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Le Langage Symbolique Et Les Églises: Faites Parler Les Pierres

Le document décrit le langage symbolique présent dans les églises, notamment les symboles géométriques et nombres utilisés dans leur construction et leur signification. Il explique les tracés à base de cercles, carrés et octogones effectués par les bâtisseurs et leur symbolique religieuse.

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Le Langage Symbolique Et Les Églises: Faites Parler Les Pierres

Le document décrit le langage symbolique présent dans les églises, notamment les symboles géométriques et nombres utilisés dans leur construction et leur signification. Il explique les tracés à base de cercles, carrés et octogones effectués par les bâtisseurs et leur symbolique religieuse.

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Faites parler les pierres

LE LANGAGE
SYMBOLIQUE
ET LES ÉGLISES

Michel Tillie Commission d’art sacré diocèse d’Arras

Page 1
Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Le langage symbolique et les églises

« Le symbole est un élément chargé d’une signification qui dépasse son apparence […} (l) permr
le passage du visible à l’invisible ».1 Les symboles sont présents à travers toute la bible, et dans
les édifices religieux depuis l’antiquité. Les églises chrétiennes recèlent dans leur plan, leur
construction, leur ornementation quantité de symboles. Nombre d’entre eux trouvent leur
origine dans l’antiquité. Mais « pour les hommes du Moyen Âge tout ce qui constitue le monde
matériel est en correspondance symbolique avec une chose ou un être situé dans le monde
spirituel2. »
Au XIe siècle « les mathématiques sont considérés par les Maîtres de l’Ecole de Chartres
comme le maillon qui relie Dieu au monde tel un instrument magique qui révèle les secrets de l’un
et de l’autre »3. On veut trouver « le divin dans sa création à l’aide de la géométrie et de
l’arithmétique... La théologie se fait géométrie »4. Il n’est pas étonnant que les figures
géométriques aient alors un sens symbolique profond. De même les chiffres et les nombres ont
une signification qui est largement exploitée dans la construction, le rapport entre certaines
dimensions rendra l’édifice harmonieux ou non : « l’harmonie résulte de l’association de chiffres
déterminés » (Pythagore VIe siècle av JC). « La beauté, qui est le but, n’est atteinte que si les
dimensions de l’édifice, longueur, largeur, hauteur, sont harmonisées entre elles 5. »Boèce au Ve
siècle estime que les figures les plus belles sont celles dont les proportions sont les plus
simples, les plus claires. Le nombre d’or, principe des proportions harmonieuses, est largement
utilisé dans la construction des cathédrales, églises abbatiales ou simples églises paroissiales.
Ces bases ont été utilisées au cours des siècles, on peut également les retrouver dans des
édifices relativement récents.
On peut dire qu’il s’agit tout au moins pour la période médiévale d’un langage codé utilisé par les
compagnons qui voulaient conserver le secret de la construction.
L’art roman est riche de ces symboles mais on les retrouve aussi dans l’art gothique et d’autres
styles.
Au-delà de ces généralités la symbolique existe dans de nombreux points de la construction ou
de l’ornement.
Visiter une église et en comprendre la structure implique donc de connaître les bases qui ont
présidé à sa construction ainsi que la signification de certaines représentations.

1
Gérald Gambier , symbolisme dans l’art roman La Taillanderie 2012, p. 9
2
Thierry Hatot, Bâtisseurs au Moyen Âge, Editions l’Instant Durable 2001 P. 53
3
Felix Schwarz, Symbolique des cathédrales ; Editions du Huitième jour Paris 2003, p. 28.
4
Felix Schwarz, Op Cit.
5
Thierry Hatot, Op Cit. P. 31

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Le bâtiment porteur de sens,
L’édifice est lui-même symbole. Le clocher n’est-il pas la première chose que nous voyons
lorsqu’on aborde un bourg ou un village ? Il signifie que en cet endroit se trouve la maison des
croyants, il est message adressé aux croyants. Ses cloches rappellent, par leur sonnerie, les
devoirs religieux (ex l‘angélus, l’annonce de l’office dominical un décès un mariage … .).
Le portail ouvre symboliquement la voie qui conduit au salut.

