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Inégalités en Olympiades de Mathématiques

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MATHEMATICAL.

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MATHEMATIK-OLYMPIADE
OLYMPIADES DE MATHÉMATIQUES
OLIMPIADI DELLA MATEMATICA

Inégalités 1

Arnaud Maret
Actualisé: 17 février 2021
vers. 2.2.3

Table des matières

1 Introduction 2
1.1 Un premier exemple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Les règles du jeu avec les inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2 Une histoire de carrés positifs 5
2.1 L'éternelle AM-GM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2.1.1 AM-GM : version pondérée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.2 Cauchy-Schwarz et son grand frère Hölder . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2.1 Interlude sur l'homogénéité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.2.2 Démonstration de Cauchy-Schwarz et exemples . . . . . . . . . . 13
2.2.3 Le grand frère : Hölder . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.3 Muirhead, le bulldozer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
3 L'ordre avant le désordre 24
3.1 Les suites ordonnées à la sauce Tchébychev . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.1.1 Interlude sur la symétrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
3.1.2 Vous prendrez bien un peu de Tchébychev ? . . . . . . . . . . . . 27
3.2 Schur, l'exception . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4 Convexe ou concave, telle est la question 30
4.1 Jensen a la réponse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
4.1.1 Interlude sur les côtés d'un triangle . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
5 Boutique de trucs et astuces 36
5.1 Jouer avec les cas d'égalité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
5.2 Décomposer les constantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
6 Appendice 40
1 Introduction

De tous les problèmes qui ont forgé la réputation des olympiades, les inégalités sont parmi
les plus redoutés. Avec l'expérience des bonnes astuces, il est possible de résoudre une
inégalité en quelques instants, alors que d'autres s'y casseront les dents sans rien obtenir.
Elles qui étaient jadis quasiment incontournables à l'IMO perdent aujourd'hui en charme
au prot de problèmes d'algèbre moins standards. Pour désacraliser les inégalités, si
inaccessibles au début, il n'y a pas d'autre secret que la résolution en masse de problèmes,
comme toujours.
Les inégalités sont très courantes en mathématiques. Quelques résultats standards de ce
script sont également utiles dans d'autres domaines tels que la combinatoire, la théorie des
nombres et parfois même en géométrie. Il est donc fortement conseillé de se familiariser
avec les résultats de base, systématiquement encadrés en gris, ainsi qu'avec les exemples
élémentaires associés dont les présentes notes ont la prétention d'exposer.
Ce nouveau script propose une présentation réorganisée par rapport à l'approche de
l'excellent script par Thomas Huber qui a servi de base de travail. Les inégalités présentées
en théorèmes sont regroupées en trois sections selon leur nature. Ce schéma est inspiré
de Samin Riasat 1 . En plus de ces résultats, plusieurs astuces classiques sont dévoilées au
l des exemples. Parmi les sources d'inspiration, en plus d'Huber et Riasat, il s'impose
de citer le travail d'Evan Chen 2 .

1.1 Un premier exemple

Une inégalité n'est pas une inéquation. À l'école, traditionnellement, on s'attèle aux
inéquations, c'est-à-dire qu'on recherche toutes les valeurs pour lesquelles une inégalité
est satisfaite. Dans le contexte des olympiades, on se donne une inégalité et on cherche à
prouver qu'elle est vériée quelque soit la valeur d'un certain nombre de variables.

Exemple 1. Par exemple, on peut montrer que quelques soient les nombres réels x, y
et z , on a
x2 + y 2 + z 2 ≥ xy + yz + zx.

En mots, on lit: l'expression x2 + y 2 + z 2 est toujours plus grande ou égale à l'expression


xy + yz + zx. Par toujours, on entend quelque soit le choix des valeurs réelles de x,y et z .
Pour montrer qu'une telle inégalité est vraie, il s'agit de jouer de manipulations al-
gébriques astucieuses pour se ramener à une autre inégalité que l'on sait vériée. Par
1 Samin Riasat, Basic of Olympiad Inequalities.
2 Evan Chen, Brief Introduction to Olympiad Inequalities.

2
exemple, on sait que le carré d'un nombre réel est toujours un nombre positif ou nul. De
plus, le carré d'un nombre réel est nul si et seulement si le nombre est nul. Autrement
dit,
x2 ≥ 0, ∀x ∈ R et x2 = 0 ⇔ x = 0.
Comment lier notre inégalité à la positivité des carrés ? Tout d'abord, remarquons que
x2 + y 2 + z 2 ≥ xy + yz + zx est équivalent à x2 + y 2 + z 2 − xy − yz − zx ≥ 0. Une stratégie
pour montrer que x2 + y 2 + z 2 ≥ xy + yz + zx revient donc à travailler l'expression
x2 + y 2 + z 2 − xy − yz − zx pour faire apparaître une somme de carrés parfaits. Cette
étape est l'étape véritablement subtile (lisez: dicile) de l'exercice.
Les termes xy, yz et zx font penser aux doubles produits qui apparaissent dans le déve-
loppement des carrés (x ± y)2 , (y ± z)2 et (z ± x)2 . Seulement, il n'y a pas de coecient
2. Plus précisément, on observe que les termes xy, yz et zx sont les doubles produits qui
apparaissent dans le développement des termes 1/2(x ± y)2 , 1/2(y ± z)2 et 1/2(z ± x)2 .
Avec cette observation, on arrive facilement à la relation suivante:
1 1 1
x2 + y 2 + z 2 − xy − yz − zx = (x − y)2 + (y − z)2 + (z − x)2 .
2 2 2
On peut alors conclure, comme attendu, que l'expression x2 + y 2 + z 2 − xy − yz − zx est
bel et bien toujours positive, car elle est égale à la moitié de la somme de trois carrés
parfaits. On a ainsi démontré que l'expression x2 + y 2 + z 2 est plus grande ou égale à
xy + yz + zx pour tous les nombres réels x, y et z .
Toute la diculté du problème résidait dans cette astuce algébrique. Avec la bonne astuce,
la solution est généralement très courte. Il ne faut pas pour autant croire que le problème
est facile! Les inégalités sont terriblement compliquées à prendre en main lorsqu'on débute
et seule l'expérience, comme toujours, les rend appréciables et amusantes.
Une question subsidiaire, souvent posée dans un problème d'inégalité, demande de trou-
ver les cas d'égalité. Par cas d'égalité, on entend l'ensemble des valeurs pour lesquelles
l'inégalité devient une égalité. Par exemple, les cas d'égalité pour l'inégalité x2 +y 2 +z 2 ≥
xy + yz + zx sont l'ensemble des triplets de nombres réels (x, y, z) tels que x2 + y 2 + z 2 =
xy + yz + zx. Une telle question est généralement une formalité lorsque l'inégalité a été
démontrée. Par exemple, on a
1 1 1
x2 + y 2 + z 2 = xy + yz + zx ⇔ (x − y)2 + (y − z)2 + (z − x)2 = 0
2
 2 2
 x − y = 0 ⇔ x = y
⇔ y−z =0⇔y =z
z − x = 0 ⇔ z = x.

et donc les cas d'égalités sont les triplets (x, y, z) tels que x = y = z .

1.2 Les règles du jeu avec les inégalités

À l'école, on apprend qu'en multipliant une inéquation par un nombre négatif, ou qu'en
inversant les deux membres d'une inéquation, alors il faut changer le sens de l'inégalité.

3
Il s'agit là de deux des règles de base que l'on emploie en manipulant les inégalités. Nous
listons simplement ici toutes ces règles sans plus de détail, car il s'agit-là de matériel
scolaire que l'on utilisera tacitement.

Théorème 11. Les propriétés suivantes sont satisfaites:


1. si a ≥ c et c ≥ b, alors a ≥ b, ∀a, b, c,
2. si a ≥ b et c ≥ d, alors a + c ≥ b + d, ∀a, b, c, d, (la réciproque est évidemment
fausse en général),
3. ˆ étant donné x > 0, alors a ≥ b ⇔ ax ≥ bx, ∀a, b,
ˆ étant donné x < 0, alors a ≥ b ⇔ ax ≤ bx, ∀a, b,
4. x2 ≥ 0, ∀x ∈ R, et x2 = 0 ⇔ x = 0,
5. ˆ étant donné x > 0, alors a √≥ b ⇔ √ ax ≥ bx , ∀a, b ≥ 0. Par exemple, si
a ≥ b ≥ 0, alors a2 ≥ b2 ou a ≥ b; la positivité de a, b est cruciale ici,
ˆ étant donné x < 0, alors a ≥ b ⇔ ax ≤ bx , ∀a, b > 0. Par exemple, si
a ≥ b > 0, alors 1/a ≤ 1/b.
6. plus généralement:
ˆ étant donné une fonction croissante f , alors a ≥ b ⇒ f (a) ≥ f (b),
ˆ étant donné une fonction décroissante f , alors a ≥ b ⇒ f (a) ≤ f (b).

On prote encore de cette tribune pour présenter de manière abstraite un schéma de


résolution d'inégalités. En général, comme on l'a vu dans le premier exemple, un problème
d'inégalité demande de montrer que
A(x1 , . . . , xn ) ≥ B(x1 , . . . , xn )
quelques soient les variables x1 , . . . , xn satisfaisant certaines conditions. Par exemple,
x1 , . . . , xn ≥ 0 ou x1 + . . . + xn = 1. Par convention, la majeure partie du temps, on
emploiera les lettres a, b, c, d pour des variables positives et x, y, z, w lorsque les variables
sont réelles. Ici, A et B sont deux expressions algébriques. Rien n'empêche que A ou
B soit simplement constante. Il est évidement toujours possible de pratiquer quelques
manipulations algébriques sur l'énoncé initial, par exemple soustraire B de chaque côté
ou multiplier par 2, mais au nal il reste toujours une inégalité entre deux expressions.
Une stratégie pour démontrer une inégalité consiste à retrouver une suite d'expressions
intermédiaires A1 , . . . , Am telles que
A(x1 , . . . , xn ) ≥ A1 (x1 , . . . , xn ) ≥ . . . ≥ Am (x1 , . . . , xn ) ≥ B(x1 , . . . , xn )
où chacune des nouvelles inégalités intermédiaires découlent directement d'un résultat
connu. En termes imagés, il faut retrouver le chemin de A à B . Trêve d'abstraction,
passons à du concret.

4
2 Une histoire de carrés positifs

On l'a vu, l'une des inégalité fondamentale est la positivité des carrés. Elle peut paraître
naïve, mais cette inégalité est à l'origine de toutes sortes de résultats plus élaborés. En
voici une liste non-exhaustive.

2.1 L'éternelle AM-GM

De toutes les inégalités, la plus célèbre est celle des moyennes arithmétique (AM) et
géométrique (GM).

Théorème 21 (AM-GM). Soient a1 , . . . , an ≥ 0 des nombres positifs. Alors


a1 + . . . + an √
≥ n a1 · . . . · an .
n
L'égalité est vériée si et seulement si a1 = . . . = an .

Démonstration. La preuve présentée ici est inductive et à l'origine l'÷uvre de ce très


cher Cauchy. On abrège par Ωn l'énoncé de l'inégalité AM-GM pour n ≥ 1 variables. On
veut montrer que Ωn est vrai pour tout n ≥ 1. Dans l'idéal, on aimerait pouvoir montrer
que Ωn ⇒ Ωn+1 (comme dans une induction classique), mais il n'est pas clair comment
on peut procéder. En revanche, comme on va le voir, on peut montrer facilement que
Ωn ⇒ Ω2n . Pour pouvoir conclure, on aura encore besoin de montrer que Ωn ⇒ Ωn−1 et
que les petits cas sont vériés. Commençons par les petits cas (le cas Ω1 est évidement
trivial).

1. Ω2 : a+b
2
≥ ab.
Pour montrer qu'une telle inégalité est vériée, on doit se ramener à une inégalité
connue. Comme on l'a vu en introduction, faire apparaître des carrés parfaits est
une stratégie. Pour cela, il faut être à l'aise pour reconnaître les doubles produits.
Dans ce cas, on peut réécrire
a+b √ √ √ √
≥ ab ⇔ a − 2 ab + b ≥ 0 ⇔ ( a − b)2 ≥ 0.
2
L'inégalité
√ √ est donc vériée pour tout a, b ≥ 0 et on a bien égalité si et seulement
si a − b = 0, c'est-à-dire si et seulement si a = b comme désiré.

