L'assassinat SOUS LUMUMBA
L'arrestation de Lumumba.
Tout d'abord, le transfert de Lumumba et de plusieurs de ses partisans au fort de Shinkakasa,
à Boma, est envisagé. Mais, à la date du 17 janvier 1961, Patrice Lumumba et deux de ses
partisans, Maurice Mpolo et Joseph Okito, sont conduits par avion (DC 419) à Élisabethville,
au Katanga, et livrés aux autorités locales. Lumumba, Mpolo et Okito seront conduits sous
escorte militaire dans une petite maison, où ils seront ligotés, humiliés et torturés par des
responsables katangais, dont Moïse Tshombé, Godefroid Munongo, Évariste Kimba, Kibwe,
Kitenge, mais aussi les Belges Gat et Vercheure. Ils seront ensuite fusillés le soir même (vers
22h4519), par des soldats sous le commandement d’un officier belge. En 2003, le documentaire
télévisé CIA guerres secrètes explique que Mobutu a fait dissoudre le corps de son rival dans
l'acide, après l'avoir fait assassiner16. Il est en outre acquis que les États-Unis avaient tenté de
faire assassiner Lumumba, mais le plan avait échoué ; l'opération avait été ordonnée par Allen
Dulles, qui aurait mal interprété la volonté du président Dwight D. Eisenhower15,20,21.
En 2000, le sociologue belge Ludo De Witte publie, chez Karthala, L'Assassinat de Lumumba22,
dans lequel il met en cause les responsables belges, précisant que ce sont des Belges « qui ont
dirigé toute l’opération du transfert de Lumumba au Katanga, jusqu’à sa disparition et celle de
son corps ». La Belgique, de même que l'ONU, n'avait pas reconnu le Katanga comme État
indépendant, mais certains officiers belges étaient encore en fonction. Le lendemain, une
opération est menée par des agents secrets belges pour faire disparaître dans l'acide les restes
des victimes découpées auparavant en morceaux. Plusieurs des partisans de Lumumba seront
exécutés dans les jours qui vont suivre, avec la participation de militaires ou mercenaires belges.
Tshombé lance alors la rumeur selon laquelle Lumumba aurait été assassiné par des villageois.
Ceci déclenche une insurrection parmi la population paysanne, qui prend les armes sous la
direction de Pierre Mulele, ancien ministre de l’Éducation, au cri de « À Lumumba » ou « Mulele
Mai » les paysans conquièrent près de 70 % du Congo avant d’être écrasés par l’armée de
Mobutu, soutenue par la Belgique et des mercenaires sud-africains.
En 2016, une dent est saisie dans le cadre d'une enquête ouverte par le parquet fédéral belge
sur la mort de Patrice Lumumba. Le 9 septembre 2020, le juge d'instruction décide que la dent
peut être restituée à la famille23.
Les faits selon la commission d'enquête belge[modifier | modifier le
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En 2001, la commission d'enquête belge sur l’événement présente ainsi les événements :
Arrêté à Port-Francqui le 1er décembre 1960, Lumumba est placé en détention à Thysville.
Les 12 et 13 janvier 1961, une mutinerie militaire éclate dans la ville, pour des raisons
financières. C'est « la panique à Léopoldville. « On » craint que la libération de Lumumba et son
retour soient imminents […]. Le Collège des Commissaires demande à Kasa-Vubu de transférer
Lumumba « dans un endroit plus sûr ». […] Au nom du Collège des Commissaires [congolais],
Kandolo insiste auprès du président Tshombe pour que Lumumba soit transféré au Katanga »24.
L'ambassadeur belge au Congo, Dupret, en informe son gouvernement, et conseille : « il vous
apparaîtra sans doute indiqué appuyer opération envisagée et insister auprès autorités
katangaises24 ».
À cette date, le gouvernement congolais et le gouvernement katangais sont encore en
négociation25, et se sentent tous les deux menacés par Lumumba et ses partisans. Le
gouvernement katangais est ainsi en proie à des attaques de troupes lumumbistes dans le Nord-
Katanga26. Une action commune contre Lumumba est donc dans leur intérêt commun.
Le gouvernement congolais livre finalement son prisonnier au gouvernement katangais de Moïse
Tshombe, le 17 janvier 1961. Il meurt le même soir, entre 21 h 40 et 21 h 43, d'après le rapport
d'enquête belge.