Les voûtes représentent la voûte céleste ; les murs portent un décor qui se veut enseignement ;
la nef est le vaisseau qui protège l’homme durant son périple à l’image du navire qui protège les
voyageurs des intempéries. (Voir les passages bibliques relatifs à la mer).
Le mobilier liturgique est toujours porteur de sens : l’autel rappelle la cène, la chaire et
l’ambon sont le lieu de proclamation de la parole, les fonts baptismaux : l’eau de la Vie.

Symboles géométriques,
Le tracé des églises
Il faut se placer dans le contexte de l’époque de la construction des premières églises : au
Moyen Âge les moyens de mesure et de tracé n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Les bâtisseurs
d’alors disposaient d’outils très simples comme la corde à 12 nœuds, le bâton étalon, l’équerre
avec fil à plomb et de grands compas. Les tracés sont réalisés avec un cordeau et consistent
essentiellement en carrés, cercles et triangles. Ces tracés à base de carrés se retrouvent dans
la plupart de nos églises.

Le cercle
Lors de la construction d’une église le maître d’œuvre
commence par tracer un cercle qui délimite le premier
espace de construction : l’espace entre le chœur et la nef.
Il servira à implanter les premières figures géométriques.
Ce cercle est appelé cercle primitif. En son centre le
maître plante un bâton dont l’ombre, projetée au soleil
levant, définit l’orientation de l’édifice : l’axe est-ouest. À
midi l’ombre projetée indique la direction du nord.

On dit qu’une église est orientée c’est-à-dire axée vers Figure 1 : le cercle primitif
l’orient et non vers Jérusalem. (Cette pratique tombe en
désuétude après le Concile de Trente, certaines églises peuvent ne pas être orientées, mais
dans le diocèse, généralement, nos églises sont orientées).
Le cercle est une figure géométrique parfaite, dessiné d’un seul
trait, il n’a pas de commencement ni de fin. Il représente la totalité,
l’unité, il est figure de l’incréé, un symbole de Dieu.6 (Certaines
églises sont construites sur un plan circulaire).
Le carré

On distingue le carré du ciel et le carré de la terre par leur


orientation.

Figure 2 : en trait plein le carré


de la terre, en pointillés, le
carré du ciel
6
Michel Feuillet, Lexique des symboles chrétiens ; PUF Paris, 2004

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Le carré du ciel est inscrit dans le cercle primitif de façon
que ses quatre coins soient situés sur les axes des quatre points
cardinaux. Ce carré oriente l’église. Les diagonales rejoignant les
quatre coins forment une croix orientée selon les points cardinaux.
« Le carré du Ciel qui donne l’orientation est l’émanation de la volonté
du Ciel »7
Le carré de la terre s’inscrit également dans le cercle
primitif, ses quatre côtés étant parallèles aux axes des points
cardinaux. Aux angles de ce carré seront
placés les piliers de la croisée ou les angles
des murs latéraux. Le carré de la terre est
Figure 3 ici les quatre points l’incarnation du principe céleste, il est
du carré de la terre indiquent complémentaire de celui du ciel. Il
l’emplacement de angles des détermine le module géométrique de
murs de la nef, du transept et
l’édifice : largeur de la nef et celle du
du chœur.
transept.

