 août le 25 septembre 2013 : a) débit à Pougny,
b) puissance acoustique.
111
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
1000
Débit (m3/s) Q=700 m3/s
500
0
b)
130
Puissance acoustique (dB)
120
110
Bande 10 Bande 11
100
Figure 4.10 – Chroniques mesurées entre le 29 avril août le 8 mai 2015 : a) débit à Pougny, b)
puissance acoustique.
112
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
113
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Granulomètre laser US
Granulomètre laser sans US
0.8
Sédimentométrie/tamisage
fréquence cumulée
0.6
0.4
0.2
0.0
114
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
A partir des résultats des tests appliqués aux échantillons analysés par granulométrie laser
disponibles, 6 sous-populations granulométriques ont été identifiées (Tableau 4.6). Ces popula-
tions permettent de décrire les distributions granulométriques pour des diamètres allant jusqu’à
400 μm (Figure 4.12). Dans l’exemple, seules les quatre premières classes sont présentes.
"
$$
# %
!
! !
115
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Bout du Monde et Pougny variable selon le débit du Rhône (par exemple les pics du 20 au 24
juillet sont moins atténués que ceux du 08 au 11 août). Pour des apports normaux de l’Arve,
la concentration à Pougny montre des créneaux simultanés aux créneaux de débit, les débits
faibles du Rhône ayant une plus forte tendance à favoriser le dépôt dans les retenues de Verbois
et Chancy-Pougny.
A Pyrimont, la concentration est très proche de la concentration à Pougny en régime normal,
ce qui laisse supposer que peu de dépôt a lieu dans la retenue de Génissiat dans ce cas. En période
d’interchasse, la capacité de remobilisation des sédiments dans la retenue de Génissiat étant
faible (cf. figure 3.25), la propagation dans la retenue de Génissiat des sédiments en suspension
à Pougny semble être le processus principal expliquant la présence de matières en suspension à
Pyrimont, avec peu d’échanges des matières en suspension avec le fond. Pour des concentrations
plus fortes, les pics sont atténués entre Pougny et Pyrimont. Ainsi, il semblerait qu’il existe,
en fonction des contraintes hydrauliques dans la retenue, une concentration en matières en
suspension limite au delà de laquelle du dépôt a lieu.
Ainsi, les matières en suspension transitent le long de la retenue de Génissiat et leur dyna-
mique varie très peu d’un site à l’autre, suggérant qu’il existe très peu d’échanges avec le fond,
hormis le dépôt dans les retenues.
a)
0.05 0.20 1.00
Concentration (g/l)
b)
200 400 600800
Débit (m3/s)
0
c)
331
Altitude (m)
327 329
325
116
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a) b)
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2
117
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
#$
%
#$ % #$ %
!"
Dans le but d’établir une relation entre ces paramètres, le modèle hydraulique de la retenue
de Génissiat a été utilisé. Plusieurs régimes permanents représentatifs d’une période interchasse
ont été simulés et ont permis d’établir une relation :
ΔT = aQbP O HGE
c
(4.20)
118
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
96
84
72
15h
60
●
48
330 16.33h
36
30
●
15.5h
24
329 ●
18h
21
Cote (m)
18
328
15
●
12.16h
13
12
327 ●
11
25.16h ●
11.67h
10
●
12h
9
326
8
200 400 600 800
Débit (m3/s)
Figure 4.16 – Temps de propagation des sédiments fins en suspension (en heures) simulé entre
Pougny et Pyrimont pour un régime permanent en fonction du débit entrant et de la cote au
barrage (isolignes), comparaison avec les mesures en période d’interchasse (points).
Concentrations en entrée
Durant la phase de remobilisation, les retenues suisses fonctionnent en exploitation normale.
Les apports en matières en suspension dans la retenue de Génissiat correspondent à des apports
de période interchasse et dépendent des débits du Rhône et de l’Arve et de la concentration en
MES apportée par l’Arve (cf. paragraphe 4.7.2). Durant la phase de transport des sédiments
issus des chasses suisses, les concentrations en MES entrant dans la retenue sont mesurées à
partir de prélèvements de surface au niveau du Pont de Pougny (cf. paragraphe 4.2.2) et sont
considérées représentatives du transport des sédiments fins de diamètre inférieur à 63 μm. On
ne dispose pas de données concernant le transport de sédiments plus grossiers.
Concentrations en sortie
Au cours de la première phase, les sédiments observés en aval du barrage proviennent de
la remobilisation de sédiments au sein de la retenue. Pour la phase de régulation, il s’agit de
sédiments érodés dans les retenues suisses et ayant transité dans la retenue de Génissiat. Au
niveau du barrage, la mesure est réalisée en sortie des conduites des vannes, où la turbulence
119
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
permet de mettre en suspension quasi homogène toutes les classes de sédiments ayant transité
par la vanne. Ainsi, les prélèvements issus de la vanne de fond intègrent à la fois le charriage et
la suspension. En aval, des prélèvements de surface sont aussi réalisés à Pyrimont et à Seyssel.
a)
340
0.5
Cote au barrage
30
Concentration
0.4
330
Concentration (g/l)
Altitude (m)
0.3
320
20
0.2
310
10
0.1
300
0
20/05/2000 21/05/2000 22/05/2000 23/05/2000 24/05/2000 25/05/2000 26/05/2000
b)
340
30
0.8
330
Concentration (g/l)
Altitude (m)
0.6
320
20
0.4
310
10
0.2
300
c)
340
0.2
30
330
Concentration (g/l)
Altitude (m)
320
20
0.1
310
10
0.05
300
120
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
[Link] Mobilisation des matériaux entre Pont Carnot (PK 180) et Grésin (PK
173)
L’abaissement du niveau de la retenue en dessous de 325 m produit une augmentation de
la concentration en matières en suspension à Grésin (Figure 4.17 a). Le modèle montre une
augmentation conjointe des contraintes dans la section. Au début de l’abaissement un mélange
de sédiments fins et de sables (53% de fins et 47% de sables, d50 =60 μm) est observé en surface
à Grésin. Les sédiments en place sont donc mobilisés entre les deux stations, ce qui est en
accord avec les contraintes efficaces modélisées dans ce tronçon qui montrent que les sédiments
de 400 μm peuvent être érodés dès que le niveau de la retenue est inférieur à 320 m (cf. figure
3.31). Pour une cote au barrage inférieure à 312,5 m, l’écoulement est libre et la contrainte
simulée ne dépend plus que du débit entrant. Les sédiments transportés présents en surface
sont uniquement des sables (d50 =250 μm), ce qui suggère que la couche supérieure constituée
de dépôts récents de sédiments fins a été érodée. Des pics de concentration sont mesurés en
surface, mais leur interprétation est difficile puisqu’une seule mesure a servi à les déterminer.
De plus, le diamètre des prélèvements correspondant à ces pics est proche du diamètre du fond
(d50 =400 μm), pouvant laisser croire à une erreur de manipulation ou à une forte érosion locale
de sédiments.
[Link] Mobilisation et dépôt sélectif des matériaux entre Grésin (PK 173) et
Bellegarde (PK 169)
A Bellegarde, l’abaissement du niveau de la retenue en dessous de 321 m produit une aug-
mentation de la concentration en matières en suspension (Figure 4.17 b). Le modèle montre une
augmentation conjointe des contraintes dans la section. Au début de la chasse, les concentrations
mesurées sont plus fortes à Bellegarde et la granulométrie des sédiments transportées est iden-
tique à celle des dépôts locaux (d50 =80 μm), ce qui est en accord avec les contraintes efficaces
modélisées qui montrent que les sédiments autour de 100 μm pour des niveaux inférieurs à 315 m
(cf. figure 3.31). Les sédiments en place sont donc remobilisés entre les deux stations (Figures
4.17 a,b). Pour une cote au barrage inférieure à 310 m, l’écoulement est libre. A cote basse,
alors que la concentration en MES ne varie pas, on observe une décroissance du diamètre entre
les deux stations (100% de sable et d50 =250 μm à Grésin, 35% de fins et 65% de sables avec
d50 =150 μm à Bellegarde). Un dépôt ou un changement de mode de transport des sédiments les
plus grossiers a donc lieu entre Grésin et Bellegarde conjointement à une érosion des sédiments
en place, donnant lieu à un tri granulométrique. L’évolution longitudinale des contraintes mo-
délisée pour des conditions de chasse soutient cette théorie puisqu’elle montre une diminution
des contraintes entre les PK 171 et 170 (cf. figure 3.31).
[Link] Mobilisation et dépôt sélectif des matériaux entre Bellegarde (PK 169) et
Malpertuis (PK 164,8)
A Malpertuis, la chronique de concentration mesurée est corrélée à la chronique de contrainte
calculée. Du transport est observé à Malpertuis au début de l’abaissement, avant même l’ouver-
ture des vannes (Figure 4.17 c). Le diamètre transporté diminue entre Bellegarde et Malpertuis.
Il semble donc exister un dépôt ou un changement de mode de transport des sédiments les plus
grossiers à l’aval de Bellegarde. Une érosion des sédiments en place a aussi lieu car la concentra-
tion en MES varie peu entre les deux stations (Figures 4.17 b, c). Lorsque le niveau est inférieur
à 309 m, l’écoulement est libre, les contraintes simulées augmentent, ainsi que la concentration et
la granulométrie transportée. Lorsque l’abaissement est suffisant, une plus forte remobilisation
a lieu dans le bief, qui pourrait être localisée entre les PK 166 et 165, où une augmentation des
contraintes est observée pour une cote au barrage de 305 m (cf. figure 3.31). La concentration
et le diamètre médian mesurés à Malpertuis augmentent.
121
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
4.4.2 Transport par suspension durant la phase régulation des chasses suisses
[Link] Transit des sédiments issus des chasses suisses
Au cours de la phase de chasses suisses, les apports sédimentaires à Pougny sont importants.
Les sédiments présents en surface sont des argiles et des limons fins et grossiers (Figure 4.18). Les
chasses des barrages suisses font apparaitre une population plus grossière en surface que lors des
périodes interchasses (Figure 4.14). Les prélèvements obtenus à partir de trappes à sédiments
font apparaître un mode supplémentaire à 90 μm. Des sables sont donc aussi transportés, mais
par suspension graduée.
Différents protocoles de gestion du niveau de la retenue de Génissiat ont été mis en oeuvre
au cours des chasses. L’analyse du transit des sédiments au cours des chasses de 1954 et 1984
permet de mettre en évidence l’influence des conditions hydrauliques sur le transport (Figures
4.19 a, b). D’après l’analyse géomorphologique, la principale condition pour favoriser le transit
des sédiments le long de la retenue est le maintien de la retenue à cote basse. Pour une cote
donnée, le transit est aussi amélioré si le débit est plus fort (cf. Figures 3.27, 3.32). Pour des
conditions de débit similaires (Q=450-500 m3 /s), le transit est en effet plus efficace au cours de la
chasse de 1984, où la retenue est maintenue à une cote Z=317 m qu’en 1954 où la retenue est à la
cote Z=324 m. Néanmoins, ces deux événements sont séparés de 30 ans, avec un envasement de
la retenue estimé à environ 10 millions de m3 (Tableau 3.8) et un comblement pouvant atteindre
20 m (Figure 3.11). La modification importante de la géométrie incite donc à relativiser les
conclusions déduites de cette comparaison.
122
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
335
10
Cote Génissiat
Débit solide Pont Carnot (PK 180)
8
330
Débit solide Grésin (PK 173)
6
325
4
320
2
●
●● ● ●●● ●
●●
●● ● ●
315
● ● ●
●● ● ● ●
0
26/06/1954 27/06/1954 28/06/1954 29/06/1954 30/06/1954
b)
305 310 315 320 325 330 335
20
Cote Génissiat
Concentration Pougny (PK 187)
15
Concentration Pont Carnot (PK 180)
10
● ●
●
5
●
●
● ● ●
● ● ●
● ● ●
0
12/05/1984 14/05/1984 16/05/1984 18/05/1984
Au cours des différentes campagnes de mesures, aucun courant de densité n’a été mesuré
dans la retenue.
ΔT = aQbP O HGE
c
(4.21)
123
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
propagation obtenus à partir des mesures en chasse sont reportés sur le graphe. Contrairement
aux périodes d’interchasse, les temps de propagation obtenus à partir de régimes permanents
sont assez différents des mesures obtenues pendant les chasses. Lors de chasses, les variations de
l’hydrodynamique sont plus rapides et l’hypothèse d’un régime permanent n’est plus valide. Les
calculs en régime permanent donnent généralement une propagation plus rapide qu’en réalité.
En effet, pendant la phase de régulation, la retenue est plutôt en cours de remplissage, ce qui
produit un ralentissement de l’écoulement dans la retenue non représenté en régime permanent.
De plus, les temps de propagation simulés sont obtenus à partir du modèle numérique construit
avec la géométrie de décembre 2011, alors que les temps de propagation mesurés en chasse re-
montent à 1987. L’utilisation de ce modèle pour des chasses anciennes correspondant à un état
d’envasement moins avancé de la retenue, devrait aboutir à une sur-estimation du temps de
propagation, en accord avec les observations. Pour estimer les temps de propagation des sé-
diments en suspension au cours d’une chasse, l’utilisation d’un modèle hydraulique en régime
non-stationnaire et bâti sur une géométrie représentative semble nécessaire.
21
18
15 9h
1 ●2
3
1
11
10
320 9 ●
8 8h
Cote (m)
7 ●
● 6 7h ●
10h 8h
5
315 ●
8h 4
●
5.3h 3
Débit (m3/s)
Figure 4.20 – Temps de propagation des sédiments fins en suspension (en heures) simulé entre
Pougny et Pyrimont pour un régime permanent en fonction du débit entrant et de la cote au
barrage (isolignes), comparaison avec les mesures en chasse (points).
