Etude de Cas RSE
Etude de Cas RSE
Résumé
Le Maroc se trouve désormais confronté à la mondialisation qui
lui impose l’ouverture de son économie. Dans ce contexte,
Omar BENAICHA l’adoption par les entreprises marocaines de démarches RSE est
de nature à développer l’attractivité de l’économie marocaine et
Doctorant à l’Ecole Doctorale
à renforcer sa compétitivité et les investissements directs de
du Groupe ISCAE - CERGI
l’étranger. Les PME marocaines suivent cette tendance malgré
Président ACM – Bureau Veritas leurs différences avec les grandes entreprises et la spécificité de
leur gestion, voire des contraintes auxquelles elles sont
soumises. La recherche sur la PME en général et sur la relation
PME et RSE en particulier n’est pas encore très bien développée
au Maroc. Les PME adoptent de plus en plus des pratiques
RSE, le peu de recherche réalisé à ce stade montre que la
dimension sociale de la RSE est prépondérante et elle est plutôt
focalisée sur la relation avec les employés. Dans cette
communication, nous nous basons sur les conclusions (Malki,
2010) dans ce sens et nous essayons par l’étude du cas d’une
entreprise PME de comprendre cette forme de RSE et essayer
d’en expliquer les motivations.
12eme Congrès International Francophone en Entrepreneuriat et PME
1. Introduction
Le paradigme de la spécificité des PME a souvent été mis à mal mais il reste malgré tout le
courant dominant. Il prône la nécessité de repenser les notions et les outils de gestion adaptés à
la spécificité des PME (Torrès O., Julien P.-A., 2005). Dans la relation entre l’entreprise et la
société, la spécificité des PME est évidente. L’une des caractéristiques de cette spécificité qui
est particulièrement intéressante est la place centrale du dirigeant dans la stratégie de
l’entreprise. La recherche relative à la PME et à son dirigeant s’est d’ailleurs fortement
développée depuis les années 80 (Julien P.-A., Marchesnay M., 1988).
Nous proposons dans cette communication de contribuer à ce débat. Pour ce faire, nous nous
appuyons sur les résultats du travail empirique réalisé par (Malki, 2010) qui a étudié dans la
deuxième partie de sa thèse l’engagement réel des firmes marocaines en matière de
responsabilité sociale de l’entreprise. Ce qui nous intéresse particulièrement est d’une part
l’échantillon d’entreprise qui répond à la définition de PME et d’autre part une des
conclusions de son travail qui stipule que la théorie des parties prenantes se vérifie pour la
dimension « employés » de la RSE et « qu’il semblerait que l’engagement social des firmes
marocaines en faveur des employés soit une dimension importante de la RSE, alors que les
autres dimensions semblent ne pas l’être ». Notre ambition est d’essayer de valider ces
conclusions en s’appuyant sur la théorie vérifiée par (Malki, 2010) à savoir la théorie des
parties prenantes et ce en étudiant le cas d’une PME modèle en matière d’engagement RSE.
1
Les
PME
représentent
plus
de
90%
du
tissu
des
entreprises.
Elles contribuent à la création de l’emploi, la valeur
ajoutée, aux exportations, à l’investissement et à la production respectivement de 50%, 20%, 30%, 50% et 40%
selon Bank Almaghrib lors de la réunion tenue avec la CGEM, la GPBM et la CGG à Fès en juin 2011.
Le terme PME désigne un groupe hétérogène d’entreprises, allant d'une simple entreprise de
quelques artisans à des entreprises très spécialisées positionnées sur des niches mondiales.
Par conséquent, il n'existe pas de définition unifiée de la PME qui est utilisée à l'échelle
mondiale.