Notons que ce carré n’est pas, toujours, un carré parfait mais


une figure quadrangulaire. C’est en effet « le rapport entre les côtés
des deux carrés qui donne le principe d’harmonie de l’édifice, les
nombres choisis étant toujours symboliques8 ». Ce rapport est soit 5
à 6 (Reims, Troyes) soit 6 à 7 (Chartres)9, le chiffre six représente Figure 2 : le carré de la terre
les six directions de l’espace : les quatre points cardinaux, le ciel et définit les dimensions de la
nef et du transept (église de
la terre. Lillers Plan H.B.)
Le carré est mesurable il est défini par quatre angles droits et quatre côtés. Il représente le
monde crée, figure du monde sensible, mais aussi les quatre vertus cardinales : la justice, la
prudence, la force, la tempérance, les quatre évangiles…
L’octogone

Il est une figure géométrique à huit côtés. « Octo » signifie étymologiquement «


sept plus un. Dans la genèse le huitième jour succède aux six jours de la
Création et au septième, jour où à Dieu se repose. Le
Christ est ressuscité le huitième jour. Huit est le
symbole de la résurrection.
L’octogone se situe entre le carré (la terre) et le
cercle (le ciel), notons que les quatre coins du carré du ciel
et ceux du carré de la terre forment un octogone ; il constitue un lien
entre le monde matériel et le monde spirituel. La figure de l’octogone
matérialise le signe de la renaissance. La symbolique chrétienne y est
très attachée. Le chiffre huit est riche de connotations très anciennes.

8 est le chiffre de la vie nouvelle ; l’octogone symbole de la résurrection,

Figure 3 : cuve de fonts de la renaissance par le baptême, explique la forme de nombreux


baptismaux octogonale
(Notre-Dame Calais).
baptistères ou de fonts baptismaux.

Le triangle

7
Felix Schwarz, Op Cit
8
Felix Schwarz, Op Cit
9
Felix Schwarz, Op Cit

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Le triangle représente la trinité. Dans l’art
sculptural il est souvent représenté avec
trois faisceaux de lumière il peut également
porter un œil en son centre : regard
omniprésent, symbole de la connaissance
divine.
Le triangle Equilatéral, est l’image de
Dieu (fig 6 et 7)
Figure 4 Le triangle, l’œil de
Dieu Fronton des Clarisses
(Arras) Figure 5 antependium d’autel Acquin
L’œil de Dieu inscrit dans un triangle
Le triangle est une constante dans l’architecture de nos églises. Il
est très souvent à la base du tracé géométrique de l’édifice, (fig. 7 tracés géométriques de la
cathédrale d’Arras).

Figure 6 Tracé géométrique, Cathédrale d’Arras : triangles équilatéraux, cercles,


Le rapport entre la longueur de l’édifice et sa largeur au transept est égal au nombre d’or.

Symbolique des labyrinthes

Le labyrinthe est une figure géométrique complexe


dans son apparence. Il est de forme octogonale à
Amiens, circulaire à Chartres. Celui de Reims a la
particularité d’être un carré cantonné de quatre
plans de colonnettes, figurant ainsi le plan d’un
pilier. Il est devenu l’emblème des monuments
historiques.

Figure 7 : labyrinthe de Au Moyen-Âge on appelait aussi le labyrinthe


Figure 8 : Labyrinthe
Reims, emblème des «chemin de Jérusalem » Le croyant qui ne pouvait d’Amiens
M.H. accomplir le pèlerinage réel parcourait le
labyrinthe jusqu'à ce qu'il arrive au centre, au lieu saint. Le labyrinthe ne
comprend pas d’impasse.

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Symbolique des nombres
La symbolique des chiffres trouve son origine dans
l’Orient ancien qui aimait la symbolique des
nombres : par exemple 1 et 2 ont une connotation
masculine et 3 et 4 une connotation féminine alors
que 7 est virginal. La Bible elle-même confère à
certains chiffres des emplois symboliques mais
n’accorde à aucun un caractère sacré. Les chiffres
ont pour fonction de donner du sens (P François
Brossier professeur à l’Institut catholique de Paries – La Croix -
7 janv. 2012)

Si la géométrie génère les formes, le nombre porte


l’idée, chaque nombre représente une idée et selon
Figure 9 : rapport donnant le nombre d’or les pythagoriciens la création nait du rapport entre
les nombres.