124
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
70
Sortie Génissiat
60
Pyrimont
Seyssel
Concentration (g/l)
50
40
30
20
10
0
b)
50
40
Concentration (g/l)
30
20
10
0
La concentration mesurée en sortie du barrage de Génissiat est obtenue à partir des concen-
trations mesurées en sortie des vannes pondérées par le débit des vannes. Les mesures à Pyrimont
et Seyssel sont des mesures de surface (Figure 4.21). La chute de la concentration entre la sortie
du barrage de Génissiat et Pyrimont peut être attribuée soit à un dépôt soit au fait que les
sédiments les plus grossiers sont transportés vers le fond, soit par charriage, soit par suspension
graduée. Entre Pyrimont et Seyssel, la concentration en surface varie peu, ce qui suggère que les
sédiments en suspension sont transportés entre les deux stations sans interagir avec le fond.
125
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
100 120
Concentration vanne de fond
Concentration vanne de demi−fond
340
Concentration évacuateur
Concentration (g/l)
80
Cote Génissiat
Altitude (m)
330
60
320
40
310
20
300
0
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012
Figure 4.22 – Concentration mesurée dans les vannes au cours de la chasse de 2012.
126
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
10
● d50 Vanne de fond
dmax Vanne de fond
● d50 Vanne de demi−fond
diamètre (mm)
● ●
0.1
●
●
●
● ●● ●
●●● ●
0.01
● ●●
Figure 4.23 – Granulométrie mesurée dans les vannes au cours de la chasse de 2012.
Décélération de l’écoulement
Dès la remontée du plan d’eau à l’issue de la phase d’érosion, on observe une diminution
rapide des concentrations mesurées dans les vannes (Figures 4.24, 4.25, 4.26). La décélération
de l’écoulement semble donc impacter le transport des sédiments. En particulier, lors de l’abais-
sement de la retenue, des conditions hydrauliques similaires entraînent des concentrations plus
élevées.
127
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
340
800
75
●●
Débit total
600
●
●
●
50
● ●
Débit (m3/s)
Altitude (m)
●
● ●
● ●●
●
● ●●
●●
● ●
● ●●
320
400
●
●
● ● ● ●
●
●
●●
●
●
●
●
● ●
●● ● ●
●
●●
●● ●● ● ●
● ●
● ●●
●●● ●
●
● ●
25
●
● ●
●
●●
●
310
200
300
0
20/05/2000 22/05/2000 24/05/2000 26/05/2000 28/05/2000 30/05/2000
b)
600
50
Débit vanne fond
Concentration vanne fond
40
Concentration (g/l)
400
Débit (m3/s)
20 30
200
10
0
0
20/05/2000 22/05/2000 24/05/2000 26/05/2000 28/05/2000 30/05/2000
c)
600
30
Débit vanne demi−fond
Concentration vanne demi−fond
Concentration (g/l)
400
20
Débit (m3/s)
200
10
0
Figure 4.24 – Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la première phase de la
chasse de 2000 : a) vanne de fond, b) vanne de demi-fond (Les débits passant par les différentes
vannes ne sont pas disponibles pour la phase de régulation).
128
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
340
800
75
Débit total
600
●
50
●
●
Débit (m3/s)
Altitude (m)
●
● ● ●
●
●
●
● ● ●
320
400
● ●
● ● ● ● ● ●
●● ● ● ● ● ●
● ● ● ● ●
● ● ●
●●
● ● ●
● ● ● ●● ● ● ●
● ● ●
● ●
●
●●●
●●
● ● ● ●● ● ● ●
●
●
●
25
● ●● ●
●
●●●
●
●●
● ● ●● ● ●●
● ● ●
●● ● ● ●●
●
310
200
300
0
17/05/2003 19/05/2003 21/05/2003 23/05/2003 25/05/2003 27/05/2003
b)
600
100
Débit vanne fond
Concentration vanne fond
75
Concentration (g/l)
400
Débit (m3/s)
50
200
25
0
0
17/05/2003 19/05/2003 21/05/2003 23/05/2003 25/05/2003 27/05/2003
c)
600
30
Débit vanne demi−fond
Concentration vanne demi−fond
Concentration (g/l)
400
20
Débit (m3/s)
200
10
0
Figure 4.25 – Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la chasse de 2003 : a)
vanne de fond, b) vanne de demi-fond.
129
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
340
800
75
Débit total
600
●
●
●
50
●
Débit (m3/s)
●
Altitude (m)
● ●
● ●
●
● ● ●
320
400
● ● ●
● ●
●
● ●
● ●
● ●●
●● ●
●
● ● ● ●
● ●●●● ● ● ● ●● ● ● ●●
●● ●● ●
●●● ● ●
● ● ●●●
● ●●● ● ●
25
●● ●● ● ●
● ● ● ● ●
●
310
200
300
0
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012
b)
600
100
Débit vanne fond
Concentration vanne fond
75
Concentration (g/l)
400
Débit (m3/s)
50
200
25
0
0
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012
c)
600
30
Débit vanne demi−fond
Concentration vanne demi−fond
Concentration (g/l)
400
20
Débit (m3/s)
200
10
0
Figure 4.26 – Débits, Concentrations, Cote mesurées au barrage durant la chasse de 2012 : a)
vanne de fond, b) vanne de demi-fond.
130
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Tableau 4.7 – Débits et concentrations moyens au barrage pendant le palier à cote basse.
QV F (m3 /s) CV F (g/l) QV DF (m3 /s) CV DF (g/l) Qtot (m3 /s) Ctot (g/l)
chasse 2003 225 33,5 113 8,55 338 25,16
chasse 2012 157 25,59 171 11,7 328 18,34
A partir de ces mesures, une courbe de tarage sédimentaire Qs =f(Q) a été établie pour la
station des Ripes. Elle est basée sur le calcul de la capacité de transport pour un diamètre de
2 mm à partir de la formule de charriage de Camenen et Larson [2007], estimée avec la contrainte
131
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
moyenne dans la section et multipliée par un coefficient 1,5.10−4 afin que la courbe de tarage
passe par les points de mesure.
La masse moyenne transitant annuellement à la station des Ripes a été estimée à partir de
cette courbe de tarage et de la courbe des débits classés basée sur le débit horaire de 1974 à
2012. L’apport moyen annuel de sables dans la retenue en conditions d’interchasse est estimé à
2700 t.
Figure 4.27 – Mesures de charriage à la station des Ripes et courbe de tarage sédimentaire.
132
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
600
1000
Flux de charriage (kg/s)
●
100
●
●●●
●
400
●● ●
Débit (m3/s)
●
●
●
●
10
200
Capacité de transport d50=28 mm
1
Débit
● Mesures
0.1
0
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012 13/06/2012 15/06/2012
Figure 4.28 – Modèle et mesures de charriage au Pont Carnot durant la chasse de 2012.
600
Flux de charriage (kg/s)
100
●
Débit (m3/s)
●
400
●
●
10
●●● ●
●●
200
Débit ● ●
● Mesures
0.1
133
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
134
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Le modèle a été calé à partir des mesures réalisées lors d’une campagne de mesures hydro-
sédimentaires réalisée en mars 2014. Les principaux paramètres hydrauliques et numériques
sélectionnés sont [Duron, 2014] :
– version non hydrostatique
– profil transversal de vitesse amont proportionnel à la racine carrée de la profondeur d’eau
– loi de frottement de Strickler, coefficient égal à 60 m1/3 /s sur l’ensemble du domaine
– modèle de turbulence de Smagorinski sur l’horizontale
A partir du modèle, la chasse de 2012 a été simulée dans sa totalité en 2D [Duron, 2014;
Artelia, 2014].
!
135
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
Modèle 1D
10
Contrainte (Pa)
Modèle 2D
1
0.1
c)
123600
0.001
●
3/06/2012 5/06/2012 7/06/2012 9/06/2012 11/06/2012
123400
Y lambert II (m)
b) ● ●
100
123200
y
●
Concentration (g/l)
50
123000
0
136
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
0.20
Modèle 1D
Contrainte (Pa)
Modèle 2D
0.10
c)
123600
0.00
123400
b) Y lambert II (m)
100
123200
y
Concentration (g/l)
●
●●
●
●
50
123000
0
137
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
0.4
Modèle 1D
Contrainte (Pa)
0.3
Modèle 2D
0.2
0.1
c)
123600
0.0
123400
Y lambert II (m)
b)
30
123200
y
Concentration (g/l)
20
123000
10
● ●●
0
138
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
a)
20
Modèle 1D
Contrainte (Pa)
Modèle 2D
15
10
c)
5
123600
0
123400
Y lambert II (m)
b)
6
123200
y
Concentration (g/l)
4
123000
2
●
●●
●
●
0
139
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Tableau 4.8 – Incertitudes associées au calcul des masses de MES transportées au niveau de
différentes stations et pour différentes chasses (Les valeurs données pour les sources sont les
valeurs de l’intervalle).
Hétérogénéité Hétérogénéité
Q Mesure C Incertitude élargie
spatiale C temporelle C
10% 10% 10% 2% 22%
La différence entre la masse en entrée et en sortie de la retenue est le résultat des processus
de transport à l’échelle de la retenue. Les masses transitant à Pougny et Pyrimont sont forte-
ment corrélés à la masse de l’Arve à Bout du Monde (Figure 4.36). Entre le 15/06/2014 et le
30/09/2014, la masse mesurée à Pyrimont correspond à 82% de la masse mesurée à Pougny,
ce qui traduit un envasement dans la retenue de Génissiat (Tableau ). Seulement 23% de la
masse mesurée à Bout du Monde est mesurée à Pougny. Le bilan associé à la crue de l’Arve du
27/08/2014 (calculé entre le 25/08/2014 et le 29/08/2014) montre que la gestion des retenues
suisses et de la retenue de Génissiat lors de la crue a favorisé l’envasement par rapport à un
débit normal. Pour cet événement le taux de transfert chute à 10% entre Bout du Monde et
Pougny et à 71% entre Pougny et Pyrimont.
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Figure 4.36 – Cumul des masses de matières en suspension transitant dans le Haut-Rhône du
15 juin 2014 au 30 septembre 2014.
140
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Tableau 4.9 – Masses de MES mesurées aux stations de Bout du Monde, Pougny, et Pyrimont
(en Mt).
Station 15/06/2014-30/09/2014 flux 25/08/2014-29/08/2014
Bout du Monde 1,289±0,284 0,522±0,115
Pougny 0,291±0,064 0,051±0,011
Pyrimont 0,240±0,053 0,036±0,008
141
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
propagation (en heures) et le débit dans les deux tronçons de type ΔT = aQ−1 + b.
Moyennant l’hypothèse que la propagation des matières en suspension suit la propagation
hydraulique, le modèle hydraulique du Rhône développé à Irstea [Andries et al., 2012;
Dugué et al., 2015] est utilisé pour calculer les temps de propagation de Bout du Monde
à la Jonction et de la Jonction à Pougny. Ils sont calculés à partir du modèle pour des
régimes permanents avec différents débits du Rhône et de l’Arve et permettent d’établir
la relation ΔT = aQ−1 + b (Figure 4.37).
a)
4
T = 7.01x101Q−1+0.54
Temps de propagation (heures)
R²=0.996
3
2
1
0
b)
35
T = 4.16x103Q−1+0.54
Temps de propagation (heures)
30
R²=1
25
20
15
10
5
0
Figure 4.37 – Temps de propagation (en heures) estimés à partir de régimes permanents : a)
de Bout du Monde à la Jonction en fonction du débit de l’Arve, b) de la Jonction à Pougny en
fonction du débit du Rhône (en m3 /s).
Les chroniques de débit et de concentration mesurées à Bout du Monde sont ensuite décalées
de ce temps de propagation pour établir la relation CP O = f (QP O , QA ).
Relation CP O = f (QP O , QA )
Plusieurs formes de régression sont testées, avec C en g/l, Q en m3 /s :
– méthode 1 CP O = aQbA QcP O ,
– méthode 2 CP O = aQbA QcP O , régression pondérée par la racine du flux à Pougny
– méthode 3 CP O = aQbA QcP O , régression pondérée par le flux à Pougny
– méthode 4 CP O = a(QP O )c .
Pour les méthodes 1 à 3 qui font intervenir le débit de l’Arve, les deux méthodes d’estimation
du temps de propagation (constant ou variable) sont testées.
142
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Mesures
Méthode 1
0.6
Méthode 2
Méthode 3
0.5
Concentration (g/l)
Méthode 4
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
143
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Relation CP Y = f (QA , QP O , QP Y )
Plusieurs formes de régression sont testées, avec C en g/l, Q en m3 /s :
– méthode 1 CP Y = aQbA QcP O QdP Y ,
– méthode 2 CP Y = aQbA QcP O QdP Y régression pondérée par la racine du flux à Pyrimont,
– méthode 3 CP Y = aQbA QcP O QdP Y régression pondérée par le flux à Pyrimont,
– méthode 4 CP Y = a(QP Y )b .
Pour les méthodes 1 à 3 qui font intervenir le débit à Pougny et Bout du Monde, les deux
méthodes d’estimation du temps de propagation (constant ou variable) sont testées.
144
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Mesures
Méthode 1
Méthode 2
0.3
Méthode 3
Concentration (g/l)
Méthode 4
0.2
0.1
0.0
145
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Tableau 4.12 – Incertitudes associées au calcul des masses de MES transportées au niveau
de différentes stations et pour différentes chasses (Les valeurs données pour les sources sont les
valeurs de l’intervalle).