Nous retiendrons le critère utilisé au Maroc par l’Agence Nationale de la Petite et Moyenne
Entreprise2 et le ministère des finances pour la TPE, à savoir le chiffre d’affaires :
Plusieurs mutations ont fait évoluer l’environnement externe de l’entreprise marocaine, nous
pouvons classer les différentes évolutions et réformes en deux vagues, bien que nous soyons
tentés d’en rajouter une troisième qui est en train d’arriver en ces temps de crise. La première
une vague a accompagné l’ouverture de l’économie post ajustement structurel (1989-1999) et
la deuxième vague accompagne les changements politiques et aux évolutions sociales et ce
depuis 2000. Nous pouvons résumer ces évolutions, qui ont changé irréversiblement le contexte
dans lequel opère l’entreprise marocaine, comme suit: la mise à niveau des entreprises par les
normes et le développement des ressources humaines, les privatisations et développement des
IDE, le développement du marché Boursier, le développement de la réglementation tout
azimut, les réformes politiques et initiatives de développement humain, les revendications
sociales et sociétales de 2011 amorcées par « Le Printemps Arabe ».
Parmi les revendications qui touche directement l’entreprise, on retrouve entre autres la
transparence dans les affaires, la lutte contre la corruption, le respect des droits humains,
l’amélioration des conditions d’emploi et des relations professionnelles. Tout récemment, le
rôle accru de la société civile, accentué et renforcé par le printemps arabe, a fait découvrir à
plusieurs entreprises marocaines un devoir nouveau et ancien, celui de rendre compte à de
nouvelles parties prenantes3. Par ailleurs, Les dix dernières années ont connu d’importantes
réformes politiques visant le développement des libertés, des droits humains, de l’égalité
sociale et de la citoyenneté. A titre d’exemple, l’initiative Nationale de développement humain
s’inscrit au cœur de la stratégie mondiale présidant aux Objectifs du Millénaire pour le
2
[Link]
3
A
ce
titre,
les
exemples
de
l’OCP
ou
de
MANAGEM
contraints
à
composer
avec
des
revendications
des
populations
vivant
à
proximité
des
sites
miniers
sont
éloquents.
Développement, proclamés par les Nations Unies en septembre 20004. Plusieurs entreprises
sont sollicitées dans le cadre de ces initiatives et participent de façon périodique au financement
de projets à travers des fondations dédiées ou directement.
Les accidents sur les lieux de travail, largement médiatisés, ont poussé le gouvernement à
légiférer dans plusieurs domaines comme : la protection contre l’incendie, le bruit au travail, la
manipulation de substances dangereuses,…Enfin l’afflux des investissements directs étrangers,
l’installation des filiales d’entreprises multinationales et l’arrivée d’entreprises internationales
pour réaliser des projets d’infrastructures, s’est accompagné de plusieurs exigences et de
pratiques de travail respectueuses de la santé et de la sécurité des employés. Le Maroc a par
ailleurs signé plusieurs traités de libres échanges et plusieurs accords de financement avec des
bailleurs de fonds qui intègrent des obligations sociales et sociétales.
Dans cet environnement, la PME marocaine est appelé à intégrer toutes ces dimensions et
mieux maîtriser les risques sociaux et sociétaux. L’Etat, à travers l’ANPME, a mis en place
plusieurs programmes d’accompagnement pour l’aider dans ce sens ; d’autres mécanismes
d’appui et de garantie sont également à sa disposition ainsi que des réseaux professionnels qui
apportent un encadrement de plus près aux dirigeants et managers des PME.
3. Cadre théorique
Les PME sont considérées comme des entreprises à mortalité significative). Au Maroc, il
n’existe pas de statistiques officielles périodiquement mises à jour, mais il semble que 25% des
entreprises disparaissent au bout de trois années d’existence5.
Il est largement admis que la cause de l’échec des PME est principalement liée à leur
management ce qui corrobore le fait que les PME souffrent d'un manque de personnel qualifié
et ont une perspective de gestion à court terme. La PME manque donc de ressources, ce qui a
été par des études plus récentes qui ont trouvé que la plupart des PME manquent d'expertise
technique (Barry et Milner, 2002), d’un capital suffisant pour entreprendre des améliorations
techniques (Raymond , 2001) et de la planification organisationnelle ( Miller & Besser 2000;
Tettch & Burn , 2001). (Jenkins, 2006) et (Spence, 2000) notent que la tension sur les
ressources des PME limite leur capacité à se concentrer sur les aspects stratégiques ou traiter
des questions d'un point de vue marketing ou des relations publiques.