2. Ω3 : a+b+c
3
≥ 3
abc.
Ce cas n'est pas strictement requis pour l'induction, mais il est instructif. On re-
marque la présence d'une racine cubique que l'on aimerait autant ne pas avoir. Il
y a plusieurs moyens pour s'en débarrasser. Premièrement, on pourrait élever le
tout au cube, mais alors on ferait apparaître un coecient 33 = 27. Pas génial. La

5
deuxième
√ méthode,
√ plus subtile,
√ propose d'introduire de nouvelles variables. Soient
x := a, y := b et z := c. L'inégalité devient alors
3 3 3

a+b+c √
3
≥ abc ⇔ x3 + y 3 + z 3 − 3xyz ≥ 0.
3
Ce changement de variables n'est pas nécessaire dans le sens où ce n'est pas une
étape décisive en vue de la conclusion. Il permet simplement d'y voir un peu plus
clair (comme pour les substitutions de fonctions dans le cadre des équations fonc-
tionnelles).
La magie du cas n = 3 intervient à présent. Il existe en eet, pour ce cas exclusi-
vement, un moyen de factoriser l'expression que l'on cherche à minimiser:
x3 + y 3 + z 3 − 3xyz = (x + y + z)(x2 + y 2 + z 2 − xy − yz − zx).
Le premier facteur est évidement positif car par hypothèse x, y et z sont des nombres
positifs. L'exemple de l'introduction montre que le second facteur est positif. On
en déduit comme attendu x3 + y 3 + z 3 − 3xyz ≥ 0. On a égalité si et seulement si
l'un des deux facteurs est égal à 0. Or, x + y + z = 0 si et seulement si les trois
variables sont égales à 0 et l'exemple en introduction nous enseigne également que
x2 + y 2 + z 2 − xy − yz − zx = 0 si et seulement si les trois variables sont égales. En
conclusion, on a égalité si et seulement si x = y = z , autrement dit, si et seulement
si a = b = c comme désiré.
3. Ωn ⇒ Ω2n .
On veut démontrer AM-GM pour 2n variables en supposant que l'inégalité est
vériée pour n variables. L'idée est toute simple. On a 2n variables que l'on va
regrouper en deux paquets de n variables pour appliquer l'hypothèse d'induction à
chacun des paquets et enn conclure avec AM-GM pour deux variables.
a1 + . . . + a2n 1 a1 + . . . + an 1 an+1 + . . . + a2n
= · + ·
2n 2 | n } 2 | √ {z n

{z }
≥ n a1 ...an ≥ n an+1 ...a2n
√ √
n
a1 · . . . · an + n an+1 · . . . · a2n

q√ 2

≥ n
a1 · . . . · an · n an+1 · . . . · a2n

= 2n a1 · . . . · a2n .
La première inégalité est une application de Ωn aux deux fractions. La seconde
inégalité est une application de Ω2 à la moyenne des deux racines nèmes. On a donc
établi l'inégalité désirée. Concernant les cas d'égalité, il y a égalité si et seulement
si on a égalité pour chacune des inégalités intermédiaires. Tout d'abord, on doit
vérier l'égalité pour les deux applications de Ωn , c'est-à-dire a1 = . . . = an et
an+1 = . . . = a2n . De l'application de Ω2 , pour satisfaire l'égalité, on doit avoir
√ √
n
a1 · . . . · an = n an+1 · . . . · a2n . Ces deux conditions combinées sont équivalentes
à a1 = . . . = a2n .

6
4. Ωn ⇒ Ωn−1 .

On suppose que a1 +...+a
n
n
≥ n a1 · . . . · an pour tout a1 , . . . , an ≥ 0. On ne s'attend
pas à ce qu'il soit très dicile de conclure Ωn−1 à partir de Ωn , car dans Ωn−1 on a
un degré de liberté en moins par rapport à Ωn . Pour déduire Ωn−1 , il sut en eet
simplement de xer judicieusement la valeur de an dans la relation décrite par Ωn .
Faut-il encore trouver la bonne valeur pour an .
Par symétrie et au vu des expressions qui entrent en jeu, il est naturel de poser

an = n−1 a1 . . . an−1 . Autrement dit, on applique l'inégalité Ωn pour les variables

(a1 , . . . , an−1 , an = n−1 a1 . . . an−1 ). On obtient ainsi
a1 + . . . + an √
q
≥ n a1 · . . . · an−1 · n−1
a1 · . . . · an−1
n

= n−1 a1 · . . . · an−1
= an .
En amenant tous les termes an à droite on obtient
a1 + . . . + an−1 an n−1
≥ an − = · an .
n n n
Finalement, en simpliant par 1/n, on peut réécrire l'inégalité précédente pour
obtenir Ωn−1 comme attendu:
a1 + . . . + an−1 √
≥ an = n−1
a1 . . . an−1 .
n−1
Comme nous avons utilisé seulement une instance de Ωn pour démontrer Ωn−1 ,

l'égalité est satisfaite si et seulement si a1 = . . . = an−1 = n−1 a1 . . . an−1 . Autre-
ment dit, si et seulement si a1 = . . . = an−1 comme désiré.

AM-GM n'est valable que pour les nombres positifs. Par exemple, pour n = 3, on obtient
une contradiction en essayant d'appliquer AM-GM au triplet (−1, −1, 2). En outre, si
n est pair, alors la racine n'est pas nécessairement dénie lorsque des variables sont
négatives.

Exemple 2. Soient a1 , . . . , an des nombres strictement positifs. Montrer que


a1 a2 an
+ + ... + ≥ n.
a2 a3 a1

Solution. C'est un exemple classique de l'application d'AM-GM. Lorsqu'on cherche à


montrer qu'une somme de fractions où les numérateurs et les dénominateurs sont al-
gébriquement proches (dans le cas présent, ils coïncident), on peut essayer la méthode
suivante. On applique directement AM-GM pour n variables:
a1 a2 an
+ + ... +
r
a2 a3 a1 a1 a2 an
≥ n
· ··· = 1.
n a2 a3 a1

7
L'inégalité souhaitée suit après multiplication de chaque côté par n.

Exemple 3. Soient a, b, c des nombres positifs. Montrer que


(a + b)(b + c)(c + a) ≥ 8abc.

Solution 1. Dans ce problème, on pourrait commencer par distribuer les parenthèses de


gauche. Après simplication, on obtient la nouvelle inégalité
a2 b + a2 c + b2 a + b2 c + c2 a + c2 b ≥ 6abc.

Pour la démontrer, il sut d'appliquer AM-GM pour n = 6 sur le membre de gauche:



6
a2 b + a2 c + b 2 a + b 2 c + c 2 a + c 2 b ≥ 6 · a2 b · a2 c · b 2 a · b 2 c · c 2 a · c 2 b
= 6abc,

où, pour s'épargner une fraction, on a multiplié immédiatement par 6.

Solution 2. Il est également possible, et plus astucieux, d'appliquer AM-GM trois fois sur
chacune des trois sommes du membre de gauche dans l'inégalité de départ. On obtient
alors
√ √ √
(a + b)(b + c)(c + a) ≥ 2 ab · 2 bc · 2 ca
= 8abc.

Dans les deux solutions, il suit des applications d'AM-GM que les cas d'égalité sont
obtenus pour a = b = c uniquement.

Exemple 4 (IMO 2012, problème 2). Soient n ≥ 3 un entier et a2 , . . . , an des nombres


strictement positifs tels que a2 · . . . · an = 1. Montrer que
(1 + a2 )2 . . . (1 + an )n > nn .

Solution. Ce problème présente deux nouveautés. Premièrement, nous avons une condi-
tion sur les variables, à savoir que leur produit est égal à 1. De plus, nous devons démon-
trer une inégalité stricte. Au fond, cela ne modie pas foncièrement notre approche.
L'idée derrière la présentation de cet exemple à ce stade du script est de montrer à quel
point on ne peut pas évaluer la diculté d'une inégalité à sa solution. Ce problème était
le problème 2 de l'IMO en 2012. En outre, sa solution utilise une idée fondamentale pour
le traitement des inégalités: la décomposition des constantes.
La première chose qui frappe est l'absence du terme a1 . Pourquoi le problème est-il
formulé sans variable a1 ? La deuxième chose qui interpelle est le manque d'homogénéité
dans le membre de gauche, c'est-à-dire que les variables apparaissent avec des degrés (i.e.
puissances) diérents. Une stratégie viable viserait à faire apparaitre le produit des n − 1
variables, que l'on rappelle égal à 1, en vue d'obtenir des simplications. Dans ce but, il

8
faudrait minorer le terme (1 + ai )i en un terme en ai seulement (i.e. pas d'autre puissance
que le terme linéaire). Cette étape est l'essence même du problème.
L'astuce revient à décomposer le 1 de l'expression 1+ai en une somme de i−1 nombres de
manière à ce que 1+ai devienne une somme de i termes. On pourrait alors appliquer AM-
GM pour i variables. La manière la plus simple est d'écrire 1 = 1/(i − 1) + . . . + 1/(i − 1).
On obtient alors 1 1
+ ... + + ai
r
i−1 i−1 ai
≥ i
i (i − 1)i−1
et donc
ii
(1 + ai )i ≥ · ai
(i − 1)i−1
avec égalité si et seulement si ai = 1/(i − 1). En multipliant ces inégalités pour chaque
indice i = 2, . . . , n, on obtient un produit télescopique
22 33 nn
(1 + a2 )2 . . . (1 + an )n ≥ · 2 · ... · n−1
· a2 a3 · . . . · an = n n .
1 2 (n − 1) | {z }
| {z } =1
=nn
Rappelons-nous que nous voulions établir l'inégalité stricte. Dans la dernière inégalité
ci-dessus, on a égalité si et seulement si tous les cas d'égalité des n − 1 applications
d'AM-GM sont vériés, c'est-à-dire ai = 1/(i − 1) pour tout i = 2, . . . , n. Dans ce cas, le
produit des ai est diérent de 1 et donc l'unique cas d'égalité ne peut pas se produire.
En conclusion, il n'y a jamais égalité et donc l'inégalité est stricte.

2.1.1 AM-GM: version pondérée


Que se passe-t-il si certains des ai se répètent lorsqu'on applique AM-GM sur n variables
? On pourrait alors les regrouper. Supposons que a1 apparaisse m1 fois, a2 apparaisse m2
fois et ainsi de suite jusqu'à ak qui apparait mk fois. Ici les mi sont des entiers naturels
tels que m1 + . . . + mk = n. On obtient
m m
z }|1 { z }|k {
a1 + . . . + a1 + . . . + ak + . . . + ak
≥ (a1 · . . . · a1 · . . . · ak · . . . · ak )1/n .
m1 + . . . + mk | {z } | {z }
m1 mk

Autrement dit
m1 a1 + . . . + mk ak m1 mk
≥ a1 n · . . . · ak n .
m1 + . . . + mk
En posant ωi := mi /n = mi /(m1 + . . . + mk ), alors on a ω1 + . . . + ωk = 1 et
ω1 a1 + . . . + ωk ak ≥ aω1 1 · . . . · aωk k .
On obtient la version pondérée d'AM-GM.
Cette inégalité est toujours vériée même lorsque les ωi sont des nombres réels positifs
quelconques dont la somme vaut 1. En général, les ωi sont appelés poids. Chaque ai est
associé à son poids et le poids total est 1. Ce résultat est connu en anglais sous le nom
de weighted AM-GM (weighted = pondéré).

9
Théorème 22 (Weighted AM-GM). Soient a1 , . . . , ak des nombres positifs et soient
ω1 , . . . , ωk des nombres réels positifs tels que ω1 + . . . + ωk = 1. Alors

ω1 a1 + . . . + ωk ak ≥ aω1 1 · . . . · aωk k .

L'égalité est vériée si et seulement si ai = aj pour toute paire d'indices (i, j) telle
que ωi 6= 0 et ωj 6= 0.

L'argument précédent donne la preuve pour le cas où les ωi sont des nombres rationnels.
Le cas général requiert des méthodes qui seront présentées à la n de ces notes.

Exemple 5. Soit a un nombre positif. Alors


a5 + 1 ≥ a3 + a2 .

Solution. Ce problème semble pouvoir être résolu avec des méthodes analytiques. Pour-
tant il existe une très jolie preuve qui utilise le weighted AM-GM. Comment sait-on qu'un
tel argument existe ? Eh bien, parce que 5 + 0 = 3 + 2, évidemment. On parle ici des
exposants des quatre termes (avec 1 = a0 ).
Il s'agit donc de trouver la bonne constante pour appliquer l'inégalité suivante qui découle
du weighted AM-GM. Soit 0 < c < 1 une constante dont la valeur sera déterminée
ultérieurement, alors
ca5 + (1 − c) ≥ a5c · 11−c = a5c .
Pour retrouver les deux termes du membre de droite dans l'inégalité de départ, a3 et
a2 , il faut appliquer cette relation pour c1 = 3/5 et c2 = 2/5. Comme 3 + 2 = 5, alors
c1 + c2 = 1! On obtient 
3/5 · a5 + 2/5 ≥ a3
2/5 · a5 + 3/5 ≥ a2 .
En additionnant ces deux relations, on obtient, comme désiré, a5 + 1 ≥ a3 + a2 .

Exemple 6. Soient a, b, c des nombres strictement positifs tels que a+b+c = 3. Montrer
que
ab bc ca ≤ 1.