Hétérogénéité Hétérogénéité
Chasse Station Q Mesure C Incertitude élargie
spatiale C temporelle C
Pougny 10% 2,4% 10% 15% 24%
1984 Génissiat 20% 2,4% 0% 15% 29%
Pyrimont 10% 2,4% 10% 15% 24%
Pougny 10% 2,4% 10% 2% 17%
2000
Pyrimont 10% 2,4% 10% 2% 17%
2003 Pougny 10% 2,4% 10% 2% 17%
et Génissiat 20% 2,4% 0% 2% 23%
2012 Pyrimont 10% 2,4% 10% 2% 17%
Il existe une forte variabilité au niveau des masses entrant et sortant de la retenue de Génis-
siat pendant les chasses (Tableau 4.13 et Figure 4.40). Les masses calculées à Pougny et Pyrimont
correspondent aux masses de matières en suspension obtenues à partir de prélèvements de sur-
face, et concernent les argiles et limons. Les masses au barrage de Génissiat incluent toutes les
tailles de sédiments. La mesure à Pyrimont correspond a priori aux sédiments fins sortant du
barrage, qui interagissent peu avec le fond entre le barrage et la station.
La phase de remobilisation, mise en place depuis 1997, assure un désenvasement préalable
de la retenue avant le début des chasses suisses. En 1984, cette phase correspondait juste à la
période d’abaissement de la retenue de Génissiat à 313 m, sans palier à cote basse. Au cours de
la phase de remobilisation, les apports en matières en suspension dans la retenue sont faibles, et
les apports grossiers sont négligeables (cf. paragraphe 4.5.1). La masse évacuée par le barrage au
cours de cette phase est estimée à 2,89 106 t en 2003 et à 1,53 106 t en 2012. La masse transitant
à Pyrimont, correspondant aux sédiments fins est bien inférieure à la masse transitant par le
barrage. Un changement de mode de transport ou un dépôt des sédiments les plus grossiers doit
avoir eu lieu entre le barrage et la station de Pyrimont comme suggéré au paragraphe 4.4.3.
Lors des chasses de 2003 et 2012, les conditions hydrauliques au cours de cette phase ont été
146
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
assez semblables, et les masses de sédiments fins mesurées à Pyrimont étaient proches. En 2003
la contribution de la vanne de fond a été plus importante et a donné lieu à l’évacuation d’une
plus grosse quantité de sédiments grossiers.
La phase de régulation entraîne un dépôt dans la retenue. Les apports des barrages suisses
en sédiments fins sont importants en 1984, 2000 et 2003, avec une masse autour de 1 106 t et
considérables en 2012, avec une masse de 2,8 106 t. Les masses sortant de la retenue sont bien
inférieures aux masses entrant, avec des taux de transferts autour de 20%. En 2003 et 2012,
les masses transitant au barrage et à Pyrimont sont très proches, les sédiments rejetés étant
principalement des sédiments fins (Figure 4.23) car les conditions dans la retenue ne permettent
pas le transport de grandes quantités de sable jusqu’au barrage. En 1984, la retenue a été gérée à
une cote d’environ 313 m durant cette phase, qui permettrait le transport de sédiments grossiers
jusqu’au barrage et la masse mesurée au barrage était plus élevée que celle mesurée à Pyrimont.
a) b)
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5
c) d)
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5
Figure 4.40 – Masse de MES transportées mesurées à Pougny, Génissiat et Pyrimont : a) chasse
de 1984, b) chasse de 2000, c) chasse de 2003, d) chasse de 2012.
147
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Tableau 4.13 – Masse de MES transportées mesurées aux stations de Pougny, Génissiat et
Pyrimont au cours des chasses (en Mt).
Chasse Station flux phase masse phase masse totale
remobilisation régulation
Pougny 0,007 0,787±0,189 0,794±0,191
1984 Génissiat 0,132±0,038 0,747±0,217 0,879±0,255
Pyrimont 0,121±0,029 0,590±0,142 0,711±0,171
Pougny 0,009 1,031±0,175 1,040±0,177
2000
Pyrimont 0,388±0,066 0,450±0,077 0,839±0,143
Pougny 0,011 0,879±0,149 0,890±0,151
2003 Génissiat 2,889±0,578 0,220±0,051 3,109±0,715
Pyrimont 0,751±0,128 0,233±0,040 0,983±0,167
Pougny 0,013 2,777±0,472 2,790±0,474
2012 Génissiat 1,533±0,353 0,565±0,130 2,098±0,483
Pyrimont 0,717±0,122 0,554±0,094 1,270±0,216
148
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
ρd,sa =1550 kg/m3 , ρd,li =1170 kg/m3 et ρd,ar =960 kg/m3 les masses volumiques sèches respec-
tives du sable, limon et argile. La méthode proposée par Lara et Pemberton [1963] ne prend pas
en compte l’interaction entre les différentes classes granulométriques et notamment l’arrange-
ment des particules qui permet d’obtenir des masses volumiques plus élevées qu’en considérant
les classes de façon indépendante. Morris et Fan [1998] soulignent aussi que la masse volumique
sèche des sédiments fins peut augmenter au cours du temps par compaction en fonction de
l’épaisseur des dépôts. Dans la retenue de Génissiat en amont du PK 174, où les dépôts sont
constitués de sables et graviers, Bouchard et Dumond [2000] recommande d’utiliser une masse
volumique ρd,sa =1600 kg/m3 .
Figure 4.41 – Zones d’échantillonnage des propriétés des sédiments dans les retenues de Verbois,
Chancy-Pougny et Génissiat.
Tableau 4.14 – Propriétés des sédiments en place dans les différentes zones d’échantillonnage.
Retenue Zone λar % λli % λsa % ρw (kg/m3 ) wE ρd (kg/m3 ) ρd (kg/m3 )
A 8 92 1870 25 1500 1520
B 4 44 52 1820 28 1420 1360
Verbois C 7 59 34 1850 26 1470 1280
D 9 75 16 1750 31 1340 1210
E 1 13 86 1930 23 1570 1490
a b
F 100 1600 1550
Génissiat G 6c 94 1920 34 1380 1530 d
H 16 84 1740 49 1140 1480
I 70 30 1600 64 975 1280
a. sables ou graviers
b. d’après Bouchard et al. [1999]
c. La distinction des sédiments fins entre argiles et limons n’a pas été faite pour ces échantillons.
d. La masse volumique a été estimée en appliquant la masse volumique du limon aux sédiments fins.
149
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Les mesures de masse volumique disponibles sont limitées dans l’espace et correspondent à
une date de mesure particulière. Leur représentativité est discutable car les caractéristiques et
notamment la granulométrie des sédiments en place peut varier dans le temps.
−2
−3
−4
bilan bathymétrique
masse de MES à Pougny
−5
Figure 4.42 – Bilans sédimentaires de la retenue de Verbois lors des chasses de 1984, 2000, 2003
et 2012.
150
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
151
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
Les incertitudes sur le bilan des entrées/sorties sont très élevés, et parfois supérieures au bilan
estimé, car il s’agit d’une différence de masses.
Le bilan Pougny-Génissiat est toujours inférieur au bilan bathymétrique (Figure 4.43, Ta-
bleau 4.16), c’est à dire qu’il sous-estime le dépôt. Le bilan Verbois-Génissiat donne des valeurs
plus proches du bilan bathymétrique de la retenue de Génissiat. Le bilan Pougny-Pyrimont
est toujours plus faible en valeur absolue que le bilan bathymétrique. Ce bilan montre que la
contribution des sables au bilan sédimentaire de la retenue en chasse n’est pas négligeable.
La différence entre le bilan bathymétrique de la retenue de Génissiat et le bilan Pougny-
Génissiat correspond au flux de sédiments transportés par charriage ou suspension graduée à
Pougny et non pris en compte dans le flux de matières en suspension mesuré (Tableau 4.16).
A partir des incertitudes, les valeurs extrêmes de cette différence sont calculées et donnent une
estimation de la masse de sables transportée. L’ordre de grandeur des extrema estimés diffère
peu selon les événements de chasse. La gamme estimée pour la masse de sables à Pougny est
généralement plus large que celle estimée à partir du bilan des retenues suisses. Une explication
réside dans les incertitudes plus fortes estimées pour la retenue de Génissiat à cause du calcul
d’une différence de flux, à la prise en compte de paramètres supplémentaires comme l’incertitude
sur le volume et à des valeurs plus élevés de l’incertitude type choisies pour la masse volumique
sèche.
3
2
masse (106t)
1
0
−1
bilan bathymétrique
Masse Pougny−Génissiat
−2
Masse Verbois−Génissiat
Masse Pougny−Pyrimont
−3
Figure 4.43 – Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat lors des chasses de 1984, 2003 et
2012.
152
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
supérieure à la masse à Pougny, ce qui n’est pas en accord avec le comblement de la retenue de
Génissiat en périodes d’interchasse (Tableau 4.17).
Le bilan bathymétrique de la retenue de Génissiat est en désaccord avec le bilan des masses
reconstitués pour deux des trois périodes d’interchasse étudiées (Figure 4.44 et tableau 4.18).
Plusieurs raisons peuvent expliquer ces différences. D’une part, les méthodes de reconstruc-
tion n’ont pas pu être validées car on ne dispose pas de suffisamment de données. En outre, les
chroniques de concentration et de débit utilisées pour la reconstruction des flux (de mars 2014
à février 2015 pour la station de Pougny et de juillet 2014 à février 2015 pour la station de
Pyrimont) ne sont peut être pas représentatives du fonctionnement moyen de la retenue lors de
périodes d’interchasse plus longues.
Une des limites de la reconstruction de la concentration à Pougny et Pyrimont peut aussi
résider dans le fait que les méthodes sont bâties à partir de données récentes. La régression
pour la station de Pougny est sensée rendre compte des processus de transfert et de dépôt ou
remobilisation dans les retenues de Verbois et Chancy-Pougny, et la régression pour la station de
Pyrimont inclut en plus la retenue de Génissiat. La modélisation des processus à partir de ces ré-
gressions correspond à la géométrie actuelle des retenues. Or l’analyse hydro-géomorphologique
de la retenue de Génissiat a montré que les conditions hydrauliques correspondant à des géomé-
tries plus anciennes de la retenue de Génissiat étaient plus favorables au dépôt (cf. paragraphes
[Link] et 3.6.6, Figure 3.26). La validité de la méthode de reconstruction de la concentration
à Pyrimont s’en trouve remise en cause pour des périodes anciennes. L’impact de l’envasement
des retenues de Verbois et Chancy-Pougny est plus difficile à prévoir car les variations du com-
blement entre le début et la fin d’une même période d’interchasse sont généralement plus fortes
que les variations de l’envasement sur le long terme qui sont limitées par la remobilisation des
sédiments pendant les opérations de chasses.
2.5
bilan bathymétrique
2.0
Masse (Pougny−Pyrimont)
1.5
masse (106t)
1.0
0.5
−0.5
Figure 4.44 – Bilans sédimentaires de la retenue de Génissiat lors des périodes d’interchasse de
1984 à 1987, 2000 à 2003 et 2003 à 2011.
153
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
154
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
' (
155
4. Dynamique spatio-temporelle du transport de sédiments
156
Modélisation des processus
hydro-sédimentaires de la retenue de
Génissiat
5
5.1 Introduction
L’analyse des processus hydro-sédimentaires de la retenue a montré une dynamique de trans-
port distincte pour les graviers, sables et sédiments fins, dont les contributions au bilan sédi-
mentaire de la retenue sont plus ou moins significatives en fonction des conditions hydrauliques
et selon la position dans la retenue.
L’objectif de la modélisation hydro-sédimentaire est de simuler les processus hydro-sédimentaires
dominants mis en évidence afin de reproduire les évolutions morphologiques de la retenue et les
flux sédimentaires rejetés par le barrage, au cours d’épisodes de chasse et de périodes d’inter-
chasse. Le modèle numérique doit permettre de simuler la propagation des sédiments fins en
suspension le long de la retenue et en aval, ainsi que le dépôt des sédiments fins dans les zones
de faibles vitesses et la remise en suspension des dépôts en cas de conditions hydrauliques fa-
vorables. D’autre part, il doit permettre de simuler la dynamique des sédiments plus grossiers
comme les sables et leur transport par charriage ou suspension graduée ainsi que les échanges
avec le fond.
Afin de répondre à ces objectifs de modélisation, deux codes monodimensionnels vont être
utilisés. Le code adis-ts sera utilisé pour simuler la propagation des sédiments fins par l’écoule-
ment à l’aide d’une équation d’advection-dispersion (cf. partie 5.2.1). Des termes sources basés
sur la contrainte hydraulique permettront de prendre en compte la reprise ou le dépôt. Le code
Rubarbe sera utilisé pour simuler le transport des sédiments plus grossiers (cf. partie 5.2.2). Il
est basé sur l’équation d’Exner et le calcul d’une capacité de transport.
Deux modèles numériques de la retenue vont être construits ainsi à partir de ces codes de
calcul. Les modèles vont d’abord être calés afin de reproduire la dynamique sédimentaire des sé-
diments fins ou grossiers observée sur des événements passés (cf. parties 5.4 et 5.5). Leur capacité
à reproduire la dynamique sera vérifiée sur d’autres événements. La modélisation sédimentaire
permettra aussi d’obtenir une meilleure compréhension des processus clés de la retenue. Enfin,
les modèles seront utilisés dans un but prédictif afin d’analyser différents scénarios de gestion
sédimentaire futurs (cf. partie 5.8).