environnement ( Hill & Stewart 2000; Westhead et Storey , 1996) et une forte volonté de rester
indépendantes ( Dennis , 2000; . Drakopolou - Dodd et al, 2002) . Les propriétaires- dirigeants
de ces entreprises s'engagent souvent dans plusieurs tâches à la fois (Spence , 1999) et la
sensibilité à des questions, autre que la gestion quotidienne, de l'entreprise reste faible ( Tilley ,
2000).
Un autre aspect important des PME qui les différencie des GE, c'est le pouvoir. Diminuer la
taille se traduit souvent par la baisse du pouvoir de négociation avec les parties prenantes. Par
conséquent, les parties prenantes notamment les fournisseurs ou les clients ont un impact
majeur sur le comportement de la petite entreprise (Arbuthnot 1997; Dawson et al 2002).
Plusieurs recherches (Vives, 2006 ; Ellerup Nielsen & Thomsen, 2009 ; Russo & Tencati,
2009) constatent que la RSE se déclinent selon trois grands types de thématiques : (a) les
thématiques internes telles que les ressources humaines et les conditions de travail ; (b) les
thématiques externes tel que l’engagement dans la communauté ; et (c) les thématiques
environnementales comme la réduction de la consommation d’énergie, la réduction et le
recyclage des déchets.
Nous reprenons ici la synthèse proposée (Suman, 2011) dans sa thèse sur la RSE dans les PME
et complété par ses propres conclusions.
De l’avis de (Jenkins, 2004), les relations avec les parties prenantes, dans les PME, sont plus
informelles, basées sur la confiance, l’intuition et réalisées par des contacts personnels. Selon
lui la recherche académique ne contribue pas suffisamment à l’explication de la spécificité de
la gestion des parties prenantes dans les PME, étant donné qu’elle s’est principalement
focalisée sur le comportement des grandes firmes multinationales, négligeant ainsi la
population des PME
Nous sommes donc devant un paradoxe puisque l’impact social des PME est loin d’être
négligeable, vu qu’elles représentent la forme dominante d’organisations dans le monde6 et
malgré cela elles n’ont reçu que peu d’attention comme objet de recherche en RSE7. Il est
donc légitime de se poser la question sur la pertinence de l’applicabilité de tout le corpus
théorique développé autour de la grande entreprise, à la PME (Spence L.J., Rutherfoord R.,
2003; Jenkins H., 2004). La recherche doit se redéployer pour redéfinir le concept de RSE
sous l’angle de la PME.
La théorie des parties prenantes est une composante essentielle de la recherche en RSE. Elle
est considérée comme l’ancrage fondamental de la théorie sur la RSE (Gond & Igalens, 2010).
Les notions de RSE et de parties prenantes sont conceptuellement liées, puisque la RSE ne
peut être étudiée que dans le cadre des relations qu’entretient l’entreprise avec son
environnement composé des parties prenantes et de la société en général. Les objectifs de
toute stratégie d’entreprise ne peuvent être définis que dans le cadre de ses relations avec un
ensemble unique de parties prenantes. La théorie des parties prenantes permet, d’une part, de
décrire et d’expliquer les comportements ou les décisions spécifiques d’une entreprise vis-
à-vis de cet ensemble unique (Donaldson T., Preston L.E., 1995) et d’autre part, évaluer leur
pertinence, leur faisabilité et leur résultat. Avec la théorie des parties prenantes et ses
différentes extensions, on tend de plus en plus vers une justification plutôt utilitariste du
comportement social de l‘entreprise.
Dans son ouvrage Stakeholder management, a strategic approach, et sous l’influence des
travaux sur la planification stratégique (Ansoff, 1965) et la théorie de la dépendance en
ressources (Pfeffer et Salancik, 1978), (Freeman, 1984) va ancrer la gestion des parties
prenantes à un niveau stratégique (Freeman, 1984). Freeman propose le
concept de PP comme mode de représentation de l’organisation et de relecture de sa
stratégie. Les PP sont définis comme « tout groupe ou individu qui peut influencer ou être
affecté par l’atteinte des objectifs de l’organisation».
