Démocratie Et Élections en Côte-d'Ivoire: Ombres Et Lumières
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Jurídicas de la UNAM
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Démocratie et élections en Côte-d’Ivoire:
Ombres et lumières
Marie-Agathe BAROAN
Avocat
Ancien membre du Conseil
Constitutionnel de Côte-d’Ivoire
Membre du RADC
Introduction
La Côte-d'Ivoire, pays que borde, au sud, l’océan atlantique dans le golfe de Guinée, est
une ancienne colonie de la France qui l’annexe en 1893.
À cette époque, elle n’est qu’un simple territoire avec divers groupes ayant chacun
ses traditions et coutumes.
Malgré la politique d’assimilation, la gestion de la colonie se fera sur la base d’une
ségrégation législative.
Administrativement, on a deux groupes : celui des indigènes, composés
d’autochtones qui gardent leurs traditions et coutumes sauf dans leurs rapports avec
l’Administration coloniale et en matière pénale : dans ces domaines la loi du colonisateur
s’applique exclusivement.
À côté des indigènes, nous avons, les citoyens français1 entièrement justiciables de la
loi française.
Ce double statut législatif reste, le droit positif, jusqu’au moment de l’accession à la
souveraineté nationale et internationale du territoire de Côte-d'Ivoire, en 1960.
Dès cet avènement, le jeune État, qui se veut une République moderne et
démocratique, en bonne place dans le concert des nations, opte pour les principes du droit
de l’ancien colonisateur. Ils restent le fondement de sa législation.
Ainsi, on lit dans la loi fondamentale du 3 novembre 1960, première Constitution du
pays : «Le peuple de Côte-d’Ivoire proclame son attachement aux principes de la
1
Français d’origine et indigènes ou autres ressortissants naturalisés.
1155
démocratie et des droits de l’homme, tels qu’ils ont été définis par la Déclaration des Droits
de l’Homme et du Citoyen de 1789, par la déclaration universelle de 1948…»
L’article 76 du même texte précise dans les dispositions transitoires :
«
La législation actuellement en vigueur en Côte-d’Ivoire2, reste
applicable, sauf l’intervention de textes nouveaux, en ce qu’elle n’a
rien de contraire à la présente Constitution.»
«
Le peuple exerce sa souveraineté par ses représentants et par la
voie du référendum» (art. 4)
«
Le suffrage est universel, égal et secret.
Sont électeurs, dans les conditions déterminés par la loi, tous les
nationaux ivoiriens majeurs des deux sexes jouissant de leurs droits
civils et politiques.» (art. 5)
et ensuite en 2000 :
2
Il s’agit notamment de la législation française en vigueur dans la colonie.
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«
Le peuple de Côte-d’Ivoire …profondément attaché à la légalité
constitutionnelle et aux institutions démocratiques, à la dignité de
la personne humaine, aux valeurs culturelles et spirituelles…
«
Proclame son adhésion aux droits et libertés tels que définis dans
la Déclaration Universelle des Droits de l’homme de 1948 et dans la
Charte Africaine des Droits de l’homme et des peuples de 1981…»
(Préambule de la Constitution)
«
Le peuple exerce sa souveraineté par la voie du référendum et par
ses représentants élus…
Le Conseil Constitutionnel contrôle la régularité des opérations du
référendum et de l’élection des représentants du peuple.
L’organisation et la supervision du référendum et des élections
sont assurées par une commission indépendante dans les
conditions prévues par loi.» (art. 32 de la Constitution)
«
Le suffrage est universel, libre, égal et secret.» (art. 33 de la Constitution).
Pour la mise en œuvre de ces dispositions constitutionnelles, des lois électorales, qui
s’inspirent largement des principes généraux du droit du colonisateur, sont prises. C’est
d’abord des textes épars, ensuite, viennent des codes qui centralisent toutes les
dispositions relatives aux élections.