Le rapport entre les dimensions de différentes parties des cathédrales et les proportions du
corps humain sont réglés par un même principe ; le même nombre régit l’équilibre architectural
de l’un et de l’autre : il s’agit du nombre d’or :

1,618 10

Les nombres sont présents dans toute la bible


Le nombre 3 représente pour les chrétiens la Trinité ;
elle est représentée par : un triangle équilatéral ; trois
cercles entrecroisés ; l’association du trône, du livre, et
de la colombe ; les trois anges du chêne de Membré
(fig. : 12) ; le trèfle ;… Saint-Patrick évangélisateur de
l'Irlande a notamment enseigné à ce peuple celte le
mystère de la sainte trinité en utilisant le symbole du
trèfle.

Le nombre 4, nombre du rythme parfait il représente


la terre : les quatre points cardinaux, les quatre
saisons. Il désigne tout de qui a caractère de plénitude,
de prefection. Les quatre évangiles , les quatre vivants,
le carré. La croix est composée de quatre branches)

Le nombre 5 a une valeur mnémotechnique (doigts de Figure 10 les trois anges du chêne de
la main). Dans la Bible il correspond aux cinq livres Membré. Oratoire MDA Arras, œuvre de N.
sacrés, le pentateuque. Les deux tables de la loi Heymard.
comportent chacune cinq commandements.
Noter également : les cinq plaies du Christ; David prend sa fronde
et ramasse cinq pierres dans l’eau, partant au combat contre
Goliath.
Il correspond à la figure à cinq côtés que dessine l’homme, bras
tendus, jambes écartées, tête droite formant les cinq branches de
l’étoile (fig.13).

Figure 11 Etoile de David


10
miséricorde de stalle ST-Jean-
Ibidem p 61 de-Maurienne

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Le nombre 6 : il est issu de l’addition ou de la
multiplication des trois premiers nombres 1+2+3=6, 1x2x3
=6. L’étoile de David présente six branches, résultat de la
superposition de deux triangles équilatéraux dessinant un
symbole d’équilibre idéal. Ce nombre est ambivalent, il est
aussi considéré comme diabolique

Le nombre 7 suggère un nombre assez


considérable, il est le nombre parfait,
il indique les lois de la vie, les principes
qui animent la création (les sept
couleurs de l’arc en ciel). Il est
récurent dans l’ancien Testament : les
sept jours de la création, le chandelier
Figure 13 les proportions Humaines à sept branches, l’année jubilaire
Léonard de Vinci « Tu compteras sept semaines
d’années, sept fois sept ans … » Pierre doit « pardonner 77 fois 7 fois ». Il

caractérise surtout le septième jour de la semaine jour du sabbat jour saint Figure 12 : chandelier
par excellence. sept branches, lettrine
évangéliaire de Dom
Le nombre 8 voir octogone Bouton Wisques

Le nombre 10 signifie la totalité, il est comme le 7 un nombre parfait : les dix doigts de la
main, les dix plaies de l’Egypte (Ex. 7,14-12,29), les dix commandements (Dt.4,13) dans la
parabole des dix vierges le nombre 10 apparait
comme le doublement du cinq, de même pour les
tables de la loi.

Le nombre 12 (3x4), à rapprocher du nombre 7


(4+3) chacun est le produit ou la somme de 4 et 3.
Douze correspond à des réalités terrestres (chiffre
4) selon une ascendance divine (3). C’est le nombre
des heures, des mois, des tribus d’Israël. Dans Figure 14 : Cène, porte de tabernacle (Calaisis)
l’Apocalypse on trouve les 12 gemmes.
Les apôtres sont douze, (fig. 16) on trouvera fréquemment dans nos églises des ensembles de
douze colonnes (soit autour du chœur soit pour la nef.