157
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
(E − D) = aP D ws (Ceq − C) (5.2)
où Ceq est la concentration d’équilibre, ws est la vitesse de chute du sédiment estimée à partir
de la formule de Camenen [2007], aP D est un paramètre de calage qui contrôle l’intensité des
taux de dépôt et d’érosion. Armanini et Di Silvio [1988] le présentent comme un paramètre
d’adaptation à l’équilibre. Dans le cas limite d’une concentration Ceq =0, le flux de dépôt est
D = aP D ws C, et l’utilisation d’une valeur aP D =1 permet de retrouver le flux de chute observé
par Krone [1962]. Cette formulation des termes source s’appuie sur la théorie de Sanford et Halka
[1993] selon laquelle le dépôt et l’érosion des sédiments fins peuvent avoir lieu simultanément.
Les taux d’érosion et de dépôt sont estimés pour le lit mineur (m) et le lit moyen (M), en
supposant une concentration homogène dans la section et à partir de la répartition de débit
estimée par la formule Debord [Nicollet et Uan, 1979] :
où Wm/M est la largeur du lit mineur/moyen. L’érosion d’une population est possible tant que
ce sédiment est disponible dans la maille.
La concentration à l’équilibre est calculée pour le lit mineur et le lit moyen (Équation 5.4) :
⎧
⎪ τef f,m/M τef f,m/M
⎨ C0 −1 si >1
Ceq,m/M = τc τc (5.4)
⎪ τeff,m/M
⎩ 0 si ≤1
τc
où τef f,m/M est la contrainte efficace de cisaillement sur le fond, respectivement dans le lit
mineur et le lit moyen, τc est la contrainte critique de mise en mouvement. C0 est un paramètre
de calage qui contrôle la capacité de resuspension des sédiments. Si τef f,m/M ≤ /τc , il n’y a pas
d’érosion et seul le paramètre aP D a de l’influence. Si τef f,m/M > /τc , le taux d’érosion dépend
du produit aP D C0 .
158
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
La valeur par défaut de la contrainte critique est estimée à partir de la formule de Soulsby
[1997] pour la contrainte critique adimensionnelle correspondant à la courbe de Shields (cf.
Équation 3.20), mais le modèle permet de choisir une autre valeur pour prendre en compte par
exemple des effets de consolidation.
La contrainte efficace est basée sur la rugosité du fond :
2
ρgUm/M
τef f,m/M = 1/3
(5.5)
2
Kp,m/M RH,m/M
où Um/M , Kp,m/M , RH,m/M sont les vitesses moyennes dans la section, coefficients de Strickler
et rayons hydrauliques dans le lit mineur et le lit moyen respectivement. Cette formulation de
la contrainte efficace peut s’écrire τef f = τ (K/Kp )2 , et diffère légèrement de la formulation
proposée par Meyer Peter et Müller [1948] qui s’écrit τef f = τ (K/Kp )3/2 .
Le coefficient de Strickler de peau est estimé à partir de la formule :
26
Kp,m/M = 1/6
(5.6)
dmax
où dmax est la taille du plus gros sédiment déposé au fond dans le modèle.
Le code Adis-ts permet de décrire les dépôts initiaux au fond avec une seule couche homo-
gène sur la verticale mais dont l’épaisseur et la composition peuvent varier longitudinalement
et aussi entre lits mineur/moyen. L’utilisateur définit des tronçons sur lesquels il renseigne une
épaisseur de dépôt pour chaque population de sédiments en lit mineur et lit moyen. L’épaisseur
est convertie en masse disponible par maille de calcul par le code à partir d’une masse volumique
solide et d’une porosité, données par l’utilisateur. Il n’y a pas d’interaction entre classes au fond.
Le bilan de masse du modèle s’écrit pour chaque population de sédiments :
où ΔMeau, f ond est la variation du stock au fond et dans l’eau, Msortant est la masse sortant du
modèle, Mentrant est la masse entrant dans le modèle.
Un bilan de masse non nul traduit un défaut du modèle en terme de conservation de la
masse. Lorsque le bilan est positif, la simulation crée de la matière dans la maille. A l’inverse,
si le bilan est négatif, il y a perte de matière.
5.2.2 RubarBE
[Link] Formulation du transport solide
rubarbe est une version du code rubar3 qui permet de simuler le transport de sédiments
et la déformation du lit [Paquier, 2013; El Kadi Abderrezzak et Paquier, 2009].
L’équation d’Exner est une équation de conservation de la masse qui traduit l’évolution du
fond liée au transport solide :
dQs ∂As
+ (1 − p) =0 (5.8)
dx ∂t
où Qs est le débit solide, p est la porosité des sédiments en place, As est la section solide.
Le débit solide Qs est estimé à partir de la capacité de transport Qcap
s via une loi de charge-
ment qui permet de simuler le transport sédimentaire en dehors de l’équilibre :
dQs Qcap − Qs
= s (5.9)
dx Dchar
où Dchar est la distance de chargement.
La distance de chargement est un paramètre qui traduit l’inertie spatiale du débit solide
par rapport à l’écoulement. En effet, en cas de modification des conditions hydrodynamiques, le
159
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
débit solide n’atteint pas instantanément la nouvelle capacité de transport [Armanini et Di Silvio,
1988]. De plus, les lois permettant de calculer la capacité de transport ont été établies pour des
écoulements permanents et uniformes. En dehors de ces hypothèses, le débit solide peut s’écarter
de la capacité de transport. Pour le charriage, la distance de chargement est théoriquement
très faible devant la taille de la maille du modèle. Cependant, elle est souvent utilisée comme
paramètre de calage, intégrant un terme de diffusion lié à la description discrète du fond. Dans
le cas d’une suspension prédominante, elle peut être calculée par la formule de Han [1980] :
u∗
Dchar = αH (5.10)
ws
où αH est un paramètre de calage, u∗ est la vitesse de cisaillement et ws est la vitesse de chute
des sédiments.
160
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
où qscap est la capacité solide unitaire en m2 /s, τef f est la contrainte efficace, ρ et ρs sont
respectivement les masses volumiques de l’eau et du sédiment, g est l’accélération de la
pesanteur, d50 est le diamètre médian des grains, τc est la contrainte critique. Sa gamme
d’application s’étend sur des diamètres 0,4 mm<d<30 mm et une étendue granulométrique
σ < 1, 5,
– La formule d’Engelund et Hansen [1967] est une loi de transport total sans seuil, basée sur
la contrainte de forme assimilée à la contrainte totale :
3/2
0, 05U 2 Rh J 3/2
qscap = √ (5.13)
d50 δ 2 g
161
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
où T∗ = (τef f − τc )/τc est la contrainte réduite, d∗ = d50 (gδ/ν 2 )1/3 est le diamètre adi-
mensionnel, où ν est la viscosité cinématique de l’eau,
Cza est la concentration de référence :
T∗1,5
Cza = 0, 015 d50 (5.16)
za d0,5
∗
162
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
(τj − τc,j )m
Δzj = ΔS (5.20)
(τj − τc,j )m Δyj
où Δzj est l’abaissement de la cote du point j, Δyj est la largeur élémentaire du point j, ΔS est
la surface à éroder, estimée d’après le bilan sédimentaire. m correspond à l’exposant appliqué à
la contrainte dans la formule de transport.
Trois modes de dépôts ont été sélectionnés pour la déformation de la section et peuvent être
représentatifs d’un niveau de turbulence variable, notamment du paramètre de Rouse R :
– Dépôt uniforme sur le périmètre mouillé (option 2), qui semble valide si R«1,
163
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
– Dépôt fonction de (τc,j − ζτj )m , où ζ = est défini tel que le dépôt soit plus fort aux points
de la section où l’écart entre la contrainte et la contrainte critique est plus grand (option
4), valide si R<1 :
(τc,j − ζτj )m
Δzj = ΔS (5.21)
(τc,j − ζτj )m Δyj
– Dépôt fonction de τjm (option 6), valide si R ≈1 :
(τj )m
Δzj = ΔS (5.22)
(τj )m Δyj
Cette dernière méthode de dépôt fournit une déformation de la section quasi symétrique
à la méthode d’érosion. Latapie [2011] a montré que cette méthode donnait les évolutions
de section les plus réalistes sur la Loire Moyenne. Elle est donc choisie pour les premières
simulations à partir du modèle de la retenue de Génissiat.
164
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
est calculé pour chaque population et cette valeur est utilisée dans le modèle. L’utilisation de
ce diamètre caractéristique au lieu du diamètre médian a un effet négligeable sur la valeur de la
contrainte critique calculée par le modèle.
Les propriétés physiques des sédiments utilisés dans le modèle sont présentés tableau [Link].
La vitesse de chute et la contrainte critique sont calculées par des formules implémentées dans
le code, respectivement la formule de Camenen [2007] (cf. équation 1.4) et la formule de Soulsby
[1997] (cf. équation 3.20). La densité et la porosité des sédiments ne sont utilisées dans le modèle
que pour convertir la condition initiale définie par une épaisseur de matériaux en place pour
chaque classe de sédiment en masse de sédiments disponible. Pour les sables, les valeurs utilisées
permettent d’obtenir une masse volumique des dépôts en place de l’ordre de 1600 kg/m3 , ce qui
est conforme aux valeurs proposées tableau 4.14. Pour les sédiments fins, une valeur légèrement
plus faible de la porosité est utilisée, ce qui donne une masse volumique des dépôts en place
de l’ordre de 1450 kg/m3 . Cette valeur est légèrement supérieure aux valeurs mesurées in situ
et agit dans le sens d’une surestimation de la masse de sédiments en place, qui a une influence
négligeable sur le calcul au regard de l’épaisseur importante de sédiments présents dans cette
partie de la retenue.
165
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
partie aval varie dans le temps, mais une description plus fine n’est pas possible par manque de
données.
166
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
167
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Ainsi, la concentration dans l’évacuateur dépend des conditions locales. La contrainte locale
peut être estimée en considérant le système talus/évacuateur comme un système indépendant.
Ensuite, une formule empirique est proposée pour estimer la concentration dans l’évacuateur :
τERD
CERD = αERD −1 (5.25)
τc
où τERD est la contrainte locale, τc est une contrainte critique fixée à 0,15 Pa, ce qui correspond
à la contrainte de mise en mouvement des argiles et limons calculée à partir de la formule de
Soulsby [1997] (cf. tableau ) et αERD est un paramètre de calage.
Pour représenter l’usine, la concentration moyenne dans la section est utilisée.
La différence entre le flux moyen et le flux rejeté par les différentes vannes du barrage est :
3
ΔΦ = Q̄C̄ − Qi Ci (5.26)
i=1
168
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tableau 5.4 – Masses de sédiments transportés mesurées et calculées en fonction du calage des
paramètres aP D and C0 (Lorsqu’il n’y a qu’une seule valeur du paramètre, celle-ci est utilisée
pour toutes les classes. Lorsqu’il y a six valeurs, elles correspondent aux valeurs attribuées par
taille croissante, des argiles aux sables moyens, cf. tableau [Link]).
Une valeur aP D =1 correspondant aux expériences de Krone [1962] a d’abord été choisie
pour toutes les classes de sédiments. Deux valeurs de C0 identiques pour toutes les tailles ont été
testées C0 =1 et C0 =0,1 (tests 2000-1 et 2000-2). Un paramètre C0 =1 induit une surestimation les
flux à Grésin et Malpertuis alors que C0 =0,1 induit une sous-estimation (Tableau 5.4). L’étape
suivante a consisté à caler C0 afin de reproduire la concentration au niveau de la station de
Grésin où seuls des sables ont été mesurés (cf. paragraphe 4.4.1). Une valeur C0 =0,2 a permis
de reproduire la masse de sables à Grésin (test 2000-3). Néanmoins, la masse à Malpertuis était
sous-estimée.
Un coefficient C0 variable selon la taille du sédiment a donc été envisagé. C0 a été calé pour
les sédiments fins afin de reproduire les concentrations au niveau des stations de Bellegarde et
Malpertuis (test 2000-4). Pour l’argile et les limons fins, le coefficient C0 obtenu est égal à 1.
Puis il décroit pour les limons grossiers.
Une analyse de sensibilité à ces coefficients a été réalisée. Pour chaque test, un paramètre
aP D ou C0 a été fixé à sa valeur calée (correspondant au test 2000-4), et l’autre paramètre a été
doublé et divisé par 2. Pour la simulation de la chasse de 2000, doubler ou diminuer de moitié la
valeur du coefficient aP D a peu d’influence, l’écart entre la masse mesurée et simulée est inférieur
à l’incertitude de mesure (Tableau 5.4). Par contre, doubler ou diminuer de moitié la valeur du
coefficient C0 a plus d’impact puisque l’écart entre la masse mesurée et simulée est supérieur à
l’incertitude.
Le calage utilisé dans le test 2000-4 semble satisfaisant. Les concentrations simulées à partir
de ce calage sont représentées figure 5.2. Le modèle reproduit assez fidèlement la concentration
169
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
aux différentes stations. A Grésin, le modèle reproduit le signal de base mesuré pendant la phase
de remobilisation mais ne simule pas de pics de concentration, dont la légitimité a été discutée
au paragraphe 4.4.1. Le même type d’écart est observé à Bellegarde et à Malpertuis. L’évolution
le long de la retenue de la proportion simulée de sables et de fines en suspension est proche des
mesures. Néanmoins, les variations temporelles de la distribution granulométrique des sédiments
en suspension au sein d’une station de mesure entre le début et la fin de l’abaissement ne sont
pas bien reproduites par le modèle. Cela pourrait être attribué à une limitation du modèle dans
lequel le fond est décrit par une seule couche homogène qui ne permet pas de reproduire l’érosion
de strates présentant des caractéristiques différentes.