En matière d’élection, le corpus législatif ivoirien, est semblable, pour l’essentiel, à
celui des autres États francophones de l’Afrique de l’ouest, avec lesquels il partage cette
autre réalité : des modifications et autres réformes qui se font au rythme de l’évolution de
la vie politique notamment à l’occasion ou au cours des grands événements de la vie de la
«
Nation» ; c'est-à-dire, au moment des grands changements politiques.
Dans cet environnement, la loi électorale suit, souvent, le schéma suivant :
1177
3
Père de la Nation est le nom donné aux autorités africaines devenues chefs de l’État après avoir combattu
pour l’indépendance.
4
En Afrique particulièrement, la Démocratie s’applique exclusivement à la lutte pour le pouvoir et son
exercice.
5
Le souvenir qu’on garde est le refus de la Guinée dont les populations on répondu négativement au
référendum.
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pris en otage, tour à tour, par le pouvoir en place et par les partis politiques ; avec une
incursion, relativement, impertinente, de la Communauté dite internationale.
Nous tenterons de rappeler cette réalité avec pour point d’ancrage deux périodes :
l’ère 1960-1999 (I) et la situation de l’après 2000 (II).
6 «
Art. 7 de la Constitution : Les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et
exercent leur activité librement sous la condition de respecter les principes de la souveraineté nationale et de
»
la démocratie et les lois de la République.
7
Les magistrats sont des délégués du Parti et animent meetings et autres rendez-vous de campagne.
1199
C’est une période d’élections sans suspense ; pour les raisons évoquées plus haut,
personne ne pense à remettre en question la crédibilité, la transparence et la sincérité des
élections même si les urnes contiennent plus de bulletins que d’électeurs8.
Et pourtant, la vérité législative est une réalité bien différente.
La Côte-d’Ivoire, nous l’indiquions, accède à la souveraineté internationale en 1960.
Ses textes fondateurs font du peuple, le Souverain ; celui qui exerce la souveraineté par la
voie de ses représentants élus. Cette option est confirmée dans des textes subséquents.
La jeune République, on le rappelle, reprend la législation de l’ancien colonisateur ou
se dote de textes ayant pour fondement les principes généraux du droit de ce dernier.
L’élection y est le mode, exclusif, de désignation des gouvernants. Pour qu’elle soit
l’expression du libre choix du Peuple, les principes sont soutenus et complétés par des
textes qui respectent les critères internationaux pertinents en cette matière :
Le suffrage est universel, égal et secret, donc, en principe, ouvert à tous ; il existe,
certes, des discriminations légales, donc expression du Peuple ; elles sont
néanmoins réduites et constituent, en dehors de l’âge, la sanction de la commission
d’actes incompatibles avec la qualité de représentant du Peuple.
Les candidatures sont ouvertes à tous ceux qui en remplissent les conditions ;
L’organisation des élections respecte la séparation des pouvoirs intervenants qui
restent indépendants les uns des autres dans l’exécution des différentes tâches.
Les tâches sont décrites et régies par des lois précises ;
Une institution, d’abord, l’Administration, animatrice du service public et
garante de l’intérêt général national, organise et supervise les élections par
le ministère de l’intérieur ;
Des juridictions animées par, des professionnels du droit, des magistrats de
carrière, contrôlent l’organisation et la supervision, vident les contentieux
et proclament les résultats après examen de toutes les contestations.
8
In Requiem pour un code électoral ; Ouraga Obou ; PUCI
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Devant l’inadéquation des lois et de la réalité de leur mise en œuvre, des citoyens
s’organisent et créent des partis politiques clandestins, parce que, malgré les dispositions
constitutionnelles, aucun parti n’est toujours pas autorisé à côté du parti au pouvoir.
En 1990, un vent venu de l’est9 commence à troubler la quiétude des tenants du
pouvoir. Sous la poussée de la rue, ils remettent, au goût du jour, les dispositions
constitutionnelles suspendues de fait. Premier effet, des partis politiques peuvent
désormais, en toute légalité, exercer au grand jour, leurs activités concurremment avec le
Parti-État.