Le nombre 40 désigne les années d’une génération : les quarante années au désert, les 40 ans
du règne de David (2 S 5,4), les quarante jours du jeune du Christ. C’est-à-dire une période
assez longue dont on ne connait pas la durée exacte

Symbole du plan du bâtiment église


Dans le plan en croix latine de nos églises le
corps humain s’inscrit de telle façon que l’autel se
trouve à l’emplacement de l’autel

Figure 15 : le plan de l’église calqué sur le corps


humain, certaines église ont un chœur désaxé
représentant le tête penchée du Christ sur la
croix

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Symbole dans la construction
L’église espace sacré

L’association des nombres, ou des figures géométriques, induit une géométrie sacrée. Lorsqu’on
analyse le plan d’une église on retrouve facilement ces associations de nombres ou de figures
géométriques qui rappellent la dimension « sacrée » de l’édifice :
Nombres :

 Nef à sept travées donc douze colonnes (douze apôtres).


 La nef et les deux bas-côtés forment trois espaces.
 Un portail central et deux portails latéraux en façade de nos cathédrales annoncent la
nef et les collatéraux.
 En élévation on retrouve trois niveaux : grande arcade – tribune- fenêtres hautes. (fig.
16)
 Etc. …

Figures géométriques :

 Croisée de transept sur une base carré.


 Cercle de la coupole qui coiffe le carré de la croisée.
 Triangle formé par les trois extrémités de l’arc ogival.
 Triangle équilatéral dont la base est l’axe du transept et le
sommet l’abside d’un côté et l’axe du portail de l’autre…

Figure 16 les trois niveaux de la nef


de St Omer

Le carré tient une place importante dans


le plan des églises. Très souvent le
chœur ou la nef sont des multiples de ce
carré. De même les bas-côtés sont
composés de sous multiple de ce carré.
La figure 17 nous montre la répétition
du carré dans le plan de l’église
abbatiale Saint-Vaast d'Arras, ou dans
celui de la collégiale de Lillers.

Figure 17 Le carré base du tracé d’une


église, ici la cathédrale d’Arras

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
FAUNE ET FLORE

Le bestiaire médiéval
Dans les écritures il est fréquent de trouver de références à la nature, psaumes et autres textes en
sont riches ; les éléments sont objets d’enseignement :
« … Tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon ». (Ps 90)
« … Je suis pareil au pélican du désert
comme le hibou sur ses ruines » (Ps 102)
Le Christ, dans ses discours, utilise souvent l’image d’animaux : moineaux (Math 10, 29) serpent,
(Math. 10, 6) colombe (Math. 10, 16) brebis … ou de végétaux : vigne, sarments …

On les retrouve dans différentes représentations picturales ou dans la statuaire. L’art roman est
probablement le plus riche en reproductions animalières.
Chacune a une signification symbolique :
L’aigle : il est le roi des oiseaux, il vole très haut « jusqu’au firmament » il rappelle l’ascension du
Christ voir tétra morphe
L’Agneau mystique :
Il est le symbole de l’innocence, l’animal sacrificiel dans les religions. Jean dit de Jésus « voici
l’agneau qui enlève le péché du monde ». L’agneau est souvent représenté de profil tenant une
croix ou une bannière crucifère. En référence au chapitre 5 verset 6 de l’Apocalypse, il est figuré
sur le livre au sept sceaux.

Figure 18 : trois représentations de l’agneau mystique : a) sur la porte du tabernacle à Vieil Hesdin, l’agneau nimbé de
l’auréole porte l’étendard crucifère b) en clef de voûte à Acquin ; l’agneau porte la croix ; c) sur un antependium à Ste-
Marie-Kerque, l’agneau pascal immolé sur le livre aux sept sceaux ;
Paon :
Selon la croyance populaire sa chair est imputrescible
il est le symbole de la vie éternelle.

Figure 17 : le paon, maître autel cathédrale Arras

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Poissons :
L’épisode de la baleine de Jonas annonce les trois jours
entre la passion et la résurrection, « la mise au tombeau
c’est Jonas englouti dans le ventre de la baleine »11
« Yavhé envoya un grand poisson pour avaler Jonas, et
Jonas resta trois jours et trois nuits dans le ventre du
poisson » (Jon. 2, 1).