170
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
171
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
1) 2)
30
30
fines+sables (modèle)
fines (modèle)
25
25
sables (modèle)
Concentration (g/l)
Concentration (g/l)
mesures
20
20
15
15
10
10
5
5
0
30
25
25
Concentration (g/l)
Concentration (g/l)
20
20
15
15
10
10
5
5
0
La sensibilité à l’apport amont est aussi analysée à partir du bilan bathymétrique simulé. Le
bilan bathymétrique a été estimé à partir des masses déposées ou érodées par tronçon simulées
par le modèle, converties en volume à partir de la masse volumique sèche des matériaux (cf.
tableau 4.14). La valeur du bilan augmente logiquement avec l’apport de sable. Le modèle sous-
estime les dépôts dans la retenue par rapport aux mesures, ce qui aboutit à un bilan simulé
inférieur au bilan calculé (Tableau 5.6). Le bilan de masse du modèle indique qu’un problème
de conservation de la matière a lieu pour chaque simulation, en particulier pour les sables fins
et moyens et correspond au total à environ 10% du bilan. Le bilan le plus réaliste est obtenu
pour un apport en sables équivalent à 60% de l’apport en sédiments fins, si on tient compte des
incertitudes et du bilan de masse du modèle.
172
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tableau 5.6 – Analyse de sensibilité du modèle aux apports en sable : comparaison des bilans
bathymétriques.
Afin de mieux comprendre les différences entre les bilans bathymétriques modélisés et simulés,
le bilan par tronçon a été calculé (Figure 5.5). Il a été obtenu en divisant le masse déposée ou
érodée par tronçon estimée par le modèle par la masse volumique des sédiments en place (cf.
paragraphe [Link]). L’incertitude sur la masse volumique est aussi prise en compte. Pour des
apports de sable non nuls, de plus forts dépôts sont observés dans la partie amont de la retenue,
au niveau de l’Étournel. Entre les PK 178 et 171,75, dans la zone dominée par le transport
de sables, la dynamique et les volumes sont bien reproduits, et on n’observe pas de différences
significatives entre les trois types d’apport amont simulés. C’est en accord avec l’estimation
correcte par le modèle de la masse de sédiments transportés à Bellegarde (PK 169).
C’est en aval du PK 169,25 que le modèle ne reproduit pas suffisamment de dépôt. Quelque-
soit l’apport amont en sable, le volume déposé dans les tronçons en aval du PK 169,25 est de 0,34
106 m3 alors que le volume issu des mesures bathymétriques correspond à 0,58 106 m3 . Ces dépôts
simulés par le modèle correspondent à des sédiments fins, avec le diamètre médian des dépôts qui
décroit de 170 μm au PK 169,25 à 15 μm au PK 162,41. Une partie de ces dépôts de sédiments
fins non reproduits par le modèle pourrait être attribuée aux dépôts réalisés au cours des deux
mois écoulés entre la mesure bathymétrique pré-chasse et le début de la chasse et des deux
mois écoulés entre la fin de la chasse et la mesure bathymétrique post-chasse. Cette hypothèse
n’est pas vérifiable car les données nécessaires à ce calcul, comme la cote de la retenue ou les
apports sédimentaires dans la retenue ne sont pas disponibles sur ces périodes. De plus, pour
cette simulation réalisée à partir du modèle monodimensionnel uniquement, la masse estimée
en sortie du modèle est estimée à partir de la concentration moyenne dans la section, et non
à partir de la concentration et du débit transitant par chaque vanne. Cela peut entrainer des
différences au niveau du bilan du dernier tronçon.
173
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Figure 5.5 – Bilans volumiques simulés et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 1984 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b) apport nul, c)
apport 60%.
Sédiment Argile Limon fin Limon grossier Sable très fin Sable fin Sable moyen
C0 1 1 0,5 0,2 0,2 0,2
L’apport amont est à déterminer pour chaque scénario, c’est pourquoi une analyse de sensi-
bilité à ce paramètre sera effectuée pour chaque calcul.
174
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tableau 5.8 – Bilans de la retenue estimés en fonction de l’apport en sable pour la chasse de
2012 et comparaison avec la mesure.
175
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
a)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0 0.4
T20 T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
b)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0 0.4
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
c)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0 0.4
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
d)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0 0.4
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône
Figure 5.6 – Bilan volumique simulé et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2012 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b) apport nul, c)
apport 30%, d) apport 60%.
176
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
simulées chutent avec un décalage temporel par rapport aux mesures d’environ 4 heures. Cette
différence est plutôt attribuée au modèle Adis-ts qui ne prend pas en compte l’impact de la
décélération de l’écoulement sur le transport.
Au cours de la phase de régulation, le premier pic de concentration (le 11/06) est surestimé,
le modèle Adis-ts ne semble pas déposer suffisamment dans la retenue. Au cours de cette phase,
le modèle fait déposer tout les sables et les limons grossiers avant les vannes, et seuls les argiles
et limons fins atteignent le barrage. Par suite, le gradient vertical estimé par le module est faible.
En réalité, des sables ont été échantillonnés dans la vanne de fond au cours de la chasse (Figure
4.23). La présence de sable parmi les dépôts dans la partie aval de la retenue suggère que les
sables mesurés dans la vanne de fond pourraient provenir de la reprise locale de dépôts près
du barrage qui n’est pas prise en compte par le modèle. Le second pic observé dans la vanne
de demi-fond est assez bien reproduit par le modèle. Pour l’évacuateur de surface, un calage
a permis d’obtenir une valeur α=0.03 pour la loi empirique (cf. Équation 5.25). Un très bon
accord est obtenu entre le modèle et les mesures.
a) b)
50
25
Concentration (g/l)
Concentration (g/l)
40
20
30
15
20
10
10
5
0
c)
8
fines+sables (modèle)
7
fines (modèle)
Concentration (g/l)
sables (modèle)
6
mesures
5
4
3
2
1
0
Figure 5.7 – Comparaison entre les concentrations simulées et mesurées au barrage de Génissiat
au cours de la chasse de 2012 : a) Vanne de fond, b) Vanne de demi-fond, c) Évacuateur de surface.
Afin d’évaluer la contribution du module, les masses passant dans les vannes du barrage ont
été calculées en utilisant ou non le module « barrage ». Les deux phases de la chasse ont été
distinguées (Tableau 5.9). L’estimation des masses transportées est améliorée par l’utilisation du
module « barrage », en particulier pour la vanne de fond et l’évacuateur de surface. Pour la vanne
de demi-fond, les résultats sont moins probants car la concentration dans cette vanne est proche
de la concentration moyenne estimée par le modèle 1D. A l’échelle des phase de remobilisation et
de régulation, le module permet une bonne estimation des masses passant dans chaque vanne. La
valeur simulée par le module est proche de la valeur mesurée si on tient compte des incertitudes
associées à la mesure.
177
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tableau 5.9 – Masses simulés et mesurés transportées dans les vannes du barrage de Génissiat
durant la chasse de 2012.
a) b)
40
40
Concentration (g/l)
Concentration (g/l)
30
30
20
20
10
10
0
c)
30
fines+sables (modèle)
25
fines (modèle)
Concentration (g/l)
sables (modèle)
20
mesures
15
10
5
0
178
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tableau 5.10 – Bilans de la retenue estimés en fonction de l’apport en sable pour la chasse de
2003 et comparaison avec la mesure.
179
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
mesure
−0.2
−0.6
modèle
0.2 0.4 0.6
Volume ( 106m3)
−0.2
−0.6
Figure 5.9 – Bilan volumique simulé et mesuré dans la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2003 en fonction de la condition limite amont en sable : a) Mesures, b) apport nul, c)
apport 60%.
180
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
a) b)
50
25
Concentration (g/l)
Concentration (g/l)
40
20
30
15
20
10
10
5
0
0
17/05/2003 21/05/2003 25/05/2003 29/05/2003 17/05/2003 21/05/2003 25/05/2003 29/05/2003
c) d)
25
25
fines+sables (modèle)
fines (modèle)
Concentration (g/l)
Concentration (g/l)
20
20
sables (modèle)
mesures
15
15
10
10
5
5
0
L’utilisation du module « barrage » améliore l’estimation de la masse passant par les vannes
durant la première phase de la chasse de 2003 (Tableau 5.11). Au cours de la seconde phase,
la contribution du module « barrage » n’est pas vraiment significative pour les masses sortant
du barrage. Pour toute la chasse, l’utilisation du module « barrage » a peu d’influence sur les
résultats obtenus à Seyssel, puisque des masses similaires sont obtenues avec les deux modèles.
En effet, les sédiments en suspension à Seyssel sont principalement des argiles et des limons
(cf. paragraphe 4.4.3). Au cours de la chasse de 2003, le niveau relativement bas de la retenue
a permis un bon mélange des argiles et limons, dont la concentration était uniforme entre la
vanne de fond et la vanne de demi-fond. De fait, pour les argiles et limons, la concentration
moyenne dans la section était représentative des concentrations dans les vannes de fond et de
demi-fond. Néanmoins, dans le cas d’une ouverture de l’évacuateur de surface, où le gradient est
plus marqué (comme au cours de la chasse de 2012), l’utilisation du module permet de mieux
estimer la masse à Seyssel.
Tableau 5.11 – Masses transportées simulées et mesurées dans les vannes du barrage de Gé-
nissiat et dans la retenue de Seyssel durant la chasse de 2003.
181
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Figure 5.11 – Concentrations simulée et mesurée à Pyrimont entre juillet et août 2014.
182
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
183
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tableau 5.12 – Granulométrie des dépôts de sédiments dans les tronçons du modèle.
Pour chaque épisode que l’on souhaite simuler, l’épaisseur de sédiments disponible doit être
déterminée.
184
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Le scénario de la chasse de 2003 a été sélectionné pour réaliser le calage du modèle. On observe
de l’érosion dans les tronçons T1 à T5 où le fond est constitué de graviers, avec un dépôt dans
les tronçons T6 et T7, le volume déposé étant proche du volume érodé en amont. Ces évolutions
sont principalement localisées au niveau du chenal. Ce dépôt pourrait donc correspondre au
dépôt des sédiments érodés en amont. Néanmoins, aucune mesure ne permet de confirmer cette
hypothèse. En particulier, le modèle Adis-ts a montré que le tronçon T6 pouvait être affecté
par des dépôts de sables en cas d’apport amont (cf. paragraphe 5.4.4). Il semble donc difficile
d’expliquer la dynamique observée dans les tronçons amont. Dans les tronçons T11 à T15 de
l’érosion est observée et les sédiments en place sont des sables (Figure 5.12).
185
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tableau 5.13 – Épaisseurs des couches de sédiments en place dans les tronçons du modèle
Rubarbe de la chasse de 2003.
186
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
187
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
188
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
189
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Figure 5.15 – Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2003 en fonction de la distance de chargement : a) mesure, b) Dchar =50 m, c) loi de
Han αH =100.
190
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
191
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
192
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Figure 5.17 – Déformation des sections observées et simulées par le modèle : a) PK 181,2
(dépôt), b) PK 176,9 (érosion).
193
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Figure 5.18 – Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de la
chasse de 2003 en fonction des apports amonts : a) mesure, b) apport Qcap
s , d50 =0,4 mm, c)
apport nul, d) apport Qcap
s , d 50 =1 mm, e) apport Qcap
s , d 50 =0,2 mm.
194
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tronçon T1 T2 T3 T4 T5 T9 PK 169,5-169,25
d50 initial 60 mm 50 mm 35 mm 25 mm 30 mm 15 mm inérodable
d50 corrigé 40 mm 30 mm 25 mm 10 mm 15 mm 30 mm inérodable
A partir de cette nouvelle description des sédiments en place, deux tests sont réalisés :
– un test reprenant les paramètres de calage sélectionnés précédemment (test 03-1010b),
– un test reprenant les paramètres de calage sélectionnés précédemment mais en supprimant
le coefficient multiplicateur de la capacité solide (test 03-101b).
La correction de la granulométrie des sédiments en place ne permet pas d’améliorer les résul-
tats dans les biefs amont T1 à T5 (Figure 5.19 et tableau 5.17). En effet, l’érosion n’est toujours
pas reproduite. Ces résultats montrent certainement une limitation de la modélisation monodi-
mensionnelle dans la zone, qui présente une géométrie complexe avec des chenaux multiples. La
correction du diamètre dans le tronçon T9 permet de réduire l’érosion produite par rapport à
l’ancienne description, mais pas de façon suffisante. Les résultats obtenus pour les tronçon T11
et T12 sont dégradés par rapport à la description initiale si on conserve le calage initial. Le
bilan global de la retenue avec la nouvelle description est plus satisfaisant lorsque le paramètre
multiplicateur de la capacité solide est égal à 1.
195
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
a)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
b)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
c)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
d)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
e)
Volume ( 106m3)
−0.3 −0.1 0.1
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône
Figure 5.19 – Bilan volumique des tronçons amont de la retenue de Génissiat au cours de
la chasse de 2003 en fonction des apports amonts : a) mesure, b) granulométrie corrigée
Qcap,V
s
R
×0,7, c) granulométrie corrigée Qcap,V
s
R
×0,7 c) granulométrie corrigée Qcap,V
s
R
.
196
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
– Capacité de transport estimée par la loi de transport de Van Rijn, avec un coefficient
multiplicateur 0,7
– Distance de chargement obtenue par la loi de Han, avec un coefficient αH =100,
– Méthode de dépôt proportionnelle à la contrainte,
– Condition limite amont correspondant à la capacité de transport calculée pour un diamètre
d50 =0,4 mm lorsque les barrages amont sont ouverts, apport nul sinon.