Ces partis, fraîchement sortis de la clandestinité, s’entendent pour former une
opposition forte. Leur projet immédiat : s’attaquer aux détenteurs ou animateurs du
mécanisme électoral ; leur credo : des élections libres, crédibles, sincères, transparentes ;
ils demandent des reformes, parce qu’ils ne font confiance ni en l’Administration ni aux
juridictions.
L’opposition, qu’ils forment, bat, le pavé pour obtenir la modification des textes. La
gymnastique va durer, près de quatre (04) années ; ce n’est qu’en 1994 que s’enclenche
véritablement le mouvement des réformes. La période, paix, s’arrête au soir du 23
décembre 1999, la grande muette ayant recouvré la parole !
Avant l’examen des périodes «crises» (II), nous voudrions faire un zoom sur les
années 1994 et 1999 où la loi électorale a connu quelques modifications constituant des
apports non négligeables pour la démocratie.
9
L’effondrement du bloc soviétique avec la chute du mur de Berlin ; en Afrique tout est dans alors au
«printemps» ; presse, syndicats, etc…
2211
pour objectif d’anticiper sur les conflits éventuels ; mais déterminé à, toujours, rester, en
place, le plus longtemps possible.
Pour les partis politiques, d’opposition, ces réformes ne sont pas suffisantes ; ils
reprochent au Code de n’avoir pas réglé les questions relatives :
10
Avant la compétence dévolue au Conseil Constitutionnel, était celle de la Chambre constitutionnelle de la
Cour Suprême, la plus haute juridiction.
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L’opposition n’a toujours pas confiance en l’Administration, alors que celle-ci reste,
encore, le maître d’œuvre de l’organisation et de la supervision des élections.
Sur les juridictions pèsent, également et toujours, des suspicions de partialité.
Il faut signaler, par ailleurs, le durcissement des conditions d’éligibilité pour l’élection
du Président de la République, fait par le nouveau code.
Avant la loi de 1994 portant code électoral, tout citoyen qui a la qualité d’électeur
pouvait être élu Président de la République sous les seules réserves relatives à l’âge (40
ans au moins) et aux cas classiques d’inéligibilité11.
En 94, ne peut être élu Président de la République que l’ivoirien de naissance né de
père et mère eux-mêmes ivoiriens de naissance12.
Pour marquer leur refus de se soumettre aux dispositions du nouveau code, certains,
parmi les partis d’opposition, demandent le boycott, actif13, de l’élection présidentielle de
1995. Les organisateurs de cette élection l’emportent, malgré le boycott ; ils n’en sortent
pas indemnes, pour autant. Ils proposent, le dialogue, en vue de l’amélioration des textes.
Après les discussions, une autre réforme est entreprise en 1998, elle sera sanctionnée par
l’adoption d’un texte, promulgué en décembre 1999 ; il n’aura pas le temps d’être mis en
œuvre ; le coup d’État de 1999 ne lui en laissera pas le temps. Il faut préciser, en passant,
que les réflexions relatives à cette réforme ont été enrichies par une contribution du
Conseil Constitutionnel qui a pu évaluer le Code électoral de 1994 avec les élections de
1995.
11
Articles 3 et suivants de la loi 60-359 du 7 novembre 1960 relative à l’élection du Président de la
République.
12
Article 49 de la loi 94-642 portant code électoral.
13
Les partis politiques demandent à leurs membres de ne pas prendre part au vote, mieux, d’empêcher les
autres d’y prendre part. Dans certaines circonscriptions, les élections se font dans la violence.
2233
14
Loi 99-629 modifiant la loi 60-356 du 3 novembre 1960 portant Constitution de la RCI
Loi 99-693 modifiant la loi 94-642 du 13 décembre 1994 portant Code électoral.
Loi 99-694 relative au financement des partis politiques et groupements politiques sur fonds publics.
Loi 99-695 portant institution de la commission nationale de contrôle des élections.
15 «
Article 10 nouveau al. 5 : En cas d’événements ou de circonstances graves notamment d’atteinte à
l’intégrité du territoire, de situation insurrectionnelle ou de catastrophes naturelles rendant impossible le
déroulement normal des élections ou la proclamation aux fins de la constatation de cette situation.