Solution. C'est un exemple intéressant où les variables se confondent avec les poids.
Comment pense-t-on à utiliser un weighted AM-GM dans ce cas ? Eh bien, l'expression
avec les puissances ressemble au membre de droite dans le weighted AM-GM. De plus,
la condition sur la somme des variables ressemble à la condition sur la somme des poids.
Toutefois, la somme n'est pas 1. Or, on observe que
ab bc ca ≤ 1 ⇔ (ab bc ca )1/3 ≤ 1
et évidemment a/3 + b/3 + c/3 = 1. Appliquons donc le weighted AM-GM à a, b, c avec
les poids b/3, c/3, a/3:

10
b c a
· a + · b + · c ≥ ab/3 bc/3 ca/3 .
3 3 3
Que l'on peut réécrire sous la forme
ab + bc + ca
≥ (ab bc ca )1/3 .
3
Pour conclure, il ne reste plus qu'à montrer que ab + bc + ca ≤ 3 sous la condition que
a + b + c = 3. Ici il y a plusieurs chemins possibles (par exemple, comme on le verra plus
tard, en homogénéisant l'inégalité). On a opté pour l'option suivante.
Lorsqu'une inégalité implique une majoration de l'expression ab + bc + ca, il est souvent
judicieux d'utiliser l'inégalité ab + bc + ca ≤ a2 + b2 + c2 que l'on connait bien. Si l'on
additionne 2(ab + bc + ca) des deux côtés à cette relation, alors on obtient
3(ab + bc + ca) ≤ (a + b + c)2 .

Dans le problème qui nous concerne, on sait que a + b + c = 3. Ainsi, l'inégalité ci-dessus
appliquée à cet exemple donne bien
3(ab + bc + ca) ≤ 9 ⇔ ab + bc + ca ≤ 3.

2.2 Cauchy-Schwarz et son grand frère Hölder

De l'inégalité AM-GM il découle une autre inégalité tout aussi pratique. C'est une inéga-
lité qui s'énonce en général en termes de produit scalaire et de normes de vecteurs. Nous
en présentons ici une version algébrique.

Théorème 23 (Cauchy-Schwarz, abrégé CS). Soient x1 , . . . , xn et y1 , . . . , yn des


nombres réels (pas nécessairement positifs). Alors
(x21 + . . . + x2n )(y12 + . . . + yn2 ) ≥ (x1 y1 + . . . + xn yn )2 .

L'égalité est vériée si et seulement si il existe des nombres réels λ1 et λ2 tels que
λ1 xi = λ2 yi pour tout i = 1, . . . , n, i.e. les vecteurs (x1 ; . . . ; xn ) et (y1 ; . . . ; yn ) sont
colinéaires:    
x1 y1
 ..   .. 
λ1  .  = λ2  .  .
xn yn
Autrement dit, l'égalité est vériée si et seulement si xi yj = xj yi pour toute paire
d'indices (i, j).

Cauchy-Schwarz est une conséquence d'AM-GM. Dans cette preuve, on prote d'intro-
duire en détail un concept déjà évoqué précédemment: l'homogénéité.

11
2.2.1 Interlude sur l'homogénéité
Dénition 2.1. Une expression algébrique A(x1 , . . . , xn ) en plusieurs variables est ho-
mogène de degré k si pour tout nombre réel θ
A(θx1 , . . . , θxn ) = θk A(x1 , . . . , xn ).

Une inégalité est homogène de degré k si les deux côtés sont des expressions homogènes
de degré k.
En d'autres termes, une expression en plusieurs variables est homogène, si en multipliant
chaque variable par un même facteur θ, alors l'expression globale est multipliée par une
puissance de θ. Par exemple, x31 + 2x32 − x1 x22 est une expression homogène de degré 3 et
x1 + x 2 + x3
x1 x2 + x2 x3 + x3 x1

est une expression homogène de degré −1. En revanche, x21 + x22 + 2x23 − 1 et x1 + x22 ne
sont pas des expressions homogènes.
Il y a un avantage à travailler avec une inégalité homogène en cela qu'on peut supposer
sans perte de généralité qu'un expression homogène en les variables prend une certaine
valeur. Ce procédé est appelé normalisation. Par exemple, supposons que pour tous les
nombres réels strictement positifs x1 , . . . , xn on désire montrer l'inégalité
A(x1 , . . . , xn ) ≥ B(x1 , . . . , xn )

où A et B sont deux expressions homogènes de degré k. Alors, par homogénéité, cette


inégalité est vériée pour les variables (x1 , . . . , xn ) si et seulement si elle l'est pour
(θx1 , . . . , θxn ) où θ > 0. Attention ! La positivité de θ est cruciale ici. En eet, par
homogénéité des expressions, on a:
A(θx1 , . . . , θxn ) ≥ B(θx1 , . . . , θxn ) ⇔
θk · A(x1 , . . . , xn ) ≥ θk · B(x1 , . . . , xn ) ⇔
A(x1 , . . . , xn ) ≥ B(x1 , . . . , xn ).

La dernière simplication est légale seulement parce que θk > 0. Cette observation nous
permet par exemple de supposer sans perte de généralité que nous avons x1 +. . .+xn = 1.
Pourquoi ? Parce qu'il est équivalent de démontrer l'inégalité pour (x1 , . . . , xn ) et pour
(x1 /(x1 + . . . + xn ), . . . , xn /(x1 + . . . + xn )), on l'a vu. Et dans le deuxième
pcas, la somme
des variables vaut 1. De même, quitte à multiplier les variables par 2/ x21 + . . . + x2n ,
on peut supposer sans perte de généralité que x21 + . . . + x2n = 4. Ou encore, quitte à
multiplier les variables par 1/xn , on peut supposer sans perte de généralité que xn = 1.
Vous comprenez donc pourquoi travailler avec une inégalité homogène est pratique. On
peut toujours xer la valeur d'une expression homogène en les variables. En général, on
choisit cette expression en fonction de ce qui apparait dans l'inégalité, dans le but de

12
simplier l'inégalité qu'on souhaite démontrer. Attention! Utiliser l'homogénéité pour
soulager une inégalité n'est jamais un pas décisif vers la solution, cela permet simplement
d'y voir plus clair.
Lorsqu'on dit d'une inégalité qu'elle est standard, on entend en général qu'elle est en
particulier homogène. D'une certaine manière, si les grandeurs avaient des unités de
mesure associées, alors l'homogénéité garantirait la validité (d'un point de vue physique)
de l'expression; d'où le côté naturel et donc standard de l'homogénéité.

Remarque. Concernant la rédaction des solutions, lorsque vous appliquez une normali-
sation dans une solution, les correcteurs attendent de vous que vous justiez entièrement
une telle manipulation, comme ci-dessus ou comme dans la démonstration qui suit.

Cas d'égalité avec une condition articielle Évidemment, imposer une condition
supplémentaire en utilisant l'homogénéité inuence les cas d'égalité. Si les cas d'égalités
sont demandés dans le problème initial, il faut donc retracer les cas d'égalité originaux.
Un manière de procéder et de voir la condition articielle comme le choix de nouvelles
variables. Par exemple, si vous avez supposé par homogénéité que a1 + . . . + an = 1,
alors vous auriez également pu introduire les nouvelles variables bi := ai /(a1 + . . . + an ).
En connaissant a posteriori les cas d'égalités en les variables bi , il sut de traduire ces
relations pour les variables ai en se servant des relations ci-dessus.

2.2.2 Démonstration de Cauchy-Schwarz et exemples


Démonstration de Cauchy-Schwarz. L'inégalité de Cauchy-Schwarz est homogène de de-
gré 2 en les variables x1 , . . . , xn , y1 , . . . , yn . De plus, dans ce cas spéciquement, elle est
aussi homogène de degré 2 en les variables x1 , . . . , xn seulement. C'est-à-dire que si l'on
multiplie les xi (seulement) par θ > 0, alors l'inégalité est inchangée.
On remarque que si x21 + . . . + x2n = 0, alors tous les xi sont nuls et l'inégalité est
trivialement vériée. Si x21 + . . . + x2n 6= 0, alors, quitte à multiplier tous les xi par
1/ x21 + . . . + x2n , on peut supposer sans perte de généralité que x21 + . . . + x2n = 1. On
p

doit donc désormais montrer que


y12 + . . . + yn2 ≥ (x1 y1 + . . . + xn yn )2

sous la condition que x21 +. . .+x2n = 1. En observant cette nouvelle inégalité, on remarque
qu'elle est toujours homogène de degré 2 en les variables y1 , . . . , yn cette fois. On peut
donc à nouveau supposer sans perte de généralité que y12 +. . .+yn2 = 1. L'inégalité devient
1 ≥ x1 y1 + . . . + xn yn .

On a considérablement simplié la forme de l'inégalité. La conclusion à l'aide d'AM-GM

13
est maintenant limpide. En eet, on sait que xi yi ≤ (x2i + yi2 )/2. Ainsi, on a bien
x21 + y12 x2n + yn2
x1 y1 + . . . + xn yn ≤ + ... +
2 2
=1 =1
z }| { z }| {
x21 + . . . + x2n y12 + . . . + yn2
= +
2 2
= 1.

Concernant les cas d'égalité, l'application d'AM-GM nous dit que l'on a égalité si et
seulement si xi = yi pour tout i = 1, . . . , n. Or, il faut se rappeler à ce stade que l'on
a fait une supposition concernant la valeur de la somme des carrés des variables. Cela
revient à multiplier les variables par l'inverse de la racine carrée de la dite somme. Ce
coecient doit donc être répercuté dans les cas d'égalités. On a donc bien égalité si et
seulement si λxi = yi pour tout i = 1, . . . , n ou si x1 = . . . = xn = 0 (le cas d'égalité
y1 = . . . = yn = 0 correspond au choix λ = 0).

Exemple 7 (L'inégalité des moyennes). Soient a1 , . . . , an des nombres réels stric-


tement positifs. Alors
r
a21 + . . . + a2n a1 + . . . + an √ n
≥ ≥ n a1 · . . . · an ≥ 1 1 .
n n a1
+ ... + an

Pour les trois inégalités, il y a égalité si et seulement si a1 = . . . = an .

Solution. Les membres de l'inégalité s'appellent, de gauche à droite, la moyenne quadra-


tique (QM pour quadratic mean ), les moyennes arithmétique et géométrique que nous
avons déjà rencontrés et la moyenne harmonique (HM pour harmonic mean ) des valeurs
ai . L'inégalité des moyennes est un célèbre résultat dont il existe une grande variété de
preuves. On présente ici une approche qui emploie Cauchy-Schwarz.
Commençons par AM-HM (même si cette inégalité est de fait une conséquence d'AM-
GM et de la relation GM-HM que l'on verra plus tard). On peut réécrire AM-HM de la
manière suivante:  
1 1
(a1 + . . . + an ) + ... + ≥ n2 .
a1 an

Cela commence à ressembler à du√Cauchy-Schwarz. Comme les ai sont des nombres réels
positifs, on peut introduire bi := ai . L'inégalité devient
 2  2 !
1 1
(b21 + . . . + b2n ) + ... + ≥ n2 .
b1 bn

14
Il s'agit à présent d'une directe application de Cauchy-Schwarz. En eet, par Cauchy-
Schwarz on a directement, comme désiré,
 2  2 !  2
1 1 1 1
(b21 + ... + b2n ) + ... + ≥ b1 · + . . . + bn · = n2 .
b1 bn b1 bn

Voyons à présent QM-AM. Á nouveau, si la stratégie est d'employer Cauchy-Schwarz, on


va faire usage des carrés sur la gauche. On peut ré-écrire QM-AM de la manière suivante:
n(a21 + . . . + a2n ) ≥ (a1 + . . . + an )2 .
Nous sommes proches de Cauchy-Schwarz à présent; il sut de décomposer n = 1+. . .+1
et l'on obtient exactement l'inégalité de Cauchy-Schwarz pour xi = ai et yi = 1. Nous
avons égalité si et seulement si les vecteurs (a1 ; . . . ; an ) et (1; . . . ; 1) sont colinéaires,
autrement dit, si et seulement si a1 = . . . = an .

Remarque. L'inégalité QM-AM, contrairement aux deux autres, est valables pour des
variables négatives également.
Voyons enn GM-HM. L'inégalité est homogène (comme√
les autres inégalités entre les
moyennes). Quitte à remplacer tous les ai par ai / a1 . . . an , on peut supposer que a1 ·
n

. . . · an = 1. L'inégalité devient
1 1
+ ... + ≥ n,
a1 an
pour des variables ai tels que leur produit est 1. Il sut d'appliquer AM-GM sur le
membre de gauche pour conclure:
r
1 1 1
+ ... + ≥nn = n.
a1 an a1 · . . . · an
De l'application d'AM-GM, il s'ensuit que nous avons égalité si et seulement si a1 ·. . .·an =
1 et 1/a1 = . . . = 1/an , autrement dit si et seulement si a1 = . . . = an = 1. On
se souvient qu'on avait imposé une condition supplémentaire à l'aide de l'homogénéité.
Cette condition inuence comme toujours les cas d'égalité. Un rapide calcul montre que
le cas d'égalité général correspond bien à a1 = . . . = an .

Un détail mérite attention à ce stade: dans la preuve d'AM-HM, on peut se passer


d'introduire les nouvelles variables bi , mais il faut faire attention à une chose. Lorsqu'on
applique Cauchy-Schwarz à un produit de deux parenthèses, il faut s'assurer que
chaque élément des deux sommes est positif, parce que dans l'énoncé originel de
Cauchy-Schwarz, ces éléments sont des carrés et donc des nombres positifs. En d'autres
termes, on peut réécrire l'inégalité de Cauchy-Schwarz ainsi:

15
Théorème 24 (Cauchy-Schwarz, bis ). Soient a1 , . . . , an et b1 , . . . , bn des nombres
réels positifs. Alors
p p 2
(a1 + . . . + an )(b1 + . . . + bn ) ≥ a1 b 1 + . . . + an b n .