Le poisson est employé par les premiers chrétiens pour


désigner l’image du Christ, poisson en grec se dit ICHTUS
et représente la première lettre de
Iesus Kristos Theou Yios Soster :
Figure 18 Signes du zodiaque : les poissons Jésus Christ fils de Dieu, Sauveur.
Hallines Les poissons sont le douzième et dernier signe du
zodiaque.
Colombe,
Elle symbolise la paix en rappel du rameau apporté
dans l’arche à Noé. Par sa blancheur elle est signe
de pureté. Dans le symbolisme chrétien elle
représente le Saint-Esprit : « Comme il priait, le ciel
s’ouvrit et l’Esprit Saint descendit sous une forme
visible comme
une colombe »
(Luc 3, 22).

Figure 20: baptême de Figure 19 colombe


Jésus –Christ Hernicourt apportant le rameau à
Pélican, Noé ; cul de lampe
Il a la réputation Wandonne
de nourrir ses petits avec ses entrailles
alors qu’il régurgite les aliments péchés et stockés dans son
bec. Il est devenu le symbole du sacrifice du Christ pour
l’humanité.
Figure 23 : Pélican, antependium,
autel de Douriez

Lion
Le lion a pris la place de l’ours comme roi des animaux
au XIIe siècle. Il est le symbole de la puissance. Dans
l’Ancien testament la tribu la plus puissante est celle de
Juda ; on cite le Lion de Juda. Le lion ailé est l’attribut
de Marc. Il cite en début de son évangile Isaïe (40,
3) :« une voix crie dans le désert ».
Figure 24: Lion sur le rebord des stalles,
Viel Hesdin

11
M.M. DAVY Initiation à la symbolique romane, Champs Flammarion 1977 p. 126

Page 10
Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Cerf
Plusieurs saints ont en commun, selon la tradition, l’apparition du Crucifié
entre les bois d’un cerf : saint Hubert est le plus connu.
Au Moyen Âge le cerf est considéré comme symbole de résurrection. Ses bois
ne repoussent-ils pas chaque année ? il est considéré comme un animal
vertueux. Le psaume 41 dit : « Comme un cerf altéré cherche l'eau vive, * ainsi
mon âme te cherche toi, mon Dieu. »

Coq :
Animal courageux qui défend ses poules
il est un symbole de résurrection puisque
chaque matin il annonce la levée du jour
qui succède à la nuit. Il annonce aussi le Figure 21 : Le cerf et st
reniement de Pierre (Mat 26, 34) : Hubert ; Hernicourt
« Jésus reprit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que
le coq chante, tu m'auras renié trois fois.»

Serpent :
Figure 26 : Coq de clocher St Josse du val
Il est souvent associé
Montreuil
au péché originel dans
la sculpture romane. Les vierges écrasant le serpent sont
nombreuses. L’érection du serpent d’airain annonce la
crucifixion12.

Salamandre
Figure 22 : le serpent tentant Eve ; chapiteau
La salamandre, roman ; Guarbecques
sorte de grand
lézard, est
réputée empoisonner tout ce qu’elle touche ; par
contre elle ne craint pas le feu et peut l’éteindre. Ainsi
elle nous invite à éteindre en nous le feu de la luxure.

Figure 23 : Salamandre ou lézard dans le chœur


de Wismes

La sirène
Animal fabuleux au buste de femme et corps de poisson. Dans
l’iconographie chrétienne la sirène est un animal démoniaque
symbole de la volupté et de la luxure (longue chevelure dénouée).
La sirène est souvent présente sur les chapiteaux romans ou les Figure 29 : Sirène, accoudoir de stalles de
stalles. St Jean de Maurienne

12
Ibidem p. 126

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Dragon
« Alors j’ai vu un ange qui descendait du ciel et tenait
dans sa main la clef de l’abîme avec une grande chaî[Link]
se rendit maître du dragon, le Serpent d’autrefois, c’est-à-
dire le diable ou Satan, et il l’enchaîna pour mille ans. »
(Ap. 20, 1-2).
Symbole du diable il est souvent représenté terrassé par
saint Michel ou saint Georges (à cheval).