»
Le Président de la République en informe la Nation par message. Il demeure en fonction.
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de l’année 2000. Un candidat civil l’emporte sur le candidat de la junte. Après une pause
d’à peine deux (02) ans, un autre coup d’arrêt : la tentative de coup d’État, de septembre
2002, muée en rébellion, puis en crise politique qui perdure jusqu’en ce mois d’octobre
2010 ! Les protagonistes n’entendent plus se battre et désirent sortir de la crise sans les
armes ; la panacée : les élections. La Communauté internationale le préconise aussi.
Certains acteurs politiques et ceux qui ont revendiqué la rébellion, veulent voir changer les
textes existants, avant de participer aux différentes consultations. Pour répondre aux
différentes préoccupations, une nouvelle législation, caractérisée par quelques
modifications de l’existant, vient, sous l’appellation «d’ajustements», tenir lieu de code
électoral.
Ces événements ont été respectivement suivis de réformes électorales. Bien que les
points de départ des deux situations soient les mêmes : «la force des armes», les méthodes
d’élaboration des textes seront différentes et même contrastées.
On a, d’une part, une grande ouverture du débat avec une grande activité des partis
politiques et de la population (1) ; des procédés autoritaires et des décisions prisent sous
pression, d’autre part (2).
2255
simplement abrogés ; la junte au pouvoir y substituera une nouvelle législation suite à une
procédure d’élaboration, révolutionnaire, sanctionnée par un référendum.
1999-2000 est une période, très, singulière qui a donnée, aux ivoiriens, de vivre deux
(02) faits particuliers :
Pour l’élaboration de ces textes, la junte met en place des commissions composées
de représentants de toutes les couches sociales. Administration, partis politiques, société
civile, se mettent, tous, ensemble pour la rédaction d’avant-projets pour une nouvelle
Constitution et un nouveau code électoral.
Ces documents, avant-projets consensuels seront validés, par les tenants du pouvoir,
presqu’en l’état. Des projets sont, par la suite, soumis à l’approbation du peuple. Au
référendum du 28 juillet 2000, le Peuple les adopte pour donner deux textes : une nouvelle
Constitution et un nouveau Code électoral, promulgués le 1 er août 200016.
C’est la première fois, depuis 1960, que le Peuple de Côte-d’Ivoire est, directement,
consulté sur la vie de la Nation par ses mandataires ; sans aucun intermédiaire. On peut,
alors, sans exagération qualifier, les textes du 1er août 2000, de première libre et directe
expression du peuple.
16
Loi N°2000-513 du premier août 2000 portant Constitution de la Côte-d’Ivoire.
Loi N°2000-514 du premier août 2000 portant Code électoral.
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Une Constitution :
qui accorde une large place aux droits fondamentaux et libertés
publiques ;
qui érige le judiciaire en pouvoir ;
qui accentue les principes de séparation et d’équilibre des pouvoirs ;
qui institue un arbitre, le Conseil Constitutionnel, régulateur du
fonctionnement des pouvoirs publics.
Un Code électoral qui vient parfaire l’ouverture commencée par le pouvoir
précédent en prenant en compte la quasi-totalité des revendications de
l’opposition. La crédibilité des élections est devenue une préoccupation
primordiale ; pour en assurer la sincérité et la transparence, des dispositions sont
prises en amont :
La commission chargée des élections devient une Autorité indépendante
prévue par la Constitution. L’Administration y est représentée, comme les
autres composantes de la société, sans voix prépondérante, elle sort du
processus comme organisateur exclusif ;
Les procès-verbaux non seulement enregistrent les contestations et
réclamations mais sont notifiés en autant d’exemplaires qu’il y a de
parties ; pour mettre tout le monde au même niveau d’information et en
temps réel et éviter les éventuelles manipulations ;
Le bulletin unique vient mettre fin à la suspicion de fraude liée à la
multiplicité des bulletins ;
L’urne transparente fait son entrée.