L'égalité est vériée si et seulement si les vecteurs (a1 ; . . . ; an ) et (b1 ; . . . ; bn ) sont


colinéaires.
L'exemple suivant est un cas typique où l'application de Cauchy-Schwarz est une stratégie
à envisager. L'exemple lui-même est une inégalité pratique que vous pourrez réutiliser à
l'occasion.

Exemple 8 (Nesbitt). Soient a, b, c des nombres strictement positifs. Alors


a b c 3
+ + ≥ .
b+c c+a a+b 2
L'égalité est vériée si et seulement si a = b = c.

Solution. La solution présentée ici est une application d'école de Cauchy-Schwarz lors-
qu'on cherche à minorer une somme de fractions. Elle doit être envisagée systématique-
ment lorsqu'on travaille avec une somme de fractions. L'idée est de multiplier le membre
de gauche par la somme des produits des numérateurs avec les dénominateurs. Ensuite,
on applique Cauchy-Schwarz à ce produit. Rappelez-vous de ce schéma de denominators
clearing, c'est un classique.
Par Cauchy-Schwarz, comme toutes les variables sont positives, on a
 
a b c
(a(b + c) + b(c + a) + c(a + b)) + + ≥ (a + b + c)2
b+c c+a a+b
et donc
a b c (a + b + c)2
+ + ≥ .
b+c c+a a+b 2(ab + bc + ca)
Il sut donc à présent de montrer que (a + b + c)2 /2(ab + bc + ca) ≥ 3/2 et on a
terminé. Cette inégalité est équivalente à (a + b + c)2 ≥ 3(ab + bc + ca). On l'a vu
en introduction, cette dernière inégalité est vériée pour tout a, b, c avec égalité si et
seulement si a = b = c. Le cas d'égalité de l'application de Cauchy-Schwarz étant plus
général, on a bien uniquement a = b = c comme cas d'égalité.

Comme la preuve de l'inégalité de Nesbitt l'illustre, on peut utiliser Cauchy-Schwarz


lorsque l'on cherche à minimiser une somme de fractions. La méthode permet de minorer
une somme de fractions par une seule fraction. Plus précisément, l'inégalité suivante est
une conséquente directe de Cauchy-Schwarz. La preuve est laissée en exercice.

16
Exemple 9 (Titu). Soient a1 , . . . , an et b1 , . . . , bn des nombres réels positifs. Alors
a21 a2 (a1 + . . . + an )2
+ ... + n ≥ .
b1 bn b1 + . . . + bn
L'égalité est vériée si et seulement si les vecteurs (a1 ; . . . ; an ) et (b1 ; . . . ; bn ) sont
colinéaires.

Exemple 10. Soient x, y, z, w quatre nombres réels tels que x2 + y2 + z 2 + w2 = 1.


Déterminer la valeur maximale que peut prendre l'expression x + 2y + 2z + 4w.
Solution. Dans ce genre de problèmes d'optimisation, après avoir déterminé la valeur du
maximum recherché, il y a systématiquement deux choses à montrer. Premièrement, il
faut prouver qu'il s'agit bien d'une borne supérieure, c'est-à-dire que l'expression x +
2y + 2z + 4w est bien toujours plus petite ou égale que cette valeur. Deuxièmement, il
faut montrer que cette borne peut être atteinte pour un certain quadruplet de valeurs
(i.e. il existe au moins un cas d'égalité) sans quoi ce n'est pas un vrai maximum.
Comme on l'a vu dans les exemples jusqu'ici, les valeurs extrêmes sont souvent atteintes
lorsque toutes les variables sont égales. Dans ce cas, à cause des coecients diérents
dans l'expression à maximiser, le cas d'égalité est moins évident. Il n'est donc pas clair
a priori sur quelle valeur du maximum on devrait spéculer.
Toutefois, la condition sur la somme des carrés fait penser au membre de gauche de
Cauchy-Schwarz. Il sut peut-être d'introduire les coecients dans la deuxième paren-
thèse du membre de gauche! On aurait alors
(x2 + y 2 + z 2 + w2 )(12 + 22 + 22 + 42 ) ≥ (x + 2y + 2z + 4w)2

et donc
|x + 2y + 2z + 4w| ≤ 5.
Observez que l'expression x+2y +2z +4w peut être négative et donc en prenant la racine
carrée on ne doit pas oublier la valeur absolue. Or, un nombre est toujours plus petit ou
égal que sa valeur absolue. On a donc x + 2y + 2z + 4w ≤ 5 pour tout x, y, z, w.
Pour conclure que 5 est bien le maximum recherché, il faut encore trouver un cas d'égalité.
De l'application de Cauchy-Schwarz, on sait qu'il y a égalité si et seulement si
x y z w
= = = .
1 2 2 4
Or, ces quatre variables doivent aussi satisfaire x2 + y 2 + z 2 + w2 = 1. En résolvant ce
système, on obtient la solution (x, y, z, w) = (1/5, 2/5, 2/5, 4/5). Le maximum de 5 est
donc bel et bien atteint.

17
2.2.3 Le grand frère: Hölder
L'inégalité de Cauchy-Schwarz est le cas particulier d'une inégalité plus générale qui porte
le nom de Hölder. À cause du grand nombre de variables qui interviennent, il est dicile
d'écrire son énoncé de manière limpide.

Théorème 25 (Hölder). Soit m ≥ 1 un entier que l'on appelle le degré de l'inégalité.


Soit xij une collection de nombres réels positifs où i = 1, . . . , n et j = 1, . . . , m. Alors
m X
n n Y
m
!m
Y m
X
(xij ) ≥ xij .
j=1 i=1 i=1 j=1

L'égalité est vériée si et seulement si xij xlk = xik xlj pour tout i, l = 1, . . . , n et
pour tout j, k = 1, . . . , m. C'est-à-dire, si et seulement s'il existe des nombres réels
λ1 , . . . , λm tels que
     
x11 x21 xm1
λ1  ...  = λ2  ...  = . . . = λm  ...  ,
     
x1n x2n xmn

i.e. si les m vecteurs (x11 ; . . . ; x1n ), . . . , (xm1 ; . . . ; xmn ) sont colinéaires ou si l'un est
nul.

Remarque (Validité de l'inégalité de Hölder). L'inégalité de Hölder est formulée ici


pour des nombres positifs. Si le degré de l'inégalité est impair, alors il est nécessaire
que les variables soient positives. Un contre-exemple, pour m = 3 est obtenu en prenant
x11 = 2, x12 = 4, x13 = −5 et toutes les autres variables 1. Si le degré est pair, comme par
exemple pour m = 2 qui est exactement l'inégalité de Cauchy, alors l'inégalité est vériée
pour tous les nombres réels. En eet, le côté gauche est invariant si l'on change le signe
d'une variable et le côté droit n'est jamais plus grand que lorsque toutes les variables sont
positives.
Au lieu de retenir cette formule erayante par c÷ur, on peut déjà commencer par com-
prendre pourquoi le cas m = 2 redonne exactement Cauchy-Schwarz ou comprendre le
cas m = 3 et ses applications. En pratique, le degré 3 s'avère utile. Le cas général de l'in-
égalité d'Hölder est plus rarement utilisé mais demeure toutefois un résultat fondamental.
Si le degré est m = 3, l'inégalité de Hölder s'écrit de la manière suivante:

Théorème 26 (Hölder degré 3). Soient x1 , . . . , xn , y1 , . . . , yn , z1 , . . . , zn des nombres


réels positifs. Alors
(x31 + . . . + x3n )(y13 + . . . + yn3 )(z13 + . . . + zn3 ) ≥ (x1 y1 z1 + . . . + xn yn zn )3 .

18
L'égalité est vériée si et seulement si les trois vecteurs (x1 ; . . . ; xn ), (y1 ; . . . ; yn ) et
(z1 ; . . . ; zn ) sont colinéaires ou si l'un est nul.

Si Cauchy-Schwarz est une bonne stratégie lorsqu'on cherche à minimiser une somme
de fractions, parce qu'elle permet de se débarrasser des dénominateurs, l'inégalité de
Hölder de degré m s'applique à l'identique lorsque la somme de fractions fait intervenir
des racines (m − 1)èmes. Illustrons ce principe avec un fameux problème d'IMO.

Exemple 11 (IMO 2001, problème 2). Soient a, b, c des nombres réels positifs. Alors
a b c
√ +√ +√ ≥ 1.
a2 + 8bc 2
b + 8ca 2
c + 8ab

Solution. On cherche à minimiser une somme de fractions faisant intervenir des racines
carrées. On va donc tenter d'appliquer Hölder avec degré 3. On procède de la manière
suivante. On multiplie le carré du membre de gauche avec la somme des produits des
numérateurs avec les dénominateurs sans la racine. C'est-à-dire, on considère l'expression
suivante:
 2
2 2
 2 a b c
a(a + 8bc) + b(b + 8ca) + c(c + 8ab) √ +√ +√ .
2
a + 8bc 2
b + 8ca 2
c + 8ab
Par Hölder, comme toutes les variables qui interviennent sont positives, cette expression
est plus grande ou égale à (a + b + c)3 . Autrement dit, on a
r
a b c (a + b + c)3
√ +√ +√ ≥ .
a2 + 8bc b2 + 8ca c2 + 8ab a3 + b3 + c3 + 24abc

Il sut donc de montrer que (a + b + c)3 ≥ a3 + b3 + c3 + 24abc pour conclure. Si l'on


développe le cube de gauche, alors les termes a3 , b3 et c3 se simplient. Il reste
a2 b + a2 c + b2 a + b2 c + c2 a + c2 b ≥ 6abc.

Cette inégalité, on l'a déjà vu dans un exemple précédent, est vériée (il s'agit là d'un
simple AM-GM avec six variables).

2.3 Muirhead, le bulldozer

Intéressons-nous de plus près aux inégalités entre expressions polynomiales (pas de ra-
cine, pas de sinus,etc.), symétriques et homogènes et regardons de plus près une liste
d'inégalités que l'on a déjà établies:
 2

 a + b2 + c2 ≥ ab + bc + ca,
 3
a + b3 + c3 ≥ 3abc,

 a2 b + a2 c + b2 a + b2 c + c2 a + c2 b ≥ 6abc,
 5
a + 1 ≥ a3 + a2 .

19
Toutes ces relations, mis à part la dernière, sont des inégalités entre deux expressions
polynomiales symétriques en a, b, c et homogènes de degré 2, respectivement 3 et 3. In-
tuitivement, on remarque que "les plus grands exposants" dominent les exposants plus
distribués. Cette intuition, pour autant qu'on en dénisse les concepts, se formalise en un
théorème que l'on doit à Muirhead. Pour l'énoncer, on a besoin de la notion de majoration
des exposants.

Dénition 2.2. Soit p = (p1 , . . . , pn ) et q = (q1 , . . . , qn ) deux vecteurs de nombres réels


(pas forcément positifs). On dit que p majore (ou domine ) q et on note p  q si
1. p1 ≥ p2 ≥ . . . ≥ pn et q1 ≥ q2 ≥ . . . ≥ qn ,
2. p1 + . . . + pn = q1 + . . . + qn ,
3. p1 + . . . + pk ≥ q1 + . . . + qk pour tout k = 1, . . . , n − 1.
Par exemple, (5, 1)  (3, 2) et (2, 0, 0)  (1, 1, 0) ou encore (5, 3, −1)  (4, 2, 1) et
(1, 0, . . . , 0)  (1/n, . . . , 1/n).
Pour pouvoir énoncer Muirhead proprement, on introduit encore le concept de somme
symétrique. Il s'agit d'une notation qui nous épargne parfois d'écrire de longues expres-
sions. La somme symétrique d'une expression telle que a2 b ou a3 bc2 est la somme des
toutes les expressions obtenues par permutation des variables. Attention! Une somme
symétrique d'un terme avec n variables distinctes contient toujours n! termes, car il y a
n! permutations possibles. Ce concept est plus clairement expliqué à l'aide d'un exemple.
Pour trois variables, par exemple
 P
 Psym abc = abc + acb + bac + bca + cab + cba = 6abc,
a2 b = a2 b + a2 c + b2 a + b2 c + c2 a + c2 b,
 Psym
sym ab = ab + ac + ba + bc + ca + cb = 2(ab + bc + ca).

Il ne faut pas confondre les sommes symétriques avec les sommes cycliques que l'on
rencontre parfois dans la littérature. La somme cyclique d'une expression n'additionne
que les expressions obtenues par permutations cycliques des variables. En particulier,
la somme cyclique d'une expression en n variables contient n termes. Par exemple,
 P
 Pcyc abc = abc + bca + cab = 3abc,
a2 b = a2 b + b2 c + c2 a,
 Pcyc
cyc ab = ab + bc + ca.