Figure 30 : Dragon : monstre ventru muni de pattes


Le taureau griffues, corps couvert d’écailles et ailé comme une
Le taureau est chauve-souris ; Chœur de Wismes
considéré comme un animal sacré, symbole de de la force physique et
de la fécondité, dans de nombreuses religions antiques. Dans la
symbolique chrétienne il devient image du diable. Pourtant nous le
retrouvons ailé dans le tétra morphe comme emblème de l’évangéliste
Luc (fig. 33) ; le taureau devient par l’attribut des ailes un être
surnaturel.

Figure 24 : taureau ailé ; cul de lampe Le cochon


Acquin Selon Michel
Pastoureau, la
place du porc dans les écritures est toujours négative.
Animal impur dans l’ancien testament nous le
trouvons aussi dans les évangiles en Luc 15, 11-32, ( le
fils prodigue) et dans l’épisode des Géraséniens où
Jésus chasse des démons qui se réfugient dans
troupeau de porcs. Il est un des attributs du démon.
Le porc figure dans nos églises sur de nombreuses
frises de la période gothique

Figure 32 : cochon dans une frise nervure de voûte Auxi-le-


Chateau

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Le tétramorphe
« Le premier Vivant ressemble à un lion, le deuxième à un jeune taureau, la figure du troisième est comme
celle d'un homme, le quatrième ressemble à un aigle en plein vol ». (Apo.4; 7)
Tétramorophe : tetra = quatre ; morphe = figure, soit quatre symboles en un mot pour représenter les
quatre apôtres évangélistes. L’Eglise applique cette figure de l’Apocalypse aux évangélistes
Le lion ailé Le taureau ailé
L’homme ailé ou l’ange L’aigle

MARC ; et le Lion MATHIEU et l’ange


LUC et le taureau JEAN et l’Aigle,

Figure 27 : Matthieu et l’ange ; cathédrale Arras

Figure 33 : St Marc et le lion ; Aubigny en Artois

Figure 27 : St Luc et le taureau ; Merck St Figure 27 St Jean et l’aigle : Serques


Liévin

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LA FLORE
« … Que la campagne, les fruits du sol, crient leur .joie
Que les arbres de la forêt lancent des vivats ». (Ps 96)

Les plantes sont largement représentées, souvent de façon stylisée, dans les chapiteaux mais
également sur les frises ou les rinceaux qui ornent les nervures des voûtes gothiques. Si comme le dit
le psaume 96 elles crient leur joie elles nous délivrent aussi un message. Leur rôle n’est pas
seulement décoratif13. Chez les saints elles sont l’attribut qui révèle leur qualité ou vertu comme la
fleur de lys symbole de pureté.
Quelques exemples de plantes que l’on peut découvrir dans nos églises :
Acanthe : Reconnaissable à son feuillage découpé, elle est présente
sur les chapiteaux de style corinthien. Si elle symbolise la douceur il
faut rappeler ses épines qui font que « la tradition l’a souvent
assimilée au chardon comme symbole de la Passion ».14
L’arôme : il est le symbole de la puissance. Il est le plus souvent
représenté par une feuille
élancée Dans le diocèse de
nombreux chapiteaux médiévaux
en portent sous une forme Figure 34 : chapiteau à feuille
d’acanthe cathédrale d’Arras
stylisée.
Armoise
Très ressemblante à la
feuille d’acanthe mais sans
épines
Figure 28 : chapiteau à feuilles d’arôme
Lillers
Feuilles de vignes, Grappe de raisins,
La vigne est le symbole
du Christ et Figure36 : feuille d’armoise, chapiteau église
représentation de Saint-Saulve Montreuil
l’Eucharistie.

