Amélioration de la santé bucco-dentaire
Amélioration de la santé bucco-dentaire
Santé bucco-dentaire
1. Suite à une demande déposée par un État Membre et à la recommandation formulée par le
Bureau du Conseil et le Directeur général en septembre 2020 visant à inscrire un point relatif à la santé
bucco-dentaire à l’ordre du jour provisoire de la cent quarante-huitième session du Conseil exécutif, le
présent rapport met en lumière les difficultés sanitaires persistantes dont sont responsables à l’échelle
mondiale les affections bucco-dentaires, et expose en détail les activités menées récemment par l’OMS
ainsi que les initiatives internationales visant à renouveler l’engagement politique vis-à-vis de la santé
bucco-dentaire. Une série de mesures est proposée dans le but d’améliorer la santé bucco-dentaire
dans le cadre des travaux portant sur les maladies non transmissibles et la couverture sanitaire
universelle, contribuant ainsi à la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon
2030 des Nations Unies et de ses objectifs de développement durable.
2. Les affections bucco-dentaires les plus répandues sont notamment les caries dentaires, les
parodontopathies, la perte des dents, ainsi que les cancers des lèvres et de la cavité buccale. Bien
qu’elles soient largement évitables, ces affections comptent parmi les maladies non transmissibles les
plus fréquentes dans le monde, ce qui a des conséquences non négligeables sur le plan sanitaire, social
et économique. Les individus souffrent de ces affections tout au long de leur vie, de la petite enfance
au troisième âge, en passant par l’adolescence et l’âge adulte.
3. Plus de 3,5 milliards de personnes souffrent d’affections bucco-dentaires, sans que la situation
se soit réellement améliorée entre 1990 et 2017. Les caries dentaires non traitées des dents définitives,
qui touchent 2,3 milliards de personnes, constituent l’affection la plus courante à l’échelle mondiale.
Les parodontopathies, cause majeure de la perte totale des dents, concernent selon les estimations
267 millions de personnes, en particulier des personnes âgées.
4. Les cancers des lèvres et de la cavité buccale font partie des 15 cancers les plus répandus dans le
monde, avec plus de 500 000 cas et presque 180 000 décès chaque année. Dans certaines zones de la
Région de l’Asie du Sud-Est et de la Région du Pacifique occidental, ces cancers sont la principale
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cause de mortalité par cancer chez les hommes. Le noma, une maladie nécrosante qui se développe
d’abord dans la bouche et qui tue 90 % des enfants touchés, est un marqueur d’extrême pauvreté. Il
entraîne une incapacité permanente, a des conséquences sur les possibilités d’apprentissage et est
souvent synonyme d’exclusion sociale.
6. Les affections bucco-dentaires sont causées par un ensemble de facteurs de risque modifiables,
notamment la consommation de sucre, le tabagisme, la consommation d’alcool et les mauvaises
pratiques d’hygiène, ainsi que par les déterminants sociaux et commerciaux qui les sous-tendent. Ces
déterminants, associés aux facteurs de risque communs à l’ensemble des maladies non transmissibles,
sont à la base des stratégies intégrées permettant de prévenir et de combattre ces affections.
8. En 2015, les coûts directs des affections bucco-dentaires ont représenté 357 milliards de dollars
des États-Unis à l’échelle mondiale, et les coûts indirects, 188 milliards. La même année, 90 milliards
d’euros ont été consacrés au traitement des affections bucco-dentaires dans l’Union européenne, ce qui
en fait le troisième poste de dépenses concernant les maladies non transmissibles, derrière le diabète et
les maladies cardiovasculaires. Le plus souvent, les soins bucco-dentaires ne sont pas couverts dans le
cadre des soins de santé primaires, ce qui génère des dépenses considérables pour les individus et la
société. Les paiements directs élevés mettent particulièrement en difficulté les populations
défavorisées.
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10. Les ministères de la santé manquent souvent des capacités techniques pour élaborer, mettre en
application et évaluer des plans d’action intégrés pour la santé bucco-dentaire d’un bon rapport
coût/efficacité. La programmation verticale et axée sur une maladie empêche la mise en place de
collaborations et de financements intersectoriels ; les synergies potentielles ne sont donc pas mises
à profit.