Si a1 , . . . , an sont des nombres réels positifs, alors étant donné un vecteur de nombres
réels p = (p1 , . . . , pn ), on note
X
[p] := ap11 · . . . · apnn .
sym


Par exemple, [(2, 0, 0)] = 2(a21 + a22 + a23 ) et [(1/2, 1/2)] = 2 a1 a2 . Observer que dans la
notation [p], l'ordre des éléments du vecteurs p n'importe pas. Par exemple [(2, 1, 0)] =

20
[(1, 0, 2)]. En eet, on parle ici d'une notation pour une somme symétrique qui est donc
par essence symétrique (la même remarque est fausse pour les sommes cycliques). En
principe, on écrira les composantes du vecteurs p dans l'ordre décroissant.
Le théorème de Muirhead s'énonce facilement avec cette notation.

Théorème 27 (Muirhead, a.k.a. Bunching). Soient a1 , . . . , an des nombres réels


positifs et p, q deux vecteurs de nombres réels (pas nécessairement positifs). Alors

p  q ⇒ [p] ≥ [q].

L'égalité est vériée si et seulement si p = q ou si tous les ai sont identiques.

On peut appliquer Muirhead pour montrer certaines des inégalités déjà établies. Par
exemple,
(2, 0, 0)  (1, 1, 0) ⇒ a2 + b2 + c2 ≥ ab + bc + ca,
X
(3, 0, 0)  (2, 1, 0)  (1, 1, 1) ⇒ 2(a3 + b3 + c3 ) ≥ a2 b ≥ 6abc,
sym
5 5 3 2 3 2
(5, 0)  (3, 2) ⇒ a + b  a b + b a .
On peut également voir AM-GM comme une conséquence de Muirhead:
1/n
(1, 0, . . . , 0)  (1/n, . . . , 1/n) ⇒ (n − 1)! · (a1 + . . . + an ) ≥ n! · a1 . . . a1/n
n
a1 + . . . + an √
⇒ ≥ n a1 . . . an .
n
Muirhead est un outil extrêmement puissant. Étant donnée une inégalité polynomiale
symétrique et homogène, on peut toujours essayer de tout développer, ramener l'inégalité
sous la forme de sommes symétriques et tenter d'appliquer Muirhead. Bien sûr, cela ne
fonctionne pas tout le temps. Cependant, l'outil est si puissant qu'il en devient ennuyeux.
L'époque des inégalités résolubles par gros bras (i.e. Muirhead) est révolue, du moins à
l'IMO. Voyons néanmoins quelques exemples.

Exemple 12 (USA 1997). Soient a, b, c trois nombres réels strictement positifs. Alors
1 1 1 1
+ 3 + 3 ≤ .
a3 3 3 3
+ b + abc b + c + abc c + a + abc abc
Solution. L'inégalité est polynomiale, symétrique et homogène. On peut donc tenter d'ap-
pliquer Muirhead. Pour ce faire, il faut tout multiplier pour se débarrasser des fractions.
On passe immédiatement en notation avec les sommes symétriques. Attention! Chaque
somme contient six termes, on doit donc rajouter des coecients pour compenser les
termes excédentaires. On obtient
1 X 3
· (a + b3 + abc)(a3 + c3 + abc)abc ≤ (a3 + b3 + abc)(b3 + c3 + abc)(c3 + a3 + abc).
2 sym

21
En développant, on obtient
X X
a7 bc + 3a4 b4 c + 4a5 b5 c + a3 b3 c3 ≤ a3 b3 c3 + 2a6 b3 + 3a4 b4 c + 2a5 b2 c2 + a7 bc
sym sym

et après simplication, il reste a6 b 3 ≥ a5 b2 c2 . Cette inégalité est vériée parce


P P
sym sym
que (6, 3, 0)  (5, 2, 2).

Exemple 13. Soient a1 , . . . , an des nombres strictement positifs tels que a1 · . . . · an = 1.


Alors
a21 + . . . + a2n ≥ a1 + . . . + an .

Solution. L'inégalité est bien polynomiale et symétrique, mais elle n'est pas homogène. En
eet, le côté gauche est homogène de degré 2 alors que le côté droit est homogène de degré
1. L'astuce est d'homogénéiser l'inégalité à l'aide de la condition en multipliant à droite
par un terme polynomial, symétrique et homogène de degré 1, c'est-à-dire (a1 · . . . · an )1/n .
Les deux côtés sont alors homogènes de degré 2. On obtient
a21 + . . . + a2n ≥ (a1 · . . . · an )1/n (a1 + . . . + an )

et en notation avec les sommes symétriques


X X n+1 1 1
a21 ≥ a1 n a2n . . . ann .
sym sym

Or, (2, 0, . . . , 0)  ((n + 1)/n, 1/n, . . . , 1/n), donc l'inégalité précédente est vériée par
Muirhead.

Pour le dernier exemple, on va compléter l'inégalité de Muirhead avec un petit lemme


extrêmement pratique.

Lemme 28. Soient a1 , . . . , an des nombres réels positifs et p = (p1 , . . . , pn ), q deux vec-
teurs de nombres réels.
1. Si a1 · . . . · an = 1, alors [(p1 , . . . , pn )] = [(p1 − r, . . . , pn − r)] pour tout nombre réel
r.
2. Si a1 · . . . · an ≥ 1, alors [(p1 , . . . , pn )] ≥ [(p1 − r, . . . , pn − r)] pour tout nombre réel
r.
De plus,  
[p] + [q] p+q
≥ .
2 2

Démonstration. Les deux premiers points sont immédiats à condition d'écrire explicite-
ment les sommes.

22
Le dernier point est une conséquence d'AM-GM. C'est une relation clef comme on va le
voir dans l'exemple d'après. Prenons les deux sommes [p] et [q] termes à termes:
ap11 . . . apnn + aq11 . . . aqnn
≥ (ap11 +q1 . . . apnn +qn )1/2
2
(p +q )/2
= a1 1 1 . . . an(pn +qn )/2 .

On conclut en sommant ces n! relations.

Exemple 14 (IMO 2005, problème 3). Soient a, b, c des nombres réels strictement positifs
tels que abc ≥ 1. Alors
a5 − a2 b5 − b2 c5 − c2
+ + ≥ 0.
a5 + b 2 + c 2 b 5 + c 2 + a2 c 5 + a2 + b 2
Solution. L'inégalité n'est pas homogène et il n'est pas clair a priori comment homogénéi-
ser une telle inégalité. On va donc essayer de se rabattre sur notre lemme. On commence
par tout développer (eh oui, il faut suer pour gagner). On obtient
[(9, 0, 0)] + 4[(7, 5, 0)] + [(5, 2, 2)] + [(5, 5, 5)] ≥ [(6, 0, 0)] + [(5, 5, 2)] + 2[(5, 4, 0)]
+ 2[(4, 2, 0)] + [(2, 2, 2)].

Toute la subtilité de l'exercice revient donc à estimer les bons termes à gauche avec les
bons termes à droite. C'est à cette étape qu'il faut un brin d'intuition et d'expérience.
L'idée générale est toujours d'utiliser le plus grand terme à gauche pour majorer le plus
grand terme à droite.
Par Muirhead, on a [(9, 0, 0)] ≥ [(7, 1, 1)]. Par le point 2 du lemme, comme abc ≥ 1, avec
r = 1, on a [7, 1, 1] ≥ [6, 0, 0]. Donc

[(9, 0, 0)] ≥ [(6, 0, 0)].

Par Muirhead, on a immédiatement


[(7, 5, 0)] ≥ [(5, 5, 2)].

De même, par Muirhead on a [(7, 5, 0)] ≥ [(6, 5, 1)] et par le point 2 du lemme, avec
r = 1, [(6, 5, 1)] ≥ [5, 4, 0]. Donc

2[(7, 5, 0)] ≥ 2[(5, 4, 0)].

On arrive à l'étape un peu plus délicate. On va montrer que


[(7, 5, 0)] + [(5, 2, 2)] ≥ 2[(4, 2, 0)].

A l'aide du point 3 du lemme, on a [(7, 5, 0)] + [(5, 2, 2)] ≥ 2[(6, 7/2, 1)]. On ne peut pas
conclure immédiatement ni avec Muirhead ou avec le point 2 que [(6, 7/2, 1)] ≥ [(4, 2, 0)].

23
On doit essayer de combiner les deux. L'idée est de chercher un nombre réel r tel que
(6 − r) + (7/2 − r) + (1 − r) = 4 + 2. Un tel r est donnée par 3/2. Donc, on applique
d'abord le point 2 du lemme avec r = 3/2 pour obtenir [(6, 7/2, 1)] ≥ [(9/2, 2, −1/2)],
puis Muirhead nous donne [(9/2, 2, −1/2)] ≥ [(4, 2, 0)].
Finalement, le point 2 du lemme avec r = 3 implique que
[(5, 5, 5)] ≥ [(2, 2, 2)].
En sommant ces cinq inégalités, on obtient le résultat désiré.

3 L'ordre avant le désordre

Dans le chapitre précédent, les résultats s'appuient essentiellement sur le fait qu'il n'y
a pas de carrés négatifs. Les inégalités présentées dans ce chapitre ne découlent pas
de la positivité des carrés. On peut donc les regarder comme une famille d'outils de
nature diérente qui permettent de résoudre certaines inégalités insensibles aux résultats
précédents.

3.1 Les suites ordonnées à la sauce Tchébychev

Le résultat central de cette section est très intuitif. Sa preuve d'ailleurs n'est qu'une
formalisation de notre intuition. L'idée est la suivante: pour maximiser, il faut assembler
les plus grands ensemble. Si vous êtes autorisés à piocher trois, deux et une pièce dans
trois sacs qui contiennent des pièces de cinq, deux et un franc, alors vous maximisez votre
gain en prenant trois pièces de cinq francs, deux pièces de deux francs et une pièce d'un
franc.

Théorème 31 (Suites ordonnées). Soient x1 ≥ x2 ≥ . . . ≥ xn une suite ordonnée


de nombres réels (pas nécessairement positifs). Soit y1 , . . . , yn une deuxième suite
de nombres réels et soit z1 , . . . , zn un réarrangement de la suite y1 , . . . , yn . Alors la
somme
x1 z1 + x2 z2 + . . . + xn zn
est maximale si z1 ≥ z2 ≥ . . . ≥ zn (i.e. les deux suites sont ordonnées dans le même
sens) et est minimale si z1 ≤ z2 ≤ . . . ≤ zn (i.e. les deux suites sont ordonnées dans
le sens inverse).
Les deux sommes extrémales coïncident (ou de manière équivalente, toutes les sommes
coïncident) si et seulement si x1 = . . . = xn ou y1 = . . . = yn .

Démonstration. Supposons que les suites (xi ) et (zi ) ne sont pas ordonnées dans le même
sens. C'est-à-dire qu'il existe une paire d'indices (j, k) telle que xj ≥ xk et zj ≤ zk . La
somme des produits vaut
s1 := x1 z1 + . . . + xj zj + . . . + xk zk + . . . + xn zn .

24
On va montrer qu'en réarrangeant la suite (zi ) (i.e. en mettant de l'ordre) via une per-
mutation des termes zj et zk , alors on obtient une plus grande somme. Soit s2 la nouvelle
somme:
s2 := x1 z1 + . . . + xj zk + . . . + xk zj + . . . + xn zn .
Comme seulement deux termes varient entre les sommes s1 et s2 , la diérence entre s2
et s1 vaut
s2 − s1 = xj zk + xk zj − xj zj − xk zk = (xj − xk ) (zk − zj ) ≥ 0.
| {z } | {z }
≥0 ≥0

On conclut comme désiré que s2 ≥ s1 . En conclusion, plus on réordonne la suite


P(zi ) pour
qu'elle soit ordonnée comme (xi ), plus on augmente la valeur de la somme xi zi . Au
nal, lorsque les deux suites seront ordonnées de la même manière, la somme sera donc
maximale, comme attendu. Le deuxième cas se démontre de manière similaire.

Pour gagner en clarté, on introduit la notation suivante:


   
(xn ) x1 . . . xn
:= := x1 y1 + . . . + yn yn .
(yn ) y1 . . . yn

Un concept important dans le contexte des suites ordonnées est une idée déjà évoquée
précédemment: la symétrie.

3.1.1 Interlude sur la symétrie


Dénition 3.1. Une expression algébrique A(x1 , . . . , xn ) en plusieurs variables est sy-
métrique si pour toute permutation y1 , . . . , yn des nombres x1 , . . . , xn , l'expression A est
inchangée:
A(x1 , . . . , xn ) = A(y1 , . . . , yn ).
Une inégalité est symétrique si les deux côtes sont des expressions symétriques et si toutes
les conditions imposées dans la donnée sur les variables sont également symétriques.
Par exemple, x1 x2 + x2 x3 + x3 x1 et x1 + x2 + x3 + 1 sont des expressions symétriques en
x1 , x2 , x3 . En revanche, l'expression x21 x2 + x22 x3 + x23 x1 n'est pas symétrique.
Lorsqu'on travaille avec une inégalité symétrique, permuter les variables ne change rien.
On peut donc sans perte de généralité supposer que les variables sont ordonnées comme
bon nous semble. Tout de suite un exemple pour mieux comprendre.