Tshombe refuse d'assumer le décès de Lumumba, affirmant d'une part qu'il ne savait rien du
transfert de Lumumba vers le Katanga, et d'autre part que son prisonnier est mort lors d'une
tentative d'évasion.
Concernant la première affirmation, la commission d'enquête belge de 2001 est formelle « il y a
trois déclarations du 18 janvier qui contredisent la version de Tshombe27 ». Pour elle, Tshombe a
bien donné son accord au transfert de Lumumba sur son territoire. Elle cite en particulier une
déclaration officielle katangaise confirmant l'accord du gouvernement sécessionniste.
Concernant la seconde affirmation de Moïse Tshombé sur son absence d'implication dans la
mort de Lumumba, la commission d'enquête indique d'abord « il apparaît que la reconstitution
détaillée et illustrée des faits de ce 17 janvier est aléatoire28 ». Mais elle considère que plusieurs
faits sont assez précis. À 16 h 50, l'avion de Lumumba atterrit. De 17 h 20 à 20 h 30, Lumumba
et ses deux compagnons sont enfermés à la « maison Brouwez », « où il est certain que les
prisonniers ont subi des mauvais traitements, de la part de leurs gardiens, mais aussi de la part
de ministres katangais28 ». Il est possible « que le président katangais [ait] participé aux sévices,
même si aucune source ne le prouve. […] Il semble hors de question qu'il n'ait pas vu les
prisonniers dans la maison Brouwez, au moins lors du départ des prisonniers vers le lieu
d'exécution28 ». La décision par Tshombe de l'exécution de Lumumba est donc certaine pour la
commission, mais quatre représentants belges, qui soutiennent la sécession katangaise, y
participent aussi : « le commissaire de police Frans Verscheure, le capitaine Julien Gat, le
lieutenant Michels et le brigadier Son28 ». « Vers 21 h 15-21 h 30, Lumumba [et] ses compagnons
arrivent sur le lieu de leur exécution. Ils vont être tués par balle, en présence du président
Tshombe et de plusieurs de ses ministres. […] Lumumba […] meurt en dernier28. »
La commission d'enquête note une forte implication anti-Lumumba du gouvernement belge,
soutenant la sécession katangaise et agissant pour la déposition de l'ancien Premier ministre. Le
roi Baudouin lui-même intervient (avant la mort de Patrice Lumumba), y compris en écrivant au
président Kennedy, pour s'opposer à toute libération de Lumumba29. De même, des Belges ont
participé à l'exécution de Lumumba. L'implication belge dans la chute, puis la mort de l'ancien
Premier ministre est donc forte. Mais pour la commission, la décision de tuer Lumumba vient de
façon directe de Moïse Tshombé et de son gouvernement.
Postérité[modifier | modifier le code]
Timbre soviétique de 1961.
Statue sur l'artère Patrice Lumumba à Kinshasa, érigée par Mobutu.
Le général Mobutu Sese Seko consacre Patrice Lumumba héros national en 1966 et donne son
nom à l'ancien boulevard Léopold II, une des principales artères de la ville, au sommet de
laquelle il fait ériger une énorme statue30. En janvier 1968, le vice-président américain Hubert
Humphrey dépose une gerbe au pied de la statue, ce qui provoque de violentes manifestations
de la part des étudiants30. Le retour d'Égypte de sa femme Pauline et de ses enfants est
considéré comme un événement national. Le jour de sa mort, le 17 janvier, est un jour férié au
Congo-Kinshasa.
C'est pour le punir de l'assassinat de Lumumba que Moïse Tshombé est détenu par
l'Algérie entre juin 1967, date du détournement de son avion sur Alger par un agent mobutiste, et
sa mort aux causes mal définies (officiellement, un arrêt cardiaque), en juin 1969.
À Moscou, l'université russe de l'Amitié des Peuples est renommée en son nom de 1961 à 1992.
À Bruxelles, le conseil municipal de Bruxelles-Ville vote le 23 avril 2018 la création d’une place
Patrice-Lumumba, qui est officiellement inaugurée le 30 juin, date du 58e anniversaire de
l’indépendance de la République démocratique du Congo31.
En juin 2022, la dépouille de Patrice Lumumba, constituée uniquement d'une dent, est remise par
le premier ministre belge Alexander De Croo aux autorités de la république démocratique du
Congo. Elle est ensuite rappatriée en RDC et présentée en différents endroits importants de
l'histoire de Lumumba avant d'être placée dans un mausolée construit à cet effet à Kinshasa32,33.