11. Le plus souvent, la prévention des affections bucco-dentaires n’est pas une priorité. Les
possibilités de promotion de la santé bucco-dentaire dans des milieux clés – par exemple les écoles, les
communautés et les lieux de travail – ne sont pas systématiquement saisies. L’utilisation de fluorures
afin de prévenir les caries dentaires est limitée et les méthodes de prévention essentielles comme
l’emploi de dentifrices fluorés ont souvent un coût trop élevé pour nombre d’individus. En outre, la
promotion de la santé bucco-dentaire est rarement intégrée aux programmes de lutte contre d’autres
maladies non transmissibles dont les principaux facteurs de risque et déterminants sociaux sont
communs.
12. Les systèmes actuels de santé bucco-dentaire ont largement échoué à réduire le fardeau que
représentent les affections bucco-dentaires et les inégalités connexes. La plupart des pays s’appuient
sur des modèles centrés sur les dentistes et la haute technologie, sans encourager suffisamment la
prévention. Les effectifs limités, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, limitent
la couverture et la disponibilité des services essentiels de santé bucco-dentaire, qui sont habituellement
exclus des prestations relevant de la couverture sanitaire universelle. Néanmoins, en ce qui concerne
les personnels, certains pays ont adopté des modèles incluant des dispensateurs de soins de santé
primaires et intermédiaires, par exemple les thérapeutes et les hygiénistes dentaires, dans le but de
faciliter l’accès à ces services.
13. Les informations appropriées et actualisées portant sur la charge de morbidité liée aux affections
bucco-dentaires sont rares, et peu de systèmes d’information sanitaire nationaux contiennent ces
indicateurs. Les modules disponibles concernant la santé bucco-dentaire au sein des outils de
surveillance existants de l’OMS ne sont pas systématiquement utilisés et l’intégration de ce domaine
à la surveillance des maladies non transmissibles et des facteurs de risque à l’échelle nationale est
limitée.
14. En général, le suivi et l’évaluation des programmes en vigueur sont insuffisants, les outils
existants sont sous-exploités et les résultats sont mal documentés. Les résultats des recherches en santé
bucco-dentaire ne privilégient pas la santé publique.
16. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, les services de santé bucco-dentaire font partie
des services de santé essentiels les plus perturbés, 60 % des pays signalant des interruptions partielles
de ces services et 17 % des interruptions graves ou complètes.1 Les inégalités en matière de santé
bucco-dentaire se sont aggravées au fur et à mesure de l’évolution de la pandémie de COVID-19.
1 Pulse survey on continuity of essential health services during the COVID-19 pandemic: interim report,
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17. En 2007, la résolution WHA60.17 a fixé des mesures efficaces de lutte contre les affections
bucco-dentaires qui doivent être renouvelées et intensifiées dans le cadre des travaux portant sur les
maladies non transmissibles et sur la couverture sanitaire universelle.
19. La Convention de Minamata sur le mercure, qui est entrée en vigueur en 2017, oblige les Parties
à prendre des mesures particulières pour éliminer progressivement l’utilisation d’amalgame dentaire,
un matériau d’obturation dentaire très répandu contenant du mercure. Les mesures comprennent la
définition d’objectifs nationaux de prévention des caries et de promotion de la santé bucco-dentaire, et
l’appui à des polices d’assurance et des programmes qui favorisent l’utilisation de solutions
alternatives de qualité à l’amalgame dentaire aux fins de restauration dentaire.
20. La Déclaration politique issue de la réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire
universelle (2019) comprend des engagements en faveur de l’intensification des efforts visant
à renforcer la couverture sanitaire universelle en y incluant la santé bucco-dentaire, ce qui constitue
une base stratégique pour accélérer l’action des États Membres, du système des Nations Unies et des
acteurs de la santé bucco-dentaire.2
21. La commission du Lancet sur la santé bucco-dentaire, créée en 2019 avec la participation de
l’OMS, vise à mettre sur pied un nouveau cadre stratégique pour que la santé bucco-dentaire ne soit
plus négligée dans les travaux portant sur la santé à l’échelle mondiale et nationale.