197
Bilan volumique (106 m3 )
T1-T14 T1 T2 T3 T4 T5 T6 T7 T8 T9 T10 T11 T12 T13 T14
mesure -0,46 -0,002 -0,008 -0,014 -0,037 -0,035 0,063 0,027 -0,004 -0,005 -0,050 -0,195 -0,070 -0,094 -0,037
±0,061 ± 0,001 ± 0,002 ± 0,005 ± 0,006 ± 0,009 ± 0,009 ± 0,005 ± 0,002 ± 0,006 ± 0,006 ± 0,035 ± 0,018 ± 0,040 ± 0,014
03-1 0,048 0,009 0,014 0,001 0,002 0,004 0,006 0,007 0,001 0,001 -0,005 -0,002 0,009 -0,004 0,006
03-2 0,38 0,089 0,146 0,091 0,045 0,018 0,004 0,004 -0,001 -0,033 -0,037 -0,041 0,087 -0,064 0,072
03-3 0,023 -0,002 0,002 -0,007 -0,002 0,003 -0,003 0,001 0,002 0,009 -0,006 0,004 0,014 -0,028 0,037
03-10 0,081 0,101 0,081 0,074 0,064 0,043 0,012 0,020 -0,014 -0,046 -0,048 -0,164 0,065 -0,088 -0,020
03-103 -0,811 0,087 0,010 0,021 0,008 0,015 0,005 0,016 -0,016 -0,054 -0,045 -0,332 -0,151 -0,232 -0,144
03-101 -0,762 0,001 -0,001 0,005 0,029 0,026 0,051 0,012 -0,013 -0,070 -0,042 -0,318 -0,092 -0,218 -0,132
03-1014 -0,456 0,002 0,001 0,034 0,030 0,023 0,025 0,014 -0,013 -0,067 -0,042 -0,244 -0,007 -0,144 -0,068
03-1010 -0,481 0,001 0 0,008 0,016 0,023 0,037 0,010 -0,010 -0,052 -0,047 -0,193 -0,037 -0,172 -0,068
03-1015 -0,505 -0,001 -0,003 0,019 0,019 0,009 0,021 0,010 -0,012 -0,050 -0,048 -0,179 0,018 -0,216 -0,094
03-1017 -1,118 0 0,001 0,004 0,007 0,013 -0,007 -0,014 -0,028 -0,077 -0,044 -0,362 -0,148 -0,283 -0,179
03-1016 -0,582 0 0 0 0,001 -0,003 0 0,010 -0,010 -0,051 -0,047 -0,191 -0,053 -0,171 -0,068
03-1018 -0,522 0,002 0 0,015 0,018 0,014 0,008 0,010 -0,010 -0,051 -0,047 -0,192 -0,051 -0,172 -0,068
03-1019 -0,498 -0,003 -0,002 0,019 0,020 0,017 0,030 0,011 -0,010 -0,051 -0,047 -0,192 -0,050 -0,171 -0,069
03-1010b -0,262 0,001 -0,003 0,013 0,012 0,018 0,050 0,012 -0,009 -0,021 -0,052 -0,146 0,011 -0,025 -0,122
03-101b -0,452 0,000 -0,003 0,011 0,015 0,027 0,060 0,014 -0,010 -0,022 -0,050 -0,253 -0,001 -0,090 -0,147
Tableau 5.17 – Bilan volumique pour les tronçons T1 à T14, global et par tronçon. Pour chaque test et chaque tronçon, la cellule est colorée si
l’écart entre les valeurs simulée et mesurée est inférieur à l’incertitude de mesure (avec une tolérance de 1000 m3 ).
T1-T14 T1 T2 T3 T4 T5 T6 T7 T8 T9 T10 T11 T12 T13 T14
03-1 1,037 0,018 0,034 0,022 0,061 0,062 -0,090 -0,032 0,008 0,010 0,069 0,302 0,123 0,140 0,068
03-2 1,654 0,142 0,240 0,163 0,127 0,083 -0,092 -0,036 0,005 -0,043 0,020 0,240 0,246 0,047 0,171
03-3 1,043 -0,001 0,016 0,011 0,054 0,060 -0,103 -0,041 0,008 0,022 0,068 0,310 0,131 0,103 0,116
03-10 1,185 0,160 0,138 0,137 0,157 0,122 -0,080 -0,011 -0,016 -0,063 0,003 0,049 0,211 0,010 0,027
03-103 1,300 0,138 0,028 0,054 0,069 0,079 -0,091 -0,017 -0,019 -0,076 0,007 -0,213 -0,126 -0,216 -0,166
03-101 0,980 0,004 0,010 0,029 0,102 0,097 -0,020 -0,024 -0,015 -0,101 0,012 -0,191 -0,034 -0,194 -0,147
03-1014 0,793 0,005 0,014 0,074 0,104 0,091 -0,061 -0,020 -0,015 -0,096 0,012 -0,076 0,099 -0,078 -0,049
03-1010 0,604 0,005 0,012 0,034 0,083 0,090 -0,042 -0,026 -0,010 -0,072 0,005 0,004 0,053 -0,121 -0,048
03-1015 0,839 0,001 0,008 0,051 0,086 0,070 -0,066 -0,027 -0,013 -0,070 0,003 0,026 0,138 -0,191 -0,089
03-1017 1,422 0,002 0,014 0,027 0,069 0,076 -0,110 -0,063 -0,039 -0,112 0,010 -0,261 -0,122 -0,295 -0,221
03-1016 0,558 0,002 0,012 0,021 0,058 0,051 -0,099 -0,026 -0,010 -0,072 0,005 0,006 0,026 -0,120 -0,048
03-1018 0,631 0,006 0,013 0,045 0,086 0,077 -0,086 -0,026 -0,010 -0,072 0,005 0,005 0,031 -0,121 -0,048
03-1019 0,602 -0,002 0,010 0,051 0,088 0,082 -0,052 -0,025 -0,010 -0,072 0,005 0,005 0,031 -0,120 -0,049
03-1010b 0,737 0,004 0,008 0,042 0,076 0,083 -0,022 -0,023 -0,009 -0,024 -0,004 0,077 0,127 0,107 -0,132
03-101b 0,665 0,003 0,008 0,039 0,080 0,097 -0,005 -0,021 -0,011 -0,026 -0,001 -0,090 0,108 0,006 -0,172
Tableau 5.19 – Performance du modèle par simulation pour les tronçons T1 à T14, globale et par tronçon. Pour chaque tronçon, la cellule colorée
correspond au meilleur indice de performance obtenu parmi les différents tests.
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Tableau 5.20 – Épaisseurs des couches de sédiments en place dans les tronçons du modèle
Rubarbe de la chasse de 1984.
Résultats du modèle
A l’amont, le modèle reproduit le dépôt dans les biefs T3 et T4 mais de façon surestimée
(Figure 5.20). La dynamique des tronçons T9 à T11 est bien reproduite par le modèle. En aval,
les évolutions morphologiques ne sont pas reproduites car elles sont plutôt associées au transport
des sédiments fins, comme l’a montré la simulation de cet événement avec le modèle Adis-ts
(cf. paragraphe [Link]).
200
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
201
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Figure 5.21 – Transport par charriage au Pont-Carnot au cours de la chasse de 2012 : a) flux
simulés et mesurés, b) Diamètres médians simulés et mesurés.
5.7.1 Comparaison des modèles Adis-TS et RubarBE : cas test d’une opéra-
tion de chasse simplifiée
Un cas test correspondant à un protocole de chasse est utilisé pour comparer les deux modèles
Adis-ts et Rubarbe sur le transport des sables uniquement, dont la dynamique peut être
théoriquement simulée par les deux modèles.
Le scénario comprend une première phase d’abaissement de la retenue, avec un débit support
de 300 m3 /s et un palier à la cote 305 m et des apports amont nuls, puis une phase correspondant
à la remontée de la retenue à une cote 315 m, avec un débit support de 600 m3 /s et un apport de
1 g/l de sable de 400 μm (Figure 5.22). Les sédiments en place dans le modèle sont uniquement
des sables : une couche de sédiments de 400 μm de 8 m d’épaisseur entre les PK 178,07 et le
PK 171,75, et une couche de sédiments de 200 μm de 10 m d’épaisseur entre les PK 171,75 et
167,75. Sur le reste de la retenue, le fond est inérodable.
202
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
700
2.5
Cote au barrage
325
Débit amont
2
Concentration amont
Concentration (g/l)
500
320
Débit (m3/s)
1.5
Cote (m)
315
300
1
310
0.5
100
305
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Temps (jours)
Le test de référence est le cas-test 1 réalisé avec Rubarbe et prenant en compte le transport
total et l’évolution des fonds. D’autres simulations sont réalisées avec le modèle Rubarbe et
permettent de tester individuellement l’impact de la prise en compte ou non de certains proces-
sus, comme l’évolution des fonds, ou en séparant le transport par charriage et le transport par
suspension dans la loi de Van Rijn (Équation 5.15).
L’évolution temporelle des concentrations simulées par les différents modèles est présentée à
différentes localisations dans la retenue (Figure 5.23). A l’amont, il n’y a pas de sables dispo-
nibles dans le modèle, aucun flux n’est donc observé au Pont Carnot lors de la première phase
correspondant à des apports nuls (Figure 5.23 a). Durant la seconde phase l’apport amont est
non nul. Au Pont Carnot, la prise en compte de l’évolution des fonds dans Rubarbe (cas-test-1
et cas-test-4) reproduit une concentration qui augmente avec le temps, alors que la concentration
reste constante sans évolution des fonds (cas-test-2 et cas-test-5). L’évolution des fonds, qui per-
met de reproduire l’adaptation de la géométrie du modèle aux apports sédimentaires a donc un
impact sur les flux transportés. Avec la formule de charriage uniquement (cas-test-3), la capacité
de transport est faible et la concentration simulée au Pont-Carnot est faible. Les tests utilisant
seulement la formule de suspension donnent des concentrations plus élevées qu’avec le transport
total car la part de sédiments entrant transportée par charriage a été déposée dans l’Étournel.
La concentration simulée par le test Adis-ts est quasiment nulle et tous les sédiments ont été
déposés.
Entre les PK 178,07 et 173,5 (Grésin), du sable de 400 μm est disponible initialement dans
la retenue. Pour chacune des simulations Rubarbe, la concentration à Grésin au cours de la
seconde phase est supérieure à la concentration mesurée au Pont Carnot, ce qui montre que
de l’érosion a été simulée au cours entre le Pont Carnot et Grésin. La concentration diminue
cependant au cours de cette seconde phase. La capacité de transport totale est supérieure à
203
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
la capacité de transport par suspension seule, et les concentrations simulées sont donc plus
fortes. La concentration calculée par la simulation avec le transport par charriage seulement n’a
d’impact qu’au cours de la seconde phase et est assez différente des autres simulations. Avec le
test Adis-ts, dès l’abaissement effectué, la concentration simulée est presque constante sur tout
l’événement. Elle correspond à l’érosion des sédiments situés entre le Pont Carnot et Grésin. Au
cours de la période d’abaissement à 305 m puis à 315 m, les contraintes varient peu entre les
PK 178,07 et 173,5, ce qui explique que la concentration reste constante.
Au niveau du barrage, seul le test Adis-ts reproduit une concentration non nulle (Figure
5.23 c). En effet, contrairement à Rubarbe, il simule la propagation des sédiments à la même
vitesse que l’écoulement et ne prend pas en compte les interactions avec le fond.
!
*'+,
Figure 5.23 – Concentrations simulées par les modèles : a) Pont Carnot PK 180, b) Grésin PK
173,5, c) Amont du barrage PK 162,4.
Les évolutions morphologiques simulées par les différents tests sont comparées (Figure 5.24).
Par rapport au test de référence (Figure 5.24 a), l’utilisation d’un fond fixe impacte principa-
lement le tronçon T11 (Figure 5.24 b) en allant dans le sens d’une diminution du volume des
sédiments remobilisés. L’utilisation d’une formule de suspension seule modifie les évolutions sur
de nombreux tronçons (Figure 5.24 d), en particulier pour les tronçons T14 à T20. En parti-
culier, les érosions sont plus faibles et les dépôts plus intenses. Il semblerait donc que la prise
en compte du transport total limite la possibilité de dépôt par rapport à la suspension seule et
le charriage serait donc responsable de la propagation des sédiments dans les tronçons aval. La
capacité de transport par charriage est inférieure à la capacité de transport total et ne permet
pas de remobiliser les sédiments dans les tronçons T10 à T12. Son impact est seulement visible
à partir du tronçon T13 (Figure 5.24 c). Parmi tous les tests Rubarbe, le test à fond fixe et
avec la suspension uniquement est en théorie celui qui se rapproche le plus du test Adis-ts. Les
évolutions morphologiques simulées par les deux tests sont assez proches (Figures 5.24 e et 5.24
f).
204
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
a)
Volume ( 106m3)
T20T19 T18 T17T16 T15 T14 T13 T12 T11 T10 T9 T8 T7 T6 T5 T4 T3 T2 T1
−0.4 0.0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
b)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
c)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
d)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
e)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
f)
Volume ( 106m3)
−0.4 0.0
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône
Figure 5.24 – Bilans volumiques simulés par les modèles : a) Rubarbe total avec évolution, b)
Rubarbe total sans évolution, c) Rubarbe charriage avec évolution, d) Rubarbe suspension
avec évolution, e) Rubarbe suspension sans évolution, f) Adis-ts.
205
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
●
●
100
●
10
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône (km)
Figure 5.25 – Granulométrie des dépôts sédimentaires simulés pour différents événements (Les
symboles ponctuels correspondent aux mesures de surface).