Le Code de 2000, considéré comme révolutionnaire, est utilisé pour les élections du
mois d’octobre de la même année. Sur le terrain, les nouveaux organes indépendants de
l’Administration organisent et supervisent le processus électoral.
Le contentieux se spécialise : Conseil Constitutionnel pour les élections présidentielle
et législatives, les juridictions administratives pour les élections locales ; tout aurait dû
2277
baigner ; pourtant la fin de la période électorale connaît quelques agitations qui avaient
fait craindre une guerre civile : trois (03) reproches reviennent souvent :
La guerre, la Côte-d’Ivoire n’y échappera pas ! L’attente n’aura duré que deux (02)
ans, à peine ; faisant dire que les armes n’avaient pris du recul que pour mieux sauter : Les
hommes qui arrivent au pouvoir, en octobre 2000, n’ont pratiquement pas le temps de
s’installer ; une rébellion viendra les ébranler en septembre 2002. La rébellion s’est
transformée en crise politique qui perdure jusqu’à ce jour. Pour y mettre fin, partis
politiques et communauté internationale suggèrent la tenue d’élections comme moyen,
exclusif, pour la sortie de crise. Des partis politiques et ceux qui ont revendiqué la
rébellion déclarent ne pas faire confiance aux textes existants. Pour faire baisser la garde,
des modifications interviennent sous la bénédiction de la Communauté internationale ;
sous les termes de Décisions présidentielles et d’Ajustement du code électoral !
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La décision du 5 mai 2005, Décision N° 2005-01/PR du 5 mai 2005, que nous nous
permettons de reprendre textuellement d’abord :
«
Décision 2005-01/PR du 05 mai 2005 RELATIVE A LA DÉSIGNATION
A TITRE EXCEPTIONNEL DES CANDIDATS A L’ÉLECTION
PRÉSIDENTIELLE D’OCTOBRE 2005
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,
Vu la loi n° 2000-513 du 1er aout 2000 portant Constitution de la
République de Côte-d’Ivoire, notamment en son article 48 ;
Vu la loi n° 2000-514 du 1er aout 2000 portant Code électoral ;
Vu le Règlement de l’Assemblée Nationale ;
17 «
Art. 48 de la Constitution : Lorsque les Institutions de la République, l’indépendance de la Nation,
l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacées d’une manière
grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le
Président de la République prend les mesures exceptionnelles exigées par ces circonstances après consultation
obligatoire du Président de l’Assemblée nationale et de celui du Conseil Constitutionnel.
Il en informe la Nation par message.
»
L’Assemblée nationale se réunit de plein droit.
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Laurent GBAGBO»
Avant de revenir sur la décision de mai 2005, il ne serait pas inutile de faire un rappel
du contexte ou environnement de cette décision.
En 1990, la Côte-d’Ivoire, qui est dans la tourmente des revendications
démocratiques, vit une crise économique aigue. Le Chef de l’État de l’époque, le Président
Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, fait venir une personnalité pour l’aider à tenir son régime qui
tangue. La personnalité est nommée, premier ministre, ministre de l’économie et des
finances en novembre 1990 et occupera ce poste jusqu’à la mort du Chef de l’État, en
1993. Son "Zorro" entend, désormais gouverner directement le pays, il tente de poursuivre
le mandat du disparu, mais en vain. Une disposition constitutionnelle, heureusement ou
malheureusement, c’est selon, réglait la question18 ; il revient, alors, au Président de
l’Assemblée Nationale de terminer le mandat présidentiel, qui s’achève en octobre 1995.
Un an avant, en, 1994, on le rappelle, la loi électorale connaissait ses premières
modifications avec notamment un durcissement des conditions d’éligibilité à l’élection
présidentielle à savoir :
Les élections sont prévues pour octobre 1995, notre personnalité qui avait montré
des velléités de candidature, pour l’élection présidentielle, déclare se retirer de la course
pour respecter la loi de son pays.