Exemple 15. Les inégalités suivantes sont vériées.


1. soient x, y, z des nombres réels, alors x2 + y2 + z 2 ≥ xy + yz + zx,
2. soient a, b, c ≥ 0, alors a3 + b3 + c3 ≥ a2 b + b2 c + c2 a.
Solution. Voyons une inégalité après l'autre:

25
1. On connait déjà bien cette inégalité. On a vu comment la démontrer en faisant ap-
paraître des carrés. On peut également la démontrer à l'aide d'AM-GM, de Cauchy
ou encore en appliquant directement Muirhead. Voyons une preuve avec les suites
ordonnées.
L'inégalité étant symétrique, on peut sans perte de généralité supposer que x ≥
y ≥ z . Les suites x, y, z et x, y, z sont identiques et donc, en particulier, ordonnées
dans le même sens. La suite y, z, x est un réarrangement de la suite x, y, z . On a
donc, par le théorème des suites ordonnées,
   
x y z x y z
≥ ⇔ x2 + y 2 + z 2 ≥ xy + yz + zx.
x y z y z x

2. Cette inégalité est intéressante, car elle n'est pas symétrique. Muirhead n'est donc
d'aucune utilité ici, nonobstant une certaine ressemblance. De plus, on ne peut pas
arbitrairement xer l'ordre des variables, sans perdre en généralité. Mais cela n'est
pas directement nécessaire.
Comme les variables sont positives et que la fonction x 7→ x2 est croissante sur les
nombres positifs, on a
a ≥ b ⇒ a2 ≥ b 2 .
En particulier, les suites a, b, c et a2 , b2 , c2 sont ordonnées dans le même sens (mais
pas nécessairement monotones). Alors, on a bien, par le théorème des suites ordon-
nées,
   
a b c a b c
≥ ⇔ a3 + b3 + c3 ≥ a2 b + b2 c + c2 a.
a2 b 2 c 2 c 2 a2 b 2

Exemple 16. Soient n ≥ 2 un nombre entier et a1 , . . . , an des nombres strictement


positifs dont la somme est notée s := a1 + . . . + an . Alors
a1 an n
+ ... + ≥ .
s − a1 s − an n−1

Solution. Cette fois, l'inégalité est symétrique. On peut donc supposer sans perte de
généralité que a1 ≥ . . . ≥ an . Observer que, et cette idée est récurrente,
1 1
ai ≥ aj ⇔ s − ai ≤ s − aj ⇔ ≥ .
s − ai s − aj

On a donc 1/(s − a1 ) ≥ . . . ≥ 1/(s − an ). Ce problème est un peu plus délicat que


le précédent, car une seule utilisation du théorème des suites ordonnées ne sut pas.
On va l'appliquer n − 1 fois, en permutant cycliquement le rôle des variables ai . Plus

26
précisément, comme les suites (ai ) et (1/(s − ai )) sont ordonnées dans le même sens, le
théorème des suites ordonnées nous donne
a1 an a1 a2 an
+ ... + ≥ + + ... + ,
s − a1 s − an s − a2 s − a3 s − a1
a1 an a1 a2 an
+ ... + ≥ + + ... + ,
s − a1 s − an s − a3 s − a4 s − a2
..
.
a1 an a1 a2 an
+ ... + ≥ + + ... + .
s − a1 s − an s − an s − a1 s − an−1
En sommant ces inégalités, tout en sommant en une étape les fractions avec les même
dénominateurs à droite, on obtient
 
a1 an s − a1 s − an
(n − 1) + ... + ≥ + ... + = n.
s − a1 s − an s − a1 s − an

La conclusion désirée suit.

3.1.2 Vous prendrez bien un peu de Tchébychev ?


On peut généraliser la méthode de résolution de l'exemple précédent. L'inégalité que l'on
obtient alors porte le nom de Tchébychev.

Théorème 32 (Tchébychev). Soient x1 , . . . , xn et y1 , . . . , yn deux suites de nombres


réels (pas nécessairement positifs).
1. Si les deux suites sont ordonnées dans le même sens, alors
x 1 y 1 + . . . + xn y n x 1 + . . . + xn y 1 + . . . + y n
≥ · .
n n n

2. Si les deux suites sont ordonnées dans le sens inverse, alors


x 1 y 1 + . . . + xn y n x 1 + . . . + xn y 1 + . . . + y n
≤ · .
n n n

L'égalité est vériée si et seulement si x1 = . . . = xn ou y1 = . . . = yn .

Démonstration. Supposons que les suites soient ordonnées dans le même sens. Quitte à
réordonner les variables, par symétrie, on suppose que x1 ≥ . . . ≥ xn et y1 ≥ . . . ≥ yn .
Comme dans l'exemple précédent, on applique l'inégalité des suites ordonnées n fois en

27
permutant cycliquement les variables yi :
x1 y1 + . . . + xn yn = x1 y1 + x2 y2 + . . . + xn yn ,
x1 y1 + . . . + xn yn ≥ x1 y2 + x2 y3 + . . . + xn y1 ,
..
.
x1 y1 + . . . + xn yn ≥ x1 yn + x2 y1 + . . . + xn yn−1 .
Il ne reste qu'à sommer ces n relations. On remarque que chaque produit xi yj apparait
exactement une fois dans le membre de droite. Il s'agit donc du développement de (x1 +
. . . + xn )(y1 + . . . + yn ). On obtient ainsi
n(x1 y1 + . . . + xn yn ) ≥ (x1 + . . . + xn )(y1 + . . . + yn )
et la conclusion suit.

Exemple 17. Soient a, b, c des nombres strictement positifs tels que abc = 1. Alors
a−1 b−1 c−1
√ +√ +√ ≥ 0.
b+c c+a a+b

Solution. Dans ce problème, on remarque tout d'abord le manque d'homogénéité. On


penche donc plutôt pour une méthode du troisième chapitre. En revanche, l'inégalité est
symétrique, donc on peut supposer que a ≥ b ≥ c.
La deuxième chose qui interpelle est la présence de signes moins. Rien n'empêche donc
les numérateurs d'être négatifs. En général, on préfère se passer de termes dont on ne
peut pas contrôler le signe. Pour s'en débarrasser, on peut passer à droite tous ces signes
négatifs. L'inégalité devient
a b c 1 1 1
√ +√ +√ ≥√ +√ +√ .
b+c c+a a+b b+c c+a a+b

Observer que si a ≥ b ≥ c, alors√a + b ≥ a +
√c ≥ b + c.√Comme la fonction racine x 7→ x
est croissante, on a également a + b ≥ a + c ≥ b + c. En prenant les inverses, on
obtient nalement
1 1 1
√ ≥√ ≥√
b+c c+a a+b
On peut donc appliquer Tchébychev pour minorer le membre de gauche. On a
  
a b c a+b+c 1 1 1
√ +√ +√ ≥ √ +√ +√ .
b+c c+a a+b 3 b+c c+a a+b
Ainsi, il ne reste plus qu'à montrer que (a + b + c)/3 ≥ 1 et on a terminé. Or, il reste la
condition abc = 1 que l'on n'a pas encore utilisée. On reconnait immédiatement AM-GM:
a+b+c √
3
≥ abc = 1.
3
Et voilà, une inégalité de plus!

28
Exemple 18. Soient a1 , . . . , an des nombres strictement positifs. Alors
a1 +...+an
aa11 · . . . · aann ≥ (a1 · . . . · an ) n .

Solution. Tiens, des exponentielles! Comme souvent dans les problèmes qui font interve-
nir des produits d'exponentielles, il est judicieux d'appliquer un logarithme. On suppose
ici que vous êtes familiers avec les propriétés de base des logarithmes. Par exemple, la
fonction x 7→ log x est croissante (ici log désigne le logarithme naturel). On peut donc
réécrire l'inégalité de départ comme
 
a1 + . . . + an
a1 log a1 + . . . + an log an ≥ (log a1 + . . . + log an ).
n

Cette inégalité, de par son apparence, suggère fortement Tchébychev. Par symétrie, on
peut supposer que a1 ≥ . . . ≥ an . Comme la fonction logarithme est croissante, alors
on a log a1 ≥ . . . ≥ log an . L'inégalité ci-dessus est donc une application directe de
Tchébychev.

3.2 Schur, l'exception

Voilà une inégalité qui sort du lot. Comme on va le voir, malgré homogénéité et symétrie,
elle est insensible à Muirhead. C'est un résultat à part qu'il faut garder au coin de sa
tête lorsque les autres méthodes ne fonctionnent pas.

Théorème 33 (Schur). Soient a, b, c des nombres positifs et p un nombre stricte-


ment positif. Alors
ap (a − b)(a − c) + bp (b − c)(b − a) + cp (c − a)(c − b) ≥ 0.

L'égalité est vériée si et seulement si a = b = c ou si deux variables sont égales et


la troisième est nulle.

Démonstration. Par symétrie, on peut supposer que a ≥ b ≥ c. On peut réécrire l'inéga-


lité de Schur sous la forme
(a − b) (ap (a − c) − bp (b − c)) +cp (a − c) (b − c) ≥ 0.
| {z } | {z } | {z } | {z }
≥0 ≥0 ≥0 ≥0

Cette inégalité est clairement vériée car toutes les parenthèses de gauche sont positives.
On vous laisse contrôler les cas d'égalité en exercice.

Avec la notation présentée dans le contexte de l'inégalité de Muirhead, on peut réécrire


Schur de la manière suivante:
[(p + 2, 0, 0)] + [(p, 1, 1)] ≥ 2[(p + 1, 1, 0)].

29
On remarque qu'il n'est pas possible d'utiliser Muirhead, ni le lemme associé (Lemme
2.8), pour prouver Schur. C'est là ce qui fait sa singularité parmi toutes les inégalités.
Le cas particulier p = 1 de Schur s'écrit:

Théorème 34 (Cas spécial de Schur). Soient a, b, c des nombres positifs. Alors


a3 + b3 + c3 + 3abc ≥ a2 b + a2 c + b2 a + b2 c + c2 a + c2 b.

L'égalité est vériée si et seulement si a = b = c ou si deux variables sont égales et


la troisième est nulle.

Exemple 19. Soient a, b, c trois nombres positifs tels que a + b + c = 1. Alors


1
a3 + b3 + c3 + 6abc ≥ .
4
Solution. Pour attaquer ce genre de problème, comme on l'a vu, il est bon d'homogénéiser
l'inégalité. En multipliant par (a + b + c)3 = 1 à droite, on obtient
4a3 + 4b3 + 4c3 + 24abc ≥ (a + b + c)3 .

Après développement et simplications, on retrouve exactement Schur pour p = 1:


a3 + b3 + c3 + 3abc ≥ a2 b + a2 c + b2 a + b2 c + c2 a + c2 b.

4 Convexe ou concave, telle est la question

Cette section a pour but de présenter quelques nouvelles inégalités aux origines plus
analytiques. La notion qui intervient ici est la convexité et la concavité d'une fonction.
En quelques mots, une fonction est concave lorsque son graphe a une forme de bosse
(colline) et une fonction est convexe si son graphe a une forme de creux (colline renversée).
En particulier, si f est convexe, alors −f est concave et vice versa. Rappelez-vous que
multiplier une fonction par −1 revient à eectuer une symétrie d'axe horizontal sur son
graphe (les bosses deviennent ainsi des creux).
Les notions de convexité et concavité d'une fonction f peuvent également s'énoncer à
l'aide de la dérivée première f 0 ou de la dérivée seconde f 00 de f . On part du principe
que toutes les fonctions que l'on va rencontrer sont dérivables (au moins deux fois).
Toutefois, les notions de convexité et de concavité ont un sens même pour des fonctions
non-dérivables. Plus précisément:

Dénition 4.1. Soit I ⊂ R un intervalle. Une fonction f : I → R est dite convexe si


l'une des trois conditions suivantes est satisfaite:

30
1. f (ax + by) ≤ af (x) + bf (y), ∀x, y ∈ I et ∀a, b ∈ [0, 1] tels que a + b = 1,
2. f (x) ≥ f (z) + f 0 (z)(x − z),∀x, z ∈ I ,
3. f 00 (x) ≥ 0, ∀x ∈ I .
Une fonction f : I → R est dite concave si l'une des trois conditions suivantes est satisfaite
(on change simplement le sens des inégalités, rien de fou):
1. f (ax + by) ≥ af (x) + bf (y), ∀x, y ∈ I et ∀a, b ∈ [0, 1] tels que a + b = 1,
2. f (x) ≤ f (z) + f 0 (z)(x − z),∀x, z ∈ I ,
3. f 00 (x) ≤ 0, ∀x ∈ I .
On précise bien que l'une des trois conditions est susante pour garantir la convexité/concavité.
De plus, si l'une des trois conditions est vériée, alors les trois le sont.
Ces conditions peuvent paraître très abstraites à première vue. En réalité, elles sont
simplement la formulation mathématique d'une idée toute simple. Prenons la première
condition:
f (ax + by) ≤ af (x) + bf (y).
Supposons que x < y . Cette inégalité signie que la partie du graphe de la fonction f
qui relie le point (x, f (x)) au point (y, f (y)) passe en dessous du segment de ligne droite
qui relie ces deux même points (voir Figure 1). En eet, comme a + b = 1 et a, b ∈ [0, 1],
le point ax + by est un point qui se situe entre x et y sur l'axe réel horizontal, i.e.
x ≤ ax + by ≤ y.
De même, af (x) + bf (y) représente un point qui se situe entre f (x) et f (y) sur l'axe
vertical. Les rapports de distance garantissent bien que le point d'abscisse ax + by et
d'ordonnées af (x) + bf (y) se situe sur le segment qui relie (x, f (x)) et (y, f (y)) (c'est une
application du théorème de Thalès). Dans le cas d'une fonction concave, inversement, le
segment se situe au-dessous de l'arc du graphe.
La deuxième condition dans la dénition de la convexité stipule que le graphe de la
fonction f se situe au-dessus de la droite tangente au graphe en un point (voir Figure 2).
En eet, la tangente au graphe de f au point (z, f (z)) est la droite d'équation
y = f (z) + f 0 (z)(x − z).
Rappelez-vous que la dérivée f 0 (z) de f en z donne la pente de la tangente en ce point.
Or, f se situe au-dessus de la tangente en (z, f (z)) si pour tout x dans I , on a
f (x) ≥ f (z) + f 0 (z)(x − z).
La fonction f est convexe si cette propriété est vériée pour tout z dans I . De manière
similaire, f est concave si son graphe se situe toujours au-dessous des tangentes.
La dernière condition est une condition analytique sur la dérivée seconde. Géométrique-
ment, une dérivée seconde de signe constant signie que la courbure du graphe de la

31
Figure 1 : Cas d'une fonction convexe. En rouge, le segment qui relie les points (x, f (x))
et (y, f (y)). Le segment se situe au-dessus de l'arc du graphe en noir.