Plusieurs propositions de classification des PP selon des attributs ont été proposées dans la
littérature, nous avons choisi la classification de (Mitchell & Al., 1997), qui est la plus cité
dans la littérature sur les PP. Ces auteurs ont proposé de classer les PP en fonction de trois
critères : le pouvoir, la légitimité et l'urgence10.
L’éthique des affaires renvoie aux valeurs qui peuvent être en tension, lorsque nous devons
prendre des décisions et faire le choix entre ce qui est bien et ce qui est mal (Crane et Matten,
2004). Le rôle de l’entreprise est d’intégrer une approche éthique dans ses activités, elle
possède donc une responsabilité sociale vis-à-vis de ses parties prenantes (Mercier, 2006 ;
Pestre, 2008 ; Barin-Cruz, 2007 ; Martinet et Reynaud, 2004 ; Capron et Quairel-Lanoizelée,
2004)
L’approche actuelle est de considérer les pratiques RSE comme intégrées aux relations de
l’entreprise avec ses parties prenantes et avec la Société. (Freeman, 2010) fait valoir que cette
approche doit tenir compte de l’éthique de l’entreprise dans la société. De cette thèse découle
la responsabilité de la société vis-à-vis des parties prenantes, en d’autres mots les pratiques
RSE sont déterminés par une obligation de comportement éthique vis-à-vis des parties
prenantes. La norme ISO 26000, prendra en compte ultérieurement cette thèse dans la
définition normalisée de la RSE13.
4. Cadre méthodologique:
Notre choix épistémologique a porté sur le paradigme interprétativiste qui nous semble le
positionnement le plus approprié à cette recherche dans le sens où nous ne prétendons pas de
produire une connaissance du réel mais expliquer la réalité que nous interprétons (Bourgeois,
2007) et donc de la comprendre (Girod-Séville et Perret, 2003). Notre objectif est de produire
une interprétation du postulat validé par (Malki, 2010) stipulant que la dimension sociale est la
dimension RSE prépondérante au sein des entreprises marocaines et notamment les PME.
12
Donaldson
et
Preston
(1995,
p.
74).
13
Norme
NF
ISO
26000
:
les
lignes
directrices
de
la
Responsabilité
Sociétale
des
Organisations,
P
:
4.
Edition
AFNOR,
2010
Une méthodologie de recherche qualitative a été utilisée pour étudier les différentes
dimensions de la RSE au sein de cinq PME marocaines. Les raisons du choix d'une étude
qualitative sont liées à la rareté de la recherche sur la RSE en PME qui nous pousse à avoir un
travail exploratoire au quel s’apprête l’approche qualitative (Miles & Huberman, 1994;
Neuman 2006). Nous avons choisi la méthode d’études de cas car le type d'information que
cette recherche nécessite de recueillir et d’analyser implique une compréhension en
profondeur d'un phénomène complexe avec une partie de la réalité peu accessible à savoir, les
perceptions des propriétaires et dirigeants de PME. Selon (Yin, 1994), la nature des questions
(pourquoi et comment ?) requiert l’utilisation de la méthode d’étude de cas. Par ailleurs, la
littérature suggère que les questions du pourquoi conviennent également à être explorées à
travers ce type de recherche (Yin 2009; Saunders et al, 2003.).
Pour la partie empirique de notre recherche, nous avons choisi d’étudier le cas d’une PME
marocaine
5. Partie empirique
Dans un premier temps, nous allons faire une tentative de synthèse du travail de recherche de
(Malki, 2010), ensuite, nous allons étudier le cas de l’entreprise A.
La recherche de (Malki, 2010) a été réalisé empiriquement par le biais d’une étude
quantitative utilisant un questionnaire comporte deux grands volets :
Volet 1. Données générales : taille de l’entreprise, secteur d’activité, origine géographique,
région d’implantation, nature de l’activité de l’entreprise (exportatrice ou non), etc.