18
Article 11 de la Constitution de 1960 : «
3311
En 2000, la Côte d'Ivoire, son pays, a une nouvelle constitution qui reprend
quasiment, en son article 35, les dispositions, du code de 1994, sur l’éligibilité à l’élection
présidentielle19.
Notre homme qui n’a pas changé de statut, se présente, quand même, à l’élection du
Président de la République ; sa candidature est rejetée par le Conseil Constitutionnel20. En
2002, à l’avènement de la rébellion, on parle de nouvel ordre politique et de suspension
de la Constitution ivoirienne. Les velléités, de suspension de la Constitution, n’ayant pas eu
les effets escomptés ; l’article 35 demeure le droit positif mais il ne fait pas l’affaire de
beaucoup dont notre personnalité. A Linas-Marcoussis, on décide de modifier sinon
d’amender l’article «inique».
19 «
Article 35 de la Constitution Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel
direct. Il n'est rééligible qu'une fois. Le candidat à l'élection présidentielle doit être âgé de quarante ans au
moins et de soixante-quinze ans au plus. Il doit être ivoirien d'origine, né de père et de mère eux-mêmes
ivoiriens d'origine.
Il doit n'avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne. Il ne doit s'être jamais prévalu d'une autre
nationalité.
Il doit avoir résidé en Côte d'Ivoire de façon continue pendant cinq années précédant la date des élections et
avoir totalisé dix ans de présence effective.
L'obligation de résidence indiquée au présent article ne s'applique pas aux membres des représentations
diplomatiques et consulaires, aux personnes désignées par l'État pour occuper un poste ou accomplir une
mission à l'étranger, aux fonctionnaires internationaux et aux exilés politiques.
Le candidat à la Présidence de la République doit présenter un état complet de bien-être physique et mental
dûment constaté par un collège de trois médecins désignés par le Conseil Constitutionnel sur une liste
proposée par le Conseil de l'Ordre des Médecins. Ces trois médecins doivent prêter serment devant le Conseil
Constitutionnel. Il doit être de bonne moralité et d'une grande probité. Il doit déclarer son patrimoine et en
»
justifier l'origine.
20
Voir annexe n°1 extrait de l’arrêt N°E0001-2000 de la Cour Suprême.
21
En Côte-d'Ivoire, deux des partis qui se considèrent comme les ténors de la vie politique portent,
respectivement, les dénominations suivantes :
Parti Démocratique de Côte-d'Ivoire
Rassemblement des Républicains
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La décision vient d’être mise en œuvre ; elle a servi pour arrêt de la liste définitive
des candidats à l’élection, du Président de la République, fixée au 31 octobre prochain. Si
on se permet de passer sur discussion de l’opportunité de l’application de l’article 48 de la
Constitution ; il reste, néanmoins, à propos d’analyser la décision de mai 2005 au travers
des faisceaux de certains principes fondamentaux du droit positif ivoirien ; deux (02)
particulièrement : le principe de l’égalité et celui de séparation et de l’équilibre des
pouvoirs.
- Sur l’égalité :
Dans «les visas» de la Décision de mai 2005, on note la mention de la Constitution L’article
2 de la Constitution, qui reprend les principes de la charte internationale des droits de
l’homme, rappelle : «Tous les êtres humains naissent libres et égaux devant la loi». Comme
toutes les conventions dont elle s’inspire, la Constitution ivoirienne exclut toute
discrimination. La décision de mai 2005 qui institue un double statut de candidat en
précisant que les candidats présentés par les parties signataires des accords de Linas-
Marcoussis sont éligibles, du seul fait de leur présentation, alors que les autres doivent
d’abord se soumettre à l’arbitrage du Conseil Constitutionnel sur la base des textes en
vigueur ; est tout simplement discriminatoire. Elle rompt manifestement, l’égalité entre les
candidats ; ce que la recherche de la paix ne peut justifier puisque l’exclusion est le
principal grief de la rébellion !