Épis de blé, ils rappellent la


nature humaine du christ

Figure 37 : feuille de vigne et raisins sur cul


Lierre : élément décoratif très
de lampe ; Fressin
employé en sculpture est de
longue date un symbole de l’immortalité de l’âme. Les chrétiens l’ont
assimilé, au Moyen Âge, à la vie éternelle.

Figure 29 : liane de lierre en décor


de cul de lampe. Auchy-les-Hesdin

13
Patrick Darcheville, La Flore des cathédrales , le symbolisme floral dans l’architecture religieuse. Dervy 2011
14
Lexique des symboles chrétiens p. 6
Page 14
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Signes écrits
L’apha : α et l’oméga : Ω : première et dernière lettre de
l’alphabet grec, symbole du commencement et de la fin
Le livre de l’Apocalypse (22-23) évoque le Christ comme
alpha et oméga

Le chrisme :
IHS : signifie Jesu Hominum Salvator : Jésus Sauveur des
Hommes.

Figure 30 : : α et Ω sur le maitre autel de la


cathédrale d’Arras

Figure 31 : entrée du chœur Douriez

Croix de consécration

On peut voir sur les murs de nombreuses églises de petites


croix peintes ou gravées. Il ne faut pas les confondre avec un
chemin de croix.
Chaque église ne possède pas toujours un chemin de croix
peint ou sculpté. Celui-ci peut être réduit à de petites croix
de bois appliquées sur les murs des collatéraux ou de la nef
s’il n’y a pas de nef collatérale. Ces croix sont numérotées
de I à XIV .

Les croix de consécration rappellent que l’édifice a été


dédicacé c’est à dire consacré. Lorsque l’on fête la dédicace
d’une église on fête sa consécration ou, en d’autres termes,
le baptême de l’église. Ce jour correspond souvent à la fête
du village : la ducasse, nom qui vient de dédicace.
Ces croix sont douze normalement, mais dans de petites
églises le nombre peut en être réduit. Elles sont peintes ou
Figure 32 : consécration de l’église de gravées sur les piliers de la nef et du chœur ou les murs s’il
Gosnay par Mgr Jaeger octobre 2010
n’existe pas de piliers.
Le jour de la dédicace l’évêque, car ce n’est que lui qui a autorité pour consacrer une église, a tracé
une onction avec le saint chrême sur chacune des croix. Ce cérémonial rend « apte l’édifice à servir
pour le culte, c’est-à-dire à rendre visible le mystère de l’Eglise : l’assemblée des Pierres vivantes. »15
Douze croix pour symboliser les douze apôtres.

15
Frère Maxime Goldmund , Les croix de consécration. ARTS sacrés n°16 mars –avril 2012 p 30
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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
o Bibliographie :

Vocabulaire de théologie biblique


M. M. Davy, Initiation à la symbolique Romane. Champs Flamarion 1977.
Thierry Hatot, Bâtisseurs au Moyen Âge, Editions l’Instant Durable 2001
Felix Schwarz, Symbolique des cathédrales ; éditions du huitième jour Paris 2003
Michel Feuillet, Lexique des symboles chrétiens ; collection Que sais-je ? PUF 2004.
Encyclopédie des Symboles. Traduit de l’allemand texte orignal de Hans Bierdermann. La Pochothèque, Le Livre
de poche, 2004.
Monique Schereer, Frédéric Mazuy, Erwann Surcouf. Le Dico des symboles chrétiens dans l’art Bayard 2009.
Richard Stamp, Langage secret des églises et cathédrales ; Edition National Géographic 2011.
Patrick Darcheville, La Flore des cathédrales, le symbolisme floral dans l’architecture religieuse. Editions Dervy
Paris 2011
Frère Maxime Goldmund , Les croix de consécration. ARTS sacrés n°16 mars –avril 2012

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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014

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