Volet 2. Engagement social des firmes : il couvre quatre axes, à savoir le champ social
(relations avec les employés), la relation au territoire, la relation à la communauté et la
protection de l’environnement.
Echantillon étudié :
L’échantillon (n) est composé de deux cent cinquante-cinq (255) entreprises établies sur les
régions de Casablanca, Tanger et Rabat et réparties comme suit :
Les résultats de l’étude empirique de (Malki, 2010) sont hétérogènes et cela peut s’expliquer
par le fait que le contexte de la prise de décision dans les PME influence la diversité des
pratiques RSE (Capron et Quairel-lanoizelée, 2004 ; lapointe et Gendron, 2004). Toutefois
comme expliqué par (Malki, 2010), la dimension sociale est la plus prépondérante quelque soit
le secteur d’activité et la taille de la PME sauf dans le cas où l’entreprise réalise uniquement
de la sous traitance au Maroc, la deuxième dimension est la dimension environnementale qui
est plus le fait des contraintes légales et réglementaires. Ce dernier constat a été fait par
(Attouche et Nia, 2009) dans le secteur de la chimie et parachimie, ou ils ont établi que
l’aspect légal de la RSE est prépondérant.
Présentation du cas
L’entreprise A a été créé par son actuel PDG et actionnaire en 1979, Elle développa des
activités de conception et de montage de matériel et installations électriques seule puis
décrocha des partenariats stratégiques avec des fabricants internationaux. En 2005, elle
décroche la certification ISO 9001 et en 2006 déménage dans de nouveaux locaux tout en
restructurant l’ensemble de ses activités. Elle démarre en 2008 l’export de ses produits et
solutions puis décroche en 2008 la triple certification qualité, sécurité et environnement
Elle a obtenu le Label CEM pour la Responsabilité Sociale de L’entreprise. Elle a été
également choisie par IMANOR et ISO comme entreprise pilote pour l’implémentation de la
Norme ISO 26000 au Maroc. L’entreprise A participe et contribue à plusieurs actions RSE.
Nous citons à titre d’exemple les stages en entreprise : L'entreprise offre une centaine de
stages par an aux étudiants. L'entreprise est membre de la Fondation ACADEMIA et de la
Fondation de l’Etudiant. Elle est également membre actif de RSO au Maroc, de l’UMAQ, de
l’AQM, de l’AGEF, de la FENELEC, de la CGEM. Elle est représentée également au Conseil
d’Administration de l’ENSEM de Casablanca, au Conseil de l’Université Cadi Ayad à
Marrakech. L'entreprise donne l’importance à la formation et à l’accompagnement des jeunes
vers l’insertion professionnelle.
La vision de l’entreprise est formulée comme suit : « Nous voulons que l'entreprise soit la
référence dans son domaine, un modèle de société citoyenne performante »
La mission de l’entreprise est « de contribuer à l’efficience des installations de nos clients en
leur offrant des solutions innovantes et conformes à leurs besoins présents et futurs dans les
métiers de l’électrotechnique, de l’électronique de puissance et de l’automatisme industriel»
La politique RH de l’entreprise est ancrée dans une démarche de responsabilité sociale et
sociétale d’entreprise (ISO 26000), l’entreprise place l’Homme au cœur de ses actions. Ainsi
sa politique RH a pour but d’assurer la meilleure adéquation entre les ressources humaines et
la réalisation optimale des objectifs généraux, plaçant ainsi le client au cœur de sa stratégie.
La politique de ressources humaines de l’entreprise s’articule autour de 5 axes principaux :
Le PDG de l’entreprise conçoit la RSE comme « la raison d’être d’une entreprise n’est pas
seulement économique mais également sociale ».
La RSE permet de redonner l’aspect humain à l’entreprise ce qui lui permet d’atteindre le
niveau de compétitivité nécessaire. Selon le PDG « La pression de la concurrence et la course
effrénée vers la performance ont contribué à « la déshumanisation » des entreprises, ce qui a
attisé toutes ces crises à répétition qui perdurent ».