3333
La séparation et l’équilibre des pouvoirs sont des principes qui veillent à l’exercice
démocratique et républicain du pouvoir. Ce n’est pas sans raison qu’on qualifie les
pouvoirs exceptionnels de dictature, puisqu’ils font fi de la séparation pour tout confondre
dans les mains d’un seul. On pourrait juger la présente discussion de bien vaine au motif
que la Décision ayant été prise en vertu de l’article 48 de la Constitution cela suffit pour la
rendre pertinente et même conforme à la Constitution. Ce que la Constitution permet
C’est la concentration des pouvoirs et non la violation des principes, alors surtout qu’on ne
règle pas des questions d’intérêt général.
On a justifié les violations par la recherche de la paix ; de quelle paix peut-il s’agir : la
décision de 2005, bien au contraire, constitue un, fâcheux, précédent pouvant ouvrir les
portes à l’anarchie dans une Afrique où les armes sont, désormais les sésames !
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Autre effet collatéral, qui n’est pas une simple vue de l’esprit, c’est la probabilité
d’avoir à la tête de la Côte d'Ivoire, un non ivoirien, ce qui est le moindre mal, mais un
citoyen n’ayant jamais exécuté d’obligation civique au bénéfice de son pays ; un meurtrier
ou quelqu’un qui aurait commis des crimes contre l’humanité.
3355
22 «
Je m’engage à bien et fidèlement rempli ma fonction, à l’exercer en toute indépendance et en toute
impartialité dans le respect de la Constitution et du code électoral et à garder le secret des délibérations et
»
des votes même après la cessation des mes fonctions.
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que les décrets pour les spécifications tec hniques des urnes, de l’encre, du
calendrier électoral, des circonscriptions élect orales, seront pris sur
propositions conformes de la CEI et que la communauté intern ationale
doit être informée de toutes les étapes des actes et documents produits
au cours du processus ou intervenant dans le pr ocessus par le truchement
du Représentant spécial de l’ONU et de celui du Facilitateur. Il n’est pas
inutile de rappeler qu’à un moment donné des discussions, il avait été
envisagé la certification des élections par le contrôle direct des procédures
et décisions du Conseil Constitutio nnel. Il semble qu’il ne leur a pas été
possible de trouver le sc aphandre qui aurait permis de descendre dans les
eaux profondes d’une juridiction à statut particulier légalement établi et
qui n’entendait pas se laisser faire.
Conclusion
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les conditions pour être électeurs et qui, munis des documents appropriés, vote
effectivement.
Pourquoi il vote
Comment voter
Qui voter
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du corps social ivoirien ; ils se considèrent comme les porte -paroles des
populations. Ils mettent aux ordres les d éputés issus de leurs rangs dans
une pression telle que ces derniers oublient que la Constitution fait de
chacun d’eux « le Représentant de la Nation toute entière. 23»
23
Art. 66 de la Constitution
3399
Inévitablement liés à une conjon cture plus délicate que prévue. Un mot que
tous les hommes politiques… vénèrent, au pire du bout des lèves, au mieux
la main sur le cœur… »
Je vous remercie.
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Bibliographie
Lois
o N° 60-356 du 03 novembre 1960 portant constitution de Côte-d’Ivoire
o N° 2000-513 du 1er août 2000 portant constitution de Côte-d’Ivoire
o N° 2000-514 du 1er août 2000 portant code électoral
o Les lois de 1999 :
Loi 99-629 modifiant la loi 60-356 du 3 novembre 1960 portant
Constitution de la RCI
Loi 99-693 modifiant la loi 94-642 du 13 décembre 1994 portant Code
électoral.
Loi 99-694 relative au financement des partis politiques et
groupements politiques sur fonds publics.
Loi 99-695 portant institution de la commission nationale de contrôle
des élections.
Décisions :
o N° 2005-01/PR du 05 mai 2005 relative à la désignation à titre exceptionnel
des candidats à l’élection présidentielle d’octobre 2005
o N° 2005-11/PR du 29 août 2005 relative à la Commission électorale
o N° 2008-15/PR du 14 avril 2008 portant modalité spéciale d’ajustement au
code électoral
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Annexes
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