Figure 2 : Cas d'une fonction convexe. En rouge, la tangente au graphe de la fonction


f au point (z, f (z)). Le graphe de la fonction se situe en-dessus de la tangente.

fonction ne change jamais de signe, c'est-à-dire, le graphe de la fonction "tourne" tou-


jours dans le même sens. En général, étant donnée une fonction, cette condition est plus
facile à vérier.
En pratique, le plan est donc le suivant. On détermine si une fonction est convexe ou
concave à l'aide de sa dérivée seconde, puis, le cas échéant, on en déduit des estimations
sur la fonction à l'aide des deux premières propriétés.

4.1 Jensen a la réponse

Récapitulons ces digressions sur la convexité et la concavité dans le théorème suivant. Il


est formulé de manière à être utile dans le contexte des olympiades, mais il ne s'agit au
fond que de trois formulations équivalentes d'un même concept.

32
Théorème 41. Soit f : I → R une fonction convexe (i.e. f 00 ≥ 0). Alors les deux
inégalités suivantes sont vériées:
1. (Jensen) Soient x1 , . . . , xn des nombres dans l'intervalle I et 0 ≤ ω1 , . . . , ωn ≤ 1
des nombres réels positifs, inférieurs à 1, tels que ω1 + . . . + ωn = 1, alors
f (ω1 x1 + . . . + ωn xn ) ≤ ω1 f (x1 ) + . . . + ωn f (xn ).

On a égalité si et seulement si xi = xj pour toute paire d'indices (i, j) telle que


ωi 6= 0 et ωj 6= 0 ou si f est linéaire (i.e. f 00 = 0 ⇔ f (x) = ax + b) entre
min{xi } et max{xi }.
2. (Tangent line trick) Soient x, z dans I , alors
f (x) ≥ f (z) + f 0 (z)(x − z).

On a égalité si et seulement si x = z ou si f est linéaire entre x et z .


Les inégalités inversées sont vériées lorsque f est concave (i.e. f 00 ≤ 0).

Dans l'inégalité de Jensen, si on choisit les poids égaux, i.e. ωi = 1/n, ∀i, alors l'inégalité
s'écrit comme suit.

Théorème 42 (Cas particulier de Jensen). Soit f : I → R une fonction convexe.


Soient x1 , . . . , xn des nombres dans l'intervalle I . Alors
 
x1 + . . . + xn f (x1 ) + . . . + f (xn )
f ≤ .
n n

On a égalité si et seulement si x1 = . . . = xn ou si f est linéaire.

L'inégalité de Jensen est une version plus générale de la première caractérisation de la


convexité/concavité que l'on a vue. Tout comme le weighted AM-GM généralise le AM-
GM standard. En parlant du weighted AM-GM, que l'on n'avait pas démontré en toute
généralité précédemment, eh bien, c'est une conséquence de Jensen. Comment ça ? La
fonction logarithme f : x 7→ log x est concave parce que f 00 (x) = −1/x2 < 0. Par Jensen,
on a donc
log(ω1 x1 + . . . + ωn xn ) ≥ ω1 log x1 + . . . + ωn log xn
lorsque les xi sont strictement positifs. La fonction exponentielle x 7→ ex est croissante,
on peut donc l'appliquer à l'inégalité précédente pour obtenir
ω1 x1 + . . . + ωn xn ≥ xω1 1 · . . . · xωnn .

C'est exactement l'énoncé du weighted AM-GM.

33
Exemple 20. Soient a, b, c les longueurs des côtés d'un triangle. Alors
√ √ √ √ √ √
a+b−c+ b + c − a + c + a − b ≤ a + b + c.

Cet exemple propose une condition géométrique sur les variables. Comment retranscrit-
on cette condition en termes algébriques ? Autrement dit, quelles conditions doivent
satisfaire les trois nombres positifs a, b, c pour qu'il existe un triangle (peut-être dégénéré)
dont les longueurs des cotés valent précisément ces trois nombres ?

4.1.1 Interlude sur les côtés d'un triangle


L'argument est simple. Supposons que a ≥ b ≥ c ≥ 0. Commençons par tracer le coté
de longueur a (le plus long en premier). Traçons ensuite un cercle de rayon b à l'une
des extrémités et un cercle de rayon c à l'autre extrémité. Le triangle recherché existe si
et seulement si les deux cercles s'intersectent. Comme b ≤ a et c ≤ a, les deux cercles
s'intersectent si et seulement si b + c ≥ a. Cette condition est appelée l'inégalité du
triangle. En résumé,

a, b, c côtés d'un triangle ⇔ a + b ≥ c, b + c ≥ a et c + a ≥ b.

Observer que les trois inégalités de droite combinées impliquent en particulier que les
valeurs a, b et c sont positives. Si l'une des trois inégalités est une égalité, alors le triangle
est dégénéré (i.e. les sommets sont alignés). Autrement dit,

a, b, c côtés d'un triangle non-dégénéré ⇔ a + b > c, b + c > a et c + a > b.

Dans notre problème, les trois inégalités du triangle garantissent par exemple que les
argument des racines sont positifs. Si l'on souhaite se débarrasser de la condition géomé-
trique sur les variables, il existe une substitution, appelée substitution de Ravi, qui nous
permet de réécrire l'inégalité sans condition. La substitution est la suivante

 a = x + y,
a, b, c côtés d'un triangle ⇔ b = y + z,
c = z + x,

pour trois nombres positifs x, y, z . En eet, en résolvant le système de droite, on obtient,


par exemple x = 1/2(a − b + c). Ainsi, en supposant que a, b et c sont les côtés d'un
triangle, alors x est positif. L'implication retour est immédiate. Il existe un moyen plus
géométrique de comprendre les transformations de Ravi illustré sur la gure suivante.

Solution de l'exemple 19. Retour à notre exemple. Appliquons les transformations de


Ravi. On doit donc à présent montrer que pour x, y, z des nombres positifs, on a
√ √ √ √ √ √ √
2( x + y + z) ≤ x + y + y + z + z + x.

34
Figure 3 : Dans un triangle, chaque sommet est à égale distance des deux points de tan-
gence des côtés correspondants avec le cercle inscrit. C'est une conséquence, par exemple,
du théorème de la puissance d'un point appliqué aux sommets.

La fonction
√ f : x 7→ x est concave sur les nombres réels positifs. En eet, f (x) =
00

−1/(4x x) < 0. Avec Jensen pour deux variables et ω1 = ω2 = 1/2, on a donc


√ √ r
x+ y x+y
≤ .
2 2
En sommant ces inégalités pour (x, y), (y, z) et (z, x), on obtient le résultat désiré. On n'a
évidement pas "besoin" de Jensen pour montrer cette dernière inégalité (on peut simple-
ment élever au carré, par exemple, et conclure avec AM-GM). Toutefois, si on remplaçait
les racines carrées par des racines quatrièmes (ou n'importe quelle autre fonction concave
sur les nombres réels positifs), alors le problème serait toujours vrai et on ne passerait
pas à côté de Jensen cette fois.

Exemple 21 (IMO 2001, problème 2). Soient a, b, c des nombres réels strictement posi-
tifs. Alors
a b c
√ +√ +√ ≥ 1.
a2 + 8bc b2 + 8ca c2 + 8ab

Démonstration. On reprend ce fameux problème que l'on a déjà résolu avec Hölder. √
Voyons à présent une solution avec Jensen. L'idée est que√la fonction f : x 7→ 1/ x est
convexe sur les nombres positifs. En eet, f 00 (x) = 3/(4x2 x) > 0.
Comment alors appliquer Jensen concrètement ? Pour cela on a besoin de trois poids dont
la somme vaut 1. L'idée est la suivante, comme l'inégalité est homogène, on peut sans
perte de généralité supposer que a + b + c = 1. Les variables a, b, c vont ainsi elles-mêmes
jouer le rôle des poids! On a donc
1 1 1 1
a· √ +b· √ +c· √ ≥p .
a2 + 8bc 2
b + 8ca 2
c + 8ab a(a + 8bc) + b(b + 8ca) + c(c2 + 8ab)
2 2

35
Ainsi, il ne reste plus qu'à montrer que, pour des nombres strictement positifs a, b, c tels
que a + b + c = 1, alors
1 ≥ a(a2 + 8bc) + b(b2 + 8ca) + c(c2 + 8ab).

Cette inégalité est relativement simple (plus de racine, ni de fraction). Par contre, elle
n'est plus homogène. On peut y remédier. En homogénéisant, i.e. en multipliant à gauche
par 1 = (a + b + c)3 , puis en simpliant, il reste
a2 b + a2 c + b2 a + b2 c + c2 a + c2 b ≥ 6abc.

On sait que cette inégalité est vériée.

Le dernier exemple de ce script est dédié au trick de la tangente. C'est une inégalité
pratique en soi, souvent méconnue, mais qui peut s'avérer utile.

Exemple 22 (Bernoulli). Soient r et x deux nombres positifs. Alors


1. (1 + x)r ≥ 1 + rx, si r ≥ 1,
2. (1 + x)r ≤ 1 + rx, si r ≤ 1.
On a égalité si et seulement si r = 1, r = 0 ou x = 0.

Solution. La fonction f : x 7→ (1 + x)r est convexe sur les nombres positifs si r ≥ 1 et


concave si r ≤ 1. En eet, f 00 (x) = r(r − 1)(1 + x)r−2 et donc le signe de f 00 dépend
uniquement du signe de r − 1. En appliquant le tangent line trick en x = 0, on obtient
tout de suite l'inégalité désirée. Par exemple, pour r ≥ 1, comme f (0) = 1 et f 0 (0) = r,
on a
(1 + x)r ≥ 1 + r(x − 0) = 1 + rx.

5 Boutique de trucs et astuces

Quand le problème paraît coriace, il faut savoir prendre du recul. Certaines astuces
peuvent aider à décortiquer une inégalité ou à éliminer certaines stratégies sans issue.
Voyez plutôt.

5.1 Jouer avec les cas d'égalité

Une inégalité possède en général des cas d'égalité. Ces cas d'égalité doivent être respectés
par toutes les inégalités intermédiaires que l'on applique. C'est-à-dire, les cas d'égalité
naux, par exemple a = b = c = 1, doivent être des cas d'égalité (particuliers) de chaque
inégalité intermédiaire, par exemple a = b ou c = 1, mais pas b = 2c. Ainsi, si vous avez

36
identié certains cas d'égalité pour le problème initial, alors, avant d'essayer d'appliquer
un théorème du répertoire, vériez que votre application préserve tous les cas d'égalité
identiés. Si ce n'est pas le cas, alors il ne sert à rien d'appliquer le théorème en question
- il faut trouver une autre piste.
Vice versa, avoir identié des cas d'égalité aide parfois à sélectionner la bonne stratégie.
En particulier lorsqu'il existe des cas d'égalité, disons, exotiques. Voyons un exemple.