La RSE permet de rétribuer les employés qui représentent une ressource clé pour l’entreprise.
Le PDG avance dans ce sens que « au-delà des obligations réglementaires de l’employeur,
nous offrons à nos collaborateurs des environnements de travail motivant et respectueux des
règles musulmanes et des valeurs mondialement reconnu »
Ainsi la RSE s’inscrit dans les valeurs morales et religieuses de la société marocaine, la
démarche ISO 26000 en cours selon le PDG permettra de mieux intégrer les traditions et
valeurs dans les pratiques managériales de l’entreprise, il cite en exemple « la tradition du
Fellah ou de l’artisan qui prête ses équipements à ses voisins »
La RSE s’inscrit dans la quête de la performance économique. Le PDG souligne que « Depuis
20 ans, l’entreprise a choisi comme vision d’être toujours la référence dans son domaine et
d’être le modèle de la société citoyenne performante. Ce qui nous a amené à chercher
continuellement à être performant et de ne pas oublier les aspects sociaux et
environnementaux »
Dans le cadre de la RSE, l’entreprise cherche à trouver son équilibre et assurer sa pérennité et
doit absolument répondre aux attentes de toutes les parties prenantes selon le PDG, il cite
quelques parties prenantes et la nature de la relation que l’entreprise doit développer avec
elle :
-‐ Le client doit être bien écouté pour qu’on puisse répondre correctement à ses attentes.
-‐ Les employés, l’entreprise doit assurer les conditions de travail nécessaires à leur
épanouissement afin de développer leur performance et engagement.
-‐ Les fournisseurs en respectant les conditions contractuelles en termes d’achat et de
paiement.
-‐ L’actionnaire en lui assurant le développement et la rentabilité attendus.
-‐ La communauté, ont créant des emplois, en payant correctement les impôts. En créant
également des relations win-win avec les associations professionnelles et les
associations œuvrant pour le développement social et les partenaires sociaux. En
respectant dans l’exercice des activités de l’entreprise des normes environnementales
afin de mieux préserver ce monde aux générations futures.
L’approche adoptée par l’entreprise pour gérer ses relations avec les parties prenantes
Le PDG insiste sur le fait que le top management soit engagé et impliqué vis-à-vis des PP. Il
argumente « Notre religion prône de l’empathie et nous impose de penser également à
l’autre ». Travailler pour l’intérêt général sans oublier celui des générations futures et ce pour
assurer un développement harmonieux économique, social & environnemental.
La démarche RSE sera sûrement sanctionnée par un grand succès et la création de richesse
d’après le PDG, si l’entreprise met en place une démarche RSE qui accompagne la mise en
place des organisations, des systèmes et des moyens de production permettant à l’entreprise
d’avoir les moyens de ses objectifs
Analyse des relations avec les PP et des pratiques RSE à la lumière de la TPP :
Nous avons procédé à une analyse des parties prenantes de l’entreprise et du mode de gestion
de ces parties prenantes à la lumière du cadre théorique proposée par la théorie des parties
prenantes et ses développements.
Ainsi nous avons identifié les PP de l’entreprise et nous avons classées selon les attributs et
modes de saillance puis nous avons cherché l’ancrage de l’approche de gestion des PP de
l’entreprise dans les approches proposées par les auteurs.
Nous avons présenté, supra, une vue d’ensemble de la TPP. En ce qui concerne la PME, (Hill
et Wright, 2001) décrivent les parties prenantes comme les réseaux de contacts personnels du
propriétaire, définies comme « les relations et les alliances que les individus développent ou
souhaitent développer entre eux et d'autres dans la société». Ainsi, les parties prenantes des
PME comprennent non seulement ceux qui sont économiquement impliqués mais aussi des
personnes qui peuvent ne pas avoir une influence directe sur l'entreprise. (Mankelow, 2003) a
proposé une synthèse des PP de la PME sur la base des travaux de (Donaldson et Preston,
1995) sur les grandes entreprises et de (Hill & Wright, 2001; Perry 1985; Robbins et al 1997.)
sur les PME. Le schéma ci-dessous reprend cette synthèse, les flèches bidirectionnelles
indiquent que les entreprises influencent non seulement les parties prenantes mais sont
également influencés par eux en même temps, comme cela a été suggéré par de nombreux
auteurs (Hill & Wright, 2001; Freeman & Reed, 1983). La liste est certes non exhaustive, il
s’agit d’une une tentative pour inclure toutes les parties prenantes probables des PME.