Le tri granulométrique observé dans la retenue pourrait donc être lié à un dépôt sélectif des
sédiments en fonction des conditions hydrauliques, en particulier des faibles contraintes obser-
vées sur le tiers aval de la retenue. L’alternance temporelle d’épisodes de chasse et de périodes
d’interchasse permet d’expliquer l’alternance de couches de sédiments fins et de couches de sables
observées dans les dépôts près du barrage. Néanmoins, la comparaison des modèles Adis-ts et
Rubarbe pour le transport des sables a montré des différences importantes concernant la propa-
gation des sables (cf. paragraphe 5.7.1). Le modèle Adis-ts pourrait surestimer la propagation
des sables à l’aval.
206
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
a)
106
0.25 h
0.5 h
105
1h
12 h
Masse (kg)
104
103
102
101
1 jour
10 jours
105
120 jours
300 jours
Masse (kg)
104
103
102
101
Figure 5.26 – Évolution longitudinale et temporelle de la masse de sable par maille de calcul :
a)Adis-ts, b)Rubarbe.
207
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
208
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
déposés par tronçon, mais l’écart entre la mesure et la simulation est inférieure aux incertitudes,
sauf pour les tronçons T13 et T15.
Le bilan à l’échelle de la retenue n’est pas très satisfaisant. Le volume déposé est estimé
par le modèle à 0,36 ±0,12×106 m3 , alors que le volume mesuré par bathymétrie est de 0,006
±0,09×106 m3 . De même, la masse sortant simulée est de 1,24×106 t, alors que la reconstruction
à Pyrimont prévoyait une masse de 1,76×106 t.
Pour expliquer les mauvais résultats obtenus, on peut raisonnablement penser que la condi-
tion limite amont n’est pas valide. En effet, la méthode de reconstruction de la concentration à
Pougny n’a pas été validée par manque de données. De plus, les résultats de la simulation réalisée
sur la période utilisée pour le calage de la régression ont montré que les concentrations étaient
sous-estimées en crue et sur-estimées en régime de base (cf. paragraphe [Link]). Le régime de
base est assez favorable au dépôt et la surestimation de la concentration entrant dans la retenue
pendant le régime de base entraîne une surestimation du dépôt. De plus, les capacités de repro-
duction du modèle Adis-ts de la retenue semblent encore non validées sur les longues périodes
d’interchasse et sur les crues importantes comme celle rencontrée au cours de la période.
209
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
jours après le début de l’abaissement, les retenues de Verbois et Chancy-Pougny sont à leur tour
abaissées.
Les différents protocoles envisagés ont été simulés avec le modèle Adis-ts des retenues de
Génissiat et Seyssel. Les conditions aux limites relatives à la retenue de Génissiat sont présentées
figure 5.29). Deux cotes cibles sont envisagées, une cote à 308 m et une cote à 312 m. La retenue
de Seyssel sera abaissée à partir de sa cote d’exploitation de 260 m à 255 m.
10
330
700
Cote au barrage
Débit amont
8
325
Concentration amont
Concentration (g/l)
600
Débit (m3/s)
Cote (m)
6
320
500
315
400
310
300
305
0
16/05/2016 20/05/2016 24/05/2016 28/05/2016 1/06/2016
Temps (jours)
Figure 5.29 – Description des conditions aux limites envisagées pour la retenue de Génissiat
pendant la chasse de 2016.
La condition à la limite amont sédimentaire est décrite à partir des concentrations à Pougny
estimées par les SIG à partir d’une modélisation hydro-sédimentaire multiclasse de la chasse
dans des retenues de Verbois et Chancy-Pougny. La masse entrant dans la retenue au cours de
l’épisode a été estimée à 1,86×106 t. Néanmoins, les classes granulométriques utilisées pour le
modèle des retenues de Verbois et Chancy-Pougny étaient différentes des classes utilisées dans le
modèle Adis-ts. Les concentrations ont été réparties entre les différentes classes (Tableau 5.22).
Un seul diamètre de sédiments fins avait été utilisé pour les retenues de Verbois et Chancy-
Pougny. La concentration correspondant a été répartie parmi l’argile et les limons à partir de
la distribution observée en surface à Pougny lors de la phase de régulation de la chasse de 2012
(cf. Figure 4.18).
Tableau 5.22 – Définition de la condition limite amont sédimentaire pour le modèle Adis-ts
en fonction des résultats du modèle des retenues de Verbois et Chancy-Pougny.
Pour chacune des cotes cibles envisagées pour la retenue de Génissiat, trois types de répar-
tition du débit dans les vannes sont testés :
– tout le débit transite par la vanne de demi-fond,
– le débit est également réparti entre la vanne de demi-fond et la vanne de fond,
– tout le débit transite par la vanne de fond.
210
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Pour chaque scénario, la masse transportée en aval du barrage de Génissiat est supérieure à
la masse entrant à Pougny. L’abaissement de la retenue permet à la fois le transit des sédiments
entrant et la remobilisation de sédiments en place (Tableau 5.23). Inversement, la masse à Seyssel
est inférieure à la masse en sortie du barrage de Génissiat ce qui indique un dépôt dans la retenue,
en particulier dans la fosse située à l’aval du barrage de Génissiat. Cette différence est d’autant
plus importante que la masse en sortie du barrage de Génissiat est élevée, et que la proportion
de sable est élevée.
L’abaissement à 308 m produit des fortes concentrations en aval du barrage de Génissiat et
la concentration à Seyssel est supérieure au seuil réglementaire (Figure 5.30 a). L’abaissement à
312 m permet de limiter la concentration au barrage, et d’assurer une concentration plus proche
de la limite réglementaire à Seyssel (Figure 5.30 b). A abaissement identique, les concentrations
à l’aval du barrage de Génissiat et à Seyssel sont d’autant plus fortes que le débit passe par la
vanne de fond.
Ainsi, un protocole de chasse impliquant une cote à 312 m semble acceptable du point de
vue des contraintes de gestion de la CNR car il permet de faire transiter les sédiments provenant
des retenues suisses et de remobiliser une partie des dépôts de la retenue de Génissiat, tout en
limitant le dépôt dans la retenue de Seyssel. Néanmoins, une attention particulière devra être
portée sur l’utilisation de la vanne de fond pour éviter de trop fortes concentrations en sédiments
à Seyssel et limiter le dépôt des sables dans la retenue de Seyssel.
211
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
a)
0.6
Volume ( 106m3)
0.2
−0.2
−0.6
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
b)
0.6
Volume ( 106m3)
0.2
−0.2
162 164 166 168 170 172 174 176 178 180 182 184 186
PK Rhône
212
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
a)
332
b)
4
Débit amont Concentration amont
1000
Concentration (g/l)
3
Débit (m3/s)
600
2
1
200
0
Figure 5.32 – Description des conditions aux limites pour la retenue de Génissiat pendant la
crue de mai 2015 : a) cote au barrage, b) débit et concentration amont.
Plusieurs scénarios alternatifs de gestion de la retenue lors de la crue sont testés et comparés :
– scénario 0 : la cote au barrage est remontée à 331 m (cote mesurée), mais le débit non
turbiné est évacué par l’évacuateur de surface. Ce scénario correspond a priori au cas réel,
– scénario 1 : la cote au barrage est remontée à 331 m , mais le débit non turbiné est évacué
par la vanne de demi-fond,
– scénario 2 : la cote au barrage est remontée à 331 m , mais le débit non turbiné est évacué
par la vanne de fond,
– scénario 3 : la cote au barrage est remontée à 328 m puis maintenue à cette altitude.
Cette cote correspond au niveau minimal d’exploitation associé au débit de pointe de la
crue mesuré à 1080 m3 /s. Le débit non turbiné est évacué par la vanne de demi-fond,
– scénario 4 :la cote au barrage est remontée à 328 m puis maintenue à cette altitude et le
débit non turbiné est évacué par la vanne de fond.
213
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
L’impact de ces différents types de gestion est caractérisé en comparant les concentrations
dans les vannes et les masses rejetées par le barrage estimées pour les différents tests et ceux
mesurés au cours de la crue.
L’application du module « barrage » (cf. paragraphe 5.3.3) donne une très faible concentra-
tion au niveau de l’évacuateur de surface. L’utilisation de l’évacuateur en crue permettrait a
priori de diluer les eaux transférées par l’usine. En particulier, les scénarios basés sur la cote
à 331 m montrent que la concentration dans l’usine et la vanne de demi-fond est supérieure à
celle mesurée à Pyrimont, ce qui est en accord avec la probable dilution des eaux rejetées par
l’usine par les eaux rejetées par l’évacuateur de surface (Figure 5.33 a). La concentration simulée
dans la vanne de fond est légèrement plus élevée que celle simulée dans la vanne de demi-fond
ou l’usine. Pour les scénarios 3 et 4 basés sur le maintien de la cote de la retenue à 328 m, les
concentrations évacuées sont plus élevées que pour le scénario à cote 331 m et se rapprochent
de la concentration en entrée (Figure 5.33 b).
a)
3.0
Concentration simulée VF
Concentration Pyrimont mesures
1.5
1.0
0.5
0.0
b)
3.0
Figure 5.33 – Concentration simulées au niveau des différents ouvrages du barrage et mesure
en aval en fonction de la cote de la retenue : a) cote maintenue à 331 m (protocole réel) , b) cote
maintenue à 328 m.
Le scénario 0 sensé représenter le cas réel donne la masse évacuée par le barrage la plus
proche de celle mesurée à Pyrimont. Ce résultat montre que la somme des masses transportées
au niveau de l’évacuateur et de l’usine simulée est réaliste par rapport aux mesures.
En ce qui concerne les scénarios alternatifs de gestion, on peut voir que le maintien de la
retenue à la cote minimale d’exploitation associée au débit de pointe permet de faire transiter
plus de sédiments par rapport à l’exploitation à cote haute (Tableau 5.24). La masse évacuée
214
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
est assez proche de la masse entrant à Pougny. Pour une cote donnée, l’utilisation de la vanne
de fond ou la vanne de demi-fond ne permet pas d’augmenter de façon significative la masse
transitant par le barrage. Ainsi, la gestion de la retenue à une cote plus basse qu’habituellement,
tout en respectant la consigne d’exploitation permet de limiter la sédimentation dans la retenue
de Génissiat. En particulier, l’impact de la remontée de la retenue à une cote plus haute sur
l’amortissement du signal de crue en aval est limité.
Tableau 5.24 – Estimation des masses évacuées par le barrage de Génissiat en fonction du
mode de gestion à partir du scénario de la crue de 2015.
215
5. Modélisation des processus hydro-sédimentaires de la retenue de Génissiat
Enfin, le modèle Adis-ts montre des capacités intéressantes pour la simulation de scénarios
prédictifs. En particulier, l’utilisation du modèle pour simuler les protocoles envisagés pour les
chasses du Haut-Rhône prévues en 2016 a permis d’émettre des réserves quand au scénario
d’abaissement de la retenue à une cote de 308 qui produirait des concentrations trop élevées à
Seyssel. Le modèle a aussi permis d’étudier un protocole de gestion alternatif au cours d’une
crue. Le maintien de la retenue à la cote minimale autorisée par la courbe d’exploitation permet
de favoriser le transit des sédiments et de limiter le dépôt par rapport à un protocole avec une
remontée de la retenue. En revanche, l’utilisation de la vanne de fond pour l’évacuation du débit
de crue ne semble pas avoir un impact important.
216
Conclusion générale et perspectives
6
Comme discuté en introduction, les retenues de forme allongée sont caractérisées par une
dimension longitudinale prédominante. De forts gradients longitudinaux sont observés dans ces
retenues. Elles peuvent être décomposées en trois biefs principaux dont les caractéristiques sont
liées à la hauteur d’eau [Thornton et al., 1981] :
– le tronçon fluvial, situé à l’amont, où le niveau au barrage a peu d’influence sur l’écoulement
et les hauteurs d’eau sont faibles,
– la retenue amont, située en aval du tronçon fluvial est une zone de transition où les hauteurs
d’eau sont influencées par le niveau au barrage,
– la retenue aval, située près du barrage, où les hauteurs d’eau sont importantes.
Ce travail de thèse consiste à caractériser les processus hydro-sédimentaires dominants des
retenues de forme allongées. La retenue de Génissiat, située sur le Haut-Rhône et gérée par
la Compagnie Nationale du Rhône a été choisie comme site d’étude. L’analyse s’est portée
à la fois sur l’interprétation de données de terrain et sur la modélisation hydro-sédimentaire
unidimensionnelle.
Bilan sédimentaire
Le comblement des retenues est une problématique importante pour les gestionnaires. L’ac-
cumulation des sédiments dans les retenues évolue généralement au cours du temps, avec un
comblement important après la mise en opération et qui diminue au fil du temps. Le comble-
ment de la retenue de Génissiat est estimé actuellement à environ 25% de sa capacité initiale.
L’analyse du bilan de la retenue de Génissiat a montré que les événements de chasse étaient
responsables de la moitié de son comblement, l’autre moitié étant attribuée à la sédimentation
régulière au cours des périodes d’interchasse. Le comblement de la retenue a été fortement ralenti
depuis la fin des années, pouvant s’expliquer par l’atteinte d’un état d’équilibre et la mise en
place d’une phase préliminaire de remobilisation dans la retenue de Génissiat lors des opérations
de chasses réalisées depuis 1997.