Exemple 23 (Tour nal 2017). Soient a, b, c des nombres réels positifs ou nuls tels que
ab + bc + ca = 1. Alors
4 √
≤ (a + b)( 3c + 1).
a+b+c

Solution. La première observation est la symétrie en les variables a et b (mais pas c).
La deuxième observation est que les variables peuvent être nulles. Comme nous avons la
condition ab + bc + ca = 1, au plus une variable peut être nulle.
On peut tenter d'appliquer divers résultats, on risque de tourner en rond. Quels sont les
cas d'égalité ? L'asymétrie et le fait qu'une variable peut être nulle suggère de chercher
avec c = 0 et a = b. On obtient alors ab = 1 et a + b = 2 qui implique a = b = 1.
On obtient donc un cas d'égalité: (a, b, c) = (1, 1, 0). Que peut-on en conclure ? Eh bien,
on n'appliquera aucune inégalité dont les cas d'égalité sont par exemple a = b = c (par
exemple AM-GM sur le terme a + b + c).
Est-ce là le seul cas d'égalité ? Eh√bien, √non, et√ là est toute la subtilité de ce problème.
On peut vérier que (a, b, c) = (1/ 3, 1/ 3, 1/ 3) est également un cas d'égalité. Plutôt
surprenant en raison de l'asymétrie initiale entre les variables. Nous avons donc bien au
moins deux cas d'égalité, dont un où les trois variables sont égales.
Il nous faut à présent trouver une stratégie cohérente avec les cas d'égalité que nous
avons identiés. Il faut également mettre à prot la condition initiale sur la somme des
produits et la symétrie entre a et b. En particulier, on peut écrire
ab + bc + ca = ab + c(a + b) = 1.

Ainsi, si l'on introduit x := a + b 6= 0 (sinon a = b = 0 que nous avons exclu) et y := ab,


alors on peut écrire c = (1 − y)/x et se débarrasser de la condition en réduisant notre
problème en une inégalité à deux variables. Plus précisément, l'inégalité devient
4 √
≤ x( 3(1 − y)/x + 1)
x + (1 − y)/x
ou encore √ √
4x ≤ (x2 + 1 − y)(x + 3− 3y).
Que sait-on des variables x et y ? Est-ce que les deux variables sont complètement
indépendantes, i.e. est-ce qu'on doit démontrer l'inégalité ci-dessus pour tout x > 0, y ≥ 0
? Comme a et b sont positifs ou nuls, alors on doit avoir x2 ≥ 4y . De plus, la condition

37
initiale nous donne y ≤ 1. Noter que x2 = 4y si et seulement si a√= b et√noter également
que les cas d'égalité sont à présent (x, y) = (2, 1) et (x, y) = (2/ 3, 1/ 3).
Nous avons donc une inégalité en deux variables (très) asymétrique. Dans ce genre de
cas, il n'est pas déraisonnable de tout développer et d'essayer ensuite d'exprimer le tout
comme une somme de termes positifs. Le principe est le suivant: une telle expression doit
faire ressortir les cas d'égalité, en particulier on s'attend à voir apparaître les expressions
x2 − 4y et 1 − y . Un peu de travail, en gardant ce principe en tête, nous mène à

√ √ 3  √ 
(x + 1 − y)(x + 3 − 3y) − 4x = x(x2 − 4y) +
2
(1 − y) (x2 − 4y) + ( 3x − 2)2 .
4

Le terme
√ de droite est évidement positif et égal à zéro si et seulement si x2 = 4y et (y = 1
ou 3x = √ 2). Autrement dit, le terme de droite est nul si et seulement si a = √ b = 1 ou
a = b = 1/ 3. Dans le premier cas nous avons c = 0 et dans le second c = 1/ 3 comme
attendu.

L'exemple précédent illustre ainsi l'importance d'identier les cas d'égalité avant de dé-
cider d'une stratégie. C'est une parfaite analogie avec la méthode proposée pour les
équations fonctionnelles qui propose de commencer par identier les fonctions solutions
avant d'opter pour une stratégie (qui se doit d'être cohérente avec les fonctions solutions).

5.2 Décomposer les constantes

Du point de vue de celui qui construit une inégalité pour un examen, créer une diculté
s'apparente parfois à confondre plusieurs termes en un seul par la magie de l'addition, par
exemple. La tâche de l'étudiant est alors de repérer le stratagème et de défaire le terme
fusionné pour faire apparaître les termes initiaux. Un premier exemple est le problème
de l'IMO 2012 que l'on a rencontré avec l'Exemple 4. Rappelez-vous, l'astuce était de
décomposer les constantes 1 comme suit:
1 1
1= + ... + .
i−1 i−1
Dans la preuve de QM-AM, nous avions également décomposer le terme n en une somme
de 1 pour appliquer Cauchy-Schwarz convenablement. Voyons à présent un troisième
exemple, légèrement moins subtil.

Exemple 24 (Tour nal 2006). Soient x, y, z, w des nombres réels. Alors


(x2 + y 2 + 1)(z 2 + w2 + 1) ≥ 2(x + z)(y + w).

Solution. La première observation est l'asymétrie du problème. Le côté gauche est symé-
trique en x, y et en z, w, alors que le côté droit, lui, est symétrique en x, z et en y, w. Toute-

fois, on s'aperçoit qu'il existe un cas d'égalité symétrique, à savoir x = y = z = w = 1/ 2.
Peut-être qu'il faut alors essayer de ramener un peu de symétrie dans ce problème ?

38
La forme du côté gauche suggère Cauchy-Schwarz. En eet, le côté gauche consiste en
un produit de deux sommes de carrés. Comme à chaque application de Cauchy-Schwarz,
il faut choisir ce qu'on multiplie avec quoi. En ayant que trois termes par parenthèse, on
n'obtiendra pas une expression symétrique à la n, alors que si on avait quatre termes
on pourrait isoler chaque variable, en un certain sens, et ainsi obtenir une expression
symétrique après l'application de Cauchy-Schwarz.
Pour obtenir quatre termes par parenthèse, il sut d'écrire 1 = 1/2 + 1/2. On a alors,
par Cauchy-Schwarz,
(x2 + y 2 + 1)(z 2 + w2 + 1) = (x2 + y 2 + 1/2 + 1/2)(1/2 + 1/2 + z 2 + w2 )
√ √ √ √
≥ (x/ 2 + y/ 2 + z/ 2 + w/ 2)2
= 1/2(x + y + z + w)2 .

La symétrie à présent gagnée nous permet de permuter les termes. La conclusion est
désormais immédiate:
(x + y + z + w)2 = ((x + z) + (y + w))2 ≥ 4(x + z)(y + w).

Observer nalement que notre application de Cauchy-Schwarz, grâce aux carrés, est bien
valide pour tous les nombres réels x, y, z, w, de même que le développement du carré
nal.

On l'a vu avec l'exemple précédent, décomposer une constante permet parfois de gagner
en symétrie. L'exemple suivant illustre ce principe à nouveau.

Exemple 25. Soient a, b, c des nombres réels strictement positifs. Trouver la valeur mi-
nimale que peut prendre l'expression
a2 + b 2 + c 2
.
ab + bc
Solution. Les observations préliminaires mettent en évidence une asymétrie de l'expres-
sion. Plus précisément, le dénominateur n'est pas symétrique, alors que le numérateur
l'est. Naïvement, il y a deux b au dénominateur et un seul au numérateur. Cette obser-
vation sut ici.
Écrivons b2 = b2 /2 + b2 /2 (on √
décompose
√ le coecient 1 de 1 · b2 ). Un simple AM-GM
donne alors a2 + b2 /2 ≥ 2 · ab/ 2 = 2ab. De même pour 1/2b2 + c2 . Ainsi,
√ √
a2 + b 2 + c 2 2ab + 2bc √
≥ = 2.
ab + bc ab + bc

L'égalité est obtenue pour a = 1, b = 2, c = 1.

39
6 Appendice

La maison ore un récapitulatif des diérentes inégalités présenté sous forme de formu-
laire. Il va de soi que la simple mémorisation du présent formulaire n'apportera pas grand
chose. Il aidera toutefois à avoir une vision globale des résultats et permettra une rapide
piqûre de rappel à la veille d'un examen.

Théorème 61 (QM-AM-GM-HM). a1 , . . . , an > 0,

r
a21 + . . . + a2n a1 + . . . + an √ n
max{ai } ≥ ≥ ≥ n a1 · . . . · an ≥ 1 1 ≥ min{ai }.
n n a1
+ ... + an

Égalité si et seulement si a1 = . . . = an .

Théorème 62 (weighted AM-GM). a1 , . . . , ak ≥ 0, ω1 , . . . , ωk ≥ 0, ω1 + . . . + ωk = 1,


ω1 a1 + . . . + ωk ak ≥ aω1 1 · . . . · aωk k .

Égalité si et seulement si ai = aj , ∀(i, j) : ωi 6= 0, ωj 6= 0.

Théorème 63 (Cauchy-Schwarz). x1 , . . . , xn , y1 , . . . , yn ∈ R
(x21 + . . . + x2n )(y12 + . . . + yn2 ) ≥ (x1 y1 + . . . + xn yn )2 .

Égalité si et seulement si xi yj = xj yi , ∀(i, j).


Variante. a1 , . . . , an , b1 , . . . , bn ≥ 0
p p 2
(a1 + . . . + an )(b1 + . . . + bn ) ≥ a1 b 1 + . . . + an b n .

Égalité si et seulement si ai bj = aj bi , ∀(i, j).

Théorème 64 (Nesbitt). a, b, c > 0


a b c 3
+ + ≥ .
b+c c+a a+b 2
Égalité si et seulement si a = b = c.

Théorème 65 (Titu). a1 , . . . , an , b1 , . . . , bn ≥ 0
a21 a2 (a1 + . . . + an )2
+ ... + n ≥ .
b1 bn b1 + . . . + bn

Égalité si et seulement si ai bj = aj bi , ∀(i, j).

40
Théorème 66 (Hölder). m ≥ 1, xij ≥ 0, i = 1, . . . , n, j = 1, . . . , m,
m X
n n Y
m
!m
Y X
(xij )m ≥ xij .
j=1 i=1 i=1 j=1

Égalité si et seulement si xij xlk = xik xlj , ∀i, l = 1, . . . , n, ∀j, k = 1, . . . , m.


Cas spécial. m = 3,

(x31 + . . . + x3n )(y13 + . . . + yn3 )(z13 + . . . + zn3 ) ≥ (x1 y1 z1 + . . . + xn yn zn )3 .

Égalité si et seulement si les trois vecteurs sont colinéaires ou si l'un est nul.

Théorème 67 (Muirhead, Bunching). a1 , . . . , an ≥ 0,


p = (p, . . . , pn ), q = (q1 , . . . , qn ) ∈ Rn ,
X X
pq⇒ ap11 . . . apnn ≥ aq11 . . . aqnn .
sym sym

Égalité si et seulement si p = q ∨ a1 = . . . = an .

Théorème 68 (Schur). a, b, c ≥ 0, p > 0,


ap (a − b)(a − c) + bp (b − c)(b − a) + cp (c − a)(c − b) ≥ 0.

Égalité si et seulement si a = b = c ou si deux variables sont égales et la troisième est


nulle.
Cas spécial. p = 3:

a3 + b3 + c3 + 3abc ≥ a2 b + a2 c + b2 a + b2 c + c2 a + c2 b.

Théorème 69 (Suites ordonnées). x1 ≥ . . . ≥ xn , y1 ≥ . . . ≥ yn ,


{i1 , . . . , in } = {1, . . . , n},

x1 y1 + . . . + xn yn ≥ x1 yi1 + . . . + xn yin ≥ x1 yn + . . . + xn y1 .

Théorème 610 (Tchébychev). x1 ≥ . . . ≥ xn , y1 , . . . , yn ,


1. y1 ≥ . . . ≥ yn ,
x1 y 1 + . . . + xn y n x 1 + . . . + xn y 1 + . . . + y n
≥ · .
n n n

2. y1 ≤ . . . ≤ yn ,
x 1 y 1 + . . . + xn y n x 1 + . . . + xn y 1 + . . . + y n
≤ · .
n n n
41
Égalité si et seulement si x1 = . . . = xn ou y1 = . . . = yn .

Théorème 611 (Jensen). x1 , . . . , xn , 0 ≤ ω1 , . . . , ωn ≤ 1, ω1 + . . . + ωn = 1,


1. f 00 ≥ 0:
f (ω1 x1 + . . . + ωn xn ) ≤ ω1 f (x1 ) + . . . + ωn f (xn ),

2. f 00 ≤ 0:
f (ω1 x1 + . . . + ωn xn ) ≥ ω1 f (x1 ) + . . . + ωn f (xn ).

Égalité si et seulement si xi = xj , ∀(i, j) : ωi 6= 0, ωj 6= 0 ∨ f (x) = ax + b.


Cas spécial. ωi = 1/n, ∀i:
 
00 x1 + . . . + xn f (x1 ) + . . . + f (xn )
f ≥ 0 =⇒ f ≤ .
n n

Théorème 612 (Tangent line trick). x, z ∈ R,


1. f 00 ≥ 0,
f (x) ≥ f (z) + f 0 (z)(x − z),

2. f 00 ≤ 0,
f (x) ≤ f (z) + f 0 (z)(x − z).

Égalité si et seulement si x = z ∨ f (x) = ax + b.

Théorème 613 (Bernoulli). x, r ≥ 0,


1. r ≥ 1 =⇒ (1 + x)r ≥ 1 + rx,
2. r ≤ 1 =⇒ (1 + x)r ≤ 1 + rx.
Égalité si et seulement si r = 1 ∨ r = 0 ∨ x = 0.

42

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