Figure 1 : Parties Prenantes de l’entreprise A (établi par l’auteur)
Nous allons, à présent, classé ces différentes PP selon leurs attributs selon le modèle de
(Mitchell et al. 1997) en indiquant la nature de la relation possible entre la PME et les PP.
Nous avons essayé d’analyser ses réponses sous l’angle des approches de la TPP développées
par (Donaldson et Preston, 1995). Comme exposé, supra, ces auteurs proposent trois
utilisations de cette théorie : descriptive (elle rend bien compte du comportement des
managers), instrumentale (elle constitue un bon outil de gestion) et normative (elle reconnait
les valeurs et les droits des PP)
A partir de l’interview, nous pouvons stipuler que l’approche éthique et normative est
prépondérante mais il s’inscrit dans un pragmatisme cherchant à utiliser la démarche RSE
comme pratique de management en vue d’accroitre la performance économique de
l’entreprise.
6. Discussions
Nous retrouvons dans l’interview la quasi-totalité des motivations pour la RSE au sein des
PME retenues par les auteurs (voir tableau…….), la dimension sociale (relations avec les
employés) y occupe une place centrale (Mankelow, 2003 ; Fuller & Tian, 2006 ; Sauman
2011) mais pas seulement, la communauté, partie prenante secondaire dans notre classification
supra, revient dans l’interview du PDG comme ayant plus d’importance que ce qu’on pensait
pour une PME. Les diverses initiatives et pratiques RSE prises vis-à-vis de la communauté par
l’entreprise A montre l’engagement de la PME pour cette partie prenante.
Dans la littérature, en matière d’engagement social vers des parties prenantes internes ou
proches de l’entreprise, le personnel apparaît comme la partie prenante la plus importante
(Berger-Douce, 2008 ; Hammann et al. 2009). L’étude de Berger-Douce (2008) nous apprend
que le développement des compétences pour le personnel est l’action RSE la plus rencontrée,
suivi par l’équilibre vie professionnelle-vie privée et l’amélioration du dialogue social.
La classification des parties prenantes par le PDG et par nous-mêmes, sur la base de la TPP,
montre l’importance accordée par la PME aux employés, aux clients, aux fournisseurs, le
dirigeant étant lui-même propriétaire de l’entreprise. Si la banque est apparue dans notre
classement vue le pouvoir et la légitimité du fait des ressources qu’elle met à la disposition de
la PME, elle n’a pas été citée par le PDG de l’entreprise A. Ceci peut s’expliquer par la
situation financière actuelle de l’entreprise, largement confortable. Ce résultat ne nous
surprend guère eu égards au pouvoir de ces PP sur l’entreprise du fait des ressources qu’elles
mettent à sa disposition (Eesley et Lenox, 2006).
Notre classification basée sur les attributs de (Mitchell et al. 1997) a identifié la communauté
comme partie prenantes discrétionnaire ou secondaires. Selon (Mankelow, 2003), le seul
attribut détenu par cette PP est la légitimité. Les résultats de cette étude de cas, cependant, ne
confortent pas cette position. En se basant sur l’étude (Malki, 2010) qui malgré la faible
performance sociétale engagée vis-à-vis de la communauté par les PME, a tout de même
souligné l’existence d’un engagement significatif chez les PME basés dans la région de
Casablanca/Rabat et les PME de grande taille et a identifié des pratiques RSE similaires chez
ces PME que celles exposées par le PDG de l’entreprise A (participation à des associations,
financement d’actions sociales,..). Nous pouvons donc affirmer, comme (Sauman, 20011), que
cette PP a évolué d’un statut discrétionnaire ou secondaire à un statut de PP définitive en
développent les deux autres attributs à savoir le pouvoir (contrôle social de la PME) et
l’urgence (survie de la PME).