Le travail sur la retenue de Génissiat a permis de développer et d’appliquer des méthodes
d’estimation du bilan sédimentaire des retenues de forme allongée. Ainsi, une méthode d’estima-
tion des incertitudes associées au bilan bathymétrique calculé à partir de profils en travers a été
proposée. La principale source d’incertitude dans l’estimation du bilan bathymétrique à partir
de profils en travers est liée à la densité des profils utilisés pour décrire la retenue. Dans le cas de
la retenue de Génissiat, la quantification des incertitudes liées au calcul du bilan bathymétrique
a permis d’apprécier la représentativité de la description de la retenue par des profils en travers
et du bilan calculé à partir de ces profils. En particulier, l’analyse a montré que les sections pré-
sentant souvent des incertitudes supérieures au volume calculé sont généralement assez éloignées
des sections amont et aval (environ 300 m) et sont localisées au niveau de changements dans
la dynamique sédimentaire. L’estimation des incertitudes a permis d’identifier des zones de la
retenue où il serait nécessaire de densifier les relevés bathymétriques.
217
6. Conclusion générale et perspectives
La mesure des flux de sédiments entrant et sortant des retenues est importante pour l’inter-
prétation du bilan sédimentaire de la retenue. Les particularités de chaque mode de transport
nécessitent le déploiement de méthodes de mesure différentes, qui permettent ainsi de distinguer
le transport de différentes classes de sédiments. Une difficulté de cette thèse résidait dans le
manque de données permettant d’interpréter quantitativement et qualitativement les flux sédi-
mentaires. Ainsi, l’estimation du transport de sédiments fins en suspension à partir de la mesure
de la turbidité de l’eau combinée à des mesures comparatives de concentration a été mise en
place en 2014. La mesure de la turbidité est particulièrement sensible à la granulométrie trans-
portée, qui varie notamment en fonction des conditions hydrologiques [Thollet et al., 2013]. Pour
les stations de Pougny et Pyrimont, des mesures simultanées de la granulométrie des sédiments
transportés sont à envisager pour améliorer la relation entre la turbidité et la concentration en
matières en suspension.
La mesure du transport par charriage nécessite à partir de prélèvements de fond est à l’heure
actuelle lourde à mettre en oeuvre et très incertaine. Pour la retenue de Génissiat, les mesures
actuelles sont très limitées et d’autres campagnes de mesure ponctuelles des flux de sable entrant
doivent être déployées pour compléter les mesures existantes pour des conditions hydrauliques
différentes, en particulier en crue ou en période de chasse quand les vannes du barrage de
Chancy-Pougny sont ouvertes. Des méthodes alternatives de mesure du charriage, comme les
mesures acoustiques sont actuellement en cours de développement. L’application des méthodes
acoustiques au terrain nécessite une bonne connaissance de la méthode de mesure, qui passe
par des études en laboratoire et aussi du site de mesure [Geay, 2013]. La mesure acoustique
par hydrophone mise en place en amont de la retenue de Génissiat offre à l’heure actuelle
des possibilités limitées. Une meilleure connaissance des processus de propagation des ondes
acoustiques en place ainsi que l’acquisition de mesures comparatives permettrait de mieux définir
les avantages et limites de cette méthode et aiderait à son amélioration.
Pour les périodes où la mesure n’est pas disponible, des méthodes de reconstruction des
apports peuvent être utilisées. La reconstruction des concentrations en matières en suspension a
été proposée pour plusieurs stations du Haut-Rhône. Pour les stations dont la dynamique sédi-
mentaire est influencée par des retenues de barrage, les relations doivent inclure des paramètres
supplémentaires pour prendre en compte les processus dans les retenues. La difficulté princi-
pale réside dans le choix de paramètres représentatifs. En particulier, l’évolution du comblement
des retenues affecte les processus hydro-sédimentaires et la relation de reconstruction pourrait
dépendre de leur état de comblement. Les résultats ont montré l’importance de disposer de
chroniques longues et variées pour obtenir des relations robustes en terme de flux sédimentaires.
De plus, la reconstruction s’est avérée peu satisfaisante pour reproduire les valeurs instantanées.
La comparaison entre le bilan bathymétrique et le bilan des masses entrant et sortant est
une solution pour déterminer a posteriori la contribution des différentes classes de sédiments aux
évolutions des retenues. Elle nécessite la conversion en masse du bilan bathymétrique exprimé
en volume. Une des difficultés du calcul réside dans l’utilisation d’une masse volumique réaliste.
En effet, les données concernant la masse volumique sont généralement limités dans le temps et
l’espace et sont très incertaines. Dans le cas de la retenue de Génissiat, l’analyse n’a pas été très
concluante à cause des fortes incertitudes de calcul. Ils ont tout de même montré que la contri-
bution des sables au bilan bathymétrique est loin d’être négligeable lors des [Link]
et Poesen [2000] suggèrent de réaliser régulièrement des mesures de la masse volumique des
dépôts en place dans toute la retenue afin de prendre en compte la variation des propriétés des
sédiments en place dans le temps et l’espace.
Dynamique sédimentaire
De part leur configuration, la dynamique des retenues de forme allongée est marquée par de
fortes variations longitudinales. En se basant sur cette similarité avec les cours d’eau, l’analyse
218
6. Conclusion générale et perspectives
La dynamique sédimentaire d’une retenue allongée peut être décrite à l’échelle du tronçon
fluvial, de la retenue amont et de la retenue aval. Le tronçon fluvial est peu influencé par
le remous du barrage. Il est caractérisé par une granulométrie grossière et le transport par
charriage est le processus de transport dominant la dynamique sédimentaire. Pour la retenue de
Génissiat, le tronçon fluvial est caractérisé par des apports en sédiments grossiers limités par
la présence de barrages en amont. En conditions normales d’exploitation, le transport résiduel,
l’incision à l’aval du barrage de Chancy-Pougny et les extractions de matériaux dans l’Étournel
ont donné lieu à un armurage du fond. Une partie de ce tronçon se situe au niveau d’une zone
alluviale qui présente de nombreux chenaux secondaires avec la formation de bancs et d’îles. La
compréhension de la dynamique du tronçon fluvial de la retenue de Génissiat est limitée à l’heure
actuelle, notamment en ce qui concerne la formation de la couche armurée et les conséquences
des extractions de matériaux et des apports limités en sédiments grossiers.
La retenue amont est influencée par le remous du barrage. Le fond est composé de sables qui
forment généralement un delta. Dans la retenue de Génissiat, on observe une transition brusque
de la granulométrie de surface passant du sable au limon, et la présence de couches de sable en
profondeur en aval. Un abaissement du niveau de la retenue suffisant pour rétablir un écoule-
ment libre dans la retenue amont permet de remobiliser les sédiments en place. La modélisation
numérique a montré que les sables sont plutôt transportés par suspension graduée, mais que le
charriage peut jouer un rôle non négligeable lorsque les conditions hydrauliques sont moins favo-
rables. La diminution de contrainte observée à l’entrée du tronçon donne lieu à un dépôt sélectif
des sédiments en fonction de leur vitesse de chute et produit un affinement granulométrique par
rapport au tronçon fluvial. La compréhension des processus associés à la propagation des sables
dans la retenue et aux transitions gravier/sable et sable/limon est actuellement limitée. Smith
et Ferguson [1995] ont suggéré que le contrôle du barrage sur la hauteur d’eau dans la retenue
pouvait être à l’origine d’une transition de granulométrie graviers/sables. On peut penser que
ce contrôle pourrait aussi expliquer la transition sable/limon observée plus en aval. Wilcock
et Kenworthy [2002] estiment que le transport des différentes classes composant un mélange
gravier/sable est affectée par la composition du mélange, notamment la proportion des sables,
qui peut expliquer l’existence d’une transition granulométrique. De même genre les interactions
entre le transport des sables et des limons pourraient aussi expliquer la transition sable/limon
observée plus en aval.
La retenue aval est généralement impactée par le dépôt des sédiments fins, en particulier à
l’approche du barrage. Dans la retenue de Génissiat, de fines couches de sables alternées avec
des couches de sédiments plus fins ont été observées au niveau de la retenue aval. Néanmoins,
les données n’ont pas permis de juger de la représentativité de ces dépôts et la compréhension
de ce processus est actuellement limitée. Près des barrages, de fortes profondeurs d’eau sont
généralement atteintes et un gradient de concentration marqué peut être observé entre le fond
219
6. Conclusion générale et perspectives
et la surface, causé par le transport d’un courant de densité ou par l’établissement d’un profil
vertical de concentration en matières en suspension. Dans la retenue de Génissiat, aucun courant
de densité n’a été observé et les dépôts de sédiments fins dans la retenue amont sont attribués
au transport par suspension de lessivage. La construction d’évacuateurs à différentes altitudes
permet d’opérer une dilution des eaux rejetés par les évacuateurs de fond par les évacuateur
situés près de la surface et donc de contrôle la qualité de l’eau rejetée en aval. La conception
du barrage de Génissiat avec des évacuateurs situés à trois altitudes différentes : au fond, à mi
hauteur et en surface permet un contrôle aisé de la qualité des eaux rejetés et s’inscrit comme
un exemple à suivre pour la construction de nouveaux aménagements [Fruchart et Camenen,
2012; Peteuil et al., 2013].
220
6. Conclusion générale et perspectives
sables beaucoup plus longs, et pourrait avoir tendance à surestimer les échanges avec le fond.
Ces comparaisons soulèvent des questions concernant la simulation de la dynamique des sables.
Différents scénarios prédictifs ont été simulés à partir des modèles développés dans ce tra-
vail de thèse et permettent, en complément des connaissances expertes des gestionnaires, une
quantification des différents scénarios de gestion et une inter-comparaison plus aisée de leurs
impacts. Les modèles numériques développés au cours de la thèse vont être transférés à la CNR
et seront principalement utilisés pour réaliser d’autres simulations prédictives.
Afin d’obtenir une modélisation réaliste de la dynamique sédimentaire d’une retenue al-
longée, il est nécessaire de disposer de mesures de terrain pour la construction, le calage et
la validation des modèles [Peteuil et al., 2014]. En l’absence de mesures, la modélisation du
transport des sables dans la retenue de Génissiat a notamment nécessité de formuler des hypo-
thèses quant aux apports de sables dans la retenue qui n’ont pas pu être vérifiées. En outre, la
description de la granulométrie du fond parfois limitée comme au niveau du tronçon fluvial a
compliqué la construction du modèle et a nécessité une estimation de la granulométrie en place
à partir de considérations hydrodynamiques difficiles à vérifier. L’utilisation de chroniques de
concentrations en matières en suspension reconstruites peu réalistes en condition sédimentaire
amont impacte les résultats du modèle. Ainsi, il est important de poursuivre les campagnes de
reconnaissance granulométrique dans la retenue, notamment dans la zone de l’Étournel qui est
peu décrite actuellement et qui présente une dynamique complexe qui pourrait entraîner une
répartition spatiale de la granulométrie particulière. Plusieurs types de mesures mériteraient
d’être déployées au cours de la prochaine opération de chasse prévue en 2016. La mesure des
apports en sable est importante pour la définition des conditions aux limites des modèles. Des
mesures de concentration en MES à des stations intermédiaires seraient aussi particulièrement
utiles pour décrire la dynamique du transport et pourraient servir au calage des modèles hydro-
sédimentaires.
221
6. Conclusion générale et perspectives
et pour les modélisations prédictives, il est nécessaire de définir un scénario. Comme pour les
autres aménagements du Rhône, un modèle basé sur les règles d’exploitation et simulant de
manière automatique le fonctionnement du barrage de Génissiat est en cours de développement
[Dugué et al., 2015]. Pour la simulation de longues périodes ou de longs tronçons du Rhône, il
pourrait aussi être envisagé de simplifier la géométrie de la retenue comme ce qui a été proposé
par Latapie [2011] pour la modélisation de la Loire Moyenne.
Le développement d’un modèle unique permettant de simuler le transport des sédiments fins
et des sédiments grossiers est envisagé dans le cadre de l’OSR. Ce modèle serait basé sur un
système multiclasse construit par exemple à partir du modèle Adis-ts permettant de simuler
la dynamique de différentes populations, le transport des sédiments plus fins serait simulé par
l’advection-dispersion et le transport des sédiments plus grossiers serait simulé par la conserva-
tion de la masse de sédiments et une loi de capacité de transport. L’utilisation de deux formula-
tions différentes nécessite de définir un diamètre limite pour le passage d’une formulation à une
autre.
222
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Annexes
239
A Liste des sections en travers mesurées dans la retenue de
Génissiat
1954-1969 1984-2012
186,61 186,61 186,42
186,18 186,18 186,025
185,76 185,76 185,545
185,34 185,34
185,24 185,24 185,14
184,98 184,98
184,88 184,925
184,71 184,71 184,56
184,38 184,42
183,94 183,94 183,77
183,57 183,57
183,3 183,22
183,05 182,85
182,65 182,65
182,35 182,35 182,15
181,9 181,9 181,7
181,5 181,5 181,2
180,9 180,9 180,7
180,45 180,45 180,2 179,95
179,75 179,58 179,35
179,07 179,07 178,8
178,55 178,55 178,3 178,07
177,9 177,9 177,7 177,55 177,35
177,2 177,2 176,9 176,6 176,3 176,3 176,05
175,85 175,85 175,55 175,45 175,3
175,07 175,07 174,85 174,57
174,3 174,35 174,05 173,75 173,55
173,32 173,28 173,02 172,8 172,55 172,3 172,05
171,72 171,75 171,5 171,25 170,95 170,7 170,45
170 170,2 169,85 169,5 169,25 169,05 168,85
168,6 168,4 168,2 167,95
167,75 167,75 167,43 167,1 166,78 166,46 165,93
165,62 165,4 165,1 164,81
164,51 164,58 164,27 164 163,75 163,52 162,97
162,82 164
162,56 162,57 162,56 162,55 162,54 162,53 162,52
162,51 162,5 162,49 ,162,48 162,47 162,45
162,43 162,41 162,37 162,36 162,35 162,33
162,31 162,29 162,27 162,25 162,2253