22. Les priorités du programme mondial pour la santé bucco-dentaire sont les suivantes :
• mettre en place, en coopération avec les centres collaborateurs de l’OMS, les partenaires
universitaires et les acteurs non étatiques, des travaux normatifs et un appui pratique aux pays,
en mettant l’accent sur les populations pauvres et marginalisées, grâce à un ensemble de
priorités en adéquation avec le treizième programme général de travail de l’OMS ;
• lancer en 2021 un rapport mondial sur la santé bucco-dentaire en tant que bien de santé publique
mondial. Ce rapport, qui ciblera les personnes chargées de définir les politiques et de prendre les
décisions, décrira la charge de morbidité, les difficultés et les mesures prioritaires afin de
renouveler l’engagement mondial en faveur de l’amélioration de la santé bucco-dentaire dans le
cadre des travaux relatifs aux maladies non transmissibles et à la couverture sanitaire
universelle ;
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• renforcer les systèmes d’information et les activités de surveillance portant sur la santé bucco-
dentaire dans le cadre des programmes de santé publique intégrés en mettant sur pied des
indicateurs normalisés relatifs à la santé bucco-dentaire pour mener des enquêtes portant sur la
santé des populations et en facilitant l’inclusion de ces indicateurs dans les systèmes nationaux
d’information sanitaire courants.
23. Malgré les efforts évoqués ci-dessus, l’accès à la prévention, au diagnostic précoce et au
traitement des affections bucco-dentaires est loin d’être universel et reste inaccessible pour des
millions de personnes. L’engagement pris par les États Membres dans leur déclaration à l’occasion de
la cent quarante-sixième session du Conseil exécutif concernant le renforcement et l’accélération des
travaux portant sur la santé bucco-dentaire constitue une base solide pour continuer à agir afin
d’imprimer un élan aux politiques nationales et internationales en la matière. Ces actions peuvent
comprendre, entre autres :
• lutter contre les facteurs de risque communs des affections bucco-dentaires et des autres
maladies non transmissibles en adoptant une approche intégrée axée sur les risques
principaux, comme le tabagisme, l’usage nocif de l’alcool, la mauvaise alimentation et les
mauvaises pratiques d’hygiène ;
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sucrées et les aliments mauvais pour la santé, et contrer les intérêts commerciaux
sous-jacents qui sont à la source des principaux risques ;
• renforcer des environnements favorables à la santé dans les milieux clés comme les écoles,
les lieux de travail et les communautés, par l’intermédiaire d’actions multisectorielles et
d’une approche privilégiant la santé dans toutes les politiques ;
• impulser une législation visant à rendre plus abordable et plus accessible le dentifrice fluoré
de qualité, et plaider pour qu’il soit reconnu comme produit sanitaire essentiel ;
• le renforcement des capacités des systèmes de santé, au moyen des mesures suivantes :
• mettre l’accent sur des mesures de prévention intégrées à l’échelle de la population et sur
l’accès aux soins bucco-dentaires primaires au titre des prestations relevant de la couverture
sanitaire universelle ;
• réorienter les personnels de santé bucco-dentaire afin de promouvoir des services de santé
intégrés centrés sur la personne en permettant la formation interprofessionnelle et une
approche plus largement fondée sur le travail d’équipe faisant intervenir les dispensateurs de
soins intermédiaires et les agents de santé communautaires ;
• faire intervenir les communautés dans la planification, la mise en œuvre et le suivi des
programmes en lien avec la promotion, la prévention et les soins bucco-dentaires ;
• renforcer la lutte contre le noma en l’inscrivant dans des activités plus larges à l’échelle
régionale et mondiale, dans le cadre des programmes portant sur les maladies tropicales
négligées ;
• renforcer la surveillance intégrée des maladies, la collecte et l’analyse des données relatives
aux systèmes et politiques de santé afin d’éclairer les cadres de suivi, l’évaluation des
programmes et la recherche opérationnelle ;
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• faciliter la collaboration entre les parties prenantes, notamment les acteurs non étatiques
issus de différents secteurs, sur la base de rôles et de responsabilités clairement définis ;
• promouvoir une orientation politique en lien avec la couverture sanitaire universelle, dans le
cadre de laquelle les interventions essentielles portant sur les affections bucco-dentaires et
les maladies non transmissibles feraient partie des éléments clés ;
• prévoir des budgets consacrés à la santé bucco-dentaire ou les augmenter en se fondant sur le
calcul des coûts des interventions et sur des argumentaires d’investissement, dans le but
d’accroître la couverture de la population.
24. Le Conseil exécutif est invité à prendre note du rapport et à fournir d’autres orientations sur les
mesures que pourrait prendre l’Organisation face à la charge de morbidité liée aux affections bucco-
dentaires.
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