Cette classification est en parfaite cohérence avec celle du PDG de l’entreprise et nous
retenons donc la primauté de la dimension sociale (portée par la partie prenante employées)
ce qui confirme les résultats de (Malki, 2010). Cette attention aux employés est motivée par
une combinaison d’une recherche de performance économique (Williamson et al. 2006) et
des valeurs éthiques et morales du propriétaire/dirigeant.
Au vu des parties prenantes adressées en priorité, nous pensons que les motivations pour la
RSE sont de deux ordres, pragmatique et éthique. En effet, l’éthique du PDG, sa conviction
(Paradas, 2005) et les valeurs qu’il promouvait au sein de l’entreprise sont les principaux
fondements de ce comportement. Selon plusieurs études, l’engagement dans la RSE des PME
est avant tout dû aux valeurs personnelles du dirigeant (Murillo & Lozano, 2006 ;
Worthington et al. 2006 (a) & (b); Vives, 2006 ; Cambra et al. 2008b ; Dahlmann et al. 2008 ;
Perrini & Minoja, 2008 ; Worthington et al. 2008 ; Jenkins, 2009 ; Ellerup Nielsen &
Thomsen, 2009 ; Russo & Tencati, 2009). La RSE est ici perçue comme un devoir moral, une
obligation de respecter et de satisfaire aux besoins des parties prenantes (Masurel, 2007), de
rendre en retour à la communauté (Worthington et al. 2006 (b) ; Monti, et al. 2007)
Autre motivation de la RSE que valide cette étude de cas c’est la recherche de légitimité
(Marchesnay, 2009) associée à la sécurisation de l’accès aux compétences et aux ressources. Il
apparait clairement que le PDG est conscient que le changement dans l’environnement de son
entreprise rend de plus en plus difficile l’accès à ces ressources et compétences, ce qui peut
compromettre la performance économique de l’entreprise.
7. Conclusion
PME bien que limités à certaines régions et des PME d’une certaine taille, sont loin d’être que
d’ordre discrétionnaire ou philanthropique, elles sont mises en œuvre car les
dirigeants/propriétaires des PME sont en train de prendre conscience que cette PP est capable
d’influencer les autres PP et peser dans l’évolution de leurs attentes.
Comme tout travail de recherche, ce travail présente quelques limites. Il s’agit notamment de
la difficulté de généraliser nos conclusions, de la méthode de collecte des données à savoir
l’interview du seul PDG et fondateur de la société, il aurait été souhaitable d’interviewer
d’autres cadres de l’entreprise. Par les autres limites, nous pouvons aussi évoquer la
classification des parties prenantes adoptées dans cette recherche présente des limites, étant
donné que les attributs des PP peuvent changer dans le temps. L’importance des membres de
la famille n’a pas été étudiée et leur degré d’engagement dans l’entreprise n’a pas été pris en
compte.
Cette recherche nous encourage à multiplier les études des relations PME/RSE en utilisant
différentes méthodologies surtout qu’il y a très peu de recherches similaires au Maroc. Cette
étude montre le changement de la perception de la RSE par les PME tel que la prise de
conscience croissante de la communauté de l'impact des activités des entreprises. Les PME ne
se mobilisent plus que par contrainte / opportunisme pour la RSE ou par les valeurs de leurs
dirigeants comme cela est largement repris dans la littérature, il semble que la communauté
exerce un impact, souvent non identifié par les dirigeants, sur la capacité de ces derniers à
s’engager dans la RSE et cela mérite une recherche plus approfondie pour comprendre
l’ensemble des facteurs sous tendant cette dynamique. Un autre sujet crucial pour la recherche
future peut être l'étude des valeurs qui poussent les PME à s’engager dans la RSE comme
l’altruisme et les croyances religieuses du propriétaire / dirigeant.
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